CHLORAL (emploi médical
commode; mais le docteur Oré trouve cette complication du manuel opératoire inutile et dangereuse. Je la crois cependant opportune chez les sujets obèses. Labordeveut qu'on ne fasse pas l'injection en plusieurs temps, dans la crainte de déplacer un caillot qui se serait formé dans l'intervalle de deux injection? successives.
Gomme anodin, l'hydrate de chloral a été ordonné à l'extérieur et à l'intérieur.
l" Usages externes. Ils sont de deux ordres : anesthésiques et chirurgicaux; étudions d'abord les premiers. L'action anesthésique locale de l'hydrate de chloral est nulle ou au moins douteuse (Liebreich). Telle n'est pas l'opinion de Horand et Peuch qui regardent cette assertion comme fausse. En effet, appliquant le chloral en nature sur des plaies douloureuses, dans les trajets fistuleux symptomatiques de carie ou d'ostéite, ou bien le plaçant sur la surface dénudée d'un vésicatoire appliqué au niveau d'une tumeur blanche ou d'un point névralgique, ils observent une diminution de la souffrance locale. Or la sensibilité générale n'a pas été touchée, il faut donc que l'effet anesthésique ait eu lieu au point d'application. David Page, en 1870, avait déjà observé les effets calmants locaux du chloral dans la carie dentaire douloureuse. Il faisait cesser la douleur, en plaçant un fragment du médicament dans la cavité de la dent cariée. Ce serait par conséquent un anti-odontalgique direct. Richardson également conseille l'emploi du chloral, comme topique sur les points douloureux des névralgies. Il en a vu de bons effets. Ceci s'explique facilement. L'hydrate de chloral est un irritant qui, mis sur la peau, peut produire de la vésication ; c'est déjà une circonstance favorable dans la névralgie. En outre, s'il est bien prouvé que ce soit un calmant local, il agit encore très-favorablement par contact aux points où le derme est mis à nu. Cette pratique rappelle l'administration de la morphine par la méthode endermique; elle doit en posséder les avantages. Le même auteur suppose que le chloral anhydre, dont l'action irritante et caustique est violente, pourrait être employée avantageusement comme topique sur les tumeurs fongueuses de mauvaise nature. D'une part, il réprimerait leur développement exagéré; de l'autre, il apaiserait les douleurs violentes qui eu dépendent. C'est un corps avide d'eau, qui s'hydraterait au contact des sucs de la tumeur ; celle-ci serait dès lors imbibée d'hydrate de chloral, et cesserait d'être douloureuse. Je ne crois pas que la pratique ait cherché à vérifier l'exactitude de ces visées théoriques. Le docteur Strother a recommandé les applications locales de solutions saturées de chloral, contre les douleurs gaslralgiques et pleurodyniques ; dans le rhumatisme, musculaire, dans les névralgies. On frictionne les parties douloureuses jusqu'à ce qu'on ait obtenu de la vésication. On panse alors comme s'il s'agissait d'un vésicatoire volant. Vidal préconise la solution de chloral à 2 p. 400, contre le prurit des dermatoses; en lotion ou bien appliquée à l'aide de compresses.
C. Paul, dans les sciatiques graves, faitune petite incision à la peau au niveau d'un foyer douloureux, puis il introduit dans la plaie un gramme d'hydrate de chloral en poudre. Les malades ne tardent pas à être soulagés.
Usages chirurgicaux. Je ne veux pas quitter ce chapitre des usages externes de l'hydrate de chloral, sans mentionner quelques autres applications moins en rapport, il est vrai, avec ses propriétés anesthésiques, mais qui s'y rattachent tout au moins par un lien historique. C'est en recherchant les propriétés sédatives sur les plaies, de l'hydrate de chloral, qu'on a découvert ses qualités pré-
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cieuses comme topique. La première, eu date, de ces applications nouvelles très-intéressantes, est due à Fraucesco Accetella (1871). Cet auteur a imaginé de
1 panser les ulcères vénériens, avec des solutions concentrées d'hydrate de chloral.
-' A l'aide d'un pinceau, on étend sur la plaie quelques gouttes de cette solution. Bientôt elle se déterge, bourgeonne et se cicatrise. Les ulcérations syphilitiques les plus rebelles ont cédé à ce mode de traitement. Ainsi, les chancres mous, simples ou diphthéritiques, les chancres phagédéniques, les ulcères infectants primitifs, sont traités avec grand profit pour les malades, par ce moyen fort simple. On sait que le chloroforme a été vanté dans les mêmes cas par Zlamal et Bouchardat. C'est, disent-ils, un excellent topique contre les accidents syphilitiques primaires.
Le chloral peut-il, au contact des liquides alcalins des plaies, se transformer en chloroforme et agir sous cette dernière forme? C'est possible. La démonstration est à faire. J'ai dit déjà, d'après le professeur Gubler, que la transformation ne se faisait pas au contact de la sérosité d'un vésicatoire. Il pourrait bien en être ainsi sur les plaies lubrifiées par des liquides alcalins mais albumineux : l'hydrate de chloral agirait donc encore ici en tant que chloral.
Deux médecins français, MM. Dujardin-Beaumetz et Martineau, ont généralisé cet emploi, comme topique, de l'hydrale de chloral. Ils se servent de ses solutions, pour panser les plaies de mauvaise nature, les ulcères atoniques ou gangreneux à suppuration abondante et fétide et n'ayant aucune tendance vers la cicatrisation. On prépare une eau chloral ée à 1 "/„ ; on en imbibe de la charpie ou une compresse, et la plaie en est recouverte, comme s'il s'agissait d'un pansement à l'alcool ou à l'acide phénique. Très-vite, les surfaces suppurantes se détergent, bourgeonnent et marchent vers la cicatrisation. Les résultats les plus beaux ont été obtenus dans les vastes eschares des malades atteints de fièvre typhoïde.
M. Beaumetz, qui, le premier en France, est entré dans cette voie, explique les puissants effets du chloral sur les plaies par sa propriété fermenticide. En effet, ainsi que je l'ai déjà dit, expérimentant avec Hirne, il a constaté qu'une solution au ^-^ empêche toutes les fermentations. Le fait n'a rien de surprenant, le chloral est toxique pour les animaux supérieurs : il doit donc à plus .forte raison tuer les germes, les microzoaires ou les microphytes dont le développement détermine les fermentations.
Cependant, ainsi que le fait remarquer Martineau, l'hydrate de chloral n'est pas un désinfectant, car les plaies qui sont arrosées de ses solutions gardent leur odeur fétide. En combinant le chloral à l'alcoolé d'essence d'Eucalyptus (alcool, 1,000; huile essentielle d'Eucalyptus, 10), on obtient un mélange désinfectant, et pourvu des propriétés, énoncées plus haut, sur les surfaces suppurantes, propres à l'hydrate de chloral. Voici la formule donnée par Martineau.
Solution d'hydrate de chloral à 1 p. 100 1000
Alcoolé d'essence d'Eucalj-plus 100
Ce liquide, injecté dans les foyers purulents à odeur putride tels que ceux de la pleurésie purulente, des kystes suppures etc., fait disparaître la fétidité du pus •en même temps qu'il en diminue la quantité et favorise singulièrement la guérison. Beaumetz a encore essayé les solutions d'hydrate de cMoral dans les catarrhes vésicaux pour tarir la sécrétion morbide et empêcher lu fermentation de l'urine. 11 a vu que leur injection dans la vessie pouvait rendre de bons services; elle était calmante et modificatrice des surfaces enflammées.
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Guyon a été moins favorisé, etiladû renonceràla solution chloralée àlp. 100, dans la cystite, à cause de ses effets irritants trop marqués.
On a encore prescrit la solution à 1 p. 100 dechloral dans \a stumatite ulcéromembraneuse; la métrite interne (Beaumetz) ; dans la vaginite ou la blennorrhagie, avec succès [Parona (1870), Gamberini], et sans résultat (Coignard et Horteloup) ; dans Veczéma chronique (Beaumetz) ; dans V angine diphthéritigue, mais alors très-concentrée, etc.
C'est à titre d'astringent ou de modificateur des muqueuses enflammées que le chloral produit de bons effets dans ces diverses affections ; au contraire, dans la diphlhérie, ce sont ses propriétés caustiques que l'on utilise.
Gomme parasiticide, il a guéri un certain nombre de malades atteints de la gale [Luigi Amici (sol. au j^ avec 20 grammes de glycérine)], et il favoriserait la cure de la teigne (Beaumetz).
Cette énumération nous montre combien nombreux peuvent être les usages des solutions de chloral. Diluées au centième ou au cinquantième, elles servent aux pansements des plaies simples, des ulcères syphilitiques, gangreneux, scrofuleux ou cancéreux; elles tarissent la sécrétion des muqueuses enflammées ; elles désinfectent les sécrétions morbides (jui ont un caractère putride ou ichoreux ; presque toujours elles donnent aux plaies un meilleur aspect et favorisent la cicatrisation de celles qui sont curables ; elles pénètrent dans les poches purulentes, dans les trajets fistuleux, dans les clapiers purulents, les anfractuosités des décollements cutanés par suite de phlegmon, pour modifier les surlaces sécrétantes, rendre de bonne nature la suppuration et la désinfecter. Concentrées, les solutions chloralées peuvent être utilisées comme les caustiques légers ou les cathérétiques ordinaires, pour réprimer les bourgeons exubérants des plaies et empêcher les hémorrhagics de se produire en nappe à leur surface ; pour enrayer des tendances ulcératives et mettre obstacle à une genèse par trop rapide d éléments morbides de mauvaise nature (ulcères cancéreux, lupus, cancroïdes, etc.). Toutes ces applications dérivent évidemment de ces quatre propriétés fondamentales du chloral: fermenticide, astringent, caustique et sédatif local.
Son avantage sur l'alcool, l'acide phéuique, les solutions chlorurées ou d'autres agents vulnéraires doués, comme lui, de vertus parasiticides et désinfectantes en même temps que cathérétiques, serait d'être anesthésique local. Le chloroforme seul a des propriétés identiques, mais il est moins commode à manier; il est peu soluble et très-volatil.
2" Usages internes. Le chloral a été donné comme anodin dans presque toutes les affections douloureuses, mais avec des effets très-divers. Voici cependant les cas où il semble réussir le mieux.
Névralgies. Spencer Wells, Namias (de Venise), furent les premiers à imaginer cette application, et guérirent l'un une sciatique, l'autre une névralgie sus-orbitaire grâce au chloral. Cetexemple fut suivi, et les cas de névralgies guéries par ce médicament devinrent assez nombreux. On a cité des observations favorables dans les espèces suivantes : névralgie faciale (G. -G. Ogilvie Will, Rémond et Liouville) ; sciatique (Bence Jones, Zuber) ; névralgie intercostale consécutive à un zona (Archambault) ; hysléralgie (J.-Y. Simpson) ; névralgies réflexes diverses (Verneuil, Cadet Gassicourt) ; hyperesthésie des parois de la poitrine chez les phthisiques (Namias) ; névralgies syphilitiques (Mauriac). Les douleurs de l'ataxie locomotrice (Liebreich, JohnFaure) céderaientmomentanément à l'usage du chloral. Dans les observations des auteurs que nous citons, on signale
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l'efficacité de l'agent aneslhésique, dans la névralgie, sans tenir compte des phénomènes vasculaires qui la compliquent. Le plus souvent, c'est de l'hypérémie, mais parfois c'est un état inverse : il y a plutôt anémie. Le médicament est-il plus particulièrement indiqué dans l'une, la névralgie congestive, que dans l'autre, l'ischcmique ? 11 est probable qu'il doit mieux agir quand la névralgie s'accompagne d'hypérémie ; il a une action tonique vasculaire qui permet de faire cette hypothèse. Il est bon de reconnaître que, dans le cA/om/zsme chronique, les vaisseaux de la face sont dans un état paralytique qui favorise l'atflux du sang dans celte l'égion, tandis que dans le reste du corps les capillaires sont comme contractures (Anstie). On aura donc à tenir compte de ces effets, principalement dans les cas de névralgie faciale, tenace, congestive. Dans les névralgies, le chloral est souvent plus qu'un simple sédatif de la douleur ; il est ciiratif et du symptôme et de la maladie elle-même. C'est, tout au moins, l'opinion émise par les médecins dont nous rapportons les noms. Je crois qu'elle est trop absolue. Les faits ne sont pas assez nombreux encore pour avoir la signification qu'on leur prête. D'ailleurs, les névralgies reconnaissent pour origine des causes très-diverses contre lesquelles le chloral n'a rien à faire. Admettons donc qu'il est simplement analgésique. Il serait à souhaiter qu'il réussît toujours même contre le symptôme; la preuve n'en est pas faite d'une manière péreraptoire; dans certains cas, la douleur persiste malgré le chloral. '
Arthralgies. Les douleurs articulaires peuvent dépendre de bien des causes, de bien des lésions. Tantôt il s'agit d'une inflammation (arthrite), tantôt d'une fluxion rhumatismale; d'autres fois, c'est une tumeur blanche, etc. La nature des maladies douloureuses des jointures n'est pas moins variable. Elles sont scrofuleuses, syphilitiques, arthritiques. Assez souvent, c'est une blessure qui cause l'inflammation articulaire. Dans tous ces états pathologiques, on a agi contre l'élément-douleur avec le chloral. Fréquemment, le calme a été produit (Observations de Zuber, Ferrand, Nainias, Offret, W. Ogle, etc.). Il n'est pas jusqu'aux symptômes douloureux de la goutte qu'on n'ait fait céder grâce à l'agent aneslhésique (F. Plomley, Bergeret de Saint-Léger, L. Turnbull, W. Ogle, etc.). Liebreich est partisan du chloral dans la goutte, à la condition de l'associer au bicarbonate de soude, pour neutraliser l'excès de l'acide urique du sang et favoriser son dédoublement en chloroforme, impossible en présence de cet acide !
Mauriac a vérifié les bons effets du chloi'al à la dose de 4 à 1 0 grammes, comme calmant, chez les sujets affectés de blennorrhagie et ayant des manifestations de rhumatisme ou d'arthrite. Presque toujours, le sommeil était obtenu, excellent et comme naturel ; au réveil, l'anesthésie se maintenait, les douleurs ne reparaissaient pas ou étaient très-supportables.
Viscéralgies. Certaines maladies douloureuses de l'estomac, de l'intestin, de l'utérus (Dysménorrhée, etc.), etc., ont été traitées avec succès par le chlolal. Swift-Walker a vu de bons résultats obtenus de son administration, dans les dyspepsies douloureuses avec hypercrinie gastrique, retentissement sur le Lîceur, se traduisant par des palpitations. Offret, chez un malade atteint de gastralgie symptomatique d'ulcère simple, a obtenu un amendement notable de la douleur en prescrivant le chloral. Ce médicament lui réussit également bien chez un autre malade souffrant d'un ténesme rectal douloureux, suite de dysenterie. J'ai signalé déjà l'hystéralgie, parmi les états douloureux que le chloral peut réprimer. On n'a pas manqué d'opposer cemédicament aux atroces douleurs de la colique hépatique (Liebreich, Zuber, Giraldès). L'idée était bonne. Pugliese
194 CHLORAL (emploi médical).
(de Tarare) voit en In ui nvéritable spécifique de te vicetscéralgie : 4 grammes arrêteraient net les crises douloureuses. Avec Perroud, il suppose que le médicament est absorbé par la veine-porte, et qu'il agit topiquement sur le foie. J'ai été moins heureux que le docteur Pugliese. Dans un cas de colique hépatique violente, j'ai donné en vain près de 10 grammes de chloral en lavement à trois reprises différentes dans l'espace de huit heures. On a cherché à calmer les crises de cottque néphrétique par le chloral. Serrulaz, Bouchul, Canadax, Alvarez Crespo, sont arrivés à de bons résultats. Mais Pugliese a échoué chez un de ses malades. J.-J. Simpson a encore utilisé la propriété anesthésique du chloral dans la cystite douloureuse, dans l'irritabilité vésicale. Ses résultats sont encourageants.
Algies cancéreuses. Il est peu de maladies où les crises douloureuses soient aussi violentes, continues et persistantes que dans le cancer. Les narcotiques ne réussissent pas toujours à les enrayer ou à les calmer. De plus, ils ont quelques inconvénients, et ils finissent pas perdre de leur efficacité par l'effet de l'accoutumance. Il était naturel de penser à leur substituer l'hydrate de chloral; on a donc, dès l'apparition decet agent anesthésique, utilisé seseffets chez les malades atteints de cancer. Ici encore les médecins sont divisés sur sa valeur. Les uns, avec Demarquay, nient ses propriétés analgésiques contre les douleurs du cancer, lui accordant seulement la faculté de faire dormir sans calmer : les malades ont conscience de leurs souffrances pendant qu'ils dorment ; les autres lui attribuent des vertus toutes particulières, et en font un anodin puissant contre les algies cancéreuses. Tels sont : J. Willième: cancer utérin; James Woodhouse et surtout Weeden Cooke, chirurgien de l'hôpital des cancéreux à Londres. Ce clinicien a rapporté un certain nombre d'observations de cancer du sein, de la langue, de l'utérus et d'autres régions et organes, où le chloral réussit à merveille à soulager et à faire dormir. Il donne des doses faibles : Ie'',20 le soir, ou 0»'%60 trois fois par jour. Quelquefois, il se trouve bien d'associer la morphine au chloral.
Les deux opinions que nous relatons peuvent être facilement soutenues. Il est pai'faitement exact que le chloral n'est pas toujours un anesthésique suffisant dans les accès douloureux du cancer. Mais à coup sur, il amoindrit leur violence et leur durée dans maints cas où l'opium est nuisible : ce serait donc se priver d'une ressource utile que de l'exclure du traitement palliatif du cancer.
11 est indiqué, dans les cas de cancer extérieur ulcéré ou de cancer utérin, de joindre le traitement externe au chloral au traitement interne. On pansera le cancer du sein avec la solution à 1 p. 100 (Guyon, Martineau, Beaumetz) ; ou bien on injectera, sur le col de l'utérus, des solutions chloralées. G. Paul s'est bien trouvé, dans le cancer de la matrice, de faire placer dans le vagin des suppositoires au chloral, et Martineau fait mettre des tampons imbibés de la solution, sur le museau de tanche ulcéré, à l'aide du spéculum. Ceci a pour résu tat de soulager, de faire dormir quelquefois, d'enlever l'odeur fétide, d'empêcher les malades de souffrir, et d'arrêter même les pertes de sang ; car nous savons, d'après César Ciattaglia (de Rome), que le chloral est un hémostatique aussi puissant que le perchlorure de fer.
Il est évident que le cancer du rectum pourrait êti'e traité, de la même façon, quand il n'est pas opérable.
On évitera les doses fortes de chloral qui sont un peu trop irritantes pour les muqueuses (Dose pour un suppositoire, 0,25à 0,50 ; pour lotions, 2 ou 4 p. 100).
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Algies symptomaliques d'une affection des centres nerveux. Dans les maladies du cerveau, on a dit que l'hydrate de chloral était nuisible ou inutile (Bouchut). Cet auteur l'exclut absolument du traitement de la méningite, parce qu'il congestionne le cerveau. Je laisse de côté l'explication pour ne m'en tenir qu'aux faits cliniques. 11 est parfaitement exact que l'hydrate de chloral n'a produit que de mauvais effets dans les maladies inflammatoires du cerveau ou de ses enveloppes : il excite au lieu de calmer. De sorte que, malgré un fait satisfaisant cité par Desprès, se rapportant à un malade atteint de méningo-encéphalite, où l'on voit l'hydrate de chloral soulager le patient, il y a lieu de conclure que le médicament est contre-indiqué dans presque tous les cas de lésions inflammatoires encéphaliques. Le très-éminent auteur du Traité de thérapeutique, M. Pidoux, a montré que, dans plusieurs faits soumis à son observation, le chloral restait inefficace contre les céphalées symptomatiques de tumeurs cérébrales.
Le chloral est-il plus indiqué dans les douleurs qui reconnaissent pour origine une altération de la moelle épinière ou de ses enveloppes? Je ne saurais le dire. On n'a rien publié sur cette matière. C'est à peine s'il est fait mention de quelques cas d'ataxie locomotrice où l'on aurait vu un peu de soulagement procuré par le chloral pendant les crises de douleurs fulgurantes. 11 n'est pas non plus question d'un emploi dans la méningite cérébro-spinale où cependant il pourrait, comme le chloroforme, rendre de bons services.
Algies consécutives aux ttaumatism.es. Le chloral est souvent prescrit à titre d'hypnotique simple, après une blessure, quand les douleurs qui en résultent sont modérées. Mais il est des cas où les blessés souffrent cruellement, et où il est bon de les soulagera l'aide d'un anesthésique. Quelques chirurgiens se sont adressés au chloral et ont constaté ses propriétés calmantes dans les brûlures étendues, les contusions violentes, les fractures simples ou compliquées, les plaies vastes ou multiples par déchirement ou lacérations, etc., etc. Bouchut et Zuber ont, les premiers, recommandé le médicament dans les brûlures; mon savant maître Marjolin a fourni de son côté des observations très-probantes. Chez les jeunes enfants, il a toujours obtenu de bons effets des lavements de chloral à 0,50 centigr.
Dans des circonstances moins graves, après les opérations sur l'œil, de Graefe et d'autres ophthalmologistes prescrivent l'hydrate de chloral comme sédatif.
Indications tirées de l'action du chloral sur le sang. Quelques-unes ont été mentionnées par Bichardson, en vertu d'idées théoriques. Considérant que cet agent retarde la coagulation du sang et qu'il le rend plus fluide, il pense qu'on le prescrirait avec avantage dans toutes les maladies où le sang a de la tendance à se coaguler dans les vaisseaux. 11 suit de là que dans le rhumatisme, dans les cachexies cancéreuse, tuberculeuse ou autres; dans l'état puerpéral, où les thromboses ne sont pas rares, l'emploi de l'hydrate de chloral serait indiqué. Jusqu'ici rien n'est venu justifier ces vues de l'esprit. Elles reposent d'ailleurs sur une base mal établie. On n'a pas encore démontré d'une façon rigoureuse l'action fluidifiante du chloral sur le sang dans l'organisme. Crichton Browne a bien parlé d'un fait de purpura dû au chloral, mais c'est le seul exemple connu : il n'a donc pas une grande valeur. Du reste, en admettant cette action fluidifiante, ne pourrait-on pas craindre ses effets même dans les maladies citées plus haut ?
Mais le chloral hydraté a une action inverse sur le sang ; il le coagule ainsi que nous le savons ; c'est pourquoi on a donné comme bon liquide hémostatique sa solution un peu concentrée, c'est pourquoi encore on a conseillé cette dernière
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comme liquide d'injection pour la cure radicale des varices [Luigi Poita (1870) et Yalerani].
Le premier a rapporté quinze cas de guérison obtenue en procédant ainsi : on injecte dans la veine, aux points où elle est le plus dilatée, une solution à parties égales de chloral dans l'eau distillée, au moyen de la seringue de Pravaz, laissant pénétrer seulement de 0,50 centigrammes à 1 gramme du liquide coagulant. La douleur est insignifiante. Bientôt on sent dans le vaisseau un coagulnm qui s'étend sur une assez grande longueur, mais le cordon ne tarde pas à devenir moins gros et moins dur ; la veine revient sur elle-même par résorption du caillot, et la guérison a lieu. On a remarqué quelques accidents sans importance, dit l'auteur de la méthode: ramollissement du caillot, phlébite, abcès au point piqué, eschares circonscrites.
De la même façon, Luigi Porta a opéré avec succès des hémorrhoïdes et des varices anévrismatiques. Devons-nous voir une contradiction impossible à expliquer, entre ces faits de coagulations intra-veineuses, sous l'influence du chloral, rapportés par les médecins italiens, et ceux que nous connaissons d'après Oré, où il est aftirmé que cet agent est incapable de déterminer la formation d'un caillot, lorsqu'on l'introduit dans l'économie par une injection inlia-veineuse? En aucune façon il n'y a contradiction : c'est affaire de dose et de quantité. Les chirurgiens, en Italie, se servent de solutions à parties égales qu'ils injectent en minime quantité dans une ampoule variqueuse ; au contraire, Oré recommande, pour les injections veineuses, les solutions au , ou au ^ qu'on doit faire pénétrer en assez grande proportion. Je rappelle enfin que la combinaison du chloral avec les matières albuminoïdes se dissout dans un excès de solution chloralée (Personne). On s'explique pourquoi Richardson parle de l'action fluididante du chloral sur le sang ; c'est qu'il employait de grandes proportions d'nne solution concentrée.
En terminant ce long chapiti'e des applications du chloral, je ferai mention des essais sans résultats tentés avec lui contre la fièvre intermittente ; on sait que le chloroforme a été préconisé en pareil cas (Uelioux) et dans l'état fébrile en général. On voulait utiliser sa propriété d'agir sur la chaleur animale et sur le pouls. Mais nous savons combien peu l'hydrate de chloral fait baisser la température chez l'homme même pendant la fièvre, tout aussi bien qu'il ralentit mal le pouls. Il n'y a donc que peu d'espérance à fonder sur son emploi dans l'état fébrile, et ce ne sera toujours qu'un fébrifuge infidèle. Nous avons entre les mains, des médicaments moins dangereux et plus puissants qu'on devra lui préférer dans la majorité des cas.
J'ai réservé pour la fin, deux applications du chloral que l'on ferait difficilement rentrer dans les paragraphes précédents; elles sont purement empiriques, et n'ont qu'une valeur médiocre.
Un médecin anglais, Evan Cameron, a donné l'hydrate de chloral à deux malades atteints Aecholérine, et les a guéris. En quelques heures la diarrhée, les vomissements ont été arrêtés. G. Pritchard, employant ce médicament j>endanl une traversée, s'en est fort bien trouvé contre le mal de mer. Ce sont évidemment ses effets à la fois stimulants et sédatifs qui sont mis à profit en pareil cas. Je ne doute pas que comme le chloroforme, il puisse rendre également des services dans le choléra et contre certains vomissements incoercibles.
Modes d'administration et doses. On peut donner l'hydrate de chloral de plusieurs manières : par la bouche ou l'intestin ; en injection sous-cutanée, par la méthode endermique, en injection intra-veineuse et en inhalations.
CIILORAL (emploi médical). 497
Par la bouche, le chloral s'administre sous forme de potion, de sirop, perles, dragées, etc.
Yoici quelques formules :
'M. Potion hypnotique.
Hydrate lie cliloral 2 ^r. ou plus.
Eau distillée ) ~ „„
Sirop de menthe i aa -U gr.
A prendre en deux fois, à dix minutes d'intervalle, dans un verre d'eau fraîche. Au lieu du sirop de menthe, on peut se servir d'autres correctifs : sirops de tolu et d'écorces d'oranges amères ; oleo-saccharure de menthe et de caiiaelle, etc.
Sirop te chlobal (Follet).
Sucre blanc 38 kil.
Eau distillée 19 —
Hydrate de chloral 5 —
Alcool de Montpellier 2 litres.
Essence de menthe 25 grammes.
(La cuillerée à soupe contient 1 gramme de chloral).
La dose de chloral variera suivant l'âge. On donnera aux nouveau-nés 08'",40 ; aux enfants âgés de plus d'un an, O^^OO (Liebreich). A partir de quatre ans, 1 gramme (Bouchut) ; de cinq à quinze ans, 2 à 3 grammes. En général, les malades anémiés ou débilités, les femmes nerveuses, réclament des doses faibles. Les sujets forts et vigoureux ont besoin de doses assez considérables, surlout dans un état de santé relatif. Ainsi Mauriac prescrit aux vénériens 10 et 12 grammes de chloral, comme hypnotique. Les alcooliques, les aliénés supportent assez facilement les fortes doses de ehloral. Enfin, je rappelle que la même quantité du médicament produit, plusieurs semaines de suite, les mêmes effets sans qu'on remarque l'accoutumance (G. Vanlair).
Veut-on obtenir des effets sédatifs, il faut prescrire l'hydrate de chloral à doses réfractées : 0,30 à 0,60 centigrammes toutes les heures. On pourra ordonner une ou deux cuillerées à soupe d'un sirop tel que le suivant :
Sirop de toln 200 grammes.
Hydrate de chloral 5 —
Pour obtenir l'amyosthénie, on doit user des doses fortes : 1 à 2 grammes par heure, jusqu'à production d'effets.
Dans certains cas de douleurs violentes, quand on recherche la propriété auesthésique du chloral, il ne faut pas craindre de donner les doses massives de 10 à 16 grammes, en deux fois à une heure d'intervalle. Worms et Martineau ont administré 16 et 20 grammes d'hydrate de chloral en vingt-quatre heures sans déterminer le moindre inconvénient. Worms a pu continuer pendant une semaine, la dose quotidienne de 20 grammes, sans qu'il en soit résulté d'effets fâcheux. Cette conduite ne sera que rarement imitée.
11 importe que les solutions de chloral soient préparées extemporanémenl ; elles s'altèrent en effet facilement au bout de peu de temps. Outre les véhicules dont j'ai parlé: sii'ops, eau distillée, on peut faire usage des liquides suivants : bière, vin, thé (Liebreich).
Les solutions de chloral, administrées par la bouche, ne doivent jamais être très-concentrées : elles donneraient lieu à des accidents d'irritation sur les premières voies se traduisant pai' des phénomènes douloureux et des vomissements.
cicT. liiNc. XVI 52