V.tS CHLORAL (emploi médical
On ne dépassera pas 20 "/o, bien que l'hydrate de chloral soit soluble dans son poids d'eau.
On a renfermé le chloral dans des capsules gélatineuses ou des perles (Limousin), chacune contenant 0s'',25d'hydralepur, ou d'alcoolate de chloral. Cette prépai'ation, outre qu'elle n'est pas très-sûre et surtout commode à faire prendre, peut avoir des effets offensifs pour l'estomac.
On lui reproche encore (Horand et Peuch) de s'altérer facilement, le chloral étant déliquescent. Pour les mêmes motifs, on devra s'abstenir de faire entrer l'hydrate de chloral dans des pilules, dans un électuaire, à moins qu'on ne recherche ses effets stimulants sur la muqueuse de l'estomac, dans les cas de dyspepsie atonique.
Quelquefois il est impossible de faire avaler l'hydrate de chloral, soit que sa saveur répugne aux malades, soit par suite de dysphagie, ou bien parce qu'ils s'y refusent (aliénés, malades en délire, etc.) ; alors on a recours aux modes d'administration que voici :
i° Lavement de chloral (Très-employé).
:^ ifécoction mucilagineuse 150 grammes.
Hydrate do chloral 2 —
2» Injection hypodermique (Rarement employée).
Eau distillée 2 à 5 grammes.
Hydrate de chloral ..., 1 gramme.
Celle-ci doit être parfaitement neutre.
La plupart des observateurs, qui ont employé les injections hypodermiques de chloral, sont d'avis qu'elles n'ont pas chez l'homme les dangers qu'elles offrent chez les animaux. Chez ces derniers, elles déterminent la production d'abcès ou d'eschares. Chez l'homme, elles sont le plus souvent inoffensives; il est rare qu'elles soient suivies d'inflammation; c'est à peine si dans quelques cas ou constate au niveau des piqûres une induration avec douleur et rubéfaction légères. Quelques médecins ont pensé que, par suite des effets irritants du chloral sur le tissu cellulaire sous-cutané, l'absorption devait en être ralentie (J. Willième, Liouville). La remarque est juste. Comparant sur le même malade les effets du chloral donné par la bouche ou injecté sous la peau, on a vu que l'avantage n'était pas toujours à ce dernier mode d'administration. Il ne faudra, tenant compte des effets irritants et du ralentissement dans l'absorption, recourir aux injections hypodermiques de chloral qu'autant que les autres voies d'introduction seront fermées.
Méthode endermiqiie. Elle a été préconisée plus particulièrement par Horand et Peuch. Elle ne diffère pas de la méthode endermique vulgaire. Ou applique un vésicatoire ou une mouche de Milan au niveau des parties douloureuses, et, quand la vésication est produite, on enlève l'épiderme. Alors on saupoudre la surface dénudée, de poudre de chloral, 1 gramme, je suppose. Ce pansement est douloureux, mais la souffrance dure peu, et, au bout d'unli^aips assez court, les effets anesthésiques sont obtenus, surtout locaux plutôt que généraux. On aura soin de s'opposer à ce que le chloral fuse sur les parties environnantes qu'il irriterait, en entourant la périphéine du vésicatoire d'un peu d'ouate ou de charpie.
'Injections intra-veineuses. Oré (de Bordeaux) recommande très-vivement, comme j'ai eu l'occasion de le dire longuement, les injections intra-veineuses
CHLORAL (emploi médical). 499
d'hydrate de chloral contre le tétanos. Il a vu, chez l'homme et sur des animaux, que ce mode d'introduction est remarquable par l'inlensité des effets, et la promptitude avec laquelle ils arrivent. Avec de petites doses de chloral, injectées dans une veine, l'action hypocinétique, l'action anesthésique, sont au maximum. Les convulsions tétaniques ou strychniques cèdent très-vite après une injection intra-veineuse d'hydrate de chloral. Chez l'homme, Oré déclare qu'on ne doit redouter aucun accident; la pratique des injections inti'a-veineuses n'aurait pas plus de nocuité que la saignée.
Il est encore quelques modes d'administration du chloral que je ne puis passer sous silence. Ce sont les suivants : le suppositoire (Whidbam), usité comme calmant dans le cancer de l'utérus [Formule de G. Paul : beurre de cacao H grammes; cire blanche 7 grammes; hydrate de chloral 6 grammes (pour 6 suppositoires)] ; les glycérolés, ou les pommades, rarement prescrits. Cependant Horand et Peuch auraient observé quelques bons effets de la pommade au chloral, contre les dermatoses humides et démangeantes.
Axonge 30 grammes.
Ilydiate de chloral 0,20 centigr.
Les inhalations ne sont guère employées. J'ai déjà parlé des cigarettes de Mandl, préparées et fumées à la manière des cigarettes de camphre. Comme ces dernières, elles n'ont qu'une efficacité douteuse. Richardson a proposé de faire dissoudre l'hydrate dans de l'éther sulfurique et de le faire inhaler à l'aide de ce véhicule. On comprend difficilement les avantages de cette méthode. Elle est restée jusqu'à présent confinée dans les laboratoires.
En parlant des usages externes du chlpral, j'ai donné les principales formules employées par les médecins ou les chirurgiens ; je n'ai plus à revenir sur ces faits. Toutefois, je les complète en disant que Beaumetz et Limousin ont préparé des crayons de chloral comparables, comme usages, à ceux de nitrate d'argent, et qu'ils recommandent la poudre de méta-chloral pour remplacer celle d'iodoforme dans le pansement des ulcères vénériens. Le méta-chloral est un caustique peu violent dont on peut du reste atténuer l'énergie en le mélangeant avec une poudre inerte telle que la poudre de lycopode. Alors il devient un bon modificateur des plaies gangreneuses (lycopode — 9 ; méta-chloral — 1).
Substances incompatibles. On cite volontiers, parmi celles-ci, les médicaments alcalins, parce qu'ils décomposent le chloral en chloroiorme et acide formique. Les partisans de la théorie deLiebreich signalent surtout cet écueil. Il me semblerait plus naturel, étant admise la transformation du chloral dans le sang, de considérer les alcalins comme des adjuvants plutôt que comme des incompatibles. Le chloral, eu effet, aurait d'autant plus de chances de se décomposer, qu'il trouverait dans l'économie plus de substances décomposantes. En donnant donc de l'eau de Vichy, soit avant l'administration du chloral soit quelque temps après, on favoriserait plutôt qu'on n'entraverait sa décomposition dans l'organisme. L'incompatibilité ne se présente que dans les formules. L'eau de Vichy, dont je parlais tout à l'heure, ne sera pas le véhicule du chloral dans une potion.
Arnior (du Michigan) conseille de ne pas associer au chloral l'éther, le chloroforme ou l'alcool, parce que ces substances deviennent plus violentes, plus excitantes sous l'influence de cet agent.
Synergiques et auxiliaires. Tous les médicaments hypnotiques et anesthé-
500 CHLORAL (emploi médical).
siqiies sont des synergiques de l'hydrate de chloral ; mais peuvent-ils être ses auxiliaires ? On a répondu souvent par l'affirmative, plutôt théoriquement que par suite d'observations cliniques. Ainsi on a conseillé d'associer l'hydrate de chloral rai bromure de polassium, à la morphine, à la narcéine (Dell de New-York, •lastrowilz, Vanlair) ; aux solanées vireuses : jusquiame, belladone, dalurasiraraonium (Armor). Notre expérience est encore de trop courte durée pour que nous puissions avoir une opinion précise en pareille matière ; nous devons iitteudre des faits plus nombreux pour porter un jugement. Quelques malades, .faisant usage simultanément de préparations d'opium et de chloral, sont mort*. Je cite le fait sans en tirer aucune conséquence.
Succédanés. D'après Personne, le méta-chloral est un succédané de l'hydrate. Il agit comme lui et plus longuement, mais plus lentement et à dose plus forte. .le citerai encore: le trichloracétate de soude (Byasson et Follet) qui est narcotique, hypociuétique et anesLhésique faible; l'alcoolate de chloral de Roussin C^HGPO-. (]4jj6Q2^ qui a les mêmes propriétés que l'hydi'ate (Mauriac, Limousin, Duhomme, Liégeois). Les expériences de Rabuteau tendraient à prouver que le bromal, (?IIBr^O\ l'iodal G^Hl'O^ ont une certaine analogie d'action avec le chloral, mais, comme ils sont peu stables et difficiles à manier, ils n'ont encore reçu aucune application. Richardson a essayé l'hydi'ate de bromal ; il lui attribue une propriété convulsivaule qui doit l'éloigner de la pratique. Hoffmann, étudiant l'éthylamine, la biéthylamine, la triéthylamine, a trouvé qu'elles jouissent de propriétés voisines de celles du chloral et pourraient en être des succédanés.
.lohn-G. Kendrick vient de montrer, à l'aide d'expériences bien faites que, contrairement à l'opinion de Rabuteau, le bromal ne peut être un succédané du chloral. Il n'est en effet aneslhésique, qu'autant qu'il a plongé les animaux dans un coma mortel; en général, c'est plutôt un hyperesthésique, surtout dans la première période de l'empoisonnement. Comme Richardson, cet expérimentateur a démontré que le bromal était un tétanisant plutôt qu'un hypociuétique, qu'il faisait périr les animaux dans les convulsions, et que le i^elâchement musculaire ne se montrait qu'au moment du coUapsus mortel. Enfin, le bromal se distinguerait encore du chloral par ses effets hypercriniques considérables sur les glandes salivaires et les glandes muqueuses des voies aériennes, par son action myosique excessive; par les épanchements liquides qu'il produit dans toutes les cavités séreuses. En résumé, le bromal excite violemment les centres nerveux avant de les paralyser. De même il stimule très-vivement le grand sympathique avant de lui faire perdre son action.
J.-G. Kendrick admet, au conti'aire, que l'iodolorme est un véritable succédané du chloral.
Oiiant à l'iodal, on ne saurait rien en dire de positif, puisque son existenceen tant que composé chimique défini demeure à prouver.
lin autre composé, récemment introduit dans la thérapeutique, le ci-oton chloral C^H^CPO, a été préconisé comme hypnotique (Liebreich) et antinévralgique (Benson-Baker), et passe pour être un succédané du chloral.
Mais J. Worms l'a trouvé très-inférieur à l'hydrate de chloral, comme sédatif, et Georges Gray très-incertain comme hypnotique.
Liebreich le recommande comme hypnotique, quand on ne peut pas donner l'hydrate de chloral, chez les sujets affectés de maladie du cœur, par exemple, et lui reconnaît une sorte d'action spécifique conti'e la névralgie de la cinquième pane.
CHLORAL (emploi médical). 501
Le sulfliydrate de chloral C^Hr.r%2tIS paraît jouir de propriétésâ peu près identiques à celles du chloral (Bjasson), mais il serait moins auesthésiqiie et se décompose avec une grande facilité au contact de l'eau..
Substances antagonistes. Au mois de décembre 1869, Liebreich ajoutait un nouveau fait à l'histoire du chloral. Injectant sous la peau d'un lapin 2 grammes, de ce corps chimique, et peu de temps après 0f-'%0015 de sulfate de strychnine, il n'observa pas de convulsions, et bientôt l'animal était rétabli. C'est-à-dire qu'il sortait plus vite que d'autres, de l'état particulier où l'avait mis la chloralisation et ne mourait pas. Plusieurs fois cette expérience fut répétée avec le même résultat. Il conclut à l'anlagonisme du cliloral et de la strychnine. Pour lui, cet alcaloïde devenait l'antidote de l'hydrate de chloral. Mais il n'admit pas la réciproque : à savoir que le chloral était l'antidote de la strychnine. Celle-ci s'absorbe beaucoup trop vite; le chloral n'a pas le temps d'agir d'une manière opportune. Le docteur (Jlalield fait la même remarque. Liégeois refit les expériences de Liebreich, et les trouva exactes; contrairement au chimiste allemand, il admit que le chloral était l'antidote de la strychnine. Il expliquait cette action en disant qu'il provoque une élimination rapide de l'alcaloïde. Je disais, en 1870, que plus simplement, on pourrait croire à la neutralisation de deux influences égales et contraires : la strychnine augmentant le pouvoir excito-raoteur de la moelle, le chloral la diminuant.
Arnould , employant des doses un peu fortes de chloral et de nitrate de strychnine, est arrivé à des résultats tout différents. 11 les résume en disant que si l'hydrate de chloral empêche momentanément les convulsions strychniques, la strychnine ne ])eut rien dans l'empoisonnement par le chloral.
Horand et Peuch rapportent, de leur côté, des expériences qui, à leur avis, contîrmenl celles de Liebreich. Le chloral, disent-ils, retarde l'empoisonnement strychnique, et inversement la strychnine retarde l'empoisonnement chloralique ; mais l'influence de la strychnine est plus marquée que celle du chloral, dans les actions simultanées et opposées de ces deux poisons. Dans la pratique, ajoulentils, en face d'un empoisonnement par l'un ou l'autre de ces deux agents, il n'y a rien à attendre de leurs effets antagonistes. C'est fort bien raisonné, mais je ne vois rien dans ces idées, qui vienne à l'appui de la déclaration de Liebreich : la strychnine est l'antidote du chloral, mais le chloral n'est pas l'antidote de la strychnine.
Camboulive accepte entièrement l'opinion précédente. Byas-on et Follet considèrent comme démontré l'antagonisme entre la strychnine et l'hydrate de chloral. Ils ne s'expliquent pas autrement. En 1870, j'ai fait, avec mon éminent maître, M. le professeur Gubler, quelques expériences sur les grenouilles, avec le chloral et la strychnine donnés en même temps. Les animaux n'ont jamais résisté à l'action des deux agents toxiques, et le strychnisme s'est toujours montré trèsintense. Récemment M. Oré, expérimentant sur des animaux, a vu que le chloral injecté dans les veines empêchait le tétanos strychnique. Il en tire cette conséquence que cet agent ainsi administré est véritablement l'antidote de la strychnine, et réclame avec raison la priorité de cette démonstration. En définitive, s'il est indiqué de recourir au chloral dans un empoisonnement par la strychnine, il serait téméraire et imprudent d'administrer cet alcaloïde comme contre-poison, dans un cas de chloralisation grave , l'électricité, la respiration artificielle, l'inhalation d'oxygène sont des moyens plus certains qui n'offrent aucun danger et qu'il faudrait plutôt utiliser.
502 CHLORALDËIIYDE.
En 1870, Hughes Bennett a publié quelques expériences sur l'antidotisme du chloral et de la fève de Calabar chez les lapins. Ces animaux, empoisonnés par lafè\e d'épreuve, meurent sans convulsions, quand le chloral leur est administré simultanément ou peu de temps après. Horand et Peuch ont confirmé ces résul- • tats. Toutes ces tentatives n'ont qu'une médiocre valeur ; je veux bien admettre que le chloral empêche les convulsions dans l'empoisonnement par le physostigma venenosum, mais ce n'est pas là de l'antidotisme vrai. Un grand nombre de convulsions toxiques peuvent disparaître sous l'influence du chloi'al : j'ai cité le fait à propos de l'acide phénique. Ce sont uniquement des phénomènes de nom contraire. Ce serait faire dévier le sens du mot antidote ou anlidoiisme que de l'appliquer à deux poisons par cela seul qu'ils possèdent quelques propriétés opposées {voy. Antidotisme).
Contre-indications a l'emploi du chloral. J'ai eu soin d'énumérer, chemin faisant, dans le cours de cet article, les principales d'entre elles : lésions cérébrales ou médullaires, maladies du cœur avancées, affections du tube digestif telles que l'ulcère simple ou le cancer de l'estomac, la gastrite ou l'entérite. C'est qu'en effet il y a lieu de redouter, en pareils cas, les effets de dépression par trop accusés du chloral sur le cœur ou sur l'innervation en général, et en outre ses propriétés irritantes locales sur le tube digestif. Je n'insiste pas sur ces faits qui nous sont connus; j'ajoute seulement que le médicament peut être nuisible chez les aliénés qui ont des lésions de l'encéphale ; chez les alcooliques dont le foie, les reins, le cerveau même ne fonctionnent que très-mal; alors en effet, au lieu d'être sédatif et calmant, il devient excitant, quand il ne plonge pas les patients dans un collapsus funeste. Le médicament est encore contre-indiquc chez les femmes au moment des règles, car on a remarqué qu'il rendait celles-ci trop abondantes; dans les ophthalmies (L. Turnhull), en raison des congestions oculaires qu'il provoque ; dans les états de faiblesse, de langueur, de chlorose ou d'anémie, parce qu'il est mal supporté et passe pour appauvrir le sang ; dans les dermatoses, suivant moi, aiguës et fluentes, en raison des congestions de la peau qu'il provoque. Le chloral est un médicament qu'on ne doit jamais donner d'une façon longtemps soutenue.
Ici se termine notre étude sur l'hydrate de chloral. Elle montre suffisamment, malgré ses lacunes, qu'il faut le compter parmi le^ médicaments jes plus puissants de la matière médicale, et qu'il est digne d'être placé à côté du chloroforme dont il partage du reste toutes les propriétés physiologiques ou les applications thérapeutiques. Pour la Bibliographie, voy. Anesthésie et les citations faites dans le cours du présent article. Ernest Labbée.
cnLORALBiniE. C'est un produit secondaire de la préparation de l'acide tncmorophénique; cet acide encore impur résulte de l'action prolongée du chlore sur l'acide phénique ; la masse cristalline qui en résulte est dissoute dans l'alcool; la chloralbine reste indissoute; on la purifie par des dissolutions et cristallisations dans l'éther. La chloralbine se présente sous la forme d'aiguilles d'une grande blancheur: elle est insoluble dans l'alcool et les alcalis ; à 100" elle entre en fusion et cristallise, par le refroidissement, en feuilles de fougère ; elle est volatile sans décomposition. Les acides nitrique et sulfurique sont sans action sur elle. Sa formule est Gl^H«Cl^
CIILORALDÉHTDE. Voy. Chloral et Aldéhydes.
CIILORANILAM. 503
CHLORALIDE (Chimie) . Elle résulte de la réunion de trois équivalents d'hydrate de chloral, moins 2 éq. d'acide chlorhydrique et 4 éq. d'eau
3(C*HC1^'0^2H0) = C'^H'CrO« + 2HC1 + 4H0
Hydrate. Chloralide. Acide Eau.
de chloral. clilorhydrique.
Cette élimination d'acide chlorhydrique et d'eau est le résultat de l'aclion de l'acide sulfurique sur l'hydrate de chloral. On distille à la température de 125" un mélange d'une partie d'hydrate de chloral avec six parties d'acide sulfurique couceutré ; le chloral anhydre qui distille est hydraté par un peu d'eau et remis avec l'acide sulfurique dans la cornue, et on recommence à plusieurs reprises cette opération. Pendant toute sa durée, il se dégage de l'acide chlorhydrique, sans que le mélange dans la cornue noircisse. Quand l'opération est tei'minée, lachloralide .surnage l'acide sulfurique qui, désormais, n'a plus d'action sur elle. Par le refroidissement, la chloralide se solidifie; on la fait cristalliser dans un mélange de deux parties d'éther et d'une partie d'alcool concentré.
La chloralide est insoluble dans l'eau, ainsi que dans l'acide sulfurique. Peu ^oluble dans l'alcool froid, elle se dissout dans l'alcool bouillant et dans l'éther. Elle cristallise en prismes rectangulaires, ayant l'éclat du verre ; elle fond à la température de 50» et entre en ébullition à 200". Délayée dans une dissolution ■de potasse, elle se dédouble en chloroforme et en formiate de potasse.
CIlLORAIiOÎNE (Chimie). Quand on fait passer un courant de chlore dans une solution aqueuse d'aloïne (principe cristallin del'aloès), il se produit un précipité jaune foncé, incristallisable, renfermant du chlore; on lui a donné le nom de chloraloïne. L.
CBLORALURIQIJE (Acide). Un des produits de l'action de l'acide chloreux sur l'acide urique. Cristallise en lames nacrées (Schiel). D.
CHLORAMIDE. Voy. Chlorure d'azote au mot Azote.
CHLORAMIDURE DE MERCIIRE. Voy. Mercube, p. 29.
CHLORAMTLE (Chimie). L'amyle, produit de la réaction du sodium sur l'iodure d'amyle, fournit deux dérivés chlorés, résultant de l'action de deux ou de quatre équivalents de perchlorure de phosphore sur 1 éq. d'amyle : L'amyle chloré 2 (C'^HioCl) est un liquide bouillant à 220". L'amyle bichloré 2 (C'^H'CP) est un liquide incolore, neutre, insoluble dans l'eau et plus dense que ce liquide, soluble dans l'alcool et dans l'éther. Bouillant à 270", la potasse caustique le décompose en chlorure de potassium, et en un liquide huileux, bouillant vers ^220". L.
cnLORAilTIiÈlWE. Produit de la décomposition de l'acétate de fer amylique -par le chlore. Liquide incolore qui prend une teinte jaune à 150". D.
CHLORAiviLAii ou ACIDE CHLORAIVILAIHIQUE (C'^H^Gl-AzO^). Lorsqu'on fait digérer la chloranile (quinone perchlorée) dans de l'ammoniaque aqueuse, elle s'y dissout lentement, en donnant un liquide rouge de sang foncé qui, évaporé, laisse déposer des cristaux qui sont une combinaison dechloranilam
50'> CHLORANILIDES.
et d'ammoniaque. L'acide chlorhydrique défait cette combinaison ; il se forme du chlorhydrate d'ammoniaque, et, par le refroidissement de liqueur, le chlorauilam se dépose sous forme de longues aiguilles, noir foncé, d'un bel éclat de
diamant.
Le chloranilam est peusoluble dans l'eau, à laquelle il communique une teinte violette; sa solution aqueuse précipite les solutions métalliques. L.
CDLORAIVIIiAiniOE ou BICHLOROQUINOMAiniDE (G^-H'^CPAz-0^). On l'obtient en chauffant légèrement un mélange de chloranile (voij. ce mot) d'alcool et d'ammoniaque; laliqueur devient rouge foncé; une partie du chloranile se dissout, tandis que l'autre se change en un précipité rouge foncé. On le recueille et onlcfait dissoudre dans de l'alcool additionné d'un peu de potasse caustique; on chauffe légèrement, puis, dans laliqueur filtrée et encore chaude, on neutralise la potasse par un acide. 11 se forme immédiatement un précipité d'un beau rouge cramoisi, c'est lachloranilamide. Elle est insoluble dans l'eau, presque insoluble dans l'alcool et dans l'éther. Les acides minéraux ne l'attaquent pas. La potasse bouillante la décompose avec dégagement d'ammoniaque.
CHLORANILil.IMIIIO\. C'est la combinaison du chloranilain {voy. ce mot) avec l'ammoniaque. Le chloranilammon se présente sous la forme de fines aiguilles aplaties, de couleur foncée, et très-brillantes. Il est soluble dans l'eau à laquelle il commmuniquo une belle couleiu- rouge pourpre. La solution précipite les sels niélallitjues.
CHLORANILE OUQIIINOIWE PERCHLORÉE C'-C1*0'*. La quinone C'^H*0* est le résultat de l'action oxydante qu'exerce sur l'acide quinique un mélange d'acide sulfuriquc et de peroxyde de manganèse. Le chloranile résulte de la substitution de quatre équivalents de chlore à quatre éq. d'hydrogène de la quinone. Cette substitution s'obtient en traitant cette dernière par un mélange de chlorate de potasse et d'acide chlorhydrique. On fait dissoudre la quinone dans de l'eau tiède, et, après y avoir versé de l'acide clilorhydrique, on y ajoute par petites portions du chlorate de potasse pulvérisé, et on chauffe doucement le mélange. Chaque addition de chlorate donne lieu aune réaction très-vive. Il se forme ainsi une matière huileuse rouge jaunâtre qui se concrète par le refroidissement. C'est le chloranile; on le purifie par des cristallisations dans l'alcool.
Beaucoup d'autres substances traitées de la même manière se transforment en chloranile; les principales sont: l'acide phéniqiie, l'acide picrique, la salicine, l'acide saliciquc, l'isatine.
Le chloranile se présente sous la forme de paillettes jaune pâle, d'un éclat métallique et nacré. Chauffé doucement, il le sublime entièrement sans fondre et sans se décomposer. Il est insoluble dans l'eau, très-peu soluble dans l'alcool froid, niais soluble dans l'alcool bouillant et dans l'éther. Les acides nitrique, chlorhydriqijc, snlfurique sont sans action sur lui.
CHLORANILIDES (Chimie). Ce sont des sels d'aniline, à acides organiques, moins les éléments de l'eau. Les anilides chlorés sont des corps semblables aux arvides; leur formation a lieu dans les mêmes circonstances. Les chloraniiides peuvent donner lieuà la même classification que les anilides {voy. ce mot), dont ils ne diifèrent que par la substitution du chlore à l'hydrogène.
CHLORANTHUS. 505
CHLORitNILINE (Chimie). La chloraniline est de l'aniline dans laquelle 1, 2 ou 5 équivalents d'hydrogène sont remplacés par des quantités correspondantes de chlore. On connaît la chloraniline, la di- et la trichloraniline. On les obtient en traitant la benzine mono- bi- ou trichlorée, comme on traiterait la benzine ordinaire pour la transformer en aniline {Voy. ce mot.)
Les anilines chlorées sont d'autant plus basiques qu'elles renferment moins de chlore. Traitées par les réactifs appropriés, elles peuvent se transformer, comme l'aniline, en matières colorantes. L.
CBLORAMUSIQUE ACIDE (Chimie) C'^H^CIO". On l'obtienten faisant passer du cidoredans de l'acide anisiqne maintenu en fusion. Un équivalent decidore se substitue à 1 éq. d'hydrogène de l'acide anisique, et de l'acide chlorhydrique
se dégage
OWO^ + 2C1 = G'WC10« + HCl.
On le purifie par des cristallisations dans l'alcool. Ses cristaux sont formés de fines aiguilles ayant un grand éclat. 11 est presque insoluble dans l'eau, mais soluble, surtout, à chaud, dans l'alcool et dans l'éther. Chauffé à 176°, il entre en fusion ; à une température plus élevée, il se sublime sans décomposition. Il se combine avec les bases et forme les chloranisates, sels qui ont une grande analogie avec les anisates. Le chloranisate de potasse, soumis à la distillation sèche, donne une huile qui est le chloranisol. L.
CHLORA.IVISOL. Le chlore, en réagissant sur Vanisol, donne, par subtitution, deux beaux produits cristallisés : ce sont le chloranisol et le dichloranisol. Eu distillant l'acide chloranisique avec un grand excès de baryte, on obtient un produit huileux que l'on purifie par des lavages à l'eau alcaline, et par la rectification sur le chlorure de calcium. C'est le chloranisol. L.
CHLORAIVTHRACÈIWE (C^**1PC1^). En faisant réagir, à froid, le chlore sur l'anthracène, pulvérisant de temps à autre le produit pour favoriser l'action du chlore, et faisant cristalliser dans de l'éther, on obtient la bichloranthracène. Pendant l'opération, il se dégage de l'acide chlorhydrique, et 2 équivalents de chlore se substituent à 2 éq. d'hydrogène dans l'anthracène. La bichloranthracène ainsi obtenue se présente sous forme de belles aiguilles d'un jaune doré, solubles dans la benzine, et plus difficilement dans l'alcool et dans l'éther ; les cristaux ainsi que leur solution alcoolique présentent une magnifique fluorescenqp bleue : ces cristaux fondent à 205" et se subliment ensuite en belles aiguilles jaunes,
CHLORANTHUS (Sw.) . Genre de plantes dont on a fait jusqu'ici le type d'une petite famille apétale, dite des Chloranthacées, mais que, dans ces derniers temps, nous avons proposé de ne considérer que comme une série ou tribu de la grande famille des Poivres (Pipéracées). Les Chloranthus ont de petites fleurs réunies en épis où elles occupent chacune l'aisselle de bractées opposées, décussées. Elles présentent au centre un petit gynécée dont l'ovaire uniloculaire renferme un seul ovule orthotrope, descendant, inséré sur la paroi non loin du sommet. A un point variable de la hauteur de l'ovaire, ou plutôt sur le bord d'un réceptacle creux dans lequel il est enchâssé, s'insère périgyni-
506 CHLORATES (chimie).
quemeut un androcée représenté par une écaille charnue qui porte une anthère biloculaire, et, sur les côtés de celle-ci, deux anthères uniloculaires. Le fruit est une drupe dont le noyau renferme une seule graine orthotrope, à albumen farineux et à petit embryon apical. Les Chlorantitus sont herbacés, vivaces, ou frutescents, parfois sarmenteux, odorants, aromatiques, avec des feuilles opposées ; ils habitent les portions continentale et insulaire de l'Afrique orientale et méridionale. Tous sont stimulants, tonifiants, parfois amers. A Java, le C ofpcinalis Bl. {Emirn. pi. javan., III, 10, t. 1. — Schnizl. Iconogr., t. 80, fig. 1-6. — SoLïis, Prodr., 474, n" 1 . — C. sumatranus Miq. — C. salicifoliiis PuESL. — C. indiens Wight. — Cryphœa erecta Ham.), et le C. brachystachys Bl. (F. Jav. ,ll\, 13, 14, t. 2. — Lindl., Veg.Kingd., 519), sont recherchés pour leur racine aromatique, à odeur camphrée, persistante, piquante, et leur saveur chaude, un peu amère. Ces plantes ont, dit-on, les mêmes propriétés stimulantes que l'Aristoloche Serpentaire. Les montagnards les emploient en infusions, efficaces, assure-t-on, contre les fièvres qu'accompagnent la suppression des fonctions de la peau et une grande faiblesse musculaire. Les Chloranthus unis à l'écorce du Cedrela Toona, ont guéri des fièvres intermittentes, « pernicieuses )) et « des cas graves de typhus. » Employés concurremment avec le Culilawan, ils servent à combattre les spasmes des nouvelles accouchées ; additionnés de plantes carminatives, ils rendent les plus grands services dans les cas de varioles infantiles malignes. Blume résume en peu de mots la valeur des Cldoranthus; ce sont, dit-il, des stimulants hors ligne. Le C. inconspicuus du Japon sert de fortifiant dans la convalescence des fièvres. H. Bâillon .
Sw., in Philos. Transact., LXXVII, 35i ; Prodr. Flor. ind. occ, 84. — J., Gen., 423. — R. Br., in Bot. Mag., t. 2190. — Lindl., Veg. Kingd., 519. — Endl., Gen., n. 1819.—^ Païer, Organog., 422, t. 90. — C. J. le Cordeji., in Adansonia, III, 295. — H. A. de Solhs- Laubach, in BC. Prodr., XVI, sect. i, iTS. — Schnizl., Iconogr., t. 80. — Mer. et Del., dict. Mat. tnéd.. Il, 238. — Lindl., FI. med., 109. — Rosenth., Sijn. pi. diaphor., 175. — H. Bâillon, in Andasonia, X, iU;Hist. des plantes, III, 475, 490, 494, fig. 516-519. H.B.
CHLORATES. § I. Chimie. Les chlorates des sels formés par l'union de l'acide chlorique CIO* avec les oxydes métalliques. Tous les chlorates sont décomposés par la chaleur : les chlorates terreux, en oxygène, chlore et oxydes, et tous les autres, en oxygène et en chlorures. A cause de ce dégagement d'oxygène les chlorates peuvent, à une température élevée, oxyder presque tous les corps combustibles ; cette oxydation a souvent lieu avec un grand dégagement de lumière; c'est pour cette raison que les chlorates, mis en contact avec des charbonSi ardents, fusent, c'est-à-dire que la combustion du charbon très-activée se fait avec pétillement, des étincelles étant lancées de tous côtés.
11 n'est pas nécessaire d'exposer à l'action du feu tous les mélanges de chlorates et de corps combustibles pour les décomposer. Un choc subit enflamme et fait détoner plus ou moins fortement un grand nombre de ces mélanges. Les principales substances qui, mêlées à un chlorate, constituent ces mélanges fulminants, sont : le soufre, les sulfures d'arsenic et d'antimoine, le charbon, le phosphore, et surtout le picrate de potasse. Si on a des mélanges pareils à effectuer, il est de toute nécessité de pulvériser ces substances séparément, et de les mêler ensuite avec les plus grandes précautions.
Tous les chlorates métalliques sont solubles dans l'eau : seul, celui de protoxyde de mercure est très-peu soluble. Leur solution ne précipite pas le nitrate d'argent. Les acides minéraux les décomposent, et, suivant la température que
' CHLORATES (chimie). 507
prend le mélange, et aussi, suivant la nature de l'acide, il se dégage soit du chlore, soit des acides hypochloreux et hypochloriques, et de l'oxygène.
Chlorate de potasse. K0.C10\ Préparation. Dans une dissolution concentrée de carbonate de potasse dans l'eau, marquant 55», on fait passer un grand excès de chlore. A mesure que le chlore est absorbé, l'acide carbonique se dégage, et le chlorate de potasse formé, très-peu soluble à froid, se dépose presque tout entier au fond du vase, en écailles brillantes. L'opération étant terminée, ce qui n'a lieu qu'au bout de quelques jours, on recueille le précipité sur un filtre, on le lave avec un peu d'eau froide; puis on le dissout, encore humide, dans trois fois son poids d'eau bouillante, par le refroidissement, le chlorate de potasse cristallise. Le chlorure de potassium beaucoup plus soluble que le chlorate, est resté en solution dans la liqueur. L'équation suivante rend compte de la réaction :
= Qm + 5KC1 H
KOCIO».
Carbonate
Chlore.
Acide Chlorure
Chlorate
de potasse.
carbonique, de potassium.
de potasse,
Le chlorate dépotasse cristallise en lames rhomboïdales, hexagonales symétriques, incolores, et irisées lorsque ces lames sont très-minces ; il est insoluble dans l'alcool, et très-peu soluble dans l'eau froide ; 100 parties d'eau à 15" n'en dissolvent que 6 parties. A l'ébullition, 100 parties d'eau en dissolvent 60,24 parties, dont la majeure partie cinstallise par le refroidissement.
Exposé à la chaleur, le chlorate de potasse entre en fusion à la température de 400". Bientôt après, il se décompose, bout, de l'oxygène se dégage, la masse s'épaissit, et bientôt il se trouve transfoi-mé en chlorure de potassium, et en perchlorate de potasse qui se décompose à son tour si la température augmente.
Le chlorate de potasse, mêlé à des substances éminemment combustibles possède à un haut degré la propriété fulminante des chlorates. Il fuse sur les charbons. Mêlé au soufre, et surtout au phosphore et au picrate de potasse, il détone par le choc. L'acide sulfurique le décompose en acide chlorique qui, lui-même, très-instable, se dédouble en acide perchlorique et oxyde de chlore : ce dédoublement se fait souvent avec explosion.
Perchlorate de potasse. Nous avons vu que le chlorate de potasse, chauffé un peu au-dessus de 400", entrait en fusion en perdant de l'oxygène, et que peu à peu la masse s'épaississait par la production de perchlorate beaucoup moins fusible; si, en ce moment, on laisse refroidir, on obtient, comme résidu, un mélange de perchlorate et de chlorure de potassium. On fait dissoudre ce résidu dans l'eau bouillante, on filtre la dissolution qui, par le refroidissement, laisse déposer une grande quantité de perchlorate en petits cristaux brillants.
Ce sel est insoluble dans l'alcool à 15», 1 partie exige 65 fois son poids d'eau pour se dissoudre. Il est beaucoup plus stable que le chlorate; à froid, les divers acides ne le décomposent pas, la formule est KO. CIO''.
Chlorate de soude. Ce sel, étant déliquescent, ne peut être obtenu de la même manière que le chlorate de potasse ; pour l'obtenir il faut saturer le carbonate de soude par l'acide chlorique. Sa saveur est fraîche et un peu piquante. Il ne cristallise que lorsque sa solution est évaporée en consistance sirupeuse, et affecte toujours la forme de lames carrées. Il possède les autres propriétés des chlorates.
508 CHLORATES (pharmacologie).
Chlorate de baryte. On l'obtient, comme le précédent, par la saturation de l'eau de baryte par l'acide cblorique. Il a une saveur acre et cristallise en prismes carrées. Sa solution, traitée avec précaution par de l'acide sulfurique, donne du sulfate de baryte insoluble et de l'acide chlorique pur qui reste en solution.
Chlorate de chaux. Il s'obtient comme le précédent, en unissant directement l'acide chlorique à la chaux. Sel acre, amer, très-déliquescent, et ne cristallisant qu'avec la plus grande difficulté.
Chlorate de cuivre. On l'obtient en mettant en contact le bioxyde de cuivre avec l'acide chlorique. Ce sel est bleu vcrdàtre, déliquescent, ne cristallisant que fort difficilement. Un papier imprégné de sa solution et séché s'enflamme aisément et brûle avec une lumière verte très-remarquable.
Chlorate d'argent. Pour l'obtenir on fait réagir l'acide chlorique sur de l'oxyde d'argent nouvellement précipité, lavé, et encore humide, jusqu'à parfaite saturation de l'acide. La liqueur neutre et incolore qui en résulte donne par évaporation des cristaux ayant la forme d'un prisme carré, terminé par une section oblique. Ce sel possède au plus liant degré la propriété oxydante et fulminante des chlorates. Lctz.
§ II. Pharmacologie. Parmi les chlorates, deux seulement sont employés en médecine, les rhloiate de potasse et de soude.
Le chlorate de potasse a pour caractère d'être en lames blanches, brillantes, inaltérables à l'air, d'une saveur fraîche et légèrement acerbe, fusant sur les charbons ardents dont il active fortement la combustion. Chauflé dans une cornue, il fond, donne de l'oxygène et laisse du chlorure de potassium. Sa solution aqueuse ne doit pas se troubler par le nitrate d'argent.
Dans les préparations dont le chlorate de potasse forme la base, il faut tenir compte de sa solubilité dans l'eau. 100 parties d'eau à -h 15° en dissolvent seulement 6 parties; à -4-49°, 18,98 p. ; à -l-74«,9, 35,40 p. ; à H-104,8, 60,2 p. 11 faut également tenir compte de la propriété que possède ce sel de détoner vivement par le choc quand on le mélange avec des substances combustibles. Cette propriété ne doit pas être perdue de vue; il doit toujours être pulvérisé à part et mêlé aux autres matières, sans trituration et surtout sans choc brusque; faute de ces précautions, l'opérateur pourrait redouter une détonation violente.
Le chlorate de potasse est administré surtout sous la forme de potion à la dose de 2 à 8 grammes par jour, ou sous la forme de gargarisme ; on le donne aussi sous celle de tablettes. Il est quelquefois employé à l'extérieur, en lotion, à la dose de 5 grammes pour 100 d'eau.
Gargarisme avec le chlorate de potasse. Clilorate de potasse, 10 gr.; eau, 250 gr.; sirop de mûres, 50 gr. On lait dissoudre le chlorate de potasse dans l'eau, on filtre et on ajoute le sirop à la liqueur {Codex).
Potion contre la gangrène de la bouche (Hunl). Clilorate de potasse, 2 gr.; sirop de sucre, 10 gr.; eau, 50 gr. Par petites cudlerées dans les vingl-quatre heures.
Potion contre la stomatite mercurielle (Herpin). Chlorate de potasse, 2 à 4 gr.; sirop de limon ou de framboise, 50 gr.; eau simple, 150 gr.
Potion contre les aphthes de la diphthérie (Mauthner). Clilorate de potasse, 1 gr.; eau distillée, 60 à 90 gr.; sirop de framboise, 20 gr.
CHLORATES i thérapeutique). 509
Tablettes de chlorate de potasse. Chlorate de potasse pulvérisé, 100 gr. ; sucre blanc, 900 gr.; carmin, Os',50; gomme adragauthe, 10 gr.; eau aromatisée au baume de Tolu,90 gr. Ou fait des tablettes du poids de 1 gr., dont chacune contient O^'jlO de chlorate de potasse {Codex).
Solution contre l'ozène (Henri). Chlorate de potasse, 5 gr.; eau, 150 gr. Aspirez fréquemment par le nez.
Collyre (Coizeau). Chlorate de potasse, 10 gr.; eau, 100 gr. Contre les ophthalmies catarrhales aiguës, accompagnées de muco-pus abondant.
Poudre contre l'ozène (Debout). Sous-nitrate de bismuth, 10 gr.; chlorate de potasse, 1 gr. Pour priser.
Glyce'ré au chlorate de potasse comme désinfectant (Martinet). Chlorate de potasse en poudre, 10 gr.; glycérine, 100 gr ; mêlez. Employé comme topique pour désinfecter les plaies et modifier leur état.
Chlorate de soude. Le chlorate de soude est plus soluble dans l'eau que le chlorate de potasse; il a été proposé pour remplacer ce dernier sel lorsqu'on veut l'administrer à dose plus élevée. Il passe pour produire les mêmes effets; cependant, en général, on s'accorde pour le regarder comme moins actif.
Gargarisme au chlorate de soude. Chlorate de soude pulvérisé, 20 gr.; glycérine, 20 gr.; teinture de myrrhe, 10 gouttes; mêlez. Employé dans le traitement des gingivites en frictions sur les gencives.
Solution de chlorate de soude (Barthez). Chlorate de soude, 4 gr.; eau distillée, 30 gr. Instillez fréquemment par gouttes dans la trachée, dans le cas de trachéotomie pour croup. T. Gobley.
§ III. Thérapeutique. I. Historique. Aucun exemple dans l'histoire de la thérapeutique n'est peut-être aussi propre que celui du chlorate de pota.sse à montrer à quelles déceptions peuvent conduire les hypothèses préconçues, qui semblent au piemier abord les mieux fondées, et avec quelle siireté l'expérimentation exacte et l'observation scrupuleuse conduisent à la vérité. Objet à son origine d'un engouement immérité, sous l'empire d'une théorie brillante mais erronée, ce sel ne donne en thérapeutique que des insuccès, et bientôt il tombe dans un oubli presque absolu : le hasard seul, ou plutôt une induction instinctive, le fait retrouver et révèle ses qualités utiles ; l'expérimen- , tation s'en empare alors, explique et pi'écise sa manière d'agir et lui assigne enfin, dans la matière médicale, son véritable rang et une position qui ne lui sera plus contestée.
Ce fut vers 1796, dix ans après sa découverte chimique par Berthollet, que le chlorate de potasse entra dans la thérapeutique sous l'empire d'une théorie sur l'action des acides et des oxydes sur le corps humain, dont Fourcroy était le promoteur (Spreugel. Hist. delaméd. trad. par Jourdan, t. VI, p. 423). Les découvertes éclatantes de la chimie à cette époque, les travaux immortels de Lavoisier sur l'oxygène et sur la respiration des animaux, avaient frappé vivement tous les savants, et les théories physiologiques et thérapeutiques devaient se ressentir de cette impression universelle. Fourcroy pensa que les oxydes et les acides trèsoxygénés subissent dans l'économie une véritable décomposition, et qu'ils cèdent leur oxygène aux tissus animaux. On songea naturellement aux acides qui étaient à la fois le plus oxygénés et le plus facilement décomposables, tels que l'acide nitrique, l'acide muriatique oxygéné (le chlore), et enfin le muriate suroxygéné ou chlorate dépotasse qui, comme on le sait, perd tout son oxygène par la chaleur,
510 CHLORATES (thérapeutique).
et sert à préparer ce gaz dans les laboratoires. Selon Swediaur {Traité complet des mal. syphil. Paris, 1817, 7« édit., t. II, p. 201), ce fut W. Scott, à Bombay, dans les Indes, qui le premier, en 1 793 , employa l'acide nitrique contre les maladies du foie et contre la syphilis. Ses observations furent publiées à Edimbourg, en 1797, et après lui Wittman, John Rollo et Cruikshank en Angleterre, P.-P. Alyon en France, essayèrent à la même époque les remèdes oxygénés, et notamment le muriate suroxygéné dépotasse, contre la syphilis. Swediaur nous donne(/oc. cit.) le récit des expériences qui furent tentées, en Angleterre, par J. Rollo et Cruikshank (consignées dans un ouvrage sur le Diabètes mellUus par Rollo, 2 vol. in-8°, Londres, 1797), et de celles auxquelles donna lieu en France, le travail d'Alyon, lu à la même époque à la Société de médecine de Paris. Ces dernières expériences furent faites à l'hôpital de perfectionnement de l'Ecole de médecine de Paris par Alyon lui-même, sous la surveillance d'une commission composée de Fourcroy, Halle, Mahon, Petit-Radel, Thouret et Swediaur. Les acides oxygénés, le muriate suroxygéné de potasse furent employés à l'intérieur et à l'extérieur ; et Swediaur, qui rapporte ces expériences avec d'autres faits qui lui sont propres, conclut que les remèdes oxygénés n'ont qu'une efficacité douteuse contre la syphilis et ne répondent pas aux succès qu'avaient annoncés les médecins pratiquant dans les pays chauds : cependant il les croit utiles dans les états asthéniques et notamment le scorbut.
Ce furent ces mêmes idées sur les propriétés oxydantes du chlorate de potasse, qui portèrent J. Rollo et Thomas Garnett de Glascow à employer ce sel contre le scorbut et la fièvre nerveuse (le typhus). Ce dernier auteur* va jusqu'à calculer la quantité d'oxygène qu'un poids donné de chlorate peut fournir à l'économie. Singulièi-e théorie que celle qui faisait attribuer tant d'importance à l'action des quelques centimètres cubes d'oxygène que pouvait fournir à l'économie le chlorate de potasse, employé à la dose de 50 centigrammes, alors que ce gaz pénètre à tout instant dans nos organes en quantité bien plus considérable par les voies respiratoires !
Robert-Thomas de Salisbury {Médecine prat., trad. par H. Cloquet. Paris, 1818, t. I, p. 107 et 229) le signale comme un puissant antiseptique, et le propose contre le typhus et l'angine maligne.
En Allemagne, Herber {Hufeland's Journ. der practischen Arzneikunde, t. XXVI, 6« partie, p. 94 et 101), en 1813; J. Schœffer {ibidem, t. XLIII, A' partie, p. 20), enl814, et Meyer [ibid, t. LVII, 1'" partie, etBull. des sciences méd. deFérussac, t. I, p. 364) en 1823, le préconisent contre la névralgie faciale, et le docteur Marc (1818) confirme ces l'ésultats et l'emploie contre la chorée {Biblioth. méd., t. LIX, p. 105, note. Paris, 1818).
Odier (Louis) de Genève {Man. de méd. pratiq., 5'= édit., 1821, p. 505) l'appliqua avec succès au traitement de l'ictère spasmodique et même symptomatique. Jusqu'alors le chlorate de potasse, regardé comme un excitant ti-ès-énergique, est donné à très-faibles doses, ou dépasse rarement un gramme ou deux par jour; et en 1818, Duchâteau (cité par Mérat et Lens) va jusqu'à lui attribuer un accès de convulsions avec délire survenu chez une malade à laquelle il l'administrait, et qui en avait pris 18 grains en trois fois.
Hector Chaussier {Contre-poisons ou moyens reconnus les plus efficaces, etc.
* Bulletin des sciences médicales, publiés par la Société médicale d'émulation de Paris, t. II, p. 127. « On sait qu'on peut obtenir environ 75 pouces cubes de gaz oxygène de 100 grains de muriate suroxygéné de potasse, etc. p
CHLORATES (thérapeutique). 5H
Paris, 1819, chez Méquignon-Marvis, p. 153 et 177) étudie mieux le chlorate de potasse. 11 expérimente sur lui-même et reconnaît que ce sel peut être pris sans inconvénient à doses plus fortes. Il préconise le chlorate de potasse à l'intérieur comme le meilleur des vulnéraires dans les cas de coups violents, chutes et contusions, résultats confirmés par de nombreuses observations de Bertrand (de Pont-du-Château) (voy. notre index bibliographique).
A cette époque, Wœhler, dans un mémoire sur l'absorption et l'élimination des médicaments couronné par la Faculté d'Heidelberg [Zeilschrift fur Physiologie von Tiedemann, 1824, p. 137), constate le premier* ce fait que le chlorate de potasse s'élimine en nature par les urines, et qu'il n'a pas les effets excitants qu'on liji attribue. Bien que le mémoire de Wœlher ait été traduit dès 1827, dans le Journal des progrès (t. I, p. 45) , et que le passage relatif au chlorate de potasse y figure in extenso, cette expérience, qui devait changer du tout au tout la manière d'envisager l'action thérapeutique de ce sel, paraît avoir échappé, au moins en France, à l'attention des contemporains. Mérat et de Lens {Dictionnaire univ. de mat. méd. et de thérap., t. V, p. 474, 1833) n'en parlent pas, tout en confirmant les idées de Chaussier sur l'innocuité de ce médicament, et en rapportant quelques faits qui leur sont propres. En Angleterre, O'Shaugnessy {TheLancet, 1831-32, t. I, p. 369) connaissait en 1831 l'expérience de Wœhler, et disait avoir vérifié, par de nombreuses expériences cliniques, que le chlorate de potasse s'élimine en nature par les urines. Mais en même temps il publiait des expériences de vivisection semblant démontrer une action oxydante énergique. Ces expériences induiront en erreur, pour de longues années, les médecins anglais et américains qui les invoqueront sans les contrôler. Pereira, qui rapporte les expériences d'O'Shaugnessy [Eletnents of Materia medica and Therapeutic, ¥ édit., t. I, p. 512) fait cependant remarquer que le fait de l'élimination du chlorate en nature, rend peu probables les théories chimiques relatives à l'oxydation du sang. Le professeur Kramer (de Milan) connaissait aussi le fait en 1843, soit qu'il l'eût trouvé par lui-même, soit qu'il eiît mémoire du travail de Wœhler.
En tout cas, onn'en tira aucune conséquence thérapeutique avant l'année 1856. On peut même s'étonner de voir précisément, à partir de cette époque oii le chlorate de potasse est mieux étudié, ce médicament tomber peu à peu en désuétude au point de disparaître presque complètement de nos traités classiques de théi'apeutique et de pharmacologie : MM. Trousseau et Pidoux n'en faisaient pas même mention dans les premières éditions de leur Traité de thérapeutique. M. Bouchardat écrivait, en 1839, dans ses Éléments de matière médicale: (( Faut-il mentionner le chlorate de potasse que le Codex a conservé, et qui n'est plus employé aujourd'hui qu'à faire des allumettes ? » Le Codex de 1839 n'en disait que quelques mots. Soubeiran {Traité de pharmacie théorique etpratique, t. I, p. 322) n'était pas beaucoup plus explicite à cet égard.
En Angleterre, le chlorate de potasse n'était pas tombé dans un oubli aussi complet. G. Sayle en 1844, Alison en 1846, indiquent son emploi dans des ulcé-
1 Cette priorité de Wœhler, qui nous avait échappé dans notre mémoire de 1856, et que M. Panas avait signalée dans sa thèse (décembre 1856), a été indiquée par nous même, dans une discussion devant la Société de Biologie (1868), sur laquelle nous reviendrons un peu plus loin, à M. Rabuteau : Ce jeune chimiste a cru devoir s'attribuer cette petite découverte bibliographique dans un mémoire publié un peu plus tard, et nous reprocher d'avoir ignoré ce fait, qu'il ne connaîtrait peut-être pas sans nous.
512 CHLORATES (thérapeutique).
rations qu'ils désignent, par erreur, sous le nom d'ulcères phagédéniques {voy. ci-après Stomatite cooeinneuse et StoiViatite mercurieixe). En 1847, A. Hunl rappelle l'attention sur ce sel, et l'emploie contre la gangrène de la bouche chez les enfants {Medico-Chirurg. Transactions, 2" série, vol. VIII, traduit dans lu Revue médico-ckirurg. de Paris, t. I, p. 4, 1847), et ses expériences sont répétées à l'Hôpital majeur de Milan par le docteur Gherini (1848), et par le docteur Dubini, qui l'applique aussi à la gangrène des poumons (cités par Gambarini, 1858). West l'administre contre la stomatite ulcéreuse (West, Lectures on the. Diseuses of Infancy and Childhood , 1859, p. nol), et le docteur Henocli eu Allemagne publie, en 1850, trois cas analogues (Deutsche Kîinik, n"5, 1850, et Revue méd.-chir. de Paris, t. IX, p. 232, 1851). M. Sayle remploie à l'intérieur contre les ulcères phagédéniques de la syphilis (Médical Times, 1849, et Revue médico-cinr. de Paris, t. YI, p. 303) ; il croit encore à la désoxydation de ce sel dans l'économie. Tedeschi (Annali imiversali di medecina et Revue méd. chir. de Paris, t. I, p. 259, 1845) le prescrit eu lotions externes contre un ulcère cancéreux. En 1853, M. Babingtou l'essaye, comme Huut, dans une épidémie de gangrène de la bouche (Dublin Journ. of Méd. février 1855, et Rulletin gén. de thérapeuticiue,i. 44, p. 527). Enfin, M. Simpson, l'a administré, vers la même époque, dans les cas d'hémorrhagies placentaires dans les derniers temps delà grossesse, pour fournir del'ojygène au fœtus : on voit que la vieille théorie de Fourcroy l'égnait encore.
Bien (jue la plupart de ces travaux aient été traduits ou analysés dans nos recueils périodiques, bien que la formule de Hunt eirt été inscrite dans les ouvrages de Soubeiran et de M. Bouchardat, peu de médecins français sojigeaient à employer le chlorate de potasse. Il n'en était pas de même à Genève. Les leçons d'Odier y avaient fait maintenir l'usage du chlorate de potasse dans l'ictère; et vers 1852, le docteur Chanal (cité par M. Herpin), lisait à la Société médicale de Genève un Mémoire sur l'emploi du chlorate de potasse dans certaines stomatites. C'est peut-être à ce voisinage, ou à certaines analogies chimiques, que M. Socquet de Lyon prit l'idée d'essayer, eu 1854,1e chlorate de potasse dans le rhumatisme articulaire aigu (Gaz. médicale de Lî/on, juillet 1854, et Rulletin yénér. de thérap., t. XL VII, p. 255) à la dose énorme de 15 à à 50 grammes par jour.
Enfin, c'est en 1855 que Herpin (de Genève) et Blache appelèrent l'attention des praticiens français sur l'utilité du chlorate de potasse dans la stomatite mercurielle (Rulletin de thérap., 15 janvier 1855, t. XLVIII, p. 26). Blache étend bientôt son expérimentation aux autres espèces de stomatite, et obtient des succès remarquables dans la stomatite ulcéro-membraneuse (ibid., p. 120), résultats complètement confirmés par les faits de M. Barthez (ibid., p. 371) et par ceux de M. Bergeron (i\ote sur l'emploi du chlor. de pot. dans le trait, de laslomat. w/ceVeMse, Paris, 1855), qui observait dans les hôpitaux militaires, ainsi que par une observation de M. Aquilla Smith, de Dublin (Dublin Hosp. Ga:., juin 1855, eiRullet. de thérap., 1855, t. XLYIII, p. 558). M. Lasègue l'emploie en applications topiques sur de vieux ulcères. M. Moore (Rull. de thér., t. XLIX, p. 428) entretient la Société médico-chirurgicale de Londres de nouveaux succès obtenus par l'application topique du chlorate de potasse contre les ulcères cancéreux, les ulcères indolents et phagédéniques. En même temps, M. Demai'quay (Rulletin de thérapeutique, t. XLVIII, p. 437) publiait de nouveaux succès «le ce médicament dans la stomatite mercurielle, et M. Gustin, interne en phar-
CHLORATES (THÉRAl'EUIiQlE). 515
macie, attaché au service nosomial de ce chirurgien, faisait connaître le résultat de quelques expériences physiologiques tentées pour reconnaître l'action du médicament : il retrouvait le fait déjà découvert par Wœhler, que le chlorate de potasse s'élimine en nature par l'urine, et soupçonnait sans la démontrer son élimination par la salive.
La même année, Isambert, attaché comme interne au service de Blache, poursuit les études de son maître sur l'action thérapeutique du chlorate dans la stomatite mercurielle, dans la stomatite ulcéro-membraneuse et les angine* couenneuses et guidé par l'analogie, il étend ses recherches au croup. En même temps, il entreprend une série d'expériences physiologiques sur lui-même et sur les malades de son service, et publie, comme thèse inaugurale (avril 1856), une monographie étendue sur le chlorate de potasse, où sont indiquées minutieusement toutes les réactions par lesquelles on peut retrouver ce sel dans les liquides del'organisme : il démontre son passage dans la salive, qui explique sois action élective sur la muqueuse buccale, et dans la plupart des sécrétions ; il constate les phénomènes physiologiques que son ingestion produit chez les sujets à l'état de santé et de maladie, et bat directement en brèche la vieille théorie de Fourcroy. Le chlorate de potasse ne doit plus être considéré comme un oxydant, comme un stimulant de l'économie, mais comme un modificateur de nos sécrétions, comme un sédatif, et surtout comme le médicament spécial des maladies de la bouche et de la gorge. Ses expériences physiologiques sont pleinement conlirmées parLahordeet Milon (1857) etpar Gambarini (1858), tandis que le médicament, rentré dans l'expérimentation clinique vulgaire, donne des succès à tous les médecins qui l'emploient dans les maladies locales de la bouche et de la gorge. A la vérité, le chlorate ne confirme pas complètement les années suivantes les espérances brillantes qu'il avait fait concevoir pour l'angine diphthérique et le croup ; mais, même dans ces maladies, qui sont loin d'avoir encore trouvé un spécifique,, il reste un adjuvant utile {voy. plus loin, partie clinique, les paragraphes ^n^i«e couenneuse et Croup).
Dès l'année 1856, M. Gibert et M. Panas discutent le mode d'action locale diî chlorate, et la Faculté de médecine de Paris met ce sujet au concours pour le prix Corvisart de 1857. De ce concours sortent les travaux de M. Laborde et Milon. Non contents de contrôler les résultats physiologiques et cliniques obtenus par leurs prédécesseurs, ces deux observateurs développent plusieurs applications nouvelles du médicament. Ainsi M. Milon étudie surtout l'action topique du chlorate contre diverses plaies ulcéreuses, et signale le premier son action contre le cancroïde des lèvres, application qui sera reprise plus tard ; par MM. Bergeron et Leblanc (1863-1864), par Boscher (1867), par M. Féréol (1868); l'application topique est également étudiée avec succès par Weeden Cooke (1859), M. Gaujot (1865) et M. Tillot (1860). M. Laborde étudie spécialement l'ac lion du chlorate dans les gingivites et les angines chroniques et dans ccrtainer» espèces de bronchites, applications qui sont étendues à la phthisie pulmonaire par M. Gimbert, (de Cannes), (1872) à un tout autre point de vue que par les Anglais et Américains qui croient encore à la désoxydation du chlorate. En France, nous pouvons dire que l'opinion du public médical est assez généralement fixée depuis ces dernières années, et depuis les derniers travaux que nous, venons de mentionner ; on n'emploie plus guère le chlorate que comme un topique spécial, et l'on renonce à l'employer dans les affections générales. En Angleterre, en Améiique, nous voyons encore bon nombre de médecins continuer aie prescrire
DICT. EKC. XVL 55
514 CHLORATES (thérapeutique).
d'après la théorie de l'oxydation de nos tissus, dans la fièvre typhoïde, dans la phthisie, dans la grossesse, dans les kystes de l'ovaire même. Enfin, dans ces dernières années, des expériences physiologiques et chimiques sont encore entreprises : en Russie, Podcopaew (1865) procède par injections dans les veines, et détruit, ajuste titre, les expériences chimériques de O'Shaugnessy; en France, M. Rabuteau (1868-1872) cherche, par des expériences quantitatives, à préciser la question de l'élimination. Nous-mème, avec l'aide de îlM. Hirné et Barbier, répétons, vérifions et complétons une partie de ces expériences (1875-1874) pour la rédaction du présent article.
II. Action physiologique du chlorate de potasse. ï" Absorption et élimination du chlorate par nos organes. Nous avons dil, dans notre historique, que tous les médecins du commencement de ce siècle avaient cru à la désoxydation du chlorate dans l'économie, ou en d'autres termes à l'oxygénation du sang ou des organes qui se produirait sous l'influence de ce sel. Beaucoup de médecins anglais et américains croient encore à cette théorie ; un certain nombre de médecins français n'osent pas encore la rejeter entièrement ; nous devons donc l'étudier de près dans les lignes qui vont suivre, et indiquer, par ordre de dates, les auteurs qui l'ont combattue et les expériences qui la rendent inadmissible.
Hector Chaussier, dans un opuscule fort peu connu [Contre-poisons, Paris, 1819. p. 155 et 177), montre le premier que le chlorate n'a pas les propriétés excitantes qu'on lui suppose : il expérimente sur lui-même, et prouve qu'on peut en prendre sans inconvénient 6 grammes par jour (un gros et demi). « L'action du chlorate pris à cette dose se fait, dit-il, sentir pendant quarante à cinquante heures. » Mais il n'indique pas quelle est cette action. Diurèse, salivation, pyrosis peut-être, car il recommande de le prendre en même temps que les aliments. Mais en indiquant plusieurs applications thérapeutiques, il ajoute : « Ce n'est point ici le lieu d'examiner le mode d'action du chlorate de potassj, base sur laquelle est fondée son efficacité constante dans tous les cas que je viens d'indiquer. » Ainsi Chaussier garde pour lui sa découverte, s'il en a lait une, car nous ne connaissons de lui aucune publication où il se soit montré plus explicite.
Il faut arriver à Wœhler (1825) pour trouver une mention précise de ce que devient le chlorate introduit dans l'économie. Voici en quels termes il rapporte ses expériences :
« Un jeune et petit chien prit un gros de chlorate de potasse. "L'animal fut tué au bout de quatre heures après avoir uriné quatre fois. La vessie recelait environ une demi-once d'urine très-pâle. Quelques gouttes d'acide sulfurique lui communiquèrent une couleur jaune foncé, en même temps qu'il se dégagea une odeur d'oxyde de chlore, absolument comme quand on verse de l'acide sulfurique sur une solution aqueuse de chlorate de potasse. Cette urine lut soumise à l'évaporation. Lorsqu'à peine réduite à moitié, on la laissa se refroidir, il s'y forma des cristaux de chlorate de potasse en aussi grande quantité que cela a lieu dans une solution aqueuse de ce sel. La forme de ces cristaux, leur décrépitation sur des charbons ardents, et leur détonation avec du phosphore dénotaient assez qu'ils étaient formés de chlorate de potasse.
« L'urine, recueillie une heure et demie avant la mort de l'animal, était, de même, distinctement colorée en jaune par l'acide sulfurique, avec dégagement d'une odeur d'oxyde de chlore.
CHLORA.TES (thérapeutique). 515
(i Ou volt par là que ce sel ne peut pas produire d'effets plus violents que le nitrate de potasse. L'estomac n'offrait pas la moindre trace d'inflammation. Comme tous les sels de cette nature, le chlorate de potasse parut augmenter la sécrétion urinaire, et il détermina la diarrhée, comme le fait aussi le sel de nitre. » [Zeitschrift fur Physiologie, de Tiedemann et Treviranus, p. 137, Darmstadt, 182-4; traduit dans le Journal des progrès des se. et inst. méd. 1827, 1. 1, p. 45). Ainsi le chimiste allemand constate, en 1824, que le chlorate de potasse passe sans se décomposer dans les urines, qu'il est diurétique, un peu purgatif (nous verrons plus loin ce qu'il faut en penser) et sans action nuisible sur l'estomac.
Toutefois, le chlorate étant alors à peu pi'ès tombé en désuétude comme médicament, le public médical semble accorder peu d'attention à l'expérience de Wœhler. Il faut aller jusqu'en 1831 pour voir paraître en Angleterre de nouvelles expériences qui reproduiront en partie les idées de Fourcroy.
O'Shaugnessy (1831) expérimente le chlorate de potasse dans un travail intitulé : Proposai ofa new m.ethod oftreating the blue épidémie choiera by the injection of highly-oxygened salts into theveinous System [proposition d'une nouvelle mélhotle pour traiter le choléra bleu par l'injection dans le système veineux de sels hautement oxygénés] [TheLancet, 1831-32, t. 1, p. 368). « Le nitrate et le chlorate de potasse, dit-il, figurent au premier rang parmi ces sels, et possèdent le plus grand pouvoir pour oxj»Jer le sang veineux. Quelques grainsde l'un ou l'autre de ces sels suffisent amplement pour effectuer ce changement dans une quantité de sang plus grande que la circulation pulmonaire n'en contient ordinairement. Cependant nous savons, par des expériences cliniques de genres très-divers, que le nitrate et le chlorate de potasse entrent dans la circulation par l'estomac et le canal alimentaire, s'éliminent par l'urine, où l'on peut les découvrir sans qu'ils produisent aucune altération dans l'organisation du sang qu'ils ont traversé. De ces deux faits on peut conclure avec évidence que l'injection du nitrate ou du chlorate de potasse dans les veines ne peut amener aucun accident, et peut effectuer beaucoup de bien, si on l'emploie avec les précautions convenables... « Un chien métis de grande taille et bien portant a reçu, à différentes occasions, l'injection dans l'une des veines cervicales de 40 à 60 grains (50 centigrammes à 3 grammes) de chlorate de potasse dissous dans trois onces (90 grammes) d'eau. 11 parut n'en éprouver aucun effet nuisible. Le pouls s'éleva en plénitude et en fréquence. Il rendit des urines copieuses en peu de temps, et ces urines, quaird elles lurent concentrées, fournirent des signes incontestables qu'elles courtenaient du chlorate de potasse. Le sang tiré de la veine brachiale avait une belle couleur écarlate. Dans une autre série d'expériences, le même animal fut mis dans un état d'asphyxie toxique par l'insufflation de vapeur d'acide prussique, ou de gaz hydrogène sulfuré ; pendant qu'il élait stupéfié et en état de mort apparente, la veine brachiale fut ouverte et quelques gouttes d'un sang extrêmement noir purent êti"e obtenues avec difficulté. Un demi-drachme de chlorate de potasse dissous dans l'eau à la température du sang fut injecté doucement dans la veine jugulaire. Les pulsations du cœur commencèrent immédiatement à revenir, et dans l'espace de huit minutes, du sang écarlate sortit de l'ouverture faite à la veine brachiale. En vingt minutes l'animal était presque rétabli ; il émit des urines cooieusement, et cette sécrétion offrant comme à l'ordinaire des preuves évidentes de la pi'ésence du sel injecté. » De là l'auteur conclut, avec quelques
516 CHLORATES (tiiiîkapeutique).
réserves toutefois, qu'on pourrait peut être injecter ce sel dans les veines d'hommes atteints de choléra ; car, non-seulement le sang n'est pas désorganise par cette expérience, mais encore il retrouve la couleur artérielle que l'agent toxique lui avait fait perdre, et les fonctions de respiration et de circulation sont immédiatement rétablies. Nous reviendrons plus tard sur les expériences d'O'Shaugnessy pour montrer qu'elles sont entièrement opposées à la réalité des faits; le sang n'est pas artérialisé, et l'injection dans les veines tue presque instantanément l'animal au lieu de le révivifier. De tout ce qu'a dit cet auteur, nous n'avons qu'une chose à retenir : c'est qu'il connaissait l'élimination du chlorate en nature par les urines, soit d'après les écrits de Wœhler, soit qu'ill'eùt trouvé lui-même, et qu'il avait vérifié ce fait par de nombreuses expériences cliniques. Retenons aussi cet aveu, que, quand le chlorate est absorbé par les voies digestives, le sang ne présente aucune altération appréciable. Ceci est conforme à la vérité.
Nous savons aussi que le professeur Kramer (de Milan) connaissait en 1843 l'élimination en nature du chlorate par l'urine.
Toutefois, le fait n'avait donné lieu à aucune déduction thérapeutique, et il était totalement oublié en Fiance, lorsqu'en 1855, M. Gustin et nous-même, nous fûmes amenés à rechercher de nouveau ce sel dans les sécrétions. M Gustin annonça le premier qu'il retrouvait le chlorate dans l'urine à l'état de chlorate {Bullet. de thérap., t. LXVIII, p. 440). Il a soupçonné, sans la démontrer, son élimination par la salive; enfin il nous promettait une suite de recherches destinées à trouver dans quel rapport la quantité du médicament éliminé dans les douze ou quinze heures qui suivent son administration est avec la quantité ingérée. Malheureusement M. Gustin ne nous a pas donné ces expériences qu'il nous promettait; il n'a pas non plus fait connaître le réactif dont il s'était servi pour constater la présence du chlorate dans l'urine.
A la même époque que M. Gustin, nous-mème constations la présence du chlorate non-seulement dans l'urine, mais dans la salive, les larmes et les diverses humeurs de l'économie, et nous poursuivions ces études pendant un an par de nombreuses expériences sur nous-mème et sur les petits malades du service de Blachc, auquel nous étions alors attaché comme interne. Nous reviendrons plus loin sur les résultats cliniques que nous avons observés ; pour le moment, nous n'avons à parler ici que de nos recherches cliniques et physiologiques. Nous avons le premier appliqué à la recherche du chlorate dans nos humeurs une réaction d'une sensibilité extrême, indiquée dans le Traité d'analyse qualitative de Fresenius (trad. française, 1845; nouv. édition, Paris, 1871, p. 247).
En teignant la solution d'un chlorate en bleu clair, avec un peu de sulfate d'indigo, et en y faisant tomber avec précaution quelques gouttes d'acide sulfureux dissous dans l'eau, la coloration bleue disparaît ; l'acide sulfureux enlève à l'acide chlorique toid son oxygène, met en liberté le chlore, qui détruit aussitôt la couleur bleue de l'indigo; les azotates ne produisent rien de semblable. Cette réaction d'une facilité extrême, puisqu'elle se fait à froid, sans danger d'explosions, est tellement sensible qu'elle permet d'apprécier dans une liqueur moins de ïôo"oô de chlorate, comme jem'en suis assuré par une expérience quantitative'.
* J'avois espéré un instant baser sur cette réaction une méttiode de dosage analogue aux procédés alcalimétriques. Les premiers essais me monirèrent que les choses ne se passent pas tout à fait aussi simplement que les énonce Fresenius. En ellet si l'acide sulfureux enle-
CHLORATES (thérapeutique). 517
Elle peut se produire et s'apprécier dans la plupart des liquides de réconomie : ce dont je me suis assuré par des expériences directes, en mettant ces liquides en présence de l'indigo et de l'acide sulfureux, constatant qu'ils ne décoloraient pas par eux-mêmes l'indigo, puis ajoutant à ces liquides un peu de chlorate, et réalisant alors la réaction avec presque autant de netteté que dans l'eau distillée. Dans l'urine, dans les larmes, la réaction est très-nette et ne demande aucune précaution pour se produire. Dans la salive, dans le mucus bronchique ou nasal, il suffit de délayer ces liquides visqueux avec un peu d'eau distillée, et d'ajouter le réactif; il n'est même pas nécessaire de filtrer. Dans le lait, la réaction se produit aussi sans filtration, mais on la rend plus sensible en coagulant la caséine par quelques gouttes d'acide ou d'alcool, filtrant, et ajoutant le réactif dans la liqueur filtrée. Dans la bile, l'opération est plus délicate : les acides y produisant un précipité jaune verdâtre, la première goutte de sulfate d'indigo produisait ce même précipité. J'ai donc précipité d'abord la bileau moyen d'une goutte d'acide, jeté la liqueur sur un filtre, et, reprenant la liqueur qui passe limpide et presque incolore, j'ai vu qu'alors la liqueur restait bleue, et qu'au contraire, dans de la bile où j'avais ajouté quelques gouttes de chlorate, la décoloration caractéristique se produisait instantanément. On pourrait donc retrouver le chlorate dans la bile. J'avoue toutefois que des expériences de coloration et de décoloration, dans un liquide de cette nature, peuvent présenter quelques doutes.
Pour m'assurer de la valeur de ce réactif, j'ai dû chercher aussi quels étaient les corps qui décolorent l'indigo et pouvaient m'induire en erreur; ne trouvant pas dans les auteurs classiques des renseignements toujours suffisants, je me suis ■assuré, par des expériences directes, de ce qui suit :
Le sulfate d'indigo étendu d'eau distillée ne s'altère nullement à l'air.
L'acide sulfureux ne lui fait éprouver aucun changement immédiat, mais déjà au bout de quelques minutes la teinte bleue s'altère, devient verdâtre, et la décoloration se produit petit à petit ; les couches inférieures deviennent les premières jaunâtres, les couches supérieures conservent plus longtemps la teinte bleue. La décoloration est d'autant plus rapide que l'acide sulfureux aura été employé en plus grand excès, et l'indigo en quantité plus faible : elle n'est jamais instantanée, même en versant une seule goutte d'indigo dans un grand excès d'acide sulfureux, mais elle a lieu en quelques minutes. Quand l'acide
vait immédiatement à l'acide chlorique tout son oxygène, la réaction devait se formuler : KO,C10^-)-5SO- = SO',KO-f-4SO'-)- Cl. Ayant composé d'après cela une liijueur normale de chlorate de potasse, qui devait à volume égal décomposer entièrement l'acide sulfureux, je reconnus qu'il fallut verser 4 à 5 volumes de cette liqueur pour détruire lout l'acide sulfureux. 11 était probable que l'acide chlorique se réduisait en passant par des composés intermédiaires. En versant avec une burette graduée, la solution chloratée colorée en bleu par l'indigo, dans un volume d'acide sulfureux, je vis qu'il était impossible de trouver un point llxe où la décoloration cesserait de se faire. J'avais cru un instant trouver ce point fixe dans la disparition de l'odeur de l'acide sulfureux, qui se fait presque instantanément à un moment de l'expérience, mais en opérant avec des liqueurs normales à différents degrés j'ai reconnu que ce signe était également trompeur et ne pouvait donner de chiffres exacts. La raison en est dans le manque d'instantanéité de la réaction. En effet, j'ai reconnu, qu'en laissant en présence dans un flacon bouché, volumes égaux d'acide sulfureux et de ma liqueur normale, au bout de cinq minutes, la réaction est achevée, et l'acide sulfureux est totalement déiruil, mais alors la liqueur n'a plus aucune propriété décolorante: elle ne contient plus du chlore ou un composé de chlore et d'oxygène, mais de l'acide chlorhydrique, et de l'acide sullurique. Il n'y a pas moyen non plus d'établir un procédé semblable basé sur la réaction de l'acide sulfurique sur le chlorate. Il faut donc en revenir aux procédés de dosage ordinaire, si l'on veut faire des reclicrclics quantitatives [voy. plus loin).
518 CHLORATES (thérapeutique).
sulfureux est en moins grand excès, la décoloration n'est souvent pas complète au bout de plusieurs heures. Dans l'urine, cette décoloration se fait plus vite que dans l'eau : une solution d'urée produit le même effet ; donc, pour conclure à la présence d'un chlorate par l'acide sulfureux, il faudra employer ce réactif goutte à goutte, et il faudra que la décoloration soit instantanée.
La présence d'un azotate neutre dans la liqueur ne favorise en rien la décoloration de l'indigo.
L'acide azotique concentré détruit instantanément l'indigo, mais cette action ne se produit pas instantanément s'il est étendu de six à huit fois son poids d'eau ; s'il est très-étendu, la décoloration ne se produit pas même au bout de quinze heures.
Dans ces circonstances, il suffit de faire bouillir la liqueur pour que la décoloration se fasse instantanément ; mais elle ne se produit qu'au moment de l'ébullition.
Le chlore, les hypochlorites, les acides chloreux et hypochlorique décolorent l'indigo avec une grande intensité et instantanément. Ces corps, pas plus que l'acide nitrique, ne pourront en imposer pour laprésence d'un chlorate, puisqu'ils décolorent l'indigo immédiatement, et qu'un chlorate ne le décolore qu'après l'addition de l'acide sulfureux.
Les acides chlorhydrique, sulfhydrique et acétique ne décolorent pas l'indigo.
L'acide sulfnrique, servant à le dissoudre, ne le décolore naturellement pas. Cependant, concentré et à la température de l'ébullition, il le détruit en lui donnanl une couleur brune.
La potasse caustique décolore immédiatement l'indigo en lui donnant nne teinte brune.
L'ammoniaque fait passer immédiatement au vert l'eau bleuie par l'indigo, et la décolore ensuite en un temps plus ou moins long.
Le sulfhydrate d'ammoniaque décolore instantanément l'indigo même en grande quantité. Il y a en même temps dépôt de soufre si le sulfure est persulfuré. L'addition d'une très-grande quantité d'eau fait reparaître la coloration bleue ; celle d'un acide en excès agit de même. Si le sulfure est très-étendu d'eau, il ne décolore pas immédiatement l'indigo, mais l'addition d'une goutte d'acide produit instantanément cette décoloration. Si on ajoute beaucoup d'eau, ou assez d'acide pour détruire le sulfure, la coloration bleue reparaît. Comme on peut avoir à rechercher le chlorate en présence du sulfhydrate d'ammoniaque (dans les matières fécales par exemple) , il faudra bien se rappeler ces réactions ; ne mettre l'indigo qu'après avoir acidulé la liqueur par un acide qui ne décompose pas le chlorate, l'acide acétique par exemple, ajouter l'indigo, attendre un instant pour voir si la liqueur ne l'altère pas, et enfin ajouter l'acide sulfureux; s'il n'y a pas de chlorate, cet acide ne fait que détruire l'acide sulfhydrique qui reste dans la liqueur, et augmenter le précipité de soufre, qui i^end la liqueur louche, mais se teint lui-même en bleu, et ne nuit pas à la réaction : s'il y a un chlorate dans la liqueur, la teinte bleue fait place instantanément à une teinte café au lait très-clair, passant bientôt à une teinte jaune serein,^ qui paraît due uniquement au soufre suspendu dans la liqueur.
Nous avons dû insister sur ces réactions pour prévenir les objections qu'on pourrait faire à l'emploi du réactif dans nos recherches physiologiques. Quant aux résultats physiologiques obtenus, nous n'avons qu'à reproduire les résultais que nous obtenions en 1856, et auxquels les observations ultérieui'es n'ont rien
CHLORATES (thérapeutique). 519
changé, les expériences de M. Laborde et de M. Milon (1857), et de M. Rabuteau (1868), les ayant pleinement confirmés. Tous trois se sont servis, comme moi, du réactif de Fresenius. Voici comment nous les formulions alors ' :
« Le chlorate de potasse, pris à l'intérieur, s'absorbe avec une grande rapidité. // nest ni fixé, ni décomposé dans nos organes. 11 s'élimine rapidement par la plupart de nos sécrétions, à l'état de chlorate, par conséquent sans se réduire et sans fournir d'oxygène à l'économie. Ses deux voies principales d'élii mination sont l'urine et la salive : cinq minutes api^èsque l'on a pris le chlorate, ;le réactif en accuse déjà des traces dans la salive, et au bout de dix minutes il ' apparaît dans l'urine ; lorsqu'on administre le chlorate par le rectum, le sel met environ vingt à vingt-cinq minutes à apparaître dans la salive ; au bout d'une demi-heure, la réaction est déjà à son maximum d'intensité. L'élimination par l'urine et par la salive dure un temps qui varie de quinze à trente-six heures. » M. Milon dit : dans un temps qui n'est jamais moindre que seize heures et qui n'excède jamais quarante heures. On en trouve quelquefois des traces plus de quarante-huit heui-es après. La salive cesse un peu plus tôt que l'urine de déceler la présence du chlorate. « Le temps d'élimination paraît à peu près indépendant de la dose de chlorate que l'on a prise. 11 a été à peu près le même dans cinq expériences comparatives faites sur moi-même et où. j'avais pris 1 gramme, puis 2 grammes, 4 grammes, 8 grammes, et enfin 20 grammes de ce sel par jour. J'ai dit plus haut' quelles difficultés m'avaient empêché de déterminer, par des expériences de précision, les quantités de ce sel qui sont éliminées heure par heure par les urines. Cette détermination n'est pas susceptible de précision, rjuisque le chlorate s'élimine par la plupart des sécrétions. Toutefois, l'intensité avec laquelle la réaction s'effectue nous indique approximativement comment les choses se passent. L'élimination du sel devient maximum au bout d'une demiheure ou une heure ; elle est intense pendant quinze à vingt heures. Après cela on n'en trouve plus que des traces: les hautes doses ne paraissent pas prolonger beaucoup le temps pendant lequel l'élimination est intense. Dans aucun cas, même à vingt grammes, la réaction n'a été intense après trente heures. La quantité est aussi compensée par l'effet diurétique qui est plus marqué à hautes doses: il faut donc tenir compte non-seulement du temps écoulé, mais delà quantité d'urine rendue. Lorsque le chloi-ate commence à disparaître des urines, le phénomène est sujet à quelques oscillations avant l'élimination définitive : c'est ainsi qu'on voit les urines, qui ne présentaient plus de traces de chlorate depuis quelques heures, en présenter de nouveau des quantités notables après le repas, ou bien l'urine recueillie au moment du coucher ne présentant rien , celle du réveil accuser de nouvelles traces de chlorate. C'est par ces oscillations qu'on arrive à en trouver plus de quarante-huit heures après l'administration du médicament.
« Grâce à la sensibilité du réactif indiqué, j'ai pu également constater la présence du chlorate :
« Dans le lait de deux nourrices qui avaient pris 4 grammes de ce sel ; d'où la possibilité d'administrer par cette voie le chlorate à des nourrissons, si le besoin s'en présentait. » M. Milon, qui a répété cette expérience sur une nourrice
» Nous laissons entre guillemets toutes les conclusions de notre travail de 1856. Les lignes sans guillemets sont le résultat de nos observations ultérieures ou de celles des autres auteurs.
520 CHLORATES (thérateutique).
du service de Ti'ousseau, pense que la quantité de chlorate ainsi lournie serait trop minime pour avoir une importance thérapeutique.
« Dans les larmes. Grâce à un épiphora que déterminait souvent chez moi le froid du matin, j'ai pu recueillir un à deux centimètres cubes de larmes: la réaction a été très-manifeste.
« Dans le mucus bronchique. On ne peut le chercher dans les crachoirs oii ce mucus est toujours mêlé de salive au passage; mais j'ai eu l'occasion de recueillir du mucus dans les bi'onches mêmes d'enfanls morts d'angine couenueuse ou de croup, et le résultat n'a pas été douteux. »
M. Milon (Mém. manuscrit, 1857) a également trouvé le chlorate dans le mucus bronchique que deux enfants trachéotomisés expulsaient par la canule. Dans sa thèse (1858), le même auteur déclare cependant n'en avoir pas trouvé chez trois enfants trachéotomisés. Nous-mème ayant repris cette recherche dans ces derniers temps, n'avons pas retrouvé de chlorate dans le mucus broncliique de deux enfluits trachéotomisés pour croup. Mais, chez im adulte, trachéotomisé depuis longtemps pour rétrécissement syphilitique du larynx , nous avons constaté la présence du chlorate dans le mucus expulsé par le canal. Ainsi le chlorate s'élimine à l'état normal par le mucus bronchique , mais la diphthérie semble suspendre cette élimination par le trouble qu'elle apporte aux sécrétions bronchiques.
« Mucus nasal. Il est également facile de le trouver dans le mucus nasal ; un léger flux nasal déterminé chez moi par de très-hautes doses de chlorate me permit de retrouver dans le mucus nasal des traces évidentes de ce sel. » M. Milon pense que cette sécrétion est celle qui en contient le plus après l'urine et la salive.
« Dans la sueur. Le moyen le plus simple de s'en assurer est de prendre un gilet de flanelle que l'on aura porté pendant les jours d'expériences, de le colorer légèrement au moyen de sulfate d'indigo dilué, et d'ajouter l'acide sulfureux; la réaction est très-manifeste. » M. Milon ne l'a trouvé dans la sueur que dans la saison chaude, et il en conclut que cette voie d'élimination n'est pas constante et que, dans tous les cas, elle est faible. Pour avoir des résultats quantitatifs il faudrait employer les procédés d'étuve qui permettent de recueillir la sueur en quantité notaLle.
« J'ai cherché vainement le chlorate dans les matières fécales : une fois seulement sur six expériences, j'ai cru en trouver quelques traces. Cette recherche présente du reste des difficultés assez grandes : il faut se rappeler d'abord que le sulfhydrate d'ammoniaque décolore l'indigo, et se mettre en garde contre cette cause d'erreur; mais, de plus, la nécessité où l'on est de décolorer les liqueurs obtenues par la filtration sur le noir animal est encore une cause de perte, beaucoup de sels restant sur les fdtres ; nous avons eu soin de l'écarter en lavant soigneusement le filtre à charbon avec une solution concentrée de sulfate de soude. Ayant d'ailleurs pris les mêmes matières, y ayant ajouté un peu de chlorate de potasse, nous leur avons fait sidiir la même série d'opérations, et nous avons pu retrouver des traces de ce sel. Si donc nous ne le trouvions pas dans les matières soumises à nos recherches, c'est qu'il n'y était pas. » M. Milon, qui a suivi nos procédés d'analyse, déclare ne l'avoir trouvé qu'une fois dans des matières fécales, encore était-ce dans les selles diarrhéiques d'une convalescente de fièvre typhoïde; on sait que, dans ce cas, l'intestin a, perdu la facultéd'absorber la plupart des médicaments, et le chlorate aurait passé là comme un corps étranger.
CHLORATES (thérapeutique). 521
Si le chlorate pouvait se décomposer quelque part dans l'économie, ce serait assurément dans les phénomènes de la digestion. Toutefois cette décomposition n'a pu être constatée par personne. M. Rabuteau [Mém. de la Soc. de biologie, 1868, p. 35), après avoir dit qu'il n'a pu retrouver ce sel dans les matières fécales, et que cette constatation serait impossible à moins qu'il ne se fût produit des effets purgatifs, admet que la réduction s'opérerait facilement dans l'intestin par l'effet 'de l'hydrogène sulfuré et du sulfure d'ammonium qu'il y rencontre. Ce chimiste est ici dans l'erreur. Nous avons, dès 1856, montré, par des expériences directes, que ni l'un ni l'autre de ces réactifs ne réduit le chlorate à l'état de chlorure. Le sulfure d'ammoniaque agit énergiquement sur l'indigo, qui fait partie du réactif de Fresenius, mais j'ai montré qu'il suffisait d'ajouter de l'acide acétique en excès pour se mettre à l'abri de cette cause d'erreur. Ainsi, jusqu'à présent, le chlorate n'a pas été retrouvé dans les matières fécales émises par l'anus, et il ne paraît pas dépasser la partie supérieure de l'intestin grêle où il achève sans doute d'être absorbé.
« Pour la sécrétion biliaire, ajoutais-je en 1856, je n'ai eu que trois occasions de rechercher le chlorate dans la bile extraite de la vésicule biliaire déjeunes sujets morts en cours de traitement par le chlorate de potasse. Dans un cas, je n'en ai trouvé aucune trace; dans un second cas, j'ai trouvé des traces manifestes ; dans le troisième cas, des traces douteuses. Je ne m'exprime qu'avec réserve à ce sujet, vu le doute que ces expériences de décoloration peuvent inspirer dans un liquide comme la bile. » M. Milon déclare n'avoir jamais pu trouver le chlorate dans la bile : il l'a cherché dans la vésicule de fiel de trois cadavres.
« Enfin, je n'ai pas trouvé le chlorate de potasse dans le sperme. Il y a en effet une grande différence physiologique entre l'élément anatomiquede la reproduction de l'homme et les produits de nos autres sécrétions. » M. Rabuteau, qui n'a pas non plus retrouvé l'iodure de potassium dans le sperme, pense qu'on pourrait le retrouver dans le sperme éjaculé à la suite de fatigues vénériennes, et qui est alors composé en majeure partie des liquides des vésicules séminales et des glandes de Cooper (Rabuteau, Éléments de thérapeutique et de pharmacologie, Vms, 1872, p, 229).
En résumé, les voies principales d'élimination du chlorate de potasse sont l'urine, la salive, les mucosités nasales, buccales, bronchiques, les larmes, la sueur. Il y a doute pour les autres sécrétions ou excrétions.
11 importe, pour compléter ces notions, de parler de l'action du chlore sur le sang et ses principes. La solution de chlorate ne précipite pas l'albumine du sérum, et le sérum conserve sa réaction alcaline après l'expérience. Il ne redissout pas la fibrine coagulée. Lorsqu'on l'ajoute au sang sorti de la veine, il lui donne immédiatement une couleur rutilante, et il ne retarde pas la coagulation du sang : il semble même favoriser la formation d'une légère couche fibrineuse à la surface du caillot.
Ce fait, auquel O'Shaugnessy semble faire allusion dans le passage que nous avons rapporté ci-dessus (p. 515), a été invoqué, positivement, en 1857, par M. Solari {Thèse de Paiis, 1857, n" 104), pour démontrer que le chlorate exerce sur le sang une action oxydante. L'auteur insiste beaucoup sur le fait de la croûte inflammatoire produite, dit-il, par une suroxydation du sang. Malheureusement, s;u' quatre malades qu'il cite, comme ayant fourni cette saignée couenneuse, t'eax sont atteints de rhumatisme, un de pneumonie, et la maladie du quatrième
522 CHLORATES (thérapeutique).
n'est pas indiquée. Choisir , lorsqu'on veut démontrer une action ilu chlorate pour produire une couenne inflammatoire, des malades atteints précisément des seules maladies où cette couenne se rencontre ordinairement, n'est pas le fait d'un expérimentateur bien rigoureux. Nous n'avons pas à réfuter ici les considérations toutes théoriques dans lesquelles l'auteur se lance pour expliquer l'action de tous les médicaments oxydants ou désoxydants : on se croirait revenu au temps de Fourcroy ; mais nous devons donner quelques explications sur l'expérience assez grossière sur laquelle il élève cet échafaudage d'hypotlicses.
Lorsqu'on pratique une saignée sur la veine du bras, et qu'on reçoit le sang dans deux palettes ou dans des tubes, et que l'on mêle une solution de chlorate avec une partie de ce sang, on voit en effet ce sang mêlé de chlorate prendre une couleur rutilante, mais qui n'atteint pas la nuance du sang artériel, à moins qu'on ne l'agite très-vivement à l'air ; le sang pur, ou mêlé seulement d'une quantité d'eau pure égale à la quantité de la solution chloratée employée, ne s'oxygène que lentement : les deux sangs se coagulent à peu près dans le même temps; mais, tandis que le sang pur forme un caillot d'une nuance plus claire qu'il ne l'avait à la sortie de la veine, le sang, additionné de chlorate, perd rapidement sa couleur rutilante, fonce en couleur, et reste pris en une masse couleur brun sombre et cohérente, dont le sérum se sépare difficilement. Lorsqu'on examine ce sang au microscope, on n'y trouve plus que des globules déformés, déchirés, et bientôt le lendemain ceux-ci ont entièrement disparu : c'est la dissolution des globules. Cl. Bernard (Liquides de V organisme, t. l, p. 401) nous a appris depuis longtemps que le carbonate de soude produit le même effet, rutilance d'abord, couleur noii'àtre ensuite. D'autre part, nous avons récemment recueilli dans des tubes fermés des quantités égales du sang d'une même saignée, mêlant à l'un de l'eau pure, à un autre du chlorate de potasse, à un autre du sulfate de soude, et à un autre du chlorure de sodium, toutes ces solutions au même titre de 5 p. 1 00. Les tubes de sang mêlé de chlorate de potasse, de sulfate de soude et de chlorure de sodium ont pris tous trois la couleur rutilante, mais dans les deux derniers la rutilance était plus prononcée ; de plus, elle s'est maintenue encore au troisième et au quatrième jour après l'expérience, et les globules étaient encore intacts au microscope. Le sang mêlé de chlorate était, dès le premier jour, redevenu noirâtre, et ses globules avaient disparu. L'action du sulfate de soude sur les globules sanî^uins est connue depuis longtemps, et a été utilisée bien des fois pour des études sur le sang. Elle est loin d'être expliquée parfaitement. C'est sans doute une action plus physique que chimique, une action osmotique qui favorise peut-être l'absorption de l'oxygène de l'air. Jamais cependant on n'a prétendu que le sulfate de soude leur cédait de l'oxygène; on pourrait encore moins le dire du chlorure de sodium, et cependant ces deux sels rendent le sang plus rutilant que ne le fait le chlorate, qui est pourtant le sel suroxygéné. Celui-ci ne fournit donc pas d'oxygène ; on le i-etrouve à l'état de chlorate dans le sérum du sang. Son action dissolvante sur les globules le différencie encore plus du sulfate de soude et du chlorure de sodium. Mais elle le rapproche du carbonate de soude. Le chlorate n'a pas cependant comme celui-ci une réaction alcaline. Il diffère aussi des deux sels mentionnés sous le rapport de la coagulation : ceux-ci empêchent la coagulation définitive du sang en dissolvant la fibrine : le chlorate n'empêche pas le sang de se prendre en masse, mais il a paru retarder la précipation de la fibrine, dans les cas où une couche légèrement fibrineuse s'est formée à la surface du
CHLORATES (THÉRAPEuiiQnE). 525
caillot, ou diminuer son élasticité dans le cas où la masse du caillot a l'etenu le sérum et est restée à l'état de masse gélatineuse jusqu'au lendemain.
Il nous veste à ajouter quelques mots au sujet de l'action soi-disant oxydante du chlorate sur le sang de l'animal vivant. O'Shauguessy avait annoncé que le chlorate injecté dans la veine jugulaire d'un chien produisait une augmentation de la tension de la fréquence du pouls ; il rendait rutilant le sang qui s'écoulait auparavant noir delà veine brachiale. Nous verrons plus loin que ces expériences sont en opposition complète avec la réalité des laits ; loin d'être vivifié, l'animal meurt par arrêt du cœur, et le sang n'est pas rutilant. Quelques personnes ont pensé, sur la foi de O'Shauguessy, que le sang de l'homme soumis à la médication chloratée devait être rutilant dans les mêmes circonstances. Nous avons eu plusieurs occasions de vérifier qu'il n'en était rien. Récemment encore nous avons saigné six sujets auxquels nous faisions depuis plusieurs jours prendre le chlorate de potasse à la dose assez élevée de 6 à 8 grammes par jour. Chez aucun d'eux le sang n'a présenté une couleur rutilante au sortir de la veine. Les personnes qui ont invoqué cette rutilance de la saignée, à l'appui de la théorie de la désoxydation du chlorate, se sont donc appuyées sur un fait inexact.
De toutes les expériences que nous venons de rapporter, on peut conclure, d'abord, que le chlorate de potasse s'absorbe avec une grande rapidité dans l'estomac, et probablement en totalité, puisqu'on ne le retrouve pas dans les matières fécales (Isambert, 1856; Rabuteau, 1868); qu'il ne produit aucune trace d'inflammation sur la muqueuse de l'estomac (Wœhler, 1825); et que, n'exerçant aucune action sur l'albumine, la fibrine, ou les principes constituants du sang (Milon, 1857), et n'étant pas modifié non plus par eux, il s'élimine, à l'état de chlorate en totalité, par l'urine et les autres sécrétions.
Quoique ce résultat eût pu paraître incontestable après les expériences de toute nature faites par Isambert en 1856, et dont les résultats étaient pleinement confirmés par celles de M. Milon (1 857) , quoiqu'il ne fût plus possible de prétendre que le chlorate était réduit en totalité à l'état de chlorure dans l'économie, cependant il fallait que la vieille théorie de l'oxygène fourni à nos tissus, conservât un grand attrait pour que nous ayons vu encore, en 1868, les chimistes ou les thérapeuticiens les plus distingués (MM. Berthelot, Gubler, Rabuteau) admettre encore théoriquement que le chlorate pouvait ou devait même se décomposer en partie dans nos organes (Discussion orale devant la Société de biologie, à l'occasion des communications de M. Rabuteau).
MM. Berthelot et Rabuteau ont avoué que ce n'était chez eux qu'une vue de l'esprit, basée sur des analogies, et qu'ils n'avaient pas fait d'expériences directes. M. Gubler invoquait une expérience thérapeutique: chez un malade auquel il administrait du chlorate de potasse, on aurait observé une augmentation notable delà quantité des chlorures contenus dans l'urine, et cette augmentation était attribuée par M. Gubler à la réduction d'une certaine quantité de chlorate à l'état de chlorure. M. Gubler a reproduit plus tard cette observation, et une seconde expérience de même nature, dans ses Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius (2" édition, l"''' partie, p. 472, Paris, 1873). « Le premier malade, affecté de catarrhe pulmonaire et d'urines habituellement alcalines
1 Cette discussion n'a pas été reproduite dans les Comptes rendus de la Société, sans que nous puissions indiquer d'autres causes de cette omission que les irrégularités qui purent se produire au moment de la mort de Rayer, et de la présidence nouvelle de M. Cl. Bernard, Nous avions gardé une note sur cette discussion, qui nous permet de la reproduire ici.
524 CHLORATES (thérapeutique).
au moment de l'émission et sans fermentation, avait été mis à l'usage du chlorate de potasse; les urines ont été dosées la veille au point de vue des chlorures: or, le lendemain de l'administration du médicament, la dose de ceux-ci avait sensiblement doublé (Gubler et Derlon). Dans, une autre circonstance, la proportion de chlore qui avait été trouvée de 2,91 pour 1000 d'urine, avant l'administration d'une dose quotidienne de 6 grammes de chlorate de potasse, s'éleva les jours suivants à 4,30, 3,34, 5,83, 4,17 et3,05 d'après les analyses d'Adam, bien que la diurèse se fût généralement accrue. Le quatrième jour, où la proportion du chlore avait atteint son maximum 5,83, le poids total des urines rendues s'était élevé jusqu'à 2,600 grammes. » (C'est-à-dire, dansée dernier cas, que le malade en aurait rendu plus de 15 grammes de cldorure). Isambert s'est efforcé de réfuter cette manière de voir, et les objections qu'il adressait alors au premier fait de M. Gubler s'opposeraient avec plus de force encore à l'interprétation que le savant professeur donne à ces faits cliniques. Les causes pathologiques qui peuvent faire varier la proportion des chlorures dans les urines sont nombreuses ; pourquoi l'attribuer seulement à la réduction du chlorate et non à un mouvement fébrile ou à un état pathologique quelconque ? Le chlorate ingéré à dose assez haute augmente notablement l'excrétion de l'acide urique et des urates (Isambert, 1856) ; il pourrait, par une action analogue, augmenter la quantité des chlorures de l'urine sans se transformer lui-même en chlorure : il fondrait, pour prouver cette réduction, qu'une expériencequantitative eût montré, dans ce cas, quelle était la quantité de chlorate éliminée à l'état de chlorate et quelle quantité de chlorure pouvait être attribuée à la réduction du chlorate, et ensuite que l'addition de ces deux quantités fît à peu près retrouver la dose de chlorate ingéré. Tant que cette équation n'est pas faite, on ne peut tirer aucune conséquence des analyses de M. Gubler telles qu'ils les présente. Dans le second cas, les chiffres de chlorure deviennent même tellement élevés comparativement à la dose de chlorate ingéré (6 grammes par jour. On sait que l'élimination est presque totale au bout de dix-huit à vingt heures) qu'elle atteint, si elle ne dépasse, la totalité de ce que l'on pourrait en obtenir par la réduction de tout le chlorate, et cependant il est incontestable que la plus grande partie du chlorate se retrouve non décomposée dans l'urine. M. Gubler ne parle d'ailleurs que de chlorures en général, sans s'être assuré que le sel éliminé est bien du chlorure de potassium (produit de la désoxydation du chlorate dépotasse) et non du chlorure de sodium. Tout en admettant qu'un échange de bases peut se faire dans l'économie, il est difficile de croire que cet échange soit complet, et que le chlorure de potassium n'augmenterait pas dans les urines si le chlorate était réduit. Nous sommes donc autorisé à croire que l'augmentationdu chlorure, mentionnée dons ces expériences, provient de l'organisme du sujet lui-même ; elle ne dépasse pas d'ailleurs ce que l'on observe dans la moyenne des dosages de chlorures. Nous verrons plus loin qu'à l'état physiologique (analyse de Hirne, 1874), cette augmentation des chlorures ne se produit pas.
A priori il est difficile d'admettre que l'organisme ait deux manières d'agir vis-à-vis d'une même substance, qu'il en élimine une partie et qu'il en décompose une autre. Cela se concevrait à la Vigueur, si l'action de l'économie s'exerçait en sens inverse ; si, par exemple, le chlorate absorbé à petites doses, était totalement réduit, et si, à haute dose seulement, on le retrouvait dans les sécrétions ; on dirait alors que les actions organiques ont détruit toute la partie chlorate qu'elles pouvaient détruire, et que tout ce qui se trouvait en excès a été
CHLORATES (thérapeutique). 525
éliminé, comme on admet que le sucre est détruit normalement dans l'ëct;iiomie,et qu'il apparaît dans l'urine seulement quand la quantité produite dépasse celle qui peut être détruite. Mais ici il n'y a rien de semblable ; le chlorate, absorbé aux doses les plus minimes, telles que 10 ou 15 centigrammes, se retrouve manifestement au bout d'un quart d'heure dans l'urine à l'état de chlorate.
Un grand nombre d'expériences directes ^ prouvent d'ailleurs que la solution de chlorate de potasse n'est pas réduite même après une ébullition prolongée en présence de l'amidon, du sucre et de l'albumine ; que, placé au milieu de liquide contenant du sucre ou de l'amidon que l'on fait fermenter pendant quarante-huit heures, à la température de 40", il ne subit aucune réduction du fait de cette fermentation (expériences de Hirne, 1 873) ; que l'acide sulfhydrique et le sulfhydrate d'ammoniaque ne le réduisent pas (Isambert 1856 et Hirne 1873) ; qu'il résiste aux acides organiques les plus énergiques, que l'acide acétique, par exemple, même en grand excès, ne l'altère pas davantage, et que, même pour l'acide sulfurique, il faut que celui-ci ne soit pas dilué. Le chlorate de potasse est donc un sel très-fixe, qui ne se décompose que par la chaleur rouge ou par l'action des acides sulfurique et sulfureux; et il n'est pas probable dès lors que les faibles réactions de l'organisme puissent le réduire. En résumé, disait en 1808 M. Isambert, la désoxydation du chlorate doit être tenue pour une hypothèse contraire à la généralité des faits observés tant qu'on n'aura pas prouvé, par une analyse quantitative, que cette réduction a lieu. Mais on ne peut guère se llatter de retrouver tout le chlorate ingéré ; 'car, par le fait de sa diffusion dans toutes les sécrétions, il est impossible d'éviter des pertes assez considérables.
Peu de temps après la discussion de la Société de biologie que nous avons rapportée, M. Rabuteau, abandonnant devant l'évidence des faits une idée préconçue, apportait lui-même à cette société deux expériences quantitatives qui démontraient que le chlorate s'éliminait tout entier à l'état de chlorate.
M. Rabuteau a expérimenté sur lui-même. « Le 2-4 juillet, dit-il {Soc. debiol.^ 1868, Comptes rendus, p. 00-06), je prends à quatre heures du soir 5 grammes de chlorate de potassium dissous dans 100 grammes d'eau. Dix minutes aprè& l'ingestion, je constate déjà le passage du sel dans l'urine et dans la salive. Néanmoins-, ce n'est qu'au bout d'une demi-heure que la décoloi'ation de l'indigO' devient rapide sous l'influence de l'acide sulfureux. Elle l'est encore le lendemain, dix-huit heures après le début de l'expérience. Mais, à partir de ce moment, le sel paraît diminuer dans l'urine et dans la salive, et à huit heures du soir, c'est-à-dire vingt heures après l'ingestion, je ne puis rien déceler dans ces deux liquides. J'ai recueilli mes urines avant et pendant l'expérience dans le but de doser le chlorate éliminé, et de vérifier les effets diurétiques constatés déjà par Wœhler et par Isambert. Les résultats de mes analyses sont consignés dans le tableau de la page suivante :
« Je n'ai pas trouvé, il est vrai, ajoute M. Rabuteau, la totalité du sel ingéré, c'est-à-dire 5 grammes, mais on conçoit qu'il n'ait pu en être autrement. En effet, bien que je me sois abstenu de rejeter ma salive pendant la durée de 1 ex-
* ls2imhevl, Études cliim., phijs. et clin, sur le chlorate de potasse (G. Baillière, 1855, p. lO^-lOS). Discussion de l'expertise de M. Lacombe, où l'on démontre combien sont erronées plusieurs réaclions que les cliimistes invoquent sans les avoir vériliées, par exemple , la l'éduction des chlorates par l'acide sulfhydriiiup, que nous voyons encore admise pai- M. Rabuteau en 1868 [Comptes rend, de la Soc. de Biologie, 18G8, p. 52 et ùj).
CHLORATES (thérapeutique).