‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V 16Chapitre 15 sur 49 · CHINE. ICI · texte numérisé non relu

CHINE. ICI

Dans la tribu des camelliers, le c. japonica et surtout plusieurs espèces de thés. Dans le groupe nombreux des renonculacées, dc^- variétés de magnolia^ la badiane, \ actabolryx odoratissimus et Yimonaodorata, Yactœa aspera, Vepitievinette, la clématite, la digitale, le nelumhiuni dont la racine tuberculeuse fournit un produit alimentaire très-estimé, \a pivoine ; dans celui des papaveracées , lepavot dont la culture s'étend de plus en plus depuis quelques aimées.

Dans la famille des crucifères, le chou, le cresson, la moutarde; dans celle des aurentiacées,\Q citronnier, Voranger, le cédratier, le pamplemousse, le houangpi [cookia punctata) , plusieurs arbustes très-odoriférants, comme le murraya exotica.

Le savonnier et le litchi se rencontrent dans le groupe des sapindacées ; à celui des nt&iace'es, appartiennent quelques variétés de chèvre-feuille, une viorne très-odoriférante, la sérissa, Vixora coccinea, ; à celui des composées, plusieurs genres d'asters et de chrysanthèmes, le carthamus tinctorius, la chicorée, la laitue, lepissenlit, plusieurs espèces d'a/')»oise; à celui des solanées, la pomme de terre, la stramoine, plusieurs piments, le tabac. Les /a&ie'es sont nombreuses ; la grande famille des convolvulacées renferme le convolvulus reptans, l'ipomea maritima, Yipomea guamoclit. Dans les apocinées, on distingue le laurier rose, le franchipanier, la. pervenche de Madagascar; dans la ti ihii des rhododendrées, plusieurs espèces de splendides azalées, dans la tribu des oléacées, l'olivier odorant, olea fragans dont les fleurs servant à relever le parfiwn du thé ; ou ne conjiaît pas en Chine l'olivier commun.

d. Minéralogie. Les richesses minéralogiques que possède l'empire de Chine sont assurément aussi variées qu'abondantes. Parmi celles que les étrangers se sont trouvés à même de connaître, il faut citer les granits, utilisés dans les constructions, ainsi que les grès et les micachistes ; beaucoup de belles gemmes, entre autres du quartz magnifique, du cristal de roche très-pur, des agates, des .serpentines, des lazulites, des opales, des diamants, des }-ubis, des améthystes et lehmeuxjade si estimé des indigènes; plusieurs espèces de marbres assez grossiers.

Le gypse cristallisé sert à une foule d'usages industriels, ainsi que le nitre et alun. On trouve encore h sel commun, recueilli des eaux de la mer, le se/ ammoniac recueilli près des lacs de Mongolie.

L'or et l'argent se rencontrent en différents points de la province du Yu-nan, mais en petite quantité; le cuivre est fort commun, beaucoup plus que le fer et le zinc provenant des mines duHou-pé, Vétain est presque inconnu, le plomb assez xare. Le mercure s'extrait en grande quantité des mines duKoueï-tclieou.

La houille existe en couches considérables dans plusieurs provinces, surtout dans le nord et dans le Kouang-toung ; mais ces richesses minéralogiques ne sont pas largement exploitées, les Chinois ne pouvant, tante de moyens mécaniques, creuser des puits de mine suffisants, et se l'efusant à admettre l'industrie européenne.

Y. Hygiène publique et privée, a. Villes. Habitations. Nous avons déjà signalé, en parlant de la population et de sa densité très-grande dans certaines provinces, du nombre considérable de villages importants et de villes dont sont parsemées les campagnes. Eu général, comme dans les autres contrées, on a choisi pour leur emplacement l'entre-croisement de routes naturelles, le point de rérmion de deux rivières importantes ; la population s'est agglomérée ià où ses intérêts l'appelaient, sans envisager si la situation était plus ou moins

DICT. EXC. XYI. 11

favorable au point de vue hygiénique. D'autrefois cependant, l'on a obéi à des^ considérations d'un ordre différent; les Tar tares, et avant eux les Mongols, conquérants les uns et les autres de la Chine, ont élevé des forteresses, des camps retranchés sur des points stratégiques ; la population est alors venue peu à peu se grouper à l'ombre protectrice de la citadelle; enfin, les fondateurs de quelques villes n'ont cherché dans leur emplacement qu'à bien rencontrer la position la plus favorisée par la divinité et, comme les premiers Romains, ils ont consulté leurs devins et leurs oracles, qui ne pouvaient manquer de leur traduire exactement les volontés du ciel ; c'est ainsi que Koubilaï-Khan, consulta ses astrologues avant de construire Pékin, et leur demanda en particulier de lui indiquer l'endroit le moins humide de la province. Il est infiniment probable que les devins mongols, comme ceux de l'antiquité gréco-égyptienne, joignaient à leurs connaissances théologiques un certain degré de science véritable et un esprit réel d'investigation, car l'oracle ne manqua pas de fixer le point le plus sec de la province du Pé-tchély, celui où il pleut le moins, ainsi que nous le constatons encore de nos jours.

Dans le sud de la Chine, où les fleuves constituent les seules grandes voies de communication, les villes importantes sont toutes fixées sur leurs rives; llangkao est situé à l'intersection du Yang-tze-kiang et de deux rivières considérables; Nan-king, Ngau-king, Tchoung-king sont également sur ce fleuve, Sou-tcliéou et Shang-hai s'étendent sur les bords du Wam-pou qui se jette dans le fleuve bleu; rarement les grandes cités maritimes sont directement assises sur les côtes, elles ont presque toujours été élevées au fond d'une baie profonde, comme Amoy, Swatow, Fou-tchéou, .\'ing-po. L'absence d'atterrissements faciles sur les bords mêmes de la mer et la crainte des pirates, plus faciles à arrêter dans un estuaire que dans un port ouvert, sont évidemment le motif de cette disposition.

Les villes et les villages sont reliés entre eux par de nombreuses voies de communication maritimes ou terrestres. Nul pays, plus que la Chine méridionale n'est sillonné d'autant de rivières ou de canaux sur lesquels flottent d'innombrables barques poussées par le vent, presque toujours sensible dans ces grandes plaines, ou halées par leurs équipages le long des berges. Aux embouchures du Hoang-ho et du Yang-tze-kiang, l'aspect de ce pays plat et humide, la vue de multitude de voiles semblant cheminer au milieu des prairies, rappelle singulièrement les paysages de la Hollande et les nombreux méandres que forment le Rhin et la Meuse avant de se. jeter dans la mer. Toute une population de pêcheurs, de mariniei's est ainsi établie sur les bords des canaux, vivant toujours sur ses barques et formant des relais prêts à remorquer les btiteaux, lorsque le vent ne leur est pas favorable. L'entretien des canaux et de leurs berges, pour lesquels les budgets provinciaux sont largement dotés, laisse beaucoup à désirer depuis quelque vingt ans, aussi la circulation devient-elle parfois fort difficile ; d'autre part les inondations sont de plus en plus fréquentes et dévastatrices.

Dans le Nord, les rivières et les canaux sont plus rares, aussi les transports commerciaux se font-ils par voie de terre. Dans la plupart des cas, la route autrefois tracée est devenue impraticable faute d'entretien ; les voitures ont cherché leur voie à travers champs, l'habitude a fait prendre la nouvelle direction, jusqu'à ce que le sol, de plus eu plus défoncé, rende nécessaire une troisième modification au tracé primitif et de la sorte une grande portion de terres utilisables est perdue par le passage continuel des voitures et des piétons. Du

CHINE. l(jo

reste, ces routes qu'on n'empierre presque jamais, sont détestables, les voitures j enfouceut toujours jusqu'au moyeu dans la poussière, en hiver, dans les iïaqiies d'eau en été ; à cette époque et à la suite des grandes averses, la circulation est souvent interrompue pendant plusieurs jours. Aux environs des villes, de Pékin en particulier, et sur quelques routes très-importantes, l'on avait, dans le' temps de la splendeur de l'empire, disposé un dallage fort bien compris, mais actuellement les dalles manquent, ou sont creusées de profondes ornières ; à chaque pas l'on tombe dans une excavation, et les charrettes y subissent de tels cabots que voyageurs et marchandises en sont iort endommagés.

Des deux villes dont Pékin est formé, la ville tartare et la ville chinoise, la première mesure : du N. au S. 5,500 mètres; de l'E. à l'O., 0,500; sa superficie est de 5,575 hectares, sou périmètre de 24 kilomètres; la ville rouge ou cité impériale, incluse dans la ville Tartare, contient en surface 668 hectares.

La ville chinoise compte : du N. au S. 5,550 mètres ; de l'E. à l'O. 7,500; sa superficie est de 2,500 hectares, son pourtour, de 21 kilomètres. Ces deux villes réunies forment une superficie de 6,000 hectares et yn périmètre de 32 kilomètres, à quelques unités près. La topographie est plus régulière dans la première que dans la seconde. Là, moins soucieux de son peuple qu'il ne l'a été de ses Tartares, le fondateur de Pékin a laissé les Chinois libres de disposer leur cité à leur guise ; aussi la ville chinoise ressemble-t-elle un peu aux autres villes de la Chine, aux rues étroites, tortueuses, aux maisons pressées les unes contre les autres, à population agglomérée, bruyant centre d'activité commerciale, rendez-vous d'affaires et de plaisir. La ville tartare, au contraire, plus calme, plus grandiose, offre un cachet que l'on ne rencontre nulle autre part en Asie et semble participer de la majesté impériale qu'elle abrite.

Les grandes voies de cette ville ne sont pas bien entretenues ; aux environs des portes existe un dallage actuellement en ruines ; un peu plus loin les rues sont formées d'une chaussée, faite d'une sorte de macadam primitif, que l'on a l'air de relever quelquefois, et de bas-côtés que l'on abandonne absolument à eux-mêmes.

Lorsque l'on est habitué à nos belles routes d'Europe, à nos splendides avenues du nouveau Paris, on ne saurait se figurer à quel point l'absence d'un service de ponts et chaussées peut réduire les voies de communication, et l'on se prend à désirer que certains Parisiens pussent être transportés pour quelques heures à Pékin ; ils en reviendraient à tout jamais reconnaissants envers nos édiles.

En hiver, le sol, subissant une sécheresse de plusieurs mois, se transforme en une couche de poussière de 50 centimètres à 1 mètre d'épaisseur, toujours •soulevée par le vent ; la température descend au-dessous de 0", mais ne peut durcir un sol, tellement anhydre que des objets de métal y séjoui'uent plusieurs mois sans s'oxyder. Cette poussière froide recouvre les vêtements, la figure, pénètre dans les maisons et constitue un véritable fléau. En été, la scène change, tout le sol se transforme en boues ; plusieurs rues sont tellement défoncées que les portes des maisons s'élèvent à 1 mètre et demi au-dessus de la voie, et alors, à la suite des grandes pluies, ce sont des lacs qui forcent voitures et piétons à faire un grand détour pour trouver un chemin praticable.

Mais ce n'ost pas tout : ce sol sur lequel se sont déversés pendant huit mois tous les détritus, tous les excréta d'une population immense, subissant ruclion combinée de la chaleur et de l'humidité, entre en fermentation et forme un

véritable marais trop odorant, dont les miasmes sont certainement la cause des fièvres putrides que l'on observe à cette époque.

Le sol de Pékin est si particulièrement riche en matières organiques que les paysans des environs, lorsqu'ils n'ont pas le moyen d'acheter d'autres engrais, viennent enlever les boues 'afin d'en fumer leurs terres.

Dans la ville chinoise le même inconvénient se reproduit, mais les rues étant en général plus étroites, la population marchande qui les habite, prend elle-même ses mesures et fait réparer à ses frais le chemin qui mène à ses boutiques. Nous verrons du reste, dans le cours de cette étude, qu'il existe de véritables institutions municipales dans les villes chinoises, tandis que les villes tartares ne dépendent que du gcuvernenient ; or celui-ci a eu, depuis bien des années, à s'occuper de choses infiniment plus graves que l'hygiène de ses sujets.

Quelques avenues aux abords du palais sont plantées d'arbres ; ils ont vieilli comme le reste cl ne prêtent aux piétons qu'un ombrage illusoire. Ils meurent, et quelque petit Ibuctionnaire les fait abattre pour son usage personnel ; persoime, bien entendu, ne songe à les remplacer.

11 existe cependant dans l'intérieur de la ville tai'tare de belles coui's, de grands jardins plantés d'ormeaux, de pins, de chênes, de thuyas; ce sont ceux des habitations jinncières et des pagodes. 1 a nui celles-ci, deux forment de véritables parcs : le temple du ciel et le temple de l'agriculture, immenses espaces de 4 kilomètres et plus de circuit, situés au sud de la ville chinoise, coupés de bois et de piairies, que l'on n'entretient pas beaucoup, mais qui n'en sont pas moins de charmantes promenades. Elles sont interdites au public; uue affiche placée à l'entrée principale avertit même qu'il y aurait peine de mort à qui pénétrerait dans cette enceinte sacrée. C'est là, en effet, que le Fils du Ciel va, chaque année, implorer l'Esprit créateur de toutes choses, le Dieu que ne renferme aucun temple, lui offrir en sacrifice tous les pi'oduits de la terre et exercer un culte dont il est le seul pontife. On le voit, c'est-là une doctrine idéale, beaucoup trop élevée pour la multitude; elle possède à sa disposition de petits temples de bas étage où elle pourrait faire ses dévotions si l'envie lui en prenait. Mais le Chinois n'est point religieux ; et d'autre part, il ne ressent jamais l'envie de respirer un air plus pur que celui de son quartier; il n'est donc privé ni dans sa foi, ni dans ses goûts de promenade.

A bien plus forte raison ne peut-on pénétrer dans les beaux parcs qui entourent la résidence impériale, non plus que sur les bords des grands lacs qui l'arrosent. Ces vastes pièces d'eau, parsemées d'îles couvertes de constructions gracieuses, s'étendent sur une surface considérable dans la ville rouge. Par une faveur toute spéciale et pour éviter de trop grands détours, on tolère le passage sur un pont qui les sépare et d'où l'on peut jouu- d'un spleiidide coup d'œil ; on regrette d'autant plus la mesure prohibitive en interdisant l'entrée à tous autres qu'aux serviteurs intimes et aux eunuques.

Dans ces jardins se trouve la fameuse montagne de charbon, gigantesque amas de houille qui mesure certainement plus d'un million de mètres cubes; un empereur fit accumuler ce combustible pour fournir le chauffage de la ville dans un cas de siège. Recouverte de terre végétale, plantée de grands pins, oniée de pavillons élégants et de pagodes, cette pyramide domine de 50 mètres et plus les palais et la ville entière.

Il n'existe donc h Pékin rien qui ressemble à une promenade publique et nul

indigène n'en ressent h. i'/îV-^in ; le Gliiuois ne comprend a"iire. ^ae .'oit sa mette en mouvement saisa y être forcé par les affaires, et les Tartares, adoptant progressivement ces mœurs, ont à peu près i^enoncé aux exercices d'cquitation, de chasse, qu'ils conservèrent longtemps en souvenir de leur ancienne existence nomade. Lorsqu'un indigène bien élevé a quelque course à faire, il loue une voiture, s'il n'en possède une; tout au moins prend-il un mulet, mais il ne s'abaisse pas à marcher à pied comme le dernier mendiant.

Les villes du Sud, presque toutes maritimes, ont un aspect un peu différent de celles du Nord ; la vie semble se concentrer dans les quartiers voisins du port, sur les rivières elle-mêmes. A Canton, en particulier, on évalue à près de 500,000 le nombre des habitants qui n'ont pour demeure que leurs barques; collcs-ci, i, régulièrement ancrées les unes à côté des autres, sont disposées en longues files, laissant entre elles de véritables rues et de larges places, au milieu desquelles circulent d'autres bateaux plus petits occupés par des marchands de menus objets de consommation, des restaurateurs ambulants : en sorte que l'habitant du fleuve n'a pas besoin de mettre le pied sur la terre ferme pour trouver tout ce qui est nécessaire à la vie. A l'cncontre des villes du Mord, celles du Midi sont remarquables par l'étroilesse de leurs rues, généralement pavées de larges dalles, qu'une humidité constante et les détritus de toutes sortes rendent toujours glissantes. Dans ces rues étroites, se presse une popula lion exubérante de gens allant à leurs affaires, à pied ou en chaise à porteurs, de porte-faix transportant leur charge aux deux extrémités d'un long bambou bien équilibré sur l'épaule, de mendiants glapissant à la porte des magasins, ou d'aveugles serpentant en longues files guidées par un enfant. Tout ce monde est actif, bruyant et laisse à l'esprit l'impression d'une race essentiellement vivace et pleine de gaieté, tandis que les gens du Nord sont au contraire graves, presque moroses, essentiellement apathiques.

Les petites villes et les villages sont plus heureusement disposés ; la population, moins agglomérée a pu s'étendre davantage, les voies de Lommunication sont plutôt des routes que des rues et il n'est pas rare d'y voir quelques plantations d'arbres, principalement aux cari'efours, aux voisinage des puits ou sur le bord des rivières. Dans les grands centres, il n'existe aucune plantation, si ce n'est quelquefois une sorte de jardin public, généralement relégué à l'une des extrémités de la cité, embelli quelquefois de lacs artificiels, actuellement abandonnés et transformés en marais fangeux, sur les bords desquels des restaul'ants et des théâtres de toutes sortes, des maisons d'opium et de prostitution servent de refuge à la population oisive et débauchée. Ce sont là « ces jardins à thé )) dont on s'est plu à faire en Europe des descriptions aussi mensongères que pompeuses.

b. Voiries. Le service des voiries ne fonctionne pas régulièrement dans les villes de Chine, ou plutôt il n'existe pas. Chaque agglomération d'habitants, de quelque importance qu'elle soit, confie ses intérêts à une réunion de notables que préside un fonctionnaire nommé par eux, un véritable maire. Le conseil est chargé de répartir sur chaque habitant les dépenses d'intérêt commun, parmi lesquelles les voieries devraient tenir une place importante. Malheureusement, l'ignorance de l'hygiène maintient encore un état de choses déplorables et tous ces services sont à l'état rudimentaire; les dallages des rues ne sont plus entretenus, non plus que les chaussées de terre battue ; les égouts construite, autrefois sous les principales artères et se reliant à de plus grands

166 CIIIiSE.

canaux, destinés à recueillir tous les détritus de la ville, sont presque hors de service. Ces conduites, de forme carrée, construites eu dalles, ne sont séparées de la voie que par une pierre presque toujimrs brisée et quelquefois absente, eu sorte qu'elles sont à peu près obstruées et que, en temps ordinaire, tout écoulement devient impossible. Au contraire, comme l'on y jette journellement toutes sortes de détritus végétaux et animaux, les égouts ne sont plus qu'un foyer de putréfaction ; qu'il vienne un peu de pluie et le tout déborde dans la rue avec grand préjudice pour la vue et l'odorat des passants. Dans quelques points plus heureux, la destruction est moins complète, mais d'une part leur pente d'écoulement est trop faible, leur volume trop petit, et de l'autre, ils ne reçoivent presque jamais l'eau indispensable poiu' maintenir un écoulement. En un mot, tels qu'ils sont actuellement, ces égouts rendent peu de service et sont essentiellement nuisibles à la santé publique.

Les habitants ont l'habitude de jeter au milieu de la rue les eaux ménagères et en général tous les produits dont ils veulent se débarrasser; il en résulte sur la voie publique des amas d'immondices en fermentation, des restes de boucherie, affreux mélanges sur lesquels on voit se ruer tous les chiens ei'rants, lorsque ce ne sont point des hommes hâves et nus qui disputent à ces animaux une horrible nourritiu'e. Les villes gagneraient beaucoup à jwsséder les troupes de chiens errants de Constantinople ou les gcdlinaços de l'Amérique du Sud, mais la misère est trop grande et les chiens sont presque toujours mangés par les mendiants. Il n'y a en cela aucune exagération ; maintes fois j'ai pu assister au tableau navrant ■d'une troupe de ces malheureux se repaissant d'un afEreux chien galeux qu'ils ont assommé dans quelque coin et dont ils rongent les os à peine cuits. Les animaux crevés ne restent pas longtemps sur la voie publique, d'une façon ou d'une autre ils disparaissent rapidement, à moins que, déjà arrives à un état de putréfaction avancée, ils ne rebutent les plus affamés; dans ce cas, personne ne songe à les enlever et ils pourrissent en paix, mais le cas est rare.

Le seul point de voirie publique qui soit passablement observé, est l'enlèvement des matières fécales ; on sait queles Chinois en font, de temps immémorial, usage pour le fumage des terres, aussi ne laisse-t-on rien perdre de ce produit si précieux pour la culture. Il n'existe point dans les maisons de fosses d'aisances ; chaqne matin, un industriel vient enlever avec sa hotte les matières recueillies dans un grand vase, commun à toute la famille, sorte de chaise percée rudimentaire ; il exerce généralement son métier sans demander de rétribution, puis, après la tournée chez ses clients, parcourt la ville sa hotte sur le dos, une longue cuiller à la main; il circule ainsi, sorte de chiffonnier diurne, jusqu'à ce que sa hotte soit remplie, laporte alors à quelque dépôt et a gagné sa journée ; dans beaucoup de rues existent encore des espèces de latrines publiques, consistant simplement en une barre horizontale ou se rendent aux yeux de tous, et sans scrupule, passants et gens du quartier; ce n'est point là du reste une attention del'édilité publique, soucieuse de la propreté de ses rues, mais simplement une spéculation des [propriétaires des dépôts voisins.

Toutes les matières fécales sont réunies sur divers points de la ville en vastes ■ilépôts, elles y séjournent un certain temps, puis sont chargées dans de grandes •cliaiTettes qui vont les transporter à des dépôts extérieurs oti elles subissent la ilcssiccalion; d'autres fois, lorsque le dépôt de la ville présente assez d'espace, ou. ne sa donne pas cette peine et l'on termine les opérations en ville même. Que l'on juge après cela des horribles émanations s'élevant au milieu des habitations, et

<,ombien grande doit eu être l'influence sur Ift santé, surtout en cas d'épidémie. Le service deréclairage public n'exisle pas; les rues ne reçoivent le soir que la lumière des lanternes placées dans les magasins ou à la porte des principales habitations, et les liabitants que leurs affaires appellent le soir au dehors, les chaises à porteurs, les voitures doivent se munir de lanternes. Dans les villes du Nord, et à Pékin surtout, les règlements depohce frappent d'une amende les contrevenants à cette mesure. Il existe du reste une grande diftérence dans la vie îiu dehors entre le Nord et le Sud ; partout oîi l'élément tartare est prédominant, (oitte animation disparaît à peu près avec le coucher du soleil; les théâtres ferment à la nuit tombante, les magasins closent leur devanture et l'on ne ren- <:ontre guère dans les rues que quelques passants attardés; dans le Sud, au conhaire, les commerçants, assidus à leurs comptoirs pendant toute la journée, se réunissent volontiers le soir dans les restaurants ou les lieux de plaisir, les rues pi'ennent une nouvelle animation et la circulation y est assez active ; dans les Tilles maritimes, le port et les nombreux bateaux se couvrent de lanterneset donnent à ces quartiers nautiques un aspect très-gai ; on prolonge cependant beaucoup moins la soirée que dans nos grandes cités européennes et vers dix lieures le calme se rétablit.

c. Inhumations. En hygiène, la question des inhumations confine à celles des voiries, mais chez tous les peuples, elle en est séparée par le respect profond ■dont on accompagne jusque dans la tombe la dépouille de ceux qui ont vécu au milieu de nous, alors même que les affections de la famille ne nous y engagent point d'une manière plus pressante.

Dès qu'un Chinois est mort, on s'empresse de laver le corps à grande eau, oC le revêt de ses meilleurs habits, et on le couche dans un immense cercueil» 'dont le volume et la richesse sont en proportion de sa fortune et surtout de la piété filiale de ses enfants ; or, comme c'est là la vertu capitale, ceux-ci s'imposent tous les sacrifices imaginables pour faire les choses avec une pompe qui leur attire la considération générale. Souvent, il faut attendre des mois avant d'avoir réuni la somme nécessaire; on contracte des emprunts, on s'obère, et pendant tout ce temps, le cadavre attend dans son cercueil que l'on fasse les préparatifs de cette grande fête. Lorsque les circonstances prolongent ce délai et surtout dans les familles riches, on dépose le cercueil dans les pagodes, qui ont, en ^général, une chambre affectée à cet usage, lien est de même quand la fiunille est originaire d'une province éloignée et que l'on n'a point, quelquefois durant des années, la possibilité de faire un long voyage.

Ce mode de conservation est sans doute défectueux, mais il est atténué par la grande épaisseur des parois du cercueil, par le calfeutrage parfait dont il est l'objet et aussi par un demi-embaumement que l'on a fait subir au cadavre, en l'enveloppant de toiles imprégnées de substances aromatiques.

Dans les classes pauvres, il n'en est plus de même; ou doit conserver les corps à domicile, on ne peut les ensevelir avec soin, et ils ne tardent pas à infecter les habitations. Mais il n'importe, on subit tous ces inconvénients plutôt que de paraître publiquement insoucieux en matière aussi sacrée.

Jamais on n'enterre dans les villes ni dans leur voisinage immédiat, et sur ce point les Chinois sont bien en avance sur les i)ays d'Europe, il est vrai que ce n'est pas au nom de l'hygiène qu'ils en agissent ainsi.

En somme, sauf la conservation du corps à domicile, l'hygiène est respectée; mais à Pékin, en particulier, la misère est grande; les jiauvres, les mendiants, les

108 CJllNE.

criminels, n'ont pas de parents en mesure de leur rendre les derniers devoirs, la })olice intervient alors et fait enterrer les cadavres dans des emplacements destinés à cet usage ; elle pratique les choses un peu à la légère, et trop souvent le cadavre à peine recouvert de terre, est-il déterré et déchiré par les chiens errants. C'est un spectacle que l'on rencontre fréquemment dans les campagnes.

Aux femmes, aux enfants, on fait des funérailles moins splendides qu'aux hommes, mais décentes; cependant, dans la classe pauvre, on recule devant tonte dépense, et s'il s'agit d'un jeune enfant, le corps est transporté à un asile spécial que nous décrirons plus tard, si même il n'est abandonné sur le bord du chemin.

Cette exposition des cadavres devient parfois un tléau ; pendant toute la durée de l'insurrection des Taï-pings, la ville de Shang-haï servit de refuge à des centaines de milliers de paysans chassés par les rebelles, ou aux habitants des villes qu'ils avaient pillées ; la mortalité devint effrayante parmi ces malheureux et chaque matin, les routes, les rues de la ville étaient encombrées de cadavres que leurs parents abandonnaient ainsi, pour s'exonérer des frais des funérailles. D'autres les jetaient dans le lleiive et les cadavres se trouvaient déposés par la marée descendante sur les bords fangeux de la rivière, où ils pourrissaient au soleil, d'autrefois ils restaient accrochés aux chaînes des navires européens et aux roues des vapeurs; l'on ne pouvait faire un pas hors de la ville ou sur le Wampoo sans avoir sous les yeux ce désolant spectacle. Quoique n'atteignant ces proportions, ce fait existe en tous temps à Canton, à Shang-haï ; dans ces grands amas de population la misère est toujours très-grande et se présente sous tous les aspects.

Il n'est mallieusement pas l'are, loi'sque l'on sort de bonne heure à Pékin, surtout en hiver, de voir son cheval Mre un brusque écart devant un cadavre, c'est celui de quelque mendiant affamé, que le froid a saisi et qui s'est rapidement congelé. Dans les moments d'épidémie, cela arrive souvent, et les maisons en ruines sont généralement le solitaire abri que recherche le misérable à ses derniers moments ; ce sont là de bien tristes tableaux ; ils suffiraient à eux seuls pour dégoûter défont un peuple, si l'on s'obstinait à le juger avec nos idées d'Occident.

De toute façon, les cadavres ne séjournent pas longtemps sur la voie publique. La police les fait enlever, ou à défaut les voisins, qui ne sont pas flattés de voir un mort à leur porte; d'après la loi, tout individu sur la propriété duquel on découvre un cadavre est, a priori, rendu responsable de la mort. Or, toute action judiciaire est toujours ruineuse en Chine.

Un dernier point relatif aux inhumations, dont l'absence ne saurait étonner cependant, est la vérification des décès qui n'existe en Chine à aucun degré; il n'existe dans la législation chinoise aucun article autorisant la recherche de la cause de mort, si ce n'est lorsqu'il y a dtyà suspicion de crime; d'un autre côté, en l'aison des usages existants l'on n'a pas à craindre des inhumations précipitées.

d. Habitations. L'intérieur d'une maison chinoise ou plutôt d'un corps de logis, car chaque maison en comprend généralement plusieurs, est divisé d'ordinaire en trois compartiments, bien rarement en plus ; en été, on déchire la partie supérieure de la façade de papier et la ventilation se fait par là; les portes, en outre, ne ferment jamais bien: les jointures sont à jour et laissent passer un peu d'air; mais, en hiver, le Chinois se calfeutre autant que possible et ne craint pas de s'enfermer dans une atmosphère saturée de miasme humain, milieu que le mode de chauflnge contribue à rendre encore plus délctèrs»

CHIPs'E. 109

Le Chinois, mal nourri, résiste peu au refroidissement, et il est curieux d'observer combien en hiver, il est plus lent, plus enclin au sommeil, prenant les allures d'un animal hibernant. Par tons les moyens possibles, il cherche à se garantir du froid; les maisons aux murs peu épais, aux cloisons de papier ne l'en défendent pas assez ; aussi accumule-t-il sur lui vêtements et fourrures ; ce sont des objets de luxe pour les classes riches, qui les choisissent en martre, en astrakan, tandis que les classes ouvrières et les paysans adoptent d'épaisses peaux de mouton frisées, de chèvre, de chat, et ne quittent ces vêtements ni jour m iniit. Mais il tant encore réchauffer l'appartement; on a pour cela recours à deux systèmes.

Au milieu des chambres, on place soit des braseros en cuivre, en terre, soit des espèces de poêles en fonte ou en cuivre sans tuyau que l'on allume d'abord en plein air. Le poêle présente à sa partie supérieure un petit orifice circulaire de 10 centimètres, par lequel on introduit le charbon et par lequel aussi s'échappent les gaz de la combustion ; ils entretiennent dans la chambre une atmosphère délétère, que nous. Européens, ne pouvons supporter, mais dont les Chinois paraissent s'accommoder; il existe certainement chez eux une sorte d'accoutumance ; elle n'est pas telle cependant que des accidents mortels ne se produisent quelquefois, mais sans que la leçon profite à personne.

Dans la pièce principale, qui est celle où l'on couche, se trouve un lit de camp en briques, exhaussé de deux pieds au-dessus du sol et dont l'intérieur est formé d'une série de loges, communiquant avec un foyer de forme cylindrique placé audessous et un peu en avant ; l'air échauffé et les gaz circulent ainsi au milieu des briques et les portent à une température élevée; mais au lieu, de se dégager à l'extérieur, ils viennent sortir par deux ouvertures sur les parois du lit de camp, en sorte que l'atmosphère ambiante est aussi chargée de principes délétères qu'avec les poêles ; cette construction constitue, on le voit, une sorte de poêle russe primitif; sur cette couche bien chaude, viennent s'entasser en hiver, grâce à la compressibilité spéciale des Chinois, tous les membres de lafamille, enroulés encore dans des couvertures de coton piqué.

Ils y passent de longues heures dans une promiscuité, aussi dangereuse au point de vue moral qu'au point de vue physique, et qui favorise les contagions de toute nature. En temps d'épidémie, il n'est pas rare de voir tous les membres d'ue famille, au nombre de huit ou dix, succomber aux atteintes du même mal ; le lit de camp joue évidemment un rôle dans la propagation du fléau.

e. Prisons. Les prisons sont, ainsi que presque tout ce qui touche à la justice, la honte du gouvernement actuel. C'est par centaines qu'on y entasse des malheureux dans de petites salles s'ouvrant sur un étroit préau, les uns libres dans leurs mouvements, d'autres enchahiés par le milieu du corps et portant des fers aux pieds et aux mains.

La nourriture accordée aux prisonniers est en rapport avec leur crime, mais toujours insuffisante ; tant qu'ils peuvent se procurer quelque argent de leui's familles oudeleurs-imis, la complaisance achetée des gardiens permet quelques douceurs. Lorsqu'ils sont abandonnés, leur situation est affreuse ; un grand nombre succombent, rapidement brisés par les mauvais traitements de toute nature. Ceci n'est encore que le régime de la prison, mais les tortures auxquelles ils sont soumis comme simples prévenus, s'ils ne veulent avouer leurs crimes tor* ji^s qui ressemblent singulièrement à la question au moyen âge, puis les peines corporelles auxquelles ils sont condamnés, ne tardent pîK à développer d'affreuses

plaies qu'ils n'ont aucun moyen de panser ; sous l'influence de la misère et de la saleté, elles acquièrent les caractères les plus graves. La mort devient préférable à de telles souffrances, et bien souvent ces malheureux vont au-devant d'elle eu se suicidant. Le sort des prisonniers politiques, des rebelles est encore pis si c'est possible, car pour ceux-là il n'existe aucun pardon, et s'ils ne succombent pas à la misère, la mort judiciaire, avec tous les raffinements de la plus barbare cruauté, est leur lot inévitable.

Le gouvernement ne saurait décliner la responsabilité du mauvais -état des prisons; sans doute, les agents inférieurs cherchent de toutes façons à faire leur profit en exploitant les malheureux confiés à leur garde, mais la cruauté est tellement à l'ordre du jour, les mandarins d'un grade supérieur en donnent si souvent l'exemple, les lois elles-mêmes y conduisent si naturellement, que tous doivent être regardés comme également coupables.

Ce serait ici le lieu d'étudier les hôpitaux et leur hygiène; malheureusement ces institutions charitables manquent absolument à Pékin, il ne s'y trouve point non plus d'hospices spéciaux pour les aliénés. Il existe un asile pour les mendiants les plus nécessiteux et une sorte d'hospice pour les enfants trouvés, établissements qui n'ont rien de médical à proprement parler et dont la description trouvera une place naturelle au paragraphe que nous consacrerons à l'étude du paupérisme, la plaie de toutes les grandes villes de Chine et en particulier de Pékin. Cette absence de tout lieu de refuge pour les malades, alors même qu'il ne leur serait point donné de soins spéciaux, est une caractéristique du manque de charité chez les races de l'Asie. ISi quelques personnes, mues par un réel sentiment de commisération, plus souvent, je le crois, par un désir d'ostentation, font des distributions d'aumônes ou quelquefois de médicaments, si même elles associent leurs ressources dans ce but, il n'y a là qu'un fait individuel et qui n'engage pas la société ; je ue crois point, du reste, que ces actes soient communs à Pékin. Dans le Sud, à Canton et à Shang-haï, depuis que les missionnaires protestants ont ouvert des dispensaires, où même ils hospitalisent les malades, ou a vu surgir quelques institutions analogues soutenues par des négociants chinois ; mais à Pékin, rien encore de pareil, ne s'est développé ; le gouvernement n'a même jamais eu la pensée d'avoir un hôpital pour ses Tartares. En un mot, les institutions hospitalières font absolument défaut.

f. Alimentation. Le sol delà Chine est insuffisant à nourrir la population qui le couvre, c'est là un principe admis par tous les voyageurs et dont les Chinois affirment eux-mêmes l'exactitude, et qui leur fait admettre comme des crises fatales et nécessaires les épidémies meurtrières qui ravagent certaines contrées à des époques rapprochées, ainsi que les grands massacres causés par les insurrections, et les émigrations de plus en plus prononcées vers l'Amérique et l' Indo- Chine.

En comparant les statistiques (tableau A), l'on arriveà trouver qn'en Chine, 7 habitants devraient vivre sur un hectare de terre cultivée (350 millions d'une part, 47 millions de l'autre) ; si ces données étaient exactes, la population paraîtrait excessive, puisque, en France et en Angleterre, 2 habitants vivent sur un hectare arable, en Hollande 1,53 seulement. Mais il faut aussi dire que les 47 millions de terres arables imposés ne représentent pas la totalité du sol producteur ; d'après la loi chinoise, les bois, les pacages sont •exempts de taxes, ils sont peu considérables, il est vrai, toute proportion gardée,

ainsi que les pi'opriétés impériales, communales, celles des pagodes et cutîn celles qui ont été données en apanageaux Tarlares-Mandchoiix lors de la conquête. •Gràte à ce régime, essentiellemenl despotique, une bonne portion de la terre utilisable échappe à l'impôt et les 47 millions d'hectares doivent être augmejités d'un chiffre, difficile à apprécier sans doute, mais cependant très-éievé.

Toutes réserves faites, il n'en résulte pas moins que la moyenne d'habitants par hectare cultivé est en Chine bien supérieure aux mêmes évaluations dans nos pays européens. Néanmoins, l'analogie ne saurait être admise •d'une façon bien régulière, car comparer un peuple à un autre, surtout lorsqu'il s'agit de races si différentes qu'Européens et Chinois, c'est presque vouloir associer des unités d'ordre dilférent. Le genre de vie, l'espèce d'alimentation généralement employée doivent être pris en grande considération lorsque l'on veut rapprocher par la pensée les besoins des populations ; la statistique, et ses données mathématiques ne peuvent être seules prises en considération. Avec la nourriture presque exclusivement végétale dont font usage les Asiatiques, Chinois et Indous, un même espace de terre peut évidemment nourrir un tiers ou une moitié de plus d'habitants que ne le peuvent les pays d'Europe, où la population recherche une nourriture plus animalisée. Sans y être astreinte par la loi religieuse, et par le seul fait de la nécessité, la race chinoise eu est arrivée à ne consommer presque exclusivement que des végétaux et à rechercher dans ceux-ci les principes azotés, et les graisses que nous trouvons plus particulièrement dans la viande des animaux. Nous n'entendons parler, bien entendu, que des gens de la campagne, de la masse de la population, et non de celle des villes, où, surtout dans les classes supérieures, la nourriture est toute différente et infiniment plus réparatrice.

Même au point de vue des aliments d'origine végétale, la Chine ne peut se suffire à elle-même, et chaque année d'immenses convois d'approvisionnements doivent lui apporter de Siam, de Java, des Philippines et de la Cochinchine, les céréales qui lui manquent et surtout le riz; « la Cochinchine est le grenier de la Chine » disent les proverbes chinois en employant une figure de rhétorique que nos langues possèdent aussi; mais la Cochinchine et Siain, autrefois pays tributaires et devant payer leurs redevances en chargements de riz, ont depuis longtemps secoué le joug de la cour de Pékin et l'on ne peut traiter avec ces provinces que sur le pied d'égalité commei'ciale ; or la Cliiiie u';iyant que peu de chose à offrir aux Indo-Chinois en échange de leur riz, doit solder la différence en métaux précieux ; elle doit alors faire appel à l'Europe pour s'en procurer. La situation est donc telle aujourd'hui que, sous peine d'être privé d'une grande partie de ses ressources alimentaires, le gouvernement chinois est obligé d'accepter le commerce européen, qui seul lui permet de rétablir l'équilibre entre sa production insuffisante de céréales et les besoins de sa consommation.

Si la Chine est fatalement obligée de tirer de l'Indo-Chine une partie de ses denrées alimentaires, elle est à ce point de vue tout à fait indépendante do d'Europe, car aucun de nos produits ne lui est indipensablle. La France ne saurait lui envoyer que des vins ou des alcools, et ces objets ne sont pas encore cotés dans sa consommation; l'Angleterre et l'Amérique ne peuvent non plus rien lui fournir si ce n'est peut-être, pour cette dernière, de la farine de provenance californienne. Depuis quelques années, on a tenté d'écouler en Chine ■une partie des richesses de cette admirable province, plus riche encore par son

172 ClILNE.

soi fertile que par ses métaux précieux, et ces essais ont réussi ; ils réussiraient bien plus encore si les frais de transport, encore relativement élevés, ne rendaient la farine américaine un peu chère sur le marché chinois.

Assurer l'alimeutation de Pékin est un sujet de permanente occupation pour le gouvernement impérial; les gouvernements despotiques ont toujours eu besoin de vivre en bonne intelligence avec la population de leur capitale, aussi ont-ils cherché à la faire vivre, sinon dans les plaisirs, au moins dans l'abondance. La Rome impériale mettait à contribution l'univers entier pour satisfaire les caprices du peuple-roi ; de même l'empereur de la Chine frappait des impositions en nature sur toutes ses provinces et ses pays tributaires pour nourrir ses Tartarcs de Pékin.

Les moutons sont la classe des mammifères la plus utilisée comme alimentation. 11 en existe deux variétés, l'une de grande taille, à chanfrein très-arqué et remarquable par une queue moitié plus courte que dans l'espèce ordinaire, mais très-épaisse, aplatie et formée de masses adipeuses développées sur les deux côtés des vertèbres caudales Ce mouton ordinairement blanc, avec la tête noire, est amené par grands troupeaux des plaines de Mongolie et veudu sur les marchés du Nord.. Il fournit une chair très-succulente, un peu aromatique, et n'est guère utilisé que pour la boucherie, car la laine est médiocre. La seconde variété, au contraire, plus rare, a la taille plus petite, elle vit dans les montagnes, la queue est plus longue et moins épaisse que celle de la variété précédente; la laine descend jusque sur les pieds ; on élève l'animal au point de vue de l'industrie, car sa chair est dure, sèche, brune et très-odorante.

Le bœuf ressemble moins au noire qu'à celui des jungles de l'Inde ; il est de petite taille, on l'utilise comme animal de trait et on ne l'élève pas en vue de la bouclierie; le Chinois en est fort peu amateur et l'on en vend rarement sur le marché ; les Européens ont habitué leurs fournisseurs à le rechercher, mais il n'entre point dans la consommation publique. Les vaches fournissent peu de lait, de mauvaise qualité, très-pauvre en crème et se prêtant difficilement à la confection du beurre.

Dans tout le midi de la Chine, les bœufs sont excessivement rares et sont remplacés par le. buffle, qui se plaît dans les pays marécageux, et fournit une viande coriace, fortement aromatisée et très-désagréable, mais en fait assez nutritive. Le buffle est surtout précieux aux Chinois comme animal de trait et aussi par le lait de sa femelle, lait très-riche, d'un goût fort supportable, dont les Européens se contentent à défaut de mieux et qui sert à fabriquer du fromage, quoique le lait et ses dérivés soient peu estimés des Chinois en général; il n'en est pas de même des Tartares qui en ont conservé le goût en souvenir de la plaine des herbes. La fraude trouve son compte dans la vente du lait que les marchands falsifient le plus souvent en y ajoutant de l'eau, de l'amidon, en l'édulcorant légèrement avec du sucre ; les autres procédés de sophistication si répandus chez nous, leur paraissent encore inconnus. En hiver, on reçoit de Mongolie de grandes quantité de beurre fondu coulé dans des peaux de mouton cousues en forme de sac. Ce beurre dégage une odeur repoussante que le lavage, même avec addition de chlorhydrate de chaux, ne lui fait pas perdre entièrement. Les Tartares ne prennent pas cette précaution, ils l'emploient à la cuisine, en remplacement de la graisse. Avec ce beurre, ils font aussi une sorte de soupe contenant en outre du thé, du millet en grains, ou de lu farine d'avoine et de l'eau, mélange qui donne un aliment peu agréable au palais

des Européens, mais au fond très-réparateur, car il contient une forte proportion d'aliments respiratoires et aussi d'éléments azotés, fournis en partie par le thé. On se sert pour cet usage d'un thé en briques, sorte de conserve, dans le genre des légumes Chollet; l'on en met dans la soupe autant que de légnmes dans nos pot-au-feu.

Les porcs appartiennent à une race naine, à longues soies hérissées, au museau très-allongé, aux oreilles flottantes ; le ventre touche souvent jusqu'à terre. La queue est enroulée et non tombante, sa couleur est généralement noire; il semble que cette variété provient du sanglier qui se rencontre dans les montagnes et ressemble assez à celui d'Europe. Ceux de ces animaux provenant de Tartarie ont une chair succulente, et les Chinois en font usage en toute saison sans en paraître incommodés. Il n'en est pas de même des porcs élevés dans l'intérieur; la ladrerie y est chose fréquente ainsi que la trichinose dont j'ai, personnellement, pu constater l'existence. Les Euro]iéens en résidence en Chine ont dû peu à peu renoncer à l'usage du porc. Les Chinois consomment en général cette viande frite dans la graisse ; ce procédé de cuisson les met probablement à l'abri des accidents, car la température de la graisse'et de l'huile bouillante suffit pour détruire tout genre de parasite.

L'industrie des boucheries appartient exclusivement aux MusLdmans; ils ouvrent largement les carotides de l'animal après l'avoir assommé. Pour le bœuf, ils emploient assez souvent le procédé consistant à piquer la moelle allongée, en passant par l'intervalle des deux premières vertèbres, puis à saigner l'animal immédiatement après. Les animaux destinés au marché ne sont point surmenés, et les cas de charbon doivent être bien rares, car je n'en ai jamais entendu parler ; on les fait camper en dehors de la ville jusqu'au jour oîi on les livre à l'abatage, pratiqué en ville même, à la porte de chaque boucherie ; le sol s'imprègne rapidement de sang et de détritus d'animaux:, et dégage une odeur non moins repoussante que malsaine. Les viandes corrompues sont vendues à bas prix, mais elles trouvent toujours un acheteur qui, à force de condiments, en dégnisc le goût désagréable.

Le cheval et le chameau entrent pour une part réelle dans la consommation des classes pauvres ; l'un et l'autre ne sont abattus que lorsque, arrivés au dernier degré de la vieillesse on de la maladie, ils ne peuvent rendre d'autres services. 11 existe des boucheries spéciales de ces viandes, ce ne sont pas les moins achalandées.

On raconte volontiers que les Chinois se nourrissent de chiens et de rats, il n'en est rien. Dans le Sud, on mange déjeunes chiens de lait comme chez nous les cochonsdu même âge, mais ce sont des animaux élevés dans ce but. Us n'ont jamais couru les rues, et leur viande est loin d'être malsaine ou désagréable ; à Pékin, on n'a point cette coutume, et les gourmets peuvent le regretter, car les chiens de lait sont regardés comme un met délicat, non-seulement dans le sud de la Chine, mais dans toute la Malaisie, la Polynésie ; peut-être à Paris consommet-on beaucoup plus de chiens qu'à Canton, seulement ils doivent être moins bons.

Les poissons vendus au marché de Pékin proviennent de petites rivières et d'étangs des environs. Ils appartiennent à une dizaine d'espèces au plus. Les plus estimés sont une carpe et un saumon, qui sont loin d'avoir la finesse de leurs congénères d'Europe. Tous les cours d'eau étant d'une excessive saleté, le poisson s'en ressent; il a toujours un goût de vase. En hiver, on trouve des

poissons apportés de la province du Léatong et de Mandcliourie, même l'esturgeon du fleuve Amour. Ces poissons sont tous emprisonnés dans un bloc de glace que l'on a produit artificiellement en plaçant l'animal dans une petite auge remplie d'eau qui se congèle rapidement, on a ainsi un colis, transportable sans inconvénient à dos de chameau pendant plusieurs semaines. A la même époque, on consomme également des poissons de mer et sous ce rapport le marché est fort bien approvisionné.

On n'élève point artificiellement le poisson dans le nord de la Chine, sinon quelques petites espèces destinées aux aquariums d'appartement : la pisciculture réelle ne s'opère en grand que dans les provinces du centre.

On sait à quel degré de perfection cet art a été porté dans ces contrées, et c'est auprès des éleveurs chinois que nos savants ont dû étudier ces procédés qui, malheureusement ne sont pas encore vulgarisés en Europe autant que l'hygiéniste le souhaiterait. Le poisson frais ou séché forme, avec le riz, la base d'alimentation d'une bonne moitié de la Chine; nous avons vu plus haut combien sont variées les espèces qui se rencontrent dans ses eaux, toutes sont utilisées comme alimentation sur les bords des fleuves ou de la mer ; l'on ne voit que pêcheurs, ateliers de salaisons et immenses convois de poissons sèches, qui vont distribuer ces richesses dans tout le pays.

La poule ordinaire ne se distingue pas de la poule commune de France ; quelques autres espèces se rencontrent moins fréquemment, ce sont : la poule à plumes frisées, la poule sans queue, lu poule à pattes très-courtes, la poule à os noirs, à laquelle les Chinois attribuent des vertus aphrodisiaques.

Dans le Nord, le canard paraît provenir de la même souche que celui d'Europe, néanmoins il est un peu plus grand et presque toujours blanc.

Dans le Centre et le Midi, l'on rencontre toutes ces belles variétés de canards que l'on a réussi à acclimater en Europe et dont l'élève est poussée aussi loin que l'est celle des poissons. D'immenses bateaux couverts de paniers servent de demeure à ces animaux ; pendant le jour, ils nagent autour de la barque en fouillant les bords de la rivière, puis le soir, à un signal de leur maître, viennent gagner leur abri qui lui-même se déplace pendant la nuit pour leur offrir le lendemain un nouveau pâturage. L'oie est différente de la nôtre, elle a sur le front un énorme tubercule de la même couleur jaune que le bec, son plumage est toujours blanc.

Ce sont là les seuls oiseaux domestiques du pays : il n'existe ni dindons, paons, pintades ou faisans dans les basse-cours. Pendant "hiver, on apporte de Mongolie un magnifique coq vierge, aussi délicat que lesi' neilleurs chapons d'Europe et qui appartient à l'espèce cochinchiuoise ; on n'et^ploie pas la castration pour les volatiles.

Les produits de basse-cour entrent pour une très-large part dans la consommation publique, ils sont de bonne qualité ; au printemps, on lait couver artificiellement des œufs par milliers et l'on mange les jeunes poulets à l'âge de trois semaines et même plus tôt, alors que la chair n'a pas encore de parfum. Les œufs entrent dans la cuisine chinoise sous toutes les formes et même sous celle de condiments, après une fermentation qui dure plusieurs mois ; on jette l'œuf, encore revêtu de la coquille, dans une sorte de saumure qui dissout peu à peu le calcaire et agit d'une façon inconnue sur la fermentation, en ce sens que l'œuf, arrivé à ce point, n'a aucune odeur sulfureuse, mais seulement un goût ammoniacal assez agréable.

CHINE. iTo

Pendant la saison des froids, le nord de la Chine est richement approvisionné en gibier. A cette époque, de nombreuses caravanes viennent de plus de deux et ; trois cents lieues, quelquefois desf'ronticrcs du Thibet, échanger des produits avec la grande ville de l'extrême Orient ; elles airivent chargées de fourrures et de gibier, avec lesquels les princes payent en nature une partie de leur tribut ; ils vendent le reste ou l'échaugeut contre les ouvrages manufacturés de l'in- ■ dustrie chinoise. Il eu résulte un amas considérable de gibier qui descend à des prix fabuleux de bon marché.

Les principaux gibiers sont les suivants :

Le cerf et le renne sont assez rares ; et, quoique existant encore dans les parcs impériaux, ils semblent avoir presque dis[)aru dans beaucoup de régions ; il n'en est pas de même du chevreuil, qui abonde dans les plaines de Mongolie, aussi bien qu'une antilope à goitre, le Hoany-ijang, et quelques Chèvres sauvages ; la chair des deux premiers est fort succulente et très-estimée des Chinois. Comme gibier à plumes, ou rencontre une giande variété de l'aisans à colliers, le faisan à longue queue, l'eulophe, dont la chair est plus parfumée que celle du faisan ordinaire, et le Ho-ki, grande espèce de faisan qui lui serait ce qu'est le dindon au poulet. Ces deux magnifiques gallinacés, l'eulophe et le ho-ki dont la domestication est très-facile, et a pariai lement réussi en France, sont connus depuis peu d'années ; le jardin d'acclimation en a reçu plusieurs individus. La perdrix grise est fort commune en Mongolie, très-grande, très-grasse ; la perdrix rouge existe aussi, mais plus l'are ; parfois, quand la récolte du blé de sarrasin manque dans l'Asie centrale, il arrive une autre espèce de perdrix, le tétras paradoxe, aux pattes trydactiles semblablesà celles des gerboises. Toutes les eaux, jusqu'aux plus petits ruisseaux, contiemient, surtout dans le Nord, une petite crevette que les Chinois mangent avec délices; mais l'on ne trouve pas la véritable crevette de mer. On rencontre à sa place une grande crevette excellente dans certains fleuves et qui mériterait, si la chose était possible, d'être introduite en Europe. Les bords de la mer fournissent la crevette, les crabes, homards et toute la série ordinaire des mollusques et les crustacés, dont aucune espèce n'est négligée pour l'alimentation. Les huîtres sont assez rares sur les côtes de Chine. Cependant l'on en trouve des petites sur les rochers du Chan-toung, aux îles Chusan et à Formose. Les Chinois n'ont pas encore cherché à les améliorer ni à les reproduire comme nous essayons de le faire en Europe.

La tortue de mer, et surtout la tortue d'eau douce, beaucoup plus commune, sont recherchées sur les marchés.

On peut dire du reste que sur cette terre de Chine il n'est point de produit animal qui ne soit utilisé comme substance alimentaire, car les habitants sentent instinctivement le besoin de matériaux azotés et les acceptent sous des formes qui répugnent quelquefois à nos habitudes.

Le riz, le millet, le seigle, le blé noir, le maïs, l'avoine et le froment sont les principales céréales consommées en Chine ; le premier, regardé comme indispensable dans toutes les contrées, est emphatiquement appelé « le soutien de la vie, » aussi est-il décrit sous un grand nombre de termes, et le langage journalier y fait allusion dans une infinité de locutions. Prendre un repas se dit : « manger le riz, » etpoursouhaiterlebonjour, même entre gensdesplushautes classes, l'on se i demande : « Avez-vo us mangé le riz? » On seutq\ie c'est là la chose importante, puisqu'elle est à la fois l'indice d'une boinie santé et d'une certaine somme de

bonheur. Le riz est décortiqué entre les tables d'une meule mise en mouvement à bras ou par les bêtes de somme, souvent par un simple battage dans de grands mortiers et cuit ensuite à la vapeur, en sorte que les grains ne sont pas amalgamés et transformés en pâte, comme lorsqu'il est bouilli dans l'eau. Le riz se mange quelquefois seul, plus souvent accompagné de condiments, de légumes salés, de poisson ou de viande. Le blé, le seigle, le mais et l'avoine sont réduits en farine; ces farines sont blutées, mais incomplètement. Elles servent à tous. les usages de la cuisine' comme chez nous, et de plus à la confection de galettes plates, dont le peuple est très-friand, de divers gâteaux et de sortes de nouilles semblables à nos nouilles d'x\lsace ; elles sont un véritable plat national des Chinois du Nord.

On fait aussi un pain cuit à l'étouffée, de la grosseur d'un pain de 5 centimes, à pâte un peu fade et mal levée.

En général, les préparations dans lesquelles entre la farine de blé sont inabordables aux classes pauvres; les 100 kilogrammes reviennent à 46 francs en moyenne; le riz est aussi trop cher pour l'usage quotidien des classes ouvrières; elles consomment sui'tout le millet, que l'on cuit à l'eau avec des légumes salés ou que l'on broie grossièrement pour faire des galettes. Le millet est une céréale pauvre en azote, mais sa culture est facile et productive, et, aussi bien dans le nord de la Chine qu'en Afiique, dans l'Inde et l'Arabie, il forme la grande culture des terrains pauvres et la base d'alimentation des lialjitanls.

Les haricots sont nombreux en Chine; on en cultive plusieurs variétés, ainsi que le petit pois commun, mais non la fève ni le pois chiche ou la lentille. Les haricots sont un objet de consommation joiu'nalière ; on en prépare un fromage assez curieux à étudier et qui ressemble assez à la pie. On prend un pois oléagineux que l'on fait d'abord gonfler à l'eau, puis on l'écrase entre deux meules de pierre, et pendant ce temps on entraîne toute la fécule par des lavages successifs; on la recueille dans une bassine que l'on chauffe jusqu'à ébullition en ajoutant d'abord un peu d'eau plâtrée, puis une substance, le loii-choue, qui détermine une rapide coagulation. Le lou-choué se retire des eaux-mères des salines sous forme de cristaux facilement déliquescents ; ils contiennent, outre plusieurs sels de soude, une très-forte proportion de chlorure de magnésium. Ce produit, très-caustique, est considéré comme toxique, et, en effet, c'est cette substance, achetée partout à bon marché, que les Chinois emploient dans un but crnuinel sur eux-mêmes ou sur autrui ; la coagulation une fois complète, ou entoure le fromage d'un petit treillis en paille et on le débite par tranches sur la voie publique; les gens du peuple achètent aussi le liquide chaud avant la coagulation et en boivent de grandes tasses pour quelques centimes. Cet aliment doit être rangé dans la classe des amylacés; il a un goût prononcé d'amidon, auquel s'ajoute celui de lessive dû à un petit excès de composé salin, dont il n'est besoin, du reste, que d'une minime proportion.

Le maïs est utilisé sous toutes les formes, surtout sous celle de galettes grossières; l'orge, que l'on reçoit des provinces voisines, est surtout employé pour les chevaux et les mulets, que l'on nourrit aussi de pois ou haricots communs mêlés à du son et de la paille hachée ; on en fait une sorte de barbotagc dont ces animaux sont très-friands et qui leur réussit fort bien; on ne leur donne jamais d'avoine.

Les plantes oléagineuses sont le sésame, donnant une huile médiocre, et une grosse labiée nommée Sou-tze, qui fournit beaucoup d'huile enqjloyée pour l'é-

clairage et pour la cuisine, à laquelle elle donne le goût le plus désagréable. Ou emploie encore pour l'éclairage l'huile de ricin et celle du cotonnier, et pour les usages culinaires l'huile de noix et l'huile d'amandes douces; le prix de ces dernières est relativement élevé. Les procédés de fabrication sont incomplets, et les huiles, mal épurées, restent souillées de débris ligneux.

Comme plantes alimentaires, on trouve encore : le chou Pe-tsae, dont les Chinois consomment d'énormes quantités et qui remplace pour eux tous les autres légumes; un chou-rave à énormes souches arrondies ; la rave et le navet, que l'on confit dans le sel; les épinards, l'oignon, le poireau, les aubergines, le piment long, le persil, le fenouil, la coriandre, les concombres, plusieurs cucurbilacés, quelques laitues, les radis, l'igname, la batate douce et la pomme de terre importée de l'Asie centrale, et à laquelle on donne souvent le nom de batate des Mahométans.

Enfin, l'on consomme encore le Soi, sorte de pâte d'apparence caséeuse que les Chinois mélangent à la plupart de leurs préparations culinaires, que l'on débite partout et que l'on obtient en faisant bouillir dans de l'eau, avec lui peu de plâtre, la graine rôtie et broyée d'une variété de dolique.

Tous ces légumes entrent pour une part dans la consommation publique; on leur fait subir des préparations diverses et aussi presque à tous la conservaliou dans la saumure. On utilise encore plusieurs plantes aquatiques, le Nelu7nbo, dont on mange la racine rafraîchissante, soit crue, soit confite au sel, et deux variétés de châtaignes d'eau ou Macres. Eu général, les légumes sont fort inférieurs à ceux de nos jardins; ils poussent à force d'eau, dans un sol ingrat et épuisé; ils contiennent peu de fécule, beaucoup de ligneux, et n'ont pas ce goût frais, aromatique qui les fait l'echercher ailleurs; évidemment, avec beaucoup de soin, on pourrait les perfectionner; mais le sol est réellement mauvais, car les meilleures graines d'Europe donnent des produits inférieurs, et de plus dégénèrent rapidement.

Les arbres à fruits sont assez nombreux; nous signalerons, comme donnant les meilleurs résultats, le noyer commun et ;e châtaignier; les poires, les pommes, les abricots, les pêches, les prunes ont un bel aspect, mais peu de parfum; il en est de même des cerises, qui sont presque insipides et de petite taille, et des fraises, que l'on apporte de Mongolie.

L'orange est très-commune dans le sud, et les piles de paniers remplis de ce fruit font l'ornement des marchés et contrastent par leur belle couleur dorée avec la couleur verte des autres végétaux qui garnissent les étalages. Le citron, avec toutes ses variétés, se rencontre presque partout, mais il est plus utilisé pour son parfum que pour son goût. De nombreuses espèces de bananes dont les fruits nourrissants, les uns juteux et d'un goût exquis, les autres un peu pâteux et moins estimés, sont une ressource précieuse pour le pauvre. On trouve encore dans le Midi la pomme grenade, la mangue, l'arbre à pain, la figue et la plupart des fruits tropicaux, parmi lesquels il faut signaler, comme spécial à la Chine, le le-tché, petit fruit de la grosseur d'une fraise et dont l'enveloppe de couleur rouge, offre une pidpe aqueuse de couleur blanchâtre, fort agréable au goût; on la mange aussi sèche comme les nèfles et déjà un peu décomposée.

Dans le Nord, les vignes sont cultivées dans les jardins, et l'on est obligé d'enfouir le cep pendant l'hiver; elles se réduisent à trois ou quatre variétés d'assez belle apparence, mais d'un goût fade. Elles ont été importées de l'Asie centrale, où il paraît s'en trouver beaucoup, entre autres la variété sans pépins

DICT. ENC. XYL 12

que l'on vend en quantité à Pékin. Les Chinois n'en font pas de vin; les missionnaires l'ont essayé sans succès; il faut y ajouter beaucoup de sucre, sans quoi il se gâte rapidement.

Les indigènes sont très-amateurs de fruits; on en vend beaucoup à tous les coins de rue, conservés frais avec de la glace. Les pastèques et melons d'eau, très-beaux d'aspect et sans parfum, sont particulièrement goûtés; il en existe plusieurs variétés à pulpe rouge, jaime ou blanche.

La boisson la plus répandue est le thé, que l'on récolte dans les ])nn'iuces centrales de la Chine et dont les amateurs apprécient autant les différents crus que chez nous on estime ceux des vins renommés. Le thé dont les Chinois font usage diffère singulièrement de ceux que l'on destine à l'exportation et qui figurent sur nos tables. Les thés destinés à la Chine sont simplement desséchés dans des bassins de fonte; à peine recueillis et encore tout humides, on les soumet à une température de 60 à 70 degrés, puis, dès que les feuilles se sèchent, ce dont on s'aperçoit en les voyant se recroqueviller, on les retire; on les trie, suivant leurs grandeurs et dans cet état, puis, sans autre préparation on les livre au commerce. L'infusion que l'on obtient est peu colorée, quelquefois assez fade, quoique les crus relevés présentent un parfum spécial, que l'on modifie suivant les goûts, en ajoutant à l'infusion des roses, des jasmins ou autres plantes odoriférantes. Les thés préparés pour l'exportation sont l'objet de plus de soins {voy. Thé).

Le Chinois prend du thé à tout propos; il y a toujours dans les bonnes maisons une bouilloire préparée ; on prépare l'infusion dans la tasse elle-même et non dans un vase approprié. On la parfume en y ajoutant diverses fleurs qui en moditîent singulièrement l'arôme et on la boit aussi chaude que possible, mais sans sucre. En été, pris à une température élevée, le thé procure une véritable sensation de fraîcheur due à une sorte d'action réflexe sur le système nerveux; il désaltère beaucoup mieux qu'une boisson glacée.

Les ouvriers, les gens du peuple s'arrêtent volontiers au milieu des rues pour prendre une tasse de thé à des marchands ambulants ; ils interrompent leur travail toutes les deux heures pour se reposer quelques minutes en eu buvant. Sur les grandes routes, à la porte des pagodes, il existe des débits, dont quelques-uns, institués par de généreux fondateurs, sont complètement gratuits. Dans cet amour des Chinois pour le thé, il y a évidemment l'expression d'un besoin; peut-être leur système nerveux demande-t-il cette excitation; dans tous les cas, le thé est un aliment au même titre que le bouillon, et s'il contient un peu moins d'azote il laisse plus de résidu assimilable. Je ne crois point, ainsi qu'on l'a dit en Europe, que les grands buveurs de thé soient dyspeptiques et anémiés ; au contraire, c'est parmi la classe ouvrière, les manœuvres, que l'on en fait le plus usage, et relativement ces gens sont très-vigoureux.

Mais si le thé est une boisson répandue, il ne remplace pas dans l'alimentation publique les alcooliques que l'on consomme également beaucoup. Depuis quatre mille ans les Chinois préparent l'alcool, l'inventeur fut, dit la tradition, persécuté et mis à mort pour sa découverte. Elle a prospéré cependant ; partout les céréales, blé, riz. sorgho et autres sont travaillés et soumis à la distillation. Dans le Nord, on se sert exclusivement du sorglio; il donne une eau-de-vie blanche, d'autant plus jaune qu'elle est moins pure et possédant un goût empyrcumatique très-prononcé ; les alcools ordinaires niar-

CHINE. I'i9

quent 40« et 50'=, mais ou en trouve de beaucoup plus purs et j'eu ai distillé moi-même jusqu'à 90" sans leur faire [icnlre leur odeur spéciale. Ou importe du Sud uu grand nombre de boissons alcooliques retirées de grains, qne l'on parfume et colore eu y faisant macérer certains fruits; quelques-uns de ces vins sont réellement très-buvables et, au palais impérial, on possède de grands crus comparables au madère sec, aux vins blancs de Provence.

Le \ in se prend en général aux repas seulement, on le boit tiède par petites tasses de la contenance d'un grand verre à liqueur; sans doute on en fiiit par- Ébis excès, mais ces cas ne paraissent point communs et jamais on ne rencontre d'ivrognes sur la voie publi(pic; cependant les gens les plus pauvres lout «sage de l'eau-de-vie, dont le prix minime descend jusqu'à 30 centiznes le litre.

Le Cliiaois boit rarement de l'eau pure, il la sait trop mauvaise; en été, il éprouve un besoin absolu de glace ; tous les fruits sont à la glace; déplus, il en prend en cristaux et la fait fondre dans sa bouche ; les plus jeunes enfants en fout ainsi usage, et l'on croit que les en priver les rendrait malades. La glace, conservée eu grands cubes coupés a la scie, est réunie en masse que l'on recouvre ensuite d'une épaisse couche de paille et de terre glaise, puis de leri'c végétale. L'intérieur de ces véritables édifices est disposé en corridors, dans lesquels ou place des traverses où l'on suspend les fruits et les légumes à conserver; on y réussit admirablement, car aux mois de mai et de juin on peut servir <lcs raisins avec leurs grappes encore vertes, les grains bien [)leius et non ridés, leur duvet intact.

Le Chinois aime une nourriture épicée, son goîit fort délicat lui fait recheri;her tous les parfums culinaires, aussi le nombre des condiments est-il considérable. En ce qui concerne le vinaigre, on a prétendu, il y a quelques années, trouver eu Chine un certain polype, qui aurait la singulière propriété de changer en vinaigre l'eau dans laquelle on le laisse séjoiirner; ou a àiit grand bruit de cette découverte, et soit de bonne foi, soit autremoit, on a apporté eu France plusieurs polypes qui n'ont jamais, je crois, donné le moindre vinaigre. €e prétendu animal n'est autre chose que la couche de mycodermcs se formant sur les alcools faiblement acétifiés et qui, recueillie, et desséchée, présente un peu l'aspect d'une membrane animale. Il est évident qu'en jetant un morceau de cette peau dans un mélange d'eau et d'alcool, la fermentation se produit et l'on a une sorte de vinaigre.

Pour ne pas trop allonger ce chapitre, nous passons sur les espèces culinaires aromatiques, sur le sel, sur le sucre, que les Chinois ont appris des Pères jésuites à préparer, mais dont le meilleur ne vaut pas mieux que notre cassonade.

Après avoir passé eu revue les principiux produits animaux et végétaux que les Chinois font entrer dans leur alimentation, peut-être conviendrait-il de parler des procédés de cuisson, en un mot de la cuisine chinoise; on a fait en Europe tant de récits ridicules sur ce sujet qu'il y aurait matière, pour rendre hommage à la vérité, à assurer au contraire que le Chinois est fort bon cuisinier, fort logique et plein de bon sens dans tout ce qu'il prépare pour la table. 11 est certain que, lorsque les produits sont inférieurs, lorsqu'on est obligé de se servir par économie d'une huile nauséabonde, il est difficile de faire très-bon, âTiais je crois que les petits restaurants de Paris n'ont rien à reprocher à ceux de Pékin et qu'on y mange des choses encore plus étranges. Toujours est-il que la bonne cuisine chinoise est fort appétissante, les l'ôtis parfaits, les ragoûts fort réussis, le tout très-supportable ; lout au plus mérite-t-elle le reproche d'être

im CHINE.

trop variée. Les repas interminables sont de vrais défilés de plats, mais je n'insiste pas pour ne pas être accusé de trop de partialité.

Le Chinois au fond est sobre, et l'on peut juger de la modicité de sa ration alimentaire par la nourriture habituelle des classes ouvrières, question que M. P. Champion a fort bien étudiée, dans un voyage où il a spécialement eu pour but d'apprécier l'industrie en Chine. M. P. Champion décrit ainsi qu'il suit, le régime des ouvriers des différentes provinces :

Dans le Houpé, à Hang-keou, l'ouvrier qui tisse la soie travaille en moyenne douze heures, il confectionne un morceau d'étoffe de f rois à quatrepieds de longueur sur soixante centimètres de large; il gagne 85 centimes par jour, le logement et la nourriture. Celle-ci consiste en trois repas par jour, la nouri'iture mensuelle est fixée à 24''"°8,760 de riz, 6 kilogrammes de poisson salé, 4 kilogrammes de porc, |kiiog^812 de volailles et une quantité de légumes verts ou secs, évalués en moyenne à 3 francs. La partie azotée de ce régime est donc d'environ 12 kilogrammes, soit en moyenne 400 grammes par jour. Le régime de ces tisseurs, qui sont une véritable aristocratie des classes ouvrières, revient à l'^SO environ par jour à rentrepreneiu"; dans cette somme de 1^% 20, le thé et le tabac figurent pour 15 centimes.

Les ouvriers des métiers moins relevés sont dans une condition bien inférieure ; les maçons à llang-keou travaillent douze heures avec trois repos d'une demi-heure pour les repas. Ils gagnent 60 centimes et reçoivent une ration mensuelle consistant en 1 liyre de porc frais, 5 livres de poisson salé, 50 livres de légumes frais et 45 livres de riz; ce qui donne par jour 433 grammes de produits azotés et l''''''8,250 de produits carbonés.

A Pékin, les maçons travaillent en moyenne 9 heures par jour, ils gagnent O^^SO à 0^%60 et sont nourris par leur patron, dont ils reçoivent en 3 repas, 562 grammes de pain de maïs, 300 grammes de pain de froment, un bol de millet bouilli et environ 200 grammes de légumes salés ; deux fois par mois seulement chaque ouvrier a droit à une demi-livre de viande. Pour eux la substance azotée n'est presque représentée que par les 300 grammes de pain de froment, car le millet et le maïs sont peu riches en azote.

A Shang-haï, le même ouvrier mange en moyenne par jour 1 livre de riz, 730 grammes de poisson sec, un peu de légumes frais pour une somme de 8 centimes et deux fois par mois de la viande de porc; il gagne 0'%50 par jour.

g. Vêtements. Hygiène corporelle. Quoique les Chinois séjournent sous des climats bien différents, la forme de leur vêtement est sensiblement la même dans toutes les provinces, à peine quelques légers détails dans la forme de telle ou telle partie permet-elle de recoimaître l'habitant des contrées méridionales de celui des régions du Nord. Du reste, en agissant ainsi, le Chinois obéit à des lois somptuaires très-anciennes qui règlent d'une façon définitive la forme générale des habits, leur couleur et interdisent aux classes inférieures certaines manifestations extérieures de luxe qui sont permises aux seuls fonctionnaires. Ces lois sont, du reste, entrées dans les mœurs de la nation, les habitants y tiennent comme à une habitude séculaire, et ne cherchent jamais à modifier pour leur usage ce que leurs ancêtres ont adopté. Les seules variations qu'ils se permettent dans le costume, consistent à se débarrasser d'un certain nombre de vêtements pendant la saison chaude, et il n'est pas rare de voir, même dans les grands centres commerciaux, les manœuvres ou les hommes employés aux travaux de force, comme les haleurs de bateaux, j'éduire le vêtement à sa plus

simple expression, et en ne conservant qu'une sorte de pectoral protégeant la poitrine et le liant du ventre, souvent ne recouvrant même pas les parties géni^ taies. Dans les provinces méridionales, les enfants des basses classes sont à pou près nus jusqu'à l'âge de dix ans ou du moins l'on n'attache pas d'importance à les voir se jouer dans ce léger costume. Ceci est vrai pour les garçons seulement, car les femmes de tout âge et de tout rang ont soin de se couvrir décemment.

Nous avons dit comment le Chinois se renferme en hiver dans les maisons où règne une atmosphère étouffée, comment il défend son corps contre le froid avec des vêtements ouatés et des fourrures. Dans l'été au contraire, et toute l'année dans le Sud, il s'habille à peine et abrite sa demeure de la chaleur solaire, eu recouvrant les cours de légères toitures en nattes sous lesquelles l'air circule librement -, au dehors, il paraît peu inquiet des insolations et, au plus fort de la journée, circule la plupart du temps tète nue, se faisant un léger abri de l'éventail qui, dans cette saison, ne quitte jamais la main même du plus pauvre ; les paysans, pour leurs travaux des champs, adoptent un large chapeau de paille, et les citadins portent cette coiffure en forme d'éteignoir regardée en Europe comme le couvre-chef classique du Chinois, tandis qu'elle est autorisée pendant quatre mois seulement. En effet, un décret impérial, renouvelé chaque année, prescrit aux mandarins l'usage du chapeau en fourrures pour l'hiver, en paille pour l'été, en feutre pour l'automne et le printemps ; ces coiffures de forme différente ne sauraient être tolérées en dehors des époques officielles, et chacun imite les fonctionnaires ; celles d'été et d'hiver remplissent fort bien leur office, celles du printemps et d'automne protègent un peu moins bien. Les marins du Fo-kien seuls ont adopté une sorte de turban.

Les lois soraptuaires interdisent l'usage des fourrures de luxe, martre, zibeline, hermine, loutre de mer et autres aux classes industrielles et ouvrières, mais, en dehors de la couleur jaune réservée à la famille impériale, le reste des habitants peut prendre telles couleurs qui lui plaisent dans les tissus de soie, de drap, de coton et de toile. Les matières premières sont toutes originaires de k Chine; néanmoins, depuis quelques années, l'Amérique et l'Angleterre importent de fortes quantités de cotonnades, et la Russie des draps; il paraît démontré que si nos fabriques de soie avaient aussi adopté Tannage et les dessins demandés en Chine, la France aurait pu importer des soieries, car, avec nos métiers perfectionnés, nous pouvons livrer ces objets à meilleur marché que les similaires de Chine, tout en tenant compte des frais de transport de la soie brute venant se faire transformer en Europe et retournant en Chine à l'état de tissus.

La forme du vêtement est essentiellement intelligente; des bas de coton, des caleçons et un justaucorps eu coton forment une première couche protectrice que recouvre une longue robe flottante et une sorte de pantalon arrêté au-dessus du genou dans le Midi, au-dessus de la cheville dans le Nord. Les gens du peuple ne portent pas de robe pendant leurs travaux ou tout au moins la relèvent à la ceinture. Par-dessus cette première robe, l'on ajoute une jaquette à manches n'atteignant qu'à la taille, et, lorsqu'on fait toilette, une sorte de cafetan plus ample; ces vêtements sont doublés de fourrures et piqués de ouate en hiver. Le costume des femmes est à peu près identique à celui des hommes, il n'en diffère presque que par le caleçon qui doit être porté dans toute sa longueur et non replié sous le bas. Mais tandis que les hommes, même les plus élégants, ne prennent que

182 CIILNE.

des tissus généralement de couleur un peu sombre et toujours unis, les femmes adoptent au conirairc les couleurs les plus vives et reliausseut leurs coslumes de broderies de soie d'un goût charmant.

Les fonctionnaires des neufs rangs ont lui costume officiel qu'ils ne portent que dans les grandes cérémonies et qui, tout en conservant la forme générale du costume national, est rehaussé sur la poitrine, les épaules, le dos et les manches, de broderies dont le dessin indique à la fois la classe du fonctionnaire et sa spécialité civile ou militaire ; le rang se reconnaît encore au bouton fixé au chapeau et au collier officiel.

La chaussure consiste en bottes, en souliers découverts, fails de velours, de draps, ou de cuir léger pour la portion supérieure, la semelle est le plus souvent en coton ; on réunit par la piqûre un nombre considérable de couches d'étoffes soumises ensuite à une pression énergique et l'on obtient une sorte de carton de l'épaisseur de 2 centimètres, formant une semelle isolante trèsefficace pour les temps secs. Par les temps de pluie, le Chinois porte des souliers à semelle de cuir ou des raquettes en bois adaptées comme des patins. Le cuir n'est pas exclusivement employé pour les chaussures, parce que les procédés de tannage sont défectueux et qu'il conserve toujours une mollesse, une spongiosité peu favorables à un long usage. Les seuls défauts des chaussures sont la rigidité de la semelle et la forme rétrécie, relevée de la pointe ; cette disposition se traduit sur le pied par des durillons et par une fréquence l'emarquable des ongles incarnés. La chaussure de la femme sera décrite plus tard.

En somme, le costume des Chinois est bien approprié aux besoins et à la nature du climat, mais il est défectueux en ce qu'il ne comprend pas de linge de corps ; les gens soigneux y suppléent par des gilets et des caleçons en coton,, mais la masse n'en fait pas usage, et les vêtements, jour et nuit en contact avec la peau, finissent par s'imprégner de la sueur et présenter bien des inconvénients.

Avant la conquête tartare, les Chinois portaient les cheveux réunis en chignon sur le sommet de la tète; les Japonais, les >iamois, les Cochinchinois suivent encore cet usage. Les ïartares leur imposèrent de se faire comme eux raser le crâne, à l'exception d'une calotte qui constitue la naissance de la queue ; ou lutta pendant des années; les Tartares tinrent bon, en vinrent à regarder comme rebelles et à mettre à mort les délinquants, et la mode fut ainsi introduite dans les mœurs. Elle est parfaitement inutile actuellement; chez les Tartares nomades, la queue servait à maintenir les armes au-dessus de la tète lorsqu'on expédition ils devaient franchir les fleuves à la nage ; chez les Chinois, elle n'est qu'un embarras, un luxe coûteux, car on ne peut la tresser soi-même, et un refuge aux parasites chez beaucoup ; l'élégance exige que la queue descende jusqu'aux talons ; on l'allonge donc avec des cordonnets de soie noire ou blanche en temps de deuil (le blanc est la couleur funèbre).

Les femmes portent les cheveux nattés, tressés de diverses façons, retenus par des épingles et des bijoux, agglutinés par des cosmétiques. L'échafaudage de la coiffure est très-compliqué ; on le construit tous les deux ou trois jours seulement en prenant des précautions infinies pour ne pas le déranger pendant la nuit. La coiffure indique chez la femme sa position sociale, jeune fille, nubile, fiancée, femme mariée, grand'mèrc, etc.; elle est un prétexte à ornements de fleurs artificielles, de bijoux, de perles, de pierreries chez les élégantes. De même, l'âge de l'enfant fait varier sa coiffure; rasé jusqu'à un an, il porte une

queue à droite, puis mic à gauclic, puis trois; à sept ans, il adopte la mode masculine.

Les bonzes et les lamas, les religieuses boudhiques se rasent la tête. La barbe, en général peu fournie, est rasée chez tous les jeunes gens ; à partir de vingtcinq ans, ils portent la moustache et la mouche, enfin la barbe au menton, lorsqu'ils sont chefs de famille.

L'industrie des barbiers est très-florissante en Chine, elle s'exerce généralement en plein vent ; le parasitisme est évidemment favorisé par cette promiscuité des ustensiles de toilette ; il est fréquent sous toutes ses formes.

L'usage des bains est assez répandu, moins cependant que dans l'Asie musulmane, où les ablutions font partie des prescriptions religieuses. Dans tous les quartiers de ville se trouvent des établissements de bains un peu primitifs, où la piscine consiste eu une sorte de cuve de quelques mètres carrés, d'une profondeur de deux pieds, au-dessous de laquelle se trouve le foyer. Le fond de la piscine est toujours à une température élevée; on ne peut guère s'y tenir; pour parer à cet inconvénient, le client reste assis ou à califourchon sur des planches passant d'un côté à l'autre de la cuve et laisse traîner les jambes dans 'eau; à vrai dire, le tout consiste moins dans un bain que dans une ablution d'eau chaude.

L'eau de la piscine est renouvelée deux fois seulement pendant le courant de la journée; je laisse à penser ce qu'elle doit èlre après (piel(jues heures. 11 règne dans la salle une atmosphère nauséabonde ; le bain est recouvert d'une couche limoneuse infecte, mais le Chinois n'est pas dégoûté pour si peu.

Même dans le Midi l'on ne fait jamais usage de bains froids dans les rivières ou sur le bord de la mer. 11 est à remarquer que les bains sont ouverts aux hommes seuls, et l'étranger ne peut avoir comme au Japon le spectacle de bains communs où les deux sexes se mêlent sans vêtements comme sans mauvaises pensées. Les femmes font leurs ablutions à domicile et sont très-scrujiuleuses de leur toilette spéciale.

En général, la Chinoise a soin de sa personne; elle est infiniment plus propre que l'homme et, dans un but de coquetterie, abuse des cosmétiques, en particulier des fords à base de plomb qui lui donnent un aspect de pastel et ne laissent pas que d'agir sur la santé. Dans le Sud, cet usage est plus répandu que dans le Nord, et les accidents d'intoxication, quoique très-connus de tous, ne peuvent empêcher les dames d'obéir aux exigences de la mode.

Les oiigles sont un véritable objet de luxe; en les laissant croître outre mesure, une femme témoigne que ses blanches mains ne se livrent à aucun travail manuel ; les plus riches les emprisonnent dans des étuis d'or et d'argent et mettent une certaine coquetterie à faire résonner le métal en remuant les doigts. Quelques hommes imitent cette mode, leurs ongles dépassent ainsi de 5 à 4 centimètres la pulpe des doigts. Cet usage n'est que gênant, car ceux qui l'adoptent, recherchent une rigoureuse propreté.

Comme détail complémentaire de toilette, il faut signaler l'indice caractéristique des Tartares depuis l'empereur jusqu'au dernier soldat, et qui n'est autre qu'un gros anneau de deux centimètres de hauteur sur un d'épaisseur qui se porte au pouce droit et est destiné à le \)roiéger lorsque l'on s'en sert pour bander la corde de l'arc. On se sert peu aujourd'hui de cette arme primitive, mais la coutume est restée et rappelle de loin la bague que portaient les chevaliers romains. Cet anneau n'est jamais de métal, mais d'une pierre plus ou

moins dure, souvent de jade et quelquefois de pierre plus pre'cieuse encore enrichie de diamants.

VI. Hygiène phofessionkelle. L'ouvrier chinois des métiers vulgaires, maçon, charpentier, manœuvre..., gagne de 0 fr. 80 à 1 fr. 20 par jour, pour un travail de douze heures en été, huit en hiver, dont il faut retrancher deux heures pour les grands repos et une heure pour des repos de dix minutes.

Les uns se nourrissent à leurs frais, d'autres abandonnent 0 fr. 50 à Ofr. 40 pour deux repas, comprenant, outre la bouillie de millet ou le plat de nouilles aveclégumes salés, un peu d'eau-de-vie et le plus souvent delà viande fraîche ou salée; ce régime comprend encore du thé à discrétion et une petite provision de tabac.

L'ouvrier des métiers plus relevés, peintre, sculpteur sur bois ou sur pierre, tailleur, etc. reçoit d fr. 40 à 1 fr. 70 ; enfin d'autres dont on exige un talent spécial, comme les brodeurs sursoie et sur drap (ils sont très-nombreux), les ciseleurs de caractères d'imprimerie vont encore au delà. 11 n'en est pas qui dépasse 2 fr. 50, véritable somme pour le pays.

Avec ce qu'il gagne, l'ouvrier peut vivre et soutenir sa famille; la femme peut encore y ajouter quelque chose ; elle prend à domicile des travaux de couture, de fleurs artificielles, de chaussures brodées pour femmes; mais elle ne va jamais en journée ou dans les ateliers. Le travail lui est peu rétribué ; elle produit beaucoup moins que l'homme.

En Europe, depuis le grand mouvement industriel causé par le progrès des arts et de la mécanique, l'on observe une tendance de plus en plus marquée à l'agglomération des forces actives, c'est-à-dire des ouvriers, afin de faire concorder leur travail et d'obtenir, en somme, une production plus économique. Aussi, ce que l'on nomme la grande industrie, les usines, les fabriques deviennent-elles de p'us en plus vastes. Seuls, certains ouvriers spéciaux peuvent travailler pour leur propre compte ; le travail en un mot se désindividualisc. En Chine, l'on n'en est pas encore arrivé à ce point et, dans un grand nombre de professions, l'ouvrier n'ayant pas besoin d'un outillage considérable, peut l'ester isolé et demeurer en relations directes avec le consommateur; dans ces conditions, il peut travailler àdomicile, ses aides, ses apprentis sont les gens de sa famille. Lorsque sa spécialité l'oblige à se mettre aux oi'dres d'un entrepreneur, ce n'est que pour un temps indéterminé et il ne s'engage qu'à la journée, sauf à prolonger ce contrat par un consentement mutuel. On ne trouve donc pas en Chine, sauf dans les grandes fabriques de porcelaine que l'on rencontre sur les bords du Yaugtze-kiang, l'analogue de nos populations ouvrières des centres industriels d'Europe; la vie de famille bénéficie de cette situation, heureuse au point de vue moral comme à celui de l'hygiène ; la question des ateliers avec tous ces dangers dus au confinement n'existe presque pas. Ce n'est pas que les diverses professions n'entraînent avec elles les chances d'insalubrité inhérentes à leur caractère; les ouvriers qui manipulent le mercure ou le plomb sont exposés aux accidents d'intoxication et ceux en particulier qui préparent les vernis destinés à donner les belles laques du Sud voient souvent leur santé gravement altérée par la causticité de ces divers produits, mais les dangers sont moins grands que dans nos fabriques, en raison du petit nombre d'ouvriers travaillant ensemble ; du reste le genre de construction des ateliers, moins resserrés que ceux d'Europe, est une garantie de plus. Comme nous l'avons déjà dit plus haut, le patron chinois est rarement porté à abuser de ses ouvi'iers, moins peut-être par un sentiment de moralité que

par le calcul de ses propres intérêts, et l'ouvrier, surtout dans les positions insalubres, gagne suffisanunent pour ne pas s'astreindre à de trop longues heures de travail.

Vil. HïGn'iiSE DE l'eiNFAkce et de l'adolescence. Les enfants ne sont jamais employés à des travaux manuels et n'entrent guère en apprentissage avant d'avoir atteint leur quinzième année au moins ; leurs parents, trouvant dans leur travail des ressources suffisantes, ne sont point réduits d'ordinaire à cette cruelle nécessité qui pèse sur nos populations industrielles, et l'enfant a tout le temps nécessaire pour se développer librement.

Quelques mots sur l'hygiène des différents âges compléteront cette esquisse des différentes classes de la société chinoise.

A sa naissance, l'enfant chinois trouve accumulées contre lui une somme de chances défavorables assez nombreuses, non pas que d'une façon générale l'affection et les soins lui fassent défaut, car la tendresse des parents est au contraire très-vive, mais d'une part l'ignorance et de l'autre les épidémies meurtrières qui sévissent, surtout dans les villes, en moissonnent chaque année un grand nombre. L'alimentation lactée par le sein de la mère et à défaut par une nourrice, est eu Chine une règle absolue, l'allaitement artificiel y est totalement inconnu ; ce serait là sans doute une excellente condition, si cette alimentation était toujours bonne et si l'on n'avait la fâcheuse habitude de la prolonger outre mesure alors que l'enfant aurait besoin d'une alimentation plus léparatrice ; le sevrage n'est pour ainsi dire pas imposé à l'enfant cpii, même à l'âge de trois ou quatre ans et alors que déjà il fait usage des aliments ordinaires, vient encore puiser uiicpartie de sa nourriture au sein maternel. C'est là une habitude f;\cheuse surtout au point de vue de la nourrice qui, en général, passe sans transition des fatigues d'un allaitement prolongé à une nouvelle grossesse, que l'on a vraisemblablement cherché à reculer par ce moyeu.

Chaudement emmaillotté dans des couvertures ouatées pendant Diiver, presque un en été, l'enfant se trouve sous le rapport du vêtement dans de bonnes conditions, mais les femmes du peuple, même celles des classes relevées ignorent totalement la nécessité des lavages pour leurs nourrissons, aussi ceux-ci croupissent-ils dans une malpropreté ])ien faite pour altérer la santé; la diarrhée infantile, les affections cutanées souvent d'origine syphilitique, et dans certains points la diphthcrie sont autant de causes de mortalité ; en somme elle semble être plus considérable en Chine qu'en Europe, mais l'absence de toute statistique oblige à ne point poser sur ce point de données définitives. Il est une cause de mortalité qui au moins n'y existe pas, celle que nous cherchons à combattre actuellement en France, l'envoi des enfants en nourrice; cet épouvantable danger est évité pour le jeune Chinois. S'il a pu franchir les chances de la période infantile, il paraît avoir de grandes probabilités de vie ; dès qu'il peut marcher, on le laisse passer toute la journée au grand air et il acquiert par ce moyen un certain degré de résistance aux influences extérieures; plus âgé, il prend part aux jeux de son âge, qui sont les mêmes dans tous les pays, et dont quelques-uns rappellent les exercices de l'ancienne Grèce, le disque, l'arc, la course, une sorte de pyrrhique. Ces exercices de gymnastique, très-cultivés chez les Tartares, sont continués jusqu'à l'âge mùr et donnent aux jeunes hommes un singulier degré de force et d'agilité. Les adultes qui s'y livrent avec passion subissent un véritable entraînement, leurs muscles secs, dégagés de tissus adipeux ont la dureté du marbre et peuvent produire un effort considérable.

Les écoles exercent une influence physique inévitable sur le développement des jeunes générations et trop souvent cette influence est mauvaise. A Pékin, où ces questions ne sont pas encore comprises, on entasse les enfants dans des pièces surchauffées, à atmosphère viciée ; pendant l'été, le danger disparaît, car on se réunit dans des cours abritées du soleil par un rideau mobile en nattes. Il est à remarquer que les enfants chinois, comme les Arabes et les Turcs, apprennent leurs leçons en les lisant tous en même temps et à haute voix ; ils s'élèvent aux tons de voix les plus aigus et se balancent alternativement de droite et de gauche, ce qui produit une bizarre cacophonie.

Le garçon reste longtemps enfant dans la société chinoise; au point de vue physique, son développement est moins rapide que dans les races blanches, et la puberté réelle se trouve chez lui singulièrement en retard; la taille définitive n'est guère acquise que vers vingt-cinq ans ; c'est aussi à cet âge qu'apparaissent les premiers duvets de barbe, mais on sait que chez les Asiatiques elle est toujours assez grêle ; cette rareté n'est pas bornée à la face : la poitrine, les membres sont généralement glabres, ainsi que le pubis. Au point de vue moral, l'évolution est également retardée-et le jeune homme de dix-huit à vingt ans est encore, à beaucoup d'égards, un enfant. L'instinct génésique semble n'apparaître que tard, et c'est bien le résultat d'une disposition physiologique, cardes ses premières années, il a pu apprendre ce que chez nous l'on cherche autant que possible à laisser ignorer de l'enfonce. En courant les rues et les places publiques, il a pu voir de petits panoramas ou des spectacles d'ombres chinoises rappelant le Kharageuz des pays musulmans, il a pu feuilleter des albums d'obscénités que l'on trouve dans tous les magasins, il a pu de mille façons être initie même à la connaissance des plus viles turpitudes ; cependant l'on ne pourrait dire que le jeune Chinois est vicieux ; moralement, il est peut-être plus dépravé que les jeunes Européens des grandes villes, matériellement, il l'est beaucoup moins.

A l'âge cependant où les passions commencent à parler, souvent même avant, ses parents l'ont déjà fiancé, puis lui ont fait épouser une jeune fille qu'ils ont choisie eux-mêmes et sans consulter ses propres désirs. Celle-ci est donc livrée à quelque jeune homme qu'elle connaît à peine ou qu'elle n'a jamais vu, et avec lequel il lui faut vivre trop souvent en compagnie de plusieurs concubines.

La plus cruelle situation qui puisse être réservée à une femme chinoise, c'est de rester stérile ; le Chinois désirant vivement avoir une descendance masculine nombreuse, ne tarde pas à prendre en grippe l'épouse qui ne remplit pas ses désirs et, suivant la loi, il peut la répudier pour ce seul fait, en tous cas lui donne-t-il des commensales et, en légitimant les enfants de ces dernières, il les élève presque au même rang que sa première femme.

La femme chinoise est bonne reproductrice. La menstruation s'établit d'ordinaire vers treize ou quatorze ans et se prolonge jusqu'à quarante, au plus ; elle est régulière, mais très-peu abondante. Les unions entre jeunes gens au-dessous de vingt ans sont peu fécondes pendant les premières années, • la femme fait facilement des fausses couches; ce fait est généralement reconnu, mais on y attache peu d'importance, car, à partir de la première couche normale, les grossesses se succèdent rapidement. Les Chinois n'ont pas encore l'idée que l'on voudrait chez nous élever à la hauteur d'un principe social, de limiter le nombre des enfants aux ressources du ménage, et, comme les malheureux de tous les pays, ils ont des enfants tant que leur femme peut en mettre au monde. Pour les individus, il y a peut-être un inconvénient réel, mais la société y gagne, en se

maintenant et en progressant malgré les chances de doslniction dont elle est

entourée.

VIII. Mutilations ethniques. Pieds chinois. U est un usage sur lequel la curiosité de l'Occident a été de tout temps éveillée et dont l'explication n'avait iamais été donnée d'une façon satisfiiisante, je veux parler de la déformation du pied chez la femme. Dans les diverses descriptions des mœurs chinoises, dans de sérieuses éludes médicales, on a souvent écrit sur ce point. Si après tant d'autres nous venons encore en parler, c'est que premièrement il est impossible de passer cet usage sous silence dans un travail médical sur la race chinoise, et en second lieu, que par suite de la situation qu'il a occupé à P('kin, pendant plusieurs années, l'auteur s'est trouvé dans des conditions très-favorables pour être mis en rapport avec des femmes, des jeunes filles et surmonter la répulsion qu'elles ont de laisser voir leurs pieds.

Personne, pas même le mari, ne doit voir le pied déchaussé de sa femme, c'est là que leur pudeur a placé ce qu'en Europe on est habitué à voir respecter dans d'autres parties du corps ; on le comprendra par ce qui sera décrit plus loin comme origine et effet de cette habitude. Surmontant ces scrupules nous avons été admis avoir le pied de la femme, celui de la jeune fille, celui de l'enfant pendant la période de préparation, en un mot à suivre pas à pas cette singulière transformation anatomique.

La déformation du pied, constituant ce que les Chinois ont nommé « lis dorés, ornements de l'appartement intérieur, etc..., » est loin d'être également répandue dans tout l'empire ; dans les provinces méridionales, elle constitue à peu près la règle pour les classes aisées; dans le iVord et à Pékin surtout, le voisinage des Tartares auxquels elle* est interdite, la misère plus répandue ta rendent beaucoup plus rare. De plus, il y a pour ainsi dire un mode de déformation spécial à chaque province, et c'est surtout dans le Kouang-si et le Kouang-toung que l'on en trouve les plus beaux spécimens. Cependant partout les familles essentiellement chinoises et riches se donnent ce luxe, qui promet à leurs filles de plus beaux partis.

On peut admettre deux grandes divisions dans la nature de la déformation.

Dans l'une, les orteils sont fléchis sous la pointe du pied, le pouce restant libre ; la face plantaire forme une forte concavité inférieure, plus ou moins remplie par du tissu cellulaire ; de plus, le calcanéum change de direction : d'horizontal il devient vertical. De la, tous les désordres produits dans l'articulation du tarse. C'est le pied généralement décrit, celui dont on possède en France des échantillons.

Mais c'est là le maximum de la déformation, c'est celle qui se rapproche le plus de l'idéal ; c'est dans le Nord, la forme la plus rare. En général, on n'y observe qu'un premier degré de la déformation, c'est-à-dire la ilexion des quatre derniers orteils sous la plante, sans changement de direction du calcanéum. Par un bandage maintenu fort serré, on a produit un raccourcissement de tout le pied, une sorte de tassement antéro-postérieur des os du tarse, une exagération de la voûte, mais le calcanéum est resté intact. Si nous ajoutons que les Chinoises ont les extrémités élégantes et bien prises, on comprendra que l'on puisse obtenir des petits pieds, même sans faire basculer le calcanéum.

Cette demi-déformation est une sorte de moyen terme, permettant à la femme de joindre aux exigences de la coquelleric celles du travail et d'une locomotion forcée.

Telles sont les lésions osseuses. Les parties molles ont dû se plier aux exigences de la compression ; elles sont atrophiées sur l'avant-pied, et, au contraire, ont en partie comblé en dessons la voûte exagérée de la face plantaire. La peau qui les recouvre est souvent rouge, plus ou moins érythémateuse, quelquefois même ulcérée; mais, pour ma part, je n'ai pas observé ces ulcérations profondes, cette suppuration fétide que l'on a signalées plusieurs fois.

Le mode de déambulation est essentiellement modifié ; les mouvements de l'articulation tibio-tarsienne devenant à peu près nuls, les muscles fléchisseurs et extenseurs du pied ont dû s'atrophier; c'est en effet, ce qui se produit; la jambe prend la foi'me d'un froiic de cône. D'un autre côté, les mouvements de l'articulation du genou étant, pendant la marche, intimement liés à ceux du pied et ceux-ci ne se faisant plus, certains muscles de la cuisse ont dû diminuer d'autant.

Le mouvement de progression se produit essentiellement par l'articulation coxo-fémorale, et l'on ne saïu'ait mieux comparer ce phénomène qu'à ce que l'on observe chez un amputé des deux cuisses ; chez lui, comme chez la femme chinoise, la moitié du membre inférieur est transformée en une masse rigide; du pilon classique de l'amputé à la jambe chinoise, il n'y a que la différence d'mie articulation, absente chez l'un, presque inutile à l'autre, pour la marche tout au moins.

De semblables modifications ne peuvent évidemment être apportées dans les organes de la locomotion sans déterminer des accidents, quelquefois graves, sur le pied lui-même, sans amener un retentissement dans tout l'organisme. Mais, par suite de la tolérance traumatique de la race chinoise, tolérance dont les exemples sont fréquents, ces accidents sont .moins communs qu'on ne pourrait le croire a priori; ils ne se rencontrent guère que chez des scrofuleuses. Le scaphoïde, vivement pressé entre l'astragale et les cunéiformes, soulevé par le mouvement de bascule du calcanéum, est tout d'abord atteint; dans cinq cas remarquables que j'ai pu observer, il y avait lésion de cet os, mais il n'était pas le seul malade, et dans l'un deux, toute la deuxième rangée du tarse participait à la nécrose.

L'instabilité forcée qu'occasionne cette déformation chez la femme, la prédispose singulièrement aux chutes de toute nature, aux entorses, aux fractures de la jambe. 11 est certain que les os ont également participé à l'atrophie générale du membre ; cette disposition, démontrée par quelques pièces anatomiques, faciliterait encore les lésions traumatiques.

Les femmes chinoises des classes aisées, vivant dans des conditions hygiéniques relativement bonnes, sont cependant généralement anémiques, disposées aux engorgements glandulaires, plus souvent scrofuleuses que les hommes de la même classe. 11 est fort probable que si la déformation du pied n'en est pas la cause directe, tout au moins le défaut d'exercice qu'elle entraîne y pi'édispose-t-elle singulièrement, en servant d'auxiliaires aux autres causes débihtantes.

Nous verrons plus loin que, pour maintenir le pied toujours petit, il faut, même chez la femme adulte, continuer la compression. 11 serait assez curieux de suivre la marche inverse, de relâcher peu h peu le bandage, de le supprimer tout à fait et de chercher à l'amener le pied à l'état normal. De semblables essais ont été faits sous mes yeux à l'établissement des sœurs de charité à Pékin; chez quelques-unes des enfants confiées à leurs soins, et chez lesquelles la

compression uviiit été commencée, on n'a eu qu'à enlever les bandages pour voir en quelques semaines le pied reprendre sa forme primitive; mais on doit être très-circonspect en pareille matière, car en agir ainsi, c'est presque condamner l'cnlant à un célibat perpétuel.

Les sœurs emploient, pour le service des enfants, un certain nombre de femmes chrétiennes qui, sous le nom de « vierges, » se consacrent au service des pauvres, à l'éducation des jeunes iîlles et aux divers besoins de la communauté. Les unes sont Tartares, les autres Chinoises ; on a tenté chez ces dernières d'abolir le petit pied. Jusqu'à présent, soit attachement instinctif à cette ancienne coutume, soit crainte de la gène qu'un commencement d'essai avait amenée, elles n'ont pas voulu y renoncer; il est à croire, du reste, que si l'on parvient à abolir l'usage de la déformation, il sera inutile de tenter un traitement pour les adultes, et que l'on devra se borner à faire supprimer la compression pour la génération future.

Dans les familles riches, dans celles qui veulent laire acquérir à leurs hlles un renom de beauté, on ne commence guère les manœuvres avant l'âge de quatre ans; chez d'autres, la petite tille conserve les pieds libres jusque vers six à sept ans. Pendant les premières aimées, on chausse le pied, comme celui des jeunes garçons, d'une large pantoulle dont la [)artie antérieure, presque rectangulaire, est beaucoup plus large que le talon. Enfin l'époque est venue; tantôt la mère se charge elle-même de l'opération, d'autres fois elle abandonne ce soin à des femmes spéciales, remplissant auprès des dames le rôle de médecins intimes, de sages-femmes, d'entremetteuses quelquefois; les grandes familles en ont ainsi une ou plusieurs dans leur domesticité.

On commence à masser le pied, à fléchir plus ou moins les derniers orteils, à les maintenir dans cette position par un bandage en huit de chiffres. Ce bandage que j'ai vu exécuter plusieurs fois devant moi, se fait avec une bande de coton ou de soie de 5 à 6 centimètres et plus de large, de 1 mètre à 1"',50 de long; on applique le chef initial de la bande sur le bord interne du pied, au niveau de l'articulation tarsienne du premier métartarsien, on porte la bande sur les quatre derniers orteils, laissant le pouce libre, puis sous la plante du pied ; on la relève sous le cou-de-pied pour former une anse derrière le calcanéum, en ayant soin de l'appliquer sur la tète de l'os, non au-dessus ; on revient au point de départ pour continuer de la même façon ; en un mot, on fait un huit déchiffre dont l' entre-croisement se trouve sur le bord interne du pied. Au-dessus de cette première bande, on en place une seconde, destinée surtout à h maintenir, et l'on arrête par quelques points de couture.

Le mode d'application de bandage ne varie pas pendant toute la période des manœuvres.

En étudiant son effet, on constate qu'il produit deux résultats : 1" flexion des quati'e derniers orteils et torsion sous la plante du pied des métatarsiens correspondants; 2" tassement antéro-jwstérieur du pied par son point d'appui sur le calcanéum, peut-être déjà, mais à un faible degré, exagération de la concavité plantaire.

Pendant les premiers temps, le bandage est médiocrement serré, peu à peu l'on en augmente la tension. A chaque nouvelle application, qui se renouvelle au moins tous les jours, on laisse quelques instants le pied à nu, on le lave et on le frictionne avec l'alcool de sorgho. L'oubli de cette précaution contribue puissamment à faire naître les ulcérations dont nous avons parlé plus haut.

A celte époque, la chaussure de l'eufaut consiste en une bottine dont l'extrémité se rétrécit peu à peu et arrive enfin à être complètement pointue; l'étoffe remonte assez haut et se réunit en avant par nu lacet. La semelle est plate, sans talons, comme celle d'une pantoufle.

Par ces seuls moyens, ou arrive à produire le pied vulgaire, que nous avons décrit plus haut comme le plus commun dans le Nord, le seul usité par les classes pauvres. Mais il en faut continuer l'usage, sous peine de perdre le fruit des premiers efforts ; la jeune fille, la femme s'appliquent leurs bandages avec régularité; là, ainsi qu'eu beaucoup de choses, si l'on n'acquiert pas, on perd. La chaussm'e reste toujours la même comme forme, elle varie seulement de dimension avec la croissance du pied, car il n'y a pas arrêt absolu de développement de ce membre, mais seulement perversion.

Si la mère veut donner à sa fille un pied encore plus élégant, elle a recours à d'autres procédés. Lorsque le premier degré est bien établi, que la flexion des orteils est permanente, on commence à exercer un massage énergique, puis on place sous la face plantaire un morceau de métal de forme demi-cylindique et d'un volume proportionné à celui du pied ; on applique le bandage en huit par-dessus le tout, en le maintenant fortement et en portant les entre-croisements non plus sur le bord interne du i)ied, mais sous la face plantaire.

Le rôle de ce corps, placé et maintenu en ce point, est facile à comprendre : !e point d'appui doit être considéré comme pris sur le demi-cylindre métallique et sur la masse osseuse centrale du pied ; les points mobiles sont d'une part le calcanéum, de l'autre les orteils qui tendent à se rapproclier en basculant autour d'un centre ; si l'on veut encore, on peut considérer les orteils, les métatarsiens et le demi-cylindre comme points d'appui fixes ; la partie postérieure du calcanéum sera le jioint mobile. Dans tous les cas, cet os sera sollicité à changer de direction et à devenir plus ou moins vertical, d'horizontal qu'il est normalement.

Lorsqu'un certain résultat est obtenu, on n'a qu'à porter les tours de bande sur le calcanéum lui-même par-dessus l'insertion du triceps jambier et l'on augmente ainsi l'action du bandage. Enfin, pour s'opposer à la contraction de ce muscle, qui agirait eu sens inverse, on entoure quelquefois la jambe de plusieurs tours de bande assez serrés.

Un puissant moyen employé pour arriver au résultat cherché, se trouve encore dans le massage. La mère, appuyant sur son genou la face intérieure du demi-cylindre de métal, saisit d'une main le calcanéum, de l'autre, la partie antérieure du pied de l'enfant et s'efforce de le plier. Ou dit que, dans ces efforts, elle produit quelquefois une fracture (une luxation ?) des os du tarse : que, si elle n'y parvient pas, elle frappe avec un caillou sur la face dorsale jusqu'à ce que la lésion se produise. Enfin, dans certaines provinces, il serait d'usage d'enlever un os, probablement le scaphoïdc, lorsque celui-ci, faisant saillie après des manœuvres nombreuses, sans doute ^"racturé déjà, rend possible une opération que jamais les Chinois ne pratiqueraient sans cela.

Dès le début de cette seconde période, on a substitué à la chaussure à semelle plate une bottine dont la semelle est fortement convexe. Cette bottine aide d'abord, puis maintient chez les adultes la concavité de la face plantaire.

En résumé, de même que je crois devoir admettre deux degrés de déformation, je reconnais deux degrés de manœuvres. Dans le premier degré, flexion des quatre orteils sous la plante du pied, tassement d'avant en arrière, obtenus par

les bandages. Dans le second degré (supposant le succès du premier) , bascule du calcanéum, diminution énorme de la longueur du membre, exagération de îa voûte plantaire obtenue par le banrlage aidé du demi-cylindre de métal, le massage et les efforts exercés aux deux extrémités du pied.

Je ne saurais entrer ici dans une étude, fort curieuse peut-être, fort longue tout au moins, sur les origines présumées, sur les causes premières de l'usage de cette déformation du ])ied des femmes en Chine. D'autres ont fait ces recherches sans arriver à établir des preuves certaines en faveui' de telle ou telle des versions données jusqu'à ce jour. C'est ainsi que l'on raconte qu'une impératrice, illustre par ses vices, et pied bot de naissance, vivant vers l'an HOO avant Jésus-Christ, aurait voulu que tontes les femmes de l'empire jjarticipassent à sa difformité. Mais cette origine n'est que traditionnelle, j)uis(prelle remonte à une époque antérieure à la destruction des livres chinois, sous la dynastie de Tsin, 300 ans avant notre ère.

On dit aussi que les Chinois déforment les pieds des femmes poiu- les cuuiiner à la maison, les rendre moins volages.

Cependant, à l'inverse des pays musulmans, les femmes ne sonl m ;uir\nie façon recluses ni voilées. Les dames du harem impérial se promènent journellement en voiture et ne se cachent pas.

Je crois que l'on peut plutôt arriver à une piobabilité par l'étude actuelle du fait. Cela encore ne laisse pas que d'être fort difficile, car pailer à un Chinois du pied de sa femme équivaut aux plus graves indécences en Eun)|>e.

La petitesse du pied est le critérium, je ne dirai pus de la beauté, mais de la valeur commerciale d'une femme. Le mariage chinois se concluant exclusivement par les parents et sans que le futur mari voie sa fiancée, il ne peut être question d'affection; de plus, comme dans presque tous les pays d'Asie, la famille de la femme reçoit une somme d'argent proportionnée à la richesse des deux familles. Le mariage à ce titre, devient une affaire; la femme n'est pas la compagne de l'homme, mais un objet de luxe ou d'utilité, et le soulier de la jeune fille, exhibé devant les parents du mari, est un des arguments décisifs employés lors de la discussion de la somme à payer.

Pour qui connaît le degré de lubricité des Chinois, il est évident qu'ils attachent une idée de cette nature à la petitesse du pied, c'est un fait avéré par les gens les plus au courant des mœurs chinoises, par des Chinois même. Regarder le pied de la femme qui passe dans la rue est une suprême inconvenance ; en parler ne se fait pas entre gens biens élevés. Dans les peintures chinoises, jamais on ne représente le pied d'une femme ; toujours la robe le cache ; il en est tout autrement dans certains albums, de nature plus que légère que l'on fait circuler à la fin du repas. Lorsqu'un chrétien se confesse, s'il ne s'en accuse luimême, le missionnaire ne manque pas de lui demander s'il a regardé le pied des femmes. Enfin, on assure que la vue et le toucher de souliers petits et coquets sont l'une des jouissances de ceux auxquels la nature affaiblie refuse d'autres plaisirs. Tous ces faits et bien d'autres encore démontrent que la cause de ce détestable usage réside dans une idée de lubricité qu'y attachent les Chinois.

Il est fort curieux de rechercher jusqu'à quel point la physiologie donne raison à cette idée.

On se trouve à Pékin en présence de deux races de femmes, les Tartares et les Chinoises. Les unes ont le pied normal, les autres ont le pied déiormé.

Existe-t-il une différence analogue dans la conformation des organes génitaux? On comprend que la solution de cette question ne laisse pas que d'être assez difficile. Cependant, j'ai toujours trouvé chez la Chinoise un mont de Vénus réellement hypertrophié; il forme une saillie séparée de l'abdomen par un repli profond. Les grandes lèvres sont également plus volumineuses, mais il ne semble pas que cet excès de nutrition porte sur le canal du vagin lui-même ; cet organe ne présente que les variations ordinaires Chez les femmes tartares, la région est parfaitement normale. Il est fort probable que cette liypertrophie est due à la déformation du pied, et il est certain que les Chinois croient produire un effet de cette nature en comprimant le pied des femmes ; peut-être imitent-ils en cela les procédés employés en horticulture, où l'on sacrifie certaines branches pour en nourrir d'autres. (Juant à l'idée première qui les pousse, au mérite qu'ils attachent à cette déformation, on se l'explique difficilement, et libre carrière est ouverte à l'imagination.

On comprend alors leur répugnance à en parler, l'inconvenance à regarder les pieds des femmes, les questions du confessional, etc.. Encore un mot pour terminer l'ébauche de cette question. Les Chinois sont-ils prêts à y renoncer? Plusieurs empereurs de la dynastie tartare ont rendu des décrets pour défendre aux Chinois de mutiler leurs femmes; les décrets sont restés lettre morte.

Les Tartares auraient eux-mêmes adopté cet usage si l'on n'y avait mis opposition en n'acceptant au palais, depuis la première impératrice jusqu'à la dernière des suivantes (qui sont toutes de lamilles tartares), que des femmes au grand pied, et s'il n'avait été enjoint aux fonctionnaires de n'épouser que des Tartares ou des Chinoises au pied non mutilé.

Enfin les évêques, agissant sur les chrétiens avec bien plus de force morale que l'empereur, ont flétri et pi'oscrit cet usage dans plusieurs mandements. Ils n'ont obtenu des succès partiels que chez quelques Chinois établis en Mongolie.

Malgré tous ces efforts, on n'en continue pas moins à torturer les pieds, et l'on continuera jusqu'au jour où le Chinois comprendra que la femme n'existe pas pour être à l'homme un instrument de plaisir, mais pour être sa compagne et son égale, jusqu'au jour enfin où la femme aura pris rang dans la société.

IX. Misère et ASbisiANCE publique, a. Mendicité. Jusqu'à présent nous avions peint la Chine sous des couleurs parfois assez favorables, nous venons de voir l'une des ombres d'im tableau que l'on regarderait peut-être comme trop flatté si, en juge impartial il ne nous restait à faire connaître d'autres parties faibles de cette civilisation ; elle en possède malheureusement beaucoup, sans cependant mériter les reproches qu'on lui adresse trop facilement en Europe, sans doute pour contre-balancer l'opinion si avantageuse que l'on en avait au siècle dernier.

La misère sous toutes ses formes est la plaie vive des sociétés. Si, malgré des efforts continus, malgré le haut degré de civilisation où l'Europe est parvenue, elle voit encore se dresser devant elle le problème du paupérisme, combien la société asiatique, moins avancée dans la voie de civilisation, ne doit-elle pas eu être entachée ! La misère existe partout eu Chine, elle tient en grande partie au définit d'équilibre manifeste entre la production du sol et le chiffre exagéré de la population. On ne saurait, comme dans certaines contrées, invoquer l'absence de cultiu^es, la présence de terrains encore en friches ; le sol de la Chine rend tout ce qu'il peut, et le moindre coin est utilisé. La misère est encore accidentellement accrue par les insurrections comme celles des Taë-pings ; sous une

apparence politique, elles sont au fond l'insurrection de la faim ; des malheureux ne pouvant vivre se réunissent pour piller ; de bandes de brigands ils passent à l'état d'armée, et alors parcourent les provinces, ravageant tout sur leur passage, brûlant les maisons, les moissons sur pied, les aiiires en fruits ; les paysans ruinés, s'ils échappent au massacre, n'ont d'autres ressources que de se joindre aux rebelles et d'aller, eux aussi, porter la terreur dans une province voisine. En 1862, les Taë-pings s'avancèrent jusqu'à Shang-haï; plus de deux millions de Chinois vinrent se réfugier à l'ahri des concessions européennes, leur nombre et leur misère étaient au-dessus de tonte charité possible; le choléra, le typhus y moissonnaient journellement des milhers de victimes, et l'ensevelissement des cadavres devenait presque impossible. Ce qui s'est passé alors sous nos yeux se reproduit plus encore dans l'intérieur, car les paysans n'ont pas la ressource de se réfugier à l'abri d'une ville ; tout tombe devant les bandes formidables des rebelles.

Il V a presque toujours eu des insurrections en Cliine. A certaines époques, elles se sont plus étendues, on les a dispersées; les bandes se reformaient plus loin ; il en sera longtemps delà sorte, car elles ont pour point de dé[)art la misère, et l'on ne pactise pas avec la faim.

En donnant dans les paragraphes suivants une esquisse de ce qu'est la misère à Pékin, nous ferons connaître au lecteur ce qu'elle est également dans toute la (]hine; à Pékin, nous l'avons étudiée dcvisujcllc y est plus grande encore que dans le reste de l'Empire; car, dans toutes les capitules, au milieu des grandes agglomérations d'hommes, souvent les caractères des races se dessinent plus nettement avec leurs mérites, comme avec leurs défauts.

Aussi longtemps que le gouvernement central a été prospère, qu'il a pu soutenir les Tartares de ses deniers et de distributions en nature, la misère ne pouvait guère s'implanter à Pékin. D'une part les coiisounnateurs, de l'autre, les producteurs établissaient entre eux un équilibre favorable, qui tend actuellement à se romprede plus en plus, par suite de l'appauvrissement du gouvernement pendant les dernières périodes. D'un autre côté, toute capitale contient un grand nombre de déclassés vivant un peu sur le commun ; à Pékin, le déclassé devient fatalement mendiant. 11 en est de même de tous ceux, hommes ou femmes, dont la prostitution a utilisé la jeunesse; la maladie, la vieillesse anticipée, sont venues et, déclassés du vice, ils grossissent aussi la foule des mendiants. Enfin, les misérables s'attirent entre eux; tandis que partout en Chine on les abantlonne à leur sort, à Pékin, le gouvernement vient encore quelque peu à leur secours et y maintient en tous cas un semblant de charité officielle.

La police de Pékin prétend avoir sur ses registres 70,000 mendiants des deux sexes, enrégimentés en sections dont le chef, nommé à l'élection, est responsable vis-à-vis de l'autorité des faits et gestes de ses administrés. Au-dessus de tous les mendiants se trouve un personnage pris aussi dans leurs rangs qui jouit du titre de « priixce ou chef des mendiants « ; il a pleine autorité sur tout son personnel, et traite directement avec les chefs de la police. 11 a surtout mission de régler les querelles toujours nombreuses entre ses sujets, et de déterminer dans quelle partie de la ville chaque section établira son centre d'activité ; en cas de crime commis par l'un d'eux, il doit fournir un coupable à l'autorité, à lui de trouver lequel. Le prince des mendiants est une véritable puissance, car s'il dépend entièrement de la police, si même il en fait partie, il conduit néanmoins ses sujets en monarque fdjsolu, et pourrait, en cas d'émeute, jouer avec les siens un rôle décisif.

DICT. EKC. XVI. 15

Lorsque les armées alliées marchaient sur Pékin, on a cru un instant voir l'émeute intérieure s'ajouter aux dangers du dehors. Un vieux mendiant, entouré de la foule, prophétisait la perte prochaine de l'Empire et commençait à exciter les esprits, mais le chef des mendiants fit cause commune avec le pouvoir, et l'exécution immédiate d'une quarantaine des plus compi'omis calma cette effervescence; elle aurait pu devenir fatale. Quelques jours après, l'armée avait occupé le palais d'Été durant quelques heures ; à son départ, des bandes de mendiants entrèrent dans le domaine impérial, et y commencèrent un pillage en règle ; on les arrêta par le même moyen ; pendant plusieurs mois, on exécuta nonseulement tous ceux trouvés en possession d'objets volés, mais même les marchands qui en avaient acheté.

Pendant la journée, les mendiants errent déporte en porte, quelquefois seuls,, quelquefois en troupe, frappant l'un contre l'autre deux morceaux de bambous,. et poussant d'agaçantes lamentations ; ils forcent, par leur insistance, les habitants de la maison à acheter leur départ ; si l'on résiste, ils continuent pendant des heures, s'établissent à l'entrée d'une boutique, entravent la circulation, rendent toute conversation impossible jusqu'à que, de guerre lasse, on finisse par céder. Cette manœuvre est un droit que l'on ne saurait leur disputer; ils en ont un autre: à un certain jour de l'automne, les mendiants ont licence de parcourir les marchés, les magasins de grains et de farines, d'y prendre dans les sacs ou les caisses exposés tout ce qui peut tenir dans la main fermée ; c'est-à-dire que, par exemple, ils ne peuvent emporter ime pièce de viande, un légume, mais simplement une poignée de marchandise. Cet impôt n'en est pas moins lourd pour les marchands ; ils cherchent bien à s'y soustraire en exposant ce jour-là le moins possible, mais il serait imprudent de faire preuve de trop d'avarice, la boutique serait inévitablement saccagée et la police n'interviendrait pas. Ce pillage organisé dure depuis le coup de canon du matin, réglant l'ouverture des portes, jusqu'à celui du soir qui les ferme, c'est-à-dire environ douze heures.

Cette mendicité reconnue, formant caste, ayant un chef et des lois spéciales, des droits vis-à-vis de la société, présente une grande analogie avec les truands de l'ancien Paris ; eux aussi formaient une corporation avec laquelle il fallait compter sérieusement. Partout les mômes causes produisent des effets analogues.

Comme les truands du moyen âge les mendiants de Pékin cherchent à exciter la commisération en étalant le spectacle de leurs plaies, de leurs maux vrais ou factices. Ils n'auraient pas cependant besoin de recourir à la simulalion, leur vue seule soulèverait le cœur, si elle n'inspirait une profonde pitié. Eté comme hiver, ils errent presque sans vêtement, la poitrine et le ventre à peine recouverts des plus sordides haillons ; quelquefois, en hiver surtout, ils jouent entre eux ces misérables hardes, afin d'en constituer au moins un habillement ; le perdant reste alors complètement nu; bien des fois, par des températures de — -10 degrés, nous avons vu des malheureuses femmes poiter des enfants de moins d'unannus sous un lambeau de couvertures ; l'on ne comprend vraiment pas qu'ils ne meurent pas tous pendant la saison rigoureuse. La barbe et les cheveux poussent à l'abandon, la peau se recouvre d'une sorte de vernis de saleté et présente toutes les variétés d'affections cutanées, parasitaires, syphilitiques, etc.; des plaies hideuses se développent, elles ne peuvent guérir, et l'on voit ces malheureux hâves, maigres comme des squelettes, se traîner dans les coins des rues, à l'abri du vent, à la recherche d'un peu de soleil. Ils ont à Pékin une sorte de quartier général ; c'est

un pont de marbre en dehors de la porte Tsien-men; la voie est divisée en trois allées, celledu centre est réservée à l'Empereur, mais l'on y tolère les mendiants ; ils s'y groupent par centaines et s'accrochent aux nombreux passants, les harcèlent pour en obtenir une pièce de monnaie valant un demi-centime. L'endroit est bien choisi du reste, c'est le point le plus fréquenté; on les voit encore, assis en ffroupe de trente ou quarante dans les marchés, aux environs du palais, se disputer quelques horrilales débris, ou les jouer entre eux, car le jeu est aussi leur passion ; d'autrefois, ils se rendent ce mutuel service de toilette, que la peinture seule peut exprimer avec décence, mais, chez eux, c'est une véritable chasse, dont ils ne dédaignent pas de manger le produit.

Le nombre des femmes est bien moins considérable que celui des hommes ; elles ont en général plus de vêtements, et paraissent un peu moins misérables. Existe-t-il des liaisons durables entre ces êtres dégradés ? C'est douteux, mais il en existe au moins de fortuites. Les mendiantes sont presque toujours enceintes et traînent un ou deux enfants à leur suite. La pédérastie est des plus communes dans cette classe; elle résulte du nombre resireint des femmes, et contribue singulièrement à propager la syphilis, à augmenter ainsi la misère, lorsqu'elle n'en a pas été la cause primitive.

Pendant la nuit, les mendiants se retirent où ils peuvent, sous les arches des ponts, les portes de la ville, les portiques des temples, dans les maisons aban données. Enfin, un millier d'entre eux environ reçoivent, pendant l'hiver seulement, l'hospitalité dans un asile spécial, fondé à cette intention par l'empereur Kang-hi vers l'an 1700.

Cet établissement, situé en dehors de la porte Shouan-tze-men, à l'ouest de la ville chinoise, consiste en une succession de cours, avec bâtiments à un étage sur trois faces. Dans la première cour se trouve, comme dans tous les établissements impériaux, une table de marbre blanc dressée verticalement sur la carapace d'une tortue gigantesque; elle présente une inscription, disant en substance que les malheureux, venus à Pékin de tous les points de l'empire, trouveront, avant ' mcrae d'entrer en ville, un témoignage de la bonté de l'Empereur.

Chaque corps de logis forme une seule pièce, tout le long de laquelle s'étend un lit de camp pouvant contenir cinquante personnes accroupies, mais non couchées ; ce camp est chauffé, et au centre de la pièce existe encore unpoêle avec bouilloire pour le thé. Un chef de chambrée maintient l'ordre et le silence parmi les misérables qui passent ainsi la nuit, serrés les uns contre les autres, jouissant de la chaleur; de plus, chacun d'eux a reçu une pleine gamelle de millet bouilli. Les mendiants sont répartis dans les chambi-es suivant certaines catégories, les femmes sont à part. Au coup de canon du matin, on met tout le monde à la porte, sauf les infirmes et les malades dont on tolère le séjour, mais sans leur donner ni nourriture ni médicaments.

D'après les renseignements pris surplace, on peut évaluer la mortalité à 60 par mois sur une population de 1,000 assistés ; par moments, elle a été bien plus considérable ; le typhus et la diphtérie régnaient spécialement pendant les hivers où nous visitions cette maison, et les gardiens assuraient enlever souvent 15 ou 20 cadavres restés chaque matin sur les camps après le départ des mendiants.

Pendant la saison froide, on fait à la grande porte du palais, une distribution quotidienne de millet ; on en fait, aux mêmes heures, aux différentes portes de la ville, afin qu'un même individu ne puisse bénéficier de deux parts. Les mendiants font queue pendant des heures pour arriver les premiers, car, quelques

vastes que soient les marmites, elles sont toujours insuffisantes : les retardataires doivent attendre au lendemain. Beaucoup n'ont pas même une écuelle, et reçoivent leur pitance dans des débris de poterie, dans le coin d'un liaillon ; ils s'assoient de suite et la dévorent en quelques minutes. J'ai déjà dit ailleurs qu'ils recherclient les débris de toute nature dans les rues, et je n'insiste pas sur ces tristes tableaux.

La mortalité doit être effrayante chez ces malbeureux, tout le prouve ; la maladie, le froid, la faim, le désespoir se réunissent pour les accabler: aussi tiennentils peu à la vie; le suicide les délivre quelquefois de leurs maux, mais il est moins commun qu'on ne le supposerait cependant. On dit que dans certains cas où la loi chinoise admet la substitution de personnes eu matièie criminelle, il n'est pas difficile de trouver un infortuné qui, moyennant quelques semaines préalables de vie plantureuse, donne sa tête pour un coupable riche et influent. Le fait est au moins vraisemblable.

L'asile des mendiants n'est pas la seule institution de ce genre. Quatre maisons, contenant chacune trente ou quarante places, ouvrent leurs portes à des vieillards auxquels on donne : une chambre pour cinq et une livre de charbon par tète et par jour ; au printemps, une robe et un éventail ; en hiver, une robe ouatée. Quant à la nourriture, ils doivent y subvenir comme ils peuvent; le plus souvent, celui dont rinfhiciice a fait accorder une place à son protégé, se charge aussi de le nourrir. Ce ne sont pas, en effet, des vieillards abandonnés, mais de vieux serviteurs, d'anciens employés sans familles, etc.

Enfin, il existe à Pékin, comme dans quelques autres grandes villes de la Chine, une sorte d'assistance pour les enfants abandonnés, et ceci nous amène à parler de l'infanticide, de l'abandon des enfants ; c'est là aussi une des faces de la misère.

h. Infanticides. Enfants abandonnés. Asiles. Longtemps on a cru en Europe que l'infanticide existait en Chine presque à l'état d'institution, que la loi n'édictait aucune peine contre ce crime, et dès lors le tolérait; à écouter certains récits, lesrivières de Chine seraient littéralement parsemées de cadavres d'enfants ; enfin, une disproportion notable qui existerait entre le nombre d'individus adultes des deux sexes, devrait prouver surabondamment que les filles sont sacrifiées dès leur enfance.

Les premiers missionnaires parvenus en Chine, auxquels nous devons d'ailleurs tant de travaux remarquables, plus tard, leurs successeurs ont accrédite' •cette opinion. En parlant ainsi, les missionnaires croyaient sans doute être dans le vrai ; on sait combien l'on observe faux lorsqu'on a l'esprit prévenu ; en tous cas, le but était honorable, on cherchait à éveiller l'attention de l'Europe du côté des missions : l'abnégation et le dévouement de ces premiers pionniers suflisent largement pour leur faire pardonner une erreur. Sans doute, de vénérables imitatrices de Saint-Vincent-de-Paul recueillent des orphelins, des enfants abandonnés où ceux que des parents leur confient ; elles les sauvent certainement d'une mort certaine ; mais il y a loin de là à croire que des parents barbares sacrifient leurs enfants et consentent à les vendre pour un petit écu. La misère explique bien des fautes, les fait presque excuser; mais une exception ne saurait constituer une règle, et un crime isolé ne doit pas stigmatiser un pays. En France, à Paris, les établissements d'enfants assistés ne sont jamais trop grands, l'infanticide existe aussi; oserait-on dire que, dans notre pays, on abandonne, on tue les enfants ?

L'infanticide n'est pas de règle en Chine, le bon sens et l'étude des mœurs nous le prouvent, les faits interprétés avec impartialité le constatent.

La première de toutes les vertus estimées des Chinois est la piété filiale ; on est honoré suivant le nombre des enfants que l'on a. Le grand philosophe Meiicius dit : « 11 y a trois choses qui sont contraires à la piété filiale ; la pire de toutes est de ne pas avoir d'enfants. » Plus un Chinois a de descendants et plus il sera pleuré iuirès sa mort, plus sa mémoire sera entourée de respect. Dans le culte des ancêtres, ori^nnc du culte domestique et des dieux lares de la civilisation grécoromaine, on suppose que l'àme de ceux qui ne sont plus, vit encore au milieu des générations nouvelles, où elle ne saurait avoir de repos si son souvenir n'est consacré par des preuves matérielles, par un culte, par un tombeau. Est-il logique d'admettre, dès lors, qu'un peuple, dont cette croyance forme à peu près l'unique foi, ne recherche pas par tous les moyens à s'assurer un avenir après la mort? Chez tous les pauvres gens, à ce sentiment vientencore se joindre un intérêt plus prochain : les fils ne peuvent abandonner leurs parents, les usages le leur prescrivent, la loi les punit de peines sévères s'ils s'en rendent coupables; ce serait donc manquer de 'discernement, que de ne pas se préparer une vieillesse tranquille en gardant ses enf;iints.

On a dit que les filles étaient surtout abandonnées; d'un placement difficile, coûtant beaucoup, rapportant peu, elles seraient moins estimées que les garçons. Sans doute, l'homme tient dans la société chinoise une place bien supérieure à celle de la femme, la naissance d'une fille est moins désirée ; et comme son enfance est un peu plus négligée la mortalité des enfants du sexe féminin doit être plus grande. D'un autre côté, la fille trouve son placement, au pis aller, comme concubine ou servante. Si, en Chine, le nombre des individus du sexe mâle est plus considérable que celui des individus féminins, n'est-ce pas à peu près la règle chez tous les peuples polygames, et n'a-t-on pas expliqué ce fait, au premier abord paradoxal .

Les Chinois de toutes classes montrent un grand attachement pour leurs enfants ; il suffit d'avoir vécu dans différents centres pour être frappé de ce set> timent ; ils les montrent en public avec orgueil, les couvrent de riches habit;^, encouragent leurs jeux, s'y mèjent volontiers. C'est au nom de leurs enfants souffrants que les mendiants implorent la charité, on les voit se priver de tout pour les nourrir. « Le tigre lui-même ne mange pas ses enfants » dit un préverbe chinois, et les proverbes résument toujours des sentiments populaires. Il est vrai que l'on voit quelquefois des corps d'enfants abandonnés sur les chemins ou flottant sur les rivières; nous en avons déjà dit la raison: les funérailles sont très-coùteuses, etlapoHce se charge de ce soin; mais ces enfants ne portent pas la trace de mort violente. La mortalité est grande pendant la première enfance, cette loi ne fait pas exception à Pékin, au contraire ; mais s'il y a misère, il n'y a pas crime.

En résumé, si l'infanticide existe en Chine, c'est au même titre qu'en Europe, à l'état de rare et criminelle exception. La misère est mauvaise conseillère sans doute, mais les faits prouvent qu'il en est partout de même. Il faut regarder comme fable ces histoires de porcs lâchés le matin dans les rues de Pékin poul dévorer les enfants abandonnés, de corps flottants par milliers sur les fleuves, sacrifices criminels adressés au génie des eaux. Un but charitable ne saurait excuser ces exagérations ; si le peuple chinois, dans beaucoup de cas, prête à des jugements sévères, c'est une raison pour agir avec plus de justice encore, à son égaid.

Néanmoins, comme en Europe, il existe en Chine des parents trop pauvres pour nourrir leurs enfants ; par quels moyens la société vient-elle à leurs secours? Quelles sont les institutions créées dans ce but? Ici, nous pouvons être sévère, car il n'est fait actuellement que bien peu de choses dans ce sens.

En 1644, un fonctionnaire dont le nom mérite d'être conservé, Tchaï, fonda à Pékin la première maison destinée à recueillir des enfants orphelins. Plus tard, sous le règne de Kang-hi, quelques villes imitèrent cet exemple. Ce souverain accueillit avec faveur les Jésuites ; ils surent prendre une influence réelle à sa cour, peutêtre ne furent-ils pas étrangers à la fondation des asiles des enfants trouvés. En tous cas, l'Empereur, non content de réparer et d'agrandir, en 1725, l'établissement fondé par Tchaï, le prit sous son patronage direct, aussi bien que ceux de Canton ('1698) et de Shang-haï (1711). Son successeur Young-Tcliing, agrandit la maison de Canton (1732), et Kien-long, en 1756, fonda celle de JSing-po. Ou le voit, tous ces établissements s'élevèrent dans une période de temps restreinte, sous l'empire évident d'une idée de progrès.

On a voulu en rapporter l'honneur à l'influence des missionnaires chrétiens, et, ([uoique dénuée de preuves certaines, cette opinion est très-acceptable. Les Chinois, au contraire, cherchent à en revendiquer le mérite et rapportent que sous la dynastie des Han, l'an 25 de l'ère chrétienne, l'Empereur ordonna de distribuer des secours en grains aux familles trop pauvres pour nourrir leurs enfants, aussi bien qu'aux orphelins eux-mêmes.

Ces décrets furent renouvelés sous la dynastie des Soung (960 à 1127) après Jésus-Christ, et même il fut accordé un vaste espace de terrain pour l'érection d'établissements de charité. En supposant que la volonté impériale ait été exécutée, toutes traces de ces institutions charitables disparaissent sous la dynastie des Youan (1260 à 1368), et sous celle desMings (1368 à 1616).

Toujours est-il que les hospices d'enfants trouvés, un instant prospères, sont actuellement presque abandonnés. Les bâtiments tombent en ruines, le gouvernement faible et appauvri les subventionne à peine, et la cupidité des agents intermédiaires détourne encore de leur but les faibles ressources consacrées à la charité. On en jugera par ce qui se passe à Pékin sous les yeux mêmes de l'autoi'ité.

L'asile des enfants trouvés Ou-ying-tang est situé dans la ville chinoise, en dedans de la porte de Cha-kona-men ; à l'entrée, une inscription en chinois et mandchou rappelle les agrandissements faits en 1725, et la protection spéciale de l'empereur Kang-hi.

L'établissement renfermait autrefois cent chambres ; trente seulement restent encore debout sur lesquelles quinze au plus sont habitables. On a fait dernièrement quelques réparations, mais le tout est très-misérable et dénote la plus navrante pauvreté. L'établissement, placé sous le contrôle de l'administration de la ville de Pékin (ce que nous nommerions par comparaison avec Paris, la préfecture), doit recevoir 350 taëls (2,700 fr.) par an ; des souscriptions et des dons volontaires peuvent être reçus, et l'allocation est augmentée en temps d'épidémie. La direction est confiée à un ma ndarin assisté de dix-neuf subordonnés ; cette charge se perpétue dans la même famille. Le titulaire actuel, déjà fort avancé en âge, représente la troisième génération se succédant ainsi, et tendant à regarder dès lors la maison comme son bien propre, comme une sorte de rente qui doit faire vivre, et même enrichir. Cette hérédité de traditions permet d'accorder quelque confiance aux renseignements pris auprès de la direction, bien plus qu'à

l'étude de règlements dont l'exécution est singulièrement modifiée par l'usage.

De temps à antre, un mandarin vient faire un semblant d'inspection; pour la circonstance, on amène de la ville un grand nombre de femmes, d'enfants qui jouent ainsi le rôle de nourrices et d'enfants assistés. Le mandarin est-il dupe de ce stratagème ? C'est peu probable ; peut-être ferme-t-il volontairement les yeux, il a prétexte à un rapport favorable, c'est tout ce qu'il demande. Je puis certifier qu'en temps ordinaire la maison ne renferme pas plus de douze enfants et quatre .à six nourrices, encore ce nombre parait-il exagéré. Chaque nourrice reçoit 7 fr. 20 et 15 catties (9 kil. 60) de millet par mois; elle doit prendre soin de deux ou trois nourrissons. On assure que ces enfants sont pour la plupart ceux des petits employés de la maison et de leurs parents : il n'y aurait donc presque pas d'orphelins ou d'enfants réellement assistés. La direction ne dissimule pas cette situation; elle s'en prend à l'insuffisance de la subvention qui n'est à peu près jamais payée, et cite avecun orgueilleux regret l'époque où, sous Kien-long, ■on pouvait admettre cinquante enfants par mois.

Les règlements prescrivent que les enfants assistés doivent grandir dans la maison, y être pourvus d'un état, plus tard mariés sous le contrôle de l'administration ; celle-ci, dès lors, ne perdrait jamais de vue ses protégés, les suivrait dans leur carrière, en un mol, les patronnerait. Si, réellement, la maison rendait quelque service, si elle parvenait à élever quelques enfants, on les retrouverait adultes, tandis qu'à la demande de présenter ses anciens élèves, l'administration .actuelle ne peut répondre qu'en montrant les employés, leurs femmes et les nourrices. II est donc constant que l'établissement des enfants trouvés ne remplit en aucune façon le but primitif, et l'on peut dire que si la maison existe, elle ne fonctionne pas ; le seul service qu'elle rende consiste à faire enlever les cadavres d'enfants abandonnés sur la voie publique. Nous avons déjà signalé cette pratique en traitant des inhumations. A cet effet, deux charrettes attelées de bœufs pai'courent chaque matin les différents quaitiers de la ville. En principe, ■elles devraient passer tous les deux jours dans chaque rue, et toutes les vingtquatre heures en temps d'épidémie ; en fait, ces voyages sont moins fréquents, et, sur les deux charrettes réglementaires, l'une est souvent supprimée. Facilement reconnues des passants, elles circulent lentement, s'arrètant aux carrefours, et les parents y viennent déposer les cadavres d'enfants; mais, en général, elles ne se chargent qu'aux environs des portes de la ville. A ce point, en effet, se trouve, dans un coin, une sorte de baraque de quelques pieds de haut, un peu plus grande qu'une étable à porcs, où, dans l'intervalle des tournées des charrettes, on est autorisé avenir déposer des cadavres d'enfants au-dessous de dix ans; un gardien préposé à ce lugubre asile perçoit 25 centimes par cadavre. Ceux-ci sont généralement nus ou enveloppés d'une mauvaise toile, quelquefois enfermés dans un modeste cercueil. Il n'existe aucun contrôle, aucune vérification tendant à spécifier la nature du décès, et, sans aucun doute, ces dispositions pourraient être essentiellement favorables aux crimes; mais, hàtons-nous de le répéter, la pauvreté, les frais énormes qu'occasionnent les funérailles, amènent bien plus que le crime, le dépôt d'enfants morts.

Tous les cadavres ramassés dans ces diverses stations sont réunis à l'asile des enfants trouvés dans un corps de logis spécial, placé en dehors des habitations, ■et, tous les dix jours, le mandarin, chargé de la direction, fait creuser une fosse commune profonde de trois pieds sur huit de large, où sont enfouis les corps. La maison possède un cimetière assez vaste pour séparer complètement les fosses et

ne pas creuser au même endroit, du moins pondant nii long espace de temps. En été, les enterrements se font plus souvent; ils sont i)Ins ou moins rapprochés, suivant le nomhrc de cadavres, et celui-ci varie de trente à cinquante j)ar jour; la totalité annuelle peut, d'après les assertions du directeur, être évaluée à dix mille; il assure que, dans certaines péiiodes où la variole et la diphthérie ont particulièrement sévi, il en a reçu quotidiennement jusqu'à cent. D'après les règlements anciens, les funrrailles constituaient une cérémonie des plus intéressantes. A certains jours fixes, on élevaitun immense bvicher sur lequel s'empilaient tous les cadavres, et, en présence d'une dépntation delà préfecture, le feu réduisait les corps en cendres ; pendant ce temps, des bonzes adressaient aux esprits de la terre la prière d'être plus favorables à ces éléments de la matière, rendus à la liberté sous la forme nouvelle qu'ils reprendraient un jour que souscelle qu'ils venaient de quitter. Le lendemain au matin, avec le même concours d'autorités, les cendres, recueillies avec soin, devaient être rc'pandiies dans le fleuve le plus voisiu. Par cette mesure, on supposait que les éléments seraient plus vite dissous et repris par la nature qu'en les enfouissant sous terre ; on voulait aussi éviter que les sorciers se servissent de ces résidus de vie pour leurs pratiques de magie; ou croyait enfin que la cendre d'enfants, plus encore que la cendre d'adultes et d'animaux, avait la propriété de donner de l'éclat et de la solidité à la porcelaine, et l'on tenait à ciu[)êclicr lesfabrieairfs de pratiquer cette profanation.

Les choses se sont-elles jamais passées ainsi? Cela ne paraît pas démontré; le souvenir eu est perdu, et il faut ajouter une foi médiocre à des règlements qui n'ont probablement jamais été que des projets ; il n'empêche que cette tradition, faiblement reproduite dans les classiques chinois, est décrite comme une pratique moderne par les auteurs qui jugeât la Chine sur ses écrits et non sur des faits, sur des enquêtes modernes.

Telle est donc, en résumé, la situation réelle des institutions d'enfants trouvés; ce qui se passe à Pékin où il existe un semblant de contrôle, se reproduit à plus forte raison dans les autres villes; les observateurs impartiaux sont forcés d'en convenir ; ce n'est donc pas s'avancer témérairement que d'établir, ainsi que nous l'avons fait plusieurs fois déjà, la déduction suivante : La charité officielle, les secours aux indigents, aux malades, aux enfants trouvés sont presque nuls ; la race asiatique, par elle-même, n'a pas le sentiment de réciprocité qui constitue la base des sociétés actuelles, émancipées par l'idée chrétienne. 11 ne faut pas en faire un crime aux Chinois; le progrès modifiera, sans doute, leurs idées, et, eu dehors même de toute race religieuse, ils apprendront que la vie de l'homme est le plus précieux des capitaux, que la suppression d'une existence est une perte qui peut se chiffrer en argent ; ne fût-ce qu'à ce titre, l'honime doit se préoccuper de ses semblables tout autant que de sa fortune personnelle. Nous ne croyons pas à l'infanticide érigé en système par les Chinois, nous ne croyons pas davantage à leur cl arité.

c. Pï-oslitittion La ju'ostitulion est une des faces sons lesquelles le législateur et l'hygiéniste doivent étudier la misère. Ce mal, nécessaire peut-être, tout au moins fatal, se retrouve dans toutes les civilisations ; chose remarquable, il paraît d'autant plus développé que la somme de la fortune publique est plus élevée. Presque inconnue chez les peuples nouveaux, encore à demi-sauvages, la prostitution apparaît avec les premières agglomérations; elle s'organise dans les villes.

3Ialgré l'institution légale de la polygamie et les mariages précoces, la Chine n'en est pas exempte. Le législateur chinois a fait dans la société une place bien

médiocre à la femme, et, cependant il leyai'de comme souillée celle qni fait trafic de ses charmes, et comme infâme celui qui spécule sur ce commerce. Plusieurs décrets impériaux, d(int les derniers sont de Kang-hi, interdisent aux prostituées l'entrée de Pékin et limitent la zone qu'elles ne devront pas franchir autour de la ville sacrée. Ces règlements sont tombés en désuétude ; mais si la prostitution existe à Pékin, elle a fixé ses quartiers principaux en dehors de la ville tarlare, dans la ville chinoise.

L'Orient possède un scnlimcnt de pudeur extérieure bien remarquable; différent de l'Occident sous ce rapport il ne tolère pas dans ses villes ces exhibitions éhontées qui souillent nos cités européennes. Le mal existe, il vit dans l'ombre; un étranger pourrait résider longtcnqis à Pékin et emporter la plus flatteuse idée de la morale publique ; s'il n'a pas été visiter les théâtres, les spectacles d'ombres chinoises, de lanterne magique, il niera presque l'existence du mal; en un mot, le vice n'est pas provoquant et ne va pas s'offrir aupassant. A côté de cette pudeur extérieure, il faut avouer cependant qu'on tolère à Pékin des choses foi-t condamnables : pour quelquescentimes, la populace se récrée de la vue de petits panoramas plus que légers, de photographies stéréoscopiques obscènes, triste résultat de l'extension donnée à notre commerce ; mais le Chinois a une imagination moins vive que la nôtre ; la vue de ces images ne lui cause ni dégoût, ni plaisir, il y va comme à tous les spectacles.

Les filles destinées à la prostitution viennent toutes de pauvres familles ; elles ont été vendues dès leur enfance ; ce sont aussi souvent des enfants volés ; le spéculateur les élève avec assez de soin, et, suivant leur beauté, leur instruction, les revend, à des prix variables, à des mandarins qui en font leurs concubines, ou à des industriels des deux sexes qui les livrent au public. La femme ne peut vivre indépendante dans la société chinoise, et dès lors on n'y voit point, comme eu Europe, des jeunes filles quitter leurs familles et courir d'aventures en aventures jusqu'aux maisons de prostitution dont elles forment le noyau pi'incipal. En Chine, toutes les filles publiques sont la propriété de quelqu'un, amant généreux ou spéculateur infâme; elles ne sont jamais à elles-mêmes.

Comme en Europe, la classe des prostituées se divise en deux catégories : les filles isolées, les filles en maison. Au lond, la différence est insignifiante ; la situation morale et matérielle de ces malheureuses est complètement identique; elles sont complètement à la discrétion de leur maître, elles lui doivent un respect filial, car elles sont sa chose, et lui doiment le nom de Lao-papa u mon vieux père ; » de Lao-mama « ma vieille mère ; » la vieillesse étant symbolique de respect, l'épithète de Lao doit se trouver dans toutes les formules adressées de l'inférieur au supérieur. Ces filles ont pour leur maître, non pas de l'affection, mais un sentiment de respect ; elles ont conscience de leur infériorité, et comme rien au monde ne saurait les en relever, elles acceptent la situation sans penser à mieux.

Il existe dans toutes les villes un grand nombre de maisons où se trouvent à la disposition du public une ou plusieurs filles ; rien ne les décèle à l'extérieur, tout au plus dans celles de la dernière classe quelque inscription figurée comme : « Temple de la félicité éternelle, » « du bonheur suprême, » « Jardin des fleurs parfumées » etc. Dans celles-ci, tout passant peut pénétrer ; mais, dans les premières, il faut avoir été présenté, donner un mot de passe ; les gens comme il faut envoient prévenir de leur arrivée, ils sont à l'abri de tout regard indiscret. Dans les maisons relevées, les femmes joisnent à leurs charmes le talent de la musique ; elles

chantent ens'accorapagnant sur la lyre, elles jouent de la flûte et d'une espèce de cythare à douze cordes ; d'autres savent tenir une conversation littéraire, récitent des fragments de poésie, en composent elles-mêmes. Les Chinois passent ainsi la nuit, n'oubliant pas non plus le plaisir de la tahle ; mais, en réalité, dans ces orgies de bonne compagnie, les salifactions genésiqucs paraissent peu recherchées, elles arriventavec la pipe à opium comme une conclusion probable, mais non fatale.

Les gens bien élevés sont très-jaloux de cacher aux étrangers ces réunions intimes, aussi bien que l'existence même des femmes qu'ils fréquentent, et c'est un singulier témoignage d'estime que d'y convier un Européen.

Dans les villes maritimes, et principalement à Canton, les établissements de prostitution sont en général des bateaux plus ou moins richement ornés, quelquefois de la plus grande élégance et que l'Europe a appris à connaître sous le nom de Bateaux de fleurs, moins à cause des fleurs qui les décorent que parce que dans le langage figuré des Chinois, la femme reçoit fréquemment le nom poétique de fleur.

Au-dessous de cette classe de prostituées en existent d'autres de différentes conditions ; mais la vie est à peu près la même partout ; l'opium joue le principal rôle dans les plaisirs du vulgaire, et s'il n'existe pas de bon ton ni de bonnes manières dans ces couches inférieures, du moins n'y voit-on pas ces luttes, ces scandales si communs en Europe. Au moindre éclat, la 'police intervient, saisit pèle-mèle tous les délinquants, et impose une forte amende au propriétaire qui n'a pu su maintenir le bon ordre.

La police a beau jeu pour exiger la tranquillité dans les maisons de prostitution; elle ne fait que fermer les yeux sur leur existence, et pourrait à chaque instant appliquer les décrets prohibitifs qui, pour n'être pas observés, n'en existent pas moins. Les industriels ont tout à gagner à rester en bonne intelligence avec les agents de la police ; ils leur font même, dit-on, une petite rente, déguisée sous le nom de respectueuse offrande.

Si la condition des filles publiques et triste, elle l'est moins cependant qu'en Europe, car le rôle de la femme est entièrement effacé ; entre la concubine d'un mandarin et la prostituée, il y a un degré, sans doute, mais il n'est pas comparable à l'abîme qui sépare chez nous la femme vertueuse de la fille perdue. La vie matérielle n'est pas mauvaise pour les filles en Chine ; leur maître a tout intérêt à ne pas les maltraiter, à prolonger autant que possible la période où «lies sont pour lui source de gain ; sous le rapport de l'alimentation, du confortable matériel, il leur donne tout ce que comporte la situation de sa maison; toujours bien mises, elles revêtent parfois des costumes splendides, se parent de bijoux, de parures de perles ; elles étalent le luxe comme chez nous les filles entretenues ; lorsqu'elles sortent ainsi parées pour se rendre cà l'appel de quelque mandarin, c'est toujours en voiture; il est de ces filles dont le luxe extérieur, toujours de bon goût, ne permet pas de les distinguer des plus hautes dames. Cette période de vie heureuse et facile dure plus ou moins longtemps ; mais que la maladie ou l'âge vienne détruire leurs attraits, le maître s'empresse de les vendre au rabais ; elles tombent ainsi de degré en degré dans l'échelle du vice, jusqu'à ce qu'un jour leur dernier maître les jette à la porte et s'en débarrasse comme d'un meuble inutile ; pour la première fois libres de leur destinée, elles ne jouissent de l'indépendance que pour aller grossir les rangs de la mendicité ; ne possédant rien en propre, elles n'ont pu rien amasser et sont réduites à la plus affreuse misère.

On cite cependant quelques rares exceptions de iilles aclietées par un amant riche et compatissant ; luxueusement entretenues par lui, puis libres un jour, et vivant longtemps des économies amassées pendant leur jeunesse ; ces exceptions sont de véritables anomalies, elles confirment la règle.

Au point de vue de la santé publique, la prostitution constitue un danger permanent ; les affections parasitaires et la syphilis sont très-répandues ; s'il était besoin de démontrer l'antiquité de la vérole, de repousser une fois de plus la doctrine un peu orgueilleuse de l'origine américaine, on pourrait trou- \er des preuves dans son existence parmi les populations du nord de la Chine et surtout au milieu des tribus nomades de la Mongolie. La syphilis règne dans toute l'étendue de la Chine ; les immenses plaines de la terre des herbes sont, depuis les temps les plus reculésj parcourues par des peuples nomades qui, malgré leurs vertus patriarchales paraissent profondément saturés du virus syphilitique. Ils se transmettent évidemment le poison aussi bien par voie directe que par voie héréditaire; ils présentent des accidents cutanés, des 'formes de lèpres, analogues à la lèpre biblique qui, à un examen sérieux, après l'usage toujours heureux d'une médication spécifique, doivent être regardés comme •des manifestations éloignées de la vérole. La constitution de la race ne parait pas profondément débilitée; le mal vit à l'état latent, mais qu'un Européen vienne à en être infecté, et l'on verra éclater chez lui les accidents les plus francs, les plus graves delà vérole classique; le virus prend un nouvel essor; l'Européen contaminé devient, pour l'observateur, une véritable pierre de touche.

On voudra sans doute prétendre que l'introduction de la syphilis en Chine a eu lieu par les relations commerciales que le Sud entretenait depuis des siècles soit avec les Européens, soit avec des peuples tels que les Malais, les Arabes eux-mêmes plus ou moins en contact avec l'Occident ; cet argument ne paraît pas sérieux. Les ouvrages classiques de médecine chinoise ont tous été rédigés bien avant la prétendue apparition de la vérole en Europe, quelques-uns avant l'ère chrétienne. Ils décrivent une maladie consistant en écoulements uréthraux, en ulcérations aux parties génitales, tumeurs aux plis de l'aine, éruption de divers caractères au pourtour de l'anus et du vagin ; cette maladie se communique par la voie des contacts sexuels ; elle ne saurait être autre chose que la syphilis.

Les Chinois savent aussi de toute antiquité que souvent il se manifeste chez les adultes une maladie envahissant la ]jeau, où elle produit des accidents de nature variée, les ouvertures naturelles, les os; ils la confondent avec d'autres entités morbides, avec la scrofule en particulier, et paraissent ignorer la liaison fréquente existant entre ces accidents généraux et les accidents locaux, suite d'un coït infectant, ils connaissent donc la vérole, mais n'ont pas compris l'infection syphilitique ni sa transmission héréditaire. D'un autre côté, après avoir décrit le chancre comme contagieux, ils regardent encore comme tels, des ulcéiations rouges, aplaties ; ce sont évidemment les plaques muqueuses ; par Je fait seul de l'observation, ils ont donc résolu une question longtemps pendante dans nos académies.

Les Chinois n'ignorent pas que les prostitutions des deux sexes sont un puissant moyen de propagation de la maladie ; mais en raison de l'idée de localisation des accidents, ils ne sauraient y voir, comme nous, un véritable fléau. Aucune règle n'a été édictée tendant à créer un contrôle médical chez les filles publiques, et il est à prévoir qu'il en sera ainsi de longtemps ; pour changer ces

faits, il faut toucher à un ordre d'idées, auxquelles les Cliiuois sont profondément étrangers. Aussi les accidents uréthraux, la vérole, font-ils toujours de nombreuses victimes et, des Européens qui, dans les ports ou à Pékin ont des relations fréquentes avec les Chinoises, bien peu restent indemnes de toute espèce d'accidents qui sont, comme nous le disions plus haut, d'un caractère particidièrcment rebelle.

Les filles coiuiaisscnt bien le danger, mais ne savent pas s'en préserver; elles sont trcs-scriqKilcuses dans leurs lotions de toilette et ne laissent rien à désirer sous ce rapport, mais c'est tout. Se sachant atteintes, elles ne paraissent pas avoir conscience de la gravité de la situation et continuent souvent les relations sexuelles.

l'our en finir avec cette page de l'immoralité, il nous reste à parler d'un vice répandu dans toute l'Asie, mais atteignant dans le nord de la Chine une proportion telle que l'hygiéniste doit en tenir compte : ce vice, ou le devine*, c'est la pédérastie. Elle s'exerce par voie de prostitution, comme la prostitution ft'niinine, et se recrute comme elle par l'achat d'enfants pauvres et leur exploitation ; elle en diiière cependant en ce que les sujets, en tant que de race masculine, sont beaucoup plus indépendants, peuvent vivre par eux-mêmes et, à un moment donné, s'établissent fréquemment à leur propre compte.

11 existe à lY'kin des maisons spéciales consacrées à ce honteux commerce; moins nombreuses que les maisons de femmes, ce sont la plupart du temps des sortes de dépôt, d'où l'on fait venir, mais où l'on ne se rend pas soi-même. Lorsque, entre gens riches, on veut se doimer un repas au restaurant, il est de bon goût d'y faire mander des femmes pour égayer la fête par la musique elle chant, mais on fait aussi venir des jeunes garçons pour servir à table et entretenir les convives en belle humeur par leur conversation enjouée ; cela fait partie essentielle de la fête, et quand on vient la commander, l'hôtelier ne manque pas de demander })ar quels jeunes gens on désire être servi ; si l'on n'a pas encore ari"êté son choix, il en propose et se charge de les faire mander. Quelques-uns de ces êtres dégradés ont acquis une réputation et sont retenus longtemps à l'avance. Dans cet usage, les Chinois ne sont pas tant poussés par une dépravation physique que par la mode et le désir d'être entourés de gens gais et avenants ; les jeunes gens destinés à ce métier ont tous été choisis avec soin, moins pour leur extérieur agréable que pour les qualités de leur esprit; ils ont reçu une bonne éducation, savent causer, sont en un mot gens de bonne compagnie, ce que le Chinois apprécie par-dessus tout. Les femmes, au contraire, moins bien élevées, ont un rôle plus effacé ; elles n'ont guère d'autres mérites que leur figure et leurs talents musicaux ; méprisées, elles sentent leur infériorité.

Très-souvent, la fête terminée, les jeunes gens se retirent simplement chez eux, après avoir reçu une forte rémunération ; si plus tard il y a autre chose, les Chinois en parlent peu. De ces relations naissent quelquefois des attachements réels et profonds, d'abord platoniques, mais au bout desquels le vice trouve facilement son profit ; aux yeux des Chinois, c'est un fait secondaire, et dans les romans, souvent très-littéraires, consacrés aux amours masculines, on retrouve toutes les péripéties, tous les transports de l'amour véritable; si l'union physique termine la scène, ce n'est plus pour eux cju'un simple accident.

Eunitrjues. La présence d'eunuques dans la maison des souverains asia-

tiques est intimement liée à la polygamie ; elle remonte en Chine, à la plus haute antiquité.

Comme presque partout, la mutilation fut d'abord la punition de grands crimes, et les victimes étaient employées aux pins rudes travaux. Peu à pou cependant des soins de domesticité leur lurent conliés jusqu'au jour ou une impératrice, telle est la t«-adition chinoise, eut l'idée de les admettre dans l'intérieur du palais et de faire de ces êtres, jusqu'alors profondément méprisés, les commensaux des princesses et des concubines de l'empereur. A partir de ce jour, la position d'eunuque devint un titre à l'obtention de grades et de dignités; on en vit commander des armées et administrer des provinces. Pouvant seuls à toute heure approcher de l'empereur, devenus les dispensateurs de ses plaisirs, ils surent dominer sa confiance, captiver sa faiblesse et acquérir d'immenses richesses.

Les eunuques sont organisés par escouades sous l'autorité des supérieurs qui seuls ont le droit de soi'tir du palais, encore est-ce avec l'autorisation de l'intendant en chef; leurs démarches à l'extérieur sont épiées avec soin. Chaque eiumque est entretenu par la maison impériale et i-eçoit une solde amniellc de 2 taëls et demi (20 francs) ; les chefs, distingués par un bouton au chapeau, semblable à celui des mandarins, reçoivent des émoluments plus considérables et ont encore une foule de ressources cachées.

Le recrutement de ce corps est confié à l'intendance générale du palais. Quelques taëls (8 à 10, soit 70 à 80 francs) et des promesses sans nombre décident de pauvres familles à livrer leurs enfants ; ce commerce infâme s'exerce ' à deux portes de la ville, à l'abri des regards indiscrets ; souvent aussi des adultes, pour échapper à la misère, viennent s'offrir à la mutilation. Ces derniers sont, on le conçoit, plus recherchés, car ils présentent tous les attributs de la virilité sans en offrir les inconvénients.

11 est à remarquer que les Chinois n'ont pas, comme les Orientaux, plusieurs variétés de mutilation, ils n'admettent que la castration complète; l'indiscrétion d'un eunuque m'a permis de recueillir, outre des renseignements trèscomplets sur l'intérieur du palais et ses mœurs, les indications les plus précises sur le manuel opératoire.

Le patient, adulte ou enfant, affaibli par la misère, a besoin d'être préparé pendant quelque temps, par un bon régime ; on le traite aussi bien que possible, puis au jour dit, on le plonge dans un bain très-chaud, et on exerce sur la verge et les bourses un massage gradué, afin d'engourdir pi'obablement la sensibilité. Ramassant ensuite les deux organes eu un seul paquet, on les enroule d'une petite bande en soie, régulièrement appliquée de l'extrémité vers la base ; on serre progressivement jusqu'à donner aux parties la forme d'ime espèce de boudin allongé. A ce moment, l'opérateur armé d'un couteau bien tranchant, sectionne d'un seul coup les organes au niveau du piiLis, et son aide applique immédiatement sur la blessure la main remplie de poudre styptique. Cette substance a pour base des résines odoriférantes, de l'alun et de l'agaric desséché. L'aide continue la compression jusqu'à ce que l'hémorrhagie paraisse arrêtée et, pour y aider, ajoute de nouvelles quantités de poudre hémostatique; on fait par-dessus le tout un bandage primitif et l'on abandonne l'opéré à lui-même.

Les eunuques assurent que l'hémorrhagie se reproduit rarement, avec gravité du moins ; mais l'accidenta craindre est l'oblitération du canal de l'urc-

thre. Si au boni de Irois ou quatre jours, le patient n'a pas uriné, il est regarde' comme perdu, et l'on ne s'en occupe plus ; dans le cas contraire, si les pièces, de pansement sont souillées par l'urine, on lave la plaie avec soin, et le blessé peut-être regardé comme hors de danger. Sur les enfants, l'opération paraît réussir deux fois sur trois; sur les adultes, moitié moins. Comme résultat définitif, on constate une cicatrice large de 5 centimètres à peine, les bords de la plaie ayant été rapprochés par le mode de pansement ; au centre est un infundibulum où aboutit le canal de l'urèthre. La miction s'exerce régulièrement et nécessite seulement la position accroupie.

L'aspect extérieur de ces eunuques rappelle ceux de l'Orient ; lorsqu'ils ont été opérés très-jeunes, ils sont obèses, et la voix a un timbre spécial ; cependant en somme, ils ne paraissent pas différer beaucoup des Chinois ordinaires, souvent aussi, gros et imberbes. Quant à ceux qui n'ont été mutilés qu'à l'âge adulte, il est fort difficile de les reconnaître.

X. Question de i.'opicm. Cette question a eu le privilège de passionner les esprits en Europe presque à l'égal de celle de l'esclavage, elle a donné son nom à une guerre, celle que les Anglais durent faire à la Chine en 1840, pour des raisons multiples où l'opium ne jouait qu'un rôle secondaire et qui, néanmoins prit en Eiuope, en France surtout, le nom de guerre de Vopium. On a beaucoup écrit, plus encore discuté sur l'opium en Chine. Les missionnaires anglais et américains, les médecins qu'ils attachent à leur œuvre ont étudié et décrit cet usage dans une série de travaux dont le Chinese Repository, importante colleclion publiée à Canton de 1848 à 1808 a retracé les principaux. Avec la liberté dont a toujours joui la presse britannique, le gouvernement anglais a été ouvertement accusé de favoriser la démoralisation de toute une race pour conserver cà l'Inde anglaise une source de revenus considérables. La tribune du parlement a maintes fois retenti de ces attaques, aussi bien que de la défense présentée soit au nom du commerce, soit en cherchant à prouver que les funestes effets de l'opium avaient été singulièrement exagérés. Les missionnaires catholiques, dans leurs publications spéciales, se sont trouvés mêlés à la question et ont contribué à la faire voir en France sous un point de vue un peu étroit. Sous le nom de question de l'opium, l'on a parfois donné cours ù des antipathies de race, de jalousie propagandiste, de part et d'autre l'on a écrit avec une passion bien faite pour éloigner de la vérité. De la sorte en Europe, des écrivains animés d'un grand désir d'exactitude, mais se basant sur des allégations dont ils ne pouvaient confirmer la sincérité, ont encore détourné la question du droit chemin.

Depuis quelques années, la question paraît être entrée dans une période de calme favorable à une étude impartiale. Elle est double, car elle soulève mie question de principe et de droit international dont nous n'avons pas à nous occuper ici; à d'autres égards elle intéresse l'hygiéniste, le philosophe.

L'opium était connu en Chine à une époque bien reculée, car l'on en retrouve la description dans un herbier datant de deux siècles où il est décrit comme un poison connu des anciens, mais son usage ne s'était pas vulgarisé, même dans la pi\itique médicale. Vers 1740, les fonctionnaires de la Compagnie des Indes cherchèrent à fau'e pénétrer ce produit en Chine dans le but d'y propager son emploi, en le faisant servir à des jouissances factices, ainsi que cela existait dans l'Inde et la Perse depuis longtemps déjà. En 1798, l'importation montait à 4,172 caisses de 70 à 80 kilogrammes d'opium chacune, soit 292 à 333

tonnes de 1000 kilogrammes. Les relevés statistiques des douanes impériales chinoises nous donnent actuellement les chiffres suivants : il a été importé en opium de Malwa, Patna, Bénarès, Turquie et Perse, en 1865, 50,087 piculs (poids chinois de 60''"''«,'i78), soit 3,029 tonnes; en 1864, 52,083 piculs, suit 5 151 tonnes; en 1865, 56,155 piculs, soit 3,596 tonnes; et enfin eu 1866, 64,516 piculs, soit 3,903 tonnes.

Ces chiffres, relevés sur les lahleaux du Reports on Trade by the Foreign Commissionersatthe Forts in China..., etc., for the Year, 1866, London, 1868, nous montrent que la consommation de l'opium en Chine est montée depuis 1792 de 355 tonnes à 3,903 ; elle a plus que décuplé, et de plus, elle suit encore une progression croissante, parfaitement visible dans les chiffres d'importation des quatre dernières années. Pour connailre exactement la totalité de l'opium en Chine, il faudrait y ajouter le chiffre représenté par la production indi"ène, et ce chiffre doit être considérable. La culture du pavot réussit fort bien dans beaucoup de districts du centre, les produits sont moins purs que ceux du pavot de l'Inde, mais les prix en sont beaucoup moins élevés et la basse classe en fait presque uniquement usage.

On a cherché à établir le nombre de fumeurs d'opium eu Chine, cette tâche est illusoire; tout est approximation et hypothèse dans un pareil calcul, il ne convientdonc pas de s'y arrêter. On peut dire avec grande pnihahililé que, smiout dans le nord, l'opium est aussi réj)andu que le tabac en France, que tous les adultes à peu près en font usage à des degrés différents ; habitude quotidienne ou exception, chacun paye son tribut à l'opium. Fumer l'opium est en général regardé comme un luxe, légèrement entaché de vice, mais de ces vices dont on ne rougit pas trop si Ion n'en fait pas abus ; c'est le complément indispensable de toute fête un peu prolongée. On va fumer l'opium au théâtre, dans les maisons de prostitution ; le grand seigneur s'enferme dans son appartement en compagnie d'une ou plusieurs concubines ; le misérable va satisfaire sa passion dans les pauvres boutiques à opium..., c'est là l'abus; car une fois installé dans ces conditions avec sa pipe et de l'opium à discrétion, le fumeur ne s'arrête que lorsqu'il tombe endormi. A côté de cela, l'immense majorité des consommateurs se contente de fumer de temps en temps, pour ranimer les esprits endormis, avant un travail intellectuel, avant une conversation d'affaires, après la conclusion d'un marché.

En interrogeant nombre de Chinois sur leur consommation quotidienne, on arrive à calculer approximativement la ration moyenne ; elle varie à Pékin de 1 gramme à 50 et 60 environ ; mais ces derniers chiffres doivent être considérés comme très-rares ; on est déjà un fumeur d'opium passionné lorsqu'on consomme 6 à 7 grammes par jour.

Le prix de l'opium varie avec la qualité; à l'état brut, il coûte 50 centimes le tsien, c'est-à-dire les 3 grammes et demi ; réduit à l'état d'extrait par dissolution aqueuse et évaporation, la même quantité se paye 45 centimes ; enfin les fumeurs indigents recherchent les produits de rebut qu'ils mélangent aux cendres de pipes; on achète ce mélange 15 centimes le tsien. Ces prix sont relativement élevés, car l'argent représente plus de valeur en Chine qu'en Europe et l'on voit que l'usage de l'opium est tout d'abord préjudiciable à la bourse des fumeurs. Ceux qui se sont complètement laissés aller au vice sacrifient tout pour se procurer la jouissance désirée ; comme les ivrognes en Europe, ils foulent aux pieds sentiments, devoirs sociaux, devoirs de famille; ils vont jusqu'au

crime, et plus d'un vol à main armée n'a pas d'autre but ; mais y a-t-il dans ce vice plus que dans lui autre et ne voit-on pas les mêmes faits se produire en Europe, pour la satisfaction de leur passion, chez les malheureux adonnés à l'alcool; aux Etats-Unis surtout, où l'alcoolisme, ses effets, sa destruction, s'imposent comme problème social, n'en est-il pas de même ; n'a-t-on pas dû élever des asiles spéciaux pour y séquestrer les ivrognes et les guérir par l'impossibilité absolue de satisfaire leur passion.

Physiologiquement, les effets de l'opium varient, on le conçoit, avec la dose; tout d'abord une période d'initiation analogue à celle du tabac n'arrête non plus personne ; elle est rapidement surmontée et le fumeur s'habitue à rechercher dans la fumée une excitation, dont peut-être son système nerveux, essentiellement dépressible, éprouve un besoin absolu; remarquons en effet que les alcooliques, quoique entrant dans l'alimentation, ne sont pas en Chine d'un usage aussi général qu'en France, par exemple, où nous avons le privilège de posséder une boisson alcoolique parfaite, le vin dont on risque peu de faire abus, et dont il faut consommer beaucoup pour arriver à une dose toxique. Aussi est-il de règle que les pays vinicoles sont ceux où l'alcoolisme est le plus rare. En Chine, il est tout à fait exceptionnel; il est remplacé par l'opium.

La période pendant laquelle le Chinois consomme l'opium sans en faire abus peut être très-longue, elle est compatible avec une parfaite santé, avec tonte la rectitude de l'intelligence. Il est certain, pour ne prendre qu'un exemple, que tous les grands fonctionnaires et les lettrés en font usage ; ils sont parfaiteraeut à la hauteui' de leurs fonctions, leur intelligence est très-développée ; ils ont une finesse, une élégance de manières dont on est frappé lorsqu'on a vécu quelque temps avec eux; la vieillesse n'arrive pas chez eux avant l'âge, et pendant de longues années ils conservent, sinon la vigueur matérielle de la jeunesse, au moins les qualités de l'âge mûr.

Rien ne peut démontrer qu'un usage modéré de l'opium est réellement

nuisible. De même que le système nerveux s'habitue à la nicotine, de même il

supporte probablement à dose modérée les alcaloïdes de l'opium. On dit (|ue

' les fumeurs d'opium sont rapidement dyspeptiques ; cela est logique, cela est

vrai, mais c'est encore à l'abus qu'il faut s'en prendre, non à l'usage modéré.

Si, malheureusement, le fumeur se laisse aller à une pente peut-être bien glissante, si, pour ressentir les mêmes effets, il force de plus en plus les doses, les fonctions digestives d'abord, puis à leur tour les fonctions cérébrales, intelligence et innervation en ressentiront les effets. Il se passe en cela le même ordre de faits que dans l'alcoolisme; dès lors, il est naturel de supposer que l'action est à peu près identique ; peut-être, cependant les troubles restent-ils plus longtemps limités dans les fonctions de nutrition. Il n'est pas rare de rencontrer des fumeurs d'opium, réduits depuis des années à une maigreur caractéristique, atteints de dyspepsie extrême, dont l'intelligence un peu lente peut-être, se réveille néanmoins très-bien sous l'influence de l'opium et qui dans cet état d'excitation, produisent un travail intellectuel prolongé. Tôt ou tard cependant, ils tombent dans une période semblable à l'alcoolisme chronique, avec mêmes phénomènes généraux, attaques convulsives et enfin paralysie générale.

Ces faits ont été parfaitement indiqués; ils sont certainement vrais ; mais ce qui l'est moins c'est ce tableau de fantaisie où Ion montre à l'Europe tout un

peuple en voie d' atrophie morale, se livrant de gaieté de cœur à un poison auquel on rapporte tous les crimes commis, toutes les turpitudes sociales et même les fautes politiques. A en croire les observateurs pessimistes, la Chine serait en train de dégénérer au physique comme au moral ; il n'y a pas un siècle que l'opium a été introduit dans le pays et déjà l'on pourrait prévoir Je moment où le Chinois disparaîtra comme peuple, pour tomber dans un état d'abrutissement voisin de la bestialité.

Je ne sais ce que l'avenir réserve à la Chine ; elle est en pleine crise en effet, elle subit peut-être cette loi fatale et mystérieuse qui fait disparaître les anciennes civilisations devant l'Europe envahissante. Mais on peut être tranquille : la Chine politique peut se diviser, la race ne court aucun danger; elle a une exubérance de vitahté qui résiste atout, aux épidémies comme aux massacres; elle produit des enfants en nombre tel que le sol est insuffisant à les nourrir et que l'émigration s'impose comme nécessité absolue. Les alliances de races contractées avec des Européens, des Malais, des Indiens de l'Amérique, des Kannakes de l'Océanie sont fécondes ; les métis des Chinois auront bientôt entre leurs mains tout le commerce de l'Océanie.

Ce ne sont pas là les phénomènes précurseurs de la disparition d'une race. L'alcoolisme, le tabac, ont été accusés d'amcjier des résultats aussi désastreux ; les États-Unis où l'on boit et l'on use du tabac bien plus qu'en Europe, sontils prêts à décroître; et la France elle-même, s'il est vrai qu'elle dégénère physiquement, ce que uous ne saurions admettre en aucune façon, ne le devraitelle j>as plutôt au travail imposé à l'intelligence, alors que l'on néglige trop la iiincliine elle-même ?

En résumé, nous n'avons voulu envisager ici qu'un point de la question de l'opium, les détails eu sont suffisamment décrits ailleurs; nous avons voulu émettre l'idée que, si l'abus de l'opium peut amener et amène exceptionnelleuicut des désordres graves dans les fonctions matérielles ou intellectuelles, c'est au même titre que l'alcool dans d'autres contrées; pas plus que celui-ci, l'opium, pris à dose modérée, n'inilue sur les qualités, sur le développement d'une race. Peut-être même faut-il croire que si l'opium a réussi en Chine, c'est qu'il répond l'i un besoin, que le système nerveux de l'Asiatique demande une excitation quelconque. Pas plus que le tabac en Europe, l'opium en Chine ne serait simplement qu'un mode ou un caprice ; si c'était cela, l'un et l'autre tomberaient, taudis que leur usage s'étend de plus eu plus.

La fumée de l'opium est utilisée dans la thérapeutique ; les médecins chinois la prescrivent fréquemment pour combattre la douleur, en particulier dans le rhumatisme et autres affections doulourenses ; ils s'en servent aussi comme anti-périodique dans les accès de fièvre intermittente, cette pratique est logique, elle a un certain succès. Ily a quelques années, M. le docteur Armand a soumis à l'académie de médecine une étude fort intéressante sur cette question ; il conseille la fumée d'opium dans certaines affections des voies respiratoires et, s'appuyant sur des observations assez nombreuses, invite les praticiens à reprendre ces essais. Nous sommes convaincu qu'à l'occasion on peut avoir recours à cette méthode, mais si la thérapeutique la conseille, l'hygiène doitelle la permettre ? N'est-il pas à craindre que nous engagerions de la sorte les malades à continuer après guérisou ? Il eu est souvent ainsi en Chine et bien des fumeurs, ayant commencé l'opium comme médicament, n'ont pu ensuite s'en déshabituer. Il est vrai d'ajouter que le commerce de l'opium est libre

DICT. ENC. XVL 14

en Chine, tandis qu'en France il restera soumis aux règlements spéciaux des substances toxiques.

Faire perdre à un fumeur l'usage de l'opium, est aussi difficile que de guérir un alcoolisant ; on y parvient cependant, et les missionnaires médecins anglaisont quelques succès de ce genre. La première indication consiste à supprimer la pipe à opium en la remplaçant par l'usage de l'opium à l'intérieur, associé au camphre, à donner des astringents pour combattre la diarrhée qui se manifeste toujours dans ce cas ; on diminue peu à peu la quantité d'opium et l'on institue un traitement reconsliluaut; les moyens moraux jouent aussi un rôle considérable dans le traitement, et il faut de la part du malade une volonté bien énergique pour espérer le succès.

XI. Sciences médicales. La science médicale chez les Chinois parait aussi ancienne que leur existence et remonte comme elle aux temps préhistoriques; trois mille ans avant notre ère, un empereur illustre, qui reçut dans la tradition le nom de Tchin-nong ou esprit laboureur, s'occupa, beaucoup paraît-il, de rechercher les qualités des plantes fournies à l'homme par la nature encore sauvage, et constata que, parmi elles, les unes étaient propres à l'alimentation, d'autres au contraire déterminaient la mort, quelques-unes enfin contribuaient à prolonger la vie ; il étudia spécialement ces dernières et fut le premier créateur de la médecine.

A l'origine de toutes les civilisations, les peuples ont une tendance à rapporter à quelque personnage légendaire la somme de connaissances que l'observation avait permis à leurs ancêtres de recueillir. Il est donc fort possible que cet empereur, fondateur de l'agriculture et de la médecine, n'ait jamais existé que dans la reconnaissance des populations. Quelques sièc'es plus tard, vers 2600, un autre souverain appartenant à cette série des Houang-Uj dont la chronologie chinoise ne fixe pas d'une manière bien précise la date d'avéïiement, lit coordoujier dans un premier ouvrage les connaissances médicales acquises; il existe encore aujourd'hui, mais de l'aveu même des Chinois, le texte actuel ne doit pas ressembler entièrement au primitif; ainsi que cela est arrivé pour beaucoup de leurs ouvrages, de nombreux commentateurs ont introduit dans l'œuvre originale leurs idées propres et comme le dit iort bien le censeur Ou-tching-yuen, dans un mémoire que nous citerons plus loin, ces ouvrages ne sont plus « qu'erreur et confusion. » Les ouvrages traitant de la science médicale devinrent plus nombreux avec le temps et parurent avoir des qualités réelles, puisque seuls ils échappèrent à la proscription que porta sur toutes les œuvres littéraires le souverainn de funeste mémoire, Tsin-tchehouang qui, pour combattre l'influence qu'avait conquise dans la politique la classe des lettrés, ne trouva rien de mieux que d'ordonner la destruction de tous les ouvrages imprimés. Grâce à cette exception, la Chine peut être regardée comme possédant les livres les plus anciens sur les sciences médicales. A diverses époques plus récentes les empereurs, s'iiitéressant à tout ce qui pouvait améliorer la situation des populations, provoquèrent la publication de nouveaux écrits, Kang-hi en particulier dont nous avons déjà signalé les fondations hospitalières et Kien-long firent de nouveau résumer les principes de la science dans quelques ouvrages dont le plus important est intitulé « le Miroir d'or de la médecine ; » à vrai dire ce ne sont pas des œuvres nouvelles, mais la simple continuation des œuvres primitives, enrichies d'observations personnelles à chaque commentateur. Actuellement, ce mouvement semble s'être

ralenti et depuis plusieurs années, il ne paraît plus de grande publication ; les plus récents ouvrages ne sont que des rééditions des anciens, sans aucun commentaire, ni argumentation.

Comme tous les classiques chinois, les ouvrages des médecins ne brillent ni par la concision, ni par la clarté ; néanmoins, au milieu d'un verbiage un peu prétentieux, on parvient à y remarquer un réel mérite d'observation. Si les descriptions anatomiques absentes ou erronées ne permettent pas de reconnaître facilement à quelle espèce nosologique de notre cadre se rapporte toujours la maladie que l'auteur veut décrire, souvent on y arrive cependant par l'exposé des symptômes, faits matériels que l'auteur a pu décrire avec exactitude parce qu'il a rapporté ce qu'il a vu ; mais dès que, quittant le domaine de l'exposition, il veut entrer dans celui des origines, des causes de la maladie, le lecteur européen, au bout d'un instant étourdi par cette pathologie "énérale, mélangée de philosophie et de métaphysique, commence à ne plus rien comprendi'e et renonce bientôt à le tenter. Du reste, les médecins chinois eux-mêmes avouent l'obscurité de ces textes et, consultés sur leur sens, sont obligés de convenir que ce sont là « des doctrines des anciens âges, que nous n'avons plus l'intelligence nécessaire pour bien apprécier. »

A côté des ouvrages de médecine, l'on trouve ceux qui traitent de l'histoire naturelle, des propriétés curalives que l'on rencontre dans les végétaux, les minéraux et même quelques espèces animales. Enrichies de planches, quelquefois bien faites au point de vue artistique et surtout exactes dans la partie botanique, ces œuvres ont une incontestable valeur. Elles ont permis à nos naturalistes de retrouver des espèces que nos voyageurs n'ont pu encore récolter. En mettant de côté la part du merveilleux et les erreurs dues à l'inexpérience, l'on peut en retirer des indications assez intéressantes, sans que néanmoins notre matière médicale y puisse faire de bien utiles emprunts.

Nous ne chercherons point à donner ici l'indication de ces divers ouvrages qui ne sont connus en Europe que des sinologues et dont le titre n'a aucun intérêt, mais nous condenserons leurs enseignements dans un court exposé de l'état actuel de la science médicale.

Tout d'abord, un fait qui s'accorde bien avec le matérialisme de la classe lettrée, consiste dans l'absence de toute idée d'enchantement et de sortilèges relativement à la production des maladies ; sans doute le Tien (ciel) , qui régit toutes choses sur la surface de la terre, est maître de la santé de l'homme comme il l'est de sa vie, mais si la maladie ne peut se produire que par sa volonté, elle a toujours pour origine une altération des forces vitales ou des organes, altération qui ne peut être combattue que par l'emploi de moyens matériels, déterminés, que le médecin doit connaître et savoir apj)liquer.

Ces principes, rigoureusement exacts, ne peuvent malheureusement mener à la science comme l'Europe la comprend, sans une parfaite connaissance de l'organisme animal. Or l'anatomie et la physiologie sont encore dans l'enfance ; la loi défend expressément toute recherche sur les cadavres, les travaux de ce genre seraient une violation de la doctrine du respect des ancêtres ; il paraît que quelques savants obtinrent une dispense secrète et, sur l'instigation des jésuites, Kang-hi, esprit large, éclairé, autorisa dit-on quelques dissections humaines ; de plus l'ouverture de cadavres d'animaux fut aussi de loin en loin pratiquée par les premiers observateurs ; ils n'ont pu arriver ainsi qu'à des connaissances plus que superficielles dont voici les principales :

Le cerveau est la demeure du principe vital par excellence, sa base est un réservoir de la moelle et, par le moyen du canal vertébral, ce principe peut se répandre dans le corps tout entier : telle est la seule notion qu'aient les Chinois du système nerveux et de l'influence cérébro-spinale ; comment la transmission du principe vital se fait-elle entre le cerveau et les membres, ils l'ignorent complètement. Le larynx va directement au cœur en traversant les poumons, il se dilate un peu dans son trajet (supérieur?) pour donner passage à l'œsophage qui pénètre dans l'estomac. Les poumons, renfermés dans le thorax, et attachés à la colonne vertébrale, sont divisés en six lobes, dont quatre à droite ; ils sont creusés de cavités où la voix prend naissance, ils ont en outre une action régulatrice sur toutes les différentes parties de l'économie. Le centre du thorax est le siège de la respiration, il est l'origine des sensations agréables, de la joie et du plaisir et ne saurait être blessé sans de grands dangers. Le cœur est situé au-dessous des poumons qui le protègent, c'est le prince du corps, de la vie; les pensées s'y développent et s'y élaborent. Le péricarde entoure le cœur et s'étend jusqu'aux reins; trois canaux font communiquer le cœur avec la rate, le foie et les i-eins ; comme le pharynx, ils traversent le diaphragme, qui s'attache à la colonne vertébrale, aux côtes et aux intestins. Le foie situé du côté droit est divisé en six lobes, c'est le siège de l'âme (dont on ne saisit pas la différence avec le principe vital), c'est là que se forment les pensées; la vésicule du fiel située au-dessous du foie est le siège du courage; douée d'une force particulière d'extension elle se dilate et remonte quand l'homme est en colère. C'est à cette opinion qu'il faut attribuer l'usage de manger la vésicule du fiel des animaux féroces, comme le tigre et la panthère, afin de s'assimiler leurs vertus belliqueuses. La rate est située entre l'estomac et le diaphragme, elle joue un rôle dans la digestion, car les aliments la traversent avant de pénétrer dans l'estomac, où ils séjournent quelques temps, puis franchissent l'orifice pylorique et arrivent dans les intestins ; l'épiploon recouvre l'estomac, mais l'existence du pancréas est passée sous silence.

Les petits intestins sont unis au cœur ; ils sont traversés par les produits de la digestion, l'urine s'en sépare au niveau de la naissance du gros intestin et se rend directement dans la vessie, le gros intestin a des connexions avec les poumons, il présente six circonvolutions avant d'arriver à l'anus. Les reins, suspendus à la colonne vertébrale, ont la forme d'un œuf et le principe subtil de la génération contenue dans le fluide spermatique, primitivement élaboré par le cerveau, s'y condense, aussi bien que dans les testicules nommés reins extérieurs, de là il est porté au dehors par les conduits spermatiques. Le rein droit joue dans la généi-ation le rôle principal, il est nomme « porte de la vie, » nom que l'on donne aussi, mais au figuré, au membre viril. Chez la femme, la matrice faisant suite au vagin est intimement unie au rein droit, elle est destinée à recevoir le principe fécondant qu'elle élabore, mais en jouant, par ses ovaires, un rôle direct dans la fécondation; l'anatomiste chinois les regarde comme l'analogue des testicules, sans toutefois préciser l'évolution dont ils sont le siège. Enfin, la vessie placée au-dessous des reins, reçoit comme il est dit plus haut, l'urine venant des intestins.

L'ostéologie semblerait devoir être plus connue, car il est facile de trouver à l'étudier, cependant elle est aussi primitive. Le crâne, le bassin, l'avant-bras, les jambes sont considérés comme formant chacun un seul os ; ceux-ci sont soutenus par les masses charnues qui ne jouent pas de rôle dans le mouvc-

ment; celui-ci prend naissance dans les articulations par le seul fait delà force vitale; les tendons et les ligaments soutiennent la chair et le tout contribue à raffermir les os, « comme la maçonnerie soutient les piliers des édifices. » La circulation du sang, entrevue par quelques auteurs, s'exécute par des procédés mal décrits et essentiellement variables suivant les anatomistes ; ils s'accordent cependant à dire que le sang, partant de l'extrémité des doigts et des dents, gagne les principaux organes et le cœur par des canaux multiples, s'entre-croisant dans tous les sens.

Tout en paraissant entrevoir le phénomène de la circulation, les Chinois n'ont point saisi le rôle du sang dans la nutrition des tissus; il en est à peu près de même des autres fonctions; ils se rendent compte de leur existence, en apprécient quelquefois le résultat définitif, mais ne s'expliquent pas le mode d'action des différents organes. Il n'y a là du reste rien qui doivent nous surprendre, car ils sont à peu près dans la même situation où se trouvaient les savants européens il y a quelques siècles ; la doctrine générale de la vie qui résume leurs sciences biologiques, se rapproche, en certains points, de celle que professaient les alchimistes sous Paracelse, les iatro-chimistes, élèves de Van Ilelmont ou môme les humoristes de l'école de Sylvius de le Boë.

Selon les Chinois, deux grandes forces existent à l'état latent dans l'organisme humain, et, par leur concours, eutretiennent la vie : ce sont le Yang, principe chaud et sec, et le Vin, principe humide et froid. Le nom homme dans la langue chinoise paraît formé de l'union de ces deux mots yang et yin, (actuellement et par corruption : j'en).

Le principe yang, d'une nature essentiellement subtile, expansive, paraissant avoir son siège dans la partie moyenne du corps, dans l'estomac et les intestins tend toujours à gagner les régions supérieures ; le principe yin, au contraire, résidant principalement dans la tète et la colonne vertébrale, tend à descendre et à se mettre en opposition avec le yang. L'état normal, la santé parfaite ne peuvent exister sans l'équilibre de ces deux principes. Il est remarquable de voir que, dans cette théorie, le rôle capital est dévolu au yang, c'est-à-dire à la chaleur qui prend sa source dans l'appareil digestif, par suite de la transformation des aliments, tandis que le yin représente l'action modératrice dévolue au système nerveux, à l'appareil cérébro-spinal. Sans doute les physiologistes chinois ne tout qu'entrevoir les lois réelles de la nutrition, mais cependant, dans cette ébauche de doctrine, ils tendent à se rapprocher du vrai. Suivant eux, la chaleur innée et son antagoniste, le principe modérateur, sont transportés dans toute l'économie par le concours des esprits vitaux et du sang qui, mélangés dans les vaisseaux, font cinquante fois le tour de l'organisme dans l'espace de vingt-quatre heures. Ces esprits vitaux et le sang, pressant sur les parois des vaisseaux, les forcent à céder et déterminent ainsi le phénomène du pouls qui doit être essentiellement variable, suivant les différents organes oii on l'observe. Le médecin pourra donc, en apprenant à connaître les caractères du pouls dans chaque région, se rendre compte de l'état exact d'harmonie dans laquelle sont les principes yang et yin, c'est-à-dire de l'état de santé ou de maladie de l'organe.

Les organes essentiels à la vie sont au nombre de douze : le cœur, le foie, le poumon, la rate, le cerveau et le rein gauche, sont le siège du yin; les deux intestins, l'estomac, la vésicule du fiel, la vessie et le rein droit (porte de la vie) sont les sièges du yang. Ils sont tous reliés entre eux par douze canaux princi-

paux nommés king ou voies de transmission. Grâce à l'union intime des douze organes essentiels, si dans l'un d'eux le principe harmonique vient à être troublé entre le yang et le yin, tout aussitôt son état de souffrance rétentive sur quelques-ur.cs, sinon sur la totalité des onze autres, et le médecin sagace pourra se rendre compte de l'état de maladie d'im organe en examinant le pouls spécial de plusieurs autres.

Dans la production des maladies, les éléments extérieurs au milieu desquels l'homme est placé jouent un rôle capital. Ces éléments sont au nombre de cinq, savoir : l'eau, le bois, le feu, la terre et les métaux ; il existe une sympathie profonde entre ces cinq éléments et cinq des organes essentiels, qui paraissent plus importants que les autres, c'est-à-dire les reins, le foie, le cœur, le poumon et l'estomac. Le cœur est de la nature du feu, le foie de celle du bois, le poumon correspond aux métaux, les i-eins à l'eau et l'estomac à la terre. Pendant chacune des quati^e saisons, l'un des éléments naturels prime les autres, il est donc logique d'admettre que, pendant cette saison, l'organe essentiel, sympathique à cet élément sera atteint de préférence. En vertu de ce principe, pendant le printemps, dont l'empire est sur le bois, puisque c'est à cette époque que la végétation se développe, les maladies du foie seront les plus communes ; en été, la chaleur prend toute son intensité, c'est la saison du feu, le cœur sera malade ; l'automne agit sur les métaux, car leur formation dans le centre de la terre résulte de l'union de la chaleur et du bois, le poumon devra donc être particulièrement surveillé ; enfin, en hiver, le principe prédominant est l'eau, les reins devront donc facilement devenir malades. Dans chaque saison, il existe des jours critiques, ce sont les dix-huit derniers ; à cette époque, la terre entre en travail sous la double influence de l'élément qui vient de prédominer, uni à celui qui s'approche, l'estomac suivant la sympathie qui l'unit à la terre, sera prédisposé à souffrir pendant ces dix-huit jours.

Sans attacher à cette évolution d'autre attention que celle de son originalité, l'on ne peut s'empêcher d'y voir néanmoins une certaine tendance vers l'étude intéressante et si vraie des maladies saisonnières, étude que les anciens nosologistes avaient poussée à un haut degré et que nos doctrines actuelles cherchent à mettre de nouveau en relief.

Suivons maintenant la médecine chinoise dans la recherche des symptômes des maladies; nous constaterons, dès l'abord, que en raison de leur système physiologique, ils accordent une grande importance aux caractères du pouls. Celui-ci peut être interrogé dans différentes parties du corps, mais principalement à onze points correspondant, d'après nos connaissances anatomiques, à l'artère temporale, l'auriculaire postérieure, la région pi"écordiale, les deux artères radiales, trois points aortiques en déprimant les parois abdominales, l'artère pédieuse, la tibiale postérieure et la plantaire externe ; parmi ces onze points l'on choisit d'abord la région radiale. L'observateur devra appliquer à la fois la pulpe de l'annulaire, du médius et de l'indicateur, et comprimant successivement avec chacun de ces doigts, il obtient les sensations différentes, nettement définies dans le diagnostic ; de plus, il est indispensable de se servir de la main synonyme du côté que l'on observe, afin que l'annulaire soit toujours placé dans le même sens. Trois expériences devront être pratiquées, chacune d'elles durant pendant neuf inspirations.

Suivant la pathologie chinoise, chaque organe a un pouls caractéristique, essentiel, mais qui peut varier d'après les saisons et que modifie l'état de souf-

france d'un organe voisin. A l'état normal, les différents pouls doivent donner trois pulsations par chaque inspiration ; plus rapides, ils indiquent dans l'organe dont ils dépendent un excès de yang, plus lents la prédominance du yin. Les Chinois admettent vingt-quatre types principaux du pouls de chaque région ; sept qualifies d'externes dépendent du yang, huit internes sont sous l'influence du wm, neuf sont occasionnés par divers mélanges de ces deux principes.

Nous n'irons pas plus loin dans l'analyse de cette syoïptomatologie du pouls, elle n'offrirait pas de grand intérêt pratique, et nous pouvons renvoyer sur ce sujet à l'ouvrage de M. Dahry la Médecine des Chinois (Paris, 1863), qui a eu la patience de traduire les plus importants travaux sur cette matière. L'étude des caractères différentiels du pouls faite par les médecins chinois, sans être toujours très-compréhensible, d'après nos idées, ne laisse pas que de faire honneur à leur talent d'observation.

Il s'en faut cependant que les médecins chinois ne s'attachent qu'à l'exploration du pouls dans le diagnostic des maladies : les oreilles, la bouche, la langue ■et les narines d'un malade sont, disent-ils, autant de fenêtres par lesquelles apparaît la chaleur innée, et le médecin ne doit pas manquer de les explorer ; de même, il doit examiner les urines et les matières fécales, car il appréciera ainsi l'état du fluide opposé. Les narines font connaître en particulier l'assiette du poumon, car le liquide qui s'en écoule vient de cet organe ; les yeux décélel'ont l'état du foie, les larmes étant son humeur ; la bouche trahit la situation de l'estomac, la langue celle du cœur. La langue a été particulièrement étudiée par les nosologistes asiatiques, et sauf leur assertion qu'elle décèle l'état du ■cœur, ils sont arrivés sous ce rapport à des conclusions relativement exactes, que M. Abel Rémusat a cherché à rapprocher de nos propres connaissances ; plus ou moins rouge, en effet, elle indique le début d'une maladie dans laquelle la chaleur va prédominer; sèche elle montre que cette chaleur augmente ; couverte de pustules, et comme veloutée à son milieu, elle accompagne quelque maladie grave de poitrine avec violente douleur au côté. Dans les maladies de l'estomac ou des intestins, elle est souvent blanche, visqueuse, jaunâtre à la base ; lorsqu'elle se recouvre d'un enduit noirâtre, on a affaire à une maladie grave, qui diminuera si la langue reprend d'abord une couleur rouge, puis sa teinte anormale rosée ; enfin son agitation continuelle est un signe de mort prochaine, tandis que son inclinaison permanente d'un côté, accompagne fatalement mae maladie où le malade se trouve privé de l'usage de ses membres. De telles indications ont permis à M. Abel Rémusat de soutenir que, sous ce rapport, la médecine chinoise se rapproche singulièrement des doctrines hippocratiques, assertion qu'il développe dans un très-intéressant mémoire publié en 1813.

L'examen de la peau, les sensations diverses perçues par le malade sont encore 'des sources précieuses de diagnostic pour les médecins asiatiques, mais l'on peut se rendre compte des erreurs dans lesquelles les maintient leur ignorance des sciences anatomiques ; aussi, quelle que soit leur perspicacité, sont-ils confinés dans des interprétations des plus vagues et des plus obscure>, non-seulement pour nous, mais aussi très-vraisemblablement pour eux-mêmes. Observateurs patients ■et minutieux, ils présentent, dans leurs descriptions des maladies en particulier, un ensemble parfois suffisant pour nous les faire reconnaître ; on sent qu'ils ont poussé leurs investigations aussi loin qu'ils le peuvent, et à ce point de vue, ils «ont à peu près aussi avancés que l'étaient les pères de la médecine, qui se trouvaient dans des conditions générales assez semblables à celles des Chinois.

Comme eux aussi, les médecins asiati(]uos ont une pratique, qui, sans être à l'abri de toute critique est cependant bien au-dessus de leurs théories. Si l'on parcourt les classiques dont l'ouvrage de M. Dabry de Thiersant, la Médecine chez les Chinois, Paris, 1863, met à la portée de tous les préceptes capitaux, l'on demeure parfois surpris du degré de précision auquel la médecine chinoise a pu arriver par le seul fait de l'observation. Entrer ici dans l'étude même de chaque classe de maladies serait évidemment hors de propos, mais il deviendrait facile de prouver, qu'au milieu du cortège de symptômes parfois bizarres qui caractérisent les différentes espèces pathologiques et en élaguant la théorie aventurée qui les explique, on reconnaît la plupart du temps une observation juste et précise des faits extérieurs, non moins que du pronostic.

La classe des fièvres éruptives, et parmi elles la variole est étudiée avec une consciencieuse précision ; il en est de même du groupe des affections typhiques, des maladies de malaria, des rhumatismes. Les maladies du cœur et du poumoii dans le diagnostic desquelles une saine physiologie est indispensable, laissent pins à désirer, aussi bien que les maladies du système nerveux central ou périphérique ; ici l'on s'aperçoit bientôt que l'observateur est resté en arrière de la vérité, et qu'il s'embarrasse de ce cortège de phénomènes, que la science moderne parvient difficilement à préciser, et plus encore à expliquer.

Si la pathologie médicale des Chinois prête souvent à un légitime étonnement, il en est bien plus encore de la sorte lorsqu'on aborde leur chirurgie. A vrai dire, les plaies simples, les fractures, certaines luxations étant d'un diagnostic relativement facile, sont à peu près connues des praticiens, mais dès que l'on aborde la chirurgie plus élevée, celle des tumeurs, l'ophthalmologie, l'otiatrie, l'on ne trouve plus qu'erreurs et théories invraisemblables.

La gynécologie, le plus souvent abandonnée aux matrones, est ijéanmoins à peu près connue, ou du moins l'on trouve, dans les ouvrages spéciaux, quelques bonnes observations sur les accouchements difficiles, sur quelques-unes des opérations qu'ils entraînent, la version en particulier.

La thérapeutique chinoise fait appel à une matière médicale dont les récentes recherches de Debeaux, Essais sur la pharmacie et la matière médicale des Chinois, Paris, 1856 ; ainsi que de Léon Soubeiran et Dabry, la Matière médicale chez les Chinois, Paris, 1874, nous montrent sa richesse. Puisées dans les trois règnes de la nature, les substances médicamenteuses, dont dispose le praticien, comprennent la plupart des substances usitées parmi nous, à l'état brut naturellement et non transformées par les procédces de notre chimie moderne. Ainsi que l'indique le professeur Gubler dans la préface de l'ouvrage précité, « ou croirait avoir sous les yeux la matière médicale de Geoffroy, ou quelqu'un de ces vieux traités dans lesquels une science naissante et peu sûre d'elle-même ne dédaignait pas d'accueillir, au milieu de ses observations et de ses préjugés, les erreurs des médicastres du temps et les superstitions populaires. »

L'idée de spécificité domine la pratique médicale en Chine comme elle le faisait naguère en Europe, telle substance a le privilège de guérir le rhumatisme, telle autre d'enrayer les affections aiguës du poumon ; de plus la forme extérieure d'une substance indique parfois à quel usage thérapeutique elle est applicable ; la luciole guérit les maladies des yeux, la garance est un emménagogue, le ginseng est un aphrodisiaque, parce que sa racine bifurquée ressemble parlois aux cuisses de l'homme. A côté de ces erreurs, dont nous n'avons pas le droit de trop sourire puisque nous les avons partagées, nous constatons dans la

nicatière médicale, la présence et le judicieux emploi des astringents, et des amers comme toniques et anti-fébriles, des balsamiques en tant que stimulants ditîusil)lcs, du fer comme reconstituant, des cendres de varechs contre le goitre, des ergots de seigle et de maïs comme abortifs, du mercure contre la syphilis, de l'arsenic dans les fièvres intermittentes.

Les médicaments sont généralement administrés sous la forme de poudres ou d'infusion, de bols ou de pilules colorés en rouge, d'où le nom de « pilules rouges » donné par les Européens, comme spécifiant une certaine classe de médicaments, tandis que cette couleur est commune à la plupart des préparalions de cette espèce.

La thérapeutique chirurgicale est à peu près nulle ; elle se borne à panser les plaies, cautériser au fer rouge, placer de grossiers appareils à fracture, pratiquer quelques manœuvres de massage, au besoin ouvrir un abcès s'il est superficiel, mais la chirurgie active, la véritable médecine opératoire sont à peu près inconnues; il ne peut en être autrement. L'acupuncture, opération (jnelquefois dangereuse en elle-même, car parmi les 588 points d'élection où elle peut se pratiquer, quelques-uns ne laissent pas que de confiner à des organes importants, appartient à la thérapeutique chirurgicale aussi bien qu'à la médicale; il est peu d'affections où elle ne soit conseillée. Souvent on la combine avec les cautérisations.

L'art dentaire ne dépasse guère le niveau des plus modestes praticiens de carrefour et ne comprend que l'avulsion ou la cautérisation des dents. Cependant quelques exemples de prothèse élémentaire peuvent être observés, dans iesquds une pièce en ivoire est fixée par des crochets aux dents voisines.

XU. Professiojn médicale, KXEnciCE DE LA MÉDECINE. Eu Chine, nulle entrave n'est apportée à l'exercice de la médecine ; est médecin qui veut, le plus souvent la profession reste dans la même famille, et, disciple de son père le jeune praticien hérite à la fois de sa science et de sa bouti(iue, car la plupart des médecins débitent eux-mêmes leurs drogues. Quelquefois le médecin n'exerce son art qu'à défaut de mieux et y joint le produit d'une industrie fort étrangère, mais plus lucrative. On conçoit, qu'avec une aussi grande liberté, le nombre des médecins soit fort considérable ; du vulgaire médicastre et du charlatan de carreiour, aux médecins de l'emperem- il y a bien des degrés, mais bien peu parviennent à une position pécuniaire supérieure et à une grande estime de la part de leurs concitoyens. L'habitude a établi un tarif d'honoraires, variant de 80 c. à 3 Ir. 20 c. par visite, mais, le plus souvent, dans cette rémunération demeure comprise la fourniture des médicaments.

Les pharmacies, dont le nom signifie boutiques à médecines, sont nombreiisis dans les villes et généralement bien tenues, et le Chinois aime assez à faire usage des produits qui s'y débitent, mais comme on le voit aussi en Europe, le malade ne dédaigne pas de se droguer lui-même, en appliquant les idées personnelles qu'il peut avoir sur son mal et sur les remèdes qui le doivent dissiper. En général, on n'a recours au médecin que quand le malade se croit mourant, il est vrai qu'il faut peu de chose pour cela. Le patient et son entourage, discutent alors avec le praticien, lui fournissent matière à de pédantes dissertations, au bout desquelles on tombe d'accord siu- la nature du mal, chaud ou froid, sur la classe des médicaments à employer, sur le prix que coûterait la guérison, entreprise à forfait, ou sur le nombre vraisemblable de visites qui seront nécessaires. Si, après la visite du médecin, la situation paraît perdue, le malade lui-même se hâte de faire ache-

ter un cercueil et trouve dans cette précaution un encouragement à ses maux ; il a pu constater ^e visu que ses funérailles se foraient convenablement.

En général, les gens lettrés font preuve d'un grand scepticisme à l'égard de la médecine et croiraient s'abaisser en ayant recours à la science d'autrui ; il est de bon goût de plaisanter de la médecine et des médecins, c'est un thème de saillies que les écrivains exploitent volontiers sur la scène ou dans les romans.

Il est vrai de dire que, comme dans les civilisations anciennes, la profession médicale n'est pas toujours exercée par des gens à l'abri de tout repi-oche ; bien des personnages qui s'affublent du titre de médecin sont plutôt des industriels de professions douteuses, tenant du barbier et du coureur d'aventures, trop enclins à prêter leur concours à des entreprise douteuses mais bien rétribuées, trop souvent à se faire les discrets auxiliaires du vice, sinon du crime. Sans que la pudeur publique en paraisse offusquée, les murailles des villes présentent de nombreuses affiches où l'on vante tel ou tel aphrodisiaque, où l'on exalte ses propriétés avec un luxe de détails et de dessins plus que significatifs. Les abortifs sont égalemeut recommandés par ce mode de publicité ; tel praticien se présente au public comme entreprenant les avortemeuts au plus juste prix, telle boutique à médecine doit sa fortune à 4a bonne qualité de ses remèdes pour « dégager le vcnlre, » « couler le fruit » ou « rendre la virginité. »

La seule organisation médicale est celle de la maison impériale ; c'est là que l'on trouve une sorte d'enseignement, c'est ce que l'on a improprement nommé « le Collège Impérial de Médecine de Pékin. » Cette dénomination a l'inconvénient de faire sufiposer une institution importante, une sorte d'université, alors que les bâtiments consacrés à ce service sont simplement le lieu où se rendent, chaque jour, les médecins de la cour, pour donner leurs consultations et de là se rendre auprès des hauts fonctionnaires qui les itéraient appeler.

Les médecins de la cour ont été institués par l'empereur Kang-Hi ; il sont au nombre de trente environ, deux à boutons bleus, six ou huit à boutons blancs, les autres à boutons dorés des deux classes ; ces derniers sont à la vérité des aides plutôt que des praticiens. En dehors de leurs émoluments fort médiocres et des gratifications dont ils sont l'objet, leur clientèle civile leur permet d'atteindre mie position supportable. Les médecins à boutons bleus ont seul le droit de visiter l'empereur malade, mais sous aucun prétexte ne doivent lui adresser la parole, tout au plus ont-ils pu s'enquérir à l'avance des principaux symptômes, auprès des eunuques de service. Assis sur un fauteuil, ou couché sur un lit, le Fds du Ciel tend un bras à chaque médecin. Ceux-ci tâtent le pouls, et, recueillis dans une profonde méditation, doivent, par ce seul examen, poser uu diagnostic qui, sous les peines les plus sévères, ne saurait différer entre les deux. Pour l'impératrice et les princesses du sang, les choses se passent avec plus de rigueur encore. Le bras de la malade est passé au travers d'une tenture de soie, l'endroit seul où se tâte le pouls reste à découvert.

Outre leurs fonctions pratiques, les deux premiers médecins doivent faire nn cours sur la médecine. Celui-ci consiste dans la lecture des classiques, nul commentaire, nulle discussion ne s'ouvre entre le maître et les élèves ; écrits sous forme didactique, ces préceptes, qui constituent le nec plus ultra de la science, forment autant d'aphorismes et l'étudiant chinois a acquis le maximum du savoir quand il peut réciter couramment un certain nombre de livres, reconnaître et écrire les caractères qui s'y trouvent. Il apprendra plus tard la pratique en suivant quelque ancien de la profession ou en s'exerçant sur sa clientèle. Arrivé à ce

point de ses études théoriques, il se présente aux examens qui ont lieu, avec ceux des autres lettrés, à des époques indéterminées et, s'il réussit, il obtient le bouton de cuivre doré, premier grade de la hiérarchie. Comme médecin il ne dépassera pas ce grade, si ce n'est en l'cstant à la cour et par faveur spéciale. L'opinion publique attache une importance médiocre à cet iusigue qui n'est nullemeiît nécessaire pour l'exercice de la profession ; on sait trop que l'argent en est souvent, plus que le vrai mérite, la réelle origine. Il est à remarquer que le bouton doré, même acquis au titre médical, donne accès aux fonctions administratives de toute nature et par suite aux carrières officielles.

On ne saurait critiquer plus sévèrement l'organisation de l'enseignement médical, qu'en reproduisant le rapport suivant, publié dans la Gazette officielle de Pékin du 14 janvier 1860, à la suite d'une atteinte de croup dont venait de guérir le jeune empereur Toung-Tsche.

« Ou-Tching-Yuen, premier censeur pour la province du Chan-Si, présente à genoux un mémoire sur le service médical officiel, et propose certaines réformes qui peuvent faire progresser la science. 11 prie Sa Majesté d'y laisser tomber ses regards.

« La science médicale, d'une part nous rapproche des influences célestes, de l'autre nous révèle les secrets de la terre; elle envisage les choses au point de vue le plus large et les étudie cependant avec minutie. Tracer ses lois, en montrer l'harmonie est un travail digne des sages divins, bien au-dessus des hommes ordinaires.

« La dynastie régnante fonda l'institution des médecins impériaux, pour diriger tout ce qui a trait à l'art de guérir; l'empereur Kien-Long ordonna la publication du Miroir de la médecine, et traça des règlements simples et précis qui fontencoi'e loi dans le pays; ils sont excellents, mais leur effet sur la diminution des maladies a été presque nul.

« La grande difficulté de l'étude de la médecine est celle-ci : les livres intitulés Lm^-Tc/iOM et So/t- If era, sont maintenant très-difficiles à comprendre; le Tchin-Koueï-yo-Lio et le Chang-han-tio-Ping-loun, écrits par Chang-Ki, sous la dynastie des llan, contiennent l'exposition complète, théorique et pratique de l'art médical; leur étude serait très-profitable à l'humanité, mais leur antiquité les rend à peu près incompréhensibles ; du reste, l'interprétation réelle de leurs diverses parties a été perdu ; ils ont été successivement annotés par beaucoup d'auteurs qui y ont intercalé leurs propres opinions, en sorte que ce n'est plus qu'erreurs et confusion.

« Comment oser s'intituler médecin sans avoir passé de longues années à de sérieuses et profondes études? Si, dans les médecins impériaux, il peut s'en trouver qui connaissent leur profession, la plupart sont entièrement ignorants. Il en est qui n'ont jamais lu les écrits des anciens, dont toute la science consiste à connaître quelques recettes, à peine éprouvées sur les malades, avec lesquelles ils veulent guérir les maladies, dont ils augmentent au contraire la gravité. Ils ne savent pas distinguer entre l'apparence et la réalité, entre les effets du chaud et ceux du froid ; ils agissent sans principes et ne font que du mal. Si de tels hommes sont employés au palais, il peut en arriver les plus funestes conséquences.

« Votre ministre estime que la négligence des études est l'origine de la x'areté du talent médical. Il voudrait demander à Votre Majesté que des examens périodiques, aussi sérieux que ceux de l'Académie des llan-lin, fussent imposés aux médecins impériaux. Tous y seraient soumis, et l'empereur, sur la proposition

220 CUllNE.

du ministère des rites, désignerait les examinateurs qui devraient soumettre ces candidats à deux séries d'épreuves : l'une ayant trait ù l'origine des maladies, telles que le chaud et le froid, la sécheresse et l'humidité, l'autre aux remèdes nécessaires dans les maladies éruplives, les maladies des enfants, aux méthodes d'acupuncture et de cautérisation. Les examinateurs seraient invités à décider du mérite des candidats, non par le style de leurs mémoires, mais par la science dont ils auraient fait preuve au point de vue pratique, en explorant le pouls, en prescrivant des médicaments.

« A la suite des épreuves, les candidats seraient divisés en quatre classes : la première serait récompensée par un avancement ou une décoration, la seconde serait simplement mainteiuie en fonctions, la troisième subirait une dégradation d'un rang, et les membres de la quatrième seraient renvoyés pour incapacité et déclarés inaptes à jamais être employés.

« Par ce moyen, les gens réellement habiles seraient classés au premier rang, €t ne seraient plus exposés à entrer en compétition avec des ignorants ; le palais y gagnerait une organisation médicale vraiment utile, et le public serait déhvré des effets pernicieux que cause la pratique de la médecine entre des mains ignorantes. Ce résultat remplirait les désirs de leurs majestés l'Empereur et l'Impératrice-régente, qui aiment leur peuple comme leur enfant, et désirent à chacun de ses membres longue vie et heureuse santé.

« L'auteur du mémoire prie humblement l'Empereur de vouloir bien donner son jugement sur ces propositions. »

Le rapport est suivi de la formule ordinaire qui en exprime l'acceptation par l'Empereur :

« Le mémoire est pris en considération. »

« 28'^ jour de la -i" lune, 5'' année du règne de Toung-Tsche. »

Maliieureusement en Chine comme en Europe, les travaux des commissions et de leurs rapporteurs tombent souvent dans l'oubli, et toutes choses paraissent encore en l'état pour ce qui a trait aux abus si énergiquemcnt signalés dans ce mémoire.

La branche si importante de la médecine militaire n'est réellement pas représentée dans l'armée chinoise. Il -y eut autrefois, dit-on, des médecins attachés à un certain nombre de soldats, mais cette assertion n'est pas démontrée, et, dans tous les cas, on ne trouve plus aujourd'hui trace de cette institution.

Lorsqu'une armée est en campagne, elle abandonne ses malades là où ils tombent; le mandarin du village le plus voisin doit les recueillir et eu prendre soin, mais si le soldat n'a pas quelque argent, si ses amis ne se sont pas cotisés pour lui laisser des secours, il risquera fort de rester isolé dans le coin d'une grange, recevant un peu de riz ou de millet, à coup sur pas de soins médicaux.

Sur le champ de bataille, les choses se passent à plus forte raison de la sorte; après les combats de Chang-kia-wan et de Pa-li-kiao, nos ambulances ont reçu un grand nombre de blessés que les mandarins se refusaient â recevoir. Les grands chefs militaires se font quelquefois suivre d'un médecin, mais attaché à la maison du maître, faisant partie de son domestique, il ne doit pas ses soins au public et ne met aucune attention à les prodiguer.

Jamais l'intervention des médecins n'est requise dans les questions d'hygiène publique, c'est chose inconnue des Chinois, mais ils font partie des enquêtes médico-légales prescrites par les mandarins de justice ; leurs traités de la matière

se résument en quelques préceptes tracés dans le livre intitulé : Si-Yiien, dont Vorigine est bien antérieure à notre ère, et qui n'a guère été modifié dans les éditions successives. On y voit le moyen de retrouver sur les cadavres les blessures faites pendant la vie, de reconnaître si un corps recueilli dans l'eau y a été jeté vivant ou mort, il traite encore de différents poisons. Cet ouvrage a été souvent analysé par des sinologues ; à côté de quelques règles banales, il donne les indications les plus hypothétiques, à coup sûr dangereuses au point de vue de l'instruction criminelle. Différents exemples peuvent prouver, du reste, que la police judiciaire ne voit (pie ce q\i'elle veut, et certes la science médico-légale lui est d'un bien faible secours.

XIll. Esquisse pathologique de la Chine. De même qu'il nous a été impossible de décrire dans son ensemble le climat de la Ciiine, en raison de l'immense étendue de cet empire, de même il ne pourrait venir à l'idée de renfermer dans un même cadre les nombreuses familles pathologiques qui y régnent ; entre les lésions du nord et celles du midi, il existe, au point de vue pathologique, autant de différences qu'entre la Fiance et le Sénégal, par exemple. Cependant on peut admettre, au point de vue nosologique, la même division que dans la climatologie, celle de la zone tempérée, celle de la zone chaude, le fleuve 'Vang-tze-kiang formant entre ces deux régions une démarcation plus idéale que réelle.

Dans le nord, eu raison du caractère extrême du climat, les maladies affectent une marche saisomilcre bien tranchée. Pendant l'hiver, eu dehors des atleintes résultant directement de l'action du froid, telles que les affections aiguës de l'appareil pulmonaire et les rhumatismes, on observe des endémies typhiques, le typhus pétéchial classique, la diphthérie ; leur développement tient évidemment au confinement auquel les rigueurs de l'hiver condamne la population qui s'agglomère dans d'étroites habitations, dans un milieu généralement surchauffé où les fermentations morbigènes trouvent des conditions favorables de développement. Au contraire, lorsque la température devient plus clémente, les habitants abandonnent leurs maisons pour vivre beaucoup en plein air, l'cndémo-épidéniie typhique disparaît presque absolument ; bientôt cependant, sous l'influence des pluies torrentielles des mois de juillet et d'août, le sol des villes, souillé d'immondices, dégage des effluves fébrigènes qui donnent naissance à des intoxications, se manifestant sous forme de hèvres d'accès, parfois pernicieuses, de diarrhées et de dysenteries.

Dans le sud, la constitution médicale affecte plutôt la forme climatérique, en raison de la continuité de la température élevée. Les fièvres d'accès, la dysenterie, l'hépatite sévissaient toute l'année, mais avec une plus grande intensité cependant, pendant la mousson de S.-O., c'est-à-dire de mars à septembre, que pendant la mousson du N.-E. Lorsque celle-ci règne, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, les accidents sont moins graves, et la réaction de l'organisme humain est beaucoup plus énergique. Ces accidents sévissent aussi bien sur les indigènes que sur les Européens, quoique ceux-ci semblent plus éprouvés jiar l'action du climat. La plupart des comptoirs européens, Shang-haï, Ning-po, Fou-tcheou, Âmoy, quoique situés au-dessus de 23° de latitude, doivent, comme Hong-kong, Macao et Canton, être rangés au point de vue nosologique dans les stations tropicales. La plupart de ces villes se trouvent à l'embouchure ou sur le cours de fleuves aux rives basses, marécageuses ; depuis vingt ans, à côté des cités chinoises, foyers permanents d'infection, les Européens ont élevé de véritables villes européennes, de grands travaux de déblaiement ont été entrepris, et

durant toute cette période de formation, ces centres de population ont présenté une insalubrité toute spéciale. A Hong-kong et à Shang-haï, ces phénomènes ont été particulièrement remarquables, les accès pernicieux et la dysenterie, les fièvres bilieuses et les affections typhoïques sévissaient avec intensité; puis lorsque les maisons se sont successivement élevées, lorsque le sol, drainé par de nombreux égouts, s'est recouvert de jardins, de routes macadamisées, l'insalubrité primitive a disparu peu à peu pour taire place à un état de choses sinon parfait, du moins sensiblement meilleur.

En dehors de l'action tellurique, celle des rayons solaires agissant directement sur l'individu, ne laisse pas que d'amener des accidents assez nombreux, affectant la forme d'insolation ou de coups de chaleur « heat apoplexy. » Il semble manifeste que, sous la seule influence de la chaleur, des accès de fièvre pernicieuse peuvent se développer, surtout chez les individus qui ont déjà présenté des accidents de cette nature à un moindre degré; le plus souvent les accès mortels se rencontrent chez les alcoolisants, or le nombre de ceux-ci est considérable dans la population anglo-saxonne.

Les maladies tenant à l'inobservation des règles de l'hygiène sont trop nombreuses pour qu'il soit possible de les passer ici en revue ; partout la misère entraîne son cortège de maux, et, à ce titre, la population chinoise les éprouve sous toutes leurs formes. L'idiotie, le crétinisme, l'épilepsie, ne sont pas rares en Chine, mais les affections psychiques paraissent moins fréquentes qu'en Europe où, grâce à la civilisation, le système nerveux arrive facilement à laie tension extrême. Le Chinois est rarement alcoolisant, il ne devient guère aliéné que par suite de l'abus de l'opium.

En dehors des endémo-épidémies locales, d'autres affections épidémiques sévissent sur la population d'une manière à peu près permanente, et en particulier la variole. Cette dernière trouve un puissant moyen de propagation dans les conditions générales de la vie, chez la grande majorité des habitants. Depuis des siècles, les Chinois ont cherché à se préserver des fleurs du ciel par l'inoculation du virus variolique ; depuis trente ans la vaccine a été importée par les soins des Anglais dans le sud, des Russes dans le nord; elle a été acceptée sans difficulté par les indigènes, mais n'est guère pratiquée que dans les centres où résident les Européens. Dans quelques villes, cependant, des praticiens Chinois, encouragés par des mandarins plus éclairés que leurs collègues, cherchent à entretenir le virus par des inoculations successives.

On sait que le choléra a fait, depuis 1820, de nombi-euses apparitions sur les côtes de la Chine, et les relations avec le golfe du Bengale devenant de jour en jour plus fréquentes et plus rapides, ces épidémies se sont manifestées à de plus courts intervalles, en faisant chaque fois des ravages considérables dans les populations indigènes. Depuis sa première apparition, le choléra semble n'avoir jamais absolument quitté les embouchures des grands fleuves comme le Yangtze-Kiang, et chaque année Shang-haï subit une nouvelle influence cholérique qui n'atteint pas cependant le degré d'une véritable épidémie.

Depuis quelques années, la direction des Douanes maritimes, dont les services sont confiés à des Européens, a ouvert une enquête annuelle sur la constitution médicale des différents centres du commerce maritime. Il deviendra bientôt facile de connaître leur salubrité relative, les maladies qui prédominent dans chacune d'elles. En ce qui concerne l'intérieur de la Chine, la question sera plus difficile, et des années s'écouleront avant qu'elle soit réellement connue ; vrai-

CHINE (bidliographie). 225

semblablement il faudra même attendre le moment où les Chinois, secouant leur traditionnelle hostilité pour les sciences et les arts de l'Occident, imiteront leurs voisins du Japon en entrant dans la voie du progrès et de la civilisation, qui depuis des années frappe à la porte de ce vieil édifice dont les portes ne s'entr' cuvent qu'à regret. G. Morache.

Bibliographie. — Marco-Polo. La description géographirjue des provinces les plus fameuses de l'Inde orientale, mesurement de ce qui est sous la domination du grand Chan, empereur des Tartares. Paris, 1556. — De Fey\es. Voyage fait par terre depuis Paris jusqu'à la Chine par le sieur de F. avec son retour par mer. Paris, 1630. — Bovm (M.;. Flora sincnsis. Vienne, 1655. — Acosta (Jeau). Sajnentia sinica, exponente Johanne Acosta. In Kiunchan in urbc Sinaruin, provinciœ /vîV(TO-St»'16G2. — Veiujiest (P. -F.). Liber organi' eus asti'OHondœ europeœ apud Sinas restitutœ, sub imperalorc Sino-Tartarico Camhi aspcliato. Pékin"'. 1608. — Le secret de la médecine c/iez les Cliinois. (Jrenoble, 1070. — Boïm. Clavis mediea ad sinarum doctrinani de pulsibus. l'ranclort, l(i80. — Du Halde (J.-B.). Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l'empire de la Chine et de la Tartarie chinoise, enrichie de cartes génér. et particulières de ce pays, de la carte qénérale et des cartes particulières du Thibet et de la Corée I.a Haye, 1757. — Eck- BERG (Cil. -G.). A Voyage ta China and the East Indies, together tvith a Voyage to Surrate, to which are added a [annula et flora sinensis (Iraiislated from the Gcrman). Londres, 1771.

— Mémoires sur les Chinois par les Missionnaires de Pékin, 15 vol. in-lol. Paris, 1770-95.

Iepage. Recherches sur la médecine des Chinois. Paris, 1815. — GnosiEn (L'abbé). De la

Chine, ou description générale de cet empire, ouvrage gui contient le nombre de ses villes, le tableau de sa population, les trois règnes de son histoire naturelle et l'exposé de toutes les connaissances acquises et parvenues en Europe sur les lois, sciences et arts des Chinois, 5° éi.it. Paris, 1818. — Gutslaff (Ch.). Journal of tlirre Voijages along the Coasl of China in 18 '1, 1^32 and 1833, with Notices ofSiam, Corea and the l.oochow Islands. Lond., 1854.

— Horhisson. Chinese commercial Guide. Macao (Chine), 1834. — Palthier (G.) et Bazix. Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire. ï'" partie: Chine ancienne, par Pauthieb, 1818; '2» partie : Chine moderne , par Bazi\, 1853. (De la collection de l'Univers pittoresque). — Biot (E.l. Recherches sur la température de la Chine ancienne. Paris, 1841. — Du même. Mémoire sur l'extension progressive des côtes de Chine. Pans, 4844. — Hedde (Isidore). Description méthodique des produits divers recueillis dans un voyage en Chine. St-Etienne, 1848. — Hue (L'abbé). Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine. Paris, 1853. — Lecoq (,I.). Souvenirs d'un voyage en Chine. In Gaz des Hôpit., 1857 et liS58. — Barthe (J ). Observations médicales j'rises à bord de la Sibylle pendant la campagne de celte frégate dans l'Inde, la Chine, la Manche de Tartarie, etc. In Comptes rendus académ. des sciences, t. XLVI, 1858. — Milne (1*.). The Middle Kingclom, traduit en français sous le titre VEmpire du Milieu. Paris, 1858. — Wells Williams. The Middle Kingclom, 5« édition. New-York, 1859. — France. Notice sur la ville de Shang-Haï. In Recueil des Méin. de mcd. mil., 3° sér., t. IV; 1860. — Castaxo. Note sur l'état des sciences medico-chirurgiccdes et recherches sur la inétéréolngie en Chine. In Rec. des Mém. de méd. milit., 3" sér., t. V; 1861. — Dedeaux (J.-U.). Notice sur les mollusques observés dans le nord de la Chine. In Rec. de mém. de mcd. milit., Z" série, t. VI ; 1861 . — Du wÈJiE. Sur la,végétation de quelques localités du littoral de la Chine. In Rec. de Mém. de mcd. mil., 5' sér., t. VI; 1861. — Castano. Esfquisse topographique de la ville de Shang-Hcd et de ses environs. In Recueil des Mém. de méd. milit., 3- série, t. V ; 1861. — Dumay. ReUuion médico-chirurgicale de la campagne de la corvette le Catinat, dans les mers de l'Inde, de la Chine et de l'Indo-Chine. Tli. de Montpellier, 1861. — Fuzier. Notes sur les armes chinoises et les blessures qu'elles déterminent. In Piccueil des Mém. de méd. milit., 5' sér., t. V; 18G1. — Smart (R.-E.). Observations on the Climatology, Topography and Discases of Hong-Kong. In Transactions of the Epidemiological Society. Londres, 1861. — Lockhabdt (D'1. The Médical Missionanj in China, a Narrative ofTiventy Years of Expérience Londres, 1861. — Sinibaldo le Mas. La Chine. Paris, 1861. — Matteï. Quelques réflexions sur l'abus de la fumée d'opium. Th. de Montpellier, 1862. — PiOse (J.). Médical Notes and Topography of Fow-ehow. In Pacific Medic. and Surg. Journal, 1802. — Mctel. Notice sur les crânes chinois. In Recueil des Mém. de méd. milit., 3» s?r., t. XIII ; 1862. — Libermann. ?,echerches sur l'usage de la fumée d'opium et sur les effets pathologiques que détermine tette habitude. Recueil des Mém. de médecine milit., 3" .série, t. VII; 1802. — Fuziee. De l'usage de la déformation du pied chez les femmes chinoises. In Recueil des Mém. de méd. milit., 5= série, t. VII; 1862. — Larivière. Élude sur la médecine chinoise et l'assisiince publique dans la ville de Tien-Tsin. In Journal de médecine de Bordeaux, 1863. — Mackaï (A.-E.). Naval Médical Contributions in China. In Edinburgh Médical Journal, 1865. —

224 CIIINGUIRITO.

GORDOX (C.-A.V China from a Médical Point of View m 1800 et 1861. Londres, 1863.- Friedel (C). Beitràgezur Kenniniss des Klima's und dcr Krankheiten Ost-Asiens gcsammclt auf der premsisclien Expédition in den Ja lires 1860-01-62. Derlin. 186'.. — Nelson. Médical Results of the Late Wms in China. In British and Foreign Medic Chir. Review, 1863. — BouiiOT. ISotcssurle moule d'un pied de femme chinoise. In Recueil des Mém. de médecine militaire, 3» séiie, t. IX ; 1863. — Dadkyde TurERS.vNT. La médecine chez les Chinois. l'aiis, 4863. — Wells Williams (D'). The Commercial Guide in China. New-'ïork, 1803. — Gauthier (G.). Deux années de pratique médicale à Canton [China). Th. de Paris, 1863. — Falot. Relation médicale d'une campagne en Chine, années, 1859, 1860, 1861 et 1862. Thèse de Montpellier, 1865. — Castano. L'expédition de Chine, relation physique, topographique et médicale de la campagne de 1800 et 1861. P.iris. 1864. — Moiuciie [G.]. L'exercice de la médecine chez les Chinois. In Recueil des Mémoires de médecine militaire, 5"« série, t. XII; 1864.— Du même De l'usage de la déformation du pied chez les femmes chinoises. In Recueil des Mémoires de médecine militaire, troisième série, t. XI; 1801 — Du MiîME. La méléréologic de Pékin. In Itecueil des Mém. de niéd. milit., 3" série, t. XII; 1804. — ToYE. Notes sur l'art médico-chirurgical chez les Chinois. Montpellier, 1804. — Henderson. Études sur l'art médical en Chine. In Journ. of the N. China Branch ofthe Royal Asiatic Society, 1804. — .^^rmanu (A.). Lettres de l'expédition de Chine et de Cochinchine. Paris, 1864. — Sabathier. Quelques considérations sur les maladies obseii'ées dans les men de Chine. Ih. de Montpellier, 180-4. — Mondot. Étude sur la colique sèche dans les mers de Chine et de Cochinchine. Thèse de Montpellier, 180 i — Duteuil. Quelques notes médicales recueillies pendant un séjour de cinq ans en Chine, Cochinchine et Japon. Th. de Paris. 18(j4. — Laurk (,I.-J.). Histoire médicale de la marine française pendant les expéditions de Chine et de Cochinchine de 1859 « 1802. Paris, 1804. — D'Escavhac de Lautuhe. Mémoire sur les Chinois. Paris, 1865. — Debealx p.-O.). Essai sur In phaimacie et la matière médicale. des Chinois. Paris, 1865. — Vidal (M.-F.). De l'ascaride lombrico'ide, au point de vue des maladies des Européens dans les mers de Chine. Th. de Montpellier, 1865. — Huguet. Relation médicale d'une campagne dans les mers de Chine à bord de la Dryade de 1839 à 1861. Th. de Paris, 1865. — Moracui; (G.). ISotcs sur une épidémie de Typhus avec cas de Relapsinij fever, observée à Pékin. In Recueil des Mém des méd. milit., S^sér., t. XVI ; ■1860. — Le I\oï de Méricourt. Contributions à la Géographie médicale. Le littoral de la Chine. In Arch. de mcdec. navale, t. VI, 1800. — Massin. Considérations générales sur quelques maladies observées pendant les campagnes dr Chine et de Cochinchine. Th. de Montpellier, 1800. — Doolittle. Social Life of the Chinese. New-York, 1807. — Armand (A.l. Note sur l'emploi thérapeutique de la fumée d'opium. In Bull. acad. de médec, t. XXXIII. Paris, 1808. — Cheval. Relation médicale d'une campagne en Chine, au Japon et en Corée. Th. de Montpellier, 1808. — Moraciie (G.). Pékin et ses habitants. Paris, 1869. — Champion (P.). Les industries de l'emjnre chinois. Paris, 1869. — Thorel (G). Notes médicales de voyage de l'exploration du Mékong. Paris, 1870. — Bretschneider (E.). On the Study and Value of Chinese Botanical Works, ivilh Notes on the History of Plants and Geographical Botany from Chinese Sources. Fou-Tchéou (Chine), 1870. — De Richthoffen (R.). Lettres on the Provinces of Chehiang and Ngan-hoéi, on the Régions ofNanking and Chinkianq. Shanghaï, 1871. — Abbé David. Lettres sur ses voyages en Chine. In Bull. Soc. géographie, 1871. — Bastian (Adoll). Reisen in China, von Peking zur mongolischen Grenze. lena, 1871. — D' Maccowan (J.). Note on the Clii-kiang Miaotic. In Journal of the N. China Branch ofike Asiatic Society. Shang-haï, 1871. — MAiixii^ (E.). L'avortement dans VempireChinois. In Ga<ette hebdom., 1872. — De même. Etude sur la prostitution en Chine. In Qaz. hebdomad., 1872. — Du MÊME. De l'infanticide dans l'empire chinois. In Gazette hebdom. ,181^. — Du même. Etude historique et critique sur l'art médical en Chine. In Gaz. hebdom., 1872. — Du même . Sur la statistique relative au dénombrement de la population en Chine. In Bulletin de la Soc. de géographie, juillet 1872. — Du même. Quelques généralités sur l'alimentation en Chine. In Bulletin de la Soc. d'acclimatation, octobre 1872. — Du même. Considérations sur la valeur ethnique de la mutilation des pieds de la femme chinoise. In Bull, de la Soc. d'anthropologie, nov. 1871. — Duburquois. Note sur les maladies des Européens en Chine et au Japon. Thèse de Paris, 1872. — Garnier (Fr.). Voyage d'exploration en Indo-Chine 18(i6-6-<. In Tour du monde, 1873. — Vox Richthofen. Reise von Pékin nach Ssetchonen. In Mittheilungcn de Petermann, 1873. — Hamy (E.-T.). Les Negritos à Formose et dans l'archipel japonais In Bull, de la Soc. d'anthropologie, 1875. — Rochefort (E.). Contributions à la géographie médicale. Les ports de la Chine, analyse des rapports médicaux, publiés dans le n» 13 de la Gazette des Douanes, publiée à Shang-Haï. In Arch. de médec. navale, t. XIX, 1873. — SouiiEiRAN (Léon) et Dabry de Thiersant. La matière tnédicale chez les Chinois. Paris, 1874 G. Mouache.

CIIINGUIRITO. Produit distillé de la fermentation des résidus de sucre

Page 1