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chaîne des mont? Pé-ling comme limite des climats tempérés ; l'immense liassin du Yang-tze-Kiang, qui se maintient entre 53° et 27" environ de latitude, présente une tout autre climatologie que celui du fleuve Jaune : aussi, dans ces régions, se cultivent le thé, le mûrier, là se récolte déjà le riz aquatique ; la fécondité de ces magnifiques cantons fait la richesse de toute la Chine. Nous ne possédons pas d'observations précises sur la marche annuelle de la température dans ces contrées, mais d'après, ce que nous en rapportent les missionnaires et quelques rares explorateurs, nous pouvons les regarder comme jouissant à peu près du climat de l'Italie septentrionale, de la Lombardie en particulier, quoique cette dernière se trouve par une latitude sensiblement plus élevée, puisque Milan est situé par plus de 45». Les pluies n'ont pas encore, dans le bassin du Yang-tze-Kiang le type régulier qu'elles prennent dans les climats tropicaux ; elles reviennent à peu près dans toutes les saisons et ne sont pas abondantes. La disposition et la multiplicité des canaux, les ingénieux procédés d'arrosement employés parles agriculteurs suppléent à leur insuffisance.
Le climat de la côte nous est plus connu. Depuis une vingtaine d'années, Shang-haï est le siège d'une importante colonie européenne et a été fréquemment visitée par des explorateurs scientifiques, la climatologie en a été sérieusement étudiée; elle est sensiblement influencée par la disposition tellurique des régions essentiellement marécageuses au milieu desquelles elle s'élève, et qui ont pour effet de maintenir une humidité constante qui abaisse la température, sui'tout en hiver ; à cette époque de l'année, le thermomètre tombe assez souvent au-dessous de 0°, sans que les froids soient bien rudes cependant, mais toujours pénibles à supporter en raison des brouillards. En été, ces mêmes brouillards persistent pendant la matinée et, retombant après le coucher du soleil, entretiennent une humidité chaude, aussi désagréable que pernicieuse pour la santé ; nous verrons plus loin que les fièvres maremmatiques forment la caractéristique de la constitution médicale. L'intensité des rayons solaires est excessive pendant les mois de juillet et d'août, les insolations graves sont fréquentes, les cas d'insolations mortelles assez communs, en sorte que les résidents européens doivent, sous peine de grands dangers, s'interdire de quitter les maisons pendant plusieurs heures de la journée; ils sont presque forcés de se cloîtrer de nouveau, dès que la nuit est venue, pour éviter de respirer les vapeurs qui se condensent à une faible hauteur au-dessus du sol.
La température moyenne de l'année, déterminée par des observations datant de dix ans, ne s'élève guère qu'à + 14", 5 et cependant Shang-haï doit être regardé comme un climat chaud, dont il présente essentiellement toute la pathogénie. Les pluies s'observent à toutes les saisons, mais principalement en été ; elles sont abondantes et augmentent encore l'humidité si remarquable de cette station.
La climatologie et la salubrité de toute la côte de Chine depuis Hoiig-Kong, jusqu'au promontoire du Chan-Toung sont singulièrement influencés par lî direction des vents très-réguliers qui soufflent dans ces parages. Dans cettt partie du globe, il ne règne chaque année que deux sortes de vents : la mousson de S.-O. et la mousson de N.-E. La mousson de S.-O. dure de la fin d'avril jusqu'au milieu ou à la fin d'octobre ; ces dates varient de douze à quinze jours suivant la latitude des localités : c'est ainsi que la mousson de S.-O. s'établit plus tôt dans le golfe de Siam et le golfe du Tonkin, et dure aussi un peu plus longtemps que dans le nord des mers de Chine ; à la période de traii-
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sition des deux aiùiissons, il arrive que la mousson du S.-O. souffle ûaas le ^iid, alors que leN.-E. s'est déjà établi dans le nord, mais cette situation n'est pas de longue durée et bientôt la direction des vents devient identique sur toute la côte. C'est pendant les mois de juin et de juillet que la mousson du S.-O. est la plus intense et'la plus constante, elle amène au-dessus de la mer de Chine une forte humidité : aussi le ciel est-il toujoui's couvert et menaçant , de fréquents orages et de fortes averses éclatent à cette saison. Près de terre, la mousson est quelquefois assez faible, plus ou moins contre-balancée par une légère brise de terre, en sorte que les rivages se trouvent dans une zone de calme relatif; les habitants sont, par ce fait, maintenus au milieu d'une sorte de vapeur chaude qu'aucune brise ne vient dissiper; la saturation de l'air par l'humidité met obstacle à la transpiration et au rafraichissement des téguments par l'évaporation de la sueur, aussi les maladies prennent-elles un caractère grave ; les fièvres pernicieuses n'ont pas de solution favorable, et les malades épuisés tombent dans un état cachectique que le retour en Europe peut seul combattre efficacement.
La mousson de N.-E. commence à souffler vers la fin de septembre dans le nord des mers de la Cliine, tandis que, dans le sud, elle ne s'établit régulièrement que fin octobre. Pendant les mois d'hiver, le N.-E. acquiert souvent une violence remarquable et la mer, particulièrement dans le canal de Formose, est continuellement très-grosse ; à quelques milles du rivage cependant, on rencontre une brise alternante de terre et du large, mais sa zone est très-restreinte» elle ne constitue qu'un courant inférieur au-dessus duquel règne le N.-E. Ce vent régulier est partout sec et le soleil étant, à cette époque de l'année, audessous de la ligne, le climat du littoral est infiniment plus favorable, les maladies sont moins graves, les constitutions ont plus de résistance, en sorte que le traitement a plus de prises et que l'on peut espérer des terminaisons heureuses.
Aux époques des changements de mousson, coïncidant avec les équinoxes, et pendant toute la durée de la mousson de S.-O., les côtes de Chine sont ravagées par de grandes perturbations atmosphériquees auxquelles on a donné le nom générique de cyclones dans les mers des Indes, en raison du mouvement ellipsoïde qui les caractérisent; sur la cote de Chine, on les nomme vulgairement typhons, du mot chinois Ta-fcimg (grand vent).
On sait que la marche des cyclones a fait l'objet d'études constantes dans ces dernières années ; il a été possible d'en déduire des lois à peu près invariables que le navigateur non moins que le météorologiste doivent connaître.
Les cyclones, dont nous ne chercherons pas ici à déterminer la cause ni le mode de formation, peuvent être considérés comme une immense perturbation atmosphérique s'étendant sur une région plus ou moins considérable et caractéi'isce 1" par un mouvement circulaire autour d'un centre fictif où régnerait un calme à peu près absolu; le diamèti^e de ce centre varie entre 100 et 500 milles (180 à 900 kilomètres), 2' par un mouvement de translation générale, dont la directrice affecte une forme pai'abolique, et dont la vitesse varie de dix à yiiigt milles (18 à 56 kilomètres) à l'heure; dans l'hémisphère sud, la rotation se l'ait de gauche à droite, c'est-à-dire dans le sens des aiguilles d'une montre, dans l'hémisphère nord elle est inverse; le mouvement de trafislation des cyclones se fait, dans les régions situées au-dessus de la ligne, suivant une courbe, dont la première branche est SE.-NO., dont la seconde branche se dirige, au contraire.
SO.-NE. : au-dessous de la ligne, la première branche est NE.-SO., la seconde branche NO.-SE., le point de départ est donc toujours du côté de l'équateur.
Le plan général de la parabole peut être parallèle ou plus ou moins oblique par rapport à la surface de la terre, en sorte que le cyclone peut ne la balayer que suivant une de ses branches, la seconde va se perdre dans l'atmosphère supi'rieure, et, par une observation superficielle, l'on ne retrouverait pas dans ce cas la forme parabolique de la direction générale. Dans les mers de Chine et des Indes, les cyclones semblent naître bien au-dessous du Japon, et à l'ouestdesPhilippines, ils se dirigent vers le golfe du Tonkin, puis changent de direction pour balayer les côtes de Ciiine, suivant la deuxième branche de leur parabole, et faire sentir, mais à un moindre degré, leur influence jusque dans les plaines de Tartarie. Le nombre des cyclones et leur violence sont essentiellement variables suivant les années ; il s'en produit cependant toujours un ou deux au moins particulièrement en juin, juillet et à l'équinoxe de septembre. Leur maximum d'intensité se rencontre au sud de Formose, dans le canal du même nom, à Hong-kong, Macao cl vers la côte du Kouang-toung; ils y causent des désastres terribles; toutes les jonques qui sont surprises en pleine mer ou sur les côtes sont dématées, coulées à fond ou jetées sur les roches où elles se brisent ; les bâtiments européens, quoique mieux construits, plus habilement dirigés, périssent en grand nombre, les vapeurs seuls peuvent espérer se soustraire à l'influence des cyclones, en cheichant à sortir de sa zone d'action; cependant, chaque année malheureusement, on enregistre la perte de quelques-uns de ces puissants navires qui disparaissent corps et bien, ainsi que nous le montre l'exemple récent de la corvette le Èlonyc, disparue en pleine mer, malgré sa machine, pendant un typhon dans les mors de Cochinchine. A terre, les maisons sont enlevées, les arbres déracinés par la force du vent, les eaux de la mer ou des fleuves s'avancent dans les campagnes et ajoutent à ces dangers celui de l'inondation. Il est des typhons qui, dans la seule rivière de Canton, occasionnent la mort de plusieurs milliers de Chinois. On peut cependant, dans une certaine limite, prévoir l'arrivée d'un de ces ouragans ; l'aspect du ciel, un calme profond dans l'atmosphère, une température lourde et humide, l'effroi que manifestent les oiseaux, venant se réfugier dans les arbres, sont autant de signes que les indigènes savent apprécier ; mais le phénomène le plus précis consiste dans la dépression barométrique intense qui se produit plusieurs heures avant toute autre indication, précédant quelquefois de soixantedouze heures l'arrivée du cyclone, encore éloigné de 800 à 900 milles; le niveau du mercure descend de plusieurs centimètres et sa surface qui, comme on le sait, est toujours convexe dans le tube de verre, devient au contraire concave dans les cyclones de grande intensité ; au centre d'action du typhon l'on a vu le baromètre baisser jusqu'à 724.
Lorsque l'ouragan se déchaîne, le vent souffle successivement de tous les points •du compas, et la rapidité de ses changements est d'autant plus grande que l'on se trouve plus rapproché du centre du cyclone, où la vitesse de rotation paraît être de 125 à 150 milles (225 à 270 kilomètres) par heure. Le vent s'accompagne presque toujours de pluie tombant à torrents et parfois de tonnerre; après quelques heures de cette révolution de tous les éléments, le vent se fixe à une certaine direction et diminue d'intensité, mais la mer reste encore très-grosse ; profondément ébranlée dans ses conditions de stabilité, elle transmet jusqu'à des centaines de lieues les secousses qu'elle a subies, par une houle longue et haute, qu'aucun phénomène local ne semble expliquer dans ces parages.
Ces grandes pertubations atmosphériques sont suivies de longues périodes d'uni calme qui procure aux habitants du littoral une sensation de bien-être particulier, sensation qui n'est en réalité que l'expression d'un fait véritable, l'épuration de l'air produit par la tourmente; l'on peut admettre en effet que tous les miasmes accumulés à la surface des marécages, suspendus comme une épée deDamoclès au-dessus des groupes d'habitations, ont été enlevés par le vent, battus par lui, et mélangés à la masse de l'atmosphère, partant annihilés ; l'équilibre ramené dans les forces électriques, la présence d'une plusgrande quantité d'ozone doivent être aussi pris en considération. En somme, le cyclone serait, au point de vue hygiénique, un véritable procédé de ventilation, heureusement appliqué par la natura prévoyante sur une vaste portion de territoire, et cela au moment oti précisément les conditions pathologiques sont les plus mauvaises. De fait, tous les médecins qui observent dans les pays à ouragans, soit dans l'hide et l'Indo-Chine,, soit sur la côte orientale ou la côte occidentale d'Amérique, ont tous remarqué, à la suite des cyclones, tornados, ouragans ou typhons, une amélioration notable dans l'évolution des maladies ; leur développement est sensiblement modifié, leur fréquence diminuée.
Le climat général des côtes de la Chine, de Shang-haï à l'extrémité méridionalede l'empire offre le type à peu près classique des climats chauds, on en jugera par l'examen du tableau D où sont portées les observations de Fou-tchéou, Canton et Macao, ainsi que du tableau E, spécial à Hong-kong. Tandis que le nord et le centre de la Chine sont remarquables par l'excessivité de leurs climats, le sud au contraire tend de plus en plus à se rapprocher du type permanent qui forme la caractéristique des climats chauds et surtout des climats torrides. A Fou-tchéou, nous voyons les maxima de l'année varier entre H- 13" et H- 34", les minima entre -|- 2" etH- 28"; pendant la période estivale, juillet par exemple, il n'y a que 6 degrés de différence entre le maximum -+- 34" et le minimum + 28" ; la moyenne annuelle est de H- 1 9", 3" ; sous cette influence, à laquelle se joint celle des pluies relativement importantes, la végétation prend aussi le caractère continu; ce n'est pas encore tout à fait la flore tropicale, mais plusieurs espèces végétales de ces régions s'y trouvent déjà. Fou-tchéou, par sa latitude de 26 degrés, son heureuse situation à l'entrée d'une rivière, moins marécageuse que le Wampoo qui coule à Shang-haï, est, après Tché-fou, la station la plus salubre des côtes de Chine, celle où les Européens s'acclimatent le plus facilement. Macao et Canton, stationnements très-voisins l'un de l'autre, puisque le premier se trouve placé à l'embouchure du Tchéou-kiang sur lequel quinze lieues plus loin est assise l'importante ville de Canton, offrent un climat sensiblement analogue, et ne diffèrent que par l'influence qu'exerce, sur Macao, le voisinage de la mer. Dans cette dernière station, les maxima de température varient annuellement entre -f- 14" et -+- 31", les minima entre -h 7» et -(- 29" ; au mois de juillet, les deux extrêmes ne s'écartent que de 2 degrés -h 31" et -f- 29 ; cette élévation constante de la température ou plutôt sa continuité et l'humidité permanente qui règne à cette saison, rendent cette dernière pénible à supporter pour les Européens, et influent singulièi-ement sur la production des maladies. La moyenne générale de l'année ne dépasse pas sensiblement 21 degrés, tandis que Canton approche de 23" ; assez éloignée de la mer pour ne pas ressentir Jl'influence des brises du large, cette station présente, sinon plus d'élévation de ■"température que Macao, au moins une continuité plus grande, car le minimum de l'année n'est que -1-11", tandis que h maximun n'arrive qu'à 51" ; l'humidité
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y est aussi sensiblement moins grande et la quantité d'eau tombée annuellement est de I plus faible qu'à Macao. Nous sommes du reste ici en plein pays tropical et la végétation en présente tous les caractères.
Ilong-kong, le point le plus important des mers de Chine, comme commerce et comme chiffre de la population européenne, constitue l'un des climats les plus dangereux de cette région. La chaleur n'est pas beaucoup plus forte qu'à Canton, mais elle est peut être plus pénible, en raison de la situation de la ville assise sur le versant d'une montagne qui regarde la côte, et n'en est séparée que par un détroit de quelques milles de large. Les nécessités de la navigation ont imposé cet emplacement lors de la fondation de la colonie, mais elles ont entièrement privé le nouvel établissement du bénéfice de la brise du large qu'arrête complètement la montagne. Lorsque les Anglais obtinrent la cession de cet îlot, il était à peu près désert et servait simplement de refuge à quelques pécheurs ou pirates,, toujours nombreux dans ces parages. En quelques années, la nouvelle colonie prit un développement remarquable ; il devint nécessaire de commencer de grands travaux de constructions, des percements de routes, des déblais considérables, au milieu d'un sol à peu près vierge. Aussi, la mortalité des premiers émigrants et des troupes fut-elle effrayante; peu à peu, grâce aux procédés d'assainissement que le gouvernement mena avec autant de vigueur que d'intelligence, ces influences pathologiques diminuèrent sensiblement, sans s'éteindre toutefois d'une façon absolue. Nous reviendrons avec détail sur ces faits, car ils prouvent une fois de plus que la nocuité des climats les plus dangereux peut-être de beaucoup amoindrie par une exacte observation des règles de l'hygiène.
Plus encore que Macao et Canton, Hong-kong nous offre le caractère des climats chauds, presque torrides, avec leurs saisons d'hivernage bien caractérisées; nous voyons en effet, parle tableau E, les mois de juin, juillet, aoiit et septembre marqués par des pluies torrentielles et fréquentes, le baromètre descendre à 740 millimètres et plus encore, lors des grandes pertubations atmosphériques; à ces moments, la raréfaction de l'air et la tension électrique rendent l'existence des plus pénibles aux habitants fixés sur ce rocher ingrat qui, pour beaucoup d'entre eux, devient une tombe anticipée.
Nous manquons encore de documents bien précis sur les caractères du climat dans les provinces occidentales du Yu-nan et du Sse-tchouen ; les missionnaires, seuls Européens qui, jusqu'à l'époque actuelle, ont vécu d'une façon permanente dans ces régions, nous apprennent simplement que, grâce à l'altitude de ces provinces, la température y est sensiblement moins élevée que sur la côte ; dans certains quartiers, elle devient même, à peu de choses près, celle des régions tempérées. La flore de ces contrées nous le démontrerait du reste, car les végétaux des tropiques disparaissent à mesure que l'on commence à gravir les premières pentes des monts Nan-ling. Le thé, la canne à sucre, qui prospèrent dans les vallées du Kouang-toung et du Kouang-si, ne peuvent être cultivés avec succès sur la région montagneuse: la vigne au contraire y reparaît, ainsi que le blé et le riz de montagne.
De tout ce qui précède, résulte bien la réalité de cette assertion que nous posions en principe au début de ce chapitre, à savoir que la Chine participe à toutes les variétés des climats chauds-et des climats tempérés, pour arriver presque aux climats froids dans certaines régions. Ce qui constitue la particularité de la Chine, disionsnousaussi, c'est l'excessivité, au moins dans la moitié septentrionale de l'empire. llcjnnrquons en effet que Pékin et les provinces du nord présentent une moyenne
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estivale et des maxima bien plus élevés que ceux de Ilong-kong ou de Canton ; s'il nous fallait rapprocher ces phénomènes de ceux présentés par d'autres contrées du globe, nous pourrions comparer les climats de la Chine à ceux de l'Amérique du Nord, mettre en regard le climat excessif de New-York avec celui de la Nouvelle-Orléans par exemple. Cette similitude doit évidemment tenir à des causes analogues, les hauts plateaux de la Mongolie peuvent, comme action de voisinage, être assimilés à ceux du Haut-Canada, de la nouvelle Ecosse, aux lacs du nord de l'Amérique. En cherchant dnns cette voie, l'on arriverait fatalement à démontrer, une fois de plus, que les climats doivent être considérés comme la résultante de diverses influences, dont les principales sont : la latitude, la position géographique absolue et relative, la constitution du sol.
IV. HisTtiiRE NATURELLE. Cl. Antliro])oIo(jie. L'histoire des races humaines qui peuplent la Chine et qui, par leur ensemble, constituent ceux que l'on nomment vulgairement /es Chinois, présente des difficultés faciles à prévoir; quoique, depuis de longues années, quelques points de la côte aient été visités par des naturalistes et des médecins, un bien petit nombre d'entre eux ont pu pénétrer dans l'intérieur du pays, faire poi'ter leurs observations sur un grand nombre d'individus ou recueillir, dans de pénibles et souvent bien dangereuses pérégrinations, des documents scientifiquement utilisables. La recherche des os du squelette humain, des crânes surtout, dont l'examen a une si grande importance en anthropologie, est entourée de difficultés presque insurmontables. Le respect des Asiatiques pour les morts, leur crédulité et leur esprit superstieux leur font prendre le change sur le but que les Européens poursuivent, lorsqu'ils cherchent à se procurer des pièces anatomiques ; aussi celles que nous possédons sont-elles en nombre insuffisant pour établir des travaux définitifs.
D'un autre côté, si nous sommes un peu plus avancés dans l'étude des questions historiques et linguistiques relatives aux peuples de l'extrême Asie, nous sommes loin de posséder, à ce point de vue, ce degré d'exactitude auquel l'on est parvenu pour les faits analogues touchant l'histoire des races qui peuplent d'autres contrées, l'Europe en particulier.
Néanmoins, quelle que soit la difficulté du sujet, nous chercherons à présenter un aperçu aussi complet que possible des populations de cet immense empire, en utilisant les travaux des naturalistes qui ont déjà abordé la question, les Prichard, Latham, Omalius d'Halloy, Pruner-Bey, Ouatrefages et autres natnlistes, en nous appuyant sur les observations qu'un séjour de quatre années à Pékin nous a permis de faire.
Si l'on envisage d'une façon générale les 550 millions d'habitants de la Chine, l'on ne tarde pas à constater que, loin d'appartenir à la même famille, ils présentent au contraire des variétés qui démontrent que des migrations nombreuses se sont succédé sur ces territoires et que différents peuples, appartenant à des types souvent fort éloignés, sont venus s'y heurter d'abord, puis s'y fondre en [•artie, pour constituer ainsi une race mixte, au niilieu de laquelle on retrouve encore des individus porteurs de types accentués, éminemment différents les uns des autres.
L'histoire chinoise, dont la chronologie remonte aux temps les plus reculés et s'y confond avec la fable, semble également prouver que, primitivement, il existait en Chine une race autochth ;ne, vraisemblablement de souche caucasique et qui, peu à peu, a cédé ses territoires à des conquérants venus du centre de
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l'Asie ; l'une des principales raisons de nature à faire admettre cette hypothèse consiste dans l'existence de peuplades blanches, encore représentées dans les pâtés montagneux qui s'élèvent entre les provinces du Kouéi-tcheou, du Honan, du Sse-tchouen, peuplades auxquelles la tradition a conservé le nom de Miao-tze, terme que l'on peut traduire par celui de « Enfants du Sol. » Les Chinois actuels leur donnent l'épithète de Sang-miao-tze, c'est-à-dire sauvages et insoumis et, dans le fait, ils méritent cette qualification, car, rejetés par la conquête dans les montagnes abruptes et presque inabordables, ils sont complètement restés en dehors de la civilisation. De loin en loin, quelques-uns de ces indigènes ont pu être observés par des voyageurs et des missionnaires ; l'une de leurs tribus, les Lolos, a été en particulier signalée récemment par Francis Garnier et de Richthofen ; tous ceux qui les ont approchés ont pu constater chez eux de grandes différences avec les peuples de race jaune, leur teint est blanc, leurs cheveux souvent blonds, leurs formes sont plus anguleuses; leur langage, absolument différent du chinois, n'a point encore été étudié, en sorte qu'il n'est pas possible d'en tirer des déductions sur leur origine. Ces aborigènes semblant appartenir à la même famille, se retrouvent encore dans les montagnes de l'ile d'IIainan, dans celles de l'île Formose.
Les migrations qui se sont succédé sur les grands fleuves de l'Asie, paraissent avoir conslamment suivi la même route, du nord-est au sud-ouest; de tout temps les plaines du nord de laChinefurent envahies par des peuples de race touranienne se dirigeant vers le plateau de l'Asie centrale. Ils descendaient dans les pays situés à leurs pieds pour y piller les habitants fixés au sol, relativement plus riches et plus industrieux. Ces migrations, bien peu connues pour les périodes éloignées, deviennent historiquement beaucoup plus précises à niesme qu'elles se rapprochent de nous. Vers l'un 900, les Khitans, peuplade d'origine touranienne, fondaient un État très-étendu dont la capitale était une ville nommée Yen, située à peu près sur l'emplacement actuel de Pckin ; plus tard ils en furent dépossédés par une peuplade de même race, les Yii-tchin, qtii constituèrent un véritable empire celui de Kin, et refoulèrent la dynastie alors régnante, celle des Soûn jusque dans la vallée du Yang-tze-kiang. Mais les uns et les autres furent balayés par un nouveau peuple, inconnu ou dédaigné jusqu'alors, les Mongols, qui s'élevèrent rapidement à la domination de toute l'Asie.
La race chinoise, déjà profondément modifiée depuis des siècles, se trouvait incessamment en rapport avec des conquérants de la haute Asie, qui certainement mélangaient leur sang au sien par des unions probablement d'abord forcées, puis acceptées et même recherchées. Ces unions devinrent évidemment plus fréquentes sous la dynastie mongole ; elle ne dura qu'un siècle, mais laissa dans toute la Chine des traces profondes. Enfin, depuis 1644, l'élément tartare-mandchou est venu s'implanter sur le sol chinois et s'y fondre peu à peu, car aujourd'hui il a presque disparu ethnologiquement dans les provinces méridionales, et ne subsiste assez vivace que dans le nord, oîi, plus nombreux, les Tartares se sont un peu mélangés avec les Chinois.
Toutes ces migrations sont récentes si l'on compare leurs dates à celles de la chronologie chinoise qui prétend remonter jusqu'au quarantième siècle avant notre ère. Quels étaient à ces époques reculées les véritables habitants des belles vallées du Yang-tze-kiang et du Hoang-ho? Etaient-ce les Miao-tze seuls, ou n'avaient-ils pas déjà subi d'autres mélanges ; n'avaient-ils pas en particulier
ressenti l'influence de migrations méridionales d'une race noire, dont aucun événement historique ne retrace le passage, mais dont bien des caractères ethnologiques, encore appréciables, semblent nous démontrer l'existence ? Quoi qu'il en soit, nous nous trouvons en présence des difficultés qui se rencontrent dans l'étude de toutes les races jaunes, mais nulle part elles ne paraissent aussi prononcées que dans celles du rameau sinique, division admise par les naturalistes, quoiqu'ils ne soient point d'accord sur les familles qui le constituent.
On peut considérer le rameau sinique, branche mongole ou méridionale du tronc jaune ou mongol, comme constitué par trois familles. La première, famille chinoise proprement dite, diffère des deux autres par l'obliquité très-caraclérisée des yeux; les deux autres familles l'indo-chinoise et la thibétaine présentent l'une et l'autre ce phénomène beaucoup moins marqué ; de plus; elles se différencient entre elles par le fait seul de leur constitution générale, trèsgrêle chez les Indo-Chinois, athlétique chez les Thibétains. Ces variations ne constituent pas des caractères très-sensibles, ce sont plutôt des nuances; d'un type à l'autre, le passage est quelquefois insensible ; cependant M. de Quatrcfages considère ces distinctions comme suffisantes pour la séparation des trois familles.
la famille chinoise habite les trois vallées que nous avons décrites plus haut et qui forment les bassins du Hoang-ho, du Yang-tze-kiang et du Si-kiang. Cette famille n'est point toujours identique avec elle-même ; elle subit évidemment l'influence des milieux qu'elle habite et qui sont souvent bien différents comme altitude, comme climatologie, comme richesse du sol ; elle n'est certainement point homogène, mais elle est trop peu connue pour qu'il soit possible de la diviser encore en plusieurs groupes. La famille chinoise se caractérise par un ensemble de formes concrètes et symétriques, un peu plus grêles que les formes européennes ; les extrémités sont fines et petites, le teint pâle, mat attirant un peu sur le jaune, sensiblement plus foncé dans le sud, où certains paysans acquièrent une coloration aussi prononcée que celle des habitants des bords du Gange.
Le crâne présente un indice céphalique variant entre 0,778 chez les hommes, 0,780 chez les femmes, mais ces moyennes résultent d'extrêmes très-différents; dans certaines têtes on trouve un maximum de 0,860, un minimum de 0,750. L'angle pariétal est moins variable, la moyenne générale varie entre 9 ',6 et H",?; cette moyenne est donc plus élevée que dans les types mongols purs, cependant un coup d'œil suffit pour faire reconnaîlre que les arcades zygomatiques sont moins rejetées en dehors, l'augmentation de l'angle tient à la diminution des diamètres transverscs. L'angle facial varie de 76", 5 à 71", 5, avec 73°, 7 comme moyenne, du moins sur les crânes existant actuellement dans les collections. Les bosses frontales sont saillantes, les os nasaux peu développés, plais, les os malaires sont très-accusés, atteignant quelquefois l'écartement des arcades, lesquelles moins saillantes que chez les Turcs, conservent cependant le même caractère, mais adouci.
La face présente un prognathisme très-remarquable, le maxillaire supérieur, le maxillaire inférieur font saillie, rappelant de bien près ceux des Papouas ; le nez est arrondi, écarté, ouvert, les joues grasses, arrondies dans le bas.
La barbe est peu abondante, celle du menton ainsi que les moustaches étant tardive et rare et les favoris faisant entièrement défaut. I>es cheveux sont constamment noirs, longs, épais et luisants.
Les yeux impriment à la physionomie son caractère le plus saillant; ils sont obliques, voilés, l'angle CNternc des paupières se trouvant beaucoup plus élevé que l'angle interne ; selon Siebold, cette obliquité apparente ne tiendrait qu'à la projection des arcades zygomatiques, mais cette opinion n'est pas exacte ; à elle seule, la projection des arcades, en tendant la paupière inférieure, amènerait au contraire l'abaissement de l'angle externe et non son élévation. et du reste la peau avoisinante n'est pas tendue, elle est au contraire légèrement boursouflée, ce qui indique qu'il y en a plutôt en trop.
Les femmes sont, en général, plus petites que l'bomme, elles ne se flétrissent pas, quoi que l'on en ait dit, plus rapidcmcment que les femmes européennes ; rien ne paraît sans doute plus éloigné de notre type idéal que les traits ronds et aplatis de leur visage ; cependant le caractère riant de leur physionomie, l'air de jeunesse et de santé qui l'anime en général jusqu'au moment du mariage, la beauté de leurs dents petites, brillantes et admirablement rangées, la gentillesse de leurs manières, la finesse exquise de leurs extrémités et la concrétion de leurs formes constituent un ensemble fort agréable qui n'est exempt ni de grâce, ni de beauté.
Ce type général de la famille chinoise laisse de la place à de grandes variétés ; plus généralement cependant les types exceptionnels proviennent des mélanges de race dont nous avons parlé.
A côté des Chinois proprement dits, on trouve encore siu' le sol de la Chine des Tartares-mandchoux, se rapprochant des Chinois par leurs traits physiques, bien qu'ils soient, en général plus robustes, qu'ils aient pins de barbe, que leur nez soit un peu moins aplati, leur peau un peu plus blanclie, et que la teinte de leurs yeux et de leurs cheveux ne soit pas absolument noire. Les Mongols qui habitent dans les provinces du nord, surtout dans le Pe-tchély, ont à peu près la même taille que les Européens, mais leur aspect est beaucoup moins agréable que celui des Chinois ou des Tartares. Leur peau est brune, ils ont les épaules larges et beaucoup trop hautes, le cou énorme, les mains osseuses, les jambes trop courtes, le nez épaté, le menton proéminent et pointu, les dents longues et écartées, les cheveux plats, les yeux noirs et clignotants.
Les provinces du IVord et du Nord-Ouest renferment un assez grand nonibi'e de Turcomans qui se sont conservés à peu près intacts de tout mélange, il en est de même des Juifs qui forment en certains points des petits groupes assez compacts en conservant toujours leur type invai'iable. Leur existence en Chine semble être fort ancienne et remonter à la dispersion des dix tribus.
b. Faune. La faune comme toute l'histoire naturelle de la Chine, est relativement peu connue ; ce n'est pas que les documents indigènes soient absolument rares, mais ils sont fort incomplets. On peut néanmoins trouver de bonnes indications dans l'ouvrage intitulé Poun-tsao (herbier), volumineux ouvrage qui porte au plus haut degré l'empreinte du caractère national, dont il décèle à chaque pas l'infatigable patience, la vanité ridicule, la puérile el imperturbable ingénuité. 11 comprend quarante volumes in-octavo. Sa classification, déterminée par les conformités apparentes ou simplement par les signes du langage écrit, ne repose point sans doute sur des caractères vraiment spécifiques. Toutefois, parmi les notions bizarres, les appréciations erronées ou candides, les innombrables descriptions qu'il renferme, le naturaliste européen pourrait puiser de très-précieux enseignements.
La meilleure source d'iuformatious consiste évidemment dans les leclierclies et les études sur place des naturalistes, parmi lesquels on doit citer avant tout deux hommes appartenant l'un aux missions protestantes, le docteur R. Fortune, j l'autre aux missions catholiques, l'ahhé David, qui, à vingt ans de distance, ont , entrepris de longs voyages dans l'intérieur de la Chine et ont enrichi les sciences naturelles de hien précieuses observations. Le dei'uier, toujours en pleine activité de travail et de recherches, ne laisse pas que d'adresser chaque année : au Muséum ou à l'Institut le fruit de ses remarquables observations.
Les différents types zoologiques répandus dans les vastes régions torrides ou glacées, peuplées ou désertes, montagneuses ou unies, fécondes ou stériles, nues ou boisées qui constituent le territoire de Tempire, offrent des variétés nombreuses ; nous ne citerons que les principales :
Dans la famille des quadrumanes, on rencontre le doue cochinchinois [simia nemœus), grande espèce de singe, de deux ou trois pieds de haut, remarquable par la diversité de ses couleurs. Dans celle des chéiroptères, on trouve plusieurs espèces de chauve-souris, dont la description chinoise extraite du Pou-tsao ne laisse pas que de donner un aperçu de la façon dont on y trouve mélangée la fable avec des aperçus très-exacts : « Cet animal a la forme d'une souris, son corps est d un gris cendré, ses quatre jambes et sa queue sont comme soudés ensemble par des ailes luinces et membraneuses ; il fait sou apparition eu été, mais demeure engourdi pendant l'hiver : c'est pourquoi ne mangeant lien, durant cette dernière saison, et ayant la faculté de se nourrir de sa propre haleine, il peut vivre très-longtemps...., il se nourrit de moustiques et de moucherons et vole toujours la tète pendante parce que son cerveau est très-pesant. )» Dans les plantigrades, on peut signaler Vuurs brun assez commun dans les montagnes de l'ouest, Yours blanc, qui fréquente parfois les côtes de la Mandchourie, le glouton, dont lafourrure recherchée et dont le poil soyeux sert à fabriquer des pinceaux à écrire. Parmi les ditjiligrades, on trouve plusieurs espèces de martres, la loutre terrestre et la loutre de nier, la belette, le chien au poil épais et rude, invariablement noir ou jaune clair, sans mélange d'aucune autre couleur; le corps est haut d'un à deux pieds environ et long en proportion, la queue longue et abondamment frisée, généralement relevée; les jambes de derrière sont remarquablement droites, ce qui lui donne un air gauche et l'empêche de courir très-vite; les oreilles sont roides, pointues, la tète effilée, les yeux petits, noirs et perçants; ce chien est sobre et de mœurs assez sauvages, sa Vciixest éclatante et ses aboiements sont précipités. Les dames chinoises font grand cas d'un chien au poil soyeux, aux yeux saillants, aux jambes torses, aux oreilles longues et pendantes, qui semble être originaire du Japon. On trouve encore dans cette famille, le loup et le renard, \a panthère, le chat et le lynx. Le lion et le t'gre ne semblent plus exister qu'à l'état de légende; ils ont été chassés par le développement de la population.
Dans les rortjfewrs, on rencontre le rat noir commun, Isl souris, leporc-épic, le hérisson, lamarniotte, Y écureuil, lelièvre et le lapin; on signale un grand lièvre, très-commun en Mandchourie, il a le pied remarquablement allongé et son poil, fauve en été, devient presque blanc en hiver. Dans les édentés, il faut citer le manès ou pangolin dont les formes singulières et les habitudes amphibies font la stupéfaction des naturalistes chinois, qui lui donnent le nom de carpe de
n)ontagne.
Dans les pachydermes, on remarque le tapir qui, d'après les Chinois, digère
les pierres et le cuivre, le sanglier, très-commun dans le Tclié-kiang, le cochon dont les jambes sont courtes, le dos particulièrement ensellé, le corps trèsari'ondi, le groin tronqué et l'engraissement remarquablement facile; cette espèce a été introduile en Angleterre dès la fin du siècle dernier; le cheval, petit, osseux, trapu, peu gracieux de formes; il a la tète grosse et la croupe ravalée et rappelle le poney des Schetland ; par contre, le mulet est singulièrement vigoul'eux et de belle taille dans le nord ; il remplace entièrement le cbeval comme animal de selle ou de trait.
Dans l'ordre des ruminants, ilfaut signaler en premier lieu le chameau d' Asie à deux bosses qui rend les plus grands services dans le nord et le nord-ouest ; on voit à Pékin des chameaux plus fins, aux membres grêles et nerveux, aux formes élancées qui sont de véritables chameaux de course ; viennent ensuite les bœufs, très-petits, roux, les buffles, beaucoup plus forts que ces derniers et fort utilisés pour les travaux de l'agriculture, le yak ou bœuf grognant du Thibet, \SiChèvre, \e mouton dont on distingue plusieurs variétés: le Yang-tsao ou mouton des herbes qui fréquente les pâturages tartares, et le Yang-ti, mouton à lai'ge queue introduit récemment en Europe. Sa sobriété, sa rusticité, sa fécondité le recommandent aux éleveurs, la qualité de sa laine, un peu grossière, pourrait sans doute être améliorée; Icbubale, grande antilope, caractérisée parla protubérance mobile et recouverte d'un bouquet de longs poils roides placés sous sa gorge; plusieurs espèces de cerfs ; une espèce de renne aux cornes rondes; le chevrolm porte-musc.
Aussi curieux et aussi variés, les oiseaux de la Chine sont moins connus que ses mammifères, parce qu'étant moins utiles, ils ont été moins étudiés, et que la plupart d'entre eux, habitant des régions inaccessibles, ont encore échappé aux recherches des naturalistes. L'ordre des rapaces diurnes et nocturnes est très-complet, aussi l'art de la fauconnerie était-il en grand honneur chez les Mongols et se pratique-t-il encore dans les plaines du nord. L'ordre des palmipèdes est fort riche, on y trouve: le canard domestique et le canard sauvage dont on constate plusieurs espèces, en particulier le canard mandarin. Voie sauvage et domestique, la sarcelle, les pélicans, le cormoran, les mouettes, etc. Parmi les échassiers, on doit citer les grues, la cigogne donnée par les chinois comme emblème de la longévité, le héron, le courlieu, les pluviers, la bécasse et la bécassine, les râles, la poule d'eau. Dans la tribu des gallinacés, la poide domestique très-répandue dans toute la Chine et dont on dist ngue deux espèces, la poule commune très-sobre et bonne pondeuse, mais de difficile engraissement, et la poule soyeuse remarquable par la ténuité et la couleur noire de son plumage, la perdrix grise et rouge, la caille dont on dresse le mrde au combat, le colin et le franc-colin, le coq de bruyère, le pigeon, le paon et plusieurs variétés de faisans, tous originaires de la Chine et tous parés des plus maguiques couleurs, on y distingue le f. d'or et le /. d'argent, le /. à queue barrée, le /'. argus, le /. à collier ou f. à cornes, le /. vénéré inconnu jusqu'à ces dernières années en Europe.
Dans les passereaux, famille si nombreuse, on doit noter quelques espèces de pie-grièches, àe gobe-mouches , àe fauvettes, àe merles, \a. grive violette ci h g. à lunettes, l'alouette, l'hirondelle, l'engoulevent, le rouge-gorge el la fauvette, le moineau franc, le corbeau à collier blanc que les Chinois vénèrent comme l'emblème de la piété filiale, le geai et plusieurs espèces de pies dont la plus remarquable est la p. bleue à bec rouge, etc.
La classe des reptiles renferme beaucoup de tortues d'eau douce et d'eau salée, plusieurs espèces de serpents, dont une seule le na-ja parait être venimeuse, la grenouille aussi comestible qu'en Europe et le crapaud.
La tribu des sauriens est particulièrement nombreuse, quantité de petits lézards ont été décrits par les naturalistes indigènes, mais ces derniers ne connaissaient point le crocodile.
11 n'est pas de pays au monde dont les ressources ichthyologiques surpassent ou égalent même celles de la Chine; ses mers, ses rivières et ses lacs abondent en poissons de toutes sortes et de toutes grandeurs. On sait que les Chinois excellent dans l'art de la pêche qui leur fournit d'abondantes ressources ; ils ont pratiqué, bien avant nous, la pisciculture. Il est constant qu'ils cultivent, de temps immémorial, cette précieuse industrie avec intelligence et succès. Les meilleurs poissons des mers chinoises sont: Yesturgeon, le requin zébré et le r. marteau dont on vend la chair sur les marchés du sud, une raie gigantesque qui atteint parfois cinq pieds de longueur, plusieurs serrans et un polynème, un stroniatée, plusieurs espèces de soles, de maquereaux, de mulets, de rougets, ïalose et Vanclwis.
Les poissons d'eau douce sont très-nombreux et quelques-uns atteignent une grandeur vraiment prodigieuse. Parmi les plus connus, il faut citer la carpe commune, le hoang-yu (poisson jaune) que l'on pêche dans le Yang-tse-kiang et qui pèse jusqu'à 300 kilogr., deux ou trois sortes de goujons, le pih-fan (riz blanc) de 10 à 12 centimètres, dénué d'arêtes et presque diaphane, on le considère comme le plus délicat des poissons de Chine, le brochet, différentes espèces de cliétodons aux couleurs brillantes, etc.
Les crustacés et les mollusques de la Chine n'ont pas encore été classés scientifiquement, les seconds dont il existe d'importantes collections sont imparfaitement conims. On peut citer dans la classe des crustacés Vécrevisse, la crevette, plusieurs espèces de crabes, tous comestibles.
On trouve dans le limon des rivières, ou sur le sable des grèves, une assez grande vai-iété de coquillages, et les coquilles à perles ne sont pas rares sur les côtes orientales ; les Chinois assurent qu'ils connaissent le moyen de les reproduire artificiellement, en introduisant dans certains coquillages un filament enlevé à la mère perle.
Les insectes de la Chine ne sont ni moins variés, ni plus connus que ses poissons ou ses mollusques. On peut citer comme les plus communes Y araignée dont il existe de nombreuses variétés, le scorpion, la sauterelle, le criquet, le grillon, ie cancrelat, la courlilière, la cigale commune, deux autres cicadaires, la cicada limbata qui se nourrit des feuilles dupe-la-chou (arbre à suif), et \&fidgore porte-lanterne, quelques grandes espèces de co/eo/;té/'es, la scolopendre venimeuse, le termite, V abeille, plusieurs sortes de lépidoptères, le moustique annelé, etc.
c. Flore. Si l'on considère l'immensité de l'empire du milieu, l'extrême diversité de ses latitudes froides, tempérées ou torrides, les prodigieuses inégalités de son sol, on est convaincu que la flore chinoise est une des plus variées du globe. Nous ne ferons cependant qu'effleurer ce vaste sujet en indiquant simplement les végétaux les plus utiles et les plus connus de la Chine.
Dans la tribu des conifères, on trouve plusieurs pins, cyprès, genévriers, ifs et thuyas, le mélèze, plusieurs variétés de cèdres; dans celles des oliacées, Volivier commun, le melia azedarach ; dans celle des algues, plusieurs varechs
dont les liges ou les semences, particiilièremenl celles du girjartinatenax offrent de précieuses ressources à l'industrie et à l'alimentation.
Dans les graminées, on rencontre le riz aquatique et le riz des montagnes, le blé, Yoiqe, le juillet, le maïs, V avoine, la canne à sucre, plusieurs roseaux, \ le bambou, etc.
Parmi les palmiers, on remarque le cocotier assez commun à Haïnan, le rhaphis, lepandanus utilis. Dans la tribu des aroïdées et celle des alismacées, le caladium cuculatum, Varum esculentum, Y arum indicum, la sagittaria sinensis dont les racines desséchées et réduites en poudre fournissent un aliment léger et salubre.
Dans la tribu des liliacées, Vagapanthe, plusieurs sortes à'hémérocallis, la tubéreuse odoriférante, plusieurs espèces de lis, Voignon, l'ail, la ciboule, le dragonnier pourpre et Valoès.
Dans celle des dioscorées, la patate et V igname; parmi les amargllées, plusieurs variétés de crinole, de narcisses et d'amargllis; parmi les musacées, de nombreuses espèces de bananiers dont les fruits sont une ressource précieuse de l'alimentation publique ; dans la famille des amomées, on trouve diverses sortes àe cannes (balesiers), le galanga officinalis, le gingembre qui croît dans toute la Chine et qui est l'objet d'un grand commerce. Dans les orchidées, on remarque une grande variété d'espèces, mais non la vanille; dans celle des, amentacées, le saule, plusieurs chênes, le châtaignier, \& noyer, le coudrier; dans celle des urticées, le platane, plusieurs figuiers dont le /'. banian et le f. rampant, Yarbre à pain, le mûrier dont il existe plusieurs espèces, l'une d'elles, le morus broussonetia, sert à fabriquer du papier, le chanvre; dans la famille des protéacées, le dryandra cordata; dans celle des enphorbiacées , le ricin, quelques variétés de croton, lejatropha, le sterculier, le stillingia. La tribu des hydrochasidées renferme la macre ou châtaigne d'eau dont la graine se vend commecomestible. Dans le&piperacées, nous trouvons le poivre bétel, le tchoulan dont la fleur sert à parfumer les thés médiocres ; parmi les rumex, la rhuharhe, Yepinard, la bette, le basilic, le sarrasin; parmi les ilicinées, un assez gi-and nombre derhamnus, lezizyphus, Yhoverria, le pimélia.
La grande famdle des légumineuses comprend beaucoup d'espèces trèsrépandues et très-utiles : diverses sortes de pois et de fèves, plusieurs doliques dont l'une produit l'indigo et l'autre fournit le soi ou fromage de pois, la réglisse, Yérythrine, le cassier, Yarackide.
Les tribus des rosacées et des myrtacées ne sont guère moins riches qu'eu Europe. Outre une foule d'espèces charmantes telles que la rose, l^spirée,le. myrthe, le henneh, Yhydrangée, le passiflore et le tamaris, elle renferme plusieurs sortes d'amandiers, le grenadier, le loquat, le goyavier , le poirier, le pommier, le pêcher, l'abricotier, le prunier. Il faut reconnaître toutefois que les fruits de la Chine ont, en général, moins de saveur que ceux d'Europe, soit que les espèces cultivées ne valent pas les nôtres, soit qu'ils atteignent trop vi'e leur maturité.
Parmi les cucurbitacées , on doit remarquer le concombre, la. tomate, Yaubergine, plusieurs sortes de courges, le benincaca cerifera, la calebasse et la pastèque, le papayer, le carambolier. Parmi les araliacées, le (//«-.sent/ qui croit en Mandchourie et dont le commerce est l'objet d'un monopole impérial. P?rmi les malvacéesei les dianthées, Y allhœa sinensis, plusieurs variétés d'œillet, de lychnides et d'hibiscus, deux espèces de cotonnier, le c. arborescent et le c. herbacé.