CHIROMANCIE
sur Ica incommodités auxquelles sont sujets les équijtnges des vaisseaux et la manière de les traiter. Pafis, 1724, in-8». — VI. Traité des fièvres malignes, avec des consultai ions sur plusieurs maladies. Paris, 17 l'2, in-l2. — VU. Dissertations et consultations médicinales de MM. Chirac et Silva. Paris, 1744, in-12, 2 vol.
Ces ouvrages méritent bien l'oubli dans lequel ils sont tombés. Le troisième surtout, celui qui a pour objet les mouvements du cœur, est un des plus mauvais qui aient paru en médecine. Scnac, un si bon juge en pareille matière, le flagelle cruellement en ces termes :
« Figurez-vous un bomnie qui, dans une profonde obscurité, croit voir de ses yeux les objetsqui se présentent à sou imagination. Tel était ce médecin si fameux dans les écoles. Sans savoir le calcul, il a calculé la force des nerfs. Cette force iuconnue, qui aurait embarrassé les plus grands géomètres," n'a point effrayé Chirac. Selon ses idées, le mouvement du cœur est produit par une fermentation. La cause de cette fermentation est une matière acide que le sang verse dans le tissu des, fibres. G'est-là le sujet d'un livre de 350 pages. De telles idées n'attirent l'attention que par l'excès de leur ridicule; aus>i, nous nous dispenserons de les réfuter. Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est qu'il y ait encore aujourd bui des esprits assez bizarres pour les adopter. »
CUIRA YTA. On désigne sousce nom une plante de la famille des Gcntianées, du genre Ophelia, que les botanistes ont décrit sous les noms de Ophelia Chirata^ Griseb. {Agathotes Chirayta Don ; Gentiana Chirayla Roxb.). C'est une plante à tige droite, cylindrique, de 60 centimètres à 1 mètre de haut, ramifiée. Les feuilles sont opposées, sessiles, ovales, cordées ou ovales, acuminées, glabres, marquées de 5 à 9 nervures longitudinales; les fleurs forment, à l'extrémité delà tige et des rameaux, une cime lâche, ombelliforme. Chacune d'elles a un calice à 4 divisions acuminées, plus courtes que la corolle; une corolle quadripartite, de couleur jaune, à segments ovales, lancéolés, acuminés, étalés enroue, marqués à la base de 2 fossettes glanduleuses, recouvertes de squamules, fimbriées. Les étamines, aunombre de 4, sont légèrement soudées àla base: l'ovaire estuniloculaire, surmonté de astigmates, roulés en dehors. Le fruit est une capsule uailoculaire, bivalve, à déhiscence septicide.
Cette plante croît naturellement dans les Indes orientales, auprès du Gange, dans l'Hymalaya et dans le Népaul. Les diverses parties de la plante, mais surtout les tiges, sont très-amères, et employées à cause de cette propriété comme toniques et fébrifuges. La plante arrive quelquefois dans nos drogueries; onuous envoie surtout les tiges, souvent dépouillées d'une grande partie des feuilles. Ces tiges desséchées sont grosses comme une forte plume, brunâtres à l'extérieur, et contenant, au-dessous d'une couche extérieure résistante, une portion plus tendre d'un blanc jaunâtre et d'une saveur amère très-prononcée. Au centre est une moelle blanchâtre d'une amertume moins prononcée.
Cette tige paraît très-rapprochée de la substance que les anciens avaient nommée Calanius vents ou aromaticus {voy. ce mot).
Grisebach. Gentianœ p. 313. — De Candolle. Prodromus IX, 127. — E.ndlicher. Gênera Plantarum, n° 5532. — Guibourt. Drogues simples, C« édition, II, p. 548. Pl.
cniRETTA. Yoy. Ophélia.
cniROGIVOMANIE. Voy. Main et Occultes (sciences).
cniROMAlVClE. Voy. Maln et Occultes (sciences).
CHIRONIUM. 249
cniRON (Le centaure). Personnage mythologique. Il était, dit la Fable, lils de Saturne et de Pliiiyra ; on l'a mis au nombre des centaures, non, comme l'ont dit quelques-uns, parce qu'il unissait la médecine à l'art vétérinaire, mais parce qu'il était de Thessalie et que les peuples de cette contrée sont regardés comme les plus anciens dompteurs de chevaux. Il passe pour avoir découvert les vertus médicamenteuses d'un grand nombre de plantes.
D'autres veulent qu'il ait exercé la chirurgie, c'est ce que fait croire l'étymologie de son nom {x^ïp main). La plupart des héros de l'antiquité fabuleuse ont été cités comme ses disciples. Tels furent Esculape, Pelée, Thésée, Télamon, Aristée, Podalire, Machaon, Achilles, etc. Cela veut dire que ces personnages étaient initiés aux connaissances essentiellement primitives dont Chiron était réputé l'inventeur. Expulsé par les Lapitlies, il se retira à Malée où il mourut d'une blessure que lui fit une flèche d'Hercule.
Cette plaie s'était transformée en ulcère rongeant, d'où le nom d'ulcère chironien donné, dans l'antiquité, aux lésions de ce genre. Galien, adoptant une autre tradition, disait que les ulcères chironiens étaient ainsi appelés parce que Ciiiron seul avait coiuiu le secret de les guérir. Le nom de chironia ou de centaurium fut aussi appliqué à la plante avec laquelle il avait essayé de se traiter.
La mythologie lui donne deux filles : Ilippo, savante dans les sciences naturelles, et Ocyroë, dans la médecine. E. Bgd.
CHIROK (Baume) . Les remarques étymologiques faites à l'article précédent sont applicables à celui-ci. Nous avons donné à l'article Baumes la composition du baume Chiron. Cette composition, du reste, peut varier quant à la quantité relative des divers ingrédients; la proportion de la cire, par exemple, varie dans les formules des pharmacopées. Les uns y font entrer le santal rouge en poudre, les autres l'orcanette.
Le baume Chiron est légèrement détersif et cicatrisant. D.
CHIROiViA. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Gentianées. Tel qu'il avait été établi et limité par Linné, ce genre comprenait un certain nombre de plantes médicinales, qui méritaient une étude spéciale. Mais toutes ces espèces sont passées, dans la disti'ibution actuelle des types de la famille, dans des genres différents du Chironia. C'est ainsi que le Chironia angularis L., plante des États-Unis, employée comme tonique et fébrifuge, est devenue le Sabbalia angularis L. {voy. Sabbatia); les Chironia Centaurium Smith; Chironia chilensis Willd ; Chironia pulchella Micha ; Chironia spicata Willd ; sont devenues des Erythrœa [Erythrœa chilensis Pers. ; Erythrœa Centaurium Pers. ; Erythrœa pulchella Ven., Erythrœa spicata Pers. Toutes ces plantes seront étudiées à l'article Erythrée {voy. ce mot; voy. aussi Canchalagua).
LiN.vii. Gênera Plantarum, n" 255. — Endlicheb. Gênera Plant., n" . — De Candolle. Prodromus, IX, p. 59. Pi-
CHIRONIETV (Ulcère). Voy. Chiron.
CHIROIMUIM. Le nom de Chironium qui, ainsi que Chironia, rappelle le nom du centaure Chiron, a été donné, selon les auteurs, à diverses plantes de familles différentes. Dioscoride parait désigner sous ce nom l'Année [Inula telenium, L.) de la famille des Composées; Théophraste, le Senecio doria, L., delà
même famille. La petite Centaurée {Erijthrœa Centaurium Pers.) paraît répondre au ydowjoi plia, des auteurs de l'école d'Alexandrie ; enfin, on a donné quelquefois ce nom à ïHelianihemum Vtilgare {Cistus Helianthemum L.).
Sphengel. Historia Rei herbariœ, I, p. 129. — Méhat et De Lens. Dictionnaire de matière médicale, II, p. 238. Pi.
CJllRL'KGiE (Histoire de la). La chirurgie et la médecine sont unies par les liens les plus étroits ; les limites qu'on a voulu poser entre elles sont toujours arbitraires ; aussi l'on ne peut écrire l'histoire de l'une de ces branches de l'art de guérir, sans pénétrer plus ou moins dans le domaine de l'autre. Cependant, il est des parties très-imporl antes qui appartiennent presque exclusivement à la première, telles sont: la médecine opératoire, les fractures, les luxations, les hernies, les anévrysmes, les plaies, etc. Nous devons donc, à l'exemple de nos prédécesseurs, consacrer un article spécial à l'histoire de la chirurgie. Nous tracerons le tiihleau complet de son évolution, en nous occupant des circonstances majeures dont elle a ressenti le plus largement l'influence [histoire extrinsèque) ; la marche successive des divers éléments qui la constituent (pathologie et thérapeutique chirurgicales, opérations) [histoire intrinsèque). Nous y joindrons quelques notices biographiques et bibliographiques relatives aux chirurgiens les plus éminents. L'ordre chronologique servira de guide dans ce travail.
Première sectiolN. Depuis l'origine jusqu'à la fin du septième siècle. Article 1. Première ÉPOQUE. Origine, Orient. Grèce jusqu'au temps d'Hlppocrate. Nous en dirons quelques mots seulement. La médecine et la chirurgie sont contemporaines ; leurs origines communes, enveloppées d'obscurité, se perdent dans^ la nuit des temps. Quelques documents historiques nous les montrent exercées par les mêmes hommes, soumises à des pratiques empiriques où dominent le mysticisme et les superstitions. Dans tout l'Orient, sans en excepter les Égyptiais, elles conservent ce caractère; très-lentes dans leurs progrès, elles restent souvent slationnaires. Les connaissances anatomiques manquant, la castration s'exécute sur les pi'oportions les plus larges chez les animaux et même chez les hommes ; la circoncision est obligatoire chez les Israélites ; suivant la tradition, des tribus Indiennes se montrent habiles dans les autoplasties de la face, et spécialement dans les rhinoplasties ; on met en usage la saignée, la cautérisation avec des caustiques, avec le feu ; on panse les plrùes avec des topiques empruntés surtout au règne végétal. Les Chinois et les Japonais inventent l'acupuncture. Néanmoins, la chirurgie, renfermée dans les plus étroites limites, n'offrit jamais rien qui pût rappeler les formes scientifiques.
La Grèce elle-même qui, seule, devait donner une si forte impulsion à l'art médical, comme à tous les arts et à toutes les sciences, n'entra que très-tard dans cette voie qu'elle était appelée à parcourir avant tant d'éclat. Jusqu'à la guerre de Troie, nous n'avons que des légendes qui nous prouvent l'état peu avancé de la chirurgie. Le centaure Chiion appliquait au traitement des blessures les connaissances que l'étude des plantes lui avait fournies. Esculape sut, dit-on, employer avec plus de hardiesse, le fer et le feu ; les succès qu'il obtint le firent placer au rang des dieux. Homère dans ses deux poèmes, et principalement dans l'Iliade, nous transmet des renseignements précieux sur la chirurgie de son époque, sur la pratiqne des Grecs pendant la guerre de Troie. Machaon et Podalire sont tout à la fois des médecins et des guerriers ; en leur absence, les principaux chefs de l'armée les remplacent dans leurs fonctions, arrachent les traits, lavent et pansent
CHIRURGIE (histoire de la). Toi
les plaies. Les hommes appelés à commander ne restaient pas étrangers auxtravaux chirurgicaux. Nous \evroiis des souverains cultivant l'art de guérir. Denis, tyran de Syracuse, qui est presque le contemporain d'Hippocrate, manie lel'er et le l'eu, entreprend plusieurs l'ois des opérations de chirurgie {JEYieu,Uist. i;ar. , 1. XI, c. 111).
Entre Homère et Hippocrate plusieurs siècles s'écoulent ; les progrès de la chirurgie sont lents; malgré les renseignements que nous ont laissés les poètes, les écrivains de tout genre, les historiens, nous ne pouvons préciser ni les hommes, ni les époques, ni les écoles auxquels nous devons les rapporter. Il faut arriver à Hippocrate pour voir dans ses écrits l'ensemble des connaissances chirurgicales rassemblées jusqu'à lui. C'est à partir de ce moment que l'on peut en tracer le ' tableau. Voy. à ce sujet iiotr(? article Histoire de la MÉDEciJfE, les considérations d'Haller {Bibl. chinirg, 1774, p. 1 à 7). L'illustre médecin de Berne tâche de déterminer, d'après des conjectures ou des documents historiques, dans quel ordre onL dû se développer l'hygiène thérapeutique, la médecine interne, la chirurgie, l'obstétrique, l'art vétérinaire et leurs diverses parties ; il porte ses regards sur la chirurgie des Égyptiens, des Perses, des Chinois, des anciens Grecs; voy. aussi les Mémoires et les lettres de Malgaigne sur l'histoire de la médecine avant Hippocrate [Journ. de Maly., t. IV).
Nous avons démontré qu'avant le vieillaini de Cos, l'exercice et l'enseignement de notre art, n'étaient point l'apanage exclusif du sacerdoce; la part la plus large appartenait aux laïques ; ceci est surtout vrai pour la chirurgie. Si les maladies internes étaient souvent traitées dans les temples, il n'en était pas de même pour les lésions chirurgicales, pour celles qui réclament avant tout les secours de la main, l'intervention des pansements, des appareils, des machines, des œuvres opératoires. Les médecins des armées, les périodentes qui se transportaient de ville en ville, donnant leurs soins dans des affections de toute nature, n'avaient point de caractère sacerdotal. Démocède qui se rendit célèbre à la cour de Darius par ses cures chirurgicales, était aussi un laïque^. Nous ne connaissons pas exactement l'organisation de renseignement avant et pendant la période Hippocratique, mais nous ne partageons point l'opinion de Malgaigne qui suppose qu'il n'y avait point à Cos ou à Cnide, d'école véritable, ayant une doctrine commune, qu'on n'y trouvait que des praticiens isolés, communiquant aux disciples dont ils recevaient un salaire, le fruit de leur expérience. Quoique chaque membre d'une école eût son indépendance, ses rétributions personnelles, ses élèves particuliers, il y avait néanmoins entre eux des liens communs.
Avant d'aller plus loin, présentons quelques considérations générales. L'his-^ toire de la médecine et de la chirurgie ont le même esprit, les mêmes difticultés ; leurs principes et leur marche doivent être les mêmes dans l'ensemble, avec des modifications dans les détails et dans les formes; nous les avons exposés à l'article Histoire de la médeciiNE. Résumons, en peu de mots, les devoirs de l'historien:
i" Substituer aux légendes et aux romans historiques plus ou moins ingénieux, la vérité historique pure. Un grand nombre de traditions recueillies par un seul écrivain que l'on croyait bien informé, se sont transmises d'âge en âge, en s'altérant successivement et s'éloignant même de leur premier caractère ; elles-
* Si Darius n'eut qu'une entorse simple aggravée par des irritants, guérie ensuite au moyen de topiques calmants que prescrivit Démocède, on peut conclure que la science était alors peu avancée, surtout quand on la compare à celle que posséda plus tard Hippocrate. D'après les conjectures de plusieurs auteurs, DéiooLÙde aurait eu à traiter une entorse compliquée, avec (raclure de l'extrémité i.jiérieurc du péroné.
252 CHIRURGIE (histoire de la).
ont fini par avoii' force de loi. Il faut alors remonter à leur origine, voir les textes, les pièces authentiques, les soumettre à des contrôles mutuels, se pénétrer du génie de l'éftoque, et dissiper peu à peu les nuages. C'est ainsi que bien des erreurs consacrées par les siècles, ont été rectifiées à force de patience et de labeur. Dans les luttes incessantes des médecins et des chirurgiens, depuis le moyen âge jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, chaque parti guidé par ses intérêts personnels, a altéré les faits, les arrêts, les décrets ou les a montrés sous un fauxjour ; on trouve difficilement un fil conducteur pour s'orienter et se conduire dans ce labyrinthe ;
2" Détei'miner avec précision l'esprit, le type, de, chaque système, de chaque école, de leurs chefs les plus autorisés. Cette œuvre* est difficile, car ces types ne sont point absolus ; ils varient et se modifient. Il faut donc démêler les principes fondamentaux qui les dominent, et montrer que, malgré leurs détours, ils en subissent fatalement les conséquences. Un vice originel les poursuit; le bien et le mal sont aux racines ; c'est là que les réformes sont nécessaires et efficaces;
0° Conslatcr, à l'occasion de chaque découvcile, de chaque méthode, procédé appareil, etc., l'époque, le pays, l'école, l'homme auxquels ils appartiennent. En chirurgie, une foule d'inventions se reproduisent plusieurs fois, à des distances plus on moins considérables, sont proclamées comme nouvelles, et deviennent des titres glorieux })0\u' nue série d'auteurs différents. Des plagiats souvent volontaires passent inaperçus, une critique insuffisante les consacre, et le véritable invenlou' reste mécoinni. L'erreur persiste même après les rectifications de quelrpies érudits. Rien de plus commun que les exemples de ce genre dans l'histoire entière de lachirurgic. Pour éviter cet écueil, il faut étudier minutieusement clia|ue époque, surtout les grandes périodes, les maîtres qui les ont dirigées, les historiens consciencieux qui se sont attachés spécialement à l'étude de chacune de ces époques, de chacun de ces hommes, en explorant minutieusement leurs travaux ; il faut fouiller les textes originaux. Nous parvenons ainsi à distinguer quelques périodes fécondes des périodes à peu près stériles, à rendre à toutes la part légitime qui doit leur revenir.
Aux documents fournis par les trois derniers siècles, s'ajoutent des documents bien plus importants appartenant à nos contemporains. Ils sont dispersés dans des histoires, des biographies générales et pai'ticulicres, des dictionnaires, des publications spéciales, des collections académiques, des journaux, des thèses, etc. Par un travail long et difficile, l'historien les colligcra, les comparera, se frayera sa l'oute en se guidant souvent au milieu d'assertions contradictoires. Si l'espace et le temps ne lui permettent point de laisser toutes les traces de ses élaborations personnelles, il formulera ses résultats, en indiquera sommairement les motifs, signalera les sources où il a puisé, afin qu'on puisse le contrôler à son tour. Il rendra plus facile et plus accessible la voie que suivront ceux qui voudi'ont se livrer aux mêmes recherches, en accomplissant et préparant de nouveaux progrès.
Article II. Deuxième époque. Hippocrate et la collection de Cos. Suivant la remarque deHaller {Bibl. p. 7), le grand Hippocrate que l'on nomme, avec raison, le père de la médecine, pourrait être proclamé, à plus juste titre encore, le père de la chirurgie ; car ici, plus que partout ailleurs, il a suivi la méthode la plus sévère, prenant avant tout pour guide, l'observation pure dégagée de toute hypothèse. Il parle d'après lui-même, raconte ce qu'il a vu, ce qu'il a fait, décrit des appareils et des procédés qui lui appartiennent, soumet toute chose à son examen critique, rendant à chacun la justice qui lui est due. Hippocrate a
CIIIRUUGIE (iiisTOiuK DE la). 253
certainement fait de nombreux emprunts ; car la science est trop avancée dans ses écrits, pour ne pas y reconnaître la trace des travaux de plusieurs hommes, de plusieurs écoles, de plusieurs époques, mais il a eu le mérite delescoordoimer, de les rectifier, de les agrandir, d'en faire un corps, de les ramener à quelques principes qui se rattachent à ses doctrines anthropologiques. Nous esquisserons les traits majeurs delà chirurgie telle qu'elle est exposée dans la collection, sans trop nous préoccuper de ce que l'on doit attribuer au grand Hippocrate, à ses prédécesseurs, à ses successeurs ou même aux médecins deCnide {voy. Histoire
DE LA médecine).
Les traités exclusivement consacrés à la chirurgie sont: 1 l'officine du médecin ; '2-3-4 les traités deFractis,de Articulis, le mochlique qui en est un abrégé; 5 des plaies de la tète ; 6-7 fistules, hémorrhoïdes ; 8-9 des plaies, des maladies des yeux. Les cinq premiers ouvrages sont très-remarquables, spécialement le cinquième, et mieux encore le deuxième et le troisième, que Malgaigne et Pétrequin considèrent comme de véritables chefs-d'œuvre où se trouvent bien des préceptes que l'on doit encore suivre aujourd'hui. Tous les cinq sont attribués au grand Hippocrat^. Les numéros 3-6 et 7 ont un peu moins de valeur ; les numéros 7 et 8 sont médiocres.
Dans tous les autres écrits de la collection, il y a des faits, des préceptes, des descriptions qui se rapportent à la chirurgie. Haller [Bibl.) en a signalé un certain nombre en passant en revue chacun de ces traités.
Si nous dressons la liste des instruments qu'a décrits Hippocrate, nous constatons les richesses dont son arsenal est déjà pourvu. Nous y découvrons une grande variété de bandes, compresses, bandages, appareils, machines destinés aux pansements ou aux réunions des plaies, à réduire et à maintenir les luxations et les fractures, des tentes de charpie, des éponges, des tiges dilatatrices, des spéculums, des clystères, des ajspareils cà fumigations et à injections, des ventouses, des moxas, des cautèresS des sondes canclées, des spatules, des tiges creuses pour introduire les médicaments dans les parties profondes, des sondes à cuvette pour les doser, des suppositoires, des aiguilles triangulaires pour les mouchetures, un instrument aigu qu'on fixait afin d'atteindre les abcès du fond de la gorge, le phlébotome, divers couteaux et bistouris, une grosse aiguille en plomb servant à recevoir un fil dans l'opération de la fistule à l'anus, le cathéter en S, des rugines, le trépan à couronnes, le trépan perforatif, des crochets, des pinces, etc. Tous ces instruments sont décrits, à mesure que que l'occasion se présente, en indiquant leurs formes, leurs variétés, leurs avantages, la manière de s'en servir et de les adapter aux circonstances. Dans bien des endroits, il ne craint pas d'entrer dans les détails les plus minutieux sur le chirurgien, la position qu'il doit prendre relativement au malade, aux parties sur lesquelles il faut agir, sur l'éclairage, l'art de disposer les bandes, les compresses, les instruments, l'étendue des incisions, le choix des topiques. On voit que rien n'échappe à son observation, qu'il se rend compte de tout : pour le traitement local comme pour le traitement général; rien ne doit être négligé, car tout peut concourir au succès. Epargnez,
1 Hippocrate avait souvent recours à la cautérisation • elle se pratiquait avec des fers chargés de calorique, des fuseaux de bois plongts dans de l'huile bouillante, une espèce de champignon ou du lin brûlés sur la partie. Ces derniers moyens rappellent les moxas des Égyptiens et des Chinois. Partout Hippocrate cite peu de noms ; il s'attache aux doctrines, aux œuvres pratiques, montre leurs avantages, leurs inconvénienis, leurs dangers, et travaille à lormer de vrais cliniciens.
254 CllIllUllGIE (nisioir.E de la).
autant que possible, les douleurs aux malades, ue icculez pas cependant (juand elles sont nécessaires, préférez les moyens les plus simples, recherchez avant tout l'utilité, sachez l'allier à l'élégance sans aflectation ni charlatanisme, etc. Le vieillard de Cos a, dans son esprit, le type du médecin opérant, du médecin complet, et comprend comment on pourra de plus en plus en approcher. De son temps, comme dans toute l'antiquité, le médecin traitait toutes les maladies, pratiquait les opérations, préparait les médicaments.
Ilippocrate s'occupe soigneusement des opérations qui servent à remplir des , indications médicales (saignées, ventouses, etc.). Les saignées ne sont pas seule- l ment déplétives, elles sont surtout dérivatives ou révulsives, car la circulation consiste dans un flux et un l'cfliix du sang. Aussi, attaque-t-on des veines différentes suivant le siège du mal ; les veines frontales pour les maladies de l'occiput; celles du pli du bras pour les affections du thorax ; la poplitée ou la saphène quand le mal se montre à l'abdomen, au jjassin, aux organes génitaux, etc. L'auteur donne des préceptes sur chacune de ces phlébotomies, sur le choix des diverses veines du pli du bras, etc. On incisait quelquefois les veines du nez, de l'anus, etc. Mêmes remarques sur les ventouses sèches et scarifiées, leurs effets suivant leur forme, leur volume, leur applicatiou plus ou moins prolongée. Afin de dégorger les parties, quand le besoin s'en fait sentir, les scurilications pourront être profondes, en se servant de bistouris recourbés.
Les inflammations plus ou moins profondes fphlegmoneuses) ou superficielles (érysipélateuses) se manifestent par la douleur, la chaleur, la rougeur, la tumétaction, etc., accompagnées, suivant les cas, de phénomènes généraux (fièvre, etc.). Leur traitement consiste dans le régime, les médications internes, les saignées (veineuses ou artérielles), les scarifications avec ou sans ventouses, les topiques rafraîchissants (gargarismes, lotions, injections, cataplasmes, fomentations, etc.). Sous ce nom commun rafraîchissants sont compris des résolutifs, des astringents, comme le prouve leur énumération (poirée, laitue, figues, farine d'orge, feuilles d'ache, de ronces, d'oliviers, de grenadiers, etc.). Danger des métastases internes, surtout pour les érysipèles.
Les abcès ou apostèmes sont des collections purulentes ; notons ceux qui surviennent après un travail dépuratif ou une crise, et parmi eux ceux qui siègent près des articulations et de la mâchoire inférieure [Epid., 1. I, de Medico). Il décrit leur marche, leurs terminaisons, les effets plus ou moins avantageux des dépôts critiques. Cherchez à en obtenir la maturation; ouvrez-les quand le ramollissement est suffisamment étendu dans la crainte d'avoir des ulcères rebelles {voy. Coaques, Epid., 1. I, iv-v; de Morb., de Gland., Aphor.).
Les tumeurs sont très-variées : nous en voyons de dures et de molles, d'égales et d'inégales; les unes sont douloureuses et inflammatoires, d'autres indolentes, i Il en est qui contiennent du sang (avec ou sans contusions), du pus, de l'eau, des substances peu consistantes. Nous connaissons des tumeurs squirrheuses, écrouelleuses, cancéreuses. La gravité de celles-ci est considérable. Leur siège de prédilection chez la femme est la mamelle ; les hommes n'en sont point exempts.
Les plaies faites par des instruments bien tranchants guérissent sans inflammation marquée, pourvu qu'on en rapproche les lèvres avec des bandages qui en assurent la réunion. Bons préceptes sur leur application'. Les plaies contuses
' Commencez la compression à une certaine distance, aujymentez-la peu à peu à mesure que vous appioclieroz de la plaio, jusqu'à ce que vous parveniez à en mettre les bords en contact, car tel est le but final auquel vous devez arriver. Si les plaies occupaient les mem-
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suppurent; c'est un mauvais signe quand leurs bords n'ont pas une tinnéfaotion convenable, que leur surface ne devient pas vermeille, la vitalité languit. Quand l'inflamniation est établie, ne les fatiguez point en les sondant ; évitez tout ce qui peut les irriter ; les corps gras leur sonL nuisibles. Hippocrate ne prodiguait pas les topiques, et mentionne quelques onguents égyptiens. Ses liniments sont surtout faits avec des huiles dans lesquelles ont macéré durant assez longtemps du lis, des roses, de la myrrhe. La plupart des plaies, sauf celles des articulations, étaient lavées avec du vin.
Hippocrate n'oppdsait aux hémorrhagies que la compression exercée sur les plaies, au moyen d'épongés, de charpie dont il remplissait leur intérieur, en y joignant des réfrigérants, des astringents, etc. Quelquefois il avait recours au feu. Aussi porte-t-il un pronostic grave à propos des blessures qui atteignent de gros vaisseaux, spécialement ceux du cou. Les plaies qu'il regarde comme mortelles sont celles du cerveau, de la moelle spinale, du cœur, du diaphragme, du foie, de la vessie. Ces sentences aphoristiques n'avaient pas sans doute à ses yeux une valeur absolue {voij. sur tous ces points, de Morbis, de hoc, Predid., Apho)-., Epid., 1. VI, etc.). Le sang qui s'épaiicbedans mie cavité s'y altère et su corrompt {Aph., sect. 6.). Des cataplasmes étaient phicés sur les plaies enilnmmées.
Les ulcères D.-mi sont souvent confondus avec les plaies zp^ô^ara, surtout avec les vieilles plaies, dans rofiuscule de ulcei^ibus. On y distingue bien des variétés relatives à leur siège, leur étendue, leur profondeur, la forme, les liquides ou les croiites qui les recouvrent, l'aspect de leur surface, leur caractère rampant, rongeant, calleux, etc. D'après toutes ces circonstances, on met en usage des topiques très-divers ; on pratique des incisions pour rendre plus facile l'écoulement des liquides, changer la forme des ulcères. La compression, utile dans les ulcères œdémateux, peut encore rendre d'autres services; dans les ulcères variqueux, les veines tuméfiées sont désemplies par des piqûres. Les modes de formation des ulcères sont très-divers. Dans leur pronostic, tenez compte de la saison, du tempérament, du sexe, de l'âge, etc. Description des ulcères écrouelleux des enfants, de ceux qui, chez les adultes, succèdent à des tumeurs plus ou moins graves, à des pustules livides tourmentant davantage durant la nuit (épinyctides, etc.).
Pour les plaies, les ulcères, comme pour toutes les maladies chirurgicales, le régime, les médications internes doivent marcher de front avec le traitement locd. Durant la période aiguë des traumatismes, le régime sera celui des affections aiguës (alimentation peu abondante, légère, boissons adoucissantes) ; importance de tenir le ventre libre par des laxatifs, spécialement pour les ulcères qui réclament aussi des médicaments variés (voy. Prœdict., Aphor., Epid., 1. V et Yll, etc.). Nettoyez exactement la surface des ulcères avant chaque pansement ; danger des caustiques appliqués sur les tissus aponévrotiques ; cas oîi les solutions de continuité laissent de profondes cicatrices ; scarifications des parties oedémateuses, dans les oedèmes des pieds, etc.
Quelques préceptes épars relativement aux fistules en général, leur origine, leur évolution, le diagnostic, le pronostic. La guér;son est plus lente quand elles résident dans des parties cartilagineuses avec des clapiers où séjourne le pus. On
bres, on laissait couler le sang avec une certaine abondance, dans le but de diminuer l'inflammation et ses conséquences. On suivait avec beaucoup de soin la marche de la phlogose, ses suites, l'état des chairs, l'aspect du pus, afin d'y appliquer, selon les besoins, les émollients, les excitants, les détersifs.
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peut appliquer aux. fistules ce qu'il dit des ulcères des aisselles et des aines; ils sont rebelles par la stagnation des liquides dans leur profondeur.
L'opuscule de fistulis est bien plus explicite en ce qui concerne les fistules anales auxquelles il est entièrement consacré. Les moyens les plus efficaces pour en triompher sont les cathérétiques et la ligature.- Après avoir dilaté l'anus au moyen du catoptère ou spéculum uni, l'on introduisait dans le trajet fistuleux une mèche enduite de suc de titymale et de fleurs d'airain brûlé, et dans l'anus un gland de corne plein de terre cimolée. Le sixième jour, la mèche était retirée ainsi que le gland. On remplissait alors celui-ci d'alun pulvérisé, on le reportait dans l'anus, où il séjournait jusqu'à ce que l'alun fût fondu. La cicatrisation se complétait avec de la myrrhe. La ligature offrait un secours plus certain. Une anse de fil parcourait le trajet fistuleux et embrassait toute la partie décollée ; les deux chefs libres de l'anse étaient noués; on les rapprochait davantage à mesure que s'o|jérait la section de ce que l'anse du lien embrassait, jusqu'à ce que la section fût complète. Plus tard, le fil de lin a été remplacé par un fil métallique.
Les lésions précédentes peuvent être compliquées de la présence de corps étrangers qui doivent être enlevés dès qu'on le peut, quoique, dans certains cas, on les ait vu séjourner sans accidents. Hippocrate rapporte le fait suivant comme très-exceptionnel. Un homme reçoit un trait à l'aine; il pénètre très-profondément ; pas d'hémorrhagie, très-peu d'inflammation, pas de claudication. Le trait fut retiré après six ans.
Si nous voulons avoir une connaissance exacte de la doctrine fort avancée d'Hippocrate sur les plaies de tête, nous devons rapprocher de son livre de Capitis vulneribus plusieurs passages où il y revient. Ces traumatismes méritent notre attention, même quand ils paraissent peu considérables. La fille de Nérée reçoit un coup léger à la tête ; vertige, dyspnée, inflammation cérébrale, écoulement de pus par l'oreille, mort le neuvième jour [Epid., 1. Y). Parmi les lésions qui les accompagnent, signalons les fissures, les fractures plus ou moins profondes (bornées à la table externe, occupant les deux tables), les contusions des os, les empreintes et les ablations produites par des instruments très-aigus ou bien tranchants, les déplacements, etc. Il y a dans tout cela une foule d'espèces et de variétés. La lésion peut exister dans des points plus ou moins éloignés du point frappé (contre-coups). Le diagnostic exige qu'on examine le siège de la blessure, l'épaisseur et la consistance des os, le corps vulnérant, la violence du coup, les phénomènes présentés par le malade (éblouissements, vertiges ténébreux, chute, assoupissement, etc.). Plus tard, fièvre, délire, etc., spasmes qui se montrent du côté opposé à la partie blessée, etc. Explorez surtout la tête, partout où vous soupçonnerez l'existence du mal, avec les yeux, les doigts, la sonde, etc. Le diagnostic offre souvent des difficultés, même lorsque la portion lésée est à découvert ; quand elle est cachée et que les accidents apparaissent, ne craignez pas de débrider, d'inciser et de décoller les téguments et le péricrâne. Les fissures et les contusions peuvent vous échapper ; la rugine promenée dans tous les sens doit aider à les découvrir. On fera aussi usage d'une substance noire dont l'os sera enduit ; l'étendue de l'imbibition mesurera celle de la lésion indiquée bientôt par le contraste des teintes claires et foncées. Ordonnez au malade de serrer entre les dents, de la férule, vous constaterez peut-être un cliquetis. Vers le quatorzième jour, si les choses sont abandonnées à elles-mêmes, les chairs répondant à la contusion se détachent de l'os qui est livide, une tumeur douloureuse apparaît, la sanie corn-
mence à s'écouler, etc. Le diagnostic offre des incertitudes quand h blessure est près d'une suture; celle-ci pourrait être prise pour une fissure ; il a commis luimême cette erreur, llippocrate insiste dans plusieurs passages sur la valeur des signes de diagnostic et de pronostic, la rougeur des yeux, la surdité, la fièvre, les vomissements, la stupeur, le délire, l'écoulement involontaire de l'urine, la perte du sentiment et du mouvement ; des faits viennent à l'appui de ces propositions (voy. Aphor., sect. 6 et 7, Cocuj., Prœdict., Epid., l'exemple de Philistion, de Vuln. capit.).
L'hémorrhagie, la fièvre, l'inflammation sont de graves accidents que l'on doit prévenir et combattre. Quand des fragments d'os sont détachés sans lésions profondes, le danger est souvent moins grand que dans les contusions ou les fractures avec altération des parties sous-jacentes au crâne. Lorsque la rugiuc sufiit à enlever tout ce qui est contus et altéré, le péril est moins grand ; des cas où l'opération du trépan (à couronne ou perforatif) est indiquée sans retard. Excellents préceptes relatifs au manuel opératoire. Dès que vous avancez et que vous approchez des méninges, agissez avec circonspection; laissez une petite lamelle qui se détachera plus tard afin de ne pas les intéressera
La collection de Cos donne la preuve de coimaissances précises et étendues sur les traumatismes de la tète, particulièrement au point de vue de la pathologie. On employait trop largement la ruginc et le trépan en s'attachant trop, comme indication fondamentale, à la lésion du tissu osseux. Il est douteux que l'on songeât en trépanant à évacuer les liquides épanchés. Malgré l'autorité de Leclerc et de Sprengel, nous ne saurions interpréter positivement dans ce sens un passage du traité de Locis in hom. llippocrate redoutait déjà la trépanation sur les suturcs. Contre les céphalalgies opiniâtres, les chirurgiens recouraient, en dernier ressort, à l'application de huit cautères avec le fer chaud, deux à la nuque, deux à la racine du nez, deux vers les oreilles, etc., en brûlant les vaisseaux jusqu'à ce que leurs pulsations fussent éteintes. Parfois une incision circulaire pratiquée au front recevait de la charpie pour en écarter les bords et provoquer la suppuration. V hydrocéphalie est décrite dans le livre I de Morbis, et traitée, comme ressource extrême, par le trépan.
Dans ïophthalmologie, qui est fort incomplète, on s'occupe du renversement des cils en dedans, de plusieurs affections des paupières, de la conjonctive, de l'amaurose, etc. La thérapeutique est souvent fort active.
Les signes des polypes des fosses nasales sont assez nettement formulés (de Morhis, 1. II). Les polypes mous sont arrachés au moyen d'une éponge rendue solide : à l'aide d'une aiguille en plomb, un fd, passé de la bouche dans les fosses nasales, entraîne l'éponge qui les parcourt d'arrière en avant, vient heurter et rompre le pédicule de la tumeur. Quand celle-ci n'a pas trop de consistance, on porte autour de son pédicule une anse que l'on serre pour le mortifier et en déterminer la chute. C'est la ligature pratiquée par un procédé ingénieux qui réclame l'emploi d'une corde à boyau, d'une canule d'étain, d'une sonde fourchue, d'un spéculum, etc. Les polypes durs, volumineux, étaient attaqués par des fers brûlants renfermés dans des canules métalliques destinées à protéger les parties voisines. Dans quelques cas, les ailes du nez étaient incisées afin de rendre les manœuvres plus faciles. Après l'ablation de la tumeur, la plaie était cautérisée,
* Hippocrate enlevait pourtant quelquefois, dans son entier, la portion osseuse attaquée par la couronne de trépan.
BICT. EKC. XVL 17
258 CHIRURGIE (histoire de la).
les parties réunies par la suture. L'ozène, attribuée à un ulcère, se traitait par la cautérisation et la poudre d'ellébore'.
Les dents ébranlées sont fixées par un fil aux dents voisines ; cautérisation de celles qui ne sont que douloureuses ; arrachement dans les cas seuls réclamés par la carie {de Affectibus) .
Dans l'hypoglosse ou grenouillette, le chirurgien prescrit des gargarismes, des applications chaudes, provoque la suppuration, ouvre l'abcès, termine la curation par l'application du feu {de Morb., 1. II). Les abcès des amygdales sont ouverts avec le feu ou le bistouri. Quelquefois les vomitifs font évacuer le pus provenant de l'arrière-gorge ou de parties plus profondes {Ëpid., 1. II). Diverses affectionspeuvent se montrer dans la luette ; dans la tumeur œdémateuse, excisez la pointe et pressez la tumeur contre le palais; s'il y a une inflammation très-aiguë, avec menace de suffocation, incisez-la en y plongeant un instrument très-aigu {de Morb., 1. II, de Affecl.). Lorsque vous rencontrez des indurations, incisez-les surtout quand elles offrent une sorte de pédicule. Dès qu'une angine s'accompagne d'un gonflement tel que la suffocation est imminente, portez un tube dans la trachée et insufflez de l'air avec une vessie [de Morb., II).
Hippocrate décrit les signes qui annoncent la formation de Vempyème. Quinze jours après l'époque de son apparition, il cherchait à s'assurer de son existence et du siège de l'épanchement par le bruit que la succussiou déterminait; lorsque ce bruit manquait, la douleur et la tuméfaction servaient de guides. On n'hésitait pas à opérer, et, dès qu'on le jugeait nécessaire, la poitrine était ouverte hardiment, quelquefois avec le cautère actuel, le plus souvent avec le fer, plus près de la partie postérieure que de l'antérieure ; le danger était moindre du côté gauche (la rate remonte moins haut que le foie). Un bistouri large incisait les téguments ; l'incision plus profonde se faisait avec une lancette enveloppée de fil jusque près de sa pointe. Après l'écoulement d'une certaine partie du liquide, une tente fermait l'ouverture, était retirée et remplacée chaque jour, jusqu'à ce que l'empyème fut peu à peu vidé complètement. Alors des injections de vin et d'huile pratiquées deux fois par jour, et séjournant d'un pansement à l'autre, nettoyaient la cavité. Une canule d'étain qui s'enfonçait de moins en moins à mesure que la cavité se resserrait complétait la guérison. Le pronostic se déduisait de l'aspect du pus de bonne nature ou bien ténu, verdâtre, fétide, de la fièvre, etc. Opération analogue pour l'hydrothorax. On attachait une si grande importance à l'évacuation progressive du liquide et à l'obturation de l'ouverture que l'on eût plus d'une fois recours à la perforation d'une côte avec un trépan aigu, l'obturation devenait plus facile et plus rapide (voy. de Intern. affect., de Morh., de Lacis in hom., Aphor.).
Ce qui est relatif à l'empyème est remarquable, la science a longtemps rétrogradé. Les procédés recommandés aujourd'hui rappellent, en les perfectionnaiit> les préceptes d'Hippocrate.
Les Grecs pratiquaient aussi avec le fer et le feu la paracentèse abdominale en se basant sur les mêmes principes. L'ascite provient d'une affection du foie ou de la rate. Dans le premier cas, huit moxas étaient appliqués en briilant une espèce de champignon, l'eau était évacuée en plusieurs fois, comme pour l'empyème, suivant
* Hippocrate attaquait donc les polypes par des procédés variés, suivant les circonstances, et analogues à plusieurs de ceux qui ont été employés après lui (arrachement, ligatures, caustiques, cautère actuel). On avait le soin de les détruire en entier, aux points où ils s'inséraient, alm d'éviter leur reproduction.
CHIRURGIE (histoire de la.). 259
l'axiome posé au vingt-septième aphor., sect. 6. Dans le second cas, les incisions et les eschares am-ont moins de profondeur (voy. de Affect. int., de locJ). On scarifiait les bourses et les membres infiltrés de sérosité.
Le cancer des mamelles est incurable {Prœdict., 1. II); les ablations des tumeurs mammaires devaient être rares. Les abcès mammaires réclament l'incision {de Morb. mid., 1. II).
Quand les abcès du foie, ouverts par le fer ou le feu, donnent un pus blanc et
homogène, le pronostic est favorable; s'il ressemble à du marc d'huile, c'est un
1 signe mortel {Aph. 57, 1. YII, Coaques); Vépiploon sorti par une plaie, se mortifie.
L'auteur du traité de Affect. int. décrit avec exactitude Vaffection calculeuse des reins (douleurs rénales, lombaires, testiculaires, sable dans l'urine, dysurie, etc.) ; traitement actif. Quand un abcès se forme et se traduit bien à l'extérieur, la néphrotomie, malgré sa gravité, devient la seule chance de salut. La néphrite se manifeste aussi sous une autre forme et dépend alors de la rupture des vaisseaux. Douleurs violentes, urines sanguinolentes, ensuite purulentes; les efforts accroissent le mal. S'il se forme un abcès caractérisé par une tumeur dans le voisinage de l'épine, videz-le à l'aide d'une incision profonde pénétrant jusqu'au foyer. Le malade peut guérir lorsque l'abcès se fait jour par le rectum (l'intestin droit). Cette affection entraîne souvent la phthisie rénale.
L'opuscule de fistulis contient quelques détails sur la chute du rectum (voy. aussi Prorrhét., 1. IL). Des ponctions et des incisions dégorgent les he'morrhoïdes , que l'on peut détruire par le feu ou la ligature. Conservez une de ces tumeurs, afin de ne pas supprimer entièrement une voie de dérivation ménagée pai" la nature {Aph. 12, sect. 6; de Vict. rat. in acut.). Dans l'opuscule sur les hémorrhoïdes, on prescrit leur suppression totale.
Nous pourrions recueillir quelques remarques éparses sur les maladies des voies urinaires. Le canal de l'urèthre est parfois le siège d'une tumeur (fOpa) qui suspend le cours de l'urine. Quand un abcès se forme, se vide et que les uxnnes s'écoulent librement, le malade guérit, etc.
Les traités relatifs aux accouchements, aux maladies des femmes, etc., fourniraient d'intéressants matériaux concernant la pathologie et la thérapeutique chirurgicale des organes génito-urinaires de la femme (métrites, tumeurs et hydropisies utérines, traumatismes, etc.). La chute de l'utérus présente trois degrés, selon que le corps de la matrice devient facilement accessible au toucher, qu'il se laisse apercevoir à l'orifice du vagin, que la chute est complète. L'exposition des signes de cette lésion est suivie de la thérapeutique. On avait recours à la position (les pieds plus relevés que la tête), à des applications froides et astringentes (fomentations, cataplasmes, etc.), à la réduction avec la main, ù un régime léger. D'après cette opinion singulière que la matiice est sensible aux odeurs, des substances fétides étaient placées aux parties sexuelles, des parfums aux fosses nasales, afin que l'utérus se reportât en haut. Lorsque le prolapsus se trouvait complet, après avoir usé des moyens précédents (fomenlalious fioides, décoctions de gï'enade dans du vin, réduction avec la main, etc.), ou introduisait dans l'utérus de la myiThe et du miel, et la malade était couchée les cuisses éten-
* Hippocrate connaissait les dangers attachés à la pénétration de l'air dans les cavités enflammées, l'innocuité bien plus grande des solutions de continuité, quand la peau est respectée; la notion de cette loi générale qui nous a conduit aux opérations sous -cutanées, lui a dicté ses préceptes relatifs à la réunion immédiate, aux paracentèses thoiaciques et abdominales, etc.
tlues et plus élevées que la tète; pas d'aliments durant sept jours. Quand, après ce temps, les parties n'avaient pas repris leur place normale, la malade, liée à une échelle la tête en bas, était secouée, la main du chirurgien travaillait à la l'éduction. La patiente restait couchée pendant vingt-quatre heures, les cuisses rapprochées et fixées ensemble. Le lendemain, application très-prolongée d'une large ventouse à la hanche, afin de relever la matrice. Diète sévère pendant sept jours; séjour absolu au lit durant quarante, etc. (voy. de Morb. muliebr., 1. II; 4e Nat. muliebr.; de Super fœlat., etc.).
Les études attentives faites sur les os, les articulations, leurs mouvements, leurs traumatismes, etc., expliquent l'état avancé de la science relativement aux fractures et aux luxations. Avec ces secours et son génie, Hippocrate a pu écrire ses deux traités si remarquables qui, dans le fond, n'en forment qu'un, de fractis, de arliculis; car, dans l'un et dans l'autre, il s'agit également des luxations et des fractures.
Les fractures présentent de nombreuses différences par rapport au siège (membres supérieurs ou inférieurs, face, tronc; partie moyenne ou extrémités); à la direction, aux déplacements, aux complications, etc., elles sont importantes pour le diagnostic, le pronostic, le traitement, sur lesquels on donne d'abord quelques principes généraux. Faites la réduction et placez l'appareille plus promptement possible : si l'inflammation est survenue, attendez qu'elle soit calmée; la réduction réclame l'extension, la contre-extension, la coaptation. Les extensions doivent atteindre le degré convenable; la position sera la plus naturelle, celle où les résistances seront le mieux surmontées avec le moins d'efforts ; les mains des aides valent mieux que les machines ; le choix tombera sur les plus simples, quand elles seront indispensables. La réduction est maintenue avec des attelles, des bandes roulées, des éclisses ou attelles {férules), des compresses, etc. Les férules seront légères, arrondies aux extrémités, plus épaisses aux points fracturés, un peu plus courtes que l'appareil, et ne porteront pas sur les éminences osseuses; celles qu'il faudra disposer vis-à-vis les saillies des fragments seront plus courtes que les attelles. Les parties seront bien maintenues sans être comprimées. Sages préceptes sur les époques, les circonstances où l'on doit visiter les appareils (qui seront toujours surveillés), les serrer, les relâcher, les modifier, etc. Lorsque l'appareil contentif ne suffit point, recourez à l'extension permanente, mais ne fixez point les liens extenseurs au pied du lit, ils seraient sans effet. Hippocrate décrit une machine ingénieuse pour obtenir cette extension. Lorsque la complication des fractures consiste dans une plaie simple, l'appareil ordinaire convient : la plaie est recouverte d'une substance gi'asse (sorte de cérat), sur laquelle se place une compresse pliée en double; les éclisses sont supprimées au début et ne trouvent leur place que plus tard. Les bandeS'^ les compresses sont plus nombreuses, moins serrées. Les abcès, les solutions de continuité, les gangrènes peuvent survenir durant le traitement; surveillez, constatez les signes qui les annoncent, portez-y remède.
L'issu&<des os est une grave complication ; tâchez alors de les réduire (préceptes étendus et judicieux à ce sujet; cependant il propose, au besoin, des manœuvres dangereuses à l'aide des leviers, ce qui contraste avec les autres conseils qu'il a donnés). Si les tentatives de réduction ne réussissent pas, n'insistez point, vous aggraveriez le mal en provoquant des inflammations plus intenses, des convulsions, le tétanos, etc. Les parties de l'os non réduites qui piquent et
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irritent les chairs seront retranchées, surtout si elles sont dénudées. Toute dénudatiou (il en énumère les cas) est suivie de la mortification et de la séparation des portions dépouillées.
Les fractures du bras et de la cuisse, avec issue de l'os, sont fréquemment mortelles, à cause du volume de ces os, de la moelle, des lésions vasculo-ncrveuses, musculaires, etc. La réduction est suivie de convulsions; si elle n'est pas faite, les fièvres, les phlogoses, la gangrène surviennent. Ne la tentez que dans les meilleures conditions et seulement dans les premiers jours; abstencz- -vous le plus souvent, mettez les parties dans le relâchement, etc.
L'auteur s'occupe des fractures en particulier; nous voyous Ici préceptes précédents appliqués aux fractures du bras, de l'avant-bras, de la cuisse, de la jambe, avec l'indication des extensions, de la position, de la durée de la formation du cal, etc. Les fractures de la cuisse et de la jambe se traitent fort bien avec des attelles et sans gouttières; celles-ci doivent s'étendre jusqu'au pied; la cuisse, la jambe, le talon y seront solidement fixés, afin d'éviter la cambrure du membre et la saillie des fragments en avant.
Fractures du nez. Relevez les os par les fosses nasales; évitez les bandages compliqués dont on se servait joowr se donner du relief. Maxillaire inférieur, variétés avec ou sans déplacement; son bandage. Disjonction de la symphyse chez les enfants. Rupture du cartilage de l'oreille. Un mot sur le ganglion. Fracture de la clavicule. N'essayez point d'abaisser le fragment thoracique qui semble relevé, comme le prescrivaient ses contemporains. Le déplacement appartient surtout au fragment externe ou humerai; relevez-le en élevant le membre entier. Bons conseils pour la réduction, pour maintenir le membre en le relevant avec une fronde ou une écharpe. Décollement de l acromion, fractures des côtes. Rien de plus aisé que le traitement de ces traumatismes quand ils sont simples. Les contusions, les complications ont plus d'importance que la fracture même, à cause des lésions des parties profondes, manifestées par la toux, l'hémoptysie, les suppurations, etc. Prescrivez alors la diète, les saignées, les liniments, des compresses larges, un bandage compressif. Ces moyens, entre autres le bandage, sont plus ou moins longtemps continués selon la durée et l'intensité des accidents. La contusion peut donner lieu à la tuméfaction, des abcès, la carie, etc., qui peuvent réclamer l'emploi du feu. Les fractures sont des traumatismes parfois très-intenses, qui exigent un régime, un traitement général analogue à ceux des autres lésions du même genre ; ce traitement a une haute importance.
Les luxations, étudiées avec autant de détails, d'exactitude, de sagacité, nous offrent le même intérêt. L'auteur commence par les luxations du bras. Il a observé souvent la luxation en bas, mais il n'a jamais vu les déplacements en haut, en arrière, en devant, et doute de la possibilité de ce dernier, contrairement à l'opinion de ses contemporains. Il fait connaître les signes de ces luxations, et donne une série de procédés plus ou moins simples pour la réduction. Dans quelques cas, le chirurgien se sert de ses doigts, de son talon ; dans d'autres, il a recours à un pilon, une porte, une échelle, ou, mieux encore, à la machine connue sous le nom d'ambl. Réflexions très-intéressantes sur les difficultés plus ou moins grandes de la réduction, les soins à prendre pour éviter les accidents, les récidives, fortifier les articulations. Luxations spontanées du bras. Elles surviennent sans traumatisme. La plupart de ses contemporains ne les traitaient point; d'autres appliquaient le feu dans des points peu convenables;
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examen des lieux et des procédés de cautérisation que l'on doit choisir; altérations de la nutrition du membre quand la luxation n'est pas réduite, pouvant aller jusqu'au raccourcissement. Luxations du coude en arrière, latéralement; difficultés extrêmes du déplacement en avant; signes; réduisez au plus tôt. Diastasis des deux os. Luxations du poignet en avant, en arrière, sur les côtés. Luxations des doigts. C'est dans les luxations, plus encore que dans bien des fractures, qu'il faut diriger avec intelligence les extensions, les contre-extensions, les coaptations; qu'il faut agir dès qu'on le peut. Luxations de la mâchoire inférieure, rarement complètes; procédé de réduction. Ce qui se rapporte aux luxations en particulier demanderait des rectifications nombreuses, mais il n'y en a pas moins des considérations très-remarquables pour son époque. Luxations de la cuisse d'après leur ordre de fréquence : en dehors, en dedans, en avant, en arrière. La cuisse luxée en dedans est plus courte, fléchie; la fesse est aplatie, la tête de l'os saillante en dedans : bonne description analogue des autres luxations. Pour le traitement, l'auteur mentionne les lacs cxtensifs placés aux pieds, aux genoux; les liens contre-extensifs appliqués au l)assin; on obtenait ainsi, par des moyens analogues aux nôtres, des extensions graduées fort recommandées, en y mettant beaucoup d'insistance. Les mains des chirurgiens opéraient la coaptation. Ici se trouve la description du hanc d'Hipjiocrate, machine commode pour les luxations fémorales, mais « qui peut servir pour d'autres luxations, auxquelles on l'adapte en y introduisant avec intelligence quelques modifications. » D'autres procédés peuvent encore être suivis dans certaines occasions. Quand la luxation existait en dedans, le malade, par un mécanisme assez compliqué, était suspendu à une poutre : un homme adroit et vigoureux se suspendait à la cuisse, dont son avant-bras embrassait la partie supérieure et repoussait la tête de l'os en dehors, pratiquant tout à la fois l'extension et la coaptation. Hippocrate mentionne aussi le procédé de l'outre insufflée, bien peu actif, en y joignant même l'extension et la contre-extension. La suspension, ne convient point dans les luxations en dehors, car c'est dans ce sens que l'avant-bras de l'opérateur repousserait la tête du fémur. Lorsque le déplacement a lieu en dehoi's, on fait l'extension et la contre-extension; un levier, placé un peu au-dessus du gras de la fesse, porte en dedans la tête du fémur et la ramène dans la cavité cotyloïde. Signes des deux autres espèces de luxations, traitement. Détails sur les lésions matérielles et fonctionnelles sui'venant à la suite de ces luxations non réduites. Luxation en dedans : « Les malades pirouettent sur le côté luxé et se reportent sur le côté sain ; le flanc et le voisinage de l'os luxé sont caves et obliques, etc. » La luxation spontanée de la cuisse, quoique non mentionnée, a dû être observée par lui; on peut le présumer du moins, d'après ce qu'il dit de ceux qui ont vu survenir cette luxation à un âge peu avancé, par une cause externe ou même interne. Le membre est amaigri, plus décharné, l'os même reste plus court; les os ne prennent point tout leur accroissement. Chez les adultes même, le membre sain ne reprend pas ses forces, le membre malade ne recouvre une partie de ses fonctions qu'après un long temps, des exercices bien dirigés, etc. ' (Consultez les textes pour tous ces
* Les suites des luxations non réduites varient selon le sens du déplacement, et diverses circonstances qu'Hippocrate passe en revue, en examinant ce qui survient à la cuisse, à la jambe, au pied; les causes de leurs déviations, de leurs atropines; les influences du repos forcé, des exercices; les moyens mis en usage par les malades pour maixher, en se servant de bâtons, s'infléchissant, prenant avec les mains des points d'appui sur les hanches, etc. Il
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■objets et pour les détails étendus relatifs aux luxations du genou, du pied, des ■orteils.)
Les deux cuisses peuvent, dès Tenfance, être luxées en dehors; alors les accidents existent des deux côtés; il y a claudication double, les fesses sont relevées ; mais les cuisses sont peu amaigries ou normales, parce que le malade en fait usage. S'il n'existe ni carie ni gibbosité au-dessus des hanches, la sauté peut être assez solide.
En examinant les longs développements donnés par Hippocrate sur les manœuvres relatives à la réduction des divei'ses luxations du fémur, sur les procédés nombreux et variés qu'il décrit en expliquant leur mécanisme, leurs avantages, leurs inconvénients, sur les soins consécutifs, les moyens de contention, etc., l'on reconnaît qu'il avait parfaitement saisi les indications fondamentales. Règles pour le régime, le traitement général. Complications. L'auteur du traité de Arilcidis redoute beaucoup la réduction des luxations du pied et du poignet avec issue des os. Laissez ce procédé à ceux qui voudront s'en •charger, car la plupart des malades périront. En ne faisant pas la réduction, le plus grand nombie sera sauvé. Mode de pansement de la plaie : mélange de poix et de cérat, compresses trempées dans du vin chaud (ce liquide joue un rôle important dans la thérapeutique des plaies) .
« Il est des luxations qu'on aperçoit dès la naissance : si elles ne sont pas •considérables, on peut les réduire, surtout celles du pied^ » A côté de cette première mention des luxations congénitales, on lit celle du pied bot, « qui n'est pas précisément une luxation. » Afin de le guérir, combattez-le de bonne heure, avant l'atrophie, les déformations trop grandes des os et des chairs. Les parties sont comme une cire molle à laquelle on redonne sa forme par des extensions, des tractions bien dirigées, qu'il expose soigneusement; les bandages doivent continuer l'œuvre des mains; ce sont des bottines, ou bien des appareils formés d'une sandale à laquelle se fixait une bande remontant derrière le talon jusqu'au gras de la jambe et rendant au membre sa rectitude, etc. Ces .procédés rappellent ceux de la fin du dix-huitième siècle. Études sur les traumatismes violents des membres, les mortifications plus ou moins étendues des .parties molles et des os ; sur le mécanisme, les phénomènes, la durée de la séparation même dans le cas de sphacèle entier d'un membre, etc.
Hippocrate étudie longuement les déformations de l'épine, les gibhosités; il ■réunit dans un même tableau les déformations traumatiques et celles qui sont dues à d'autres états morbides. Ses descriptions sont souvent confuses, et cepen-
compare ce que l'on voit ici avec ce que l'on rencontre dans le membre supérieur, cherche des applications anatomiques et physiologiques, des lois et des principes dont la pratique pourra profiter « si la luxation en dehors survient avant le terme de l'accroissement ou par maladie, il s'ensuit pai'fois de longues suppurations et la carie. Le fémur ne croît point comme du côté sain et reste plus court; la jambe et le pied sont moins atrophiés. Ces phénomènes sont moins marqués que pour la luxation en dedans, parce qu'on marche moins péniblement. Sous ce rapport, les enfants bien soignés et chez lesquels le membre peut se livrer à un exercice convenable, se montrent beaucoup mieux partagés. » Hippocrate connaissait comme nous et mieux que ses successeurs, l'importance des exercices et d'une orthopédie bien dirigés, après les luxations de divers genres dont on n'avait pu obtenir la réduction.
' Hippocrate connaît trois ordres de luxations (tra;unatiques, spontanées, congénitales). En rapprochant divers passages de ses écrits, on trouverait des détails importants sur ces dernières. Dans ses aphorismes, il mentionne les déplacements qui surviennent dans les tumeurs l)la;iL;hcs de la hanclie [voij. Lallemand, Traduct. des aphorismes). Le vieillard de •Ces savait réduire quelques luxations congénitales.
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dant ou sent qu'il a eutrevu assez nettcmeut plusieurs distinctions importantes. •Quiuul la gibbosité dépend d'une maladie, elle peut être monis grave que celle qui se rattaclie à de violents traumatismes, surtout si la courbure est arrondie et non angulaire. 11 y a des différences selon que la gibbosité se manifeste dans l'enfance ou quand l'accroissement est complet, qu'elle dépend directement des vertèbres, d'épancheraents dans la poitrine, de luxations en dehors (ce qui est presque impossible) ou en dedans (fait encore rare), de fractures simulant une luxation. Les symptômes dépendent des compressions, des irritations des organes Iboraciqucs, abdominaux, des vaisseaux, des nerfs, de la moelle spinale, et varient selon le siège sus ou sous-diaphiagmatique de la lésion. Ce sont des dyspnées, des douleurs pectorales, des tubercules pulmonaires ; des douleurs dans les reins, les lombes; des paralysies des membres supérieurs ou inférieurs, de la vessie, du rectum, etc., des abcès graves qui viennent se faire jour au dehors : tout ceci se voit après les traumatism.es, les courbures angulaires; beaucoup de ces symptômes manquent dans les gibbosités aiTondies survenues progressivement. Hippocrate a sans doute observé les traumatismes, le mal de Pott, des déviations d'un autre genre, peut-être le rachitisme (bien qu'on l'ait nié absolument). L'auteur blâme sévèrement le traitement brutal et irrationnel des ignorants et des charlatans qui attachaient le patient à une échelle qu'on laissait tomber verticalement d'une grande hauteur. Il propose des procédés divers dans lesquels on combinait des extensions et des contre-extensions douces, graduées, avec des pressions exercées à l'aide de la main. Hippocrate ne paraît pas leur accorder beaucoup de confiance. Les luxations en dedans sont le plus souvent incomplètes; une mort rapide suit un déplacement un p-îu considérable. Signes de ces accidents. Commotion.de la moelle épinière.
Tel est notre aperçu sur les connaissances chirurgicales d'Hippocrate. Il est court, si l'on a égard à l'importance du su^et, car nous y trouvons un point de départ pour apprécier les travaux postérieurs. Aussi renvoyons-nous aux textes, avec les traductions, les arguments, les remarques de Littré, et même à l'exposition très-étendue, souvent exacte, de Dujardin {Hist. de la chirurgie)^. Dezeimeris a sans doute jugé ainsi cette dernière, car il lui a fait les plus larges emprunts, transcrivant fréquemment ou analysant les passages les plus saillants {voy. son article Hist.de la chirurgie, dans son Dict.hist.).
Il est probable que divers documents nous manquent encore, car plusieurs écrits chii'urgicaux de cette époque se sont perdus. Hippocrate ne parle point des amputations, ou se borne à les effleurer. Nous apprenons que l'on amputait seulement les membres gangrenés, que la section portait sur les articles dans les parties mortiliées, en se rapprochant du vif et laissant à la nature le soin de séparer les parties frappées de mort. Ce que l'on craignait, c'était une syncope mortelle, c'està-diic Ibémorrhagie. Pour la prévenir, le membre était tenu relevé ; les rafraîchissants,le régime s'adjoignaient à la position ; les moyens hémostatiques avaient peu de valeur. Tout ce qui concerne l'ophthalmologie, les plaies de la poiti"ine, de l'abdomen, etc. est incomplet : pourtant certains fragments doivent nous faire penser que ces sujets étaient mieux connus qu'on ne le penserait tout d'abord. Quelles méthodes suivait-on pour la /ii/iotomie? Hippocrate ne la mentionne dans son serment, que pour faire jurer à ses élèves de ne pas la pratiquer. Devons-nous supposer, avec quelques commentateurs que le passage est interpolé ou altéré?
* Voy. la partie intitulée Chirurgie d'Hippocrate, t. I, p. 196 à 295, in4°. Nous avons substitue à l'ordre suivi par Dujardin, un ordre analogue à celui de Dezeiuieris.
CHIRURGIE (histoire de li), 265
Il est probable que le vieillard de Cos ne voulait point que ses disciples consentissent à faire une opération que le défaut de connaissances anatomiques devait rendre presque toujours funeste.
La plupart des médecins qui ont écrit sur Ilippocrate se sont attachés surtout à ses écrits médicaux, sans songer à ; es œuvres chirurgicales qui sont un des plus beaux fleurons de sa couronne, et achèvent de mettre en relief le caractère de son génie'.
1" De son temps, l'anatomie, presque entièrement ignorée, était encombrée des plus graves erreurs; l'observation clinique, malgré ces obstacles, découvre une ioule de vérités qui auraient pu les rectifier ou du moins soulever des doutes; l'anatomie les explique aujourd'hui.
2" Dans ses travaux chirurgicaux, Hippocrate déploie au plus haut degré son talent d'observateur. Il suit pas à pas l'évolution des états morbides qui se passent sous ses yeux, contemple les périodes des inflammations, desplaies, des traumatismes, des tumeurs extérieures, etc. , constate que ce qui se montre manifestement au dehors se reproduit plus obscurément au dedans, avec des modes analogues, de sorte que les pathologies externes et internes sont jetées dans un même moule, s'éclairent mutuellement, que la médecine et la chirurgie sont inséparables. Il voit les actes profonds se transportant progressivement à l'extérieur, ceux qui siègent dans les parties externes se dirigeant ensuite au dedans. C'est ainsi que les évolutions des divers étatsmorbides sedéroulent, d'une part, sous leur aspect commun, de l'autre, sont toutes lesvaiiétés que le siège leur imprime. On est étonné de la masse de détails minutieux qu'il a recueillis sur tant de points, qu'il fait passer sous nos yeux, et de l'art avec lequel il les rapproche, les coordonne, les enchaîne par des liens simples et légitimes (nous en avons ébauché l'esquisse à propos des plaies de tètes, des fractures, des luxations).
3° Nous pouvons mieux approfondir son naturisme. Le vieillard de Cos étudie la marche de la nature dans tous ses actes, et en rédige les lois. Fidèle au précepte proclamé plus tard par Bacon, Nahira non imperatur nïsi parendo, il profite de ces lois afin d'arriver au résultat désiré. Quand elle suit une marche utile, on l'aide dans ses efforts; quand elle s'en écarte, on la pousse par douceur, insinuation, violence même vers les voies qu'elle devrait suivre, qu'elle a suivies dans d'autres cas. L'aphorisme quà nalura vergit eà ducendum, peut s'interpréter largement : conduisez-la vers le point où elle tend, où elle devrait tendre. Souvent, en chirurgie surtout, la lutte s'établit avec l'organisme, momentanément, afin d'avoir son aide un peu plus tard ; le chirurgien se substitue à lui et fait ce qu'il ne saurait faire. Presque tout est artificiel dans la réduction des fractures, des luxations, dans la manière de les maintenir. Cela fait, la nature se meta l'œuvre et doit être dirigée. Que d'études pour diminuer les résistances, les vaincre avec peu d'efforts; tout cela exige l'association de beaucoup de raisonnements et d'expériences : cette association est au plus haut degré dans Hippocrate ; aussi le voyons-nous fréquemment devancer les siècles et poser les règles larges et précises dont l'exactitude n'est parfaitement reconnue qu'aujourd'hui. Il sait régler l'excitation, l'augmenter quand elle languit, en combattre la trop grande vivacité, réunir immédiatement les parties nettement divisées, faciliter la suppuration quand elle est nécessaire, évacuer les liquides ramassés même
* Plusieurs auteurs éminents ont cependant, à diverses époques, reconnu la valeur des travaux hippocraliques relatifs à la chirurgie. La science contemporaine y a découvert bien des richesses, à peine soupçonnées jusqu'ici ou complètement méconnues.
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dans les parties profondes, etc. Le traitement chirurgical et médical, général ou topique marchent de concert. Préférant autant qu'on le peut, les moyens simples et doux, on ne craint point les médications énergiques réclamées par diverses circonstances ; on ne recule pas devant de grands coups à frapper, en ayant recours à des manœuvres vigoureuses, aux machines, au fer et au feu. A côté de l'hygiène, de l'hygiène thérapeutique, se placent les médicaments, mais ces moyens ne suffisent pas toujours ; les maux qui leur résistent peuvent céder au fer; ce que le fer ne guérit point, est attaqué par le feu ; sans cela, le mal est i incurahle (aphor.).
C'est surtout dans ses études chirurgicales qu'Hippocrate a puisé cet amour des choses positives et pratiques qui forme le caractère dominant de ses écrits : « c'est par l'œuvre et les connaissances précises que se distingue le médecin. La nature, c'est-à-dire l'organisme vivant, suit en toutes choses une marche régulière, soumise à des lois très-générales que l'observation seule peut saisir, et dont le raisonuement démontre ensuite la sagesse. Par l'application constante, soutenue, réitérée, de tous nos sens, de tous nos moyens d'exploration, que l'intelligeuce dirige, nous pouvons voir comment les choses se passent, et déterminer leurs enchahiements. Or tout cela est plus facile pour les maladies externes où ces explorations se présentent d'elles-mêmes, où les sens viennent successivement agir et se prêter leur concours. Lorsque ces lois sont découvertes, on les transporte aux organes situés plus profondément ; on chei'che à y introduire les examens physiques (par lapalpalion, la percussion, la succussion, les bruits perçus, la mensuration, etc.) ; les excrétions sont étudiées avec les modifications qu'elles peuvent offrir, etc. C'est ainsi que, par des inductions légitimes, nous jugeons les œuvres cachées de la nature, par les signes qui les manifestent. Tantôt les lésions externes se rattachent à des états généraux de l'organisme ; tantôt elles suscitent ces derniers par sympathie, par déplacement, etc. Dans les organes internes, on rencontre également des ruptures, des déchirures, des congestions, des épanchcments aqueux, sanguins, purulents, des inflammations superficielles ou profondes, des ulcérations, des douleurs nerveuses ou musculaires, des catarrhes, des rhumatismes, etc., qui se déplacent en conservant des caractères analogues, etc. )) L'observation clinique met en évidence bien des faits que l'anatomie et la physiologie si imparfaites alors ne pouvaient expliquer ou auraient pu même faire rejetter ; mais on les accepte, parce qu'on ne peut pas les contester.
Depuis quarante ans, les travaux chirurgicaux d'Hippocrate ont été l'objet d'études multipliées, longues, consciencieuses ; cette œuvre se poursuit encore avec persévérance et fournit des résultats aussi utiles qu'inattendus. On a mis eu relief tout ce que nous avaient transmis nos prédécesseurs, parmi lesquels onpeut compter les plus grands maîtres, qui ont été dépassés. Lallemand [Tradiic. des aphor.) a fait ressortir plusieurs points intéressants relatifs aux maladies des os, de l'axe cérébro-spinal, des organes des sens, des appareils génito-urinaires ; rapprochée des autres phénomènes, l'inspection des urines fournit des signes utiles pour décider si la lésion siège dans les reins, la vessie, ou dans tout l'organisme; le livre II de morbis contient un tableau saisissant du tabès dorsalis produit par des pertes séminales, etc. Des hommes émincnts qui se sont particulièrement occupés de certaines spécialités, orthopédie, ophthalmologie (entre autres Sichel) ont rappelé des distinctions pathologiques et thérapeutiques qm n'avaient point échappé au chef de l'école de Cos. Littré, dans ses notes et ses arguments, a réuni, discuté, éclairci, agrandi ce qui avait été fait déplus impor-
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tant jusque-là. Si nous ne partageons pas toujours ses idées relativement à la doctrine médicale d'Hippocrate, nous sommes souvent d'accord avec lui, en ce qui concerne la partie chirurgicale : ses livres méritent ici une attention spéciale ; on doit consulter aussi les auteurs qu'il a cités. M. Littré nous a donné quelques planches; mais pour connaître les appareils, instruments, etc. hippocratiques, nous devons recourir aux armameniariums. Nous aurons du reste à revenir sur tous ces sujets. M. Littré apai'faitement jugé les deux traités de fractis, de artieidis : « Ces deux ouvrages sont le grand monument de la chirurgie antique, c'est un modèle pour tous les temps. Connaissance profonde des faits, appréciation judicieuse des procédés, critique saine et vigoureuse, sagesse qui craint autant la timidité que la témérité, style d'une élégance sévère qui est la vraie heauté du langage scientifique, telles sont les qualités supérieures qui font de ces deux traites, une des productions les plus précieuses de la science et de la littérature grecques » (Littré. Argument du livre De articulls, t. IV, p. 75).
Nous passerons sous silence, toute cette partie considérable de la collection de Cos, renfermant les accouchements, les maladies des femmes, etc. , quelle que soit son importance.
Article III. Troisième époque. Depuis Hippocrate jusqu'après Celse. Cette époque embrasse plus de trois siècles, compte des chirurgiens érainents et des progrès considérables accomplis du moins dans plusieurs directions. Mais, à l'exception de quelques écrits des contemporains ou des successeurs immédiats d'Hippocrate, tels que certains cnidiens, Thessalus son fils, Polybe son gendre, auxquels on attribue, sans pouvoir bien préciser, plusieurs traités appartenant à la collection, on ne connaît les autres que par les témoignages de Celse, Galien, des compilateurs, etc., ou par quelques fragments qui nous ont été conservés.
Première période. Contemporains ou successeurs d' Hippocrate jusqu'à la fondation de V école d'Alexandrie. Nous omettrons les membres de la famille d'Hippocrate, Platon, Aristote, etc. pour signaler seulement les suivants : Ctésias guérit Artaxerce-Memnon d'une blessure reçue à la bataille de Cunaxa, et proclame, contre le sentiment d'Hippocrate, l'inutilité de la réduction des luxations fémorales, parce que la tête de l'os ne peut être maintenue dans la cavité cotyloïde (voy. Gai. Comm. 4 in lïbr. de artic.); Philistion, maître d'Eudoxe le Cnidien traite par les émollients, les ulcères anciens et sordides, et invente une machine pour réduire les luxations. Marchant sur les traces d'Hippocrate, Diodes de Caryste s'occupe d'observations plutôt que de théorie, écrit sm* l'hygiène, les médicaments, invente un instrument qui conserve son nom, pour extraire les traits par un point opposé à leur entrée (Celse), compose un Traité des bandages et appareils (Galien); Philistion est connu par un ouvrage du même genre; Praxagore, de Cos, maître d'Hérophilc, avait recours, dit-on, dans la passion iliaque, à une opération téméraire. Lorsqueles vomitifs, l'insufflation de l'air et les moyens ordinaires étaient restés sans succès, il ouvrait l'abdomen et même l'intestin, le dégorgeait et réunissait les parties à l'aide de la suture (Caîlius Aurelianus, 1. III, c. xviii).
Après Hippocrate, les systèmes, les hypothèses, oiile dogmatisme, où l'humorisme dominent, s'accentuent davantage, prennent plus de faveur, et l'on se tient moins près de l'observation. Cette tendance se prononce plus fortement dans la pathologie interne, parce que la chirurgie, par son objet, nous met et nous maintient en présence des faits, nous rapproche de la nature ; cependant elle se laissa conduire peu à peu dans cette voie, fît plusieurs utiles acquisitions, mais perdit
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eu partie ce caractère précis et rigoureux que lui imprimait Hippocrate.
Deuxième période. École d'Alexandrie. Home. Celse. Alexandrie. Grâce à la faveur aussi puissante qu'éclairée de Ptolémée, l'un des capitaines d'Alexandre et de quelques-uns de ses successeurs, Alexandrie, capitale de l'Egypte, devint le plus grand centre de civilisation, un vaste foyer scientifique, ai-tistique, littéraire, qui répandit au loin ses rayons. L'art de guérir y brilla d'un vif éclat: pour la première fois, on put triompher d'un préjugé funeste contre lequel tout avait échoué jusque-là, et des cadavres humains furent livrés à la dissection. Hérophile et Érasistrate créent l'anatomie, s'illustrent par leurs découvertes. Cette science exerça dès lors, comme toujours, la plus heureuse influence sur la chirurgie, et fut la source de ce qu'il y eut de plus solide dans les riches tributs que lui apportèrent les travaux de l'école alexandrinc, selon les témoignages deCelse, Galien, Oribase, etc. L'anatomie lui sert en effet de guide soit dans la pathologie, dans l'exploration des tissus, des organes malades, soit dans la disposition des machines, soit surtout dans l'invention ou l'exécution de ces opérations délicates et hardies que nous aurons bientôt à mentionner ou à décrire. Mais à côté de ces avantages, et par suite de la direction des esprits, l'anatomie devint un point d'appui pour étayer les systèmes et les hypothèses qui prirent un plus large développement. La médecine dévia de sa route, et si la chirurgie la retint quelquefois, elle lui céda trop souvent, et partagea plusieurs fois ses erreurs. Par la force des choses, l'art chirurgical progressa sur un grand nombre de sujets, et rétrograda dans quelques autres, par les vices des doctrines.
Hérophile et Érasislrale sont connus comme des médecins et des chirurgiens habiles. On raconte que le premier, consulté par le sophiste Diodore Cronos atteint d'une luxation à l'épaule, lui démontra d'abord par des arguments analoguesaux siens, l'impossibilité de cette luxation qui exigeait un mouvement, tandis que le mouvement n'existe pas ; il réduisit ensuite la luxation et le guérit.
Érasistrate désapprouvait la paracentèse abdominale, à cause de ses dangers et de ses faibles succès, remplaçait généralement la saignée par les ligatures des extrémités, le régime; employait beaucoup les fomentations, les onctions, les cataplasmes. On dit néanmoins que la hardiesse chirurgicale ne lui manquait point, que dans les tumeurs, les abcès delà rate et du foie, il incisait les parois abdominales et mettait les organes à découvert, afin d'agir sur eux directement (voy. Cael. Aurel., 1. 111, c. iv).
Après ses fondateurs (Hérophile, Erasistrate, Eudème), Y école d' Alexandrie fournit plusieurs médecins distingués; nous en signalerons quelques-uns qui perfectionnèrent l'art chirui'gical, en suivant à peu près l'ordre chronologique, depuis le troisième siècle avant Jésus-Christ, jusqu'au commencement de l'ère chrétienne. Ils se divisent en Hérophiléens et en Érasistratéens, se répandent ea Egypte, en Syrie, pénètrent dans les écoles déjà établies, en fondent de nouvelles, etc. [voy. le tableau chronologique des médecins alexandrins dressé par Dareinbcrg, ouvr. cité, t. I, p. \&Q) . Xenophon (maladies des femmes, chirurgie), Atliénion et Miltiade (maladies des femmes), Sérapion (pathologie externe et interne), Lysiiimque (fractures, luxations), Démétrius (maladies des femmes), Mopsis, Nilœiis (spécialistes, fractures, luxations), Gorgion, Sostrate , Héron (bonnes études chirurgicales, peut-être spécialistes), les Apollonius. Une grande confusion règne relativement aux Apollonius, dont le nombre a été singulièrement multiplié, en faisant de doubles et triples emplois, et donnant à un même personnage des surnoms divers. Aussi les meilleurs historiens ont-ils commis bien
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des erreurs à ce sujet. Les plus célèbres seraient : 1" Apollonius de Memphis (traités sur les maladies articulaires, topiques contre l'ozèuc, les aphtes, l'odontalgie, la surdité, le charbon; le diabète dépend d'une sécrétion surabondante de sérosité par les reins) ; 2" Apollonius de Citium, médecin et chirurgien comme le précédent (traités sur les maladies articulaires, commentaires sur l'ouvrage hippocratique de Arliculis, écrits étendus sur les médicaments. Voy. les fragments conservés par Nicétas ') ; 5" Apollonius de Pergame avait remarqué que la rage canine était incurable, tandis que l'hydrophobie spontanée se terminait souvent d'une manière tavorablc. Plusieurs auteurs ont pensé que ce nom a été donné à l'un des deux Apollonius dont nous vouons de parler.
Ammonius le lithotomiste, cité par Cclse, dut cette désignation à son habileté dans l'opération de la taille, et parait avoir eu, le premier, l'idée de la lithotritie. Ses procédés se ressentent de l'enfance de l'art. Après avoir saisi et fixé solidement le calcul qu'il voulait briser, avec un crochet introduit dans la vessie, il portait jusqu'à lui un instrument de moyenne épaisseur; on frappait ensuite sur l'extrémité libre de ce dernier à l'aide d'un maillet, jusqu'à ce que la fragmentation de la pierre fût effectuée. C'était une lithotritie par percussion. Ammonius arrêtait les hémorrhagies en produisant dans les vaisseaux une eschare, au moyen d'un causticpie composé de chaux, de sandaraque et d'orpiment (Aétius, Tetrab., 4, serm. 2, c. li, col. 71).
Philoxène. Parmi les médecins de ce nom, il en est un que Celse recommande particulièrement à notre attention : « In ^gypto quoque increvit chirurgia Philoxène maxime auctore, qui pluribus voluminibus liane partem diligoitissiniè comprehendit. » Pisistrate , Amijntas, Péricjène, Démostliéne Philalèthe sont des spécialistes ; les premiers s'occupent surtout des fractures et des luxations, le dernier d'ophthalmologie. A ces auteurs, joignons-en quelques autres appartenant à l'école empirique. Héraclide de Tarente, qui occupe le premier rang par ses travaux pathologiques, thérapeutiques et chirurgicaux, par ses commentaires sur Hippocrate, séparait très-habilement les paupières adhérentes au globe de l'œil (Celse, 1. VU, c. vu); Glaucias modifia les bandages employés pour les plaies de tête, les fractures du bras et de la clavicule. On ne sait pas exactement la part qui revient à chacun des auteurs qu'on a mentionnés dans les progrès accomplis durant cette période. Beaucoup d'autres médecins alexandrins cités par Celse, Galien, etc., ne sont connus que par l'invention de collyres, d'onguents, d'emplâtres, de spécifiques d'organe et de maladies, que l'empirisme met en vogue, que le charlatanisme exploite, et qui font perdre à la science son unité. Il est souvent difficile de déterminer ceux qui sont vraiment utiles et d'en poser les indications.
Si l'on veut étudier cette période avec plus de détails, on doit consulter VHisioire de la chirurgie, de Dujardin et Peyrilhe, t. I, p. 318 et suiv., t. II, p. 1 et suiv. ; l'on y trouvera une longue liste d'auteurs, et l'on pourra, en profitant des citations généralement exactes, remonter aux textes, comme nous l'avons fait. Il sera plus facile alors d'apprécier les recherches contemporaines. Les progrès réels appartiennent surtout à quelques hommes qui suivent de très-près la méthode et les préceptes d'Hippocrate, les agrandissent et les rectifient en les commentant, les prenant pour point de départ, en profitaut des conquêtes anatomi-
* Ces deux Apollonius sont probablement ceux que Celse distingue comme des cliiriirgiens éminents. Sur les Apollonius, voy. Daremberg (ouvr. cité) et Biographie du Did. des sciences médic. en 60 vol., t. I de cette Biogr.
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ques, et font marcher de front et d'un pas égal la diététique, la pharmaceutique, la chirurgie. Peu à peu, l'empirisme, le spécialismc tendent à envahir la science,. à faire négliger les grandes indications chirurgicales, à substituer les topiques aux manœuvres opératoires : l'art chirurgical rétrograde ou demeure stationnaire. Apollonius de Citium, d'après les recherches de Cecchi, ne se borna point à commenter le traité d'Hippocrate de Articulis, il mit en relief tout ce qui s'y trouvait de saillant, l'enrichit de ses propres découvertes, de celles qui avaient été faites avant lui, simplifia ses procédés, ses appareils, ses machines {voy. les fragments conservés de ses commentaires).
Rome. Malgré ses guerres continuelles, Rome resta longtemps sans avoir des médecins en titre ; quelques empiriques donnaient aux blessés des soins peu intelligents. Plus tard les Romains profitèrent des préceptes et des exemples donnés pailes Grecs, entre autres par Xénophon, Alexandre le Grand et ses successeurs, et attachèrent aux armées des médecins militaires [medlci vulnerarii). César et Auguste protégèrent les médecins et leur accordèrent le droit de bourgeoisie et la faveur de porter l'anneau d'or {voy. Suétone). Archagaius fut le premier qui s'établit à Rome, deux siècles avant l'ère chrétienne. Accueilli d'abord avec empressement, il ne tarda pas à perdre cette faveur et fut désigné sous le nom de bourreau, parce qu'il usa sans doute trop largement du fer et du feu, en suivant et exagérant peut-être ces moyens fréquemment employés dans la médecine des Grecs et des Alexandrins. Celle-ci devint odieuse aux Romains ; cette haine fut entretenue et exaltée par les déclamations de Caton le censeur. Cependant il avait emprunté à la matière médicale grecque une substance érigée par lui en un remède universel. Le chou, et particulièrement le chou frisé {apiacon), possède des vertus merveilleuses ^ Dans les inflammations, les plaies, les ulcères, les tumeurs les plus graves, les fractures, les luxations, c'est au chou qu'il avait recours : chou pilé, bouilli, séché, pulvérisé, suc de chou, etc., seuls ou mêlés à divers ingi'édients (sel, vin, miel, etc.) ; côtes de chou dans les fistules ou injections de son jus à l'aide d'un tube et d'une vessie, poudre de chou pour provoquer rapidement la chute des polypes du nez, etc. Il paraît néanmoins qu'on tolérait quelques chirurgiens au temps de Caton, quoique l'on ne possède pas de fait très-décisif. Agatharchide l'historien décrit pour la première fois, à cette époque, le dragonneau {voy. Plutarque {Sympos.) et Strabon).
Un siècle après Archagatus, Asclépiade s'établit au milieu des Romains, les séduisit par son éloquence, ses procédés, sa devise guérir tutà, citù,juciindè. l\ approuve la paracentèse dans l'ascite, les mouchetures et quelquefois des scarifications plus profondes dans les œdèmes, les scarifications de la luette et des amygdales dans les violentes angines, blâmées par Cœlius Aurelianus.
Asclépiade a-t-il pralitpié la laryngotomie, l'avait-on essayée avant lui? K. Sprengel {Uist. de la citir., t. Vil, p. 138) vante ses nombreux succès. Or l'examen des textes de Galicii et de C. Aurelianus prouveraient le contraire. Asclépiade aurait approuvé la laryiigolomie usitée avant lui; mais cette pratique serait une tradition fabuleuse. Ainsi, probablement, il n'y aurait de part et d'autre qu'un
• A cette médication, Caton joignait des pratiques mystiques; telles sont celles qu'il indique pour le traitement des fractures et. des luxations (De re rusticâ, cap. 160, voy. cil ouvrage; Pluiarque, Vie de Caton; Pline, Hist. nat., 1. XIX, c. 8, 1. XX, c. 9, etc.). Caton qui regai'dait les sciences et les arts comme dangereux, parce qu'ils favorisent la dissolution et corrompent les mœurs, n'échappait point à la superstition et célébrait l'empirisme.
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conseil, contre lequel C. Âurelianus s'élève énergiquement*. Thémison met en vogue les sangsues employées avant lui ; à l'aide des ventouses placées sur leurs piqûres, on extrait une plus grande quantité de sang. « Vers le même temps, il y eut à Rome plusieurs médecins habiles, tels furent Triphon père, Evelpiste, fils de Phlégès, et Méyès, le plus savant de tous, comme on pevit en juger par ses écrits. La chirurgie est redevable de ses progrès aux changements heureux qu'y ont introduits ces grands hommes » (Gelse, 1. VII, préf.).
Cet auteur parle aussi d'un Cassius, son contemporain, auquel il donne Tépiihète A' ingeniosissimus, et que l'on croit être ce Cassius dont nous avons quatre-vingt-quatre problèmes médicaux écrits en grec ; nous noterons ceux où il mentionne les eflèts des épanchements cérébraux, les corpuscules voltigeants des yeux, la paralysie croisée après les plaies de tête attribuée au croisement des nerfs cérébraux- Une fausse interprétation d'un passage de Celse (préf. du l"' livre) fit croire à Leclerc [Hist. de la méd., 354) qu'à l'époque d'Héropiiile l'art de guérir fut divisé pratiquement en trois parties professionnelles, la rf/<?'ieft</^?(^ la p/ia?'maceMtique, l'art chirurgical. « lisdem temporibus (après Hérophile et Erasistrate) in très partes medicina diducta est, ut una esset quse victu, altéra quœ rnedicamentis, tertia quae manu mederetur. Primani 5iairsTu:h-j, secundam ç>«pp.a/sy- Tixïiv, tertiam yjipovpyi-/.v]-j, Graeci nominârunt. » Sprengel et beaucoup d'historiens partagèrent l'erreur de Leclerc, du moins en partie ; quelques-uns la modifièrent (Schultze, Ackermann). Voy. aussi les recherches de Pcyrilhe et Dujardin, celles de Dezeimeris (Hist. de la chir.). Ce dernier, résumant des documents depuis assez longtemps recueillis, reconnaît que la séparation réelle de la chirurgie et de la médecine n'a eu lieu que beaucoup plus tard, que la phrase de Celse indique simplement une classification scientifique à laquelle la thérapeutique sert d'appui, et qui permet une distribution plus méthodique des médications. On peut, en réunissant et résumant les arguments présentés par ceux qui ont voulu élucider la question, démontrer le fait avec la dernière évidence : 1" cela paraît ressortir du texte de Celse comparé avec la distribution de son ouvrage, et de cette phrase citée par Dujardin : « Toutes les parties de la médecine sont si étroitement liées qu'il est impossible de les séparer entièrement ; le nom qui les distingue indique seulement la prédominance des méthodes, etc. ; 2" si nous consultons riiistoire, nous constatons qu'avant Hérophile comme de son temps et longtemps après lui, les mêmes hommes cultivèrent, professèrent, pratiquèrent la médecine, la chirurgie, la pharmacologie, etc. ; tels furent tous les alexandrins, les médecins célèbres qui s'établirent à Rome, Asclépiadc, Thémison, etc.; tels furent Soranus, Arétée, Galien, etc., ceux même que l'on a regardés comme les plus éminemment chirurgiens. Cette considération a frappé Dujardin, qui admet la division professionnelle comme Leclerc, en ajoutant qu'on n'y eut guère égard
' Voici un premier texte du Cœlius : « Asclepiadus, à velerihus probatam approhal asperœ urteriœ divisionem ad rcspirationem faciendaiii, quam larijnyutondam vocal (Mal. aig.,t. III, cti. IV, p. 35). Asclépiade l'approuve simplement ; probatam veut-il dire éprouvée par les anciens qui l'ont exécutée, ainsi que le pense Hecker [Hist. de la méd., en allemand) ? Cœlius dit ailleurs que cette laryngotomie antique n'a jamais été transmise par les anciens, et que cette prétendue tradition repose seulement sur une affirmation : caducâ et temerariè inventa (inventée par Asclépiade). Nous devons à Antoine Cocchi, des recherches intéressantes sur .\sclépiade; le premier des 5 Discorsi qu'il promettait a été seul publié. 11 a laissé afussi une colleciion de fragments d'Apollonius de Gitium, Soranus, Oribase, sur les fractures et les luxations avec des annotations, etc.
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puisqu'elle fut violée par Ilérophile, Érasistrate et beaucoup de ses successeurs. Divers passages de Scribonius Largus, venu peu de temps après Celse, de Galien, etc. {de Part. art. med., ouvrage peut-être apocryphe, mais intéressant), confirment notre opinion. Aucune loi ne réglait l'exercice de la médecine et ne conduisait à la division indiquée ; il n'y avait là rien d'officiel. Les vrais médecins embrassaient la science dans son entier, écrivaient au besoin des traités spéciaux sur la médecine interne, la diététique, la pharmacologie, la chirurgie, mais on n'en concevait pas moins la science dans son unité réelle, et le même savant publiait des ouvrages sur chacune de ces parties. Quelques-uns, suivant leurs goûts, leurs aptitudes, les circonstances, traitaient plus volontiers les maladies internes ou externes, sans qu'il y eût d'exclusivisme absolu. Ceux qui possédaient plus d'adresse, de sang-froid, avaient l'avantage d'intervenir par la médecine opératoire que tous ne pouvaient aborder. Ces convenances personnelles se faisaient déjà un peu jour au temps d'Hippocrate, et se prononcèrent plus vivement à mesure que l'art acquit de plus grandes proportions, mais elles ne lirent point loi. L'auteur du livre de Parlibus artis nous dit : « 11 y en a qui divisent Vart entier en trois parties, phaî'maceutique , chirurgique, diététique; d'autres en thérapeutique (curative) et hygiénique, en prophylactique, analeptique, etc. » Cela s'entend de l'art décomposé en plusieurs parties ou traités, hygiène, thérapeutique médicale, chirurgicale et opérations, et non d'hommes exclusivement adonnés à la prophylaxie, à l'administration de médicaments, etc. Le morcellement pratique était accidentel, plus partiel que général, poussé bien moins loin que la classification théorique et bien moins marqué qu'il ne le fut au moyen âge. Selon Scribonius, « le domaine de la médecine est si vaste que chacun a le droit de choisir la p^rt qui lui convient ; aussi plusieurs prennent le nom de médecins quoiqu'ils ne se livrent qu'à une partie de l'art. » Galien nous apprend en effet qu'il existait de son temps à Rome des hommes se livrant plus particulièrement à la chirurgie, et surtout que l'on rencontrait des spécialistes {oculistes, herniaires, dentaires, anaires, lithotomistes, pratiquant uniquement la paracentèse, le cathéter isnfie, etc.), en un mot chaque organe ou chacune de ses lésions avait son guérisseur. Galien s'élève non contre les spécialistes servant à mieux constituer l'ensemble, mais contre ces demi, ces quarts de médecins, voulant regarder leurs spécialités comme des parties distinctes d'une science dont rien ne doit rompre l'unité. Du reste, ce tractionnement, fait au profit de quelques-uns, s'est montré bien souvent ; il existait dans l'ancienne Egypte, au milieu de l'enfance de l'art ; à Alexandrie, chez les praticiens de l'ordre le plus inférieur ; à Rome, il favorisait le charlatanisme {voy. Galien, d. Part, med., ch. ji; Vlhjyiène est-elle partie de la viéd., ch. XXIV, etc.). Voy. aussi l'examen approfondi auquel s'est livré Daremberg à l'occasion du passage de Celse, t. I, p. 195 et suiv.
Nous ne parlerons point de la division des médecins en architectes et ministrants, qu'on a si mal conçue en interprétant une phrase obscure d'Aristote {voij. l'étude, à ce sujet, de Goulin, Encycl. méth. méd., art. Architecte). Tout porte à croire néanmoins que les anciens médecins confiaient des opérations peu importantes à des élèves ou même à des esclaves ; à Rome, ceux-ci pratiquaient parfois la chirurgie ou quelques spécialités chirurgicales {voy. aussi Littré, argument du serment d'Hippocrate).
Celse. Le traité de Re medicà du Gicéron des médecins contient, surtout dans ses quatre derniers livres, exclusivement consacrés à la chirurgie, les détails les plus précieux sur cette science et son histoire. C'est un manuel, UQ
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résumé trop concis, quclquel'ois obscur, de tout ce qu'on avait fait jusqu'à lui, de telle sorte que la comparaison de sa chirurgie avec celle d'Hippocrale Iburuit des documents importants pour mesurer les progrès accomplis depuis le vieillard de Cos. Celse, bien supérieur aux médecins purement amateurs, a étudié soigneusement toutes les parties de notre art, est remonté jusqu'aux textes, a réfléchi, médité, vu quelques malades, quoique la médecine ne fût point pour lui une profession. Jusqu'à quel point s'est-il livré aux manœuvres et aux pratiques thirurgicales dont le caractère, le but, le mécanisme lui ont quelquefois échappé? Peut-on reconnaître dans ses écrits quelque originalité? En rapprochant ses textes des fragments d'auteurs grecs conservés par Galien, les compilateurs, etc., on peut arriver souvent jusqu'aux sources où il a puisé et s'assurer que son travail consiste très-fréquemment dans de simples traductions liées par des remarques et des réflexiçns {voy. à ce sujet les études de Daremberg sur Celse, particulièrement sur la chirurgie, les instruments, les opérations, etc., dans \e Journal de V instruction publique et la Gazette médicale, 1847; voy. aussi Kissel, Corn. Geisus [1844] : Des Etangs, introduction à sa traduction de Celse, très-supérieure à celle de Ninnin)'. Dujardin a consacré 476 pages à l'exposition de la chirurgie de Celse (t. I, depuis p. 352 jusqu'à 528). Dezeimeris {Hist. de la ch.) en a donné une rapide analyse avec plusieurs rectifications qu'il aurait pu multiplier. Ce que l'on doit remarquer dans notre auteur, c'est l'ordre, l'enchaînement des idées, la justesse et la sagacité dans ses appréciations. Il juge avec calme, impartialité, d'après les idées que lui inspire la comparaison des opinions : Galien, au contraire, se passionne trop souvent pour une doctrine arrêtée à l'avance. Regardée comme un type absolu, elle lui sert à rejeter ou à blâmer ce qui s'en écarte; néanmoins, il a bien des correctifs qui peuvent ramener à la vérité.
Celse fait passer sous nos yeux le tableau des substances simples, des médicaments composés, des recettes plus ou moins compliquées de liniments, fomentations, collyres, pastilles, cataplasmes, emplâtres, topiques de tous les genres imaginés pour remplir les indications les plus variées ; bien des chirurgiens ont attaché leurs noms à ces recettes qui les ont sauvés de l'oubli. Dans ces listes, qui sont très-longues, nous trouvons des émollients, des sédatifs, des résolutifs, maturatifs, suppuratifs, détersifs, digestifs, attractifs, corrosifs, rongeants, caustiques, escharotiques, incarnants, cicatrisants, hémostatiques, etc.
Ses longues études sur les plaies, les tumeurs, les ulcères, etc., bien plus complètes que celles d'Hippocrate, sont écrites d'après des principes analogues. Signes des blessures en général, et en particulier des blessures de l'œsophage, du larynx, du cœur, des poumons, des viscères abdominaux, pelviens, etc. (souvent fort imparfaits); moyens d'exploration (sondes, etc.); pronostic (tiré de l'état local, du sujet, de la saison, etc.). Traitement. Hémostatiques. Ici se montre un progrès majeur; quand les moyens indiqués par Hippocrate sont insuffisants (compression avec la charpie, la main, réfrigérants, vinaigre, etc.), étreignez le vaisseau avec deux ligatures, au-dessus et au-dessous de la blessure,
* Des Étangs a accompagné sa traduction de planches représentant des appareils, des instruments, de remarques ci'itiques pour démêler le sens des mots et des passages obscurs; c'est à l'occasion de cette traduction que Daremberg a publié ses reclierches, dans lesquelles il a relevé quelques erreurs qui avaient échappé à l'habile traducteur; il a donné aussi |)litsieurs planches pour mieux faire connaître divers instruments, des procédés de réduction des luxations, d'autoplastie, etc. [voy. aussi Daremberg, chap. sur Celse, Hisl. des sciences Tnéd., t. I, p. 191, etc.).
DICT. ENC. XVL 18
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de manière à le fermer entièrement, puis coupcz-le entre les deux, afin que les extrémités se cicatrisent. Le cautère actuel remplaçait la ligature quand elle ne pouvait être employée. Extraction des corps étrangers venus du dedans ou de dehors, projectiles de guerre, balles, traits, flèches de volumes très-variés, dans les parties molles, les os, les articulations, etc. ; retirez-les par le lieu de leur entrée, le point opposé, celui vers lequel ils se portent ; procédés, débridements, instruments, graphisques de Dioclès {voij. le dessin dans la diirurgic de Daléchamp, in-4", p. 450). Réunion immédiate ou rapprochement tenté toutes les fois qu'on le peut par la suture ou les boucles. Règles à suivre. Lorsque les plaies doivent suppurer, les bandages, les topiques se modifient suivant les périodes, l'état des parties auxquelles s'accommodent les topiques indiqués précédemment, la compression avec des lames de plomb, etc. Dans les morsures d'Iiommcs ou d'animaux (singes, chiens, serpents, etc.), considérées toutes comme venimeuses à divers degrés, une compression circulaire était exercée sur le membre au-dessus de la blessure, dont on scarifiait le pourtour; l'application des ventouses permettait d'obtenir une plus forte évacuation sanguine; la succion de la plaie était aussi mise en usage ; les hommes qui s'employaient à cette succion portaient le nom de psylles. Le âel, la saumure, des emplâtres complétaient le traitement et paraissaient suffisants pour les plaies peu considérables. Les morsures des animaux enragés réclament les ventouses suivies de la cautérisation avec le feu ou les caustiques les plus actifs; si l'on néglige ces soins, une hydrophobie incurable succède à la blessure. Les excitants à l'intérieur sont utiles contre les venins en provoquant la chaleur et s'opposant à la coagulation des humeurs.
Détails pathologiques et thérapeutiques sur les tumeurs, les ulcères, les maladies cutanées telles que charbon, cancer ou carcinome, thériome qui peut se transformer en estiomène ou ulcère rongeant, feu sacré et ses deux modes, ulcères chironiens, engelures, écrouelles, furo?icles , phymas , phygethlon, verrues (acro-chordon,acrothymions, myrmécies),juî<s<if/es (psydraciées, épinyctides,etc.), affections galeuses (scabies), lépreuses ou impétigineuses, entre autres l'impétigo rubra, le nigra (analogue au malum morluum des Arabes, etc.), vitiligo (alphos, mêlas, leucé); papules, feu sauvage (agria), teignes (faveuses crustacées), porrigo, sycosis, etc.; pelades, qui font tomber les cheveux et les poils. Le charbon est très-grave et doit être détruit par le feu et les caustiques; le cancer vrai, déclaré, s'exaspère par les caustiques, récidive après son ablation; il est des carcinomes bien moins dangereux. Les autres tumeurs, les ulcères que nous avons indiqués, présentent de nombreuses différences dans leur marche, leurs effets, leurs terminaisons, leur ténacité, etc. On les traite par le régime, des médications générales (car souvent ils se lient à des vices généraux de la constitution), par des topiques émollients, sédatifs, excitants, corrosifs, des médications locales composées douées de propriétés spéciales, des caustiques, le feu, l'instrument tranchant avec lequel on scarifie, on enlève les bords dénudés, calleux, ies vaisseaux variqueux, on change la forme de l'ulcère, etc.
Parmi les tumeurs, notons les ganglions, les loupes (athéromes, stéatoines, meliceris), fréquentes surtout à la tête. Dans la stéatome, ouvrez le kyste pour le vider avant de l'enlever; pour les deux autres, emportez par énucléation le kyste entier avec tout ce qu'il contient.
Etudes plus exactes sur les phlegmons et les abcès, les moyens de les résoudre ou de faciliter la suppuration, le diagnostic des abcès superficiels ou profonds, les cas où l'ouverture sera livrée aux efforts de l'organisme, ceux où
on devra les ouvrir, les procédés à mettre en œuvre (suivant leur siège, leur volume) pour livrer passage au pus, à l'aide de l'instrument tranchant, des caustiques, du feu, etc.; soins consécutifs.
Remarques analogues relativement aux fistules, à leurs causes, leur formation, leurs dispositions, les circonstances qui rendent leur guérison plus ou moins difficile; les indications curatives sont bien mieux étudiées. Exploration avec la sonde, examen du pus et des substances sortant par les orifices, etc.; traitement par les topiques introduits avec des tentes, par injection, etc.; topique de Mégès, l'un des plus actifs. L'intervention de la médecine opératoire l'emporte dans plusieurs cas sur les topiques; on a recours aux cautérisations, aux incisions, etc. S'agit-il d'une fistule thoracique entretenue par une oarie des côtes, on emporte sans hésiter toute la partie osseuse malade. Les fistules pénétrantes de l'abdomen ne sont pas toutes incurables (contre l'opinion de Sostrate); plusieurs se guérissent comme les plaies pénétrantes.
La ligature lui servait, comme dans l'école hippocratique, à guérir les fistules à l'anus; le procédé offrait quelques modifications; on pouvait abréger la cure ■en employant en même temps une tente et des topiques. Quand la fistule s'ouvre •dans le rectum ou présente plusieurs sinus, l'instrument tranchant devient nécessaire; suivant les cas, on pratique une ou deux incisions plus ou moins -étendues.
Amputations. A propos des plaies, Gelse indique les précautions à prendre pour éviter les accidents, spécialement la gangrène et les causes qui la déterminent. Si elle est survenue et irrévocablement établie, Yamputation peut être indiquée. Il s'agit ici d'une amputation véritable, dont les règles sont solidement établies ; le progrès est considérable. On ampute aux limites de ce qui est mort et de ce qui est vivant, en empiétant de préférence sur le dernier. Quant à la manière d'exécuter l'opération, Gelse est très-concis, ce qui a donné lieu à bien des discussions, entre autres de la part de Sharp, Louis, Valentin, Sprengel, Dezeimeris, etc. Yoici pourtant ce qui paraît positif : la peau est relevée vers le haut du membre, afin d'en conserver le plus possible ; l'os est dénudé au-dessus de la section des chairs, dans le but de le scier plus haut que ce point et d'en éviter la saillie consécutive ; la peau est ensuite ramenée sur le moignon, afin de le recouvrir et d'obtenir le mieux possible la réunion immédiate ^ Quant au pansement, l'auteur renvoie à celui des blessures, ce qui ferait croire que l'hémoi'a'hagie était traitée par la ligature lorsque l'éponge vinaigrée se montrait insuffisante. Si l'interprétation précédente est exacte, la médecine opératoire relative aux amputations aurait été très-avancée au temps de Gelse.
Plaies de tête. Les anciens se pressaient trop de ruginer ou de trépaner dans les contusions ou les fissures du crâne, afin d'enlever des parties plus ou moins grandes de l'os malade.
La guérison peut être obtenue sans ces moyens, que l'on réserve pour les cas ■oii l'ulcère devient sordide, où surviennent divers accidents généraux et locaux.
* Plusieurs chirurgiens du dix-huitième siècle avaient cru i-etrouver dans Celse leurs procédés opératoires relatils aux amputations. Tout porte à croire qu'au temps du médecin romain l'on avait saisi les indications fondamentales : ménager la peau, scier l'os à une hauteur suffisante pour que les muscles viennent le recouvrir, après leurs rétraction ; lier les vaisseaux, refermer la plaie en ramenant sur elle les téguments rapprochés, réunis par la suture de manière à l'environner de toutes parts, et à la protéger contre l'action de l'air et des agents extérieurs, etc. [vnij. à ce sujet les Études de Valentin, de Peyrilhe [Hist. de la chirurgie, t. I, p. 582), Dezeimeris, Lettres sur l'hist. de la méd., 1838, p. 302, etc.
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La fissure et l'enfoncement peuvent être graves, en laissant suinter des liquides dans les parties sous-jacentes (méninges, cerveau), en les irritant et les enflammant. Gelse mentionne, le premier, les épanchements sous-crâniens sans lésions osseuses apparentes. Ainsi, à ses yeux, le danger ne dépend point de l'altération osseuse considérée en elle-même, mais des lésions primitives ou consécutives des organes intra-crâniens (compressions, inflammations, etc.), par des esquilles, du sang, du pus, etc. Il connaît encoi'e mieux qu'on ne le faisait autrefois, les véritables indications, que l'on remplit avec la rugine, les ciseaux, des perforateurs, l'instrument en fer nommé méningophylax, etc. : l'on s'efforce de rendre la perte de substance crânienne aussi petite que possible.
Ophthalmologie. Les maladies des yeux, surtout celles des paupières, sont mieux connues; la thérapeutique, sans subir une réforme radicale, est souvent plus rationnelle. Excellents procédés pour remédier au relâchement et aux renversements des paupières ; cautérisation (avec une aiguille incandescente) des bulbes des cils déviés en dedans; excision des vaisseaux variqueux de la conjonctive dans l'onglet (sorte de ptérygion) [voy. dans la collection de Hallerune dissertation de ungiie oculi).
Au début, les cataractes peuvent quelquefois être guéries sans l'opération. qui plus tard est nécessaire ; cas oti elle doit réussir ou échouer ; opération par abaissement; description; cas où l'on doit diviser le cristallin en plusieurs fragments qui sont successivement déplacés. Le staphylome se traite par la ligature ou par une excision partielle suivie de la cautérisation. La fistule lacrymale est attaquée par divers moyens ; mais les lumières anatomiques manquent, les indications fondamentales sont méconnues et le but rarement atteint. Otologie. Gelse s'occupe principalement des maladies superficielles de l'oreille et du conduit auditif, plaies, ulcères, corps étrangers, purulence, obturations, etc.
Autoplastie. Au nez, aux oreilles, aux lèvres, l'on peut corriger des difformités, réparer des pertes de substance peu étendues, en attirant la peau des parties environnantes mobilisée à l'aide d'incisions convenablement disposées (autoplastie par déplacement).
Maladies de la bouche. Le bec-de-lièvre était connu; son traitement se rapprochait de celui que l'on suit aujourd'hui. L'art du dentiste était peu avancé (i)Oî/. Comment, de Rhodius sur Scribonius, et VArmament. de Scultet). Si \è filet lingual était trop court, on le divisait, en se prémunissant contre l'hémorrhagie. L'incision peut suffire dans les petites grenouilletles ; le kyste entier sera emporté, si la tumeur est volumineuse. Ulcères de la bouche, de la langue, aphtheS; etc.; traitement. Idem, abcès et ttimeurs des gencives, parulis, etc. Les émoUients, les astringents, etc., fournissaient leurs secours contre les phlogoses de la luette et des amygdales ; la première était rescisée dans divers cas ; les secondes étaient l'etranchées lorsqu'elles devenaient indurées.
Le bronchocèle est une tumeur formée entre la peau et la trachée, contenant ou une sorte de chair, ou des humeurs plus ou moins épaisses ; on peut ouvrir le kyste avec des caustiques qui serviront à le détruire, ou bien on incisera jusqu'au kyste, qu'on détachera ensuite avec ce qu'il contient (on voit les chirurgiens appliquer ici, comme aux loupes, aux kystes, un traitement très-rationnel).
Les tumeurs de Vombilic, ainsi que les hernies inguinales, avaient été particulièrement étudiées par Sostrate, Gorgias, Héron, Mégès. Ce dernier distinguait à l'ombilic les hernies épiploïques {épiplocèles), les entérocèles, les tumeurs hu-
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morales. Étude un peu confuse des tumeurs de l'ombilic (charnues, fluctuantes, venteuses) et de leur traitement; hernies ombilicales. Traitement palliatif ou curatif; taxis, bandages, séjour au lit, régime, astringents; procédés opératoires tentés surtout de 7 à 14 ans'.
Plaies pénétrantes de l'abdomen. Si les intestins, l'épiploon, s'échappent au dehors, et qu'ils soient sains, on en opère la réduction et l'on l'ecoud d'une part le péritoine, de l'autre les parois du bas-ventre. Lorsque l'intestin grêle es: blessé, le mal est sans ressource; la guérison est possible quand la blessure intéresse le gros intestin : l'entéroraphie et la gastroraphie seront alors pratiquées. Tympanite, leucôphlegmatie , ascite. Traitement médical de celle-ci avant d'en venir à la parencentèse. Procédé opératoire, bistouri, canule, etc. (Celse, liv. VII, chap. xv). Hernies inguinales. Mécanisme de leur formation, descente dans le scrotum de l'intestin, de l'épiploon, etc., taxis; le bandage contentif, avec une bande et une pelote, peut suffire pour la guérison chez les jeunes sujets. Le procédé pour la cure radicale offrait quelques différences suivant les cas. On enlevait le sac en ménageant le testicule. Le péritoine est perforé dans les hernies. Les symptômes de l'étranglement sont bien décrits, mais on ne songe qu'à rétablir le cours des matières, par les bains, les émollients, aucune opération n'est proposée ^.
Organes génito-urinaires. Phimosis, paraphimosis , inflammations, tumeurs, ulcères, phagédénismes, etc., rappelant plusieurs modes des affections syphilitiques. Quelques obscurités régnent sur le varicocèle, l'hydrocèle, les tumeurs du testicule. L'hydrocèle n'est pas confondue avec la hernie ; celle qui dépend de l'infiltration paraît distinguée de l'hydrocèle par épanchement dans la tunique vaginale. Dans celle-ci, l'incision de la tunique était suivie de l'injection d'une solution aqueuse de sel ou de nitre (ce traitement qui n'était pas le seul serait pai-eil au traitement actuel par ponction et injection). La castration était pratiquée avec beaucoup de soin, de manière à ne comprendre que les vaisseaux dans la ligature. Le cathétérisme et les sondes ne différaient guère de ce qu'ils sont aujourd'hui. Le cuivre servait à la confection des sondes.
Le procédé de Celse pour l'opération de la taille, que nous étudierons ailleurs avec détail, a donné lieu à bien des interprétations. Son incision n'était point oblique et unilatérale ; elle était semi-lunaire, bilatérale, s'étendait d'une manière égale aux deux côtés du raphé, ouvrait une large voie à l'extraction des calculs ; elle a servi de point de départ aux procédés contemporains de taille bilatérale.
Pour les fractures et les luxations, Celse suit de très-près Hippocrate. Les travaux multipliés publiés depuis, à ce sujet, lui permettent d'y introduire plusieurs perfectionnements. Les sages préceptes généraux de l'école de Gos sont plus nettement accentués, relativement à la classification, aux signes diagnostiques, au pronostic, au traitement, à l'importance de la réduction immédiate qui doit pourtant être différée quand l'inflammation est survenue, à la thérapeutique des complications. Ces principes sont plus méthodiquement appli-
* Pour la cure radicale des liernies ombilicales, on réduisait la tumeur ; on détruisait ensuite la peau et le sac par la ligature, la cautérisation ou la compression entre deux clavettes de bois.
- Dans les hernies abdominales autres que la hernie ombilicale, les chinargiens crojaient obtenir une cure radicale, en oblitérant, au moyen de la suture, l'ouverture du péritoine l^ar laquelle ils supposaient que les viscères s'étaient portés au dehors.
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qués aux fractures et aux luxations en particulier, dont les symptômes sont mis en relief en insistant sur les spécialités. L'auteur fait sentir les indications fondamentales, montre les analogies de ces lésions aux membres supérieurs et inférieurs ; de nouveaux procédés, de nouvelles machines sont décrits ; on incline même un peu trop vers des moyens plus compliqués. Lorsque le cal ne s'est point formé, Celse propose de raviver les extrémités des fragments par leur frottement réciproque ; on remet ensuite le membre dans l'appareil. Si le cal est vicieux, de manière à joindi-e à une grande difformité, une altération notable des fonctions, on peut rompre la réunion encore récente par des extensions et des pressions graduées, et obtenir un nouveau cal plus favorablement disposé.
Celse n'a pas reproduit tout ce qu'il y a d'utile dans les œuvres chirurgicales de Cos, et n'en a point toujours saisi toute la profondeur; mais il a rappelé un grand nombre de principes capitaux, les a soumis à un examen critique, a signalé plusieui'S erreurs, a mis à profit bien des progrès évidents, de manière à nous montrer l'impulsion considérable que les recherches anatomiques des Alexandrins avaient communiquée à cette branche des sciences médicales. De grands développements donnés à la pathologie, ont exercé une heureuse influence sur la thérapeutique, qui a su à son tour acquérir de nouvelles richesses relatives surtout à l'hémostasie, aux amputations, aux autoplasties, à la régularisation des manœuvres opératoires, à l'art d'employer suivant les circonstances, le fer, le feu, des topiques variés. Les hernies et leur traitement sont mieux connus, la lithotomie est décrite ; la science a marché largement sur tous les points ; on abuse trop encore de la cautérisation et des caustiques : il y a cependant une tendance plus marquée que dans l'école de Cos vers des traitements compliqués ; les médicaments composés, les formules empiriques se multiplient, sans que l'on puisse suffisamment se rendi-e compte de leur efficacité réelle, ils se substituent à des traitements plus certains. L'évolution de la science chirurgicale est manifeste, mais on s'aperçoit que Vart pratique décline, que les empiriques viennent l'envahir, que la haute chirurgie n'est plus exercée que par quelques hommes d'élite qui, seuls, lui conservent son véi'itable caractère.
Celse écrit sous le règne d'Auguste : cette époque reproduit, avec moins de vigueur et d'originalité, le grand siècle de Périclès. Le goût et l'amour du beau développent le goût et l'amour de la vérité, car suivant l'expression de Platon, le beau n'est que la splendeur du vi'ai. Les arts, les lettres, les sciences brillent du plus vif éclat ; l'art médical obéit à ce mouvement, s'y mêle et le fortifie. Les médecins éminents, pénétrés de la grandeur de l'éclectisme pratique d'Hippocrate, le prennent pour guide, analysent profondément les doctrines contradictoires de l'humorisme, du solidisme mécanique, de l'atomisme, des empiriques, du naturisme, les opposent les unes aux autres, cherchent entre elles une route moyenne, ou plutôt veulent remonter avec le vieillard de Cos, à cette doctrine large qui porte tout au contact des faits, et s'élever à ces principes supérieurs qui dominent tous les systèmes en les conciliant : l'observation les découvie, la raison les confirme. Telles étaient les tendances des praticiens judicieux, des cliniciens contemporains de Celse ; le médecin romain lesexprime avec vigueur, dans le début de son livre, dans sa préface générale où il soumet à son examen critique, avec autant de justesse que d'impartialité, le& divers systèmes qui se disputaient l'empire de la médecine : l'éclectisme de
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Cos, l'empirisme rationnel lem" servira de régulateur en unissant de plus en plus, dans ses perfectionnements successifs, la raison et l'expérience. Les introductions placées par Celse au commencement de quelques autres livres, se recommandent par le même esprit. Aussi le voyons-nous retoucher, étendre la chirurgie antique, au moyen d'emprunts souvent textuels, faits aux cliniciens grecs qui ont vécu en Egypte ou à Rome, à ceux surtout qui ont commenté Hippocrate et marché sur ses traces. Son éclectisme est plus facile dans le domaine chirurgical ; il résiste mieux aux envahissements des systèmes. En médecine comme en hygiène et en chirurgie, Celse ne nous donne qu'un compendium, un manuel complet, méthodique, mais extrêmement abrégé, particulièrement au point de vue chirurgical, puisque dans un très-court espace, il renferme à la fois la pathologie entière, les instruments, les appareils, les manœuvres opératoires. Les discussions théoriques sont généralement écartées et cèdent le pas aux préceptes et aux résultats pratiques ; mais on n'aperçoit pas sufhsamment comment ces derniers ont été obtenus. Séparés des faits et dcs^ élabora tions prolongées qui leur ont donné naissance, ils apparaissent trop isolés, trop détachés de leurs appuis. On voit comment la science est faite, la méthode à laquelle on doit se rattacher, on ne voit pas assez comment elle s'est faite ; il faut chercher ailleurs les matériaux de cette construction. Tel est le défaut des meilleurs résumés, quand on n'a point à côté d'eux les sources qui les ont alimentés et qui les vivifient. Aujourd'hui nous pouvons de plus en plus remonter jusqu'à elles, comprendre mieux l'œuvre de Celse, lui rendre la valeiu' qu'elle pouvait avoir aux yeux de ses contemporains. Cette valeur devait être assez limitée sans doute pour les médecins érudits familiers avec les écrits des grands maîtres. Celse brille moins par le génie, l'originalité, que par l'étendue et la variété de ses connaissances, la réserve, la sagesse, la justesse de son esprit, la sagacité, l'élégance et la pureté du style, l'art de s'approprier les idées des autres, de les exposer avec méthode. Il avait composé une série de manuels qui représentaient la science entière de son époque; nous devons regretter que le traité de re medicâ ait seul échappé au naufrage. Malgré ses tendances pratiques, Celse est un médecin de livres et de cabinet ; on a dit qu'on le surprend quelquefois en flagrant délit de pratique médicale ; ces délits trop rares, sont-ils toujours réels?
Dans Hippocrate au contraire, tout révèle le clinicien ; plusieurs de ses ouvrages sont semés de faits portant l'empreinte du génie observateur ; aux faits se joignent les aphorismes qui les résument ; on comprend comment ils ont jailli de son esprit ; comment ils se lient aux faits et les enchaînent. Les aphorismes les plus généraux sont limités par des aphorismes secondaires qui signalent des catégories distinctes et suivent pas à pas la nature en s'accommodant à toutes ses nuances, à toutes ses variétés.
L'importance du manuel de Celse s'accroîtra pour nous, à mesure que nous l'agrandirons à l'aide des documents que nous puiserons dans l'histoire.
Article IV. Quatrième époque. Depuis Celse jusqu'à Golien (environ 150 ans). A l'empereur Auguste, succèdent Tibère, Caligula, Claude, Néron dont les noms sont justement flétris par la postérité. Les sentiments moraux s'effacent, la corruption s'infiltre de toute part; les chefs de l'État, les grands donnent l'exemple des vices les plus honteux et ne reculent point devant le crime. Les jouissances matérielles sont le but suprême, le but unique de la vie ; rien ne coûte pour acquérir les richesses avec lesquelles on les achète. La déca-
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douce des arts, des lettres, des scienecs, suit de près celle des mœurs. La médecine est emportée par le torrent. D'ailleurs, les médecins ne forment point un corps régulier, l'exercice de la médecine est libre, l'insuffisance des règlements ouvre lu champ le plus large à tous les abus. Il reste peu de vrais médecins.
Après Othon, apparaissent Vespasien, Trajan, Titus, les Antonins ; le monde respire, les désastres commencent à se réparer ; l'empire romain reprend une partie de sa splendeur; l'art médical se relève. Mais le mal a jeté de profondes racines. Miné par les dissensions intérieures, ébranlé par les guerres du dehors, l'Empire se défend durant plusieurs siècles et paraît même plusieurs fois recouvrer en apparence une vie nouvelle sous les efforts de quelques mains puissantes; il succombe enfin sans retour après des luttes sanglantes. Guidée par le christianisme, l'humanité se fraye péniblement sa route au milieu des ruines et prépare l'ère moderne. Nous aurons quelques noms à citer.
Scribonius Largus vivait sous le règne de Claude ; c'est un compilateur qui nous a laissé un long recueil de recettes empiriques auxquelles il avait une grande confiance: « Quand le régime et les médicaments ne suffisent pas, le fer et le feu sont nécessaires ; mais les Romains les redoutent et ne s'y résignent que dans les circonstances extrêmes; j'ai suivi la route frayée parmes prédécesseurs, en cherchant à me rendre habile dans toutes les branches de l'art'. »
Anthéro, le premier, combattit la goutte, en plaçant sous les pieds des malades, des torpilles (Scrib. Comp. 165). Scribonius étendit cette pratique à toutes les affections douloureuses. L'auteur paraît avoir bien étudié le^cancers du rectum, caractérisés par des déjections fréquentes, sanguinolentes, mêlées de débris charnus, douloureuses ; par l'altération de l'intestin. Des tablettes caustiques sont dissoutes dans de l'eau de lentilles, et le liquide est poussé dans le rectum au moyen d'une seringue (comp. H 4). Procédé pour traiter la chute de cet intestin. Description exacte des accidents produits par les cantharides (pisscment de sang, syncope, priapisme, ulcérations de la vessie, etc.) ; traitement (comp. 189). Lorsque des sangsues avalées se sont fixées à l'arrière-gorge, on bou'a du vinaigre, ou l'on avalera des boules de neige, afin de les forcer à se détacher. Formules des acopes, topiques destinés à calmer les vieilles douleurs, àranimerdans les membres le sentiment et le mouvement. Scribonius était disciple deTryphon.
Pamphile (sous l'empereur Claude) acquit une grande réputation et d'immenses richesses en inventant un nouveau traitement de la dartre mentagre, Iw-hv des Grecs, affection contagieuse qui occcupait la face, le cou, la poitrine et offrait l'aspect le plus hideux. Endémique en Egypte, elle s'introduisit à Rome, et se répandit rapidement chez les grands. Les médecins appelés d'Egypte, la combattaient par les caustiques les plus actifs, détruisant les parties malades jusqu'aux os. De là résultaient d'horribles cicatrices, larges, irrégulières, profondes, adhérentes. Pamphile obtint les plus brillants succès en substituant aux caustiques, un emplâtre vésicant, composé d'airain brûlé, d'orpiment, de ventres de cantharides, etc. {voy. pour les détails, Galien, De comp. med. sec. locos, l.IV, c. vu). Nous avons guéri par des vésicatoires répétés, des dartres rebelles du menton et du cou qui avaient résisté aux médications les plus rationnelles.
Philomène fut imité par Socration, Âpius, etc. Alcon, son contemporain, se
* les mots («Tpci; x^V°"/°7<"^ désignaient le médecin opérant [voy. Goulin, Mém. liU., p. 236, 1775). Le mot chirurgien paraît avoir été employé d'abord par Celse. Le témoignage de Scribonius prouve que la chirurgie aclive était accueillie avec peu de faveur ;i Home, et que son application devait, en général, être renfermée dans des limites assez étroites.
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distingue par son habileté en chirurgie, et particulièrement clans le traifcnieiit
des hernies. Exilé par Claude et condamné à payer une amende d'un million de
livi-es, il put l'acquitter en peu de temps et mettre un terme à son exil [voy.
Pline, 1. 29, c. i) ; voy. aussi Martial :
Mitius implicalas Alcon secat cnteroceîes, Fractaque fabrili dedolat ossa manu.
(Martial, lib. Il, epigr. 85).
Nous nous sommes occupé (Hist. delà médecine), de Pline le naturaliste, et de Dioscoride. Celui-ci vécut sous Néron, et nous a transmis une matière médicale très-complète pour son époque, et restée classique durant plusieurs siècles. Le chirurgien y trouvera, surtout au cinquième livre, un grand nombre de formules relatives à des médications utUes dans le traitement des maladies chirurgicales. L'auteur nous fait connaître, pour chaque cas, des médications efficaces, malgré leur simplicité, des vins médicinaux pi'éparés par fermentation, et s'élève contre l'abus des corps gras dont on a fait souvent un trop fréquent usage.
Son ouvrage intitulé Theriaca se recommande par ses études sur la rage, les morsures et les piqûres des animaux venimeux. Celse, ébauchant seulement ce sujet, néglige les effets produits par chacune de ces blessures, indique confusément les moyens curatifs, sans rapporter les motifs qui doivent guider dans leur choix, selon les circonstances. Dioscoride lui est très-supérieur. Il décrit d'abord avec détail l'évolution des phénomènes qui suivent la morsure des animaux enragés, le traitement général, et insiste sur les soins que l'on doit donner à la plaie, en détruisant l'agent toxique par le fer et le feu, lors même que la cicatrisation est déjà effectuée. L'auteur transmet ensuite tout ce qu'il a pu recueillir «ur les lésions déterminées par l'abeille, la guêpe, le scoi'pion, les phalanges (araignées venimeu.ses) dont Aëtius (tétralibl. IV, serm. I, c. xviii) distingue plus tard les espèces, la scolopendre, les serpents, etc. Dioscoride embi'asse tout à la fois, l'histoire naturelle, la pathologie, la thérapeutique locale et générale (excitants). Parmi les serpents, nous trouvons la cécilie, l'amphisbène, la dipsade, l'hémorrhoïs, la vipère, l'aspic, etc. L'auteur décrit les phénomènes communs à toutes ces blessures, et ceux qui spécialisent chacune d'elles. Portés au contact des travaux modernes, ces tableaux doivent subir de grandes modifications, cependant quelques-uns présentent encore assez d'exactitude dans leurs traits principaux. Le venin de l'aspic coagule le sang, la mort est prompte et inévitable. Les cordiaux offrent peu de ressource après la morsure de l'hémorrhoïs et de la dypsadc ; vous aurez recours aux stimulants les plus énergiques, et vous compterez davantage sur les ventouses, les scarifications, la cautérisation avec les caustiques, le feu, l'amputation de la partie si la plaie siège aux extrémités. Ces derniers moyens, bien plus efficaces que tous les autres, échouent fréquemment, quand le venin est trop actif, quand on agit trop tard ou d'une manière incomplète, etc.
Les deux livres des Euporistes (médicaments faciles à préparer) , sont extraits du grand ouvrage de Dioscoride. Avant de pratiquer des incisions ou des cautérisations, émoussez la sensibilité du malade, par des narcotiques administrés à l'intérieur, ou portés dans le rectum. Vous introduirez dans cet intestin, une mèche de laine grasse trempée dans le suc de la mandragore ou du pavot.
Nous passons volontairement sous silence une foule de médecins dont Peyrilhe et Haller ont donné l'énumération et dont les noms ont été conservés en s'accolant à des recettes pour combattre les maladies des dents, des oreilles, de l'utérus,
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etc. et surtout de la peau, si communes alors dans les grandes villes. Disons un mot des oculistes et des inscriptions placées sur les boîtes et les vases renfermant leurs remèdes. Le curieux livre de Walchius, sigillum medici ocularii romani, (léna, 1763 et 1772) en contient un grand nombre. En voici un spécimen. Publius Docimius Eros Merulos, affranchi de Publius, médecin clinicien, oculiste, sextumvir, a payé, pour acheter sa liberté, 700 sesterces; 2,000 pour acheter la charge de sextumvir; 30,000 consacrées à des statues données au temple d'Hercule ; 31,400 destinées à paver les rues et les chemins ; la veille de sa mort, il a laissé 19,000 sesterces de patrimoine. Avec des spécialités et des onguents, les esclaves même rachetaient leur liberté, achetaient des honneurs, acquéraient de grandes fortunes. Éros aurait gagné huit millions de notre monnaie, s'il s'agit de la grande sesterce.
Thessaliis de Tralles vécut sous Néron, modifia le méthodisme, et prétendit en être le fondateur. Malgré son étroit dichotomisme, et les vives attaques de Galien, il a rendu des services à la chirurgie en combattant l'empirisme poly-pharmaceutiquc, en appelant l'attention sur des modes très-communs des affectionschirurgicales, l'excitation, la phlogose, l'atonie, en reconnaissant une série d'indications spéciales en chirurgie, en préconisant la méthode métasyncrétique» destinée à changer profondément la vitalité de l'organisme dans les ulcères anciens, les maladies rebelles, etc.
Sous le règne heureux de Trajan, l'art médical compte plusieurs hommes éminents tels qu'Archigène, Rufus, Soranus, Héliodore; Arétée qui n'exerça point à Rome et dont les écrits sont restés longtemps peu connus est sans doute leur contemporain.
Archigène d'Apamée est cité avec éloge par Juvénal, Suidas : « Il avait étudié avec le plus grand soin toutes les branches de l'art, aussi ses nombreux éciils. sont-ils justement estimés » (Galien. De lac. affect. t. II, c. vi). Le médeciu dePergame mentionne ses Traités sur les lieux affectés, les maladies chroniquci,. les médicaments étudiés d'après leurs propriétés, leurs genres, les parties atteintes. Nous en possédons seulement quelques fragments, qui se rapportent plus particulièrement à la chirurgie. Cocchi a traduit plusieurs fragments d'Archigène recueillis dans la collection de Nicétas.
Etudes très-remarquables et bien supérieures à toutes celles qui les avaient précédées sur les plaies de tète, les lésions des os, des méninges, du cerveau» leurs signes, leur marche, leurs terminaisons, leur pronostic, la thérapeutique; emploi du trépan exfoliatif, du feu, de larugine. Pour les amputations, le médecini d'Apamée reproduit les préceptes de Celse en les accentuant avec plus de netteté, et marque des progrès évidents. Les amputations seront pratiquées non-seulement àl'occasion de la gangrène, mais aussi dans diversautres cas: « Amputantiir corporis quœdam partes, vel quàd emortu sint, ut in gangrœnâ, vel in ulcère putrescente et erodente , et in quibusdam canari speciehus... Abscindimus item quœ naturalibus ligaminibus soluta sunt... Ne extrema nervorum contrahantur , alimento carentia. » La peau sera fortement retirée vers le haut, afin d'en conserver une quantité suffisante « Prœtereà opus est, cute ad superiores partes rétracta, qiià sana caro est, fasciâ vel aliquo simili in ambitu adstringendo vincire,juxtà quam vinctiiram circuitus incisionis esse débet. » Dans le but de prévenir et d'arrêter l'hémorrhagie, il ne se bornait pas à des aspersions d'eau froide et à des liens servant à comprimer le m^embre ; les vaisseaux étaient liés immédiatement, tantôt seuls, tantôt en embrassant avec une aiguille les chairs
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environnantes: « Laqueo igltur constrinc/enda, vel consuenda vasa sunt, ad partem secandam ferentia, et in aliqiiibus totum membrum deligendum est, frigidâque aspergendum. » L'opération terminée, si le sang coule en abondance, les vaisseaux seuls sont cautérisés, en évitant soigneusement les nerfs (voy. Archig. in grœc. chirurg. édit. Cocchi. Florence. 1754. p. 156, etc.). La perforation de l'os unguis est indiquée parmi les procédés de traitement de la fistule lacrymale. Recherches curieuses sur l'otologie, l'usage des bains alumineux, sulfureux, etc. l'emploi des cautères, si fréquemment usités ; celui des sinapismes, etc. L'auteur s'occupe avec détail des abcès intra-thoraciques, intra-abdominaux, intra-pel viens, utérins, de leurs symptômes, leur marche,' leurs migrations au dehors ; des opérations hardies à l'aide desquelles on peut livrer issue au pus, etc. {voy. Peyrilhe, Uist. de la chirurg., t. II, p. 347 à 381). Ce travail réclame plusieurs rectifications. Archigène décrit un instrument de son invention destiné à dilater le vagin, afin d'en atteindre les abcès avec le bistouri [Aët. liv. IV, c. xxvi,).
Héliodore fut un chirurgien habile, ainsi que l'attestent Juvénal, Paul d'Egine, et les fragments qui nous restent de ses écrits. Plusieurs critiques pensent que le livre entier d'Oribase Des bandages, des lacs, des machines, lui a été emprunté. Nul n'a insisté plus que lui sur l'importance des débiidements dans les plaies étroites de la tête; il n'hésitait point à inciser les muscles temporaux, blessés ou contus, et voyait dans cette opération, un remède contre les convulsions. Cette doctrine des débridements a été attaquée même par Fallope, et réhabilitée plus tard par son disciple Carcaneo Leone, André de la Croix, etc. Bonnes études sur les lésions du crâne, l'écartement des sutures, l'enfoncement des os bien distinct des bosses dues à la contusion, la carie des os ; description du trépan que l'on mettait en mouvement avec un archet {voy. la figure dans Gui de Chauliac, Paré). Préoccupé comme ses contemporains, du danger des hémorrhagies, Héliodore, dans les amputations, commence la section des chairs par le côté opposé à celui où se trouvent les gros vaisseaux, et ne divise ces derniers qu'après avoir scié l'os. On lui a reproché à tort d'avoir rejeté les amputations dans les articulations. Sa méthode pour l'ablation des doigts surnuméraires est la première trace des amputations à lambeaux; ceux qu'il formait étaient réunis parla suture. Héliodore célèbre les ventouses, en énumérant longuement leurs avantages.
Rufus d'Ephèse, cité avec éloge par Galien, avait écrit sur les maladies des reins, des yeux, les remèdes populaires, le régime des enfants, etc. Quelques fragments seulement nous sont parvenus. Les abcès rénaux s'ouvrent parfois dans l'abdomen, le rectum, etc. {voy. le fait rapporté par Praxagoras). Il fut le premier à décrire l'anévrysme faux, en distinguant ses espèces, traçant les règles de son traitement : la gloire n'en revient donc pas à Galien (voy. Aët. tetrab. IV. Serm. 2. c. li).
Soranus d'Éphèse est comm par l'ouvrage de Cœlius Aurelianus qui n'en est peut-être, en partie qu'une traduction {voy. Hist. de la médecine) ; par un fragment de son traité des fractures, un ouvrage relatif aux maladies des femmes. Clinicien habile, Soranus comprit la valeur que pouvait avoir le méthodisme et en suivit les préceptes, en les modifiant et les unissant à ceux des autres doctrines médicales ; aussi les témoignages de Galien, lui sont-ils favorables, malgré les critiques du médecin de Pergame dirigées contre le méthodisme. Soranus fut certainement un excellent observateur. Il éclaira le diagnostic des fractures, particulièrement de celles des vertèbres, et simplifia leur traitement à l'exemple d'Ammonius, en substituant autant qu'on le peut, les
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mains des aides, à des machines plus ou moins compliquées. Pour donner un exemple de l'exactitude des descriptions de Caelius Aurelianus et sans doute de Soranus, nous présenterons une courte analyse de ce qui concerne les abcès viscéreux (Caîl. Aur. de morh. chron., liv. V, cliap. xx). Des abcès se forment dans les viscères et les membranes qui les tapissent à l'extérienr, dans l'œsophage, les poumons, le diaphragme, le foie, la rate, les intestins, les reins, la vessie, l'utérus, etc. (pour les abcès utérins, l'auteur renvoie à son traité des maladies des femmes). Parmi ces abcès, ceux qui siègent trop profondément échappent aux moyens chirurgicaux. Il n'en est plus de même des collections purulentes plus rapprochées de l'extérieur (abcès de l'œsophage à la partie inférieure du cou, certains abcès du thorax, de l'estomac, du foie, de la rate, de l'ombilic, des intestins, de la vessie, du rectum, de l'urètre, etc.) : signes communs à tous ces abcès ; signes spéciaux aux collections purulentes de la poitrine. Des voies qne suit le pus des abcès viscéraux pour se porter au dehors, pénétrer dans l'œsophage, les poumons (même le cœur), l'estomac, le tube intestinal, la vessie, le vagin, etc., phénomènes accompagnant cette pénétration. Procédés propres à faciliter l'écoulement du pus. Lorsque celui-ci s'est logé entre l'intestin et le péritoine, une incision en amènera la sortie ; Erasistrate a prouvé qu'elle était très-praticable à la région inguinale. L'ouvrage concernant les maladies des femmes, dont nous pouvons lire des fragments dans Oribase (24" livre) et dans Aëtius, et qu'on a retrouvé, contient d'intéressants détails anatomiques, l'observation d'une hernie dans les grandes lèvres, recueillie par l'auteur « à l'époque où il pratiquait la chirurgie, « des études sur le renversement de la membrane interne du vagin, les imperforations de la vulve et du vagin, le squirrhe utérin, le renversement de l'utérus, etc.. Les plaies du thorax, quoique pénétrantes, ne sont pas toujours mortelles, même avec de graves accidents {voy. C. Aurel).
Arétée de Cappadoce possède comme les précédents, et à un plus haut degi'é, des connaissances d'anatomie normale et pathologique vraiment remarquables, qui lui servent de guide au milieu de tous ses travaux. Embrassant la science entière, il avait composé des traités de pharmacie, de chirurgie, des maladies des femmes, etc., dont son immortel ouvrage de causis et signis morborum etc, nous fait regretter plus vivement la perte. Le traité des maladies aiguës et chroniques ne contient des documents chirurgicaux que par occasion et d'une manière accessoire. Cependant on y trouve les preuves d'une haute science théorique et pratique qui fait une part légitime à l'intervention chirurgicale. Comme Caelius Aurelianus, il donne de longs détails sur les abcès des organes thoraciques, abdominaux, pelviens, leur marche, les routes par lesquelles ils se portent au dehors, leur traitement ; sur les maladies des voies urinaires (néphrites, cystites, hématuries, abcès, plaies, tumeurs, ulcères vésicaux, calculs, etc), leurs signes, leur diagnostic, le pronostic, la thérapeutique; la paracentèse thoracique et abdominale. Partout, Arétée reste bien supérieur à ceux qui l'ont précédé, et à la plupart de ses successeurs jusqu'au dixseptième siècle. Il montre les accidents qui suivent la bronchotomie, conteste les succès que l'on prétendait en avoir obtenus dans le traitement de l'angine, décrit avec une précision et une exactitude remarquables l'angine gangreneuse, et joint aux moyens employés jusqu'à lui, la cautérisation à l'aide des caustiques et du feu. Études pleines d'intérêt de la frénésie, de l'épilepsie, des névroses; thérapeutique locale parfois trop énergique. Ses tableaux saisissants,
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colorés, sont généralement tracés d'après les objets même, peignent la nature, indiquent sa marche, en suivent les variétés, nous initient aux seci'ets de sa puissance, dont ils constatent tout à la fois l'étendue et les limites. De tous les médecins anciens, Arétée est sans doute celui qui a suivi de plus près les traces d'Hippocrate, en profitant des progrès accomplis en pathologie, en thérapeutique, en anatomie, en physiologie pratiques, en les agrandissant. On le voit céder quelquefois aux entraînements des théories, et incliner tour à tour vers les divers systèmes sans s'arrêter à aucun d'eux d'une manière exclusive, mais bientôt l'observation le rappelle au sentiment de la vérité. L'éclectisme clinique est un des caractères dominants de ses écrits. Son ouvrage et celui de Cselius Aurelianus attestent les proportions considérables qu'avait prises l'étude des maladies clu'oniques. Quoique l'état aigu et l'état chronique aient entre eux les relations les plus intimes, ils impriment cependant aux lésions morbides des modes spéciaux que la patliologie signale et qui modifient les indications thérapeutiques. Arétée consacre cette distinction, en examinant séparément les affections chroniques, et cependant il ne lui donne point une valeur trop absolue. L'histoire des maladies est toujours précédée de considérations anatomiques relatives aux organes où elles se manifestent : nous signalerons en particulier les détails qui se rapportent à la plèvre, la luette, les reins, la
vessie, le foie, le tube digestif, l'entre-croisement des nerfs cérébraux, etc
Sa thérapeutique est active, dès que l'indication est nettement déterminée. Il emploie peu de médicaments composés, parce qu'il est souvent difficile d'en comprendre l'efficacité. Les antiphlogistiques, les dérivatifs, les révulsifs, les évacuations sanguines générales et locales, les sédatifs, les émollients, les narcotiques, les toniques, les excitants, les vomitifs et les purgatifs, les actes chirurgicaux (avec le fer, les caustiques, le feu, etc.), ont des modes médicateurs, dont on peut expliquer, calculer, mesurer et graduer les effets ; Arétée en étudie avec détail le mécanisme, afin d'en préciser les indications, d'en accommoder l'usage ensemble ou séparément, aux diverses circonstances. Telles sont les bases d'une thérapeutique rationnelle. Comme ses contemporains, Arétée paraît abuser de la cautérisation et des caustiques. Bien que la nature se livre à des efforts heureux pour la guérison des maladies aiguës ou qu'elle indique les voies qui peuvent conduire à des solutions favorables, l'intervention active du médecin devient nécessaire dès qu'elles ont un certain degré d'intensité ; elle est plus impérieusement et plus fréquemment réclamée dans les traumatismes et les affections chirurgicales. Lorsque l'état chronique est arrivé, l'organisme vivant ne réagit plus avec la même énergie, les actes médicateurs sont lents, irréguliers, imparfaitement dessinés ; le médecin doit user de toutes ses ressources pour le prévenir et le combattre ; le traitement est délicat; les difficultés nombreuses ; des succès éclatants prouvent que l'on doit lutter avec elles et que l'on peut même dans des cas graves, parvenir à les surmonter. Arétée est moins naturiste qu'Hippocrate, dont le naturisme a du reste été exagéré. A mesure que la science progresse, elle connaît mieux les procédés de la nature, leur but, leur mécanisme, acquiert des moyens plus efficaces pour combiner ses actes avec les siens, découvre successivement les lois qui régissent l'organisme humain, établit une harmonie de plus en plus complète entre ses lois et sa thérapeutique, et devient le ministre d'une nature intelligente. Ainsi que le dit Hippocrate, la nature opère des merveilles lorsqu'elle fait bien ; elle nous montre toutes les bonnes routes ; mais elle ne
les suit pas toujours. Nous devons nous attacher à ses traces. Imiter la nature, ce n'est point la livrer à elle-même; c'est préparer, seconder, provoquer, produire ses actes curateurs ; c'est obtenir, autant que possible, tout ce qu'elle doit ou devrait faire, en donnant à ses actes le degré, la direction, le mode qui sont vraiment salutaires. L'aphorisme quo natura vergit eô ducendum, doit être compris dans ce sens (conduisez la nature dans les voies où elle tend quand l'expérience a montré qu'elles sont avantageuses) ; c'est là qu'il faut la ramener. Si le domaine de la thérapeutique naturelle ou imitatrice est trèsvaste, même en chirurgie, il est loin d'embrasser la thérapeutique tout entière. Nous aurons à examiner de plus près ces importantes questions. Quand la paralysie de l'œsophage empêche la déglutition, Arétée introduit des substances alimentaires à l'aide d'une sonde profondément placée dans ce conduit ; il administre le lait pour prévenir et combattre l'excitation génito-urinaire provoquée par les cantharides. Nous devons regretter que les écrits d'Arétée à peu près inconnus chez les anciens, n'aient été justement appréciés qu'assez tard par les écrivains modernes.
L'art vétérinaire doit nous arrêter un instant. Consultons d'abord Columelie [de re rusticâ). Né à Cadix, cet auteur vint se lixer à Rome sous l'empereur Claude, et paraît avoir écrit encore après l'an 64 de notre ère. Sa chirurgie est très-vigoureuse. Les plaies même récentes sont pansées avec de l'urine, du sel, du vinaigre; les abcès sont ouverts avec le cautère actuel, que l'on porte aussi sur les ulcères dont les bords ont été retranchés à l'aide du bistouri, etc.. La collection de Ruelle [medicina veterinaria libr. Il, 1530), contient d'intéressants détails concernant les concrétions pierreuses des mamelles chez les bestiaux, la perforation du sternum, l'introduction d'un fausset dans les vaisseaux ouverts, pour arrêter l'hémorrhagie, l'application du feu sur les cals vicieux, afin de séparer les fragments osseux, etc.. Nous trouverions bien des objets qui mériteraient d'être mentionnés dans les travaux des anciens vétérinaires, qui sont mieux connus aujourd'hui.
Article V. Cinquième époque. Galien et ses successeurs jusqu'à Oribase. Galien arrivant à Rome vers 160, à l'âge de 32 ans, trouva les médecins divisés en une foule de sectes, occupés d'intrigues plus que de science, flattant et servant les grands, partageant leur corruption, s'avilissant devant eux, cherchant par le charlatanisme à acquérir de la réputation et surtout des richesses, et ne reculant pas devant les actes les plus honteux pour y parvenir. A l'exemple d'Hippocrate, le médecin de Pergame voulut réveiller chez les médecins le sentiment de leur dignité en leur rappelant la grandeur de leurs devoirs, celle des intérêts qui leur sont confiés. Le médecin doit être plus homme que les autres hommes; il tâchera de leur servir de modèle par la science et les vertus. Galien étudie les sectes, combat leurs exagérations, se propose de leur emprunter tout ce qui est conforme à la raison et à l'expérience, d'en introduire les résultats dans la doctrine en conservant sa méthode, et de faire apparaître l'édifice antique, agrandi, perfectionné, orné de toutes les richesses fournies par les travaux de plusieurs siècles. Galien ne tint point ses promesses ; trop avide d'explications et de théories, il altéra pai' ses systèmes, la pureté des ma- l tériaux empruntés à l'observation. ,
Une fois établi à Rome, Galien renonça presque entièrement à la pratique de la chirurgie, qu'il avait exercée en Asie, afin de se livrer aux soins de la médecine interne, se conformant aux usages d'après lesquels les médecius
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choisissaient dans leur pratique habituelle, la branche de notre art qui lui convenait le mieux. Nous n'avons pas une chirurgie complète écrite par Galien ; mais on trouve dans ses écrits si volumineux, un nombre considérable de recherches qui s'y rapportent, de sorte qu'en les réunissant on pourrait reconstruire sa chirurgie entière. Cette œuvre est longue et difficile ; car il faut compulser non-seulement tous ses commentaires sur Hippocrate, mais ses traités de locis affectis, ses administrations anatomiques, ses traités de tumoribus prœter naturam, methodus medendl, de médicament, facullat., introductio (ouvr. apocryphe), de médicament, simplic. etc. Galien se répète souvent, entre dans des discussions fréquemment stériles, etc, et cependant quand on l'a soigneusement étudié, l'on a obtenu d'importantes notions historiques, de pratique et de théorie. On doit avec lui s'attacher aux faits, se tenir eu garde contre des explications, des divisions trop subtiles, des jugements dictés par des préventions de sectes. Haller, Bibl. chir., p. 85 à 92, a donné un résumé très- concis et confus de la chirurgie galéuique ; Peyrilhe lui a consacré dix-huit mois de recherches et 192 pages {Hist. de la chir., t. 11, p. 507 à 699). A côté de remarques intéressantes, se trouvent des détails peu importants, des assertions douteuses, des omissions, une critique insuffisante. Nous donnerons une appréciation générale, nous signalerons quelques points saillants. Comme chirurgien, Galien nous offre peu d'originalité; on s'en aperçoit quand on peut remonter aux sources où il a puisé ; mais il reproduit avec ampleur, surtout pour quelques parties, ce qui a été fait avant lui. Insistant presque partout, sur l'indispensable nécessité des connaissances les plus intimes d'anatomie et de physiologie pratiques, il montre par de nombreux exemples, combien elles répandent de lumières touchant le siège, les signes, le diagnostic, le pronostic des lésions chirurgicales, les applications topiques, les manœuvres opératoires. Profitant des faits recueillis avant lui et de sa pratique personnelle, Galien fait voir toutes les fois que l'occasion se présente, comment à l'aide de ces données et par les antécédents, les causes, l'ensemble des symptômes, l'examen des parties, on peut remonter à l'organe lésé, s'assurer de l'étendue, delà profondeur, de la nature même de la lésion, etc., les faits le conduisent à une série de préceptes généraux formulés avec précision. C'est ainsi qu'une vive lumière se répand sur l'histoire des plaies, de l'inflammation, des ulcères, des fistules, des tumeurs, des lésions du sentiment et du mouvement, des luxations, des fractures, des hernies, etc., considérés dans leur siège varié (voyez les écrits, les commentaires consacrés à ces lésions, les importants traités de loc. affectis, de administr. anatom.). Hippocrate en ouvrant cette voie avait déployé une étonnante sagacité, les Alexandrins l'a- . valent rendue plus large et plus sûre, Galien en fait ressortir toute l'importance, lui donne une nouvelle ampleur, multiplie les applications. Moins heureux dans l'explication des faits, le médecin de Pergame fait reposer la pathogénie, les évolutions morbides, les actes thérapeutiques sur des théories incomplètes, fausses ou hypothétiques, en unissant confusément le mécanisme, le vitalisme des solidistes, l'humorisme qui devient prédominant. Les maladies dépendent de l'altération des quatre humeurs, de leurs âcretés, de leurs putridités, de leurs coagulations, de leurs liquéfactions ; de l'excitation, de l'atonie des solides, des modifications des forces rétentives, expulsives, élaboratives. Les agents pathogéniques ont des facultés en vertu desquelles les humeurs subissant ces altérations, sont retenues ou expulsées anormalen.e it. Les agents
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médicateurs jouissent de facultés analogues qui doivent rendre aux humeurs et aux solides leurs qualités et leurs facultés physiologiques. Dès loi's on peut comprendre par quels procédés tous les états morbides se produisent, et comment on parvient à en obtenir la solution. Il y aurait eu là tous les éléments d'une physiologie pathologique et d'une thérapeutique rationnelles, si l'on avait su la déduire de l'observation seule; mais la science était encore trop peu avancée. Galien eut l'ambition de construire l'édifice médical tout entier d'après ces bases, sans s'apercevoir combien à son époque elles manquaient de solidité. Associant les diverses doctrines dans sa physiologie, sa pathogénie, sa pathologie, sa thérapeutique, il voulut faire de l'éclectisme expérimental et aboutit à un syncrétisme systématique confus, dont toutes les parties furent cependant enchamées méthodiquement, disposées avec art, remplies des richesses que lui fournissaient son immense érudition et ses recherches personnelles. Son illusion fut complète ; la plupart de ses successeurs la partagèrent durant bien des siècles. Son œuvre était remarquable par son plan et sa vaste étendue qui lui permettait de tout embrasser; par des vérités générales dont on devait reconnaître la certitude : ainsi, à côté des forces et des dispositions mécaniques, il y a des facultés vitales animant les solides et les fluides (facultés sensitives, motrices, plastiques) ; les agents morbigènes et thérapeutiques modifient les organismes vivants mécaniquement et vitalement ; mais, à la lumière de ces principes généraux, il fallait déterminer toutes les lois expérimentales qui régissent ces forces, les facultés réelles de chaque modificateur afin de savoir comment les états morbides se produisent, comment l'état physiologique se rétablit : on devait donc constater d'abord les faits, en déduire les lois, en faire sortir ensuite l'explication théorique. Galien pensa que, grâce à ses efforts, toutes ces lois étaient connues ; il les posa, voulut en déduire la science entière et remplit avec des mots ou des interprétations arbitraires tous les vides que l'expérience seule aurait dû combler. Dans son système, il crut avoir déterminé la nature clinique de toutes les maladies, le mode thérapeutique de tous les moyens médicateurs. Avec eux, nous pouvons changer les altérations humorales, faire écouler les humeurs stagnantes, retenir celles qui s'échappent en ti'op grande .abondance, exciter les foi'ces languissantes, calmer, régulariser les mouvements trop tumultueux, etc. Dans la thérapeutique générale, Galien pose les bases des véritables indications ; mais dans les détails, il se trompe trop souvent sur la nature réelle de chaque maladie, sur celle des agents thérapeutiques. Si l'école hippocratique avait peu de médicaments, elle savait s'en servir à propos ; Galien reconnaît les avantages de ces médications simples, mais il y ajoute le luxe de cette polypharmacie compliquée introduite par les dogmatiques et surtout par les empiriques, et bientôt elle devient prédominante dans ses écrits. Galien avait tracé le plan d'un édifice médical complet et de toutes ses parties, en y déposant les matériaux principaux recueillis jusqu'à lui ; et cependant ses œuvres ne représentent pas la véritable science antique. Pour obtenir cette représentation fidèle, il aurait fallu remonter aux sources et réformer chaque partie, en suivant les règles hippocratiques, en effaçant les contradictions des systèmes au contact de l'observation. Malheureusement ses successeui's adoptèrent généralement ses doctrines, imitèrent ses erreurs plutôt que ses qualités, et ne rentrèrent que rarement dans des voies plus heureuses où de sages préceptes auraient pu les ramener. C'est au seizième siècle seulement, que la science antique se dépouille pro-
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gressivement de son alliage ; c'est alors que se préparent ces transformations profondes qui constitueront l'ère moderne. Nous en ajqjrécions de plus en plus aujourd'hui la nature, l'importance, nous en recueillons tous les fruits.
La chirurgie de Galien présente des caractères analogues à ceux de sa médecine. On trouve d'une part, du moins dans de certaines limites, l'exposition des travaux accomplis jusqu'à lui, de l'autre des commentaires, des développements théoriques et pratiques, des appréciations plus ou moins judicieuses, des interprétations dans lesquelles l'auteur s'efforce de rattacher les faits chirurgicaux, la thérapeutique et la médecine opératoire, aux lois et aux principes qui forment le fond de ses principes. Pour bien juger la chirurgie antique, il faut donc autant que possible, placer sous ses yeux les textes originaux afin de savoir jusqu'à quel point Galien leur est resté fidèle; ces précautions sont nécessaires à celui qui veut résister à ses préventions, et conserver son impartialité. Aussi nous avons eu le soin de soumettre au contrôle historique les documents qu'il nous a fournis, et d'esquisser d'après des textes, les travaux des chirurgiens les plus éminents qui ont écrit avant lui.
Galien a laissé le traité le plus étendu, le plus complet, le plus méthodique relativement aux bandages, leur mécanisme, leurs usages, leurs effets (de Fasciis). En rapprochant cet ouvrage de ses commentaires sur les livres de l'Officine du médecin, de Fractis, de ArticuUs, etc., on peut avoir des connaissances précises sur tout ce qui concerne Varmamentarinm, l'arsenal des anciens chirurgiens. L'auteur a imaginé ou modifié certains bandages, des procédés mécaniques pour la réduction des fractures, des luxations (bandage des pauvres ou de Galien pour la tête, glossocome, etc.). Galien donne de bons préceptes relatifs aux procédés opératoires et aux indications de la phlébotomie, de l'artériotomie, des ventouses sèches ou scarifiées, des attractifs, révulsifs, dérivatifs, des caustiques, du feu, etc. Le phlegmon est une inflammation du tissu cellulaire déterminée par une congestion sanguine. Description des phlegmons superficiels et profonds, des épanchements divers qui occupent les cavités; marche, terminaisons, traitement. Les méthodistes ont eu le tort de les soumettre à une thérapeutique identique, sans tenir compte des modifications majeures imposées par le siège. Ici l'auteur tombe dans un excès opposé en admettant que chaque tissu, chaque organe réclame une médication analogue à sa constitution propre, et ne s'aperçoit point assez que les modifications se rapportent surtout à la nature de la phlogose ou à ses périodes. De là sa tendance à multiplier, dans les phlegmasies, les médications spéciales ou spécifiques, à vanter une foule de recettes, de formules empiriques, dont on pourrait souvent contester ou nier l'efficacité.
Ses connaissances anatoraiques lui permettent de tracer avec plus de précision l'histoire des blessures en général, et celle des traumatismes des divers orsanes, des cavités où ils sont renfermés. Signalons ses études importantes relatives aux hémorrhagies traumatiques ; il est bien plus complet que Gelse, Archigène, Rufus, etc., et les dépasse dans la voie qu'ils lui ont ouverte. L'hémostasie est due à trois causes : la rétraction des deux bouts du vaisseau blessé, leur contraction, le caillot. Après avoir parlé des effets des réfrigérants, des astringents, des styptiques, des caustiques, de la cautérisation, il insiste sur les avantages de la compression, delà torsion, de la section transversale, de la ligature. Cette partie de l'œuvre de Galien rappelle ce qu'il y a de fondamental dans les rechercnes modernes par rapport à l'hémostasie. Rufus avait décrit l'anévrysme faux ; Galien détermine beaucoup mieux le mécanisme de sa formation, ses espèces, ses vaiié-
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tés, leurs modes distinctifs. L'étude des tumeurs reproduit ce qui avait été dé^à ^ fait avec de nouveaux développements. Les unes sont solides, les autres contien- 3, nent de l'air, des liquides ou des substances de consistance et d'aspect très-variés, :^^ du sang, du pus, de la graisse, des matières muqueuses, glaireuses, analogues ' au miel, à la bouillie, etc., des concrétions terreuses, pierreuses, osseuses, libres ou renfermées dans des poches ; leurs sièges sont très-divers. En s'occupant de leur nature, Galien retombe dans son humorisme, et accuse tour à tour les vices l du sang, de la lymphe, de la bile, de l'atrabile; ainsi s'explique la formation des- ' tumeurs écrouelleuses, du squirrhe. Ce dernier est très-grave, le plus souvent incurable dès que l'état occulte cesse et qu'apparaît la période de malignité. Mêmes l'emarques relativement aux ulcères, aux affections cutanées. A côté de descriptions exactes se placent de longues discussions théoriques ; l'auteur ne distingue point assez les lésions purement locales de celles qui se lient à des modes morbides généraux, de là une tendance marquée à mettre dans un rang trop secondaire l'intervention chirurgicale. La détermination des affections générales repose fréquemment sur des données hypothétiques ; de là résultent de la. confusion et des erreurs dans les indications curatives *.
Plaies de tête. Études longues et précises de ces traumatismes, des accidents qui les accompagnent, de leur marche, leur diagnostic, leur pronostic, etc., lésions des parties molles et des os crâniens, des méninges, du cerveau, etc., des fongosités, etc., terminaisons funestes dans des cas peu graves en apparence, guérison malgré des lésions considérables. Galien parle des trépans garnis de bourrelets circulaires, àëajrrto-ra, du ciseau et du maillet ; néanmoins il fait surtout usage du couteau lenticulaire avec lequel les esquilles sont facilement enlevées ; le ciseau et le maillet produisent des commotions dangereuses. Recherches sur les indications du trépan, sur les avantages respectifs des dessicatifsconseillés par Eudème d'après le traité de Vulneribus capitis et des Immectants,. que Mégès préconisait en suivant les préceptes du livre de Locis in liomine.
Ophthabnologie. Les spécialistes avaient établi une foule de variétés dans les maladies des yeux ; Galien en donne largement la nomenclature entière, les définit, les classe, les décrit minutieusement, indique leur traitement, rapporte les procédés opératoires sans rien ajouter de bien important aux travaux antérieurs, soit pour la théorie, soit pour la pratique, soit même pour les topiques et leur application. Rufus, d'après l'examen direct, distingue le glaucome de la suffusion ; le premier a son siège dans le cristallin, la seconde résulte de la coagulation d'une humeur placée entre la lentille cristalline et la cornée. Malgré quelques confusions, Galien paraît adopter cette distinction. Signes de la cataracte vraie, pronostic tiré de la couleur (cuivrée, vitreuse, blanchâtre, verte), delà mobilité de la pupille ; traitement sans opération ; cas où l'on peut l'entrepi'endre; abaissement; l'extraction, indiquée sans être décrite, sera rejetée à liaison de la blessure de la cornée et de l'écoulement de l'humeur aqueuse. Ca liquide ne se reproduit point; il n'ose pas croire à cette reproduction, bien qu'elle ait eu lieu dans un fait observé par lui-même (de Sympt. caus., 1. 11)«
* On lira pourtant avec fruit ce qui concerne les tumeurs, les fistules, les ulcères [voy. ce qu'il dit à l'occasion de ces derniers, Melk. tned., 1. III, IV, V) ; importance du traitement général et local accommodé à toutes les variétés ; employer, selon les cas, les antiphlogistiques, les sédatifs, les excitants, les altérants spéciaux, les évacuants; critique du méthodisme ; extension des métasyncritiques modifiant l'organisme entier ou la vitalité des parties lésées, etc.
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Comme Hippocrate et ses sectateurs, Galien n'hés. *e point à donner issue aux épanchements thoraciques ; il a emporté des fragments de côtes, des côtes entières atteintes de carie. Chez un jeune esclave, il perfore le sternum, et met le péricarde à découvert ; les enveloppes du cœur sont altérées comme la portion osseuse qu'elles recouvrent , le cœur en est dépouillé dans une certaine étendue ; le malade guérit {Adm. anal., 1. Vil, c. xiii). Consultez, entre autres, le Meth. med., 1. VI, c. iv, relativement aux plaies de l'abdomen, à leur dilatation avec le syringotome, afin d'obtenir la réduction des viscères qui font hernie au dehors, à la gastrotomie, etc. Quand l'épiploon sorti est s]>hacélé, on fait une ligature dans la portion saine, et tout ce qui est malade est retranché.
Les maladies des voies urinaires sont étudiées avec de longs détails dans plusieurs écrits, entre autres dans les traités des Causes et des symptômes, des Lieux affectés, ch. v et vi ; voy. spécialement ce qui concerne la rétention d'urine, ses causes si variées, les faits cités par lui, etc.
L'histoire des luxations et des fractures est présentée avec beaucoup d'ampleur par Galien, qui joint ses propres recherches à celles de ses prédécesseurs. Cette œuvre mérite une attention particulière. Il a vu cinq fois la luxation de l'himiérus en avant, a observé sur lui-même la luxation de l'extrémité externe de la clavicule. Galien s'occupe des luxations non traumatiques de la cuisse, et prouve qu'une réduction solide a pu être obtenue dans ces cas par plusieurs médecins ; un succès complet a couronné plusieurs fois ses efforts. Le bandage roulé, appliqué sur les membres fracturés, prévient ou combat les œdèmes, les inflammations phlegmoneuses, etc. Ses préceptes thérapeutiques pour le traitement des fractures et des luxations sont généi'alement judicieux, quoiqu'il incline trop souvent vers l'emploi des machines compliquées.
Le médecin de Pergame n'a pas eu le projet de laisser un traité de chirurgie méthodique, suivi, complet ; il est entré dans ce domaine par occasion, entraîné par les circonstances ; néanmoins, il y est revenu souvent ; nous avons par fragments, dont plusieurs forment des ouvrages considérables, une série d'études qui embrassent presqu'en entier cette branche de l'art de guérir, et nous permettent de reconstituer la chirurgie galénique. On peut donc formuler quelques conclusions à ce sujet.
Les saines traditions pratiques de thérapeutique et de pathologie chirurgicales, déjà résumées par Celse, sont encore conservées ; on y a joint celles qui sont dues aux travaux de quelques médecins éminents postérieurs à l'écrivain î romain, tels qu'Archigène, Rufus, Soranus, etc. ; elles marquent des progrès positifs. Galien a puisé à toutes ces sources; à ces recherches, il en a joint d'autres qui lui appartiennent et qui sont intéressantes, quoique ne présentant point un haut degré d'originalité. Galien comprend les caractères de la pathologie chirurgicale, l'importance de la médecine opératoire dont il voudrait poser nettement les indications ; mais ses idées théoriques l'entraînent et le portent à lui assigner trop fréquemment un rang secondaire, pour lui substituer des médications internes ou des topiques qui ne sauraient la remplacer. A cette époque, le fond scientiiique est considérable; depuis Hippocrate, la chirurgie a fait de grands progrès, mais ils demeurent enfouis dans des livres que l'on ne médite guère : le culte de l'art est absent presque partout; de là sa décadence rapide et fatale. Les spécialistes fourmillent de toute part, incisent, cautérisent sans principes bien arrêtés, imaginent une foule de topiques qui les conduisent à la réputation et à la fortune ; au milieu d'eux on ne compte presque plus de vrais chirurgiens. Ga-
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lien veut résister au torrent et maintenir la chirurgie sur des bases solides ; mais ses théories se mêlent à l'observation et en altèrent les résultats, ses longues discussions, ses distinctions subtiles font perdre de vue toutes les parties substantielles et vraies de son œuvre, dont l'ensemble constituerait un livre d'une haute valeur, et entretiennent l'habitude de prendre des assemblages de mots pour la représentation fidèle des choses. Les dogmatiques, les empiriques, la foule des médicastres limiteront de plus en plus l'intervention d'une chirurgie active et savante, négligeront ce qui la concerne dans les écrits de Galien, où ils trou» veront des armes en faveur de cette chirurgie timide qui finit par devenir tout à fait insuffisante, en reculant devant ses actes les plus légitimes, et cherchant à les remplacer par des traitements d'une valeur tout au moins très-secondaire.
Aussi, dans l'espace de deux siècles qui séparent Galien d'Oribase, trouveronsnous peu de noms à citer.
Signalons d'abord Léonidès d'Alexandrie et Antylliis. Tous les deux, connus seulement par leur réputation et quelques fragments de leurs écrits, vécurent sans doute peu de temps après Galien, furent des praticiens habiles et d'excellents observateurs. Léonidès s'efforça de bien préciser les indications du cautère actuel que les uns avaient trop vanté, tandis que d'autres en restreignaient trop l'usage. Étude des cas où l'on cautérise avantageusement les diverses régions de la tète; emploi du feu dans le traitement de l'empyème. Il attaquait le cancer de la mamelle en pratiquant tour à tour des cautérisations et des incisions, afin d'arriver à l'ablation et à la destruction de la tumeur entière et d'éviter l'hcmorrhagie. Bonne description des hydrocèles spontanées ou traumatiques, variétés suivant le siège, etc., curation par l'instrument tranchant ou les caustiques; manuel opératoire quand on a recours à ces derniers. De la chute du rectum ; si le mal résiste aux topiques, on porte deux cautères olivaires sur la partie inférieure de l'intestin, les fluxions y deviennent plus rares, la cicatrice est plus solide. On combat l'hydrocéphale externe par l'incision qui peut même être tentée dans l'hydrocéphale interne. Des grands abcès de l'anus. Procédé spécial pour la cure de la fistule anale par l'incision. Un stylet flexible porté dans le trajet fistuleux le parcourt tout entier ; la pointe du stylet est saisie avec le doigt du milieu de la main droite introduit dans le rectum ; l'instrument est alors attiré et un peu courbé, de manière à rapprocher les deux ouvertures et à embrasser le trajet ; on incise, s'il se peut, d'un seul coup tout ce qui est calleux. Les callosités échappées à l'instrument tranchant sont incisées et excisées. Ce procédé en rappelle d'autres qui sont bien plus récents. La chirurgie de Léonidès se fait remarquer par sa vigueur. Bonnes études sur l'hermaphrodisme, les hernies, les écrouelles, les précautions à prendre dans l'extirpation des glandes et des tumeurs du cou, le dragonneau, etc.
Les fragments à'Antyllus conservés par Oribase, Aétius, etc., et les Arabes, prouvent que cet éminent chirurgien avait embrassé l'art médical tout entier dans ses nombreux écrits. Passant en revue l'influence des agents hygiéniques (de l'air, des lieux, du régime, etc.), il trace les règles de la diététique ; ses préceptes sur la gymnastique résument, en les surpassant, ceux de ses prédécesseurs. Il pose magistralement les indications des évacuants (purgatifs, vomitifs), des sédatifs, des toniques, des bains, des lotions, etc., et donne les détails les plus étendus sur la saignée dans les diverses régions*, les scarifications, les ventouses
' On doit ouvrir, selon les circonstances, les veines du front, de la langue, des oreilles, du bras, de la main, du jarret, des malléoles, etc. Indications, Manuel opératoive, etc. (vuy. pour les détails, Oribase, 1. VII, c. 11, 16, 17; voy. aussi ses observations sur les (is-
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sèches et scarifiées, l'application des sangsues, l'artériotomie, etc. Les artères seront divisées en travers afin d'éviter l'hémorrhagie. La pharmacologie attire également son attention ; nous lisons surtout avec intérêt tout ce qui concerne la préparation des collyres, des pastilles, des pommades, des onguents, des substances emplastiques, des solutions, etc. Antyllus fait un fréquent usage des caustiques, du feu, etc. Il porte le cautère actuel dans les fosses nasales, la bouche, les oreilles, etc., à travers une canule enveloppée d'un linge mouillé. Ses procédés pour le traitement de l'ectropion sont remarquables et varient suivant la disposition des parties, l'existence et la position de la cicatrice; notons l'ablation d'un lambeau triangulaire de la conjonctive, suivie de -la suture. Ces procédés ont été imités par la chirurgie moderne. L'auteur s'occupe de l'opération de la cataracte par extraction, et ne la conseille que lorsque la cataracte est petite; on n'y aura pas recours si elle est volumineuse, car on s'exposerait à vider les humeurs contenues dans l'œil. Règles précises sur la bronchotomie, sur son emploi dans les angines accompagnées d'imminente suffocation. « Dans les angines internes où les bronches et les poumons sont affectés, la bronchotomie sciait sans résultat ; mais la raison l'indique quand une suffocation menaçante résulte d'une inflammation siégeant dans l'arrière-gorge au-dessus du larynx, sans avoir envahi la trachée. L'ouverture sera faite au-dessous du troisième ou du quatrième anneau cartilagineux de ce conduit; celui-ci étant mis à découvert, on pratiquera une incision transversale entre deux cerceaux; elle divisera la membrane qui les unit sans intéresser le cerceau lui-même. La membrane sera incisée dans une partie seulement de son étendue. La sortie brusque de l'air et l'extinction de la voix prouveront que l'instrument a pénétré dans la trachée, etc. » {Voy. Paul d'Égine, 1. VI, ch. xxxin). Le siège de l'hydrocéphale est variable, celle qui réside entre le cerveau et ses membranes est incurable ; n'espérez rien de l'incision si le liquide est amassé entre le crâne et les méninges. Longues recherches sur la gravelle, les calculs urinaires. Dans l'opération de la taille, l'incision portera sur le col de la vessie, en évitant soigneusement le corps dont les plaies ne se réunissent point. Traitement de l'hydrocèle par incision, etc. Antyllus se distingue par l'étendue de ses connaissances ; possédant toutes les ressources de l'art chirurgical, il se montre généralement hardi, mais judicieux dans le choix des méthodes et des procédés opératoires, et combine heureusement le traitement chirurgical et les autres moyens thérapeutiques.
Après Léonidès et Antyllus, nous trouvons bien peu de noms qui méritent d'échapper à l'oubli. Nous dirons seulement quelques mots de Philagrius, d'Adamantinus, d'Aspasie, de Philumène, de Moschion.
Philagrius a écrit longuement sur les calculs rénaux et vésicaux. Chez nu sujet atteint d'un calcul engagé dans le canal de l'urèthre, il modifia le procédé de la boutonnière usité jusqu'à lui, en incisant le canal à sa partie supérieure, au lieu d'en ouvrir la paroi inférieure. Philagrius étudie plus soigneusement legaiiglion et s'efforce de le distinguer plus nettement du mélicéris et de l'athérome ; il le traite par l'écrasement ^ Oribase a conservé deux fragments d' Adamaniiuus
tules, 1. X, c. 53, les abcès, les hydatides, les varices, les réparations des pertes de substance, les résections dans la continuité et la contiguïté, résections articulaires, etc.).
» Plusieurs liistoriens ont pensé que Philagrius avait décrit, le premier, un procédé pour guérir l'anévrysme au moyen de la ligature de l'artère ; ils ont invoqué un passage d'Aûtius (tetrab. 4, seim. 3, c. 10). Cet auteur, dans le chapitre consacré au ganglion, mentionne Philagrius; le chapitre suivant est relatif à l'anévrysme et à son traitement par la ligature.
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relatifs aux maladies des dents ; on suppose que cet auteur est aussi l'Adamantinus qui a écrit sur les hernies. '
Philumène s'est occupé de l'inflammation des amygdales, de l'otite, des ulcères du sacrum, de l'anus, du scrotum et plus particulièrement des maladies de l'utérus, des mamelles, etc. Notons ses remarques sur la métrite, les déplacements et la clmte de la matrice, etc. Dans les inflammations douloureuses, il in- ' sistesurles avantages des sédatifs (jusquiame, pavot, etc.). Les travaux les plus ! importants de Philumène se rapportent aux accouchements et aux maladies des ■ femmes. Il en est de même de ceux d'Aspasie et de Moschion, sur lesquels règne encore une certaine obscurité. Ce dernier aurait pratiqué l'extirpation totale de l'utérus présentant un prolapsus complet hors des parties génitales externes.
Ce serait peut-être le lieu de parler du service de santé des armées et des flottes, dont l'organisation paraît dater du règne d'Auguste, mais qui subit plus tard des modifications et ne peut être bien étudiée que dans les écrivains postérieurs à cette époque, notamment dans Vegèce, qui florissait à la fin du quatrième siècle ; nous passerons néanmoins celte question sous silence parce qu'elle a été résumée à l'article Militaire (Service de santé), et nous nous bornerons à renvoyer, pour plus de détails, aux mémoires de Simson, d'Aubertin, au savant travail de iJriau [Service de santé militaire chez les Romains, 1866), et à la discussion à laquelle ce travail a donné lieu entre l'auteur et Dechambre [Gaz. hebd., 1808, p. 1 et 29). Ce dernier conteste plusieurs des interprétations de Briau.
Article VI. Sixième époque. Oribase et ses successeurs jusquà la fin du septième siècle. Les ouvrages des médecins les plus distingués de cette époque ne sont guère que des compilations.
Oribase (quatrième siècle) a laissé ses Euporistes, sa vaste Encyclopédie (collections médicales) en soixante-douze livres dont les deux tiers sont perdus; son Synopsis, abrégé du livre précédent, dédié à son fils Eustathe. En médecine comme en chirurgie, le fond de ces ouvrages appartient à Galien qu'il copie souvent textuellement en reproduisant de longs fragments ou même des écrits presque entiers ; on y remarque cependant quelques modifications. Les matières sont mieux classées, rangées dans un ordre plus méthodique, débarrassées des longueurs et des répétitions ; les lacunes sont remplies par des fragments puisés aux sources et appartenant aux auteurs les plus estimés ; plusieurs erreurs se trouvent ainsi relevées ; les opinions, les jugements personnels de l'auteur se iont parfois jour dans les préfaces ou préambules, dans les réflexions, les remarques qui unissent les pièces détachées, juxtaposées de manière à représenter la science telle qu'elle s'était constituée depuis son origine jusqu'au quatrième siècle. Nous devons r^retter vivement la perte d'une grande partie des œuvres d'Oribase. Cependant, malgré les mutilations considérables qu'elles ont subi, elles fournissent encore des documents précieux pour nous aider à reconstituer la médecine antique, pour suivre ses progrès, sa marche, ses oscillations, les modes successifs de son évolution dans ses éléments si divers. L'ouvrage principal (la grande collection) était divisé en cinq sections : 1" matière de l'hygiène et matière médicale ; 2» nature et structure de l'homme ; 3" conservation de la santé et rétablissement des forces chez les malades; 4" diagnostic et pronostic; 5* guérison des maladies; leurs symptômes. A la première section, appartiennent les livres I à XVI; sur les aliments (1. I à IV) ; les boissons (1. V); le sommeil, la
mais Philagrius n'y est point nommé; rien ne prouve qu'il se soit occupé de ce sujet. S'il eut fait une découverte aussi importante, Aétius n'am''\it pas manqué de la lui attribuer.
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veille, l'abstinence, la déclamation, les exercices, les rapports sexuels, etc. (1. VI) ; "émissions sanguines générales et locales (1. VII) ; évacuants (vomitifs, purgatifs, lavements, etc.) 1. VIII ; de l'air, des lieux, quelques topiques (1. 9) ; des bains, des topiques, agents métasyncritiques (d'après Galien) 1. X. Les livres XI, XII, XIII sont copiés dans Dioscoride. Médicaments simples étudiés d'après la docitrine de Galien, 1. XIV, 1. XV. Fragnacnts du 1. XVI. Médicaments composés. La seconde section est représentée par les livres XXIV, XXV (relatifs à la splaiichnologie, aux os, aux muscles, aux nerfs, aux artères, aux veines), et par quelques extraits inédits rassemblés par Daremberg et Bussemaker. A la dernière section, se rapportent des livres tout à fait cliirurgicaux. Livre XLV, tumeurs enkystées ou sans kyste; écrouelles, varices, enipliysèmes, anévrysmes, colobome (perte de substance et arrêt de développement), éléphantiasis : livre XLIV, ifractures en général, quelques fractures en particulier, plaies de tète, hydro- ■céphales, exostoses, alopécie ; livre XLVII, luxations en général ; des luxa- •tions dans les diverses articulations ; des amputations ; gangrène des doigts, etc. 1. XLVIII, lacs et bandages ; 1. XLIX, des machines et de leur emploi pour la réduction des luxations ; 1. L. maladies des organes génito-urinaires chez l'homme, ihernies ; 1. LI, des ulcères. Voij. pour les détails, l'édit. d'Oribase des auteurs ■déjà cités; à la fin du quatrième volume, ils ont placé ce qu'il y avait de plus intéressant dans un manuscrit byzantin (Choix de traitements tirés de la collection d'Oribase). La lecture très-attentive de ces écrits nous a démontré que non- •seulement ce médecin qui a joui d'une grande réputation, n'a rien ajouté de bien saillant à ce qu'avaient fait ses prédécesseurs, mais que, depuis longtemps, le génie inventif avait presque entièrement disparu. Cela est surtout vrai en chirurgie '.
Les Tétrahiblon A'Aétius (sixième siècle), sont également une compilation.
.Beaucoup mieux conservée que celle d'Oribase, elle embrasse ainsi pour nous ui?
plus grand nombre d'objets, avec bien moins de développements, et remplace
(imparfaitement sans doute, ce que nous en avons perdu. Quoique Aétius ait eu
sous lesyeux les écrits de plusieurs maîtres, il a puisé directement beaucoup de
.matériaux dans Oribase : ses citations, plus courtes, ne sont pas des reproductions
textuelles, mais des extraits rédigés qui exposent, à sa manière, les doctrines,
les méthodes, les procédés. Nous lui reprocherons de négliger souvent l'indication
des sources ; on serait ainsi conduit à lui attribuer des découvertes qui ne lui
appartiennent point. Parmi les choses qu'on ne trouve pas ailleurs ou qu'il a
[traitées plus soigneusement, signalons les suivantes : l'excision substituée à
â'incision dans l'épulis et le parulis; l'arrachement de la dent prescrit pour la
.guérison de la fistule succédant à ces tumeurs ; remarques sur quelques points
«de l'histoire des hernies et de leur traitement ; études importantes sur les mala-
rflies des organes génito-urinaires de la femme : excision des nymphes afin de
-diminuer l'orgasme vénérien (fort employée en Egypte) ; recherches sur l'œdème,
des abcès, les tumeurs des grandes lèvres, l' imperforation ou l'atrésie de la vulve,
vdu vagin, du col utérin ; les métrites, les tumeurs, les calculs, l'hydropisie
' Oribase compte sur les médicaments bien plus que sur les opérations, qu'il ne conseille ■que comme dernière ressource, sauf des cas exceptionnels. Pour les fractures, les luxations, ■nous le voyons préférer, avec Hélindore, des procédés, des machines et des appareils coniipliqués. Les parties de son œuvre les plus intéressantes et les meilleures se rapportent à l'hygiène, la gymnastique, la direction et l'éducation des enfants depuis leur naissance, la thérapeutique générale, les indications des grandes médications, spécialement des émissions sanguines, etc.
•296 CHIRURGIE (histoire de la).
hydatique de la matrice : incision du col utérin dans le but d'extraire les concrétions tophacées, etc. '.
Plus original que les deux précédents, Alexandre de Traites ne s'est guère occupé de chirurgie.
Malgré sa célébrité comme chirurgien et comme accoucheur, Paul d'Egine (septième siècle), qui a certainement pratiqué la médecine opératoire plus largement et avec plus de succès qu'aucun de ses contemporains, a suivi l'exemple d'Oribase et d'Aétius; ses écrits sont surtout des compilations ainsi qu'il le déclare lui-même. Il met amplement à contribution, en les résumant, Celse, Galien, Oribase, Aétius, et nous a conservé des passages d'Archigène, Soranus, Léonidès, Antyllus qui ne se rencontrent pas ailleurs. L'auteur traite successivement de l'hygiène, des fièvres, des maladies suivant les régions, des affections cutanées et vermineuses, des poisons animaux, végétaux, minéraux, etc. C'est ainsi qu'un bon nombz'e d'affections chirurgicales sont passées en revue : plaies, brûlures, ulcères, fistules, tumeurs (écrouelles, squirrhes, emphysèmes, varices, kystes, etc.), hernies ombilicales, morsures des chiens enragés, blessures faites par les animaux venimeux, dragonneau. Le sixième livre, éminemment chirurgical, s'occupe des appareils, des opérations, des lésions qui les réclament. Notons des études intéressantes sur les flèches, et les traits employés à la guerre, leurs effets, leur extraction, son instrument à trois pointes pour les enlever; la distinction bien imparfaite de l'anévrysme vrai et de l'anévrysmc faux, le traitement de l'anévrysme par l'ablation de la tumeur, après avoir posé deux ligatures sur l'artère. Il parle de la saignée de la jugulaire conseillée par Alexandre de Tralles dans l'angine ; des fractures de la rotule et du fcflssm, du cirsocèle veineux et artériel, de la ligature des veines du cordon spermatique, etc. La taille peut-être pratiquée même chez l'adulte, l'incision ne sera pas bilatérale ; partant du raphé périnéal, elle se portera en dehors et à gauche, en suivant une direction légèrement oblique. Paul a vérifié par lui-même, plusieurs des choses dont il entretient ses lecteurs, mais on aurait de la peine à dire exactement ce qu'il y a de vraiment neuf dans son ouvrage. Celui-ci est un abrégé plus court que les Tétrabiblon d'Aétius. Application des caustiques à l'extérieur dans les abcès internes : dans l'hydropisie ascite, la ponction sera faite à trois travers de doigt au-dessous de l'ombilic, sur la ligne médiane si l'ascite est idiopathique, plus à gauche ou à droite lorsqu'elle dépend d'affections du foie ou de la rate. Selon leur volume et diverses circonstances, les hernies s'accompagnent de rupture ou de simple distension du péritoine. En opérant l'hydrocèle, il incise la partie moyenne du scrotum dans toute sa hauteur. Quoique Paul soit très-partisan des emplâtres, des pommades, etc. l'intervention chirurgicale est plus souvent invoquée par lui que par Oribase et Aétius ; il reconnaît que le trépan doit être appliqué de bonne heure dans les fractures du crâne.
Le dogmatisme galénique forme le caractère dominant de ces ouvrages, et de
• Aétius juge assez souvent les doctrines qu'il expose, en ajoutant qu'elles sont confirmées ou modiliées par son expérience personnelle. Consultez ses études sur la lèpre, les maladies des yeux, dont il surcharge le tableau, le phthisis ou resserrement pupillaire, les ophthalmies, la cataracte et son traitement, etc. Après l'usage des lithontriptiques contre les calculs vésicaux, il conseille l'opération de la taille par le procédé de Celse, en ayant le soin de renfermer le bistouri dans une canule et de dégager le trancliant avec précaution, de manière à ménager les organes profonds. Comme Oribase, Aélius vante les topiques, tout en décrivant le manuel des opérations, et mentionne un certain nombre de cas où l'on doit y avoir recours.
CHIRURGIE (histoire de la). 297
tous ceux de ces époques; cependant, ils font aussi d'assez larges emprunts aux méthodistes, aux empiriques, de manière à constituer un syncrétisme au sein duquel les différentes doctrines sont en présence ; un génie supérieur aurait pu y trouver les matériaux d'un sage éclectisme, mais ce génie ne pouvait point se rencontrer dans ces temps malheureux où l'anarchie, les bouleversements subits éclataient de toute part. Vainement, les empereurs romains, en commençant par Auguste, s'efforcèrent, au moyen de quelques institutions utiles, de donner à l'enseignement et à la pratique de la médecine, une organisation régulière, ils ne purent atteindre qu'incomplètement le but qu'ils s'étaient proposé. On créa un service médical pour les armées de terre et de mer, on accorda d'importants privilèges aux arc/^^«^resptt/flims qui remplissaient leurs fonctions dans l'intérieur du palais et aux archiâtres populaires. Ceux-ci étaient au nombre de cinq pour les petites villes, de sept pour les grandes, de quatorze à Rome. Ils soignaient gratuitement les pauvres ; on leur donnait un salaire qui pouvait leur permettre de se livrer plus facilement à l'étude, et à l'enseignement de leurs élèves. Les collèges des archiâtres surveillaient la pratique des autres médecins ; ceux des grandes villes formaient de véritables écoles. On voulait remédier ainsi aux dangers résultant de l'absence de toute garantie légale préliminaire dans l'exercice de notre art. Le mal était trop grand et se rattachait à cette démoralisation profonde, à cette licence universelle qui s'infiltrait dans toutes les classes de la société ; les lois les plus sages devenaient impuissantes contre elles. Galien nous en retrace déjà le triste tableau. Les couleurs sont de plus en plus sombres à mesure que nous avançons. Les institutions médicales des Empereurs furent de légers palliatifs et n'obtinrent que de faibles résultats. La science et l'enseignement n'offrent aucune trace saillante des travaux des archiâtres ^ Plusieurs médecins éminents luttèrent avec courage contre ces circonstances désastreuses. Au milieu de tant de ruines accumulées de tous côtés, en présence de ce honteux charlatanisme que l'on voit grandir chaque jour et revêtir toutes les formes, nous trouvons encore de vrais cliniciens pénétrés de la dignité de l'homme et de l'art médical, de sa puissance, et qui les font sentir autour d'eux. Vivement émus du triste spéciale que présente le monde, des passions et des vices, des maladies qui le travaillent et amènent des dégradations physiques et morales de plus en plus profondes, ils insistent sur l'éducation des enfants, l'hygiène privée et publique ; leurs sages préceptes eussent exercé une heureuse influence si leur voix eut pu être entendue. En pathologie, ils conservent du moins la tradition et la transmettent à quelques hommes qui apprennent à marcher sur leurs traces. Oribase, Aétius, Alexandre de Tralles, Paul d'Égine se placent ici au premier rang. On a dit que les compilateurs ont contribué à la perte des œuvres des grands maîtres. Nous devons reconnaître cependant l'utilité de leurs écrits, de la mission qu'ils ont voulu remplir. Les ouvrages originaux n'étaient plus consultés ; toute science aurait manqué à la plupart des médecins si on ne l'avait point concentrée, si on ne l'avait point rendue plus facile. Tel est le but poursuivi par eux dans leurs manuels, leurs résumés où ils s'efforcèrent de réunir ce que leurs plus illustres prédécesseurs avaient laissé déplus important.
Cette tendance générale vers une science superficielle s'accentue plus fortement
' Pour ce qui concerne les archiâtres, voij. Leclerc, Histoire de la médecine, 1. Il, c. 3, p. 2; Dujardin et Peyrillie, t. II; Sprengel, t. II, p. 161 ; Hecker, Journal complément des sciences mcdic, t. XXI, p. 221) ; Dezeiineris, Dict. hist., art. Archiathes, t. I, p. 155; Dict. encyclop. de Dechambre, art. Abchiatres, etc.
298 CHIRURGIE (histoire de la).
dans les écrits de compilateurs plus obscurs. D'abrégés en abrégés, nous arrivons aux manuels si courts, si décharnés des Nonnus et des Léon. Le premier nous a légué surtout un recueil de formules empiriques, la synopsis viédicale du second a été publiée parErmerins {Anecdota medicagrœca. Leyde, 1840).
Au onzième siècle, Nicétas, médecin de Constantinople, réunit divers fragments d'auteurs antérieurs, relatifs à la chirurgie, en les enrichissant de notes et de remarques tirées de ses recherches et de sa pratique. Nous avons déjà parlé (Hist. DE LA médecine) à'Actunrius, médecin grec du douzième ou treizième siècle ; ses écrits résument très-méthodiquement les doctrines galéniques, mais se rapportent très-peu à la chirurgie.
Aux quatrième et cinquième siècles, nous aurions à signaler des auteurs latins qui servent d'intermédiaires entre les Grecs et les néo-latins. Tels sont Tliéodonis Priscianus (pathologie et thérapeutique en quatre livres) ; Apuléius (médicaments tirés des plantes) ; Sextus Placitus Papyriensis (médicaments tirés des animaux). Plinius valerianus et Marcellus empiricus (de Bordeaux), doivent être rangés parmi les médecins amateurs plutôt que parmi les vrais médecins. Grâce aux travaux contemporains, leurs écrits ont été restaurés, et l'on y a découvert des documents utiles ou curieux concernant les mœurs et les habitudes médicales de l'époque, ou les descriptions de certaines maladies. Ainsi Pliniiis Valerianus mentionne la variole sous le nom de pustulœ volaticœ. Ces auteure ne s'occupent guère de chirurgie. Nous renvoyons nos lecteurs aux recherches contemporaines et aux indications de Daremberg {Hist. des Sciences méd. 1. 1, p. 246, etc.).
Ainsi, à dater du cinquième siècle, les compilateurs remplacent les écrivains originaux; leurs manuels deviennent de plus en plus courts. La décadence de la science déjà fortement marquée .au septième siècle, s'accroît dans les siècles suivants. Celle de l'art est encore plus grande. Oubliant trop souvent les principes rationnels, il se laisse envahir par l'empirisme, le mysticisme, les plus étranges superstitions. On devine sans peine quel dut être l'état de la chirurgie.
On peut juger le caractère d'une époque par celui des ouvrages qu'elle produit. A dater des quatrième et cinquième siècles, le plus grand nombre des médecins ne voit dans l'exercice de notre art qu'un moyen d'arriver à la fortune. Il faut apprendre vite et sans effort quelques préceptes superficiels que l'on se hâte d'appliquer, quelques formules que l'on prescrit sans se préoccuper des indications. S'il avait fallu un long travail pour acquérir quelque science pratique, on aurait renoncé à la science. De là, la vogue des compilations qui finissent par se transformer en des manuels de plus en plus abrégés, et ne sont pas nourries par les faits qui devraient leur servir depoint d'appui. Le goût de l'observation, l'art d'observer se perdent ; un empirisme étroit et la routine étendent rapidement leur empire.
Section seconde : Du huitième siècle à la Renaissance. Septième période : Chirurgie arabe. Dès le milieu du huitième siècle, les Arabes eurent dans leurs mains les traductions de plusieurs ouvrages des maîtres de la médecine grecque, et les prirent pour guides dans l'étude et la pratique de notre art, qu'ils cultivèrent avec ardeur. Mais dominés par l'amour des théories et des subtilités, ils adoptèrent presque exclusivement les systèmes de Galien, exagérèrent souvent ses défauts, et ne montrèrent que rarement cette originalité qu'ils auraient dû puiser dans leur pratique et le service des hôpitaux. La chirurgie fut surtout négligée et resta bien au-dessous de la haute chirurgie des beaux temps
CHIRURGIE (histoire de la). 2U9
de la Grèce et de Rome. Les Arabes ne pouvant disséquer des corps humains, ne possédèrent point cette anatomie pratique indispensable au chirurgien; ils n'avaient que des notions théoriques d'anatomie que leur fournissaient les livres de Galien : la chirurgie était frappée de discrédit et même de répulsion, jwrce qu'on la considérait comme une œuvre mécanique s'exerçant sur le corps de l'homme et lui imposant des mutilations et des souffrances; une pudeur exagérée, les mœurs et les institutions en resserraient les limites; les femmes ne pouvaient en recevoir les secours.
Le monument médical le plus ancien, les pandectes à'Aaron, contemporain de Paul d'Égine, effleurent à peine la chirurgie. Ses successeurs s'en occupent avec plus de soin; ce qu'ils ont écrit de plus saillant a été reproduit par Rhazès ^ Celui-ci appartient au dixième siècle. De son temps, peu de médecins se livraient à la pratique des opérations ; celles-ci étaient le partage des chirurgiens (médecins sans doute d'un ordre hiérarchiquement inférieur), parmi lesquels on comptait des lithotomistes, des oculistes, des spécialistes de divers genres. Pendant longtemps Rhazès, souvent consulté pour des lésions chirurgicales, prescrivait le traitement dont il laissait l'exécution aux chirui'giens. Cependant, après avoir vu agir les hommes chargés des services chirurgicaux dans l'hôpital qui lui était conhé, il n'hésita point à joindre l'exercice de la chirurgie à celui de la médecine. Rhazès nous donne d'assez longs détails sur plusieurs parties de l'art chiruigical ; quoique les compilations forment le fond de ses œuvres, il rapporte un grand nombre d'observations particulières recueillies auprès de ses malades et présente des remarques qui sont bien à lui. Nous devons à Rhazès la première description du spina venlosa, une peinture fidèle d'une hernie dont il fut atteint, une critique judicieuse de la théorie des hernies de Galien remplacée par une théorie plus exacte. Les Arabes posaient les indications des onguents et des emplâtres d'après leurs qualités élémentaires (desséchantes, humectantes, etc.); les machines sont employées de préférence dans le traitement des fractures et des luxations. Les doctrines méthodistes servent parfois à la classification des maladies ; on attribue celles, de la choroïde au striclum, au laxum. Rhazès a vu la régénération osseuse du maxillaire inférieur et du tibia, la virole qui réunit les fragments des os fracturés, ainsi que l'avait dit Galien, la rupture du membre viril, des nodosités des nerfs, le tic douloureux de la face, le bec-de-lièvre, etc. Les morsures des chiens enragés réclament impérieusement la cautérisation ; un doigt atteint de panaris sera plongé dans la neige jusqu'à ce qu'il soit engourdi, et recouvert ensuite d'un cataplasme de vertde-gris et de vinaigre. L'auteur, dans l'ensemble de ses écrits, et surtout dans le Continent, passe méthodiquement en revue la plupart des maladies chirurgicales, classées d'après leur siège (la tète, les yeux, les oreilles, la poitrine, le bas-ventre, les organes génito-urinaires, les os, les vaisseaux...) ou leur nature (plaies, brûlures, ulcères, fistules, etc.). Malgré sa prédilection pour les topiques et l'insuffisance des détails de médecine opératoire, il reproduit en abrégé ce que nous trouvons dans Galien et Paul, en intervenant par ses réflexions et ses critiques, invoquant son expérience et justifiant par des faits nombreux une
* Aux neuvième et dixième siècles, les traductions des médecins grecs s'étaient multipliées; mais les Arabes continuèrent à étudier les livres sans les contrôler par l'examen attentif et impartial des malades, et ne virent la nature qu'à travers le prisme de leurs théories Aussi ne sortirent-ils que rarement du cercle étroit où cette méthode les tenait enfermés.
500 CHIRURGIE (histoire de la).
certaine indépendance vis-à-vis de ses guides. II a pratiqué ou vu pratiquer l'excision du ptérygion, celle des vaisseaux variqueux contre l'onglet, celle de la luette, plusieurs opérations déjà mentionnées mais parfois modifiées contre le tricliiasis, la chute ou le renversement des paupières, l'ablation de polypes volumineux par l'instrument tranchant et la ligature. Les fistules peuvent souvent être guéries par la compression, mais elles demandent aussi d'autres procédés. Dans les fistules lacrymales, la perforation des os, la cautérisation peuvent devenir utiles; quand l'incision est nécessaire dans les fistules, elle doit mettre à découvert les sinus dans leur entier. Consultez ce qu'il écrit sur l'hydrocèle, les varices, les hémorrhoïdes, la chute de l'utérus et du rectum, les marisques alors fort communes, les calculs et leur composition (il en a vu de très-volumineux), les plaies des vaisseaux, leur traitement par les topiques, la compression, la double ligature, la cautérisation (cas où il a vu réussir ces moyens divers); les anévrysmes. Rhazès vante l'érudition. La lecture des maîtres anciens lui a coûté bien des veilles ; unie à une longue pratique, à l'étude minutieuse des malades, elle a produit rapidement, parmi les Arabes, des médecins éminents. Il y a aussi bien des ignorants et des charlatans qui cherchent le siège des luxations dans la continuité des os, méconnaissent les signes positifs des fractures et d'autres lésions chirurgicales, montrent des corps étrangers qu'ils prétendent avoir extrait des yeux, des oreilles, de la vessie, etc. Haller a donné une analyse courte et complète des travaux chirurgicaux de Rhazès ; elle permet cependant d'apprécier d'une manière générale les écrits de cet auteur et le caractère de la chirurgie arabe à cette époque {voy. Haller, Bibl. chirurg., p. 127 à 132). Rhazès comprend l'importance de l'étude de la nature recommandée par l'école hippocratique ; mais il oublie trop souvent ce précepte et perd fréquemment son indépendance. Soumis, comme ses contemporains, au jong des systèmes et de l'autorité, il s'efforce de lutter contre lui et parvient quelquefois à le secouer : il nous apparaît alors comme un bon observateur.
Rien plus court et moins original que Rhazès en tout ce qui concerne la chirurgie, Hali-Abbag, qui écrivit peu de temps après lui, vécut dans les hôpitaux, recommanda l'observation, et s'écarta pourtant peu des idées des chirurgiens qu'il avait pris pour guides. On le voit presque partout suivre Paul d'Égine. Son procédé pour la taille est le même ; la fistule anale est traitée par l'incision dans les cas seulement où elle est complète. L'hydrocèle est attaquée par les caustiques; dans la paracentèse abdominale, la ponction sera faite au-dessous de l'ombilic. Hali-Abbas admet la possibilité des fractures par de violentes contractions musculaires, sans en avoir rencontré un seul exemple, parle avec plus de précision de la crépitation comme signe des fractures, et cite le fait d'un vieillard de soixante et dix ans qui consentit à laisser rompre un cal vicieux après une fracture de la cuisse et mourut pendant l'opération.
Avenzoar (douzième siècle) naquit à Pennaflor, exerça pendant longtemps avec éclat la médecine à Séville, se réfugia ensuite auprès du roi de Maroc, poursuivit brillamment sa carrière dans son nouveau séjour, et montra dans ses écrits plus d'indépendance que ses contemporains. La chirurgie n'était plus cultivée comme au temps de Rhazès ; on ne nous entretient plus des chirurgiens attachés spécialement aux hôpitaux. Les médecins, dit Avenzoar, ne font point de saignées, ne traitent pas les fractures, les luxations, ne s'occupent nullement de la médecine opératoire; tout cela est un objet de mépris et abandonné à des mains subalternes [servitoribus suis) ; aussi cet art est-il tout à fait déshé-
CHIRURGIE (histoire de la). 501
rite : l'on ne pourrait pas trouver un homme assez habile pour appliquer le trépan. Il se fait gloire de réunir à la médecine l'exercice de la pharmacie et de la chirurgie, saigne de sa propre main, soigne toutes les affections chirurgicales, place tous les appareils, pratique toutes les, opérations, à l'exception de la litholomie : celle-ci ne saurait appartenir à un médecin, pai'ce qu'elle porte atteinte à la pudeur. Cependant sa chirurgie ne contient que peu de choses saillantes par leur importance ou leur nouveauté. Il affirme avoir enlevé un utérus entier, dans un état complet de prolapsus : dans un travail intéressant sur la dysphagie, il cite le fait d'un malade chez lequel il introduisit dans l'œsophage, au delà de l'obstacle, une sonde creuse en étain, afin de porter des substances nutritives jusque dans l'estomac. Lorsqu'un calcul est engagé dans l'urèthre, Avenzoar propose de le détruire au moyen d'un diamant placé à l'extrémité d'un stylet. La fistule lacrymale peut être guérie par la compression et les astringents qui ont réussi plusieurs fois. Dans une hernie pulmonaire, le chirurgien de Séville excisa la portion herniée; le succès couronna cette opération. Atteint lui-même d'un abcès du médiastin, il vit peu à peu la suppuration se tarir; le trajet fistuleux se cicatrisa, la santé fut recouvrée. De nombreuses émissions sanguines eurent une large part à ce résultat.
Abulcasis, qu'on ne doit pas distinguer à' Ahaharmn, quoiqu'on ait voulu eu faire deux personnages différents, naquit à Zahara, près de Cordoue, fleurit au commencement du douzième siècle, mourut en H22, suivant les témoignages réunis par Gasiri. Médecin habile, Abulcasis s'éleva bien au-dessus des autres médecins arabes par l'ardeur avec laquelle il se livra à la pratique de la chirurgie et les succès qu'il obtint. Ses écrits chirurgicaux sont un monument important pour son époque. On y trouve, pour la première fois, des figures qui accompagnent la description des appareils et des instruments, dont l'ensemble constituait son arsenal de chirurgie. Dès le début, Abulcasis se plaint de l'état d'abaissement et de langueur où l'ignorance et surtout le défaut de connaissances anatomiques ont réduit la cliirurgie : on ne trouve presque plus d'opérateurs. II a vu commettre les fautes les plus graves. Un chirurgien, en ouvrant un abcès du cou, divise une artère, le malade meurt d'hémorrhagie ; un autre, pour traiter un calcul, arrache une partie de la vessie ; un troisième serre avec tant de force un appareil de fracture, que le membre entier est frappé de gangrène, etc. En comparant soigneusement ses écrits avec ceux de ses devanciers, nous nous sommes assuré qu'il leur a fait plus d'emprunts qu'on ne l'a généralement pensé, que bien des nouveautés qui lui sont attribuées ne lui appartiennent point; nous pouvons cependant affirmer, contre l'opinion de quelques autres historiens, qu'il n'est point dépourvu d'originalité dans la manière dont il présente les questions, dans ses descriptions, ses procédés, la recherche des indications : des faits particuliers nombreux et intéressants recueillis dans sa pratique viennent confirmer ses préceptes. Abulcasis a été l'un des instituteurs des chirurgiens du moyen
Pyrotechnie. Beaucoup de médecins grecs avaient abusé des caustiques jt des cautères actuels; les Arabes allèrent plus loin. Abulcasis consacrant un livre entier à la pyrotechnie, décrit un grand nombre d'instruments de cautérisation et donne de longs détails sur leurs usages. Avec eux on remplit les indications les plus variées : on peut détourner les mouvements fluxionnaires, appeler le travail morbide des parties profondes aux parties superficielles, modifier leur vitalité, ouvrir un passage aux liquides épanchés, détruire les
302 CHIKURGIE (uistoiue de la).
tumeurs, etc.... Aussi trouve-t-on leur emploi dans les maladies les plus diverses par leur siège et leur nature, dans celles de la tète, des yeux, des fosses nasales, de la bouche, du thorax, de l'abdomen, dans l'épilepsie, l'apoplexie, les paralysies, l'hydrothorax, les affections des reins, les hernies dont on opère d'abord la réduction, l'ascite, les abcès hépatiques, les luxations spontanées, etc. La cautérisation est souvent portée jusqu'aux os. L'auteur reproduit toutes les pratiques et les procédés usités avant lui, en présente l'ensemble tout entier ; aussi son travail offre-t-il un intérêt particulier au point de vue historique. Dans la listule lacrymale, il met les os à nu, les rugine, les cautérise, les perfore jusque dans les narines.
Extraction des corps étrangers. Études détaillées sur les tiaits, les flèches, leurs variétés, leurs effets, leur séjour, leur expulsion, les moyens d'extraction. Il met encore sous nos yeux les travaux considérables de ses prédécesseurs, en y joignant ses remarques et les enrichissant de faits saillants puisés dans sa pratique, relatifs à de graves blessures de la face, du cou, de l'abdomen, du thorax, compliquées de la présence de corps étrangers profondément engagés. Leur extraction a été fréquemment suivie de la guérison. On lui doit des procédés ingénieux pour l'extraction des corps étrangers arrêtés dans la partie supérieure des voies digestives, l'idée de porter dans l'estomac une éponge attachée à un fil, etc..
Emploi de l'instrument tranchant. Abulcasis n'est pas moins explicite à ce sujet, en suivant les traces de Paul d'Égine, que nous y trouverions à peu près tout entier avec quelques additions, quelques modifications. L'hydrocéphale externe est attaquée par l'incision, la cataracte est opérée par dépression. 11 mentionne un procédé particulier dans lequel on introduit une aiguille creuse servant à retirer par succion, les matières liquides qui sont le siège de l'opacité. Excision des polypes des fosses nasales, de l'arrièiegorge, ablation des tumeurs scrofuleuses du cou, traitement de l'atrésie vulvo-utérine. Il n'hésite point à pratiquer la bronchotomie, et parle d'une femme qui guérit très-bien après s'être ouvert la trachée-artère. Observations relatives à des tumeurs volumineuses de l'abdomen ; à des plaies pénétrantes du bas-ventre avec issue ou même blessures de l'intestin ; gastroraphie, guérison. Traitement de l'hypospadias. Son procédé pour la taille est à peu près celui de Paul ; il indique la marche qu'on devrait suivre en pratiquant cette opération chez la femme. Celsc n'en avait dit que quelques mots. Abulcasis fait remarquer que l'exécution devrait en être confiée à des sage-femmes, puisque les hommes ne peuvent point en être chargés ; il craint dès lors qu'elles ne rencontrent des obstacles insurmontables dans leur ignorance et leur peu d'habileté. Abulcasis parle d'une femme qui eut une grossesse extra-utérine et conserva pendant plusieurs années le foetus mort dans l'abdomen, ce qui ne l'empêcha point d'avoir une nouvelle grossesse : plus tard les débris du fœtus s'échappèrent par l'ombilic ; guérison.
Amputations. Signalons deux perfectionnements. Non-seulement l'amputation sera pratiquée au delà de la partie mortifiée, dans les tissus vivants, mais on devra la faire, quand le cas l'exige, à une distance plus ou moins grande; ces cas sont indiqués. De plus, Abulcasis pose à l'occasion du coude, du genou, du pied, le principe majeur d'amputer dans les grandes articulations avant que la gangrène les ait envahies. Cependant il n'ose point pratiquer l'amputation au-dessus du coude ou du genou lorsque la mortification s'est élevée
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jusqu'à ces articulations. Avait-il recours à la ligature des vaisseaux, après les amputations ? On dirait qu'il copie Celse. Comme ce dernier, il ne parle que de la compression et des poudres hémostatiques pour arrêter l'hémorrhagie qui pourrait devenir grave pendant l'opération malgré la compression exercée audessus de la section : cependant comme lui il prescrit de panser la plaie, eu suivant les règles ordinaires ; or parmi celles-ci se trouve la ligature des vaisseaux. On se demande si les chirurgiens pouvaient négliger un moyen aussi efficace dans les plaies souvent vastes mais régulières, déterminées par les amputations.
Les fracLures, les luxations avaient attiré longtemps l'attention des médecins anciens, qui avaient même aperçu les avantages de la demi-flexion. Soranus conseille celle de l'avant-bras pour les fractures de l'humérus, dans un passage conservé par Paul (1. 6. c. 99), et l'on ne peut pas y méconnaître l'intention de relâcher les muscles quoiqu'on ait négligé de la faire ressortir. Galien commentant les traités hippocratiques, de Fraclis, deArticvlis, se livre à de longs développements fatigants par leur prolixité, qui font perdre de vue ou altèrent les préceptes fondamentaux ; mais le methodus medendi les résume et brille par la concision et la netteté (1. 6). Il prescrit de placer les membres dans la position la plus naturelle ; c'est en général la demi-flexion.
De tous les écrivains arabes, Abulcasis est celui qui a traité des luxations et surtout des fractures de la manière la plus méthodique et la plus complète, sans avoir, comme il le dit, d'autre prétention que de résumer ce qu'on avait lait avant lui. Cet auteur répète en effet plusieurs des sages préceptes des médecins antérieurs ; nous lui reprocherons néanmoins d'en avoir oublié un certain nombre dont l'importance lui a échappé, de préférer trop fréquemment à l'emploi seul des mains, dont il parle pourtant avec avantage, celui des machines et des manœuvres compliquées. Cette remarque peut s'appliquer à tous les médecins de cette nation.
Les Arabes ont laissé quelques études intéressantes concernant les cals et leurs défectuosités. Celse exposant rapidement l'état de la science de son époque, donne quelques indications à ce sujet, et incline vers les moyens doux et progressifs. Paul conseille de découvrir les cals très-gênants par leur volume exagéré, et d'emporter avec l'instrument tranchant ou le trépan toute la partie exubérante : les cals vicieux sont respectés même lorsqu'ils produisent un notable racourcissement. Rhazès blâme les chirurgiens contemporains qui rompaient le cal difforme par des coups brusques et violents : on a vu ainsi plusieurs fois se produire des fractures dans un autre point. Il vaut mieux, comme on l'a prescrit depuis longtemps, ramollir le cal à l'aide d'applications destinées à cet objet ; après cela une forte extension sépare les fragments qui sont ensuite remis en contact [Continens, 1. 29, tr. I, ch. n). Avicenne indique les pratiques auxquelles on doit se livrer afin de triompher des cals difformes ; la rupture du cal est une ressource extrême qui peut habituellement être évitée, ou du moins elle peut être préparée et obtenue à l'aide de procédés doux qui n'exposent point à déterminer ailleurs de nouvelles fractures. Dans un de ces passages, on découvre des traces d'une résection, des fragments analogue à la méthode de White.
Abulcasis s'élève fortement contre la rupture du cal, elle est insensée; il vaut mieux le ramollir par des topiques appropriés et recourir ensuite à l'extension. Dans les cas d'insuccès, le cal est mis à nu par des incisions et la résection de ce qui est exubérant est pratiquée.
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Nous pourrions citer d'autres chirurgiens arabes d'un ordre inférieur; Haller les mentionne et dit un mot de leurs travaux [voy. Bibl. chir., 1. 1. p. 141).
En résumé, les écrits chirurgicaux des Arabes trop courts et peu nombreux sont en grande partie des compilations faites d'après des traductions des compilateurs plus encore que d'après celles des textes originaux ; ils s'attachent de préférence aux manuels d'une médiocre étendue (Actius, et plus souvent Paul d'Égine). La chirurgie arabe conserve donc en les altérant, en les amoindrissant, les traditions dont elle est un pâle reflet. L'instrument tranchant qu'on ne sait guère diriger cède le pas aux caustiques, au feu, aux topiques ; sur bien des points, Paul d'Égine même reste supérieur. Cependant il est dépassé sur quelques autres, dans lesquels les Arabes montrent de l'originalité : l'esprit d'invention se réveille parfois et fournit quelques richesses ; plusieurs médecins sont des observateurs et recueillent des faits particuliers pleins d'intérêt. Si la science se rapproche dans son ensemble de ce qu'elle était an septième siècle, elle présente un progrès dans un certain nombre de détails. On propose ou l'on exécute de temps en temps des opérations hardies, telles que la résection du maxillaire inférieur. Pour maintenir les parties réunies, on les fixe entre les pinces d'insectes vivants, qui sont ensuite détachées du corps et restent rapprochées (ceci aurait pu conduire à l'idée des serre-fines). Partisans de la polypharraacie, les Arabes ont perfectionné les topiques, soit en employant des substances nouvelles (animales, végétales, minérales), soit en les soumettant à des préparations plus réguhères.
La pratique chirurgicale ne profita point assez des connaissances laissées en dépôt dans les livres ; les médecins instruits se livrèi-ent rarement à l'exercice de la chirurgie abandonnée presque toujours à des hommes d'un ordre inférieur, que la routine et l'ignorance rendaient tour à tour timides ou téméraires. Durant la période arabe, les vrais chirurgiens furent sans doute aussi rares qu'au temps de Paul d'Égine, et ne s'élevèrent point à Ma même hauteur que les Léonidès et les Antyllus.
On a dit avec raison que le principal mérite des Arabes consiste à avoir conservé à leur manière les traces des doctrines antiques, d'avoir même inspiré le désir de revoir les maîtres qui les avaient fondées ; que l'arabisme a été un détour que l'on a parcouru avant de rentrer dans des voies plus larges, plus fécondes, plus heureuses. Eùt-il été plus avantageux de l'éviter? Le moyen âge, les quinzième et seizième siècles n'y ont-ils pas trouvé une préparation, une période de transition utiles? Les discussions qu'il a fait naître ont-elles été entièrement stériles? Ajoutons, pour être juste, que les Arabes ont apporté à la science un tribut tiré de leur propre fonds dont on a diversement jugé l'importance; l'histoire doit en reconnaître et en apprécier l valeur avec impartialité. Ce travail réclame de nouvelles recherches.
Huitième époque. Chirurgie dans l'Occident depuis le cinquième siècle jusqu la fin du quatorzième {après Guy de Chauliac). Première période. Depuis le cinquième siècle jusqu'au commencement du quatorzième. Article premier. Du cinquième au treizième siècle. Le spectacle le plus désolant s'offre à nos regards quand nous les fixons sur l'Occident depuis le cinquième siècle jusqu'au onzième. Pendant longtemps, des hordes barbares se précipitent sur l'Empire romain, le renversent après des luttes sanglantes, et se livrent ensuite les uneî contre les autres à des guerres meurtrières qui se succèdent sans relâche, afin d(
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partager ses riches provinces. Soumises à des invasions successives, changeant souvent de maîtres, celles-ci reçoivent de chacun d'eux de nouvelles hlessnres : les villes les plus florissantes sont pillées, saccagées, leurs habitants massacrés ou réduits en servage. Les monuments des sciences et des arts sont mutilés ou détruits, des manuscrits précieux disparaissent à jamais. Des idiomes durs et sans règles remplacent la langue harmonieuse des Romains. Les mœurs, les institutions, les usages rudes et disparates de ces populations à demi-sauvages tendent à se substituer, en l'effaçant, à la civilisation latine. La force, la ruse, la violence, deviennent la loi suprême. Aussi la plupart des historiens surchargeant encore ce triste tableau, ne voient partout que barbarie, ignorance, superstitions.
Évitons cependant les exagérations auxquelles ils n'ont pas toujours résisté ; des études plus approfondies en ont déjà fait justice. La langue de Cicéron, de Virgile, d'Horace, ne fut point oubliée. La civilisation avait laissé des empreintes si profondes qu'elles ne pouvaient être entièrement effacées. Au milieu de la décadence générale, il y eut toujours des hommes supérieurs qui gardèrent le culte et les souvenirs des lettres, des sciences, des arts; le génie chrétien éleva, fortifia levu's pensées et leurs cœurs. Certains des hautes destinées que l'avenir réservait à l'humanité, ils travaillèrent avec ardeur à les préparer. Ils inspirèrent leurs convictions et leur enthousiasme aux chefs des nations victorieuses qui devinrent les protecteurs des œuvres de l'intelligence, et les précurseurs d'unj civilisation nouvelle. Tel fut le rôle de Cassiodore auprès de ïhéodoric, d'Alcuin pour Charlemagne, de Gerber (le pape Sylvestre II) pour Othon. Ainsi des manuscrits précieux furent conservés, des écoles laïques furent maintenues, des écoles nouvelles s'élevèrent surtout dans les cloîtres et les églises, les sept arts libéraux y furent enseignés. Si la tradition s'affaiblit considérablement, elle ne disparut pas; elle se maintint même énergiquement chez quelques esprits d'élite qui la propagèrent activement autour d'eux. Parmi les princes qui se mirent à la tête du mouvement civilisateur, Gharlemagne (neuvième siècle) se place au premier l'au", infiniment au-dessus de tous les autres. Aussi grand comme législateur que comme guerrier, il s'occupe avec autant d'intelligence que de vigueur du rétablissement des études, appelle auprès de lui des savants de tous les pays, les comble de ses faveurs, fonde des écoles dans les principales villes de son vaste empire, crée une Académie dans son palais, etc. {voy. Fhsi. de la médecine).
Quel fut l'état de la médecine et de la chirurgie durant cette période, relativement à l'enseignement, à la science même, à la pratique? A quel point s'arrêta leur décadence? Cette question si complexe est difficile ài'ésoudre. Les difficultés sont encore plus grandes que pour les périodes précédentes. Nous avons vu qu'à dater du cinquième siècle, la tradition se conserva dans certaines parties de l'Orient, quoique d'une manière plus ou moins imparfaite, qu'il y eut mêmeencore des progrès sur quelques points. L'Occident restait-il entièrement déshérité? Des documents récents que l'on poursuit encore et qui méritent d'être pesés, tendent à démontrer qu'il n'en fut pas tout à fait ainsi. Cependant la plupart des historiens nous peignent sous les plus sombres couleurs, l'état de la médecine en Occident, surtout jusqu'au onzième siècle, et leur pensée se retrouve, en partie du moins, dans Sprengel, Malgaigue, Dezeiraeris; « Tel était alors le partage de l'art médical, du moins autant qu'on peut le présumer, la chirurgie exercée par les laïques, la médecine par des clercs. A quelles sources allaient-ils puiser leurs enseignements ? Probablement, les premiers en étaient réduits à quelques traditions routinières ; les autres, au rapport de Sprengel, suivaient les ouvrages de
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Sextus Placitus, de Marcellus de Bordeaux, d'Apulcius. Il est digne de remarquer que les auteurs grecs étaient tout à fait oubliés, soit par délaut de manuscrits, soit parce qu'il y avait très-peu d'érudits capables de les entendre. » Malgaigne, Intwd. à Ambroise Paré, p. 18 : « La décadence avait été plus rapide et plus complète pour la médecine que pour les autres branches de nos connaissances. Les moines pour qui, dans les temps de troubles, la superstition fut une sauve-garde, et que les revenus et l'oisiveté de leur état mettaient seuls en position de s'occuper d'études, étaient seuls dépositaires de l'art de traiter les malades. Les prières, l'invocation des saints, l'application des reliques furent trop souvent les seuls remèdes employés par ces singuliers successeurs d'Hippocrate. » Dezeimeris {Dict. hist. de la médec. art. Chirurgie, p. 748. 1828). Nous devons faire ici quelques réserves. La pratique de la médecine était libre ; chacun pouvait s'y livrer sans titre, à ses risques et périls. Aussi la voyait-on exercée par des clercs et des laïques, des chrétiens et des juifs', des médecins, desmédecins-chirurgiens, des médecines ou femmes médecins, des barbiers, des baigneurs, des l'cbouteurs, etc. L'ignorance du plus grand nombre de ces guérisseurs était complète, néanmoins il y avait des degrés. Chez les membres de l'Église, et même chez les laïques, on comptait quelques hommes qui avaient fait des études sérieuses.
Gela suppose des moyens de s'instruire ; on n'en était point aussi dépourvu <pi'on l'a pensé. Indépendamment des écoles monastiques, on pourrait citer plusieurs écoles laïques, Salerne était la plus célèbre, mais elle n'existait pas seule. Son histoire, qu'on a refaite depuis peu d'années, éclaire celle de la médecine à cette époque. On a pu réfuter les légendes contradictoires relatives à son origine, montrer qu'elle était déjà connue au neuvième siècle, qu'elle attirait un nombreux concours d'élèves avant d'enseigner la médecine des arabes; 'qu'elle possédait un fond de littérature médicale gréco-latin qui servait aussi de guide dans les autres écoles. On avait alors dans les mains le traité de re modica, de Celse, des traductions latines anciennes ou même récentes de quelques écrits d'Hippocrate, de Galien, des méthodistes, des compilateurs, etc. Ces manuscrits étaient rares sans doute, mais on pouvait les consulter, on les commentait, etc. ; leurs préceptes n'étaient point entièrement perdus. Plusieurs hommes dont les noms ou les ouvrages sont oubliés, ont joui d'une certaine célébrité ; plusieurs ont été médecins des rois, ou sont parvenus aux plus hautes dignités de l'Eglise /évêques, cardinaux, papes ^). Ce sont des compilateurs : ils n'ajoutent rien à la
Les Juifs qui connaissaient les langues de l'Orient, qui arrivaient de ces contrées et entretenaient des relations avec elles, étaient regardés comme des médecins habiles. Aussi, malgré l'aversion qu'ils inspiraient, les voyons-nous appelés dans les palais des souverains et quelquefois des papes.
' Parmi les ecclésiastiques dont les noms ont été conservés, du neuvième au quatorzième siècle, nous pourrions citer Bertliier, Hugues, Didon, Sigoël, etc., abbés du Mont-Cassin et de Saint-Denis, etc. ; Fulbert, évèque de Chartres; Milson, archevêque de Bénévent; Deidier, qui porta la tiare sous le nom de Victor ITI, etc.
Au dixième siècle, une lettre de Gerber nous apprend que Celse était conservé et lu dans les couvents. 11 n'en est plus fait mention dans la suite, jusqu'au milieu du quinzième siècle, où il fut retrouvé par Thomas de Sarzanne.
Les recherches de llenzi, Daremberg, etc., ont porté des lumières inattendues sur Ihistoire de la médecine dans l'Occident, du sixième au douzième siècle. Elles démontrent que la tradition se maintenait encore dans plusieurs écoles, qu'on se livrait à des études cliniques, etc., qu'il y avait un travail analogue à celui que nous avons signalé chez les Arabes : mais l'examen des résultats de ce travail, tel qu'on le constate dans les écrits de cette
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science antique et en conservent seulement le souvenir. Ils parlent pourtant quelquefois en leur propre nom, et ont des observations, des .Mexions, des procédés qui leur appartiennent. Ces travaux n'ont guère servi à l'avancement de la science, qui s'affaiblit et rétrograde, mais ne disparaît pas tout à fait.
Pendant le onzième siècle, tandis que les Croisés portaient leurs armes dans la Palestine, les populations asservies cherchent une protection dans la création lies institutions municipales. Les habitants des grandes villes d'Italie se liguent ot s'engagent par serment à se défendre mutuellement contre l'oppression et la violence. Dans le siècle suivant, les républiques italiennes se développent et grandissent. En 1183, leur indépendance est assurée par la paix de Constance. Dès lors, les âmes se relèvent, les mœurs s'épurent, le droit domine la force et parvient successivement à la discipliner ; la sécurité commence à renaître sous l'égide des lois qui assurent l'ordre et la liberté. L'émulation se réveille; on se livre avec ai'deur au commerce, <à l'industrie ; l'on se tourne vers les arts et les ■sciences : l'idée de progrès apparaît dans ses magiques splendeurs ; le treizième siècle va commencer.
Article II. Treizième siècle. C'est à cette période que la littérature médicale arabe se répand dans l'Occident ; c'est alors que l'enseignement et la pratique de la médecine se régularisent et que de nombreuses universités sont créées. La prédominance de l'arabisme fortement marquée au douzième siècle devient encore plus absolue dans le siècle suivant.
Les premières traductions ou compilations latines des ouvrages arabes sont àiies à Constantin surnommé l'Africain, parce qu'il est néàCarthage. Sa vie telle qu'elle est écrite par Paul Diacre est une véritable légende. Durant quarante ans, poussé par le désir de s'instruire, il parcourt l'Arabie, la Chaldée, la Perse, l'Inde, l'Ethiopie, l'Egypte, et s'empare, par de fortes études, de toute la science qu'il peut y recueillir. De retour dans son pays, il est persécuté comme magicien. Forcé de s'exiler, Constantin va se réfugier à Salerne, oii il reste caché quelque temps sous les habits d'un mendiant. Le frère du roi de Babylone le reconnaît, le recommande au célèbre duc Robert Guiscard dont il devient premier secrétaire. Fatigué des honneurs, il se retire bientôt au Mont-Cassin, et consacre ie reste de sa vie à traduire en latin ou à compiler divers ouvrages de médecins arabes. Constantin appartient à la seconde moitié du onzième siècle. Il mourut ■en 1087. Le recueil de ses œuvres imprimé à Bâle (1556 et 1559) est incomplet. Sans entrer dans de longues discussions sur ses écrits authentiques, nous signalerons les Commentaires de Catien sur les aphorismes d'Hippocrate et des Traités sur les maladies des femmes, sur celles de l'estomac, sur les yeux, la mélancolie, le Viatique en sept livres, dont l'original arabe est attribué à Isaac; le Pentagni en dix livres qui est surtout un abrégé d'Haly-Abbas, etc., un court Traité de chirurgie (phlébotomie, artériotomie, ventouses, fractures, etc.). Ce n'est point un auteur original ; il en prévient lui-même {voy. son Traité des maladies le l'estomac).
jpoque, ne nous permettent point d'admettre que les médecins du moyen âge aient surpassé ou seulement épalé les Ai-abes, même relativement à la médecine. La chirurgie était encore plus négligée. Ceci nous explique l'accueil que reçurent, aux douzième et treizième siècles, les traductions de Constantin, Gérard, etc. ; on y trouvait des richesses supérieures à celles que l'on possédait; Rhazès, Avicenne, Haly-Abbas, etc., effaçaient leurs contemporoiiis de l'Occident [voij. Daremberg, Hisl. des sciences méd., t. I, p. 254 et suiv., et les ouvrages •qu'il indique; voy. aussi l'article Médecine (Histoire de la) dans ce Dictionnaire),
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En H27, Etienne le philosophe, traduit en latin à Antiochc YAl-Malehi d'Haly- Abbas; mais le grand traducteur du douzième siècle est Gérard de Crémone, né vers 1114. Il explore de bonne heure les richesses scientifiques de la littérature latine : ne pouvant trouver l'Almageste de Ptolémée, il se rend à Tolède pour en avoir une traduction en Arabe. Il apprend cette langue, se voit entouré de livres qui s'occupent des diverses sciences, et ne peut résister au désir de les rendre à la latinité comme à une héritière chérie. Sa vie entière fut dès lors employée à faire ces traductions. Il mourut à Crémone en 1187, à soixante-treize ans ; lecouvent de Sainte-Lucie hérita de tous ses écrits. Nous passerons sous silence ceux qui ne se rapportent pas à la médecine, et nous indiquerons ses traductions de quelques Traités d'IIippocrate et de Galien, de l'ouvrage de Sérapion, des livres de Rhazès à Almanzor, du canon d'Avicenne, de la chirurgie d'Abulcasis.
Aces traductions joignons celles qui furent faites en grand nombre par la sollicitude de Fi^édéric I" et surtout de Frédéric II.
Pendant que les travaux des Arabes s'introduisaient dans l'Occident en passant surtout par l'Italie, des universités se fondaient par les soins et la protection des papes qui prenaient la direction des hautes études et du mouvement scientifique. Ces universités s'établissaient dans des lieux où existaient déjà des écoles. A v;uit ce moment, les autorités ecclésiastiques et civiles avaient publié quelques décrets pour remédier aux abus qui se montraient sans cesse dans l'exercice delà médecine et de la chirurgie, ainsi que le prouvent les défenses prononcées par divers conciles de 1159 à 1195; l'ordonnance de Roger, fondateur du royaume de Sicile (1140) : mais il faut arriver au treizième siècle et à la création des universités pour rencontrer une organisation régulière '.
Montpellier commence à conférer des grades médicaux en 1220; Salerne en 1237, Paris en 1270. Ces grades ou degrés ne s'accordaient qu'à des clercs. Il fallait même porter la tonsure pour être élève. Les édits subirent plusieurs fois des modifications, mais ils furent moins rigoureux pour les chirurgiens que •pour les médecins : les premiers (à Montpellier du moins) étaient dispensés de la cléricature, et l'on montrait moins de sévérité dans leurs examens. En 1272, un arrêt de Jacques P"" défend aux chrétiens et aux juifs de tout sexe, d'exercer la médecine à Montpellier et dans son territoire, s'ils n'ont été examinés et n'ont reçu la licence. Ainsi, moyennant cette condition, des Juifs et des femmes peuvent pratiquer l'art médical. Frédéric II, par ses ordonnances, n'en permettait l'exercice dans son royaume de Naples, qu'à ceux que l'école de Salerne avait reçus maîtres. Tout élève devait étudier pendant cinq ans : les trois premières années étaient consacrées à la logique et à \^ chirurgie qui est une partie de la médecine. Après ces cinq ans, on subissait un examen, et l'on pouvait s'adonner à la pratique, mais il fallait pendant un an, ne le faire que sous le patronage
' Les moines et les chanoines réguliers transgressaient souvent les prescriptions auxquelles ils auraient dû se soumettre, et se répandaient dans le monde, loin de leurs couvents, pour y exercer, avec de larges profits, la médecine et même la chirurnie. On le leur détendit dans plusieurs conciles, et ces défenses réitérées prouvent qu'elles étaient peu efficaces. Dans les universités, l'enseignement appartint aux clercs; ceux-ci, sans avoir des titres otficiels, ne se rattachaient pas moins à TÉglise par leurs serments, leurs vœux de célibat, etc. Ils pouvaient ainsi entrer dans les ordres, obtenir des bénéfices.
ta médecine, au treizième siècle, rencontra des circonstances bien plus favorables que celles qui existaient jusque-là. Grâce aux secours qu'a fournis l'Orient, les livres, très-rares encoie, commencent à se répandre dans l'Occidenl; les universités s'en emparent; on les discute. Un certain ordre, une certaine régularité, s'introduisent dans l'enseignement et dans la pratique.
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(l'un médecin expérimenté. Les chirurgien'^ devaient avoir suivi durant un an tout au moins, les leçons de chirurgie professées à l'école de médecine, et s'être perfectionnés surtout dans l'anatomie sans laquelle on ne saurait faire sûrement aucune opération («o?/. Lindenbrog. Constit. de Naples, 1. III, ch. xxxiv).
L'école recevait donc, à des conditions différentes, des maîtres qui exerçaient la médecine et la chirurgie, et d'autres uniquement occupés de cette dernière. Néanmoins, la séparation ne se trouvait pas encore nettement et légalement tranchée; elle s'opérait par le fait, selon diverses circonstances.
Jusqu'au treizième siècle, on ne peut guère citer que des fragments où l'on traite à part des sujets uniquement chirurgicaux; rien d'original ne mérite d'être mentionné. On trouve dans Gariopontus un procédé tout à fait irrationnel pour réduire les fractures des côtes ; le Trotula major est un Traité d'obstétricie, de maladies des femmes, d'affections de l'anus, des organes génito-urinaires de l'homme, etc. Constantin parle d'une pelote métallique pour contenir les hernies*.
Au treizième siècle, notre attention se fixera particulièrement sur les deux écoles rivales de Salerne et de Bologne, représentées, la première, par Roger de Parme, Roland, les quatre maîtres; la seconde, par Hugues de Lucques, Théodoric, G. de Salicet.
Mais avant de nous en occuper, résumons l'histoire extrinsèque de notre art jusqu'à cetteépoque. Â.U milieu des troubles, des bouleversements profonds qui apparaissent partout du sixième au douzième siècles, nous devons constater les efforts de quelques hommes isolés, de diverses corporations, des chefs des Etats, des papes, pour favoriser les études médicales, pour diminuer les abus si considérables, sans cesse renaissants sous toutes les formes, qui se montraient de tous côtés dans l'exercice de la médecine. Le même fait se reproduit à toutes les époques de notre histoire, et nous avons vu ce qu'avaient fait les Ptolémées en Egypte, plusieurs Empereurs romains, les Kalifes, etc. L'art médical touche aux plus chers intérêts de l'humanité, tous les hommes éclairés doivent attacher une grande importance à ses progrès et au choix de ceux auxquels ces fonctions sont confiées. Les questions qu'embrassent l'organisation de la médecine et les institutions qui s'y rapportent, sont difficiles, complexes, délicates ; elles soulèvent encore bien des controverses, même de nos jours. Les édits, les ordonnances qui se succédèrent à partir du sixième siècle, prouvent du moins qu'elles avaient fixé l'attention des législateurs. Pendant longtemps, les médecins ne recevaient rien du trésor public, soit pour enseigner, soit pour soigner les malades ; ils ne pouvaient compter que sur leur industrie. Chaque professeur avait ses élèves particuliers qui le payaient pour ses leçons, aussi chacun d'eux s'engageait àne rien faire pour enlever à un autre les disciples qui l'avaient choisi {voy. les statuts de l'ancienne université de Montpellier où cet état de choses dura jusqu'au quinzième siècle). A Bologne, Jean de Parme reçut le premier en 1308, pour son enseignement professoral, un traitement spécial pris sur les fonds publics. C'est aussi dans le nord de l'Italie qu'il y eut d'abord des médecins-chirurgiens attachés aux communes. En 1214, Hugues de Lwc^wes s'engageait à servir, pendant
* Jusqu'au treizième siècle, on s'occupe de médecine bien plus que de chirurgie; les questions chirurgicales sont traitées en passant, dans les livres de médecine. La pratique est le plus souvent confiée à d'ignorants empiriques. Mais au treizième siècle, la chirurgie commence à reprendre un caraclère scientifique; alors paraissent des traités qui lui sont spécialement consacrés.
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sa vie entière, <a commune de Bologne, moyennant 600 livres une fois données. A ce prix, ses soins étaient dus à tous les malades du comtat, dans les cas ordinaires; pour les cas plus graves, il pouvait demander une rétribution à ceux qui jouissaient d'une certaine aisance. Médecin des troupes bolonaises, il dut, d'après la même convention, les accompagner en 1218, dans leur expédition à la Terre- Sainte, où il resta jusqu'en 1222 (pour plus de détails, voy. 3Ialgaigne, ouvr. cit., Introd. p. 1 à 33).
Nous ne parlerons pas davantage des auteurs occidentaux du sixième au douzième siècle, nous n'insisterons pas sur les médecins salernitains antérieurs à Roger. Nous renvoyons pour tous ces objets, à l'introduction de Malgaigne et surtout aux recherches deRenzi, Daremberg, etc. Du reste, on y trouvera peu de choses relatives à la chirurgie.
1. École de Salerne. i" Roger, selon la plupart des auteurs, est de Parme;: Freind et Portai le font naître à Salerne. Il appartient certainement à l'école de Salerne, à laquelle se rattachent peut-être \es quatre maîtres ^ . On possède de lui un écrit sur la phlébotomie ; mais son principal ouvrage est sa chirurgie, la Rogérine. Suivant ce qu'il nous dit, ce traité serait rédigé d'après les leçons ou les écrits d'un maître célèbre dont il ne donne pas le nom ; cet egregius doctor serait resté inconnu. Roger cite simplement Hippocrate et ne dit rien des Arabes auxquels il a largement emprunté. Sa thérapeutique est principalement médicamenteuse (vin, miel, onguents, herbes, etc.) ; il prescrit néanmoins le fer et le feu, quand les cas l'exigent. Roger vante l'administration de l'éponge dans le goitre et les scrofules, et donne des préceptes judicieux sur rcxtractiou destraits qui ont pénétré dans la face ; par les pansements, on doit obtenir d'abord la cicatrisation des parties profondes. Cette chirurgie resta longtemps classique et fut suivie par la plupart des chirurgiens, ainsi que l'attestent non-seulement Roland, son commentateur, mais Théodoric, son adversaire, qui la soumet ù la plus vive critique.
2" Roland, de Parme, paraît avoir étudié sous Roger, dont il a commenté l;r chirurgie, en y ajoutant de courtes notes. Plus érudit que lui, il cite les livres de Galien à Glaucon et Avicenne. D'après un manuscrit conservé à Panne, il aurait professé à Bologne et y aurait composé sa chirurgie en 1264 {voy. Tiraboschi, le manuscrit est du quinzième siècle). L'auteur fut appelé auprès d'un habitant de Bologne blessé à la poitrine, et chez lequel une portion du poumon faisait hernie depuis six jours, était gangrenée et pleine de vers ; les plus habiles chirurgiens regardaient sa mort comme certaine. Roland réséqua la partie herniée, le malade guérit.
La Rogérine a - été commentée aussi par les quatre maîtres, dont l'histoire et même les noms sont enveloppés d'une très-grande obscurité. D'après Devaux, ils auraient vécu à Paris vers la fin du treizième siècle, habitant sous le même
* Les commentaires des quatre maîtres n'existant qu'en manuscrits, qui sont très rares. M. Malgaigne n'en connaît point en France, et en indique deux qui se trouvent, l'un en Angleterre, l'autre en Irlande. D'après es dernier, les quatre maîtres seraient Salernitains. En 1854, Daremberg a découvert, à la bibliothèque Mazarine, un manuscrit qu'il a publié; par ses soins, les manuscrits d'0.rford, Londres, Munich, ont été collationnés. Pucuinotti- (1865) a fait imprimer le même commentaire, d'après un manuscrit italien {voij. Malgaigne, Introd. cit., p. 35, et Daremberg, Hist. des sciencesméd., t. I. p. '284, note). Voy. le travail important de Renzi sur l'école de Salerne, p. 549, etc. Voy. Daremberg, p. 281. Nous pouvons maintenant apprécier, par leurs écrits, les quatre maîtres connus seulement jusqu'ici par quelques citations et par les éloges de Guy de Chauliac.
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toit, pleins de savoir, de piété, se consacrant entièrement par pure charité aux soins des pauvres et de tous ceux qui réclamaient les secours de la chirurgie. Mais ce n'est là qu'une légende traditionnelle {voy. la note de la page 310).
II. Écoles de Padoue, de Bologne, i" Hugues de Lucques est le chef de cette dernière école. Nous le connaissons surtout par les récits de Théodoric. Moins remarquable par son érudition que par ses habitudes pratiques, il prend pour guides Galien etAvicenne, sans les approuver toujours, et préfère l'expérience à l'autorité même des maîtres.
2" Briinus, né à Longoburgo, pratiqua d'abord dans la Calabre, puis se transporta du midi au nord de l'Italie, et se fixa à Padoue, où il acheva en 1252 sa grande chirurgie, dont il donna par la suite un abrégé dédié à Lazare de Padoue. C'est un compilateur plutôt qu'un praticien. Il nous annonce d'ailleurs qu'il aréuni et mis en ordre ce qu'il a trouvé de mieux dans ses lectures. Brunus est fort au courant de la littérature arabe, fait de nombreux emprunts à Rhazès, Avicenne, Haly-Abbas, Abulcasis, et s'appuie spécialement sur le glorieux Galien, dont il connaît plusieurs ouvrages qui n'ont été traduits ni par Constantin, ni par Gérard.
Les traductions dont il se sert ont été faites sans doute par les ordres de Frédéric 11. Nous devons apporter une grande attention dans l'examen des méthodes opératoires et des procédés de Brunus et d'autres auteurs de la même époque, si nous voulons éviter les erreurs commises souvent par Haller, Sprengel, et même par des historiens récents qui ont regardé comme originales des médications ou des opérations que l'on trouve dans des écrits antérieurs ; tels sont l'emploi du vin, des échauffants, des dessicatifs dans le traitement des plaies, au lieu des émollients et des huiles (cela remonte à l'école de Cos) ; l'amputation prescrite dans la corrosion d'un membre par des ulcères gangreneux (Galien, Paul d'Égine, Abulcasis l'ont enseigné avant lui); la cautérisation de la région de l'aine jusqu'à l'os pour la cure radicale des hernies inguinales (c'est un procédé reproduit par Rhazès et Avicenne), etc. Il réduit les luxations de l'humérus avec la main, le talon, l'échelle, comme les anciens, comme Paul et Abulcasis qu'il copie. L'excision des vaisseaux conjonctivaux, l'incision des fistules anales dans toute leur étendue ne sont pas davantage des choses nouvelles. Il a vu plusieurs fois des malades guérir, quoique la dure-mère ou même la pie-mère eussent été atteintes'.
3° Théodoric est le disciple d'Hugues de Lucques ; le P. Sarti dit même qu'il est son fils. Amené par lui en 1214 à Bologne, il y étudia quelque temps la médecine, entra dans l'ordre des frères prêcheurs, devint successivement grand pénitencier, évêque de Bitonto (1262), deCervia (1266), continua cependant de résider à Rome où la pratique de la médecine et de la chirurgie lui procurèrent de grandes richesses. Théodoric nous dit n'être resté que peu de temps avec Hugues, qu'il cite pourtant seul comme son maître, quoiqu'il n'ait pu voir et ap- , prendre tout ce qu'il savait lui-même, et qu'il ait voyagé et visité dans différents pays beaucoup d'illustres médecins. Théodoric ne dit nulle part que Hugues fût uni à lui par des liens de famille. Sur les sollicitations de l'évêque de Valence, Théodoric écrivit d'abord un abrégé de chirurgie, qui fut refait ensuite dans sa vieillesse (sans doute en 1265), pendant qu'il était évêque de Bitonto. C'est là sa grande chirurgie {voy. son Proœmiani) .
Tliéodoric cite les mêmes auteurs que Brunus, auquel il fait les plus larges
* Crunus s'altribue des procédés qu'il na nullement inventés. Pour le traitemenl des Irnctnres de la clavicule, il dit, hœc operatlo mca est; or ce traitement est venu des anciens à l'aul, de Paul à .\bulcasis, etc.
CHIRURGIE (iiisTouii: dk la).
emprunts, qu'il copie même souvent sans le nommer; pour tout le reste, il m :t amplement à contribution des souvenirs tirés de la pratique de Hugues, de sur!.; que, dans les parties fondamentales de son livre, il y a peu de chose qu'il puis:o revendiquer.
Théodoric critique vivement l'école de Salerne, Roger, Rolland. Le fait rapporté par celui-ci est retourné. Théodoric en a été le témoin. C'est Hugues qui a réséqué la portion du poumon herniée ; Rolland a menti en s'attribuant une cure dont il a été simplcmciit le spectateur. Au contraire, « Théodoric donne ses soins à un malade atteint d'une fistule thoracique à la suite d'une plaie pénétrante de poitrine datant de huit mois. Il sortait de la sanie par la plaie et par la bouche ; tous les médecins de Salerne l'avaient déclaré phthisique, atteint d'empyème, radicalement incurable. Il vient de Salerne consulter Théodoric, suit ses conseils, estpromptcment guéri, au grand étonnement de tous les médecins de Salerne » Chinirg., 1. Il, ch. XI et xvii). La chirurgie de Théodoric est la chirurgie antique arrangée par les Arabes. Cependant, l'auteur fait appel à l'expérience et cite plusieurs observations intéressantes. Il parle avec détail des plaies de tète, du pigment (topique) de Hugues, fort utile dans ces traumatismes, de sujets qui ont survécu tu n'ont pas même conservé de lésions fonctionnelles, après des blessures graves des méninges, du cerveau, accompagnées de pertes de svdjstancc. Des plaies artérielle.-, de ; anévrysmes traumatiques ont été guéris sans ligature, par la compressior. ; les cals vicieux peuvent être détruits, suivant leur ancienneté, au moyen des éniollicuts, du fer ou du feu. Évitez les tentes dans le traitement des blessuics; (piaud un abcès est ouvert, supprimez la tente dès le second pansement. 11 a vu plusieurs fois périr les malades après l'excision des tumeurs scrofuleuses, que i'uii peut guérir par l'application du feu ou des caustiques.
4<* Guillaume de Salicet, bien supérieur à tous ses prédécesseurs, est le premier chirurgien de son époque et le précurseur de Guy de Chauliac. Jusqu'ici les cliniciens (le maître inconnu de Roger, Hugues de Lucques) n'ont rien écrit. Les auteurs des traités de chirurgie (Roger, Brunus, Théodoric) ont rédigé Icuis ouvrages en mettant à profit l'expérience des autres plutôt que leur propre expérience. Guillaume de Salicet se montre sous un tout autre caractère.
Né à Plaisance au commencement du treizième siècle , il fait de sérieuses études universitaires ; c'est un clerc, un vrai médecin qui recommande de ne j)as fréquenter les laïques. Ses goûts, ses habitudes, les circonstances le déterniioeiit à pratiquer la chirurgie, tout en restant habile médecin. Dans sa jeunesse, Guillaume suit les armées, s'établit ensuite à Plaisance, y reste jusqu'en 1269, et rayonne dans les villes environnantes. C'est ainsi qu'on lappelle à Crémone pour constater un foyer épidémique qu'on avait méconnu, à Pavie oîi il opère une cuie remarquable, etc. En 1270, nous le trouvons à Bologne chargé sans doute de fonctions professorales. Durant un séjour de quatre ans, sa chirurgie est ébau- ' chée. Plus tard, la ville de Vérone se l'attache comme son médecin, lui accorde des honoraires; sa chirurgie est terminée le samedi 8 juin 1275. Elle est dédiée à son ami Bonus {voy. dans l'édit. de 1546 les fol. 503, 505, et un passage de Tirabosehi). L'auteur avait écrit longtemps auparavant un traité de médecine'.
Ainsi, auxavanta3es d'une forte éducation universitaire, Guillaume joint ceux d'une pratique longue, étendue, variée, d'abord dans les armées, ensuite daus
' Gui de Chauliac, très-réservé dans ses éloges, rend un éclatant hommage aux mérites et aux ouvrages de G. de Salicet.
CHIRURGIE (iiisToir.E de la). Tylô
une grande ville d'où sa réputation le fait appeler dans toutes les cités importantes de la Lombardie. 11 donne ses soins aux riches et aux pauvres, fréquente les.li.ùpitaux, pénètre dans les prisons. Chargé d'un enseignement dans la grande écolo médicale de Bologne, il met en ordre et élabore en laveur de ses élèves les matériaux recueillis par lui. Enfin, devenu médecin de la cité de Vérone, il prclite de sa position, de l'activité qui lui reste encore, pour arrêter la rédaction définitive de sa chirurgie, où il dépose le fruit de ses lectures, de ses méditations, de son expérience. La date de sa mort est incertaine et comprise sans doute entre 1^277 et 1280.
Le génie de Guillaume profite de toutes les circonstances que nous venons d'énumérer et imprime à son ouvrage un caractère que nous chercherions vainement avant lui. Il emprunte beaucoup aux Arabes, remonte parfois jusqu'à Galien et à l'antiquité, cite quelques noms, mais on découvre en lui un esprit critique, inventif, qui soumet à son exi.men et au contrôle de l'expérience les documents que son érudition lui a fournis. Dans les doctrines, les procédés, il cherche des indications, étudie avec une remarqualjle sagacité la manière de les remplir. Sa chirurgie, beaucoup plus complète que les écrits réunis des Salcrnitains, de Brunus et Théodoric, porte l'empreinte d'un esprit supérieur. Nous ne pouvons ici ni en faire l'analyse, ni citer tous les foits nombreux et importants qui s'y trouvent répandus.
Témoin de la guérison spontanée de plusieurs hydrocéphalies, il les attaque avec succès par des cautérisations répétées. La résection et la cautérisation des charbons pestilentiels en ont presque toujours triomphé. Un homme se coupe l'œsophage et la trachée-artère avec un rasoir; la guérison est obtenue au moyen de la suture. Chez un autre, une plaie de l'intestin faite par un couteau est réunie par la suture du pelletier; les parties sont replacées dans l'abdomen dont les parois sont fixées à leur tour par la suture; guérison complète. Cas nombreux de guérisons de plaies graves du cerveau, d'abcès profonds des membres, de hernies chez de jeunes sujets, traitées par des emplâtres et la compression. Réduction d'une luxation de la cuisse, après un an, chez un jeune homme de vingtcinq ans. L'auteur décrit avec beaucoup de détail les plaies, les abcès, les fractures, les luxations, le sarcocèle et son traitement. Haller, qui n'a donné qu'une très-courte analyse de son ouvrage [Bibl. chir., t. I, p. 148) déclare que « midierum morbos omittit, lit clerlcum decet. )> C'est une erreur ; Guillaume, quoique clerc, est au-dessus des préjugés de son temps; il se livre avec ai'deur aux opérations et ne recule pas devant les maladies des organes génitaux même chez le sexe. Dans les fies et les condylomes de l'anus et des parties sexuelles, le principe fondamental est d'examiner à découvert les organes malades. Guillaume est un des hommes qui ont le mieux essayé d'apprendre l'anatomie humaine, malgré la sévérité des prescriptions relatives aux dissections ; l'on se plaignait déjà hautement de ces règlements si funestes à la médecine et surtout à l'art chirurgical.
5° Lanfranc, disciple de Guillaume, « son maître de bonne mémoire, » est moins habile praticien, mais il mérite toute notre attention par- l'influence qu'il exerce sur la chirurgie française. Dans le treizième siècle, les miuuiscrits étaient très-rares, très-chers, très-difficiles à obtenir^. L'instruction médicale scienti-
' Il n'y avait point de bibliothèques publiques. Dans les grandes villes, les libraires avaient quekjues manuscrits; mais il fallait payer des prix trés-élevés, soit pour les copier, soit même pour les lire. Voy. les détails donnes par Tiraboschi, et Maigaignc, Iiilrod., p. àô.
314 , CHIRURGIE (histoire de la).
fique s'acquérait surtout en parcourant les universités où les étrangers recevaient le meilleur accueil. Ces voyages étaient souvent entrepris par des clercs que favorisait la fortune ; ils se trouvaient trop dispendieux pour les chirurgiens laïques ; aussi la science chirurgicale du treizième siècle resta-t-elle longtemps sans franchir les limites de l'Italie où elle était en grande partie concentrée. Ce fut Lanfranc qui la répandit au dehors.
Lanfranc est clerc et médecin ; ses aptitudes, ses goîits le portent vers la chirurgie qu'il pratique d'abord à Milan, sa patrie. Dans les luttes des Guelfes et des Gibelins, il prend parti contre Mathieu Visconti qui l'exile de ses domaines. Lanfranc se réfugie à Lyon, s'y livre à l'exercice de son art, afin de pourvoir aux besoins de sa famille. Il écrit sa petite chirurgie ; là il exprime les regrets que lui causent les malheurs de son pays, son dévouement et sa reconnaissance pour sa nouvelle patrie. Pardonnant à ses ennemis, il trouve dans ses sentiments religieux ce ferme courage qui le console de ses malheurs et lui permet de les supporter avec résignation.
Lanfranc aspirait à se fixer à Paris, « séjour de la majesté royale, de l'étude,, de la paix, recommandable par le savoir des médecins. » Il resta néanmoinsen province, et ne se rendit dans la capitale qu'en 1295. Sa l'éputation, son habileté déterminèrent \{ Jean de Passavant, doyen de la Faculté et plusieurs vaillants bacheliers, à le presser de faire des cours de chirurgie, de décrire les opérations dans un ouvrage où il déposerait les résultats de son expérience. » Ses leçons obtinrent le plus brillant succès, et sa chirurgie fut terminée en 1296. Lanfranc témoigne sa reconnaissance pour toutes les faveurs^ les marques d'estime dont il se vit comblé, et qu'il trouvait modestement bien supérieures à son mérite. L'Université de Paris, par sa célébrité, attirait un. concours très-considérable d'élèves venus de toute part : c'est là que L inlVauc put trouver un nombreux auditoire qu'intéressaient sa science réelle et l'art avec lequel il la transmettait à ses disciples.
Inférieur à Guillaume par le génie chirurgical, la hardiesse et l'habileté pratiques, Lanfranc lui est supérieur par l'érudition. Il cite et met à contribution les Grecs (Hippocrate, Aristote, Galien, Aétius, Alexandre de Trallcs, etc)» les Arabes (Honain, Isaac, Uhazès, Haly-Abbas, Avicenne, Sérapion, Abulcasis^ etc.), enfin les médecins de Salerne, Bologne, etc.. (Constantin, Cofon, Platearius, Maurus, Roger, Rolland, Gilles de Corbeil, Théodoric, etc).
111. UEcole de Paris était déjà bien préparée à recevoir les enseignements de Lanfranc ; on en trouve déjà la preuve dans l'ardeur que l'on mit à les solliciter et à les suivre. Nous savons d'ailleurs qu'il y avait alors dansla capitale de la France plusieurs chirurgiens distingués, parmi lesquels on doit citer Pitard et Henri de Maudeville.
1" Filard. Pendant longtemps l'histoire de Jean Pitard a été obscurcie en plusieurs points par les légendes que les chirurgiens de Saint-Cômc ont propagées, afin d'entourer d'une plus brillante auréole celui qu'ils ont regardé comme le fondateur de leur collège. Nous ne rapporterons point ici la biographie que nous a donnée Devaux ; elle contient des anachronismes, des faits^ qui sont restés inadmissibles malgré les corrections de Quesnay {voi/. Quesnay, Becherçh. sur Vorig. de la chir. en France, in-4", et l'index fiinereus de Devaux qui a été réimprimé à la suite). On aurait encore des inexactitudes à relever dans ce que dit Dezeimeris « Jean Pitard, chirurgien de Louis IX, suivit son maître dans ses expéditions à la Terre sainte, et puisa dans les rela-
lions qu'il put avoir avec les Sarrasins, non moins que dans l'ardeur de son propre génie, le désir de renouveler son art. Sous le roi que nous venons de nommer et sous Philippe le Bel dont la santé fut aussi confiée à ses soins, il composa et fit approuver les statuts par lesquels le collège des chirurgiens fut légalement constitué. Un enseignement régulier fut établi ; les élèves furent soumis à des examens et les maîtres tinrent des assemblées dans l'église Saint- Jacques de la Boucherie, en attendant qu'ils eussent une demeure fixe. Depuis lors, la tradition des connaissances acquises ne fut plus interrompue ; de nouveaux moyens d'instruction et le nombre de ceux qui purent désormais suivre cette carrière, excitèrent de toutes parts l'émulation, la chirurgie française se plaça au premier rang dans l'estime des connaisseurs ; le collège de chirurgie et la Faculté de médecine de Paris furent des sources où les étrangers vinrent puiser des connaissances approfondies » (Dezeimeris, Dict. hist., art. chirurg., t. I, p. 746). » Pitard n'a point suivi saint Louis en Palestine; il était clerc, médecin instruit, habile en chirurgie, animé du désh' d'introduire dans son enseignement et dan-; son exercice des réformes dont le besoin se faisait si vivement sentir. Pitard n'a laissé aucun ouvrage ; quelques-unes de ses recettes, de ses formules pour le traitement des plaies ont été conservées dans le quatorzième siècle.
Le premier édit authentique en laveur des chirurgiens jurés de Paris est de Philippe le Bel en 13H, et montre à quel point l'on abusait du titre de chirurgien. « Ayant appris, dit le roi, que nombre de gens de divers pays et états, meurtriers, larrons, faux-monnoyeurs, voleurs, usuriers, etc., se mêlent de pratiquer la chirurgie dans notre ville et vicomte de Paris, comme s'ils avaient subi des examens suffisants et prêté le serment ; mettent des bannières à leurs fenêtres comme de vrais chirurgiens, pansant et visitant plusieurs fois les malades et les blessés dans les églises et les lieux privilégiés, etc., ordonnons que dans notre ville et vicomte de Paris, aucun chirurgien ou chirurgienne n'exercent la chirurgie s'ils n'ont été au préalable examinés et approuvés par les maîtres chirurgiens jurés demeurant <à Paris, appelés par notre amé chirurgien Pitardi, juré de notre Châtelet à Paris, et par ses successeurs... » Le candidat qui réunissait dans ses examens la majorité des suffrages, recevait du président (le chirurgien du Châtelet), la licence d'opérer en chirurgie et prêtait serment, devant le prévôt de Paris, d'exercer fidèlement sa profession {voy. Quesnay, ouvr. cité, p. 437). Il y a là des garanties et des privilèges accordés au corps des chirurgiens de Paris ; mais la confrérie de Saint-Côme est loin de lormer un collège chargé d'enseigner la chirurgie, de conférer tous les grades, etc. Durant plusieurs siècles, les chirurgiens de Saint- Côme soutinrennt de longues luttes pour obtenir des privilèges, les faire constater ou confirmer, les accroître.
2" Henri de Mondaville, Hermondeville ou plutôt Henri de Mandeville est disciple de Pitard. Il est clerc, instruit, veut que le chirurgien connaisse l'anatomie et possède complètement la médecine ; alors il est supérieur à celui qui n'a appris que la médecine interne, et doit tenir les laïques à distance respectueuse. Mandeville, après avoir fait ses études à Paris, suivit les armées afin de se former à la pratique, parcourut plusieurs universités, se livra à - l'enseignement de la médecine à Montpellier, revint à Paris où il enseigna plus spécialement la chirurgie et fut nommé, avec Pitard, chirurgien du roi. C'est alors qu'il commença à rédiger sa chirurgie. Ce travail suspendu peu-
316 CHIRURGIE (histoire ue la).
dant plusieurs années, parce qu'il était obligé de suivre le roi dans ses excursions, ne fut repris que lorsqu'il eut obtenu son congé définitif. Ce traité, d'une assez grande étendue, se coippose de cinq livres. Le premier est relatif à l'anatomie; le deuxième au traitement des plaies, contusions, ulcères, etc., le quatrième resté incomplet, s'occupe des luxations, fractures, etc., le troisième des maladies qui ne sont pas mentionnées dans le deuxième de capite ad calcem, le cinquième est un antidotaire *•
IV. Remarques sur la chirurgie au treizième siècle. Malgré l'impulsion qu'elle reçoit des circonstances précédemment indiquées, la chirurgie du treizième siècle ne prend pas encore un bien grand essor, même en Italie où elle présente son principal développement. Tributaire des Arabes dont l'influence est prédominante, la science chirurgicale les suit trop servilement, souvent dans un rang inférieur, et fait trop rarement acte d'indépendance ; Guillaum de Salicet en donne néanmoins d'assez nombreux exemples. Il y a pourtant quelques vrais chirurgiens, amis de la science et de leurs malades, montrant dans une certaine mesure de l'érudition et même de l'originalité. D'une manière génénde, les progrès de l'art sont peu marqués. La chirurgie peut être exercée par des médecins-chirurgiens qui ont pu faire des études sérieuses, par des chirurgiens laïques reçus dans des écoles; mais, en Italie même et en France, elle est livrée presque entièrement à des hommes d'un ordre tout à fait inférieur, sans titres, des barbiers, des rebouteurs, des baigneurs, des chirurgicnnes, etc. : les médecins-clercs dédaignent les laïques ; la plupart d'entre eux, pour des motifs divers, dédaignent aussi la chirurgie et les opérations ; les laïques qui ont quelque instruction confient certains pansements, des saignées, etc., à des personnages subalternes. Ceux-ci ne craignent point de traiter dans l'ombre des affections chirurgicales graves ; les grandes opérations (cataracte, cure radicale des hernies, taille, etc.), sont réservées à des opérateurs ambulants. Les abus signalés déjà sous les empereurs romains et chez les Arabes, se sont perpétués et aggravés.
En 1252, Brunus déclare « que la plupart de ceux qui exercent la chirurgie sont des idiots, des rustiques, des imbéciles : il y a une chose plus horrible encore : la pratique est souvent confiée à des femmes viles et présomptueuses. Par un soin mal entendu de leur dignité {propter decentiam), les médecins ont abandonné aux barbiers la saignée et les scarifications » {Bruni chirurgia magna, proœmiiim).
Au temps de Lanfranc, c'étaient surtout les barbiers qui saignaient, scarifiaient, appliquaient les sangsues et même les cautères; les laïques faisaient aux clercs en chirurgie une concurrence d'autant plus grande, que ces derniers plus savants, plus timides, plus inexpérimentés, leur cédaient le terrain. « Pourquoi, dit Lanfranc, y a-t-il une si grande différence entre les physiciens et les chirurgiens? Les premiers (les médecins), ont abandonné les opérations aux laïques, soit qu'ils les dédaignent comme quelques-uns le disent, soit
' Pour connaître Pitard, Henri de Mandeville, etc., consultez Malgaigne (ouvi'age cité, p. 47, etc.) et lisez les intéressantes recherches de Chéi^eau. Pour l'histoire du collège de S:iint-Côme, des confréries des Barbie: s, de leurs luttes avec la Faculté de Paris, etc., voy. .Malgaigne, p. 112 à 171 ; Jourdain, Hist. de l'Univers, de Paris, il y a bien des erreurs dans l'ouvrage de Quesnai, fort intéressant d'ailleurs sous beaucoup de rapports. Ses préventions en faveur des chirurgiens de Saint-Côme l'ont souvent empêché d'apercevoir la vérité. Nous aurons l'occasion d'y revenir.
CHIRURGIE (histoire de la). 517
plutôt, comme je le pense, qu'ils ignorent la manière de les pratiquer : aus-i le vulgaire croit-il que le même homme ne peut pas savoir en môme temps la médecine et la chirurgie ; cependant le chirurgien n'est rien s'il ignore la médecine : on n'est vraiment médecin que lorsque l'on possède ces deux branches inséparables d'une même science » {Chh-urgia maçpia). Toutefois, Lanfranc qui veut que le médecin soit habile dans toutes les opérations, qui n'hésitait point à saigner de sa propre main, ne pratiquait ni la paracentèse, ni la taille, ni les opératious pour les hernies et les cataractes.
La séparation de la médecine et de la chirurgie s'accentuait de plus en plus. Celle-ci, délaissée, tombait dans des mains viles et inhabiles. Nous avons vu par l'édit de 15H qu'elle était souvent exercée par des hommes sans titres et ibrmant le rebut de la société. L'enseignement de la chirurgie devait rester fort imparfait, car les clercs l'étudiaient peu, puisqu'ils ne voulaient guère la pratiquer; les laïques manquaient des connaissances préliminaires indispensables pour touie recherche scientifique. Il y eut pourtant au point de vue chirurgical, quelques praticiens, quelques professeurs, quelques écrivains estimés. Plusieurs réunirent ces trois genres de mérites à divers degrés. Tels furent Roger, Théodoric, Guillaume de Salicet, Lanfranc. Ce sont tous des clercs qui ont protesté contre les habitudes, les usages, les préjugés de leur époque; ils n'ont pas craint de pratiquer les opérations de leurs propres mains, de travailler énergiquement à rappeler les médecins clercs au sentiment de leurs devoirs, à réveiller en eux le culte de la haute chirurgie, à leur montrer qu'ils cédaient la place aux laïques dès qu'ils renonçaient aux œuvres manuelles, que sous le prétexte de ménager leur dignité, ils sacrifiaient la dignité de la science et la science entière, etc.. Ces médecins voulurent faire pour l'Occident, ce que les Rhazès, les Avenzoar, les Abulcasis avaient fait pour l'Orient. Leur influence, quoique assez limitée, suffit pour transmettre le souvenir des traditions antiques revêtues surtout des formes et des modes que leur avait donné l'Arabisme. C'est ainsi que la chirurgie, tout eu se relevant au treizième siècle, eut une vie encore obscure. Cependant les traductions se conservaient, l'on recueillait des observations, l'on rassemblait des matériaux qui devaient être mis à profit dans des temps meilleurs. A mesure que l'on fouillera dans ce treizième siècle, l'on verra qu'il y a là une grande œuvre préparatoire, et l'on rendra justice aux hommes qui ont lutté corps à corps avec les obstacles qu'ils rencontraient partout autour d'eux. Malgré les préjugés régnants, on accorda de justes hommages à leurs talents et à leur courage; on fit des exceptions en leur faveur. Théodoric, devenu évêque, continua à pratiquer la chirurgie ; Guillaume de Salicet, Lanfranc, quoique clercs et voués par là au célibat, eurent des enfants et les reconnurent publiquement. Le fils du dernier exerça la chirurgie à Montpellier sous le nom de maître Bonet. Cette tolérance était plus grande en Italie et surtout à Rome que dans les autres pays. Les papes et, après eux les souverains italiens, avaient compris qu'en attendant certaines réformes dont on prévoyait l'utilité dans l'avenir, elle pouvait servir l'art et la science.
Deuxième période. Quatorzième siècle. Décadence de la chirurgie en Italie et à Paris. École anglaise. École de Montpellier. Guy de Chaidiac, etc. Ar.TicLE PREMIER. Écolcs d'Italie. Dès le commencement du quatorzième siècle, la décadence des sciences médicales et spécialement de la chirurgie, se fait sentir en Italie et s'étend rapidement dans ce malheureux pays déchiré par les dissensions et les guerres civiles, et privé bientôt des ressources que lui four-
318 CIIIRLKUlili (HISTOIRE DE LA).
nissaieiit les richesses et la protection puissante et éclairée du Saint-Siège. Pendant cette période nous n'y trouverons aucun homme, aucun écrit qui aient rendu quelque service important à la chirurgie. L'école de Salerne est effacée; Nicolas de Foligno appelé à Padoue conseillait à Ubertin de Carrare protecteur de son université, d'envoyer douze jeunes Padouans en France pour y étudier la médecine. Bologne même, malgré les travaux anatomiques de Mondinus, la célébrité des médecins et des chirurgiens qui s'y étaient succédé depuis bien des années, fut bientôt déchue de son antique splendeur. Pendant que les arts et la littérature prenaient un nouvel essor, les universités se dépeuplaient ; les élèves fuyaient devant les luttes sanglantes des factions, l'émulation disparaissait, l'amour de la science s'éteignait avec elle. Boccace, le Dante, Pétrarque, ces brillants précurseurs du siècle des Médicis, se joignent aux historiens pour tracer le triste tableau des maux qui désolent l'Italie et des passions qui en sont la source.
Article 11. École de Paris. L'impulsion communiquée d'abord à la chirurgie de Paris par l'arrivée de Lanfranc, ne se soutint pas longtemps. Elle avait mis en jeu des éléments qui existaient déjà, mais qui n'avaient ni beaucoup de force, ni de profondes racines. Quoi qu'en aient dit quelques historiens, l'enseignement chirurgical était faiblement organisé soit dans la confrérie de Saint-Côme, soit même dans l'école de Paris : leur rivalité était nuisible aux bonnes études*. Quand on examine de près les institutions médicales de cette époque, le peu de ressources dont pouvaient disposer les médecins qui trouvaient autour d'eux tant d'obstacles, on est surpris de voir la science se maintenir encore par sa virtualité, par l'ardeur et le dévouement de quelques hommes, et finir par se faire une voie de vive force en triomphant de toutes les diffieultés.
La chirurgie d'Henri de Mandeville représente la chirurgie de Paris après Lanfranc. Or elle est empruntée à Avicenne, Théodoric, Lanfranc, avec de légères modifications. L'auteur nous en avertit lui-même; il y a quelques planches bien moins nombreuses et ayant moins de valeur que celles d'Abulcasis. La chirurgie de Paris, du moins dans ses manifestations, est toute d'emprunt ; elle reflète incomplètement celle de l'école italiennne et semble vivre surtout' sous les inspirations de Lanfranc. Aussi sa vie devient bientôt plus obscure ; après Mandeville elle garde le silence et pendant longtemps nous n'aurons plus rien à signaler.
Les préjugés contre la médecine opératoire eurent en France une puissance plus grande que celle qu'ils avaient eue en Italie. On enveloppa dans un même dédain les actes opératoires, les hommes qui les pratiquaient, la chirurgie entière qui n'eut plus de chaire dans la Faculté de Paris. En 1350, tous lei bacheliers qui voulaient faire des cours, s'engageaient par serment à ne point pratiquer la chirurgie manuelle.
Article III. École anglaise. Jean de Gaddesden, Ârdern. Au quatorzième siècle les Anglais, possesseurs de l'Aquitaine, étaient reçus dans l'Uni-
» L'École de Paris n'avait point alors un local qui lui appartînt, une installation matérielle qui lui permît de donner à ses élèves les connaissances pratiques indispensables aux chirurgiens. Voij. Chéreau [Des anciennes écoles médicales de Paris, Union med., 1866, t. I, p. 433, 481, 515, î29, b77). L'enseignement de la confrérie de Saint-Côme était trèsirrégulier, très-incomplet. Quelle était la valeur des examens que subissaient leurs di.sciples ? Nos renseignements sont très-incomplets.
versité de Paris comme des Français ; la médecine anglaise était souvent un reflet de la médecine française. Jean de Gaddesden l'un des médecins anglais les plus célèbres de cette époque, professait à Oxford en 1520. Il avait étudié à Montpellier sous Gordon (lin du douzième et commencement du treizième siècle), et sans doute à Paris sous Mandeville. Sa rosa medicinœ dont le titre est calqué sur celui de Gordon, lilium medicinœ, embrasse à la fois la médecine et la chirurgie. Pour la première, il cite souvent Gordon qu'il a copié fréquemment aussi sans le citer; pour la seconde il puise à pleines mains dans Mandeville qu'il ne nomme point. Il emprunte à Gordon un brayer à cercle métallique servant à la contention des hernies (comparez Gordon, part. 4, ch. vu, et Gaddesden, voy. Malgaigne, ouvr. cité, p. 54). Guy de Chauliac a porté sur Gaddesden et ses emprunts si multipliés, un jugement sévère, mais généralement exact. L'auteur a peu de choses originales, et sa chirurgie est inférieure à celle des écoles italiennes. Il paraît cependant avoir pratiqué plusieurs opérations, cite assez fréquemment des faits qu'il a recueillis, soumet diverses doctrines à un examen critique « afin de se former à l'opération de la cataracte on fera bien de s'exercer sur des chiens. »
La vie de son successeur Jean Ardern est peu connue. En 1349, il vivait à Newcastle et y pratiquait depuis longtemps; en 1370 nous le trouvons à Londres où sa réputation l'avait devancé. L'auteur qui a pratiqué en France, sans doute à la suite des armées anglaises, cite plusieurs auteurs français et italiens. Jusqu'ici l'on ne parlait d'Ardern que d'après son traité de la fistule à l'anus que l'on n'avait guère lu. Daremberg est allé en Angleterre copier ses manuscrits ; c'est là-dessus qu'il a écrit sa notice. Son ouvrage intitulé pratique est une compilation peu méthodique, contenant une série de monographies chirurgicales où se trouvent beaucoup d'observations personnelles et de dessins très-curieux d'instruments et d'opérations. Les -médicaments et les recettes superstitieuses n'y sont pas oubliés.
L'auteur vante beaucoup les perfectionnements introduits par lui dans les seringues (rectales, vésicales, etc.), en les perçant à leur extrémité et non sur les côtés : il en a obtenu de grands avantages dans le traitement de beaucoup de maladies, et en a retiré beaucoup d'argent. Rien de bien neuf à l'occasion des calculs, du traitement hygiénique et médicamenteux, de l'incision de l'urètre avec une lancette pour extraire les calculs qui s'y trouvent engagés, etc. De son temps, personne en Angleterre ne savait guérir les fistules à l'anus. Ardern a obtenu de très-nombreux succès, spécialement chez les plus grands seigneurs ; il avait soin de fixer un bon prix avant d'opérer; souvent ses malades avaient été traités par d'autres médecins qui n'avaient pas su réussir. Il pratiquait l'incision ou la section progressive à l'aide de la ligature. Pour cela, il avait imaginé un instrument destiné à produire une constriction graduée, tendiculum {votj. Daremb., ouvr. cité, 1. 1, p. 299). Gaddesden est clerc et professeur ; tout porte à croire qu'il en est de même d'Ardern. Du reste, leurs écrits n'ont rien de bien neuf, de bien saillant ; ni l'un ni l'autre n'a vu se grouper autour de lui aucun disciple de quelque renom. La chirurgie est pour eux, avant tout, un moyen d'acquérir des richesses.
Article IV. École de Montpellier. Guy de Chauliac. Nous ne parlerons point plus longuement des médecins du quatorzième siècle, tels que Gentilis de Foligno, Dino et Thomas del Garbo, Varignana, etc.; dans leurs compilations, ils s'occupent de chirurgie, mais c'est surtout au point de vue des médications
520 CHIRURGIE (histoire de la.).
internes et des topiques. Nous nous bâtons d'arriver à Guy de ChaïUiac, le chirurgien le plus éminent du quatorzième siècle qui u mérité, avant Ambroise Paré dont il est le précurseur, le titre de restaurateur de la chirurgie, par l'influence qu'a exercé sur cet art, sa chirurgie restée si longtemps classique.
Guy de Gbauliac naquit à Cbauliac, village du diocèse de Mende, auquel il a sans doute emprunté son nom. Sans pouvoir préciser l'époque de sa naissance, on doit présumer qu'elle correspond aux dernières années du treizième siècle. D'après ses récits on peut affirmer qu'il lit ses premières études médicales à Toulouse, et les poursuivit ensuite à Montpellier ; de là il se rendit à Bologne, à Paris, revint à Montpellier où tout porte à croire qu'il prit ses grades et se livra tout à la fois à l'enseignement et à la pratique de la médecine. Plus tard on le voit fixé à Lyon ; enfin il est appelé à Avignon par Clément VI, élu pape en 1542. En 1348, il donna ses soins aux malades pendant cette peste terrible qui désola cette ville, et dont il nous a laissé la description d'une manière aussi simple qu'exacte et saisissante. Guy de Chauliac en fut atteint vers la lin de l'épidémie et guérit au liout de six semaines; après avoir couru les plus grands dangers, car tous ses confrères croyaient sa mort inévitable. Le successeur de Clément VI, le pape Innocent VI le choisit aussi pour son médecin : c'est pendant son pontificat que la peste reparut à Avignon en 1560; notre auteur put l'observer de nouveau. En 1363, époque où fut composée sa grande chirurgie, il était commensal, médecin et chapelain d'Urbain V. Là s'arrêtent les documents biographiques. L'époque précise de sa mort comme celle de sa naissance reste enveloppée de la plus grande obscui'ité.
Guy de Chauliac, d'après Malgaigne, put étudier avec beaucoup de frail, la chirurgie à Paris, l'anatomie et la chirurgie à Bologne, la médecine
Montpellier. Mais l'enseignement chirurgical de Paris s'était bien affaibli après Henri de Mandeville. A Bologne, nous le voyons citer Bertruccius comme sou maître en anatomie; on ignore le nom de celui qui fut son maître en chirurgie; Malgaigne pense qu'on l'ignorera toujours. Nous avons cependant de fortes raisons pour conjecturer que ce titre appartient à Albert Zangari, chirurgien distingué qui jouissait alors d'une grande réputation à Bologne '.
Guy de Chauliac se rattache d'une manière bien plus intime à l'école de Montpellier, par ses premières études et surtout par son séjour prolongé et ses enseignements dans cette ville, à son retour de Paris et de Bologne. Nous trouvons souvent ces mots dans ses écrits, noh^e commune école de Montpellier, et la mention de ses chirurgiens, maître André et maître Pierre qui opéraient les hernies par les caustiques ; ce dernier avait obtenu ainsi trente guérisons ; maître Arland lui communiqua la recette de ses tablettes purgatives, etc.
Cette école offrait alors, pour toutes les branches de l'art médical, des ressources qu'on aurait cherché vainement ailleurs. Par sa position spéciale, la douceur de son climat, l'étendue de son commerce, sa célébrité médicale, Montpellier attirait des malades qui affluaient de toutes parts; son école se distinguait par ses habitudes pratiques. Elle avait compris en même temps l'importance de fortes études théoriques et de l'érudition. Par ses relations avec l'Italie,
* Voy. la thèse du docteur Cellarier, Montpellier, 1856. C'est à Albert (de Bologne', sans doute, que Guy a emprunté un procédé très-rationnel pour le traitement des fractures de la clavicule. En fouillant dans les annales de l'iiistoire, on trouve, au quatorzième siècle, quelques chirurgiens distingués qui ont contribué à maintenir la tradition ou même à la per- Icctionner, et dont les noms sont oubliés.
CHIRURGIE (histoire de la). 321
elle eut d'abord toutes les traductions, tous les éci'its médicaux arabes qui se trouvaient dans ces pays, et auxquels se joignaient les traités des Salernitains, de Théodoric, de Guillaume, de Lanfranc; vers la fin du treizième siècle et au commencement du quatorzième, elle profita de ses rapports directs avec l'Espagne et produisit par elle-même de nouvelles versions des auteurs arabes les plus récents dont elle demandait les originaux aux riches bibliothèques de cette contrée. « C'est aitisi que le sceptre de la science, tenu successivement par Salerne et Bologne, passa définitivement dans ses mains ; jusqu'à la découverte de l'imprimerie, nulle Faculté ne peut rivaliser avec elle... Son école chirurgicale brilla d'un éclat si puissant, qu'elle éclipsa et jeta dans l'ombre toutes les autres écoles et qu'elle nous apparaît encore aujourd'hui comme un phare qui projette sur tout le moyen âge sa puissante lumière » (Malgaignc, OEiivr. de Paré, introduct., p. 58).
Cet aperçu rapide nous permet d'expliquer et de comprendre le caractère spécial si remarquable des écrits de Guy de Chauliac; ce caractère est celui de son école à cette époque. Par le concours des circonstances les plus heureuses, Montpellier est un foyer où se concentrent des richesses médicales supérieures à celles qu'on avait eues jusque-là; le génie de Guy de Chauliac s'en empare, les féconde et les répand dans toutes les directions. On reconnaît en lui le précurseur et le préparateur d'une ère nouvelle.
Au quatorzième siècle, le goût de l'érudition domine et soumet les esprits au joug de l'autorité; les Arabes tiennent toujours le premier rang; on commence néanmoins à tourner ses regards vers les médecins grecs, c'est-à-dire vers les véritables maîtres ; on s'essaye même, plus qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, à conquérir une certaine indépendance en contrôlant, anprès des malades, les préceptes souvent contradictoires transmis par les prédécesseurs. Cettre triple direction s'accentue déjà nettement dans les ouvrages de notre auteur.
Lorsque Guy de Chauliac vint à Montpellier, on y possédait tous les écrits de Constantin, ceux de Géi'ard de Crémouc, toutes les versions faites par ordre de Frédéric, lecontinmt de Rhazès que Charles d'Anjou avait obtenu de l'empereur Andronic et fait traduire par Ferragius, deux versions d'Avenzoar, l'une de Jean de Campanie, l'autre de Palavicini (1285); l'Averrhoës de Blasius, etc.; tous ces ouvrages sont cités par Gordon (1505).
Guy avait tous ces écrits dans ses mains et plusieurs autres encore. Ainsi nous le voyons mentionner dix-huit auteurs arabes et la plupart des médecins du moyen âge qui l'avaient précédé. De plus, il a lu une grande partie de Galien traduit de l'arabe ou difcctemeat du grec par Nicolas de Reggio, et s'est procure le sixième livre de Paul d'Égine qu'on ne retrouve pas ailleurs jusqu'au seizième siècle.
Supérieur par sa vaste érudition aux écrivains les plus estimés, il résolut de mettre à profit ses immenses lectures, ses méditations, ses coiuiaissances cliniques, pour embrasser dans un même tableau les diverses parties de la chirurgie, en offrant un résumé suffisamment étendu de tout ce qui pouvait être vraiment utile au praticien. Ce projet fut réalisé avec succès dans sa grande chirurgie (1565). Ses préceptes ne reposent pas seulement sur les théories régnantes, sur les systèmes des Arabes, il cherche souvent à les appuyer sur des faits; aux observations consignées dans les livres, sont ajoutées celles qui ont été recueillies ,dans sa pratique. Les chirurgiens les plus estimés de Toulouse, Avignon, Montpellier sont mis à contribution; les spécialistes, les pharmaciens, les rebouteurs,
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les barbiers même ont été interrogés. Aucun genre d'investigation n'est négligé, afin d'élargir les bases de son édifice. Il s'est procuré des formules, à des prix souvent élevés, des recettes qui jouissaient d'une certaine célébrité ; il les apprécie et les communique à ses lecteurs.
La grande chirurgie ' est divisée en sept traités précédés d'une préface et du livre singulier ou universel, très-intéressant au point de vue historique. Ici se trouvent exposés et jugés les doctrines et les écrits les plus en faveur à cette époque. Chaque traité contient deux doctrines; l'une s'occupe des généralités^ l'autre des spécialités du sujet. Chaque doctrine renferme habituellement huit chapitres.
Le premier traité, consacré à l'anatomie, est emprunté à Galien et surtout aux Arabes. L'auteur paraît néanmoins avoir vu souvent les objets qu'il décrit. Le second traité s'occupe des apostèmes et des tumeurs en général ; leur étude est poursuivie ensuite d'après leur siège, de capite ad calcem. Les troisième, quatrième, cinquième traités sont relatifs aux plaies, aux ulcères, aux fractures, aux luxations. Fidèle à son plan primitif, l'auteur trace l'histoire générale de ces lésions, qui sont examinées successivement en tenant compte des lieux où elles résident. Au sixième traité appartiennent toutes les lésions chirurgicales fort nombreuses qui n'ont pu avoir leur place dans les livres précédents. Le septième livre est un formulaire, une matière médicale et un traité de petite chirurgie (saignée, ventouses, etc.).
Ackermann a dit que la chirurgie de Guy de Chauliac pouvait tenir lieu de tout ce qui avait été écrit avant lui. Cet éloge est exagéré. En la comparant avec les grands travaux chirurgicaux accomplis depuis Hippocrate et dont nous avons donné une rapide analyse, il est facile de voir qu'elle ne représente pas exactement tous les documents majeurs réunis dans leur ensemble : quelquesuns lui étaient inconnus; plusieurs autres ont été mal appréciés par lui, oubliés ou négligés, parce qu'il n'en a pas senti l'importance; cependant nous accepterons en grande partie et avec quelques restrictions le jugement de Malgaigne : « Hippocrate excepté, il n'est pas un seul traité de chirurgie grec, latin ou arabe que je mette au-dessus ou même au niveau de ce magnifique ouvrage, la chirurgie de Guy de Chauliac » (Malgaigne, Introd. déjà citée, p. 66).
L'auteur n'a pourtant pas fait d'invention saillante et s'est borné à modifier un petit nombre d'instruments et de procédés. Quelles sont donc les qualités qui le distinguent? Une idée nette et élevée de la science médicale, du but et du génie de la chirurgie, de ses rapports avec la médecine, la connaissance des sources où avaient puisé le moyen âge et les Arabes, la certitude de la supériorité des écoles grecques, la méthode, la clarté, le soin de ne pas trop se perdre dans des discussions stériles et de s'attacher aux grands principes et aux faits dont ils découlent, l'esprit critique, la rectitude du jugement. C'est ainsi qu'il ouvre une voie nouvelle. Si l'on reconstituait aujourd'hui la chirurgie grecque dans son entier, l'on serait surpris en voyant combien elle était avancée; les- Arabes et le moyen tge avaient beaucoup oublié, mais ils avaient aussi ajouté. Si Guy de Chauliac avait restauré dans son entier la chirurgie antique en y joignant les perfectionnements de ses successeurs, il aurait exécuté une œuvre merveilleuse qui n'existe pas aujourd'hui. Il a rempli pourtant une partie de
* Nous ne parlons que de sa grande chirurgie. Ses autres ouvrages, dont on peut voir la liste dans l'introduction de Malgaigne, sont bien moins importants.
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cette tâche et laissé sous ce rapj^ort bien au-dessous de lui tous ses prédécesseurs et beaucoup de ceux qui sont venus après lui.
« Je m'esbays d'une chose, c'est que les chirurgiens d'Italie se suivent tous comme des grues ; car l'un ne dit que ce que l'autre a dit. Je ne say si c'est par crainte ou par amour qu'ils ne daignent ouïr sinon choses accoustumées et prouvées par l'autorité. Ils ont mal lu Aristote au second de la métaphysique, où il prouve que deux choses empeschent le plus la voye et la cognoissance de la vérité, etc. » {Chap. singulier).
Cette remarque est parfaitement juste. Les Italiens ont presque partout copié les Arabes, et particulièrement Abulcasis, dont ils ne se sont guère écartés; les Arabes, à leur tour, ont agi de même en reproduisant Paul d'Égine, de sorte que ce manuel déjà court et plus d'une fois altéré forme les bases de tout l'enseignement. Guy de Chauliac d(mue à la science des proportions beaucoup plus considérables en s'élevant aux sources mêmes, en apprenant à porter la cliirurgie italienne au contact de la chirurgie arabe, de comparer celle-ci à celle de Galien et de la Grèce antique, afin de joindre aux richesses du présent les richesses plus grandes et plus pures du passé. Il contrôle ces autorités par les faits qui doivent être les juges suprêmes. Dans toutes les questions un peu importantes, nous le voyons placer les unes à côté des avitres, les opinions contradictoires des maîtres, les discuter, les peser, se décider enfin d'après les données de la raison et de l'expérience.
La chirurgie de Guy de Chauliac représente dans son entier la chirurgie du quatorzième siècle ; mais elle se montre avec beaucoup plus d'ampleur, de précision, d'indépendance. On y sent déjà les inspirations du génie antique; l'auteur en a compris toute la puissance ; il veut que ses contemporains et ses successeurs viennent s'y retremper après lui.
Guy de Chauliac distingue la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire. Celle-ci trace les règles des actes manuels auxquels se livi-e le chirurgien pour combattre cette partie des phénomènes morbides qui réclame l'emploi de la main seule ou armée de divers instruments ; celle-là étudie à fond un certain nombre de maladies et les traite par l'hygiène, les médicaments, les opérations. On conçoit dès lors la dignité de la chirurgie. Le chirurgien est, avant tout, un médecin complet. Il doit avoir toute la science, toutes les qualités du médecin, et, de plus, des connaissances et des qualités toutes spéciales. Le chirurgien ne doit pas confier à des mains inhabiles des opérations en apparence simples et vulgaires; l'auteur décrit soigneusement tout ce qui se rapporte à ce que l'on nomme la petite chirurgie '.
11 paraît avoir pratiqué un bon nombre d'opérations majeures usitées de son temps, à l'exception de la taille réservée sans doute à des chirurgiens spéciaux.
Parmi les chirurgiens de son époque dont il a conservé le souvenir en leur faisant quelques emprunts, nous citerons Bienvenu, qui a écrit un traité des maladies des yeux où il mentionne la cataracte congénitale (sur Bienvenu, voy. Daremberg).
Nous n'entrerons point dans l'examen détaillé de l'œuvre de Guy de Chauliac, nous y reviendrons plusieurs fois. Nous rappellerons seulement que la grande chirurgie fit une vive impression, fut rapidement appi'éciée et traduite dans la plupart des langues européennes. Elle eflaça et mit pi'esque dans l'oubli les
1 foy. sur Guy de Chauliac, Malgaigne, Daremberg, Dezeimeris, la thèse de Cellarier, etc
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traités des écoles italiennes ; elle devint en France, comme dans les pays étrangers, une des principales bases de l'enseignement chirurgical.
Article V. Décadence de la chirurgie. L'impulsion heureuse donnée à la chirurgie par l'école de Montpellier et par Guy de Chauliac, impulsion que les traductions de son ouvrage en langues vulgaires répandaient successivement de toute part, promettait à l'art chirurgical un long et brillant avenir. Ajoutez à cela l'invention de la poudre et des armes à feu, qui ouvrait un vaste champ à de nouvelles recherches, et l'invention du papier de chanvre qui devait augmenter promptement le nombre des manuscrits en en diminuant le prix.
Il n'en fut pas cependant ainsi. Les sciences médicales subirent bientôt m France la même décadence qu'en Italie, sous l'influence des mêmes causes. Après les défaites de Crécy (1346) et de Poitiers (1556), notre malheureux pays vit fendre sur lui une série de calamités qui durèrent près d'un siècle. Eu 1365, Montpellier fut traversé par les grandes compagnies; en 1379 le duc d'Anjou, contre lequel il avait osé S2 révolter, s'en empara de nouveau et l'écrasa sous le poids des impôts, des confiscations, des supplices. Avant la fin du siècle, les papes revinrent définitivement à Rome et le raidi de la Fi'ance fut privé des avantages que lui assurait le séjour des pontifes à Avignon.
Sous le coup de ces circonstances désastreuses, l'émulation, l'amour de la science s'affaiblissent rapidement. Aucun nom remarquable n'apparaît au grand jour ; on commente Guy de Chauliac, sans donner de nouveaux développements aux germes féconds déposés dans ses écrits ; on s'occu[»e surtout à l'abréger, et l'on supprime ainsi bien des qucst'ons importantes parce que leur solution paraît trop difficile. La science rétrograde et s'engourdit. Bientôt l'école de Montpellier, imitant cel'.e de Paris, ne permet plus à ses docteurs que l'exercice de la médecine interne. La chirurgie retombe comme auparavant, d'une manière à peu près complète, dans les mains d'hommes ignorants, des barbiers, des opérateurs ambulants. Cependant, il y a encore quelques médecins, en bien petit nombre, il est vrai, qui cultivent la chirurgie, la pratiquent, conservent les traditions, au milieu de ce sommeil général, en attendant un réveil dont nous suivrons l'évolution, en commençant par l'Italie.
Section troisième. Neuvième époque. Quinzième et seizième siècles. Renaissance et ses suites. Prejiière période. Quinzième siècle [Renaissance). Le quinzième siècle occupe un rang élevé dans les annales de l'humanité. Les arts et les lettres reparaissent et brillent d'un nouvel éclat; les sciences grandissent, s'appliquent à l'industrie, deviennent le point de départ de magnifiques découvertes qui amèneront dans le monde des transformations profondes, prépareront d'autres découvertes et ouvriront à la civilisation des routes plus larges, plus rapides, plus sûres. Ces événements se déroulèrent d'une manière successive; la chirurgie n'en ressentit pas immédiatement l'influence. Aussi la plus grande partie de ce siècle ne fut guère pour elle qu'une période imparfaitement conservatrice, l'autre fut particulièrement une péiùodo de préparation.
Etudions d'abord, d'uiie part, les médecins qui embrassèrent la science dans son entier, de l'autre quelques empiriques qui se firent un nom en perfectionnant diverses spécialités.
Article premier. Médecins et chirurgiens, l. Nicolas de Falconis, Nicolas de Florence, mort en 1411, est auteur d'une composition médico-chirurgicale extrêmement étendue. Son ouvrage en quatre volumes in-folio à deux colonnes, n'est qu'une vaste compilation où se trouvent juxtaposés une foule de passages
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empruntés aux Arabes, aux arabistes du treizième siècle : Avicenne et Rhazès sont particulièrement mis à contribution et le plus souvent copiés textuellement; le continent s'y retouve presque tout entier. C'est principalement et peut-être exclusivement d'après eux que les auteurs grecs sont cités, malgré l'assertion contraire de Haller. Peu d'ordre, peu d'originalité, exposition diffuse et fastidieuse qui rebute et décourage les plus intrépides érudits. Un volume entier est consacré à la chirurgie et contient trois fois autant de matière que la chirurgie de Guy de Chauliac, et cependant il lui demeure extrêmement inférieur pour le choix des objets, la disposition, l'exposition, l'esprit de critique, l'élévation et l'originalité des idées, l'étendue et la nature de l'érudition. L'œuvre de Falconis est moulée sur celle des Arabes, celle de Guy de Chauliac a un tout autre caractère ; aussi la première a été peu utile et promptement oubliée, tandis que l'autre a servi de guide et de point de départ pendant plusieurs siècles aux chirurgiens les plus éminents, en leur faisant sentir l'esprit de l'art chirurgical, et plaçant sous leurs yeux ses préceptes fondamentaux. Quoique Nicolas de Florence s'élève avec force contre les chirurgiens ignorants et empiriques en déclarant que le vrai chirurgien doit posséder de solides connaissances en anatomie, en médecine, dans l'art opératoire auquel il se sera exercé, qu'il doit agir toujours rationnellement et ne pas hésiter à intervenir de ses propres mains toutes les fois que le cas le réclame, on s'aperçoit sans peine qu'il n'a guère pratiqué la chirurgie. Néanmoins, si l'on avait le courage d'étudier ses écrits avec un certain soin, on y signalerait un assez bon nombre de faits qu'il a recueillis, de remarques qui lui appartiennent. Il mentionne une commotion cérébrale qui ne donna lieu à des symptômes graves qu'au vingt-troisième jour; une opération césarienne suivie de succès; des renversements de l'utérus, des plaies de poitrine, du péricarde, etc. Falconis ne paraît pas connaître Lanfranc, Henry de Mandeville, Guy de Chauliac. II. Nous nommerons en passant, Valescus de Tarente, contemporain du précédent; ses écrits chirurgicaux n'ont qu'une valeur secondaire.
m. Pierre d'Argelata ou de Cerlata, docteur es arts et en médecine, professeur à Bologne, où il faisait des lectures sur le troisième et le quatrième fen du quatrième canon d'Avicenne, mort en 1425 (Mazzuchelli) , est peut-être un élève direct de Guy de Chauliac. Par ses doctrines et l'ensemble de ses idées, il appartient du moins à son école, le prend pour guide et pour modèle, s'inspire de ses ouvrages, leur fait les plus larges emprunts, les copie souvent textuellement, tout en se dispensant habituellement de le citer, montre comme lui, de l'indépendance. Nous avons de cet auteur un Traité de chirurgie en six livres, d'uuj assez grande étendue portant l'empreinte de la chirurgie de Guy de Chauliac, sans avoir la même valeur. Il y a néanmoins de l'érudition, des idées neuves, des observations qui lui sont propres. Pierre est sans doute le chirurgien le plus habile de son époque, et fait preuve de vigueur dans sa médecine opératoire. Il applique le trépan, pratique même la taille, et s'élève contre la pusillanimité de ses contemporains qui n'osaient presque plus manier l instrument tranchant ; parfois cependant, il se laisse entraîner par les idées dominantes, et vante des topiques d'une efficacité plus que douteuse. En résumé, nous voyons dans Pierre d'Argelata un vrai chirurgien qui veut marcher sur les traces de Guy de Chauliac, quoiqu'il soit loin de l'égaler.
IV. Léonard Bertapagîia, professeur à Padoue, mort en 1460, a laissé un commentaire en sept traités sur le troisième fen du quatrième canon d'Avicenne, dans lequel il s'occupe des apostèmes, des plaies, des ulcères, des lésions des
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nerfs, des os, etc. des antidotes. Très-partisan des topiques, delà polypharmacie, Tauteur s'éloigne peu d'A\icenne, réduit considérablement le domaine de la médecine opératoire, et fait au mysticisme, à l'astrologie, etc., une part bien plus large que le précédent. Il s'élève vivement contre les barbiers, les charlatans, les ignorants qui ont envahi la chirurgie par une sorte de monopole, tandis que sa pratique devrait être entièrement confiée à des hommes instruits, longtemps exercés sous des maîtres habiles. Plusieurs passages me paraissent prouver qu'il j exécuté quelques opérations. Il est resté au-dessous d'Argelata, soit dans ses préceptes, soit surtout comme médecin opérant. On lui a attribué quelques remarques judicieuses sur divers points de pathologie chirurgicale, mais elles ne sont pas nouvelles : en remontant aux textes, nous avons pu nous assurer qu'elles se trouvent dans les Arabes, les arabistes, Guy de Chauliac, etc. Son expérience personnelle lui a permis d'en apprécier la valeur. Presque tout ce que l'on a cru pouvoir noter comme nouveau dans le Manuel chirurgical, est manifestement emprunté. On consultera cependant, avec intérêt, ce qu'il dit sur les plaies des intestins, sur les traits et les flèches (dont il indique vingtdeux espèces en usage de son temps)," les scies de divers groupes diversorum manierum) etc. voy. aussi des règles détaillées relatives à la réduction des fractures des côtes, des os du bras, de l'avant-bras, de la jambe, etc., au traitement ■des ulcères variqueux par la combinaison des caustiques et de la ligature. Consultez aussi ses études sur l'hémostasie. La veine que l'on veut lier sera saisie avec un petit crochet de fer, écartée, séparée des chairs, etc., afin que le fil de lin •qui doit servir à la ligature tienne plus solidement ; la veine sera traversée avec l'aiguille et le fil que l'on tournera tout autour en l'assujettissant par un double nœud : voy. Malgaigne (Introd. p. 79 etc.) dont les appréciations sont généralement justes. Toutefois, il n'a pas assez exactement comparé les textes de ses auteurs avec ceux des Grecs et des Arabes ; il animait vu que bien des choses regardées par lui comme nouvelles, ne sont que de simples reproductions, ou ne présentent que des modifications d'une importance secondaire. Nous l'avons souvent constaté comme l'a fait aussi Daremberg disposé peut-être à tomber dans un excès opposé. En lisant attentivement Bertapaglia, l'on reconnaît que si la ■chirurgie active et un peu vigoureuse n'est pas entièrement abandonnée, elle est l'enfermée du moins dans d'étroites limites, et n'appartient qu'à un très-petit nombre de médecins. Les empiriques continuent à faire la taille, à abattre des cataractes, etc. On reproduit à la vérité la description d'un grand nombre de procédés opératoires, en indiquant même les cas principaux qui les réclament, mais tout cela reste trop souvent dans le domaine de la théorie, et ne se transporte qu'en partie et même rarement dans la pratique. On imitait ainsi ce qui avait été fait généralement par les Arabes.
V. VI. Galeatius et Guainer ne touchentqu'en passant à la chirurgie. Lepremier s'attribue l'invention d'une aiguille creuse pour le traitement de la cataracte par succion : ce procédé est indiqué par Abulcasis. Le second mentionne l'emploi des bougies de cire pour remédier à la rétention d'urine produite par diverses causes, entre autres par des calculs engagés dans l'urèthre (voy. De la passion ■calculeuse) . Nous ignorons le nom de l'inventeur de ces bougies dont l'usage était déjà fort répandu.
Yll. Arculanus, professeur à Padoue, mort probablement vers 1460, a commenté le Traité des fièvres d'Avicenne, et le neuvième livre de Rhazès à Alman- ;zor. Cet éminent chirurgien nous a laissé de très-utiles documents qui prouvent
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■ses connaissances, sa sagacité, son génie inventif, etc. Voyez entre autres tous les moyens dont il dispose pour extraire les corps étrangers engagés dans la conjonctive. Contre l'entropion ou le renversement des cils en dedans, Arculanus iiprès avoir exposé les nombreux procédés que nous connaissons déjà, en décrit un autre fort ingénieux dont l'inventeur n'est pas nommé, et dans lequel les cils déviés sont ramenés et fixés solidement au dehors : il modifie le manuel opératoire du procédé qui consiste à enlever un lambeau cutané à la paupière, à réunira l'aide de la suture les lèvres de la plaie, de manière à porter le bord de la paupière en dehors en la raccourcissant. Aiguille à cataracte, très-fine, portant àl'extérieur une marque qui indique laprofondeur à la quelle elle a pénétré. Corps étrangers solides et liquides introduits dans le conduit auditif, instruments de son invention destinés à les extraire. Bonnes études concernant les hernies, les brayers, les plaies des intestins, l'entéroraphie. Depuis Galien, l'on ne parle presque plus des rétrécissements uréthraux : Arculanus donne sur leurs causes et leur traitement des détails qu'on ne trouve pas ailleurs. On les combat avec des sondes en métal, en bois, en cuir prépar»^ convenablement comme le papier à écrire, etc.
VIII. IX. Montagnana, rfe Gradi, nous ont laissé, entre autres écrits, un recueil •de leurs consultations, où l'on rencontre quelques documents chirurgicaux d'un intérêt très-médiocre. Ils ne nous donnent point une idée bien élevée de la chirurgie de cette époque. Citons cependant un fait de hernie de la ligne blanche. Dans les hernies étranglées, on a recours aux purgatifs, aux sangsues, aux ventouses, etc., on ne connaît encore ni la nature de l'accident, ni le débridement. Comme les deux précédents, Gatenaria est un médecin qui touche aux questions chirurgicales en commentant les Arabes, et ne fait le plus souvent que les effleurer. Malgaigne lui attribue l'invention delà seringue, telle qu'elle existe de nos jours. Cette assertion est inexacte, Gatenaria a seulement perfectionné celle des anciens.
AiiTiCLE II. Des grandes circonstances qui exercèrent une influence majeure sur les sciences. Enseignement du grec. Découverte de manuscrits. Découverte de V imprimerie . Découverte de V Amérique . Renaissance. Siècle des Médicis. Dans le quinzième siècle, comme dans la plus grande partie du quatorzième, la chirurgie est dédaignée, son enseignement presque nul ou extrêmement incomplet ; elle se traîne obscurément, oubliant fréquemment, surtout dans la pratique, ses gloires passées. Guy de Chauliac ne rencontre aucun rival qui puisse être placé à côté de lui. Mais divers événements donnent à ce siècle une valeur considérable et deviennent le point de départ des progrès si remarquables qu'accomplira le siècle suivant.
I. On sentait tout le prix de l'érudition et la valeur supérieure des écrivains .grecs. Malheureusement, la langue grecque était fort peu répandue, les manuscrits irès-rares. En 1393, Chrysolore, ambassadeur d'Emmanuel Paléologue .arrive en Italie, et consent à donner des leçons de grec à des hommes d'élite dont il se voit entouré. Plusieurs de ses disciples se rendent en Grèce et rapportent de nombreux manuscrits. En 1458, des Grecs éminents fuient Constantinople devenue la proie des Turcs, se réfugient en Italie, enseignent la langue, la littérature et les sciences grecques ; de nouveaux manuscrits sont dans leurs mains ; à ceux-là viennent se joindre ceux que renfermaient les bibliothèques de l'Occident.
II. En 1445, Gutenberg découvre l'art d'imprimer; des ateliers considérables
s'ciablissent rapidement dans divers pays et particulièrement à Venise et à Rome. Dès lors, les livres où sont déposées les richesses scientifiques seront à la portée de tous.
Les chefs-d'œuvre de l'antiquité excitèrent le plus vif enthousiasme, des académies se formèrent sur le modèle des académies grecques; les souverains, les papes, les princes, les hommes qui occupaient les positions les plus élevées se faisaient un honneur de protéger les lettres et de les cultiver. Le génie de la Grèce éveilla bientôt le génie moderne dans toute l'Italie, et particulièrement à Florence et à Rome, comme il avait éveillé le génie romain aux beaux temps d'Auguste. Ainsi se réalisa la vraie renaissance, le grand siècle des Médicis.
Ce qui donne aux maîtres en tout genre du siècle de Périclès, leur admirable puissance, c'est l'art avec lequel ils savent étudier et peindre l'homme et la nature. C'est en marchant dans la même voie, c'est en s'attachant à leurs traces, que les hommes supérieurs de la fin du quinzième siècle préparèrent les transformations profondes que les siècles suivants devaient accomplir. Les littérateurs, les poètes, les artistes occupèrent d'abord le premier rang et rivalisèrent avec leurs modèles; la philosophie, les mathématiques, les sciences physiques et naturelles entrèrent successivement dans la véritable route. On s'empara des découvertes des anciens, on les vérifia en les rectifiant, on les agrandit, on finit parles dépasser. Les progrès devinrent de plus en plus rapides, à mesure que l'on comprit mieux, que l'on appliqua plus largement les vraies méthodes, etquel'on apprit à mieux observer.
La médecine et la chirurgie même ne restèrent point étrangères à ce mouvement. Plus que ses prédécesseurs, Guy de Ciiauliac avait fait appel des décisions des Arabes, aux enseignements fournis par les médecins de l'antiquité, et par l'étude des malades : vers la fin du quinzième siècle et surtout au seizième, l'empire de l'arabisme s'affaiblit, à mesure que celui de la science grecque s'étend et se consolide ; les observateurs se multiplient.
III. Aux époques même où les médecins montrent le moins d'indépendance, l'esprit d'observation ne fait jamais complètement défaut; il s'exerce surtout quand il s'agit de maladies nouvelles; nous l'avons vu dans les siècles de décadence et chez les Arabes, à l'occasion, par exemple, des affections cutanées qui deviennent si nombreuses et revêtent tant de formes. En présence d'objets que les maîtres n'ont point décrits, il faut regarder par soi-même et trouver des ressources que nos guides ne peuvent immédiatement non* fournir. Des épidémies graves avaient sollicité l'attention des médecins du moyen âge ; on étudia plus soigneusement celles qui se manifestèrent aux treizième et quatorzième siècles. Vers la fin du quinzième, les chirurgiens furent frappés des phénomènes si remarquables, si spéciaux que présentaient les plaies par armes à feu ; Galienet les Arabes ne les connaissaient pas; ces traumatismes demandaient des l'echerches particulières ; comment pourra-t-on les mettre en rapport avec les anciennes doctrines? En 1492, Colomb découvre un nouvel hémisphère : quel vaste champ ouvert aux investigations? En même temps la syphilis apparaît sous ses modes les plus graves, et se propage promptement par une activité contagieuse bien plus puissante que celle qu'on lui connaît aujourd'hui. Les uns affirment que c'est une maladie nouvelle, d'autres soutiennent qu'on l'a déjà observée ; mais ils reconnaissent qu'elle a revêtu d'autres caractères. Les partisans de ces opinions opposées furent ainsi conduits à examiner de plus près les livres et les malades, à cx2rcer, à déployer leur sagacité dans cette double voie. Le quinzième siècle,
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arrivé à ce moment, cherchait à retrouver non-seulement les richesses de l'antiqnité, mais aussi les métliodes et le génie même qui avaient servi à les acquérir. Ces essais seront pénibles, longtemps trop isolés. Soumis à des oscillations prolongées, ils ne se généraliseront et ne porteront leurs fruits que d'une matière lente et successive.
Parmi les chirurgiens qui se livrèrent à l'observation avec le plus d'ardeur, on remarquera Benerfeffi et au-dessus de lui, Benivieni. Celui-ci, né sans doute vers 1440, mort vers 1502, connaissait la langue grecque : il embrassa la médecine entière, se livrant plus particulièrement à la chirurgie. Praticien très-répandu à Florence, il forma le projet de recueillir exactement les faits saillants qui se présenteraient à ses yeux. Ses observations rassemblées durant trente ans, devaient sans doute servir de base à des écrits dogmatiques. La mort le surprit avant qu'il put y mettre la dernière main. Son frère Jérôme trouva que les observations seules méritaient de voir le jour; elles furent réunies dans un volume composé de cent onze chapitres, sous ce titre de Abdills elmirandis nonnullls morhorum et sanalioniim causis (Florence, 1706). Ce premier essai d'anatomie pathologique mise en rapport avec la clinique, réimprimé plusieurs fois, fort apprécié, contient un bon nombre de faits remarquables inexactement reproduits par Sprengei. lîlessure d'un œil par un couteau aigu, écoulement des humeurs, perte de la vue, recouvi'ée plus tard ; angine très-grave, suffocation imminente, ouverture de l'abcès, guérison ; hernie ombilicale (étranglée?), mort en trois jours; hernie épigastrique, bandage métallique; énorme hernie vulvaire ; fistule vésico-rectale ; fistule urinaire s'ouvrant à la cuisse ; rectum s'ouvrant dans le vagin ; hypospadias ; atrésies vulvaires, vaginales, anales, division de la membrane quand l'atrésie n'existe pas trop haut, succès. Premier exemple d'une lithotritie exécutée heureusement chez une femme. Une cicatrice vicieuse, suite de brûlure, unissait le bras à l'avant-bras ; Benivieni la dissèque, sépare les deux membres, rend au coude sa mobilité; triomphe complet (obs. 82). Ulcère au menton guéri par l'arrachement d'une dent: ablations de séquestres ; résections osseuses ; tumeurs blanches de la hanche, deux autopsies (obs. 79). Plusieurs cas de gangrène sénile. Claudication guérie à la suite d'une chute d'une grande hauteur. Destruction d'une portion considérable de l'os frontal sans altération de la peau, etc. L'auteur a décrit aussi la syphilis, telle qu'elle se montra dans les premiers temps.
Ami de Marsile Ficin, d'Ange Politien, des grands promoteurs de l'hellénisme, Benivieni a beaucoup étudié les médecins grecs et romains, les cite souvent, les prend pour modèles, mentionne très-peu les Arabes. Il évite les discussions stériles, les théories ambitieuses, accompagne ses observations de réflexions topiques, pour en extraire les enseignements qui s'en déduisent d'une manière presque immédiate : il rappelle le mode des meilleurs observateurs.
Comme Benivieni, Benedetti (Alexandre) qui a pratiqué à Venise, en Grèce, aux armées, est un érudit. Il a médité, goûté la médecine antique, et la place bien au-dessus de toutes les autres ; mais il est aussi clinicien et contrôle les doctrines et les préceptes par son expérience personnelle. Ses ouvrages renferment des remarques judicieuses, et un grand nombre de faits particuliers qui, sans avoir la valeur de ceux de Benivieni, n'en offrent pas moins un intérêt incontestable.
Article III. Empiriques du quinzième siècle. Autoplastie ; cure radicale des hernies; taille au grand appareil. Pendant que plusieurs médecins
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d élite cherchaient à perfectionne!- la science par la méditation des maîtres antiques, par l'observation plus exacte des malades, quelques spécialistes s'efforçaient de s'ouvrir des voies nouvelles ou de donner plus de précision aux méthodes transmises par la tradition.
I. Autoplastie. Elle se rattache aux deux Branca père et fds, de Catane, en Sicile, à partir du milieu du quinzième siècle (1442). Le père ne paraît avoir pratiqué que la rhinoplastie, en empruntant les lambeaux à la peau de la face ; le fds prit les lambeaux à la peau du bras, étendit ses procédés à la réparation des lèvres, des oreilles, et créa la méthode autoplastique italienne. Branca le père avait-il imité les chirurgiens arabes ou indiens dont les traditions seraient venues jusqu'à lui, aurait-il suivi les indications fournies par Celsc, serait-il réellement inventeur? Ces questions sont demeurées sans solution positive {voy. Tiraboschi, t. VI, p. 423).
Des Branca, l'autoplastie faciale passa dans les mains des Vianeo ou Bojano, Calabrais (Vincent, Bernardin, Pierre) : vers la fin du seizième siècle, Tagliacozzi s'empara de cet art, le perfectionna, publia sur cet objet un important ouvrage.
IL Cure radicale des hernies. La famille des Norsini, originaire de Norsia dans rOmbrie, fournit une lignée d'opérateurs ambulants qui acquirent une grande réputation pour la cure radicale des hernies et la lithotomie, en se succédant depuis le quinzième siècle jusqu'au milieu du dix-septième. Les avis furent partagés relativement à leur habileté; Ce que l'on peut affirmer, c'est qu'ils employaient le fer, le feu, les caustiques dans le traitement des hernies, sans s'écarter des procédés suivis avant eux; le testicule était constamment saciifié. Horace de Norsia pratiqua pendant longtemps vers la fin du seizième siècle, 200 castrations en moyenne chaque année (voy. Fabrice d'Aquapend. de Cliir. oper., ch. lxxiii). On peut juger par là du crédit que conservèrent ces empiriques. En 1672, Genga parle des Norsini comme d'hommes très-versés dans la connaissance des maladies des organes génito-urinaires.
Toutefois, un empirique espagnol dont le nom est resté inconnu, inventa pour la cure des hernies une méthode bien plus simple, bien moins dangereuse. Le fond de cette méthode consiste dans la suture du sac herniaire. L'opérateur espagnol exerça sans doute son art en Italie; c'est Alexandre Benedetti qui a le premier décrit son procédé [A. Benedetti omnium de capite ad calcem morborum signa, I. XXIV, ch. vi (1539)]. Le testicule était toujours respecté : ses contemporains ne comprirent point l'importance de cette idée nouvelle ; plus tard, Ambroise Paré en fit un principe sans restriction.
III. Lithotomie. C'est encore au quinzième siècle que l'on songea pour la première fois à porter dans la vessie un conducteur qui put servir de guide à l'instrument tranchant quand on pratiquait la lithotomie. Ce perfectionnement permettait d'étendre à des calculeux de tout âge une opération réservée seulement aux très-jeunes sujets, tant qu'on incisait sur le calcul. C'était une transformation complète, et cependant le nom de son auteur n'est point arrivé jusqu'à nous. Les documents relatifs à cet objet ont été rapportés par Senarega, historien de Gênes : « En 1510 mourut un chirurgien plein de génie et de savoir qui enseigna dans son art des secours et des remèdes salutaires ; il était pai'venu à délivrer les calculeux de leur pierre, et savait extraire de ïute'nis (?) des pierres grosses comme un œuf et moitié plus. On introduisait dans la verge un ferrement subtil qui cherchait jusqu'à ce qu'il eût rencontre' la pierre. Un autre ferrement tordu en crochet, introduit par la plaie, servait à extraire le calcul
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brisé, etc. » (Tirabosclii, t. VI, p. 424). Nous voyons ici l'idée fondamentale de la méthode de Jean de Romanis, qui devint dans les mains de Marianus Sanctus le grand appareil. Jean de Homanis avait-il eu pour maître le médecin génois; celui-ci ne serait-il point Dattista de Rapallo, né dans le territoire de Gênes, et qui professait à Ferrare vers la fin du quinzième siècle? Ce sont là de simples conjectures. Remarquons que durant le quinzième siècle, la taille n'a jamais été faite par un médecin clerc ou un chirurgien gradué ; que Jean de Vigo lui-même, au commencement du seizième siècle, n'osait point la pratiquer, de sorte qu'elle restait toujours abandonnée à des empiriquos spécialistes.
Article IV. Chirurgie française. Confrérie des barbiers, confrérie ou école de Saint-Côme, etc. Ainsi que nous l'avons fait remarquer, la chirurgie française, au quinzième siècle, reste inférieure à la chirurgie italienne et ne se signale ni par des découvertes, ni par des ouvrages importants; cependant un travail intérieur s'accomplit et prépare pour le siècle suivant l'avénement de la grande école d'Ambroise Paré, la' diffusion des connaissances chirurgicales dans des contrées qui n'avaient guère paru jusque-là prendre part à ce mouvement scientifique. Ce sont là des faits majeurs dont nous devons déterminer les causes.
Durant ce temps, nous voyons se poursuivre et s'accentuer plus vivement la lutte des chirurgiens laïques, d'une part avec les barbiers, de l'autre avec les médecins clercs ou lettrés. Si nous voulions étudier à fond cette lutte, nous devrions tracer l'histoire générale de la barberie, fort intéressante et imparfaitement connue, celle des chirurgiens laïques, et les comparer avec celle des médecins chirurgiens lettrés. Ce travail que nous avons seulement esquissé, nous entraînerait trop loin. Nous nous bornerons à examiner un seul point de cette histoire, en portant un coup d'œil rapide sur les antagonismes de la confrérie de Saint-Côme, les barbiers et l'école de médecine de Paris. Ces antagonismes, qui se sont prolongés jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, ont eu un grand retentissement et ont exercé une influence considérable sur l'évolution de la chirurgie. On a écrit sur ce sujet plusieurs volumes ; des jugements contradictoires ont été soutenus, avec des pièces à l'appui. Il faut des recherches longues et minutieuses pour découvrir la vérité; plusieurs documents ont été supprimés, d'autres altérés en sens divers ; dans les traductions des pièces écrites en latin, des plumes complaisantes ont dénaturé le sens de certains mots, de manière à changer celui de la pièce tout entière ; cependant il est possible de percer tous ces mystères en faisant le dépouillement consciencieux de ces volumineux dossiers. L'œuvre est suffisamment avancée aujourd'hui, mais on ne saurait en donner une idée complète dans un court résumé. Ceci nous explique les nombreuses inexactitudes qui se rencontrent dans les résumés de ce genre, sans en excepter celui de Dezeimeris {Histoire de la chirurgie). Nous essayerons toutefois, d'après les documents originaux, d'en mettre en relief les dates, les faits, les points principaux, sous la forme la plus concise, en renvoyant pour de plus amples détails aux auteurs que nous avons indiqués et que l'on doit comparer afin de les juger.
Dans le courant des quatorzième et quinzième siècles, les barbiers constitués depuis longtemps en confrérie furent chargés plus souvent qu'autrefois, par les médecins clercs et même par les chirurgiens laïques, de pratiquer certaines opérations (saignées, ventouses, ouvertures des abcès, applications de cautères, etc.). Ils en profitèrent pour consolider et étendre les droits que la loi leur conférait de soigner les plaies légères, les clous, les bosses, et de faire quelques opérations ;
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ils se permirent furtivement des excursions de plus en plus larges dans le domaine chirurgical. Aussi presque partout en Europe, et même en France et en Italie, la chirurgie ordinaire, sauf les grandes spécialités réservées aux inciseurs ambulants, resta dans leurs mains. Par le fait, les barbiers étaient les chirurgiens les plus répandus, les plus appelés. Il n'y avait que de rares exceptions dans les grandes villes, où les chirurgiens laïques et les médecins-chirurgiens lettivs daignaient opérer de leurs propres mains. Parmi eux se trouvaient des hommes cminents, mais ils étaient en bien petit nombre. Les barbiers leur faisaient une rude concurrence et discréditaient l'art tout entier.
Les choses se passaient ainsi à Paris comme en province. Au commencement du quatorzième siècle, la petite confrérie de Saint-Côme, composée de quelques chirurgiens jurés, s'organisa et obtint le droit de surveiller les actes chirurgicaux des barbiers. Elle se servit de ses privilèges, et s'efforça de les agrandir en demandant diverses concessions dont elle exagéra la portée en forçant leurs infei-prélalions. Elle voulait : 1" restreindre, suivant ses volontés, le cercle des attributions des barbiers, les annuler au besoin; 2° conquérir son indépendanc? ; 5" arriver à avoir le droit absolu de former les chirurgiens laïques, de leur conférer les grades de bacheliers, licenciés, maîtres, en constituant ainsi une véritable Faculté de chirurgie, semblable à la Faculté ou à l'Ecole de médecine, et qui devait finir par être annexée comme elle à l'Université.
Les barbiers, bien plus nombreux, soutenus par leur chef, le barbier du roi, défendirent leurs privilèges légaux, et continuèrent dans l'ombre à pratiquer anqjlement la chirurgie, que les chirurgiens de Saint-Côme négligeaient souvent (quand il s'agissait d'en venir aux œuvres manuelles), presque autant que les médecins lettrés groupés autour de la Faculté.
L'École de médecine à son tour, faisant partie de l'Université, contestait à la confrérie de Saint-Côme son indépendance et l'étendue de ses privilèges. Elle avait, disait-elle, par sa science et sa position, la haute juridiction de la mèdecini; entière, qui embrassait aussi la chirurgie. Elle soutenait que les chirurgiens de Saint-Côme, quels que fussent leurs moyens spéciaux d'instruction, devaient être considérés comme leurs élèves, suivre leurs leçons ; que leurs titres, pour avoir quelque valeur, devaient être sanctionnés par elle. La Faculté ne renonçait pas d'ailleurs à ses droits sur les barbiers-chirurgiens.
Au milieu de ces prétentions contraires, les luttes étaient inévitables. De là des discussions, des procès, des marches et des contre-marches. Les hostilités cessaient de temps en temps, il y avait une trêve apparente, mais les antagonismes et les haines fermentaient sourdement, se transmettaient de génération en génération, et la guerre éclatait dès que l'on pouvait saisir une occasion favorable. Vainement les édits, les ordonnances, les jugements se multipliaient ; ils palliaient le mal sans l'atteindre dans ses racines. On perdait ainsi un temps précieux, on déployait des forces vives et puissantes dans ces luttes continuelles qui, loin de servir les intérêts de l'enseignement, de l'art et de la science, brisaient leur essor et portaient une atteinte profonde à leur dignité. Toutefois, au sein de ces antagonismes, quelques éléments de progrès se préparèrent lentement ; ils finirent par se faire jour.
Pendant tout le quatorzième siècle, les chirurgiens de Saint-Côme contestèrent tous les droits chirurgicaux conférés légalement aux barbiers. Leurs prétentions furent repoussées par des jugements. En 1372, un édit royal, mûri et motivé, fixa la part de la barberie dans les œuvres chirurgicales. Cependant, les cin'rurgiens à
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robe longue (ou de S.iiiit-Gôme) conservèrent leur suprématie, leur juridiction sur les barbiers, leurs droits à conférer des grades en chirurgie. Mais la rivalité des barbiers était toujours dangereuse, et jetait le plus grand discrédit sur l'art. La confrérie, pour se relever, exigea que ses bacheliers fussent lettrés et versés dans la connaissance de la langue latine.
Les empiétements des barbiers, s'accroissant de jour en jour, la confréiie demanda les secours de l'Université et de l'école, pour triompher de ses adversaires. Dans une supplique qu'elle leur adressa, elle consentit à regai^der ses disciples et ses membres comme leurs élèves, et à suivre les leçons de l'école, pourvu que celle-ci l'aidât à réprimer les abus dont les barbiers et les empiriques donnaient de fréquents exemples. Ces conditions furent acceptées ; toutefois les privilèges de la barberie furent reconnus.
Une longue trêve suivit ces arrangements ; la confrérie, tout en ayant fait acte de soumission, maintint par le fait une grande partie de son indépendance, sous la protection des chirurgiens des rois.
Pendant ce temps, la barberie continuait à étendre furtivement son domaine; les hostilités recommencèi'ent. En l^Sô, les chirurgiens de robe longue réclamèrent de nouveau les bons offices de l'Université et de l'École. Ils demandèrent à être réputés Ecoliers de l'Université et à obtenir \à plénitude des [)riviléges attachés à ce titre. Cette demande fut agréée; mais on ne leur permit plus de conférer les grades successifs de bacheliers, licenciés ; on ne voulut plus les reconnaître comme une coi'poration : ils furent même contraints à suivre les leçons des maîtres régents de la Faculté dont la suzeraineté se trouva ainsi reconnue.
Les médecins de divers ordres établis à Paris vécurent en apparence du moins, en assez bonne intelligence durant un demi-siècle ; les chirurgiens acquirent sans doute des connaissances médicales qui pouvaient leur manquer, en fréquentant les écoles ; ils continuèrent à donner le grade ai maîtres en chirurgie à leurs disciples, après leur avoir lait subir des examens sans l'intervention de la Faculté.
En 1470, celle-ci profita d'une occasion qui se présenta pour introduire deux de ses membres dans les examens de maîtrise. Un procès en fut la suite, et les chirurgiens de Saint-Côme firent confirmer leurs privilèges. Mais l'École tenait toujours à intervenir dans les réceptions des maîtres en chirurgie; elle imagina divers moyens détournés pour y parvenir. Elle contesta d'abord aux chirurgiens le droit de prescrire des médicaments internes et des topiques, afin de les réduire à n'exercer que des œuvres manuelles et mécaniques. En même temps quelques médecins à leur instigation, ouvrirent des leçons d'anatomie eu langue vulgaire; les barbiers devaient en profiter pour compléter ou
faciliter leurs études.
Les chirurgiens de Saint-Côme réclamèrent bientôt (1491). Ils prièrent la
Faculté de maintenir leurs privilèges vis-à-vis des barbiers. L'École reconnut en effet qu'elle ne pouvait, d'après ses institutions, permettre aux médecins de faire un enseignement en langue vulgaire ; les cours lurent suspendus. Mais en 1494, elle décida que l'un de ses maîtres serait commis pour lire aux barbiers Guy de Chauliac et autres auteurs en latin avec des explications en français, un second maître serait chargé de leur enseigner l'anatomie sur des corps de suppliciés. Au moyen de ces détours l'Ecole devenait l'institutrice des barbiers.
334 CHIRURGIE (uistoiue de la).
Sur les humbles observations des chirurgiens, ces cours furent suspendus, sous )a condition que les chirurgiens ne formuleraient plus à' ordonnances, car celles-ci n appartenaient qu'aux maîtres de la Faculté.
En 1498, les barbiers prièrent l'École de rétablir pour eux le cours d'anatomie; en 1499 ils obtinrent aussi l'enseignement chirurgical. Réclamations des chirurgiens. Les cours de chirurgie devaient être faits en latin ; mais des explications en français les rendaient accessibles aux barbiers.
Les chirurgiens se soumirent. La Faculté fière de ses succès, pensa qu'elle pourrait enfin laire accepter son intervention dans les actes par lesquels la confrérie de Saint-Côme donnait le grade de maîtrise aux chirurgiens et aux barbiers, et le droit de faire de la chirurgie. Ces tentatives se multiplièrent comme les obstacles qui n'avaient pas été prévus : mais la conh-érie de Saint-Côme se défendit vigoureusement sur ce terrain. De là une série de procès avec les barbiers et la Faculté qui s'appuyait sur ces auxiliaires subalternes, les soutenait et contestait aux chirurgiens réunis en corps tous leurs privilèges soit pour conférer des grades, soit pour prescrire des médicaments, des pommades, des apozèmes, des clystères. Elle déclarait que ces privilèges avaient été obtenus subrepticement et frauduleusement, et abusait de son influence. Les prétentions des chirurgiens étaient justes; la plupart des arrêts leur furent favorables. Cependant leur courage et lein-s forces s'usèrent dans ces rudes épreuves ; ils se lassèrent de triomphes toujours contestés et chèrement achetés. Fatigués enfin de ces luttes, de ces discussions, de ces procès incessants, les chirurgiens se rendirent auprès du bureau de l'Ecole et demandèrent la paix. La Faculté les accueillit avec joie, décidant qu'ils étaient mieux que bienvenus ; en 1515 {17 novembre), elle renouvela les lettres de 1456 ; les chirurgiens durent la reconnaître comme leur mère, se déclarer élèves de l'école ; à ce prix ils jouiraient de tous les privilèges que ce titre leur conférait. Il y eut dès lors des harbiers-chirurcjiens, des chirurgiens, des médecins qui pouvaient exercer la médecine dans toutes ses parties. Les chirurgiens avaient la suprématie sur les barbiers-chirurgiens, la Faculté maintenait sa haute juridiction sur les uns et les autres qui devenaient également ses élèves. Les barbiers n'étaient reçus chirurgiens qu'après avoir été examinés par des maîtres en chirurgie réunis à des médecins. Ceux-ci intervcnai-cnt encore dans les réceptions des maîtres en chirurgie.
Ainsi se préparait une ère nouvelle qui pouvait, dans une certaine mesure, être favorable au progrès. Les barbiers, les chirurgiens, les médecins se rapprochent quoique placés dans des rangs bien différents ; des rapports habituels adoucissent les vieilles animosités des premiers et les seconds peuvent joindre à leurs exeicices pratiques et positifs dont ils s'occupent chaque jour et dont le cercle s'agrandit, des connaissances tliéoriques; ils s'initient aux travaux des anatoinislcs et des cliirurgiens, par l'étude de leurs écrits, au moyen des traductions eu langue vulgaire que l'on met dans leurs mains et qui leur sont expliquées; les plus intelligents peuvent devenir de vrais chirurgiens. On devait voir dans un avenir prochain, des barbiers s'élevant au rang de chirurgiens do Saint-Côme, ceux-ci parvenant à être docteurs régents de la Faculté. Par la force du travail, de l'habilclé, du génie, des hommes partis des rangs infimes de la sociélé, peuvent parcourir avec éclat la carrière ouverte devant eux. Une' ambition légitime, une vive émulation doit s'éveiller dans les esprits généreux; les obstacles sont grands sans être insuimoulables; les kurières s'abaisseront, les positions les plus brillantes seront conquises par des talents supérieurs.
CHIRURGIE (histoire de la). 335
Dans ces luttes datant de plusieurs siècles, et suivies d'une trêve prolongée, les chirurgiens de Saint-Côme et la Faculté, poussés par des intérêts contraires, déployèrent les ressources d'une diplomatie savante, mais souvent tortueuse, souterraine, appuyée par des intrigues de tout genre qui compromettaient leur loyauté, la dignité de la science. Les médecins plus habiles et plus forts, remportèrent la victoire. Ils en profitèrent pour séparer plus profondément, d'une manière injuste et arbitraire, la médecine et la chirurgie qui restait une partie très-accessoire de l'art médical, pour tracer une ligne de démarcation plus largement accentuée entre eux, et tous ceux qui s'occupaient spécialement de pratiques chirurgicales, pour placer ces derniers dans un rang tout à fait secondaire. La chirurgie opprimée devait ainsi s'abaisser et rétrograder : mais une voie lui était ouverte ; quelques génies vigoureux s'y élancèrent, lui communiquèrent pendant un certain temps une énergique impulsion, l'environnèrent d'un nouvel éclat.
Neuvième époque. Deuxième période. Seizième siècle. Les deux points culminants de cette période si remarquable sont, pour la chirurgie, l'apparilion de l'école de Paré, la fondation de la grande école anatomique de Vésale. Nous devons y joindre la dissémination plus lafge et plus facile des connaissances médicales dans les diverses contrées de l'Europe. Occupons-nous d'abord des prédécesseurs de Vésale et d'Ambroise Paré.
Article premier. Prédécesseurs de Vésale et d'A. Paré. Sous l'influence des circonstances que nous avons signalées, une sève nouvelle anime les médecins de l'Italie, à la fin du quinzième siècle, et dirige plus spécialement les chirurgiens vers ces études positives, auxquelles ils doivent être particulièrement disposés.
Nous avons déjà parlé de Benivieni, de l'ardeur avec laquelle il se livrait aux recherches nécropsiques, luttant contre les préjugés de son temps : c'est ainsi qu'il constata des calculs biliaires, des abcès mésentériques, des squirrhes du pylore, des ruptures et des rétrécissements intestinaux, des obstructions des vaisseaux mésaraïques, etc. Nous avons mentionné aussi Benedetti, qui se distingue par une érudition aussi vaste que bien choisie. Il cite Hippocrate, Galien, Celse, Oribase, Arétée, Alexandre de Tralles, Aétius, Paul d'Égine, les compare aux Arabes, montre les emprunts qui leur ont été faits et leur incontestable supériorité. Son principal ouvrage publié en 1535, dix ans après sa mort, prouve son habileté pratique et contient des recherches originales et des faits intéressants qui n'ont pas été suffisamment remarqués. Quelques chirurgiens contemporains viennent se placer à côté de Benivieni et de Benedetti.
I. Jean de Vigo, né en 1460, médecin de Jules de la Rovera élu pape en 1505 sous le nom de Jules II, acquit une haute réputation comm» chirurgien. Dans sa chirurgia copiosa (1514), il effleure tout ce qui concerne les opérations réservées aux spécialistes, aux inciseurs ambulants (hernies, taille, cataracte, etc. ), mais il insiste longuement sur les plaies, les ulcères, les apostèmes, la matière médicale, les antidotes, la petite chirurgie. Un chapitre étendu est consacré aux blessures par armes à feu, un livre entier à la syphilis (mal français) : ces deux sujets attiraient vivement l'attention. Ces détails caractérisent l'esprit général de l'époque et nous expliquent le succès de l'ouvrage de Vigo. On s'attachait surtout à cette chirurgie courante et vulgaire qui redoutait les opérations et les remplaçait par des topiques, des recettes, des formules. La matière médicale ceci pe deux livres sur huit, dans la chirurgia copiosa. Ce livre eut une vogue
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prodigieuse, plus gi-aiidc encore que celle de Guy de Chauliac ; elle ne dura pas aussi longtemps. Traduit eu français, en italieu, en espagnol, en anglais, il eut dans moins de trente ans (1514 à 1545), vingt et une éditions ; ce fait ne s'est point i-eproduit depuis dans les annales de la chirurgie. Hallcr, Brambilla, Portai, Sprengel, Mojon, etc., ont attribué à Vigo des mérites qui lui manquent ou dont ils ont exagéré la valeur, tout en oubliant ou n'appréciant pas suffisamment ceux qu'on ne doit pas lui contester. On découvre enluiunérudit, un excellent observateur, un praticien habile et expérimenté, un opérateur qui s'élève fréquemment au-dessus de cette chirurgie timide et terre à terre qu'il a trop recommandée. Il connaît bien les principaux médecins arabes, les arabistes du moyen âge, Pierre d'Argelata, etc.. à l'exemple de Guy de Chauliac, dont les écrits lui sont familiers, il contrôle leurs doctrines d'après les principes qu'il a lus dans quelques livres d'IIippocratc, de Galien, de Paul, dans quelques passages d'Antyllus; l'autoritéde Cclscest fréquemment invoquée. Ses études littéraires lui permettent de citer, dans l'occasion, des philosophes, des poètes, des historiens, des orateurs (Aristote, Ovide, Suétone, Cicéron).
Si l'auteur a rarement des principes et des procédés qui lui soient propres, il sait faire des applications judicieuses de ceux que ses lectures lui ont fournis, les combiner, les varier, les modifier en les adaptant aux cas qui se présentent, les sanctionner par son expérience. Malgré sa prédilection pour les topiques, Vigo manie encore le fer et le feu avec une certaine vigueur. Son ouvrag ■ renferme des vues originales, des faits nombreux, dont plusieurs mériteraient d'être rappelés. Quoique bien supérieur à son époque, Vigo, en peint fidèlement les tendances. On voit qu'elle hésite entre l'arabisme et la science grecque, qu'elle languit et sommeille souvent, mais qu'elle ne tardera pas à se réveiller et à déployer une activité nouvelle.
Vigo étudie avec le plus grand soin l'étiologie de la gangrène, en s'appuyant presque exclusivement sur son expérience personnelle : il a vu la gangrène sèche et sénile, celle qui est déterminée par des compressions trop fortes, des topiques irritants, l'abus des réfrigérants, la congélation, etc. Après la gangrène des membres, l'amputation sera pratiquée sur les parties saines, aux limites de la niQrtification ; la plaie sera cautérisée, sauf pour les amputations de la main et du pied dans Vartlcle. Quand la carie occupe les os de la jambe et de l'avant-bras , il ne craint pas de les détruire dans une grande étendue, avec la rugine et le feu. Traitement de la fissure anale par une poudre mercurielle (sans doute l'oxyde rouge). En donnant ses soins cà des sujets atteints de rétention d'urine, Vigo constate que l'on sent, au moment où l'on pénètre dans la vessie, des inégalités, une douleur plus vive suivie plus tard d'un écoulement sanguin ; d'où il conclut que l'ulcère réside au col vésical. En opérant les loupes du cuir chevelu, l'on arrachera le kyste. A cette époque, comme au temps de Guy de Chauliac, on pansait les plaies et les ulcères avec du coton, l'on tenait les fistules dilatées avec des canules métalliques, ou des tentes faites de substances végétales, etc.. Dans les plaies par armes à feu, il y a brûlure et intoxication ; efficacité de la cautérisation au moyen de l'huile bouillante.
II. L'école de Bologne oppose à Vigo, comme rival, Bérenger de Carpi, né vers 1470, mort d'après quelques-uns en 1550. Bérenger excellent anatomiste, se vante d'avoir disséqué plusieurs centaines de cadavres humains, et a fait quelques importantes découvertes ainsi que le prouvent ses commentaires sur Mondini (1521), et ses Isayogce in corporis humani analomiam (1522). Béren-
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gcr est aussi un habile chirurgien. Très-versé dans la littérature arabe, il la corrige et la modifie souvent en s'appuyant sur les travaux des médecins de l'aiiliquité. Son traité des plaies de tète, De cranii fractura (1518), renferme un grand nombre de faits et de doc\iments utiles sur le diagnostic de ces tranmatismcs, la réserve que l'on doit garder relativement au pronostic, les indications et la manière de les remplir. Il relève plusieurs erreurs des Arabes et des arabistes, tout en se rapprochant trop de leurs doctrines ; étudie avec soin la commotion, les fractures, les enfoncements qui peuvent avoir lieu même cliez les adultes; les accidents sont dus spécialement à des esquilles, parfois à des épanchements. Quoique les topiques lui inspirent trop de confiance, il prescrit cependant avec une certaine hardiesse, l'intervention de la main pour relever les parties enfoncées, trépaner, etc. Sa pratique modifia sous ce rapport, celle de Vigo {voy. le compendium de la chirurgia copiosa). Bérenger cite trois observations d'ablations de lutérus tombé en prolapsus et frappé en totalité de gangrène, succès. Il ne s'agit très-probablement que de polypes. L'auteur admet que les effets des armes à feu sont dus à la combustion et à la contusion. On applique ou onguent merveilleux pour la brûlure et l'on a recours au traitement des plaies confuses. Ainsi que Vigo et beaucoup d'autres, il emploie les préparations mercurielles comme spécifiques dans la syphilis (sur Vigo, Bérenger, etc. voy. Haller, Bibl. chir., t. I, p. 176, etc. et l'A. Pare de Malgaigne),. m. Marlano Santo de Barletta (1-489 à 1558) a composé un compendmm de la chirurgie de Vigo, oii i! s'occupe des plaies, ulcères, apostèmes ; un traité de capUe, un autre sur les calculs des reins et du réservoir urinaire, enfin son livre d'or pour l'extraction des pierre-; de la vessie, où il décrit le grand appareil. Mariano a beaucoup emprunté à son maître Jean de Vigo, qui lui a fourni les principaux matériaux de son compendium. A l'occasion des plaies de tète, il soumet à son examen critique les idées de Vigo et de Bérenger et cherche une doctrine moyenne entre les deux. En ce qui concerne la taille, il a puisé largement dans la pratique de Jean de Romanis. Cependant ses écrits ne sont pas dépourvus de mérite. Il ajoute quelques bonnes remarques aux recherches de Vigo relatives aux rétrécissements de l'urèthre, indique les rétrécissements spasmodiques,, invente un iiistrument recourbé [terlinum) destiné à dilater l'urèthre et à vaincre certaines rétentions d'urine, etc.
IV. Dans le même temps, Bolognini écrivait un livre siu' les causes et la thérapeutique des ulcères {de cura ulcerum). Détails intéressants sur la cure des fistules (2*^ livr. ch. n) ; au eh. ix, il s'occupe des hémorrhagies qui compliquent les ulcères. Quand elles proviennent de petites veines apparentes sous la peau, il a recours à la ligature sous-cutanée du vaisseau ; ce procédé ingénieux a été reproduit beaucoup plus tard sans le citer. L'auteur combat énergiquement les caries ou corruptions osseuses, avec la rugine, la gouge, le maillet, le cautère actuel, etc., sans reculer devant la destruction de la moelle, des résections étendues, etc. Quand le mal attaque le crâne, le rachis, la hanche, les articulations, la thérapeutique devient absolument expectante ou médicamenteuse. C'est là, du reste, ce qui lait presque partout le fonds de sa chirurjïie. Aussi le voyons-nous insister avec complaisance sur les topiques dans son livre de unguentis (onguents communs, onguents capitaux (pour la tête), onguents mercuriels, etc.).
V. Biondo (1497 à 1565) publie (1542) son ouvrage de partibus iclu sectis brevissihïè saiiandis), où il célèbre les avantages de l'eau dans les trauniatismes;
DICT. EXC. XYi. 22
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Ferri écrit un livre ex professe sur les plaies par armes à feu, où se trouvent des faits nombreux, des études pleines d'intérêt, etc. Mais ces auteurs et leurs contemporains parfois habiles et hardis sur certains points, se montrent sur beaucoup d'autres, faibles, indécis, timides, esclaves de bien des préjugés, quoiqu'ils parlent très-haut de leur indépendance. Biondo comme Bolognini compte presque partout sur les topiques, et néglige des opérations chirurgicales plus efficaces ; Ferri attribue les accidents des plaies par armes à feu à une intoxication (1852). A partir du commencement du seizième siècle, la chirurgie italienne qui semblait se relever, rétrograde et sommeille de nouveau; ellereparaîtra avec éclat, après la création de l'école anatomiquc.
Il semblerait toutefois que de saines notions de chirurgie auraient dû se répandre avec les écrits de Vigo qui avaient été traduits en plusieurs langues^ et dont les éditions s'étaient succédé si rapidement. On continuait aussi à traduire, à commenter, à abréger Guy de Chauliac. Mais la plupart des lecteurs, profitaient peu de ces ouvrages, parce qu'ils s'attachaient surtout à ce qu'ils contenaient de plus simple et de plus vulgaire. La partie pliai'maceutique attirait presque exclusivement leur attention. Les vrais chirurgiens, ou du moins ceux qui avaient quelque valeur, étaient très-rares. Vigo, Bérenger, Bolognini, etc., fournissent des témoignages unanimes à (5e sujet. Les physiciens (médecins), disent-ils, dédaignent la chirurgie et méprisent la médecine opératoire. L'une n'est étudiée que tliéoriquement et en passant, l'autre ne saurait être pratiquée par eux, faute de connaissances positives et d'exercice. Dès qu'il s'agit de gagner de l'argent, ils se déclarent chirurgiens et amènent auprès des malades de pauvres petits chirurgiens. Ces aveugles conduits pai' des aveugles tombent bientôt dans la fosse {voy. entre autres Bérenger, de cran, fract., fol 27, etc.). Les chirurgiens ne faisaient guère mieux et imitaient leur exemple. La chirurgie un peu active continuait donc à appartenir à peu près en entier, à des servants de bas étage, ignorants, routiniers, peu intelligents. Ceux qui auraient pu honorer l'art s'en éloignaient à cause du discrédit dont il était frappé. On ne le cultivait plus pour lui-même ou par amour de l'huinanité. Gomme au temps du bas empire, la chirurgie n'était qu'un métier qui devait servir à ramasser des richesses ; le charlatanisme s'en empara ; chacun vanta ses recettes et ses panacées. La science chirurgicale est avancée dans l'ensemble des ouvrages, elle a progressé successivement sur les points principaux ; mais l'art se traîne depuis plusieurs siècles, ne biille que de temps en temps avec quelques hommes, après lesquels il retombe. La chirurgie ne pourra pas conquérir son rang élevé dans la science, tant qu'elle aura un rang si humble dans la société.
Article II. Cliirurgie française. École d'Ambroise Paré. Au commencement du seizième siècle, François P'', le Père des lettres, imitant les Médicis, fait fleurir dans son royaume les arts, les lettres, les sciences, protège la médecine et la chirurgie, sous les inspirations de son premier chirurgien Vavasseiir, médecin distingué, savant, très-habile dans la pratique de la chirurgie et des opérations. François I"" crée au collège de France une chaire où l'on enseigne la chirurgie des anciens ; Guido-Guidi (Yidus Vidius), déjà célèbre par ses traductions de la chirurgie d'Hippocrate avec les commentaires de Galien, est appelé d'Italie à Paris, et placé à la tête de cet enseignement. L'école de Paris s'occupe plus activement de ses leçons d'anatomie et de chirurgie; Tagaidt en expliquant Guy de Chauliac, ajoute des développements aux études-
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relatives aux fractures et aux luxations. Les écrits des anciens auteurs sont publiés dans leurs textes, traduits en latin ou en langue vulgaire. L'école de Montpellier s'attacha surtout à ce dernier ordre de traductions, afin de vulgariser la science. C'est ainsi que la chirurgie de plusieurs maîtres fut mise à la portée d'un plus grand nombre d'hommes, de ceux même qui ne connaissaient pas le latin. Les chirurgiens de Saint-Côme reprirent la plupart de leurs prérogatives, grâce à des édits royaux sur lesquels ils purent s'appuyer, quoique l'opposition de la Faculté ne leur permît pas de les faire enregistrer. Ils formèrent un collège, conférèrent les grades successifs de bacheliers, licenciés, maîtres, exigèrent de leurs disciples des connaissances littéraires, etc. Les chirurgiens-barbiers se relevèrent à leur tour. Ils suivaient des leçons régulières; les plus intelligents, les plus laborieux, pouvaient étudier les traductions de quelques maîtres, tout au moins celles de Guy de Chauliac et de Vigo ; ils se livraient aux dissections et peut-être aux manœuvres opératoires dans la Faculté, où ils remplissaient les fonctions de prosecteurs, et dans les hôpitaux, où ils étaient admis comme internes. Là, ils observaient des malades, j)ratiquaient la petite chirurgie ou môme quelquefois des opérations plus délicates, sous la direction de leurs maîtres qui daignaient parfois s'entretenir avec eux et leur donner des leçons. Toutes ces circonstances étaient favorables au progrès de la Chirurgie. Les barbiers surtout avaient conquis de plus grands avantages. Habitués aux exercices manuels, désirant se recommander par leur adresse, ils profitaient de toutes les occasions pour s'exercer au maniement des insti'uments : ces hommes si dédaignés, et pourtant si souvent appelés, pouvaient acquérir une valeur réelle et devenir d'éminents chirurgiens. Aussi verrons-nous se produire un fait que nous n'avions pas encore observé : jusqu'ici la chirurgie a dû presque tous ses progrès à des médecins-chirurgiens lettrés ; eux seuls ont écrit des traités de chirurgie. Maintenant un chirurgien-barbier s'élèvera au premier rang et tiendra dans ses mains le sceptre de la science.
Ambroise Pare' auquel tous les pays ont décerné d'une voix unanime le titre de Père de la chirurgie moderne, naquit à Laval (Mayenne) en 1517, d'un pauvre coffretier, ne reçut qu'une éducation très-imparfaite, entra fort jeune comme apprenti chez un barbier de province, et continua sans doute son apprentissage chez un barbier de Paris, en 1552 ou 53, quand il arriva dans cette ville. Réduit pour son instruction à de bien faibles ressources, il dut pourtant se distinguer bientôt, puisqu'en 1553, il fut admis à l'Hôtel-Dieu de Paris en qualité de chirurgien interne. Paré aimait à raconter son séjour dans cet hôpital et à faire valoir son titre : « faut sçavoir que pendant l'espace de trois ans, j'ai séjourné en l'Hôtel-Dieu de Paris, où j'ai été à même de connaître, eu égard à la grande diversité de malades y gisant habituellement, tout ce qui peut être d'altération et maladie au corps humain ; et en même temps y apprendre en une infinité de corps, tout ce qui se peut dire et considérer sur l'anatomie, ainsi que j'en ai fait des preuves très-publiquement à Paris, etc. » Ivoy. son avis au lecteur, son apologie, etc.).
En 1656, sortant de l'Hôtel-Dieu, Paré fait sa première campagne chirurgicale, sous les ordres du maréchal de Mo.itejan. Un jour l'huile bouillante lui manque ; les plaies par armes à feu ne sont pas cautérisées ; anxiété profonde, aussi orande que son admiration quand il reconnaît que ces plaies sont dans des conditions meilleures que celles qui ont été traitées par les caustiques. 11 n'a que dix-neuf ans et cependant ces faits suffisent à lui montrer les inconvé-
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nicnts de cette pratique admise sans contestation pai- tous les chirurgiens de cette époque. Ce sera le point de départ de ses travaux qui changeront entièrement les doctrines universellement adoptées jusque-là. De retour à Paris on 1539, il y ouvre sans doute une boutique de barbier-chirurgien, se marie en 1541 et rejoint en 1542 une armée réunie à Perpignan. Après cette campagne, le médecin Sylvius, dont les leçons attiraient encore plus d'élèves que celles de Fernel, désira voir ce jeune chirurgien qui jouissait déjà d'une grande célébrité. Sylvius fut tellement frappé de ses observations et de ses expériences sur les plaies d'arquebusades, qu'il le prit en graide affection, et le pria de publier toutes ses études à ce sujet. En 1545 parut ce petit livre si remarquable, « la méthode de traiter les playcs faictes par harcquebuses, flèches, etc., accompagné de pianclies. »
En 1546, Paré revient à Paris et reprend avec une nouvelle ardeur ses recherches et ses études anatomiques, secondé par Thierry de He'ry, son ami, comme lui barbier-chirurgien. 11 n'avait jamais cessé de se livrer aux dissections, même durant ses campagnes ; mais ce fut alors qu'il les fit pour la première fois en public aux écoles de la Faculté, sous les auspices de Sylvius, dont il était sans doute le prosecteur et qui répandait en France par son brillant enseignement, la connaissance et le goût de l'anatomie. Paré fit aussi des expériences sur les animaux. En 1550 il publia sa briefve collection de Fadministration anatomique, etc. Profitant des traductions de Galien par Canapé, d'un ouvrage de la Rivière, il a soin d'affirmer que tout a été vérifié par lui le scalpel à la main. En 1551, Paré retourne à l'armée et trouve l'occasion d'appliquer, après les amputations, la ligature des artères comme moyen hémostatique, ainsi qu'on le faisait pour toutes les autres solutions de continuité. Ce précepte thérapeutique, si naturel et si simple, n'avait jamais été formulé d'une manière nette et explicite. Ainsi Paré qui avait épargné les douleurs de la cautérisation aux blessés atteints de plaies par armes à feu, les épargnait encore à tous les amputés. En 1552, le roi de France le fait inscrire sur la liste de ses chirurgiens ordinaires.
En 1552, Paré envoyé par le roi, parvient à s'introduire dans la ville de Metz assiégée par Charles-Quint, et défendue par sept princes sous les ordres du duc de Guise. Ce prince le présente aux seigneurs et aux principaux chefs qui l'acclament et l'embrassent. Sa présence relève le courage des assiégés. Paré se signale de nouveau par les cures les plus remarquables. En 1553, il est fait prisonnier après la capitulation de la ville d'Hesdin, et recouvre bientôt la liberté. Sa réputation grandit de jour en jour ; on le voit occuper le premier rang parmi les chirurgiens de son temps. Il n'avait pourtant que trente-six ans. Sa doctrine des plaies par armes à feu se répandit et fut défendue entre autres par Botal (1560) qui cependant ne le nomme pas. Cette doctrine lui appartient bien. Maggi, qui s'en rapproche le plus, qui a des expériences ingénieuses dont on ne lui contestera pas la priorité, n'a pu servir de guide à Paré; l'ouvrage de celui-ci est de 1545, le livre de celui-là, de 1552.
En 1554 la confrérie de Saint-Côrae qui avait pris le titre de Collège, sans doute peu d'années après 1515, désira s'attacher Paré. Les statuts exigeaient que le candidat passât ses examens en latin, le grand chirurgien qui ignorait complètement celte langue, en fut dispensé. On le reçut après examen, bachelier le 25 août 1554; licencié le 8 octobi'e, maître le 18 décembre. Malgré les oppositions de la Faculté et par la protection de la Rivière, chirurgien d'Henri II,
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le collège avait maintenu ses privilèges (lettres de 1555). En 1554, Matliurin de La Noue avait passé ses examens devant des chirurgiens auxquels on avait joint deux médecins, mais les noms de ceux-ci ne figurent point dans les procèsverbaux. L'influence de Paré fut encore plus favorable ; Saint-Côme continua à conférer ses grades, à avoir des cadavres pour faire ses démonstrations anatomiques (faveur dont l'école l'avait dépouillé pendant longtemps). Rostaing de Binosque paraît avoir été chargé de cet enseignement. Paré se réunit à lui pour des recherches nécessaires à une nouvelle édition de son auatomic. En 1557, il i-eprend sa vie de chirurgien militaire ; en 1559, Henri 11 meurt des suites d'une blessure à l'œil reçue dans un tournoi. Dix-huit mois plus tard, François II dont Paré était devenu aussi le chirurgien, succombe à son tour; en février 1561, notre auteur publie son traité sur les paies de tète et les lésions de la face. En 1559, la grande anatomie de Vésale, après avoir eu plusieurs éditions latines, fut traduite en français. Paré put l'étudier, fit copier quelques planches, mit en ordre ses propres recherches, et livra au public (15 avril 1561) son traité d'anatomie. Cet ouvrage que l'on ne peut comparer sous aucun rapport à celui de Yésale, a été néanmoins durant bien des années le guide d'un grand nombre de chirurgiens.
En 1562, Charles IX élève Paré au rang de premier chirurgien; son successeur Henri III le maintient dans les mêmes fonctions. Obligé de suivre ces souverains à la guerre et dans leurs voyages, surchargé par une clientèle considérable (car il donnait ses soins aux pauvres aussi bien qu'aux grands seigneurs qui avaient en lui la plus haute confiance), Paré trouvait encore le temps de consigner dans des ouvrages importants, les résultats de ses lectures et surtout de ses observations et de ses méditations. C'est ainsi qu'il publia 1° en 1564, la troisième édition de ses traités de chirurgie, enrichie de Jrois nouveaux livres (des chaude-pisses, des pierres, des rétentions d'urine); 2° en 1568, son traité de la peste, de la petite vérole et rougeole, avec une description de la lèpre; 3" en 1572, ses cinq livres de chirurgie, oii il s'occupait plus spécialement des tumeurs, des p'aies, des luxations; 4° en 1575, ses, deux livres de chirurgie, de la génération et des monstres, etc. Enfin en 1575, parut la première édition de ses œuvres complètes, malgré l'opposition de la Faculté : elle aurait voulu interdire à un chirurgien les hauts points de philosophie et de médecine, les théories, les études sur les fièvres, etc., sujets qu'il avait abordés, bien qu'on dût les réserver exclusivement à des médecins, l^aré mourut en 1590..
Les œuvres de Paré, ornées de planches nombreuses représentant des objets d'anatomie normale et pathologique, des appareils, des machines, des procédés opératoires, sont un des plus beaux monuments élevés à la science. Elles ont eu de nombreuses éditions; la dernière est de Malgaigne (1840). Bien supérieure à toutes les autres, elle est précédée d'une introduction remarquable, accompagnée de notes pleines d'intérêt. En 1582, Guillemeau traduisit Paré en latin : plus tard parui'ent plusieurs traductions en langues étrangères.
Comment Paré a-t-il mérité le titre glorieux de fondateur de la chirurgie moderne qu'on lui a unanimement décerné? La trempe de son génie rappelle le génie d'Hippocrate, et l'entraîne irrésistiblement dans les mêmes voies. 11 porte dans l'étude des faits la même puissance d'analyse, la même force de synthèse qui s'élève par leur comparaison à ces lois générales simples et fécondes, à l'aide desquelles on les enchaîne et on les domine. L'étude de la nature est son principal guide ; elle lui permet d'apprécier bientôt toute la valeur de cette chirurgie an-
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tique, si bien en harmonie avec ses aspirations, et qu'il a presque retrouvée par lui-même. Plus tard, il porte le même esprit dans l'examen des travaux de ses prédécesseurs et de ses contemporains, cherche à démêler ce qu'ils renferment de positif et d'utile, les transforme en leur imprimant le cachet de la vérité. Riche de son propre fonds, il interroge la tradition, recueille les germes précieux réunis à travers les siècles, -les met en lumière, les développe, les répand, les vulgarise. C'est ainsi qu'il fait reposer la chirurgie, sur ses bases les plus solides, l'examen direct des malades, l'étude des écrits des grands maîtres soumis au contrôle sévère de l'expérience et de la raison.
Van Horne et Sprengel auraient voulu que le grand chirurgien français se fût borné à publier ses observations, au lieu de les noyer dans une compilation volumineuse. Certainement les faits rassemblés dans sa pratique auraient suffi pour embrasser les points principaux de la chirurgie, à raison de leur nombre, de leur importance, de leur variété; ils auraient montré en même temps comment il faut observer et tout ce que l'on peut attendre de l'observation, quand on s'y livre en dehors des préoccupations des systèmes. Mais Paré poursuivait aussi un autre but. Il voulait qu'un traité de chirurgie plus complet, plus moderne, inaugurant plus largement l'esprit nouveau, vînt remplacer les traités vieillis et pourtant les seuls classiques de Chauliac et de Vigo. Il voulait reproduire la chirurgie antique dégagée des modes arabiques, et enrichie de tout ce qu'on avait fait d'utile. Ne connaissant pas le latin et les langues étrangères, il a eu recours à des traducteurs et à des traductions ; à force de travail, il a donné par l'érudilion une puissance plus grande à son génie si scrutateur, si original, si inventif. Paré s'est proposé {voy. sa dédicace) « de mettre en évidence les thrésors des anciens dont il a suivi pas à pas la trace, se réservant une petite part pour l'enrichissement et l' illustration ; toutefois, ne nous endormons pas sur leurs travaux, il y a plus à faire qu'il n'y a de fait; les anciens doivent nous servir d' eschauguettes pour voir de plus loin. Science sans expérience n'apporte pas grande assurance. )) Nous trouvons là le double caractère de ses ouvrages. La simplicité de la chirurgie grecque réunie à son étendue formeront le fond et le type de sa chirurgie ; il en confirmera, en modifiera, en agrandira les préceptes au moyen des travaux postérieurs, de ses propres recherches, en soumettant tout au contrôle de sa ferme raison, de sa vaste expérience, et ne craignant pas de combattre tour à tour Galien, Aétius, Paul, les Arabes, les arabistes, parfois même jusqu'à Hippocrate. Les chirurgiens les plus éminents de tous les pays avaient tenté partiellement une entreprise analogue à la sienne. Paré les laisse tous bien loin derrière lui : le premier, il fait vraiment revivre la chirurgie antique dans son esprit même et dans ce qu'elle a de plus saillant, en y ajoutant une empreinte nouvelle. Venu après tous les autres, il met en œuvre l'ensemble des matériaux fournis par- ses prédécesseurs, et leur donne l'autorité qu'ils méritent, en les appuyant de sa propre autorité. C'est ainsi que ces larges doctrines purent se répandre en France, en Angleterre, en Flandre, en Allemagne, etc., et que la chirurgie reconnut le maître qui devait désormais la diriger. Paré n'a pas rempli complètement le but qu'il s'était proposé, mais partout il l'a vivement senti et marqué.
Nous ne parlerons pas ici en détail de tous les services que Paré a rendus. Nous avons déjà dit tout ce qu'il a fait pour les plaies d'armes à feu, les plaies de tout genre et leurs complications considérées en général, et poursuivies dans toutes les parties, pour les traumatismes de la tête, les amputations, l'emploi de la ligature dans le traitement des hémorrhagies, des anévrysmes, des varices, etc. Nous
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lui devons des modifications dans la disposition des trépans, des préceptes judi- •cieux relativement à leurs indications, des notions bien plus positives sur les ■corps étrangers articulaires, le squirrhe de la prostate, les fractures du col du fémur, l'oplithalmologie, les hernies, etc. On peut dire qu'il n'est presque pas de point un peu saillant en chirurgie qu'il n'ait approfondi ou sur lequel il n'ait répandu quelque vive lumière. Nous ne citerons pas les faits particuliers, le nombre en est trop considérable. Nous aurons d'ailleurs à revenir sur tous ces objets. Indépendamment de ses études sur les accouchements, il a fixé son attention sur la médecine légale, l'art de faire des rapports, ot laissé des recherches importantes concernant l'infanticide, le viol, la submersion, l'examen des pendus, des divers genres d'asphyxies, les empoisonnements, etc.
Paré joignait à son génie une piété profonde, la charité qui l'accompagne, un dévouement absolu pour ses malades, l'enthousiasme de son art. 11 s'était créé une riche bibliothèque, un petit musée d'anatomie, de chirurgie, d'histoire naturelle ; il achetait des recettes, des formules qu'il croyait utiles, afin de les livrer au public, et faisait graver à grands frais les planches qui accompagnaient ses ouvrages. Loin de garder pour lui ce qu'il savait, ce qu'il avait découvert, il s'empressait de l'enseigner aux autres, recommandant d'écrire en langue vulgaire, afin de mettre la science à la portée de tous. [Voy. pour les détails la vie d'A. Paré dans l'introduction de Malgaigne, 224 à 351. On peut voir, dans cette édition, l'ensemble des sujets que Paré a embrassés, disposés suivant un ordre iplus méthodique : introduction, anatomie (4 livres), chirurgie (tumeurs, plaies, contusions, ulcères, bandages, fractures, luxations, etc.), opérations, prothèse, accouchements, fièvres, goutte, vérole, petite vérole, venins, distillations, médicaments, médecine légale].
II. Ecole de Paré. Un homme comme A. Paré ne pouvait rester isolé. A sa Toix, on voit apparaître une phalange de nombreux et brillants disciples que ses •exemples excitent, dont le génie est éveillé par son génie. Nous citerons les plus •éminents.
I. Guillemeau (1550 à 1613), élève de Riolan et de Paré, chirurgien de l'IIù- 1;el-Dieu, traduit en latin les œuvres de son maître, pratique comme lui les grandes •opérations, perfectionne le traitement des plaies, celui de l'anévrysme par la 'double ligature de l'artère suivie de l'ablation du sac, les trépans, l'ophthalmologie ides maladies de l'œil) . Son Traité de la çirossesse et de l'accouchement est l'une des œuvres les plus remarquables de cette époque, reste classique pendant longtemps, pose les bases de la science obstétricale, et peut être encore consulté avec fruit.
II. Pigray résume les doctrines de Paré, les présente sous une forme plus simple, plus méthodique, les enrichit en y joignant les résultats de ses observations et de son expérience.
HT. Pineau (Séverin) est connu par ses études lumineuses sur les signes de la ■virginité, de la défloration, sur les modifications que subissent les symphyses du bassin pendant la grossesse et la parturition. Gendre de Philippe Colot, il pratique habilement et perfectionne la taille par le grand appareil qui se transmettait ■de génération en génération dans la famille de son beau-père.
IV. Démarque (Jacques) écrit le premier, chez les modernes, un traité complet des bandages, bien supérieur aux essais de ses prédécesseurs.
V. Habicot se distingue par son habileté dans l'art des dissections, ses découvertes anatomiques, ses observations sur les maladies pestilentielles ; il cite plu-
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sieurs faits de plaies de la Iracliée artère guéries par une cicatrisation rapide, pratique avec succès la trachéotomie, dont il pose les indications et démontre les avantages, etc.
YI. Roussel (fin du seizième siècle et commencement du dix-septième), docteur de Montpellier, indique le procédé que l'on doit suivre en pratiquant sur le vivant l'opération césarienne ; les faits sont exposés d'abord, les préceptes s'en déduisent comme des corollaires K Partant des idées de Franco, il imagine un procédé plus méthodique pour la taille sus-pubienne, indique les avantages qu'elle peut offrir et qui doivent lui mériter la préférence sur la taille par le grand appareil.
VII. Cabrol, professeur à Montpellier (1560), habile opérateur, doit sans doute beaucoup à ses relations avec Paré, mais il a aussi un génie original, le goût et un talent naturels pour l'observation. Son alphabet anatomique, publié d'abord en français (1594), ensuite en latin, a eu p'usieurs éditions. Il contient divers faits de dispositions anatomiques anormales, et surtout de nombreuses observations chirurgicales, fort intéressantes, dont quelques-unes sont citées dans nos traités classiques. Menstruation par l'ombilic, retour à l'état normal ; communication de l'ouraque avec l'ombilic, ligature, cautérisation, guérison. Blessures de divers organes renfermés dans l'abdomen et le bassin. Traumatismes graves de la tète, guérison. Tumeurs enkystées très-volumineuses de l'abdomen, etc. {voi/. pour les indications des faits les plus saillants, Dict. de Dezeimeris, t. I, p. 581). Cabrol a pratiqué avec succès plusieurs opérations majeures.
Mentionnons encore Adrien et Jacques d'Amboise, Tbévenin, Louise Bourgeois, etc.
Pierre Franco, de Turriers, en Provence, n'est d'abord qu'un inciseur ambulant : contemporain d'Ambroise Paré, il n'a point exercé la même influence, et cependant on peut le placer à côté de lui pour la vigueur et l'originalité de son génie chirurgical. Après avoir été aux gages des villes de Berne, Lausanne, Fribourg, où il se fit connaître par ses succès, il se retira à Orange et publia un Traité des hernies (Lyon, 1556), et plus tard son Traité des hernies^ contenant une ample déclaration de toutes leurs espèces et autres parties de la chirurgie, à savoir de la pierre,, de la cataracte, etc., avec leurs causes, signes, l'anatomie, leur entière guérison, etc. (Lyon, 1561).
Dans ces ouvrages, on trouve d'excellentes observations, la description de procédés et d'instruments nouveaux, de remarquables recherches sur les questions majeures de la chirurgie, telles que les maladies des yeux, le bec-de-lièvre, l'autoplastie, l'bydrocèle, le sarcocèle, les tumeurs, les plaies, les fistules, les fractures, les luxations, etc. Franco s'occupe plus spécialement des hernies et des calculs vésicaux {voy. sur Franco l'introduction de Malgaigne. Ses écrits, ses travaux mériteraient des études longues et détaillées).
En 1560, Franco n'ayant pu extraire par le périnée, chez un enfant de deux ans, une pierre de la grosseur d'un œuf de poule, eut recours pour la première fois à la taille sus-pubienne, et ouvrit ainsi, par une hardie inspiration, une voie nouvelle. L'enfant guérit après de longs orages. Malgré ce succès. Franco continua, par la suite, à pratiquer et à recommander la taille périnéale. Ce chirurgien
* On atu-ibae la première opératiou césarienne, faite avec succès sur le vivar.t, à un châtreur, llufcr de Targau Roussel cite le fait d'une femme qui aurait été opérée six fois. Elle mourut à la fin de sa septième grossesse, l'opération n'ayant pas été pratiquée.
CHIRURGIE (histoire de la). 545
prescrivit le débridement pour faire cesser l'étranglement des hernies, et y eut plusieurs fois recours.
Article III. École de Vésale. Auprès du grand Vésalc (1513 à 1564) se groupe une école entière d'anatomistes éminenls qui furent aussi des chirurgiens habiles. Grâce à leurs travaux, la structure des organes et leurs rapports furent mieux connus ; on put déterminer avec plus de précision les lésions dont ils sont le siège; l'instrument tranchant put être conduit au milieu d'eux avec |)lus de sûreté. Une vive lumière dut se répandre sur la médecine opératoire et toutes les branches de la pathologie.
Andréa délia Croce publie un traité complet de la chirurgie, figure et décrit avec soin les instruments nombreux dont se composait, de son temps, l'arsenal du chirurgien. On remarquera particulièrement tout ce qui concerne les plaies (le tète et l'opération du trépan.
Philippe d' Ingrassias (1510-1580) se distingue par son érudition, signale avec détail les nombreux emprunts faits par les Arabes à la chirurgie grecque, dont il démontre la supériorité.
Aranzi (1530-1589), disciple et neveu de Maggi, développe les préceptes de son oncle relatifs au traitement des plaies, écrit deux traités sur les plaies de tète et les tumeurs ; on y rencontre plusieurs fliits importants concernant les cancers, les distorsions du pénis, la cure des fistules à l'anus par l'incision. 11 imagine une pince pour l'arrachement d'un polype nasal qui avait résisté aux moyens employés jusque-là ; dans l'ascite, il évacue le liquide lentement et à plusieurs reprises, et laisse la canule à demeure, etc. Excellent observateur, Araiizi fait toujours appel à l'expérience.
Colombo, mort vers 1558, perfore lé sternum avec le trépan dans les abcès du médiastin; Casserto (1545-1616) pose nettement les indications de la trachéotomie, décrit avec détail le procédé opératoire, les instruments qu'il réclame. L'incision est faite avec une lancette au-dessous du troisième cerceau de la trachée ; une canule courbe garnie d'un rebord est introduite dans ce conduit et fixée à l'aide d'un fil attaché autour du cou. Sacchi s'occupe particulièrement des tumeurs, des ulcères, des maladies des os, des yeux, de la vessie, résume les écrits de ses prédécesseurs, en y joignant des recherches et des faits qui lui appartiennent.
Fallopio, Gabriel (1523-1562), mort à trente-neuf ans, doit être placé dans les premiers rangs comme anatomiste et comme chirurgien. Embrassant la science entière, il traite plus spécialement des plaies considérées en général et dans les diverses régions, des luxations, des fractures, etc., de l'emploi du feu et des caustiques, etc. 11 redoute l'action de l'air sur les plaies, dont on doit chercher à obtenir au plus tôt la réunion, et donne des préceptes judicieux relatifs à l'extraction des corps étrangers. Fallopio cite plusieurs faits de guérison après de graves traumatismes de la tète, du cou, de la poitrine, de l'abdomen, de la vessie, de l'estomac'. Des parties ne tenant que par de légers pédicules ou même détachées entièrement ont pu être conservées : succès de l'autoplastie. L'auteur rectifie les idées que l'on se formait sur la fistule lacrymale, distingue l'hydro^èle de la tunique vaginale de l'accuraulation de sérosité dans un sac herniaire, et ])erfectionne le traitement des polypes des fosses nasales par la ligature. 11 introduit, à l'aide d'une canule d'argent, un fil métallique dont l'anse embrasse le pédicule de la tumeur, tandis que les chefs sortant par la narine sont serrés et soumis à des tractions successives, jusqu'à ce que le pédicule soit complètement divise.
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Disciple de prédilection de Fallope, Jérôme Fabrizio d' Aquapendente (15^7- 1619) est le chirurgien italien le plus illustre au seizième siècle. Dans sa grande chirurgie {Opéra chirurgica, 1617) dont le pentateuque forme la deuxième partie, il fait connaître avec beaucoup de méthode et de clarté tout ce qu'il a pu trouver de plus important chez ses prédécesseurs, discute leurs opinions, les contrôle d'après sa longue expérience, détermine avec plus de justesse la nature de différents états morbides, s'efforce de porter plus de précision dans leur diagnostic et les indications thérapeutiques, perfectionne divers instruments, divers procédés opératoires. Son ouvrage eut de nombreuses éditions, fut traduit en plusieurs langues et resta longtemps classique. La cataracte n'est point due à une toile membraneuse obstruant la pupille ; son siège paraît être dans le cristallin ; il distingue l'hypertrophie du testicule du squirrhe de cet organe, l'hydrocèle simple de l'hydrosarcocèle, montre les cas où la bronchotomie est utile et ceux où elle doit être rejetée, compare les méthodes de traitement proposées dans la fistule à l'anus et se décide pour l'incision. Zélé partisan de l'opération de reiiipyème, il pratique de préférence l'ouverture dans le point que l'on choisit généralement aujourd'hui. Marc-Aurèle .^évcrin lui reproche d'avoit souvent substitué les onguents et les emplâtres à la mâle chirurgie des Grecs. Cette censure est trop sévère. Fabrizio, nous devons le reconnaître, met du retard dans l'ouvertuie des abcès, n'apprécie pas convenablement la ligature des vaisseaux après les amputations, compte trop sm- les sétons chargés de substances emplastiques pour triompher des cancers du testicule, redoute l'opération dans le traitement des h'crnies, l'excision de la conjonctive dans l'entropion, la rescision des amygdales, etc., et cependant il emploie fréquemment le fer et le feu avec une énergie tempérée par la prudence. 11 sait recourir à propos au trépan, brûle l'épulis, enlève le cancer de la mamelle quand les topiques sont insuffisants, etc.
Nous devons mentionner avec éloges Canani , Varoli , Palazzo , Carcano Leone, etc. Nous pourrions leur emprunter, sur plusieurs points, et spécialement sur les plaies de tète, des documents que l'on ne devrait point oublier.
Article IV. Chirurgie en Allemagne, en Suisse, etc. C'est vers la fin du quinzième siècle seulement que l'Allemagne commence à prendre part au mouvement scientifique déjà signalé en France et en Italie. Peiligk et Hundt (1498-1499) publient des traités d'anatomie accompagnés de planches, et reproduisent les notions données par Mondini. Brunschwig écrit son traité de chirurgie (1497) où il s'occupe spécialement des plaies. Son ouvrage paraît être surtout une compilation, où presque tout est emprunté aux Arabes et aux arabistcs ; il insiste sur les topiques et modifie leur emploi suivant les circonstances et les climats.
Hans de Gersdorf mei au jour (1517) son manuel de chirurgie {Feldbuch der Wundarzney) relatif aux plaies, afin d'initier aux manœuvres chirurgicales les hommes même illettrés qui avaient alors en Allemagne le monopole presque entier de la chirurgie. Gersdorf suit de près Abulcasis et les arabistcs, et puise beaucoup dans Guy de Chauliac. Il a cependant de l'originalité, ainsi qu'on peut en juger par quelques citations de Haller (t. 1, p. 195), de Percy [Chirurg. d'armée, p. 20, etc.). Après les amputations, il ramène la peau sur le moignon, l'enveloppe d'une 'bande et applique une vessie. Percy mentionne avec éloge les instruments figurés dans son ouvrage pour l'extraction des projectiles. Le plus ingénieux est un tire-fond dont la canule se termine par trois petites pointes des-
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tinées à assujettir la balle pendant qu'on la perfore avec la mèche spirale (Voy. Malgaignc, Introd., p. 205).
Vers le milieu du seizième siècle, Hermann Rijff mit au jour une série d'écrits relatifs à la chirurgie. Conrad Gcsner en donne la liste et déclare que ce ne sont que de méchantes compilations. Tous ces chirurgiens appartiennent à l'école de Strasbourg.
Dans un recueil très-intéressant [Medicinaliiim epistolarmn miscellanea, 1554), Lange {Jean, 14'85-15(35), médecin à Heidelberg, transmet de curieux documents sur le déplorable état de la chirurgie allemande à son époque. Il attaque vivement l'emploi des tentes dans le traitement des jdaies, celui des cautérisations dans les blessures par armes à feu, étudie soigneusement les plaies de tète, les indications du trépan, etc. Témoin d'une gangrène épidémique de la langue, il la décrit en excellent observateur, et montre comment on en prévient la terminaison funeste par l'amputation en temps utile.
Parùcelse. Chirurgie en Suisse. Nous ne pouvons accorder aux œuvres chirurgicales de Paracelse les mêmes éloges que Malgaigne. Dans sa grande et sa petite chirurgie, on trouve quelques idées heureuses sur la mumie, le baume naturel (lymphe plastique), qui joue un grand rôle dans la guérison des plaies; Paracelse insiste sur l'union intime de la médecine et de la chirurgie, ainsi qu'on l'avait fait si souvent depuis les temps les plus anciens ; mais dans ses écrits, on constate une absence complète des vraies connaissances chirurgicales qui ne s'inventent point à priori. L'auteur perpétue et aggrave les abus de la thérapeutique des onguents, des emplâtres, des topiques dont les indications reposent sur les hypothèses les plus étranges, et sont rarement justifiées par l'expérience. Avec les agents chimiques doués de la plus haute énergie (préparations arsenicales par exemple) qu'il préconise, il obtient quelquefois des succès inespérés ; mais nous pourrions signaler des revers encore plus éclatants [voy. dans ce dictionnaire, histoire de la médecine, l'étude suc Paracelse (1493-1541)].
On a prétendu que la réforme de Paracelse a eu un double résultat, en inspirant l'amour de l'observation et celui de l'indépendance; mais s'il ébranle l'autorité de ses prédécesseurs, il s'efforce de lui substituer la sienne; s'il célèbre l'expérience, nous le voyons s'en écarter à chaque instant. Des esprits sages comprirent que la médecine, pour rentrer dans sa véritable voie, devait accorder leur part légitime à la tradition et à l'étude de la nature. Tel est le but que se proposèrent plusieurs hommes éminents; Conrad Gesner brille au premier rang.
Conrad Gesner (1516-1565), né à Zurich, est un génie encyclopédique, également remarquable par sa sagacité, la justesse de son esprit, sa profondeur, l'immensité de ses lectures, son ardent amour pour les recherches positives. Gesner €st surtout connu par ses travaux en histoire naturelle; c'est là qu'il a déployé le plus largement les qualités qui le distinguent ; mais on les retrouve dans ses nombreux écrits qui embrassent l'ensemble des connaissances humaines. Par sa méthode et ses exemples, il nous initie à l'art si délicat d'allier l'érudition et l'examen direct des objets, de contrôler sans cesse les préceptes des maîtres par l'étude de la nature, de profiter de ce double enseignement pour nous rapprocher de plus en plus de la vérité. Gesner réunit en un volume les écrits des meilleurs chirurgiens, fixa l'attention sur ceux que l'on devrait prendre pour guides, mit leurs principes à la portée deses contemporains, indiqua même ce que l'on pouvait emprunter à Paracelse. Il leur recommande en même temps et par-dessus iout l'observation des malades, Nous ne saurions méconnaîtrel'heureuse influence
5i8 CHIRURGIE (histoire de la).
que Gesner exerça sur la chirurgie de la Suisse et de l'Allemagne, en lui imprimant cette double direction. Les succès de Franco n'y furent point étrangers. Nous citerons deux noms seulement.
Félix Wiirz, chirurgien de Bàle, ami de Gesner s'élève contre bien des préjugés qui régnaient à son époque. Il combat avec énergie l'emploi des instruments compliqués dont on faisait usage pour l'extraction des corps étrangers engagés dans les plaies, l'abus des tentes, des sondes, des cathérétiques, et donne des conseils analogues à ceux de Magati et de Paré. 11 prouve par des faits l'existence des fissures en long des os, dont la réalité niée pendant longtemps est parfaitement démontrée aujourd'hui.
Guillaume-Fabrice de Hilden (1560-1634), né à Hilden, près de Cologne, se fixa de bonne heure en Suisse. Animé au plus haut degré du génie chirurgical, il saisit les indications fondamentales, applique, modifie les procédés et les instruments déjà connus, en invente de nouveaux, les adapte à toutes les circonstances qui se présentent, obtient de remarquables succès dans des cas difficiles où l'art semblait devoir être impuissant. Abordant tous les gi'ands problèmes de la chirurgie, il les approfondit, les discute, laisse partout des traces profondes, s'élève au-dessus de ses contemporains, et lègue à la postérité des modèles que nous devons méditer encore aujourd'hui. Le génie de Fabrice qui rappelle celui de Paré, a pu se déployer avec moins d'effort ; il a reçu une éducation libérale ; il a pu profiter des travaux de son école, de l'école de Vésale, mais il les a fécondés.
Indiquons parmi ses ouvrages, ses écrits sur la gangrène et le sphacèle [mors fiens, mors fada), sur les brûlures, les plaies, Vhydarthrose, les calculs vésicaux et la lithotomie, l'importance des connaissances anatomiques, etc.', et par-dessus tout ses remarquables recueils d'observations. Ilaller {Bibl. chir. t. I, p. 259 à 267) a signalé les plus importantes. Nous n'insisterons pas davantage sur Fabrice, (|ui mériterait, comme Paré, Franco, une notice très-étendue. Il appartient à cotte classe peu nombreuse de chirurgiens du premier ordre dont on n'apprécie dignement le mérile, qu'après avoir longuement étudié leurs œuvres dans leur entier. Ainsi que plusieurs des chirurgiens dont nous venons de nous occuper, Fabrice se rattache au seizième et au dix-septième siècle.
Danemark. Jusqu'au milieu du seizième siècle, les opérations les plus simples restèrent confiées même à Copenhague, à des barbiers dirigés par des médecins ; les opérations un peu plus difficiles étaient pratiquées par quelques hommes un peu moins illettrés. La haute chirui'gie restait inconnue. En 1559, (Christian III réforme l'Université de Copenhague fondée en 1478, favorise les recherches anatomiques, sans créer de chaire spéciale de chirurgie et impose aux jeunes médecins le devoir de voyager dans les pays étrangers, avant de terminer lem's études. Ceux-ci puisèrent à cette source quelques connaissances et l'amour de l'art; ils purent du moins en comprendre la dignité en admirant les hommes qui l'illustraient en France et en Italie. En 1577, Frédéric II assure rindépeudance des chirurgiens, constitue en leur faveur une école spéciale (collège de chirmrgie) dont il régularise l'enseignement. Ces institutions ne portèrent leurs fruits que tardivement. La chirurgie danoise eut de rudes combats à soutenir même dans le dix-huitième siècle.
Espagne et Portugal. Durant cette période, l'on peut citer dans ces deux contrées, Villalobos, Delgado, Rodrigo Z)rà:î qui ont écrit svu- lesmakdiessyphi-
* Dans cet opuscule, Fabrice sinnale des erreurs, des accidents graves que de bon' es études anatomiques auraient lait éviter.
CHIRURGIE (histoire de la). 54<j
litiques, Guttierez, auteur d'un Traité sur la guérison de la pierre, Pascnal, Ferez, Alcazer etc. ; ceux qui méritent le plus d'attention sont Fragoso, Agitera, de Arce. Aguero est mort en 1597 ; de Arce, né en 1316, vivait encore en 1573. Contemporain d'Ambroise Paré, Arcœus prit comme lui l'observation pour guide, rejeta l'usage des tentes, prescrivit en général, dans les plaies, des pansements simples, restreignit l'emploi des sutures quoiqu'il préconisât la réunion immédiate, pratiqua souvent avecsuccès de grandes opérations, entre autres le trépan. Son Tvailé De reclâcurandorumvulnerum ratione et aliisejus artis prœceptis, contient des faits et des détails intéressants relatifs surtout à l'amputation de la mamelle qu'il simplifia, aux plaies de' la tète, de la face, de la poitrine, de l'abdomen, etc. Voyez entre autres l'histoire du berger qui s'introduisit dans l'urèthre un épi de blé; Arcœus le retrouva plus tard au fond d'un abcès de la cuisse gauche. La seconde partie de cet ouvrage est consacrée aux affections syphilitiques. Arcœus employait fréquemment, pour la cure des pi; ies, le baume qui porte encore son nom. Aguero développe les mêmes doctrines dans son Tesoro de la verdadera cirurgia (1604). Malgré les efforts isolés de ces médecins, la chirurgie, en Espagne, resta d'une manière à peu près exclusive, le patrimoine des barbiers, et ne parvint point à prendre son essor.
Angleterre. La chirurgie anglaise est réduite à l'état le plus déplorable pendant tout le quinzième siècle. En 1415, Henri V envahit la France avec une armée et une flotte puissantes, et ne put conduire que douze chirurgiens sous la direction de Thomas Morstède. Dans sa seconde expédition, ce médecin obtinl un mandat qui lui permettait de faire embarquer de force tous les chirurgiens dont les secours paraîtraient nécessaires et des artistes pour confectionner leurs instruments. La chirurgie languit encore durant tout le seizième siècle, et ne se releva que dans le siècle suivant.
Résumé du seizième siècle. Cette période a une haute importance pour la chirurgie ; mais ici, comme pour les époques précédentes, tous les grands travaux appartiennent à la France et à l'Italie; la Suisse et l'Allemagne y prennent une part active quand cette période est sur le point de se terminer.
Les études anatomiques deviennent l'objet d'une faveur croissante ; l'anatomie moderne est créée. La chirurgie se signale, dans toutes ses parties, p.u- de remarquables progrès. Elle s'éloigne déplus en plus de la science arabe, où elle puise quelques utiles enseignements, pour se rapprocher des traditions de la science grecque et se pénétrer de son génie. Les textes des maîtres sont imprimés et commentés ; des traductions latines les placent dans les mains des médecins lettrés ; des traductions en langue vulgaire les mettent à la portée de tous les lecteurs. A mesure que la science et l'art se répandent, on se porte avec ardeur vers l'étude de la nature. Chacun peut alors concourir à l'œuvre générale ; le progrès s'accomplit par les efforts réunis de quelques médecins d'élite qui ne dédaignent plus la chirurgie, de chirurgiens qui joignent aux richesses fournies par l'érudition, celles qu'ils doivent à l'expérience : des barbiers, des spécialistes, des inciseurs ambulants apportent aussi leur tribut ; quelques-uns s'élèvent au premier rang. Ainsi, Franco montre à la Suisse tout ce que peuvent faire le génie et l'esprit d'observation, et le sceptre chirurgical passe dans les mains d'Ambroise Paré.
Pendant ce temps, des médecins, partant des diverses contrées de l'Europe, accovn'ent en France et en Italie, pour voir et pour écouter les professeurs illustres dont les noms ont retenti jusqu'à eux; leurs leçons, leurs exemples, leurs écrits éveillent leur ardeur, excitent leur émulation. Ils transportent dans
350 CHIRURGIE (histoiue de la).
leuis pallies, la science française et italienne; elle pénétrera et s'étendra dans leurs Universités qui se multiplieront et se transformeront avec une rapidité merveilleuse. Bientôt elles auront une vie indépendante, deviendront de grands centres de mouvement scientifique, et rivaliseront avec les écoles qui leur ont fourni leurs premiers instituteurs. La diffusion des lumières sera l'un des caractères prédominants du dix-septième siècle. Vers la fin de l'époque qui nous occupe, l'Allemagne et la Suisse marchent à côté de la France et de l'Italie ; elles nous ont donné Fabrice de Hilden.
Le seizième siècle se fait remarquer par l'apparition simultanée de génies du premier ordre bien plus nombreux que dans les siècles précédents. Guidés par leurs études anatomiques et l'observation de la nature, ils entrent d'un pas ferme dans les voies où la science doit acquérir toute sa force, et l'art toute sa dignité. Leur autorité est d'autant plus grande qu'ils forment un corps et constituent deux écoles dont les membres' groupés autour de leurs chefs respectifs, Vésale et Paré, développent, dans divers sens, les principes fondamentaux «i'une même doctrine. En étudiant et c .mparant leurs travaux, on est étonné de ce qui a été fait dans le présent, de ce qui a été préparé pour l'avenir. Tout ce que le dix-huitième siècle a réalisé se trouve en germe dans le seizième ; ce germe est déjà bien avancé.
Cependant, d'une manière générale, la chirurgie timide l'emporte sur la chirurgie sagement hardie ; les topiques, la temporisation sont préférés aux actes chirurgicaux; l'arabisme, une polypharmacie aveugle conservent un grand crédit. Tandis que les barbiers se multiplient, il n'existe que peu de chirurgiens. Les préjugés sont puissants, anciens, tenaces, etopposent une grande résistance; on sent pourtant qu'ils sont déjà fortement ébranlés. Ils tomberont devant de nouveaux efforts à mesure que les lumières feront des progrès.
Dixième période. Première époque. Bit-septième siècle. Ce siècle est la continuation et en quelque sorte l'épanouissement du précédent, dont il suit et accentue plus vivement l'impulsion. Avec lui, nous verrons mûrir toutes les idées, toutes les conditions nécessaires à l'accomplissement des réformes que la chirurgie réalisera dans le siècle suivant ^
Italie. Depuis Fabrice d'Aquapendeute jusqu'à Marc-Aurèle Séveriu, nous aurons peu de noms à mentionner.. Macjati (César) mort en 1647, écrit son Traité De rarâ medicatione vulnerum (1616), dans lequel se trouvent des remarques intéressantes sur la cicatrisation des plaies, la marche que suit la nature dans leur guérison ; des préceptes judicieux relatifs aux indications fondamentales qu'elles présentent, aux moyens les plus simples de les remplir. Signalons ses études spéciales sur les plaies de tète, la formation du cal, etc. Tossi (Antoine) laisse un ouvrage estimé De anthrace seu carbunctdo (Venise, 1618); Cortesi, disciple de Tagliacozzi, transmet de curieux documents sur les autoplasties (voy. ses Miscellaneorum medicinalium décades, entre autres décade III, quelques bonnes études concernant les plaies du crâne, l'hydrocéphalie etc. [De vulneribus capitis, 1632).
* Au premier abord, le dix-sep!ième siècle paraît inférieur au seizième, il a moins de grandeur; cependant ses services, sans être aussi brillants, ne doivent point être méconnus. On n'y trouve pas des génies d'un ordre tout à fait supérieur qui impriment à la science un mouvement décisif, comme Vésale et Paré; mais on y rencontre un nombre plus considérable d'esprits sages, d'excellents observateurs qui développent avec talent les germes téconds déposés par le génie de leurs prédécesseuis; c'est par eux que ces germes mûrissent; ils prépaient, pour le siècle suivant, une riche et abondante moisson.
CHIRURGIE (lusTouiE m. la). ?ryl
Marc-Aurèle Séverin (1580-1656) est le chirurgien d'Italie le plus illustre au dix-septième siècle ; au moment où il devint professeur à Naples, l'école de Padoue tenait le premier rang pour la chirurgie et l'anatoraie; les médecins étrangers, surtout ceux des pays du Nord (dinois, allemands, anglais etc.), y accouraient de toute part : mais bientôt les talents et la réputation de Séverin répandirent un si vif éclat sur l'école de Naples , qu'elle effaça celle de Padoue. L'influence de Séverin se fit sentir non-seulement en Italie, mais dans beaucoup d'autres régions ; elle dut être d'autant plus grande qu'il déployait dans sa pratique ou préconisait une hardiesse que l'on ne rencontrait point chez ses contemporains, et que justifiaient ses succès.
A l'époque de Séverin, la haute chirurgie était presqu'abandonnée ; l'on remplaçait le plus souvent le fer et le feu par des topiques, par une thérapeutique douce et balsamique. En 1627, Rome n'avait qu'un chirurgien accoucheur: nul chirurgien en Italie n'aurait osé porter la main sur un anévrysme (.^ijlvaticus. de anevr.) ; la lithotomie était réservée à quelques familles où l'on avait du moins la hardiesse de l'entreprendre [iioy Baronius) : lorsqu'un chirurgien français (duGau) pratique la suture des tendons, l'on regarde cette opération comme ini prodige. Séverin s'éleva contre cette chirurgie molle et timide qui avait prévalu si souvent, et voulut, comme l'avaient déjà fait plusieurs fois de giands chirurgiens, revenir à une chirurgie plus mâle et plus énergique dont les Grecs avaient donné l'exemple. Parmi les nombreuses publications de Séverin consacrées à la médecine, à l'anatomie comparée, à la chirurgie, nous mentionnerons les suivantes :
1" Dereconditâ ahscessuum naturâ (liv. VII, 1652 et 1. Vdl, 1643). Danscet ouvi'age, l'auteur s'occupe de tous les genres de tumeurs des parties molles et des os, considérées dans les diverses régions ; il embrasse donc les sujets les plus variés (les abcès, les kystes, les anévrysmes, les varices, les hernies, les tumeuis strumeuses; les cancers, lebronchocèle; les gibbosités, les pieds bots, les tumeurs blanches ; plusieurs lésions organiques des os sont étudiées avec beaucoup de détails sous le nom de pœdarthrocaces, etc. Ce livre contient un nombre considérable d'observations du plus haut intérêt; Haller en a cité quelques-unes (BiZ>/. chir. I, p. 320 etc.). Rappelons le fait relatif à un cancer gélatiniforme des os de l'épaule, du bras, etc. 2° De efficaci medicinâ quâ Herculeâ quasi manu armatâ cuncta mala proteruntur {i^AQ) . Ici, Séverin fait ressortir les avantages de l'instrument tranchant et des cautérisations, et en pose les indications ; plusieurs faits sont ajoutés à ceux que renferme le livre précédent. 3" Trimembris c/uVwr^ia (1653); c'est un ample traité d'hygiène et de matière médicale chirurgicales. 4" ViperaPythia (1651), de la vipère, de sa morsure, de son traitement; l'auteur consacre bien des préjugés qui régnaient encore à son époque.
On doit reprocher à Séverin d'avoir exagéré l'emploi du feu et des caustiques,
de n'avoir pas suffisamment connu les cas où l'instrument tranchant est préfé-
;v rable, d'être resté fort inférieur sous ce rapport aux chirurgiens de l'antiquité ,
" d'avoir montré trop de confiance dans les topiques etc. Mais il a eu le mérite de
' reporter nos regards vers la haute chirurgie si souvent délaissée, de nous léguer
plusieurs importantes observations et quelques préceptes pratiques dont nous
pouvons vérifier la justesse auprès des malades ^
' Professeur à Padoue, Pierre de Marchettis (mort en 1673) mit aussi en honneur
1 Trompés par le litre pompeux que Séverin a donné à sa cliirurgie elficace, plusieurs historiens n'en ont pas saisi le véritable caractère. Nous aurons bientôt à y revenir.
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une thérapeutique chirurgicale active, mais plus réservée, ainsi qu'où peut le voir dans son principal ouvrage Observalionum medico-chirurgicarum rariorum sylloye (1664), recueil de soixante-neuf observations remarquables dont plusieurs sont restées classiques par les circonstances qu'elles présentent, l'exactitude du diagnostic, les procédés ingénieux employés dans leur traitement. Dans ce livre, se trouvent trois traités sur les ulcères et les fistules de l'anus et de l'urèthre, sur le spina-ventosa.^ Faits majeurs concernant lesplaiesde la tète, de la face, du cou, du thorax, de l'abdomen, les corps étrangers deFurèthre, du vagiu, du rectum, l'atrésie de la vulve, la chute de l'utérus etc. Voy. aussi le Compendium d'anatomie. Le réveil de la chirurgie dura peu en Italie ; après Séverin et Marchettis l'art et la science languissent et rétrogradent.
France. Pendant une partie du dix-septième siècle, le sort de la chirurgie ne fut pas plus heureux en France. Les luttes du collège de Saint-Cônie et de la faculté se renouvelèrent ; celle-ci, à la suite d'obscures intrigues, obtint undécret qui resta quelque temps en vigueur et par lequel les chirurgiens et les barbiers furent réunis dans une même corporation ; la chirurgie exclue de l'Université s'abaissa de nouveau et perdit en grande partie cette dignité, cette indépendance pour lesquelles elle avait si vivement combattu. Cet événement a inspiré àOuesnay quelques phrases éloquentes : « Le spectacle qu'offrent ces désordres ne peut inspirer que de l'indignation : un ancien collège, ouvrage de deux grands rois, est dégradé lorsqu'il est le plus utile; ses titres sont effacés; il est séparé des Sociétés savantes malgré tant d'édits qui en formaient les liens. Elles l'avaient adopté par leur estime et par leurs décrets; mais il leur prêtait à son tour un nouveau lustre par les lumières dont il brillait. Dépouillé aujourd'hui de ses titres, de ses privilèges, il n'est plus qu'un objet de mépris pour les facultés etc. » Quesnay exagère l'importance du collège de Saint-Côme, mais eu le frappant, ou frappe de même la chirurgie entière dans toute notre patrie ; on la sépare violemment de la médecine ; on la relègue fatalement dans un rang subalterne ; on brise son essor en la renfermant dans le plus étroit domaine, en lui imposant les plus rudes servitudes. Dès lors, le zèle et l'émulation s'affaiblirent.
Il y eut pourtant quelques esprits élevés qui engagèrent une lutte généreuse pour maintenir l'honneur de l'art. S'ils n'exercèi^ent pas au loin l'influence que méritaient leurs efforts, ils conservèrent du moins les traditions chez leurs disciples, en attendant des temps plus heureux. Nous nommerons Covillard, Lambert, Boirel, Foionier, Tassin etc. Covillard se recommande spécialement par « ses observations pleines de remarques curieuses » 1659, et se rapportant particulièrement aux calculs vésicaux, à la lithotomie, aux hernies, aux plaies, etc. Lambert (Antoine), chirurgien de Marseille, a écrit ses Commentaires sur la carie (1656) et sur divers points de chirurgie (1677; (ulcères malins, fistules eu général et eu particulier, abcès)'.
Pendant que la chirurgie est stationnaire ou i"étrograde en France et en Italie, elle prend dans les contrées du Nord un développement inconnu jusque-là.
Allemagne. A l'exemple de Schenkius, Henry de Hers et Salmuth entremêlent dans leurs importants recueils, les observations de chirurgie et celles qui appartieuncut à la médecine. Jessenius à Jessen, Sebizius (Melchior, 1578i 671) professeur ta Strasbourg comme son père, furent avant tout de savants et
' Vers la fin du dix-septième siècle, on peut signaler plusieurs publications chirurgicales i|ai prouvent, dans leurs auteurs, une véritable science et un remarquable talent d'ubservnlion.
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judicieux compilateurs. Galien est le principal guide de Sebizius. Scultet (Joau) d'L'Iin (1595-1645), élève à Padoue deSpigel et de Marchettis, réunit dans soit Armamentariitmchirurgicum (1655), l'ensemble des instruments et des appareils principaux usitésjusqu'àlui, en y enajoutant de nouveaux. Au lieu de simplifier la pratique chirurgicale, il semble viser à la compliquer. Cependant son livre a un avantage incontestable : en mettant sous les yeux de ses lecteurs les objets déjà connus, il permet d'éviter le danger trop commun de les inventer plusieurs fois. Scultet a publié des faits chirurgicaux intéressants. Glanâorp Matthieu (1596- 1636), né à Cologne, docteur de l'école de Padoue, exerça la chirurgie à Brème.
\\\ se distingue par son expérience autant que par son érudition. Ses théories sont entachées degalénisme, mais l'observation le ramène fréquemment dans la véritable voie, dès qu'il s'agit des indications et de la manière de les remplir. Il rapporte des faits particuliers sur les plaies, spécialement les plaies de tête, l'application du trépan, l'incision de la dure-mère, etc., sur le panaris, les polypes des fosses nasales, les cautères, les sétons, etc. Voy. Spéculum chirurgicum^ de
j. vulneribus (1619) ; de paronycliiâ (1625) ; de polypo narium, etc. Bohn (1640- 1718) professeur à Leipsick, embrassa les diverses branches de l'art médical, publia des écrits sur plusieurs questions chirurgicales, et se rendit particulièrement célèbre par ses travaux de médecine légale (voy. De renunciaiione vulnerum, de medicinâ forensi). Ammann (Paul), (1654-1691), professeur aussi à Leipsick, se distingua par la critique à laquelle il soumit les divers systèmes, et par ses études médico-légales {Praxis vidnerum lethalium. 1690). Puimann (Matthieu-Godefroi), médecin militaire, est un des plus éminents chirurgiens allemands du dix-septième siècle. Il conserve encore quelques-uns des préjugés de son époque et de son pays, accorde trop de confiance à quelques topiques peu actifs; mais, grâce à une ra^e sagacité unie à une grande expérience, il comprend l'importance d'une intervention chirurgicale énergique, et manie avec vigueur et habileté le feu et surtout l'instrument tranchant. On trouve une foule d'observations curieuses concernant toutes les parties de la chirurgie, non-seulement dans sa Chirurgia curiosa (1694) et ses Ciiriofœ ohservationes chirurgicœ (1710), mais aussi dans les traités qui semblent se rapporter plus particulièrement aux traumatismes. Il est peu de maladies chirurgicales importantes dont il ne rapporte des exemples saillants ; il a pratiqué bien des opérations délicates et majeures ivoy. le l'ésumé de Haller. Bibl. chir. 1. 1, p. 445, etc.).
Suisse. Bonet Théophile (1620-1689) publie son Sepulchretum, des traités complets de médecine pratique extraits des meilleurs auteurs, etc. Quoique simple traducteur ou compilateur, il exerça une certaine influence sur la chirurgie, en traduisant en français la Médecine efficace de M. A. Se'verin, les Observations chirurgicales de Fabrice de Hilden extraites de ses divers ouvrages ; les observations chirurgicales tirées des œuvres latines des plus habiles chirurgiens de notre temps (F. Plater, Marchettis, etc.). Bonet s'attache aux maîtres modernes, aux bons observateurs, et vulgarise leurs travaux. Les deux Félix Plater ne sont point des chirurgiens ; mais, à l'exemple de médecins distingués de différents pays, ils placent dans leurs recueils, des faits remarquables de chiruro'ie. Wepfer Jean-Jacques (1620-1695), expérimentateur aussi ingénieux qu'infatigable, ouvre une voie plus large et plus solide pour l'étude du mode d'action des médicaments, et recueille des faits chirurgicaux relatifs aux maladies de la tête, de la face, de la vessie, de l'utérus, etc.
Pays-Bas. Tant que la Hollande fut soumise au joug espagnol, elle n'eut
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guère d'existence scientifique et politique distincte; mais dès qu'elle eut conquis sa liberté par la force des armes, elle déploya dans toutes les directions une ardeur et une indépendance d'autant plus grandes, qu'elles avaient été plus longtemps comprimées. Vers la fin du seizième siècle, les arts, les sciences, le commerce, l'industrie, prirent le plus rapide essor ; ses Universités se peuplèrent de professeurs qui purent rivaliser avec ceux de tous les autres pays ; elles acquirent une haute célébrité. Elle compta dans ses rangs des savants qui se distinguèrent dans les diverses branches de l'art de guérir. La chirurgie fut cultivée non-seulement par ceux qui s'y livraient d'une manière spéciale, mais aussi par des médecins qui embrassèrent l'art médical tout entier, et par des hommes qup recommandèrent surtout leurs études anatomiques. Parmi les médecins, nous signalerons Pierre Foreest, Thomas Fienus, Nicolas Tiilpius, etc. Le premier a écrit une série de traités sur les maladies distribuées d'après leur siège, et deux recueils étendus de faits chirurgicaux. On lui reproche de conseiller une chirurgie trop médicale, et de redouter les opérations. Thomas Fienus a étudié la chirurgie en Italie, il a vu pratiquer les autoplasties par Tagliacozzi, et se montre partisan du fer, du feu, du trépan, de la taille, de la laryngotomie, de la paracentèse, de l'opération césarienne, des autoplasties, etc. Voy. son Traité de cauteriis (1598) où il s'occupe très-longuement des caustiques et de la pyrotechnie; son livre De prcecipuis artis chirurgicœ controversiis , lib. Xll, publié par Conrin- ^ius (1649). Les anatomistes Rinjsch,Paw, Muys, Nuck,Fonleyn, etc. apportèrent tous leur tribut à la chirurgie. Dans son Observationum rariorum ana- Ircta (1641), Fonteyn a réuni vingt-deux observations ; rappelons une amputation de l'utérus en état de prolapsus, une opération de laryngotomie pratiquée liabilement et avec succès. L'ouvrage de Nuck : Operadones et expérimenta cliirurgica (1698) est un assez bon résumé de chirurgie, et se termine par une étude sur la transfusion du sang, dont l'auteur se montre partisan. Paul Barbette dont les écrits furent longtemps estimés, n'est guère qu'un compilateur dans sa Chirurgie enrichie des observations modernes, publiée en Hollandais (1657), de même que dans sr Praxis medica. En anatomie, il mai'que mieux qu'on ne l'avait fait avant lui, les rapports de cette science et de la chirurgie : son ouvrage peut être considéré comme un premier essai bien imparfait d'anatomie chirurgicale. SoUngen est tout à la fois un accoucheur et un chirurgien distingué, ainsi que Roonhnysen (Henri) qui donne d'excellents préceptes sur l'opération du bec-dc-lièvre. Job à Meekren fut aussi un chirurgien très-remarquable, et démontra que l'on avait souvent confondu des polypes utéro-vaginaux avec le prolapsus utérin, et que l'on avait cité comme des amputations de mîitrice, des ablations de tumeurs polypeuses. Dans les collections d'observations de ces auteurs, on rencontre des histoires pleines d'intérêt relatives à des affections chirurgicales les plus variées ; des exemples de cas difficiles dans lesquels ces praticiens rappellent souvent pour la déterminatiion des indications et la manière de les remplir, les pi'éceptes des grands maîtres, et agissent comme nous le ferions aujourd'hui *. Roger de Roonhitysen, inventeur d'un levier à l'aide duquel il terminait rapidement des accouchements laborieux, imprima une tache à son nom en faisant un secret de sa découverte. Van Home, élève des écoles
* En étudiant attentivement les faits publiés par ces auteurs et empruntés à leur pratique, on reconnaît qu'ils ont pris surtout pour guide l'étude de la nature, qu'ils ont souvent trouvé par eux-mêmes les ressources dont ils ont fait usage, et qu'ils contrôlent par l'expérience tout ce que la tradition leur a appris.
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italiennes, avant d'être professeur à Leyde, résume dans son Co^npendium, en les combinant judicieusement, les doctrines de ses maîtres, et les confirme par des faits qui lui appartiennent. Doué d'une grande justesse d'esprit, plein d'enthousiasme pour son art, il eût contribué sans doute largement à ses progrès, s'il n'eût été enlevé par une mort prématurée. Les observations médico-chirur» gicales de Stalpart van der Wiel méritent d'être citées avec le plus grand honneur; il compare les faits du même genre pour s'élever à des notions générales en faisant ressortir leurs analogies et leurs différences.
Danemark. Durant une grande partie du dix-septième siècle, la chirurgie, opprimée par les médecins, resta presque toujours dans un rang subalterne; le monopole des opérations fut réservé à des hommes illettrés : on dut se borner à ■quelques pratiques routinières. Le collège des chirurgiens pouvait seul maintenir la dignité de cette branche de l'art de guérir : il comptait sans doute dans ses rangs des anatomistes et des opérateurs éminents, des hommes attachés aux recherches positives ; mais leur nombre était peu considérable, l'organisation du collège encore imparfaite. Ils furent constamment vaincus dans leur lutte avec les médecins, auxquels on accordait une grande supériorité scientifique, une connaissance profonde de la tradition puisée dans les textes grecs et latins, le droit absolu de diriger, de contrôler, d'enseigner la médecine et toutes ses parties. Doués d'un esprit large et libéral, quelques médecins, comme les Bartholin, écrivirent sur les sujets les plus divers, placèrent sur le même rang la chirurgie et la médecine, dont ils proclamèrent l'indissoluble union, et maintinrent la dignité du chirurgien, comme le faisaient Magatus, Séverin, Marchettis, etc. Mais la plupart des médecins, et parmi eux des hommes fort distingués, tels qu'Olaiis Worm, Kûster, etc., traitèrent avec dédain l'anatomie et la chirurgie; celle-ci languit pendant toute cette période et ne se releva que plus tard.
Angleterre. Dans le seizième siècle et au commencement du siècle suivant, la chirurgie fut très-peu cultivée en Angleterre et se montra bien inférieure à la chirurgie de la France et de l'Italie. Les ouvrages les plus estimés ont peu d'originalité, ne représentent pas le progrès et ne reproduisent que très-imparfaitement les doctrines des médecins contemporains que leurs auteurs ont pu consulter. C'est ce dont on peut s'assurer en lisant les publications de Banister (Jean) et particulièrement sa chirurgie en six livres (tumeurs, plaies, ulcères, fractures, luxations, antidotaires). La thérapeutique des topiques y tient la plus grande place. Une remarque analogue s'applique aux œuvres de Read, qui a traité les mêmes sujets. Richard Banister, neveu de Jean, s'est occupé spécialement du bec-de-lièvre, du torticolis, des maladies des oreilles et des yeux. L'appendice ajouté à la traduction de V Ophthalniologie de Guillemeau prouve que Banister, fort peu avancé en théorie, n'en est pas moins un très-bon observateur et un opérateur exercé. Malgré .'exemple donné par Banister et quelques autres médecins anglais, la Grande-Bretagne fut plusieurs fois tributaire de chirurgiens étrangers : le lithotomiste hollandais Grœnvelt ne rencontra pas de rivaux à Londres où il se fixa. Grœnvelt essaya de britanniser son nom en se faisant appeler Greenficld.
Au milieu du dix-septième siècle, Wisejyian (Richard) apparaît. Son influence 1 sur la chirurgie anglaise ressemble à celle de Paré sur la chirurgie française, cent cinquante ans auparavant. Avec un génie moins vigo\ireux et moins inventif que Paré, il a comme lui un ardent amour pour la science, un esprit ferme et droit, un jugement sûr, cette sagacité qui sait discerner la vérité au milieu
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des opinions contradictoires, cette franchise et cette loyauté qui le déterminent à raconter ses revers aussi bien que ses succès. Wiseman connaît les principaux travaux contemporains; il les apprécie et les modifie en s'appuyant sur les faits nombreux qu'il recueille aux armées et dans la pratique civile. Wiseman est un bon observateur, un écrivain méthodique qui décrit avec clarté les objets qui se sont présentés à ses yeux; c'est un chirurgien sage, mais un peu timide. 11 n'abuse pas du feu comme Séverin, et fait plus volontiers usage de l'instrument tranchant; mais il hésite devant les grandes opérations, met trop de confiance dans les topiques, et perd souvent l'occasion d'agir par des moyens plus efficaces en insistant longuement sur les premiers.
Ilaller dit de lui : « Subtilissimos artis apices non persecutus, in parte medicamentariâ uberior, in operationibus parcior. »
Son principal ouvrage a pour titre : Se verbal Chirurgical Treatises, 1676, et se compose de huit traités ; l'auteur pose d'abord les préceptes, après eux viennent les faits. Il s'occupe successivement des tumeurs, des ulcères, des maladies de l'anus, des scrofules, des plaies, des plaies par armes à feu, des fractures et des luxations.
Les astringents et la compression suffisent habituellement pour la guérisou des varices; leur excision entre deux ligatures peut être utile, mais il n'y a jamais eu recours. Les bandages, les astringents, les cscharotiques peuvent triompher des anévrysmes ; exemples de succès : quand ces moyens ne réussissent pas, il place des ligatures et incise la tumeur. L'hydrocèle par infiltration et par épanchement sont réunies sous un même nom : dans le premier cas, employez des scarifications ou le séton; dans le second, la ponction suivie de l'introduction d'une canule. Le péritoine est intact dans les hernies inguinales. La hernie ombilicale, rarement dangereuse, donne lieu à des coliques, à des vomissements ; elle est difficile à contenir : cas de guérison par la compression. Dans le débridement des hernies étranglées, il se sert de la soude cannelée. Études sur l'empyème, les tumeurs enkystées, les divers genres d'ulcères et de vieilles plaies, (es chutes du rectum, les hémorrhoïdes, les condylomes, etc.; dans la fistule à l'anus, la ligature est préférée à l'incision; de là, des insuccès, des guérisons imparfaites.
Le traité des scrofules renferme des recherches intéressantes et étendues sur les tumeurs strumeuses, le spina-ventosa, les exostoses, les caries ; la description d'opérations hardies qu'il entreprit pour enlever des tumeurs volumineuses situées dans des régions riches en vaisseaux, pour réséquer des os, etc. Il eut à lutter contre des hémorrhagies abondantes ; plusieurs de ses malades succombèrent. Ses travaux les plus importants sont ceux qui se rapportent aux fractures, aux luxations, et mieux encore aux plaies, aux blessures par armes à feu et particulièrement aux traumatismes de la tête. Comme Paré, Magatus, etc., il s'éleva contre l'abus cïes tentes, des plumasseaux, des pansements trop fréquents,, mais il prescrit fréquemment encore les poudres, les onguents, les emplâtres, etc. Les coi^ps étrangers dont l'extraction immédiate est difficile sont souvent détachés et entraînés par la suppuration. Dans les plaies des articulations par armes à feu, dans le sphacèle des membres, il ne conseille l'amputation que lorsque les désordres ne laissent aucune chance dé conserver le membre : ce j)iécepte a dû occasionner la mort de bien des malades qu'on aurait pu sauver. Après les amputations, le styptique royal (inventé depuis peu) pourra, dans bien (des cas, remplacer la ligature des vaisseaux; mais sur le champ de bataille l'on
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aura recours au cautère actuel, afin d'arrêter les hémorrliagies et de préserver les chairs de la putréfaction. Wiseman a étudié mieux que ses prédécesseurs un ensemble d'affections articulaires qu'il a réunies sous le nom commun de tumeurs blanches.
Autour de Wiseman se groupent de nombreux élèves instruits par ses enseignements, entraînés par ses exemples. En moins d'un demi-siècle, une grande école anglaise est constituée. Aux travaux contemporains dont elle s'empare, elle joint ses propres travaux. Cette école prend un rapide développement. A dater du dix-huitième siècle, la chirurgie anglaise rivalise avec celle des pays les plus favorisés auxquels elle dispute le premier rang, fournit des hommes de la plus haute valeur, se recommande par l'importance de ses découvertes.
Résumé du dix-septième siècle. Quand on porte un regard d'ensemble sur cette époque, on est frappé de deux faits principaux : la science chirurgicale pénètre partout ; on publie un nombre considérable de monographies et d'observations particulières.
La chirurgie ne jouit point encore de l'estime générale qu'elle méritera et qu'elle obtiendra par la suite; bien des préjugés pèsent sur elle; la plupart des chirurgiens sont des hommes illettrés que l'ignorance rend tantôt timides, tantôt téméraires, et qui subissent le joug des médecins : cependant le niveau général s'est élevé; des connaissances précises se sont vulgarisées, parce qu'on a pu étudier quelques bons livres et s'arracher plus souvent à la routine. En même temps on a vu s'accroître le nombre des chirurgiens instruits, qui joignent les enseignements de l'expérience à ceux de la tradition. Presque exclusivement bornés jusqu'alors à l'Italie et à la France, ils se rencontrent maintenant dans tous les pays, se font part de leurs découvertes, rivalisent de zèle et réclament des droits trop longtemps méconnus.
Les monographies et les recueils d'observations particulières se multiplient îvcc une remarquable rapidité. Les anatomistes, les médecins, les chirurgiens y prennent une égale part. Aux noms des observateurs que nous avons déjà cités, on pourrait joindre ceux de Hœchstetter, Boot, des Bartholin, d'Horstius, Hœfer (luxations traumatiques des vertèbres), Rhodius, Highmoro, Forti, etc. Dans les observations physico-médicales de Péchlin, on lit des documents intéressants sur les polypes, la paracentèse, les calculs, la lithotomie, les maladies utérines; les observations chirurgico-médicales d'Ido-Wolf contiennent bien des faits concerjiant les tumeurs, le sarcocèle, les plaies de tête, du cœur, des poumons, du bas-ventre, les luxations des vertèbres, etc. {voy. pour les détails le Dict. Iiist. de Dezeimeris, aux noms que nous avons indiqués). Quant aux monographies, on pourra se faire une idée générale de leur nombre, en consultant le tome 1 de la bibliothèque de Haller, depuis la page 240 jusqu'à la fin. Rappelons les monographies de Glisson sur le rachitisme, de Verduin sur l'amputation de la jambe à lambeau, etc.
En réunissant les monographies principales écrites sur un même sujet, on le \oit sous plusieurs aspects, sous plusieurs formes ; on se trouve en présence des diverses doctrines appartenant aux différentes époques, on peut les juger en les comparant entre elles et avec les faits qui ont été recueillis. Il y aura d'abord bien des confusions, des incertitudes, mais la méthode est boimc; les maîtres ont laissé d'excellents modèles; peu à peu la lumière se fera. Cette tendance à refaire l'édifice chirurgical dans chacune de ses parties, afin de mieux le reconstruire dans son ensemble; cette disposition à invoquer l'autorité des faits se re-
trouve même dans les écrits qui embrassent la chirurgie dans son entier ou dans des sections très-étendues ; partout les observations particulières se placent à côté des préceptes. Nous remarquerons que les hommes les plus éminents, aprèsavoir écrit des monographies ou des traités plus considérables, publient des recueils d'observations. La chirurgie active gagne ainsi du terrain. On ajoute encore une importance exagérée à un traitement purement interne, aux topiques qui sont employés d'après des théories souvent erronées; mais l'utilité d'une chirurgie plus efficace se fait sentir. Dans un certain nombre de cas, les chirurgiens imitent la hardiesse des anciens ou la dépassent ; ils le font avec succès, grâce à des procédés nouveaux, à des connaissances anatomiques plus précises. On se pose les grandes questions thérapeutiques : dans quelles circonstances, dans quelles limites devra-t-on avoir recours aux médications internes, aux onguents et aux balsamiques, au feu ou à l'instrument tranchant? La chirurgie efficace, ainsi que la nomme Marc-Aurèle Séverin, a pourtant peu de prosélytes, parce que son emploi demande beaucoup de science, d'exercice, d'habileté ; ceux même qui la vantent le plus, en parlent fréquemment d'après les autres et ne l'ont mise en usage qu'avec une grande réserve.
Séverin, imitant les Arabes, se livre à de longues études relatives à la pyrotechnie, étend au delà de toute mesure les applications des caustiques et du feu, en soumettant ses malades à des traitements douloureux, longs et fréquemment intempestifs. Les préceptes de Séverin trouvèrent des partisans; car le feu ne paraît pas avoir des dangers aussi immédiats que le fer, il est d'un maniement plus facile. En examinant attentivement les écrits de Séverin, l'on constate, comme nous l'avons remarqué, qu'il ne fait pas à l'instrument tranchant une part suffisante ; qu'il est, sous ce rapport, inférieur aux chirurgiens anciens, à plusieurs de ses prédécesseurs et de ses contemporains; que, dans bien des cas, il conseille d'après les autres, des procédés qu'il n'a pas mis en pratique, etc. Néanmoins, évitons des exagérations dont on n'a pas toujours su se défendre ; nous pourrions citer plusieurs grandes opérations devant lesquelles il n'a point hésité.
Ainsi le dix-septième siècle se pose plus nettement les problèmes fondamentaux de la pathologie et de la thérapeutique chirurgicales, et possède un ensemble plus considérable de matériaux anciens et modernes propres à les résoudi'e. 11 connaît aussi et applique d'une manière plus générale la vraie méthode, celle qui s'appuie particulièrement sur l'expérience et l'observation. Il peut, bien mieux qu'on ne l'a fait jusque-là, remonter le cours des âges et retrouver la chirurgie antique enrichie par tous les travaux accomplis à travers les siècles.
L'œuvre du dix-septième siècle ressemble à celle du seizième; c'est donc, avant tout, une préparation à la constitution de la chirurgie qui cherche à reprendre partout la position qu'elle occupait dans la Grèce antique, chez les Alexandrins, et qu'on lui refuse depuis si longtemps. Pour cela, il fallait relever la chirargie, en montrant qu'elle a son domaine propre qui est très-vaste, ses doctrines, son code, ses procédés, ses agents; qu'elle intervient à chaque instant dans le traitement des maladies internes, qu'elle exige les connaissances médicales les plus étendues et les plus positives; il fallait en même temps relever la profession en répandant les lumières parmi ceux qui l'exercent. De grandes réformes étaient donc nécessaires afin d'enlever aux médecins des motifs réels ou des prétextesdont ils faisaient usage pour subalterniser la chirurgie et les chirurgiens. Quelques hommes supérieurs avaient poursuivi ce but avec énergie ; mais leurs ef-
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forts trop isolés n'avaient pas suffi pour l'atteindre. Leur nombre s'accroît au dix-septième siècle; on sent le besoin d'institutions qui réunissent les chirurgiens, qui forment des corporations destinées à servir tout à la fois l'art et la science, en coordonnant et centralisant les efforts; on prélude à leur organisation.
Dixième époque. Secoinde période. Dix-huitième siècle. Nous avons vu combien la chirurgie a été lente et irrégulière dans son évolution depuis le quatrième siècle de notre ère. Après le septième siècle, elle se réfugie chez les Arabes, oii elle languit. Le traité du chirurgien arabe le plus estimé, Abulcasis, est généralement inférieur aux compilations d'Oribase, Aëtius, Paul d'Egine. L'art et la science décroissent encore dans le moyen âge. Relevés un instant avec Guillaume de Salicet et Lanfranc, ils s'affaissent de nouveau jusqu'au moment où Guy de Chauliac leur communique une impulsion plus vive que tous ses prédécesseurs; ce mouvement se ralentit ensuite pour prendre un plus grand essor avec l'école d'Ambroise Paré et celle de Vésale. Nous arrivons ainsi au dix-septième siècle. Les doctrines des maîtres français et italiens se répandent rapidement dans les diverses contrées de l'Europe, qui produisent des maîtres à leur tour. L'élan est général, il ira toujours en s'accroissant ; de grands progrès se sont réalisés durant ces deux siècles. Cependant si la chirurgie de cette époque est supérieure en divers points à la chirurgie antique, elle lui reste inférieure sous plusieurs autres. Mais elle connaît les causes du mal dont elle souffre et les obstacles qui l'ont constamment arrêtée. Les chirurgiens éminents de tous les temps les ont signalés et combattus : elle va redoubler d'énergie pour les vaincre. Le dixhuitième siècle se distingue de tous les autres parle rôle qu'il a su remplir. Ici la France prend l'initiative et se met bientôt au premier rang. Nous examinerons rapidement les institutions chirurgicales, quelques œuvres saillantes, les découvertes les plus importantes relatives aux principales branches de la chirurgie. Première section. Institutions chirurcjicales. 1. France. 1" Circonstances préparatoires. Le dix-septième siècle est moins stérile en France que ne l'ont pensé plusieurs historiens. Aux écrits et aux auteurs que nous avons déjà signalés, nous pouvons ajouter Girautt (opérations de chirurgie, 1610); Vigier (des ulcères et des tumeurs), Michon (observations sur la vipère) ; Tolet (lithotomie) ; Me'ry; les trois Verduc (des fractures et des luxations, le maître en chirurgie, etc.); La Charrière, La Yaugmjon, Daniel Leclerc (opérations, chirurgie complète) ; Belloste (chirurgien d'armée, etc). Dionis et Duverney appartiennent au dix-septième siècle. Si quelques-uns de ces auteurs ne brillent point par l'originalité, s'il en est qui n'ont profité que médiocrement des découvertes contemporaines, on en rencontre aussi qui se font remarquer par des recherches majeures et des aperçus tout à fait nouveaux : la plupart sont parfaitement au courant de la science, la résument avec méthode et clarté, en appliquent habilement les préceptes dans la pratique et enrichissent leurs ouvrages d'observations digues d'intérêt. Ils comprennent l'importance ; de la chirurgie, les devoirs qu'elle impose, les connaissances qu'elle réclame, et soutiennent la dignité de l'art et leur dignité personnelle, mieux que beaucoup de médecins de leur époque qui ont mérité plus d'une fois les traits dirigés contre eux par Molière {voy. Daremberg, médecins de Louis XIV, dans ses Études sur la médecine, histoire et doctrines). Nous signalerons lamofie (Mauquest de), auteur d'un bon traité des accouchements et du traité complet de chirurgie (1722, puis 1771, édit. de Sabatier). Malgré son titre, cet ouvrage
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passe sous silence bien des parties de la chirurgie, mais il contient des faits instructifs dont quelques-uns sont restés classiques.
Bicnaise, opérateur hardi et heureux, chirurgien de Louis XIV, et Roberdeau que ses talents conduisirent aussi à de hautes positions, eurent tous es deux la noble pensée de l'elever la chirurgie et de réveiller l'amour de la science en favorisant son enseignement. Ils rétablirent dans les écoles
sieurs charges de démonstrateurs d'anatomie et de chirurgie et assurèrent à leurs frais le traitement annuel de ceux à qui elles furent confiées.
Louis XIV combla de richesses et de faveurs tous les chirurgiens attachés à sa personne et à sa famille, tels que Beissier, Clément, Félix. Mareschal; les grands seigneurs imitèrent son exemple. Cette estime dont lurent entourés quelques chirurgiens, rejaillit sur le corps tout entier, excita l'émulation. Chacun sentit le désir de remplir dignement sa tâche, de marcher sur les traces des hommes que nous venons de citer, en travaillant à la fois pour la science et pour les malades. Dans les classes élevées de la société, l'on apprécia mieux l'impoi'tance de la chirurgie, en tenant compte de ses services. Plusieurs chirurgiens furent appelés à l'Académie des sciences. Sous les inspirations de Félix et de Mareschal, Louis XIV en 1671, réforma l'école du Jardin des plantes et reconnut que l'enseignement des spécialités chirurgicales, devait être réservé à des chirurgiens, et non à des médecins qui ne les avaient étudiées qu'en passant et d'une manière superficielle. Dionis, chirurgien de la reine, fut nommé professeur d'anatomie et de médecine opératoire, et obtint de brillants succès. *. Signalons ici une circonstance sur laquelle Dezeimeris a insisté l'un des premiers, et dont on pourrait aisément fournir les preuves : il existait dans les hôpitaux de Paris une sorte d'enseignement chirurgical clinique, peu régulier sans doute, mais qui donnait aux élèves le goût de l'observation et des habitudes pratiques. Les chirurgiens de ces établissements s'empressaient de conduire auprès de leurs malades, de foire assister à leurs opérations, des disciples, des confrères, des amis, des étrangers attirés par la réputation de quelques professeurs éminents. Ces leçons de clinique existaient déjà pour les internes, du temps de Paré qui en sentait tout le prix; elles avaient acquis un plus grand développement. Saviard, chirurgien de l'IIotel- Dieu pendant dix-sept ans, pratiqua des opérations majeures, se livra spécialement à l'enseignement au lit des malades et recueillit plusieurs observations qui ne furent publiées qu'après sa mort. Elles sont relatives aux hernies, aux anévrysmes traités par l'incision et la double ligature de l'artère, à des accouchements laborieux et aux accidents qui en sont la suite, à des imperforations de l'anus, aux calculs vésicaux, aux fistules, etc. Saviard décrit avec exactitude la fistule du canal de Sténon, un procédé ingénieux pour la guérir, etc^.
1 Dionis, dans son cours d'opérations, montre poui- la chirurgie un ardent enthousiasme qu'il devait communiquer à ses disciples. Tous les chirurgiens qui occupaient une haule posilion d:ins la pratique, justifiée par de fortes études, étaient convaincus delà valeur, de la dignité de leur art, et faisaient passer leurs convictions dans l'esprit des souverains, des princes, de la société d'élite dont ils avaient obtenu la confiance. C'est ainsi que la chirurgie gagnait du terrain dans l'estime des hommes inlluenls. Daremberg a donné une analyse assez étendue du ijailé des opéiations de Dionis (llist. des sciences méd., t. II, p. '.191, etc.). Le cadre du chirurgien français est plus large et surtout mieux rempli que celui des Italiens.
- ISous devons convenir que la médecine opératoire élait peu avancée en France, au temps de Louis XIV, en tenant compte du fait suivant. Le roi fut atteint d'une fistule à l'anus: Félix,, son premier chirurgien, l'un des opérateurs les pUis habiles ne son époque, eut besoin
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2° Lapeyronie. Écoles de Saint-Côme. Nous voyons comment on préludait à des réformes bien plus profondes qui se rattachent spécialement au nom de f>;ipcyronie. Par leurs talents, leurs services, leurs succès, leurs qualités aussi Ini liantes que solides, Mareschal et Lapeyronie surent conquérir l'estime et Taffection de Louis XV dont ils étaient les premiers chirurgiens. Ils appelèrent son attention sur la chirurgie et obtinrent pour elle des faveurs exceptionnelles. D'après leurs plans, cinq places de démonstrateurs sont créées dans l'école de Saint-Côme, de manière à embrasser en entier l'enseignement de i'anatomie et de la chirurgie. Les lettres patentes sont de septembre 1724; elles soulevèrent bien des orages. La Faculté de médecine soutint comme elle l'avait iliit dans plusieurs autres occasions, qu'à elle seule appartenait le droit d'enseigner les diverses branches de l'art médical : elle s'opposa violemment à l'exé- «ution de l'arrêté, mais ses injustes prétentions durent céder devant la résistance ci l'attitude fei-me des chirurgiens.
Cet enseignement parut incomplet à Lapeyronie, mais il ne voulut point imposer de nouveaux sacrifices au trésor, et pourvut lui-même à toutes les dépenses par une munificence presque royale. Un sixième démonstrateur fut nommé; son traitement dont Lapeyronie fit les frais, fut égal à celui des autres démonstrateurs : il faisait annuellement deux cours, l'un pour les chirurgiens, l'autre pour les sages-femmes. Le nombre des professeurs fut bientôt porté à douze par l'institution de six adjoints ; Lapeyronie se chargea de leurs Jionoraires : ainsi l'illustie chirurgien réalisa le vœu que la confrérie de Saint- Côme avait poursuivi depuis plusieurs siècles, et parvint au but qu'elle semblait ne devoir jamais atteindre. Il créa une véritable Faculté de chirurgie dont le personnel était nombreux et bien choisi, et partagea presque par moitié avec l'Etat les frais de cet établissement.
Lapeyronie voulut assurer les mêmes avantages à l'école médicale de Montpellier, sa patrie. Il demanda pour elle la création d'une école chirurgicale sur le modèle de celle de Paris. Cette ci'éation ne coûta rien au pays. Lapeyronie fit construire à ses frais de vastes locaux destinés à l'enseignement et aux travaux anatomiques et chirurgicaux ; ce fut aussi lui qui pourvut au traitement des huit professeurs titulaires ou adjoints qui donnaient un enseignement aussi complet que celui de l'école de Paris.
Durant sa vie, le chirurgien de Louis XV ne négligea rien pour donner les plus grands développements aux établissements qu'il avait fondés ; il voulut assurer leur avenir après sa mort. Dans un testament qu'on ne saurait trop admirer, il leur consacre sa fortune entière, continuant avec une largeur plus grande toutes les libéralités dont il avait été si prodigue en leur faveur. 11 laisse des sommes considérables pour construire des amphithéâtres, faire face à tous les frais de l'enseignement, créer une bibliothèque, fonder des prix annuels, exciter l'émulation, fournir aux chirurgiens les occasions et les moyens de perfectionner l'art et la science, etc. Les hôpitaux ne sont point oubliés ; en récompense de ses bienfaits, ils doivent fournir des sujets aux écoles de chirurgie, etc. Avant Lapeyronie, nul n'avait fait autant et aussi bien que lui. Parmi ses imitateurs aucun ne l'a égalé. La réunion des qualités les plus éminentes lui assura une carrière aussi brillante que rapide. Il ne poursuivit point les
de s'exercer longtemps avant d'entreprendre l'opération. 11 traita la fistule par l'incision, et le succès fut complet. 11 ne s'agissait que d'une opération simple, déjà familière à plusieurs eliirurgiens de l'antiquité.
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richesses, les honneurs, les distinctions, les titres qui vinrent en quelque sorte le chercher, sans qu'il les eût même désirés. Lapeyronie dépensait beaucoup pour la science et pour les malheureux qui occupaient le premier rangparmi ses malades, et dont sa charité soulageait toutes les misères *■ ; il laissa cependant une grande fortune. Les familles les plus considérables s'empressaient de demander les secours de son art, et lui témoignaient largement leur reconnaissance et l'estime qu'elles faisaient de son mérite.
En 1745 (25 avril), une déclaration du roi, conçue dans des vues élevéeset dignemement rédigée par d'Âguesseau, sépare à jamais des chirurgiens la compagnie des barbiers dont l'alliance ou les rapports avec la chirurgie l'avaient si souvent discréditée; exige des élèves une éducation libérale et des titres académiques ; relève la maîtrise en chirurgie, en rendant son accès difficile et imposant des examens sévères à ceux qui veulent l'obtenir.
En 1750 (4 juillet), l'école pratique de chirurgie est fondée; elle reçoit unenouvelle forme en mars 1760; en 1776 (décembre), on lui annexe un hospice de perfectionnement et un enseignement de cliirurgie clinique.
3" Lapeyronie. Académie de chirurgie. La création de l'Académie de chirurgie est l'événement le plus remarquable de l'histoire de la chirurgie moderne : quoique plusieurs chirurgiens tels que J.-L. Petit, Mareschal, etc., y aient contribué, on peut la rattacher plus spécialement à Lapeyronie. Approuvée par Louis XV en 1731 (12 décembre), cette société, composée de soixantedix membres, tient sa première séance le 18 décembre de la même année. En 1743, le roi recevait l'hommage d'un premier volume dans lequel étaient consignés les travaux recueillis pendant douze ans. L'entreprise de Lapeyronie dut paraître étrange au premier abord : il s'agissait avant tout de fondre enseniblr des chirurgiens appartenant aux diverses provinces de la France, d'établir l'harmonie entre des éléments hétérogènes, afin de les faire coniourir au même but, de transformer en académiciens plusieurs hommes dont l'éducatioi littéraire avait été fort négligée ; de lutter contre la malveillance des médecins.. Le succès était très-difficile, et cependant il fut complet. La France trou\.i en elle-même des richesses qu'on ne lui connaissait point, et sut déployer une admirable fécondité. Durant soixante ans, elle vit apparaître simultanément ou se succéder un grand nombre d'hommes d'élite dont les travaux réunis furent supérieurs à ceux des chirurgiens des autres pays, et maintinrent dans ses mains le sceptre chirurgical qu'on ne pouvait lui contester.
L'examen attentif de l'œuvre de Lapeyronie, nous initie aux secrets de ce génie organisateur qui embrassa dans un plan largement conçu, les réformes que la chirurgie réclamait en vain depuis bien des siècles, combina ses institutions de manière à les aicomplir toutes à la fois, et à porter notre art au degré de splendeur qu'il atteignit rapidement. C'est dans ces institutions querésidèrent les forces qui permirent de lutter contre des obstacles multipliés qu'on avait prévus et dont on parvint à triompher. Lapeyronie trouva autour de lui des hommes qui secondèrent ses efforts, mais il avait su les choisir.
* Dans sa clientèle civile, Lapeyronie comptait l'élite de la société; mais, loin de se laisser absorber par elle, il recherchait le service des pauvres. Non content de donner ses soins aux malades de l'hôpital de la Charité, dont il était chirurgien, Lapeyronie avait établi, dans son château de Marigni, un véritable hospice ouvert aux indigents. Ses fonctions d'inspecteur des hôpitaux de France le conduisirent plusieurs fois dans divers hospices, où il pratiqua de grandes opérations. Lapeyronie prit aussi une part considérable à l'organisation de la médecine militaire.
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Il possédait un merveilleux talent pour faire naître, préparer, mettre en œuvre les circonstances propres à seconder ses nobles projets. Il devinait le mérite et découvrait celui qui se cachait ; sa protection, son amitié, ses conseils appartenaient de droit à tous ceux qui se distinguaient ou qui avaient en eux les aptitudes qui les appelaient à se distinguer un jour; sa générosité ne leur faisait jamais défaut. C'est ainsi que Lapeyronie contribua souvent à développer, à mettre en lumière, les talents de chirurgiens célèbres qui sans lui seraient peut-être restés inconnus. Malgré son incessante activité, les occupations qui remplirent sa vie ne lui permirent guère d'écrire. L'histoire nous apprend qu'il pratiqua souvent avec succès de grandes opérations. Nous avons pourtant de lui quelques mémoires où il a consigné des faits qui lui appartiennent et des remai-ques neuves qui nous le montrent comme un excellent observateur.
En 1793, lorsque l'on abolit l'Académie de chirurgie comme les autres sociétés savantes, quoiqu'elle dût beaucoup moins à la munificence royale qu'à celle de Lapeyronie, cette grande institution avait déjà porté ses fruits. Plusieurs élèves de Saint-Côme, plusieurs membres de l'Académie, continuèrent, poursuivirent, perfectionnèrent les enseignements qu'ils avaient reçus. Grâce à eux et surtout à Desault, qui s'éleva au-dessus de tous les autres, et fut le chef de la grande école française de la fin du dix-huitième siècle et des trente premières années du dix-neuvième, notre patrie conserva la haute position qu'elle avait su conquérir. Dans le même temps, la médecine militaire compta dans ses rangs des hommes qui ont honoré la chirurgie et pris une large part à ses progrès.
II. Allemagne. L'Allemagne avait dans ses universités des chirurgiens distingués qui formèrent des disciples dignes de leur succéder; ils maintinrent au dehors par leurs écrits, la réputation de leurs maîtres. Mais c'était le petit nombre. La pratique de la chirurgie resta longtemps presque partout le partage d'hommes illettrés, la science ne se répandit point, parce qu'on négligea ces institutions chirurgicales spéciales qui devaient servir à la vulgariser.
Les leçons données dans l'amphithéâtre anatomique et le collège médicochirurgical fondés à Berlin, l'un en 1713, l'autre en 1744, reposèrent sur des bases très-étroites : il n'y eut là que de faibles imitations des écoles de Saint- Côme créées par Lapeyronie ; on n'y plaça que deux démonstrateurs pour l'anatomie et la chirurgie. Aussi ces établissements n'eurent que peu d'influence et ne servirent qu'à l'instruction des barbiers. Frédéric le Grand, également remarquable par son génie militaire et politique, protecteur des sciences et des lettres, promoteur des idées philanthropiques et philosophiques, créa l'Académie de Berlin sur le modèle de l'Académie des sciences de Paris. 11 aurait dû comprendre les services que l'on pouvait attendre de la Chirurgie. Cependant l'histoire constate avec étonnement qu'il ne fit rien de spécial en sa faveur. 11 eut à la tête du service chirurgical de ses armées, des hommes d'une incontestable valeur, tels que Boness, Schmucker, Mursinna, Bilgucr, ' Theden, etc. Mais la plupart de ceux qui occupaient un rang moins élevé, étaient dépourvus de science et possédaient seulement quelques habitudes pratiques renfermées dans le cercle des actes chirurgicaux les plus vulgaires.
L'enseignement chirurgical était encore plus déshérité en Autriche, même
ÔC4 CHIRURGIE (histoire de la).
sons Marie-Thérèse K Les hôpitaux, d'ailleurs peu nombreux, ne présentaient point les dispositions convenables pour l'instruction des élèves et le service des malades. Livrée presque partout depuis plusieurs siècles aux mains des barbiers, la Chirurgie bornée à quelques actes mécaniques, ne pouvait s'affranchn- du double joug qui pesait sur elle, le mépris public et la domination absolue des médecins. Quelques cbirurgiens habiles biillaient à la cour ou dans lès armées; mais la plupart étaient étrangers à l'Autriche ou avaient fait leurs études dans d'autres universités.
Lorsque l'empereur Joseph U monta sur le trône, et put exécuter librement les plans de réforme que lui avaient inspiré l'amour du bien, de fortes études, de longs voyages dans toutes les contrées de l'Europe, il fut frappé de l'avilissement de la Chirurgie et introduisit dans son enseignement et dans son exeicice les transformations les plus heureuses et les plus profondes. Ce prince n'ignorait point que la servitude si dangereuse pour tous les arts est surtout funeste pour la médecine, tandis qu'une juste indépendance et la considération éveillent le génie, excitent le zèle, provoquent et soutiennent les efforts si nécessaires aux progrès. Aussi s'empressa-t-il de doter la Chirurgie d'institutions larges et justes qui devaient mettre en relief son véritable caractère, assurer son indépendance et la rendre digne des droits, des privilèges, des titres et des honneurs qu'il n'hésita point à lui conférer. Prenant pour modèle l'organisation de la Chirurgie française, il s'efforça de la surpasser. Par ses soins, des hôpitaux civils et militaires s'élevèrent dans les villes principales de l'Autriche ; une école de chirurgie médicale supérieure à toutes les écoles du même genre qui existaient alors en Europe, fut fondée à Vienne, dans un de ses plus vastes hôpitaux. On y créa une bibliothèque considérable et bien choisie, on y plaça une riche collection d'instruments de mathématiques, de physique, de chimie, d'objets d'histoire naturelle, de pièces naturelles ou artificielles d'anatomic normale et morbide, de pathologie, un arsenal complet de chirurgie, où se trouvaient réunis les instruments, les machines, les appareils. Six chaires attachées à cet établissement furent confiées à des professeurs éminents qui s'étaient perfectionnés en parcourant à ses frais les grandes universités : l'empereur Joseph voulait que l'enseignement fût aussi solide qu'étendu, que la pratique servît toujours de base à la théorie; la clinique vint occuper le premier raiig^.
Joseph II trouva des imitateurs chez les autres souverains de l'Allemagne ; ils virent comme lui le but que l'on devait atteindre, mais laissèrent également des imperfections dans l'exécution. Des modifications successives amenèrent de nouveaux progrès qui se poursuivent encore aujourd'hui.
m. Danemark. En Danemark, la lutte continue entre les médecins et les chirurgiens; les premiers, dédaignant l'anatomie et la chirurgie, veulent néanmoins conserver le droit exclusif de les enseigner; il est vrai que leurs leçons ne s'adressent guère qu'à des barbiers. Quelques vrais chirurgiens, tels que les deux [ Criiger, se livrent dans leurs maisons à des dissections et transmettent à des disciples choisis de saines traditions chirurgicales. Forcés de quitter leur patrie, * Simon Criiger et son fils se réfugient en France, trouvent un généreux accueil au- ■
* Îlarie-Thérèse chargea van Swiéten d'organiser, sur un nouveau plan, l'Universilé de ^
Vienne; elle y établit, en 1753, un hôpital clinique qui jouit bientôt d'une grande célébrité; ^
renseignement fut presque e\clusiveraent médical. "^ L'Empereur institua aussi des prix annuels : le traitement des professeurs et de tous
les médecins employés par l'Etat fut élevé ; on leur assura des retraites honorables, etc.
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près de leur compatriote Wiiislow, de Marcschal, de Lapeyronic, s'initient auprès d'eux à tous les progrès de la chirurgie, étudient l'organisation nouvelle qu'elle a reçue parmi nous. Rappelés à Copenhague par Christian VI, les deux Crùger veulent y introduire les réformes dont ils ont compris les avantages, et ouvrent des cours publics qui attirent une foule d'auditeurs. Honorés de la faveur du roi, Simon Crùger, Vœhler et Monzinger obtiennent, par une loi du 30 avril 175(3, la création d'une école anatomico-chirurgicale entièrement indépendante de la faculté de médecine ; ils en rédigent les règlements ; Simon Crùger en est nommé directeur. L'école naissante eut bientôt à soutenir des luttes qui se renouvelèrent à toute occasion, et dans lesquelles la faculté n'épargna ni les sourdes intrigues, ni la calomnie. Fort de ses talents que ses ennemis même ne lui contestèrent jamais, de ses droits, de ses services, de son attachement inviolable à tous ses devoirs, de l'appui du roi qui rendait un juste hommage à ses mérites, à son caractère, à ses vertus, Crùger opposa toujours à ses ennemis une constance inébranlable, et triompha de tous leurs efforts. De 1736 à 1760, époque de sa mort, c'est-à-dire pendant vingt-quatre ans, il enseigna l'anatomie et la chirurgie, dans l'école médico-chirurgicale de Copenhague, avec une ardeur qui ne se ralentit jamais. En 1756, Frédéric V établit une clinique médico-chirurgicale dans un jiôpital qui porta son nom. Des services distincts étaient confiés à des médecins et à des chirurgiens chargés de tenir un registre des observations, de pratiquer les autopsies devant les élèves qui devaient étudier en même temps et aVec le même soin les deux branches de l'art de guérir. Après Crùger, Ilennings devint directeur de l'école médico-chirurgicale, qui conserva son indépendance et sa splendeur jusqu'en 1772. A celte époque, et jusqu'en 1784, la direction des affaires fut livrée à Guldberg, qui méconnut la voix de la justice et les intérêts de la science, et sacrifia tout aux caprices et aux inimitiés des médecins : l'école fondée par Crùger fut supprimée. L'enseignement chirurgical ne tarda point à s'abaisser, et le corps des chirurgiens vit diminuer rapidement la considération conquise si péniblement. Quelques hommes dévoués tentèrent de généreux elforts pour regagner le teiTain qu'on avait perdu. Ilennings, Kœlpin, Tode, Berger, Briegel, Lieders, etc., formèrent d'abord une société libre qui s'occupait avec une incessante activité de tout ce qui pouvait servir aux progrès de la Chirurgie. Ils demandèrent plus tard la reconnaissance légale de cette société, et l'autorisation d'ouvrir des cours gratuits d'anatomie, de physiologie, de chirurgie, d'accouchements. La nécessité de ces établissements fut démontrée dans un mémoire remarquable, et appuyée sur des raisons irrésistibles. Un édit du 22 juin 1785 créa l'Académie de Chirurgie de Copenhague, qui réunit les attributions de notre Académie de Chirurgie et celles du collège de Saint-Côme, de manière à constituer, comme ce dernier, une école chirurgicale possédant un enseignement complet. Le courage et la persévérance des chirurgiens danois ne sont pas restés sans récompense. Ils ont pris un rang distingué parmi les chirurgiens de l'Europe, et une part active aux progrès de la science.
ÏV. Angleterre. Pendant le dix-huitième siècle, l'enseignement chirurgical prit en Angleterre un développement considérable. Il conquit successivement son indépendance dans les universités des trois royaumes unis, dans les collèges chirurgicaux, dans les hôpitaux. On insista beaucoup sur les enseignements pratiques, sur l'anatomie, sur les cliniques; on construisit des amphithéâtres habilement disposés pour leurs usages, on fonda de vastes musées où tous les objets relatifs à la physique, à la chimie, à l'histoire naturelle, etc., se trouvaient réu-
nis à de magnifiques collections embrassant tout ce qui se rapporte d'une manière directe à la chirurgie. Il y eut encore des chirurgiens de divers degrés ; mais ceux qui se distinguaient par leur éducation et par leurs lumières eurent des titres spéciaux, et se séparèrent des praticiens illettrés et des barbiers. Cette séparation eut lieu à Londres, en 1745 ; le corps des chirurgiens obtint du Parlement de nouveaux privilèges et la confirmation de ceux qu'il avait perdus. Parmi les hommes supérieurs qui ont illustré le dix-huitième siècle, plusieurs appartiennent à l'Angleterre.
V. Lltalle soutient son ancienne réputation. L'enseignement chirurgical devient plus complet dans les universités et dans les hôpitaux où sont institués de bonne heure des cliniques chirurgicales. Les chaires principales sont confiées à des chirurgiens habiles qui transmettent à des disciples instruits les résultats de leurs lectures et de leur expérience.
M. Espagne et Portugal. Le mouvement que nous indiquons ne se propage qu'imparfaitement et avec une extrême lenteur dans ces contrées où les préjugés, les mœurs, les habitudes opposaient des obstacles presque invincibles aux études chirurgicales solides et aux recherches anatomiques qui doivent leur servir de base. Il y eut cependant des leçons de pathologie, de clinique, d'opérations chirurgicales. La barberie conserva un domaine et un crédit considérables ; mais la vraie chirurgie fit quelques conquêtes d'autant plus glorieuses qu'elles furent plus difficiles.
Avant la fin du dix-huitième siècle, la chirurgie a fait un pas immense en accomplissant une transformation radicale dans son enseignement et dans son exercice. Partout elle se sépare de la barberie, reprend son rang et sa place au niveau de la médecine, en revêtant son vrai caractère, et s'unissant à elle par les liens les plus étroits et les plus légitimes. Dans les collèges de chirurgie, l'enseignement médical, en se spécialisant, est représenté tout entier ; dans les écoles de médecine, les chaires de chirurgie sont confiées à des chirurgiens initiés aux secrets de la médecine interne. Par leurs actes, leurs œuvres, leurs exemples, les chirurgiens ont fini par faire comprendre que le chirurgien est, avant tout, un médecin complet, possédant une connaissance plus profonde de la pathologie chirurgicale, et capable d'appliquer habilement toutes les ressources des machines et de la médecine opératoire, en les joignant aux richesses de la thérapeutique médicale. Cette vérité répétée si souvent, depuis les temps les plus anciens, n'avait pu se faire jour tant que la chirurgie dégénérée avait été le partage des barbiers et que ses adversaires avaient pu la maintenir dans son abaissement pour la retenir sous leur tutelle ; mais lorsqu'on eut vu se lever tout d'un coup un corps chirurgical tout entier comme l'Académie de chirurgie, dont les membres méritaient à tant de titres l'estime et la faveur publiques, lorsqu'il eut attiré par? ses travaux l'attention du monde savant, lorsque les chirurgiens éminents def tous les pays qui reconnaissaient sa juridiction suprême se furent groupés autouff^^ ; de lui pour réclamer ensemble et d'une voix unanime en faveur de la chirurgiô| '. les droits et les privilèges que lui méritaient sa dignité, son utilité, ses services, | la vérité apparut bientôt dans tout son jour. On ne put refuser à cette science^ l'estime que l'on accordait à ses véritables et illustres représentants; sa cause| fut gagnée à jamais devant l'opinion publique, ses adversaires même durent lui rendre justice, après avoir opposé une longue résistance. L'esprit de l'époque était d'ailleurs favorable à la Chirurgie. Son domaine spécial paraissait plus certain, plus positif que celui de la médecine ; on était frappé de la rapidité des résultats
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obtenus par son intervention dans diverses lésions (réduction des luxations, extraction des corps étrangers, hémostasie, etc.).
Si le principe de l'unité de notre science a été adopté définitivement et partout, s'il a servi de base à toutes nos institutions, s'il a dirigé vers un même but toutes les recherches, tous les travaux des médecins, en les animant d'un même esprit, nous le devons spécialement à l'initiative des chirurgiens du dix-huitième siècle, et par-dessus tout à l'Académie de chirurgie. En concentrant leurs efforts, ils ont brisé la barrière que l'on voulait placer comme un mur d'airain entre la Chirurgie et la Médecine.
Nous ne citons point les sources où l'on peut puiser les documents relatifs à l'évolution des institutions que le dix-huitième siècle vit naître. Ces documents sont nombreux comme ces institutions même qui ont un fonds commun, mais qui offrent dans leurs détails bien des variétés. Nous avons dû nous borner à une rapide esquisse, afin de montrer tout ce que le dix-huitième siècle a fait pour jeter les bases de ces institutions larges que nous possédons aujourd'hui et qui se perfectionneront encore.
La lutte des chirurgiens avec les médecins, les illettrés et les barbiers, le plus souvent ligués entre eux, dure en Occident depuis les commencements du moyen âge jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. On trouve des combats analogues à Uomc, à Alexandrie, chez les Arabes. Ces luttes prennent une place considérable dans l'histoire de la chirurgie; elles ont exercé sur elle et sur l'art entier l'inthience la plus funeste. En les soutenant, les chirurgiens ont montré une persévérance et une énergie qui ne se sont jamais lassées ; plusieurs nous ont laissé de nobles exemples en consacrant leur existence, leur crédit, leur fortune, au triomphe d'une cause qui était celle de la justice, de la science, de l'humanité. Nous avons insisté sur Lapeyronie comme le type et le modèle des bienfaiteurs de la chirurgie, nous pourrions en citer beaucoup d'autres, tels que Lamartinière en France, W. Hunter en Angleterre, etc., qui partagent à divers degrés cette gloire avec lui.
Le dix-huitième siècle introduisit dans l'enseignement et l'exercice de la chirurgie des réformes radicales qui lui assurèrent le rang qu'elle occupe aujourd'hui; la science lui dut une impulsion et des transformations aussi heureuses et que profondes. Elles sont si nombreuses, si considérables, que nous ne pouvons les suivre dans tous leurs détails, car elles embrassent la chirurgie dans ses diverses parties. Nous devons cependant en esquisser le tableau dans son ensemble et dans quelques-uns de ses points principaux. Nous aurons ainsi l'occasion de compléter l'histoire de la chirurgie dans les siècles précédents et nous pourrons mieux comprendre la science contemporaine.
Seconde section. Des hommes et des écrits les plus remarquables du dixhuitième siècle. A cette époque, les chirurgiens éminents, les publications chirurgicales se mutiplient dans toutes les contrées de l'Europe. Comme dans le siècle précédent, on s'attache aux recueils d'observations et surtout à des monographies plus ou moins étendues, reposant sur les faits qui ont été recueillis ; on voit marcher de front la pathologie et la médecine opératoire. Dans chaque pays des hommes mûris par l'enseignement et par la. pratique réunissent ces matériaux et résument dans des traités complets l'état de la science, en mettant en relief les doctrines communes à toutes les écoles, et les points de vue spéciaux, les tendances qui distinguent la chirurgie dans les contrées qu'ils représentent. En comparant ces travaux, on peut constater quelles sont
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les questions dont la solution est déjà très-avancée, quelles sont celles qui restent plus obscures et réclament le plus impérieusement des recherches nouvelles. Mais au milieu de ces dissidences partielles, il y a un esprit généra! qui anime tous les chirurgiens ; cette période a un génie qui lui est propre, et marque de son empreinte toutes les œuvres qu'elle produit : il importe d'en bien saisir le caractère.
Depuis le quatrième siècle jusqu'au seizième, la chirurgie avait rencontré deux écueils qu'elle avait évités rarement et d'une manière imparfaite ; d'un côté un empirisme aveugle et, routinier qui ne sortait point du cercle étroit où il était renfermé, de l'autre des théories téméraires que la pratique ne justifiait point parce qu'elle n'en avait pas fourni les éléments. Les maîtres des seizième et dix-septième siècles sentirent la nécessité d'échapper à l'un et à l'autre, et de reconstituer la science en suivant la méthode et les préceptes que l'école hippocratique avait appliqués à la chirurgie avec plus de succès encore qu'à la pathologie interne. Telle fut la méthode adoptée par l'école de Vésale ef surtout par celle d'Ambroise Paré. Cette méthode eut des imitateurs non-seulement en France et en Italie, mais encore dans les contrées du Nord où plusieurs grands chirurgiens se formèrent sur ces modèles. Cependant le progrès ne s'accomplit qu'avec lenteur; malgré les exemples et l'autorité de quelquesobservateurs éminents qui se montrèrent successivement dans les divers pays : la plupart des chirurgiens se laissèz'ent dominer par l'empirisme et par les systèmes.
C'est au dix-huitième siècle que l'esprit nouveau se généralise. Dès que l'Académie de chirurgie eut posé avec détail les principes de la méthode, dès qu'elle en eut fait sentir les avantages au nom de l'histoire et par les résultats de ses applications, elle fut acceptée par les chefs des grandes écoles ; il,-; la formulèrent et la suivirent : les germes déposés par les deux siècles précédents s'étaient développés et avaient mûri; la réforme gagna du terrain et prit une extension i-apide en triomphant des l'ésistances qui lui furent opposées.
Un des traits les plus saillants du génie chirurgical au dix-huitième siècle, c'esf l'amour de la précision et des connaissances positives, c'est la méthode expérimentale. Livrés aux études physiques et anatomiques, travaillant la physiologie par l'expérimentation, forcés par la nature de leurs fonctions et leurs rapports multipliés avec les malades, à soumettre les parties lésées à l'exploration des sens^ et à suivre pas à pas l'évolution des phénomènes morbides qrai se déroulaient sans cesse sous leurs yeux, les chirurgiens furent conduits à prendre pour base fondamentale de leurs doctrines, l'observation directe, minutieuse, l'expérimentation, l'induction avec tous ses modes. En méditant les écrits d'Hippocrate et de ses disciples fidèles, ils s'initièrent aux secrets de la philosophie des sciences et de la vraie méthode, s'efforcèrent de la retrouver dans sa pureté, de la perfectionner, -de lui donner toute son ampleur, de déployer serichesses. Cette méthode simple et naturelle à l'homme dans son idée l'-ie mière, est délicate et compliquée dans ses procédés, quand on veut l'accommoder à toutes les circonstances; elle s'associe avec les méthodes déductivc ci historique, emploie tour à tour les analyses les plus intimes et les synthèscles plus élevées. Par elle, on extrait des faits tout ce qu'ils contiennent; on ca fait sortir les lois expérimentales en montrant leur concordance avec les données de la raison, et confirmant la valeur de ces dogmes pércnnes recueillis par l'histoire à travers les siècles, qui restent debout et stables au milieu des fluctuations et de l'instabilité des systèmes.
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Dans les éloges des membres de l'Acade'mie, dans l'examen de leurs ouvrages, dans ses mémoires, l'illuslre secrétaire de l'Académie de chirurgie (Antoine Louis), fait voir cette méthode à l'œuvre et dépeint le génie chirurgical de cette époque. Le règne de l'empirisme, du mécanisme, de l'huniorisme chimique n'est point encore fini en chirurgie, mais ses traces s'affaiblissent d'une manière successive ; on s'efforce de plus eu plus de déterminer par quels moyens et dans quelles limites les véritables lois de la physique et de la chimie s'associent aux lois de la vitalité qui les dominent souvent et les maintiennent dans une juste mesure.
« Les observations, suivant Quesnay, ne peuvent instruire les jeunes chirurgiens que lorsqu'elles sont interprétées par des maîtres savants et expérimentés. La nature seule doit y parler, mais son langage est ^jresque toujours enveloppé, ambigu, souvent trompeur; on ne peut l'interpréter que par le concours des lumières qu'une grande pratique et une profonde théorie peuvent réunir. Il n'y a donc que les maîtres qui ont acquis les connaissances que l'une et l'autre peuvent procurer qui puissent démêler, dans les observations, la réalité d'avec les apparences ; qui puissent y remarquer les mauvais procédés autorisés par un succès équivoque et passager, et y reconnaître la bonne pratique dans les cas mêmes où elle n'a pas été favorisée par l'événement Ce serait donc tromper grossièrement les jeunes praticiens que de leur donner seulement des observations particulières pour leur servir de modèles. Ils ont besoin d'instructions sûres et précises pour se conduire dans la pratique. Le meilleur et l'unique parti qu'ils puissent prendre, c'est de s'attacher aux maximes et aux règles établies et digérées par des maîtres qui peuvent employer sûrement les observations à réformer les préceptes mal conçus ou erronés, à vérifier ceux qui sont encore incertains, à marquer les bornes de ceux qui ne sont établis que d'une manière vague et indéterminée; à entrer par des exemples dans le détail des cas particuliers qui ne peuvent être assujettis aux règles oi dinai~ res, et dont on ne connaît pas assez l'étendue pour les réduire en préceptes » (Louis, éloge de Ledran).
Ledran avait publié un excellent recueil d'observations accompagnées de réflexions et dédié aux élèves ; Louis, en parlant de ce recueil indique l'utilité des observations, matériaux de la science ; il montre en même temps les élaborations auxquelles l'esprit doit les soumettre quand il veut construire l'édifice. C'est au prix des plus grands efforts que les maîtres même parviennent à interpréter fidèlement la nature ; d'oîi résulte la nécessité de multiplier les observations, de les comparer cent fois sous tous leurs aspects, de revoir les déductions que l'on en tire, etc.
Le but suprême de la science consiste dans la découverte des principes qui résument les faits, les représentent. Hippocrate et Paré l'avaient bien compris. 11 fallait continuer et rectifier l'œuvre, élargir la route, signaler et éviter les écueils. La chirurgie, au dix-huitième siècle, a des matériaux considérables et précieux, nous l'avons prouvé par de nombreux exemples. Ces matériaux consistent dans des principes et dans des faits ; mais les principes obtenus par des voies très-diverses, sont souvent contradictoires et ne forment point un corps de doctrine ; les faits sont trop isolés et fréquemment en désaccord avec les principes. Le dix-huitième siècle, obéissant à un même mouvement, remanie foute la science à l'aide de sa méthode, en revoit tous les points avec une attention rigoureuse, en les portant au contact de l'observation clinique éclairée par les DICT. ENC. XVI. ""^ 24
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données de l'anatoinie et de la physiologie normales et pathologiques. C'est ainsi que l'on peut arriver à un ensemble de principes harmoniques solides, dont le domaine doit s'agrandir chaque jour : ces principes serviront de guide à la pratique qui fournira sans cesse de nouveaux cléments pour les étendre, les consolider, les modifier, les rendre plus féconds. La théorie et la pratique se servent d'appui mutuel, chaque progrès en prépare un autre.
L'unité indivisible de la pathologie externe et de la pathologie médicale est de plus en plus reconnue. Les éléments morbides apparaissent plus nombreux dans les maladies réputées chirurgicales ; c'est là que les préceptes hippocratiques doivent être appliqués dans toute leur rigueur. Il faut déterminer le siège et la nature de la maladie, non pas la nature hypothétique, mats la nature clinique, il faut en saisir les causes et la palhogéaie, suivre l'évolution morbide depuis sa première apparition jusqu'à ses terminaisons en constatant sa marche naturelle, parvenir à un diagnostic de plus en plus précis, poser les indications. Il faut constater et expliquer l'action des modificateurs hygiéniques, des médications externes et inlernes, des actes spécialement chirurgicaux. Toutes ces recherches semblent plus faciles pour un certain nombre de maladies placées à la surface du corps ou à une légère profondeur. L'étude de ces lésions a sans doute donné aux chirurgiens des habitudes de précision indispensables d'ailleurs pour diriger les manœuvres opératoires. Cette tache est bien vaste quand on ne veut négliger aucune des affections appartenant à la chirurgie ; le dix-huitième siècle n'a pas reculé devant elle : c'est alors qu'on a conmicncé à étudier plus soigneusement les efforts auxquels se livre la nature pour réparer les lésions produites par les divers modes morbides (hémostasie, cal, élimination des eschares, cicatrisation, etc.). C'est ainsi que l'on peut déterminer les circonstances et les moments où il faut aider ou seconder la nature, imiter ses procédés, lutter avec elle pour la ramener dans la voie dont elle s'est écartée. Ce sont particulièrement les chirurgiens qui ont jeté les bases de l'anatomie et de la physiologie pathologiques, et montré les liens qui unissent l'état morbide et l'état normal.
Les chirurgiens du dix-huitième siècle ne se distinguent pas moins par leurs travaux dans tout ce qui concerne la médecine opératoire, dans l'examen des appareils, des machines, des procédés, dans l'appréciation des principes qui doivent présider à leur invention et à leur application. Le chirurgien impose à ses malades des douleurs et des sacrifices ; il doit les épargner autant qu'on le peut, et ne les exiger que dans la mesure des nécessités qui les réclament. « Si le chirurgien, disait J.-L. Petit, montre sa valeur par l'art avec lequel il exécute des opérations compliquées, difficiles, dangereuses, il la montre bien plus encore quand il parvient à les éviter. » La simplification en chirurgie et la chirurgie conservatrice ont occupé les chirurgiens du dix-huitième siècle.
L'esquisse précédente doit être justifiée et éclaircie par l'étude de quelques écoles et de quelques-uns des hommes qui les ont illustrées *.
Article premier. France. La chirurgie française de cette époque se résume dans l'académie de chirurgie et dans les maîtres qui la composent. Ceux qui la continuent après sa suppression, lui appartenaient déjà (Desault, Chopart,
* Ces études reproduiront, sous des formes variées, les idées mères exposées dans nos considérations générales; c'est par là seulement qu'elles seront justifiées. L'histoire enseigne les faits et les principes ; les principes sont démontrés par les faits ; ils les résument et les gravent dans l'esprit.
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Sabatier, Percy, etc). Parmi les chirurgiens français qui en ont fait partie, il en est beaucoup qui mériteraient une mention particulière; nous devons nous borner à quelques noms.
I. Jean-Louis Petit (1674 à 1760) est un des plus grands chirurgiens de son époque. 11 approfondit l'anatomie et la physiologie, et multiplia leurs applications à la clinique chirurgicale. C'est ainsi que Petit donna un nouveau caractère à la chirurgie, dont il perfectionna la théorie et la pratique ; c'est ainsi qu'il obtint et mérita la plus haute réputation, et se vit bientôt placé en première ligne parmi les chirurgiens de Paris. Pathologistc éminent, opérateur habile, il était appelé dans tous les cas difficiles ; plusieurs souverains étrangers réclamèrent ses soins et lui demandèrent de leur désigner les chirurgiens français qu'ils voulaient attacher à leurs personnee, mettre à la tête des armées et des hôpitaux. Petit recueillit un nombre considérable de faits majeurs, et les féconda par ses méditations, ses expérimentations, ses connaissances anatomiques et physiologiques ; c'est avec eux qu'il composa son ouvrage sur les maladies des os, une série de mémoires insérés dans les recueils des académies des sciences et de chirurgie, son traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent. Petit ne manque pas d'érudiliou, soit pour la science ancienne, soit surtout pour la science contemporaine, mais il aime peu à reproduire les travaux de ses prédécesseurs quand il n'a pas à leur faire subir quelques modifications importantes, et tient à donner des études originales. Petit qui rappelle Paré par son génie inventif, cherche comme lui à poser de grands principes , et ne le fait qu'après les avoir souvent vérifiés par son expérience personnelle. Petit étudie avec autant de soin que de sagacité l'évolution naturelle des actes morbides, la marche de la nature dans ses procédés hémostatiques, la résolution des épanchemcnts sanguins ou leurs altérations et leur transformation en abcès, etc. Dans les écrits de Petit l'on trouve des germes précieux qui se feront jour dans les écoles chirurgicales de Desault et de Hunter. Il serait facile de faire voir comment les doctrines de Petit se rattachent à un petit nombre de principes généraux qui les dominent. Nous dirons ici un mot de son traité des maladies chirurgicales, ouvrage posthume, resté inachevé, publié en 1774 par son élève Lesne : il résume ou reproduit la plupart de ses mémoires. Partisan de la réunion immédiate, Petit a recours aux sutures toutes les fois qu'elles sont nécessaires ; il les simplifie, attaque les abus et cite plusieurs cas dans lesquels il leur a dû de remarquables succès. Ouand les sutures sont inutiles, les bandelettes seront préférées aux bandages unissants. Les émollients ne conviennent point dans les plaies. Petit compte trop sur la compression comme moyen hémostatique, et préfère à tort la ligature en masse, craignant que le fil placé immédiatement sur l'artère n'en divise prématurément les tuniques.
Ses études sur les plaies de tête se recommandent par une précision nouvelle dans le diagnostic, le pronostic, la thérapeutique. Les tumeurs sanguines du cuir chevelu sont bien distinguées des fractures avec enfoncement, et traitées par la compression ou l'incision. Longs détails sur les indications du trépan ; cette opération est indiquée par les fractures même lorsqu'elles ne sont pas compliquées d'accidents immédiats : distinction des accidents primitifs et consécutifs, observations nombreuses.
Les contusions du thorax et les plaies non pénétrantes peuvent devenir graves quand elles occupent des régions oîi le sang peut s'infiltrer ou s'épancher
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en grande abondance ; recourez alors aux hémostatiques, aux incisions, aux contre-ouvertures. Les signes de pénétration méritent une attention particulière afin de ne pas se laisser tromper par des symptômes douteux qui inspireraient trop de crainte ou de confiance. On regrette qu'il n'ait pas consigné dans son livre les résultats de ses recherches sur les blessures de l'abdomen, du bassin, des diverses régions.
A l'occasion des tumeurs, il présente des remarques importantes sur celles des joues, de la bouche, du palais, de la langue, de la gorge, des parotides, sur la rétention de la bile et des calculs dans la vésicule du foie ; sur les loupes, les tumeurs variqueuses, les abcès du testicule, etc., mémoire sur la section du frein de la langue et les moyens de prévenir et d'arrêter l'héraorrhagie. Petit insiste le premier sur la nécessité d'enlever tous les ganglions suspects, quand on ampute une mamelle cancéreuse. A propos des tumeurs voisines de l'oreille, Petit s'occupe de l'exfoliation des os, des caries qui pénètrent dans la cavité crânienne, des fluctuations intermittentes etc.. Quand les hernies sont étranglées, on peut quelquefois débrider et réduire en bloc, sans inciser le sac. Il précise plus nettement que Foubert les cas où les vastes abcès du fondement réclament l'incision du rectum et ceux où l'on doit se contenter de les ouvrir en respectant l'intestin.
Petit a imaginé plusieurs instruments, entre autres son élévatoire triploïde, et son tourniquet pour suspeudrc la circulation ; celui-ci est très-supérieur au garot de Morel ; la compression moins douloureuse ne s'exerce que sur deux points. Il a crée ou modifié bien des procédés opératoires. Ses écrits sont riches en faits particuliers, en remarques qui dénotent l'esprit d'observation, le génie chirurgical. 11 a touché à une foule de questions de chirurgie, et a laissé partout son empreinte. 11 a ouvert une voie nouvelle pour le traitement des fistules lacrymales.
II. Quesnay (François, 1694-1774). Animé de l'amour du bien, plein de franchise, doué d'une grande justesse d'esprit et de tendances éminemment pratiques, ce médecin porta ces qualités dans la chirurgie comme dans l'économie politique dont il a eu la gloire d'être le fondateur. Secrétaire de l'Académie de chirurgie à l'époque de sa fondation, il prit une part active à ses travaux, et consigna dans le premier volume de ses mémoires, d'importantes réflexions sur les procédés à suivre pour donner à la chirurgie des bases solides. « Le génie ne suffit point s'il n'est pas fécondé par le travail; les observations sont des matériaux qu'il faut choisir et mettre en œuvre par de savantes et profondes élaborations ; le chirurgien a besoin des connaissances les plus étendues ; la physiologie ne remplace pas les études cliniques qui occupent le premier rang, mais elle leur fournit le plus précieux concours. » Quesnay s'est beaucoup occupé de physiologie, ainsi qu'on peut le voir par son Essai ■physique sur l'économie animale ; il s'est laissé entraîner par les hypothèses de l'iatrochimisme qui déparent son long mémoire sur les altérations des humeurs, mais l'observation les a plus d'une fois corrigées ; c'est elle qui lui a principalement servi de guide dans plusieurs ouvrages où l'on trouve des Techerches et des documents qui intéressent encore aujourd'hui ; tels sont ses écrits sur la saignée, la suppuration, la gangrène (1749), ses mémoires relatifs aux plaies de tête, au trépan, etc.
L'histoire de l'origine el des progrès de la chirurgie en France (1749, în-4°), retrace les luttes des médecins et des chirui'giens, terminées par les famea-
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ses réformes du dix-huitième siècle. En s'élevant avec raison contre l'oppression des premiers, (Juesnay charge ses lahleaux et dépasse la vérité. Ses appréciations des écrits de quelques maîtres, sont généralement exactes et marquent l'influence qu'ils ont exercée.
III. Ledran (François-Henri, 1685-1770) fut le disciple de son père, chirurgien distingué, et de Jacques Petit qui passa, dit-on, 84 ans sans sortir de l'Hôtel-Dieu, afin d'observer et de soigner plus attentivement ses malades. Ledran, chirurgien de la Charité, y établit une école anatomique et fut l'un des maîtres de Haller. Ses études littéraires et philosophiques, dit Louis, lui apprirent de bonne heure tout le prix de l'expérience, mais il sentit en même temps, comme le dit llippocrate, qu'elle devient trompeuse lorsque l'on ne s'est pas longtemps exercé à recueillir les faits, à les choisir, à les interpréter. Aussi Ledran s'attacha dans ses leçons comme dans ses livres, à montrer comment l'observation conduit aux principes et aux vrais préceptes pratiques. Opérateur habile et exercé, placé à la tète d'une clientèle nombreuse et choisie, connaissant toutes les ressources de l'art, Ledran reste toujours modeste, sait allier la hardiesse à la sagesse et à la circonspection et l'aconte avec la même franchise ses succès et ses revers. Nous avons de lui un parallèle des diverses manières de tirer les pierres de la vessie (1730 et 1740) avec une suite, 1756, un recueil d'observations avec des réflexions 1751, 1751, 2 v.; des consultations sur la plupart des maladies chirurgicales, 1 v. 1765. Dans ces ouvrages, Ledran fait voir comment on peut appliquer à la chirurgie, les connaissances anatomiques; comment les préceptes généraux indiqués dans les cas simples peuvent en se modifiant s'étendre à des cas plus compliqués, comment ceux-ci peuvent aussi donner lieu à des procédés exceptionnels. Après avoir posé les indications, il examine les instruments dans leurs rapports avec la manière de les remplir. Ses réflexions sur les plaies par armes à feu sont un résumé substantiel plein de remarques judicieuses suggérées par les faits qu'il a recueillis pendant ses services dans les armées. Les contusions forment un de leurs principaux caractères, on pratiquera de larges incisions, on évitera les tentes, les pansements fréquents, etc. Le Traité des opérations (1731) ne les embrasse pas toutes ; celles dont il s'occupe sont décrites avec exactitude ; l'auteur fait preuve de sagacité dans l'appréciation des procédés nouveaux. Partisan et propagateur de la haute chirurgie, il ne veut point qu'elle compromette son avenir par des hardiesses prématurées et que le temps n'a pas encore mûries. Pour les plaies d'armes à feu, Ledran conseille de se livrer à des expériences sur les cadavres, afin d'étudier les conditions mécaniques qu'elles présentent. Louis a suivi ce conseil avec avantage.
IV. Élève de Winslow, Méry, Arnaud, etc.. Garengeot (Croissant de, 1688- 1759) fit de bonnes études anatomiques et acquit une grande expérience en chirurgie dans les armées, les hôpitaux, la pratique civile. Quoique ne possédant point à un très-haut degré cette philosophie qui analyse les faits avec profondeur, cette réflexion et cette patience qui en fait sortir des théories étendues et lumineuses, Garengeot parvient à donner des préceptes judicieux relatifs à un grand nombre de points de pathologie chirurgicale et de médecine opératoire, en comparant avec les travaux des autres, ce qu'il a fait et ce qu'il a vu lui-même. On trouve une certaine originalité dans ce qu'il a écrit sur le trépan, la fistule lacrymale, le bec de lièvre, les polypes, l'empyème, la hernie étranglée, Thydrocèle, etc., spécialement dans les observations particulières.
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L'un des premiers il pi'oscrit dans r.aniputation du sein l'emploi des aiguilles armées de fils cirés, qui servaient à traverser et à soulever cet organe. Dans la paracentèse abdominale, on évacuera tout le liquide et l'on aura recours à la compression suivant la méthode de Monro généralement adoptée en Angleterre ; les plaies des intestins seront réunies à l'aide de la suture du pelletier. Garengeot a perfectionné la clef destinée à l'avulsion des dents ; elle a conservé son nom. Indépendamment de divers mémoires que l'académie de chirurgie a recueillis, l'auteur a publié une Myotomie, une Splancimologie, un Traité des instruments de chirurgie les plus titiles (1720 et 1749, in-12), d'après des vues analogues à celles de Scultet; une dissertation sur V Union de la chirtirgie et de la médecine ; un Traité des opérations (1720-1739) ; ce n'est qu'une compilation, et l'auteur cite rarement les noms des chirurgiens qu'il a mis à contribution. Malgré ses défauts, Garengeot a pris une part aciive au mouvement scientifique de son époque et ses ouvrages contiennent d'utiles documents pour l'histoire.
Y. De Lafaye a peu écrit, mais ce que nous avons de lui prouve l'excellence de son esprit et la solidité de ses principes. « Interne à l'Hôtel-Dicu pendant dix ans, attaché pendant quelques temps aux armées, il se forma dans ces bonnes écoles oîi les occasions d'observer sont habituelles, où les faits de pratique si diversifiés se renouvellent sans cesse » ([,ouis, éloge de Lafaye). Ses Principes de chirurgie sont une introduction utile aux élèves, quoique trop courte : ils ont eu plus de six éditions, sans compter des traductions en plusieurs langues. Les notes dont il enrichit la médecine opératoire de Dionis rajeunirent cet ouvrage ; Louis eût préféré une nouvelle édition du traité des opérations de Fabrice d'Aquapendente accompagnée d'un commentaire complet. On peut regarder comme des modèles dans leur genre, ses mémoires sur le bec de lièvre, sur la simplification et la réduction des instruments destinés à l'extraction de la cataracte ; sur l'amputation du bras dans l'articulation scapulo-humérale, l'amputation à lambeaux, etc.
Nous nommerons en passant, Morand, Foubert, Faget, Lamartinière, Malaval, Bassuel, Faure, Boucher, Houstet, Ravaton, etc., qui occupent un rang élevé après Petit et Ledran ; nous renvoyons aux appréciations de Louis dans ses éloges, de Haller (Bibl. chir., t. Il), des biographes, etc.
VI. Louis (Antoine, 1723-1792) est l'âme de l'Académie de chirurgie dont il fut longtemps le secrétaire, et qu'il servit avec le plus admirable dévouement, au milieu des obstacles qui se dressèrent devant lui, des orages que suscitèrent bien des passions. Louis organise et dirige les travaux, les discussions, en rédige les résultats, choisit les lectures, les mémoires, les observations qu'on doit publier. Il réunit les faits isolés, les doctrines plus ou moins imparfaites sur les points fondamentaux de la science, les coordonne, les fond dans un ensemble harmonique, les rattache à de grands principes, les présente avec méthode sous des formes saisissantes propres à exciter et à soutenir l'intérêt, à les fixer dans le souvenir, à inspirer l'amour de la vraie chirurgie, à préparer les voies de l'avenir. Louis coopéra à la composition des 2" et 3^ volumes des Mémoires de l'Académie, il eut une part bien plus large à celle des ¥ et 5^ volumes. Aussi le .voyons-nous s'occuper avec succès d'une foule de sujets (plaies de tête, trépan, fistule lacrymale, cataracte, maladies des paupières, extirpation de l'œil, fongus de la dure-mère, bec de lièvre, affections de la langue et de la bouche, corps étrangers dans le larynx, bronchotomie, hernies, taille, maladies des organes génito-urinaii-es, consolidation des
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plaies, fractures, luxations, amputations à lambeaux, amputations circulaires et moyens d'éviter la saillie des os, nécroses, etc). Indépendamment de ses travaux académiques, Louis a publié un cours de chirurgie pratique sur les plaies d'armes à feu, des lettres et des discours sur les loupes, les maladies vénériennes, les lésions de la tête par contre-coup, la lithotomie par le procédé de Hawkins, l'électricité et son emploi en médecine; des articles pour l'encyclopédie réunis sous le titre de Dictionnaire de chirurgie (1772, etc.). Louis avait beaucoup vu, beaucoup lu, beaucoup médité; la chirurgie contemporaine avait fait son évolution sous ses yeux : nul ne pouvait mieux que lui l'exposer, la juger, avec cette chaleur, ces convictions profondes qui entraînent et persuadent les lecteurs. Louis représente le mode général de son époque ; s'il a consacré par son autorité quelques erreurs dont le temps a fait justice, il a proclamé aussi bien des vérités que l'expérience a confirmées. L'auteur a traduit les aphorismes de chirurgie de Boërhaave, donné de nouvelles éditions des traités des maladies des •os de J.-L. Petit, des maladies vénériennes d'Astruc, en joignant aux uns et aux autres des additions, des observations, des introductions, etc.
Dans une série de mémoires de la plus grande valeur relatifs à la médecine 'légale, Louis imprima une forme et une impulsion nouvelles à cette branche de notre art dont il fut un des principaux promoteurs. Docteur en droit, très au courant de la législation, ce médecin répandit de vives luiïiières sur un nombre •considérable de questions difficiles pour lesquelles les tribunaux réclamèrent son concours pendant plus de trente ans. Plusieurs de ses dissertations n'ont pas été conservées ; ce qui nous reste fait regretter vivement ce que nous avons (perdu.
La collection des éloges, publiée par Dubois, d'Amiens, est un des beaux titres ■de Louis : on peut les comparera ceux de Fontenelle, pour l'élégance du style, l'élévation de la pensée, la teinte philosophique, l'art et la mesure avec lesquels il sait distribuer l'éloge et la critique. Dictés par la raison, ses jugements sont exposés avec finesse ; sobre d'ornements, il sait les placer à propos en évitant les phrases vides et pompeuses dont on abuse si souvent. Louis ne vise point à être un panégyriste, mais un juge impartial. 11 s'efforce de faire connaître ■dans ceux dont il s'occupe, l'homme, le savant, le professeur, le praticien, l'écrivain ; de caractériser son esprit, ses travaux ; de signaler les succès et les revers, de faire la part exacte du blâme et de la louange, d'en faire sortir des enseignements utiles à l'art, à la science, à la profession. Les appréciations de Louis qu'on a regardées quelquefois comme sévères ont été généralement acceptées aujourd'hui.
VU. Bordenave (Toussaint, 1728-1782) montra par son exemple, comme beaucoup de ses contemporains, les avantages que donnent aux chirurgiens une éducation libérale et une érudition choisie ainsi que l'avaient prouvé Lapeyronie, Morand, Ledran, Quesnay, Louis. Bordenave cultiva la physiologie et sut l'appliquer à la chirurgie. Marchant sur les traces de Haller dont il traduisit les Primœ lineœ physiologiœ, et insistant sur la méthode expérimentale, il s'efforça ■dans ses leçons, aussi bien que dans ses écrits, de la débarrasser des hypothèses dont elle était surchargée :voij. ses Remarques sur l insensibilité de quelques parties (1757), son Essai sur la physiologie du corps humain (1750 et 1778, 2 V. in-8"). Dans ce dernier ouvrage, il part des faits pour établir sur eux les principes généraux delà pliysiologie. Appelé jeune encore par sa réputation et ses succès dans la pratique au sein de l'Académie, Bordenave prit une part
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active à ses travaux. Parmi les mémoires qu'il a donnés à cette société, nous citerons ses études sur le renversement de la paupière, les fistules lacrymales, les plaies d'armes à feu, les difformités de la vessie, les dangers des caustiques pour la cure radicale des hernies, etc., et surfout une série de mémoires sur les maladies du sinus maxillaire. Ce sujet était presque neuf à l'époque où Bordenave s'en occupa. Après des considérations anatomiques et physiologiques, l'auteur examine les différentes maladies de ce sinus, cherche à déterminer leur nature clinique en les rapprochant de celles qui se rencontrent dans les autres régions, pose les indications, passe en revue les moyens, les procédés opératoires, précise ceux qui peuvent dans chaque cas être employés avec le plus d'avantage. Cette monographie, remarquable par le choix des observations rassemblées de tous côtés, par l'importance et l'exactitude des faits nouveaux, est restée longtemps supérieure à tout ce qu'on a écrit après lui et a servi de point de départ aux recherches les plus intéressantes de ses successeurs. Nous avons aussi de Bordenave des études sur la bile et ses altérations, les antiseptiques, les ossifications du cœur, sur un fœtus dont les os présentaient une mollesse anormale, etc.. Il a suivi par l'expérimentation, la marche de la nature dans la formation des os et leur développement, dans la consolidation des fractures, etc.. Plusieurs thèses imporlantes ont été soutenues sous sa présidence. Appelé par la confiance de l'administration aux fonctions d'échevin de la ville du Paris, il étudia soigneusement les grandes questions qui se rattachent à l'hygiène publique.
Vlll. Tenon (1724-1816) fut un de ceux qui comprirent le mieux la vaste étendue de la chirurgie, son union intime avec toutes les branches de l'anthropologie, avec toutes les sciences. 11 éclaira la pathologie chirurgicale et la médecine opératoire par des recherches anatomiques délicates et d'ingénieuses expériences de physiologie. Membre de l'Académie de chirurgie, de l'Académie des sciences, appelé plus tard à l'Institut, Tenon a publié un grand nombre de mémoires relatifs à l'anatomie, la physiologie, la pathologie des os maxillaires, des dents, de la bouche; aux maladies des yeux et particulièrement à la cataracte (ci'istalline et membraneuse); aux polypes et à leur structure; aux tumeurs enkystées et à leur disposition anatomique, à la dénudation des os et à leur exfoliation : les problèmes fondamentaux d'hygiène privée et publique ont aussi fixé son attention. Son travail sur les hôpitaux signale un ensemble d'améliorations qui ont été successivement introduites dans ces établissements.
Bordenave, Tenon, malgré leurs remarquables talents, ne sont pas des hommes de génie, mais ils représentent dignement l'esprit général de leur époque ; cet esprit ardent, investigateur qui appelle à son secours toutes les ressources de la physique, de la chimie, des sciences naturelles, de l'anatomie et de la physiologie humaines et comparées, normales et pathologiques, de l'hygiène, de la médecine, les transporte dans la clinique chirurgicale, fait marcher de front l'observation et l'expérimentation, classe et parcourt toutes les questions majeures, afin de les soumettre à ses explorations et de répandre sur chacune d'elles de nouvelles lumières.
Indépendamment de ses membres titulaires résidant à Paris, l'Académie de chirurgie a des associés dans les pays étrangers et dans nos provinces. Parmi les premiers nous comptons Van Swiéten, Haller, Camper, Cheselden, Bertrandi, Molinelli, etc.. parmi les seconds Lecat et David à Bouen; Pouteau à. Lyon; Goulard, Lamorier, Méjan, Vigarous, à Montpellier, etc.
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Le recueil de l'Académie contient des mémoires et des prix. On se réunissait une fois chaque semaine, il y avait aussi des séances publiques et solennelles dans lesquelles on prononçait les éloges des académiciens que la mort avait frappés, on lisait des mémoires, on proclamait les noms des auteurs dont les mémoires étaient couronnés. M. Dubois, d'Amiens, a réuni dans un volume (1859), tous tes éloges lus par Louis, de 1750 à 1792, en les enrichissant d'une introduction, de notes et d'éclaircissements ; il nous donne des détails précieux sur le soin que l'on apportait à la composition de ces mémoires. L'élite des chirurgiens et surtout les membres associés, envoyaient à l'Académie des observations, des mémoires; on les classait, on remettait ceux qui se rapportaient à un même sujet, à un membre titulaire résidant à Paris, qui s'en était plus spécialement occupé. Celui-ci travaillait ces matériaux, conservait ce qui lui paraissait exact, vrai, utile, rejettait ce qu'il trouvait faux ou superflu, liait toutes les parties en y ajoutant ses recherches. Ce travail était soumis à l'Académie qui en discutait chaque point. Tous les modes d'exploration étaient mis en œuvre pour découvrir la vérité. La rédaction définitive n'arrivait qu'après ces élaborations successives. Chaque mémoire conservait l'empreinte personnelle de son auteur, et celle de l'Académie entière qui lui avait prêté sa collaboration, le revêtait de sa sanction, acceptait la responsabilité. L'Académie est sobre de théories ambitieuses, de raisonnements subtils ; elle insiste sur les faits et leurs conclusions rigoureuses. Souvent les faits conduisent à des pratiques divergentes ou contradictoires ; mais en y regardant de près, on reconnaît qu'il s'agit de catégories différentes, que ces pratiques diverses s'expliquent par les mêmes principes. L'Académie s'attache à marquer ces catégories, à trouver des doctrines homogènes assez larges et assez élastiques pour s'étendre ou se resserrer de manière à s'adapter aux faits et à les suivre dans toutes leurs variations. Ses doctrines où l'éclectisme domine sont arrêtées et nettement formulées mais non fermées ; en affirmant les conclusions du passé, elle réserve tous les droits de l'avenir.
Si l'on veut avoir une idée complète des travaux de l'Académie, on ne se bornera point à méditer les mémoires et les prix, on lira aussi les comptes rendus de ses séances, et l'on verra que toutes les parties de la chirurgie ont attiré tour à tour son attention. Ici l'hygiène chirurgicale est constituée par l'examen des agents naturels et de leur influence (l'air, l'alimentation, l'exercice, etc.); là on examine les topiques et le mécanisme de leur action (émollients, excitants, sédatifs, dessiccatifs, incarnatifs, froid, calorique, électricité ; ailleurs on s'occupe des appareils, des machines, des instruments, des méthodes et des procédés opératoires; des médications internes. La pathologie chirurgicale est passée en revue avec toutes les lésions qui la composent (physiques, vitales, organiques, vices de conformation) ; on esquisse la théorie des diathèses. Tous ces documents servent de base à la thérapeutique, c'est-à-dire à la science des indications et au choix des agents qui devront les remplir. Dès lors tous les éléments constitutifs de la chirurgie pourront être distribués et classés suivant une méthode simple, régulière, philosophique, à peine esquissée jusque-là*.
1 La marche suivie par l'Académie de chirurgie rappelle celle que nous avons indiquée à l'occasion de l'école de Cos. La plupart des mémoires sont, au fond, des œuvres collectives qui ne voient le jour qu'après avoir été longuement revues et perfectionnées. Aussi l'ensemble de ces travaux constitue un code chirurgical, dont les préceptes iondamenlaiix ont
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L'Académie et le dix-huitième siècle se distinguent par la vigueur et la sagacité de l'esprit critique ; une masse imposante de faits et d'idées est remuée et fécondée ; . les instruments et les moyens d'cxploralion se multiplient; toutes les voies de recherches sont ouvertes et dirigées vers un même but. On leur reproche d'avoir négligé les études historiques. Cependant plusieurs grands chirurgiens brillent ,• par l'érudition, discutent les textes, les doctrines, la thérapeutique de leurs prédécesseurs; font passer sous nos yeux les travaux de l'antiquité, des Arabes, ; du moyen Age, des seizième et dix-septième siècles. S'ils n'ont pas toujours apprécié aussi bien que nous les richesses et l'importance de la tradition, ils sont bien loin de les avoir méconnues. Nous signalons avec complaisance les erreurs historiques commises par le dix-huitième siècle, mais nous ne parlons pas iissez des emprunts heureux que nous lui avons faits ; de ceux que nous pourrions «iicore lui faire. Le moment serait venu de lui rendre une impartiale justice.
L'Académie de chirurgie n'appartient pas seulement à Paris, elle appartient à la France entière ; c'est ainsi qu'elle résume la chirurgie française. Plusieurs de ses membres titulaires les plus éminents doivent leur éducation médicale à la piovince; d'autres sont fixés dans de grandes villes, restent membres associés, rivalisent avec les membres résidants, et contribuent autant qu'eux aux progrès de l'art, par l'importance de leurs travaux qui mériteraient des études spéciales. Ils rendent à l'.'Vcadémie l'impulsion qu'ils en reçoivent, deviennent les chefs de brillantes écoles où leurs enseignements cliniques répandent et perpétuent les saines doctrines, les bonnes habitudes pratiques. Tel est le rôle de Lecat à Rouen, d'Antoine Petit et de Pouteau à Lyon.
IX. Lecat (1700-1768) a été trop loué ou trop critiqué. La valeijr qu'il a voidu se donner a fait oublier sa valeur réelle. De 1732 à 1738, Lecat obtint tous les prix décernés par l'Académie qui le pria de ne plus entrer dans la lice alin de ne pas décourager les compétiteurs. Comme physiologiste, il a publié des traités sur la couleur de la peau, la menstruation, les sensations, les sens, les passions ; en chirurgie l'on cite ses études sur les calculs et la taille. Lecat recherche trop les nouveautés, les hypothèses, et s'égare en poursuivant des voies insolites ou depuis longtemps abandonnées ; mais lorsqu'il résiste aux écarts de son imagination, et reste fidèle à l'observation, il reprend SCS avantages. Lecat était vui chirurgien habile qui devait oublier ses idées spéculatives au lit des malades et dans ses cliniques.
X. Supérieur à Lecat, Pouteau (172.5-1775) sacrifie peu aux théories : c'est un chirurgien hardi qui dispose de toutes les ressources de la thérapeutique, un esprit original qui ne vise point cependant à l'excentricité ; un excellent observateur. Placé sur un vaste théâtre, il prolite de tout ce qu'il a vu. Plusieurs de ses écrits, de ses préceptes, de ses procédés sont restés classiques.
Pouteau a quelquefois des erreurs et des exagérations ; mais on lit avec intétérèt et profit chacune de ses monographies ; il n'en est point oii l'on ne trouve quelque utile document à recueillir.
XI. Pendant que l'Académie de chirurgie brillait de l'éclat le plus vif, Desault (1744-1795) fondait à lui seul par la force de son génie, une école qui devait donner à la France une nouvelle illustration. Dès l'année 177B, à l'âge de 22 ans, il ouvre des cours d'anatomie et de chirurgie qui se distinguent par la clarté, la méthode, le soin qu'il met à en lier toutes les parties, à
(itê sanctionnés par les reclierclies de ses successeurs. En les modifiant et les étendant, on ne les a point aliolis.
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élaguer tout ce qui est inutile, à ne rien omettre d'essentiel, à ne rien affirmer sans l'appuyer sur l'expérience et sur des preuves solides. Ses cours poursuivis pendant 10 ans, attirent autour de lui la foule des élèves et obtiennent les plus grands succès. En 1776, il devient membre du collège de cliirurgie, et bientôt après l'Académie de chirurgie l'associe à ses travaux. Desault continue son enseignement avec une ardeur nouvelle. Nommé en 1782 chirurgien en chef de la Charité, il ajoute des cours de clinique à ceux qu'il avait faits jusqu'alors. La clinique prend dans ses mains des modes plus larges et plus réguliers, et se perfectionne chaque jour. Aussi, lorsque en 1778, Desault est appelé à l'Hôtel-Dieu, il veut lui donner une forme définitive et créer la première école de clinique chirurgicale qui ait existé en France : elle a servi de modèle à toutes celles qui ont été instituées plus tard, et, dans son ensemble, n'a jamais été surpassée. Des élèves venus de tous les pays affluèrent à Paris pour l'entendre, adoptèrent ses doctrines avec enthousiasme, les répandirent en Angleterre, en Allemagne, en Italie, dans toutes les contrées de l'Europe, et donnèrent à cette école une célébrité égale à celle dont elle jouissait parmi nous. Aussi, lorsqu'en 1795 l'Académie de chirurgie fut supprimée et que l'enseignement chirurgical fut profondément ébranlé, l'école de Desault restée debout, suffit pour tout soutenir, pour tout remplacer, et fournit aux institutions nouvelles, les éléments les plus précieux.
Desault a eu la double gloire de créer en quelque sorte la clinique en l'organisant dans les hôpitaux ; de fonder une branche importante de Vanatomie à peine ébauchée avant lui. Palfyn avait publié sous le nom d'anatomie chirurgicale, un traité d'anatomie descriptive orné de quelques applications chirurgicales. Desault comprit qu'il fallait unir l'anatomie et la chirurgie par des liens plus intimes; il insista particulièrement sur la position, la direction, la forme, l'étendue, les rapports mutuels des divers organes, de toutes leurs parties, et joignit pour chacun d'eux à leur examen anatomique, l'étude de leurs lésions. Desault, dit Bichat, créa l'anatomie chirurgicale dont le vaste cadre est divisé par des lignes saillantes en cadres secondaires où se place tour à tour ce qui appartient à la conformation, à la structure, aux propriétés, aux usages : chacun se subdivise en sections qui s'enchaînent sans se confondre, et «e succèdent sans franchir leurs limites. De leur l'éunion naît une formule générale applicable aux organes de tous les systèmes, offrant à chaque point de leur description une place à occuper, indiquant ce qu'on omet par les vides qu'elle présente, et laissant à celui qui l'a parcourue, un tableau exact de tout ce qu'il faut apprendre. C'est en remplissant de mieux en mieux le cadre tracé par Desault et en développant ses idées fondamentales, que l'anatomie chirurgicale a acquis de nos jours une perfection croissante. On regrette de trouver parfois dans quelques traités classiques des détails trop minutieux, intéressants aux yeux de l'anatomiste, mais peu utiles aux chirurgiens ; ils peuvent faire perdre de vue les objets principaux en fixant l'attention sur des objets secondaires. L'anatomie chirurgicale guide la main du chirurgien dans les l'égions les plus dangereuses, rend les plus grands services à la pathologie, en permettant de préciser le siège, l'étendue, les caractères des lésions, en montrant comment les dispositions anatomiques aident ou arrêtent la propagation des états morbides, favorisent ou limitent leur extension dans des sens déterminés, dirigent les épanchements de sérosité, de sang, de pus, au dedans ou à l'extérieur, par des voies directes ou détournées, etc.
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Accompagné par les élèves, Desault commençait de boime heure sa visite à l'Hôtel-Dieu et la pvolongeait jusqu'à 8 heures; on se rendait dans la salle des leçons. Le professeur donnait des consultations raisonnées à des malades indigents venus du dehors; après un examen complet, les indications étaient •posées, on prescrivait les moyens de les remplir. Les élèves de l'hospice lisaient les observations exactes et détaillées des malades intéressants prêts à sortir, qu'ils avaient suivis jour par jour. On s'occupait des opérations qui devaient être pratiquées, en montrant leur opportunité, discutant les procédés opératoires, calculant leurs conséquences, etc. Les malades étaient transportés à l'amphithéâtre et opérés. Aux opérations succédaient des instructions sur les maladies qui régnaient dans l'hospice, sur les opérés des jours précédents. On procédait ensuite aux nécropsies en mettant les lésions en rapport avec les phénomènes observés pendant la vie. Une leçon dogmatique sur un point particulier de pathologie terminait la séance. Ces exercices du matin se prolongeaient jusqu'à midi. C'est alors seulement que Desault se rendait auprès des malades de la ville, réduisant ainsi en faveur de ses élèves, des indigents, des hôpitaux, une clientèle particulière considérable qui aurait absorbé tous ses instants, s'il n'avait eu le courage de lui résister. lienlré à l'Ilôtel-Dieu à six heures, Desault n'en sortait plus jusqu'au lendemain ; faisait une seconde visite du soir et une leçon consacrée à l'anatomie et aux opérations. Desault donnait des cours complets d'anatomie, de pathologie externe, de médecine opératoire, de clinique, en revoyait vingt fois tous les points, les rectifiait et les agrandissait, y laissait l'empreinte de son génie*. Desault dont l'inlluence sur toute la chirurgie s'est fait si largement sentir n'a écrit que sa thèse et un mémoire lu à l'Académie de chirurgie. Son journal de chirurgie est rédigé par ses élèves; le traité des maladies chirurgicales qui porte son nom et celui de Chopart appartient à ce dernier et ne représente que très-imparfaitement ses doctrines ; celles-ci sont reproduites avec beaucoup plus de fidélité, dans l'ouvrage rédigé par Bichat et publié sous le titre à' Œuvres chirurgicales de Desault, 3 v. in-S". Du reste,. rien de ce qu'a fait ce grand chirurgien n'a été perdu.
Guidé comme J.-L. Petit par l'anatomie et la physiologie normales, il étudie avec une plus grande précision les luxations et les fractures des os principaux, leur mécanisme, leur direction, le sens des déplacements, leur étendue, leurs signes, les procédés à suivre pour les réduire et les contenir {Vorj. ses recherches sur les luxations de l'épaule, du coude, du fémur). Nous lui devons une connaissance plus exacte des fractures de l'olécràne qu'il maintient avec une attelle antérieure et des circulaires afin de s'opposer à l'extension de l'avant-bras et à l'ascension du fragment supérieur : l'analogie de ces fractures et de celles de la rotule !e conduit à imaginer pour celles-ci un bandage fondé sur les mêmes principes. Une idée mère modifiée dans les détails préside à l'invention d'une série à' appareils à extension permanente qui s'appliquent aux fractures de la clavicule, de la jambe, du fémur, etc. La compression devient avec lui un moyen puissant dans le traitement des ulcères variqueux, des tumeurs externes et internes, des squirrhes et des rétrécissements du rectum, etc. Dans le
* On voit combien était vaste l'enseignement de Desault, marcliant de concert avec celuide Corvisart, :jui avait fait des cours d'a>iato7nie, de chirurgie, avant d'être professeur de ■ clinique interne. La science entière se déployait devant leurs élèves; chacun pouvait choisir la direction qui lui convenait le mieux et la perfectionner. Ainsi se développèrent ces idéesd'ensemble et de coordination qui s'accentuent de plus en plus et servent de guide à Bichat.-
traitement des fistules à l'anus, le gorgeret de Marchettis vint protéger les parois opposées de l'intestin et permit de renoncer au syringotome, aux instruments de Pott et de Bell, à ceux de Branibilla ingénieusement et inutilement compliqués ; on put aussi dans les fistules profondes recourir à la ligature, au moyen d'instruments simples, faciles à diriger et l'on oublia le stylet à séton de Paré, la lardoire de Foubert, l'instrument de Girault. Inventeur d'un grand nombre d'instruments, Desault visait cependant à la simplification, soumettait leur construction à quelques règles générales, adaptait chacun d'eux à des usages variés. Les difficultés que lui oppose la section d'une bride du rectum donne naissance au kiotome qui s'applique à la rescision des amygdales, de la luette, des kystes vésicaux. Les sondes en gomme élastique inventées récemment jouent un grand rôle dans le traitement perfectionné des maladies des voies urinaires, des rétrécissements de l'urèthre et de différents canaux; dans la thérapeutique des états morbides de plusieurs autres organes , elles deviennent tantôt des porte-ligatures, tantôt des conducteurs qui transmettent des aliments à l'estomac, de l'air aux poumons, tantôt des repoussoirs propres à débarrasser l'œsophage des corps étrangers : ces sondes ont l'avantage d'être droites ou plus ou moins recourbées suivant les besoins, d'être très-llexibles quand elles sont vides, très-solides quand le stylet remplit leur cavité. Opérateur très-habile et très-hardi, Desault ne néglige point la chirurgie conservatrice. Plusieurs de ses contemporains avaient trop souvent recours aux amputations et à l'application du trépan : pour lutter contre cetta tendance, Desault tombe dans un excès opposé. Mais il montre qu'après de violentes contusions du crâne, accompagnées de symptômes graves, on peut retirer de grands avantages des émissions sanguines abondantes et réitérées, des fomentations glacées, de l'émétique en lavage recommandé par Guy de Chauliac, d'un large vcsicatoire enveloppant la tète et dont la suppuration était longtemps entretenue.
Desault dédaignait la médecine et la haute physiologie où il ne voyait que des théories brillantes peu en harmonie avec cet esprit roide et mathématique qui lui était naturel et que ses études premières avaient fortifié. Aussi ce qu'il étudie surtout en pathologie ce sont les lésions physiques ou ce qu'il y a de physique dans les autres lésions, l'étiologie et la pathogénie mécaniques ; le diagnostic local ; il ne s'éleva point assez aux grandes lois de la vitalité ; l'anatomie morbide ne le conduit point aux dogmes fondamentaux de la physiologie pathologique. En thérapeutique, il ne saisit qu'une partie des indications et perfectionne principalement l'instrumentation, les appareils, et le manuel opératoire. A ce point de vue, Desault contribue largement aux progrès de la chirurgie, mais il renferme la science dans un domaine trop circonscrit en l'isolant de la médecine. Dans le traitement des luxations et des fractures, nous le voyons lutter de vive force contre les résistances musculaires sans chercher à les affaiblir; la compression n'est à ses yeux qu'un moyen mécanique. Grand opérateur, le chirurgien de l'Hôtel-Dieu brille moins comme pathologiste, et ses belles institutions cliniques ne portent pas encore tous les fruits que l'on devait en attendre. Des deux directions imprimées par l'Académie de Paris à la chirurgie, Desault suit surtout la direction anatomique. Avec moins dç génie, Sabatier reste plus fidèle à la tradition et la transmet à son école ^
* Voy. pour plus de détails les études de Bichat sur Desault; nous leur avons fait plusieurs emprunts.
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Ami et collaborateur constant de Dcsault, Chopart adopta et propagea ses doctrines, imagina pour l'amputation partielle du pied un procédé qui porte son nom, publia des mémoires sur les loupes, les contre-coups, etc.. et son traité des ï/a/adJes des voies urinaires qu'on lit encore avec intérêt.
Élève favori de Marc-Antoine Petit (de Lyon), de Desault, de Corvisart, Bichat (1771-1802) combine les doctrines de ses maîtres en les transformant par la puissance de son génie. Bichat perfectionne l'anatomie chirurgicale, ï'anatomie descriptive, la médecine opératoire, se livre à l'expérimentation, à de longues et ingénieuses recherches de physiologie normale et pathologique, et travaille à fonder une physiologie nouvelle dont les principes devront servir de base aux réformes radicales auxquelles il veut soumettre dans leur entier la médecine et la chirurgie. Mort à 32 ans, Bichat nous a légué des travaux aussi majeurs que variés dont nous avons apprécié ailleurs la nature et l'influence. Quoique très-riche de son propre fond, il a été conduit à un éclectisme physiologique incomplet, présenté sous les formes les plus séduisantes. Son vitalisme étroit, exclusivement solidiste, reste trop mécanique, et le porte à combattre de grandes lois anthropologiques formulées et solidement établies dans des ouvrages contemporains dont la valeur lui échappe après un examen superficiel. Malgré ces imperfections, Bichat a rendu d'éminents services à la chirurgie. Après avoir exposé fidèlement les doctrines de Desault agrandies dans ses mains, il ouvre devant elle les voies dont elles se sont écartées, leur imprime un caractère nouveau, en y introduisant l'élément physiologique, marquant la place importante qu'il doit y occuper désormais, et préparant les progrès que lui assurera son union avec une i)hysiologic plus large et plus vraie. Marchant siu" les traces de Bordeu, Bichat crée Vanatomie et la physiologie des tissus, source féconde que les travaux modernes n'ont pas épuisée.
Deux membi'es de l'Académie de chirurgie, Peyrillie et Dujardin, ont écrit une histoire de la chirurgie depuis son origine jusqu'à nos jours (1774-1780). Les deux pi'emiers volumes in-4" ont été seuls publiés et ne dépassent pas le sixième siècle. Le dernier existe, dit-on, en manuscrit dans la bibliothèque de M. Paul Dubois. Cet ouvrage que nous avons beaucoup étudié, est le fruit de recherches longues et consciencieuses. Mais, en remontant aux textes, on reconnaît qu'ils ont été trop souvent mal interprétés, que les maîtres n'ont pas été exactement jugés. Les auteurs ont une prédilection marquée pour Galien et lui accordent trop de confiance. Bien qu'ils nous fournissent d'utiles documents, qu'on ne saurait dédaigner, nous pensons avec Daremberg [Ouvr. cité, t. II, p. i 273), que c'est un livre à refaire. L'histoire de Vanatomie et de la chirurgie de Portai, 7 vol. in-12, dont le premier volume remonte à 1770, est un guide très-infidèle où nous pourrions relever bien des inexactitudes, des erreurs, des jugements qu'on ne peut pas accepter.
Nous ne parlerons point ici des écoles de Strasbourg et de Montpellier. Nous ne pourrions le faire qu'en passant ; une histoire de la chirurgie dans ces écoles au dix-huitième siècle, réclamerait un long chapitre même en l'abrégeant beaucoup. Montpellier est un des premiers à secouer le joug de l'arabisme et du moyen âge, pour se ranger sous la bannière de l'hippocratisme ; il vulgarise aux seizième et dix-septième siècles, les écrits des maîtres, en traduisant leurs ouvrages en français; il comprend la dignité de la chirurgie et son indissoluble union à la médecine : c'est au sein de cette école que Lapeyronie puise l'idée des réformes qu'il exécuta, des institutions qu'il établit à Paris. Les chi-
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rurgiens distingués dé Montpellier vivent intiraenieut avec les médecins, participent à leurs travaux et à leurs doctrines ; leur chirurgie est médicale et physiologique. Elle suit le double mouvement que nous avons signalé dans l'Académie de chirurgie ; mais la tendance physiologique est plus nettement accentuée; on tient un plus grand compte de l'état général et des indications qui en découlent ^ A l'école de Montpellier se rattachent celles du Midi (Avignon, Marseille, Toulouse), comme à l'école de Strasbourg, les écoles du Nord. Article II Angleterre. Les chirurgiens français trouvent en Angleterre d'illustres rivaux :
I. Cheselden (1688-1752), chirurgien de la reine, chargé du service de l'hôpital Saint-Thomas, anatomiste et physiologiste distingué, crée l'opération de la pupille artificielle, pratique d'abord la taille sus-pubienne, découvre ensuite le véritable procédé de Jacques de Beaulieu, le perfectionne, obtient d'éclatants succès justifiés par sa précision et sa dextérité ; indique comme J.-L. Petit, l'amputation de la jambe en deux temps ; intente divers instruments, introduit des simplifications et des modifications heureuses dans le manuel de plusieurs opérations. Indépendamment de ses écrits sur la taille, nous lui devons des notes ajoutées à la traduction anglaise du traité des opérations de Ledran, une ostéographie avec des planches magnifiques représentant des squelettes d'animaux et un grand nombre de maladies des os ; une anatomie du corps humain avec figures, enrichie de recherches de plus en plus étendues, dans les éditions qui se sont succédé de 171.") à 1752. Des dessins d'instruments, de pièces normales et pathologiques rendent plus facile l'intelligence des textes. Les écrits de Cheselden contiennent tous des observations très-intéressantes relatives à une foule de points de chirurgie, arrachement d'un bras à l'articulation scapulo-humérale, fractures et luxations de la rotule, hernies avec gangrène, plaies de tète, de la poitrine, du bas-ventre, gastroraphies, paracentèses abdominales répétées jusqu'à vingt-neuf fois, ruptures de la vessie, chutes du rectum ; calculs trèsvolumineux, corps étrangers leur servant de noyau ; statistique très-satisfaisante des 213 opérations de taille pratiquées jusqu'en 1751 (peu de morts, la plupart des malades guéris, etc.).
II. Les deux Douglas. Jacques (1675-1741) publie une myographie comparée, une histoire de l'anatomie sous forme de bibliographie, une bonne description du péritoine et du tissu cellulaire, etc., une histoire de la taille latérale sans intéresser l'urèthre, la prostate, les vésicules séminales, etc.. Son frère Jean nous donne sa Lithotomia Douglassiana, où l'on trouve une histoire critique des procédés lithotomiques et la description, avec observations, de la taille sus-pubiennne. L'auteur lui donne la préférence, et paraît croire que son frère et lui en sont les inventeurs; cependant ses règles diffèrent peu de celles de Franco et de Roussel^. Citons encore Dissertation on the Venereal Disease (1737), le traité des Gangrènes et des effets surprenants du quinquina pour les guérir ou en arrêter les progrès (en anglais).
* Barthei n'est pas cliirurgien, mais il connaît à fond les œuvres des maîtres. Servi par une értidilion prodigieuse, il demande à la chirurgie comme à la médecine,, à l'anatomie comme à la physiologie, aux auteurs éminents de toutes les époques, de toutes les écoles, à ses profondes méditations, les lois anthropologiques expérimentales qui, dans leur diversité même, montreront l'unité de la science. Barihez signale de nombreuses analogies entre les doctrines de Hunter et celles de notre école, et semble croire que l'illustre chirurgien anglais nous les a souvent empruntées.
* Douglas décrit quelques instruments nouveaux d'une médiocre importance.
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III. Monro l'Ancien (1697-1767), élève de Clieselden, professeur à Edimbourg, secrétaire de la société médico-chirurgicale de cette ville dont il a publié les mémoires, est l'auteur de nombreux écrits d'anatomie et de physiologie humaines et comparées, de chirurgie, de médecine (essai d'anatomie comparée, iinatomie des os et du système nerveux, nutrition du fœtus, de l'inoculation de la variole et de ses avantages, etc.). Monro a essayé le premier la cure de l'hydrocèle par l'injection du vin, et a laissé d'importantes études concernant les anévrysmes, les maladies des voies lacrymales, la cataracte, les hernies, les maladies du testicule et de ses enveloppes, les affections des os et particulièrement les cxostoses et les diverses espèces de caries, etc. Son fils Alexandre (qui porte du reste le même prénom que lui), a pris pour objet de ses recherches anatomiques et physiologiques, le système lymphatique, le cerveau, l'œil, l'oreille, les bourses muqueuses, l'action de l'opium et des substances métalliques sur les nerfs, etc. On lit avec intérêt ses études sur la paracentèse thoracique, la hernie crurale, etc. Le traite de l'hydropisie et de ses espèces publié par Donald Monro, frère aîné du précédent représente la science à son époque.
IV. Sharp mort en 1765, chirurgien de l'hôpital de Guy, disciple de Cheselden, esprit original, excellent observateur, ennemi de la routine, a présenté des idées neuves sur un grand nombre de questions de chirurgie, amélioré dans bien des cas les instruments et les procédés opératoires. Il attend la maturité des abcès avant de les ouvrir, proscrit l'usage des tentes, car elles entretiennent les fistules; ravive les vieux ulcères avec la pierre infernale, prescrit aussi l'eau de chaux, brûle les fongosités et ne les coupe point ; imagine dans les fistules une sorte de drainage au moijen de canules, décrit un procédé spécial pour la pupille artificielle, fait ressortir les avantages de la taille latéralisée de Cheseldcn, préfère comme Levret la ligature des amygdales à leur rescision, etc. Dans les abcès articulaires, les membres sont immobilisés afin d'arriver à une guérison par ankylose. Le squirrhe du testicule n'a jamais l'épididyme pour point de départ (cette opinion a été victorieusement réfutée). Après les plaies de poitrine, il proscrit trop souvent l'opération de l'empyème pour évacuerle sang. Quand on ouvre le thorax afin de livrer un passage au sang ou au pus, il faut faire l'ouverture dans le milieu de- l'espace qui sépare le sternum de l'épine dorsale. Tels sont qiielques-vms des points saillants que l'on peut noter dans son Traité des opérations avec figures et description des instruments, rintrod7(ction sur la nature et le traitement des plaies, des abcès, des idcères. Sharp a donné aux couronnes de trépan leur forme cylindrique et bien démontré que, dans les hernies congénitales, les parties herniées s«nt enveloppées par la tunique vaginale. Après un voyage en France, Sharp écrivit ses Recherches critiques sur l état présent de la chirurgie (en anglais, 1750) : il compare la chirui'gie anglaise et française et se montre peu favorable à celle-ci. En opérant la hernie étranglée, débridez et replacez après avoir fait au sac une petite incision, réséquez la portion d'épiploon gangrenée sans ligature préalable; rhémorrhagie n'est pas à cranidre.
V. Gooch né au commencement du dix-huitième siècle et mort vers 1 780, a laissé un traité pratique sur les plaies et autres objets chirurgicaux (en anglais, 1767, 1^ édition, 3 vol. in-S"). Le premier et le troisième volumes contiennent d'excellentes observations particulières sur toutes sortes de sujets chirurgicaux, avec de -nombreuses planches représentant spécialement des machines. Le deuxième volume renferme des remarques siu" les plaies en général,
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leur traitement, les bandages, les sutures, les plaies en particulier, etc.
VI. Bromfield (1712-1792), chirurgien du roi en 1769 après Gatakcr, a pratiqué dans plusieurs grands hôpitaux, écrit son Syllabiis anatomicus, ses Observations sur les vertus des différentes espèces de solimiim, l'usage de la salsepareille, du mercure, etc., enfin ses Observations de chirurgie (1773, 2 vol. in-8"). Ce recueil riche en faits importants, orné de planches, nous présente les procédés ou les instruments imaginés ou modifiés par l'auteur; son crochet pour saisu' et lier plus aisément les petites artères divisées, son gorgeret double pour la taille, dont un des côtés offre une lame tranchante, ses tenettes à quatre branches qu'on éloigne ou rapproche à l'aide d'une vis. Il restreint beaucoup les cas d'amputation, pratique l'empyème entre la sixième et la septième côte, conseille les caustiques dans les cas douteux, lie l'artère spermatique séparément, après avoir coupé le cordon le plus haut possible dans l'opération du sarcocèle etc. Bromfield a donné le premier la véritable interprétation du passage de Celse, relatif à la taille, où se montre l'idée première de la taille bilatérale*.
VII. Alanson (Observations pratifpies sur l amputation, 1779, en anglais) préconise un procédé particulier pour éviter la saillie de l'os dans l'amputation circulaire. Il obtient, comme plusieurs autres, un moignon formant un cône dont le sommet occupé par l'os, regarde la racine du membre. Mais son mode opératoire donloureux et compliqué a été abandonné. Alanson pratique l'amputation sus-malléolaire par la mélliodc à lambeaux son livre contient plusieurs observations. Après Bromfield, il a fait avec succès l'amputation du bras dans l'articulation scapulo-humérale.
Les deux plus grandes illustrations de la chirurgie anglaise sont Pott et J. Hunter.
VIII. Pott [Percival, 1715-1788) se rapproche beaucoup par son génie de J.-L. Petit; il eut l'avantage de se voir placé sur un plus grand théâtre, l'hôpital Saint-Barthélémy. Quoique ne manquant pas d'érudition, Pott, grand observateur, esprit indépendant et plein d'originalité, s'appuie par-dessus tout sur les faits en très-grand nombre qu'il a recueillis. Lorsque Pott débuta dans les hôpitaux de Londres, on n'y avait pas encore secoué le joug de la routine ; les pansements étaient rudes, on prodiguait les topiques excitants, les caustiques, l'emploi du feu : guidé par l'anatomie, la physiologie, l'étude de la natiu'e et de ses procédés, Pott fut, parmi ses contemporains, celui qui contribua le plus à porter dans la chirurgie de grandes réformes, à la rendre plus douce, plus rationnelle, à lui conserver toute sa vigueur en la disciplinant et ne l'appliquant que dans les cas où elle est nécessaire. « Guérissez, dit-il, promptemcnt, sûrement et sans faire trop souffrir, conservez, simplifiez; éviter les opérations toutes les fois qu'on le peut, vaut mieux que les pratiquer avec dextérité; que vos pansements, faits avec douceur, ne soient pas trop souvent réitérés ; ne fouillez pas trop les cavités pour y chercher les corps étrangers. » L'ouvrage publié par Earle son gendre (3 vol. in-8°, 1790), sous ce titre Œuvres complètes de Pott (en anglais), avec des notes et une biographie, est le seul qui renferme tous ses écrits. Pott a rédigé une série de monographies sur les plaies de tête, la cataracte, la fistule lacrymale, les polypes du nez, les
1 Parmi les observations de Bromfield, rappelons celles qui sont relatives aux hernies, aux maladies des os, du rectum, des organes gonito-urinaires, etc. (calculs formés en deiiors de la vessie) ; détails sur la litliotomie et l'extraction dey calculs chez les deux sexes {voy. lia lier, Ijibl. chir., t. II, p. 235 à 257).
Lier. ENC. XVL 25
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hernies, les maladies du testicule et de ses dépendances (varicocèle, sarcocèle, cancer des ramoneurs, hydrocèle et son traitement par divers moyens, entre antres par l'injection) ; afiections du rectum (abcès, fistules, hémorrhoïdes) ; carie vertébrale (mal de Pott, sous le nom de paralysie des extrémités inférieures, ce travail accompagné d'observations anatomo-pathologiques est très-supérieur à ce qu'on a fait même longtemps après lui) ; gangrène spontanée des extrémités ; anévrysmes des os, tumeurs fongueuses du périoste ; fractures, luxations, amputations, etc. Chacune de ces monographies mérite d'être lue et méditée, partout on y lit des faits particuliers, souvent en grand nombre. Nos contemporains y ont puisé avec profit ; l'on doit y revenir encore. En étudiant les plaies de tête, Pott fournit de précieux documents touchant les lésions des parties molles, des parties dures, des organes encéphaliques, les contre-coups, la commotion, la compression. « Ne vous hâtez pas d'enlever les lambeaux des parties molles : quoique très-maltraités, ils peuvent se réunir, se cicatriser; les clapiers seront prévenus ou vidés par des contre-ouvertures, etc. »
Après les traumatismes intenses de la tète même sans accidents immédiats bien marqués, Pott conseille les saignées. La compression et les fractures fournissent les premières indications de l'opération du trépan qui n'est point réclamée, lorsque le périoste reste solidement fixé aux os (Voy. ses deux Mém. sur les plaies de tête, 1760 ,1768).
La fistule lacrymale offre divers degrés, diverses lésions de la peau, du sac, du canal, des os, etc.; en tenant compte de ces différentes conditions, de l'état général de l'organisme, on modifiera le traitement. Tantôt la guérison a lieu sans opération; tantôt elle exige l'ouverture du sac, la dilatation, etc., enfin la pertoration de l'os unguis avec un trocart courbe {Mém., 1758).
Dans le mémoire sur les hernies (1756), nous voyons d'excellentes études touchant leur histoire entière (espèces et différences, accidents, diagnostic, pronostic, traitement). Proscription des opérations routinières proposées pour leur guérison radicale (castration, point royal, caustiques, etc.) : il a le tort de ne songer guère qu'à l'étranglement par l'anneau, sans tenir compte de celui qui a lieu par le sac, etc., la kélotomie est une opération simple, peu dangereuse, quand elle est pratiquée habilement et sans trop de retard ; Pott débride en général sur le doigt. La formation naturelle ou artificielle d'un anus anormal est quelquefois utile dans les gangrènes des intestins. La hernie ombilicale sera traitée par la compression, elle contient quelquefois une partie de l'estomac et du foie ; la hernie crurale est plus commune chez la femme. Pott a consacré un mémoire spécial à la hernie inguinale congénitale (1757), assez commune chez les nouveau-nés, rare chez Vadulle. Les parties herniées sont contenues dans la tunique vaginale. C'est une bonne étude avec observations. Les mémoires relatifs aux amputations, aux fractures et aux luxations, à r hydrocèle et autres maladies du testicule (1762), au traitement de l' hydrocèle par le séton (1791), par Vinjection, aux fistules à ianus (1768), etc., ne sont pas moins remarquables. Partout l'auteur s'appuie sur l'anatomie pathologique pour déterminer le siège des lésions, leur nature, les circonstances qui les accompagnent, leurs symptômes, lem' marche, afin de les classer, de les distinguer les unes des autres, de déduire les indications. Il donne le diagnostic différentiel de l'hydrocèle, de Vhématocèle, des hernies congénitales, du cirsocèle, du sarcocèle, de l'hydro-sarcocèle, etc., fait sen-
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tir les avantages de l'amputation à lambeau dans les cas où elle convient, etc. Les œuvres de Fott représentent la chinn-gic du dix-lmilième siècle sous une de SCS Cormes les plus avancées {Voij. Ilaller, Bibl. chir., t. II, p. 237 à 240, Daremberg, t. 11, p. 258, etc.).
IX. John Hunter (1728-1793), frère de William, est un génie vaste, puissant, éminemment origmal et personnel, qui s'élance hardiment dans toutes les routes ouvertes avant lui, les parcourt, les agrandit, y trace des voies nouvelles. Partant de quelques faits majeurs minutieusement étudiés, il y découvre des lois simples, très-générales, qui éclairent les profondeurs de la science, fournissent partout (':s applications heureuses, étendues, variées; elles se multiplient par les tiavaux de ses successeurs.
Ij' Académie de chirurgie avait communiqué à notre art une impulsion forte et continue dans nue double direction, l'une presque exclusivement pratique tenait peu compte des théories, l'autre étuit plus théorique, plus physiologique, plus médicale. Plusieurs de ses membres les plus éniinents s'attachèrent surtout à la première, et perfectionnèrent spécialement les moyens chirurgicaux, les procédés opératoires ; sans être négligée, la pathologie occupa pour eux un rang plus secondaire. Desault hérita de leur esprit *.
[.a seconde direction fut celle qui obtint le plus de faveur en Angleterre. Moins forte que la chirurgie française, moins sûre et moins brillante dans ses résultats, moins riche dans les détails, la chirurgie anglaise eut des tendances plus exclusives vers les généralisations et les théories. Elles restaient encore indécises, lorsque Hunter vint s'en emparer en maître, et leur donna des modes plus larges, plus sûrs, nettement déterminés. Portant dans la pathologie chirurgicale et dans la chirurgie entière ses grandes vues anthropologiques, ■ ses théories fécondes et lumineuses, il leur imprima le caractère qu'elles cherchaient à revêtir. Hunter et Desault servent la chirurgie en la poussant et la perfectionnant plus spécialement dans deux voies différentes.
Hunter et Desault commencent par l'anatomie ; celui-ci l'applique immédiatement'à la physiologie chirurgicale, à la chirurgie ; celui-là vient la joindre à l'anatomie comparée, comme le font plusieurs chirurgiens, plusieurs anatomistes et naturalistes célèbres, et devient l'un des fondateurs de l'anatomie comparée, de l'anatomie philosophique. Dans ses recherches, il pénètre la structure des organes, analyse leurs tissus et leurs éléments constitutifs, les suit dans leurs évolutions, détermine leurs facultés vitales, leurs fonctions et leurs enchaînements, s'élève aux lois qui les dirigent, s'initie aux principes de la physiologie spéciale et générale. Hunter prend pour guides l'observation, l'expérimentation, l'induction, transporte cette anatomie, cette physiologie, dans le domaine de la pathologie médico-chirurgicale, de la médecine opératoire, et vivifie les unes par les autres ces diverses branches d'une même •science.
Nous n'indiquerons point tous les travaux anatomo-physiologiques de Hunter; ils sont nombreux, embrassent un cercle très-étendu, se signalent tous par des découvertes. Mentionnons en passant ses mémoires sur l'utérus et le placenta, le testicule humain et le mécanisme de sa migration pendant la vie
1 On a exagéré les tendances anatomiques, mécaniques, de l'-^cadémie de chirurgie : nous avons voulu montrer, par des exemples, que le côté physiologique, médical, etc., y est aussi amplement représenté. Desault s'empare de la direction anatomique et l'accentue plus fortement.
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iiilra-utérine, sur les dents, leur développement et leur structure, etc. (Voir les études deR. Owen relatives à Hunter, considéré comme naturaliste). Le génie physiologique et le génie chirurgical se combinent chez Hunter dans toute leur puissance, et laissent leur profonde empreinte dans tous ses ouvrages.
L'un des plus importants contient ses traités du sang, de l' inflammation^ des plaies par armes à feu. Le premier est tout physiologique ; le second concerne un point prédominant de pathologie générale, car la phlogose apparaît presque partout comme l'ait principal, comme complication, comme résultat ; le troisième appartient à la chirurgie spéciale. L'étude approfondie de la vitalité du sang et de sa constitution prépare les recherches sur l'inflammation et la détenninalion de ses phénomènes intimes, de ses actes mystérieux. Le traité de l'inllammation devance complètement son époque. Les symptômes locaux (rougeur, ciialeur, tumeur, variations de température), les symptômes généraux sont approfondis dans toutes leurs nuances, expliqués par les modifications survenues dans l'état du sang, du système vasculo-ncrveux. Les inflammations Iranches ne sont pas confondues avec les phlogoses spéciales et spécifiques; la distinction des inflammations adhésives, siippuratives, ulcératives, est restée classique, leur mécanisme, leurs associations sont dévoilés. Avec lui nous constatons le mode de formation des adhérences, des granulations, de îa sup[)uration ; nous voyons comment ont lieu les réunions primitives et consécutives, la cicatrisation des plaies, l'apparition du pus à la surface des solutions de continuité, dans les abcès, dans les cavités, etc. Nous avons des règles rationnelles pour le pansement des plaies, le traitement des épanchements purulents. La guérison des lésions traumatiques olïre de grandes différences "selon qu'elles sont exposées au contact de l'air ou soustraites à son action; là-dessus reposent les méthodes sous -cutanées et leurs fécondes applications. Ses expériences relatives aux greffes animales ont exercé une grande influence sur l'adoption des méthodes autoplastiques. Le traité de Hunter se recommande par la profondeur, l'enchamement, la nouveauté des idées, la simplicité des pi'incipes, les expériences saillantes, les observations qui leur servent de point d'appui. Les recherches modernes et spécialement les études sur la cellule ont modifié, transformé, remplacé sur plusieurs points ses théories qui pourraient s'associer et se fondre avec elles, mais les faits pratiques et leurs applications se maintiennent et le livre de Hunter est un modèle que nous devons méditer. L'auteur a décrit le premier avec précision l'inflammation de la tunique interne des \eines et plusieurs aiitres phlegmasies. Dans le traité des plaies par armes à feu, il prescrit le débridement d'une manière trop absolue, mais il donne une série de préceptes pratiques dont on peut apprécier toute la valeur.
Au début de ses leçons de chirurgie que la traduction de Richelot nous a fait connaître, Hunter établit que les pi'incipes généraux de la physiologie sont les seuls guides d'une bonne pratique; il le démontre ensuite par son exemple. On est émerveillé de la masse d'objets qu'il a si bien vus et admirablement décrits, de la vigueur avec laquelle il s'élève aux dogmes fondamentaux de la pathologie générale, de l'art et de la sagacité qui lui servent à les féconder en les appliquant à tous les détails d'un nombre considérable de maladies.
Le traité de la syphilis contient aussi des idées neuves et profondes, relatives à l'existence du virus vénérien, sa spécificité, son action, les conditions de son origine, ses formes variées ; il sait que le chancre induré connu sous le nom de chancre huntérien, est le plus spécifique, le plus infectant; distingue
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la syphilis primitive de la syphilis constitutionnelle, détermine les effets de celle-ci sur les différents tissus, compare le pus des ulcères appartenant à des périodes successives, etc. Ses recherches expérimentales relatives à l'inoculation du virus vénérien sont encore intéressantes malgré l'extension et les perfectionnements qu'elles ont reçus de nos jours. Hunter a porté le même soin dans la thérapeutique, montré l'efficacité des rnercuriaux, etc. Au moyen de sa méthode, il a éclairé d'une plus vive lumière l'anatomie, la physiologie, la pathologie de l'appareil dentaire.
On peut apprécier la marche de Hunter et de Desault à l'occasion du traitement des anévrysmes par la ligature. Guillenicau ponr guérir un anévrysme faux de l'artère brachiale, lie l'artère au-dessus du sac qu'il ouvre ensuite afin d'enlever les caillots. Un siècle après, Anel se conduit de même dans un cas semblable, mais il respecte le sac. La crainte de la gangrène avait fait proscrire l'opération, lorsqu'on 1785, Desault qui ne partageait pas ces craintes, lia Tartère crurale pour un anévrysme de la poplitée, dans le voisinage du sac auquel il ne toucha point. Le malade succomba après huit mois. Desault n'avait peut-être pas une idée bien exacte des conditions du succès. Quelques mois après lluntcr revint à la même opération. 11 savait d'une ])art que la dilatation des collatérales permettrait le rétablissement de la circulation, d'un autre côte, que le caillot se résorberait progressivement : il plaça la ligature bien plus haut et plus loin de l'anévrysme. L'opération était devenue tout à fait rationnelle et réussit complètement.
Quand une partie des écrits de Hunter se répandit en France, ils exercèrent «ne heureuse influence; mais le terrain était bien préparé. Affaiblie un instant, la chirurgie physiologique et médicale s'était reti'empéc dans nos traditions et avait repris une nouvelle vigueur'.
Nous ne dirons qu'un mot de B. Bell connu par des traités ex professa sur les ulcères, l'inflammation, les tumeurs blanches, la gonorrhée virulente et la syphilis, l'hydrocèle et les maladies du testicule. Son ouvrage capital est son système de chirurgie dont la deuxième édition (1801) a 7 vol. in-8° avec figures. Le but de l'auteur est d'embrasser toute la science dans un cadre suffisamment étendu, de la montrer avec tous ses progrès, en les vérifiant autant qu'il le peut par sa longue expérience. Ce livre, fort estimable d'ailleurs, est peu méthodique. Bell est un esprit sage, judicieux, un peu timide. Il ne s'est pas assez inspiré du génie des maîtres, redoute leurs hardiesses et les nouveautés trop récentes. Plusieurs choses importantes manquent dans son livre, soit qu'il les ait ignorées, soit qu'il ne les ait pas convenablement appréciées.
Afin d'abréger, nous avons passé sous silence beaucoup de médecins français et anglais très-distingués.
Article 111. L'Italie ne le cède point à .a France et à l'Angleterre ; elle sait transporter aussi dans la chirurgie les connaissances anatomiques, la haute physiologie, les dogmes élevés de l'anthropologie médicale.
I. Morgagni (1682-1771) publie ses mémoires sur les voies lacrymales et leur
* Yoij. les études cliirurgicales sur Hunter et Desault (1842), par le professeur Bouisson. Dans cet intéressant travail, notre collègue met en relief les différences et les rapports qui existent entre le génie chirurgical de Hunter et de Desault, entre le caractère général de la chirurgie anglaise et française dans leurs écoles. La chirurgie de Hunier est plus plnjsiologique, plus théorique, celle de Desault plus anatomiquc, plus pratique. Les œuvres de chacun d'eux portent les marques de leur type spécial, comme l'impulsion qu'ils ont imprimée à noire art et la nature des progrés qui en ont été la conséquence.
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obstruction, sur les calculs vésicaux, sa \cHmde acu intrà vesicammtruso, etc., une série d'ouvrantes importants siu- l'anatoniie où la chirurgie n'est pas oubliée; enfin il crée Vanatomie pathologique par les développements et le caractère qu'il lui donne dans son ouvrage de Causis et sedibus morborum per anatomen indagatis {1761). Cette œuvre raaguifique contribue également aux progrès de la chirurgie et de la médecine. Les faits les plus importants sont rassemblés, rapprochés, analysés avec une sagacité remarquable et conduisent à des principes solides où les théories arbitraires s'effacent pour fiiire place aux conséquences pratiques qui les rectifient et les dominent ; l'auteur montre à chaque instant et sur tous les points l'usage que l'on doit faire des secours fournis par les connaissances anatoiniques et physiologiques les plus précises, par l'examen nécropsique, en les combinant avec les études cliniques, pour éclairer l'étiologie, la pathogénie, le diagnostic, le pronostic, la thérapeutique des divers étals morbides. Les travaux contemporains ont perfectionne son œuvre, mais on n'a eu qu'à suivre la voie que Morgagni avait ouverte : ses écrits sont encore des modèles où se trouvent consignées beaucoup de prétendues découvertes plus modernes qu'on lui a empruntées sans le citer.
II. Benevoli (1685-1756) s'occupe de la cataracte lenticulaire (1722), des rétrécissements uréthraux (1724), (les bougies sont préférées aux caustiques); des hernies.
III. Molinelli (1698-1 764), élève de l'école de Paris s'est livré à des recherches expérimentales de physiologie souvent appliquées à la pathologie médicochirurgicale; nous lui devons des mémoires relatifs aux anévrysmes, à la fistule lacrymale, aux ruptures du tendon d'Achille, aux abcès viscéraux survenant après les traumatismes de la tête, etc.
IV. Bertrandi (1725-1765) est connu par des mémoires sur le foie, l'œil, et par son traité des opérations (1763). Ce chirurgien est mort jeune; malgré sa réputation, il n'a rien laissé de bien saillant.
V. Angelo Nannoni (1715-1790) a publié des dissertations, des traités plusou moins étendus, des discours surlafistule lacrytnale (1748), la cataracte, les dessiccatifs et les caustiques (1748), la chirurgie (1750), les maladies des mamelles (1762). L'abaissement delà cataracte est préférable à l'extraction. Dans la fistule lacrymale, il apprécie les divers procédés en les mettant en rapport avec l'état anatomique des parties : les in;ections ont peu d'efficacité; la perforation de l'os unguis doit êtrerejetée; l'auteur propose et pratique le premier, l'oblité ration du sac. Le discours sur la chirurgie est surtout relatif aux amputations. Nannoni donne des préceptes pour éviter la saillie des os, ramène soigneusement la peau sur tout le moignon, et en réunit les bords par la suture; il vante partout la réunion immédiate et comprend les avantages que l'on peut retirer de la suture.
L'ouvrage le plus important de ce chirurgien est son Trattalo diirurgico sopra la simplicita di medicare i mali d'attenenze délia chirurgia (1771); Haller (Bibl. cliir., t. 11, p. 290) l'appelle avec raison opus majus. L'auteur ne redoute point une chirurgie active et hardie, mais on doit autant qu'on le peut, éviter aux malades les incisions multipliées, les douleurs, l'introduction de l'air; on doit panser les plaies avec douceur, s'abstenir des topiques irritants, etc. Dans la première partie de ce livre, Nannoni applique ces principes aux traumatismes, aux abcès, aux tumeurs, etc., et cite de nombreuses observations. « Enlevez soigneusement les corps étrangers, réunissez exacte-
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ment les lèvres des solutions de continuité spécialement au crâne et à la face, après l'ablation des tumeurs et des ulcères cancroïdes. » Réduction de hernies étranglées avec ou sans opération ; anévrysmes, tumeurs. La deuxième partie contient 50 observations : tumeurs de la tète, du scrotum, des membres, du tronc, charbon, maladies des yeux; sarcocèle guéri par les frictions mercurielles. Son fils Laurent publie un traité de chimrçjie (1785, 6 vol.) ; des mémoires relatifs à la i-égénération des tissus (1781), à la cataracte (1780), à l'hydrocèle (il préfère le traitement par incision).
VI. Fontana (1750-1805), excellent anatomiste, très-habile en physiologie expérimentale, auteur de recherches intéressantes de physique et de chimie, enrichit le musée de Florence d'un nombre considérable de magnifiques pièces en cire représentant des objets d'anatomie normale et pathologique, des opérations, etc. Dans son traité du venin de la vipère et de divers jmisons, etc., il soumet à des expérimentations prodigieusement multipliées, des mammifères, des oiseaux, des reptiles, etc.; détermine les altérations du sang, des tissus, de leur irritabilité produites par les substances toxiques. Fontana y traite aussi de la structure primitive des organes, de la régénération des nerfs, etc. ^
Vil. Troja. De ossiiim regeneratione expérimenta, })ublie des expériences ingénieuses touchant la nécrose, les réparations et les reproductions osseuses, le cal, etc.
VIII. A ses travaux d'anatomie et de physiologie, Malacarne (1744-1816) ajoute son traité sur l'art de réduire les déplacements (luxations, hernies, clc, 1796), ses observations de chirurgie en deux parties, 1784.
IX. Plusieurs des mémoires de Palletta (1747-1822), riches en recherches, en vues neuves, en faits remarquables, n'ont paru qu'au dix-neuvième siècle. Ils embrassent une foule de sujets : effets des cantharides et autres substances mêlées au sang au moment où il sort des vaisseaux, études sur les claudications congénitales, les affections de la hanche, les fractures des vertèbres, le mal de Pott, les tubercules des os, la phlébite, les abcès sanguins, le sarcocèle, les hernies, les polypes utérins, les affections de la vessie, etc.
Anatomistes et physiologistes, les chirurgiens italiens observent, expérimentent, unissent ensemble la théorie et la pratique.
Article IV. AUe7nagne, Suisse, Hollande, etc. V Allemagne cultive la chirurgie avec autant d'ardeur que de succès ; chacune de ses universités compte dans ses rangs des hommes justement célèbres qui viennent s'associer à ses progrès. L'étude de leurs principaux écrits serait longue, mais pleine d'intérêt. Montrons par quelques exemples le caractère de la chirurgie allemande, l'esprit général qui préside à ses travaux.
I. Heister (1685-1758) enseigne et perfectionne l'anatomie, la physiologie, la botanique, la matière médicale, la médecine, la pathologie chirurgicale, la médecine opératoire, montre la nécessité d'unir toutes ces branches, indique les procédés, les méthodes qui peuvent rendre cette association plus fructueuse et plus facile. Il sait joindre à de profondes études cliniques, une
* L'ouvrage a 2 volumes in-4''. Foniana décrit en détail plusieurs expériences et en résume une foule d'autres. Il s'attache à démontrer que les venins et certains poisons atteignent d'abord la vitalité du sang, des fluides, des solides ; les modifications anatomiques, qu'il étudie dans leur intimité, en sont la conséquence. Comme Bordeu, Barthez, Hunter Fontana démontre la vitalité du sang, des fluides, et associe, dans une juste mesure, le solidisme et l'iiumorisme. Les solides et les liquides ont des éléments fondamentaux analogues, identiques même dans leur fond; la même vie les anime.
f,92 CHIRURGIE (histoire de la),
érudition vaste et choisie. Habile chirurgien, il pratique les opérations les plus délicates, embrasse dans ses nombreuses dissertations la médecine et la chirurgie dans leur ensemble et leurs spécialités, et publie son Instiliiûonum medicarum compendmm en même temps que ses Institiitiones chirurgiœ. Nous rappelons tous ces titres d'Heister, afin de caractériser la trempe de son esprit. Quand on jette les yeux sur l'ensemble de ses écrits, l'on est étonné de la variété des objets qu'il a traités. Heister est surtout connu aujourd'hui comme chirurgien. Parmi ses mémoires chirurgicaux nous rappellerons ceux qui se rapportent aux maladies des yeux (cataracte, glaucome, amaurose, fistule lacrymale) ; des os (traumatismcs, tumeurs) ; des vaisseaux, de l'utérus (prolapsus), des intestins ; à l'hydrocèle, aux hernies, aux kystes contenant des dents, des poils, des os, à la taille par le procédé de Celse (petit appareil). Dans ses Institiitiones chirurgiœ (1718), avec figures, observations, etc., il résume ses mémoires, expose ce qui lui paraît avoir été fait de plus utile en chirurgie, l'améliore par son expérience. Grâce aux additions successives de Heister et de ses traducteurs, cet ouvrage est resté jusque vers la fin du dernier siècle, le traité de chirurgie le plus complet : on doit le consulter encore aujourd'hui pour éclairer quelques points d'histoire. Heister démontre que la cataracte consiste dans l'opacité du cristallin et de ses annexes.
II. Platner (Zacharie, 109i-1747), célèbre comme Heister les rapports de la médecine et de la chirurgie, écrit plusieurs mémoires relatifs à l'ophthalmologie, la fistule lacrymale, les maladies arliculaires, les gibbosités provenant de la carie, des tubercules, les calculs adhérents de la vessie, l'hydrocèle, etc., ses bistitutiones chirurgiœ rationalis iùm mefifccetàmmammZisqu'Haller appelle opus ■plénum et eruditum est un bon manuel trop abrégé : l'auteur indique les progrès successifs de la chirurgie, et rapporte plusieurs; curieuses observations. Son fils Ernest, physiologiste, médecin, connu par de remarquables travaux philosophiques, y a joint un supplément. Ernest Platner, partisan du vitalisme spiritualiste de Stahl, combat les tendances trop mécaniques de la médecine allemande contemporaine.
III. Richter (Âuguste-Gottlob, 1742-1812) est médecin et chirurgien, perfectionne comme Wenzel les procédés de Daviel pour la cataracte par extraction, publie un traité très-étendu et d'une grande valeur sur les hernies (2 vol. in-8"), sa bibliothèque de chirurgie 15 vol. in-8", oîi il analyse et juge avec beaucoup de justesse les écrits des chirurgiens modernes; ses observations chirurgicales, des études de médecine et de chirurgie ; ses Anfangsfpiinde der Wundarzneykiinsi, 7 vol., 1782 à 1804; sa thérapeutique {Spezialle Thérapie), 7 vol. in-8°, ouvrage posthume, 1815-1820.
Erudits et observateurs, les chirurgiens allemands se font remarquer par l'étendue et la variété de leurs recherches, le soin qu'ils mettent à fondre ensemble la médecine et la chirurgie, les généralités de la science et les spécialités ; par l'originalité, l'esprit inventif; mais leur médecine flotte entre les diverses doctrines et leur chirurgie s'en ressent ; ils n'ont pas assez d'unité et se complaisent dans la poly pharmacie. Parmi le grand nombre de chirurgiens éminentsquenous aurions à nommer, il n'y a pas un J.-L. Petit ni un Desault,un Pott niun J. Hunter ; ils n'ont pas une institution comparable à l'Académie de chirurgie pour centraliser leurs efforts. L'ophthalmologie est une des spécialités qui attire le plus leur attention *,
' Les qualités qui distinguent la chirurgie allemande au dix-huitième siècle sent réunies
CHIRURGIE (histoire de la). 593
En Suisse, Haller (qui n'a point pratiqué la chirurgie), a servi notre art par ses magnifiques travaux de physiologie, ses collections de thèses, ses bibliothèques médico-chirurgicales. Quels que soient les secours qu'il ait trouvés dans ses collaborateurs et les livres de ses prédécesseurs analogues à ses bibliothèques, on n'en admire pas moins les recherches personnelles auxquelles il s'est livré, les fruits qu'il en a retirés. Haller suit l'évolution de la science depuis son origine jusqu'à lui ; analyse les grands traités, les mémoires, les thèses, les recueils académiques, indique les éditions, les traductions, les commentaires, cite les faits particuliers les plus saillants, caractérise en peu de mots les œuvres et leurs auteurs avec une justesse d'appréciation qui est rarement en défaut. En remontant aux textes, on constate qu'llaller les a généralement sous les yeux. Quoique l'histoire ait fait depuis de grands progrès, et que l'on puisse relever dans ses bibliothèques, des inexactitudes, des omissions, des erreurs de détail, on y trouve des documents précieux qu'il n'est pas permis de négliger.
L'histoire de la chirurgie ou plutôt des opérations cnirurgicales de Sprengel a 3 volumes (traduct. de Jourdan). Le premier seul appartient à Kurt Sprengel. Malgré son étendue, elle est suiierficielle, a peu de critique, fatigue par sa monotonie. L'exposition des faits et des doctrines doit être soumise à un contrôle sévère pour représenter exactement la vérité ^
Camper (1722-1789), l'un des hommes qui honorent le plus la Hollande, nous étonne par le nombre considérable d'écrits originaux qu'il a publiés sur l'anatomie et la physiologie humaines et comparées, l'hygiène, la médecine légale, la médecine, les épizooties. etc. Habile dans les arts (surtout dans le dessin), il a touché à tout, fait partout des découvertes; ses connaissances si variées se prêtent un mutuel secours. Sans s'adonner spécialement à la pratique, de la chirurgie, il a laissé plusieurs mémoires sur les hernies et perfectionné les bandages, sur l'hygiène chirurgicale (influence de l'air, du sommeil et de la veille) ; sur l'abus des onguents et le meilleur mode de traitement des ulcères ; les altérations humorales; la litliotomie en deux temps ; la théi'apeutique des fistules anales d'après les anciens, etc..
Dans le Danemark, CalUsen (1740-1824) associe de même l'hygiène, la médecine, la chirurgie. Bien qu'il soit connu surtout par ses publications chirurgicales, nous ne devons point oublier ses relations de plusieurs maladies épidémiques, ses observations physico-médicales sur la ville de Copenhague, etc. Son Systema ckirurgiœ hodiernœ dont la dernière édition est de 1815-17, 2 vol. in-8'', est un compendium très-estimé à cette époque.
Les esquisses biographiques et bibliographiques^ précédentes, simples spécimens choisis entre beaucoup d'autres, étaient indispensables pour montrer tout ce que sont devenus les chirurgiens au dix-huitième siècle. On ne les apprécie que très-imparfaitement lorsqu'on se borne, comme on le fait trop souvent, à étudier leurs livres chirurgicaux, sans examiner les autres ou même
et for lemant accentuées dans Heister et Richter; cependant, malgré l'importance de leurs travaux, on n'y découvre point cet ensemble de vues élevées, ce génie chirurgical plein de largeur qui se montrent partout chez les chefs des écoles française et anglaise.
* Dès le dix-huitième siècle, l'Allemagne se dislingue par son érudition. Celle de Sprengel, qu'onadmire d'abord, est trop de seconde main. En étudiant les traités généraux et les bibliothèques de chirurgie de cette époque, nous nous sommes assuré que les deux historiens acs opérations diirurgicalcs y ont puisé presque exclusivement leurs matériaux ; ils les ont même reproduits souvent en les altérant.
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sans en soupçonner l'existence. En méditant l'ensemble de leurs écrits on est ifii|jpe de leur culture littéraire, de. la solidité de leur esprit, de la variété de leurs connaissances et de leurs publications qui touchent à tout; en lisant leurs vies on admire leur activité, leur amour pour leur art et pour 1 humanité ; les qualités qui les distinguent et qui justifient l'estime dont on les entoure, les honneurs qu'on leur accorde, les hautes fonctions qu'on leur confie. On comprend comment avec de tels guides qui ont servi de modèles à leurs plus éminents successeurs, la chirurgie et les chirurgiens ont conquis rapidement le rang qu'ils occupent dans la science et dans la société.
Vers la fin du dix-huitième siècle, la direction physiologique, médicale, prédomine et se subordonne la direction anatomiqiie. Les principes de la haute méthodologie chirurgicale d'Hippocrate et de Paré se sont généralisés et représentent l'esprit de cette période. Avant Hunter ou indépendamment de lui, plusieurs de ses contemporains les exposent, les vantent, les suivent : Hunter ai eu le mérite de les apppliquer avec plus d'ampleur, de les formuler avec plus de précision, plus de force, plus d'autorité.
Le rôle chirurgical de la France au dix-huitième siècle est bien glorieux ! Après avoir organisé VAcadcmie de chirurgie et présidé aux grandes réformes dont elle devient le centre et le foyer, la France crée l'anatomie chirurgicale, tanatomie et la physiologie des tissus, fonde la- vraie clinique chirxirgicale, suivie bientôt de la clinique médicale.
Pioilamaut dans toute sa force l'unité de la science, la dignité de la chirurgie qu'on n'osera plus contester, elle fait sentir tous les avantages de la chirurgie physiologique et médicale, avant l'Angleterre ou tout au moins dans le inèmc temps, et marche ensuite à côté d'elle ûans cette voie féconde où les deux nations rivalisent de zèle, se balancent, occupent le même rang, brillent du même éclat. Spontanément et sous cette double influence, le mouvement apparaît dans toutes les contrées de l'Europe; l'élan est universel, elles viennent toutes contribuer au progrès. Les bases sont agrandies; les germes se développent et porteront tous leurs fruits.
Troisième section. Coup d'œil sur les découvertes les plus importantes du dix-huitième siècle dans les principales branches de la chirurgie.
Article premiei;. Traumatologie, abcès, gangrène, inflammation. Les doctrines théoriques et pratiques de Vinflammation subissent une transformation radicale. Les théories humorales, chimiques, mécaniques cèdent progressivement la place à des théories vitalistes plus larges, plus conformes à l'observation : préparées par Van Helmont, Stahl, etc., elles reposeront sur des recherches et des expérimentations de physiologie normale et pathologique, des études cliniques plus exactes et plus approfondies. Hunter écrit son traité du sang et de l'inflammation, ses principes de chirurgie; de vives lumières viennent éclairer ia pathologie entière, la traumatologie, la formation et l'évolution des abcès, de& tumeurs, des lésions vitales et organiques.
Guidés par un examen attentif de la marche de la nature dans la cicatrisation des plaies et par les résultats de leur pratique, de grands chirurgiens, à diverses époques, avaient montré les avantages de la réunion immédiate, les inconvénients et les dangers des tentes, des topiques excitants, des dessicatifs des incarnatifs, qui s'opposent aux réunions primitives, rendent les réunions consécutives plus difficiles, provoquent et entretiennent la suppuration, les phloo'oses, etc. Paré, Magatus avaient donné les meilleurs préceptes rela-
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tifs à tous ces objets, aux pansements simples, doux, dont le renouvellement ne devait avoir lieu que lorsque le besoin s'en faisait sentir, etc. Cette excellente et sage thérapeutique, couronnée par de brillants succès, n'avait eu cependant que de rares partisans, et parut toute nouvelle, lorsque Belloste {cliirurçjlen d'armée) vint la remettre en honneur. Sancassani, traducteur de cet ouvrage, consacra sa vie entière à sa défense. Dans une série de publications et spécialement dans ses Éclaircissements en 4 volumes, il réunit en sa faveur des preuves et des autorités imposantes. Ses écrits, d'une prolixité rebutante, sont riches en faits importants et doivent être consultés. Dans le même temps, l'Académie de chirurgie, avec J.-L. Petit, Ledrau, Lccat, Garengeot, etc., étudia de nouveau ces doctrines, en approfondit tous les détails et leur donna la haute sanction de la raison et de l'expérience; elles lurent vigoureusement soutenues par l'école de Montpellier {voy. Guisard. Pratique de la chirurgie, 1 755-1747) ; par Chabert de Marseille {Observations de chirurgie, 1724); par Sc/i/<c/(<m^ (traumatologie). Elles se répandirent lentement, mais leur triomphe devait bientôt être définitif.
La polypharmacie conserva longtemps son empire. On croyait aux vertus secrètes d'une foule de préparations qui s'adaplaient complaisammeut à tous les états moi'bides, à toutes leurs formes, à toutes leurs périodes. On avait une multitude de formules monstrueuses, de panacées, où l'on prodiguait des substances de tout genre qui s'aidaient, se tempéraient, mettaient en commun leurs puissances et opéraient par leur accord mystérieux de merveilleuses guérisons. L'Académie de chirurgie soumit ces médications, ces topiques à un examen sévère, au contrôle de l'expérience. Elle doima des règles précises pour la préparation des médicaments, qui devinrent plus sûrs dans leurs effets, plus simples dans leur composition. La matière médicale, la pharmacologie subirent une heureuse réforme. Des médications qu'on avait entourées d'un culte superstitieux, ne furent plus conservées que dans des recueils, afin de montrer les dangers de la crédulité, de l'empirisme aveugle ou intéressé, de justifier par une sage critique le juste discrédit dans lequel elles étaient tombées.
On avait conservé l'habitude de tourmenter par de longues explorations avec la sonde, les plaies étroites et profondes, celles qui paraissaient pénétrer dans les grandes cavités, les articulations, etc. Lafaye et Lecat s'élevèrent des jM-emiers contre cet abus.
Avant Haller, on regardait comme très-graves les blessures des aponévroses et des tendons, et l'on expliquait par la sensibilité de ces parties, les douleurs, les convulsions, les accidents dont ces lésions sont accompagnées. Les expériences du célèbre physiologiste firent supposer des erreurs on des inexactitudes dans les faits et leur interprétation : Bordenave démontra que ces tissus ne sont pas sensibles, que le danger de leurs blessures dépend de la compression exercée par eux sur les tissus qu'ils enveloppent et qui se gonflent dès que l'inilammation vient s'en emparer. L'étranglement survient et réclame des débridements. La théorie fut changée, la thérapeutique reposa sur des bases sîires et rationnelles. Fabre prouva de plus, que l'inflammation développe une sensibilité souvent très-vive, dans des parties qui en sont normalement dépourvues. Chirurgien habile, expérimentateur ingénieux, Fabre se distingua, comme plusieurs de ses collègues de l'Académie, par l'art avec lequel il fit servir ses connaissances physiologiques aux progrès de la chirui'gie, et attaqua la doctrine
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de la régénération des chairs, de la reproduction de parties volumineuses et d'une texture compliquée après les plaies avec perte de substance. Louis donna plus de développement à ses idées. On dépassa un peu le but : mais de nouvelles recberclics mirent eu évidence toute la vérité. On reconnut que plusieurs tissus similaires (des nerfs, des vaisseaux, des os, etc.), peuvent se reproduire chez l'homme et les animaux supérieurs ; on étudia l'étendue, les limites de ces reproductions, en les rapprochant des reproductions bien plus étonnantes qui s'observent chez les animaux inférieurs.
Frappé des abus qui s'étaient souvent introduits dans l'usage des sutures, Pibrac voulut les réformer. Quoique partisan décidé de la réunion immédiate, il fut emporté trop loin dans la réaction ; Louis fut entraîné comme lui et proscrivit la suture même pour l'opération du bcc-de-lièvrc. Des contcslalions, des discussions s'élevèrent ; l'emploi de la suture fut renfermé dans des limites trop étroites. Il était réservé à notre époque d'en comprendre tous les avantages, d'en poser nettement les indications ; de perfectionner les instruments, les méthodes, les procédés, d'en inventer de nouveaux ; ici Dclpech vient se placer au premier rang. Les plaies par arracJiemenls, négligées jusque-là, sont étudiées avec soin. Des faits nombreux sont ajoutés à ceux de Lamotte et de Cheselden; l'Académie de chirurgie trace une histoire complète de ces traumatismes, en décrivant et expliquant les phénomènes remarquables qu'ils présentent.
En examinant les procédés suivis par la nature pour arrêter les hémorrhagies provenant de l'ouverture des vaisseaux, J.-L. Petit constate l'existence et le rôle du caillot extérieur, du bouchon interne, de leurs adhérences; Sharp, Pouteau, etc., reconnaissent la contraction circulaire des artères, leur rétraction au milieu des tissus voisins qui les compriment, etc.; on profite de ces recherches pour apprécier la valeur des moyens hémostatiques (ligature, compression, cautérisations et leurs divers modes, astringents, styptiques, agaric, etc.).
Depuis les temps les plus anciens, les ulcères avaient été l'objet de longues études; on y trouvait la trace de tous les systèmes. Le dix-huitième siècle les soumet à une révision complète. On s'efforce de les classer, de détei-miner leur nature clinique, le rôle des dispositions locales (fongosités, callosités, varices), des causes diathésiques : on s'attache surtout à la thérapeutique générale et locale, à constater l'efficacité respective des émollients, des sédatifs, des excitants, des caustiques, de la compression vantée par Wiseman, Sharp, Theden, etc.
Des notions plus exactes relatives à la suppuration éclairent tout ce qui concerne la formation des abcès externes et internes, aigus, chroniques, par congestion ; leur marche, leur ouverture spontanée, le moment où l'on doit les ouvrir, les lieux d'élection, l'emploi du fer, du feu, des caustiques, etc.
On avait parlé à plusieurs reprises des dangers de la suppression de la suppuration des plaies ; les anciens ne les ignoraient point : mais J.-L. Petit est le premier qui se soit exprimé de la manière la plus explicite sur le reflux de la suppuration et la. cause des accidents qui le suivent. « Si le pus séjourne dans des foyers profonds et sinueux, où l'air pénètre, où le liquide s'altère et se corrompt, il pourra être résorbé ; on verra survenir de la fièvre, des phénomènes de putridité ; l'autopsie révélera des abcès disséminés occupant spécialement les poumons et le foie. » Il s'agit évidemment de ce qu'on a nommé plus tard abcès métastatiques, infection purulente. « Ces , abcès, dit Petit, se forment rapidement avant aucun indice de suppuration ; peut-être le
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pus est dans le sang déjà tout ibnué et ne change presque pas de nature. J'ai vu quelquefois ces dépôts se former d'un jour à l'autre, sans que le malade n'en fut averti que par de légères douleurs, etc. * » Les mémoires de l'Académie contiennent des observations intéressantes à ce sujet {voy. ceux de Quesnay, Faudacq (élève de Petit), Bertrandi, Puzos, Levrel). Ces problèmes délicats sur lesquels on discute encore aujourd'hui, soulèvent alors bien des difficultés; on confond des lésions différentes sous un même nom, mais on aperçoit quelques ' traits lumineux qui n'ont point été suffisamment signalés, et où nous pourrions découvrir les germes des travaux contemporains {voy. entre autres des observations de Morgagni, Bromficld, llunter, Paletta, etc.).
L'histoire de la gangrène ne nous arrêtera qu'un instant ; elle nous présenterait les mêmes progrès. On connaît beaucoup mieux ses diverses espèces; le travail qui préside à la séparation des parties mortifiées. On étudie avec plus de précision les furoncles graves (les anthrax), les bubons pestilentiels, les affections charbonneuses : les écrits de Thomassin et de Fournier, relatifs au charbon malin de la Bourgogne, sont vraiment originaux {Voy. Fournier, Observations et expériences sur le charbon malin, 1769). Pott décrit avec une grande supériorité la gangrène sénile qu'on avait souvent observée avant lui ; Lamotte avait vu à l'Hôtel-Dieu la pourrilure des plaies (la jiourriturc d'hôpital), mais Pouteau démontra le premier ses véritables caractères.
A mesure que le dix-huitième siècle avance, les faits, les doctrines se coordonnent, se disciplinent, s'enchaînent en se rattachant à quelques principes généraux. C'est dans les chirurgiens physiologistes et surtout dans llunter que l'on peut suivre la marche de cette évolution. Les éléments d'une foule de découvertes modernes s'y rencontrent sous des formes plus ou moins explicites.
.Articll II. Plaies de tête. 0 est étonne des connaissances de l'école hippocratique relatives aux lésions traumatiques si variées de la tète, à leurs smptômes, à leur traitement. Ces coamaissances s'agrandissent chez leurs successeurs, et deviennent beaucoup plus étendues et plus précises au dix-huitième siècle.
Hippocrate savait qu'une lésion d'un hémisphère cérébral détermine la paralysie du côté opposé. Cette doctrine se maintint jusqu'au quinzième siècle {voy. G. de Salicet, Cyrurgie, 2^ traité, chap. i, Guy de Chauliac, etc.); elle devint ensuite plus confuse et fut si bien oubliée que Yalsalsa la crut toute nouvelle lorsqu'on 1704 il la proclama en l'accompagnant de preuves si démonstratives, de détails si importants qu'il peut en être regardé comme l'inventeur.
Paré, Carcaneo Leone et quelques autres avaient signalé les signes différentiels des accidents primitifs et consécutifs des blessures de la tête, J.-L. Petit découvrit cette distinction par ses propres observations, lui assigna des caractères plus positifs, apprit à bien connaître les phénomènes spéciaux de la commotion, de la compression et de ses différents modes. Pott confirma par ses recherches tout ce qu'avait dit J.-L. Petit et décrivit mieux que lui les épanchements qui existent plus ou moins profondément au-dessous du crâne. Des faits nombreux vinrent éclairer ce point important de pathologie.
Plusieurs auteurs avaient affirmé que chaque portion de l'encéphale a des fonctions spéciales : Petit de Namur fit des expériences sur des animaux afin de constater les effets produits par les lésions des principales parties du cerveau, et de déterminer le siège de chacune d'elles au moyen des symptô-
* J.-L. Petit, Mal. chir, t. I, p. 10, etc. L'auteur fait remarquer que les douleurs sont parfois très-vives, quoique la rougeur, la chaleur, la tuméfaction, etc., n'existent pas.
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mes qui la manifestent. L'Académie, en mettant au concours la question des lésions de la tète par contre-coup, voulut que les recherches fussent portées dans cette direction. Louis s'expliqua d'une manière très-explicite à ce sujet ; Sabouraiit et Saucerotte le comprirent très-bien ; leurs mémoires furent couronnés (1765); le second surtout ouvrit, après Petit, une voie nouvelle pour / localiser les fonctions de l'encéphale : tel a été le point de départ des travaux j de Gall qui en a fait la base de sa cranioscopie, de ceux de Rolande, Flourens, i Bouillaud, etc.; on les poursuit encore, bien qu'ils n'aient donné que de faibles résultats.
On avait noté depuis longtemps la fréquence des abcès du foie après les plaies de tète. Les explications ne manquèrent pas, les unes anatomiques et mécaniques, d'autres physiologiques; on revint au reflux de la suppuration. Desault invoqua la sympathie. Mais J.-L. Petit, Morgagni, Molinelli avaient démontré que ces abcès, généralement multiples, peuvent apparaître dans plusieurs régions, surtout dans les poumons. Paletta l'expliqua par la formation du pus dans les sinus de la dure-mère et son mélange avec le sang. En généralisant cette interprétai ion, l'on est arrivé à la théorie de l'infection purulente et des abcès métastatiques déterminés par la phlébite.
Trépan. Ilippocrate applique hardiment le trépan, dont il pose les indications. Galieu et ses successeurs sont beaucoup plus timides. Les Arabes et le moyen âge l'abandonnent complètement et se bornent à des topiques. Quelques chirurgiens ambulants continuent à le mettre en usage. Guy de Chanliac s'efforce de le tirer de l'oubli. Paré développe les indications et les contre-indications, perfectionne les instruments et les procédés. Fallope et Mariano Sauto dépassent déjà le but en exagérant ses résultats, et bientôt le trépan est prodigué non-seulement dans les traumatismes, mais dans des cas très-variés, dans des céphalalgies opiniâtres, etc. On réitéra l'opération jusqu'à 7 fois avec succès (Solinger, Spigel) ; un seigneur de la maison de Nassau eut le crâne c'.'iblé de 27 couronnes, s'il faut en croire Stalparl, van der Wiel ; tout danger semble méconnu. Le dix-huitième siècle reprend l'une après l'autre toutes les questions relatives au trépan (circonstances qui le réclament, régions que l'on peut attaquer sans danger, instrumentation, détails minutieux des procédés, soins consécutifs, moyens thérapeutiques qui peuvent remplacer parfois l'opération ou eu assurer les résultats, etc.). Les chirurgiens se divisent en plusieurs camps : les uns restreignent trop le champ des applications du trépan, les autres lui donnent trop d'étendue, ou cherchent un terme moyen entre ces deux directions. .Ican de Wytt, Âitkins, Desault le proscrivent presque entièrement ; sans être exclusifs, Heister, Hichter, Molinelli, B. Bell montrent un peu trop de circonspection. Lavauguyou proscrit le trépan préventif; les fêlures, les fractures, les contusions ne fournissent pas les indications par elhismèmes ; elles se tirent des accidents ; on trépanera lorsque ceux-ci se rattacheront à des causes que la perforation du crâne pourra faire disparaître ou dont elle fera cesser les effets. Ce précepte est juste, mais insuffisant pour la pratique. On a reproché à Lamotte, Bilguer, Quesnay, Pott d'avoir trop multiplié les cas où le trépan peut être avantageux. Leurs appréciations nous paraissent en général les plus justes ; ce sont celles dont nous nous rapprochons de plus en plus, avec quelques modifications. Les discussions approfondies auxquelles s'est livré le dix-huitième siècle, les faits majeurs qu'il a recueillis torment un ensemble de documents précieux que nous devons consulter aujourd'hui.
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AiiTicLE III. Ophthabnologie. Les maladies des yeux avaient été l'objet de longues études, on avait inventé des procédés opératoires ingénieux. Le siècle qui nous a précédés en remania toutes les parties, introduisit partout des perfectionnements remarquables, les enrichit de découvertes aussi neuves qu'importantes. Nous passerons sous silence les maladies de l'orbite, des paupières, de la cornée, le staphylome, les hypopyons, les tumeurs, l'amaurose, etc.; nous dirons quelques mots de la cataracte et de la pupille artificielle.
I. Cataracte. Pendant longtemps on donna le nom de cataracte à une humeur trouble ou concrétée, placée entre l'iris et le cristallin, ou au devant de la pupille, c'est V<JTZQy.y^.oc, suffusion (Rufus, v. Pauld'Egine, I. III, cli. xxii). Pour G. de Salicet, la cataracte est constituée par une pellicule qui bouche la pupille; elle peut être guérie. Le cristallin peut devenir opaque; cette opacité prend le nom de glaucome, qui est incurable, car le cristallin est l'organe immédiat de la vision. Au milieu du dix-septième siècle, Quarré, chirurgien de Paris affirma que la cataracte était un glaucome, occupait le cristallin et pouvait être guérie. Mariolte et Rolfinck adoptèrent et confirmèrent les idées de Quarré. Gassendi, Palfyn regardent Lasnier (habile chiiurgien de Paris) comme le premier auteur de cette découverte: « Le cristallin, dit-il, ne joue qu'un rôle secondaire dans la vision ; abaisser la cataracte, c'est détrôner le cristallin. » Mariette, Gassendi, Piohault, Pierre Borel (en 1660) défendirent cette doctrine.
Brisseau voulut appuyer l'opinion de Lasnier et de Quarré par des preuves irrécusables ; il enleva le cristallin sur les cadavres de sujets atteints de cataracte, s'assura que le cristallin seul était malade et opaque, et lut en 1705 à l'Académie un mémoire dans lequel il développait ces principes et prouvait que la lentille cristalline n'est point l'agent immédiat de la vision. Deux ans après, MaUre-Janipuhlï3i son traité des maladies de l'œil et fit voir par une série d'observations qui lui étaient propres et dont l'idée première remontait à 1682, que la cataracte n'est que l'opacité du cristallin. Son ouvrage porta la conviction dans l'esprit de Boërhaave, qui, en 1708, professa publiquement à Leyde les opinions de Maître-Jan. Cependant Méry, Littre et surtout les deux Lahire les combattirent encore. Les nombreuses dissections de Morand, Petit, Saint-Yves dissipèrent tous les doutes. Dès 1694, Freytag avait reconnu l'existence de la cataracte membraneuse ; cette découverte fut consignée dans les écrits de Murait. Petit, Winslow, Lancisi, Lapeyronie, Morand, Morgagni, Pourfour du Petit, se livrèrent à de nouvelles recherches, combattirent Wolhouse et Andry, et décrivirent avec exactitude les cataractes cristallinef et membraneuses : Heister (1713) avait insisté sur cette distinction, comme It fit Duddell, élève de Wolhouse dans un traité spécial (1729). Antoine Deidier (professeur à Montpellier), Houin, Benomont constatent des cataractes capsulaires secondaires ; Houin s'assure que l'opacité peut commencer par l'humeui de Morgagni et y rester même limitée ; on décrit des cataractes purulentes ; on reconnaît que le cristallin opaque ne présente pas toujours un aspect blanchâtre, et peut offrir des couleurs variées ; il y a des cataractes brunes ou noires. Celles-ci, très-rares, dont la réalité a été souvent niée, furent observées par Pellier, Janin, Arrachard, Wenzel '.
Abaissement. Au siècle de Galien, l'on ne connaissait que l'abaissement ;
> Guj de Chauliac reconnaît déjà quatorze teintes différentes dans les cataractes.
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il est décrit par Cclse et le mérlecin de Pergame, et reste à peu près exclusivement eu faveur jusqu'au dix-septième siècle. Guy de Chauliac le décrit avec détail et rejette l'extraction pratiquée par quelques laïques ; on opérait d'ailleurs très-rarement la cataracte réservée à des chirurgiens ambidants (abatteurs de cataracte). Au dix-huitième siècle, après les discussions provoquées par les recherches de Brisseau et la découverte de Daviel, l'abaissement fut jugé sévèrement, surtout par les chirurgiens de l'Allemagne et de la Hollande; Heister afllrma qu'il réussit rarement. Les améliorations successives introduites dans la méthode par extraction firent bientôt oublier l'abaissement, quoique l'on eût montré qu'il est préférable dans certaines circonstances. , Angelo continua cependant à le défendre au commencement du dix-neuvième siècle. Scarpa, et Hey après lui, se prononcèrent en faveur de l'abaissement considéré comme méthode générale. Ce fut alors surtout que les deux méthodes furent comparées et que l'on s'efforça de préciser les cas dans lesquels chacune d'elles se montre avec le plus d'avantage.
Succion. Lorsque les cataractes étaient liquides ou très-molles, quelques chirurgiens arabes imaginèrent de les pomper au moyen d'une aiguille creuse (voy. Abulcasis, chirurg., 1. II, sect. 25). Le professeur Laugier a essayé, sans succès, de faire revivre ce procédé.
Extraction. Antyllus paraît être l'inveiileur de la méthode par extraction ; un autre médecin grec, d'ailleius inconnu, Lathyrion, suivait le procédé d'Âutyllus {voy. lihazès Contin., 1. 11, tract. 6, c. ii, § 50; l'indication donnée par Sprengel est inexacte). L'extraction est décrite par Ilali-Abbas (1. IX, c. xxvni, f. 163) et par Avicenne (canon, 1. III, feu. 3, tract. 4, c. xx). L'extraction était oubliée lorsque Daviel l'inventa de nouveau. La lecture de ses écrits démontre que cette découverte lui appartient incontestablement et qu'il ignorait, quand il y eut recours, les travaux antérieurs. En 1745 (à Marseille), il extrait, par une incision faite à la cornée, un cristallin opaque tombé dans la chambre antérieure ; en 1747, il crée sa méthode, et lui ajoute ensuite divers perfectionnements [voy. son Mém. présenté à l'Acad. de chir., Méni., vol. II, p. 337-354). Avant lui, Méry avait pensé que l'extraction pourrait être érigée en méthode générale ; mais il énonça simplement cette opinion sans la mettre en pratique. Saint-Yves (1707), Petit (1708) incisèrent la cornée pour l'etirer le cristallin, mais la lentille oculaire était dans la chambre antérieure. La gloire de la découverte reste tout entière à Daviel : grâce à ses éclatants succès, la nouvelle méthode eut bientôt de nombreux partisans et l'abaissement fut presque partout délaissé. Simplifiant les instruments employés par Daviel, Lafaye ne se sert que d'un bistouri et d'un cystitome. Poyet, Sharp et Wenzel se contentent d'un i)elit couteau. Cette dernière simplification rend l'opération moins siire et plus difficile.
Le traité des maladies des yeux de Saint-Yves contient une foule d'observations importantes sur les cataractes congénitales, laiteuses, purulentes, l'opacité de la membrane hyaloïde, etc. Mais les écrits les plus remarquables sont ceux d'Auguste Gottlieb Pâchter [voy. ses Observ. de chir., 1770, son traité ex professa sur la cataracte, 1775, sa Bibl. chir., t. VIII, p. 689, ses Institutions de chirurg., t. III). On peut voir dans ces ouvrages les connaissances considérables que l'on posséilait alors et que les recherches de cet éminent chirurgien avaient agrandies. Les espèces de cataracte les plus rares, les méthodes et les procédés opératoires sont décrits avec autant de clarté que de précision ; l'au-
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leur détermine soigneusement les indications. Préférant l'extraction, il montre cependant les avantages que peut offrir l'abaissement dans certaines circonstances qu'il a soin de déterminer.
Kéralonyxis. La kératonyxis n'est point une opération nouvelle. Elle est mentionnée d'abord par les Arabes. Avicenne et Abulcasis parlent de praticiens qui portaient l'aiguille à cataracte à travers la cornée et s'en servaient ensuite pour l'abaissement ; dans l'opération par succion, l'aiguille perforait d'abord la cornée. Au dix-huitième siècle, Mauchart eut la pensée d'appliquer la paracentèse oculaire au traitement des cataractes séreuses, purulentes, laiteuses : ne pourrait-on pas, dit-il, dans les cas de ce genre, pratiijucr la jiaracentèse avec une aiguille ordinaire, ou une très-fine aiguille à 5 pointes renfermée dans une canule et retirer le liquide soit en le laissant s'écouler, soit en l'aspirant; ce serait la succion. La thèse de Léon Col de Villars (reproduite par Haller), sur la paracentèse oculaire comme moyen préventif de la cataracte, n'a pas au point de vue de la kératonyxis, la valeur que lui ont donnée Velpeau et Bégin.
Dudell (dix-huitième siècle) atteint l'appareil cristallinien avec l'aiguille, à travers la cornée, et enlève à la capsule antérieure un disque circulaire. Béer perforait la cornée avec une lancette très-déliée, déchirait la capsule antérieure du cristallin laissé en place en attendant son absorption : en 1785, il avait pratiqué dix-neuf fois cette opération. Gonradi publia le même procédé (1786). 'i'aylor et Ritter eurent aussi plusieurs fois recours à la kératonyxis pour les cataractes laiteuses. En 1806, Biichorn, profilant des leçons de son maître Reil, érigea la kératonyxis en méthode générale; elle reçut le nom qu'elle porte aujourd'hui. Biichorn ne put s'appuyer d'abord que sur des expéliences faites chez des animaux : plus tard, Langenbeck, Siebold, Walther, de Grsefe, ïextor, Dupuytren, la pratiquèrent chez l'homme et publièrent des exemples de succès ; la kératonyxis prit rang parmi les opérations régulières (1811-1850). Elle fut accueillie en France et surtout en Italie, avec moins de faveur qu'en Allemagne; Vacca Berlinghieri, Quadri, Barovero furent unanimes à lui trouver plus d'inconvénients que d'avantages.
Pupille artificielle. Cheselden est l'inventeur de cette opération ; il la pratiqua sur un sujet qui n'avait point d'ouverture pupillaire , et réussit quoique l'iris eût été divisé transversalement. Sharp suivit le même procédé, mais l'ouverture artificielle s'oblitéra. Le même fait eut lieu dans deux opérations de Janin. Cet habile chirurgien remarqua que, dans plusieurs opérations de cataracte, l'iris ayant été divisé verticalement (de bas en haut), les lèvres de la division restaient écartées ; il pratiqua dès lors la pupille artficielle au moyen d'une section verticale [iridoloniie verticale); l'ouverture se maintint. Wenzel le père, et api'ès lui Forlenze saisirent l'iris avec des pinces et excisèrent un petit lambeau au centre de cette membrane [iridectomie) . Janin paraît en avoir eu l'idée avant eux. Ce fut le procédé de Deraours, qui eu étendit les applications et rendit la vue à des malades dont la cornée était opaque dans la plus grande partie de son étendue.
Assalini (1787) imagina le premier de décoller l'iris du corps ciliaire et créa la corédiahjse. Buzzi (1788) pratiqua de son côté cette opération, que Schmidt crut avoir inventée quelques aimées plus tard. Elle a été modifiée de. bien des manières par Langenbeck, de Gr;efe, Béer, Junken, etc. Les trois méthodes que nous venons d'indiquer ont donné lieu, au dix-neuvième siècle»