L. R. de M
cnii\LEi^. Voy. Chyinlen.
CHlI^OIS (Empire). L'empire chinois se divise en : 1» Chine proprement dite; 2" Mandchourie ou Tartarie-Mandchoue qui, politiquement, en fait partie depuis 1610, date de l'intronisation de la dynastie actuelle; 5" Pays vasseaux ou tributaires, dont le lien avec la Chine s'affaiblit tous les jours : la Corée, le Thibet, le Routan, le royaume de Siam et la Cochinchine (voy. GochincHiNE, Corée, Hindoustan et Indo-Guine).
En fait, l'empire chinois doit être considéré comme formé de la Chine, de la Tartarie-Mandchoue et du Thibet, car le gouvernement actuel a presque autant d'action sur les peuplades de la Tartarie que sur certaines provinces occidentales de la Chine proprement dite [voy. Chine propre, Tartarie et Thibet).
Dans ces conditions, il affecte la forme d'un immense quadrilatère qui, d'après les calculs de Mac-Culloch, ne comprendrait pas moins de 13,000,000 de kilomètres carrés ; sa plus grande longueur, depuis la pointe sud de l'ile d'Haïnan (lat. S., 18" 10') jusqu'à la chaîne la plus septentrionale des monts Yablonai (lat. N., 56"10'), est d'environ 3,400 kilomètres; sa largeur, depuis la frontière sud-ouest de l'ili (long. E. 65") jusqu'à la mer d'Okhostk (long. E., 140"), en présente 5,400. 11 est vrai que les cessions territoriales que la Chine a dû faire à la Russie par le traité de 1868 diminuent quelque peu ces dimensions.
Le circuit de l'empire est de 20,000 kilomètres ; son étendue de côtes de 5,300 ; on se rendra compte de la valeur de ces chiffres en se souvenant des dimensions des plus grands États du monde, la Russie, en comprenant toute la Sibérie orientale, mesure 19,000,000 de kilomètres carrés, les Etats-Unis 6,000,000. Au fond il faut reconnaître que ces données n'ont rien d'absolu ; ce qui fait la vraie grandeur territoriale d'un Etat, c'est le rapport qui existe entre la population et la superficie des terres aptes à être mises en culture ; or en Sibérie, comme dans certaines régions de la Tartarie, il se trouve d'immenses étendues à peine habitées et, par le fait de leur climat, rebelles à toute culture; aux États-Unis, au contraire, le moindre coin de terre représente une réelle valeur utilisable. G- Morache.
CHINOOHS (Les). {Voy. Amérique, p. 619, et Britanniques (possessions), p. 646).
CHlO€CO (André), né à Vérone, vers le milieu du seizième siècle, mort dans la même ville le 3 avril 1624. Chiocco, qui jouit dans sa patiie d'une réputation considérable, s'est fait également remarquer par ses talents comme médecin, comme poëte, comme naturaliste et comme philosophe, il lutta contre le célèbre Telesio ; celui-ci préférait l'observation à la parole du maître, et ne professait pas pour Aristote et Galieu le fétichisme de ses contemporains ; pendant que Marta défendait Aristote, Chiocco, de son côté, ferraillait au sujet de Galien ; ce n'était pas Chiocco qui avait raison. Voici la liste de ses ouvrages :
I. Psoricon, seu de Scabie, libri duo. De contagii natiira, siderum viet thermis Calderianis. Carminé ab auctore descripta. Veneliis, 1595, in-4''. — II. Quœslionum philosophica
DICT. E.NC. XVI. 15
226 ' CIIIUCOCCA.
rumet medicarum, lihri <res. Veroiue, 1593, in-i": Vcnetiis, 1594, iii-4«. — III. De bahami nalura et viribus juxta Dioscovidis placita, carnien. Veroiiœ, 1596, in-i°. — IV. De cœli Veronensis clementia. Ibid. 1597, in-4°. — V. Apolofjia pro divina II. Fracasloris syph'dide adversus J.-G. Scaligeri censuram. Ibid., 1598, 111-4°. — VI. Commentarius quœstionum qaarumdam de febre mali moris et de morbis epidemicis. Item disputatio de seclione venœ in obstructione ab humorum qiiaUtate. Venetiis, 1604, in-4».— VII. Musœum Francisci calceolarii junioris a Benediclo Ccruto inceplinn et ab Andreœa Chiocco perfeclum. Veronœ, 1622, in-Iol. — VIII. De coUegli veronensis illustribus mcdicis et philosop/iis, qui coUegium, ■mtriam et bonus arles illustrarunt. Ibid., IG'25. in-4°. H. Mr.
cniOCOCCA. (L.). Genre de plantes, de la famille des Rubiacées, et dont le nom a été appliqné à l'une des tribus de cette famille {Chiococcées) . Ce sont des arbustes, glabres, dressés ou grimpants, dont les feuilles sont opposées, accompagnées de larges stipules interpétiolaires aiguës et persistantes et dont les Heurs sont réunies à l'aisselle des feuilles en grappes simples ou plus ou moins composées, avec des pédicelles écartés, dépourvus de stipules. Leur réceptacle est un sac ovoïde, turbiné, plus rarement tubuleux, et il porte sur ses bords un calice persistant à cinq dents. La corolle gamopétale, infundibuliforme, ordinairement blanche ou jaunâtre, a la gorge nue, glabre et un limbe à cinq lobes valvau-es, étalés ou réfléchis après l'anthère. Les étamines, au nombre de cinq, ont des fdets barbus, unis par leur base, qui s'insèrent sur le bas dn tube de la corolle, et des anthères allongées, linéaires, basitines, incluses, intruses et déhiscentes par deux fentes longitudinales. L'ouverture du réceptacle porte un disque épais, et sa cavité loge l'ovaire, à deux ou trois loges, que surmonte un style grêle, à sommet stigmatifère cylindrique, renflé en massue, entier ou bilobé. Dans chaque loge s'insère vers la portion supérieure de l'angle externe, un ovale descendant, anatrope, à un mycrospyle dirigé eu haut et en dedans. Le fruit est une petite drupe comprimée, coriace, orbiculaire, ovale ou didyme, à noyaux ordinairement chartacés et comprimés. Chacun d'eux renferme une graine descendante, comprimée, à albumen charnu abondant, avec un petit embryon droit, axile, dont les cotylédons ovales dépassent un peu en largeur la radicule supère. Les six ou sept espèces connues de Ckiococca habitent l'Amérique tropicale, et l'on en cultive fréquemment un couple dans nos serres. Le C. anguifuga Maut. (C. brachiata R. et P. C parviflora W. C. racemosa H. B. K., nec Jacq.) est le Sipo-cruz des Brésiliens. On l'a cru à une certaine époque la seule source de la Racine de Cainca des pharmacies {Radix, Caincœ, seu Cahincœ, seu Cainanœ, seu Cananiance, seu Serpentariœ hrasïliensis pharmac). C'est un arbuste originaire, dit-on, des forêts vierges du Brésil (Mat., Spec. Mat. med. bras., 17, t. V), mais qui actuellement se trouve à la Guyane, au Pérou, à la Trinité, à Cuba, à Cumana. Ses feuilles sont ovales, acuminées, à courtes et larges stipules brièvement cuspidées. Les inflorescences sont ramifiées, et sa corolle est à peine trois fois plus longue que les dents de son calice. Il y en a une variété qui a les rameaux et les pédicelles pubescents.
Le C. dentifolia Mart. {Op. cit., 17, t. VI) se distingue par ses feuilles ovales, subcordées, par ses larges stipules à apicule assez allongé, par ses inflorescences non ramifiées et multiflores, par sa corolle bien plus longue que les dents du calice et par ses filets staminaux couverts de poils longs et denses. Les fleurs sont blanches et odorantes. On le trouve au Brésil, dans les forêts vierges près d'Almadas, Ferradas, aux environs de Bahia, à Sainte-Catherine {voy. Chamisso et Schlechxekdal, in Linnœa (1829), 13). On assure qu'il
CIIIOCOCCA. 227
fournit actuellement une portion de la Racine de Caïnca, d'origine brésilienne, qui se trouve dans le commerce.
Le C- racemosa L. (Spec. plant, 249) est depuis longtemps le plus célèbre des espèces de ce genre, comme produisant la Racine de Càinca ou Càinanlia des pharmacies. C'est un arbuste sarmcnteux des Antilles et des régions voisines de la terre terme dans l'Amérique méridionale. Ou dit que, dans ce pays, il a le port d'un Jasmin. Dans nos cultures, il est en général bien plus petit et moins sarmenleux. Ses rameaux et ses Icuilles sont opposés. Les l'enilles sont ovales, à sommet un j)eu aigu ou obtus, parfois légèrement acinniné, à base rélrécie, à pétiole court. Le limbe, long de 5 à 6 centimètres sur \ ou 2 centimètres de large, est entier, très-glabre, lisse et luisant en dessus, assez épais et presque coriace. Les stipules sont courtes, acuminécs, unies deux à deux iuiérieurement. Les inflorescences sont plus courtes que les feuilles, et les fleurs, d'un blanc jaunâtre, un peu plus grandes que celles du muguet dont elles rappellent un peu la iorme, sont, à l'époque de l'épanouissement, toutes tournées d'un même côté. A. Ricbard assure qu'il a reçu de Fra Leandro do Sacramento le C- racemosa comme récolté an Rrésil et iburnissant dans ce pays la Racine de Cdinca, quoique celle qui provient de ce pays eût élé jusqu'alors rapportée à d'autres espèces du même geiu'e. (]ettc racint; est rameuse, d'un brun plus ou moins gris et rougeâtre, composée de branches à peu près cylindriques, d'un demi-mètre à un mètre de long, grosse environ comme une plume d'oie, oh moins, ou quebjuefois beaucoiqj plus, portant parlois des fibrilles grêles, plus moins ramifiées. Elles portent quand elles sont ibrtcment desséchées, des tissures transversales assez distantes, produites par 3a dessication même, et des stries longitudinales peu marquées (qui lui donnent, dit A. Richard, quelque ressemblance avec l'Ipécacuanha strié du Pérou), avec des petits tubercules irréguliers qu'on suppose être des restes d'ancien chevelu. « Ces racines se composent, d'après le même auteur, qui eu a l'ait une étude très-attentive, d'une partie externe et corticale très-mince, primitivement charnue, recouverte extéiùeurement d'un épidémie brun, adhérent, et qui lui-même est d'une couleur blanchâtre sale ; au-dessous de cette partie se trouve l'axe ligneux, qui forme presque toute la masse de la racine. Cette partie corticale, qui est comme résineuse, a une saveur assez désagréable, un peu acre et légèrement astruigente ; cette saveur disparaît entièrement dans la partiie ligneuse qui est tout à lait insipide. Au milieu des fragments dont nous venons de tiacer la description, on trouve d'autres morceaux qui sont, les uns de véritables rameaux de la tige aérienne, les autres des rameaux étalés à terre, où ils se sont enracinés en poussant des radicelles de leurs nœuds. On les distingue facilement des vraies racines, en ce qu'ils présentent à leur centre un canal médullaire. La saveur corticale est bien moins prononcée <]ue celle des racines, en sorte que nous ne doutons pas qu'ils ne soient moins actifs. » Le C. racemosa fleurit bien tous les ans dans nos cultures oîi il se reproduit assez facilement de boutures. Aux Anlilles, il porte souvent le nom de Petit-Brasida: au Brésil, celui de Raiz Prêta.
Le C. scandens Pers n'est qu'une forme du C. racemosa, et la plante de l'Améi'ique du Nord à laquelle Michaux {FI. hor. amer., 1, 105) a donné ce dernier nom a été conservé comme variété (Floridana) de la même espèce {voy. pour les vertus médicinales CaÏnca). H. Bn.
L., Gen., n» 231. — DC, Prodrom., IV, 482.— G.ertn., De Fruct.. I, 125, t. 26. — Ruiz et
Pav., Flor. per. et c/iiL, t. 210. — Hook. Exot. Flora, t. Oj. — GtiisEB. FI brit. Wesl-Ind., 530. — Lamauck, llluslr.. t. 100. — Mér. et Dei.., Dicl. Mal. méd., II, 234. — GnBouRi, Dvoçi. simpl., tjdii. 0, III, 100. — Hentii. et J. IIoociiRK, Gen. plant., II, 105, n» 211. - A. liicH., Élévi. d'hist. nat. médic, 11, 125. — Mou , But. méd., 70. — Rosenth., Syiiops. plant diaphor., 529.
CHiococciXE. Voy. Caïnca, p. 564.
CHBOCOCCIQUE (acide). C'est l'acide Gaincique {voy. C\ïkca, p. 564).
CHIPPEWAS. Tribu du nord-est de l'Amérique {voy. Améi;iqce, p. 618, et Britanniques (possessions), p. 645).
CHIQI:e (ou Pidex penetrans des pays chauds). L'insecte, qui fait le sujet de cet article, est un de ceux qui ont longuement préoccupé les voyageurs, et sur lequel on a écrit, peut-être, le plus grand nombre de faits erronés, exagérés ou contradictoires. Il faut dire que la chique, ou puce-chique, est le parasite le moindre pour la taille, mais aussi le plus incommode, parfois même le plus dangereux, des régions chaudes où on le trouve en abondance.
Après avoir donné la synonymie très-confuse de cet insecte, je décrirai son organisation; je ferai connaître ses premiers états de larve et de nymphe qui ont été récemment découverts, tandis que l'animal à l'état parfait était observé et redouté depuis très-longtemps. Puis j'étudierai ses métamorphoses, sa nocivité due à une vie parasitaire, et enfin les moyens d'y remédier.
I. Synoîsvmie technique et vulgaire. La dénomination scientifique de la chique est la suivante : c'est le Pulex penetrans de Linné (1767) ; le Rhyjichopr ion penetrans d'Okeii (non Hermann) (1815); DermatophUus penetrans k Guérin-Méneville (1856) ; Sarcopsylla penetrans de Westwood (1856). On voit du premier coup d'œil que si le nom du genre a varié, l'espèce a toujours été caractérisée par une qualification indiquant un genre de vie tout à fait particulier. Plus tard, je discuterai avec soin le nom générique que doit porter le Pulex penetrans de Linné.
Les voyageurs ont donné à cet insecte des noms vulgaires fort bizarres suivant l'idée qu'ils se taisaient de lui, ou suivant les endroits où ils le rencontraient'; le R. P. Raymond, dans son Dictionnaire caraïbe, l'écrit Ckicke et Chicque.
Des voyageurs plus récents, Rodschied et Sack l'écrivent, le premier Tchike et Tschicke, et le deuxième Tschike ; c'est un nom qui vient par corruption de Xique, Sike, Chico, Sico, Siko, noms que portait le Pulex penetrans chez les Indiens continentaux, ancêtres des Caraïbes. On peut encore faire remonter ce nom d'insecte aux Incas du Pérou, qui le nommaient Seccec, du verbe Seccen, donner des démangeaisons.
Les Espagnols nomment la chique Nigua ; les Portugais Brésiliens, Bicho, Bicho dos pes; les Anglo-Américains, Sandflea, Chego, Chegoe, Chigger. Les Espagnols Péruviens, Pigue, Pique, Pico. Les Indiens du Brésil Tunga ou Pignc, Tom, Ton, Sico et aussi ceux de Jatécuba et Migor; les Guaranis, Tù ou Tùngay.
Oviedo, dans un ancien ouvrage (1547), la désigne nettement sous le nom de
* Voici cette synonymie fort longue : Puce de sable, Cliique, Pique, Pigue, Pigne, Punque, Nigua, Chica, Chigua, Jatécuba, Migor, Bicho, Bicbos dos Pes, Jigger, Chigger, Chico, Pico, Sico, Siko, Chego, Chegoe, Chigoe, Tchike, Tschicke, Tschike, TscJiik, Sike, Xique, Ckicke, Chicque, Sandflea, Sandflœlie, Aagrani, Atten, Seccec, Toin, Ton, Tù, Tunga, Tùngay.
Nigun. Léry, dans Y Histoire iVun voyage au Brésil, publiée à la Rochelle en 1578, en parle comme d'une petite bestiole très-semblable à la puce.
II. Description anatomique. A. Chique ou Pulex penetrans à V état parfait. Comparée à la puce irritante ou commune qu'on trouve sur l'homme, la puce-chique est d'une taille moindre, et le mâle est constamment plus grand que la femelle. La longueur horizontale du corps est de 13 dixièmes de millimètres en moyenne, celle de la longueur du corps de la femelle étant de 9 à 1 1 dixièmes. Le diamètre vertical est dans la partie la plus épaisse de l'abdomen, au deuxième anneau, de 7 dixièmes chez le mâle et de 4 à 6 dixièmes chez la femelle à l'état de liberlé, ou non parasitique. La forme du corps des chiques mâles et femelles est moins allongée que celle de la puce commune : c'est un ovale assez régulier avec le diamètre transversc comprimé ; elle est donc allongée, elliptique et aplatie quand on regarde l'animal au-dessus. La couleur sur l'insecte vivant est fauve, un peu plus foncée à la tète, plus claire au thorax et à l'abdomen, surtout chez l'insecte femelle; cette couleur roussâ(rc est d'un brun rougeâtrc chez les insectes conservés dans l'alcool [voy. pour la forme du corps les figures données par G. Bonnet. Mémoire sur la puce pénétrante, ou chique {Archives de médecine navale , t. VIII, 1867, pi. I, fig. 1 à 7).
Organes externes. Le corps est divisé en treize segments : le premier formé par la tête, les trois suivants par le thorax, et les derniers par l'abdomen. La surface du corps offre des poils nombreux et longs sur les derniers segments abdominaux, rares sur la tète et encore plus espacés sur le thorax et le ventre.
La tête de la chique a la forme d'un bouclier ou d'un capuchon à concavité inférieur*^', aplati en travers, surtout en avant. L'étude de la tète comprend celle des antennes et des parties de la bouche. Les antennes sont aplaties et présentent quatre articles, le premier grêle, le deuxième et le troisième munis de soies droites, celui-ci nodulcux, peut-être formé d'articles rapprochés ou soudés, le quatrième en courte massue ovoïde et renflée. Ces antennes sont situées dans une cavité de chaque côté de la tête, derrière les yeux, qui s )nt grands, unis, hsses et sans facettes. Les mandibules longues de 1 à 2 centièmes de millimètre, sont recouvertes par la base des mâchoires, elles sont nettement dentées et cannelées ; chaque mandibule est terminée par un sommet aigu à quatre pans, et suivant Karsten, par un crochet recourbé. La face intenie, plus large que les trois autres, est creusée d'un demi-canal qui s'adapte avec celui de la même face de l'autre mandibule et forme ainsi un canal complet logeant une pièce impaire ou suçoir. Les quatre arêtes et non pas seulement deux, comme le croyait Dugès, offrent des dents de scie, trcs-fines, et dont les pointes sont tournées en arrière. Les mandibules de la chique sont bien plus allongées que celles de la puce commune de l'hounne, et cette différence est considérable par rapport à la grandeur totale du corps chez les deux espèces d'insectes. Les mâchoires sont très-larges, elles couvrent les mandibules à la base. De chaque côté elles sont pourvues d'un palpe de quatre articles ; ces palpes ont été pris souvent, mais à tort, pour des antennes ; le premier article des palpes maxillaires est à peu près aussi long que le deuxième. Les quatre articles sont garnis de poils longs et nombreux.
Une pièce impaire, rigide, à laquelle Bonnet a donné le nom de suçoir, est placée entre les mandibules; cette pièce est canaliculée, terminée en pointe fine, ayant en dessus seulement 4 à 5 dentelures écartées et peu saillantes, à pointes tournées en avant, en sens inverses des dents mandibulaires. C'est l'or-
gane buccal le plus élevé, sortant du capuchon céplialique immédiatement audessous du front. Cette pièce n'avait pas été nettement signalée ; elle est regardée par l'auteur précité comme l'analogue du labre ou lèvre supérieure, opinion qui me paraît judicieuse, et de la sorte le labre ne fait pas défaut comme le pensait Karsten. La lèvre inférieure est composée d'une partie adhérente et basilaire constituant le menton et d'une partie bifide antérieure, formant des palpes labiaux membraneux.
On voit que la composition des organes buccaux est compliquée, je renvoie j)0ur ceux qui voudraient s'en rendre compte pins longuement soit aux figures données par Karsten, par Gage-Lebas {Thèses de Paris, 1860, fig. 4, 5 et 6), où j'ai représenté ces organes, soit à la planche 11° du travail précité de Bonnet, ou simplement à la monographie de Guyon qui est accompagné des planches de Karsten et de Bonnet.
Le thorax, petit, formé des trois segments, proto, méso et métathoraciques» très-étroits en dessus, porte en dessous trois paires de longues pattes; chaque paire est attachée au segment correspondant : la hanche est volumineuse, la cuisse épaisse, surtout la postérieure; les jambes et les cuisses sont munies de piquants, ceux-ci très-allongés. Les pattes postérieures sont à peu près de la longueur du corps entier. L'aile est représentée par une grande plaque attachée peut-être au mésothorax, suivant Dugès, partant du métathorax, d'après Bonnet, appliquée contre l'abdomen et le recouvrant dans plus du tiers de son étendue.
Abdomen d'une couleur toujours plus loncée chez le mâle, composé de neuf segments à peu près égaux, les derniers plus petits. Chaque segment porte plusieurs soies roides. Les stigmates différent dans les deux sexes, surtout chez la femelle pour l'état de vacuité et pour l'état parasitaire. J'ai admis neuf segments à l'abdomen, parce que Lacaze-Duthiers a reconnu dans la puce du chien, l'existence réelle de neuf segments abdominaux : huit urites sont prégénitaux chez la femelle, l'ennaturite est bien distinct, les neuf sternites se suivent {Recherches sur l'armure génitale femelle des insectes. lu Ann. des se. nat., 3* série. Zoologie, t. XIX, pi. 5, fig. 19 et 20).
Chez tous les mâles, il existe de chaque côté sept stigmates ou orifices respiratoires, placés sur les segments supérieurs ou dorsaux de l'abdomen ; ces stigmates ont une forme de rosace à cinq branches. ,]hez les femelles à l'état de vacuité, le premier segment dorsal possède des stigmates semblables à ceux du mâle mais plus petits, les quatrième, cinquième, sixième et septième segments seuls offrent ensuite de très-grands stigmates ayant presque la largeur des segments, situés plus bas que ceux correspondants des mâles; les deuxième et troisième segments n'ont donc point de stigmates. Nous verrons plus tard que ces segments pendant le travail de la vie parasitaire se modifient et grossissent, et que des stigmates qui auraient été placés sur eux auraient dû être infailliblement oblitérés, tandis que les segments qui suivent sont refoulés vers l'ouverture anale et permettent l'accès de l'air. Les trachées du mâle ont la contexture ordinaire ; celles de la femelle, à l'état parasitaire, seraient épaisses et comme lardacées (Karsten).
Le dernier segment porte l'armure génitale du mâle qui est saillante : un pénis à extrémité olivaire, pourvu de quatre valves ou ailerons ; l'armure génitale de la femelle offre trois valvules, deux latérales et l'autre inférieure.
Organes internes. Dans le Piilex penetrans en liberté, le tube digestif se compose d'un œsophage long, pourvu d'un jabot et qui fait passer les aliments
dans un gésier solidement-armé. Deux glandes salivaires doubles, une de chaque côté, aboutissent derrière le pharynx. Le ventricule chylifique est volumineux. Dans la chique à l'état parasitaire, ces différentes parties sont diflîcilement appréciables. Le vaisseau dorsal est assez visible par transparence.
L'appareil gémtsd mâle consiste en : un double testicule lobé, des vésicules séminales, des conduits déférents réunis en un canal éjaculateur. Les spermatozoïdes, d'après Karsten, sont fdiformes et très-allongés.
La femelle a de longues gaines ovigères, plus une poche de fécondation (receptaculum seminis), où sont des spermatophores (Karsten).
B. OEuf. L'œuf est ovoïde, parfois un peu cylindrique, et terminé en rond aux deux bouts. Dans une gaîne ovigère, l'œuf est tassé et appliqué en quantité considérable contre les parois abdominales, d'autant plus gros qu'il est plus près du cloaque. Il sort facilement et à la moindre pression. La couleur est d'un blanc nacré. Les dimensions après la ponte sont de 4 dixièmes de millimètre en longueur et de o dixièmes de millimètre dans le diamètre transversal. L'enveloppe de l'œuf est toujours résistante.
G. Larve. Â la sortie de l'œuf, la larve de la puce-chique est transparente et d'un blanc luisant; plus tard elle devient grisâtre. Cette larve est apode, vermiforme, dépourvue d'yeux, ayant des mouvements vifs' et saccadés; elle marche en serpentant. La dimension est à la naissance 1"'°',75. En quelque temps elle atteint 2""", 25; sa croissance est complète en 8 à 10 jours.
Le corps est composé de 13 segments, ou anneaux, à peu près semblables, excepté la tête et le dernier segment, à l'extrémité duquel s'ouvre l'anus. Tous les segments portent des poils; il existe onze stigmates. La tète est poui'vue d'antennes, de mandibules dentées, probablement de mâchoires et de deux lèvres supériaoï^e et inférieure ; en dessous on trouve deux doubles crochets cornés qui servent a la progression. Les organes internes ressemblent à ceux des larves de la puce commune, les glandes salivaires sont au nombi-e de quatre à six.
La découverte de cette larve par Bonnet est des plus intéressantes. Je renvoie pour les détails, au mémoire de ce savant confrère, et aux figures 10 et 11 de ses planches : on pourra les comparer avec celles que j'ai données de la puce du chat dans les Annales de la Société entomologique de France, 1872, p. 267 et suiv., pi. 13, et avec celles de Kûnckel {Ibid., 1873, pi. 6).
D. Cocon et nymphe. Le cocon, ou coque, formé par la larve de la chique est d'un beau jaune doré, tissé de fils de soie d'une grande finesse, et réunis par une matière glutineuse. Il est entouré de poussière et fixé par la larve au point qu'elle a choisi ; la longueur est d'un millimètre et quart. Ce cocon ressemble beaucoup à ceux de la puce ordinaire ou commune de l'homme, décrits avec soin par Léon Dufour {A7i7iales de la Société entomologique de France, 1862, p. 255), et à ceux de la puce du chat que j'ai fait connaître {Ibid., 1872, p. 9.71). Ce dernier est beaucoup plus fragile que les précédents.
La nymphe ne se montre pas de suite dans le cocon. Si on ouvre celui-ci au bout de vingt-quatre heures, on y trouve la larve repliée en deux, et si, à ce moment, on déchire ce cocon, la larve reprend ses mouvements, se remet à manger et tisse une nouvelle coque vingt-quatre heures après. Bonnet, à qui nous devons ces détails précieux de biologie, est parvenu à forcer la même larve à recommenccrjusqu'à trois fois son travail de tissage, au quatrième essai elle est morte. Après quarante-huit heures, la larve ne peut plus se dédoubler, les deux moitiés raprochées ventre à ventre sont accolées. La peau est lisse, les anneaux sont
232 CHIQrE.
distendus par un liquide sous-jacent. Dès le troisième jour, la membrane tég^amentairc, de plus en plus distendue, se fend tout le long de la ligne du dos, et la larve disparaît pour faire place à la nymphe.
Au début, la nymphe est beaucoup plus petite que la larve ; elle n'occupe que la moitié de la coque. Sa forme est demi-ovalaire, aplatie transversalement; elle est longue de 0""",65, large de 0'"°S 30 ; la couleur est d'un assez beau blanc. Le quatrième jour la nymphe, sur laquelle on ne voyait pas de division segmentaire, présente une ligne longitudinale qui coupe en deux moitiés les faces latérales. Au-dessus de cette ligne, on distingue des traits perpendiculaires, indices des anneaux de la chique et au-dessous, des lignes obliques à la place des pattes. La tête devient visible le cinquième jour; alors les lignes indiquées sont plus apparentes, le volume de la nymphe s'est accru, et la couleur est d'un gris terne. Les empreintes obliques, inférieures, élargies, offrent des étranglements ; on reconnaît facilement les six pattes ployécs, la cuisse sur la hanche, celle-ci appliquée sur le thorax et le reste sur l'abdomen. Dès le sixième jour les segments se distinguent aisément; la nymphe est enfermée dans une membrane très-fine, transparente, (jui l'enveloppe en entier et qui forme à chacun des appendices une sorte de manchon. Cette membrane est séparée des diverses j)arties de la nymphe par un liquide incolore et d'une limpidité parfaite. Le septième jour la chique est très-reconnaissable ; la teinte est passée au fauve, sauf les yeux qui sont formés, mais restent incolores, l'appareil génital mâle s'aperçoit à travers les téguments. Enfin le huitième jour la chique, complètement dévelop])ée, se dépouille de la membrane enveloppante et se meut dans son cocon qu'elle remplit presque en entier ; elle en sort en perçant une des extrémités.
m. Contrées ou se trouve la chique; miysiologie; mœurs et vie pamsiTAïuB DE l'insecte FEMELLE. A. Coutrées OÙ Se trouve la chique. Le Pulex penetrans existe naturellement sur les deux côtes de l'Amérique tropicale, mais, suivant d'Azai'a, elle ne dépasserait pas le 29" degré de latitude dans le sud. 11 en est de même pour le nord. Cet insecte est excessivement commun au Brésil, à la Guyane, au Mexique, dans toutes les républiques équatoriales.
En Amérique septentrionale, dans l'île de la Providence, l'une des îles de Bahama, alors qu'il régnait dans l'île un froid assez rigoureux, en 1725, Catesby a recueilli plusieurs observations sur cet insecte, ce qui prouverait que le Pidex penetrans peut vivre et se multiplier sous une température assez basse ; seulement il est très-probable que la neige, ou même une forte gelée en permanence, le feraient disparaître. Le voyageur anglais Bartram, qui explorait en 1777 et 1778 les provinces-sud de l'Amérique du Nord, parle minutieusement des insectes de ces contrées et ne mentionne en aucune façon la chique.
Aux États-Unis, l'existence de la chique est absolument ignorée; cependant quelques l'ares habitants se souviennent avoir entendu parler, dans des voyages qu'ils ont faits au Texas, de cet animal nuisible, comme se trouvant dans la partie de ce pays la plus voisine du Mexique.
D'Orbigny pense que la chique n'existe pas dans les parties centrales du Paraguay, où la température n'est pas très-élevée. Brassac, médecin de la marine, a émis l'opinion que la puce-chique devait être très-abondante sur le littoral, là où le terrain est sablonneux ; cependant J. Goudot rapporte qu'il en a été fréquemment incommodé dans les régions froides de la Nouvelle-Grenade, même à la hauteur de Bogota. \'izy, dans une note sur les accidents causés parla chique u nos soldats au Mexique, l'apporte l'avoir trouvée aussi commune dans les hauts
j)]ateaiix jusqu'à Iiigenio, que dans les terres chaudes. A la Guyane française, la puce pénétrante est assez rare dans les régions un peu élevées. Bonnet pense que la nature du terrain n'influe pas sur la fréquence de cet insejte ; il l'a vu aussi commun aux rives du Maroni qu'à celles de rOyapok et de l'Approuague : les premières sont sablonneuses, les secondes argileuses.
Les naturalistes ont prétendu que les chiques se plaisent surtout dans les endroits habités, principalement quand ils sont malpropres. Martius les fait accompagner les nègres dont la sueur a une odeur très-forte. « Nulle part, dit-il, elles ne sont plus nombreuses que dans les endroits secs choisis par les esclaves pour y passer la nuit. » Cependant, au rapport de Dobrizhoffer, il y a des localités au bord du Paraguay oîi il est impossible du se rendre soit de jour, soit de nuit sans en être infesté, la végétation de ces régions est magnifique et l'homme y est absent. Bonnet affirme que les puces-chiques peuvent exisiter en quantité innombrable dans les lieux inhabités. Dans les excursions faites à la Guyane, à la crique Sparwine en particulier, les hommes furent littéralement envahis par les chiques ; ce fait étrange en apparence ne prouve pas que la puce pénétrante vive de végétaux, car les animaux sauvages étaient fort nombreux, et, comme nous le verrons, ils nourrissent une grande quantité de ces parasites. La fréquence comparative des chiques dans les bois provient de ce qu'elles peuvent s'y abriter contre les dangers extérieurs : elles sont sur les plantes, les herbes sèches, les arbres morts. Il n'en est pas de même dans les terres basses fîicilement inondées par les grandes pluies. Aussi les puces pénétrantes sont elles en fin de compte plus communes dans les savanes pendant la saison sèche, et choisissent-elles dans la saison des pluies les huttes ou carbets abandonnés, dits cartels à chiques.
Levacher avait remarqué combien la malpropreté convenait à la puce pénétrante : on la voit pulluler dans les cendres, la poussière des copeaux, la sciure de bois, les cases sans parquet, tandis que les maisons tenues avec propreté n'en ont pas ou fort peu. Les étables à porcs sont peuplées de puces pénétrantes; aussi Dassier, Justin Goudot et d'autres ont pensé avec raison que ces pachydermes propagent les chiques. Vizy est très-explicite à cet égard : « Pendant la route d'un bataillon de zouaves de la Véra-Cruz à Ingenio, les hommes logeaient exclusivement dans les cases indiennes, et partout oii les hommes ont été infestés, il y avait eu des porcs habitant pêle-mêle avec les Indiens. Dans les maisons particulières d'Orizaba, comme dans les couvents servant de casernes, aucune trace de chiques. A côté, les Mexicains, logeant à l'extérieur de la ville dans les rua-de-chaussée avec jardin où vivent de nombreux porcs, ont les pieds criblés de puces pénétrantes. A Ingenio, une compagnie de zouaves logeait dans des hangars ayant abrité des porcs, elle a fourni jusqu'à vingt hommes à la fois ayant une ou plusieurs chiques ; les autres régiments placés ailleurs en offraient à pojne un homme atteint par compagnie.
Selon de Humboldt on trouve la chique en l'Amérique méridionale dans la région des fougères arborescentes, c'est-à-dire à 1,000 ou 2,000 mètres d'altitude. L'homme, le singe et le chien, dit le célèbre voyageur, y sont incon»modés par une infinité de chiques qui sont plus abondantes que dans la plaine. Cependant elle se multiplie d'une manière considérable sur les plages maritimes. Elle existe à Santa Fé de Bogota, dont l'altitude est de 2,661 mètres, et non pas à Mexico qui n'a que 2,274 mètres. Cette différence d'altitude suffit-elle pour expliquer l'absence ou la présence de la chique ? Guyon pense que le voisinage de l'équa-
tcur est la condition majeure et la plus favorable à 1" présence du Pulex pénétrons. D'autre part, Montcgazza avait contracté à l'Assomption (Paraguay, 20" latitude) des chiques, dont il ne s'aperçut que 600 milles plus loin, tout à fait à fait dans le sud. Il avait changé complètement de climat, et cependant ce changement n'avait nui, en aucune façon, au développement de l'animal.
Ceci m'amène naturellement à m'occuper de la question suivante : la puce pénétrante, transportée d'un endroit tropical dans une région tempérée y vivraitelle? Bonnet fait connaître les fails suivants : Au mois de juillet 1866, le navirehôpital l'Amazone quitta les îles du Salut pour rentrer en France, où il arriva le 1«'' septembre. Le second médecin du bord prévint son chef, à la hauteur des Açores, qu'un des malades, le maître-mécanicien, croyant avoir un abcès simple à l'un des gros orteils, se l'était ouvert avec son canif. 11 en était sorti de la sanie purulente. Bonnet pensa de suite que le maître-mécanicien avait crevé un sac de chique ; l'aspect de la plaie accrut ses soupçons qui se changèrent en certitude quand il eut constaté au microscope la présence de quelques œuis trouvés au fond de la plaie.
Le même bâtiment rima^ojie, depuis son arrivée à Toulon, était entré dans le port et y était resté jusqu'en janvier 1867. Gardies, médecin de 2^ classe, désigné pour faire l'armement médical du navire, constata la pi'ésence à bord d'une chique parasitaire logée dans un des sillons interdigitaux du pied, chez un matelot qui avait contribué à l'arrimage du charbon dans les soutes de la frégate.
Certainement les médecins de la marine dans nos ports de mer constateront, et ont déjà constaté, la présence de puces pénétrantes chez les passagers qui débarquent des navires venant de l'équateur. Guyon avait pressenti que les navires à voiles, n'amenant pas la chique en France, les vaisseaux à vapeur l'y transporteraient un jour. J'ai réalisé cette idée du savant médecin, auquel la science est redevable de travaux estimés, et j'ai pu lui montrer à Paris la présence de deux chiques sur le pied d'une même personne. L'observation a été publiée dans la thèse d'un de mes élèves ; je la transcris en entier et je la crois encore unique.
Observation. Le Pulex penetr ans observé à Paris. D..., âgé de trente-sept ans, d'une bonne santé habituelle, brun, maigre, très-nerveux, me fit prier de le voir le mercredi 50 janvier 1867, « pour des douleurs qu'il éprouvait sous le pied gauche. » J'examinai avec soin le pied, et je ne trouvai rien d'anormal à première vue, soit aux articulations, soit au tégument de la partie supérieure ou dorsale des deux pieds. Mais sur la face plantaire du pied gauche, il existait, au niveau des articulations métatarso-phalangiennes du quatrième et du cinquième orteil, deux saillies arrondies, l'une plus grande que l'autre, ayant au plus un centimètre de diamètre, assez douloureuses à la pression, et n'ayant déterminé d'autres changements de coloration à la peau qu'une légère rougeur et un cercle blanchâtre. Le malade, questionné sur le début de cet accident et des saillies douloureuses, me répondit qu'ils dataient d'une quinzaine de jours environ; qu'il arrivait de voyage et qu'il n'avait pas trop souffert de la présence de ces petites tumeurs. Quand je lui demandai d'où il arrivait, il m'apprit qu'il avait débarqué à Bordeaux, au retour d'un voyage à Fernambouc, où il avait séjourné pendant une quinzaine de jours. 11 s'embarqua sur un paquebot transatlantique du port de Bordeaux qui pai'tit, pour ce dernier port, le 10 décembre. Le 28 suivant, le paquebot était rendu à sa destination française.
Or cette circonstance éveilla mon attention. J'examinai de nouveau et avec
grand soin le pied gauche, et je coiistalai l'existence d'un point brunâtre ou noirâtre, à l'endroit central de la tuméfaction. 11 n'y avait point d'ombilic, ni de croûte, ni d'épanchement sanguin. N'ayant point de loupe, ni de verre gi'ossissaiit, je ne pouvais distinguera l'œil nu qu'un point brunâtre ou noirâtre.
Pressant le malade de questions, j'appris qu'à Fernambouc, situé près de l'équateur, sur la frontière du Brésil, D... avait, quoique rarement, marché nupieds sur le sol couvert d'une simple natte, et que d'autrespersonnes se plaignaient de mal aux pieds, surtout les nègres. Cette circonstance me confirma dans l'idée que je m'étais faite au sujet des petites tumeurs, et je diagnostiquai la chique ou puce pénétrante engagée, ou ayant pénétré profondément, dans la peau du pied gauche.
Remettant au lendemain l'extraction, j'ai prescrit le repos et des applications de cataplasmes sur les parties gonflées.
En sortant de chez D., j'allai voir le docteur Guyon, qui s'occupait du Pulex pénétrons. Je lui annonçai que je le mènerais voir le lendemain une personne qui portait au pied gauche deux chiques qu'il avait prises à Fernambouc. Guyon doutait de mon diagnostic : il avait peine à croire à la présence du Pulex pénétrant à Paris.
31 janvier. Le lendemain, cependant, accompagné de Guyon et d'un de mes élèves, Léon Gage-Lebas (qui préparait une thèse sur les animaux nuisibles à l'homme), nous avons ensemble examiné le pied gauche de D... Guyon s'informa de la manière dont les choses s'étaient passées, et, à son grand étonnement, il confirma mon diagnostic.
« J'avais pressenti, ajouta-t-il, que la vapeur permettrait un jour l'arrivée de la chique jusqu'en France. La lenteur de la navigation à la voile rendait cette venue impossible, je suis heureux que vous m'ayez montré ce premier fait observé par vous. »
Après avoir fait faire le dessin du pied, je procédai à l'extraction. A l'aide d'une aiguille à cataracte, d'un petit bistouri et de fines pinces, j'énucléai les deux kystes du Pulex. L'opération, faite avec som et lenteur, dura dix minutes pour chaque kyste : il ne s'écoula pas de sang; mais un peu de sérosité. D... supporta parfaitement l'extraction, qui ne fut pas, dit-il, douloureuse. La plaie était profonde et semblable à un trou arrondi ; elle paraissait s'arrêter contre le tissu dermique du pied. Elle m'a paru plus que sous-épidermique. Un peu de charpie fut placée dans chaque plaie, et maintenue par une bandelette de taffetas d'Angleterre. D... garda le repos en restant sur un fauteuil avec la jambe étendue.
Le !'=■■ février, la profondeur de la plaie avait diminué de moitié, et, au lieu d'un centimètre de profondeur, n'était plus que d'un demi-centimètre.
Au bout de peu de jours, la plaie fut cicatrisée sans aucun accident. Aujourd'hui, 15 février, une petite cicatrice, froncée comme l'ouverture d'une bourse à cordons, indique seule les points où se trouvaient les kystes parasitiques du Pulex penetrans.
l< J'ai examiné les deux kystes extraits. L'un d'eux était plus ramolli que ' l'autre ; ce dernier résistant et parfaitement intact ; chez tous les deux, j'ai constaté, à la partie profonde adhérente au derme du pied, l'existence des pièces buccales et des pattes de la chique femelle. De plus, j'ai trouvé dans l'abdomen des deux insectes des gaines ovigèrcs et des œufs mûrs, en grand nombre ; à mon grand regret, ces œufs ne sont pas éclos.
J'ai, le 26 juillet, revu D..., qui avait deux cicatrices, à peine apparentes, au pied gauche {voy. la ])lanclie accompagnant la Thèse de L.-L. Gage-Lebas, Paris, 1867, n" 223; et L.-G. Guyon, Histoire médicale et naturelle de la chique, tirage à part, 15" observation, p. 155, avec ses remarques).
B. Physiologie et vie parasitaire de la chique. La puce pénétrante, sortant de son cocon, est beaucoup plus petite que la nymphe d'où elle provient ; elle est quelques moments sans se mouvoir et comme fatiguée du travail auquel elle vient de se livrer. Elle présente alors les dimensions qu'elle conservera toujours, mais sa couleur est encore pâle ou moins foncée que par la suite.
Bientôt l'insecte, dont les téguments sont raffermis, se met à marcher et surtout à sauter de tous côtés ; la chique, de même que la puce ordinaire, est, quoi qu'en aient dit plusieurs auteurs, admirablement organisée pour le saut ; elle fait des bonds prodigieux par rapport à sa taille, s'élevant à un pied de hauteur et môme un peu plus (Bonnet). Pour effectuer le saut, la chique se ramasse sur elle-même, s'assure de la i-ésistance de la surface, rapproche ses pattes les unes contre les autres, et tnfin s'élance en se détendant comme un ressort sur ses longues pattes postérieures.
Le Pulex penelrans, à l'état de repos et quand rien ne vient l'inquiéter, reste accroupi, les pattes ployées, le ventre touchant le sol, la tète est fortement inclinée, le rostre mandibnlaire placé entre les hanches des pattes. La marche est assez rapide, car la chique parcourt environ dix centimètres en trente secondes, à peu près 36 fois la longueur de son corps en une seconde . Les surfaces les plus lisses et inclinées, le verre poli, n'empêchent pas la chique d'avancer ; elle peut s'y tenir même le corps renversé. Du reste, la chique passe la majaure partie de sa vie non parasitaire enfermée dans le sable, les détritus, etc., pendant la journée. Bonnet a vu, la nuit seulement, les chiques renfermées dans des bocaux, se promener à la surface ; au moindre choc, elles remontaient vite, couraient un moment aux aguets, mais s'enfouissaient bientôt après.
Ces insectes, comme ceux dont la nourriture est spéciale (fourmilion), peuvent vivre longtemps sans prendre de nourriture. Dans un vase lavé et ne renfermant que du sable, ils ont vécu plus d'un mois, se portant aussi bien que d'autres placés avec de la viande saignante ou des détritus organiques. L'alimentation de la chique a lieu par succion après qu'elle a entamé la peau au moyen de son rostre. Les mouvements des mandibules dentées peuvent être synergiques ou indépendants l'un de l'autre. A l'état de repos, elles sont accolées, l'enfermant le suçoir ; jnais, mises en action par le mâle ou par la femelle, elles perforent l'épiderme, arriventaudetae,pénètrentdans celui-ci, déterminent un afflux sanguin que le suçoir recueille par aspiration et conduit à l'œsophage. Pour la femelle seulement, lorsqu'elle est fécondée, les mandibules servent à ouvrir une voie à travers l'épiderme, à se loger dans le derme, et à se nourrir avec son suçoir pendant tout le temps de l'ovulation : c'est la vie parasitaire de la chique femelle. Bonnet, en plaçant une chique vivante entre deux plaques de verre et auprès d'un morceau de viande saignante, a vu l'insecte agir sur cette viande comme sur la peau humaine ; le rostre était enfoncé par un mouvement de va et vient des mandibules, l'une avançant, l'autre reculant; puis les mandibules s'écartaient légèrement, le suçoir était projeté en avant et s'avançait à son tour pour opérer la succion.
La copulation diffère de celle de la puce ordinaire en ce qu'elle n'a pas lieu ventre à ventre. Le mâle se place sur le dos de la femelle, le rostre tourné en sens
inverse, puis il se laisse glisser jusqu'à ce ([u'il puisse saisir, avec ses pinces anales, les deux valves qui, chez la femelle, débordent de chaque côté des organes génitaux. Les insectes sont placés à la manière des chiens accouplés et restent ainsi pendant environ dix minutes : les ailerons péniens étant en dehors, les inférieurs appliqués contre l'abdomen de la femelle, les supérieurs coudés à angle droit. On voit souvent le mâle plus gros et plus fort entraîner à sa suite la femelle. Le rapport ventre à ventre et l'entrelacement des pattes n'ont lieu chez les chiques que si on les excite et si on les amène à sauter. L'acte génésiqne se passe toujours dans l'obscurité. Bonnet ne l'a jamais observé pendant le jour, plutôt dans le sable et la sciure de bois qu'à l'air libre.
La femelle étant fécondée cherche à pénétrer dans l'épaisseur de la peau de l'homme, ou d'un animal, se loge entre le derme et l'épiderme, et y reste pendant toutes les phases de l'ovulation, c'est-à-dire pendant six à sept jours. La fécondation manifeste ses effets dès le deuxième jour; les deuxième et troisième anneaux de l'abdomen de la chique augmentent de volume, puis ils grandissent dans tous les sens, se déboîtant et prenant l'apparence d'une membrane épaisse, d'une vésicule ou poche kystique de la grosseur d'un pois. Les anneaux thoraciques d'une part et ceux de l'abdomen de l'autre sont refoulés en avant et en arrière. Enfin le sac irritant fortement les tissus est chassé par ceux-ci, quand il n'est pas enlevé ou détruit, et la ponte peut commencer alors.
Le nombre des œufs est considérable. Bonnet en a compté plus de cinquante après une ponte, et il en restait un plus grand nombre dans la poche ovigère. La ponte a lieu dès que les œufs sont à maturité et par des sacs gros comme des grains de millet, aussi bien que par des sacs de la grosseur d'un pois. Cette sortie de l'œuf se fait quelquefois avec un peu de projection.
Bonnet affirme que la ponte ne se fait jamais par le sac étant dans les tissus, mais par la chique sortie, expulsée et restant encore vivante. Ce point de physiologie est des plus curieux et des plus importants. De Géer, Cuvier et Latreille, pensaient que non-seulement l'éclosion des œufs, mais que les métamorphoses s'effectuaient sous la peau, et c'était à la multiplication de l'insecte qu'ils attribuaient les accidents dus à la présence du sac. Pour ces auteurs, la chique fécondée s'introduisait sous la peau, y trouvait des sucs alimentaires, pondait ; les ovules distendaient au point de le faire dilater le sac, qu'on croyait être une vésicule de nouvelle formation, et les œufs se répandaient dans la loge où était enfermé le sac. Là, les œufs trouvant des conditions d'abri et de chaleur favo- . râbles, donnaient naissance à de nouvelles chiques qui, fécondées à leur tour, i produisaient une nouvelle génération.
11 est prouvé aujourd'hui que la ponte de la chique s'opère et s'effectue par les seules forces de l'animal. Dugès avait soupçonné le fait. Niéger est un des rares auteurs qui pensent encore que la chique ponde étant dans les tissus. Bonnet affirme n'avoir jamais d'œuf mùr sur la peau humaine, et s'il ne me paraît pas impossible qu'une chique, retenue trop longtemps, puisse pondre en partie avant l'expulsion de son corps, le fait doit être exceptionnel et non pas constituer la règle. Jamais les œufs de chique, expérimentalement placés sur des plaies ou des ulcères d'animaux, ne sont éclos ; je n'ai pu voir sortir les larves des œufs que j'ai recueillis à Paris et que j'avais laissés à l'humidité.
Le sac de chique, sorti des tissus, a des contractions manifestes, et, dans un temps variable, la ponte a lieu toutes les minutes, puis arrivent des temps d'arrêt après huit ou dix œufs. Le nombre des œufs pondus est en raison du
volume du sac. Vers la fin de la ponte, les contractions expulsivcs sont moins fortes, les intervalles de repos plus longs, les œufs mettent [)lus de temps à sortir, enfin l'action musculaire est insuffisante, tout mouvement cesse, et l'insecte est mort ayant accompli toutes les phases de son existence.
Après la ponte, les œufs placés près du sac, parfois dessus, d'autres fois dedans, quand ils n'ont pu être pondus en entier, ont l'aspect d'une poussière blanche. Ils sont collés entre eux et sur le point où ils sont tombés. L'œuf même projeté au loin n'est pas à plus de 1 ou 2 centimètres du corps delà mère. La jeune larve s'attaque rapidement au sac dont elle provient, s'introduit dans son intérieur et en fait disparaître uon-sculemeut les organes, mais les œufs non pondus et desséchés. La nourriture de la larve est animale, mais si elle ne trouve pas à sa portée le kyste abdt)minal, elle a partout dans les débris organiques, les balayures, les ordures du sol, une nourriture assurée. Bonnet dit expressément que les larves, mises dans du sable lavé, sont mortes au bout de deux jours; dans le sable naturel ou la sciure de bois, elles ont vécu plus longtemps, mais jamais elles n'ont filé de cocon ; il en a été de même en les plaçant sur des morceaux de chair fraîche ou putrifiée. Les larves de chique ne vivent donc jamais comme celles des mouches carnassières, dans les tissus vivants ou dans les plaies.
La larve arrivée au terme de sa croissance s'enfonce dans la poussière, dans les balayures jusqu'à ce qu'elle trouve une surface l'ésistante, elle ploie son corps eu deux et tisse son cocon qui est lait du soir au matin.
J'ai déjà parlé de la nymphose, et par conséquent les transformations successives que subit une larve s'accomplissent en huit jours ; le terme de la vie évolutive de l'animal est d'environ trois semaines, une pour la larve, une pour la nymphe, une pour la femelle fécondée. Mais il faut bien savoir que c'est un terme minimum, c;u" un dérangement mécanique, des vicissitudes atmosphériques amènent des retards parfois considérables. 11 suffit, par exemple, que la nourriture de la larve soit insuffisante , que le cocon soit dépouillé de l'enveloppe de poussière, etc., pour que l'insecte ne se métamorphose qu'au bout de plusieurs semaines.
Les puces pénétrantes attaquent la plupart des animaux domestiques : les porcs, les chiens, les chats, les brebis, les chèvres en sont atteints. Il en est de même des chevaux, des mulets, des ânes et des bœufs, et même des singes. Les animaux sauvages sont aussi atteints par les chiques, et les oiseaux ne paraissent pas en être exempts d'après du Tertre.
La chique mâle ne cause pas les accidents de la femelle, dont la vie parasitaire est si remarquable ; mais, malgré cela, elle se comporte comme un suceur désagréable perforant l'épiderme avec ses mandibules. Bonnet a, sur vingt-deux individus qu'il a pu saisir sur son propre corps, reconnu douze mâles. La piqûre est du reste peu forte et nullement dangereuse.
Quelle peut être la fréquence des deux sexes de la puce pénétrante par rapport l'un à l'autre? La question ne peut être jugée que par les essais de reproduction en élevant les pontes de plusieurs sacs. Le nombre des femelles comparé à celui des mâles est de 5 à 1, c'est-à-dire quintuple en faveur des femelles. On sait que toute lemelle meurt après la ponte et il est probable qu'un mâle peut féconder plusieurs femelles. Celui-ci a pendant longtemps échappé aux recherches, à cause de sa presque innocuité et de sa rareté relative.
IV. Classification. Connaissant actuellement l'anatomie et la physiologie de la chique, il convient de préciser le genre d'insectes auquel elle appartient. 11 est
évident qu'elle constitue un type à part, voisin, mais différent de la puce ordinaire de l'homme: ses longues mandibules, ses maxilles courtes, ses palpes labiaux non articulés , sou labre disposé eu suçoii-, permettent d'établir un genre pour elle. Mais quelle dénomination convient-il d'adopter? Karsten a choisi, à tort selon moi, celle de Rhynchoprion, déjà donné par Hermann à une arachnide. Je ne saurais partager cette manière de voir. 11 me paraît de toute justice ile reprendre le nom de Dermatophilus, créé en 1856 par Guérin-Méneville et qui rappelle si bien la vie parasitaire de l'insecte femelle.
Ce point de technologie mérite une discussion sérieuse : Linné, avec son tact admirable, avait regardé la chique, ou Nigua, comme étant scientifiquement un Pulex. Latreille {Hist. nat., Vil, p. 390) avait pensé que cet insecte pourrait être un Acarus, et c'est avec la même idée fautive que Oken le classa parmi les acariens, dans son Traité d'histoire naturelle, chap. i, p. 402, 1815, en lui donnant le nom de RJiynchoprion. Ce dernier nom avait été créé par Hermann, dans son Mémoire aplérologique , publié à Strasbourg, en l'an Xll, pour un genre <le mites ou holètres, correspondant aujourd'hui au genre Argas {voy. ce mot). Le Rhynchoprion colunibœ Hermann {Mém. aptéroL, p. 69, pi. IV, fig. 10-11), qui vit sur les pigeons, est V Argas marginatus de Fabricius, ou V Argas reflexus de Latreille. On voit de suite que Karsten, en allant chercher le terme Rhynchoprion, donné à des Acarides, pour le transporter à un Pulex, a fait l'exhumation malheureuse d'un terme générique mal approprié. Guyon avait protesté à cause du peu d'euphémisme du mot [Hist. nat. et méd. de la chique, tirage à part, p. 183), et je proteste à mon tour, car tous les Pulicides ont les mandibules dentées en scie, et dès lors le terme Rhynchoprion n'exprime pas un caractère exclusif au Pulex penetrans.
Je ne signale que pour mémoire le nom générique de Sarcophaga que Latreille {Règne animal, 2^ édit., t. V, p. 551) et Guilding, dans un mémoire inédit, voulaient donner à la Puce pénétrante des pays chauds. Meigen a désigné par ce terme, un genre de Mouches carnassières, il y aurait donc une confusion inévitable : le mot Sarcophaga ne doit et ne peut être appliqué actuellement qu'à des diptères dont les larves sont carnassières.
Westwood qui avait examiné avec grand soin des chiques conservées dans l'alcool et apportées de la Jamaïque par Sells, reconnût la validité d'un genre formé par ces insectes et proposa de le désigner sous le nom de Sarcopsylla {Transactions of the Entomological Society of London, t. 11, p. 199 et suiv., 1836), mais l'éminent auteur anglais déclare qu'il est à sa connaissance que Guérin-Méneville, dans V Iconographie du règne animal (1856), appelait génériquement cet insecte Dermatophilus, et il reconnaît cette priorité.
D'après ces raisons, le nom technique du Pulex pejietrans de Linné me paraît devoir être ainsi établi : Dermatophilus penetrans, Linn., Guérin-Méneville. — ' Rhynchoprion penetrans Oken, Karsten. — Sarcopsylla penetrans Westwood. '
Y a-t-il plusieurs espèces du genre Dermatophilus'^ Les deux espèces Bicho de pé et Bicho de cachorro, indiquées par Westwood, sont douteuses. Bonnet, sans • éclaircir la question, mentionne un insecte un peu différent de l'espèce ordinaire et qui porte à la Guyane le nom de chique d'eau. Jusqu'à nouvelle information, il me paraît n'y avoir là q'a'une variété. J'ai dit que le Dermatophilus penetrans ne se trouvait que dans l'Amérique tropicale ; je pense donc qu'Adanson, dans son voyage au Sénégal (1757), n'a point rencontré la chique, lorsqu'il signale une espèce de puces très-petites, qaii séjournent en grande quantité dans le sable des
cabanes, etquoii appelle, pour cette raison, puces de sable. Adanson se tait sur le parasitisme ; il dit seulement que leurs piqûres ne sont pas très-douloureuses et que l'insecte a l'habitude de ne jamais sauter à une hauteur supérieure à trois pouces. Je crois, en définitive, (ju'il s'agit d'une espèce du genre Pulex, mais non de la vraie chique ou du Dermatophilus penetrans.
Y. Pathologie; Anatomie pathologique. La puce pénétrante a attiré l'attention, par son parasitisme, dès les premiers temps de la découverte du Nouveau-Monde, et les médecins vivant dans les pays infestés par cet insecte et ayant constaté ses ravages, ont dû chercher à y remédier avant de savoir ce qu'il était. Pour exposer la partie pathologique qui me reste à traiter, j'adopterai la division suivante : 1» période d'invasion; 2" période d'inflammation; 5° période d'ulcération. C'est à peu près celle indiquée par Levacher, médecin distingué, ayant exercé pendant plusieurs années la médecine aux Antilles, elle est adoptée par Guyon et Bonnet.
1" Période d'invasion. Les Européens sont-ils plus ûicilement atteints de la chique que les créoles ? Cette assertion a été soutenue ; mais Brassacet Niéger ont fait remarquer avec raison que les premiers ne connaissant pas la sensation produite par la piqûre de l'insecte, n'y prêtent pas une attention suffisante et ne s'en occupent que lorsque le sac développé les incommode beaucoup, tandis que les créoles savent, dès le début, s'en débarrasser. Les femmes et les enfants sont plus attaqués (^uc les hommes à cause de la finesse de la peau, ces derniers parce qu'ils sont nus et se roulent souvent à terre sur de simples nattes. Quant aux Indiens cités par de llumi)oldt comme préservés de la chique, ils s'en garantissent, parce qu'ils s'oignent de substances (rocôu, etc.) qui éloignent les parasites par leur odeur ou leur nature grasse, eu même temps que ces enduits les protègent contre l'ardeur des rayons solaires.
Les Indiens coolies, travailleurs des colonies, sont littéralement dévorés par les puces pénétrantes ; un de ces hommes avait plus de trois cents chiques sur les diverses parties du corps (Bonnet). Nos soldats ont payé un large tribut. Les individus à chair molle et lymphatique paraissent plus propres que les autres à contracter les puces pénétrantes, et ce fait a pu faire croire que certaines personnes avaient, suivant l'expression vulgaire, « un sangà chiques. »
On comprend qu'il n'est pas difficile à un insecte, dont les dimensions sont presque microscopiques, de trouver une voie pour arriver à la surface cutanée de l'homme, ou de l'animal, qu'il attaque. Chez l'homme, même bien vêtu, la chique traverse facilement les étoffes à mailles lâches, et surtout elle s'introduit par les coutures. Mais il ne faudrait pas croire qu'elle puisse traverser les chaussures épaisses ; Bonnet n'a jamais vu les chiques passer à travers la peau d'un gant, tandis que toutes les fois qu'il les a mises sur un gant de soie ou de fil, elles ont passé au travers et se sont fixées peu de temps après dans la peau. Les vêtements sont réellementdes obstacles; aussi ceux quimarchent sans chaussure, ou jambes -nues, ou peu vêtus, attrapent plus de puces pénétrantes.
; Le besoin de nourriture est le même pour le mâle et la femelle non fécondée. et tout point cutané leur est bon; mais pour la femelle fécondée, il faut une région où elle pourra se creuser une demeure convenable et, cela se conçoit, elle a des régions préférées. Du reste, le Pulex penetrans n'attaque pas impunément le derme ; pour les personnes, ou les animaux prévenus et sur leurs gardes, l'insecte ne peut éviter le danger d'être pris quand ses mandibules ont pénétré dans la peau. 11 est à ce moment très-aisé de le saisir et de s'en débarrasser ; il faut
CIIiQUE. 241
seulement user de précautions pour ne pas briser ses mandibules. Les chiens déjà attaqués parviennent à extraire les chiques de leurs pattes; mais ceux qui n'en ont pas l'habitude en meurent parlois, ainsi que cela est arrivé au chien de chasse de Natterer, cité par KoUar, et dont les pattes envoyées au musée de Vienne ont servi au travail de Karsten.
Les endroits de prédilection choisis par la chique sont les pieds; ils sont atteints 90 lois, et même 99 fois sur 100, d'après Bonnet. Cette région plaît autant au Pulex penetrans, suivant Levacher, que le cuir chevelu au pou de la tête, et les poils ^nhiens aux Pediculi pubis. Les érainences thénar et hypothénar, le tour et le dessous des ongles, les sillons digito-plantaires, le talon à l'insertion du tendon d'Achille, sont les plus affectés. Presque jamais la face dorsale du pied n'est atteinte.
Le scrotum vient après les pieds ; puis toutes les autres parties du corps peuvent être envahies : les bras, la paupière inférieure (Garon du Villars), la joue (Montcgazza), le gland, le prépuce, l'ombilic, la paume des mains, le dos, les fesses, la nuque, les coudes, les genoux, les aisselles, l'anus. Aussi Dobrizhoffer, disait-il, parlant des parties pouvant être attaquées: EtubinonY
Ou a attribué, peut-être avec raison, la prédilection de la chique pour certains endroits du corps à l'odeur forte et spéciale qu'ils exhalent naturellement ; tels sont les pieds, le scrotum, la verge, et alors ces derniers ne seraient moins atteints qu'en raison de leur position plus élevée au-dessus du sol.
Niéger a insisté, comme ses prédécesseurs, sur uji, l'ait très-exact: c'est que la chique a la plus grande tendance à s'introduire sous la peau à côté d'une autre chique; de même le parasite choisit un point qui vient d'être occupé et oii l'extraction vient d'être faite, ou sur les bords d'un ulcère déjà produit par la présence d'un ou de plusieurs individus de la même espèce.
Quoi qu'il en soit du point choisi, l'invasion n'est accusée par rien tant que la chique perfore l'épiderme, mais dès que le derme est attaqué pour la succion du mâle ou pour la pénétration de la femelle, on perçoit une sensation, faibled'abord et qui passe même inaperçue , ou négligée par ceux qui la ressentent pour la première fois. C'est un chatouillement ou une démangeaison légère ; aussi Levacher cite des personnes qui, par plaisir, conservent l'insecte un jour ou deux. Mais avec de l'habitude on arrive à i^essentir de suite l'atteinte. Bonnet affirme que la sensation est parfois éprouvée loin de l'endroit où la perforation des tissus a Heu ; cette sensation paraît aussi tournoyer autour de ce point ; enfin elle grandit, prend le caractère lancinant et devient tellement pénible qu'il faut procéder sans retard à l'extraction ; le sommeil devient impossible. La douleur du début a un caractère non continu, mais exacerbant, ce qui s'explique par le travail de l'insecte; le sac, en se développant, produit une douleur sourde et pongilive. La marche est empêchée, chez les personnes délicates, si le pied est attaqué, même par une seule chique.
L'anatomie pathologique de cette période est presque nulle : un petit point noirâtre, oblong, situé profondément, indique seul la pénétration de l'insecte. L'épiderme n'est pas soulevé.
2» Période d'inflammation. La période d'invasion ayant duré vingt-quatre ou trente-six heures, et l'insecte restant dans les tissus (ou bien l'extraction étant incomplète), l'inflammation se déclare, maisàun degré très-variable suivant que la peau est épaisse et recouverte d'un épiderme calleux, ou suivant que le tégument est délicat, riche en vaisseaux et en nerfs. Dans le premier cas, il y a
DIGT. E.NC. XVI. 10
242 CIIIQUE.
surtout de la douleur ; la rougeur et la clialeur manquent, l'épitlerme n'est pas soulevé, on dirait un {)etit abcès sous-épidermique. Dans le deuxième cas, il se forme autour du sac une sérosité iluide et transparente qui refoule les parois de ia loge renf'ermantic sac. Peut-être ce liquide, quej'airetrouvéàParis(i)Oî/.p.255), est-il nécessaire à l'insecte pour pouvoir se dilater, ou se contracler à l'aise, et pour faire manœuvrer son rostre avec facilité?
On comprend que l'inflammation soit bien plus intense si elle est causée par le séjour de plusieurs sacs dechiques bien développés; elle est alors très-furteet suit le nombre des parasites. Dans tous les cas, les parties voisines peuvent être envahies, des érysipèles, plus souvent des angioleucites et des adénites inguinales, parfois le tétanos, peuvent survenir. Niéger a signalé une desquamation rebelle de la peau recouvrant les chiques; pour moi, il me semble douteux que la présence de l'insecte cause seule cette complication; la diathèse dartreuse est commune dans les régions tropicales, et la chique n'est que l'occasion de cette manifestation diathésiquc. Le Roy de Méricourt est de cet avis.
La durée de la période d'inllannnation est de quatre à cinq jours, parfois plus. On voit que cette durée coïncide avec la durée du développement des œufs et du sac. Si ce dernier n'est point extrait, il peut rester une semaine entière dans la peau et causer dans les tissus voisins une inllammation violente qui ne cessera qu'avec l'expulsion du corps étranger. Ordinairement le parasite est enlevé au bout de quatre à cinq jours, et les accidents s'amendent alors, la plaie tend à se fermer, il y a résolution de l'inflammation à moins de complications.
Anatomie pathologique. Le pourtour du point enflammé où se trouve la chique fécondée et grossissante est entouré d'un cercle plus clair qui tranche aussi avec la couleur grisâtre du sac. Levacher a comparé cet état de la peau à celui qu'on observe lorsque les follicules sébacés s'enflamment fortement [acné sebacea).
Le kyste, ou le sac de la chique, baignant dans la sérosité a une forme arrondie ou ovoïde : c'est ce que les nègres appellent : le coco de la chique. On a sous les yeux une vésicule blanchâtre plus ou moins sphéroïdale, mince, laissant voir en saillie aux deux pôles d'un côté le segment céphalique, les anneaux du thorax, et de l'autre les segments refoulés et l'anus (parties de la tète et de l'extrémité de l'animal tranchant par leur coloration plus foncée sur le reste de la poche). En vingt-quatre heures, le sac, où les anneaux médians de l'abdomen se sont effacés, s'est distendu jusqu'à la grosseur d'un grain de millet; dans les deux ou trois jours suivants, il est de la grosseur d'un pois; plus tard, le sac encore plus gros, ressemble à une lentille sphérique, un peu concave aux deux endroits où sont la tète et l'anus.
Le sac de chique est uni, tendu, et le volume est subordonné au nombre des œufs qu'il renferme plutôt qu'à la durée même de l'incubation.
La couleur ordinaire est d'un blanc un peu grisâtre, parfois rougeâtre ou noirâtre. L'épaisseur du kyste est variable, quelquefois la membrane d'enveloppe est extrêmement fine et transparente permettant de voir les œufs et les trachées, au travers ; parfois elle est épaisse et opaque. Le kyste peut être revêtu d'exsudat, alors il est tomenteux et plus épais.
L'épiderme adhère fortement avec le pourtour du cloaque de la chique, et les quatrième, cinquième et sixième anneaux du corps sont recouverts ; il y a en ce point un anneau de couleur jaunâtre ou rougeâtre. Ce cercle continu avec l'insecte, maintient ouvert le canal de communication des trachées avec l'air exté-
rieur, il sert de point fixe aux anneaux et aux fibres musculaires qui doivent servir à la chute du sac kystique. Le sac reuterme tous les organes de l'insecte femelle, surtout les œufs, les grosses trachées que Bonnet ne donne pas comme atrophiées, non plus que le tube digestif; le corps pyriforme et fauve, décrit par HQ dernier auteur et trouvé dans beaucoup de sacs, est probablement un des spcrmatophores indiqués par Karsten.
La puce pénétrante une fois dans sa loge dermique ne s'y meut pas comme i'acarus de la gale, et n'est pas enveloppée d'un kyste de nouvelle formation; mais les tissus qui renvii'oiincut représentent, quand le sac est enlevé, une cupule, une cavité arrondie, de un demi, à un centimètre de profondeur, ■creusée aux dépens du derme, à parois rougeâtres et laissant suinter une sérosité sanguinolente.
5" Période iVulcération. La résolution de l'inflammation n'ayant pas eu lieu, celle-ci poursuit sa marche et elle ne se termine que par suppuration ou gangrène, souvent avec de graves accidents.
La suppuration simple continue la série d'accidents produits par le sac de la chique. Les leucocytes se mélangent avec la sérosité ; ou observe alors une zone jaunâtre entourant une surface arrondie et blanche constituée par le sac, et au centre du tout est un point noirâtre formé par l'anus de la chique. Dans les cas heureux, l'inflammation est bornée à une petite ou moyenne étendue, l'épi- ■derme décollé par le pus se déchire autour du kyste; celui-ci, n'adhérant plus au derme que par les pattes de la chique et le rostre, se détache et tombe en laissant à découvert une petite ulcération qui peut rapidement guérir. C'est ainsi que les choses se passent chez les animaux qui ne peuvent extraire la (■iiique et qui la propagent si aisément. Bonnet a pu retirer avec la plus grande jacilité des sacs qui ne tenaient que par l'insecte, et le travail de cicatrisation «tait déjà commencé au-dessous. La plaie dans ce cas ressemble exactement à un trou à cautère duquel on enlevait le pois.
Quand, et c'est trop ordinaire, l'inflammation ne se limite pas, une large ulcération se produit, et si les vaisseaux sont oblitérés la gangrène arrive. L'ulcération est excessivement fréquente, surtout quand plusieurs chiques sont placées à côté les unes des autres, et dans ce cas une vaste plaie anfractueuse succède à toutes les petites plaies qui se sont réunies.
L'ulcère a une marche pliagédénique, les bords sont rouges, déchiquetés, ■élevés à pic, le fond en est grisâtre, le pus sanieux et fétide ; l'ulcération s'étend en surface peut-être encore plus qu'en profondeur, elle détruit la peau, •dénude les parties sous-jacentes, gagne les parties osseuses et peut produire ■d'inémédi ables désordres .
Je dois noter l'anesthésie parfois très-étendue des surfaces atteintes et des tissus voisins. La paralysie de la sensibilité n'est pas complète, mais elle explique pourquoi les malades supportent sans trop de souffrances des cautérisations profondes et de graves opérations. Bonnet a observé qu3 le nègre et l'Indien asiatique sont plus frappés d'anesthésie des tissus que les Européens.
La gangrène, qui paraît souvent de très-bonne heure, peut se localiser ou gagner de proche en proche et occasionner avec rapidité de grands délabrements ; elle prend la forme de la pourriture d'hôpital précédée de frissons, et une plaie vermeille qu'elle envahit est, au bout d'une heure, grisâtre et de mauvais aspect. 11 est de règle que la gangrène atteigne la totalité des parties anesthésiées.
Je dois dire ici, pour n'y plus revenir, que la chique cause des ulcérations
Wi CHIQUE.
qui n'ont rien de spécial ou de venimeux au début, et qu'aucun poison ne paraît déposé par l'insecte. L'ulcère île la Guyane, comparable à celui des autres pays chauds, du Mozambique, de Cocliinchine, de la Nouvelle-Calédonie, de l'Yémen, peut être occasionné parla chique comme par d'autres causes diverses. Cet ulcère arrive sur des sujets anémiés surtout par les fièvres des marais, et il mérite le nom d'ulcère anémique des pays chauds aussi bien que le nom d'ulcère de la Guyane. Le terme d'ulcère phagédéuique des pays chauds est trèscouvenable et a été donné par Le Roy de Méricourt [Archiv. de méd. navale, 1. 1, p. 581).
Anatomie pathologique. On trouve des lésions ulcératives qui rappellent un peu l'aspect d'une cavité multiple, d'une ruche à alvéoles plus ou moins réunies. Le pourtour des ongles est déchaussé, ou bien les ongles sont tombés, on voit à leur place les tissus atteints d'inflammation chronique. Les orteils sont privés de la peau, les tendons sont à nu, exfoliés en partie. Les os des phalanges nécrosées sont en place ou détachés, et les métatarsiens envahis. Les parties profondes du pied nécrosées, privées de muscles et de ligaments, forment des plaies anfractueuses. Quand des parties molles ont résisté, il y a des fistules et des fongosités. La perte des phalanges, des doigts, d'une pai'tie des pieds est extrêmement fréquente ; il reste en pareil cas le talon seulement et une portion du métatarse.
Sur les autres parties du corps des cicatrices irrégulières peuvent résulter des ulcérations produites par les chiques.
Les animaux sont atteints des mêmes lésions; il n'est pas rare d'en voir ayant perdu leurs doigts des membres ou une extrémité entière ; d'autres ont les oreilles déformées, etc.
VI. Thérapeutique; Prophylaxie. L'extraction immédiate, et non retardée, est le moyen par excellence à opposer à la pénéti-atioa de la chique parasitaire femelle. Cette opération fort simple porte le nom à'échiquage. Les mulâtresses, les négresses, la pratiquent communément aux colonies et dans les régions chaudes ; toute personne ayant la vue bonne, de la patience et un peu d'habitude, saura extraire la chiqne sinon avec facilité, du moins avec sûreté.
L'opération se fait avec une aiguille ou une épingle fine ; on l'introduit doucement dans l'orifice de pénétration et si on ne peut le découvrir, on pique l'épidernie sur le point noirâtre iaidiquant la présence du parasite, puis on fait passer la pointe sous l'insecte et on la relève en faisant bascule. Il faut avoir soin de ne pas aller trop vite, ni brusquement, pour retirer le rostre qui, sans cette précaution, se briserait et resterait dans le derme. Du reste, si l'accident arrive, ou peut recommencer mais sans insister trop. Un peu de chloroforme ou d'alcool camphré est ensuite versé dans la minime plaie qui guérit trèspromptement.
Quand le sac est formé et entoui'é de sérosité ou de pus, la manœuvre est aussi simple et non moins facile. J'ai circonscrit (voy. Observation, p. 235), la zone de décollement de l'épidernie avec une aiguille à cataracte. Un fin bistouri, une bonne lame de canif, si on n'a pas de kystotome ou de fins ciseaux, peuvent servir pour mettre le sac à découvert. Il ne s'agit plus que de saisir celui-ci avec des pinces et de l'enlever doucement. On doit avoir grand soin de ne pas crever le sac et, si cela arrivait, de recueillir avec une cuvette les débris d'œufs et les parties restées dans la plaie. Un lavage avec leau pure, ou projetée par une petite seringue de verre me paraîtrait utile. Enfin Bonnet recom-
CHIQUE (BiBLiocr.Ai'iiiE). 245
mande de caulérlscr avec le nitrate d'argent ou la teinture d'iode. On pourrait aussi panser avec un peu d'onguent napolitain. A la Guyane, on met dans la loge de la chicpie de la cendre de cigare, Vizy s'élève contre cette pratique.
Si l'épiderme est extrêmement épais, il faudra l'amincir auparavant : il est inutile d'insister sur un manuel opératoire aussi simple.
Quand les chiques ont envahi en très-grand nombre les pieds, ou une partie du corps, et qu'elles sont très-rapprochées les unes des autres, il n'y a pas de temps à perdre, et l'échiquage de chaque kyste ne suffirait pas à parer les accidents. On choisit un parasiticide puissant, puis on favorise la chute des sacs. A Cayenne, on emploie l'onguent mercuriel : après de bonnes frictions pour préparer l'épidémie, on applique un large cataplasme arrosé d'alcool camphré ; l'épiderme se détache et avec lui les sacs à chiques. Les médecins emploient aussi le cataplasme au manioc qui tue vite les parasites. Niéger a fait prendre des bains sulfureux. Je crois f[u'un bain de sublimé agirait de même et plus énergiquement. Le chloroforme, la benzine, les térébenthines, l'acide phénique, etc., doivent, il me semble, pouvoir rendre de grands services.
Bonnet affirme que les stimulants liquides, après la chute des sacs, sont préférables aux corps gras, l'atonie étant le caractère essentiel de la lésion consécutive. La cicatrisation se fait avec lenteur; c'est une indication pour s'occuper aussi avec grand soin de l'état général.
Le traitement des complications n'a besoin que d'être indiqué. 11 faut, dans le cas de gangrène où l'amputation devient nécessaire, amputer au-dessus des parties frappées d'aneslhésie.
Prophylaxie. Mieux vaut prévenir le mal que bien le soigner; les Indiens américains s'enduisent, dans un but de prophylaxie, avec des teintures acres et à odeur forte, avec une infusion de feuilles de tabac ou de rocou (Bixa ocellana L). Les nègres emploient l'huile des amandes du Carapa guianensis; ces onctions seraient fort utiles aux pattes et aux oreilles des animaux domestiques.
Pour les créoles ou pour l'Européen qui débarque, il est important : d'employer des vêtements convenables, d'observer les règles d'une extrême propreté, et de s'astreindre à une visite minutieuse des parties qui peuvent être atteintes par la puce pénétrante, les pieds surtout. 11 est bon de ne pas se coucher à terre; l'usage du hamac suspendu est excellent.
Quant aux habitations, la plus grande propreté doit être exigée, il faut ne laisser aucun tas d'immondices, de poussières où les larves de chiques puissent se développer. L'inondation rapide et le lavage d'un endroit envahi, surtout à l'eau phéniquée, pour les carbcts, les étables, les parcs, est une précaution indispensable. Vizy a conseillé d'enlever une couche de terre dans les lieux de campement, de passer de l'eau chlorurée siu' les murs, de faire des fumigations à odeur acre. Ces moyens doivent être excellents.
Bonnet avait soumis à la visite des pieds les hommes en campagne, et il avait formé des infirmiers échiqueurs-; leurs soins prései'vatifs et curatifs eurent une efficacité parfaite : ils empêchèrent la dispersion ou la perte de colonnes expéditionnaires formées de soldats ou de travailleurs, qui peuvent perdre le tieis, parfois même la moitié de leur effectif par les attaques, dans les régions chaudes, du minime Pulex penetrans. A. Laboulbène.
BiBLioGUAPHiE. — OviEDo. Dc la iiatuial histoiia de las Indias, in-fol. goth. 54 feuilles. Toledo. MDXXVI et Cromca de las Indias, t. XXI, in-fol., 1547. — Tomson. In Collect. de lUchard IIacluvt, t. III, p. 5Ô5, in nouvelle cdlt. nommé Tonsox, oLscrv. en 1555. IIaxs
246 CIIIQUIT[Ei>!S.
Stahex. Wahrhafligo Histoi'y, etc., cap. xxxiii, 1"i.'^7. — AiiiuMiiE. In Slorinc, p. 250. — .Ievi* iiE l.ÉitY. llinloire d'un voyage fait en terre du llrrsd dite Amérique, eic, petit in-S", lig. La Rochelle, l.")78. — IIacluït (Richardl. T/ie Principal Navigations, etc. loncïon, p. 449, 1598- 1600. — Laet (J. dcl. Besclirijivinglic van West Indien, p. 6, 1650. — MAncGRAV et l'iso. Historia reriim naturaliuni Brasiliœ, p. 249, 1048. — Ligon (R.-T.). Histoire de l'île des- Barbades, trad. de l'anglais, p. 109, 1657. — Du Tertre père (.I.-B.). Histoire des Antilles, t. ir, p. 353; 1667. — Rociiefort (C. de). Itisloirc naturelle des Antilles, cap. xxiv, art. 6, p, 272 ; 1008. — Hans Sloane. Voyage and Notural Ristory of Jamaica, t. I, p. 12i et t. II p. 191 ; 1707-1725. — Frézier. Beisc nach cier Sûdsee, Chili, Pérou und Brasilien, p. 510, 1718. — Gi'Mii.LA. Historia del Orcnoko, 1745. — Labat (J.-IÎ. père, dominicain!. Nouveau voyage aux lies de l'Amérique. Paris, 1722, 2' édit., 1742. — Llloa (Jorge-.Iuany Antonio). Betacion historica dcl viage a la America méridional, librol, cap. viii, p. 88; 1748. — Catesby (M.). The Natural History ofCarolina, Florida and the Bahama Islands, t. II, append. p. 10, lig. 3; 1743. — BarbIsbi. (Pierre). Nouvelle relation de la France équinoxiale, p. 63, 1743. — Patric \iRovis. Natural llistory of Jamaica, t. II, p. 418; 1756. — LiNMÏ (G.). Systeyna naturœ, 12« édit., p. 1021 ; 1767. — BamvRofft. History of Guyana, p. 245, 17(j9. — llARïsiMi. Guyana, t. I, p. 105; 1770. — Chape d'Autkeoche. Voyage en Californie, p. 20. Paris, 1772. — Molino. Saggio sulla storia naturale de Chili, p. 214; 178.'. — DoDRiziiOFiER (Martinoj. Historia de Abiponibus, 1784. — Schwartz (0.). Kong. Velensk. Acad. Nya Uandlungen. Stockholm, t. IX, p. 46, 1788. — Rodschied. Medicinische und chirurgische Bemerkungen iiber das Clàna, u. s. w., von Essequibo, p. 507, 1796. — Félix de Azara. Voyage dans l'Amérique méridionale, 1. 1, p. 208; 1809. — bocTHEv. History. of Brasil, t. I, p. 52i); 1810. — Përcï. Dict. des sciences niéd., art. Chique, t. V, 1813. — Sack. Beise nach Surinam, p. 259, 1821. — De Humboldt et Boniland. Voyage du nouveau' Continent, t. VII, cap. xix, p. 250 et cap. xx, p. 129 ; 182(M822. — Duméril (C). Considérations générales sur la classe des insectes, pi. 54, lig. 4-5 ; 1823. — Audouin (V.). Dict. classique cl liist. naturelle, t. IV, 1825. — Latbeille. Bègne animal de G. Cuvier, insectes, I, p. 82. — TuRPiN et DujiÉiiiL. Dict. des sciences naturelles, t. XLtV, p. 82, atlas, pi. 55, 11,?'. 4 et 5; 1826. — KiRBY et Spence. Introduction to Entomolcgy, t. I, p. 102; 1828. — Saim-H(i.aiiie (Aug. de). Voyages dans tes provinces de Bio-Janeiro et de Minas Geraes, t. I, p. 35; li'-SO et Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil, t. I, p. 228; 1833. — PoHL et KoLLAB. BclsB in Brasilicn, t. I, p. 106; 1852 et Brasiliens voniiglich lâstige Iiisecten, p. 8, Wien, 1832. — Rengger. Beise nach Paraguay, p. 274; 1835. — Rayeu (P.). Traité théorique et pratique des maladies de la peau, t. III, p. 807 ; 1855. — Waterto.w London's Magazine of Natural History, 1830. — Dugès (A.). Annales des scienc. naturelles, 2° série, t. VI, p. 129, planche 7 ; 1836. — Guérin-Méneville. Iconographie durègne animal, Insectes, p. 12, pi. 2 ; 1836. — Sell (W.). Transactions of the Entomologicnl Society oj London, t. II, p. 195-198; 1836. — Westwood (J.-O.). Ibid., p. 199-203; 1856. — LevaCher (G.). Guide médical des Antilles et des régions ititertrojiicales, p. 327; 1840. — Gervais (P.). In Walkenaèr, Insectes aptères, t. III, p. 368. Paris, Roret, 1S44. — Goudot (Justin). Annales des sciences naturelles. Zoologie, 3° série, 1845. — Tschiidi. Peru Beiseskizzen, t. I, p. 510; 1846. — Ll'cas(H.). Dict.piltor. d'hist. nat., arl. Plce, t. VIII, p. 594, eiDicl. univ. d'hist. naturelle, t. X, 1847. — Schomburgii. History of Barbadas, p. 652 ; 1847. — Requix. Traité de path. interne, t. III, p. 189; 1852. — Burmeister. Beise nach Brasilien, p. 284; 1853. — NiÉGER (J.). De la j}uce pénétrante des pays chauds et des accidents qu'elle peut occasionner. Th. de Strasbourg, 1858. — Gervais (P,, et Van Bexfden. Zoologie médic, etc , 1. 1, p. 387; 1859. — Moqlix-Tandon. Éléments de zoologie médicale, 2« édit., p. 291; 1862. — ViZY. Noie sur la chique au Mexique et sur son action sur l'homme. In Recueil de Mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, 5" sér., t. X, p. 506; 1863. — Karsten (H.). Beitrag ziir Kenntniss des Bhynchoprion penetrans. In Bulletin de la Société des naturalistes de Moscou, année 1864, n° 3, p. 72-156, pi. 1 et 2. Moscou, 1864. — Beassac. De la chique [Pulex pcnetrc^s] ; accidents produits chez l'homme par ce parasite. In Archives de médecine navale, t. IV, p. 510; 1805. — Gage-Lebas (L.-L.). Des animaux nuisibles à l'homme et en particulier du pulex jwnetrans, claque ou nigua. Thèses de Paris, 1807, n» 223, avec une planche. — Bonnet (G.). Mémoire siir la puce pénétrante ou chique, la Archives de médecine navale, t. VIII, juillet 1807 et tirage à part in-8°, 100 p. et 2 planches gravées). — Guyon (L.-G.). Histoire naturelle et médicale de la chique, insecte parasite des régions tropicales des deux Amériques. In Bévue et magasin de zoologie pure et appliquée de Guérin-Méneville, 2» série, t. XVII et suiv., 1865 et tirage à part, in-8°, 188 pages et 5 planches, 1870. A. L.
cniQuiTÉËl^'S. L'un des rameatix de la race panipéeniie (votj. Amériq(je> p. 620).