DICT. EN'C. XVI
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l'emploi du chlorate de potasse dans la stomatite ulcéreuse, appuyé sur huit observations suivies de succès. Toutefois ce traitement était inconnu en France, et MM. Rilliet et Barthez avaient seuls dans leur ouvrage reproduit la formule de West, lorsqu'en 1855 lilache publia le résultat des expériences qu'il avait faites à l'hôpital des Enfants {Bullet. de thérap., 15 février 1855, t. XLVllI, p. 120-127). « Sur onze enfants atteints de stomatite ulcéro-membraneuse, dit ce médecin, six ont été traités par la cautérisation avec l'acide chloi'bydrique fumant ou par le chlorure de chaux; la durée moyenne du traitement a été de vingt jours. Cinq ont pris le chlorate de potasse. En cinq ou six jours, la guérison a été complète, et il n'y a pas eu de récidives. » Après avoir donné les observations détaillées de ces cinq cas, recueillies par M. Vidal, qui était alors son mterne, M. Blache ajoute : « Ces exemples démontrent clairement l'efÛcacité du chlorate de potasse. Dès le second jour les ulcérations se détergent, '" les fausses membranes disparaissent et ne se reproduisent plus, la fétidité de l'haleme disparait et en cinq ou six jours la muqueuse se recouvre d'un nouvel épithélium, il ne reste plus trace de maladie. Ainsi guérison rapide, sans récidive, mode de traitement d'une administration facile, ce qui mérite considération dans la médecine des enfants : tels sont les avantages que présente l'administration du chlorate de potasse dans la stomatite ulcéreuse, et qui doivent engager les praticiens à préférer son emploi à celui de la cautérisation. Par les cautérisations, la durée est longue, les récidives fréquentes, et de plus, la douleur qu'elles font éprouver aux petits malades rend ces attouchements d'une extrême difficulté pour le médecin. J'ai donné le chlorate de potasse à la dose de 2 à 4 grammes dans un julep gommeux ; les enfants le prennent facilement et sans répugnance. A cette dose je ne l'ai pas vu produire d'effets pliysiologiques appréciables; il est parfaitement supporté, sans nausées ni vomissements, ni diarrhée ; les fonctions digestives semblent activées, l'appétit est plus vif, et l'état général a paru s'améliorer. »
Des résultats aussi significatifs obtenus dans une maladie qui, de l'aveu général des observateurs, était rebelle, sujette à durer plusieurs mois et à récidiver, devaient frapper vivement l'attention des praticiens, et en effet, dans le cours de la même année, plusieurs faits nouveaux vinrent confirmer ceux de Blache. M. Barthez publia bientôt [Gaz. des hôpit., 1855, p. 274 et Bull, de thérap., t. XLVIll, p. 371) deux observations de nouveaux succès dus au chlo-^ rate de potasse, mais la première montrait un cas où ce médicament n'avait pas pu prévenir deux récidives ; le médicament avait été employé à faible dose.
Plus tard parut l'excellent travail de M. Bergeron (Note sur l'emploi du chl. dépôt, dans la slomatile ulcéreuse, Paris, 1855), qui observa de nombreux cas de stomatite ulcéreuse à l'hôpital militaire du Boule, et obtint les succès les plus marqués avec le chlorate de potasse dans vingt et un cas, sur lesquels il publie douze observations entièrement confirmatives des faits de Blache et de M. Barthez. M. Frémy (cité dans le mémoire de M. Bergeron, p. 51) a aussi expéi-imenté dans les mêmes conditions et a obtenu de nombi-euses guérisons.
On peut remarquer, dans les faits de M. Bergeron, combien les cautérisations avaient été inutiles dans plusieurs cas (obs. 1, 7, 8, 9, 10) et combien le chlorate de potasse a amené une amélioration rapide. M. Bergeron constate toutefois que le médicament, après avoir détergé les ulcérations en deux ou trois jours, est quelquefois ensuite impuissant à guérir l'ulcération sous-ja-
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ceiUe {loco citato, p. 40) : il s'est bien trouvé dans ce cas de le porter à des doses un peu plus fortes.
La même année, M. Aquilla Smith, de Duljlin (Dublin Hospital Gazette et B^dl. dethérap., t. XL VIII, p. 558), a publié un cas de diphthérite buccale traitée avec succès par le chlorate de potasse. Une application de sangsues avait été faite préalablement.
Nous avons à notre tour donné, dans notre mémoire de J856 (p. 41 à 45) : huit observations prises à l'hôpital des Enfants, dans le service de Blache, qui conlirmaient entièrement les résultats des observations précédentes : le lait saillant de cette médication, c'est qu'elle ne comporte aucun insuccès, il y a teujours guérisou rapide. Nous notions à la suite de nos observations les particularités suivantes :
« D'abord la possibilité de la récidive, et l'utilité de prolonger quelque temps l'usage du médicament après la chute de la fausse membrane (observ. 4 et H); l'impuissance du chlorate de potasse contre la pyorrhée alvéolo-dentaire (observ. 5 et 8) ; l'inutilité des cautérisations au début (observ. 11); la modification rapide que le chlorate imprime à la muqueuse buccale et dont nous décrivions ainsi qu'il suit les progrès : « Dès le second jour, et quelquefois dès la fin du premier, la muqueuse perd sa coloration violacée pour prendre une couleur rose de bonne nature. Le bord déchiqueté de la fausse membrane se régularise. ia tuïnéfactiou des parties diniiiuie, bientôt la fausse membrane se détache sur les bords, et du troisième au cinquième jour, elle tombe, quelquefois définitivement, quelquefois pour être remplacée par une autre d'un diamètre plus petit. L'ulcération diminue en même temps que la fausse membrane, son excavation disparaît, sa surface revient au même niveau que le reste de la nuiqueuse. Souvent l'ulcération guérit en même temps que la fausse membrane tombe, d'autres fois elle reste encore excoriée pendant quelques jours, mais guérit rapidement ; enfin d'autres fois elle reste absolument stationnaire, et le chlorate de potasse parait tout à fait sans action sur elle. La muqueuse présente alors en ce point une surface dénudée de son épiderme, tantôt légèrement excavée, tantôt au contraire légèrement boursouflée et tomenteuse. En général, lorsqu'elle est dans cet état, l'ulcération diminue dans l'un de ses diamètres et tend à prendre la forme d'un liséré linéaire, qui constitue une petite ulcération rebelle, laquelle a une grande tendance à devenir le point de départ d'une récidive, si on suspend le chlorate de potasse. Ce sel, pris à l'intérieur, n'amène pas la cicatrisation de cette ulcération linéaire ; on en vient à bout en général par deux ou trois cautérisations avec la pierre. Le chlorate de potasse, en solution concentrée et appliqué localement sur l'ulcération, a eu une action favorable dans notre obsei'v. H. Quand tout est cicatrisé la muqueuse a repris son aspect ordinaire, sauf quelques tractus pâles de tissu cicatriciel que l'on observe quelquefois.
« La durée moyenne du traitement dans ces huit cas a été de trois à cinq jours pour amener la chute des fausses membranes, et de cinq à dix pour amener la guérison. Quand la guérisou a tardé plus longtemps, c'est qu'il y a eu récidive, ou bien complication de pyorrhée alvéolo-dentaii'e. Ces chiffres s'accordent parfaitement avec les moyennes admises par MM. West, Blache et Bergeron.
« Dans nos observations, le chlorate a été administré à la dose de 2 à 4 grammes, dans celles de M. Barthez à la dose de 0,50 à 0,60 seulement : la dose ne paraît pas avoir eu d'intluence sur la rapidité de la guérison dans ces différents cas: les faits de M. Bergeron prouveraient cependant qu'il peut y avoir
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utilité à élever les doses, lorsque l;i cicalrisaliou se fait attendre. La dose a peutêtre aussi quelque importance au point de \ne de la récidive, mais de nouvelles expériences sont nécessaires pour juger la question. »
Nous avions, dans ce même travail, outre nos observations cliniques sur l'effet incontestable du médicament, donné l'explication physiologique de l'action spéciale du chlorate sur la bouche, en démontrant chimiquement sa présence dans la salive.
A partir des années 1855 et 1856, et grâce à la grande réputation de Blache, qui avait patronné le chlorate de potasse, l'usage de ce médicament se répand partout, et de tous côtés arrivent des faits confii-matifs de l'action utile de ce sel dans les slomalites ulcéreuses.
Le docteur llazade (d'Anduze) apporte deux nouvelles observations de stomatite ulcéro-membraneuse, guéries par la médication interne (4 grammes par jour {Bull, (lelhérap., 1856, t. L, p. 341-345). M. Gibert (du Havre), alors interne de M. Barlhcz, apporte de nouveaux faits observés chez l'enfant {Gaz. hebd. de méd., 1856, p. 395) dans lesquels, tout en confirmant l'extrême utilité du chlorate de potasse, dans les stomatites ulcéreuses, il s'attache surtout à faire prévaloir la méthode des applications topiques. Ce mode d'application a, au moins chez les enfants, presque les mêmes inconvénients que les cautérisations dont Blache faisait l'essortir les désavantages, et la durée du traitement indiqué dans les observations de M. Gibert ne prouve pas qu'il y ait bénéfice réel à employer cette méthode.
Hutchinson (Médical Times, août 1856, t. II, p. 172) donne 50 observalions confii'matives de stomatite ulcéreuse. 11 administre le sel à l'intérieur et à doses assez faibles (50 centigrammes à 1 gramme par jour). M. Panas (Thèse de Paris, décembre 1856, n" 292) reconnaît aussi l'action incontestable du chlorate contre cette maladie. M. Milon (Mém. cité, 1857) donne trois observations de stomatites ulcéro-membraneuses survenues comme maladies intercurrentes dans des affections très-graves. Le chlorate a son action favorable accoutumée, mais, dans un cas, il y a récidive, et le malade succombe à une cachexie tuberculeuse ; dans deux de ces observations, M. Milon note en passant le peu d'efficacité du chlorate contre le ramollissement et la suppuration des gencives quand elle est entretenue par des dents cariées ou incrustées de tartre. 11 insiste aussi, comme M. Bergeron, sur la différence pathologique qui existe entre ces stomatites ulcéreuses et la diphlhérie.
En 1858, Gambarim {Annal, univers. d'Omodei, 1858, t. CLXIV, p. 482) rapporte également quatre observations de stomatites ulcéro-membraneuses guéries par le chlorate, qu'il a employé à faibles doses (50 centigrammes à 1 gramme) comme M. Barthez, et qu'il a trouvé aussi efficace. La durée moyenne de la guérison est de huit jours. Le docteur Galligo (de Florence) confirme la même année l'utilité du chlorate dans la même maladie chez les enfants (// Tempo, 4858. Bull, de Ihérap., t. LIV, p. 474).
Quel est, dans cette maladie où le chlorate se montre si constamment efficace, son mode d'action? 11 revient abondamment dans la salive, peut-être aussi dans le mucus buccal, et on peut l'envisager comme un topique dont l'application est continue par suite de la sécrétion salivaire. En 1856, nous basant sur la différence d'action que ce sel exerce sur la muqueuse des joues et des lèvres et sur la muqueuse gingivale douée d'une vitalité moins grande que la muqueuse de la bouche, nous étions disposé à lui reconnaître une autre action que celle d'un
simple topique : nous invoquions surtout son peu d'efficacité contre les ulcéralions simples, quand son action première est si grande pour déterger les ulcérations pseudo-membraneuses. Gambarini se ralliait en 1859 à celte manière de voir. Cependant nos successeurs ont fait sur les effets de l'application topique du chlorate de potasse contre ces dernières ulcérations, des expériences qui sont de nature à modifier notre opinion à cet égard.
M. Panas (Thèse de Paris, 1856, n" 292) discute avec beaucoup) de talent les opinions que nous avions émises dans nos Éludes sur le chlorate. 11 se rattache très-nettement à l'opinion qui ne voit dans l'influence du chlorate que l'action topique d'un médicament revenant par la salive. A l'action cicatrisante incomplète que nous signalions après M. Bergeron, à la persistance du liséré ulcéré, il oppose les chiffres mêmes de nos observations, où dans la majorité des cas (8 fois sur 9) la guérison a été complète (avec l'aide des caustiques dans 4 cas), mais rien ne prouve que le chlorate n'ait pas eu sa part ; puis les deux cas où M. Bergeron a réussi en augmentant la dose du chlorate. Il invoque aussi les succès du traitement local seul employé par M. Gibert et antérieurement par M. Lasègue. Cependant il reconnaît l'avantage de le donner à l'intérieur.
Nous n'avons plus aujourd'hui de raison suffisante de croire à une action générale du chlorate sur l'économie, action qui est encore à démontrer, tandis que l'action topique est incontestable. Nous nous rallierons donc volontiers à l'opinion de nos critiques : le chlorate est un topique qui revient par la sécrétion salivaire, et, s'il paraît dans quelques cas impuissant à terminer la guérison d'un ulcère des gencives, c'est que la salive n'en contient pas assez ; mais les applications topiques de solutions concentrées peuvent en triompher (voy. plus loin. Gingivites ulcéreuses chroniques). La seule action que l'on peut invoquer en dehors de l'action topique sur les gencives, serait une osmose particulière entre la salive chargée de sel et les muqueuses affectées de vitalité différente ; nous reviendrons sur ce sujet à propos de la stomatite mercurielle.
Stomatite mercurielle. Alison avait en 1846 {Me'd. Gaz., 1846, n" 7) signalé l'utilité du chlorate de potasse contre les ulcérations de la bouche provenant de l'abus des préparations mercurielles, et indiqué l'antagonisme de ces deux médicaments. Cependant le vague où était resté cet auteur dans ses descriptions nosologiques avait fait oublier ses observations. La plupart de ceux qui les ont citées ultérieurement les ont attribuées à des cas d'ulcérations syphilitiques. Aussi Herpin (de Genève) peut à juste titre être considéré comme ayant le premier, au moins en France, formulé avec précision l'utilité du chlorate de potasse administré à l'intérieur contre la stomatite mercurielle {Bull, thërapeut., 1855, t. XLVIIl, p. 26). Les succès obtenus par Hunt dans les affections gangreneuses de la bouche, et par Chanal dans îa stomatite ulcéreuse, donnèrent à Herpin l'idée que ce remède pourrait bien être un spécifique des maladies de la bouche, et l'engagèrent à l'essayer dans la stomatite mercurielle. « Le succès dépassa mon attente, dit-il, et dès lors je n'ai pas cessé de l'employer, sans autre adjuvant que des moyens de propreté, dans tous les cas qui se sont présentés à moi ; je ne crois pas qu'il m'ait jamais fait défaut. Je l'ai toujours donné à l'intérieur
seulement, à la dose de 2 à 4 grammes par jour On réussit d'autant plus
promptement dans la stomatite qu'on attaque le mal à une époque plus rapprochée de son origine. C'est à l'ordinaire un traitement de quatre jours et même moins, si l'on s'y prend dès l'invasion, ce qui est chose facile en se tenant sur ses gardes : les premiers signes à saisir sont un léger bourrelet sur le bord libre
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(les gencives, et l'odeur de ces parties perçue au moyen du doigt indicateur passé sur le bord alvéolaire : il est bien de s'être assuré d'avance de l'état des gencives comme terme de comparaison. » llerpin rapporte à l'appui de ce qu'il avance une observation de stomatite mercurielle développée clicz un entant de six ans, dans le cours d'une méningite tuberculeuse traitée par le calomel : après avoir pris en trois jours 1 gr. 40 de calomel, qui n'avait procuré que très-peu d'évacuations, le petit malade a montré un léger bourrelet gingival avec odeur, mais sans rougeur ni salivation.
Le deuxième jour de la stomatite, il y a déjà gonflement et dentelure de la langue, ulcération, salivation. On commence le chlorate (2 grammes en vingtquatre heures). Le troisième jour de la stomatite, deuxième du traitement, la salivation et autres signes continuent à l'aire des progrès (4 grammes) ; le quatrième jour, troisième du traitement, amélioration notable (4 grammes); le cinquième jour, quatrième du traitement, les progrès de la guérison sont si marqués qu'on i^eprend le calomel (4 grammes de chlorate) ; le sixième jour, cinquième du traitement, tout est achevé.
Blache confirma bientôt ces succès dans quelques laits communiqués au docteur llerpin {loco citato,^. 30) et publia lui-même {Bull, dethér., 1855, t. XLVlll, |). 12) une nouvelle observation in extenso, où il s'agit d'une stomatite mercurielle développée dans le cours d'une angine couenneuse traitée par le calomel à l'intérieur et les onctions mercurielles abondantes. Le cinquième jour de la maladie la stomatite commença par le gonflement des gencives, la salivation, la fétidité de l'haleine. On se borna à suspendre les mercuriaux, et on continua à traiter l'angine par la cautérisation. Le sixième jour, la stomatite suivant son cours, on donna 5 grammes de chlorate de potasse ; dès le lendemain on observe une amélioration, et le troisième jour du traitement par le chlorate de potasse la stomatite mercurielle a entièrement cessé. On remarque qu'en même temps l'angine couenneuse jusque-là rebelle au traitement trèsénergique qui avait été employé, entre franchement en voie de guérison en même temps que la stomatite mercurielle.
Une modification si heureuse de la stomatite en trois jours dans un cas et cinq dans l'autre était un résultat qui devait frapper l'attention des praticiens. Aussi parut-il bientôt de nouvelles expériences confirmatives de celles de Herpin et Blache. M. Demarquay publia bientôt (Bull, dethérap., 1855, t. XLVill, p. 457) six observations i-ecueillies chez des adultes. L'amélioration est notable dans le second ou le ti'oisième jour, du cinquième au huitième les accidents ont disparu, et on peut reprendre le traitement mercuriel conjointement avec le chlorate de potasse sans que la stomatite reparaisse. Dans un cas cependant (observ. V) il y eut une récidive, trois semaines après, et les accidents furent de nouveau enrayés par le chlorate de potasse. M. Demarquay insiste sur la nécessité d'intervenir de bonne heure avec le chlorate dans la salivation, et sur la possibilité de s'en tenir à de faibles doses. Debout lui oppose des cas où le chlorate n'a agi qu'à des doses plus élevées {ibid.), ce qui n'a d'ailleurs aucun inconvénient.
Le chlorate a échoué une fois entre les mains d'Aran (ibid.). M. Bergeroii {Note sur remploi, etc., 1855, p. 24) a expérimenté ce médicament dans deux cas, où il ne lui a pas paru amener des résultats aussi marqués que ceux des observateurs précédents (durée tle 11 jours dans le cas le plus grave). Mais eu revanche nous pouvons invoquer le témoignage de M. Gubler, et celui d'Adolphe
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Richard (Communications verbales) entre les mains desquels ce traitement a fort bien réussi.
Isambert (Mém. cité, p. 52) a rapporté aussi deux cas de stomatite niercurielle, développée incidemment chez des enfants soumis à un traitement par le calomel : la guérison fut obtenue en une dizaine de jours, mais l'amélioration s'observa dès le deuxième ou le quatrième jour.
« On peut noter, disions-nous alors, comme un des premiers signes de l'amélioration produite par le chlorate de potasse, le retour rapide des gencives à la teinte rose normale, ou rose pâle, bien différente de la teinte livide ou violacée qu'elles présentaient au début de la stomatite mercurielle ; ce changement de couleur de la muqueuse est l'indice d'une amélioration, qui coïncide ordinairement avec la diminution de la douleur, de la tuméfaction des gencives et de la salivation. L'ulcération du bord gingival peut persister quelques jours, et l'on voit ici qu'après l'améiioratiou notable produite les premiers jours, le médicament paraît ne plus agir autant sur ces derniers restes de la maladie. Les mêmes remarques ont été faites à propos de la stomatite ulcrro-membraneusc. »
M. LasègLie (communication verbale) avait antérieurement employé le chlorate de potasse contre la stomatite mercurielle, mais d'une autre manière sous forme de gargarismcs et de collutoires concentrés, qu'il recommandait bien aux malades de ne pas avaler. Il fallait employer de l'eau chauffée à 30'' ou 40", car le chlorate est très-peu soluble à froid. Il avait obtenu ainsi l'amélioration notable de quelques stomatites par la méthode exteviie. Avant 1856, à partir des travaux de Herpin et Blache, de M. Demarquay, de M. Bergeron et des nôtres, un grand nombre d'observateurs apportent des expériences confirmatives. Le docteur Mazade (d'Anduze) publie presque en même temps (1"'' mai 1856, Bull, de thér., t. L, p. 357) quatre observations confirmatives : « ces symptômes étaient arrivés à un haut degré d'intensité ; les effets du chlorate (donné à la dose de 4 grammes à l'intérieur comme Herpin et Blache) ont commencé à se manifester d'une façon heureuse dès le second jour et au plus tard dès le troisième, ils ont été suivis de la guérison définitive de la maladie du quatrième au septième jour. »
Le docteur Vidal (de Béziers) [Union médicale, 1856, p. 280), apporte aussi deux succès, avec guérison en six jours ; dans un cas, le malade s'est plaint qu'une des dernières doses de chlorate lui ait briilé la bouche (c'est une sensation que l'on éprouve souvent quand la muqueuse est dépouillée de son épiderme) .
Le docteur Yénot, chirurgien en chef de l'hospice des Vénériens de Bordeaux, rapporte ensuite six observations de guérison dans un temps qui varie de cinq à huit jours. Dans mi cas grave (obs. 1"^^), on voit une récidive se produire dès qu'on cesse la potion chloratée, puis la reprise amène la guérison délinitive; Hutchinson obtint aussi trois succès dans la stomatite mercurielle [Med. Times, 1856, août, t. Il, p. 172).
MM. Bicord et Fournier font à la même époque, à l'hôpital du Midi (Union médicale, 1856, p. 597 et 401, BiUl. de therap., 1856, t. Ll, p. 180), une série d'expériences, qui les amène à reconnaître que non-seulement le chlorate de potasse guérit la stomatite, lorsqu'on cesse l'administration du médicament mercuriel, mais qu'on peut obtenir même en continuant ce traitement, même en augmentant les doses, la cessation rapide des accidents buccaux (trois observations frès-nettes). Ces expérimentations faisaient de plus pressentir que le chlo-
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rate possédait une action prophylactique contre la stomatite mcrcurielle. Eu effet, toute une série de malades, dont quelques-uns présentaient une extrême sensibilité aux préparations hydrargyriques, furent soumis au chlorate dès le début de la médication mercurielle, et aucun d'eux n'éprouva d'accidents de stomatite. De plus, le chlorate, en neutralisant l'action nuisible du mercure sur la bouche, n'empêche en rien ses effets thérapeutiques contre la syphilis.
M. Panas {Thèse de Paris, 1856, n° 292), confirme l'utilité du chlorate contre la stomatite mercurielle.
M. Frœlich (T/ièse de Strasbourg, 1856), rapporte huit observations de stomatite mercurielle traitée avec succès par cette méthode.
M. Milon {Mém. cité, 1857, p. 54) reconnaît aussi cette action prophylactique i\\i chlorate : deux malades atteintes d'accidents syphilitiques avaient à deux reprises différentes chez chacune d'elles, éprouvé des accidents de stomatite, dès qu'on avait voulu leur administrer le mercure. On cessa la médication spécifique, et on les guérit par le chlorate. Alors, continuant à administrer celui-ci, on redonna le mercure, qui put être continué un mois et deux mois sans amener d'autres accidents du côté de la bouche, et la syphilis guérit par l'association des deux médicaments.
M. Milon, qui rapporte six observations, distingue, du reste avec raison, deux formes de stomatite mercurielle, l'une bénigne, qui dure habituellement de quatre à six jours, et que le chlorate modifie dès les premiers jours, et guérit en deux ou trois jours ; l'autre, intei'ne et grave, qui est d'une durée minimum de vingt jours, et où l'action du chlorate, sans être moins réelle, est moins prompte et moins complète. Il enlève bien la fétidité de l'haleine, la tuméfaction, la rougeur, la douleur surtout, mais il triomphe difficilement des ulcérations anciennes et qui tiennent à un mauvais état des dents (carie, tartre, etc.), ou à des conditions fâcheuses de la santé générale, et il faut dans ces cas achever la guérison par des cautérisations ou des collutoires astringents.
M. Laborde {Me'm. couronne' pour le prix Corvisart, 1857, et Bull, de ihérap., p. 10, 115) étudie également l'action prophylactique du chlorate contre la stomatite mercurielle, et la démontre par quatre observations très-détaillées, qui nous offrent à la fois l'expérience et la contre-expérience ; tantôt le chlorate prévient la stomatite chez des sujets qui ont montré antérieurement une grande susceptibilité au mercure, tantôt on voit d'autres sujets supporter longtemps des doses élevées de mercure avec l'aide du chlorate, et être pris de salivation aussitôt que l'on cesse d'administrer ce médicament en même temps que la préparation hydrargyrique. Une dose journalière de 2 à 5 grammes de chlorate suffit pour prévenir la stomatite avec des doses de 5, 10 et 20 centigrammes de protoiodure par jour. Les faits de M. Laborde confirment donc entièrement cf ux de M. Ricord, sous le rapport de l'action prophylactique, et montrent également que l'action de ce sel ne diminue en aucune façon le rôle antisyphilitique des préparations mercurielles. Dans une série de cinq autres observations, trèsuétaiLées, et où l'action du médicament est notée jour par jour avec beaucoup de soin, M. Laborde confirme d'ailleurs les résultats obtenus par les observateurs qui l'ont précédé ; il y a toutefois quelques différences, entre ses observations et les nôtres, sur les premiers signes de l'action heureuse du chlorate : nous avions noté dès le début le retour rapide des gencives à la teinte rose normale (rose-pàle. M. Laborde a pris pour une contradiction de notre part ce qui n'était qu'un mot passé à l'impression). Selon M. Laborde, dans les stomatites
CHLORATES (thérapeutique). 555
internes, cette modiiication ne survient pas aussi vite, la disparition de la salivation et de la douleur précède le retour de la couleur normale des gencives, et celles-ci conservent très-longtemps leur teinte morbide, surtout au bord gingival. Nous accordons très-volontiers à M. Laborde cette reclification, en remarquant que les différences notées à cet égard s'expliquent parfaitement par la différence des cas morbides ; chez les enfants, les gencives sont ordinairement saines, et les salivations que l'on observe accidentellement dans le cours d'une médication mercurielle opposée à une maladie aiguë, ne peuvent pas être comparés aux stomatites d'adultes syphilitiques soumis à un traitement mercuriel prolongé. Les observations d'insuccès ou de succès incomplets ont toujours été notées dans des cas où la stomatite est entée sur un état général mauvais, sur un ramollissement préalable des gencives, avec des dents cariées ou incrustées de tartre. Alors il reste des ulcérations que le chlorate pris à l'intérieur est impuissant à guérir. Nous avions proposé quelques cautérisations légères pour achever la guérison. M. Laborde l'a obtenue aussi par les applications topiques de chlorate à haute dose, sous forme de gargarismes ou de collutoires concentrés, sans arriver même aux doses élevées qu'avait indiquées M. Lasègue. Les résultats obtenus par M. Laborde démontrent la réalité de cette action thérapeutique, et dans les cas graves il convient en effet d'associer les deux méthodes, l'administration interne et l'action topique. Dans ces cas, la stomatite mercurielle a laissé après elle une gingivite chronique, et nous aurons à revenir sur ce genre de lésions (voy. ci-après, Ginçfivites chroniques).
Nous n'avons plus que quelques observateurs à mentionner, qui n'ont fait que confirmer les résultats obtenus par leurs devanciers ; tels sont le docteur Gallecher (American Journal, 1857, juillet), Buffalini (// Morgagni, 1858, p. 525, e.\,Gaz. hebdom., 1858, p. 581), Galligo, de Florence (// Tempo, 1858. Bull, dethérap., t. LIV, p. 474), et Gambarini (sept observations, Annali univers. d'Omodei, 1858, t. GLXIV, p. 482). Ces deux derniers ont accompagné leurs observations de quelques expériences physiologiques confirmatives des nôtres. Enfin, en 1858, le chlorate de soude a été expérimenté dans le service de M. Demarquay contre la stomatite mercurielle. Dans six observations recueillies par M. Mussat, on voit que ce sel, pris à la dose de 4 à 6 grammes, aurait réussi à guérir la maladie dans un temps égal au chlorate de potasse ; comme ce dernier, il aurait permis de continuer simultanément la médication mercurielle, et il aurait présenté la même propriété prophylactique.
Le docteur Pietro Gamberini (de Bologne) s'est également prononcé pour le chlorate de soude, et a rapporté cinq observations à l'appui {Bolletino délie scienz. med. di Bologna, série i", vol. V). Le chlorate de soude, plus soluble, plus assimilable que le chlorate de potasse, et selon quelques-uns, d'un goût moins désagréable (?) , serait plus facile à manier. Les expériences comparatives manquent pour démontrer si son action thérapeutique est aussi tranchée. Cependant nous savons que son usage ne s'est pas répandu, et qu'il a paru à différents observateurs avoir une action moins nette que celle du chlorate de potasse. Le raisonnements priori, d'après lequel le chlorate de soude serait plus assimilable à l'économie, ne prouverait pas la supériorité de son action. En effet, il est des médicaments très-actifs qui agissent tout en s'éliminant, la quinine par exemple. Le chlorate de potasse paraît devoir son action spéciale sur la bouche à son élimination rapide par la salive, élimination d'autant plus rapide peut-être qu'il est plus étranger à notre économie. Deux expériences de M. Rabuteau sur le chlo-
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rate de soude ont cependant montré qu'à dose élevée comme à dose faible, il ai)paraît aussi vite dans l'urine et dans la salive que le chlorate de potasse, et qu'il en disparaît dans un temps à peu près égal [Mém. de la Soc. de biologie, 1868, p. 39).
Si maintenant nous cherchons à nous rendre compte du mode d'action du chlorate de potasse contre la stomatite mercurielle, nous trouvons d'abord un fait positif, puis plusieurs hypothèses. Le fait positif, c'est la présence du chlorate de potasse en nature dans la salive ; le sel vient donc en solution assez faible il est vrai, mais en revanche d'une manière continue, baigner les parties malades et les modifier par une action topique analogue à celle que M. Lasègue obtenait par ses collutoires concentrés. Toutefois il y a lieu de se demander, ici comme pour la stomatite ulcéro-membraneuse, si cette action topique est la seule. En effet, ici comme dans cette maladie, nous voyons souvent le chlorate de potasse, pris à l'intérieur, rester, après une amélioration très-rapide des symptômes généraux, impuissant à terminer la guérison, et à cicatriser défmitivement les ulcérations ou les érosions qu'il a si rapidement détergées, tandis que les collutoires concentrés, ou les cautérisations avec divers caustiques, amènent cette guérison définitive. Il semble donc qu'il y ait dans l'action première, si rapide et si spécitîque, exercée par le chlorate, autre chose que l'influence cicatrisante qu'il exerce sur les plaies atoniques en général. Il faut d'ailleurs tâcher de rendre compte de ce fait curieux : le chlorate de potasse fait saliver; les préparations mercurielles font saliver; les chlorates et le mercure administrés simultanément ne font plus saliver, à moins que les doses de chlorate ne soient très-fortes, et c'est alors une salivation inoffensive.
Pour le mercure en particulier, la formation d'un sel double (chlorate de jjotasse et de mercure), analogue à l'iodure de potassium et de mercure, où le sel mercuriel serait neutralisé, et rendu moins corrosif et plus éliminable, expliquerait bien son action thérapeutique. Celte explication a été soutenue comme très-probable par M. Rabuleau {Mém. cite', p. 44). Il admet même [Éléments de thérapeutirjue, p. 228-240) qu'on peut ranger ce sel au rang des médicaments éliminatoires du mercure. Mais il ne cite aucune expérience à l'appui de cette hypothèse, très-séduisante à priori pour un chimiste. Cependant le chlorate double de potasse et de mercure ne figure pas parmi les sels décrits dans nos traités de chimie. La solution concentrée de chlorate de potasse forme avec les sels de mercure solubles un mélange limpide, mais d'où le mercure est précipité par tous ses réactifs ordinaires (iodure, sulfure, cyanoferrure, etc.) ; la solution de chlorate ne redissout pas les précipités formés dans les solutions de mercure, tandis que cette solution est très-prompte avec une faible proportion d'iodure de potassium. Il ne paraît donc pas y avoir en réalité de chlorate double de potasse et de mercure. 11 est d'autant plus difficile d'expliquer par la formation d'un sel double l'action thérapeutique du chlorate, que l'iodure de potassium, qui, lui, redissout énergiquement les précipités mercuriels, n'a pas l'action thérapeutique si tranchée du chlorate contre la stomatite et la salivation mercurielle. On lui reconnaît généralement une action utile comme éliminateur du mercure de l'économie, mais on ne compte pas sur lui pour modifier rapidement la stomatite. On cite, il est vrai, quelques cas où les iodiques à l'intérieur auraient réussi, alors que le chlorate aurait échoué (cas d'Aran, Bull, de ihér., t. XLVIIl, p. 441), mais les détails manquent sur cette observation. Dans d'autres cas, les iodates (Demarquay et Monod, Union méd., 1857, p. 654) auraient
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donné un résultat supérieur aux chlorates; mais pour ceux-ci comme pour l'iode métnlloïdc employé en gargarisme par Normann Chevers {Bull, de ihérap., t. XLYin, p. 550), l'action n'est pas la même : il y a sans doute cautérisation directe de ces érosions de la muqueuse que le chlorate reste impuissant à guérir. En tout cas il serait utile de reprendre, pour établir ces faits, une série d'expériences comparatives.
L'action éliminalrice générale du chlorate pour les composés mercuriaux, que RI. Rabuteau admet aussi dans ses éléments de thérapeutique, est une hypothèse déjà proposée par Herpin, de Genève (Bull, dethér., 1855, t. XLVIII, p. 30), qui se demandait si le chlorate n'aurait pas une action favorable contre les accidents chroniques de l'hydrargyrie, tels que les tremblements, paralysie, etc. Une observation, fort incomplète d'ailleurs, citée par Debout {Bull, de tliér., t. XLVIII, p. 442), a donné un insuccès complet ; le chlorate n'a enrayé aucun des accidents généraux du mercure, et personne ne lui a depuis reconnu une utilité quelconque à cet égard. Nous savons déjà qu'il n'empêche en rien la médication mercurielle d'avoir son effet thérapeutique. L'hypothèse chimique a donc tort ; il ne faut pas compter sur le chlorate de potasse pour combattre les accidents généraux de l'hydrargyrie, et pour éliminer le mercure. Son action reste limitée à la stomatite.
Quelle peut donc être cette action, qui en définitive paraît être plus que celle d'un simple topique ?
M. Rabuteau suppose encore (Élém. de ihërap., p. 228, 240) que l'action du chlorate peut consister dans une osmose locale. Le chloi'a*c modifierait la circulation capillaire des gencives et les courants osmotiques. Nous savons bien que certains sels exercent sur les muqueuses une action de cette nature, mais pour les gencives, c'est une hypothèse bien difficile à démontrer, et qui n'expliquerait d'ailleurs pas pourquoi le chlorate est plus efficace que tout autre sel, le sel marin ou le sulfate de soude par exemple.
L'explication qui nous semblait en 1856 [Études sur le chl., 1856, p. 101, 102) et qui nous semble encore aujourd'hui la plus probable, est encore une hypothèse, mais une hypothèse qui n'est presque quel'énonci'' d'un fait thérapeutique ; c'est une modification substitutrice de la sécrétion. Toute substance étrangère qui s'élimine par une glande modifie cette sécrétion, et cette modification peut être une exaltalion des propriétés vitales de l'organe sécréteur, qui entraîne avec elle l'état morbide. N'est-ce pas de cette façon que le chlorate a pu agir dans les cas qui vont suivre ?
Salivation stanniqiie. Salivation ammoniacale. Salivation acétique. M. Rabuteau a mentionné, dans ses Éléments de thérapeutique et dans sa thèse, deux faits de salivation stannique qui auraient été modifiés heureusement par le chlorate de potasse. Les détails manquent. M. Fonssagrives a rapporté [Union méd., janvier, 1857, et Bull, de thérap., 1857, t. LU, p. 231) un cas très-remarquable où l'ammoniaque, ingérée dans une intention de suicide, avait déterminé consécutivementunesialorrhée très-abondante et très-pénible, fournissant 3 litres de liquide dans les vingt-quatre heures. Elle durait depuis trois jours quand M. Fonssagrives eut l'idée de donner le chlorate à la dose de 2 grammes dans une potion. Le résultat, dit-il, fut merveilleux ; dès le lendemain, le flux était diminué de moitié, et le cinquième jour il était réduit à une quantité insignifiante. Comment le remède a-t-il agi ? est-ce qu'il produit une modification substitutive en s'éliminant par les glandes malades? est-ce en favorisant la reproduction des
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épithéliums attaqués par l'ammoniaque ? Peut-être de ces deux façons à la fois; quoi qu'il en soit, le fait doit rester dans notre mémoire.
Nous trouvons enfin, dans une observation de M. Laborde {Bull, de thérapeut., 1858, t. LIV, p. 295), un cas de sialorrhée produite par l'abus d'un gargarisme fortement vinaigré. Le chlorate de potasse, donné en potion à la dose de 2 grammes, amène en quatre jours la cessation de cette salivation et des accidents qui s'y rattachent.
Stomatite folliculeuse ou aphtiieuse. Il convient de restreindre, comme le font les pathologistes contemporains, la dénomination d'aphthes à l'affection vésiculo-ulcéreuse des parois buccales, qui paraît siéger dans les follicules mucipares. C'est une affection généralement bénigne, qui guérit par le traitement le plus simple, quelques cautérisations superficielles et quelques modifications de l'appareil digestif. Il est quelques cas cependant où les ulcérations, très-nombreuses et très-confluentes, deviennent très-douloureuses pour le malade, gênent considérablement son alimentation, s'accompagnent d'un état général plus ou moins grave et sont très-longues à guérir.
Nous avons en 1855, essayé le chlorate dépotasse, dans un cas de cette nature, dont l'observation est rapportée dans notre mémoire {Études sur le chlorate, 1856, p. 47). Il s'agissait d'un enfant lymphatique, chez lequel les aphthcsse montrèrent au cinquième jour d'une bronchite asthénique. Le chlorate de potasse à l'intérieur, à la dose de 4 grammes, fut le seul moyen opposé aux ulcérations buccales. Le soir du troisième jour, la coloration rose de la muqueuse commença à reparaître, et l'enduit blanc des ulcères à disparaître. Le cinquième jour, l'amélioration était presque complète, les ulcérations n'avaient plus de profondeur, cependant elles avaient laissé une érosion de l'éplderme encore appréciable, qui dura encore une semaine avant la guérison complète. En somme au troisième jour du traitement la maladie était presque guérie. La persistance des érosions, dont la cicatrisation se fit encore attendre une dizaine de jours, est conforme à ce que nous avons noté déjà pour la stomatite ulcéro-membraneuse et pour la stomatite raercurielle.
Hutchinson {Med. Times, 1856, août, t. Il, p. 172) a rapporté peu de temps après nous huit observations de stomatite folliculeuse (ou aphthes) dans lesquelles le chlorate employé à l'intérieur, à doses assez faibles (50 centigr. à 1 gram.), avait donné de bons succès.
M. Milon (1857) rapporte une observation dans laquelle le chlorate de potasse n'a amené qu'une amélioration passagère, et n'a pas pu prévenir la récidive, ni la multiplication des ulcérations chez un enfant de onze mois, atteint de phthisie bronchique, d'ostéite tuberculeuse et de tubercules cérébraux. 11 y a là un ensemble pathologique trop grave pour qu'on puisse accuser le médicament, et en induire, comme le fait M. Milon, qu'il doit être inutile contre les aphthes confluents. Il est certain que le chlorate n'a pas la puissance de modifier un état généra! grave, mais son action locale détersive peut être favorable, et elle se montre même dans cette observation.
Il ne faut évidemment demander à ce sel une action thérapeutique efficace que dans les cas plus simples : dans ceux qui paraissent dépendre d'un état morbide du tube digestif par exemple, et c'est dans ces cas qu'il faudrait l'expérimenter de nouveau. Nous avouons n'avoir pas eu de résultat bien net chez une dame, entourée d'ailleurs de toutes les conditions hygiéniques qu'assure lafortune, et qui fut prise d'aphthes confluents, accompagnés d'un embarras gastro-intes-
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tinal. Le chlorate fut employé à rintérieur, concurremment avec les évacuants et les toniques. Il ne diminua pas vite la douleur très-intense de la stomatite, et il fallut en venir aux cautérisations pour achever la guérison des petits ulcères. Ajoutons que cette dame était d'une constitution herpétique.
En résumé, il faudrait des expériences nouvelles, où l'on spécifierait Lien les cas pathologiques, les états généraux des malades. Peut-être l'application topique agirait-elle mieux que l'administration du sel en potions, surtout quand un état saburral de l'estomac peut s'opposer à l'absorption du médicament.
Muguet. Nous ne mentionnerons cette maladie que pour signaler l'insuccès que le chlorate a toujours eu contre elle. Nous avons signalé cette impuissance, dès 1856, dans notre mémoire {Études sur le chlorate, etc., 1856, p. 48) d'après plusieurs expériences faites à l'Hôtel-Dieu, dans le service des nourrices de Legroux. Le (ihloi'atc, soit donné, aux nourrices (le réactif démontrait son passage dans le lait), soit administré dans une cuillerée de lait, n'avait produit aucun résultat favorable. D'autre part, Legroux l'avait essayé chez un adulte, sans plus de succès, sous forme de collutoire concentré avec 4 grammes ne chlorate pour 50 de miel. « 11 semble, disions-nous, que ce sel n'ait pas d'action sur le cryptogame qui se développe alors sur la muqueuse buccale, ainsi que l'a démontré Berg. » Le chlorate diffère en cela des sels à réaction alcaline, tels que le borate de soude, dont l'action est si favorable. C'est une preuve de plus que le chlorate physiologiquement aussi bien que chimiquement, se rapproche plus des acides que des sels alcalins. Or, on sait que le muguet se développe surtout dans les milieux acides.
Le résultat négatif que nous signalions à cette époque a été vérifié depuis par plusieurs observateurs, qui s'obstinaient à cheixher dans le chlorate un spécifique du muguet, et venaient nous faire part de leur déception. M. Panas (Thèse de Paris, 1856, n" 292) cite 9 observations de muguet, traité par le chlorate administré à l'intérieur et en applications topiques : 9 cas, 9 insuccès. M. Milon {Mém. cite', p. 47) n'a obtenu aussi que des insuccès dans huit observations d'enfants ou d'adultes, en l'employant soit en potions, soit en applications topiques.
Il nous semble d'après cela inutile de prescrire encore ce sel dans une maladie, où il ne peut donner de succès, puisqu'il ne modifie pas dans un sens favorable le milieu où le parasite se développe, puisqu'il est sans action sur celui-ci, et qu'il est de plus impuissant contre les états généraux asthéniques qui donnent naissance au muguet, soit chez l'enfant, soit chez l'adulte.
Scorbut. Nous avons dit que le chlorate de potasse avait été employé autrefois contre le scorbut par Thomas Garnett de Glascow {Bulletin des sciences médicales, publié par la Société d'énndation de Paris, t. II, p. 127) et nous savons dans quelles idées. On est revenu de nos joui's à l'emploi de ce médicament contre le scorbut, en tant que maladie de la bouche. M. Frémy (Bergeron, note sur l'emploi du chlorate de potasse, p. 42) rapporte que : « Deux malades, dont la stomatite ulcéreuse se compliquait d'accidents scorbutiques bien caractérisés, ont guéri plus lentement ; mais chez tous deux l'emploi un peu persistant du chlorate a paru amener une guérison du scorbut beaucoup plus rapide que la oravité des symptômes n'avait permis de l'espérer. Les heureux effets du chlorate ont été frappants, surtout chez l'un de ces deux malades, qui avait eu des hémorrhagies intestinales. Enfin dans trois autres cas isolés de gingivite ulcéreuse avec accidents scorbutiques, la guérison a été plus tardive. »
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M. Bergeroa {loco c'dato, p. 42, note) rapporte qu'une espérance semblable, éveillée chez lui par le succès du chlorate dans son observation VI, ne s'est pas réalisée.
Aran a aussi échoué dans un cas de scorbut avec gonflement et ramollissement des gencives, que le jus de citron avait guéri au contraire en quelques jours {Bull, de thérap., i. XLVIII, p. 442).
Toutefois, les faits de M. Frémy justifiaient de nouvelles expérimentations.
Nous n'avons aucun fait qui nous soit propre sur cette question. Le D'' Brault, médecin de l'hôpital de Saint-Servan, a essayé le chlorate de potasse, dans 5 cas de scorbut {Gaz. des /lo/)., 1856, p. 442, et Bull, de thérap. 1856, t. Ll, p. 428). Le l'^^'cas est cclni d'un enfant, qui pourrait inspirer quelque doute sur la nature de la maladie. Mais les quatre suivants, observés sur des marins atteints du scorbut maritime, sont très-remarquables. Le traitement a consisté uniquement dans l'usage interne du médicament à la dose de 2 à 8 grammes. La guérison a été obtenue en 8, 12 et 14 jours. Les détails manquent malheureusement : il semble toutefois que c'est l'affermissement des gencives et des dents qui, en permettant la mastication, a rendu possible une alimentation l'éparatrice et rétabli les forces de ces quatre malades entièrement épuisées. L'auteur rapproche ces succès de ceux qui ont été obtenus d'autre part par le nilre, et de l'action favorable des sels de potasse en général admis dans cette maladie, par le docteur Garrod, par M. Bouchardatet par la plupart des médecins. Il faudrait chercher, ajoute l'auteur, s'il peut agir comme prophylactique du scorbut dans les expéditions maritimes.
Les occasions de vérifier une médication aussi simple dans une maladie si grave, n'ont pas manqué aux médecins de la marine, et le silence que tout le monde a gardé depuis sur cette question, n'est pas d'un très-bon augure. Si l'on avait eu des succès, on se serait sans doute empressé de les publier. Dans une observation de M. Milon {Mém. cité, 1857, obs. XXII) nous voyons un sujet épuisé par la misère et le scorbut, succomber après avoir pris le chlorate de potasse à la dose moyenne de 6 grammes par jour, pendant quinze jours consécutifs. Le seul effet produit par ce médicament parut être une diminution dans la fétidité de l'haleine, et dans la fréquence du saignement des gencives.
Lors de l'épidémie de scorbut consécutive au siège de Paris, nous ne voyons aucun médecin, sauf M. Millard, qui le prescrit un moment {Bull, de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 1871, p. 55) faire usage du chlorate dépotasse. 11 y aurait eu cependant quelque intérêt à vérifier définitivement le degré d'utilité que pourrait présenter son administralion.
Il nous semble que le chlorate peut et doit avoir une action utile sur l'état des gencives, surtout employé aux solutions concentrées. Peut-être pourrait-il avoir une action favorable pour la résorption interstitielle des ecchymoses, si les faits observés autrefois par Chaussier sont exacts; quant à une action sur l'état général, il nous paraît certain qu'il n'en a pas, et que l'on ne peut invoquer même ici l'action favorable que les sels de potasse exercent en général contre le scorbut, quand on sait à quel point le chlorate est vite éliminé et reste étranger à l'économie.
Gingivites ulcéreuses chroniques. Il convient de placer à côté du scorbut, ces gingivites ulcéreuses si communes dans la population des grandes villes, chez les enfants, dans l'armée. Ces gingivites sont caractérisées par une ulcération du bord libre des gencives au niveau de la couronne de la dent, ulcération d'abord
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superficielle comme uu simple coup d'ou;^le, puis se creusant de plus en plus, déchaussant la dent, et se compliquant de bonne heure de suppuration de l'alvéole, finissent par ébranler les dents et les faire tomber sans que celles-ci soient malades dans la majorité des cas. Cette maladie désignée sous les noms variés de suppuration conjointe des alvéoles, pyorrhée alvéolo-dentaire (Toirac, Gaz. des Jiôp., 1839, 16 juillet), gingivite expulsive, ramollissement des gencives (Belestre, thèse de Paris, 1860) a été surtout bien décrite par M. Magitot sous le nom d'ostéo-périostite alvéolo-dentaire {Arch. gén. de méd. 1867, t. 11, p. 678). Elle iliifère de la stomatite ulcéro-membraneuse, en ce que les ulcérations beaucoup moins vastes, se bornent à la sertissure gingivale des dents, ne se couvrent pas de fausses membranes, et ne présentent aucun caractère épidémique ou contagieux. Mais elle reconnaît souvent des causes analogues, la misère physiologique, la malpropreté habituelle de la bouche, la présence de poudres irritantes, ou de concrétions de tartre sur le bord gingival, ou des états généraux asthéniques, consécutifs aux giandes fièvres, aux rhumatismes clu'oniqiics, aux cachexies. Le diabète y prédispose particulièrement. Cette maladie, qui passe le plus souvent inaperçue à son début, finit par avoir de la gravité puisqu'elle conipi omet gravement la dentition, et par suite les fonctions digestives. 11 n'est pas juste de dire qu'elle est dénature inflammatoire, ce qui conduit certains dentistes à lui opposer encore la déchirure des gencives avec une brosse dure, ou un linge rude pour une saignée locale : ces déchirures ne guérissent pas, et restent à l'état d'ulcéiatioiis permanentes; cette maladie est une congestion chronique, un état fongueux des gencives, analogue en petit au scorbut; elle m.' présente d'exacerbation véritablement inflammatoire que sous l'influence d'un irritant direct, comme un froid vif, et surtout quand de petits corps étrangers s'introduisent entre la gencive et la dent.
M. Bergeron {Note sur la stomatite ulcéreuse, 1855, p. 22, et observ. III, p. 12) avait très-bien reconnu que le chlorate de potasse pris à l'intérieur était sans action contre la pyorrhée alvéolo-dentaire. Blache nous avait lait plusieurs fois reconnaître ce fait, lorsque nous poursuivions près de lui nos études sur le chlorate, et nous l'avons consigné nous-mème dans notre mémoire {Études sur le chlorate-, etc., p. 56, et obs. \I, p. 45). Il était d'accord avec cette autre observation mentionnée plusieurs fois pour la stomatite mercurielle et la stomatite ulcéro-membraneuse, que le chlorate après avoir détergé les larges ulcères, laissait souvent à la sertissure des dents une légère excoriation qu'on ne pouvait guérir que par quelques cautérisations.
M. Laborde a repris l'étude de ces gingivites {Bull, dethérap. 1858, t. LIV, p. 289) dans un travail basé sur 9 observations. Il a reconnu, comme M. Bergeron et comme nous, que le chlorate était sans action ou presque sans action sur les gingivites avec ou sans pyorrhée alvéolo-dentaire, lorsqu'il était donné à l'intérieur, même aux doses élevées de 10 à 15 grammes. Mais, ayant eu besoin de l'essayer en applications topiques, avec des gargarisines concentrés, et en recommandant au malade de bien nettoyer ses dents, et de bien vider les alvéoles de leur produit purulent par une friction légère, il a obtenu six guérisons confirmées sur 9 cas. « Dans un seul des cas favorables, dit M. Laborde, le médicament a été administré à l'intérieur et rien que sous cette forme ; la guérison s'est fait attendre vingt jours. Les premières modifications ne se sont manifestées que le septième. Dans les cinq autres cas, le chlorate, donné d'abord ii l'intérieur (4, 5, 10 et 15 grammes), n'a exercé aucune influence sur la maladie. Administré
ensiiile eu gargarismes aux doses de 5 à 8 grammes, il a constamment anoeiié la guérison au plus tard dans onze jours, au plus tôt dans trois jours, ternie, moyen dans quatre ou cinq jours. Presque toujours les premières modifications se sont manifestées dès le deuxième jour, et parmi ces modifications, il faut noter surtout le changement de coloration des tissus, la diminution ou la disparilion de l'écoulement purulent, la cessation de la douleur. Dans les cas rebelles même, les modifications relatives à la coloration, au gonflement et à la douleur se sont en tout ou en partie réalisées. La pyorrhée seule a obstinément résisté. En/in, constamment, nous avons vu le tissu dentaire recouvrer rapidement sa blancheur normale, quelque dépourvu qu'il en fût auparavant. De tout cela, il est donc permis de conclure :
« l" Le chlorate de potasse possède une action curative dans la plupart des cas de gingivite chronique avec pyorrhée alvéolo-den taire (presque toujours l'une comphque l'autre).
« 2" Les cas véritablement accessibles à cette action sont ceux qui se rattachent plus particulièrement à des influences pathogéniques générales ou dialhésiques.
« 5" Les cas rebelles semblent régis par une cause essentiellement locale (affection du tissu dentaire).
« 4° L'efficacité du chlorate dans cette affection paraît résider spécialement et presque exclusivement dans son usage topique.
« 5" Enfin le nettoyage parfait et constant des dents en fait un des meilleurs dentifrices » {lococitato, p. 301).
Nous acceptons plusieurs de ces conclusions : nous avions signalé dès 1856 {Études sur le chlorate, p. 21) l'utilité du chlorate comme dentrifice, et dès cette époque M. Dethan en avait fait un produit pharmaceutique pour cet usage. Nous reconnaissons volontiers que M. Labordc a su mieux que nous étudier l'action topique du chlorate et en tirer parti. Mais nous relèverons la contradiction qui existe entre l'action topique formuléed ans la ¥ conclusion, et la proposition émise dans la 2*^ conclusion, que les cas véritablement accessibles à cette action sont ceux qui se rattachent plus particulièrement à des influences pathogéniques générales on dialhésiques. Nous nions formellement cette conclusion ; car le chlorate n'ayant pas d'action connue sur ces influences générales et diathésiques, ne peut agir sur l'ulcération gingivale qui en résulte que d'une manière transitoire; c'est justement dans ces cas que l'on aura des succès incomplets et des récidives incessantes, puisque la cause générale est toujours là. C'est ce que nous avons observé notamment chez les diabétiques affectés de la gingivite ; celle-ci persiste d'ailleurs malgré toutes les médications, et réciilive continuellement. C'est ce qu'on voit aussi dans les états asthéniques généraux, chez certains herpétiques, chez les scorbutiques, chez les phthisiques, chez les gens épuisés par la misère. Les cas rebelles, peuvent aussi se trouver chez ceux où l'état local est entretenu par une cause locale : des concrétions de tartre que l'on n'enlève pas, l'introduction de parcelles de métal chez les ouvriers en cuivre, de dents profondément cariées que l'on ne fait pas extraire; mais ces cas ne rentrent-ils pas eux-mêmes dans ces conditions générales professionnelles où hygiéniques que le chlorate ne peut naturellement pas atteindre ?
Il semble d'ailleurs que les succès n'ont pas été confirmés d'une façon bien manifeste, car les témoignages sont contradictoires. M. Henriette {Union méd., 1858, p. 512) emploie le chlorate dans la gingivite des enfants, et lui préfère les applications de chlorure de chaux. M. Benavente {Union méd., 1861}
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se loue de l'usage du clilorate de potasse à rinlérieur contre les accidents de. la dentition : il éteint les pliéuoniènes locaux et par suite leurs conséquences, ajoulc-l-il. ]\ous ci'aignons que sous ce rapport, il ne se lasse quelques illusions. Le docteur Neumann [Langenbeck's Arcliiv, 1864, YI, 1) emploie le chlorate contre le mal de dents qui résulte de la carie dentaire avec inflammation de la pulpe. Ce sel agirait, selon lui, en détruisant les agents nuisibles contenus dans le liquide buccal : c'est là une hypothèse qui n'est pas contirmée sur ce que nous savons de l'inefficacité du chlorate contre le parasite du muguet. Il n'y a sans doute là que l'action topique et cicatrisante du sel.
Enfin, M. Magitot, dans son remarquable mémoire sur la périostiste alvéolodentaire, admet bien le chlorate de potasse en applications topiques comme un utile adjuvant, mais il reconnaît la nécessité de l'ecourir dans les cas graves à la cautérisation avec l'acide chromique. Récemment encore, M. Magitot nous a appris [communication orale) qu'il continuait à employer le chlorate de potasse contre les gingivites ulcéreuses, mais on ai)plications locales, et notamment sous forme de tablettes ou pastilles qu'il engageait le malade à laisser foudre lentement dans la bouche. Il convient d'éviter autant que possible la présence du sucre dans ces pastilles ; on est d'accord à reconnaître l'action nuisible du sucre et des bonbons contre les gingivites. La faible quantité de chlorate que contient chaque pastille (20 à 25 centigrammes) permet au malade de revenir plusieurs l'ois par jour à ce moyen, qui doit être continué longtemps, sans fatiguer les organes urinaires, ni les glandes salivaires.
En résumé, le chlorate de potasse, en applications topiques, a de l'utilité contre les gingivites ulcéreuses ; il peut même servir à guérir celles qui ne sont entretenues par aucune lésion chronique de la dent ou de l'alvéole, par aucune cause générale hygiénique ou diathésique. Il présente alors l'avantage d'être supporté sans douleur, et de ue pas être difficile ou désagréable à manier, comme l'iode métalloïde ou l'acide chromique.
2° Maladies du pharynx. Le chlorate de potasse, passant dans les sécrétions (|ui lubrifient le pharynx (salive, mucus nasal, et probablement dans le mucus produit par les glandules pharyngiennes elles-mêmes), exerce une action thérapeutique sur la muqueuse du pharynx, action qui a été étudiée dans quelquesunes des maladies de ce vestibule viscéral.
Angines pharyngées simples. Nous avons depuis longtemps employé le chlorate dans certains cas d'angine pharyngées catarrhales plus ou moins aiguës. Cette action est toute superficielle et ne saurait s'exercer en profondeur. On comprend donc que l'amygdalite aiguë, qui est une affection parenchymateuse, souvent terminée par un abcès, ne soit pas modifiée par le chlorate de potasse comme le docteur Milon l'a constaté dans un cas (Mém. cité, Obs. XV), landis que l'alun, par son action astringente, exerçait une action plus évidente. Le chlorate n'est nullement astringent. Il ne peut que laver la surface de la muqueuse, cicatriser les érosions qu'elle présente et la révivifier. Nous l'avons bien des fois employé contre ces angines catarrhales simples, qui s'accompagnent d'un sentiment de sécheresse extrême, et dans lesquelles la déglutition est douloureuse. Nous l'employions alors, soit mêlé aux boissons, soit en gargarismes que nous recommandions au malade d'avaler après les avoir fait bai'boter dans la gorge. La plupart ont accusé à la suite une sensation de fraîcheur et un soulagement. Nous n'avons pas eu occasion de l'employer dans les intlam- ' mations suraiguës, comme dans les cas d'érysipèle pharyngé, ou dans les inflam-