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DICT. ESC. XVI

W2 CHIRURGIE (histoire de la).

à de nombreux procédés; on y a joint Virideclopie. Maunoir (de Genève) pratique l'iridotomie en faisant à l'iris avec des ciseaux deux incisions en forme de V dont la pointe correspond au centre de la pupille ; le lambeau se rétracte et laisse une ouverture permanente. Plusieurs chirurgiens allemands se déclarent en faveur de la corédialyse ; Scarpa, qui l'avait d'abord beaucoup vantée, préfère d'une manière générale l'iridotomie de Maunoir. Du reste chaque méthode et les divers procédés ont leurs indications spéciales.

Fistule lacrymale. Avant Vésale, la structure des voies lacrymales était inconnue. Ce grand anatomiste (seizième siècle) décrivit le premier la caroncule et les conduits lacrymaux ; Fallope, son disciple, étudia plus soigneusement encore ces canaux, le sac lacrymal, le canal nasal, sans arriver à des idées exactes sur le cours des larmes dans leur intérieur. Ces travaux furent poursuivis par leurs successeurs.

Pendant bien des siècles on méconnut le siège et la véritable nature des fistules lacrymales, on ne sut pas leur appliquer un traitement régulier et rationnel. Kurt Sprengel a commis une grave erreur lorsque, trompé par l'analogie des noms, il a presque identifié avec les méthodes priodernes celles qui étaient en usage chez les Anciens et particulièrement chez les Arabes.

Dans les cas ordinaires, les chirurgiens grecs et romains excisaient la fistule et appliquaient des dessiccatifs ; lorsque les os étaient malades, ils avaient recours aux caustiques, au feu, à un foret, afin d'arrêter la carie ou d'obtenir l'écoulement du pus et de la sanie dans les fosses nasales (Celse, 1. Vil, ch. viii). « A ces méthodes, dit Sprengel, les Arabes en ajoutèrent trois autres, ïinjectïon, la compression, ï introduction d'un fil » [Uist. de la méd., t. YII, p. 90, trad. de Jourdan). Il cite Rhazès, Avicenne, Avenzoar, Abulcasis sans rapporter les textes ; or, en les consultant, on voit clairement que les injections étaient de simples lotions ; Avicenne ne porte point de fil dans les voies lacrymales, et se borne à sonder avec art tout le trajet fistuleux et à y introduire du coton imbibé de substances astringentes. Quant à la compression, elle n'est point indiquée dans le fait de Rhazès ; on se demande même s'il s'agit d'une tumeur lacrymale {voy. Dezeimeris, Art. chirurg., déjà cité, t. I, p. 792 et surtout les textes auxquels Sprengel renvoie ses lecteurs). Peu de progrès jusqu'au dixhuitième siècle. Guy de Ghauliac, Paré, Vigo, etc., copient les Arabes et y ajoutent peu de leur propre fonds. M. A. Séverin vante le cautère actuel; Marchettis combat la perforation de l'os unguis, etc.; on ignore encore la nature du mal.

Tout change de face au dix-huitième siècle. La pathologie et la thérapeutique de la tumeur et de la fistule lacrymales sont une des parties de la chirurgie où le siècle qui nous a précédés a le mieux fait sentir sa supériorité par l'importance et l'originalité de ses découvertes, par l'invention de méthodes et de procédés aussi variés qu'ingénieux.

Stahl combat les fausses théories admises jusque-là sans contestation relativement au caractère de la maladie ; mais il l'attribue exclusivement à une affection des voies lacrymales supérieures ; il imagine un appareil de compression, et enseigne l'art de sonder le canal avec une corde à boyau {De fistulâ lacrymali, 1702). Tout en commettant quelques erreurs, MaUre-Jan aiûrme que l'obstruction des voies lacrymales est la cause essentielle de la fistule ; ce fait est bientôt solidement établi et généralement accepté ; l'on crée rapidement les trois méthodes fondamentales qui sont eu usage aujourd'hui.

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RélaUissement des voies naturelles. Âiiel songe à l'obtenir en poussant un liquide par les points lacrymaux ou en pratiquant le cathétérisme avec un stylet flexible assez délié pour pénétrer par ces ouvertures ; c'est par le conduit lacrymal supérieur que Méjean fait passer le fil destiné ù entraîner des mèches dont le volume, augmenté successivement, permet de déterminer dans les parties obstruées une dilatation progressive. Cette opération difficile ne tarda point à être abandonnée; elle fatigue ou altère gravement le conduit lacrymal .

Laforesl (1759) et ses imitateurs pratiquent le cathétérisme en pénétrant par le méat inférieur des fosses nasales, avec une sonde dont on varie les courbures et qui permet de recourir à des injections, des cautérisations, etc. ^

Par une modification heureuse, J.-L. Petit transforme complètement la méthode en incisant le sac et ouvrant ainsi une voie directe et facile dont on peut profiter pour pousser des injections, et mettre sa face interne en rapport avec tous les genres de modificateurs, des dilatateurs de toute espèce, des caustiques, des perforateurs, etc. J-L. Petit perfectionne la compression, qui lui sert non-seulement à vider la tumeur, mais surtout à remédier par une force mécanique à l'atonie du sac résultant d'une distension prolongée.

En 1754 Lecat, chez un de ses malades, incise la tumeur comme Petit, porte dans les fosses nasales en parcourant le canal nasal, des fils renfermés dans une sonde, les saisit avec un crochet, les attire au dehors, fixe une mèche à l'extrémité de ces fils sortant par l'ouverture du sac. Cette mèche, tirée chaque jour de haut en bas, amena peu à peu la dilatation des cavités qu'elle parcourait; la guérison fut complète.

Nous trouvons là le type des procédés de Monro, Desault, etc.

Création d'une voie artificielle. Les anciens l'obtenaient en perforant l'os unguis avec un foret ou par la cautérisation. Quoique suivie quelquefois encore même au dix-septième siècle, cette méthode était tombée dans l'oubli, lorsque Woolhouse vint la remettre en honneur ; on lui accorda le mérite de l'avoir inventée. Il eut celui de placer une sonde métallique dans l'ouverture artificielle pour s'opposer à son oblitération. La plupart des chirurgiens qui pratiquèrent la perforation de l'os unguis, et Cheselden en particulier, eurent recours au fer rouge. Monro en fit sentir les inconvénients, et le remplaça par son trocart. Afin de donner une plus grande étendue à la perforation, Hunter lui substitua un emporte-pièce.

Plusieurs chirurgiens s'attachèrent à déterminer l'état des parties malades, afin de préciser les indications des méthodes et des procédés et d'adapter chacun d'eux à chaque cas particulier. Tels furent Garengeot, Monro, Pott, Hunter, Pouteau, etc. On reconnut qu'il ne s'agit pas toujours de vaincre simplement un obstacle mécanique, on tint compte de la disposition vitale des tissus (atonie, phlogoses, etc.) ; on commença même à remonter jusqu'à la disposition générale des sujets ; on prescrivit des antiphlogistiques, des émollients, des dérivatifs, des révulsifs, des médications qui s'adressaient à tout l'organisme. La thérapeutique devint plus large et plus précise.

Oblitération du sac. Pratiquée d'abord par A. Nannoni, cette méthode n'eut alors que peu de partisans. Vers 1829, Delpech (dans ses leçons) indiqua

* Avant Laforest, Lafaye [Notes sur Dionis) et Bianchi (1715) avaient émis la pensée de ■sonder, de bas en haut, les voies lacrymales.

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les circonstances dans lesquelles on pourrait y recourir. Cette méthode a été reprise depuis par Ma^^nc (1850), Slœber, Dcsmarres, etc.

Un doit rapiiortcr à la première méthode (rétablissement des voies naturelles) l'introduction à demeure d'une canule métallique. Foitbert lui dut de nombreux succès qui la lirent adopter par plusieurs de ses conleniporains {voij. Lafaye, Notes sur Dionis). Pcllier de Quingsi la préconisa, tout en limitant son usage. Dupuytren lui donna une grande vogue en France. Louis avait déjà fait sentir ses inconvénients qui sont bien mieux appréciés aujourd'hui.

Article 1Y. Oreille. Les maladies de l'oreille et leur traitement furent étudiées pendant longtemps avec de très-faibles résultats; on extrayait les corps étrangers, on combattait l'atrésie du conduit auditif externe. Le dix-huitiènu^ siècle se signala par quelques importantes découvertes {voxj. le Mém. de Leschevinsur Vatrésie du conduit auditif, prix de l'Acad., 1778, Richter, Bibl. cliir.., t. IV, p. 755, t. Vlll, 524, t. IX, 555).

Injections de la trompe d'Eustache. Valsalva, dont les travaux contribuèrent le plus, avec ceux de Duverney, à faire connaître la structure de l'appareil auditif, démontra le iiromier que l'oblitération de la trompe d'Eustache est une cause fréquente de surdité : « une expiration forte, le nez et la bouche étant fermés, peut quelquefois rétablir l'audition, en désobstruant les trompes [de aure liumann, 1707). » Telle est aussi l'opinion de M unnicks, qui prescrit de remplir la bouche de fumée de tabac et de chercher à la faire passer avec force à travers ces conduits. Un maître de poste de Versailles, Guyot, songea le premier à pousser des injections dans les trompes : il fit construire une seringue dont la canule introduite par la bouche, était dirigée en arrière et au-dessus du voile palatin et pénétrait dans l'orifice de ces conduits ; c'est à l'aide de ces injections que Guyot triompha d'une surdité dont il était atteint. En 172-4, son instrument fut présenté à l'Académie des sciences qui le trouva fort ingénieux, sans dissimuler les difficultés du procédé; on émit des doutes sur la pénéti'ation du liquide à une certaine profondeur. G. Tenhauf et G. Heuermann furent les seuls qui adoptèrent ce mode de cathétérisme ; il fut généralement déclaré difficile et infidèle. Gleland et A. Petit (1 755) lui substituèrent le cathétérisme par les fosses nasales. Le patronage et les succès de Leschevin, Douglas, Falkenberg, Chopart, Desault, etc., le firent exclusivement accepter. Watlien vante beaucoup le cathétérisme et les injections, rejette absolument le procédé de Guyot, affirme que celui de Petit est aisé, peu douloureux, sans danger, et s'appuie sur des faits, sur des résultats pratiques. Le cathétérisme et les injections furent presque oubliés, jusqu'au moment oii Saissi, Itard, Deleaii et les otologistes contemporains les firent revivre en perfectionnant la pathologie, les procédés, l'instrumentation.

Perforation de l'apophyse mastoïde. Cette opération, fort vantée pendant quelques années en Allemagne, ne compta que peu de succès, dans les mains de Jasser, Lœffler, Fielitz. Kœlpin la pratiqua chez J.-J. Berger, médecin trèsdistingué de Copenhague, qui mourut peu de jours après avec un épanchement purulent dans le crâne. Ce funeste événement, publié par Callisen, laissa dans le monde médical une impression profonde ; l'on rapprocha les faits, on soumit la méthode à un examen sévère, et l'opération ne fut plus renouvelée (voTf. Dezeimeris, Journal r expérience, 1858. n" 32). L'auteur donne de longs détails historiques, combat l'opinion de M. Itard qui avait déclaré « l'opération inutile et dangereuse, » et cherche à démoniri^r '^ue, « meurtrière une seule

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fois, à peu près innocente quand elle ne réussit pas, elle a guéri assez souvent la surdité. » La perforation de l'apophyse mastoïde ne nous paraît guère indiquée que dans les cas d'abcès, de carie, etc., dans ses cellules.

Conseillée d'abord par Riolan et Cheselden pour guérir la surdité, la perforation de la membrane du tympan a été pratiquée pour la première fois par A. Cooper en 1800. Depuis, Itard, Buchanan, Himiy, Deleau, Fabrizi, Mèlier, etc., ont imaginé divers procédés. Elle appartient donc entièrement au dix-neuvième siècle.

Article V. Fosses nasales, Polypes. Les chirurgiens grecs distinguaient déjà plusieurs espèces de polypes et connaissaient la plupart des méthodes opératoires employées de nos jours. Les Arabes et le moyen âge ne font guère que compiler les anciens. Aux seizième et dix-septième siècles, la science se perfectionne avec Fallope, les deux Fabrice, lliolan, Job à Meekren, Tulpius, Péchlin. Le dix-huitième siècle se signale par d'utiles découvertes ; on étudie avec beaucoup plus de soin leur structure intime (Bordenave, Pott, Levret) ; on précise les cas dans lesquels ou peut recourir avec le plus d'avantage à l'excision, à l'arrachement, à la ligature, au cautète actuel, aux caustiques; on modifie heureusement les procédés et les instruments connus ; on en invente de nouveaux. Manne (d'Avignon) prescrit de fendre le voile du palais quand les polypes offrent un trop grand volume, et en donne l'exemple. Partisan de la ligature, Levret remet en honneur les ingénieux procédés de Fallope, qu'il rend plus sûrs et plus efficaces; David, Ilerbiniaux, Belloc, Desault, etc., perfectionnent les instruments de Levret.

Article YI. Bouche: sinus maxillaire. Les maladies de la bouche et du sinus maxillaire, leur thérapeutique, attirèrent d'une man-ère spéciale l'attention du dix-huitième siècle. Nous ne parlei'ons point de ce qui fut fait à l'occasion du bec-de-lièvre, des fistules salivaires (Duphénix), des affections delà langue et de son amputation (de la Malle, Petit, etc.), de celles du palais, de J'arrière-gorge, de la grenouillette, etc.; on peut consulter les travaux de l'Académie de chirurgie, le Traité des maladies de la bouche de Jourdain, 1778, Piichter, etc. Toute cette partie de la chirurgie fut remaniée.

Avant la fin du dix-septième siècle, on avait publié quelques faits importants relatifs aux affections du sinus maxillaire ; on avait à peine essayé de l«s coordonner. Dans des mémoires déjà cités, Bordenave entreprit cette œuvre •avec une grande supériorité.

Il rappelle et apprécie les recherches de Meibomius, Gowper, etc., relatives aux abcès du sinus maxillaire. Sur ce point, la science était déjà fort avancée. Meibomius prescrivit le premier d'évacuer le liquide en arrachant une ou plusieurs molaires. Cela lui suffit dans les cas qu'il observa, parce que les dents ipénétraient dans le sinus ou que son plancher était ouvert. G. Cowper ignotrait ce qu'avait fait Meibomius ; il arrachait la première grosse molaire, perforait largement le fond de l'alvéole, poussait des injections, etc. Les chiirurgiens les plus habiles suivirent cette méthode, que leurs succès firent géué- Talement adopter. Cependant Lamorier, professeur à Montpellier, proposa un autre procédé. Quand une portion du sinus située dans un point déclive est perforée, cariée, amincie, c'est là que l'on doit agir, en ouvrant une large issue aux fluides épanchés ; si des dents convenablement placées sont cariées ou •ébranlées, on suivra les préceptes de Cowper. En dehors de ces circonstances, il y a un lieu d'élection, c'est la fosse canine ; on perfore en ce point, avec le

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trépan, la paroi antc'riL'uro du sinus. Cette méthode fut approuvée par Cordenave, qui en étendit les applications à diverses maladies du sinus maxillaire, spécialement aux fungus, aux polypes, etc. On peut se faire une voie assez étendue pour enlever complètement ces tumeurs, ainsi que le prouvèrent Richter, Kirkland, Callisen, etc. Desault emporta ainsi des polypes volumineux en attaquant d'abord la partie inférieure de la fosse canine.

Jourdain proposa de vider les épanchements dans le sinus, en sondant et désobstruant son ouverture normale, en poussant par là des injections. Le rapport de l'Académie de chirurgie fut peu favorable ; malgré l'appui de Desault, cette méthode eut peu de prosélytes et fut bientôt abandonnée.

A mesure que l'on éclairait l'histoire entière des affections de la bouche, on appréciait mieux les méthodes, on perfectionnait les instruments et le manuel opératoire. Cheselden, Sharp, Levret, etc., se prononcent pour la ligature dans les intumescences, les indurations de la luette, etc., tandis que Cavallini, Moscali, Caqué, Desault, etc., montrent le parti que l'on peut tirer de l'excision ; on applique au traitement des fistules salivaires les modes les plus variés (Cheselden, Monro, Z. Platner, Duphénix, J.-L. Petit, Louis, Desault, etc.) ; dans la grenouillette, on distingue les cas où il existe un kyste indépendant des conduits salivaires, et ceux où le mal dépend de la rétention de la salive dans ces canaux. Sur ces distinctions repose le traitement que l'on met en usage (J.-L. Petit, Louis, Anel, Girard, Jourdain, Vogel, Wilmer, Desault, etc.)^

Article Vil. OEsophage. Un des ouvrages les plus remarquables relatifs aux maladies chirurgicales de l'œsophage est le mémoire d'Hévin déjà cité ; il fut suivi des écrits de Bordenave, Vénel, etc., des observations de Cleghorn et Delauve, des travaux de Desault. On imagina de nouveaux instruments pour retirer les corps étrangers ou pour les pousser plus profondément, pour pratiquer le cathétérisme, injecter des liquides dans l'estomac au moyen de sondes œsophagiennes ; on avait d'ailleurs des faits relatifs aux blessures du pharynx et de l'œsophage, aux ruptures de ce conduit, aux abcès, aux tumeurs, etc.

Article VIII. Broncliolomie. Au dix-huitième siècle, les recherches, les observations, les procédés relatifs à la bronchotoniie se multiplient (Purmann, Dionis, Dekker, Detharding, lleister, Martine, Gareiigeot, Virgili, etc.). Louis fut un de ceux qui contribuèrent le plus à éclairer le sujet par ses savantes études et l'examen critique des travaux antérieurs. Voy. entre autres son l^' mém. {Acad. de chir., t. IV, p. 455). De nouveaux écrits apparaissent, Vicq-d'.'\zyr invente la laryngotomie crico-thyrdidienne, Desault, la laryngotomie {Œuvr. chir., t. II).

Article IX. Poitrine. La connaissance des lésions des parois et des cavités thoraciques acquit plus d'étendue et d'exactitude (on nota tout ce qui concei-ne les traumatismes, les épanchements (séreux, sanguins, purulents), les abcès, etc., on imagina de nouveaux moyens hémostatiques, des procédés ingénieux pour l'extraction des corps étrangers; on eut souvent recours à

* L'anatomie, Ja physiologie, la patliologie des dents, l'odontotochnie, prirent un développement considérable par le concours de spécialistes distingués, d'anatomistes et de chirurgiens éminents qui en firent l'objet de leurs recherches. C'est au dix-huitième siècle que ces études revêtirent un caractère vraiment scientiflque [vot/. Fauchard, le chirurgien dentiste, 1747 ; sur YHist. de lart dent., voy. Laforgue, art. Dent, etc., 1810-24; K. Sprengel,. Hist. de la méd, t V I, p. 235).

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l'opération de l'empyème, comme les anciens, mais on donna beaucoup plus de précision au diagnostic, aux indications, aux procédés, soit que l'on pénétrât entre les côtes, soit que l'on perforât celles-ci, le sternum, l'omoplate, etc. (Sur l'empyème, voy. Sprengel, t. Vlll, p. 1-90).

Amputation du sein squirrheux Cette opération, pratiquée souvent au dixseptième siècle, obtint encore plus de faveur au siècle suivant ; les procédés furent perfectionnés. On prescrivit d'enlever la mamelle entière, les ganglions engorgés, de ménager la peau, de réunir immédiatement la plaie, etc. On étudia mieux les indications, les cas de récidive ; on voulut remonter à la cause du mal, et l'on en vint à reconnaître assez fréquemment l'existence d'une cause générale. Quelques chirurgiens préconisèrent certaines substances (belladone, jusquiame et surtout ciguë), dont l'usage à l'intérieur ou comme topique pouvait amener la résolution de la tumeur ; ils citèrent des faits à l'appui {voy. pour tous ces objets. Petit, Chcsclden, Ledran, Heister, Garengeot, Storck, iUchter, Palelta). 11 y eut des chirurgiens qui rejetèrent l'ablation du sein squirrlieux d'une manière absolue (Moiiro l'Ancien) , ou qui du moins en limitèrent beaucoup l'usage (Eller, Lamotte, etc.).

Article X. Abdomen. Nous ne parlerons point de ce qui est relatif aux blessures, aux tumeurs, aux lésions variées des viscères abdominaux, aux épanchemcnts [voy. les méni. du fils de J.-L. Petit, de Garengeot, etc.), aux blessures de l'estomac et des intestins, aux abcès du foie, des reins; à l'importance des adhérences, à la gastroraphie, aux sutures intestinales, etc.; nous aurions ici, plus encore que pour le thorax, un qliamp trop vaste à parcourir, nous consacrerons seulement quelques mots à l'histoire des hernies.

Hernies. L'étude si complexe des hernies, de leurs espèces, de leurs variétés est un des objets sur lesquels le dix-huitième siècle a exercé sa persévérante activité avec le plus d'ardeur et de succès. Malgré de nombreux travaux antérieurs et particulièrement ceux de Franco, Paré, liousset, Covillard, etc., la pathologie était peu avancée, la thérapeutique incertaine, le plus souvent impuissante, fréquemment meurtrière. Vers la fin du dix-septième siècle, une vigoureuse impulsion est donnée; elle s'accroît au siècle suivant. Les grands principes sont posés, on décrit plusieurs espèces de hernies inconnues ou à peine soupçonnées. Parti de la France, le mouvement s'étend à l'Angleterre, à l'Italie, à l'Allemagne, etc.; la science et la pratique se répandent et se vulgarisent.

On admit longtemps la rupture du péritoine ; Diouis et Lafaye pensent encore que le sac manque presque toujours; J.-L. Petit (1750) n'ose pas affirmer son existence habituelle dans les hernies ordinaires, bien qu'il l'ait toujours constatée ; la hernie ombilicale en est constamment dépourvue. Les dissections de Nuck, Ruysch, Méry (1701), Duverncy, Mauchard, Arnaud, Morgagni, Haller, établissent la vérité; l'absence du sac ne se présente que dans des cas rares et bien déterminés. Les recherches de ces auteurs, celles de Koch, Gunz, Sandifort, Camper, Richter, Gallisen et d'une foule d'autres, font connaître la disposition des parties qui livrent passage aux organes déplacés, les feuillets qui constituent et doublent le sac, les rapports de cette enveloppe avec les vaisseaux qu'il importe de respecter, etc. Goursaud d'abord, Pott, Petit, établissent les signes différentiels de l'engouement et de l'étranglement ; on apprend à distinguer la constriction par les anneaux et celles qui dépendent du collet épaissi du sac (Arnaud, Ledran), de la perioration accidentelle du sac lui-même,

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des adhérences avec les parties herniées, des adhérences de celles-ci entre elles (Lapeyronie, Petit, Lecat, Arnaud, Louis, Richter, etc.). On donne d'excelknts préceptes relatifs à la réduction ; quelques-uns accordent trop de confiance aux topiques émollients, belladones, astringents, réfrigérants, aux lavements huileux, purgatifs, à la fumée de tabac trop vantée par Heister, de Ilaën, Pott, qui en exagèrent l'efficacité sans en signaler les dangers ; mais on finit par reconnaître qu'il ne faut pas perdre un temps précieux en y insistant : et Pott luimême affirme qu'on ne doit pas attendre trop longtemps avant de recourir à - l'opératioir. La dilatation, proposée par Leblanc, trouve peu de partisans; on démontre tous les avantages de la kélotomie, du débridcmcnt. Plusieurs praticiens éminents prescrivent, dans la plupart des cas, de réduire la hernie, sans ouvrir le sac ou en se bornant à l'inciser dans une petite étendue, mais on finit par reconnaître que l'incision complète de cette enveloppe doit être généralement préférée, et cette pratique fournit une règle dont on s'écarte rarement. Des observations remarquables deMéry, Littre, Lapeyronie, J.-L. Petit, Pipelet, Louis, Heister, Mauchart, etc., prouvent que la nature seule ou aidée par l'intervention de l'art peut triompher de la gangrène d'une portion considérable de l'intestin, (jue la formation temporaire ou définitive d'un anus anormal n'est pas inévita- IjIc. Ou reconnaît le rôle et la disposition de l'éperon, Desault invente un procédé pour le repousser, dilater les deux bouts de l'intestin, rétablir la continuité régulière des voies qui doivent être parcourues. Au dix-neuvième siècle, Scarpa publie ses recherches si importantes sur ce sujet; bientôt Dupuytren invente sa méthode et ses instruments pour détruire l'éperon en prévenant les épanchements. Depuis ce moment, le traitement des anus accidentels, des plaies intestinales a donné naissance à des procédés aussi variés qu'ingénieux.

Les travaux de l'Académie de chirurgie, de Pott, de Pipelet le jeune, firent mieux connaître les hernies de l'épiploon, leur étranglement, et donnèrent lieu à de lumineuses discussions relatives à sa ligature et à sa résection. On étudia beaucoup mieux les causes de l'irréductibilité, des adhérences, etc.

On reconnut unanimement les avantages des brayers inventés par N. de Blégny (1676), qui doivent leur élasticité à leur ressort en fer battu : aux perfectionnements de Delaunay vinrent se joindre ceux plus importants de Lequin et d'Arnaud, surpassés par Juville et surtout par Camper. La science contemporaine est allée encore bien plus loin.

En soumettant à un examen sévère les méthodes proposées pour la guérison radicale des hernies, les chirurgiens firent sentir l'inefficacité, l'incertitude, les dangers de la plupart d'entre elles et les frappèrent d'une juste proscription. Les vrais chirurgiens avaient déjà renoncé complètement à la castration, <{ue pratiquaient encore les herniotomistes ambulants.

Jusqu'à l'époque où nous sommes parvenus on ne connaissait guère que les hernies inguinales et ombilicales, dont l'histoire présentait même bien des lacunes et des erreurs. La hernie crurale fut décrite pour la première fois avec exactitude dans le traité d'anatomie de Verheyen (1693). Nous ne pouvons i'aire l'histoire détaillée des diverses espèces de hernies découvertes ou mieux étudiées au dix-huitième siècle ; nous nous bornerons comme Dezeimeris, à citer les noms des chirurgiens qui les ont décrites avec le plus de soin : « hernie crurale, Nuck, Verheyen, Arnaud, Garengedt, Petit, Koch, Pott, Gimbernat; hernie ischiatùjue, Papcn, Bertrandi, Camper, Lassus ; hernie ovalaire (sous-pubienne) , Duverney, Garengeot, Heuermann, Rlinkosch, Camper; hernie

pérméale. Chardon, Smellie, Bromlîeld; hernie vaginale, Gaiengeot, Ilouin, de Haëii, Levret; hernie diapliragmatique, Liiire.C^ii^uvet, Kirschbaum, Plouquet, Preiss,Van Geuss, Fothergill; hernie de la vessie, Sala, Petit, Yerdier, Pipelet, Pott, Desault, etc.; hernie incomplète, hernie formée par un appendice de rintestin, làttre, Ruysch, Schlichtiug » (Dezeimcris, Dict. hist., art. Ghir., t. 1, p. 817.) Nous avons déjà mentionné la hernie inguinale congéniale. Desault aperçoit la distinction des hernies inguinales externes et internes; Arnaud est un des chirurgiens qui ont le plus contribué aux progrès de la chirurgie herniaire par ses recherches spéciales, ses études anatomo-pathologiques, ses vues générales (Traité des hernies, 1749, Mém. de VAcad. de chirurg.). En 1778, Richter exposa l'ensemble de la science dans son Traité des hernies (2 vol. en allemand). Ce livre remarquable est resté longtemps classique; il faut le lire pour apprécier dans son entier l'œuvre du dix-huitième siècle.

Article XI. Organes urinaires. Les travaux du siècle qui nous a précédés, concernant ces affections, ne sont pas moins remarquables. Ils embrassent l'histoire et la thérapeutique des états morbides des reins et des uretères ; de l'urèthre (traumatismes, corps étrangers, lésions organiques, rétrécissements et leur traitementpar les bougies élastiques, la cautérisation). Fo»/. Chopart. Malad. d. voies urin. 1791. 2 v.; des maladies de la vessie (blessures, calculs, rétention d'urine, etc.). Portons simplement un regard rapide sur la lithotomie.

Lithoiomie. 1. Taille périnéale. Au commencement du dix-huitième siècle, on la pratiquait par le petit et le grand appareil. I. Dans les descriptions de Celse et de Paul d'Égine, on n'avait vu que \e petit appareil. Guy de Chauliac l'avait remis en honneur. Le dix-huitième siècle le proscrivit entièrement, après avoir moniré son incertitude et ses dangers même chez les jeunes sujets qui se prêtent seuls à son application.

II. he grand appareil {de Romanis, de Mariaiio Sancto), fut perfectionné par Franco, qui fit usage d'un lithotome caché assez analogue à celui qu'imagina depuis frère Côme. Cette méthode devint, en France du moins, la propriété presque exclusive des Colot jusqu'au moment où les chirurgiens de l'Hôtel-Dieu surprirent le secret de François Colot. C'était une taille médiane, dans laquelle le périnée était tendu un peu plus fortement à gauche au moyen d'un cathéter «annelé (î;o?/. la description de Ledran). Malgré les avantages de cet instrument conducteur, on démontra ce qu'il y avait de défectueux dans cette méthode, sans parvenir à le corriger. Elle fut à son tour généralement abandonnée pour céder la place à une méthode infiniment supérieure, la taille latéralisée. La taille médiane fut reprise et perfectionnée par Yacca, Guérin; elle n'a retrouvé son rang, parmi les opérations régulières, que depuis un petit nombre d'années, grâce-à la transformation qu'elle a subie.

III. Taille latérale. Foubert en fut l'inventeur. Guidé par ses connaissances anatomiques, sans cathéter, avec un simple bistouri, cet îiabile opérateur ouvrait Je corps de la vessie, sans toucher à la portion prostatique de l'urètre; on assure qu'il parvint à retirer ainsi des calculsvolumincux, en évitant les accidents si fréquents dans les méthodes usitées jusqu'à lui.

Les succès de Foubert attestent son extrême habileté. Ils étonnent en présence d'une méthode environnée de tant de dangers. « lln'ya, dit Sabatier, qu'unhomme de génie qui ait pu concevoir le projet qu'il a osé exécuter ; mais la raison et l'expérience eu ayant montré les inconvénients, il faut lui donner les éloges qu'il mérite et ne pas l'imiter. » Cette méthode fut adoptée par deux chirurgiens distin-

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gués, Thomas et Lecat, qui firent usage d'instruments particuliers. Après quelquesmodifications de peu de valeur, elle tomba justement dans un discrédit complet, dont elle ne se relèvera jamais.

IV. Taille latéralisée. Cette méthode est une des belles conquêtes chirurgicales du dix-huitième siècle. En s'aidant de quelques préceptes de Paul d'Egine et d'Âbulcasis, et prenant surtout pour point de départ la taille médiane, on pouvait sans de grands efforts arriver à la taille latéralisée ; on n'y parvint cependant qu'après bien des tentatives et des détours. Nous devons en faire remonter l'origine àfrère Jacques de Baulieu, disciple d'un empirique, empirique lui-même et chirurgien ambulant. Frère Jacques pratiqua longtemps la lithotomie sans connaître ce qu'on avait fait avant lui, ignorant même l'anatomie de la région sur laquelle il opérait. Ses premiers procédés, fort irréguliers, tenaient le milieu entre la taille latérale et la taille latéialisée ; il ouvrait le col de la vessie dans sou entier et une partie du corps. Méry pressentit les avantages que cette méthode pouvait offrir, en la régularisant ; d'après ses conseils, Baulieu substitua le cathéter cannelé au conducteur rond et sans rainuredont il s'était d'abord servi. Guidé par les avis de Félix, Duvcrney, etc., sous les yeux desquels il pratiqua des lithotomies sur le cadavre, frère Jacques étudia la disposition des parties qu'il devait atteindre ou respecter. Ses succès, bien plus constants (car il avait trouvé la véritable taille latéralisée), furent cependant très-contestés ; Baulieu reprit sa vie nomade, parcourut les principaux États de l'Europe, et obtint une grande réputation par les succèsdont ses nombreuses opérations furent couronnées.

Témoin de ces brillants résultats pendant son séjour en Hollande, Baw eut la mauvaise foi de décrier sa méthode publiquement, tout en l'adoptant en secret. Le célèbre chirurgien d'Amsterdam donna le change sur son procédé en affirmant qu'on le trouverait en lisant Celse, et qu'il ouvrait le corps de la vessie en ayant le soin d'en éviter le col ; de là, naquirent bien des essais qui ne furent pas sans danger et des retards dans les progrès de la lithotomie.

Trompé par les affirmations de Raw, Albinus décrivit sa méthode d'une manière vague et inexacte; Cheselden, ensuivant ses indications, retomba d'abord dans la taille latérale ; mais il la modifia successivement et inventa de nouveau la taille latéralisée. Le bruit de ses succès parvint rapidement à Paris ; l'Académie des sciences chargea Morand d'aller à Londres étudier la nouvelle méthode auprès du grand chirurgien de Saint-Thomas. Pendant son absencL', Perchet et Garengeot avaient découvert un procédé très-analogue à celui de Cheselden, et retrouvé à leur tour la taille de Baulieu, méconnue et presque oubliée depuis plus de trente années. Moreau, Sharp, Nannoni, etc. introduisirent des modifications peu importantes dans le manuel opératoire. Lecat et Hawkins imaginèrent leurs gorgerets tranchants; mais legorgeret cystitome du premier ne trouva pas de partisans; le gorgeret d'Hawkins, vanté par Louis et Desault qui l'avaient modifié, fut bientôt proscrit en France; les chirurgiens anglais continuèrent à en faire usage. L'ingénieux lithotome caché de frère Côme présentait des avantages si évidents qu'il fut très-généralement adopté; son incontestable supériorité a fait oublier tous les autres. Désireux de donner à l'opération une précision mathématique, Pouteau imagina sa taille au niveau, bientôt reléguée dans le domaine de l'histoire.

V. Taille bilatérale. De 1734 à 1768, une interprétation spéciale de la description fort obscure de Celse, avait porté plusieurs chirurgiens (Davier, Heister, Bromficld, Macquart) à penser que l'écrivain romain prescrivait de diviser transversalement la prostate des deux côtés. Dans les cas de calculs volumineux.

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Ledrau. en pratiquant la taille latéralisée, faisait aussi une double incision ; il insiste sur les avantages de cette mélhode (voi/. son Parallèle des diverses méthodes usitées pour la lithotomie) . Tel est le point de départ de la lithotomie bilatérale, elle appartient néanmoins à notre époque, grâce à Gluuissier, Ribes, Béclard et surtout à Dupuytren, qui transforma l'instrument de frèr.' Côme en lithotome double, donna des règles précises, la vulgarisa par ses succès.

2. Taille hypogastrique. Conduit par la nécessité, Franco a recours à la taille sus-pubienne et guérit son jeune malade. Cependant, il ne la réitère point et la juge même sévèrement, tant il redoute les blessures du corps de la vessie. Rousset (1580) démontre toutleparti que l'onpeut en tirer, et prescrit de distendre préalablement la cavité vésicale par des injections. Nicolas Piètre (1635) fait soutenir devant la Faculté de Paris une thèse oîi l'on affirme que la cystotomie sus-pubienne n'est ni difficile ni dangereuse. Bonnet, chirurgien de Paris, la pratique plusieurs fois. Frappé des éloges qu'on lui accorde, le parlement de Paris demande un rapport à Frauçois Colot : ce litbotomiste ne croit qu'à l'efficacité de sa méthode et déclare qu'il ne peut penser sans horreur à l'incision par l'hypogastre. Dionisla défend encore, mais l'arrêt de Colot la fait tomber dans un oubli si profond que Jean Douglas (1719) ne craint pas de lui donner le nom de lithotomiaDouglassiana. Cbesclden, qui la pratiquai peu près en même temps que les Douglas, perfectionna les procédés de ses compatriotes, publia ses succès et contribua puissamment à la remettre en honneur : il l'abandonna cependant après avoir découvert la taille latéralisée. Prebisch de Kœnigsberg exécuta la méthode sus-pubienne sur un enfant de douze ans {voy. son Traité, 1727) ; Sermes d'Utrecht y eut recours 16 fois et ne perdit que 5 malades {voy. son Traité sur la taille de Douglas modifiée, 1726) ; il se dispense des injections. Heister apprécie avec sagesse les indications de la taille hypogastrique, et reconnaît aussi, d'après son expérience, qu'on peut éviter la distension de la vessie par des injections (1728). Morand (1728-1732) pose des préceptes analogues à ceux de Heister; Sénac, dans un discours sur les méthodes de Franco et de Raw (1727), donne un, résumé lumineux sur ce sujet. Frère Côme (Bazeilhac) invente sa sonde à dard ; la méthode hypogastrique lui doit de plus grands progrès qu'cà tous ses prédécesseurs réunis. Elle a reçu depuis de nouveaux perfectionnements, mais l'honneur en revient au dix-neuvième siècle.

Article XII. Organes génitaux chez les deux sexes. Nous trouverions encore ici des travaux et des découvertes de la plus haute valeur. Les maladies du testicule et de ses enveloppes, du cordon spermatique, etc. sont mieux étudiées, mieux distinguées ; les méthodes déjà connues pour le traitement de l'hydrocèle (ponction, incision, excision, séton, caustiques), sont mieux appréciées, mieux appliquées, perfectionnées; on y ajoute les injections de substances excitantes. Le dix-huitième siècle frappa de proscription et stigmatisa ces mutilations monstrueuses dont on se montrait encore si prodigue sous les influences réunies de l'ignorance, de la cupidité, des passions les plus honteuses ; on n'eut recours à la castration que dans les cas où elle devenait absolument nécessaire ; elle a été renfermée, depuis, dans de plus étroites limites. Diverses méthodes opératoires furent exécutées et comparées ; on discuta longuement pour décider s'il fallait jeter une ligature en masse sur le cordon, ou lier séparément les vaisseaux successivement divisés; ce dernier procédé finit par obtenir la préférence, etc. La pathologie des organes sexuels chez la femme nous offrirait des remarques du même genre. Des observations multipliées et plus précises répandent un&

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lumière plus vive sur les affections des organes génitaux externes, du vagin, de l'utérus et de ses dépendances. Les chirurgiens et les accoucheurs associent leurs efforts. Signalons en particulier les déviations de la matrice, ses prolapsus, ses renversements, les tumeurs, le cancer, les polypes, l'ablation de ces derniers, les instrumentset les procédés de Levret et de Desault pour leur ligature ; les tumeurs et les kystes de l'ovaire, les discussions relatives à leur traitement au moyen de l'incision (Morand, Ledran), ou de ponctions réitérées suivies quelquefois d'injections. La question de l'ovariotomie est posée et soumise à de rigoureux examens ; cette opération est alors généralement rejetée, malgré l'appui que lui donnent, dans certains cas, Laporte et Morand (1755, Acad. de chmirg.), Chambon (ilf«/flrf. desfemmes. 1798), et le succès de Laumonier deRouen(1781. Hist. de la Société de méd. 1792), etc.

xVrtici.k Xlll. Rectum. Nous avons déjà parlé des maladies du rectum (hémorrhoïdes, abcès de l'auus, fistules), etc.

Ar.Tici.E XIV. Système osseux. Nous ne saurions trop admirer tout ce qu'a laissé l'école hippocratique touchant les fractures et surtout les luxations (traumatiques, spontanées, congénitales). Aussi, parmi les chirurgiens de l'antiquité qui se sont occupes si souvent de ces sujets, les plus éminents adoptent ses doctrines, les développent, redressent quelques erreurs, etc. Soranus, à l'occasion des fractures du bras, place l'avant-bras dans la demi-flexion avant de pratiquer l'extension, substituant à la méthode hippocratique, celle que Pott généralisera plus tard. Du reste, Galicn, ipii commente longuement les traités hippocratiques {De fraclis. De articulis), peut être considéré comme le précurseur de Pott, en montrant les avantages de la demi-flexion; il est moins exclusif que le chirurl'urgien anglais. Nous trouvons des remarques neuves chez les Arabes, dans Guy i\e Chauliac, Paré, etc. Le dix-septième siècle est très-riche en travaux sur les traumatismes des os, et perfectionne beaucoup l'étude des lésions organiques qui avaient déjà fixé l'attention des Arabes et du siècle précédent. Le dix-huitième siècle possédait ainsi des matériaux considérables ; mais ils consistaient surtout en monographies, en observations isolées. J.-L. Petit voulut en faire un corps régulier de doctrine, représentant l'état de la science, et publia son Traité des maladies des os. Petit insista plus spécialement sur les luxations et les fractures. Il ne profita pas suffisamment des écrits antérieurs, mais son livre brille par l'originalité, l'ampleur des doctrines, l'art avec lequel il sait appliquer à la pathologie ses connaissances anatomiques et physiologiques. Son traité, qui porte l'empreinte d'un maître, fit oublier les faibles essais de Verduc et de Heyne, etc. Rappelons ses recherches relatives aux fractures de la rotule résultant de l'action musculaire, aux ruptures du tendon d'Achille, à leurs traitements. Petit est trop partisan des machines, des appareils compliqués, etc. Le traité de Duverney, écrit sans doute à la même époque, bien que publié plus tard, pourrait être mis en parallèle avec celui de J.-L. Petit; cependant, quoique plus long, il a généralement moins de valeur pratique; il le complète en plusieurs points {voy. ce qui concerne les fractures longitudinales des os, l'appareil pour les fractures de la clavicule en plaçant sous l'aisselle un épais coussinet rapprochant le bras du tronc, etc.).

I. a thérapeutique des fractures etdes luxations était en possession de la plupart des méthodesfondamentales que nous employons aujourd'hui : mais on n'en appréciait pas exactement la valeur; plusieurs étaient entièrement oubliées. Au dixhnitième siècle, deux doctrines furent en présence relativement aux avantages respectifs de l'extension ou de la demi-flexion, dans la réduction et la contention

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destractures. Adoptant et développant les principes de l'Académie de chirurgie, Desaultse prononça i)Our l'extension et imagina ses appareils à extension contiinie ; Pott, marchant sur les traces de Fabrice de Ililden, vanta la dcnii-flcxion. Desanlt voulait une force mécanique qui maintînt les fragments en rapport, en luttant sans cesse avec les contractions musculaires; Pott et Sharp espéraient éluder les résistances des muscles en les mettant dans le relâchement. Il y a des exagérations des deux côtés : Pott néglige les appareils contentifs et compte trop sur la position, qui ne relâche pas toujours les muscles les plus importants ; Desault ne voit pas assez que l'extension permanente excite l'action musculaire et accroît les résistances. Quelques chirurgiens français, Lassus, Sahatier, etc., adoptèrent les idées anglaises, qui ne prévalurent pas. Le dix-neuvième siècle a pesé les opinions des écoles antagonistes; on a su, en France particulièrement, adapter aux différents cas les diverses méthodes, les associer heureusement, modifier les procédés, inventer de nouveaux appareils, emprunter aux siècles précédents, en les perfecnant, des vues utiles qui avaient été oubliées, etc.

Les appareils inamovibles connus des Arabes étaient usités depuis longtemps chez des peuples peu civilisés. BcUoste (1696. Chirurg. d'armée) traite une fracture par un appareil qui ressemble beaucoup aux appareils inamovibles ; mais c'est à Moscati que revient l'honneur de les avoir de nouveau inventés, car il ne paraît point connaître ce qui avait été fait avant lui : « Je proposai, dit-il, un moyen que j'avais médité depuis bien des années, et qui consistait à mettre la jmrtie dans une espèce de moule fabriqué sur elle-même (Mém. delAcad. de chirurg. t. IV, p. 619). » Moscati n'appliqua cette méthode qu'aux fractures de l'humérus; elle lut pi'ompteraent oubliée, malgré ses succès, jusqu'au monieiil oîi Larrey lui prêta l'apptii de son expérience et de son autorité.

Les actes auxquels se livre la nature dans la consolidation des os fracturés, devinrent l'objet d'études nouvelles. On croyait généralement que les fragments osseux laissaient suinter un suc qui s'interposait entre eux, se concrétait et les réunissait à peu près comme la colle placée entre deux morceaux de bois ; quelques chirui'giens, même dans l'antiquité, avaient cependant noté la formation de la virole extérieure. Duhamel fracture des os sur un grand nombre d'animaux, et suit jour par jour l'évolution du cal : le périoste et les tissus fibi'eux se gonflent au point fracturé ; ce gonflement s'étend plus ou moins loin au-dessus et audessous ; ces tissus transformés en une masse cartilagineuse assujettissent les fragments ; plus tard, les cartilages s'ossifient en recevant des sels terreux ; le cal diminue de volume, se régularise, la virole extérieure reprend le niveau du reste de l'os ; le périoste se dégage et recouvre son épaisseur et sa consistance primitives. A l'aide d'un semblable mécanisme, la membrane médullaire produit à l'intérieur un bouchon osseux. Haller et Dethlef constatent l'épanchement d'un suc gélatineux, sa transformation en cartilage après l'apparition de vaisseaux nouveaux, son ossification ; le périoste reste étranger à ces productions. Bordenave signale le gonflement des fragments, qui se couvrent de bourgeons cellulo-vasculaires ; le cal est la conséquence d'une cicatrisation analogue à celle des parties molles. Bonn, Camper, M. Donald, Hunter, Troja, Fougeroux s'occupent du même sujet. Tous les éléments du problème sont posés, car on indique isolément le rôle du périoste, de l'os, de la membrane médullaire ; quelques expérimentateurs se rapprochent même de la solution complète.

Les anciens connaissaient des cas de non-consolidation plus ou moins prolongée, les cals vicieux, difformes; ils avaient découvcit plusieurs moyens théra-

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peutiques ; nous avons déjà parlé du frottement réciproque des fragments, de la rupture, de l'excision, de la rescision du cal : les Arabes, Guy dcChauliac, Paré, les seizième, dix-septième siècles, donnèrent des solutions variées de ces questions. Le dix-huitième siècle y porta plus de précision. Ces problèmes occupent encore la science contemporaine. White, le premier, pratique la résection de la tête de l'humérus désorganisée par la carie ; Bent, Orred suivent son exemple ; Moreau, Vermandois, Park appliquent ce procédé aux lésions du coude et du genou. Le dix-neuvièmesièc!e a beaucoup agrandi le domaine des résections, posé les indications avec plus de rigueur, créé de nouveaux procédés, imaginé des instruments ingénieux plus sûrs etpluscommodes^

Les luxations offriraient des considérations aussi importantes, si nous passions en revue les transformations que subirent leur histoire entière et leur thérapeutique ; les études auxquelles on se livra relativement aux extensions, aux contreextensions, etc. auxpoints quel'on doit choisir, aux avantages et aux inconvénients de l'extension ou de la flexion des membres, etc. Les fractures et les luxations en particulier devinrent l'objet d'une foule de monographies, d'observations spéciales. Éclairées par les doctrines générales, elles les éclairèrent à leur tour.

Les lésions organiques des os, des articulations, jiégligées chez les anciens, mieux étudiées par les Arabes, dans les écoles de Paré, de Vésale, dans celles qui leur succédèrent, reçoivent un riche tribut au dix huitième siècle. Les matériaux s'accumulent ; on sent la nécessité de les distinguer, de les classer d'après un ordre méthodique ; on combine les ressources que fournissent les recherches cliniques et anatomo-pathologiques. La France avec l'Académie de chirurgie. Petit, Louis, Desault, etc.; l'Angleterre avecCheselden, les Monro, Pott, Huntcr, etc., donnent une inqjulsion puissante qui se communique de toute part, et l'on voit apparaître uneséi'ie de monographies qui embrassent l'histoire du rachitisme, del'ostéomalacie, de la fi'agilité des os, des caries, du mal de Pott, des kystes, des sarcomes, des fongus, etc. Un grand progrès est accompli. 11 reste toutefois bien des obscurités et des confusions à dissiper; bien des lacunes à remplir. Cette œuvre difficile et délicate appartiendra au siècle suivant. N'oublions point l'ensemble des recherches qui se rapportent à la nécrose, et les traités encore classiques de Wcidmann et de Troja.

Article XV. Amputations. Deux questions principales nous intéressent : Indications, méthodes opératoires. 1. Indications. Pendant longtemps, les chirurgiens se montrèrent fort timides dans la pratique des amputations; ils comptaient peu sur leurs moyens hémostatiques. Au dix-huitième siècle, ils sont plus hardis et ne craignent point d'amputer lorsque les circonstances l'exigent. On cherche les indications que fournissent les traumatismes, les gangrènes, les suppurations prolongées, les anévrysmes, les lésions organiques des os, des articulations. On lient même compte des contre-indications qui se tirent de l'état général du sujet, de certaines lésions viscérales, des conditions extérieures. Pott {Monograph. des amputations, qui paraît dirigée spécialement contre Bilguer), indique les fractures compliquées, les tumeurs blanches, la carie des os, certains anévrysmes, des tumeurs fongueuses. J.-L. Petit est plus explicite et plus précis.

* Les causes très-variées de la non consolidation des fractures ne sont pas toutes bien connues. Avant Whiie, on pouvait citer quelques faits épars de résections osseuses; mais, quoique plusieurs d'entre eux fussent très-remarquables, c'est au dix-huitième siècle (Bordenave, White, Vigaroux) qu'on doit faire remonter le point de départ des grands travaux relatifs aux résections.

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Cesault restreint trop les cas où l'amputation est nécessaire. De toutes ces discussions résultent des préceptes capitaux qui peuvent servir de règles ; ils restent au fond les mêmes, malgré les modifications que les progrès ultérieurs ont apportées dans leurs applications pratiques.

2. Méthodes opératoires. 1. Amputation circulaire. Celse avait compris combien il importe de scier l'os à une certaine hauteur au-dessus des chairs, de «onserva.- une portion de masses musculaires et de peau suffisantes pour recouvrir les extrémités osseuses, d'obtenir la réunion immédiate. Ces préceptes de l'antiquité, méconnus ensuite jusqu'à Paré, qui les remit en honneur, furent oubliés après lui. Parmi les chirurgiens du dix-huitième siècle, J.-L. Petit est celui qui saisit le mieux ces indications et trouva les meilleurs moyens de les remplir : « Dans les amputations, l'on doit couper des chairs le moins qu'il est possible, et des os le plus qu'on le peut, car plus on conserve de chairs, plutôt l'os se recouvre, souvent sans s'exfolier, et plus promptes sont la cicatrisation et la réunion. » Petit examine les procédés usités avant lui, et indique le sien, la section en deux temps : « La première incision, commencée un pouce plus bas que le point oîi les os seront sciés, n'intéressera que la peau et les partiesqui recouvrent les muscles ; car les téguments légèrement disséqués seront retirés vers le haut, de sorte que les chairs se trouvent découvertes dans une étendue de plus d'un pouce; alors on coupera circulairement les muscles jusqu'à l'os, au niveau delà peau, on les fera relever avec la compresse fendue, de sorte ([ue lorsque l'os sera scié, on le trouvera enfoncé, etc. » Louis modifia le procédé : « Le membre est serré par une bande circulaire ; la peau et les muscles sontcoupés d'un seul coup jusqu'aux os ; la bande est enlevée, les muscles non adhérents se rétractent ; les adhérences sont coupées, toutes les chaires relevées, les os sciés à trois travers de doigt audessus de la section primitive. » Ces deux procédés diversement combinés ont servi de base à ceux qui ont été suivis après leurs inventeurs *. Gooch et Bail préféraient la méthode de Celse.

II. Méthode à lambeau. D'après Yoiige, Lowdham (d'Oxford) la pratiqua le premier pour la jambe seulement. Verduin vint après lui, généralisa la méthode, la décrivit avec détail. Sabourin &'en attribua l'invention, mais il est douteux que Cî chirurgien n'ait eu aucune connaissance des travaux de ses prédécesseurs. Garengeot, Lafaye, Massuet perfectionnèrent et répandirent ce mode opératoire. Vermale et Ravaton taillaient deux lambeaux au lieu d'un. J.-L. Petit et Louis font ressortir les avantages de la méthode à lambeau lorsqu'elle est indiquée ; les os sont plus largement recouverts, la réunion immédiate peut être mieux assurée. White et O'Halloran conseillent néanmoins de ne tenter la réunion immédiate qu'après quelques jours.

m. Amputations dans Varlicle. Les anciens n'attaquaient les articulations que dans les cas où la gangrène les avait envahies. L'instrument tranchant n'avait alors qu'à diviser les liens qui maintenaient encore les parties. Abulcasis fait un pas de plus, dit formellement quel'on doit pratiquer l'amputation dans les grandes articulations avant que la gangrène y soit parvenue, et cite le coude, le pied, le genou. Paré donne les mêmes préceptes dans les cas de nécessité. Comme Iléliodore, qui lui est inconnu, il cautérise les surfaces articulaires afin d'obtenir leur exfoliation et le développement des bourgeons charnus. Pigray se montre partisan des désarticulations. Fabrice de Hildennous apprend qu'on y avait souvent recours

* Desault donne, l'un des premiers, l'exemple de ces procédés mixtes ou d'association.

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à son époque. Cependant il n'y avait là rien de régulier : bientôt cette tradition fut oubliée; l'amputation dans les articulations des doigts fut la seule conservée. C'est encore au dix-lniitième siècle que nous devons de remarquables travaux sur les désarticulations. Moreau père et Ledran pratiquent les premiers l'amputation scapulo-humérale,et sont imités par Garangeot etBromfield. Heister, J.-L. Petit, Brasdor surtout et Monteggia soutinrent qu'il ne faut pas renoncer à cette opération pour les autres articulations, que, dans un assez grand nombre de cas, elle est plus avantageuse que l'amputation dans la continuité. On ne recule pas même devant la désarticulation coxo-fémorale. Morand en a le premier la pensée qu'approuvent Ledran et Guérin; Ravaton est sur le point delà pratiquer (1640); l'Académie met deux fois la question au concours, 1756, 1759. « Quand cette désarticulation peut, seule, sauver le malade, faut-il y avoir recours, quel sera le meilleur procédé? » Sur quarante-quatre mémoires présentés en 1759, trente-quatre se prononcent pour laflirmative. Barbet remporte le prix. Enfin, Perrault de Sainte- Marie (en Touraine) pratique cette opération; son malade guérit (1773). Pendant longtemps, les chirurgiens hésitent et sont retenus par les craintes qu'inspire cette désarticulation elles ne sont complètement dissipées que par les brillants l'ésultats qu'obtiennent les chirurgiens du dix-neuvième siècle: grâce à eux, l'amputation coxofémorale, définitivement acceptée, compte de nombreux succès. Tout ce qui se rapporte aux désarticulations en général et à leurs applications à une foule de cas particuliers a reçu, de notre époque, des développements, des perfectionnements qui en ont considérablement agrandi le domaine et qu'il nous suffit de rappeler en ce moment.

L'Académiede chirurgie mit à l'ordredu jour cette grave question : « Lorsqu'un traumatisme impos:^ le sacrifice d'un membre, faut-il recourir à l'amputation immédiate ou à l'amputation secondaire? » Suivant les traces de Bilguer, quoique d'une manière moins exclusive, Faure, dont le mémoire fut couronné, se déclara pour cette dernière ; Boucher préconisa l'amputation immédiate, qui finit par prévaloir. Ce problème complexe a été soumis, depuis, à de nouveaux examens en tenant compte de tous ses éléments. La doctrine de Boucher a été adoptée, mais on a détermine les circonstances spéciales qui réclament la temporisation.

Signalons les difficultés que rencontre la vulgarisation de la ligature des vaisseaux comme le meilleur des hémostatiques après les amputations. Celse, Rufus, Arcbigèiie, les Arabes, Guy deChauliac, etc.. la conseillent ; leurs préceptes sont obscurs, peu explicites, on ne les applique point. Paré, suivi par sou école, invente de nouveau cette lig.ilure, en démontre tous les avantages, confirme ses principes par ses excn)pics: c'est bien à lui qu'elle appartient. Son triomphe paraît assuré ; ccpcuduul, durant plus de 150 ans, la ligature est négligée dans la majorité des cas; mêuie au dix-huitième , siècle, on s'effoice de lui substituer les astringents, les styptiques, l'agaric, la compression, la cautérisation plus ou moins élcndiie, la simple réunion immédiate, etc., c'est-à-dire des moyens secondaires qui ne peuvent point être considérés comme constituant des méthodes générales, cl ne sauraient se placer au premier rang.

Nous stMumcs loin d'en avoir fini avec l'époque dontnous venous de nous occuper ; Mous aurons l'occasion d'y revenir.

Dk-seuvième siècle'. Le tableau que nous avons esquissé suffit pour montrer

' Il est impossible de séparer exactement le dix-huitième siècle du dix-ucuviémc, car celui-ci développe l'héritag^e du premier ; mais dans ce développement mêiue, il prend un autre caractère. Nous lui donnons poiu' caraclcrislique, la prédominance du dynamisme.

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la grandevir de l'œuvre des chirurgiens érainents du dix-huitième siècle. Luttant avec une persévérance, une énergie, un accord merveilleux, contre tous les obstacles intérieurs et extérieurs qui avaient arrête jusque-Jà l'essor de la chirurgie et qui semblaient invincibles, ils en triomphent, assurent partout son indépendance, sa dignité, et justitient par ses découvertes, ses bienfaits, ses services, le rang •qu'elle a conquis, les prérogatives qu'elle a obtenues. La chirurgie s'organise et se refait sur tous les points, dans son ensemble et ses détails, se répand de tous côtés en manifestant sa puissance. Cette révolution radicale lentement préparée par les grands maîtres, paraissait encore fort éloignée, lorsque des esprits supérieurs, réunissant leurs efforts, parviennent à l'accomplir. Ils embrassent à la fois la profession, l'art, la science, et font à eux seuls plus que n'avaient pu faire tous les siècles qui s'étaient succédé. Notre époque a hérité du génie du dix-huitième siècle ; mais ce génie s'est agrandi, modifié, perfectionné, et s'accentue avec plus de vigueur et de précision. La méthode est plus large et plus sûre ; l'érudition plus vaste, plus exacte, plus féconde ; on comprend mieux l'imporlance du précepte qui consiste à faire concourir auprogi'ès delà chirurgie les progrès de toutes les branches de l'art médical, de toutes les sciences. Nous nous laissons cntraîneç quelquefois par des théories exagérées et arbitraires, par des applications trop exclusives de certaines sciences dont l'esprit et les tendances cherchent à nous dominer, et semblent avoir avec la chirurgie quelques affinités plus spéciales ; mais nous n'ignorons point tout ce qu'il y a de large et d'élevé dans la chirurgie, nous sentons son véritable caractère qui laisse partout son empreinte ; nous avons des doctrines et des principes trop solidement coordonnés pour ne point résister à ces influences passagères. Si nous dévions de la route, nous finissons par y rentrer après des détours plus ou moins prolongés, des discussions et des recherches qui ne restent pas néanmoins stériles. 11 y a là cependant des forces vives qui se perdent ou s'égarent; des nuages qui obscurcissent un instant la vérité ; des erreurs dangereuses surtout par leurs conséquences pratiques. Malgré ces oscillations qui deviendront successivement plus rares et moins étendues, quand on aura pris le soin de les signaler, d'en indiquer et d'en tarir les sources, notre époque"se distingue par un ensemble de travaux si importants, qu'il surpasse le dix-huitième siècle autant que celui-ci surpasse les siècles précédents.

Nous ne mentionnerons que les points les plus culminants, en nous attachant surtout aux modes d'exploration, aux circonstances, à l'esprit général de notre époque qui ont présidé aux progrès. Nous passerons en revue la pathologie chirurgicale, la thérapeutique, la médecine opératoire et le manuel de tous les actes chirurgicaux '.

Première section. Pathologie chirurgicale. Art. I. Classifications. Les maladies chirurgicales ont été distribuées d'une manière simple et méthodique, en quatre classes principales, soumises elles-mêmes à des divisions et des subdivisions secondaires. Ainsi nous avons : I. Des anomalies, difformités, vices congénitaux (les organes (absences, resserrements et oblitérations, divisions anormales, hypertrophies et exubérances) ; II. Lésions physiques (traumatismes et

Dans la chirurgiedu dix-huitième sièclelemccanismedomine longtemps et cède difficilement le teri-aiii, tandis qu'au dix-neuvième ledynamisnte s'aflirme de plus en plus, trouve partout sa place légitime, porte ses fruits, transforme la science en pcnétranl dans sesdétails les plus intimes. 1 Voij. la thèse de concours du professeur Benoit, Sur les principales dccouvcrlcs faites en chirurfjic clinique depuis le cuntmencenient du dix-neuvième siècle (MonlpcUier, 1850) ; le professeur listor. Progrès récents de la chirurgie (1844) ; Sédillot, Progrès récents de la chirurgie (18ii), etc.

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l'uptures, déplacements, corps éti'angers) ; IH. Lésions vitales (névroses du sentiment, névralgies, perversions), névroses du mouvement (spasmes cloniques,. contractures, tétanos, inflammations et leurs suites, etc.) ; IV. Lésions organiques (ulcères, productions morbides de tout genre, kystes, tubercules, tumeurs érectiles, fibreuses, cartilagineuses, etc.). En faisant un usage convenable decette classification J'on peut jeter dans un moule bomogène toutes les patbologics spéciales (d'un tissu, d'un organe, d'un appareil, d'une région), de telle sorte que chacune d'elles représente jusqu'à un certain point toutes les autres, et que l'on puisse reporter sur celles-ci les richesses que la première aura acquises. Par ce moyen, tout progrès dans une spécialité un peu large peut être suivi de progrès parallèles dans une série de spécialités différentes, en plaçant les analogies à côté des différences qui dépendent de la structure et des fonctions des parties. Les analogies sont plus grandes qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Ainsi l'on s'est posé cette question : « Étant donnée une maladie du système osseux, trouver sa correspondante dans les parties molles, et réciproquement'. » A mesure qu'on avance dans la solution du problème, ou voit disparaître ces dénominations bizarres (ostéosarcome, ostéostéatomc, spina-ventosa, etc.) ; la nomenclature devient uniforme et régulière, chaque maladie reçoit partout le nom qui re[)résente son caractère. En comparant toutes ces spécialités ramenées à un même mode, on peut écrire des pathologies chirurgicales générales à peine ébauchées au siècle précédent, et dans lesquelles toutes les lumières fournies par toutes les spécialités, peuvent se concentrer pour se réfléchir à leur tour sur elles.

Art. II. Etiologie, patJiogénie, évolution, phénomènes, terminaisons. Les études cliniques se multiplient encore au dix-neuvième siècle ; elles sont plus^ larges et plus régulières dans les armées, les hôpitaux, la pratique civile ; ceux qui s'y livrent sont mieux préparés : aussi, grâce à l'observation directe, l'histoire entière des maladies chirurgicales est considérablement agrandie et rectifiée sur tous les points ; mais, de plus, on profite bien davantage des données fournies par la médecine, rauatomie,la physiologie, etc., pour déterminer les causes véritables de chaque état pathologique, le mécanisme intime dosa production, de son évolution complète, de tous ses phénomènes depuis son origine jusqu'à ses terminaisons. On cherche ainsi à démêler à travers les manifestations extérieures, le travail intérieur qui le produit, les lois qui le dirigent, les forces qui le mettent en jeu, afin d'agir sur elles : c'est ainsi que l'on voit apparaître une branche delà médecine à peine ébauchée, dont les éléments principaux sont la pathogénie, 1» physiologie pathologique, etc.

Un des caractères les plus saillants de notre époque, c'est le soin qu'elle met à introduire en chirurgie l'examen approfondi des agents dynamiques et de leur action. Au dix-huitième siècle, on s'occupait beaucoup des modes mécaniques (compressions, resserrements, obstructions, etc.), on ne remontait pas assez au delà d'eux. Aujourd'hui, nous savons que ces lésions matérielles ont souvent leur source principale dans des lésions de la vitalité ; le dynamisme prend sa place au-dessus du mécanisme et le soumet à son empire. Nous tenons grand compte des causes inhérentes au sujet (âge, sexe, faiblesse, force,, état de la constitution, diathèses,etc.) ; de certaines circonstances extérieures (climatologie, topographie,

* Celte pensée qui se trouve déjà dans Galien, nous a servi de guide dans nos études sur l'anatomie pathologique du système osseu\ (thèse pour le doctorat, Montpellier, t855), c'est, ainsi que nous avons été conduit à y décrire, le premier, le tubercule infiUré des os, leur ramollissement gras, etc.

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constitutions médicales, etc.). Jusqu'ici la chirurgie avait fait à la médecine des emprunts insuffisants et trop limités; maintenant, nous l'y transportons (oui entière, en lui demandant ses doctrines expérimentales relatives aux éll'menls morbides, à ces grandes influences extérieures qui expliquent tant de faits que l'on ne concevrait point sans cela. Cette médecine qu'elle adopte n'est plus la médecine mécanique de Boërhaave, ce n'est plus même la médecine mécanicodynamique émanée de l'école de Haller, c'est une médecine franchement dynamique, reposant sur hvitalisme expérimental et rationnel qui se débarrasse successivement des théories exclusives ens'épurant par l'observation.

C'est là une transformation à laquelle la France et spécialement l'école de Montpellier ont eu une grande part'. Elle peut se metlre en parallèle avec les réformes les plus heureuses dont se glorifie le dix-huitième siècle, car elle tou- . che à tout et pénètre partout. Le dix-huitième siècle, surtout vers sa fin, l'a commencée, en a posé les hases, mais c'est de nos jours qu'elle a pris de bien plus grandes proportions, qu'elle s'est généralisée, qu'elle est devenue pour nous une caractéristique.

Si nous voulions suivre ces principes dans leurs détails, nous aurions à revoir la chirurgie entière, car ils ont imprimé à chacune de ses parties, un mode nouveau. Bornons-nous à quelques exemples. Les diathèses ont des manifestations très-diverses qui apparlienncnt à une même famille et conservent leur spécialité, quelles que soient les variétés de leurs sièges : on les a observées dans les différents organes, les différents tissus. En ophthalmologie, nous avons des ophthalmies scrofuleuses, herpétiques, rhumatismales, syphilitiques, etc., les fistules lacrymales offrent des divisions analogues ; les tumeurs blanches sont aussi scrofuleuses, rhumatismales, vénériennes : la syphilis finit par imprégner tout l'organisme, et s'exprime par des douleurs ostéocopes et myocopes, par des tumeurs dans les tissus fibreux, musculaires, osseux, des affections cutanées; on distingue dans les tumeurs testiculaires les sarcocèles syphilitiques, tuberculeux, etc., L'étiologie, la pathogénie, etc., ont acquis des richesses à peine entrevues depuis, qu'on a bien constaté dans les faits, leurs lois, leui's interprétation--, les localisations des états généraux, les extensions et les généralisations des états d'abord locaux, au moyen des systèmes nerveux, vasculaires, etc. des connexions, des sympathies, des synergies. On a su appliquer à la chirurgie l'analyse clinique, la doctrine des éléments morbides; on a vu comment ceux-ci se lient, s'enchaînent, se modifient réciproquement, président à une foule de lésions, jouent un rôle mécanique suivi plus tard de nouveaux modes dynamiques.

Une phlogose survient ; des changements de tout genre signalent toutes ses phases et portent à la fois sur la vitalité, les fonctions, le volume, la consistance des parties : il eu résulte des ramollissements et des indurations, des resserrements, des obstructions, des solutions de continuité et des adhérences, des étranglements des suppurations, etc., une multitude d'états variés qui l'éclanient l'intervention delà cliirurgie, ou qui peuvent devenir des moyens curatifs qu'elle provoque ou qu'elle imite.

Les recherches contemporaines sur l'inflammation étudiée tom^ à tour comme agent patliogénique ou curateur, suivant ses modes et ses périodes, ont prouvé son rôle considérable en chirurgie. Elles nous ont donné la clef d'une nniltitude de

* Voy. le professeur Estor, Histoire et philosophie de l'école chirurgicale de Montpellier, 1841 ; voij. aussi los applications que ce professeur a laites de l'analyse, de la doctrine des éléments, à la pathologie et à la théi'apeutique chirurgicales.

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faits ramenés à quelques principes simples et féconds qui permettent de suivre leurs filiations, de prévenir oa de combattre ses conséquences fâcheuses, de la faire naître ou de la diriger afin d'arriver aux résultats heureux qu'on peut lui demander. Certaines doctrines, en exagérant son importance, ont appris à mieux la connaître ; on a pu tracer à la fois son étendue et ses limites. On a vu qu'elle agissait spécialement en mettant enjeu la force plastique ; on a soumis à de profondes explorations cette force à peu près méconnue dans les doctrines hallériennes ; dès lors les lésions vitales se sont présentées sous un jour nouveau ; dès lors on a posé sur des bases solides la science des lésions organiques, sur lesquelles on n'avait que des faits isolés ou bien unis par de faibles liens ; de telle sorte que cette science est presque une création de notre époque; dès lors aussi a pris naissance la véritable patliologie des humeurs. Les ti'avaux de Hunier, Fontana, Bordeu, Barthez, de plusieurs membres del'Académie de chirurgie avaient ouvert la voie, ils ont été coordonnés à l'aide de documents inconnus ou méconnus, de manière à constituer un corps, un ensemble de plus en plus régulier et harmonique. La théorie cellulaire contient d'incontestables richesses dont on appréciera mieux la valeur quand on l'aura dépouillée de son exclusivisme, qu'on l'aura combinée avec celle du plasmadans une théorie plus élevée et plus compréhensive ; quand on aura une idée plus nette et ])lus précise du sens qu'il faut attacher au mot cellule, etc. !>es manifeslationsde la force plastique se rattachent plus spécialement à des liquides éminemment vivants, à quelques-uns de leurs éléments, à certaines parties, au sang, au sperme, à l'ovule, etc. Mais les évolutions, les arrangements, les spécialisations, restent sous la dépendance de la vitalité avec toutes ses facultés, avec la force plastique générale inhérente à l'organisme vivant.

C'est en nous plaçant à ce point de vue que nous découvrirons les lois positives qui régissent tous les actes de la vie nutritive normale et pathologique.

Notre époque aura donc la gloire d'avoir créé à peu près dans son entier, soit par rapport aux faits ])rincipaux, soit dans leurs interprétations, trois branches majeures de la pathologie chirurgicale : la physiologie pathologique, la pathogénie des lésions vitales, des lésions organiques, des liquides; avec la tératologie, elle a créé une quatrième branche tout aussi vaste, celle des anomalies, des difformités, des vices de conformation^, etc. Un de ses mérites les plus saillants qui peint sou génie et ses tendances, c'est le soin qu'elle a de recueillir tous les faits, et de ramener les faits même en apparence les plus divergents, à des lois générales dont les applications si multiplesne sont que des corollaires. Parmi les exemples qui se présentent en foule, nous rappellerons l'histoire de la cicatrisation, les beaux travaux de Delpech sur les inodules, l'art de remplacer les cicatrices par des tissus normaux, de remédier efficacement aux effets des cicatrices vicieuses, etc.

En creusant plus profondément qu'on ne l'a fait, tout ce qui concerne l'étiologie, la pathogénie, etc., l'on appréciera bien mieux toute la puissance du dynamisme vivant. Les agents pathogéniques ne portent point en nous, comme on semble encore le croire, des états morbides tout faits; la part lapins large revient à l'organisme: c'est lui qui crée les virus et les diathèses, c'est la clef des spécia-

' Ces quatre branclies de la chirurgie existent au dix-huitième siècle ; mais elles sont confuses, mal dessinées : quand elles prennent un caractère qui les rapproche des formes actuelles, elles appartiennent exclusivement à quelques hommes, à quelques écoles, et n'ont pas leur autonomie. Notre époque les a conaliluéea, les a érigées eu doctrines bien déterminées, les a adoptées. Eu se développant el pénétrant partout, elles sont devenues un des fonds principaux, une base fondamentale de la science. C'est ainsi qu'on peut les considérer comme de véritables créations de notre siècle.

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lités, des spécificités, Un animal est soumis à une mauvaise alimentation, à des fatigues excessives ; ces causes n'ont rien de spécifique ; cependant son organisme s'altère et crée le virus charbonneux. En Egypte, en Belgique, des circonstances sans spécialité produisent roplilhalrnie purulente ; un liquide contagieux est sécrété, le mal répand au loin ses ravages. Le virus de la rage peut se développer spontanément, c'est-à-dire sans agent particulier : toutes les affections spécifiques ont pris d'abord naissance sous l'inihience de causes sans spécificité; celle-ci est donc l'œuvre du dynamisme. Toutes les diathèses avec leurs modes si nettement accentués ont une semblable origine. Des circonstances atmosphériques, des écarts de régime, une hygiène vicieuse, etc. produisent les diathèses rhumatismales, lilhiques, scrofuleuses, tuberculeuses, herpétiques..., on peut souvent les provoquer en mettant les sujets sur lesquels on expérimente, dans les conditions favorables à leur évolution ; or ces conditions considérées en elles-mêmes n'ont rien de spécifique : leurs associations ont certainement des modes plus ou moins déterminés ; elles impressionnent l'organisme qui crée, sous ces impressions, la spécialité ou la spécificité. Des recherches modernes, et tout récemment celles du docteur Armand, ont prouvé que des successions de température trèsélevées et de grandes réfrigérations suffisent à produire des états identiques à ceux qui appartiennent au paludisme. Dans ces cas, qui ne sont point les plus ordinaires, les miasmes et leur spécificité ne peuvent plus être invoqués. Du reste, leur action n'est ni mécanique, ni chimique ; elle est dynamique*.

L'infection purulente a été l'objet de travaux majeurs, depuis la découverte de la phlébite. Les théories mécanico-chimiques se sont effacées, on a fait intervenir la diathèse purulente, la surabondance des leucocytes, etc. Tous les phénomènes de cette infection dépendent sans doute d'un état diathésique unique, offrant quelques variétés dans ses produits. L'infection putride donnerait lieu à des remarques analogues.

En présence de tous ces faits et d'une multitude d'autres du même ordre réunis de tous côtés et longuement médités, cette chirurgie qu'on appelait la partie mécanique de la médecine, a protesté de toutes ses forces contre toutes les exagérations du mécanisme; non-seulement, elle est devenue dynamique, mais elle a fourni au dynamisme médical, les documents les plus solides et les plus précieux. Elle constate cependant partout où ils se trouvent, lesphénomènes physiques et chimiques, et leur accorde la part réelle qui leur revient, car toutes les forces s'unissent sans se confondre dans tous les actes de l'organisme.

Les influences que les conditions propres au sujet et les circonstances extérieures exercent sur lestraumatismes expliquent les conséquences si variées de ces lésions. Un traumatisme grave peut ne provoquer que des réactions locales ou générales relativement légères ; un traumatisme léger peut être suivi de l'éactions dangereuses. Dans certaines conditions que l'on prévoit, une piqûre provoque des convulsions, le tétanos, de vastes érysipèles, des phlegmons diffus, des fièvres inflammatoires intenses, des fièvres adynamiques, tous les états fébriles de mauvaise nature ; une entorse peut être le point de départ d'une tumeur blanche, etc. Le traumatisme joue alors un rôle secondaire ; il faut remonter plus haut pour apprécier l'état morbide, le prévenir ou en triompher.

Une hémorrhagie traumatique peut avoir pour élément principal la fluxion,

* En rapprochant les faits que nous possédons relativement aux maladies spécifiques et spéciales, aux dialhèses, etc., on pourrait arriver à des tliéories plus en harmonie avec les faits : elles éclaireraient la pathogénie, la prophylaxie, la ihérapeutique

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la dialhèse hémorrhagique, la périodicité, etc. Nous connaissons aujourd'liui ces hémorrhagies périodiques contre lesquelles viennent écliouer les moyens chirurgicaux les plus énei'giques, tandis qu'on les arrête sûrement en administrant le quinquina.

Les progrès si remarquables des sciences médicales, des sciences accessoires ont eu une part considérable dans les progrès de la pathologie chirurgicale en lui servant de guides dans ses explorations.

L'anatomie chirurgicale s'est agrandie; l'anatomie microscopique a pris tout son essor ; nous apprendrons de plus en plus à nous en servir sans en abuser. Guidée par des expériences neuves et précises, la physiologie descriptive, la physiologie des fonctions permet de passer progressivement de l'état normal à l'état pathologique. Par leur concours, toutes les sciences ont imprimé une direction nouvelle aux tendances de la chirurgie, à son esprit général ; elles en ont éclairé toutes les parties'. .,

Malgré ses travaux, le dix-huitième siècle avait laissé beaucoup à faire même pour l'histoire des lésions physiques. Nous avons comblé bien des vides, redressé plusieurs erreurs ; cette œuvre se continue. Nous pourrions citer comme exemples, les hernies, les fractures, les luxations, les corps étrangers, les blessures des régions des tissus, des organes. Rappelons les écrits des Scarpa, des Cooper, des Bell, desAbernethy, des écoles allemandes, italiennes, anglaises dans leur ensemble, des Delpech, Dupuytren, Malgaigne, Bonnet, Velpeau, etc., d'une foules d'homme d'élite qui vivent encore parmi nous. La doctrine générale des hernies s'est perfectionnée ; on a découvert plusieurs espèces, plusieurs variétés; on a étudié plus à fond celles qui étaient connues (hernies inguinales, crurales, ombilicales, etc.). L'histoire des anus anormaux est devenue plus complète; leur traitement compte de nombreux succès. On a mieux saisi le mécanisme de la production des fractures par des traumatismes directs, par les contre-coups, l'action musculaire, par arrachement, par écrasement ; on a mieux saisi leurs modes de déplacements, leurs causes, les pénétrations réciproques, des fragments, etc. La découverte des fractures de l'extrémité inférieure du péroné, du radius, etc., appartient à notre époque. On a démontré l'existence des fractures longitudinales des os longs, des fractures incomplètes, et déterminé les conditions qui leur donnent naissance.

Aux recherches de Dupuytren, Breschet, sur le cal et les reproductions osseuses après les nécroses,, ont succédé celles de Flourens, Heyne, Ollier, Sédillot... Nous savons la part qui revient à chaque partie, le rôle prédominant du périoste, principal agent des productions osseuses, etc.

La doctrine des luxations traumatiques, spontanées, congénitales a reçu de bien plus grandes l'ichesses relatives aux modes de déplacements, à leur direction, leur étendue, aux rapports des parties, aux lésions concomitantes quand elles sont récentes ou anciennes, aux mécanismes de leur pi'oduction partout rectifiés, etc. On a cité des cas authentiques de luxations regardées comme impossibles ; on a bien décrit les luxations incomplètes des articulations scapulohumérales, coxo-fémoi'ales ; les luxations du poignet ont été distinguées des fractures de l'extrémité inférieure du radius ; c'est par erreur qu'on avait admis

* L'histologie normale et pathologique, à elle seule, mériterait une étude spéciale par tout ce qu'elle nous a donné, partout ce qu'elle promet. Pour acquérir toute sa "puissance, il faut qu'elle ne franchisse point ses justes limites et qu'elle s'associe habilement aux autres branches de la pathologie.

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leur fréquence. L'étude des luxations en particulier a considérablement étendu leur domaine. Pour s'assurer des progrès incessants de la pathologie chirurgicale, il suffit de comparer les monographies et les grands traités récents, avec ceux qu'on a publiés il y a vingt ans. Après avoir éliminé ce qui n'est ni exact, ni nouveau, ni majeur, il y aura encore une moisson abondante. 11 reste beaucoup à faire, ou y parviendra en suivant les mêmes voies.

La physiologie expérimentale contient entre autres choses, une pathologie expérimentale, qu'on peut du moins y rattacher. Son domaine, déjà très-vaste s'étend chaque jour grâce à une série d'expérimentateurs habiles dont les noms ■et les recherches n'ont pas besoin d'être rappelés; avec eux et leurs disciples, des faits majeurs s'accumulent et se coordonnent. On peut imiter la plupart des lésions physiques; on est parvenu à provoquer des lésions vitales, organiques, des diathèses ; nous arriverons à créer une pathologie comparée tout entière qui, jointe aux documents que fournira la médecine vétérinaire, deviendra la source de connaissances précieuses pour la pathologie et la thérapeutique humaines : les faits suivis pas à pas indiqueront le mécanisme et les lois des actes morbides. Ce que nous avons déjà obtenu montre ce que nous obtiendrons dans l'avenir, en tenant compte des différences majeures qui existent entre l'organisme humaiu et l'es autres organismes'.

Des notions plus approfondies des divers états pathologiques ont montré souvent entre eux des rapports de filiation jadis inconnus. Les gangrènes spontanées sont fréquemment la conséquence d'une artérite ; certaines amauroscs dépendent d'un mode pathologique général ou de lésions locales plus ou moins éloig^nées; une névralgie de la face disparaît après l'incision d'une fistule à l'anus; la théorie des embolies révèle un ensemble de faits importants, etc. La pathologie externe et la pathologie interne s'unissent plus intimement, une savante analyse permet d'isoler les modes pathologiques, de voir tout ce qu'ils produisent ; on saisit ensuite leurs relations réciproques, leurs enchaînements ; les lois qui les régissent apparaissent alors, et représentent une multitude de faits. Quand toutes ces lois seront découvertes, la pathogénie se résumera dans un ensemble de principes simples en eux-mêmes, féconds dans leurs applications.

L'immense extension qu'a reçue Vanatomie pathologique a mis en relief tous ■les services qu'elle rend à la pathologie, soit en étudiant toutes les lésions matérielles en elles-mêmes, soit en indiquant les traces et la marche de leurs évolutions, soit en marquant leurs rapports avec les symptômes qui les manifestent. Ici, une lésion d'abord légère donne naissance à des lésions de plus en plus graves; là, nous voyons l'organisme développer des ressources merveilleuses pour remédier au mal qui s'est produit, rétablir l'état normal, rendre plus ou moins de régularité à des fonctions profondément altérées. Unie à l'observation ■clinique dont elle est le complément, à l'expérimentation physiologique, l'anato- .mic pathologique devient un des grands éléments de la pathogénie, de la physiologie pathologique générale et spéciale. Si nous voulions montrer, même sommahement, ce qu'elle a fait pour la pathologie chirurgicale dans un demisiècle, il faudrait reprendre l'histoire de cette dernière dans toutes ses parties. Après avoir éclairé les doctrines des lésions physiques, elle prête son précieux

» L'expérimentation signale d'abord les dangers de l'introduction de l'air dans les veines ; ses premiers résultats étaient fort inexacts. L'observation clinique fournit des documents' plus précis. L'expérimentation vint bientôt lui prêter son concours. La question n'est pas cependant encore entièrement résolue.

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concours pour constituer la pathologie des lésions vitales et organiques : de nouveaux horizons s'ouvrent devant nous. L'esprit de système a plusieurs fois abusé de l'anatomie pathologique ; en signalant ces abus, nous apprendrons à les éviter.

Art. m. Diagnostic. Les études précédentes donnent au diagnostic général et local plus de sûreté, de précision, d'étendue : des moyens, des procédés, des instruments explorateurs nouveaux, soumettent à l'examen des sens, des parties que leur position rendait inaccessibles à de minutieuses investigations. La percussion s'est perfectionnée et vulgarisée; Laënnecnous adonné l'auscultation dont la chirurgie s'est emparée avec succès; nous devons à Purkinje et ;s Sanson la découverte des trois images oculaires^ ; à Serre d'Alais la connaissance des phosphènes^ ; l'ophthalmoscope éclaire l'œil dans ses dernières profondeurs et révèle les lésions de la rétine, de la choroïde, du corps vitré. On a inventé le laryngoscope, le sphygmographe, l'excisenr parcellaire ; l'emploi du spéculum utérin heureusement modifié est devenu habituel ; le thermomètre constate l'étal réel de la température, etc. ". Tous ces modes de diagnostic, précieux dans la pratique, restent souvent trop isolés; il faut les réunir maintenant, et s'en servir pour lediagnostic de la nature clinique des états morbides; il faut constater relativement à chacun d'eux les éléments pathologiques qui les constituent, déterminer leur valeur respective, saisir les éléments ou l'élément prédominants, leursassociations, etc. Cette œuvre délicate a une importance majeure ; de là découlent les indications thérapeutiques fondamentales.

Section II. Thérapeutique chirurgicale. Les conquêtes de notre époque dans la pathologie chirurgicale sont la conséquence logique des conditions où la chirurgie s'est trouvée placée, des roules qu'elle a suivies, de la puissance des^ instruments dont elle a su disposer. Elles ont fourni à la science des indications, des bases beaucoup plus solides et plus étendues. Les mêmes causes ont déterminé des développements aussi considérables dans les moyens de remplir ces^ indications, soit en agrandissant dans toutes les directions le domaine de la médecine opératoire, de tous les actes chirurgicaux, soit en profitant des progrès de toutes les sciences, en faveur de la thérapeutique.

Art. .1. Médecine opératoire ; actes chirurgicaux. Le tableau de nosrichesses est si vaste que nous devons nous borner à signaler quelques points saillants. On reprend les méthodes, les procédés, les instruments utiles déjà connus, on les perfectionne, et ces perfectionnements sont parfois si grands qu'ils en changent entièrement la valeur et le caractère. On y ajoute des découvertes complètement neuves ou dont les premiers gei-mes existaient à peine : les unes, tout en se rattachant à des spécialités déterminées, leur impriment de remarquables progrès ; les autres ont un mode plus général, des applications plus variées, ou créent des spécialités nouvelles.

* Purliinje a montré qu'en plaçant une bougie allumée au devant de l'œil, on obtient dans l'état normal, par une triple réflexion, trois images lumineuses • deux sont droites, l'autre renversée; la cataracte, suivant son siège, supprime une image droite et l'image renversée, ou cette dernière seulement, etc.

- Aiistote signale l'existence des phosphènes ; ce fait demeura stérile jusqu'au moment où M Serre (d'Alais) consacra à l'étude minutieuse de ces phénomènes un long ouvrage remarquable par des applications physiologiques et pathologiques ingénieuses, utiles, pleines d'intérêt.

' Nous ne pouvons point indiquer toutes les notions fournies par la physique et la chimie, relativement aux modifications que présentent la sensibilité, la motilité, les sécrétions, les excrétions, le sang, la lymphe, etc. De ces notions on peut remonter aux modifications correspondantes des organes et des appareils auxquels ces lonctions sont conliées.

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I. Orthomorphie. Dans un sens étendu, ce mot désignerait l'art de prévenir, corriger, guérir des difl'ormités très-variées parleur siège, leur nature, l'époque de leur apparition (congénitales ou acquises) , etc. On limite ordinairement sa signification; ou ne l'applique plus qu'à l'étude et au traitement de certaines dillormités du rachis, du cou, de la poitrine, du bassin, des membres. Même dans cette acception plus circonscrite, nous devons reconnaître que l'ortbomorphie appartient presque entièrement à notre siècle. Les chirurgiens de l'école de Cos nous ont laissé sur l'orthopédie des notions remarquables pour le temps ; les successeurs y ajoutent très-peu, quand ils ne les oublient pas ; quelques recherches neuves de Paré, FabricedeHilden,clc., préparent les publications d'Audry (1741), Levacher(1768), Venel, Portai (1779), etc. Mentionnons aussi Duverney, J.-L. Petit, etc. Ce ne sont encore que des essais ; on accorde trop de confiance aux seuls moyens mécaniques. Au dix-neuvième siècle, apparaissent des travaux majeurs sur les pieds bots (Scarpa, Delpech), les luxations congénilalcs de la hanche (Paletta, Dnpuytren), les déviations du rachis (Jœrg, Bamlield, Shaw, C. Bell). Delpech s'empare de ces matériaux, les combine avec ceux qui lui appartiennent, et qui embrassent tous ces objets, les féconde et nous donne son Traité (l orthomorphie (1829. 2 v. in-S"). Cet ouvrage marque une ère nouvelle pour l'orthopédie. L'auteur étudie les lésions des divers tissus, leurpart dans la production des difformités, démontre le rôle considérable des muscles, remonte jusqu'aux états morbides qui ont été le point de départ de tous les phénomènes. Guidé par l'anatomie, la physiologie, l'hygiène, l'observation clinique, Delpech trace l'histoire des difformités, leur pathogénie, leur physiologie pathologique, établit les indications, donne les moyens de les remplir en combinant les secours de l'hygiène, delà gymnastique ordinaire ou spécialisée, de la médecine, de la mécanique, et parfois de la médecine opératoire. Ainsi, dès le premier tiers de notre siècle, l'orthopédie est constituée en une doctrine scientifique dont toutes les parties se lient et s'enchaînent ; elle puise partout les éléments d'une thérapeutique etficaceet rationnelle. Elle s'est accrue depuis par les recherches et même par les controverses des Guérin, Pravaz, Bouvier, Duval, etc.

II. Les avantages de la réunion immédiate après les blessures et les opérations ont été plus complètement, plus universellement compris ; on a recherché toutes les conditions qui la rendent plus facile et plus sûre (régularité de la plaie, suspension de l'hémorrhagie, suppression des corps étrangers, affrontement exact, position, topiquesqui préviennent le développement de l'inflammation, etc. ) Quand les moyens ordinaires (bandelettes de sparadrap, bandages unissants, etc.) ne suffisent point, les chirurgiens n'hésitent pas à recourir à la suture, dont les modes d'exécution ont été perfectionnés de manière à parer aux inconvénients qui lui ont été reprochés. Dans certains cas, le collodium, les serre-fines de Vidal, etc., ont pu remplacer la suture. La chirurgie doit, à la réunion immédiate, de nombreux succès, et, suivant la remarque de Bell, son adoption de plus en plus générale est un de ses progrès les plus importants. Delpech et l'école de Montpellier ont largement contribué à la vulgariser.

III. Méthode sous-cutanée. Elle repose sur les mêmes principes. L'observation clinique a montré depuis longtemps que les solutions de continuité des tissus sous-jacents à la peau, sont bien moins graves, souvent même fort légères quand celle-ci est respectée (ruptures musculaires, épanchements sanguins, etc.) ; limiter, .1. Bell, etc., ont mis ce principe dans tout son jour en comparant les plaies exposées et non exposées. Nous avons indiqué à diverses époques, des

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exemples isolés d'opérations sous-cutanées; mais c'est de nos jours seulement qu'on les a érigées en méthode, qu'on en a fait les plus importantes applications, qu'elles se sont vulgarisées. Nous retrouvons encore ici l'initiative de Delpcch, son influence et celle de son école. Dans les opérations sous-cutanées, l'ouverture faite à la peau est petite, oblique, éloignée autant qu'on le peut de celle des parties plus profondes ; sa cicatrisation est rapidement obtenue, etc.

Ténotomie sous-cutanée. C'est une des plus belles applications de la méthode. Delpechqui l'avait conçue le premier avant 1816, l'a exécutée le premier quelques années plus tard, en pratiquant la section du tendon d'Achille chez un malade atteint d'un pied bot. L'illustre chirurgien de Montpellier rappelle que le point capital consiste dans l'incision du tendon sans toucher à la peau qui le recouvre, que cette méthode doit être appliquée à toutes les sections analogues danstoutes les régions ; qu'il faut ensuite procéder à l'extension progressive de la substance qui s'organise entre les deux bouts du tendon divisé, avant qu'elle ait acquis toute sa solidité, etc. Les rares sections tendineuses opérées suivant les procédés ordinaires par Minius (1685), Tilénius (1784), Sartorius (1806), Michaëlis(1809), s'accompagnaient de dangers qui les rendaient redoutables ; Delpech avait donné un procédé dont les suites étaient simples et qui aurait dû se vulgariser. Il n'eut pourtant qu'un assez petit nombre d'iinilaieurs. En 1855, Stromeyer le simplifia en ne faisant qu'une seule ouverture à la peau. Ses expériences et ses observations, celles de Guuther, Uicffenbach, etc., de Serre, Guérin, Sédillot, Bouvier, Duval, Bonnet, etc., donnèrent une impulsion bien plus grande à la ténotomie sous-cutanée, montrèrent sa simplicité, son innocuité presque constante, la mirent à la portée de tous les chirurgiens. J. Guérin surtout s'en est occupé avec une remarquable ardeur, en a posé les principes dans toute leur généralité, eu a multiplie les applications. La ténotomie accueillie d'abord froidement a excité plus tard trop d'enthousiasme chez des chirurgiens d'ailleurs trèsrecommandables ; elle a conduit à des abus passagers qui auraient pu la compromettre. Ainsi, ou l'a proposée pour guérir la myopie, l'amblyopie, la fatigue oculaire, le bégaiement, etc. ; l'on a conseillé la section de la plupart des muscles environnant l'articulation coxo-fémorale, afin de faciliter la réduction des luxations congénitales; celle du quadriceps fémoral dans les fractures de la rotule. Aujourd'hui, les chirurgiens montrent une sage circonspection quand il s'agit de pratiqueras sections des tendons, des muscles, des brides fibreuses, soit dans les ■déviations, soit surtout dans les luxations, les fractures, les ankyloses, etc.

Les procédés sous-cutanés ont été employés aussi avec avantage dans les traitements des varices. Nous ne parlerons point de plusieurs applications excentriques de cette méthode (cataracte, débridementdes hernies, etc.), nous rappellerons seulement qu'on y a eu recours avec succès pour obtenir l'évacuation de certains liquides, d'abcès, d'épanchements ; l'extraction de corps étrangers contenus dans les articulations. Le chirurgien parvient ainsi à faire sortir des liquides ou des produits morbides plus ou moins consistants renfermés dans les cavités, tout en évitant l'introduction de l'air et les dangers qui l'accompagnent.

Renfermée dans ses limites légitimes, la méthode sous-cutanée est d'un fréquent usage et rend chaque jour d'incontestables services'.

* Les opérations relatives au traitement des varices, des hydarthroses, des corps étrangers articutaires, etc., sont de véritables progrès; mais il ne faut pas les employer sans mesure ni dissimuler les accidents qui peuvent les accompagner. Pour y recourir, on doit bien poser les indications et être sûr qu'elles pourront être remplies.

CHIRURGIE (HisïoinE de la). 427

IV. Uautoplastie esl encore une conquête contemporaine, par les développements qu'elle a pris, le caractère scientifique dont on a su la revêtir. Cependant, îes trois méthodes autoplastiques fondamentales étaient connues. L'autoplastie ipar glissement est décrite dans Celse et dans Galien ; leurs préceptes sont présentés avec plus de précision et appliqués par Franco qui peut être regardé comme le créateur de cette méthode: l'autoplastie par le procédé italien avait donné naissance à l'ouvrage deTagliacozzi et comptait d'importants succès; enfin la méthode indienne (peu connue à la vérité en Europe), remontait à une antiquité trèsreculée. On possédait un nombre considérable de faits démontrant la conservation de parties ne tenant qu'à l'aide d'un petit lambeau cutané ; dans quelques cas, desparties entièrement détachéesavaientpu se réunir. Malgré tout cela, malgré les expériences de Hunter sur les greffes animales, le dix-huitième siècle ne s'occupa guère d'autoplastie que pour la proscrire ; on niait ré-oliiment le fait deGarengeot dont les détails sont étranges, mais auquel on peut ajouter foi en le rapprochant d'observations analogues. En 1816, Carpue, chirurgien anglais, met au jour un ouvrage spécial où il cite deux cas dans lesquels il a réussi à exécuter des rhinoplasties ; Grœfe et Delpech publient leurs succès, dissipent les doutes dans les esprits les plus incrédules, rappellent l'attention sur l'autoplastie. Leurs exemples sont suivis par Lisfranc, Diipuytren, Blandin, Velpeau, Sédillot, Serre, etc.', on transforme l'autoplastie, en étendant ses applications, en inventant de nouveaux procédés, en leur donnant rapidement un haut degré de perfection, etc. Véritable prothèse vivante, l'autoplastie sert particulièrement à refaire des parties qui manquent ou qui ont été perdues, et dont l'absence gène ou empêche certaines fonctions ; dans d'autres cas, on rétablit la régularité des formes ; souvent ce double but est réalisé en même temps. L'autoplastie sert aussi à remplir quelques indications d'un genre différent. La peau et parfois les muqueuses sont les agents des réparations. Avant notre époque, l'autoplastie, très-bornée dans son emploi, n'était guère pratiquée que par un petit nombre d'hommes spéciaux, et d'après des règles peu précises ; aujourd'hui les autoplasties s'exécutent dans toutes les régions ; elles consistent souvent en opérations très-délicateS, où le succès est dû à d'ingénieux procédés; nous possédons d'excellents principes que le chirurgien doit modifier suivant les occasions, afin de les adapter aux cas qui se présentent. L'autoplastie a été appliquée au crâne, aux sinus frontaux, au nez, aux paupières, aux joues, aux lèvres, au cou, aux fistules aériennes, aux fistules urinaires, aux fistules vésico-vaginales, etc. Plusieurs de ces opérations ont présenté d'abord des difficultés qui paraissaient insurmontables et dont on a fini par triompher. L'autoplastie a donné lieu à des propositions, à des essais peu rationnels ; mais on peut dire en général, que l'autoplastie telle que nous la voyons constituée est une des acquisitions contemporaines les plus remarquables par la simplicité des principes, l'importance et la variété des résultats ; c'est une des branches de notre art dans laquelle notre époque montre le mieux son génie propre et sa supériorité.

V. La lithotritie se propose d'atteindre les calculs vésicaux sans opération sanglante, et de les réduire en fragments assez petits pour obtenir leur sortie par l'urèthre. On trouve chez les anciens des préceptes et des manœuvi'es qui se rapportent à cette opération; ils se reproduisent à diverses époques. Abulcasis donne des règles un peu moins vagues que ses prédécesseurs ; Franco et Paré en aper-

' Parmi los perfectionnements dont l'autoplastie a été l'objet, nous citerons ceux qui appartiennent au pi'ofesseur Serre, de Montpellier. V. son important traité des restaurations de la face. De nombreux progrès ont été faits depuis. V. Sédillot, Méd. opér.

428 CHIRURGIE (histoire de la).

çoiveut l'importance. Le reslauiatcur de la chirurgie au seizième siècle nous dit: « Si l'on ne peut par crochets extraire la pierre demeurée au coi de la vessie ou à la verge, on mettra le tire-fond avec sa canule en la verge jusques auprès de la pierre; puis on le tournera doucement, afin qu'il comminue lapierreet lamette en petites portions, qui se fera aisément, parce que ledit lire-fond a son extrémité en manière de foret, ce que f ai fait plusieurs fois. » Fabrice dellilden, Sanctorius emploient pour retirer les calculs de l'urèthre et même de la vessie, des pinces droites à trois branches. Plus tard, un moine de Citeaux, le colonel illartiii, inventent des instruments spéciaux et parviennent à se débarrasser lentement de leurs calculs, en les limant, les percutant, etc., la litholritie est toujours dans l'enfance. En 1813, Gruithuiseu, chirurgien bavarois, décrit des instruments destinés à l'extraction directe des calculs urinaires. Ses travaux, restés sans applications, passèrent presque inaperçus, jusqu'au moment où Leroy d'ËtioUes et Civiale (IS'i'i), firent connaître les instruments spéciaux qu'ils avaient inventés : ce dernier jndilia les succès qu'il venait d'obtenir. A dater de cet instant, la lithotritie devient une méthode régulière, prend son essor, et acquiert rapidement dans la science et dans l'art le rang que lui méritent son importance et ses services. A côté des deux noms que nous venons de citer se trouvent ceux d'Amussat, Jacobson, et plus spécialement encore celui d'Heurteloup, etc. Quoique tous les pays aient apporté leur tribut, nous devons constater que la lithotritie est une découverte éminemment française. Le génie chirurgical se montre encore ici avec le caractère qui le distingue: dès qu'une question est soumise à ses investigations, il ne l'abandonne plus, la poursuit en l'envisageant sous tous sesaspects, lui applique toutes les ressources que lui offrent les diverses sciences: les méthodes, les procédés, les instruments de lithotritie se perfectionnent, se simplifient, se vulgarisent, etc. La lithotritie devient la méthode générale pour le traitement des calculs et ne cède la place à la lithotomie que dans les cas où elle ne peut être pratiquée ^ La lithotritie par des voies accidentelles a donné naissance à la lithotritie uréthro-périnéale et pe'rinéale, opérations nouvelles qui sont à l'étude aujourd'hui.

VI. Nous rappellerons les moyens ingénieux à l'aide desquels les chirurgiens ont retiré des corps étrangers engagés dans l'urèthre ou la cavité vésicale; le traitement des rétrécissements uréthraux par la dilatation progressive temporaire ou permanente, la dilatation rapide, la cautérisation (Ducamp, Lallemand), la section desbrides et l'uréthrotomie, etc. ; la clinique a fait justice des éloges exagérés donnés à plusieurs de ces méthodes. La dilatation progressive passagère doit être préférée comme la plus générale et la plus sûre ; les autres méthodes seront réservées pour des circonstances particulières ; on se demande encore quelles sont celles où la dilatation forcée peut offrir des avantages incontestables ; l'uréthrotomie doit ètr ; employée avec beaucoup de circonspection.

Le traitement entier des maladies des voies urinaires a subi les plus hem^euses transformations.

YII. Lithû'omie; lithontriptiques. Les chirurgiens du dix-huitième siècle avaient laissé bien loin d'eux tous leurs prédécesseurs, en inventantla taille latéralisée, le lithotome caché, la sonde à dard, en simplifiant la taille hypogastrique ; le dix-neuvième siècle s'élève au-dessus d'eux. Il examine avec un soin minutieux tous les détails anatomiques, recherche et compare toutes les voies qui peu-

* La lithotrilie est la méthode d'élection; la liiholomie, la méthode de nécessité.

CHIRURGIE (histoire de la). 429

vent conduire à la vessie, perfectionne les méthodes déjà connues, découvre des méthodes nouvelles. L'histoire de la lithotomie est une des pages hrillaules de la chirurgie contemporaine. Nous lui devons la taille hilalérale, la tailie quadrilatérale ou plutôt les débridements multiples. La taille médiane, telle qu'on la pratique aujourd'hui, a repris son rang parmi les opérations lithotomiques. La méthode recto-vésicate de Vacca et de Sanson n'a point réalisé un progrès ; elle a été bientôt abandonnée; mais les recherches qu'elle a provoquées ont agrandi le champ déjà vaste des explorations auxquelles nous nous sommes livrés.

"On a cherché, avec peu de succès, à dissoudre les calculs par des injections directes de solutionsalcalines,par l'action prolongée de l'eau commune au moyen de la sonde à double courant, par l'électricité, etc.

YlII. Méthode anesthésique . Les agents hémostatiques préviennent ou arrêtent les liémorrhagles; l'anestliésie a pour objet de supprimer la douleur. Les essais tentés et poursuivis dans tous les temps et tous les pays n'avaient donné que des résultats imparfaits et stériles pour la science; sans cesse trompés dans leurs espérances, les chirurgiens regardaient l'anesthésie, telle qu'ils la concevaient, comme une brillante clum(''re (pi'dn ne parviendrait point à réaliser, car les idées de douleur et celles d'opération leur paraissaient inséparables, lorsque le but s'est trouvé tout d'un coup atteint d'une manière aussi large qu'inespérée par la découverte de Jackson (1846), et par les travaux dont elle a été l'origine'. Dès que les fiiitsj)ubliéspar Jackson sont connus, on s'en empare de toutes parts, on vérifie les merveilles qu'il raconte ; ses principes se vulgarisent et s'imposent par la force de l'évidence. La méthode anesthésique est une des plus belles conquêtes de notre siècle ; c'est un grand bienfait pour l'humanité. Nous n'avons pas à faire l'histoire de cette méthode, de l'éthérisation et du chloroforme; à en démontrer toute l'importance pour le malade et même pour le chirurgien ; à parler de ses applications à la physiologie, au diagnostic, à l'obstétricie, à la médecine, etc. Nous renvoyons spécialement au Traité théorique et pratique de la méthode anesthésique an professeur Bouisson, 1850. Dans cet ouvragées professa, l'auteur a examiné et approfondi les questions qui se rattachent à ce vaste et intéressant sujet. Les principes fondamentaux sont établis ; les dissidences qui subsistent encore ne se rapportent qu'à des détails secondaires. La crainte de la douleur fait souvent ajourner ou refuser par les malades, des opérations indispensables et peut déterminer dans l'organisme de fortes perturbations ; la douleur entraîne de graves conséquences : l'anesthésie prévient ces dangers en les attaquant dans leurs sources. Elle modifie lamotilitéen même temps que la sensibilité, et se montre utile dans certaines névroses, la réduction des hernies, des luxations, etc.

Par l'importance de ses services dans un grand nombre d'opérations, la méthode anesthésique a exercé une influence de premier ordre sur l'art chirurgical entier; nous devons nous prémunir contre ses abus. Elle a ses limites, ses contreindications, ses dangers; il ne faut point en être trop prodigue. Les agents anes-

* La découverte de Jackson a pour antécédents une série d'études déjà plus ou moins anciennes relatives aux moyens de provoquer le sommeil artificiel; on avait même aperçu, dans quelques laits, les propriétés anesthésiques dos inhalations prolongées des vapeurs d'éllier; mais Jackson, le premier, décrit ces effets avec détail, en montre la constance, imagine des appareils, propose leur application dans la médecine opératoire. Morton pratique des opérations dans la bouche, chez des sujets anesthésiés par les vapeurs élliérées : Ls voies étaient prépavées; Jackson s'y élance résolument et enlraine après lui los hommes les plus éminents. Yoy. SédiUot, De Vaneslliésie chloroformiquc [Gaz. mcd. de Strasl»., 1809).

450 CHIRURGIE (histoire de l.\).

thésiquessonl puissants, s'adressent à des fondions et à des organes importants;; ils ont occasionné des accidents formidables et même la mort. On ne saurait s'astreindre avec trop de soin aux précautions, aux règles précises qui permettent deles employer avec sécurité.

Nous avons indiqué des découvertes qui ont profondément modifié dans sou ensemble la médecine opératoire : si nous parcourions maintenant cbacune de ses parties nous trouverions partout soit des perfectionnements, soit des découvertes dont quelques-unes ont presque autant d'importance que les précédentes. Nousrenconti'erions aussi des innovations ou des rénovations malheureuses; mai* on n'a pas tardé à en faire justice, on a limité aux cas particuliers oii ils peuvent être vraiment utiles, des procédés ingénieux dont l'emploi avait été trou généralisé.

IX. Une étude plus attentive de l'hémostasie a répandu de nouvelles lumières sur le traitement des hémorrhagies, des blessures des vaisseaux, des anévrystnes. La supériorité des ligatures a été définitivement établie, ainsi que les règles à suivre dans tous les détails de leur application ; les ligatures d'attente ont été rejetées. Les chirurgiens ont cependant reconnu les circonstances où d'autres méthodes (la compression par exemple), pouvaient être préférées ; ils ont imaginé divers appareils (des compresseurs), substitué souvent aux machines la compression digitale, etc. L'acupuncture, l'électropuncturc, la torsion des vaisseaux, etc., ont été essayées et peuvent quelquefois se montrer utiles. La ligature d'artères profondément situées a été exécutée; si nous devons proscrire les ligatures de l'aorlc abdonnnale, du tronc brachio-céphalique, nous devons rappeler les succès obtenus par celles de la carotide primitive, de la sous-clavièrc, de l'iliaque externe. On a donné d'excellents préceptes relativement à la thérapeutique des anévrysmes spontanés, faux primitifs et consécutifs, variqueux, etc.

X. Tout ce qui concerne les blessures des membres, de la tète, du tronc, des cavités splanchniques et articulaires, a été plus soigneusement pesé, les indications sont mieux établies et mieux remplies. Il reste encore des dissidences spécialement en ce qui touche aux traumatismes de la poitrine, de l'abdomen, du crâne; cependant on a posé des règles judicieuses relativement aux hémon-hagies intra-thoraciques, à l'opération de l'empyème', aux blessures des viscères abdominaux. Sans abuser du trépan, l'on réagit contre la réserve excessive de Desault, en montrant un certain nombre de cas, où il est réellement indiqué : ou s'est posé de nouveau la question de son application comme moyen préventif.

Les chirurgiens se mettent mieux en garde contre les accidents des traumatismes (étranglements, corps étrangers, accumulation et séjour du pus dans des. anfractuosités). Le professeur Sédillot a insisté sur les dangers de l'étranglement, de la rétention du pus, et montré dans quelles limites on peut user avec avantage des tubes de drainage de Chassaignac : nous partageons la plupart de ses doctrines à- cet égard, sauf quelques restrictions en faveur de la réunion immédiate. Les phlegmasies diffuses, les infections purulentes et putrides, etc., considérées au point de vue thérajjeutique ont donné lieu à d'intéressantes recherches.

XI. Le manuel opératoire des amputations circulaires et à lambeau est parfaitement fixé, Scoutettcn généralise la méthode ovalaire dont la méthode en raquette n'est qu'une modification. Tous ces procédés sont appliqués à toutes les

* On a perlectionné les procédés à l'aide desquels on vide par aspiration, au moyen d'une petite ouverture, les épancliemerUs dans les diverses cavités, en s'opposant à l'introduction de l'air; voy. les appareils du docteur. Dieulaloy.

CHIRURGIE (histoire de la). 45t

amputations dont le nombre se multiplie, surtout pour les amputations dans les articulations (depuis les plus grandes jnscpi'aux plus pelites). Elles sont soumises à des règles d'une précision mathématique; des amputalions qui semblaient devoir être ti-ès-compliquées s'exécutent facilement. Lisfranc a donné de nombreux exemples de ces indications rigoureuses ; citons l'amputation tarso-métatarsienne; mentionnons aussi l'amputation partielle du pied par le procédé de I Pirogoff. Si l'on compare les articles consacrés aux amputations dans les traités • de médecine opératoire écrits au commencement de ce siècle avec ceux que l'on publie aujourd'hui, l'on sera frappé de la richesse de nos acquisitions. La même remarque est vraie pour les ligatures artérielles, etc.

XII. Nos conquêtes sont plus grandes encore dans ce qui se rapporte aux résections. Le dix-neuvième siècle partant des travaux partiels déjà signalés au siècle précédent, a vraiment créé la doctrine des résections. Celles-ci s'exécutent dans la continuité ou la contiguïté (articulaires) : avec elles, des parties osseuses atteintes par des traumatismes ou des lésions organiques sont enlevées, des cals vicieux excisés ; des articulations qui ont perdu leur mobilité peuvent recouvrer leurs mouvements; des parties devenues anormalement mobiles reprennent leur fixité. Des résections temporaires permettent d'extirper des tumeurs profondes. En ayant le soin de conserver le périoste, les portions osseuses qui ont été excisées se reproduisent.

A l'occasion des résections nous citerons les travaux de Sédillot sur l'évidemeiit des os, 1867 ; ceux d'Ollier sur l'ostéoplasie. Un des plus grands avantages des résections, quand elles sont possibles, c'est de conserver les membres en se substituant aux amputations. Elles ont d'ailleurs d'autres applications et forment toute une branche de la chirurgie. Des excisions sont pratiquées dans toutes les régions, et l'on a donné des principes simples pour les exécuter aux membres, h la poitrine, à la face (ablation totale des deux maxillaires supérieurs, d'un seul, d'une partie; ablation totale ou partielle du maxillaire inférieur, etc.). Des procédés ingénieux ont été imaginés, des instruments inventés afin de diviser les os (scies de tout genre, scies à chaînettes, sécateurs, instruments de protection, etc.) . V. Sédillot et Legouest, Médecine opératoire, 4^ édition, 1870, art. Résection, t. I, p. 512 à 579. On y lira des détails concernant les résections en général et en particulier, les résections passagères, les indications des résections, etc. Voir aussi dans le même volume les articles Amputations, Hémostasie, etc.

Xin. Le progrès n'a pas été moins considérsble dans le traitement des fractures et des luxations. Dès que Larrey eut fait connaître la méthode et les appareils inamovibles, la chirurgie s'en empara, les vulgarisa, rechercha les moyens les plus commodes pour leur exécution; ils sont aujourd'hui d'un usage journalier, simples dans leur disposition, susceptibles de se modifier et de s'adapter aux diverses indications, etc., ces appareils que notre époque a créés, rendent souvent des services que l'on demanderait vainement à d'autres appareils. Les méthodes anciennes avec leurs divisions (contention, extension permanente, position, etc.), sont mieux appréciées dans leurs caractères fondamentaux : on est parvenu à les combiner, de manière à réunir leurs avantages. Ainsi avec les plans inclinés, nous pouvons avoir en même temps la demi-tlexion, l'exlension permanante, la contention, etc. En déployant toutes les ressources de leur esprit inventif, les chirurgiens nous ont légué des appareils parmi lesquels il en est de plus compliqués qui peuvent être utiles dans des circonstances particulières : quelques-uns remplissent d'une manière simple des indications très-diverses. Sauter

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et }ih-^or ont répmànVd Méthode lujponartliécique (suspension), indiquée dans Guy de Chauliac et que Ravaton avait mise en usage. On est revenu parfois à une action plus directe sur les fragments au moyen de petites attelles, de la compression par des anses ou des pointes métalliques ; Malgaigne a imaginé pour les fractures de la rotule ses griffes, que Trélat fixe sans les enfoncer dans les tissus. Ce sont là des adjuvants dont il ne faut pas abuser. En réunissant tous ces moyens, nous parvenons souvent, par des procédés plus simples, moins fatigants pour les malades, à obtenir des réunions plus rapides, plus régulières, plus solides : les cals après les fractures du col du fémur, de la rotule, sont plus souvent osseux, ou du moins plus résistants. Les vieillards atteints de fractures au col fémoral ne sont point soumis à un séjour au lit trop prolongé, afin d'éviter les accidents graves et même mortels qui pourraient en être la conséquence. Dans la réduction des luxations, les métliodes de douceur sont substituées autant qu'on le peut aux méthodes de force. Tout ce que nos prédécesseurs ont transmis d'utile est repris, perfectionné; des modes nouveaux sont inventés. Les liens contre-extenseurs sont attachés à un point fixe; les lacs extenseurs sont mieux placés, mieux répartis, mieux dirigés; on sent les avantages de la demiflexion. Les poulies, les moufles étaient depuis longtemps justement abandonnées tant qu'on ne pouvait pas calculer et régulariser ces forces aveugles : elles ont pris leur rang depuis que Sédillot a résolu ce problème par l'adjonction du dyntmomètre. Mentionnons aussi les extensions continues à l'aide des tubes de caoulcliouc. L'ensemble des moyens que l'on possède, a modifié largement touie la thérapeutique des luxations. On est parvenu à réduire des déplacements trèsanciens qui semblaient au-dessus des ressources de l'art. N'oublions pas cependant les résultats funestes qui ont été observés et ne poussons pas la hardiesse jusqu'à la témérité.

XIV. Nous ne disons qu'un mot des hydarthroses, des corps étrangers, des traimiatismes et des lésions organiques des articulations; leur traitement a suivi l'impulsion générale. Quant aux tumeurs blanches articulaires, nous rappellerons les principes de Bonnet relatifs aux positions dans lesquelles il faut immobiliser les membres malades; celles qu'il prescrit détendentles articulations, calment les douleurs, sont les moins incommodes si les ankyloses deviennent inévitables, etc. En suivant les traces du savant chirurgien de Lyon, on a mieux apprécié l'action des moyens curateurs généraux et locaux, qui se sont montrés les plus efficaces dans ces graves affections.

XV. Des études plus approfondies touchant la structure, le développement, la marche des différentes espèces de tumeurs ont permis de leur appliquer le traitement le plus convenable. Des tumeurs énormes entourées des organes les plus importants (au cou par exemple), ont pu être détachées, énuclées sans effusion de sang, sans se servir presque de l'instrument tranchant, en profitant de la laxité de leur enveloppe cellulaire ; des kystes ont été bientôt oblitérés par un travail adhésif, après des injections iodées.

En transportant dans la médecine opératoire spéciale des régions, des organes, des appareils, toutes les méthodes, tous les procédés nouveaux ou remis à neuf, on les a considérablement modifiés. Il est assez facile de voir dans quel sens et à quelle profondeur ces modifications se sont étendues. Souvent les maîtres antérieurs ont pressenti ou préparé, plus ou moins largement ce progrès, mais on n'en a compris toute la portée, qu'après l'avoir complètement réalisé. Nous aurions à signaler l'invention de plusieurs opérations spéciales.

CHIRURGIE (histoire de la). 453

XVI. L'ophthalmologie, déjà très-cultivée au dix-huitième siècle, se distingue par un grand luxe de procédés, d'instruments, etc. ; plusieurs resteront, tels sont ceux qui se rapportent à l'exti-action de la cataracte, à la pupille aitilicielle, au traitement de diverses maladies des paupières, etc. (voy. les trait's de Sichel, de Grœf'e, Desmarres, Wecker, etc.) *.

XVII. On attaque avec succès par des moyens nouveaux ou par des procédé^ anciens, heureusement modifiés, les affections de la face, les poljpes nasaux et spécialement des tumeurs fibreuses naso-palatines souvent volumineuses, irrégulières, profondément placées ; des tumeurs du sinus maxillaire, du maxillaire inférieur. Mêmes i-emarques pour les maladies de la bouclie, de l'arrière-gorge qui sont bien mieux étudiées. En 1817, Gra?fe inventa \aslaphijloraplne; bientôt Roux la vulgarise et la rend plus facile ; depuis, les améliorations qu'elle a reçues l'ont répandue davantage. Cooper pratique le premier, en 1800, la perforation de la membrane du tympan conseillée par Cheselden, pour combattre la surdité; Itard, Buclianan, Deleau, Fubrizi l'ont imité.

XVIII. La région du cou est devenue le théâtre d'opérations hardies. Parmi celles qu'on a pratiquées pour les affections du corps thyroïde, quelques-unes doivent être proscrites ; d'autres ont eu des résultats favorables dans les mains de chirurgiens habiles : leurs succès même imposent une sage réserve.

La laryngotomie s'est perfectionnée, on en a surtout multiplié les applications, spécialement dans les lésions physiques, vitales, organiques du larynx (corps étrangers, l'ractures, laryngites chroniques, croup, abcès, nécroses, ulcérations, etc.).

L'ablation des polypes laryngiens est une belle conquête contemporaine : avant Ehrmann, les polypes laryngiens constituaient une afiection grave, déterminant souvent la mort des sujets qui en étaient atteints. Notre savant collègue de Strasbourg est le premier qui nous ait appris à les enlever par des procédés simples, après s'être ouvert une voie au moyen de la bronchotomie : Bœckel, Gill, Busch, Kœberlé, Follin, etc., pratiquent l'opération d'Elumann et réalisent une série de succès. La découverte du laryngoscope permet d'attaquer avec plus de sûreté les polypes laryngiens par les voies naturelles : c'est ainsi que procèdent Burns, Fauvel, Trélat, etc.

XIX. Nous aurions bien des remarques intéressantes à présenter à l'occasion des malades du pharynx, du thorax et de l'abdomen, de l'œsophagotomie, del'empyème, de la paracentèse abdominale, de l'ouverture des abcès profonds, de ['ablation des tumeurs, etc., nous ne nous y arrêterons pas. Nous appellerons seulement l'attention sur les plaies des intestins, les sutures intestinales, l'idée ingénieuse de Jobert (adossement des séreuses), les procédés de Lembert, Denans, etc. La cure radicale des hernies a donné lieu à des travaux remai'quables dont quelques-uns prouvent l'esprit inventif de leurs auteurs et leur habileté opératoire. Cependant le but est rarement atteint d'une manière définitive; on doit éviter les opérations qui s'accompagnent de dangers sérieux.

XX. ha. guérison radicale des anus accidentels restée bien imparfaite au dixhuitième siècle, est une des opérations qui honore le plus la chirurgie de notre époque. Le point capital consiste dans la destruction de l'éperon. Dupuytren l'a

» 11 faudrait de longs détails pour résumer les progrès de la thérapeutique et de la médecine opératoire ophllialrniques. Ils sont au<si grands que ceux de la pa linlogie oculaire. Le dix-neuvième siècle se trouve, sur tous lespoinis, eu conlact avec le dix-liuilième; mais il se montre généralemeut supérieur dans ceux mèine où ce dernier s'est le plus illustré.

DICT. ENC. XVI. 28

4Ô4 CHIRURGIE (histoire de la).

réalisée avec son entérotome, bien supérieur aux ligatures de Schniakaliicn et de Physick. L'entérotome a été modifié par Delpech, Liotard, lilandin, Reybard, etc. Une autre indication doit être remplie, c'est l'oblitération du trajet fist' Jeux et de l'ouverture extérieure ; on peut y parvenir à l'aide de la compress' >n, de la cautérisation, de la suture, des anaplasties (Velpeau, Denonvilliers, àosselin, Reybard). Voy. Sédillot, Médec. opér., t. Il, p. 3G0 et suiv. L'auteui' cite un cas d'anus accidentel très-remarquable guéri au moyen d'un entérotome offrant une disposition spéciale.

Boyer est le premier qui ait bien fait connaître la fissure à l'anus et sa guérison certaine en incisant largement le spliincter anal : ce moyen est de rigueur qnand des traitements plus doux ont échoué, lîibes a démontré, après Sabatier, que l'ouverture supérieure des fistules anales, est généralement assez rapprochée de l'extrémité inféi^ieure du rectum. Une grande confusion a régné longtemps dans l'étude des lésions organiques de cet intestin, ceci est vrai du reste, pour leslésions correspondantes de diverses régions. Ici, comme partout ailleurs, l'obscurité a progressivement diminué, et l'on y a retrouvé un ensemble de productions^ morbides mieux connues maintenant (polypes, kystes, corps fibreux, cancers, etc.). La thérapeutique est devenue plus rationnelle et plus efficace ^

XXI. Les mêmes recherches ont fourni des résultats analogues pour les maladies du testicule et de ses dépendances. On a classé nettement les sarcocèles et les tumeurs testiculaires, distingué avec précision l'hydrocèle et l'hématocèle : dans la première, l'injection suffit le plus souvent; l'autre peut réclamer l'incision, la décorticatiou. On a tenté la guérison radicale du varicocèle p;ir l'oblitération des ti-oncs veineux ; divers procédés vantés d'abord, ont déterminé plus d'une fois des accidents formidables; quelques malades ont succombé.

XXII. Les affections de l'utérus et de ses annexes (parties génitales externes, vagin, ovaires), qui jouent un si grand rôle dans la vie de la femme, ont été l'objet de travaux de la plus haute importance. Les chirurgiens ont abordé de front les questions les plus délicates : les difficultés ont excité leur ardeur au lieu de la refroidir. Ils ont expérimenté toutes les médications, déployé toutes leurs ressources, montré dans une foule de procédés toute la fécondité de leur esprit, tenté des opérations qui paraissaient presque impraticables. On peut s'assurer de l'étendue de nos progrès réels et eu prévoir encore de nouveaux, en lisant le grand ouvrage du professeur Courty qui présente dans tous ses développements le tableau complet de la science sur ce vaste sujet considéré au triple point de vue de l'histoire, de la théorie, de la pratique ^ Parmi les opérations qu'on a exécutées, les unes sont définitivement, adoptées, d'autres resteront mais seront plus^ limitées dans leurs applications (ovariotomie, amputation de la matrice en état d'inversion, etc.), d'autres enfin seront rejetées (ablation de l'utérus, des ovaires squirrheux, etc., par la gastrotomie). A côté d'éclatants revers on signale ici de rares succès dus à l'habileté des opérateurs, secondée par des circonstances exceptionnelles : la saine chirurgie ne peut pas les accepter.

Art. II. Instruments, appareils. L'arsenal des chirurgiens, déjà si considérable au temps de Scultet, possède aujourd'hui de bien plus grandes richesses. On a mis à profit, avec un talent merveilleux, toutes les découvertes modernes. 11 y a cependant trop de luxe, comme autrefois.

* Voy. sur les maladies du rectum les études de Bouisson, Stoltz, Gerdy, etc. ^ Voy le Traité théorique et pratique des maladies de l'utérus, par le prolesseur Courty, 2" édition.

CHIRURGIE (histoire de laJ. 435

Beaucoup d'instruments disparaîtront et ne laisseront que des souvenirs historiques; d'autres resteront à jamais. Mentionnons Vécraseiir linéaire deChassaignac. L'emploi de cet instrument ingénieux ne saurait avoir l'extension qu'on a voulu lui donner par une généralisation exagérée; mais il est appelé à rendre des services dans des circonstances déterminées dont l'élnde n'est pas encore achevée ' .

Art. 111. Caustiques, cautère actuel. L'application de ces puissants agents se présente à chaque instant, et forme une branche entière de la médecine opératoire. Les problèmes majeurs qu'elle comprend, discutés dans tous les siècles n'avaient reçu que des solutions imparfaites. Le dix-huitième siècle avait été trop loin en réagissant contre les abus de la cautérisation. Notre époque a déterminé avec une remarquable précision les modes d'action des caustiques et du cautère actuel, et posé les principales indications. Nous sommes en mesure de savoir, en généi'al, tout ce qu'ils peuvent donner; de connaître dans un grand nombre de cas les circonstances qui doivent les faire préférer à l'instrument tranchant, celles où l'on doit les associer avec lui. Après avoir découvertdes caustiques nouveaux, de nouveaux procédés pyrotechniques, on a constaté ce qu'il y a de spécial dans leurs effets. Enfin la galvano-caustie a été imaginée. Elle diminue la douleur par sa rapidité, limite exactement la cautérisation, opère au besoin de promptes sections ; permet de porter le feu dans des parties profondes inaccessibles au cautère actuel, etc.; quoique la galvano-caustie laisse beaucoup à désirer, on en a lait d'heureuses applications. Aujourd'hui la pyrotechnie est transformée. Les exagérations même de plusieurs chirurgiens ont contribué au progrès : il y a encore des points obscurs, l'avenir les éclairera-.

Art. IV. Topiques, pansements. Avec eux, on peut éviter, simplifier bieii des opérations, assui'er leurs résultats, etc. ; ils jouent un rôle considérable clans toute la thérapeutique chirurgicale, dans toute la médecine opératoire: leur importance a été pressentie à toutes les époques ; de là, les recherches, les discussions incessantes que l'histoire nous a transmises. On en a souvent abusé, on a rarement appris à bien s'en servir. Nous avons vu les abus se perpétuer depuis les Alexandrins jusqu'au seizième siècle; on avait une foule de formules bizarres, d'emplâtres, d'onguents, de panacées avec lesquels on prétendait gnérir les affections Ls plus graves. Les maîtres des seizième et dix-septième siècles, proclamèrent la nécessité d'une réforme, et obéirent trop souvent à la routine : le dix-huitième siècle finit par rompre avec elle, mais il n'aperçut qu'imparfaitement l'ensemble des propriétés des topiques. Notre époque a eu le mérite d'étudier ces problèmes complexes et majeurs, sous leurs aspects multiples, dans leurs éléments si divers qui exigent tant de connaissances.

Les topiques ont des actions physiques, chimiques, vitales qui peuvent se com-

' Une étude, en quelque sorte pliilosophiqiie, de l'arsenal de chirurgie, serait utile pour juger l'esprit chirurgical d'une époque et la nature du progrès qui lui appartient.

^ Il y a, dans l'application des caustiques, du calorique, du feu, etc., bien des modes, des conditions, qui amènent des résultats, des eft'els extrêmement différents : taniôt on appelle à la peau le travail morbide qui occupait les parties profondes, tantôt on en prévient le développement; parfois on y détermine de salutaires excitations, des actes plastiques circonscrivant ou faisant cesser des actes destructeurs; on obtient des métasyncrist's; on s'oppose à l'apparition de ces phlegmasies diffuses si dangereuses (phlegmons diftus, infections puru-^ lentes, etc.). Là se trouve une foule d'études délicates, de nuances à saisir ; qu:ind elles lui échappent, le chirurgien nuit au malade au lieu de le servir. Plusieurs de ces connaissances, ont acquis un haut degré de précision par les travaux contemporains pris dans leur ensemble^

436 CHIRURGIE (histoire de la).

biner. Ils mettent les parties divisées à l'abri du contact de l'air et des corps extérieurs, leur forment ua enduit protecteur, s'opposent à l'accumulation des liquides nuisibles en opérant leur filtration au dehors ; font périr les pafasites, détruisent des principes virulents, putrides, septiques, etc. Ils sont éraollients, relâchants, sédatifs, etc., ou stimulants, toniques, astringents, résolutifs, etc.; ils ont ou peuvent avoir des propriétés spéciales ou spécifiques, etc. On trouve en eux des hémostatiques, des agents d'aaesthésie locale, etc.

Nous serions entraîné bien loin par la masse des objets que nous aurions à considérer, si nous voulions tracer un tableau, même fort général, des topiques, des pansements, des cautérisations, des injections sédatives, excitantes, antiseptiques (hypodermiques, dans les foyers purulents, les cavités, etc), des compressions, des dilatations, de l'acupuncture, de la galvauo-puncture, etc. ; de tout ce qu'on nomme la petite chirurgie ; nous verrions que l'art contemporain possède là bien des ressources que nos prédécesseur^ connaissaient et surtout maniaient beaucoup moins bien que nous : elles sont usuelles, doivent une partie de eur puissance à leur action prolongée, réclament une large part dans nos succès. On obtient souvent de remarquables effets avec des topiques simples : nous n'aurions qu'à mentionner l'emploi de l'eau en chirurgie avec toutes les variétés qui se rattachent à la température, aux modes et aux procédés de son application (irrigations, affusions, douches froides, chaudes, en colonne, en arrosoir) '.

Art. V. Emprunts faits aux brandies de l'art médical, aux diverses sciences. Ces emprunts jouent un grand rôle dans les progrès que nous venons de signaler. La mécanique, les sections diverses de la physique, la chimie, les arts, etc., nous ont fourni des substances nouvelles, des procédés ingéûieux pour travailler celles qui étaient [déjà connues et les adapter aux usages les plus variés, des dispositions mécaniques spéciales, etc. qui ont donné à nos instruments, à nos appareils, une merveilleuse supériorité, les appareils électriques, etc., on peut s'en assurer en étudiant nos appareils pour les fractures, les luxations, l'orthopédie, les lits mécaniques: les appareils de prothèse admirablement combines, etc.

A mesure que Yanatomie et la physiologie ont été approfondies sous leurs diverses formes, la science a eu plus de fermeté dans ses principes, l'art plus de sûreté dans leurs applications. Le chirurgien agit avec confiance quand il est au milieu d'organes dont les conditions matérielles, la vitalité, les fonctions luisent bien connues. C'est à la diffusion de ces connaissances que nous devofis la vulgarisation rapide d'opérations que les maîtres seuls entreprenaient au siècle dernier.

L'Académie de chirurgie avait ébauché l'hygiène chirurgicale. Les chirurgiens de nos jours cultivent activement {'hygiène privée et publique, l'hygiène thérapeutique, etc., et leur demandent les secours multipliés qu'elles peuvent leur fournir avec tous les développements qu'elles ont reçus. C'est ainsi que se sont amplementperfectiomiés l'hygièneentière desraalades atteints d'affections chirur-

* L'emploi de l'eau sous des modes variés remonte à une antiquité Irès-reculéc; à plusieurs reprises il a joui d'une grande favenr; on a voulu en làire une panacée. Tout en rendant justice aux travaux de nos prédécesseurs, nous devons reconnaître que l'usage de l'eau, sous le pniiit de \ue tliérapeuti()ue, est devenu bien plus rationnel. Envisagée seulement ■comme topique, l'eau rend chaque jour des services signalés en cliirurgie, dans des cas de traumailsmes, de diverses lésions vilales et organiques [voij. L. Boyer, Etudes lasloriques sur Vlnjàrolliéraplc, 18401. On pourrait donner aujourd'hui une tliéoiie complète des effets physiologiques et ihérapeuti([ues de l'eau; ((uoique les éléments de son action soient complets, on les ramènerait à un petit nombre de principes simples.

CHIRURGIE (histoire de la). i^l

gicales, l'art de les préparer avant les opérations, de lonr donner ensuileles soins les plus convenables, etc. Les problèmes les pins importants ont été soulevés relativement aux conditions sanitaires desbùpilaux, des ambulances, etc. (aération, chauffage, agents de désinfection, dispersion des malades, etc.). On est parvenu à prévenir des complications graves qui se montraient liabiluellement danscerlaines salles d'un hôpital, à écarter des causes majeures de mortalité. Les dernières guerres ont fourni de précieux documents. II y a là des questions complexes, dont la solution complète réclame des recherches ultérieures; déjà de grands progrès sont réalisés et ne se rapporlent ])Ius à des malades isolés, maisà des sujets souvent très-nombreux; en cessant de les accumuler dans des espaces trop étroits, en les plaçant dans d'autres milieux, on a vu les chiffres de mortalité jusqu'ici effrayants, s'abaisser dans de si fortes proportions que les succès sont devenus la règle, tandisqu'ils ne constituaient que de rares exceptions'. Nous mentionnerons en passant la gynmastiquc. En consultant les annales de l'hygiène, surtout de l'hygiène contemporaine, on se convaincra de son rôle large et bienfaisant dans la prophylaxie et la thérapeutique chirurgicales.

Devenu vraiment médecin, le chirurgien s'initie à tous les secrets de la pathologie interne, de la matière médicale, de \a pharmacologie , et y puise de nouvelles forces. 11 unit sans cesse les actes médicaux aux actes chirurgicaux, et leur accorde la place qu'ils méritent. Une fois qu'un grand acte chirurgical a étéftiit, c'est surtout la médecine qui intervient; la petite chirurgie lui sert d'auxiliaire. Nous avons recours aux dérivatifs et aux révulsifs, aux évacuants de tout genre, aux antiphlogistiques, aux contro-stimulants, aux opiacés, aux toniques, aux antipériodiques, aux agents spéciaux et spécifiques, etc. : par leurs découvertes et leurs perfectionnements, la matière médicale et la pharmacologie nous ont donné des médicaments nouveaux, des préparations plus simples, plus sûres, des principes actifs distincts, que l'on peut doser avec précision, etc. ; le chirurgien eu profite comme chirurgien et connue médecin. Quels avantages ne tire-t-on point des opiacés dans plusieurs névroses, le delirium tremens, certains cas de gangrène spontanée (Pott), des chancres gangreneux, des péritonites, etc. Nous avons vu les contro-stimulants réussir au delà de toute espérance contre des inflammations Iraumatiques dans lesquelles il fallait combattre la phlogose sans affaiblir ; des succès aussi remarquables ont couronné l'usage des frictions mercurielles à haute dose pour diverses phlegmasies (péritonites, phlébites envahissantes). Nous aurions à passer en revue toutes les grandes médications et leurs applications aux lésions physiques, vitales, organiques. L'iode, l'huile de foie de morue, rendent d'éminents services dans les lymphatismes, les scrofules, les tuberculoses, le rachitisme, etc. ; l'iodure de potassium triomphe des syphilis constitutionnelles quand les mercuriaux ont épuisé leurs effets, etc. Grâce aux précautions dont nous savons nous entourer, nous manions les poisons avec intrépidité.

A l'aide de toutes ces médicatious, de l'hydrothérapie, des eaux minéiales, etc., nous pouvons imprimer à l'organisme entier des modifications profondes qui peuvent dispenser dans plus d'un cas d'opérations graves, rendre les actes chirurgicaux plus simples, plus efficaces, compléter et assurer leurs résultats, etc. L'eau ne produit pas seulement des effets locaux; en variant ses modes d'application,

* Voy. les relations du singe de Sébastopol, de nos dernières campagnes d'Italie contre l'Autriche, de la guerre de sécession en Amérique, et les statistiques qui les accompagnent. On trouve là des faits pleins d'intérêt, se rapportant spécialement aux trauuialismes, à cliirurgie militaire.

on peut impressionner de manières très-diverses le dynamisme vivant, et remplir un grand nombre d'indications (calmer, détendre, exciter, tonifier, reconstituer, amener des métasyncrises, etc.). Des cures qui paraissent mystérieuses sont ainsi opérées par suite des transformations qu'a subies l'organisme. L'état morbide s'efface soit parce qu'il ne trouve plus chez le malade un terrain favorable, soit parce que l'agent morbifique ne seproduitplus, soit parce que le dynamisme a reçu des forces et des impulsions nouvelles et a pu réagir directement contre l'état pathologique. Ainsi disparaissent les maladies qui dépendent du lymphatisme quand celui-ci est vaincu et remplacé par une prédominance sanguine. On constatera les progrès et l'utilité de l'hydrothérapie en étudiant les grandes publications dont elle a étél'objet (voy. entre autres la dernière édition deFIeury) ; en tenant compte de certaines exagérations, nous pouvons affirmer les avantages considérables de l'hydrothérapie, quand nous nous plaçons à son véritable point de vue. Le maniement est difficile, mais il y là dans bien des cas une thérapeutique entière. Nous lisons dans les recueils hydrothérapiques des faits remar- ([uables qui nous permettent de bien saisir les principes fondamentaux de cette médication. Des réflexions du même genre pourraient être présentées à l'occasion de l'hydrologie minérale dont l'étude deviendra de jour en jour plus scientifique et plus régulière. Nous ne saurions trop insister sur une habile association des traitements généraux et locaux et de tous leurs modes; c'est un des grands caractères de la chirurgie contemporaine qui s'accentuera de plus en plus, à mesure que les chirurgiens se pénétreront davantage des hautes doctrines médicales. Souvent, une lésion circonscrite, après avoir résisté à une série de traitements locaux, cède rapidement à une médication générale. Des guérisons inespérées et qui semblent sortir des voies ordinaires, peuvent cependant s'expliquer par l'analyse et la comparaison des faits, et seront plus fréquentes quand on en aura saisi le mécanisme. Entre les agents pathogéniques et les agents curateurs, il y a des relations que l'on cherchera dans les modifications en sens inverse qu'ils impriment à l'organisme. La pathogénie a son écho dans la thérapeutique et réciproquement: tout progrès dans l'une retentit aussitôt dans l'autre.

Le vésicatoire employé comme topique a produit d'excellents effets dans les érysipèles gangreneux, les arthrites, et particulièrement les arthrites traumatiques, certaines ophthalmies, etc.

La simplification est un objet que l'on a surtout réalisé dans les plus brillantes époques; on s'en est beaucoup occupé de nos jours, des traités spéciaux ont été publiés. Mayor a rempli diverses indications avec des bandes, des compresses, des mouchoirs ingénieusement disposés. En chirurgie, plus encore qu'en médecine, la simplification a des avantages qui se comprennent aisément : mais la thérapeutique, en devenant simple, doit rester toujours complète {voy. Estor. De la simplification en chirurgie, 1855).

Imposer aux malades le moins de sacrifices possibles, est un devoir poiu^ les cJiirurgiens. Onyparvient de plus en plus à mesure que la science se perfectionne. .\insi, les amputations partielles du pied, delà main, les résections conservent certaines parties ou même des membres entiers, etc. On a réuni sous le nom de chirurgie conservatrice l'ensemble des préceptes, des moyens, à l'aide desquels on cherche à atteindre ce but. Ce n'est pas là une branche distincte de la chirurgie. En étudiant la thérapeutique sous ce point de vue, l'on peut reconnaître que, tout en donnant à la chirurgie conservatrice, autant d'étendue qu'on le peut, il ne faut pas, comme on l'a fait plusieurs fois, dépasser certaines limites, et expo-

CHIRURGIE (HISTOIRE DE la). 459

séries malades à des accidents graves, prolonges, mortels, pour leur conserver des membres ou des tronçons de membres remplissant si mal leurs fonctions, qu'ils demandent bientôt à en être dcbiu'rasscs par une opération nouvelle.

L'histoire de la chirurgie offre un tableau vaste par son ensemble, plus vaste par ses détails ; pour le compléter, nous aurions à parler de la chirurgie militaire, de la chirurgie navale, des principales écoles de chirurgie, de l'influence qu'elles ont exercé sur l'évolution de la science, de l'action réciproque de la médecine et de la chirurgie l'une sur l'autre'. Nous dirons seulement que si la médecine a donné à la chirnrgie des vues plus élevées, celle-ci lui a donné à son tour un caractère plus positif, plus pratique, et l'a forcé à regarder plus longtemps, plus minutieusement, de plus près, avant de conclure. L'Ecole de Montpellier a insisté plus que les autres sur l'union de ces deux branches d'un même art ; elle a répété sans cesse que le chirurgien, indépendamment de ses connaissances spéciales, doit posséder à fond toutes celles qni appartiennent à l'hygiéoîiste, au médecin, car si ce dernier passe quelquefois légèrement sur la pathologie externe, la médecine opératoire, il n'est pas permis au chirurgien de négliger aucun des dogmes de la médecine ; celle-ci est indivisible; il n'est pas permis d'être à demi-médecin. Tout en tenant grand compte des applications même théoriques de la physique, de la chimie, de l'histoire naturelle, à la médecine et à la chirurgie, l'école de Montpellier nous a toujours prémunis contre les exagérations du mécanisme et du chimisme, et rétabli l'équilibre par la haute intervention des dynamismes qui jouent un si grand rôle dans la pathogénie et la thérapeutique. L'Ecole de Montpellier a puissamment contribué à développer dans la chiruigie contemporaine, celte ampleur qu'elle manifeste en forçant ceux qui veulent la cultiver avec succès, à faire entrer dans leur domaine l'art médical tout entier.

Avec Dclpech, Lalleraand, Pages, Dugès, Dubreuil, Serre, Estor, etc., et leurs disciples devenus des maîtres à leur tour, l'école de Montpellier a pris une part très-active aux travaux qui spécialisent le mieux la chirurgie de notre époque. Souvent, elle se distingue par son initiative ou par l'impulsion qu'elle donne : c'est ce que nous avons vu pour l'orthomorphie, la ténotomie, la méthode souscutanée, les autoplasties, le traitement des varices, etc. Après avoir écrit son Mémoire resté classique sur la pourriture d'hôpital (1815), Delpech met au jour son ouvrage sur les maladies réputées chirurgicales (1816), où se trouve sur tous les points une foule d'idées neuves qui n'ont pas encore été toutes fécondées. Il les développe et en ajoute de nouvelles dans une longue série de mémoires publiés isolément par plusieurs journaux, ou réunis dans ses deux volumes de chirurgie «Unique, ou contenus dans son Mémorial des hôpitaux du Midi (1829-51) etc. Ces mémoires ont trait aux p!us hautes questions de la pathologie chirurgicale et médicale, de la thérapeutique et de la médecine opératoire. Partout Delpech montre un progrès futur à côté d'un progrès accompli et laisse les traces de son génie créateur. Nous ne pouvons pas même indiquer cette multitude d'observations saillantes sur tant de sujets, les doctrines générales qu'il en fait sortir, ■les opérations majeures de tout genre qu'il a pratiquées avec succès (amputations coxo-fémorales, ligatures des artères pi'o fondes, résections des maxillaires supérieurs et inférieurs, ablation de tumeurs éléphantiasiques énormes du scrotum, en conservant les testicules et leurs dépendances, etc.) . Nul n'a jamais profité plus

» Voy. Esior, Des principales écoles chirurgicales tnodernes, 1830). Nous consacrerons seulement quelques mots à Delpech et à l'École de Montpellier.

MO CHIRURGIE (histoire de la).

rapidement et plus habilement que lui de tous les progrès de la thérapeutique et (le la médecine opératoire, quand il n'en a pas donné le premier exemple. Si l'école de Montpellier se signale par son ardeur pour le vrai progrès, elle sait se tenir en garde contre les pratiques e.vcenlriques : si elle déploie ses hardiesses quand les circonstances l'exigent et le permettent, elle sait les tempérer par une sage circonspection, souvent si nécessaire dans l'intérêt des malades qui sont aussi les intérêts de l'art. Ce double caractère empreint dans ses travaux, s'accentue aussi dans ceux des chirurgiens les plus distingués de notre siècle ivoy. les excellentes études du professeur Moutet, sur Delpech et son influence, dans sa thèse de concours pour l'agrégation; Courty, Éloge de Lallemand; Tînuisson, Éloge deDiigès). Les noms et les écrits des chn'urgiens éminents du dix-neuvième siècle sortis de l'école de Montpellier sont bien connus, nous n'avons pas à les citer dans une esquisse historique.

Résumons-nous en peu de mots. Au dix-huitième siècle, des chirurgiens d'un mérite supérieur se réunissant, s'entendent, tracent d'une main ferme et mettent à l'ordie du jour un vaste programme, préparé seulement par quelques grands maîtres qui les ont précédés : il doit assurer l'avenir de l'art et de la science. De généreuses institutions sont fondées ; les chirurgiens reçoivent une éducation libérale, une instruction scientifique large et solide : ils remanient et reconstruisent toute la chirurgie, en prenant pour base l'observation clinique^aidée de tout ce que peuvent lui donner de saines traditions, toutes les branches de la médecine, toutes les sciences, disposées d'après leurs affinités avec la chirurgie. De là naît une rélorme radicale réclamée vainement depuis longtemps.

Le dix-neuvième siècle donne plus d'ampleur à ces fortes institutions qui se répandent partout et se multiplient; il poursuit le même programme agrandi et rectifié. Onéreuse davantage ce qui déjà était approfondi; on approfondit ce qu'on avait seulement effleuré ; des branches majeures de pathologie, de thérapeutique, de médecine opératoiresont en quelque sorte créées; d'auti'es prennent un aspect nouveau. Le diagnostic et les indications deviennent beaucoup plus précis; les moyens de remplir celles-ci, beaucoup plus puissants. Pendant que la pathologie interne, la thérapeutique, l'hygiène portent un riche tribut à la chirurgie, la médecine opératoire fait de brillantes conquêtes en inventant des procédés remarquables par la hardiesse ou la simplicité. Une chirurgie aussi ut le quoique plus modeste, celle des topiques, se perfectionne en même temps. Grâce au nombre et à l'activité des travailleurs, au génie de plusieurs hommes d'élite, aux progrès des sciences, la réforme qui n'était d'abord bien marquée que sur certains points, se répand sur tous les autres ; elle se complète et devient universelle. La chirurgie a subi sa métamorphose, en suivant sa marche naturelle *.

Elle a parcouru aujourd'hui toutes les grandes phases de son évolution. A peine adolescente à la fin du dix-septième siècle, elle est parvenue en moins de deux siècles à l'état adulte, à sa maturité. Elle a sa méthode, son plan, ses principes fondamentaux; ses parties principales existent, elle peut être définitivement constituée au point de vue de l'art et de la science.

' Aujourd'lmi, toutes les brandies de la pathologie et de la lliévapeutique chirurgicales, rie la ii édecine opératoire, avancent de concert. Si, pendant quelque temps, une partie semlitc attirer presque exclusivement l'atleiiiion, celle-ci vient se reporter plus lard sur les points négliges; si quelque moyen thérapeutique prend d'abord une prédominance ex;igcrée, on ne laide pas à expéi'iuienter les moyens qui peuvent rivaliser avec 1 i, et on rétablit l'équilibre. Ainsi, le progrès s'étend rapidement sur toute la ligne, sans oUVir ces irrégularités, ces longues oscillations d'un extrôme à l'autre, si communes autrefois.

CHIRURGIE (histoire de la). 441

Son domaine est vaste, ses richesses considérables. Il importe de les soumettre à un examen rigoureux, de séparer les richesses réelles et sûres des richesses apparentes ou dangereuses qui surchargent ou cachent des pièges que nous devons éviter. Les chirurgiens ont hesoin de résistera l'éclat d'un luxe superflu, de fuir les discussions stériles, de se mettre en garde contre les théories ambitieuses ou prématurées, contre les opérations excentriques, en opposant leurs nombreux revers à qucl(|ues rares succès ; de placer au premier rang tout ce qui est vraiment utile, de le disposer dans ini ordre méthodique afin de l'avoii' présent à l'esprit et d'être toujours prêts à s'en servir. Il tant remonter aux lois, aux principes qui renferment une foule d'objets sous des formules abrégées, et s'exercer à en tirer foutes les conséquences.

Ainsi, en thérapeutique, nous devons dans chaque cas, être en mesure de répondre aux questions suivantes : à quels moments, dans quelles limites, dans quels modes, le chirurgien doit-il intervenir activement? Quelle sera la part des moyens hygiéniques, des médications internes, des topiques, des actes chirurgicaux plus puissants? Les indications bien posées, quels sont les motifs (pii détermineront notre choix au milieu de tant de substances, d'agents, de méthodes, de procédés? Quelles sont les opérations que nous devons proscrire, celles que nous pouvons conserver dans les circonstances graves, avec des chances suffisantes pour les justifier ? La témérité de quelques chirurgiens, la timidité de plusieurs autres ont marqué les limites qu'on peut atteindre mais qu'on ne saurait franchir aujourd'imi. La solution de ces problèmes exige des règles, des principes : nous en avons de plus sûres que nos prédécesseurs, il faut leur donner plus de précision, plus de certitude.

Nous sommes loin de croire que notre époque soit sans défauts ; toutes les nouveautés souvent si retentissantes, toutes les agitations, tons les mouvements bruyants, ne sont pas des progrès. Parfois on rétrograde, on se hcui'le contre des écueils; en poursuivant des illusions, des chimères, on se prépare des mécomptes et des découragements ; des vérités solidement établies sont obscurcies, certaines doctrines deviennent tour à tour l'objet d'un enthousiasme ou d'un dédain également immérités : mais il y a aussi bien des travaux solides ; des esprits calmes et judicieux soumettent toutes les questions à leur examen critique; peu à peu les erreurs s'effacent, la vérité brille d'un nouvel éclat : un progrès évident s'est accompli. Ceux qui regardent de près, s'aperçoivent qu'on a suivi volontairement ou par entrahiement la marche et le programme que nous avons indiqués.

C'est qu'en effet, quoique le domaine chirurgical se soit agrandi, que de plus larges horizons se déploient, que de nouveaux problèmes ayant apparu, la chirurgie dans ce qu'elle a de fondamental, peut être ramenée à quelques principes, renfermée dans un programme nettement tracé maintenant ; les modifications poi'teront sur les détails plus que sur l'ensemble. C'est ce programme que nous devons chercher à remplir.

Il est très-vaste : ce qui nous reste à faire est encore plus grand que ce qui a été fait. Nous ne verrons pas sans doute ces réformes rapides dont nous avons été les témoins aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, mais ces réformes et les conquêtes qui en ont été la suite, nous montrent comme conséquences nécessaires de nos investigations, une série de perfectionnements qui pénétreront dans toutes les parties de la chirurgie et nous donneront une puissancee et des résultats bien supérieurs à ceux que nous avons maintenant.

I. Nous avons simplifié on soumis à des règles plus précises le manuel de la

W2 CHIRURGIE (histoire de la).

plupart des opérations. A des opérations graves par elles-mêmes ou par les mutilations qu'elles produisent, nous en avons substitué d'autres moins dangereuses ou qui n'imposent pas d'aussi douloureux sacrifices. Tels sont les services que rendent la lilhotritie, les résections, les amputations partielles, etc. Grâce aux secours que nous fourniront les progrès de la mécanique, des sciences physiques et chimiques, etc., nous marcherons plus largement dans cette double voie.

II. Nos succès deviendront plus nombreux à mesure que nous connaîtrons mieux les conditions qui doivent les assurer, mais nous aurons le courage de nous abstenir ou d'attendre quand nous ne pourrons pas les réaliser. Les indications et les contre-indications seront pesées avec une minutieuse exactitude'.

m. Nous donnerons de nouveaux développements à l'orthomorphie, aux autoplasties, aux traitements à l'aide desquels on prévient, on pallie, on guérit les dilformilés congénitales ou acquises et une foule d'intirmités qui abrègent ou compromettent la vie de tant de malades et pèsent sur leur existence entière.

IV. Nous remplacerons dans bien des cas, par des moyens plus doux, l'inteivention des actes chirurgicaux majeurs : 1" en empêchant l'apparition d'un grand nombre de lésions vitales et organiques ; 2° en les arrêtant dès leur début ; S" en leur enlevant les éléments qui augmentent leur gravité. Nous y parviendrons par l'union d'actes chirurgicaux plus simpleset moins dangereux avec les secours que nous donnent la palliologic interne, l'hygiène, la thérapeutique, la matière médicale, la toxicologie, etc. Ces secours s'accroîtront à mesure que nous accomplirons la réforme à laquelle nous soumettons aujourd'hui ces diverses branches de notre art. Nous n'avons point à indiquer ici les bases de cette réforme, ses problèmes, ses procédés, la giandeur des résultats. Il est facile d'en comprendre l'iniportance.

Sous l'influence des mêmes modificateurs, l'organisme présente, suivant les ■cii-constanccs, deux modes très-différents. Tantôt il contracte ou crée les états morbides, tantôt il déploie ses forces pour les prévenir ou pour les vaincre. En prolilautdes rapports et des antagonismes des modificateurs, il est possible de s'en servir de manière à guérir par des combinaisons variées, les maux qu'ils ont produits. Le problème thérapeutiqne devient en quelque sorte le problème pathogénique retourné. Il y a là des mystères merveilleux, mais ces mystères ont des lois dont quelques-unes se dessinent et tendent à se dégager des nuages qui les ont longtemps enveloppées.

Nous devons à l'avenir faire marcher de front ou dans un sens parallèle la pathogénic, la thérapeutique, l'étude de tous les modificateurs, dans leurs relations avec l'organisme vivant, en comparant ces modificateurs entre eux dans leurs effets et le mécanisme de leurs actions. Ces comparaisons donneront des résultats inattendus et jetteront de vives lumières sur des questions obscures et longuement controversées.

Avec nos méthodes, nos moyens d'investigation, des notions plus exactes sui le matériel de l'organisme, sur sesdynaraismes, etc., nous pourrons en procédant ainsi : 1" trouver une bonne classification clinique des méthodes thérapeutiques

' Pris dans toute son extension, ce précepte a une grande valeur, et peut souvent arrêter la main des cliirurg-iens qui se détermineraient sans avoir suffisamment réfléchi. Non-seulement on n'entreprendi'a pas une opération lorsque de graves circonstances feront craindre un insuccès, mais même lorsque les avantages que le malade pourra en retirer ne seront point en rapport avec les accidents qu'elle devra provoquer, les dangers qu'elle fera courir, etc. Le chirurgien devra redoubler de circonspection dans les opérations de complaisance ; il faut savoir, dans l'occasion, se contenter de cures palliatives, quand les cures radicales n'ont .pas assez de chances en leur faveur, etc.

GUmURGIE (histoire de la). 445

«Il étendant, précisant, modifiant celle de Barlliez et la doctrine des éléments; 2° déterminer la place des principaux modificateurs dans ces méthodes : 5" saisir même les modes intimes, le mécanisme secret de leurs opérations. Ce mécanisme est sans doute très-complexe, cependant on peut, eu commençant par les plus simples, en démêler par l'analyse, les nombreux éléments et les fi'éunir par la synthèse. Lorsque l'on porte au contact des faits, les hypothèses ino'énieuses émises à ce sujet, on y aperçoit les germes de principes solides dont elles préparent la découverte. Ces principes trouvés, on pourra écrire une physiologie •de l'hygiène, de la thérapeutique, de la matière médicale, de la toxicologie, ^'est-à-dire rédiger le code des lois qui les régissent.

Sous l'influence des agents qu'étudie l'hygiène, de nos médicaments dont plu- <;ienrs sont très-énergiques, des agents toxiques, etc., l'organisme présente des modifications de tous les genres, de tous les degrés, légères ou profondes, passagères ou durables : on peut s'emparer de lui, le transformer, y produire des métai^yncrises, reprendre ainsi la méthode métasyn critique entrevue par les méthodistes et susceptible de tant de développements. Il y a là d'immenses ressources dont nous devons apprendre à bien nous sei'vir. Malgré l'imperfectiou de nos connaissances, de nos tâtonnements, les praticiens exercés obtiennent souvent des résultats remarquables, même avec un nombre très-limité de médicaments.

Que ne devrons-nous pas espérer lorsque, guidés par des règles plus sûres, nous pourrons au milieu de la contingence des faits vitaux, nous orienter, suivre pas à pas l'action des médications que nous mettrons en usage, les maintenir et les diriger vers le but que nous poursuivons. Cette œuvre sera longue ; elle •exige beaucoup de persévérance, de sagacité, le concours de tous nos efforts ; mais, dans sa marche ascendante, elle marquera une série de progrès également utiles à la médecine et à la chirurgie*.

En tenant dans ses mains l'ensemble des agents thérapeutiques, la chirurgie pourra être plus hardie sans se montrer téméraire, plus forte sans prodiguer à •chaque instant le fer et le feu comme le voulait Marc-Aurèle Séverin ; elle sera généralement plus douce, plus simple, plus conservatrice, plus habile pour réparer ; elle gardera toute son énergie qui se déploiera suivant les occasions en se mettant toujours en rapport avec la gravité des cas qui réclament tous ses secours^.

En chirurgie, plus encore peut-être que partout ailleurs, le progrès doit être indéfini, quoique ne pouvant pas dépasser certaines limites. Il a deux sources : l'impulsion provenant de la chirurgie même, l'impulsion communiquée par toutes les sciences qui l'entraînent dans leurs mouvements et dont elle doit observer la marche afin de pi'ofiter de leurs progrès.

* Voy. dans ce Dictionnaire l'excellent article Médicament, du professeur Fonssagrives. Nous croyons que les lois de l'hygiène et de la thérapeutique, sans être simples, comme l'ont imaginé les systématiques, ne sont pas aussi compliquées qu'on pourrait le penser au premier abord. Des lois fondamentales peu nombreuses forment par leurs combinaisons une série de lois secondaires. Après avoir constaté les effets des grands modificateurs, on pourra se rendre mieux compte de leurs manières d'agir, de leurs rapports avec ces lois; on connaîtra bien mieux aussi les usages que l'on peut en faire soit isolément, soit en les associant.

- Les gi-andes écoles ont, chacune, des tendances pariiculières; elles portent plus spécialement leurs études sur certains points déterminés, dans un sens ou dans un autre; mais chacune se mêle aussi à toutes les grandes questions; elles ont toutes un esprit commun qui se rapproche de celui que nous avons mentionné à l'occasion de l'école de Montpellier. Cet ■esprit est un éclectisme reposant sur l'ensemble des faits. Au milieu des oscillations qui se manifestent, des dissidences, des discus-ions les plus animées, il sert à effacer peu à peu les divergences, à coordonner les recherches, à les fondre les unes dans les autres, de manière à les faire concourir, dans une juste mesure, au progrès général.

CIIIUURGIE (histoire de i.a).

Nous aurions voulu suImc plus largemeul, pour le dix-neuvième siècle, le plan que nous avons esquissé pour le siècle précédent. Après quelques mots relatifs aux événements considérables qui se sont passés à cette époque, nous aurions porté rapidement nos regards sur les institutions médicales, les écoles, les académies, les transformations profondes des sciences (physique, chimie, histoire naturelle, anatomie, physiologie) ; les doctrines médicales, les conquêtes positives de la pathologie, de la thérapeutique. Nous aurions tracé ensuite l'histoire abrégée de la médecine militaire, de la médecine navale, des enseignements cliniques généraux et spéciaux, celle des progrès accomplis dans les diverses branches de la chirurgie, en indiquant la part qui revient à chacun de ces éléments : après avoir constaté. ce qu'ils ont produit jusqu'à présent, nous nous serions efforcé de montrer ce que l'on doit en attendre dans l'avenir. Des notices biographiques auraient fiiit connaire les hommes éminents dont les efforts réunis ont le plus contribué à imprimer à la chirurgie contemporaine le caractère et le mouvement qui la distinguent.

Réduit à s(jn expression la |dus simple, ce plan aurait encore exigé de longs développements. Nous avons dii en abréger ou même en supprimer une grande partie et nous borner le plus souvent à des considérations générales, à l'indication des progrès les plus saillants. Les points que nous avons omis et que nousf aurions eu à examiner dans leur ensemble, seront traités isolément, mais avec détails, dans plusieurs articles de ce Dictionnaire.

Ceux qui voudront étudier dans son entier l'évolution de la chirurgie au dixneuvième siècle, devront lire l'important ouvrage que M. le docteur Rochard, chiruigien principal de la marine, pidjlie en ce moment sous ce titre : Histoire de la chirurgie française au dix-neuvième siècle. Grâce à l'obligeance de notre collègue, le professeur Fonssagrives, nous avons en ce moment sous les yeux les cent premières pages de ce livre : elles suffisent pour juger son plan, son esprit général, les qualités qui le distinguent. L'auteur a fait largement ce que nous aurions voulu faire dans des proportions bien plus modestes. Divisant son travail en plusieurs périodes, le docteur Rochard s'est livré pour chacune d'elles à des recherches longues et précises : avec une verve entraînante, il a tracé un tableau complet, vivant, animé, de la chirurgie française au dix-neuvième siècle, depuis 1792 jusqu'à nos jours. L. Boïer.

Bibliographie. — Cette biljliograpliie sera beaucoup plus courte que celle de l'histoire de la médecine, à laquelle nous renvoyons pour un grand nombre d'indications. En effet on a peu écrit sur l'iilîtoirc de la chirurgie; et la plupart des ouvrages généraux sur celle de la médecine renl'ermenl aussi des détails sur la chirurgie.

Ouvrages généraux; Considérations diverses sur l'histoire de la chirurgie. — Gesneb (Conr.). De chirargia scriplores ojttmi qidque veleres et recenliores in unum conjuncli volmnen Tiguri, 1555, in-lol. — Slf.vogt (J. lladr.). De fntis chirurgiœ lenœ, 1005, in-4°, et m allemand in Sammluny ciniger kleinen Schriften ûbcr den Ursprung der Wundarzneikumle. Erl'urt, 1757. — I'latnek (Jos.-Z;ich.]. De cliirurgia artis mcdicœ parente. Lipsiœ, 1721, in-4°, in Opusc, t. II; et in Sammhing einiger kleinen, etc. Erfurt, 1757. — Vateb (Abr.). De chirurgiœ antiquitate et dignilale et colleqiorum chiriirgicorum ulililnlc. Vitebcrgœ, 1728, m-i". — Gi.execk (Ad.-Jus) Vindiciœ artis chirurgiœ, seu dissert historicopolilico-juridica de niobililale et prccslantia chirurgorum prœ pharmaco polis. Viennre, 1 729, in-i». — JIaurer (J.-Gev.). Yade mecum citirurgi.cum, worin der Ursprung und die heulige Beschaff'cnheit der Chirurgie entworfen wird. Scliaflliausen, 1731, in-8°, et 2° édit. : Griindliclic Einleitiing zur Chirurgie, Frankf. und Leipz , 1735, in-S". — Gojcu (Benj.). A Short Historical Account of Ihe f!ise and Progrcss of Surgcry and Anatomy. In A Practical Ireatise on Wounds, elc. Noi'wich, 1767, iii-S". — Poutal (Anl.). IIMotre de l'analmnie et de la chirurgie. Paris, 1770-73, pelit in-8°. G vol. — Dujakdin et Peïrii.iie. Histoire de la chirurgie depuis son origine, etc. Paris, 1774-1780, in-4°, 2 vol. — Niethammeh (C.-F.). De

CHIRURGIE (histoire de la), Ub

statu rei chirurgicœ et obstebriclce plurimh in lerris deplorabili observalionibus confumalo. lena", 1770, 111-4°. — Vigiliis de Cheutzenfeld. Bibliollicca cliirurgica in qua rcsoinncs ad chirurgiam pertinentes ordine alpliabetico, ipsi vero xcriplorcs quotquot ad annnni usque 1779 innotucrunt, ad singulas rnnleiias ordine c/tronologico exliihentur, etc. Vienntc, 1781, 111-4°, '2 vol. — RiEGELs (Me). De fatis faustix et infauxlix chirurgiœ, necnon ipsius, etc. llafnisî, 1788, in-S". — Auilgaard (!'.-Chr.). Additamenta XII ad conimenlationeni historicam de fa'.is faustis et infaustix chirurgiœ (du précédent). Hafnise, 1788, in- 8°. — Malcras F.). Précis liixtorique sur l'art de guérir et spécialement sur la chirurgie. l'uri?, an XI (1803), in-S". — Smith (John'. De historia chirurgiœ. Ëdinb., 1826, in 8°. — Dezei.mf.iiis. .\rt. Chirurgie (hi-t). In Dict. historique de la méaerinc ancienne et moderne, t. I, 1828, 111-8». — Maxdt (M.-W.). Kurzcr Umriss der (]eschic/i/e der Chirurgie bis m An fange unseres .Jahrlnmderls. GreiCswal I, 1833. in-8°. — Bi rtoni (Aug.). Nonnulla de chirurgiœ historia. l'avia, 185', in 8°. — Estor. Histoire et philosophie de l'École chirurgicale de Montpellier. Mont|i. 1841. — Mai.gaigne. Lettres sur l'Iiisloire de la chirurgie. In Gai. des hôpit., 1842 (une douzaine d'articles). — Du même. Essai sur l histoire de la chirurgie. Ibid., 1846, p 16(5. — Du MÈ.ME. Essai sur l histoire et la philosopidc de la chirurgie. In Un. med., 1847, 110 2, 6. — GnuMiER (.l.-W.-L ). Geschichte der l'.Inrurgie von den Urzeiten bis zum Anfange des Xi'llUcn Jahrhunderts. Bi'eslau, 1859, in-S». — ILeser (11.). Uebersiclit der Geschichte der Chirurgie und des drztlichen Standes (Einleilung zu : Von Pitha und Dillroth's Ilandbuch, etc.). ErlaUtien, 1865, in-8"'. — Czerny. Ueber die Beziehung der Chirurgie zu den yaturwissenschafien. Freiburg im Brisg- , 1872, in-8».

Histoire de la cliiruryie aux dillérentes époques et dans les différents pays. — Antiquité. — GŒi.icKt:. Historia chirurgiœ anliqita. Ilakc, 1713, in-8°. — J ecjer (J.-Cli.). Uniriss des Zustandes der Wundarzneikunst bel den allen IVihncrn. Vorzihjlick, etc. Fraiiklurl a. M , 1789, et Ibid., 1799, in-8». — Gessciier (W ). Die Wundarzneikunst des Hippokrates (Irad. du holland.;. Uildbnrpbausen, 1795, in-8». — IIosack (David). Observ. on Surgery of llie Ancient. In Essays ou Varions subjecls, etc. New-York, 1824, t. I, in-8°. — Kuchexmeister. Ueber das in Homer in Detreff' der verschiedenen Arien der Wunden niedergelegte, etc. In Gunsberg's Zcitschr., t.. VI, p. 31; 1 55. — Tuexdflexblrg (Fr.). De vetcruni Indorum chiriirgia. Berol., 1860, in-8». — Petrequin (.I.-E.). Études nouvelles sur la chirurgie d' Uippocrale et spécialement, etc. In Ann. de la Soc. deméd. d'Anvers, p. 461, 186.S.

Moyen âge. — Devau.v (J.). Index fanereus chirurgorum Parisienshuu, ab anno 1315 ad ànnum 1729. Tré onx, 1714, in-12; et complété ju.'-qu'en 1729, à la suite des Uecherches critiques, elc. de Qucsnay. — Quesnay. Uecherches critiques et historiques sur les divers états et sur les progrès de la chirurgie en France. Paris. 174i, in-4». — Leveling (H.). Historia chirurgico-anatomica facuUalts medicœ Ingolstadiensis ab anno 1472, etc. Ingolsladii, 1791, in-4°. — Spiiengel (C). De sœva pariter ac debili Iruncoque medii œvi chirurgia. Ilalœ, 1825, in-8 . — Berrut Saint-Prix Recherches sur l'histoire et la législation des barbiers-chirur- ^ien-s. Paris [Anal, in Gaz. méd., 1837, p. 669). — Malgaigxe. Histoire de la chirurgie en Occident du sixième au seiiièmc siècle. Introduct. aux OEiwres d'Ambr. Paré. Paris, 1840, t. I, gr. in-8». — Choulant ^L.). Die Chirurgie iin friiheslen Millelnlter. In Ihcser's Archiv fiir, etc., t. I, p. 407, in-8» ; 1840. — Gellarier. Introducl'ton à l'élude de Guy de Chauliac. Thèse de Montpellier, 1^56, n° 75 et Montp. , 1857, iii-8». — Petbequin. Histoire de la chirur. à Lyon. In Gaz. méd., 1850, p. 235, 249.

Temps modernes. — Gœlicke (A.-Ott.), Historia chirurg'œ rccentior, seu séries plerorumque sinon omnium scriptoruui noviss'inioruin qui seculo deciino sexto et circa in'iiimn de cimi se/itimi, chirurgiam operibus sui illustrariint. llalee, 1713, in-8». — Sharp (Sam.). Critical Inqniry into the Présent State of Surgery. Lond., 1750, in-8°, trad. fr. Paris, 1751, jii l2. — Laflize (Dom.). Discours sur les faveurs que Louis le Bien-Aimé a accordées à la cliiriirgte et sur les progrès qu'elle a faits sous son règne. Nancy, 1773, in-8°. — Theden. Progrès ultérieurs de la chirurgie. Trad. de l'angl. Bouillon, 1777, in-12. — IIonezowsky. Medizinisch-chirurgische Beobachtiingenaufscinen Reisen durch England und Frankreick. Wien, 1783, in-8°. — Do même. Med. cidrurq. Beobachtunyen iiber die netierc Geschichte der Chirurgie in den k. k. Staalen. 'Wien, 1783, in-4°, etc. — Kœwis [\\.). De chirurgiœ recentioris jirœ veteri prœstanlia et progressu. Halniaî, 1788, in-4°. — Mursinna (Chr.-Ludw.). Rede iiber die Geschichte der pveu.ssischen Chirurgie im achtzelinlen Jahrhundert. Berlin, 1804, in 8». — Hecker (\.-F.). Wodurch rcifle die CInrurgie dem grade ilirer geyenwârtigen Vollkommenheit entgegen? elc. Berlin, 180U, iii-8». — Briot. Histoire de l'état et des proqrès de la chirurgie militaire en France pendant les guerres de la Révolution. Besançon, 1817 in-8°. — RiciiEiiAND (Anth.) Hist. des progrès récents de la chirurgie. Paris (Bruxelles), 1825, in-S». — Si rixger (G.-C.-B ). De Gallorum chirurgia observationum sylloge. Lugd. Datav., 1827, in-8». — Dcgès. De l'influenee des sciences naturelles sur les progrès de la r/iiriirgie moderne. V^ris et Montp., 1827, iii-8°. — Pacini (L.). Rcflessioni crilicc sullo itato délia chirurgia italiana. Luccj, 1852, iii-8». — Bouisson (E.-F.). Parallèle entre la

446 CIIISHOLM.

jjalJiologie chirurgicale des écoles françaises et la pathologie chirurgicale des écoles étrangères. Tli. de conn. (ch. de path. e\t.). Montpellier, 1840. — Andbieu. Influence de l' érudition et des méthodes philosophiques sur les progrès de la chirurgie. Idem, ibid., 1840. — AcKEBMANN. Rcsutué histuriqnc de la chirurgie mintaire en France. Paris, 1844, in-4». — Bhnoit. Exposer et apprécier les découvertes faites en chirurgie clinique depuis le eoimuencement du dix-neuvième siècle. Th. de conc. (ch. de clin, chir.l. Montpellier, 1850. — CmtEsriEN. De l'influence des travaux et des découvertes anatoniiques depuis Vésale sur les progrès de la jmtliologie chirurgicale. Tli de conc. Monlpelliei", 1855, in-8°. — Gaibonei;. Ilifitorial Sketch of the Boijal Collège of Surgeons of Edinhurgh. In Edinb. Med.J., t. V, p. 559; 1859-60. — Corbadi (Alf.). Délia cliirurgia in llalia dagli ultimi anni del secolo scorse fino al présente. (Méni. cour.). Bologna, 1871, in-4''.

Chirurgie militaire [voij. Militaire (Service de santé), la Bibliographie]. — Médecine navale (voy. ce mot).

Instruments anciens et modernes. — Scultet (J.). Armamentarium chirurgicum. lllni, 1655, in-4°, pi. 43, plus. édit. — Arnemann (J.). Uebersicht der beriitimlcsten tind gebrâuchlichslen chirurgisclien Instrumente altérer iind neun-er Zeiten. Gôttingen, 1790, in-S". — RuDTORFFER (Fr.-X.). Armamentarium chirurgicum selectum, oder Abbildung und Beschreibung der vorziiglich.sten âltern und neuern chirurg. bntrumenle. Wien, 1817-21, in-fol., pi. 50. — KiJHN (Car -Glo.). Progr. I, II. De insiruinentis c/iirurgicis, veleribus coqnilis nuper effussis. Lipsa3, 1825, in-4°. — IIeinrv. Précis descriptif sur les instruni. de chirurgie anciens et modernes. Paris, 1825, in-8°, fig., plus, édit — Ott (I-'r.-Aiidr.) . l.ithographische Abbildungen nebst Beschreibung der voniiglichern âlteren und neueren ciarurgisclien Wcrkzeuqe

und Verbânde. tiach, etc. Miiiichen, 18"29-30, in-8''. Mùnchen, 1839-40, in-fol. traiisvers.

Seerig (Alb.-W -llerm.). Armamentarium chirurgicum, oder Sammlung von Abbilduiigen chirurgischer Instrumente altérer und ncuerer Zcil. Breslau, 1855-50, in-8°, 'i vol., allas in loi. — CoLOMBAT (de l'Isère). Dictionnaire historique et iconoqrnphiquc de toutes (es opérations et des instruments, bandages appareils de la chirurgie ancienne èl moderne Paris 185r>, in-8°, 2 vol. — Vi'Lpes (B.). Illuslrazione di lulli gli slruinenli chirurgici scavati in Ercolano e in Pomjwi e che era couservaiisi nel. H. Musco ISorbonico di Napoli NapoJi, 18i7, in-(ol., pi. 7. — Dauemuerg (Ch.). Analyse de la notice de M. Vulpes sur les instruments de chirurgie trouvés ci llerculanum. In Union mcd., 18 i8, p. 126. — Jahn (B.-O.) Nolizen liber chirurg. Instrumente ans dem Alterthum. In Berichle der sitchs. Gesclkch. der Wissenschaften, etc., t. CI, p. 330, pi. ; 186!.

Nous aurions pu grossir indéliniment celte notice en y insérant la multitude dvcrits, de pamphlets, de libelles suscités dans le siècle dernier par la grande querelle des médecins et des chirurgiens, et si nous avons cité Quesnay c'est parce que bien que rédigé dans un but de polémique, son ouvrage donne une histoire détaillée, du développement de la chirurgie en France. £. Eco.

niISECCO. D'après Walkenaër, on donne ce nom à un arbre du Congo, dont toutes les parties sont regardées comme lobrifugcs. On l'emploie d'ordinaire en poudre. Appliqué sur le front, il prévient, dit-on, les évanouissements.

W'alkenaer. Votjages, XIV, 279. — Méhat et De Lens. Dictionnaire de matière médicale, 11,258. Pl

CHisuoLiTi (Colin), né dans le comté d'Inveruess (Ecosse), en 1755, étudia la médecine à Edimbourg, et après avoir pris ses degrés, il entra en 1775 dans l'armée avec le titre de chirurgien. Il servit en Amérique pendant la guerre de l'Indépendance, et, à la paix (1783), il fut placé à la tète de l'hôpital Saint- George dans l'ile de Grenade, dans les Antilles; puis il occupa le grade d'inspecteur général des hôpitaux des îles du Vent. Rentré enfin avec sa retraite en Angleterre, il résida à Bristol et à Clifton, où son mérite lui fit bientôt une belle position, sans que les occupations de sa clientèle l'aient empêclié de se livrer à des travaux scientifiques. Ce médecin distingué succombai Londres, le 2 février 1825.

Chisholm a heureusement profité de ses voyages et de son séjour dans les régions tropicales, pour étudier les maladies propres à ces contrées. Ses idées sur la fièvre jaune qu'il déclarait éminemment contagieuse, soulevèrent alors une. assez vive polémique.

CHLADNI. 447

Nous donnerons ici la liste des principales publications du docteur Chisholm.

I. History of a Singular Affection of llie hiver wliicli prevailed epidemicalhj in some Parts ofWest-liulies. In Med. Comment., t. XI, p. 553; 1786. — II. Obs. on tlie Influenza. asit latehj appeared in llie West-Indies. Ibid., t. XV, p. 5'25 ; 1790. — lU. liistonj of an Uncommon Epidémie Fever observed in tlie Island of Grenada. Ibid., t. XVIII, p. '267; 1793. — IV. A sliort Account of t/ie Epidémie Poltjpus of Grenada. In Ann. of Med., t. V, p. 407, 1790. — V. An Essay on Malignant Fever introduced inlo West-india, from Boullam in tlie Coast ofGuinea as it appeared in \19^ and 1794, I.ondon, 1705, in-S", 2° édU. (trèsaugm.). Ibid., 1801, 2 vol. — VI. On the Poison of Fish. In Edinb. Med. and Surg. /., t. IV, p. 393; 1808. — VII. A Leller to J. Haygarlh... exhibiting farther Evidence of the Infections Nature of this Fatal Distemper in Grenada, etc. Lond., 1809, in-8''. — VIII. On the Lues Bovina interlropicalis. In Ed. M. a. S. J., t. VI, p. 32, 150; 1810. — IX. Un grand nombre d'articles sur la lièvre jaune des Antilles et son mode de transmission dans le Joiirn. d' Édinbourg de 1810 à 1815. — X. On the Malis Dracunculus, or Guinea Worni. In Ed. M. a. S. J., t. XI, p. 145 ; 1815. — XI. On the Slatistical Palhologij of Bristol and Clifton. Gtoucestershire. Ibid , t. XIII, p. 265; 1817. — XII. A. Manual of the Climate and Diseuses of Tropical Counlries. Lond., 1822, in-S". E. Bgd.

CHITIMACHES. Ancienne tribu de l'Amérique du Nord, aujourd'hui éteinte.

CHITIIWE (xiT&jy, tunique). Le nom de cliiline a été donné par M. Odier à la substance organique qui constitue en grande partie le squelette tégumentaire des crustacés, et qui, comme on le sait, est identique avec celle qui forme le squelette tégumentaire et lesélytres des insectes {voy. Cantharides). Ce corps est amorphe, transparent, insnluble dans l'eau, l'alcool et l'éther. Sa n;iture intime ne paraît pas encore être complètement connue. D'api es certains chimistes, elle ne renfermerait pas d'azote, et, suivant d'autres, elle eu contiendrait une petite quantité.

M. Stadler, d'après ses dernières recherches, envisage la chitine comme un glucoside qui, sous l'influence des acides ou des alcalis, donne du sucre. En absorbant de l'eau, le dédoublement s'opère, et il se produit du sucre, etprobablementun corps offrant la composition de lalactamide. li lui assigne la formule : Ci«H'*AzÛi\

La préparation de la chitine ne présente aucune difficulté; elle s'opère de la manière suivante : les différentes parties du squelette tégumentaire d'un cr\istacé sont traitées d'abord à froid par de l'acide chlor hydrique étendu d'eau, de manière à dissoudre complètement les sels calcaires qui se trouvent à la surface du test; on lave le résidu à l'eau distillée, et on le fait bouillir pendant plusieurs heures avec une dissolution de potasse, qui dissont les substances albumineuses adiiércntes au test, et qui n'exerce pas d'action sur la chitine, celte substance est de nouveau lavée à l'eau distillée puis purifiée au moyen de l'alcool et de l'étlier.

On peut l'obtenir encore en épuisant les élyties des hannetons successivement par l'eau, l'alcool, l'éther, l'acide acétique et les alcalis bouillants, le résidu inattaquable par les dissolvants, constitue la chitine et a conservé la forme des élytres.

CHLADI^I (Erv.\. Fr. Fl.). iVous mentionnons ici ce savant physicien en raison de ses découvertes dans une branche des sciences physiques qui intéresse la physiologie, l'acoustique. Né à Wittemberg, le 30 novembre 1756, il s'était fait recevoir docteur en droit, mais, obéissant à une autre vocation, il se livra exclusivement à l'étude des sciences physiques; il s'est surtout attaché à reconnaître et à déterminer les effets des vibrations des corps sonores, et on lui doit d'importantes recherches sur le son, l'écho, et particulièrement sur le ton ; on lui

448 CHLORACETAMIDE.

doit également l'invention de divers instruments de musique. Chladni est mort en 1827, âgé de 61 ans.

Nous citerons seulement de lui :

Traité d'acoustique, traduit de l'allemand par l'auteur. Paris, 1809, in-8», pi. E. Bon.

CHLOASiMil (de X^oaÇsiv, pâlir) . On a donné ce nom aux taches qui forment le masque des femmes grosses {voy. Masque), à celles qui apparaissent sur la peau des aménorrhéiques et aux tâches dites hépatiques. D.

CHLORA (L. Gen., n. 1258). Genre de piaules, de la famille des Gentianacées, qui se rapproche beaucoup, par son organisation, des Gentianes, dont il a les propriétés. Ses fleurs sont 6-10-mères. Le calice est à divisions linéaires. La corolle subhypocratérimorphe, à tube ventru, est tordue, caduque. Les étamines, en même nombre que les divisions de la corolle, sont insérées sur elle et égales entre elles. Le gynécée se compose d'un ovaire libre, uniloculaire, à deux placentas pariétaux, spongieux, pluriovulés; surmonté d'un style dont l'extrémité stigmatifère est bifide avec des divisions oblongues et obtuses. Le fruit est une capsule uniloculaire, bivalve, à graines petites et nombreuses. Les Chlora sont herbacés, annuels, à feuilles opposées, sessiles ou connées-perfollées; à fleurs souvent jaunes, terminales, solitaires ou réunies en cymes souvent bipares. Toutes leurs parties sont amères. Le C. per foliota L. (Mantiss, 10), ou Genliana perfoUatah., est la plus connue des espèces indigènes. Ses fleurs, d'un beau jaune orangé, sont quelquefois grandes. On la trouve dans presque toute l'Europe tempérée, sur les coteaux incultes, dans les lieux humides, sur le bord des ruisseaux. C'était Vllerba Centaurii lutei des anciennes pharmacopées, et elle porte quelquefois chez nous lenom de Centaurée jaune. Elle est tonique, stomachique, fébrifuge, et, quoique moins usitée que la Grande-Gentiane, elle peut la remplacer, ainsi que la Petite-Centaurée. Les espèces européennes nommées C serotina KocH, C. acaminala K. et Z., C. lanceolata K. et Z. sont dans le même cas. Le C. sessilifolia Desvx, qui est le C. imperfoliata de Linné fils, sert en Italie aux mêmes usages. Le C. exaltata Griseb. (Erythrœa Plumieri 11. B. K.), de l'Amérique du Nord, s'emploie comme stomachique et sudorifique. Le C. sessilis'W. est usité à la Plata comme vulnéraire. II. Bn.

Lamk, Itlustr., f. 296. — Gartn. F., Fruct., III, 110, t. 198. — Schkciir, Ilandb., t. lOG — Endl., Gen., n. 3547. — Gren. et Gour., FI. de Fr., II, 487. — Lindl., FI. med.. 521. — RosEXTii., Sijn. plant, diaphor., 590. — D. Bhandza. Ilist. bol. et tkérap. des Gentianacées (thèses de Paris, 180'J), 41, 83.

cnLORACÉTAniDE (Chimie). On en connaît deux : la trichloracétamide, et la qnadrichloracétamide. La première se produit par l'action de l'ammoniaque sur les éthcrs éthyliques perchlorés, tels que l'acétate, la formiate, l'oxalate, le succinale. L'acétate d'éthyle perchloré est le plus avantageux pour cette préparation. 0.1 l'obtient aussi par l'action de l'ammoniaque sur le chlorure de trichloracétyle.

Quand la réaction de l'ammoniaque sur l'une de ces substances est terminée, on traite le produit par l'eau, qui dissout le chlorhydrate d'ammoniaque formé; on dissout dans l'éther le résidu de chloracétamide ; on l'obtient cristallisée par l'évaporation spontanée de l'éther. La trichloracétamide se présente eu lames incolores formées j>ar des prismes droits à base rectangulaire ayant la consistance du talc et se clivant l'acilement. Ils ont un goût sucré, sont très-peu sohibles dans l'eau froide, et très-soluljles dans l'alcool et l'éther. Traités par une solution de

CHLORACETIQUI':. 44&

potasse bouillanlc, ils dégagent de l'ammoniaquo. Mis en digestion avec de l'ammoniaque liquide, ils absorbent de l'eau et se cbangent en tricbloracétate d'ammoniaque, qui cristallise, par l'évaporalion de la liqueur, eu beaux prismes.

C*H^CMzO^ +

= c*cr'0=AziPo

Trichloiacélamide.

Eau.

Tiioliloiacctale d'ammoniaque.

Lorsque l'on expose à l'action du chlore les cristaux de trichloracétamide humectés d'eau, ils se transforment, au bout de quelque temps, en d'autres cristaux incolores, aiguillés, quelquefois très-longs, qui tapissent les parois du flacon dans lequel se fait l'expérience: c'est la quadricliloracétamide. Ce corps a une saveur très-désagréable ; il estinsoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et dans l'éther. Parla chaleur, il entre en fusion, et peut être distillé en partie sans se décomposer. Lutz.

CHLOUACÉTÈ:%IE (G^fPCl). Produit de l'action de l'oxychlorure de carboiusur l'aldéhyde en vapeurs (Harnitzky). C'est un liquide qui bout à 45° et cristallise en lamelles allongées à 6° . D.

CIIORACÉTIQIJE ACiui:. L'action du chlore sur l'acide acétique donn>^ naissance à deux acides chlorés bien déterminés : l'acide chloracélique C^IPCIO'" et l'acide Irichloracéllque C'IICI'O*.

i" Acide chloracétique C*H^C10*. On l'obtient en faisant réagir, à l'ombre, du chlore bien desséché sur de l'acide acétique étendu d'une très-petite quantité d'eau (une demi-molécule). L'action est extrêmement lente; on l'accélère en portant la température de l'acide acétique à 100''. 11 faut éviter les rayons du soleil, car il se produirait sous leur inlluence de l'acide trichloracétiqite. Quand, après un temps considérable, l'action paraît épuisée, on fait passer pendant longtemps un courant d'acule carbonique sec à travers l'acide chauffé à 100" pour chasser l'excès de chlore.

Le liquide ainsi obtenu est incolore, très-acide, possédant l'odeur de l'acide acétique. Il ne trouble pas une solution de nitrate d'argent. Ainsi que l'acide acétique, il décompose les carbonates avec effervescence. Combiné avec les bases, il forme les chloracétates qui ont la plus grande analogie avec les acétates correspondants; ainsi le chloracétate de potasse est déliquescent, le chloracétate d'argent se présente sous la forme de petites écailles d'un blanc éclatant, trèsaltérables à la lumière, et plus solubles que l'acétate. En brûlant, les chloracètes se transforment en chlorures.

2" Acide trichloracétique C^HCPO*. Cet acide prend naissance dans un grand nombre de circonstances : \° par l'action du chlore sur l'acide acétique monohydraté ; 2" par l'oxydation du chloral (aldéhyde trichlorée)

C»1ICP0^

= C*HCF0»

Chloral.

Oxygène.

Acide trichloracétiiiue.

5* par l'action simultanée du chlore et de l'eau sur le protochlorure de carbone C»H* -1- 2G1 -h 4H0 = 3HC1 -f- G»HCP0*

Protoclilorure. Chlore. Eau. Acide Acide

(le carljone. chloihydrique. trichloracétique.

DICT. ENC. XVL 23^

450 CIILÛRACÉTIQUE,

4" par l'action do l'eau sur le clilururc de trichloracétyle

G*CP0^C1 -+- 2H0 = IICl + G41CP0*

CUloi-uie Eau. Acide Aciile

de tricliloiacétyle. chloihydrique. tiiclilor^iiétiiiue.

Exposé à l'action des rayons solaires, l'acide acétique cristallisable absorbe rapidement le chlore; il se produit de l'acide chlorhydrique, du gaz chlorocarbonique, de l'acide carbonique, de l'acide oxalique et de l'acide trichloracétique.

On remplit de chlore sec des flacons à l'émeri de 5 ou 6 litres, et on y ajoute 9 décigrammes d'acide acétique cristallisable par litre de chlore. Ou bouche les flacons et on les expose aux rayons directs du soleil. Bientôt l'acide trichloracétique se dépose sur les parois des flacons sous la forme de givre. On le fait dissoudre dans un peu d'eau, et on fait évaporer la solution dans le vide ; l'acide oxalique cristallise le premier, puis l'acide trichloracétique se dépose sous forme debeaux cristaux rhomboëdriques. On place ces derniers cristaux dansle vide, sur quelques doubles de papier Joseph pour les dépouiller d'une trace d'acide acétique qu'ils pourraient encore contenir.

Si on veut se servir du chloral pour la préparation de l'acide trichloracétique, il faut se servir dechloral anhydre; l'oxydation peut être obtenue par l'action de l'acide nitrique fumant.

Lorsqu'on verse de l'acide nitrique fumant sur du chloral, il y a une action assez vive avec dégagement de chaleur et de vapeurs rouges ; plus tard, l'action se ralentit et a besoin d'être favorisée par l'application d'une douce chaleur. Quand l'oxydation est terminée, on enlève la plus grande partie de l'acide nitritique par la distillation, et on purifie l'acide trichloracétique par sacristallisalion dans le vide.

L'acide trichloracétique cristallise sous forme de rhomboïdes incolores, doués d'une faible odeur à froid, mais qui, chauffés, émettent des vapeurs suffocantes; sa saveur est âpre et caustique ; il blanchit les muqueuses à la façon de l'eau oxygénée ; mis en contact avec la peau, il la désorganise, et produit une véritable vésication ; les cristaux sont déliquescents et par conséquent très-solubles dans l'eau.

Il possède une saveur franchement acide; il ne précipite ni le nitrate d'argent, ni ne décolore les couleurs végétales. Il fond à la température de 46" et entre en ébullition entre 195° et 200" et distille sans altération.

L'acide trichloracétique, découvert par M. Dumas, nous présente un exemple remarquable de substitution. En effet, cet acide n'est que de l'acide acétique dans lequel trois équivalents d'hydrogène, non basique, sont remplacés par trois équivalents de chlore, etcelasansque la constitution moléculaire et les propriétés fondamentales de ce nouvel acide aient notablement changé. En effet, ces deux acides, soumis au même traitement, donnent des réactions semblables. Ainsi, l'acide acétique chauffé avec un excès de potasse, se dédouble en acide carbonique, et en hydrogène protocarboné C^H*. L'acide carbonique reste combiné à la potasse, et l'hydrogènecarboiié se dégage. Dans les mêmes conditions, l'acide chlor acétique se dédouble également en acide carbonique C^O* et du chloroforme. Or le chloroforme C^HCP ne diffère de l'hydrogène protocarboné C^H* que par la substitution de 5 éq. de chlore à 3 éq. d'hydrogène; de plus, ces deux coz'ps sont chimiquement semblables. D'ailleurs, en substituant, dans l'acide trichloracétique, l'hydrogène au chlore, on revient à l'acide acétique ; c'est ce qu'on effectue en

c^iro^'KO

+ oKCl + 2K0

Eau.

Potassium.

Acélale

Cliloruie Polasse.

de polasse.

de poliissium.

GIILORAL (chimie). 451

traitant l'acide tricliloracétique aqueux par de l'hydrogène naissant, produit par un amalgame de potassium

cnicpo* 4

Acide trichloracétique.

Trichloracélates. L'acide trichloracétique se combine facilement avec les oxydes métalliques pour former les trichloracétates. Ces sels sont en général tous solubles dans l'eau. Ils se décomposent, pour la distillation sèche, en chlorures métalliques, gaz chlorocarbonique et oxyde de carbone

C*MCr^O^ = MCI + 2C0C1 H- 2C0

Tous les trichloracétates peuvent être obtenus en triturant les oxydes métalliques, ou leurs carbonates par de l'acide trichloracétique. Lutz.

CULORACÉTYLE (Chimie). L'acétyle est le radical de l'acide acétique; il n'a pas encore été isolé, mais on l'obtient, en combinaison avec le chlore, à l'état de chlorure d'ace(t/iede la manière suivante: On traite, dans une cornue, de l'acétate de potasse fondu, par de l'oxychlorure de phosphore, que l'on y fait arriver goutte à goutte; la réaction est très-vive, et l'opération se termine sans qu'on ait besoin d'appliquer la chaleur. Le chlorure d'acétyle distille ; pour le purifier, on lerectifieà deux reprises sur de l'acétate de potasse fondu. Il se présente, quand il est pur, sous laforme d'un liquide incolore, fort mobile, très-réfringent, plus pesant que l'eau : fumant légèrement à l'air humide ; son odeur est suffocante. II bout à la température de 55". L'eau le décompose; il se forme de l'acide chlorhydrique et de l'acide acétique

G^H^O^Cl

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