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mations duos à l'action de quelque substance irritante ou corrosive. Le docteur Milon paraît, d'après une expérience personnelle, redouter beaucoup l'action excitante du cblorale dans les cas aigus. Rappelons-nous toutefois les bons effets qu'il a produits dans ce cas de sialorriiée causée par l'ammoniaque. Le pharynx avait dû autant que la bouche subir l'action corrosive de cet alcali, et cependant le malade a ressenti un bien-être immédiat.
Angine glanduleuse. Le succès du chlorate dans les cas d'angine pharyngée aiguë, devait conduire à l'essayer dans les angines chroniques.
M. Laborde {Bull, de thér., t. LXVI, p. 214) a rapporté plusieurs cas d'améliorations d'angines glanduleuses qui avaient résisté aux indications ordinaires. Le premier essai fut fait sur lui-même, d'abord en applications topiques, en gargarismes ; l'observateur fut ainsi débarrassé de l'élément paroxystique de l'affection. Puis il le prit à l'intérieur à doses croissantes depuis 5 jusqu'à 15 et 20 grammes. Il obtint ainsi une modification de l'aspect local des glandules, et la disparition de la sensation de sécheresse, effet qui s'explique facilement par l'hypersécrétion salivaire. Il put bientôt diminuer la dose, et cesser le traitement ; l'amélioration se maintenant. Deux observations conformes sont citées par le même auteur, dans des cas où l'administration des Eaux-Bonnes avait été infructueuse. L'administration du chlorate à l'intérieur réalisa en un mois ou deux une amélioration réelle. M. Gueneau de Mussy a observé aussi l'action utile, non du chlorate de potasse, mais du chlorate de soude, contre l'an^^ine glanduleuse (Journ. de pharm. et de chimie, 1858, t. XXXllI, p. 76, et Gaz. hebdom., 1858, p. 537 et 577).
Nous avons eu de nombreuses occasions de vérifier l'action du chlorate de potasse dans cette sorte d'angine chronique, notamment dans une polyclinique de laryngoscopie que nous dirigeons au bureau central de l'Assistance publique, et où ce sel est donné journellement depuis plusieurs années. Nous l'employons à la fois en gargarismes, que nous recommandons d'avaler après que le malade les a fait barboter dans le pharynx, et sous forme de solution à prendre par cuillerées pendant les repas. L'effet obtenu constamment est une amélioration assez rapide des symptômes communs de cette maladie. La gorge est mieux lubrifiée et perd sa sécheresse, la rougeur générale de la muqueuse, le gonflement inflammatoire des glandules, diminuent assez rapidement. Mais ce premier effet obtenu, l'hypertrophie glanduleuse reste stationnaire, et le chlorate n'a plus d'action. C'est qu'il n'agit pas sur les différentes diathèses qui ont pour expression commune l'hypertrophie des glandules pharyngiennes. Cette hypertrophie est en effet, de même que la rougeur catarrhale de la muqueuse, un élément commun que l'on retrouve dans toutes les angines diathésiques, aussi bien dans l'angine dartreuse que dans l'angine tuberculeuse, dans l'angine scrofuleuse que dans l'angine catarrhale exaspérée par l'alcoolisme ou par l'usage du tabac. Mais il est clair qu'après le premier effet calmant et résolutif produit, le chlorate n'ayant aucune action sur les diathèses ou sur les causes générales qui entretiennent l'angine glanduleuse, reste inefficace. Il faut alors essayer de modifier les glandules hypertrophiées, soit par les cautérisations, soit par les médications qui s'adressent aux diathèses et aux causes générales.
Angines ulcéreuses. Les ulcères du pharynx dus à la syphilis, à la scrofule et il la tuberculose ne sont modifiés que très-incomplétement par le chlorate de potasse, pris en boissons ou en gargarismes. Il y a bien une action cicatritrisante passagère : M. Galligo (de Florence) a publié en 1858 quelques résul-
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tats favorables obtenus cacas d'ulcération de l'arrière-gorge {Il Tempo, 1858, Gaz. méd. de Lyon, mai 1858, et Bull, de tliérap., t. LIV, p. 474). Nous-mcme avons obtenu quelque amélioralion dans des ulcères scrofuleux ; mais la cause générale spécifique et diathésique prédomine trop dans ces cas pour que l'amélioration puisse être durable. Aussi, dans les cas très-nombreux de ces maladies qu'il nous est donné d'observer à la polyclinique dont nous venons de parler, renonçons-nous en général à ce moyen pour lui suJjstituer des cautérisations énergiques, en même temps que nous cherchons à modifier la constitution par les moyens généraux {voy. Isambert, Èlém. sur l'angine scrofuleuse, Mém. de la Soc. méd. des hôpitaux, 1871, p. 126 et 127). Peut-être y aurait-il lieu de tenter quelques expériences nouvelles par les applications topiques cout ceutrées, puisque celles-ci réussissent assez bien dans le cancroïde.
Angine couenneuse. Les analogies pathologiques ont amené Blache à étendre son expérimentation de la stomatite couenneuse à l'angine couenneuse. Eu lévrier 1855 {Bull, de thérap., 1855, t. XLVIH, p. 229), cet habile observateur disait :
« Dans les angines couenneuses, j'ai expérimenté le chlorate de potasse, comme adjuvant du traitement local par les cautérisations, je l'ai employé soit seul, soit associé au quinquina. Il m'a semblé que son action avait été efficace ; mais de nouveaux faits sont nécessaires pour pouvoir juger la question d'une manière positive. » (^es expériences ont été contmuées par nous-même pendant un an dans le service de Blache, et les observations que nous avons rapportées dans notre mémoire (Études sur le chlorate, etc., 1856, p. 55 à 50) sont de nature à établir l'action utile du chlorate de potasse dans l'angine couenneuse * .
Ces analogies pathologiques, que nous ne craignions pas d'invoquer, à la suite de Bretonneau {Arch. gén. de méd., 1855, p. 270 et suiv.) n'étaient pas aussi évidentes pour tous les médecins. Nous avons vu avec quel soin M. Bergerou distinguait la stomatite ulcéreuse de la diphthéi'ite : cet auteur exprime en plus d'un endroit des doutes sur l'utilité du chlorate de potasse contre l'angine couenneuse, en avouant qu'il n'a pu l'expérimenter qu'une fois {loco citato, p. 29), dans une angine couenneuse, suite d'une fièvre continue bénigne, où le chlorate a été administré deux jours de suite sans succès. Nous croyons que si dans ce cas, M. Bergeron avait insisté un peu plus longtemps sur ce moyen, le résultat aurait été plus évident. D'ailleurs, cet auteur nous présente dans son observation IV (p. 15), comme stomatite ulcéreuse, un cas qui est pour nous une angine couenneuse, puisque l'ulcération et la fausse membrane siègent sur le pilier postérieur droit du pharynx et sur la luette. Dans ce cas le chlorate, employé seul, a parfaitement réussi; nous trouvons de pareils doutes exprimés dans le Bulletin de thérapeutique (t. XLVllI, p. 558),
* Robert Thomas de Salisbuiy [Médecine pratique, trad. par H. Cloquet, Paris, 1818, 1. 1, p. 2291, ava-it déjà proposé le chlorate de potasse contre l'angine maligne, compliquée d'hémorrhagies : « Dans la première période de l'angine gangreneuse, il n'est pas rare, dit-il, de voir une hémorrhagie survenir par le nez, la bouche et les oreilles, jamais un pareil écoulement n'est critique ; il augmente constamment le péril, il faut tâcher de l'arrêter immédiatement, en administrant à l'intérieur les antiseptiques les plus puissants, déjà recommandés pour le typhus (acides végétaux et minéraux, muriate suroxygéné de potasse). » Cet auteur, qui croit à la désoxydation du chlorate de potasse, et lui attribue des propriélés antiseptiques et antihémorrhagiques, est amené à l'angine maligne par des analogies toutes différentes de celles qui ont guidé les praticiens modernes.
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à propos du cas de M. Aquilla Smith de Dublin. Ces préventions théoriques se basent surtout sur la grande différence qui existe entre les enduits dits pultacés de la bouche et de la gorge, et les véritables fausses membranes de la diphthérie. Mais cette différence elle-même est plus apparente que réelle. Il est en effet très-difficile, à la seule inspection des surfaces, de délimiter exactement les angines diph Ibériques de celles qui ne le sont pas. Le produit pseudo-membraneux même, examiné au microscope, ne nous donne à cet égard que des notions fort insuffisantes : la base en est toujours la fibrine, depuis sa forme la plus cohérente jusqu'à la plus dissociée, depuis la fausse membrane élastique et résistante, jusqu'à ces produits pultacés si analogues à la fibrine grumeleuse que l'on recueille dans quelques maladies générales. Les éléments anatomiques, cellules épithéliales, fibres de tissu conjonctif, débris de muqueuse, dont la fibrine peut être mêlée, ne sont pas eux-mêmes des éléments certains de diagnostic. C'est en définitive l'évolution morbide et l'ensemble des symptômes qui permettent de classer les angines couenneuses, en simples, ou communes et en diphtiiériques. Le signe fourni par la tuméfaction des ganglions cervicaux profonds, et sur lequel ont insisté Blache et Trousseau, a une grande valeur pour indiquer à l'avance une angine diphthérique maligne, mais ce signe manque dans le croup qui est cependant une manifestation diphthérique incontestable. Il y a donc lieu de ranger sous des titres différents, au point de vue de l'action du chlorate :
1° L'angine couenneuse commune de Bretonneau, celle qui n'a pas de tendance manifeste à la généralisation, celle qui n'est autre pour quelques auteurs qu'un herpès pharyngien.
2» L'angine couenneuse diphthérique croupale, qui n'est que la première période du croup.
5" L'angine diphthérique maligne, qui tue par intoxication générale sans amener l'oblitération du larynx.
Â" L'angine couenneuse secondaire consécutive à la fièvre typhoïde, à la rougeole, à la pneumonie, à la scarlatine, à la phthisie.
5" Quant à la stomatite ulcéro-membraneuse, nous croyons aujourd'hui volontiers avec M. Bergeron {voy. sur la stomatite ulcér. des soldats, 1858), qu'elle diffère notablement de la diphthérie, et qu'elle ne se métamorphose pas ordinairement en angine diphthérique, comme Bretonneau l'admettait {Arch. gén. de méd., 1855, t. II, p. 270 et suiv.), et cependant l'observation que nous avons publiée en 1858 {Croup ayant débuté par une stomatite ulcéra membraneuse. Soc. méd. des Hôpitaux, 1868, p. 154) montre que la ligue de démarcation n'est pas aussi tranchée que M. Bergeron le croit.
11 s'agit en définitive d'une manifestation commune, la fausse membrane à tous ses degrés, que l'on retrouve dans plusieurs maladies de la même famille, mais très-distinctes entre elles au point de vue clinique.
L'expérimentation présentait dans ces cas des difficultés toutes particulières : pour juger de l'efficacité réelle d'un médicament, il faut l'employer seul, et cette médication unique n'était pas toujours possible en présence des cas -graves, où le devoir du médecin est avant tout de combattre avec une grande activité la production des fausses membranes qui peuvent compromettre la vie des malades, soit en s'étendant au larynx, soit en contribuant à l'infection générale de réconomic. Il fallait donc choisir d'abord une série de cas Irès-simplos, où l'on pût sans rien risquer, employer le chlorate tout seul, pour juger de son
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mode d'action. Dans les cas graves, il fallait l'employer comme adjuvant, concurremment aux cautérisations et aux toniques, et voir si on obtenait ainsi une diminution de la mortalité.
Nous avons en 1856 rapporté {Études sur le chlorate, édit. in-S", p. 55) plusieurs séries d'expériences thérapeutiques entreprises pour élucider cette question.
Dans une première série de quatre observations d'angines couenneuses simples, le chlorate a été employé seul et a donné des résultats manifestes. La sédalioiii du pouls et la cessation de la fièvre se sont produites constamment ; la modification de la muqueuse, son retour à la couleur rose normale, la chute des fausses membranes se sont produites comme dans la stomatite couenneuse. Les plaques pseudo-membi'aneuses se décollent d'abord sur leur circonférence, puis tombent par lambeaux ou en totalité, tandis que la muqueuse reprend sa couleur. Le premier effet est souvent manifeste au bout de vingt-quatre heures : en quatre à cinq jours, les sui-faces sont entièrement nettoyées. Dans deux de ces observations (n" XIV et n" XV, 7ném. cité, p. 55 et 56) il y avait déjà engorgement des ganglions cervicaux superficiels.
Dans une seconde série d'expériences, la cautérisation avec le nitrate d'argent avait été employée une fois au début, mais le succès définitif n'en est pas moins évidemment an au chlorate {ibidem, observ. XVII el XVIll, p. 57 et 58); dans deux autres observations {ibidem, observ. XIX et XX) la cautérisation a joué un plus grand rôle, mais on peut remarquer que la guérison n'a pas marché plus vite, que dans les cas où le chlorate seul était employé. Elle avait l'inconvénient de produire une eschare blanche, blanc-grisâtre, qui, se mêlant aux fausses membranes, empêchait de se rendre un compte exact de ce qui se passait, et ne permettait plus de reconnaître l'action détersive du chlorate ; dans un cas même, le pouls s'est élevé et l'état général s'est aggravé un moment par suite de cette double médication.
Dans un cas type d'angine diphthe'rique maligne (observ. XXIII) avec engorgement ganglionnaire cervical profond, le chlorate fut donné seul dès le début; dès le lendemain, on y ajouta les cautérisations, et le malade succomba le troisième jour sans qu'il se fût produit aucune amélioration apparente. C'est un insuccès complet. Enfin, dans quatre observations (n''^XXl, XXII, XXIV et XXV), il s'agissait d'angines couenneuses secondaires ou consécutives. La guérison fut obtenue dans un cas pourtant bien grave (mêlé de scarlatine et de pneumonie, avec hémiplégie congénitale), oii le chlorate n'eut d'autres adjuvants que les toniques (café et quinquina). On nota dès le deuxième jour du traitement, le retour de la muqueuse à la teinte rose normale, et le décollement marginal des fausses membranes. Dans les deux autres cas, angines couenneuses secondaires, avec complication de coryza couenneux ou de muguet, les malades succombèrent. Le chlorate avait amené une modification passagère des surfaces malades. Dans, le premier cas (angine et coryza couenneux consécutifs à une diarrhée chronique et à une rougeole, observ. XXII), l'application topique du chlorate et les cautérisations employées vers la fin n'avaient plus eu d'action. Dans deux cas consécutifs à des fièvres typhoïdes graves (observ. XXIV et XXV), aucune amélioration n'avait pu être constatée.
En résumé, dans treize observations où nous avions noté avec soin les variétés cliniques des angines, nous avions reconnu que le chlorate était impuissant contre l'angine couenneuse maligne, et contre les diphthéries secondaires, ou
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généralisées, ou qu'il amenait à peine une amélioration passagère et toute locale. Dans le premier cas le malade meurt par intoxication générale, et le chlorate n'a pas même le temps de modifier les surfaces. Les cautérisations n'ont d'ailleurs pas plus de succès. Dans les angines secondaires, la constitution est si gravement atteinte que l'action favorable du chlorate sur la gorge est insuffisante. Mais dans les angines couenneiises communes, ou même dans les diphthériques de moyenne intensité, l'action du médicament est manifeste : il amène à lui seul une modification évidente des surfaces malades, et les cautérisations, lorsqu'on les emploie concurremment, ne semblent nullement aider à l'action du chlorate, si même elles ne l'entravent véritablement. Quant au croup, nous en parlerons plus loin.
Ces expériences eurent un assez grand retentissement, grâce surtout à la grande réputation de Blache, qui en avait été le promoteur. Toutefois les réserves que nous avions exprimées, la distinction soigneuse des espèces morbides que nous avions faite, le soin de ne pas mêler les médications pour se rendre un compte exact des résultats, toutes ces précautions, disons-nous, ne furent pas en général très-bien observées par les expérimentateurs qui nous suivirent, d'où il advint une certaine confusion et de grandes contradictions, dans les résultats obtenus ; les uns, admirateurs trop zélés du nouveau remède, le vantèrent outre mesure, les autres, observant dans des conditions de milieu essentiellement défavorables, le dénigrèrent d'une façon absolue. C'est ce que l'on va voir dans la revue que nous allons passer des travaux publiés à la suite de nos Étrdes.
D'abord Trousseau, auquel ne peuvent pas s'adresser les reproches que nous venons de formuler, publie dès 1856, une observation favorable (Joîfrna/ de me'd. et de chir. pratiques, 185G. Gaz. des hop., 1856, p. 514). Toutefois, il ne peut se défendre de pratiquer en même temps la cautérisation ; il croit utile de combiner les deux moyens. C'est, selon nous, une erreur qui naturellement devait entraîner tous les autres médecins, et qui a contribué à vicier l'expérimentation et à discréditer le remède.
M. Roux (de BrignoUes) publie vers la même époque {Gaz. des hop., 1856, p. 587) une observation favorable dans un cas où il y avait eu même menace d'extension des membranes au larynx, et accès de suffocation. Les cautérisations au nitrate d'argent ont été aussi employées concurremment.
M. Gostilhes présente, en décembre 1856, à \ii Société de médecine du département de la Seine (Gaz. hebdom., 1857, p. 9) une observation favorable d'angine couenneuse avec engorgement ganglionnaire et menace vers le larynx, qui donne lieu à une discussion à laquelle prennent part MM. Bouvier, Duparque, Baillarger, etc. Le cas n'est pas probant en effet, car les vomitifs et les cautérisations à l'acide chlorhydrique ont été employés concurremment.
M. Panas, dans un travail fort bien fait sur le même sujet (Thèse de Paris, 1856, n" 292), a rapporté quatre observations prises dans le service de Baron, aux Enfants-Trouvés, et qui sont des insuccès du chlorate. Mais ce sont des observations d'angine couenneuse secondaire (trois fois suite de rougeole et une fois suite de scarlatine) avec engorgement considérable des ganglions sousmaxillaires, coryza couenneux, état général très-grave, complications diverses vers les bronches, les poumons, les plèvres ou l'abdomen. Le chlorate n'est souvent donné que tardivement, mais dans les observations II, IV et V, il a nettoyé en partie les fausses menibi'anes ou les enduits pultacés, bien qu'il n'ait pas guéri le malade. Il s'agit de plus d'enfants très-jeunes et placés dans un milieu
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moso-comial notoirement détestable, car tout le monde connaît la mortalité considérable qui règne aux Enfants-Trouvés. 11 est certain que dans des cas de cette nature, le chlorate ne peut avoir qu'une action palliative et insuffisante. L'angine scarlatineuse paraît celle qui a été le mieux modifiée ; les enduits pullacés du pharynx et des amygdales ont disparu et reparu trois fois de suite, et le malade a guéri finalement.
M. G. Sée conteste l'action du chlorate sur le pharynx dans les affections couenneuses qui affectent primitivement le pharynx et le larynx (Société méd. du deuxième arrondissement, 1856).
On peut citer aussi, comme mentionnant des résultats divers, les observations du docteur Chalut (Soc. de méd. pratiq., 8 janvier 1857, Gaz. des hôp., 1857, p. 58), du docteur Garasse (de Calais), lequel signale douze cas favorables dans une épidémie d'angine couenneuse et de croup, où le chlorate est employé sans autre médication [Gaz. des hôp., 1857, p. 50 et 170), du docteur Chavanne {de Mirecourt), qui l'emploie de même dans une épidémie d'angine couenneuse et de ci"oup, et le trouve utile dans dix-neuf cas {Gaz des hôp., 1857, p. 98). Par contre, les docteurs Syrtiaise et Aucaigne (de Gluny, Haute-Saône) signalent son insuccès dans une épidémie grave d'angine couenneuse, où la trachéotomie a aussi échoué constamment {Gaz. des hôp., 1857, p. 354 et 'i56).
Le docteur Terrier reconnaît que le chlorate agit pour détacher les fausses membranes, bien qu'il ne les dissolve pas chimiquement (Soc. de méd. pratiq., 4 juin 1857, Gaz. des hôp., 1857, p. 408), et le docteur Petit (de Lille) publie une observation favorable, où les cautérisations ont d'ailleurs été employées concurremment {Gaz. des hôp., 1857, p. 50 et 487)."
Dans tous ces faits, il règne comme on voit une certaine confusion dans la détermination des espèces. Les résultats contradictoires signalés par les docteurs Syniaise et Aucaigne, qui échouent constamment, et les docteurs Garasse et Chavanne qui réussissent presque toujours doivent être attribués évidemment à la diversité du génie morbide des épidémies qu'ils observent. Trousseau, dans le rapport qu'il présente à l'Académie de médecine sur les épidémies de diphthérie de l'année 1856, considère en somme les succès du chlorate comme plus que douteux, lorsqu'il y a épidémie diphthérique.
Le docteur M ilon, qui observait à l'Hôtel-Dieu, en 1857, sous l'œil de ce maître, exprime les mômes doutes. Il a du l'este étudié, seulement des diphthérites croupales {Mém. cité, observ. XII, XIII, XIV, XIX, XX) et des angines malignes {Me'm. cité, observ. XVI, XVII et XVIll). Dans ces dernières, il note un insuccès constant, et les malades meurent sans être sauvés davantage par les cautérisations, qui, selon l'expression de Trousseau, sont pratiquées d'une manière barbare avec l'acide chlorhydriqne, ou la solution concentrée de sulfate de cuivre. Nous reviendrons plus tard sur les observations de ci'oup qu'il a publiées. Le même auteur s'élève aussi contre l'action curative que l'on serait tenté d'attribuer au chlorate dans les angines couenneuses non diphthériques (celles que nous nommons angines couenneuses communes avec Bretonneau). Ces angines tiennent, selon lui, à un embarras gastro-intestinal ; un vomitif en fait ordinairement justice, et si l'on employait concurremment le chlorate, ce serait à tort qu'on ferait honneur à celui-ci de la guérison. Nous répondi'ons que ces angmes couenneuses cèdent aussi parfaitement au chlorate employé seul, sans vomitif, et que ce moyen est beaucoup moins pénible qu'un émétique.
Pour résumer ce qui concerne l'angine couenneuse, nous dirons qu'il importe
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avant tout de préciser les espèces et les influences épidémiques. Dans les angines couenneuses secondaires, dans les angines diphthériques malignes, dans tous les états où l'organisme est frappé d'un état adynamique grave, et d'une intoxication profonde, le chlorate est impuissant. De même, sans exercer aucune action sur la scarlatine, en tant que maladie générale, il est utile pour nettoyer ces enduits pultacés qui remplissent si souvent la gorge dans cette maladie. Il résulte de tous les faits que nous venons de passer en revue, et de beaucoup d'autres qui, sans avoir été l'objet de publications spéciales, sont venus à notre connaissance, que le chlorate n'a aucune action spécifique contre le poison spécifique de la diphthérie maligne ; si nous nous étions leurré de quelques espérances à cet égard dans nos Études de 1856, ainsi que dans notre Mémoire sur les affections diphthériques {Arch. génér. de méd., mars et avril 1857), nous avons dû, devant l'évidence des faits, renoncer à cet espoir, présenté d'ailleurs dès l'origine avec les plus grands doutes, ftlais nous n'avons nullement cessé de considérer le chlorate comme un adjuvant des plus utiles, comme un topique des plus précieux pour déterger les surfaces, comme un moyen suffisant par lui-même dans un grand nombre de cas de diphthérie de moyenne intensité. Ne fût-ce qu'à titre de moyen de diagnostic, le chlorate mériterait d'être employé dans ces angines couenneuses dont le caractère de gravité est encore douteux. Les fausses membranes d'une angine bénigne sont complètement enlevées en vingt-quatre heures, ou au moins considérablement détergécs. Celles des angines diphthériques graves ou des angines croupales persistent. On comprend que pour cette expérience, il faut absolument s'abstenir de cautériser avec le nitrate d'argent, qui donnerait une eschare blanchâtre analogue aux fausses membranes. Dans les cas graves, dans les épidémies, le chlorate échoue, comme échouent d'ailleurs toutes les médications différentes qui ont été essayées. Éloigné pendant plusieurs années des hôpitaux par la cessation de nos fonctions d'interne, nous n'avons pu exercer non-seulement aucune direction, mais même aucune influence sur le mode d'emploi de cette méthode thérapeutique, sauf en ville, dans les cas peu nombreux que nous offrait une clientèle naissante. Nous n'avons cessé cependant de réclamer qu'on variât les doses, le mode d'application, et qu'on renonçât autant que possible aux cautérisations. Plus celles-ci sont énergiques en effet, plus elles gênent l'élimination du chlorate par les organes sécréteurs ; quand la gorge n'est plus qu'une plaie sous l'action des cautérisations barbares de Trousseau, que peut devenir l'action cicatrisante du chlorate, et l'effet de révivification qu'il paraît exercer sur les surfaces ? Dans tous les cas où nous l'avons employé seul, nous avons persisté à nous en louer et notre pratique a été généralement heureuse. Si nos confrères ont obtenu tant de déceptions, cela peut tenir en partie à la manière peu méthodique dont ils ont employé le chloi"ate, et surtout à ce qu'ils ont demandé à ce médicament plus qu'il ne pouvait donner, en l'appliquant à des cas absolument désespérés. Nous verrons à propos du croup que le docteur Millard, notre savant collègue, a émis dans sa thèse si remarquable des idées entièrement analogues à celles que nous exprimons en ce moment.
5° Fosses nasales. Coryza couenneux. Les fosses nasales sont si voisines du pharynx, et le coryza couenneux tellement lié à l'histoire de l'angine couenneuse et du croup, que nous pouvons, dès à présent, parler de l'action thérapeutique du chlorate contre le coryza couenneux.
On sait que cette maladie est, en général, l'indice d'un état grave. Dans la
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majorité des cas, le coryza couenneux s'observe dans les cas de diphthérie généralisée, lorsqu'il y a en même temps angine couenneusc ou croup, diphtlicrie vulvaire, diphthérie des vésicatoires, etc., et presque toujours le malade succombe. Le chlorate de potasse est ordinairement sans action sur ces états si graves. Cependant nous avons rapporté un cas de guérison (Études sur le chlor., 1856, p. 77, observ. XXXV). Dans trois observations du docteur Milon [mém. aile', n"^ XVI, XVII et XVIII), les petits malades atteints de croup et de coryza couenneux ont succombé.
Mais le coryza couenneux peut alors se montrer, quoique très-rarement, comme manifestation diphthéritique isolée. Nous avons rapporté en 1857 (Mém. sur les affections diphtitériques observées en 1855, in Arcfi. gén. de me'd., 1857, mars et avril, p. 447), deux observations de cette maladie, recueillies sur deux élèves en médecine, un interne et un externe de l'hôpital des Entants, aujourd'hui nos confrères, et jouissant l'un et l'autre d'une santé parfaite. Le coryza couenneux avait été chez eux très-grave et de longue durée. Le second senlenicnt a fait usage du chlorate de potasse à dose assez haute (8 à 12 grammes par jour à l'intérieur), et ce médicament a paru bien agir et favoriser l'expulsion des fausses membranes (au bout de huit jours, il n'y avait plus de fièvre, et le malade a pu partir pour la campagne où il est resté longtemps en convalescence). Clicz le premier, qui n'avait pas fait usage de ce médicament, le coryza couenneux est passé à l'état chronique et a duré plus de dix mois, malgré deux saisons aux eaux sulfureuses des Pyrénées.
Coryza simple aigu. Dans le coryza aigu, le chlorate ne paraît être d'aucune utilité, il active la sécrétion pituitaire par laquelle il s'élimine assez abondamment. Le docteur Milon, dans une expérience personnelle, dit que ce sel a aggravé son état. Peut-être serait-il utile, dans la période de coction, lorsqu'il reste beaucoup d'enchiffrènement, pour vider plus facilement les sinus nasaux, comme nous verrons qu'il est utile dans quelques formes de catarrhe bronchique.
Coryza chronique. Ozène. Le docteur Henry a appliqué le chlorate de potasse au traitement de l'ozène, une des maladies les plus rebelles aux agents thérapeutiques. Deux sœurs affectées d'ozène, et qui avaient été soumises, sans succès, à différents traitements, furent guéries par le reniflement d'une solution de chlorate à la dose de 4 grammes pour 120 grammes d'eau. Debout avait antérieurement guéri des ulcérations fétides des fosses nasales, par l'application directe d'une poudre composée de 10 parties de sous-nitrate de bismuth et d'une de chlorate de potasse. Il ne faut pas négliger de combattre, en même temps, la diathèse scrofuleuse, cause ordinaire de cette maladie {Bull, de tliérap., 1857, t. LU, p. 450; Gaz. hebd., 1857, p. 246).
Gambarini a rapporté aussi deux observations d'ozène favorablement modifiées par le chlorate de potasse en solution (10 grammes pour 300 d'eau j, qu'il faisait aspirer par les narines trois à quatre fois par jour. La fétidité diminue en quelques semaines, ainsi que les concrétions muqueuses des narines. La guérison totale fut obtenue dans un cas, au bout de trois mois, et dans l'autre, à la fin du cinquième mois. Dans ces deux cas, l'aspiration du liquide chlorate donna lieu à une légère cuisson qui disparaissait au bout de quelques minutes {Annali univ. di medicina d'Omodei, 1858, t. CLXIV, p. 495-496).
Ces expériences mériteraient d'être reprises : le moyen est simple, inoffensif et sans aucune difficulté d'application. Nous l'avons essayé, dans ces derniers temps, sur deux ou trois jeunes sujets atteints de coryza ulcéreux, et l'effet a
paru favorable, sans que nous puissions encore affirmer que la guérison sera définitive.
4° Maladies du larynx et des poumons. Le chlorate de potasse a été essayé d'abord dans le croup ou laryngite pseudo-membraneuse, dans quelques formes de bronchite et dans la phthisie pulmonaire. Nous commencerons par le croup, parce que les expériences dans cette maladie ont été les premières en date, el parce que ce sujet se relie immédiatement à ceux que nous venons de traiter.
Croup ou laryngo-hroncJiite pseudo-memhraneuse. L'idée d'employer le chlorate de potasse contre le croup n'est pas absolument nouvelle. Des recherches bibliographiques faites au moment où nous rédigions nos Études sur le chlorate (1856), nous ont fait reconnaître que ce médicament avait déjà été essayé contre cette maladie par Hector Chaussier. Cet auteur dit, en effet {Contre-poisons, 1 vol. in-8«, Paris, 1819, 3« édit., p. 177) : « ... Quand la poitrine est plus libre, la respiration plus facile, enfin quand le vomitif a procuré une amélioration sensible dans l'état du malade, je me borne à administrer deux ou trois fois par jour le chlorate de potasse dissous dans de l'eau ou dans quelques cuillerées d'une tisane appropriée aux circonstances. Selon l'âge du malade, je lui fais prendre dans l'espace de vingt-quatre heures, depuis 18 jusqu'à 50 grains (1 gramme à 2^%50) de chlorate de potasse, et je continue les mêmes doses pendant trois ou quatre jours de suite. Au bout de ce temps, quoique le malade paraisse totalement guéri, je le soumets, pendant une dizaine de jours, à l'usage du chlorate de potasse, mais à plus petites doses, et à un jour d'intervalle. J'ai eu l'occasion de m'assurer qu'il est essentiel de prolonger ainsi l'usage du chlorate de potasse pour prévenir le retour de la maladie. » On voit que Chaussier administre là le chlorate de potasse comme un reconstituant ou comme un dérivatif, mais qu'il n'a pas pour objet de remédier primitivement à la maladie, puisqu'il ne l'emploie qu'après avoir obtenu une amélioration par les vomitifs. Rien dans ce passage n'indique qu'il connaisse l'action de ce sel sur les muqueuses. Il ne donne aucun détail sur sa manière d'agir ou sur les effets thérapeutiques qu'il a observés. « C'est, dit-il seulement, un moyen peu connu, sur lequel il veut appeler l'attention des praticiens. « A l'époque oiî écrivait Chaussier, la distinction du croup et du faux-croup était loin d'être aussi bien établie qu'elle l'a été depuis par l'école de Bretonneau et de Trousseau, et ce que Chaussier dit de la récidive de la maladie s'appliquerait mieux au faux-croup qu'au croup véritable. Je doute d'ailleurs que cette indication, perdue dans le petit Traité des contre-poisons, de H. Chaussier, ouvrage aujourd'hui assez rare, fut connue de beaucoup de médecins, et je crois pouvoir affirmer qu'à Paris au moins elle était complètement oubliée, lorsque nous fûmes conduit par une série d'idées toutes différentes à expérimenter ce médicament dans le croup. A la vue des succès obtenus dans la stomatite ulcéro-membraneuse et dans les angines couenneuses, les analogies pathologiques nous amenaient à expérimenter dans le croup le médicament nouveau, et à chercher s'il n'était pas capable de détacher les fausses membranes de la muqueuse laryngo-bronchique, comme on les voyait se détacher de la muqueuse buccale et pharyngienne. Blache nous laissant dans son service une grande liberté d'action, nous nous étions promis d'expérimenter l'action du chlorate dans un cas de croup, au cas où aucune autre médication n'aurait été tentée. L'occasion se fit attendre quelque temps, mais le premier cas favorable à l'expérience parut extrêmement remarquable dans ses résultats :
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Trois frères atteints de croup sont amenés en même temps à l'hôpital des Enfants. Tous trois semblent avoir été pris, à peu près en même temps, à la suite d'une longue promenade ; peut-être aussi par contagion réciproque, car ils couchent dans le même lit et boivent à la même tasse. Enfin la fimiillc de ces •enfants semble prédisposée aux affections diphthériqucs (voy. Éludes sur le chlorate, 1856, édit. in-8°, p. 68-72, observ. XXVI, XXVII et XXVIll). Quoi qu'il en soit, ces trois enfants présentaient trois cas de croup à peu près aussi identiques dans leur source et dans leur intensité qu'on pouvait le désirer pour une expérience comparative. Ajoutons qu'ils étaient tous les trois à peu près vierges de tout traitement, puisqu'ils n'avaient encore pris que de l'ipéca, lequel n'avait pas arrêté la marche de la maladie.
Chez tous les trois, la nature de la maladie était indubitable et caractérisée par la voix et la toux éteintes, l'inspiration sifflante, les fausses membranes sur les amygdales et la suffocation. Heureusement quelques différences dans l'ancienneté et dans l'intensité de la maladie permirent de différer l'opération chez deux d'entre eux, et d'essayer le traitement par le chlorate de potasse, tandis que la trachéotomie était pratiquée immédiatement sur celui qui était le plus anciennement malade. Malgré l'opération, cet enfant succomba dans la journée, et l'autopsie montra le lendemain des fausses membranes qui remplissaient le pharynx, le larynx et les plus petites ramifications bronchiques.
Pour les deux autres frères, après une nouvelle dose d'ipéca, qui n'amena pas grand résultat, nous leur administrons 4 grammes de chlorate de potasse, et nous installant toute la journée à leur proximité, tout prêt à pratiquer la trachéotomie à la première alerte , nous attendons l'effet du remède et nous gagnons ainsi vingt-quatre heures. Le lendemain, tous deux présentent un mieux sensible, le pouls et la température se sont abaissés, il y a moins de suffocation et de sifflement trachéal, et, dès le soir (trente-six heures après l'administration du médicament), on voit manifestement les fausses membranes des amygdales se détacher. Le surlendemain, l'amélioration est encore plus mai^quée. Les parents reprennent leurs enfants, mais nous les suivons à leur domicile, et la guérison complète est obtenue.
Ces faits, nous devons l'avouer, nous avaient inspiré de grandes espérances, qui semblaient se confirmer encore lorsque nous pûmes obtenir deux nouvelles guérisons sans opération (ouvr. cité, observ. XXIX et XXX), oii il n'y avait eu d'employé, en dehors du chlorate, que des médicaments sans importance. On comprend toutefois les difficultés qui entouraient ces expériences : le chlorate n'agit pas très-vite, il lui faut environ trente-six à quarante-huit heures pour détacher les membranes des amygdales, et pendant ce temps la suffocation laryngée peut sa produire. Le salut du malade devait passer avant tout, et dès que l'urgence se faisait trop sentir, il fallait renoncer à l'expérience et pratiquer la trachéotomie. C'est pourquoi il nous fut impossible de recueillir, de juin 1855 à la fin de mars 1856, plus de quatre cas de guérison sans opération et par le chlorate seul. Mais désormais, dans le service de Blache, qui voulait bien encourager ces expériences, tous les enfants atteints de croup étaient soumis à l'usage du chlorate, trachéotomisés ou non, et en dehors des quatre guérisons ci-dessus mentionnées, nous pûmes citer, sur 14 enfants opérés pour le croup, dans le premier trimestre de l'année 1856, 9 guérisons et 5 morts, chiffre qui dépassait de beaucoup la moyenne des succès généralement obtenus. Mais, hélas ! ce n'était là qu'une série heureuse. Nos successeurs dans le service de Blache, plu-
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sieurs autres médecins de nos hôpitaux d'enfants, adoptèrent la nouvelle médication, mais la mortalité générale reprit à peu près ses proportions ordinaires, et il nous fallut renoncer à nos illusions. Non, le chlorate n'est pas un spécifique héroïque du croup ; non, il n'empêche pas les fausses membranes de s'étendre des amygdales aux cordes vocales ; il ne les détache pas des cordes vocales assez vite pour dispenser de la trachéotomie, il n'empêche pas la maladie de s'étendre à la trachée et aux bronches, quand elle doit se généraliser.
C'est ce qu'ont démontré malheureusement les statistiques des deux hôpitaux d'enfants de Paris, depuis plus de quinze ans, et les cas très-nombreux observés en ville par tous les médecins d'enfants et par nous-raême.
Les observations publiées postérieurement à notre travail par le docteur Thore (Un succès, in Gaz. des Jiôpit., 1857, p. 21), par le docteur Garasse (Gaz. des hôpit., 1857, p. 50 et 170), par le docteur Triquet (Insuccès, in Gaz. des hôpit., 1857, p. 50 et 198), par le docteur Duhamel {Gaz. des hôpit., 1857, p. 408), par le docteur Legendre {Gaz. des hôpit., 1857, p. 411), par le docteur Bouchut {Gaz. des hôpit., 1858, p. 186), par le docteur Petit, de Lille (Gaz. des hôpit., 1859, p. 487), parles docteurs Symaise et Aucaigne {Gaz. des hôpit., 1859, p. 534 et 456), parle docteur Milon (mém. cité, 1857), donnent des résultats contradictoires, mais dont la somme est plutôt défavorable que favorable à l'efficacité du médicament, s'il faut en croire Trousseau, dans son rapport sur les épidémies de diphthérie.
Toutefois, si le chlorate n'est pas un spécifique contre la diphthérie, s'il ne dispense pas de pratiquer la trachéotomie, nous croyons devoir encore maintenir son usage comme adjuvant utile avant et après l'opération. On a accusé, il est vrai, cette médication, d'endormir trop souvent les médecins dans une fausse sécurité, et de leur faire différer trop longtemps l'opération. Sans doute le reproche serait grave, et nous n'avons jamais conseillé, à cet égard, qu'une expectation armée, si nous osons nous servir de cette expression, c'est-à-dire qu'en observant les effets du chlorate, on doit être à tout moment prêt à intervenir par l'opération. Si quelques médecins ont attendu trop longtemps pour appeler le chirurgien, alors qu'ils n'étaient pas suffisamment exercés eux-mêmes à la pratique de la trachéotomie, il faut bien dire qu'en général les délais, le retard sont bien plutôt le fait des familles timorées que des médecins. Grâce aux conditions particulières oiî se trouve Tbôpital des Enfants, grâce à la présence d'un interne de garde toujours prêt à pratiquer la trachéotomie, la médication chloratée a pu se maintenir {voy. thèse d'André, 1857), et nous voyons surtout dans la remarquable thèse de M. Millard {De la trachéotomie dans les cas de croup, thèse de Paris, 1858, n" 207), qu'il ne faut pas mêler les médications, qu'il ne faut pas se trop hâter d'agir, que souvent, dans l'angine couenneuse comme dans le croup, cette expectation attentive éveillée a suffi pour guérir les malades, et que le chlorate a eu une action utile incontestable.
« Je puis affirmer, dit M. Millard (thèse citée, p. 81), que depuis près d'un an nous n'avons pas cautérisé une seule gorge dans notre service, et que cependant nous avons traité avec succès un très-grand nombre d'angines couenneuses graves, de celles que beaucoup de médecins s'empressent de cautériser avec énergie. Ce n'étaient pas des angines coue»nieuses communes ou des angines herpétiques... Toutes nos malades ont pris du chlorate de potasse à l'intérieur, à l'exclusion de tout autre moyen ; c'est donc le médicament qui les a guéries, ou c'est la nature, c'est là un dilemme inattaquable. Si c'est la nature, vous êtes.
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forcés au noins de reconnaître que les cautérisations ne sont pas plus indispensables à I; guérison que le chlorate, et que de plus elles sont douloureuses. Si, au contra e, vous pensez comme nous que le jnédicament a pu, par la salivation qu'il proi que, avoir une action curative sur l'angine, l'analogie pathologique vous conr lira, comme y a été conduit M. Blache, à l'administrer contre une niauifcstatiat encore plus profonde et plus éloignée de la diphthérie, contre le croup. Si la marche rapide de la maladie et le siège particulier des fausses membranes déterminent ici des phénomènes mécaniques auxquels ne peut remédier qu'un moyen mécanique, la trachéotomie, cela ne prouve pas que le médicament ne puisse avoir une action salutaire sur les suites de l'opération et doive être supprimé... » Puis, après avoir rappelé les observations d'Isumbert et André, M. Millard ajoute : « Je crois les nôtres propres à asseoir la réalité de cette influence sur des bases encore plus solides. En effet, à l'exception du garçon de l'observation LV (thèse Millard), il n'est pas un seul des malades dont je rapporte l'histoire (55 observations), qui n'ait été, immédiatement après et parfois avant l'opération, mis à l'usage du chlorate de potasse. Or il y a ceci de trèsremarquable que la salivation n'a été signalée que chez 2 des enfants qui sont morts (obscrv. XLVIH et LUI). Au contraire, elle n'a fait défaut que chez 7 des malades qui ont guéri (observ. II, V, VI, VII, IX, XIV et XX) ; chez les 12 qui ont guéri, elle a été légère chez 2, abondante ou très-abondante chez 10, excessive chez un seul.
Cette remarque de M. Millard est d'une grande justesse, et les observations que nous avions publiées en 1856 donnaient le même résultat. Sans parler des rpatre petits malades guéris sans opération, on voit noter chez la plupart de ceux qui ont guéri, tantôt la salivation abondante (notamment observ. XXX, XXXVII, XXXVIII, XL), tantôt le détachement rapide des fausses membranes des amygdales s'opérant comme dans nos observations d'angine couenneuse. Bien avant que le chlorate eût été expérimenté dans le croup, P. Guersant faisait remarquer à ses élèves que les trachéotomisés qui avaient des crachats abondants étaient ceux qui guérissaient le mieux. Or nous verrons plus loin à propos des bronchites, que le chlorate agit comme un expectorant énergique, à la manière du kermès. Rien qu'à ce titre, il pourrait être utile de le recommander comme un adjuvant précieux après la trachéotomie pour aider à détacher les fausses membranes de la trachée et des bronches. Maintenant agit-il en tant que chlorate sur les fausses membranes du larynx et des bronches, comme on le voit agir sur celles de la bouche et des amygdales ? Ici, nous ne ]3ouvons plus affirmer, et il faudrait invoquer la statistique des succès obtenus. Nous laisserons encore la parole à M. Millard.
« Il n'est pas de médicament dont on ne puisse à la rigueur nier l'efficacité. On peut toujours prétendre que le malade aurait pu s'en passer, et il ne manquera pas de sceptiques pour soutenir que nos opérées, puisqu'un certain nombre d'entre elles n'en ont pas ressenti d'effet appréciable, n'avaient en aucune façon besoin de chlorate pour guérir
« Guérit-on plus d'enfants en leur donnant le chlorate après la trachéotomie qu'en ne leur doimant rien? Voilà comme le problème doit être posé; si je voulais comparer la proportion de nos guérisons dans le service des filles avec celle du service des garçons où le chlorate n'a pas été employé, j'aurais en vérité trop beau jeu. Je pourrais aussi faire remarquer que lorsqu'on 1856, M. Blache tait chargé de la salle Saint-Jean, et prescrivait le remède en litige, le nombre
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des succès était bien supérieur à ce qu'il a été depuis. Mais un pareil raisonnement serait d'un mauvais esprit ; je risquerais à mon tour de faire au chlorate une part beaucoup trop belle. Je me résume en disant : le chlorate de potasse me semble favoriser souvent la guérison des opérés, et comme en tout cas, il est parfaitement inoffensif, je ne vois aucun inconvénient à l'administrer. La dose ordinaire de 4 grammes peut être avantageusement doublée. »
Il est impossible, selon nous, de mieux dire et de penser avec plus de sagesse, et nous sommes heureux de pouvoir invoquer à l'appui de notre manière de voir une autorité aussi sérieuse que celle de notre éminent collègue Millard. Ainsi, aux séries heureuses que nous relevions dans le second semestre de i 855 et le premier trimestre de 1856, il faut ajouter la série heureuse de 1857 et 1858, observée par M. Millard sous la direction de Blache, notre commun maître. Si ces séries heureuses ont pu nous inspirer quohiiics illusions, les séries malheureuses n'ont-elles pas amené une erreur inverse ciiez les détracteurs du chlorate?
Nous avons en effet à invoquer ici des considérations analogues à celles que nous avons fait valoir à propos de l'angine couenneuse. Sans offrir des variétés aussi nombreuses que cette dernière maladie, le croup lui-même présente dans son évolution et dans sa gravité des différences assez grandes pour qu'on puisse distinguer un croup bénin ou moyen, et un croup malin. Ce dei'nier est caractérisé surtout par sa rapide extension à la trachée et aux bronches, par l'abondance des fausses membranes, épaisses et sèches, qui rendent l'hématose impossible. Contre celui-là toutes les médications échouent, avec ou sans trachéotomie. Le croup moyen, est au contraire, une maladie localisée au larynx, dans laquelle les fausses membranes sont peu adhérentes à la muqueuse, et c'est contre celuilà qu'on obtient des succès, soit par la trachéotomie, soit par les diverses médications qui ont été préconisées. On voit que le relevé de M. Millard est favorable au chlorate dans cette forme du croup, et nous-même, qui sommes depuis dixhuit ans resté fidèle à ce médicament, non plus à l'hôpital, mais en ville, nous croyons encore à son efficacité, à titre d'adjuvant utile avant comme après l'opération.
Il reste toutefois à chercher pourquoi cette action est moins nette, moins "rompte et moins évidente dans le croup que dans les angines couenneuses. N'étant plus disposé à attribuer au chlorate une action générale quelconque contre la spécificité diphthérique, nous réduirons toute la question à savoir si le chlorate peut être porté sur les surfaces malades du larynx, soit directement, soit par les sécrétions qui le contiennent.
Quand au contact direct, il est certain pour nous que, vu la présence de l'épiglotte, on ne l'obtient ni en avalant une potion, ou même la salive chargée de chlorate, pas plus qu'en se gargarisant , sauf dans le cas exceptionnel où l'on avale de travers. La pratique des opérations laryngoscopiques prouve qu'on n'atteint la face postérieui'e de l'épiglotle et à plus forte raison les cordes vocales qu'avec des instruments courbes guidés par le miroir. Le chlorate ne peut donc arriver dans la glotte que par les sécrétions bronchiques.
Nous avons, en 1856, constaté la présence du chlorate dépotasse dans le mucus bronchic[ue, non pas dans les crachats toujours mêlés de salive, mais dans le mucus recueilli sur de petits cadavres. M. Laborde l'a depuis retrouvé dans les mêmes conditions, ainsi que dans les liquides recueillis à l'orifice des canules chez de petits sujets trachéotomisés. M. Milon a contesté le fait dans sa thèse (Thèse citée, 1858, n" 267, p. 20. Nous même nous n'en avons récem-
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ment pas retrouvé dans les crachats de deux petits malades trachéotomiÉés pour croup. L'iuilucnce de la maladie suspend sans doute, dans les cas graves, cette élimination que l'on constate chez des sujets trachéotomisés pour d'autres maladies. 11 faut se souvenir aussi que les enfants trachéotomisés refusent souvent les boissons qu'on leur administre, qu'à ce moment ils sont déjà fatigués du chlorate, et qu'enfui il faut donner ce sel à haute dose, 8 grammes chez les enfants, 15 ou 20 grammes chez les adultes pour obtenir une élimination intense par cette voie.
Toutes ces raisons retardent ou empêchent l'efficacité du chlorate contre le croup alors qu'il agit dans l'angine couenneuse, et font que nous ne pouvons nous dispenser de la trachéotomie.
Mais une fois l'opération pratiquée, convient-il de continuer l'usage du chlorate comme adjuvant? Nous n'hésitons pas à répondre affirmativement. La suffocation n'étant plus à craindre, le chlorate aura le temps de déterger de leurs fausses membranes les amygdales, le pharynx, les fosses nasales, et sans doute aussi la glotte elle-même. 11 est surtout une indication qui nous avait dès l'origine paru bien formelle (Étedes, etc., p. 82), et oii l'action du chlorate •erait bien précieuse. C'est lorsque les fausses membranes s'étendant au loin dans la trachée au-dessous de la canule, et jusque dans les bronches, l'enfant perd par ce fait tout le bénéfice de la trachéotomie, et se voit de nouveau menacé d'asphyxie. Eu ces cas, en général, l'enfant est perdu ; non-seulement par l'obstacle mécanique que les membranes bronchiques apportent à l'hématose, mais aussi parce que cette extension même des membranes est une preuve de l'intensité de l'intoxication. Et cependant, cette intoxication est loin d'être toujours ce qu'elle est dans la diphthérie maligne ! Que de fois n'a-t-on pas vu des enfants rendre dans un suprême effort de toux un arbre bronchique pseudomembraneux, et finir par triompher de leur mal ! Un médicament quilaciliterait le détachement de cet arbre bronchique pseudo-membraneux serait certes bien précieux, et le chlorate nous avait semblé à l'origine devoir être ce médicament. Malgré les insuccès nombreux qui ont eu lieu, nous n'avons pas cessé de croire à cette indication. Le chlorate ne sera pas un médicament héroïque, non certes : les adhéi'ences des membranes bronchiques sont trop nombreuses, les forces du malade trop prostrées pour que les eflorts d'expulsion soient toujours effectifs; probablement aussi, sous l'influence de la maladie, les sécrétions muqueuses cessent et le chlorate ne peut plus être excrété à la surface interne des bronches, comme le fait se produit pour la muqueuse buccale dans la fièvre typhoïde. C'est là ce qui expliquerait tant de déceptions. Mais rien ne prouve qu'il en soit ainsi dans tous les cas, et que l'élimination qui a lieu a l'état normal soit toujours suspendue dans la diphthérie. Les expérimentateurs ne se sont peut-être pas assez souvenus, selon nous, de la reconmiandation que nous avions donnée d'agir à très-haute dose, en administrant le chlorate par la bouche, dans toutes les boissons, ou par le rectum en lavement. Nous croyons encore qu'on ne saurait trop dans ce cas insister sur une médication si inoffensive, et qui est à peu près la seule qui nous reste. On a depuis longtemps renoncé aux écouvillonnements de la trachée pratiqués à l'origine par Trousseau. Restent les vomitifs et les instillations d'eau.
M. E. Barthez a dans l'année 1858 {Bulletin de la Soc. méd. des hôpitaux de Paris, t. IV, p. 62 et 72), proposé d'employer après la trachéotomie des instillatiG".is de chlorate de soude, pour dissoudre et détacher les fausses membranes
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qui s'étendent au-dessous de la canule, dans la partie inférieure de la trachée et dans les bronches. Il citait à l'appui de cette méthode deux cas de guérison obtenus à l'hôpital Sainte-Eugénie. Dans trois autres cas moins heureux, où les enfants avaient succombé, M. Barthez crut reconnaître à l'autopsie que le chlorate de soude avait cependant exercé un commencement d'action dissolvante sur les arbres pseudo-membraneux contenus dans les bronches, de sorte qu'avec un peu plus de temps, et une lésion moins étendue on aurait pu obtenir des succès. M. Barthez reconnaît du reste que les seuls cas où l'on doive employer ce moyen, sont ceux où il y a des fausses membranes dans la trachée et dans les bronches, et où le manque d'expectoration fait perdre l'espoir de les voir expulser par la canule.
Il faut s'expliquer au sujet de cette méthode, qui n'a donné qu'une déception de plus. Tout d'abord, au point de vue clinique, elle n'est pas irrationnelle. Longtemps auparavant, P. Guersant nous avait appris à instiller de temps à autre quelques gouttes d'eau dans la trachée pour favoriser l'expulsion des fausses membranes, quand la trachée semblait se dessécher : en effet, l'eau seule ramollit les membranes ; de plus, elle provoque à l'instant même, ou au bout de deux à trois minutes, une quinte violente qui expulse mécaniquement tout ce qui peut être expulsé. Nos études récentes nous permettent d'ajouter que cet effet est à son maximum, si le liquide coule le long de Ia paroi postérieure de la trachée, et si l'on titille cette paroi postérieure, siège d'actions réflexes très-énergiques.
Maintenant y a-t-il avantage à substituer à l'eau pure une substance chimique, et notamment à substituer le chlorate de soude au chlorate de potasse? M. Barthez insistait beaucoup sur ce fait que des fausses membranes enfermées dans vui tube avec une solution de chlorate de soude étaient entièrement diltluentes au bout de huit heures, tandis que ces mêmes membranes ne s'étaient pas altérées dans ime solution de chlorate de potasse. Nous ne contestons pas le l'ait, tout en faisant observer que ce n'est sans doute pas en tant que clilorate qu'agit ici le sel de soude : le chlorate de soude, déliquescent et assez mal défini chimiquement, contient un excès d'alcali ; c'est cet alcali qui dissout la membrane : une solution étendue de soude, ou l'eau de chaux bien plus inoffensive et plus facile à manier, dissolvent les membranes avec plus d'énergie encore. Au reste cela importerait peu si le chlorate de soude agissait réellement, mais toutes les espérances données par ces solutions dissolvantes, et par l'eau de chaux en particulier, n'ont pas été davantage confirmées par la pratique. C'est que dans le pharynx et dans les voies respiratoires, les choses ne se passent pas connue dans un verre à expériences : les membranes n'y sont pas baignées pendant longtemps par un excès de liquide alcalin ; quelques gouttes seulement peuvent être instillées, et à peine sont-elles en contact avec ces muqueuses qu'elles sont immédiatement rejetées par des mouvements réflexes énergiques qui ne laissent pas à l'action chimique le temps de se produire ; d'ailleurs si M. Barthez espère ainsi détacher la face adhérente de la fausse membrane de celle de la muqueuse sur laquelle elle est fixée, il faut reconnaître que ce contact sera bien rare, car en instillant de l'eau chloratée dans une trachée tapissée de fausses membranes, on agit sur la face libre de celles-ci et nen sur la face qui adhère à la muqueuse. Jamais à l'origine de nos travaux sur le chlorate de potasse {Éludes, etc., 1856), nous n'avions songé à attribuer à ce sel la moindre action dissolvante sur les fausses membranes ; au contraire, nous avons dit partout qu'il n'avait aucune
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réaction alcaline, qu'il différait entièrement des alcalins : ce n'était pas en dissolvant les fausses membranes qu'il guérissait les stomatites et les angines membraneuses, c'était en s'éliminant par les sécrétions, et en modifiant la vitalité des surfaces muqueuses, qu'il empêchait celles-ci de produire de nouvelles membranes. C'est pour cela qu'encore aujourd'hui le chlorate, -pris à Viiitérieur, nous semble préférable aux gargarismes ou collutoires à l'eau de cliaux.
La méthode proposée par M. Barthez provoqua séance tenante quelques observations et quelques réserves de la part de MM. G. Sée et Vigla (loco citato p. 63, 66 et p. 76). Peu de temps après, elle était jugée assez sévèrement par M. Millard (Thèse citée, p. 95), qui ne lui reconnaissait aucune action supérieure aux instillations d'eau simple. Depuis cette époque nous croyons qu'elle est tombée en désuétude, et nous ne sachions pas qu'on l'emploie encore. Toutefois l'état d'un enfant qui, après les espérances données par la trachéotomie, est pris des accidents consécutifs à l'extension des membranes au-dessous de la trachée, cet état, disons-nous, est tellement navrant, qu'il ne faut pas renoncer à une méthode si inoffensive que celle des instillations. L'injection d'un liquide est très-souvent utile : nous ne nous opposons en aucune façon à ce qu'au lieu d'eau pure, on emploie une solution de chlorate de soude, ou d'eau de chaux. Pour notre compte, nous insisterons surtout sur l'administration prolongée du chlorate à l'intérieur, et à hautes doses (8 à 10 grammes), ayant montré cidessus que la haute dose est nécessaire.
Bronchite aiguë et chronique. Le docteur Milon, en 1857, ayant constaté sur lui-même et chez une malade atteinte de bronchite, que le chlorate avait eu pour effet d'augmenter la sécrétion bronchique, et de produire un sentiment d'ardeur inaccoutumé, en concluait que ce sel était contre-indiqué dans la bronchite aiguë.
M. Laborde a pourtant, en 1864, préconisé l'usage du chlorate dépotasse contre la bronchite aiguë et chronique {Bull, de thérap., t. LXVII, p. 357) dans un travail basé sur six observations. 11 s'agit dans ces cas de bronchites généralisées, avec râles muqueux disséminés partout et dyspnée pinson moins marquée. Dans les cas aigus, l'auteur a eu soin d'attendre que l'appareil fébrile eût été modifié par un traitement antiphlogistique (la plupart du temps, ventouses scarifiées, vésicatoire sur la poitrine, potions béchiques, quelquefois kermès), et c'est contre la persistance de la dyspnée, de la congestion pulmonaire et des râles muqueux que l'on a administré le chlorate à la dose de 5 à 10 grammes par jour dans une solution gommeuse. Ce sel semble avoir agi rapidement dans tous ces cas; au bout de vingt-quatre heures, les crachats sont plus fluides, plus faciles à expectorer; les jours suivants, la toux et la dyspnée diminuent et les râles disparaissent peu à peu ; une grande amélioration s'obtient en une moyenne de cinq jours à partir du moment où le chlorate a été administré, et cela dans un cas, par exemple, oii le kermès semblait rester sans action (Obs. iv). ■ La guérison est complète en une dizaine de jours. Chez un autre de ces malades (Obs. m) qui était atteint d'une véritable bronchorrhée, et i-emplissait trois crachoirs en vingt-quatre heures, l'expectoration était réduite déjà d'un tiers ]>" second jour après l'emploi du chlorate. Dans une observation de bronchite catarrhale chronique avec emphysème et légère hypertrophie du cœur (Obs. v), M. Laborde obtint aussi une expectoration facile, la diminution de la dyspnée et des bruits morbides, ainsi qu'une sédation remarquable du pouls. Dans la sixième observation, bronchite catarrhale chronique sans emphysème mais avec
DICT. EKC. XVl. 57
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dyspnée et râles sibilants, ronflants et muqueux généralisés, amélioration réelleen quarante-huit heures, et guérison relative en vingt jours. Dans toutes ces observations, on voit que le chlorate agit comme expectorant et résolutif, à la façon du kermès, dont il deviendrait ainsi un succédané, et sur lequel il aurait un avantage, celui de relever rapidement l'appétit et par suite les forces des malades. 11 faut avouer que ces résultats brillants n'avaient été confirmés jusqu'à présent par aucune autre observation.
Nous avons, dans ces derniers temps, repris ces expériences sur plusieurs malades de notre service hospitalier, principalement chez des emphysémateux atteints de bronchite chronique, ou chez des malades atteints de catarrhes abondants sans emphysème. D'une manière générale, le chlorate donné à l'intérieur à la dose de 8 à 10 grammes par jour a eu une action utile : il a favorisé l'expectoration d'une manière efficace, il a rendu les crachats plus abondants et plus aqueux, comme le témoignait le crachoir des malades ; il a diminué la dyspnée, et soulagé les malades à la façon du kermès, dont il nous paraît en effet un bon succédané. Le remède est pris sans difficulté, il n'écœuï'e pas comme le kermès, il augmente plutôt l'appétit. Toutefois son action résolutive ne nous a pas paru si durable que celle du kermès ; au bout de quelques jours, après une amélioration réelle au début, on paraissait ne plus gagner de terrain ; mais peut-être dans ces cas-là, qui étaient des catarrhes invétérés, le kermès n'aurait-il pas donné plus de l'ésultats.
Nous croyons, en somme, à l'action utile du chlorate. On peut s'en servir, par exemple, pour laisser reposer les malades du kermès, et ménager leur estomac par une médication alternante. Ce moyen n'est donc pas à dédaigner pom' une maladie de longue durée, et qui défie assez volontiers les efforts de la thérapeutique.
Phthisie indmonaire. L'idée d'employer le chlorate de potasse contre la phthisie pulmonaire, remonte à l'époque oii l'on croyait à son action révivifiante, antiseptique et oxydante. Ce sel est mentionné sous ce rapport par A. Chevallier et A. Richard (dans le Dictionnaire des drogues simples et composées, t. 11, p. 68), qui ne citent, du reste, aucune obsei'vation, ni aucun nom de médecin. Ils se bornent à indiquer la dose de vingt grains dans quatre onces d'eau.- M. Sayle avait remis cette idée en avant en 1849 (ilfe^Z. Tmes, 1849, t. XIX, p. 39 et Revue médico-chirurg . de Paris, t. VI, p. 303).
Nous-même, à ce propos, en 1856 {Études sur le chlorate, édit. in-S", p. 97), après avoir combattu les théories anciennes dans nos expériences physiologiques, nous disions : « Excitant des sécrétions salivaires et bronchiques, irritant légèrement les bi'onches, le chlorate ne nous semble pas pouvoir être utile dans la phthisie. »
Cependant l'idée n'a pas été abandonnée par les médecins anglais et américains et toujours, il faut bien le dii'e, dans la théorie préconçue de l'oxydation de nos tissus. Ainsi, en 1860, le docteur Fountain {American Med. Monthly, sept. 1860) le prescrivit « chez un naalade qui présentait les signes rationnels et quelques-uns des signes physiques de la tuberculisation pulmonaire, après avoir mis en usage sans succès les moyens ordinaires... Le malade prit d'abord le chlorate à la dose de 15 gi'ammes par jour pendant un mois et demi, puis de 8 grammes pendant le mois suivant et, plus tard enfin, en plus petites quantités et seulement par intervalles. En moins d'une semaine, il y eut un changement marqué dans l'état du patient, l'amélioration continua, et au bout
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de trois mois il avait retrouvé la plénitude de sa santé, de ses forces, et pouvait mener une vie très-active. » Nous n'avons pas entre les mains l'observation originale du docteur Fountain, mais l'analyse que nous venons d'en citer prête à trop d'objections pour qu'il soit nécessaire de les développer longuement. D'abord, il s'agit d'un cas unique : le diagnostic est seulement affirmé, il n'est pas justifié. Aucun détail n'est donné sur les phénomènes morbides présentés par le malade, et sur le genre de modification que le traitement y aurait apporté; enfin, l'amélioration obtenue, chose en définitive très-fréquente chez les phthisiques quand il s'agit d'un succès temporaire, cette amélioration, disons-nous, s'est-elle maintenue ? n'y a-t-il pas eu de rechutes ? L'idée théorique qui a présidé à cette expérience est fort nettement exprimée : c'est pour « fournir de l'oxygène au sang, pour en augmenter les propriétés vitales, et par suite pour soulager dans leur tâche une partie des poumons, enfin pour enrayer le travail de tuberculisation, ou faciliter l'absorption des tubercules déjà formés. » On devait pourtant savoir en Amérique, en 1860, ce qu'il en était de la prétendue désoxydation du chlorate ; en somme, une seule des conclusions de M. Fountain subsiste : c'est qu'il est possible d'administrer chaque jour le chlorate à des doses considérables, et pendant plusieurs mois (même chez un phthisique), sans qu'il en résulte aucun accident.
L'année suivante, le docteur Harkin (de Dublin) expérimenta le chlorate dans quatre cas de phthisie et de scrofule [Dublin Quart. Journ., 1861, p. 338, et Canstatt's Jahresbericht, 1862), toujours dans la même idée théorique de l'action oxydante du sel, contre des affections où l'on suppose que Voxygénation se fait mal.
En 4863, le docteur Furie répète aussi les mêmes expériences, mais à dose plus faible, car il ne donne que 10 grammes par semaine, et il obtient des succès dix-neuf fois sur vingt. Aucune observation à l'appui n'est citée dans les analyses que nous avons sous les yeux (Revue de thérap. 1865,, et Gaz. des Hôpitaux, 1865, p. 431). Le dernier travail que nous avons à citer est heureusement plus sérieux.
Le docteur Gimbert (de Cannes) a aussi préconisé Vemploi du chlorate de jMasse dans certaines formes de la phthisie pulmonaire (Gaz. méd. de Paris, 1872, p. 117, 145, 158, 169, 183). C'est surtout contre le ramollissement du tubercule et ses conséquences qu'il a cru lui reconnaître une influence utile. Son action excitante sur les sécrétions salivaires et bronchiques, l'irritation légère des bronches que nous craignions pour les phthisiques dans nos Études de 1856, ont paru au contraire utiles à M. Gimbert. Au début, la toux augmente, l'expectoration est plus abondante, filante, mais aussi plus liquide, moins purulente ; au bout de quelque temps, les points du poumon qui présentaient des craquements humides ou même des râles caverneux en présenteraient moins, la respiration et l'hématose deviendraient plus faciles, le sommeil se rétablirait, la résolution des points engorgés se produirait et une amélioration considérable s'ensuivrait dans l'état général. L'auteur cite à l'appui de sa manière de voir quatre observations très-détaillées, où l'action du médicament est étudiée avec beaucoup de soin. En résumé, le chlorate conviendrait seulement aux phthisies franchement chroniques, aux fièvres sans excitabilité nerveuse, sans congestions actives. L'action du médicament est purement locale, et peut être comparée à son action topique sur les plaies : il change la . nature des sécrétions et des détritus caséeux, facilite l'expulsion des éléments
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en voie de ramollissement, et exerce une action cicatrisante sur la surface des cavernules en activant la cii'culation capillaire des parties saines environnantes; il favorise probablement « le mouvement de rénovation moléculaire nutritive des éléments malades, et fournit l'occasion d'un blastème superficiel dans lequel sont des éléments cellulaires nouveaux cicatriciels. » {Ibid., p. 185.) Cette manièi-e d'envisager l'action médicamenteuse du chlorate diffère entièrement, on le voit, des idées théoriques anciennes sur l'action vivifiante produite par la prétendue oxydation de nos tissus. Elle n'est pas irrationnelle, et nous tenons, d'autre part, de M. le professeur Charcot {communie, orale) que l'iodure de potassium présente quelquefois chez les phthisiques une action analogue et temporairement favorable. Mais ce n'est là, croyons-nous, qu'une action temporaire. En relisant avec soin les quatre observations du docteur Gimbert, on voit d'abord qu'une médication complexe et assez active a été employée soit avant, soit en même temps que le chlorate, et que l'amélioration n'a été obtenue qu'au bout d'un temps assez long. Or, M. Gimbert observait à Cannes, dans une localité admirable au point de vue de l'hygiène, et l'influence seule de ce beau climat nous paraît avoir une part considérable dans les succès obtenus, succès temporaires d'ailleurs , puisque ses malades n'ont été nullement garantis contre les rechutes ultérieures. Nous avons répété les expériences du docteur Gimbert sur plusieurs malades de notre service hospitalier. Quelques-uns ont accusé une amélioration passagère, une expectoration plus facile surtout, mais bientôt ils sont i^etombés dans leur état antérieur. D'autres n'ont rien éprouvé d'appréciable. Nous craignons donc bien qu'il n'y ait eu chez notre confrère une certaine part d'illusions. Toutefois, comme il ne lions présente le chlorate que comme un adjuvant utile, un expectorant ou résolutif purement local, nous estimons qu'il y aurait lieu de continuer ces expériences avec les précautions qu'il incHque, pour faire tolérer le médicament (l'associer aux opiacés et surtout le prendre aux repas). 11 est certainement inoffensif, et dans une maladie si longue, où l'on est si souvent à court de remèdes, un moyen qui a une action quelconque est toujours précieux. Notons qu'il y a une certaine concordance entre l'action thérapeutique signalée par M. Gimbert et les faits observés antérieurement par M. Laboi'de et par nous-même pour les cas de bronchite chronique.
5" Maladies de l'appareil urinaire et génital. Le chlorate s'éliminant abondamment par les voies urinaires, il était rationnel de chercher si ce sel ne produirait pas quelque modification favorable des maladies de cet appareil. Fort peu de recherches ont pourtant été faites dans cette direction, et les quelques observations que nous allons rapporter n'ont pas donné de résultats bien favorables.
Pour les maladies des reins ou des uretères, nous ne trouvons absolument rien dans les publications diverses dont le chlorate a été l'objet. Il est probable que les néphrites et pyélites aiguës ne pourraient être sans douleurs ou sans inconvénients plus graves, traitées par ce médicament. Nous avons vu dans nos recherches physiologiques que l'action du chlorate, chez l'homme sain, était d'augmenter l'acidité et la coloration de l'urine, et de rendre cette sécrétion plus riche en urates, en acide urique, c'est-à-dire plus concentrée et plus irritante. Les besoins d'uriner étaient fréquents et troublaient le sommeil. La fatigue et une sensation douloureuse dans les lombes étaient la conséquence des expériences où le chlorate a été pris à haute dose (Isambert, Études, etc. p. 22; Milon, Mém. cité, p. 35). On peut donc craindre que le chlorate n'occasiomie
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des douleurs et une exacerbation aiguë daus les maladies aiguës du rein. Nous avons, dans ces derniers temps, expérimenté le chlorate de potasse dans troi? cas de néphrite albumineuse, à différents degrés d'acuité, en faisant varier les doses de 4 à 10 grammes par jour, pris à 1 intérieur. Le remède a été supporté sans difficulté, et n'a été douloureux en aucune sorte ; mais l'albuminurie n'en a été nullement influencée. Les quantités d'albumine sont restées les mêmes pendant plusieurs semaines, et les malades n'ont éprouvé aucune amélioration. Nous avons renoncé à poursuivre l'expérience. On conçoii qu'une maladie qui altère aussi profondément la substance rénale que le fait la maladie de Bright, ne soit pas modifiée par le chlorate. Peut-être obtiendrait-on quelque résultat favorable dans les albuminuries passagères, telles que celles qui se produisent dans la scarlatine et dans la diplithérie. L'action du chlorate sur les muqueuses de la gorge dans ces deux maladies, le renouvellement rapide des épitbéliums qu'il semble favoriser, autorisent à supposer qu'il pourrait produire une action analogue sur l'épithélium des tubuli du rein. Mais aucune expérience n'a été tentée à cet égard.
On pourrait chercher aussi si dans les maladies chroniques de l'appareil urinaire, dans les pyélites ou cystites, avec urines muco-purulentes, on n'obtiendrait pas quelques résultats du chlorate donné à l'intérieur pour les pyélites, ou en injections par l'urèthre pour les cystites. Nous ne croyons pas que l'expérience ait été jamais tentée. Mais ce que nous savons de l'action topique du chlorate sur les plaies atoniques et sur les suppurations fétides, permet de considérer cet essai comme rationnel.
Les urines des diabétiques ne sont en aucune façon modifiées par le chlorate à l'intérieur. M. Bouchardat [communication orale) a employé plusieurs fois ce sel chez ce genre de malades, bien moins dans l'espoir de modifier la sécrétion urinaire que dans le but de remédier à la sécheresse de la langue, et au manque de salive que l'on observe chez ces malades; même à ce point de vue, le chlorate a été sans action. En effet, si la salive est rare et visqueuse chez les diabétiques, c'est surtout à cause de la quantité d'eau qu'ils perdent par une autre voie. La présence du chlorate dans la salive (si même elle a lieu dans ce cas comme à l'état normal) ne peut remédier à la sensation de soif qu'ils éprouvent.
En ce qui touche la fonction urinaire, le chlorate de potasse ne nous apparaît donc jusqu'à présent que comme un diurétique simple, diurétique puissant dont il serait intéressant d'étudier cliniquement l'action comparative avec les autres diurétiques, comme le nitrate de potasse ; ce diurétique peut être spécial aussi, en ce qu'il semble éliminer une plus grande quantité d'urates et d'acide urique. A ce dernier point de vue, il pourrait être intéressant de l'essayer chez les goutteux.
Blennorrhagie . M. Laborde a cité incidemment [Bull, de thérap , 1858, t. LIV, p. 295) l'observation d'un homme auquel le chlorate de potasse avait été administré contre une gingivite ulcéreuse, et chez lequel existait une blennorrhagie, qui parut heureusement modifiée par l'injection d'une solution de chlorate dans l'urèthre. 11 était à croire qu'on obtiendrait un résultat analogue en prenant le chlorate à l'intérieur puisqu'il passe abondamment dans l'urine. Toutefois une expérience faite par M. Milon [Mémoire manuscrit, p. 87) dans un cas de blennorrhagie aiguë, parut très-douloureuse pour le malade : les douleurs provoquées par l'émission des urines devinrent plus violentes; la nuit, des ércc-
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tions très-douloureuses se produisirent et les symptômes inflammatoires parurent exaspérés. Le malade prenait le chlorate à l'intérieur à la dose de 4 grammes par jour. On cessa le troisième jour. Ce résultat n'a rien d'étonnant, si l'on se reporte aux expériences physiologiques, où l'on voit que le chlorate a eu pour effet d'augmenter la quantité d'urates et d'acide urique que contiennent les urines et par conséquent de les rendre plus acides et plus irritantes. C'est ce qui a lieu dans la blennorrhagie aiguë tant que les urines sont concentrées.
Cet insuccès ne contredit pas l'observation de M. Laborde : Il s'agit pour M. Milon d'un cas aigu, traité par le chlorate à l'intérieur. Dans le cas de M. Laborde, il s'agit d'une blennorrhagie au déclin, et elle est traitée par les injections de chlorate : ce sel ainsi employé ne concentre plus les urines, n'augmente pas leur acidité, enfin, dans la période chronique, la muqueuse uréthrale ne présente plus la même sensibilité que dans la période aiguë.
M. Candela y Sanchez (Siglo medico, 1868, n" 750, et Unmiméd., t. II, p. 77) a également employé le chlorate de potasse contre la blennorrhée, dans sa période subaiguë, lorsqu'elle n'est plus qu'une simple blennorrhée. Il le donne en injections à la dose de 1 gramme pour 30 d'eau de rose, deux à quatre fois par jour, et obtient laguérison en une dizaine de jours. Cet auteur affirme qu'il possède un nombre considérable de guérisons probantes, mais il ne donne pas d'observations détaillées.
Nous ne serions pas éloignés cependant de croire que le chlorate put avoir une action utile dans les blennorrhées chroniques ou les gouttes militaires.
Nous l'avons employé avec succès contre un petit accident, fort léger, si l'on veut, mais très-incommode, nous voulons parler des gerçures légères, des fissures du prépuce, qui se produisent avec une très-grande facilité chez quelques personnes. On sait que cet accident, si insignifiant en apparence préoccupe beaucoup ceux qui y sont sujets, et qu'en voulant le traiter par des astringents ou des caustiques, ces personnes (les herpétiques surtout) se donnent quelquefois des balano-posthites avec phymosis assez longues à guérir. Des lotions journalières avec la solution de chlorate de potasse (à 5 p. 100) nous ont réussi déjà dans deux ou trois occasions. C'est dans le même ordre de faits qu'il faut mentionner l'utilité du chlorate pour les femmes en cas de prurit de la vidve. On sait combien cette affection, liée souvent à une diathèse herpétique, est gênante pour les femmes, et quel inconvénient spécial elle peut produire «hez les jeunes filles au point de vue de leur avenir. Les lotions froides, alcalines sont souvent sans action, l'eau phagédénique n'est pas sans dangers. Les lotions avec la solution de chlorate de potasse (50 grammes pour un litre) sont sans inconvénients, et très-souvent efficaces. Cette application a été indiquée d'abord en 1826 pour le chlorate de soude par le D"' Darling, cité par le D'' Massart (Revue de thérap. méd.-chirur., 1858, p. 42, et Bull, de thérap. 1858, t. LIV, p. 233). Mich. Meissner aurait employé le sel de potasse pour le même but en 1830. Nous avons nous-même employé le chlorate de potasse dans plusieurs cas de prurit de la vulve avec disposition lierpétique légère, et son usage a paru aussi efficace que commode aux dames à qui nous l'avions conseillé.
M. le D'Brown [American Journal, 1859, et Bull, de thérap., 1859, t. LVl, p. 249) dit aussi l'avoir employé avec succès en injections, dans les cas de leucorrhée et d'ulcération du col utérin. Dans quatre observations la guérison fut complète, dans un délai moyen de deux semaines. Il serait intéressant derepren-
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■tire ces expériences et de bien spécifier la nature des ulcérations contre lesquelles on a réussi.
Kystesde l'ovaire. M. Graig {Edinb.,Med. Journ. 1860, et Union méd. 1866, ,p. 57) a eu l'idée d'employer le chlorate de potasse administré à l'intérieur, contre les kystes de l'ovaire, et obtenu des succès, qui, selon lui, ne permettent plus ■de recourir à l'ovariotomie avant d'avoir essayé préalablement un médicament aussi inoffensif. Il le donne à l'intérieur trois fois par jour, par cuillerées à dessert d'une solution concentrée à 5 p. 100 (cela fîiit au plus 75 centigr.), comme absorbant du liquide (?) et il cite quatre observations dans lesquelles il a obtenu deux ibis la disparition du kyste, une fois une diminution, le quatrième cas est resté incertain parla cessation du remède.
Dans l'observation la plus favorable, on voit une tumeur ovarique grosse , comme un fœtus à terme, mais mobile et sans adhérences dont le début remonte ' à cinq ans, sur le pomt d'être enlevée par l'ovai'iotomie. L'opération n'est empêchée que par la mort du médecin. M. Graig la soumet au chlorate de potasse; en deux ou trois semaines une amélioration sensible se déclare, la tumeur diminue graduellement, etaprèsdix à douze mois elle a entièrement disparu. Nous n'avons pas le détail de cette merveilleuse observation, mais elle nous paraît contraire à toui ce que nous savons du chlorate de potasse. Que comme diurétique, il puisse agir utilement contre certaines hydropisies, passe ! qu'il puisse jusqu'à un certain point favoriser la résorption interne, comme Bertrand (de Pont-du-Cbâteau) l'admettait pour les ecchymoses, passe encore ! Mais pour les liquides gélatineux, et iremplis d'éléments solides de toute nature qu'on trouve dans les kystes de l'ovaire ! Nous aurions besoin pour y croire, d'observations longues et détaillées, de diagnostics bien établis, et nous ne trouvons rien de semblable dans la mention sommaire des observations de M. Graig que nous avons eue sous les yeux.
6" SYPHILIS. La syphilis étant une des premières maladies contre lesquelles le chlorate de potasse ait été employé, nous croyons devoir résumer ce que nous ttrouvons dans les auteurs à ce sujet. Nous nous sommes assez étendu sur la ithéorie qui avait introduit le chlorate dans la thérapeutique, pour n'avoir pas J)esoin d'y revenir. Swediaur [Traité des maladies syphilitiques, 7*= édit. Paris 1817) nous fait l'histoire complète des médicament oxygénés, et nous rapporte tout au long les résultats cliniques qu'ils ont donnés. Nous résumerons seulement cette dernière partie de la question.
W. Scott, de Bombay, qui, selon Swediaur, les aurait employés le premier contre les maladies syphilitiques, crut obtenir des succès, mais il avoua (mai 1796) avoir souvent échoué, insuccès qu'il attribue à l'usage intérieur du mercure. Dans les expériences de J. Rollo et Cruikshank, 6 observations d'ulcères syphilitiques se rapportent au chlorate de potasse, et les résultats thérapeutiques sont peu probants, bien que Rollo conclue pour son action favorable. Dans les expériences faites à Paris, par Alyon, sous la surveillance de la commission dont Swediaur était membre, dans deux cas le chlorate de potasse fut employé : il échoua complètement dans l'un, dans l'autre il y eut, dit-on, guérison. Swediaur expérimenta enfin lui-même le médicament; il conclut que dans la majorité des cas, il n'a eu aucune action, qu'il n'a pas arrêté le développement des accidents secondaires, et il lui attribue même quelques effets fâcheux.
« Les expériences faites avec toute la précision possible, dit-il en terminant, •et suivies avec une attention sévère, régulière et constante, m'ont convaincu que les remèdes oxygénés administrés à l'intérieur et à l'extérieur, quoique guérissant
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dans plusieurs cas les ulcères syphilitiques originaires des parties génitales, ne produisaient aucun effet marqué, ni sur les bubons, ni sur les blennorrhagies ; et qu'en général leurs effets sur le virus syphilitique, lorsqu'il affecte le système entier, étaient nuls ou trop précaires pour s'y fier. »
Il n'est pas étonnant qu'après ces conclusions, et surtout en présence des faits, le chlorate soit tombé complètement en désuétude. Tous les observateurs ont dû reconnaître successivement qu'il était sans action contre la syphilis, eu tant que maladie générale, qu'il ne prévenait, ni n'arrêtait la production des accidents si nombreux auxquels cette maladie donne naissance. C'est ce qu'ont aussi reconnu de nos jours les observateurs (MM. Ricord, Fournier, etc.), qui ont étudié son action préventive contre la stomatite mercurielle. Le chlorate ne modifie pas la syphilis, mais associé au mercure, il n'empêche pas celui-ci d'agir énergiquement contre cette maladie.
Il y avait toutefois, dans les expériences anciennement tentées contre la syphilis, une part de vérité à retenir, c'est l'utilité qu'il pouvait présenter comme topique contre certaines ulcérations syphilitiques, et c'est à ce point de vue que nous avons vu son emploi reparaître à notre époque, et devenir l'objet d'études attentives qui ont permis d'en préciser l'action, notamment dans le phagédénisme.
Ulcérations phagédéniques . Les premièi'es indications que nous trouvons à cet égard sont loin d'être satisfaisantes. Sayle, en 1844 {Med. Times, \U'i, t. X, p. 21), et John Alison, en 1846 [Med. Gazelt, 1846, t. XXXVllI, p. 953), ont employé le chlorate de potasse à V intérieur contre des ulcérations dites phagédéniques . Mais en se reportant aux originaux, on voit qu'Alison a parlé en réalité de stomatites mercurielles, et Sayle d'un cas de stomatite ulcéromembraneuse et d'un cas de stomatite mercurielle. Dans un second mémoire portant aussi le titre à' Ulcérations phagédéniques, Sayle [Med. Times, 1849, t. XIX, p. 39) a rapporté quatre observations qui sont bien des ulcérations vénériennes. Mais elles sont loin d'être démonstratives, car le chlorate donné à l'intérieur à la faible dose de 1 2 décigrammes, est associé dans trois cas à l'iodure de potassium, et dans les quatre cas à des lotions topiques faites avec l'acide nitrique dilué. Du reste, Sayle reproduit encore la théorie de la désoxydation du chlorate dans l'économie, aussi ajoute-t-il l'acide nitrique pour faciliter la décomp-^silion. Mais ses observations sont si peu explicites que l'on ne voit pas bien clairement s'il a employé le sel en applications externes ; il semble que le chlorate n'a eu d'action réelle que contre les ulcérations de la bouche, et que celles du tégument ou des muqueuses externes, ont été surtout traitées par l'acide nitrique dilué.
M. Moore a, en 1855, entretenu la Société médico-chirurgicale de Londres, de faits nouveaux relatifs à l'application topique du chlorate de potasse (Bull, de thérap., 1855, t. XLIX, p. 427). Il l'employait aussi en solution (6 à 12 grammes par 500 grammes d'eau) dans différents cas d'ulcères indolents phagédéniques, et d'ulcérations secondaires. A propos de cette communication, M. Mayo a rappelé que dans le cas d'ulcérations syphilitiques, Stanley donnait le chlorate à l'intérieur à la dose de ls'',25 toutes les quatre heures, et M. Hawkins a dit que dans quelques cas d'ulcération phagédénique de la face, il avait fait usage avec grand succès de lotions avec le chlorate de potasse et à la teinture de myrrhe (8 à 12 grammes de chlorate pour 500 grammes d'e;ui).
Hutchinson, en 1856 (Médical Times, août 1856, t. II, p. 191), rai>porte un
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assez grand nombre d'expériences où le chlorate de potasse a eu des succès variables pour différentes affections ulcéreuses. Il cite deux faits où le chlorate n'a eu qu'un succès douteux, l'un de syphilis infantile, où le sel (donné à l'intérieur à ce qu'il paraît) n'a pas modifié la maladie spécifique, l'autre, ulcère phagédénique de la jambe (?), où le sel a été employé en lotions, associé au chlorure de mercure ammoniacal. On ne peut rien conclure d'observations aussi sommaires, où les diagnostics manquent absolument de précision.
M. Milon (Mém. cité, manuscrit, p. 100) dit que dans les ulcères syphilitiques phagédéniques, l'action du chlorate est absolument nulle. Il ne cite aucune observation à l'appui de cette assertion, et ne dit pas combien de fois il l'a essayé. Cette opinion d'un auteur qui a été l'un des plus ardents à préconiser les applications topiques (A'oy. ci-après) nous étonne, car elle est en contradiction avec les faits très-bien observés de M. Tillot (voy. ci-après).
M. Galligo {Il Tempo, 1858, et Bull, de thérapeut., 1858, t. LIV, p. 474) vante au contraire les bons effets du chlorate dans le traitement des ulcérations de l 'arrière-gorge chez les syphilitiques. Dans ce lieu d'élection, le résultat ne doit pas nous étonner, nous l'avons déjà mentionné plus haut eu parlant des angines (voy. p. 563).
Ch. Drysdale (Med. Times, 1862, novembre) dit s'être bien trouvé de l'emploi du chlorate de potasse dans deux cas de syphilis infantile traitée sans mer cure ni iode.
Allingham {Med. Times, 1863, 31 octobre) traite de même la syphilis héréditairepar le chlorate de potasse à l'intérieur; il donne le sel h l'enfant, trois à cinq gouttes d'une solution concentrée, et il le fait prendre aussi à la nourrice. « Le mercure n'étant pas, suivant lui, un spécifique de la syphilis, il était dangereux pour les enfants. » On sait, d'après les derniers travaux sur la syphilis infantile, notamment de MM. Diday et H. Roger, ce qu'il faut penser de ces deux dernières assertions. Quant aux guérisons obtenues par Ch. Drysdale et Allingham, nous manquons absolument de détails. Nous y voyons reparaître la théorie de Rollo, dont Swediaur avait déjà fait justice, et si ces auteurs ont pu modifier quelques lésions extérieures de la syphilis (plaques muqueuses de 1» bouche, coryza, condylomes de la vulve), Drysdale, Charles et Dunn nous rapportent encore quelques cas de succès de cette nature {Med. Press., 1869, mars, avril et mai). Mais nous n'admettons pas qu'ils aient guéri la diathèse syphilitique.
Il faut revenir aux observateurs français pour trouver des faits suffisamment explicites et bien étudiés. Le docteur Gaujot {Gaz. hebdom., 1865, p. 101) rapporte une observation très-bien prise d'ulcères phagédéniques énormes, occupant une partie du ventre et des cuisses, et guéris par le chlorate de potasse employé en lotions externes. 11 s'agit bien ici d'ulcères syphilitiques aboutissant à cet état atonique et rebelle que l'on nomme le phagédénisme. Ces ulcères avaient résisté à tous les traitements (solution de tartrate de fer, cautérisation transcurrente, etc.), le chlorate les modifia rapidement ; le premier effet fut de calmer radicalement les douleurs, et de permettre le retour du sommeil. Au bout de quatre jours, les bourgeons devenaient moins fongueux, la sécrétion séro-purulente cessait d'être fétide et diminuait; en quinze jours, les ulcérations étaient réduites des trois quarts. La guérison définitive, entravée par des complications de dysenterie, a été obtenue au bout de quatre mois environ, et s'est maintenue. Des essais comparatifs tentés en même temps, sur différentes parties de la plaie,
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avec d'autres topiques, ou en cessant momentanément le chlorate, avaient montré que c'était bien à ce dernier sel qu'il fallait attribuer l'amélioration si remarquable qu'on avait obtenue. Le docteur Gaujot assure d'ailleurs que dans d'autres expériences, le chlorate n'a pas modifié les chancres mous et indurés, et ne parut pas modifier la marche et la virulence des plaies chancreuses. Son action intérieure lui a paru nulle, môme sur les ulcérations de la bouche et de la gorge.
M. Tillot {Bull, clethérap., 1866, t. LXX, p. 245, 254) a publié en 1866, six observations d'ulcères vénériens phagédéniques, beaucoup plus sommaires que celles de M. Gaujot, mais très-suffisantes dans leurs détails, et où l'origine syphilitique du mal ne peut être douteuse. Ces ulcères, observés à l'hôpital du Midi (de Paris), avaient résisté à diverses médications, aux lotions chlorurées, à la liqueur de tartrate ferrico-potassique. Le chlorate est employé topiquement tantôt en solution aqueuse, tantôt en pommade (2 grammes pour 50 d'axonge). On pourrait aussi employer la solution dans la glycérine (10 grammes pour 100), qui est plus concentrée que la solution aqueuse, mais la glycérine ayant par ellemême une action cicatrisante assez notable, il vaut mieux, pour une expérience démonstrative, employer la solution aqueuse ou la pommade. Dès les premiers jours, M. Tillot nota une amélioration sensible. « Quoique le contact du médicament soit pénible à supporter, dit-il, douloureux même pour quelques malades, jamais il n'a provoqué des douleurs assez persistantes pour obliger à y renoncer. Son premier effet est de faire cesser les douleurs spontanées, quand il yen a, de diminuer l'intensité de la suppuration, d'en modifier la nature en changeant l'aspect de la surface malade ; mais l'effet qui prime tous les autres, c'est celui d'arrêter le mal dans sa tendance envahissante. L'action du chlorate contre le phagédénisme n'est pas rapide, mais elle est constante ; une fois commencée, elle continue toujours, même lorsqu'il y a des temps d'arrêt : nous l'avons vue dans l'observation V, s'arrêter pour reprendre plus tard. Dans un seul cas (observ. 111), le médicament paraît avoir eu un effet trop actif, car c'est sous son influence (?) que les chancres ont pris un aspect gangreneux, et il a fallu renoncer à son emploi. D'après les observations de M. Tillot, le chlorate met un temps variable à agir, mais il n'a pas dépassé quarante jours, et le temps le moins long est de vingt-sept jours. Chez un malade, la modification n'a commencé à se montrer que le quinzième jour, mais elle a marché si vite que douze jours après le malade était guéri. »
Voilà donc une application du médicament mise irrévocablement en lumière par les deux derniers observateurs que nous venons de citer, et le chlorate mérite de rester dans la thérapeutique du phagédénisme, non peut-être comme un moyen toujours héroïque, mais comme un moyen qui a réussi, lorsque tous les autres avaient échoué, et qui devient précieux à ce titre, ne fût-ce que pour varier la médication dans une maladie de longue durée dont la ténacité fait souvent le désespoir du malade et du médecin.
Nous avons nous-même récemment employé ce moyen avec succès pour déterger un bubon vénérien très-profond, contre lequel on n'obtenait plus rien. En quelques semaines l'amélioration a été très-notable, puis elle s'est ralentie, et nous avons dii recourir à l'iodofoi-me pour obtenir la cicatrisation complète.
7" Peau et muqueuses extérieures. Ulcères et plaies de diverses natures. Il n'est pas douteux que ce sont les anciennes expériences sur la syphilis et ses manifestations externes qui ont conduit les médecins contemporains à rechercher l'action du chlorate sur diverses sortes d'ulcèi'es et de plaies de la peau ou des
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muqueuses que l'on peut atteindre par les moyens externes. Ici encore une erreur théorique aura conduit à la vérité par un chemin détourné.
La première mention que nous trouvions du chlorate de potasse comme topique, est faite par Swediaur {Traité des maladies syphilitiques, 1^ édition. Paris, 1817, t. II, p. 428), qui l'employait en lotions contre les ulcères asthéniques. M. Tedeschi [Annali universali di medicina, 1847, et Rev. méd.-chir. de Paris, t. I, p. 238) l'a également employé, en 1847, contre un ulcère cancéreux de la face (qui paraît n'avoir été en réalité qu'un cancroïde de la lèvre et du nez), lequel avait résisté pendant trois mois à toute sorte de moyens. Des lotions faites avec une solution de 8 grammes de ce sel dans 135 d'eau, amenèrent en peu de jours une amélioration sensible, et en vingt jours la cicarisation fut complète.
Nous avons mentionné ci-dessus (p. 584) les expériences dont M. Moore a, en 1855, entretenu la Société médico-chirurgicale de Londres, expériences relatives à l'application topique du chlorate de potasse {Bulleti7i de tliérap., t. XLIX, p. 427) en solution aqueuse. Ce n'était pas seulement contre des ulcérations syphilitiques, mais aussi dans divers cas d'ulcères indolents, d'ulcères cancéreux, ainsi que sur la membrane muqueuse du nez, de la bouche et de la langue, dans le cas d'ozène et d'ulcération. On pouvait se demander, à la suite de ces faits, si le chlorate de potasse ne pourrait pas être employé à l'intérieur comme topique, porté sur le pharynx et le lai-ynx, dans le cas de maladie, et être introduit dans le rectum pour mettre fin à des dysenteries rebelles [Bull, de the'rap., t. XLIX, p. 427.
M. I^asègue (communications verbales) a employé depuis assez longtemps le chlorate de potasse en applications topiques sur de vieux ulcères atoniques, soit pour des ulcérations de la bouche, des gencives scorbutiques, etc., tantôt il l'a employé en solutions concentrées (5 grammes pour 100 d'eau) à 15" ou même des solutions saturées à la température de 30° à 40", c'est-à-dire ayant dissous 12 à 15 pour 100 de chlorate), tantôt en poudre, associé au sous-nitrate de bismuth et à l'amidon. 11 lui a reconnu une action très-énergique pour modifier les surfaces ulcérées, mais le moyen était douloureux pour les malades, et bientôt ils en demandaient la suppression.
Nous-même, en 1856 [Études sur le chlor. dépôt., etc. 2"= éd., p. 81), après avoir noté le peu d'action du chlorate donné à l'intérieur sur la diphthérite des vésicatoires, et rappelé que la sueur est une des voies les moins importantes de l'élimination du chlorate, nous constations dans nos observations 11 et 46, une action efficace de ce sel employé en lotions externes (5 pour 100) pour cicatriser les ulcérations d'une stomatite et d'un vésicatoire devenu pseudo-membraneux. L'application n'avait pas fait souffrir les petits malades. Dans notre observation 22, la solution appliquée sur les amygdales ulcérées n'avait produit aucun résultat. 11 en avait été de même pour les cas de muguet traités par Legroux.
En somme, nous étions peu disposé à lui attribuer une action bien efficace, à moins de recourir aux doses très-concentrées de M. Lasègue. Nous protestions surtout contre la théorie qui attribuait à priori l'action du chlorate pour modifier les plaies infectes à sa décomposition et à l'oxygène qu'il pouvait fournir, [hypothèse toute gratuite reproduite plus tard par Wedden Cooke. Nous faisions «gaiement remarquer que le chlorate, sel essentiellement fixe, ne cédait à froid aucune partie de chlore, et différait complètement sous ce rapport des chlorures d'oxydes alcalins ou hypochlorites. Si le chlorate désinfecte les plaies, dans quel-
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ques cas, ce n'est nullement comme composé chloré, mais seulement comme modificateur de la plaie, ainsi que le feraient les styptiques ou les caustiques, c'est-à-dire en excitant les propriétés vitales des tissus, et régularisant le travail de la cicatrisation.
Cette manière de voir nous paraît encore aujourd'hui la véritahle, bien que des expériences nombreuses aient montré que le chlorate a comme cicatrisant beaucoup plus d'efficacité que nous n'étions disposé à lui en accorder en
Cette même année, Hutchinson {Med. Times, 1856, t. 11, p. 191) rapportait uu assez grand nombre d'expériences où le chlorate avait été employé contre diverses maladies de la peau ou des muqueuses externes, soit en applications topiques, soit administré à l'intérieur. Nous voyons dans ces faits qu'il a eu peu d'action contre l'eczéma impétigineux, l'ecthyma, le lichen, l'impétigo sparsa, le pempbigus, le purpura, le furoncle; qu'il en a eu un peu plus contre diverses ulcérations, et contre un bubon scarlatineux, et surtout contre des ulcères de la bouche et de la gorge. Mais tous ces faits sont trop sommaires, les diagnostics trop incomplets, et le mode d'emploi du médicament même est trop vague pour qu'on en puisse tirer de grandes conséquences.
En 1857 {The Lancet, décemb. 1857, t. Il, p. 648), le même auteur signale encore son efficacité comme topique contre les ulcères de mauvaise nature, surtout les ulcères des jambes, les plaies rebelles des bubons et les gerçures du sein. 11 emploie le chlorate en poudre très-fine étendue sur les plaies. Cette application provoque pendant les premiers instants une douleur assez vive, qui ne tarde pas à se dissiper. L'application aux gerçures du sein chez les femmes qui allaitent serait précieuse, et bien que les occasions d'expérimenter ne manquent pas, nous ne trouvons nulle part une mention quelconque d'observations confirmatives de ce fait.
En France, c'est surtout au docteur Milon (Mémoire et Thèse cités, 1857-1858, et Bull, de the'rap., 1858, t. LV, p. 227) que nous devons des observations complète» et démonstratives. Cet auteur s'est servi ordinairement d'une solution saturée à la température ordinaire (environ 6 pour 100), dans laquelle on trempait des gâteaux de charpie, qui étaient appliqués et maintenus sur les plaies au moyen d'un pansement simple : on ajoutait sur la charpie humide une pièce de diachylon ou de taffetas gommé pour empêcher le dessèchement de la plaie, la douleur, le déchirement de la cicatrice et le saignement au moment de la levée de l'appareil. 11 a suffi dans tous les cas d'un pansement chaque jour, et dans quelques cas tous les deux jours.
Le docteur Milon a traité de cette façon deux cas de pourriture d'hôpital (observ. XXXIII et XXXIV de son mémoire), observés dans le service de M. Richet, à l'Hôtel-Dieu de Paris. « Dès le premier jour, dit-il, la fétidité avait disparu, et les plaies étaient détergées; la fausse membrane qui existait sur toute l'étendue de la plaie, s'était détachée et le travail de cicatrisation a marché avec une très-grande rapidité, bien que chez l'un des malades, il y eût des séquestres qui constituaient un obstacle à la guérison complète de la plaie. » Quelque franche et nette qu'ait paru l'action du chlorate dans ces deux cas, et malgré l'autorité du chirurgien dans le service duquel ils ont été observés, on peut se demander s'il s'agissait de véritables pourritures d'hôpital infectieuses, ou simplement de plaies de mauvais aspect. Ces expériences n'ont pas été confirmées par des faits ultérieurs, et nous n'avons pas appris que dans les ambu-
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lances de Paris en 1870, où la pourriture d'hôpital a fait de tels ravages, le traitement par le chlorate de potasse ait été employé.
Dans deux cas de plaies produites par des brûlures (ohserv. XXX et XXXI), le docteur Milon a également obtenu des applications topiques de chlorate une action prompte et efficace. La suppuration a diminué dès les premiers jours chez un jeune homme, et la cicatrisation a marché d'une manière rapide; chez une vieille femme, l'amélioration ne s'est produite qu'au bout de quelques jours mais ensuite la cicatrisation a marché rapidement.
Dans trois cas d'ulcères variqueux (observ. XXVIl, XXIX et XXXVl du mémoire), le même auteur a eu aussi à se louer des applications topiques. Un de ces ulcères très-anciens et compliqué d'une abondante hémorrhagie veineuse, a guéri dans l'espace d'un mois. Le docteur Milon a noté le mode d'actioa du chlorate sur cette plaie, action beaucoup plus nette que dans les observations précédentes : « La cicatrisation, dit-il, commence à se foi'mer sur les bords de l'ulcère, mais bientôt on voit apparaître au centre même de celui-ci du tissu cicatriciel qui s'agrandit chaque jour et finit par rejoindre les bords. La cicatrice offre dès les premiers jours une consistance spéciale qui permet d'espérer une guérison de longue durée.
Le docteur Milon a échoué contre des ulcères cancéreux : non-seulement il n'a pas pu obtenir la cicatrisation, mais il n'a pas pu prévenir non plus l'extension de l'ulcération aux parties voisines. Le remède a paru cependant utile dans une certaine mesure eu détergeant les ulcérations etfaisant disparaître la fétidité (observ. XXXII); c'est quelque chose dans une affection au-dessus des ressources de l'art. Nous retrouverons plus loin le docteur Milon dans le traitement du cancroïde.
M. Bouchut (Journ. de méd. et de chir., juin 1858, et Bidl. de thér., 1858, t. LV, p. 429) a également employé les applications topiques de chlorate et guéri promptement un idcère scrofuleux de la face dorsale de la main. 11 a eu pareillement à se louer de ce moyen pour les vésicatoires devenus ulcéreux, et pour les engelures idce're'es. Le topique était toujours associé à une médication interne, et notamment à l'iodure de fer. Mais on sait que le traitement interne, quelque indispensable qu'il soit pour combattre la cause générale, n'a qu'une action bien lente sur les plaies cutanées.
Le docteur Cerboni a employé la solution de chlorate en injection pour guérir une fistule synoviale consécutive à une désarticulation scapulo-humérale. Il dit aussi avoir guéri ainsi une fistule à Vanus et une fistule de la mamelle contre laquelle avaient échoué les injections de nitrate d'argent et d'iode. Nous manquons de détails sur ces faits, mais le moyen est inoffensif et mériterait d'être expérimenté de nouveau.
Le docteur Billard (de Corbigny) a employé- le chlorate mêlé à neuf parties de terre argileuse, en applications topiques, dans un cas de plaie gangreneuse du pied, à la suite d'une blessure darme à feu. En quelques heures, l'odeur infecte de la plaie, qui incommodait beaucoup les malades placés dans la même salle, avait complètement disparu. Le pansement fut renouvelé, et l'odeur ne se manifesta que quand on enleva la charpie. Elle était d'ailleurs assez faible, de toute auti'e nature et seulement ammoniacale. En substituant à l'argile, d'autres poudres absorbantes, les effets furent les mêmes, saut avec la poudre d'iris. Les parties mortifiées se sont éliminées et la plaie est en voie de guérison avancée {Comptes rendus de VAcad. des sciences, octobre 1859. Bull, dethe'rap., 1859, t. LVII, p. 575).
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Weeden Cooke {The Lancet, 1859, 29 octobre et Gaz. hebd., 4859, p. 707) préconise encore le chlorate de potasse comme désinfectant des pluies. Cet auteur cherche à expliiiuer cette action par l'oxygène que le chlorate céderait aux produits de la putréfaction, et par la destruction de ces produits résultant de cette oxydation. Nous avons vu dans nos études chimiques que cette réduction du chlorate à froid était une pure hypothèse démentie par les faits. Au point de vue clinique, les cas de Weeden Cooke se réduisent à de simples affirmations sans aucun détail sur les expéi^iences (au moins dans le résumé fourni par le journal The Lancet).
Enfin le docteur Tillot (Emile) a guéri en 1866 un ulcère lymphatique de la jambe avec tendance phagédénique par les applications topiques {Bull, de théraf)eut., 1866, t. LXX, p. 255). La pommade chloratée fut appliquée au neuvième jour seulement, et la plaie fut complètement modifiée en six jours. La malade trouvant ces applications douloureuses, la guérison définitive fut obtenue par un simple pansement aux bandelettes de diachylon.
Le chlorate a été employé enfin contre les pustules varioliqites et les ulcérations atoniques qui leur succèdent {Soc. de thérapeiit. de Paris, B^dletin, 1870, t. m, p. 74) et dans divers ulcères atoniques. Le chlorate se place, dans ces différentes applications, à côté de l'iodoforme, sans avoir une action aussi énergique. En revanche, il est inodore, incolore, ne tache ni la peau, ni le linge, et il est d'un prix beaucoup moms élevé.
Cancroïde. Le cas déjà cité de Tedeschi {voy. plus haut) malgré son titre à'ulcère cancéreux, ne paraît avoir été en réalité qu'un cancroïde de la lèvre supérieure et des ailes du nez {voy. l'observation originale dans les Annali dOmodei, t. CXIX, p. 468). Ce fait était un peu oublié, et l'erreur de titre qui l'accompagne était de nature à provoquer la défiance des observateurs.
Le docteur Milon, étudiant en 1857 l'effet des applications topiques du chlorate de potasse a rapporté le premier avec sa dénomination véritable (Méra. pour le prix Gorvisart, 1857, et Thèse inaug., 1858, n» 267; observ. 35, p. 29) un cas de guérison de cancroïde de la face guérie par ces applications topiques. Le diagnostic, qui est ici la circonstance capitale de la question, paraît peu douteux. Il s'agissait d'un homme de soixante-ti'eize ans, portant depuis vingt-sept ans sur la joue gauche une verrue ulcérée, sanieuse, pour laquelle le diagnostic cancroïde avait été porté deux fois par des maîtres éminents, Velpeau et le professeur Richet. Attaqué plusieurs fois par des caustiques divers, l'ulcère avait récidivé et tendait sans cesse à s'étendi'e en surface (diamètre vertical, 8 centim.; diam. transversal, 6 centim.). «La surface était inégale, i^aboteuse, n'ayant pas plus de 2 à 5 millim. de profondeur, et irrégulièrement circonscrite par des bords légèrement indurés, -renversés et taillés à pic. La sécrétion qu'elle exhalait était plutôt sanieuse que purulente, et n'offrait pas de fétidité. »
31. Milon obtient l'autorisation de traiter cet ulcère par les applications topiques de chlorate de potasse (pansement avec de la charpie imbibée d'une solution à 6 pour 100). Le malade éprouve d'abord une sensation de cuisson, à laquelle il s'habitue. L'ulcère, d'abord très-saignant, se déterge et présente bientôt (quatrième jour) des signes de cicatrisation. De petits îlots ulcérés restent quelque temps au milieu des surfaces de réparation. Au bout de quinze jours, la cicatrice devient solide ; au bout de vingt-six jours, « les ulcérations sont tellement limitées, le tissu cicatriciel tellement net, qu'on peut considérer la guérison comme certaine. » L'observation s'arrête là : nous devons remarquer
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que la cicatrisation n'est pas encore complète, et que nous ne savons pas s'il n'y a pas eu récidive plus tard (Thèse citée, et Bull, de thérap., 1858, t. LV, p. 227).
Peu de temps après l'observation de M. Milon, le docteur WeedenCooke, chirurgien du Free Hospital Royal de Londres, publie {The Lancet, juin 1858, p. 606, et Bull, de thérap., 1858, t. LV, p. 32) l'observation d'un nouveau cas de can-, croïde guéri par l'emploi topique du chlorate. C'est un homme de quarante-six ans, atteint depuis cinq ans d'un cancer de la lèvre inférieure, du côté gauche de la face, et de la moitié gauche de la lèvre supérieure. L'emploi d'une solution de chlorate (moins concentrée que celle du docteur Milon) amène l'amélioration de la plaie, avec des bourgeons de bonne nature, avec une disposition marquée des bords à subir le travail de cicatrisation. La tendance aux hémorrhagies a cessé entièrement. L'observation est encore moins complète que celle de M. Milon : la guérison n'est pas achevée, le diagnostic premier est moins certain que pour le malade précédent, puisque nous voyons la dénomination vague de cancer, qui est évidemment erronée et n'est pas comparable au diagnostic précis de Velpeau et du professeur Richet.
D'autre part, M. Bergeron avait, dès l'année 1856, dans ses études sur la stomatite ulcéreuse, entrepris avec Leblanc père, quelques recherches sur les ulcérations buccales chez les animaux, et guéri par le chlorate de potasse un chat atteint d'un cancroïde de la lèvre supérieure. La maladie durait depuis deux mois et consistait en deux ulcérations recouvertes d'une croûte mince, d'apparence cornée ; les points dénudés, le fond de l'ulcération était d'un gris pâle : odeur fade mais non fétide ; on donna à l'animal 1 gramme de chlorate de potasse par jour dans sa pâtée, puis 2 grammes dans du lait. Les ulcérations guérirent en un mois. Cette observation relatée dans le Traité de la stomatite ulcéreuse des soldats, de M. Bergeron (Paris, 1859, p. 216-218) avait passé assez inaperçue, de l'aveu de l'auteur ; la nature même de la maladie du chat y était assez douteuse. La question fut reprise quelques années après par M. Leblanc fils et portée devant l'Académie de médecine, le 3 mai 1863, dans un travail intitulé : Des tumeurs épithéliales chez les animaux domestiques et en particulier du cancroïde des lèvres chez le cheval et chez le chat (brochure, Paris, 1863). Dans ce travail, la nature de la maladie est établie avec plus de soin et appuyée sur des examens histologiques contrôlés par M. Robin. M. Leblanc rapporte des guérisons de cancroïde obtenues par l'usage interne du chlorate de potasse, chez un chat, où la guérison se maintint pendant trois ans jusqu'à la mort de l'animal ; un second chat fut aussi guéri de la même façon; enfin, chez deux chevaux : la dose journalière de chlorate fut portée chez ces animaux à 15, 20 et 30 grammes. La guérison fut obtenue en un mois.
M. Bergeron, poursuivant cette étude chez l'homme, communique, le 22 décembre de la même année (1863), à l'Académie {voy. notre Index bibliographique) , un mémoire qui contenait plusieurs observations nouvelles de traitement du cancroïde par le chlorate de potasse. Un premier succès avait été obtenu conti'e un cancroïde du nez chez une femme de quatre-vingt-deux ans. La maladie datait de deux ans et demi, et formait au début une petite verrue arrondie , de quatre millimètres de diamètre, recouverte d'une croûte peu épaisse, d'un jaune grisâtre, masquant une surface ulcérée d'un rose pâle. Elle avait résisté depuis dix-huit mois à tous les agents thérapeutiques, depuis
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la glycéii e jusqu'au biiodure de mercure, et s'était agrandie jusqu'à couvrir une surface de deux centimètres de diamètre. Le traitement chlorate consista dans l'emploi d'une solution au 25" dont on badigeonnait soir et matin la surface ulcérée. Une amélioration très-réelle fut obtenue en cinq semaines, et quatre mois plus tard, en tout cinq mois et demi, la surface malade était remplacée par une cicatrice blanche, plate, circonscrite par un léger relief de la peau. Dix-sept mois après, la guérison se maintenait, et le relief delà peau avait disparu. Dans deux autres cas de tumeur épithéliale du front ou de l'orbite, où les lotions chloratées externes avaient été accompagnées à la fin de l'administration ' du sel à l'intérieur, M. Bergeron échoua. Un troisième cas, suivi dans le service de de M. Laugier, avait donné d'abord une amélioration marquée, mais aboutit en définitive à un échec. 11 faut y joindre deux insuccès constatés par M. Devergie dans des cas où le chlorate n'avait été donné qu'à l'intérieur. Cependant une malade, âgée de quati^e-vingt-six ans, et couchée dans le service de M. Charcot à la Salpètrièrc, avait vu guérir ou du moins s'améliorer considérablement par le traitement interne seul ('2 grammes par jour dans un julep), deux épithéliomas datant de dix ans, et occupant les deux joues. Un cas beaucoup plus net lut communiqué par le docteur Blondeau, chef de clinique de la Faculté. Un cancroïde de la face, occupant l'angle interne de l'oeil et la racine du nez, et où le diagnostic avait été porté par Laugier et Ad. Richard, fut ti-aité par les applications topiques d'une solution chloratée mais par la méthode de M. Milon, c'est-à-dire avec une application constante d'un bourdonnet de charpie trempé dans une solution au 1 2^. La guérison complète fut obtenue eu deux mois et demi et constatée par les deux chirurgiens qui avaient vu le malade au début. A ces faits, M. Bergeron ajoutait une malade observée par M. R. Marjolin, et une autre observée par Michon, où l'on avait obtenu des guérisons partielles; un cas de cancroïde du rectum, observé par M. Delpech, dans lequel une modification heureuse avait été obtenue par des lavements chlorates.
En somme, l'auteur concluait que des cancroïdes, dont les caractères cliniques comme les caractères histologiques avaient été bien constatés, ont été guéris par le chlorate de potasse dans un temps qui n'a jamais été moindre que deux mois, et qui a été souvent de quatre et cinq mois ; que les succès ont été obtenus principalement par les applications topiques de ce sel, d'une manière continue et à doses assez hautes; que si, chez les animaux, on a pu obtenir des guérisons par l'injection interne seule, il s'agit de cancroïde des lèvres, où le sel séci'été par la salive a été en contact avec les surfaces malades; qu'un seul cas de guérison, incomplète d'ailleurs, d'un cancroïde siégeant sur la peau, a pu être attribué à l'action du chlorate, donné seulement à l'intérieur, et que ce mode de médication réclamerait eu tous cas un temps beaucoup plus long que les applications topiques. Cette dernière conclusion répond d'ailleurs à ce que nous avions observé du peu d'élimination du chlorate par la peau, et de l'incertitude du traitement iiaterne sur les lésions de ce tégument.
Les faits de MM. Leblanc et Bergeron avaient frappé l'attention du public : l'appel que ce dernier avait fait à des expérimentations nouvelles fut entendu, et un assez grand nombre d'expériences furent faites avec des succès difféi'ents : c'est sans doute pour cette raison que nous ne trouvons en somme qu'un nombre assez restreint d'observations mentionnées les années suivantes. Ainsi, en 1867, le docteur Boscher cite un cas de guérison de cancroïde du visage, traité aupara-
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vaut par le chlorure de zinc. Les détails de cette observation nous manquent. M. Fcréol a traité à l'hôpital Saint-Louis en 1 867, un homme de cinquante-six ans, atteint d'un petit ulcère cancroïdal siégeant sur la joue gauche, au-dessous de l'œil, du diamètre d'une pièce d'un franc, à bords irréguliers, déchiquetés, saillants, rugueux et taillés à pic. La maladie datait de quatre ans. La guérison complète fut obtenue en moins de trois semaines en entretenant constamment sur l'ulcère un petit tampon de charpie imbibé d'une solution concentrée de chlorate de potasse. L'ulcère est remplacé par un tissu cicatriciel blanchâtre, un peu dur et saillant.
M. Féréol fait observer que les cancroïdes des lèvres sont très-rebelles à ce genre de traitement et que presque tous les cas de guérison comms sont des cancroïdes de la joue, maladie qu'il aurait quelque penchant à considérer comme le faisait Cazenave, comme une sorte à'acné ulcéreuse. Il avoue cependant avoir échoué complètement dans un cas d'acné sébacée, mais celle-ci n'était pas ulcérée. Le professeur Magni (de Bologne) a employé deux fois le chlorate de potasse contre l'épithélioma récidivant. Dans un cas, la maladie déjà traité chirurgicaleraent, avait récidivé; elle siégeait à l'angle interne de l'aile et avait intéressé la paupière inférieure et détruit une partie de l'œil du nez. Le chloi^ate lut employé en solution assez concentrée (8 grammes pour 120 grammes) imbibant des plumasseaux de charpie, renouvelés trois ou quatre fois par jour, avec usage modéré du sel à l'intérieur. La plaie se modifia au bout d'un mois : les bords s'abaissèrent, se ramollirent, le fonds se détergea, et les végétations néoplastiques diminuèrent. Deux mois après, la cicatrisation était parfaite, excepté à l'angle de la paupière supérieure. Dans un cas semblable, mais moins grave et où la récidive était plus récente, après insuccès des cautérisations au nitrate d'argent et au nitrate acide de mercure, l'emploi du chlorate de potasse intiis et extra avait amené une cicatrisation complète au bout d'un mois. Un troisième cas (épithélioma du front qui résistait depuis trois ans aux caustiques), était au bout de vingt jours de traitement par le chlorate, en voie d'amélioration notable, mais la guérison n'était pas complète (Rivista clinica di Bologna., mars 1869 et Union niéd.., 1869, n" 78 ; Bull, de thérap., 1869, t. LXXVlLp. 41).
Dans ces derniers temps, M. Bcrgeron a observé un cancroïde de la joue qui a été détruit d'abord par une application légère de pâte de Canquoin, et pansé ensuite avec le chlorate ; l'ulcération a été réduite des neuf dixiènjes ; elle a récidivé, mais la lésion est de nouveau enrayée par le chlorate. M. Constantin Paul a guéri par le même moyen un beau cancroïde de la lèvre [commuvications verbales) .
Enfin, nous observions nous-même récemment un assez vaste cancroïde de la langue, que nous traitions à la fois par l'usage interne du chlorate de potasse, et par des applications topiques d'une solution au 10« de ce sel, faite à chaud, et appliquée plusieurs fois par jour. En quinze jours, l'usage interne du médicament n'avait produit aucun résultat appréciable ; depuis les applications topiques, les surfaces auparavant grises et livides étaient devenues d'un rouge vif, et semblaient un peu détergées. Mais sauf cette amélioration de l'aspect, aucune diminution de la tumeur n'était observable au bout de quatre à cinq mois. Le malade a été perdu de vue, et nous ne savons ce qu'il en est advenu. Enfin le professeur Dolbeau qui, depuis l'observation de M. .Wilon, a souvent expérimenté le chlorate contre le canci'oïde, ne lui reconnaît d'autre action que celle qu'il exerce en
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général sui' beaucoup de plaies et d'uîcères dont il facilite la cicatrisation, mais il ne lui croit aucune utilité spéciale contre le cancroïde, dont il n'amène pas la guérison définitive et dont il ne prévient pas la récidive {communication orale).
Telle est, en effet, l'objection que l'on peut adresser au plus grand nombre des observations précédentes : l'amélioration paraît constante, mais la guérison défmitive n'est pas toujours obtenue, et sauf dans la première observation de M. Bergeron, nous manquons de renseignements sur l'état ultérieur des malades et sur la possibilité de la récidive.
En présence du diagnostic des cbirurgiens et médecins très-distingués qui ont vu les malades, et quelquefois de l'examen histologique des tumeurs, il est difficile de révoquer en doute la nature des ulcères qui ont été guéris. Cependant la fréquence des insuccès montre que l'on a affaire à une maladie qui n'est peut-être pas encore suffisamment définie dans la nosologie, qu'il y a peut-être des espèces différentes de cancroïde, ou qu'enfin, comme M. Constantin Paul incline à le penser, la différence des résultats tient peut-être à la différence de siège des tumeurs, qui ferait varier les éléments anatomiques dont elles se composent.
S° Maladies de l'estomac et des intestins. Le cblorate n'a pas été employé contre les maladies de l'estomac, et ne semble pas indiqué dans cette sorte d'affections. Les expériences physiologiques nous ont appris qu'il n'exerçait aucune action irritante sur la muqueuse de l'estomac, quand elle est saine, mais qu'il stimule vivement l'appétit, et produit du pyrosis cbez beaucoup de personnes. Ceci semble contre-indiquer son usage dans toutes les affections douloureuses de l'estomac, telles que les gastralgies, par exemple. Dans les cas d'ulcère chronique simple de l'estomac, ou de cancer ulcéré, on pourrait penser théoriquement que l'action cicatrisante du chlorate pourrait être utile. Aucune expérience n'a été faite pour le vérifier, et les résultats que nous avons obtenus pour les ulcérations intestinales {voy. ci-après) ne sont pas de nature à encourager ces essais. 11 est probable que le chlorate porté sur des ulcérations de l'estomac y déterminerait de vives douleurs.
Une application assez bizarre, et qui ne touche à l'estomac que d'une manière douteuse, a été cependant indiquée, probablement par suite d'idées théoriques. Nous voulons parler de l'emploi du chlorate de potasse qui a été employé pour détruire la fétidité de l'haleine, dans les cas où l'on ne peut la rattacher à la carie dentaire ou à la malpropreté de la bouche, et où elle paraît provenir de l'estomac (ce qui serait le cas neuf fois sur dix, selon l'auteur). On l'administre à l'intérieur à la dose de 6 grammes pour i 20 grammes d'eau sucrée par cuillerée à café, ti-ois heures après les repas, en recommandant au malade de se rincer la bouche avec cette même solution. Nous n'avons pu vérifier l'origine de cette expérience {Pacific. Med. and. Surg. Journal, 1861. Gazetta degli ospidali, \ 861 ) qui a été mentionnée brièvement et sans nom d'auteur dans nos recueils français {Gaz. des hop., 1861, p. 459, et Bull, de thér., 1861, t. LXI, p. 73). Nous ne connaissons aucune expérience qui ait été faite pour vérifier l'exactitude de cette application thérapeutique et quelques essais que nous avons faits dans ces derniers temps ne nous ont pas donné de résultats bien convaincants. L'action désinfectante que tous les auteurs ont reconnue au chlorate dans les stomatites provenait de son pouvoir curatif sur les maladies qui produisaient la tétidité (stomatites mercurielle et ulcéro-membraneuse). S'il exerçait une action
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analogue sur la muqueuse stomacale, c'est probablement en excitant sa vitalité «t en modifiant ses sécrétions. Nous savons, en effet, que physiologiquement, il excite l'appétit. Mais rappelons-nous que le chlorate n'émet par lui-même aucun atome de chlore : ce n'est que par une excitation physiologique que nous pourrons expliquer plus tard son action sur les plaies atoniques.
Pour les maladies de l'intestin, nous avons quelques expériences à citer. 11 ne s'agit pas, il est vrai, d'inflammations simples de ces viscères, entérites, entéralgies, coliques, contre lesquelles aucun essai n'a été fait encore, et où, à vrai dire, le chlorate ne semble nullement indiqué, mais bien de maladies générales exerçant une de leurs manifestations principales sur l'intestin, telles que la fièvre typhoïde, la dysenterie, les ulcérations des phthisiques.
Typhus, fièvre typhoïde. Nous savons sous l'empire de quelles idées le chlorate avait pénétré dans la thérapeutique des grandes pyrexies et les déceptions qui en ont résulté.
Nous ne ferons que mentionner pour mémoire l'usage que Thomas de Salisbury faisait du chlorate de potasse, comme antiseptique dans le typhus confirmé, ou fièvre putride et maligne. « Quand les hémorrhagies se manifestent, dit-il, quand la surface du corps se couvre de pétéchies, il faut mettre en usage les plus puissants antiseptiques, les acides végétaux et minéraux, les légumes €11 état de fermentation, les eaux acidulés gazeuses, le gaz oxygène, le muriate sur-oxygéné de potasse, le vin, les affusions d'eau froide, le quinquina. »
Nous avons vu plus haut que les mêmes idées théoriques avaient porté le même auteur à employer ce médicament dans l'angine maligne.
Il faut arriver à une époque récente pour voir le chlorate essayé dans la fièvre typhoïde. En 1857, Ballentani, médecin à Ouarville (Eure-et-Loir) {Gaz. des hôpit., 1857, p. 451, et Gaz. hebd,, 1858, p. 557), reproduit encore la théorie de la désoxydation ; le chlorate de potasse doit agir comme tonique général, et comme antiseptique. On l'administre à l'intérieur dans du sirop de limon, depuis 2 grammes jusqu'à 6 grammes par jour. Aucun détail n'est donné sur le mode d'action du médicament dans les nombreux cas ainsi traités avec succès par l'auteur, qui ne donne pas d'observations détaillées; il affirme seulement que non-seulement il n'a perdu aucun malade, mais que la maladie a été promptement enrayée, ses symptômes aussitôt amendés, et que la convalescence est rapidement survenue (du quinzième au trentième jour). Nous connaissons ces séries heureuses dans la fièvre typhoïde. Notons aussi qus d'autres moyens thérapeutiques ont été employés concurremment. On appliquait aussi sur l'abdomen des compresses froides trempées dans la solution suivante : eau, 1 000 grammes ; chlor. de pot. , 52 grammes et acide chlorhydrique, 1 0 grammes, c'est dans un ordre d'idées différent, et plus conforme aux connaissances actuelles que le docteur Taliaferro (d'Atlanta, Géorgie) a expérimenté le chlorate dans la fièvre typhoïde {Atlanta Médical and Surgical Journal, mars 1858, et Gaz. hebdom., 1858, p. 537). Frappé des succès de ce médicament contre les ulcérations des muqueuses, il s'est demandé s'il ne guérirait pas les ulcérations typhoïdes de la muqueuse intestinale, et l'a expérimenté à plusieurs reprises. 11 a cru voir que les malades avaient moins de diarrhée, de tympanite et de sensibilité de l'abdomen. Les dents et la langue ne se couvrent plus aussi facilement de fuliginosités, l'haleine n'est plus fétide ; rarement il y a du délire, et tous les symptômes nerveux sont mitigés. Deux observations sommaires sont rapportées à l'appui. La teinture de veratrum viride est associée à la solution
(le chlorate, mais l'auteur n'y voit qu'uu adjuvant et attribue le rôle principal au chlorate. Le phénomène le plus intéressant de ces deux observations serait la disparition de la sécheresse de la langue, mais dans le second cas, cet effet favorable ne se produit que le septième jour, quant à la durée de la maladie, elle est de seize et de dix-sept jours, ce qui serait une abréviation notable, s'il s'agit de fièvres graves, comme elles paraissent l'être au début.
M. Morison [Pacific Médical and Surg. Journal, 1858, et Gaz. hebdom., 1858, p. 557) déclare qu'il a vu dès 1845 le docteur Chew employer le chlorate de potasse dans la fièvre typhoïde, à Baltimore, et qu'en 1847, il n'eut qu'une mortalité de deux sur soixante-douze. Le chlorate, à la dose de 4 grammes, était donné en potions, associé au carbonate de soude et à la gomme d'acacia. Nous manquons absolument de détails sur ces guérisons, sur les effets produits par le médicament et sur la vue théorique qui l'a fait administrer. Disons seulement que le chiffre de la mortalité, comme celui de la durée de la maladie sont des arguments qui ne peuvent être invoqués pour une maladie aussi variable dans ses formes cliniques que l'est la fièvre typhoïde. M. J. Ossiens qui a expérimenté le chlorate, selon le mode de M. Bellentani, dans une épidémie de fièvre typhoïde [Annales de la Flandre occidentale, 14'* livraison, 1857, et Bull, de tliérap., 1857, t. LXIII, p. 475), n'a pas réussi dans deux cas où ce sel lui avait paru particulièrement indiqué par l'existence de plaques diphthériques sur les gencives. Les malades ont succombé.
En somme, le chlorate n'a pas dans la fièvre typhoïde l'action tonique, l'action désinfectante que l'ancienne théorie lui avait fait attribuer. La généralité des médecins français au moins ne semble plus disposée à l'employer dans cet ordre d'idées. Quant aux vues de M. Taliaferro, sur la possibilité de cicatriser les ulcérations intestinales, et de ramener la sécrétion salivaire, elles sont rationnelles et séduisantes au premier abord, et la même pensée nous était venue depuis longtemps. Nous n'avons rien publié sur ce sujet parce que nous n'avons eu que des insuccès. Contre la sécheresse de la langue chez les typhoïdes, nous avons fait un assez grand nombre d'essais quand nous étions chef de clinique de Rostan (1858-1859). La sécrétion salivaire n'a pas reparu sousl'influence du chlorate, tant que le malade a été dans un état grave, et il nous^ semble certain que l'excrétion du sel par la salive est impossible par cela seul que le malade ne fait plus de salive. On sait que le retour de l'humidité de la langue se produit naturellement avec la convalescence. Le chlorate nous a semblé sans utilité pour hâter le phénomène.
Quant à la cicatrisation des ulcérations intestinales, nous croyons volontiers qu'on pourrait l'obtenir, si l'on pouvait faire parvenir le chlorate dans l'intestin grêle. Malheureusement, il nous a été démontré par plusieurs expériences que ce sel ne se retrouvait jamais dans l'intestin grêle, et qu'il ne dépasse guère l'estomac où il est absorbé. M. Rabuteau ne l'a pas plus que nous retrouvé dans l'intestin, et nous avons vu que son passage dans la bile est aussi douteux (voy. l'Étude physiologique). Nous avions espéré qu'en l'administrant en lavement, il pourrait y en avoir une partie d'exhalée après absorption, à la surface de l'intestin grêle. Un chien a été tué pour vérifier le fait, et nous n'avons rien trouvé. Le chlorate pénètre par la veine porte dans la circulation générale, et il ne s'élimine pas par les mucosités intestinales, ou s'il le fait, c'est en quantité trop faible pour être accusé par mi réactif qui en découvre un dix-millième dans une liqueur.
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Ulcérations intestinales des tuberculeux. On ne s'étonnera pas, après ce que nous venons de dire, d'apprendre qu'ayant essayé le chlorate de potasse en lavement à doses assez élevées pour combattre les ulcérations de l'intestin chez les tuberculeux, nous n'ayons obtenu aucun succès dans plusieurs expériences tentées récemment dans notre service hospitalier. Le lavement chlorate est très-douloureux lorsqu'il y a des ulcérations dans le gros intestin, et l'on est souvent forcé d'y renoncer. Deux autopsies de phthisiques nous ont montré que les ulcérations de l'intestin grêle étaient loin d'être modifiées et l'analyse du mucus n'a montré aucune trace de chlorate.
Dysenterie aiguë et chronique. L'idée d'appliquer la puissance cicatrisante du chlorate aux ulcérations intestinales de la dysenterie, a été indiquée théoriquement pour la première fois par Debout [Bull.de thérap., 1855, t. XLIX, p. 427) et relevée par nous-même dans nos Études sur le chlorate (1856, 2' édit., p. 99). Personne ne paraît cependant avoir, depuis cette époque, fait d'expériences dans ce sens. Nous-même, ayant eu fort peu d'occasions d'observer des dysenteries, avions perdu de vue cette idée. En octobre 1873, nous avons essayé l'action du lavement chlorate chez une petite fille de cinq ans, atteinte de dysenterie aiguë, et chez laquelle l'ipéca, le calornel pris par en haut avaient à peine ramené quelques selles bilieuses. Le lavement de nitrate d'argent s'était aussi montré impuissant à modifier les selles dysentériques. Nous étions au dix-huitième jour de la maladie, l'idée nous vint d'associer le chlorate de potasse au nitrate d'argent, dans un premier lavement, qui amena des selles vertes abondantes, et le chlorate seul les jours suivants. Pendant quelques jours, les selles furent bilieuses et le ténesme atténué. L'enfant succomba cependant à l'épuisement général, dont il ne put se relever, mais les selles dysentériques avaient cessé depuis huit jours. Il ne restait plus que de la diarrhée simple. Nous ne voulons pas tirer de conséquences d'un cas unique, et qui a pu n'être qu'une coïncidence, la maladie étant déjà assez avancée quand les selles vertes sont revenues. Il y aurait lieu toutefois de faire à ce sujet des expériences nouvelles, basées sur des observations prises régulièrement, et sans mêler les médications, ce qu'on ne peut guère faire qu'à l'hôpital.
Nous avons également essayé les lavements de chlorate concentré (10 à 12 grammes pour 150 grammes d'eau tiède) dans un cas de dysenterie chronique, chez un sujet qui avait contracté cette maladie en Prusse, où il avait été prisonnier en 1870. Le remède parut modifier les selles, et les rendre moins fétides, moins sanieuses et plus rares. Mais son administration était fort douloureuse : le malade éprouvait un sentiment de brûlure intestinale, qui ne cessa pas les jours suivants, bien qu'il y mît de la persévérance et du courage. Sur sa demande, nous dûmes cesser le remède. Le malade ne tarda pas à succomber, mais l'autopsie ne put être faite. Il y a donc là une difficulté grave : peut-être, pourrait-on donner les lavements à doses beaucoup plus faibles pour en continuer longtemps l'usage. Les médecins de l'armée et de la marine, qui ont si souvent à observer des dysenteries aiguës et chroniques, d'origine exotique, pourraient reprendre la question et nous éclairer à cet égard.
9" FofE. Ictère. Le chlorate de potasse a été préconisé contre l'ictère par Odier de Genève. D'après une citation que je n'ai pu vérifier, Sœmmerring en aurait déjà parlé en 1795. Quoi qu'il en soit, Odier dit avoir réussi non-seulement dans des jaunisses spasmodiques, mais encore dans des cas qui, par leur opiniâtreté, par l'intensité des autres remèdes, paraissaient évidemment dé-
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pendre ou d'un calcul biliaire arrêté dans le canal cholédoque, ou de quelque affection organique qui gênait le cours de la bile » (Louis Odier, Man. de méd. pratiq., l'^édit., 1801-1804, S" édit. 1821, p. 303).
Wilhelm Remer a indiqué aussi en 1812 {Hufeland's Journal der pract. Heilkunde, t. XXXIV, 4« part., p. 38) l'emploi de ce sel contre l'ictère et les obstructions des viscères abdominaux. La pratique d'Odier s'était perpétuée chez les médecins genevois. Herpm nous rapporte {loco citato) qu'Odier en portait la dose jusqu'à 10 grammes par jour, et que lui-même l'a fréquemment employé contre l'ictère.
L'utilité de ce médicament dans cette maladie nous avait encore été certifiée par M. le docteur Revillout, ancien médecin des eaux de Luxeuil, et nous avons dans notre premier travail (Études sur lechlor., 2<' édit., 1856, p. 85 et suiv.) rapporté trois observations de ce médecin, qui semblaient prouver une action du chlorate contre les coliques hépatiques et l'ictère qui les accompagne. Dans deux observations qui nous étaient personnelles, des ictères simples chez des enfants avaient guéri assez promptement, sans que les faits démontrassent une action particulière du chlorate.
Nous n'avons plus d'illusions à cet égard : le chlorate administré depuis cette époque dans des cas variés d'ictère, ne nous a donné aucune amélioration appréciable, et M. Milon était arrivé au même résultat {Mém. cité, obs. xxiv et xxv). L'ictère n'est qu'un symptôme, et il fallait spécifier quelles sont les maladies, donnant lieu à l'ictère que le chlorate pouvait modifier. Il est certain que l'ancienne théorie de Fourcroy avait été le principal motif qui avait fait essayer ce sel contre les ictères : tonique pour les uns, sédatif pour les autres^ comburant pour la plupart, le chlorate avait paru devoir être utile dans des états bilieux, en définitive assez mal définis. D'autre part, nos expériences et celles de M. Milon montrant que le chlorate s'éliminait à peine ou même ne s'éliminait pas du tout par la bile, faisaient difficilement comprendre comment il pouvait avoir une action thérapeutique sur l'organe hépatique. Les selles vertes observées, quelquefois dans les expériences, semblaient un simple phénomène réflexe ou un fait d'indigestion, insuffisant à expliquer une actiopj thérapeutique, puisqu'elles n'étaient pas constantes, et, en tous cas, beaucoup moindres que par d'autres médicaments, tels que le calomel et l'aloès. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les faits cités étaient surtout des cas de calculs biliaires. Or il est bien positif qu'avec ce que nous savons du rôle du chlorate dans l'économie, ce médicament ne doit avoir aucune action sur la lithiase biliaire elle-même, non plus qu'une action dissolvante sur les calculs. Reste l'action sédative sur le système nerveux, mais celle-là même est loin d'être démontrée, et ne serait qu'une conséquence de la sédation circulatoire (voy. p. 530).
Au point de vue purement clinique, en reprenant de près les observations du docteur Revillout, ou en observant de nouveaux malades atteints de calculs biliaires avec ictère, nous avons reconnu que le chlorate n'avait nullement abrégé la durée d'une attaque moyenne de colique hépatique; qu'il n'avait exercé aucune action sédative sur les douleurs elles-mêmes (que le chloroforme ou les injections hypodermiques soulagent bien) ; que la coloration ictérique n'avait pas disparu dans un temps plus rapide que dans la moyenne des cas ordinaires (on sait que cette rapidité est très-variable) ; enfin, et c'est là l'important, le chlorate continué pendant plusieurs semaines n'avait pas empêché
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les récidives de coliques hépatiques et d'ictère. Tels sont les résultats auxquels nous sommes arrivé dans ces derniers temps, et qu'a vérifiés de son côté notre collègue le docteur Cadet de Gassicourt, qui s'occupe avec une véritable prédilection des affections hépatiques.
Quant aux ictères chroniques par lésions profondes de l'organe, inutile de dire qu'ils n'ont jamais été modifiés. Les ictères fébriles avec hépatite légère ne sont pas, au témoignage même du docteur Revillout, guéris par le chlorate. Restent les ictères passagers, bénins, par embarras gastrique ou les ictères dits spasmodiques, par émotion morale, etc. Ces ictères-là se dissipent d'euxmêmes, ou par la médication évacuante trop rapidement pour que l'on puisse attribuer au chlorate la disparition plus ou moins prompte de la couleur jaune. 11 peut-être utile toutefois comme diurétique simple, au même titre que le nitrate de potasse pour évacuer par les urines une partie de la matière colorante. C'est la seule action que nous soyons disposé actuellement à lui reconnaître.
10" Maladies diverses. Rhumatisme articulaire aigu. M. Socquet,deLyon (Gaz. méd. de Lyon, 1854, p. 195 et Bull, de thérap., t. XLVII, p. 255) a été un des premiers à réagir contre les idées anciennes relatives au chlorate de potasse, et à montrer qu'il était un sédatif plutôt qu'un excitant. Considérant ce sel comme un altérant et un antiphlogistique, analogue au nitrate, au carbonate et à l'acétate de potasse, M. Socquet l'a expérimenté aux doses trèsélevées de 15, 20, 25 et 30 grammes par jour, dans le rhumatisme articulaire aigu. Ce médicament n'a produit aucun accident chez ces malades, il n'a amené aucun trouble des organes digestifs. Après deux ou trois jours, le pouls a constamment perdu de son ampleur, de sa dureté, de sa fréquence. Il s'est toujours trouvé petit, dépressible et moins accéléré. « De tels changements, ajoute ce médecin, démontrent sans conteste que le chlorate de potasse est un agent déprimant du système circulatoire général, c'est-à-dire qu'il agit dans le même sens qu'une saignée. « Les faits que nous avons rapportés nous-mêmes dans nos Études à propos des angines et du croup, nous ont montré aussi une sédation du pouls à peu près constante à l'état pathologique, et nos recherches sphygmographiques récentes ont prouvé l'action déprimante du chlorate sur le pouls , tandis que la fréquence ne semble pas modifiée. Ces faits concordent d'ailleurs avec l'action toxique que le chlorate injecté dans les veines exerce sur le myocarde.
Quant à la valeur du chlorate de potasse contre le rhumatisme articulaire aigu, les faits de M. Socquet sont peu probants. Sur cinq observations, il a été employé en même temps que le chlorate, dans le premier cas des vésicatoires loco dolenti et une saignée de 250 grammes, dans le second deux saignées, dans le troisième et dans le quatrième un vésicatoire ; la guérison en a été obtenue : dans le premier cas, le quatorzième jour du traitement et le dix-neuvième de la maladie ; dans le second cas en douze jours, la maladie durant cinq mois ; dans le troisième, le quinzième du traitement, le trentième de la maladie. Dans aucun cas, les douleurs n'ont diminué rapidement, et l'extension de la maladie aux autres articulations n'a pas été empêchée. Ces résultats n'indiquent donc pas une action bien favorable, surtout si on les compare à ceux qu'on obtient par le sulfate de quinine et par les saignées. De plus, dans ces mêmes cas, il y a eu des recrudescences, de sorte que l'action antiphlogistique du médicament n'est pas démontrée, et qu'il est tombé en désuétude.
M. G. Sée, qui a répété ces expériences {comm. orale) en portant la dose jusqu'à 45 grammes, avait également renoncé à cette méthode.
Le travail de M. Socquet a eu le mérite de mettre eu lumière l'action sédative du chlorate sur le pouls, mais il est étonnant qu'aux doses où il l'employait, cet auteur n'ait pas reconnu ou du moins signalé son action sur les glandes salivaires et son action diurétique. Quant à l'innocuité du chlorate avix doses de 30 et 45 grammes, nous devons faire des réserves et renvoyer à ce que nous avons dit plus haut (p. 552). M. Milon {Mém. cité, obs. xxvi) n'a obtenu qu'un insuccès dans un cas de rhumatisme articulaire aigu.
Le docteur Mapother, médecin de l'hôpital Saint-Vincent à Dublin, a employé avec succès le chlorate dans un cas de rhumatisme articulaire très-aigu, et généralisé, bien que sans manifestation cardiaque. Le sel fut employé à la dose de 15 grammes par jour, à prendre par cuillerées de trois en trois heures, sans autre adjuvant que 50 centigrammes de poudre de Dower. Au bout de trois jours, la douleur et la tuméfaction avaient disparu, les sécrétions étaient redevenues normales et le sixième jour, le malade était en état de sortir. Le docteur Mapotlicr explique encore cette amélioration par une action fluidifiante sur la fibrine, par le pouvoir oxydant du chlorate sur l'acide urique et les urates, et invoque l'opinion de Schœnbein sur la quantité d'ozone faiblement combiné que contiendrait ce sel. Voilà bien de la théorie pour un seul fait de pratique!
En somme, le chlorate n'a qu'une action douteuse contre le rhumatisme. Les succès apparents s'expliquent par des séries heureuses, et les seuls phénonomènes physiologiques à invoquer sont : la sédation du pouls et la diurèse.
Névralgie faciale, chorée, céphalée. Le chlorate de potasse a été proposé contre le tic douloureux de la face par Thilenius, que cite Schaeffcr, et par Herber (Hufeland's Journal der practischen Ileilkunde, t. XXVI, 6*^ fascicule, p. 94 et 101, 1815) qui rapporte deux cas de succès remarquables. « Chez une demoiselle affectée de névralgie faciale, très-douloureuse, et sujette à des récidives terribles. A la dose de 1 gros, en quelques jours, les douleurs devinrent plus rares, plus bénignes et plus courtes, et peu à peu elles disparurent presque complètement. La douleur continua, il est vrai, à se faire sentir de temps eu temps, mais chaque fois que la malade prenait le chlorate, la douleur cessait et vers la fin du mois, elle disparut définitivement. Pas de récidive en trois ahs. »
Dans un autre cas, « chez une femme âgée, et affectée depuis douze à quinze ans d'un tic douloureux de la face La guérison ne fut pas complète, mais les exacerbations furent toujours éloignées et les douleurs diminuées. »
Schaeffer {Hufeland's Journ., t. XLIll, 4" part., p. 20. Mal. épid. et spor. ohs. à Ratisbonne en 1814), raconte un fut semblable, et le docteur Marc {Bihl. méd., t. LIX, p. 105, note), en rapportant ce fait ajoute qu'il s'est convaincu par lui-même de l'efficacité de ce moyen. Meyer guérit aussi un homme de soixantequatre ans, d'un tic douloureux de la face, qui avait résisté à tous les moyens recommandés jusqu'alors {Hufeland's Journ., t. LVIl, i^" part., 1823, et Bull, des sciences médicales, de Férussac, t. 1, p. 564), par l'administration six fois par jour, et pendant quatorze jours, d'une poudre composée de quinquina, de rhubarbe, racine de benoite et trois grains de muriate suroxygéné de potasse. Ce sel aurait été trouvé utile contre la chorée par le docteur Marc. Mérat et de Lens, à qui nous empruntons cette citation {Dictionn. univ. de mat. méd., t. V, p. 474, 1853), l'ont essayé sans succès dans cette affection. Ces auteurs l'ont
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trouvé utile dans un cas de céphalée ; dans un autre cas, il n'a pas réussi. C'est par erreur que la table de Hufeland attribue au chlorate de potasse la guérison d'un cas de convulsions générales. En se rapportant au passage cité {Hufeland' s Journal, etc., t. XLY, 4^ partie, p. H2), on voit qu'il s'agit du carbonate de potasse, associé du reste à l'opium.
D'après ces citations, le chlorate de potasse serait un sédatif du système nerveux. Si ces derniers cas paraissent fort douteux, les premiers de Herbert et de Schaeffer sont assez alfirmatifs pour qu'on puisse expérimenter de nouveau l'action du chlorate de potasse dans les névralgies. Nous craignons toutefois, d'après nos expériences physiologiques, que ces observateurs ne se soient fait quelques illusions sur les propriétés sédatives du chlorate, ce qui explique pourquoi il est tombé en désuétude. Aucun auteur nouveau ne l'a expérimenté dans ce but. Le docteur Milon (mémoire manuscrit, p. 90) nie l'action du chlorate dans les névroses, en se basant sur l'absence de toute modification appréciable dans'l'appareil nerveux pendant les expériences auxquelles il s'est livré. Mais il ne paraît ayoir fait aucun essai clinique.
Il va peut-être trop loin, car il nie même toute action sur le pouls ; nous avons vu que cette action existe. Un sel sédatif du cœur peut donc exercer une influence sédative sur le système nerveux. M. Rabuteau a cru reconnaître quelque analogie entre le chlorate et surtout le perchloi'ate de potasse et le sulfate de quinine (Soc. de biol., 1868. Compt. rend., p. 95). Il ne fout donc peut-être pas nier a p7'iori l'action possible de ce sel contre les névroses, mais il faudrait la démontrer par des observations cliniques nouvelles et suffisamment explicites, ne pas se borner au diagnostic, névralgie faciale, mais indiquer l'espèce de la névralgie, qui peut être rhumatismale, palustre, etc.
Gi'ossesse. Avortements. Nous avons dit dans notre historique que Simpson, d'Edimbourg, administrait le chlorate de potasse dans certains cas de grossesses difficiles, dans l'idée de fournir de l'oxygène au fœtus. Nous ne connaissons aucune publication à ce sujet du célèbre accoucheur, mais nous tenons le fait d'un de ses élèves. Nous pensions que depuis 1856, où la théorie de la désoxydatiou du chlorate avait été battue en brèche assez vigoureusement, il ne serait plus lait mention de cette application chimérique du chlorate. Toutefois il paraît que l'autorité de Simpson d'une part, et d'autre part le souvenir des expériences erronées de O'Shaugnessy, dont personne en Angleterre ne s'est encore avisé de démontrer la vanité, ont continué à séduire quelques expérimentateurs.
Le docteur Thomas Grimsdale a publié en 1857 {The Liverpool, Med. Chirurg. Journal, iS^l, juillet, n» 2, et Gaz. hebd., 1858, p. 598), cinq observations où il cherche à démontrer l'efficacité du chlorate pris à l'intérieur pour prévenir des avortements chez des femmes qui y étaient sujettes, ou qui avaient plusieurs fois donné naissance à des mort-nés. Le chloi'ate donné aux faibles doses de 75 centigrammes et de lê'',50 suffirait à mener à terme les grossesses ultérieures. Cinq obsci'vations sont rapportées dans ce sens, mais rien n'indique quelle avait pu être la cause des avortements antérieurs. S'il y avait eu par exemple des accidents syphilitiques chez les parents, on sait que cette cause d'avortement s'affaiblit et cesse d'agir par des grossesses successives. 11 est difficile de ne pas croire à quelque liaison de cette natui'e, ou à quelques coïncidences sur lesquelles l'auteur s'est fait de singulières illusions.
"Virchow, l'homme de la science positive, laisse passer dans son journal {Monatschrift fur Geburtsk., 1858, H mars) de semblables observations sans les
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combattre, et semble croire que le chlorate peut remédier aux de'générescences graisseuses du placenta et empêcher les avortements répétés.
Le docteur Nunez (de Cintra), vante aussi le chlorate comme anti-avortif à la dose de 1 gramme par jour {Gaz. medicin. di Lishoa, février 1867).
Trade préconise encore le chlorate dans le même but en \ 889 {Boston Med. and Surg. Journal, 25 novembre, 1869. Canstatt's Jahresb., 1869, t. I, p. 595).
L'idée qui préside à toutes ces tentatives est toujours la vieille théorie de la désoxydatiou du chlorate. Puisque cette théorie n'est pas encore suffisamment renversée, et que nos contradicteurs persistent à agir selon des vues a priori, nous leur demanderons nous aussi de réfléchir un instant a priori à la quantité d'oxygène qui pourrait être cédée à l'économie par les doses de chlorate indiquées; en admettant que tout le chlorate soit décomposé, 75 centigrammes, Is^SO de ce sel représentent seulement quelques centimètres cubes d'oxygène. Ce n'est pas exagérer de dire que une ou deux minutes de respiration normale fournissent à la masse totale du sang par l'hématose, une quantité au moins aussi considérable d'oxygène. Dès lors, quelle utilité peut avoir le médicament? qu'ajouterait-il à l'hématose placentaire? L'absurdité d'un pareil résultat devrait suffire à renverser cette hypothèse. Quant aux faits allégués, nous n'avons sous les yeux que de courts résumés, des assertions fondées sur des observations incomplètes, c'est trop peu pour nous faire admettre la réalité de ces faits. Les auteurs ont été entraînés évidemment par une idée préconçue.
Coups, chutes, contusions. Ecchymoses, foyers hémorrhagiques, morsures de chien enragé. Hector Chaussier {Contre-poisons, etc., Paris, 1819), a préconisé le chlorate de potasse â l'intérieur, pour les coups, chutes et contusions, comme le meilleur des vulnéraires qu'on puisse administrer en pareil cas. « Vingt années d'expériences, dit-il, m'ont démontré d'une manière incontestable son utilité... On fait prendre 2 gros de ce sel à l'individu qui a fait une chute, qui a reçu un coup violent. S'il existe une extravasation du sang, une ecchymose, une contusion, elle disparait avec la plus grande promptitude. »
Bertrand (de Pont-du-Château), dans trois mémoires adressés à la Société de médecine de Paris, en 1826, 1827 et 1828, a cité sept observations confirmatives des idées de Chaussier, et a cherché à expliquer le mode d'action de ce médicament ; il agirait comme un stimulant diffusif à la manière des boissons dites vulnéraires, destinées à empêcher les congestions locales, et de plus, comme dérivatif sur les surfaces gastro-intestinales. Non-seulement il agirait en facilitant la résorption de ecchymoses, comme le dit Chaussier, mais aussi en prévenant la réaction fébrile qui suit les chutes violentes, les contusions. On voit que cet auteur exagérait singulièrement les propriétés excitantes du chlorate, dont cependant avec son maître Chaussier, il avait reconnu l'innocuité parfaite.
Nos expériences physiologiques nous ont appris combien sont chimériques ces prétendues propriétés excitantes, et notamment la révulsion sur le tube intestinal admise par ce médecin. Quant aux sept observations qu'il rapporte, il résulte de leur analyse que dans trois cas, les saignées locales ou générales ont été appliquées assez largement, et qu'on peut leur faire l'honneur du succès ; que dans quatre cas où le chlorate a été employé seul, et qui sont tous relatifs à des chutes de lieux élevés, le succès aurait été complet, la réaction fébrile se serait apaisée, les congestions organiques auraient cessé, et les malades auraient
CHLORATES (thérapeutique). 605
été rétablis en peu de jours. Dans le rapport qu'ont fait à ce sujet à la Société de médecine de Paris, Chantourelle et Lisfranc, on voit que ces médecins ne partagent pas tout à fait l'enthousiasme de Bertrand (de Pont-du-Château), et que dans quelques expériences tentées pour reconnaître la valeur de ce moyen, ils n'ont reconnu aucune modification favorable. Nous conclurons avec ces médecins, que de nouvelles expériences seraient nécessaires pour établir l'utilité de ce médicament dans ces circonstances. Si les faits venaient confirmer ceux de Ghaussier et de Bertrand (de Pont-du-Château), il faudrait reconnaître que le chlorate, outre sa propriété d'exciter la plupart de nos sécrétions, aurait celle de favoriser la résorption interstitielle. Bourgeois, de Saint-Denis, a été conduit par les idées de Ghaussier, à expérimenter le chlorate contre des paralysies, suites d'hémorrhagies internes, dans l'espérance de faire résorber celles-ci. Une fois, il aurait eu apparence de succès (Mérat et de Lens, loco citato).
Rage. Le chlorate de potasse a été employé une fois à l'intérieur contre la rage par Henning (Hufeland's Journal, etc., t. XXI, 2^ partie, p. 68). Le malade guérit après quarante et un jours de traitement, pendant lesquels beaucoup de moyens furent employés, notamment la belladone. Nous ne mentionnons ce fait que pour être complet.
Conclusions. Pour résumer les expériences nombreuses que nous avons rapportées dans cet article, et la longue revue clinique à laquelle nous venons de nous livrer, nous dirons que :
Le chlorate de potasse est un sel très-fixe qui ne se laisse pas décomposer par les foibles réactions de l'organisme. Il n'abandonne aux tissus animaux, aucune partie d'oxygène ou de chlore.
Il n'exerce sur les différentes humeurs, sauf sur le sang, aucune action visible, se mêle avec elles sans exercer d'action chimique. Il ne précipite pas l'albumine, il n'empêche pas la coagulation de la fibrine.
Mêlé au sang tiré de la veine, il donne à celui-ci une couleur rutilante qui n'est que passagère, et qui est bientôt remplacée par une teinte brune fuligineuse et la dissolution des globules rouges. Cette action qui paraît toute physique, est analogue à celle des carbonates alcalins.
Introduit dans les voies digestives, ou sous la peau, le chlorate est rapidement absorbé, et il est presque immédiatement éliminé en nature par la plupart des sécrétions, surtout par l'urine, la salive, le mucus nasal et bronchique, les larmes, la sueur, le lait ; il y a doute pour les autres sécrétions.
Dans son passage dans l'économie, le chlorate n'est nullement réduit, et n'abandonne aucune partie d'oxygène à nos tissus.
Injecté dans les veines, le chlorate, à dose assez faible, détermine la mort subite par cessation des battements du cœur. A l'état physiologique, il agit sur la fonction de circulation, comme un sédatif, et déprime la tension artérielle, sans diminuer sensiblement le nombre des pulsations.
Sur les organes de la respiration, il n'exerce aucune action apparente, sauf une légère irritation des bronches, du larynx, et des fosses nasales, et une sécrétion plus abondante des mucosités.
Sur les organes delà digestion, il agit en général comme excitant et modifie spécialement les sécrétions de la bouche et des premières voies. 11 augmente l'appétit, et paraît à peu près sans action sur les intestins et les fonctions du foie.
Sur les organes sécrétoires : il exerce une excitation notable sur toutes les sécrétions par lesquelles il s'élimine, spécialement sur la salive et sur l'urine.
604 CHLORATES (THKr.APEuiiQUE).
Sur le système nerveux, il paraît agir comme sédatif; cette action ne se traduit pas par des phénomènes physiologiques, et peut être seulement consécutive à la sédation de la circulation.
Sur le système cutané, et la sécrétion de la sueur, il paraît à peu près sans action.
Il favorise peut-être la résorption interstitielle.
A haute dose, le chlorate ingéré brusquement à l'intérieur, peut devenir toxique. A doses fractionnées, le danger est nul parce que le sujet se débarrasse à . mesure par les excrétions naturelles.
Au point de vue thérapeutique :
Le chlorate de potasse n'exerce aucune action tonique, antiputride ou reconstituante comme l'ont cru les anciens.
En applications topiques pour différentes plaies atoniques, il agit comme un cicatrisant énergique, mais probablement par une simple action d'osmose, comme le font différents sels, et sans exercer d'action chimique sur les tissus, ni sur les produits de leur décomposition. On peut, dans cet ordre de faits, l'employer avec utilité dans les ulcères atoniques, les plaies fétides, le phagédénisme, dans les érosives superficielles des organes génitaux, le prurit de la vulve, les fissures du prépuce.
A l'intérieur, il est le spécifique de la bouche : contre la stomatite ulcéromcmbraneuse, il constitue véritablement un remède héroïque; il est très-utile aussi dans la stomatite mercurielle, et dans la plupart des maladies de la bouche, sauf le muguet qui échappe entièrement à son action.
Il est également utile contre les maladies des fosses nasales, et contre les angines de différentes nature, particulièrement contre les angines diphthériques de moyenne intensité, sans agir sur la cause générale de la diphthérie. Au même titre, il reste un adjuvant utile dans le croup.
Dans les bronchites chroniques, et dans certaines phases de la phthisie, en peut l'employer comme expectorant et comme succédané du kermès.
On peut enfin l'employer comme un diurétique éliminant beaucoup d'acide urique.
En dehors de ces applications précises, le chlorate n'a plus d'action thérapeutique certaine : les unes sont indifférentes (rhumatismes, blennorrhagies, etc.), les autres tout à fait chimériques (fièvre typhoïde, grossesses et avortements, kystes de l'ovaire, maladies infectieuses, etc.).
Nous terminions nos études de 1856 par ce vœu et cet espoir que le chlorate de potasse débarrassé des théories hypothétiques qui l'avaient entraîné dans leur ruine, resterait désormais dans la voie de l'expérimentation positive, et ne sortirait plus de la thérapeutique rationnelle. Ce vœu n'a été rempli qu'en partie, nous avons vu des médecins, et parmi les plus distingués, s'attacher encore aux hypothèses préconçues et demander au chlorate des effets qu'il ne pouvait pas produire. Nous avons dû combattre à nouveau ces tendances fâcheuses, et pour suivre dans ses dernier retranchements la théorie erronée de Fourcroy. Ceux auxquels nous arracherons ainsi quelques illusions, devront nous le pardonner en faveur de la franchise avec laquelle nous avons sacrifié nous-mêmes toutes celles de nos idées que l'expérience n'avait pas justifiées. [
Si ce chapitre de thérapeutique peut monti-er une fois de plus combien il est important en médecine de se maintenir sur le terrain des faits obsen-és, nous n'aurons pas à regretter les développements que nous lui avons donnés.
CHLORATES (bibliographie). 605
Autres chlorates. Le chlorate de soude se comporte absolument comme le cliloiale de potasse dans l'économie ; il s'élimine aussi rapidement par l'urine et la salive (Rabuteau, Soc. de bioL, 1868, mém., p. 47). Nous avons discuté plus haut (p. 551, 553, 562, 575-577 et 582) les applications cliniques qui en ont été laites, et son action est inférieure à celle du sel de potasse.
M. Rabuteau {loc. cit., p. 49) a essayé sur lui-même ou sur des animaux l'action des chlorates de calcium, de strontiîim et de cuivre. Ce dernier fait vomir, mais, mêlé aux aliments, il a pu être toléré à la dose de 50 centigrammes. Aucun autre effet physiologique n'a été noté pour ces trois sels. Dans les ti-ois cas, l'auteur a constaté la présence d'un chlorate dans l'urine, mais il pense qu'il peut y avoir échange de bases dans l'organisme, formation d'un chlorate de soude qui s'élimine, tandis que la base primitive se fixe quelque part. L'acide chlorique lui-même, ce corps comburant si instable en présence des matières organiques, peut, lorsqu'il est très-dilué, arriver dans l'urine à l'état de chlorate (de soude ?) . Mais une dose très-faible paraît se décomposer entièrement. Aucune expérience quantitative n'a été faite. Aucune application clinique n'est indiquée.
Le chlorate ferrique et le chlorate double de potasse et de fer ont été préconisés par M. de Piiverend et Gaube [Acad. de méd., 1868, 29 sept.) comme réunissant les propriétés des chlorates et des sels de fer. Ces composés seraient des toniques et les antidotes du mercure et de l'arsenic. Malheureusement, les auteurs ajoutent que ce sont de puissants agents d'oxydation. Encore la théorie de Fourcroy ! Aucun auteur n'a vérifié leur utilité clinique.
Perchlorate de potasse. M. Rabuteau (loc. cit., Compt. rend., p. 95) a étudié l'action de ce sel sur l'homme et sur les animaux. Le perchlorate s'absorbe facilement à la dose de 5 grammes et s'élimine en nature par l'urine et la salive en 48 heures, cl il diminue la dose d'urée [Ibid., p. 99). Il produit des bourdonnements d'oreilles et une espèce d'ivresse comme la quinine. C'est ce qui a poussé l'auteur à l'expérimenter dans la fièvre intermittente; dans un cas de fièvre palustre ancienne, M. Rabuteau aurait réussi à couper un accès à la dose de 5 grammes, mais Yivresse perchlorique fut intense. Personne n'a répété cette expérience. Le perchlorate est d'ailleurs très-difficile à préparer pur, et il est moins soluble que le chlorate. E. Isambert..
g IV. Toxicologie. Ce sujet a été traité page 553 et suivantes.
Bibliographie. — Nous avons dans le cours de cet article rapproché autant que possible de de chaque fait le nom des auteurs qui Tavaient signalé, faisant ainsi pas à pas la bibliographie jjijr ordre de matières: De plus dans notre historique, comme dans chaque paragraphe, ous avons indi(]ué par ordre de dates la part que chacun avait prise à l'étude du chlorate de pelasse, laisaut ainsi la bibliographie par ordre chronologique. Nous croyons donc devoir ranger par ordre alphabétique la table bibliographique, que nous donnons pour finir. Le lecteur y trouvera réunis au nom de chaque auteur, les titres de tous les travaux, publiés sur la matière qui nous occupe, et qu'on pourrait être embarrassé de trouver dans l'ordre des matières, ou dans l'ordre chronologique.
Allison. Mecl. Gaz., t. XXXVIII, p. 9jd ; 1840, reproduit par Savle [voy. ce nom) in Med. Times, t. XIX, p. 40; 18i9. — Allisgham. Traitement de la syphilis liéréditaire par le chl. de pol. In Med. Times, 31 octobre 1865, et Canslalt's Jahrb., 18G3. — .\lyon. Essai sur les propriétés médicinales de l'oxygène (expériences du Val-de-Gràce, sur 2G malades). In Rec. périod. de la Soc. de médecine de Paris, t. II, p. 395. — Axdré. Du traitement des cas de croup, observés à l'hôpital des Enfants en 1856. Thèse de Paris, 1857. — Aquilla Smith (de Dublin). Emploi du chlor. de pot. contre la diphthérite buccale (une observation). In Bubl. Hospit. Ga«., juin 1855. — Aran aurait échoué dans un cas de stomatite niercurielle où les iodiques ont réussi ; échoué également dans un cas de scorbut, les détails de ces deux
606 CHLORATES (bibliographie).
aits manquent. Voy. Bull, de thérap., t. XLVIII, p. 441. Depuis cette époque, cet auteur a parfaitement reconnu l'efOcacité du médicament (communications orales, et Obs. d'infl. plilegm. du bassin. In Journ. de méd. et de cidr. de Lucas Chahpionnière, 1856, art. 5121, 1. 1). Ai'CAiGNE, voy. Symaise. — AuGÉ (fils, dc Pilhiviers). Obs. d'ang. gangrén. (c'est-à-dire membraneuse), traité par le chlor. de pot. In Union méd., p. 527, 1856. — Babïngton. Chlor. de pot. contre la gangrène de la bouche. In Dublin Journ. ofMed., févr. 1853 et Bull, de thérap., t. XLIV, p. 327. — Barbieb. Art. Chlor. de pot. In Iraité de mat. méd., 1814. — Barthez (E.). Faits de stomatite ulcéro-membraneuse, traitée avec succès par le chlor. de pot. In Gaz. des hôp , p. 274, 14 juin 1855, observ. de succès à faible dose; et Bull, de thérap., t. XLVIII, p. 371. — Dp même. Instillation d'une solution de chlorate de soude dans ta trachée des enfants affectés de croup (indications de ce moyen). 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Paris, 1859, chez Labé. — Du même. Note sur le traitement médical du cancroide par le chlorate de potasse, présenté à l'Académie de médecine de Paris, 22 déc. 1863. Les conclusions seules ont paru dans le Bullet. de l'Acad.. t. XXIX, p. 273; 1864 et dans les journaux. Le mémoire original confié à Michon, qui devait en être rapporteur, a été perdu dans les papiers de ce regretté maître. Nous devons à l'obligeance de M. Bergeron lui-même la communication du brouillon de ce manuscrit égaré. Une bonne analyse de ce travail a été donnée par Debout dans le Bull, de tliérapeutique. t. LVI, p. 12. — Bertrand (de Pont-du-Chàteau) . Observation sur l'emploi avantageux du chlor. de pot. contre les coups, chutes, contusions, ecchymoses, etc. In Société de médecine de Paris, séance du 4 août 1826, ce mémoire porte le n» 2272. Il a été suivi de deux autres portant les numéros 2347 et 2390. J'ai dû à l'obligeance du D' Bois-de-Loury, secrétaire de la Société, la communication de ces trois mémoires et du rapport fait à ce sujet par Lisfranc et Chantourelle. Le tout est assez insignifiant. — D' Billard (de Corbigny). De la destruction absolue de l'odeur de gangrène au moyen du chlor. de pot. In Bull, de thérap., t. LVII, p. 375; 1859, et Gaz. hebd., p. 707, 1859. — Blache. Chlor. dépôt, dans la stomatite gangreneuse. In Bull, de thérapeut., t. XLVIII, 1855 (c'est la même observation qui estrapportée in extenso dans Isambert, Etudes sur chlor. de pot., obs. i, p. 28 ; 1856. — De même. Chlor. de pot. et cautérisation avec le fer rouge dans un cas de gangrène de la bouche, suite de fièvre typhoïde. In Bull, de thérap.. t. XLIX, p. 227; 1855. — Du même. Nouv. observât, sur l'emploi du chlore de potasse contre la stomat. mercurielle (il faudrait ajouter : et la stomatite ulcéro-membraneuse, car sur 7 observations ce travail ne contient qu'une observation de la première maladie contre 5 de la seconde, une de gangrène de la bouche et la mention de quelques cas d'angine couenneuse). In Bull, de théiap . , t. XLVIII. p. 120-127 ; 15 février 1855. — BoscHEB. Kali-chloricum gegen Gesichtskrebs [contre le canci-o'ide du visage, 1 obs. In Wûrfemb. med. Corresp. Blatt, n" 4; 1867 et Canstatt's Jahresber., t. II, p. 327; 1867. — BoucHUT. Emploi topique du chlorate de potasse dans les ulcères cutanés rebelles. In Journ. de méd. et de chir., p. 260, juin 1858. In Bull, de thérap., t. LV, p. 429; 1858. — BoccHUT nie l'efficacité du chlor. contre l'angine couenneuse et le croup. In Gaz. des hôpit., p. 186, 1858. — Brault (de Saint-Servan). Chlorure de pot. contre le scorbut. înGaz. des hôp., p. 4i2, 1856 et Bull, de thérap., t. 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CHLORATES (bibliographie). 607
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L'auteur a répété et conlirmé toutes les expériences d'Isambert sur l'action physiologique du chlor. de pot., il y a ajouté quelques études cliniques nouvelles, particulièrement sur les applications topiques du médicament. Thèse inaugur. Paris, 1858, n" 207 ; et .\brégé du travail précédent. — INunes (de Cintrac). Du chlorate de potasse comme anli-aborlif, 1 gramme par jour. In Gaz. med. di Lisboa, février 1867; Union méd., 1807, n" 31 et in Canstalt's Jahresbcr., 1867. — Moore. Emploi du chlor. de pot. en applications topiques, obs, contirm. de JIayo et de Uawhns. lu Bull, de thérap., t. XLIX, p. 427 ; 1855. — Morison. Trait, de la fièvre typhoïde par le chlor. de potasse. In Pacific Medic. and Surg. Journal, mars 1858 et Gaz. hebdom., p. 537. 1858. — ÏSeumann (D' E). Ueber die Anwendung des Kali-chluricum gegen Zahnschmen (contre le mal de dents, en cas de carie dentaire avec inflauimation de la pulpe, agit en détruisant les agents nuisibles dans le liquide buccal. 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II, p. 201 ; i-emèdes oxygénés, résumé de leur histoire,
CHLORAZOL. 611
des expériences de VV. Scott, Rollo, Cruickshank. Ajjpréciation de l'action du chlor. dépôt, dans la syphilis. Voy. aussi Ibid., p. 298 et 428, formules du chlor. de pot. — Symaise et AucAiGNE (de Cluny, Haute-Saône). Insuccès du chlor. de pot., dans une épidémie grave d'angine couenneuse (la trachéotomie a aussi échoué constamment) . In Gaz. des hôp., 1S51, p. 534 et 456. — Taliaferko (d'Atlanta, Georges). Irait, de la fièvre typhoïde par le chlor. ■de pot. In Atlanta Med. and Surg. Journal, mars 1858 et Gaz. hebdom., p. 537, 1858. — Tedeschi. Clilorate de pot. contre un ulcère cancéreux, en réalité cancroide de la face. In Annali univ. di méd. dOmodei, t. CXIX, p. 467; 1846 et Rev. tnedic. chir. de Paris, t. I, p. 258; 1847. — Terrier. Chlorate de potasse contre l'angine couenneuse, utile pour détacher les fausses membr., mais ne les dissout pas. In Soc. de méd. pratique, 4 juin 1857, et (îaz. des hôp., p. 408 ; 1857. — Thore Chlorate de potasse contre l'angine pseudo-membraneuse, 1 observ. de succès dans un cas d'angine et de laryngite pseudo-membr., sifflement laryngé, menaces de suffocation. Le sulfate de mercure comme vomitif, et les cautérisations au nitiate d'argent ont été employés concurremment, l'action détersive du chlor. de pot. a paru efficace surtout après la cesssation des grands accidenis. In Gaz. des hôpit., p. 21, 1S57. — TiLLOT (Emile). Traitement du phagédénisme au moyen du chlorate de pot. In Bull, de thérap., t. LXX, p. 245, 1866 et Gaz. hebdom., p. 483, 1866. — Du même. D'un ulcère lymphatique de la jambe. In Bull, de thér., t. LXX, p. 253. — Toubdes (J.). Sur le noma. Action favorable du chlorate de potasse. Thèse de Strasbourg, 1848, p. 30. — Le prof. TouRDEs, 1819, échoue souvent, emploie concurremment le fer rouge ou l'acide chlorhydrique, 12 morts sur 16; cité par Frœlich. — Trade (John). Chlor. de potasse contre l'avortement. In Boston Med. and Surg. Journal, 29 octobre 1869 et Canstatt's Jahrcsber., t. I, p. 595. — Triouet. Insuccès du chlor. de pot. dans un cas de croup, succès de la trachéotuniie. In Gaz. des hôp., p 50 et 198 ; IS57. — Trousseau. Chlor. de pot. dans l'angine couenneuse, 1 obs. favorable. In Journ. de méd. et de chir. prat., 1856 et Gaz. des hôp., p. 514, 1856. — Du même. Rapport à l'Acad. de méd. sur les épidémies de diplUliérie de l'année 1856, résultats plus que douteux. — Trousseau et Pidoux. Traité de thérap., article chlorate de jjotasse. — Vée (Amedée). Incompatibilité du chlor. de potasse avec l'iodure (le potassium. In Bull, de thérap., t. LXXI, p. 405; 1866. — Venot. Emploi du chlor. de pot. dans le traitement de la stomatite mercurielle. In Journ. de méd. de Bordeaux, juin et août 1856 et Bull, de thérap., t. LI, p. 88 ; 15 juillet 1856. — Vidal (de Béziers). Du chlor. de pot. contre la salivation mercurielle, 2 obs. In Union méd., p. 280, 1856. — Virciiow. Le chlor. de potasse d'après Simson pourrait empêcher les avortemcnts répétés et la dégénérescence graisseuse du placenta. In Monatsschrift fur Geburtskunde, 11 mars 1858. — West. Chlor. de pot. contre la stomatite ulcéreuse. — Leet. ou the Diseascs of Infancy and Childhood, édit. anglaise de 1859, p. 551; p. 523, de l'édition allemande de Berlin, 1855; gangrène de la bouche, insuccès, 2 cas heureux de Burrows de Glascow et p. 558 de l'édit. anglaise de 1859 (nouvelles réserves). — Wœhler. Sur le passage de substances médicamenteuses dans l'urine. In Zeitschrift fur Physiologie von Tiedemann und Treviranus. Darmsiadt, 1824, p. 151 ; traduction dans le Journal des progrès des sciences et inst. médic, t. I<"', p. 45; 1827. E. I.
CHLORAURATES. Voy. Chloraurique.
CHLORAURIQUE (Acide). Le perchlorure d'or s'appelle aussi chlorure aurique ou chloraurique, parce qu'il a la propriété de se combiner avec les chlorures alcalins pour former' des sels doubles cristallisables. Exemple : le chlorure double d'or et de sodium. Ces sels sont appelés par quelques chimistes des chloraurates (voy. Or). D.
CULORAZOL. En traitant l'albumine, le gluten, ou la chair musculaire desséchée par l'acide azotique fumant, on obtient une dissolution que l'on fdtre, en y ajoutant au besoin un peu d'eau. A la solution encore chaude on ajoute la moitié de son volume d'acide chlorhydrique concentré, et on soumet la liqueur à la distillation, en ayant soin de ménager la chaleur. Il passe alors, avec la liqueur acide, un grand nombre de gouttes huileuses, incolores, oïl légèrement jaunâtres qui tombent au fond de la liqueur. C'est le chlorazoL
On décante la liqueur acide et on reçoit le produit dans un filtre mouillé.
Le chlorazol constitue une liqueur huileuse fluide, d'une densité égale àl,55o.
612 CHLORE (chimie).
sa réaction est acide, son odeur extrêmement vive, mais non désagréable si on la respire en petite quantité.
11 est à peu près insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool et dans l'éther. Chauffé brusquement sa vapeur délone violemment. Le chlorazol est une matière extrêmement vénéneuse, quelques gouttes introduites dans la gueule d'un chien le tuent dans l'espace de quelques minutes. L-
CHLOltAZOLBTSï.^li:^r. Le tournesol en pains ne se dissout qu'en partie dans l'eau bouillante. Le résidu insoluble d'un bleu plus pâle renferme la plus grande partie de la matière colorante. On le délaye dans l'eau et on le traite par un léger excès d'acide chlorhydrique. Il se forme des flocons rouges qu'on lave et que l'on fait sécher. La matière est alors épuisée d'abord par l'alcool et ensuite par l'éther qui dissolvent chacun une matière colorante différente. Le résidu de CCS traitements représente une troisième matière colorante : c'est la chlorazolithminc. C'est une matière amorphe, brun rouge, soluble dans l'ammoniaque avec une couleur bleue. L.
tllLORAïOTKUX ou HïPOt'HLORA^^OTKjL'E. Acides. Un mélange d'acide azotique et d'acide chlorhydrique constitue l'eau réc/ale. .L'eau régaie donne incessamment naissance à du chlore et à de l'hypo-azotide par la réaction suivante :
AzO«.ilO -^- HCl = 2H0 4- A/0' + Cl.
Mais avant d'arriver à cette décomposition ultime, il se forme d'abord deux nouveaux produits. Le premier, l'acide chlorazateux est formé par la substitution, dans l'acide azoteux, d'un éq. de chlore à 1 éq. d'oxygène: il a pour formule .VzO'Cl. Dans le second, l'hypochlorazofide ou l'acide hypochlorazotique, 2 éq. de chlore remplacent 2 éq. d'oxygène ; il a pour formule AzO^Cl'. Ces deux acides ne paraissent prendre aucune part dans l'action si énergique de l'eau régale. L.
CIILORE. g I. Chimie. Le chlore fut découvert en 17 74 par Scheele, pharmacien suédois. Cependant les chimistes ne considérèrent pas alors le chlore connue corps simple, mais bien comme composé d'acide muriatique et d'oxygène. Ce ne l'ut qu'en 1809 que Gay-Lussac et Thénard le reconnurent comme élément chimique.
Préparation. Le chloi'e résulte de la décomposition mutuelle de l'acide chlorhydrique et du peroxyde de manganèse. On introduit le peroxyde de manganèses en fragments de la grosseur d'une noisette dans un ballon de verre (lig. 1), au ballon A est adopté un tube en S et un tube de dégagement recourbé deux fois à angle droit, qui se rend dans un petit llacon de Woolf G. renfermant un peu d'eau pour retenir l'acide chlorhydrique entraîué. Après celui-ci on adapte un tube rempli de fragments de chlorure de calciuiri fondu H, H', qui lui-même est terminé par un tube de dégagement recourbé à angle droit. Ce dernier plonge jusqu'au fond dans un llacon K rempli d'air sec.
L'appareil étant ainsi disposé, on verse de l'acide chlorhydrique dans le ballon, par l'entonnoir qui termine le tube en S. La décomposition de cet acide a lieu immédiatement, et elle se manifeste par une effervescence due au dégagement du gaz chlore. Au bout de quelque temps cependant l'action se ralentit, et il faut chauffer légèrement le ballon, surtout vers la fin de l'opération. Le chlore se
CHLORE (chimie), 613
rend dans le flacon laveur où il se débarrasse de l'acide chlorhydrique eniraîné, puis il se dessèche dans le flacon à chlorure de calcium, et arrive enfin au fond du flacon, où, par sa densité plus grande, il déplace l'air qui y est contenu. Qurmd le flacon est rempli de chlore on retire lentement le tube à dégagement, et on bouche promptement le flacon avec un bouchon en verre usé à l'émeri.
Le mercure se combinant immédiatement et directement au chlore pour former un chlonu'e, il est impossible de se servir de ce métal pour recueillir le gaz.
Dans cette opération, l'hydrogène de l'acide chlorhydrique et l'oxygène du per-
oxyde de manganèse se combinent pour former de l'eau, la moitié du chlore s'unit au manganèse pour former du protochlorure de manganèse, et l'autre moitié se dégage :
MnO^ + 2I1C1 = 2H0 + MnCl + Cl.
Cette réaction n'a lieu que parce qu'il n'existe pas de bichlorure de manganèse correspondant au bioxyde, ou, s'il existe pendant un instant, il se décompose immédiatement en protochlorure et en chlore. L'acide plombique Pb.O^ est dans le même cas que le bioxyde de manganèse; traité par l'acide chlorhydrique il dégage du chlore. Dans un cas urgent, on pourrait donc se servir, à défaut de bioxyde de manganèse, de mininm, que l'on peut se procurer partout, et qui renferme le tiers de son poids d'acide plombique.
On obtient un dégagement de chlore plus régulier en remplaçant l'acide chlorhydrique par un mélange de chlorure de sodium fondu et pulvérisé et d'acide sulfurique. Ou fait un mélange de trois parties de peroxyde de manganèse et de quatre parties de chlorure de sodium et de cinq parties d'acide sulfurique : ou met le tout dans un ballon. Il se dégage du chlorere en vertu de la réaction suivante :
MnO^ + NaCl + 2S0^H0 := 2H0
Peroxyde Cliloiuie Acide Eau.
de manganèse, de sodium. sulfurique.
Mn0,S0-'
NaO,SO^
Sulfate
Siil fille
Chlore.
nanganeux.
<lu ->a,ulc-
614 CHLORE (chimie).
Propriétés du chlore gazeux. Le chlore est un gaz jaune verdàtre : c'est cette propriété qui lui a fait donner son nom (de x^oopu?, jaune verdàtre). Son odeur est des plus désagréables, non-seulement il est asphyxiant, mais il exerceune action de désorganisation sur la muqueuse des poumons. Respiré en quantité même très-peu considérable, il provoque une toux interminable, et même le crachement de sang. Sa densité est égale à 2,44 ; un litre pèse 38%17. Soumis à la pression 1 de six atmosphères il se liquéfie; ce liquide, d un jaune vert foncé a pour densité 4,33 ; il n'a pu encore être solidifié par aucun froid.
Le chlore est soluble dans l'eau, un volume d'eau peut dissoudre trois volumes de chlore, la dissolution porte le nom A' eau chlorée. On l'obtient en remplaçant dans l'appareil (voy. la fig. ci-dessus), le tube à chlorure de calcium par une série de flacons de Woolf, remplis d'eau à moitié, dans laquelle le chlore vient se dissoudre.
Hydrate de chlore. Si, dans l'opération précédente, on entoure les flacons de Woolf de glace piléc, le chlore est absorbé en quantité bien plus considérable; à mesure de cette absorption on voit apparaître dans la dissolution une masse de petits cristaux d'une couleur jaune verdàtre, d'une nuance plus foncée que la dissolution. Ces cristaux constituent un hydi'ale de chlore Cl -\- 10 aq., qui ne peut exister qu'à jme température très-basse.
Ces cristaux peuvent être recueillis, pendant les froids de l'hiver, dans uu entonnoir, égouttés et comprimés rapidement enti'e des doubles de papier à liltre, et renfermés dans un tube de verre recourbé en croissant que l'on ferme à la lampe. L'hydrate de chlore se décompose à ([uelques degrés au-dessus de zéro. Si l'on clmuiro la partie du tube qui renferme l'hydrate de chlore, en la plongeant dans l'eau à 55", la matière cristalline se change en deux liquides superposés, l'inférieur est du chlore liquide, et le supérieur une dissolution aqueuse de chlore ; en refroidissant la partie vide du tube, à l'aide d'un mélange réfrigérant, le chlore liquide entre en ébullitiou, et vient se condenser dans la branche refroidie, et se trouve ainsi séparé de la partie aqueuse.
Propriétés chimiques. Le chlore a des affinités puissantes. Il se combine directement à l'hydrogène; en introduisant une allumette enflammée dans le mélange des deux gaz, ou en soumettant le mélange à l'action directe des rayons solaires, une violente explosion se produit toujours ; à la lumière diffuse au contraire, la combinaison se fait lentement et tranquillement. Il se combine directement avec la plupart des métaux; pour l'arsenic et l'antimoine, la combinaison a lieu avec dégagement de chaleur et de lumière.
Ce qui distingue particulièrement le chlore, c'est sa grande affinité pour l'hydrogène ; tous les composés hydrogénés lui cèdent leur hydrogène. Ainsi l'eau même en est. décomposée sous l'influence de la lumière ou de la chaleur. Au bout de quelques temps l'eau chlorée, exposée aux rayons solaires ne renferme plus de chlore, mais de l'oxygène et de l'acide chlorhydrique. La vapeur d'eau mêlée à du chlore que l'on fera traverser un tude de porcelaine chauffé au rouge, subit la même décomposition. Cette propriété du chlore de décomposer l'eau rend compte de ses propriétés oxydantes.
En effet, en présence de l'eau, presque toutes les matières organiques sont oxydées, de là la destruction des matières colorantes organiques, le blanchiment des étoffes, etc., phénomènes dus pour la plupart à l'action de l'oxygène naissant mis en liberté par le chlore ; voilà un exemple de cette action oxydante du chlore '^n présence de l'eau. Que l'on verse de l'eau chlorée dans une dissolution d'acide
CHLORE (pharmacologie). 615
sulfureux, aussitôt cet acide va être changé en acide sulfurique, et le chlore en acide chloi^hydrique :
SO^ + Cl -+- 2H0 = SO-^HO + HGl.
Si le chlore agit sur les substances hydrogénées hors la présence de l'eau, il détruit ces substances, en leur enlevant leur hydrogène. C'est ainsi qu'il détruit l'hydrogène sulluré, en mettant le soufre à nu; les matières odorantes, les gaz provenant des matières en fermentation putride, etc., sont détruits de la même manière.
D'autres fois encore, quand k. chlore agit, en dehors de la présence de l'eau, sur certaines substances organiques, telles que des hydrogènes carbonés liquides ou solides, des alcools, des éthers, etc., non-seulement il enlève de l'hydrogène à ces substances, mais encore cet hydrogène enlevé est remplacé équivalent pour équivalent par le chlore : de là la création de nouvelles substances provenant de cette substitution. Lutz.
I II. Fhaii-mauologie. Le chlore est employé en pharmacie sous deux états : \° en dissolution dans l'eau; 2° à l'état gazeux. Sous cette dernière forme, il constitue les fumigations désinfectantes.
1" Solution aqueuse de chlore, Chlore liquide, Eau chlorée. Ce liquide possède la couleur jaune verdàtre et l'odeur particulière du chlore. Sa richesse en chlore varie avec la température ; sous la pression normale de 0'°,7G, un volume d'eau absorbe, à la température de 10', trois fois son volume de gaz. Le maximum de solubilité du chlore dans l'eau a lieu à la température de -\- 8" oi!i elle en absorbe 3,04. La solution aqueuse de chlore perd tout le gaz qu'elle contient par la chaleur.
L'eau chlorée s'obtient en se servant d'un appareil de M^oulf, et en faisant réagir 1,000 parties d'acide chlorhydrique à 17" sur 250 parties du bioxydc de manganèse pulvérisé. Le premier flacon destiné à laver le chlore ne doit renfermer qu'une petite quantité d'eau ; les flacons suivants sont remplis aux trois quarts d'eau distillée dont la température est maintenue autant que possible aux environs de 4-8°. La branche du dernier tube doit se rendre dans une éprouvette contenant du lait de chaux, lequel est destiné à absorber l'excès de chlore.
Lorsque l'appareil est disposé ainsi, on verse dans le matras, au moyen du tube en S, un tiers environ de l'acide chlorhydrique . Le chlore se dégage, même à froid, en vertu de la réaction :
Mn 0^ -h 2ChH