CI
-4- MnCI +
Oxyde Acide
Chlore.
Clilorure
Eau.
manganèse. chlorhydrique.
de manganèse.
On chauffe modérément et on ajoute de nouvelles portions d'acide afin de rendre le dégagement plus prompt à mesure qu'il se ralentit.
Abandonnée à elle-même, et particulièrement sous l'influence de la radiation lumineuse, la solution aqueuse de chlore se décolore graduellement. Le chlore s'empare del'hydrogène de l'eau et forme de l'acide chlorhydrique, l'oxygène se dégage en partie, tandis qu'une autre portion se combine au chlore et donne naissance à de l'acide perchlorique. De ces faits, il résulte la nécessité de conserver ce liquide dans des flacons de verre jaune orangé ou recouverts de papier noir. Ces vases doivent être placés dans un lieu frais et obscur.
616 CHLORE (pharmacologie).
Le chlore liquide a été administré très -étendu d'eau, 2 à 15 grammes pour 500 d'eau, dans les fièvres typhoïdes, dans le scorbut, le cancer, certaines diarrhées chroniques.
Les usages principaux du chlore liquide sont externes. 11 est utile en dissolution étendue pour combattre la pourriture d'hôpital, les brûlures, les engelures ulcérées, les ulcérations de la bouche avec haleine fétide, les plaies offrant un mauvais caractère.
Voici les formules pour l'emploi de la solution aqueuse de chlore :
Potion chlorée. Chlore liquide, 5 grammes; eau, 200 grammes; sirop de sucre blanc, 50 grammes.
A prendre par cuillerées dans les fièvres putrides.
Gargarisme chloré. Chlore liquide, 10 grammes; eau, 200 grammes. Employé contre les angines de mauvais caractère, les aphthes et les ulcérations de rarrière-bouclie.
Solution pour désinfecter. Eau, 100 grammes; chlore liquide de 1 à 8 grammes.
Employée pour désinfecter les plaies.
Fomentations contre les engelures. Chlore liquide, 50 grammes; eau, 1,000 grammes.
Pommade chlorée. Chlore liquide, 1 0 grammes ; axonge, 40 grammes. Mêlez.
Charpie chlorée. En exposant de la charpie dans un bocal où s'opère un dégagement de chlore, ou obtient la charpie chlorée très-ulile pour panser les ulcères infects ou compliqués de pourriture d'hôpital.
Le chlore liquide ou plutôt le gaz qu'il laisse échapper a été employé eu aspiration, mais avec infiniment de ménagements et mélangé avec beaucoup d'air dans la phtliisie pulmonaire et les catarrhes pulmonaires chroniques. Voici comment Gannal et Cotte^eau conseillaient d'opérer : On verse dans un flacon à deux ou trois tubulures et contenant environ 192 grammes d'eau à 30", 5,10,15 et progressivement jusqu'à 30, 40 et même 50 gouttes de chlore liquide très-pur ; le gaz se dégage mêlé à delà vapeur d'eau, et le malade l'inspire à l'aide d'un tube recourbé qui plonge dans le flacon ; ces inspirations doivent être renouvelées 6 à 7 fois par jour, et durer cinq à six minutes chaque fois. Un dégagement lent et continu de chlore, au moyen d'un hypochlorite placé dans la chambre du malade qui le respire en quelque sorte à sou insu, est peut-être le meilleur procédé pour l'administrer.
Le chlore liquide constitue du reste un médicament irritant dont on doit ne faire usage qu'avec les plus grandes précautions ; aussi son emploi est-il surtout à l'intérieur très-limité.
Dans les laboratoires, on se sert du chlore liquide comme réactif et comme agent de destruction des matières colorantes. Il est utile comme contre-poison de l'acide cyaahydrique, et est employé pour combattre l'asphyxie produite par les gaz de fosses d'aisances.
2" Fumigations de chlore, Fumigations Guytonniennes. Le chlore gazeux est très-employé pour détruire les miasmes putrides et purifier l'air des hôpitaux, des prisons, des vaisseaux où sont concentrées beaucoup de personnes. C'est à Guyton-Morveau qu'est due la découverte de cette importante propriété ; il fit voir par un grand nombre d'expériences que le chlore détruisait les miasmes, tandis que les fumigations aromatiques employées de temps immémorial ne aisaient que les masquer et ajouter à l'impureté de l'air.
CHLORE (thérapeutique). 617
Pour ces fumigations, ou se servait autrefois de vases spéciaux pour dégager à volonté de petites quantités de chlore. Ces appareils se composent d'un flacon en verre très-résistant dont le bord libre et poli estrendnplan au moyen de l'émeri. Dès que les agents propres à produire le chlore sont introduits dans le flacon, on le ferme au moyen d'une plaque épaisse de verre poli qui s'ajuste sur l'orifice et est maintenue serrée à l'aide d'un vis de pression. On peut à volonté permettre au chlore de se répandre dans l'atmosphère, en soulevant la plaque de verre. Ces flacons, qui étaient incommodes et même dangereux, ne sont plus usités.
Pour préparer la fumigation de chlore, on prend : chlorure de sodium pulvérisé, 250 grammes ; bioxyde de manganèse, 100 grammes; acide sulfurique à 1,84, 200 grammes; eau, 200 grammes. On mêle avec soin le chlorure de sodium et le bioxyde de manganèse ; on place le mélange dans une capsule de verre ou de porcelaine, et on le délaye dans la quantité d'eau prescrite ; on ajoute ensuite l'acide sulfurique. Il se dégage bientôt du chlore gazeux, dont la proportion est d'autant plus grande que l'on agite le mélange ; il convient d'employer pour cet usage, un tube de verre.
La réaction qui donne naissance au chlore est exprimée par la formule
ClNa + MnO^ -1- 2(SO%nO)
= Cl + SOMnO + SO^NaO + 2H0
Chlaïuie Bijxyde Acide
Chloie. Sulfate Sulfate Eau.
de sodium, de iriangaiiè;e. sulfurique.
de manganèse. de soude.
La pièce dans laquelle se fait la fumigation doit être inhabitée et tenue parfaitement close au moins pendant une demi-heure.
Avec les proportions que nous venons d'indiquer, la quantité de chlore dégagée est suffisante pour désinfecter une capacité d'environ 100 mètres cubes. 11 faut augmenter ou diminuer ces nombres en raison de l'espace que l'on veut purifier {voy. Désinfectants).
Le chlore attaque presque toutes les matières oi^ganiques humides. Il les détruit en s'empai^ant d'une partie de leur hydrogène qu'il change en eau et en acide chlorhydrique. Une fois l'équilibre détruit, les particules restantes se combinent de manière à former d'autres composés. C'est en agissant ainsi qu'il constitue le meilleur désinfectant que l'on connaisse.
Les fumigations de chlore se font aujourd'hui de préférence au moyen de l'hypochlorite de chaux ou chlorure de chaux que l'on décompose par l'acide chlorhydrique. De l'action qui a lieu entre les deux substances, il résulte de l'eau et du chlore. Par ce moyen, on exécute des fumigations chlorées rapides et énergiques (doî/. Hypochlorites). T. Gobley.
§ III. Thérapeutique. AcTioN PHYSIOLOGIQUE. Pour produire ses actions, le chlore s'offre à nous, soit à l'état de gaz, soit en dissolution dont la plus commune est la solution aqueuse ou hydrochlore. C'est à l'état gazeux qu'il possède toute son intensité ; l'hydrochlore n'est pas aussi actif, et l'est d'autant moins que sa pi'éparation est plus ancienne, puisqu'il se décompose et s'affaiblit tant sous l'influence de la lumière et de l'air que par la réaction des éléments du dissolvant. C'est donc sous forme de gaz naissant que le chlore manifeste le mieux ses actions physiologique et thérapeutique. Occupons-nous d'abord de la première.
L'action locale du chlore sur la peau et plus encore sur les membranes muqueuses est extrêmement irritante. Cette action sur la peau a été particu-
618 CHLORE (thérapeutique).
licrement étudiée par William Wallace, médecin irlandais, dans un Mémoire sur le traitement des maladies du foie par le chlore {Archives générales de médecine, t. V, p. H8). Lorsque, dit cet observateur, on expose un individu, dans un appareil convenable, à l'action du cblore suffisamment mêlé à de l'air et à de la vapeur d'eau, sous une température de 43" centig., il survient, au bout de dix minutes, des sensations comparables aux piqûres de petits insectes, augmentant de nombre, non de force, faisant naître le désir de frapper avec la main les paities ainsi tourmentées, et suivies après le bain de prurit et d'ardeur, peu durables, à moins que les fumigations n'aient été trop prolongées. Pendant l'application du chlore, la peau rougit, se tuméfie, devient le siège d'un malaise contusif ; et ultérieurement apparaissent des sueurs, parfois très-copieuses, des éruptions vésiculeuses ou une sorte d'érysipèle suivi de desquamation.
Les effets immédiats du chlore gazeux sont donc : l'exaltation de sensibilité de la peau avec sensations particulières, l'hypérémie, l'élévation de température, la diaphorèse ; en un mot les effets d'un agent excitant et irritant.
Les phénomènes sont analogues, mais plus marqués, sur les membranes muqueuses. Celles-ci, vivement congestionnées, sont bientôt frappées d'inflammation, parfois même caiilérisées ; d'autres fois on les voit se recouvrir de plaques analogues à celles de la diphihéric. La plus sensible à cet égard est la muqueuse aérienne ; l'inspiration du chlore détermine une angoisse extrême, une sorte de strangulation, avec toux convulsive, sèche, incessante, jusqu'à ce qu'une abondante expectoration de mucus bronchique modère ou termine cet accès de sulfocalion. Même lorsque ce gaz est mêlé à l'air en proportion minime, il est encore irritant pour la muqueuse respiratoire. Cependant on peut arriver par l'habitude à le tolérer. Christison dit qu'à Belfast les ouvriers travaillaient impunément dans un airtout imprégné de chlore, tandis que le chef de lafabrique n'y pouvait rester plus de quelques minutes (Treatise on Poisons).
En outre de la sécrétion bronchique, il en est d'autres que le chlore excite également. Ainsi, Wallace a vu sous son influence s'accroître les sécrétions biliaire, salivaire et urinaire. Godier a observé la diurèse à la suite de l'emploi interne et externe de l'hypochlorite de soude ; et Cottereau, la salivation chez un phthisique soumis aux inspirations de chlore.
Le système circulatoire ne participe que momentanément à l'excitation causée par l'action primitive du chlore ; pendant son action secondaire, la circulation reprend son rhythme ou tendrait plutôt à se ralentir.
Les malades soumis à l'usage du chlore sentent généralement, dit-on, leur appétit devenir plus vif; chez plusieurs phthisicpes, cet appétit aurait succédé à la répugnance la plus invincible pour les aliments. Chez d'autres sujets au contraire, après une exaltation momentanée des forces digestives, l'irritation gastrique a forcé d'en discontinuer l'emploi. Halle a constaté sur dix malades et surlui-mème qu'une solution aqueuse, contenant 1/70 de son poids de chlore et donnée à la dose de deux à trois onces, facilitait k travail de la digestion. Suivant Nysten, l'eau chlorée détermine dans les voies digestives une astriction trèsmarquée, cause la constipation et décolore les matières fécales. Christison (loc. cit.) rapporte que, dans les ateliers de Belfast, les ouvriers exposés aux émanations du clilore éprouvent un excès habituel d'acidité gastrique qu'ils corrigent par l'usage du carbonate de chaux ; il ajoute que ces ouvriers ne prennent jamais d'embonpoint et perdent même celui qu'ils pouvaient avoir à leur entrée dans la fabrique, sans qu'on soit en droit d'en conclure que leur métier est perniceiux,
CHLORE (thérapeutique). C.'9
leur santé se maintenant par ailleurs, et plusieurs même parvenant à un âge avancé. Bourgeois a aussi remarqué l'émaciation rapide des phthisiques traités par le chlore. Cette action émaciante, qui a bien ses inconvénients et qui révèle inie certaine altération des forces nutritives, démontre, quoi qu'on en ait dit, que l'inhalation prolongée du chlore, suracidifiant les humeurs digestives et plaçant les sujets dans des conditions analogues à celles des individus qui, précisément pour maigrir, font un usage abusif des acides, n'est pas et ne peut pas être d'une parfaite innocuité. Enfin, il est impossible d'achnelUre que les poitrines délicates puissent fonctionner impunément au milieu des émanations incessantes de ce gaz irritant.
Toutefois, malgré l'action irritante locale du chlore et la stimulation générale qui en résulte, il produit, en certaines circonstances, des effets sédatifs qu'il est bon de noter. Ainsi, une douche d'eau chlorée détermine sur place une inflammation plus ou moins persistante; mais, si le point del'enveloppe cutanée qu'elle a frappée est en même temps atteint de douleurs névralgiques, il y a beaucoup de chances pour que ces douleurs s'amoindrissent ou disparaissent, lionnet, de Montpellier, a vu une névralgie faciale cédera des fumigations chlorées. J'ai vu également des fomentations d'hydrochlore calmer des névralgies superficielles ; mais elles réussissent encore mieux contre le prurit ; le chloi'e, à dose modérée, de manière à éviter toute irritation appréciable et à exclure ainsi toute hypothèse d'action substitutive ou révulsive, calme en mainte occasion cette hyperesthésie cutanée.
Ceci nous conduit encore à faire remarquer la transformation au profit de la médication sédative antalgique, qui résulte delà substitution du chlore à l'un des éléments de certains composés, qui deviennent dès lors aptes à combattre la douleur. Tels sont le chloroforme, les éthers chlorés, le chloral ; la présence du chlore contribue à les doter des propriétés sédatives, anestliésiques, antalgiques, qu'ils possèdent ; et il est présumable qu'elle enrichirait de même d'autres combinaisons analogues.
Dans un autre ordre de composés, ceux-ci appartenant plutôt au règne inorganique, le chlore au contraire vient apporter le contingent de ses propriétés irritantes. Ainsi, dans la série des sels de fer, les chlorures sont de beaucoup les plus irritants, et le perchlorure l'est au point d'agir comme caustique. Avec d'autres bases métalliques, pourvu, bien entendu, que la combinaison soit soluble, le chlore forme des composés dont la propriété caustique est encore plus manifeste; tels sont : le chlorure d'antimoine, le chlorure de mercure (sublimé corrosif), le chlorure de zinc, le chlorure d'or. En un mot, dans les combinaisons salines, le chlore apporte généralement un principe plus actif, plus irritant que la plupart des autres éléments électro-négatifs.
Enfin, dans quelques combinaisons, le chlore semble introduire ou renforcer la propriété antipyrétique, comme dans les chlorures de potassium, de sodium^ d'ammonium, et le chlorhydrate de quinine que de récents observateurs croient plus fébrifuge que le sulfate de quinine.
Le chlore est un corps coagulant, et par conséquent astringent. En faisant passer un courant de chlore dans du sang, du blanc d'œuf, delà solution de colleforte, du lait, etc., ce gaz forme immédiatement un coagulum insoluble, en altérant, en détruisant l'albumine, la fibrine, la gélatine, la caséine, qui s'y trouvaient à l'étal soluble (Dupasquier)., Aussi, les chlorures métalliques sont-ils des caustiques coagulants; mais les chlorures alcalins, où la propriété lluidifiante de
620 CHLORE (thérapeutique).
la base domine, ne condensent pas les matières protéiques et dissolvent au contraire leurs concrétions.
Le chlore pur, isolé, ne peut être sans inconvénient introduit qu'en très-petite quantité dans l'organisme animal, tant à cause de l'énergie de son action topique que de la vivacité des réactions ou même des destructions qu'il occasionnerait dans le sang. Dans cette humeur, après son absorption, il semble devoir se convertir finalement en chlorure alcalin; cependant Wallace prétend qu'on le retrouve eu partie à l'état de corps simple dans l'urine. L'acescence gasirique, observée chez les ouvriers employés dans les fabriques de chlore, sembleprouver que ce corps se transforme, au moins partiellement, dans l'estomac, eu acide chlorhydrique ; c'est ce que tend également à démontrer l'augmentation de l'appétit et des forces digestives, observée, comme nous l'avons dit plus haut, chez d'autres individus, l'acide chlorhydrique, administré directement, produisant souvent le même elfet.
Nous n'avons pas à insister ici sur l'extrême affinité du chlore pour l'hydrogène, puisqu'il en a été question dans les parties chimique et hygiénique de cet article; mais nous devons dire que cette action déshydrogénante joue, dans les effets pharmacodynamiques de ce corps simple, un rôle plus ou moins important, que nous apprécierons dans certaines de ses applications thérapeutiques.
Action thérapeutique. Lorsque, peu après la découverte du chlore. Halle, Fourcroy, Guilbert, Vauquelin, Guyton-Morveau eurent mis en évidence ses propriétés antiseptiques et neutralisantes, on crut avoir trouvé en lui un moyen infaillible de détruire les miasmes, les virus, les contages de toute espèce, et d'auniliiler les germes de la plupart des maladies épidémiques ; mais bientôt l'expérience fut loin de réaliser ces espérances sur tous les points; en outre, tels observateurs affirmaient des résultats qui étaient niés ou contestés par d'autres; et par suite un scepticisme aussi peu logique que la croyance à un pouvoir prophylactique absolu nuisit à la confiance que, dans une certaine mesure, le chlore n'a jamais cessé de mériter.
L'une des premières opinions, à laquelle Fourcroy et Guyton-Morveau s'étaient montrés favorables, était que le chlore devait dénaturer les virus. En 1816, Brugnatelli célébra avec enthousiasme ses vertus antirabiques, et trouva quelques adhérents parmi les médecins italiens, entre autres Arragoni et Semmola {Jour, gén. deméd., t. LIX, p. 503; Bull, de la Soc. méd. d'émuL, février 1823; Bulletin des Se. méd. de Férussac, mai 1828). En France, Coster, expérimentant sur deux chiens soumis à l'inoculation de la rage, sauve l'un d'eux dont les plaies sont lotionnées à fond par une dissolution d'hypochlorite de soude, et voit périr l'autre sans ce traitement préventif [Journal des -progrès, t. Xlll, p. 233). Chevallier ditavoir employé l'hydrocblore avec succès chez un élève en pharmacie qui avait été mordu par un chien enragé [L'art de préparer les chlorures, Paris, 1829). Mais Trolliet [Recherches sur la rage) et Stanislas Gilibert [Comptes rendus des travaux de la Soc. de méd. de Lyon depuis 1812) ont opposé des faits contradictoires qui démontreraient l'impuissance du chlore contre la rage.
Coster [Clinique des hôpitaux, t. IIl) préconisa aussi le chlore comme moyen prophylactique contre les accidents consécutifs à la morsure de la vipère et des autres animaux venimeux, et même contre l'infection syphilitique. La propriété antisyphilitique a été également prêtée par d'autres expérimentateurs au chlore, mais elle a été contestée. On a tenté de neutraliser le vaccin et le virus variolique par ce gaz ; on n'y réussit pas, d'après Bousquet et Trousseau.
CHLORE (thérapeutique), 621
Toutefois, nous croyons devoir faire remarquer ici que c'est ordinairement avec le chlore, qui, à l'état de gaz naissant, est fourni par les hypochlorites alcalins, que l'on a expérimenté son pouvoir neutralisant contre les virus. Or est-il bien sur que l'on arriverait aux mêmes résultats négatifs en employant une préparation plus active, telle que l'est l'hydrochlore ? Et surtout un courant de chlore gazeux, tel qu'on l'obtient dans les laboratoires, n'aurait-il pas bien des chances d'altérer le^ principes virulents au point de les rendre inactifs? Mais on n'a pas habituellement ce genre de préparations sous la main ; et alors on se hâte peutêtre un peu trop de conclure pour ou contre, en se contentant d'expérimenter avec les composés moins énergiques représentés par les hypochlorites alcalins. La question des propriétés antivirulentes du chlore ne peut donc pas être considérée comme entièrement i-ésolue.
Largement expérimenté depuis le commencement de ce siècle contre toutes les épidémies, le chlore a déçu les illusions de ceux qui comptaient trouver en lui un moyen prophylactique ou neutralisant universel. Il n'a prévenu ni fait cesser aucune grande épidémie, soit parce que ses émanations ne pouvaient être assez considérables pour en détruire la cause sur tous les points, soit parce quecette cause elle-même échappait à l'action chimique du chlore. On ne peut en effet demander à ce corps plus qu'il ne peut donner. En admettant que plusieurs maladies épidémiques soient dues à des miasmes ou à des organites suspendus dans l'atmosphère, le chlore gazeux ne peutles atteindre suffisamment, ni en totalité, dans la niasse d'air qui nous entoure; aussi a-t-on vu la peste, le typhus, la fièvre jaune, le choléra continuer leurs ravages malgré l'emploi à profusion du chlore et des chlorures dans les localités infestées. En limitant et en condensant davantage ce gaz, en le répandant par exemple dans les salles de malades atteints de lièvres typhiques, pestilentielles, exantliéniatiques, d'érysipèle, de pourriture d'hôpital, on n'a guère empêché les principes morbifiques d'attaquer les individus sains placés dans ces foyers de contagion ou d'infection.
Cependant, si parmi ces principes il en est qui offrent un corps impressionnable par les actions chimiques, il est impossible de refuser au chlore le pouvoir de les altérer au point d'annihiler ou de diminuer tout au moins leurnocuité. Mais encore faut-il , pour retireren pareil casde l'aclion chimique du chlore toute son efficacité, qu'il soit employé avec la quantité et l'insistance nécessaires pour qu'aucune molécule suspecte ne lui échappe. Je puis citer un cas où, en se plaçant dans ces conditions, on semble avoir obtenu de ce gaz énergique toute sapuissance antiseptique et neuti-alisante. A l'époque de l'expédition dn Mexique, plusieurs de nos navires de guerre revenaient en France contaminés par la fièvre jaune, dont les manifestations se produisaient parmi les équipages, tant pendant la traversée que durant les quarantaines imposées dans les lazarets de nos ports. On prit alors à Toulon, pour désinfecter ces navires, les mesures suivantes : Après avoir mis à terre les équipages et vidé le navire de tous les objets d'armement, on établissait, dans les batteries et dans les entreponts, d'ingénieux appareils fumigatoires conçus par M. C. Fontaine, pharmacien en chef de la marine, lesquels déversaient des torrents de chlore gazeux dans tout l'intérieur du navire, dont les sabords et les panneaux étaient hermétiquement fermés pendant la fumigation. Au bout d'un certain temps, on achevait par une ventilation prolongée la purification des navires. Aucun de ceux qui furent soumis à ces judicieuses jiratiques ne vit ultérieurement éclater un seul cas de fièvre jaune à son bord, et plusieurs d'entre eux reprirent impunément un nouvel armement. Dans cet air confiné, un
<522 CHLORE (théuapeutique).
énorme excès de chlore pouvait exercer sans entrave toute sa puissance chimique ; c'est ainsi qu'il faudrait agir dans les espaces Hmités où l'on voudrait obtenir une destruction complète des matières organiques incriminablcs à titre des principes infectieux ou contagieux. Mais les milieux où l'on dégage le chlore avec une telle abondance deviennent irrespirables, et l'on ne peut instituer de pareilles opérations que dans des lieux inhabités. On ne peut donc compter que sur une influence très-relative du chlore, lorsqu'il est émis avec plus de mesure dans les endroits que doivent continuer à occuper les malades ou à hanter les individus sains, puisqu'il faut aussi que les uns et les autres puissent continuer à y respirer sans inconvénient ; et à plus forte raison, les émanations de chlore à l'air libre, disséminées dans une atmosphère sans bornes et incapables d'atteindre, en proportions suffisantes, les germes pathogéniques qui y seraient suspendus, devieinient une précaution illusoire contre la malaria des localités affectées <l'cndémics ou d'épidémies.
Une illusion encore plus vainc, et dont la poursuite à outrance pourrait même avoir ses dangers, serait, comme on l'a proposé, d'administrer le chlore à l'intérieur, sous prétexte de neutraliser dans le sang les virus ou les miasmes producteurs de maladies pestilentielles. Or, comme le dit Gubler avec beaucoup de sens, si l'action du chlore était efficace par rapport aux contages, elle le serait égaleincnl pour détruire les globides sanguins et arrêter les actes indispensables à l'entretien de la vie ; ou si elle respectait l'organisme, elle serait nécessairement impuissante contrôles agents morbides qui l'ont envahi.
Cependant, malgré la modération des doses imposées par leur activité, les médicaments chlorés ne sont pas sans quelque influence favorable sur les formes putrides des fièvres graves. Sans atteindre le mal dans sa racine, en coriigeant la fétidité de certains produits de ces fièvres, ils préviennent des résorptions infectieuses qui compliqueraient l'infection première. Mais, sauf Réveillé-Parisc, <jui a conseillé l'hydrochlore à l'intérieur dans la fièvre typhoïde, les autres médecins ont plutôt fait usage, dans les maladies typhiques, des chlorures d'oxydes ou hypochlorites alcalins. 11 n'y a donc pas lieu d'insister davantage ici sur cette question de thérapeutique.
.Après avoir mis en garde, dans les considérations qui précèdent, contre l'exagération du pouvoir attribué au chlore comme moyen pratique de neutralisation et de désinfection, disons néanmoins qu'ilrestera toujours l'ationnel de l'accepter (}L de l'employer en fumigations, lotions, aspersions, etc., dans une foule de circonstances où l'on aura à purifier dos objets, des localités, des individus contaminés par une infection quelconque de source organique. Les propriétés décomposantes de ce cor|)s atténueront toujours plus ou moins les conséquences de la fermentation putride, que celle-ci s'exerce sur des substances mortes, ou qu'elle se manifeste sur les tissus vivants comme les suppurations virulentes et les divers accidents du traumatisme en offrent de nombreux exemples. Ces indications générales suffisent pour établir le rôle d'agent désinfectant et antiseptique que le chlore est appelé à remplir dans une foule de circonstances, pour inspirer aux médecins et aux chirurgiens ses modes d'emploi les plus variés, sans qu'il soit besoin d'entrer dans d'autres détails. Ces questions d'ailleurs seront envisagées de nouveau dans l'article relatif aux Hypochlorites ALCALiAs, composés les plus usuels pour les applications du chlore tant à la médecine qu'à la chirurgie, et dont il n'est pas facile de séparer complètement l'étude thérapeutique de celle du chlore.
CHLORE (thérapeutique). 625
Le chlore liquide a été employé en outre comme modificateur local dans diverses circonstances.
Dès 1787, Fourcroy et Halle constataient ses bons effets contre le cancer ulcéré ; il en diminuait la fétidité, rendait l'écoulement moins séreux, et donnait au mal un meilleur aspect.
Brathwaite, Rollo, Brachet l'ont conseillé dans le traitement des ulcères; il enlève l'odeur, modifie la plaie, accélère la cicatrisation.
Kopp, Deimann, Alibert l'ont employé contre les. dartres rebelles; Cluzel, «Chevallier, Fontanetti, contre la gale.
Plusieurs auteurs, notamment Lisfranc et Bouchardat, ont signalé l'utilité de l'hydrochlore contre les engelures ; j'ai moi-même particulièrement recommandé ce moyen topique, qui calme les démangeaisons et agit en même temps comme an prompt résolutif. 11 réussit aussi contre le prurit du pudondum.
Le chlore a été employé par Wallace sous forme de bain gazeux, pur ou mêlé à de la vapeur d'eau, contre l'ictère, les calculs biliaires et les hydropisies dépendantes de lésions du foie. Ce bain est élevé à une température de 52 à 56", et le malade y reste vingt minutes. L'appareil, dans lequel le malade est plongé jusqu'au cou, doit être enveloppé de linges trempés dans une solution alcaline, et le malade doit aussi porter une cravate imbibée du même liquide afin de prévenir les accidents qu'une fuite de gaz pourrait détcrniiiicr. Les avantages de ce traitement ont été confirmés par Zeise d'Allona, et Jalius, médecin allemand, qui a cité en outre une guérison d'hépatalgie obtei7ue à la suite de ces fumigations.
Bretonneau faisait respirer du chlore aux enfants atteints de croup, lorsque la fausse membrane dépassait l'entrée du larynx, et qu'il ne lui restait aucun moyen de modifier autrement la membrane muqueuse des voies aériennes (Tratfe de la diphthérite) .
Le traitement de la phthisie par le chlore fit, il y a une quarantaine d'années, un certain bruit. Ce traitement n'était pas absolument nouveau. Halle l'avait employé sur plusieurs malades, et il avait remarqué que ce médicament suspendait la fièvre hectique de la dernière période. On lit dans Wetzler qu'on peut, par le chlorure de chaux, combattre la phthisie tuberculeuse et pituiteuse. Monlazeau avait publié quatre observations de poitrinaires (ou prétendus tels), guéris par des fumigations chlorées. La question fut soulevée de nouveau par Gannal, Cottereau et Bourgeois. Gannal, attaché à Saint-Denis à une manufacture de toiles peintes, annonça que des ouvriers atteints ou menacés de phthisie se rétablissaient promptement au milieu des émanations du chlore dégagé pendant leurs travaux. Bourgeois, à la vue de douze familles de blanchisseuses de toiles, transplantées, en 1816, des Pays-bas aux environs de Paris, dans un lieu humide où régnaient ordinairement des catarrhes, des fièvres intermittentes et des scrofules, et qui, malgré toutes ces conditions d'insalubrité, conservèrent, pendant six ans, une santé parfaite, en conclut qu'on devait en faire honneur au gaz chlore. Il prétendit aussi, en thèse générale, qu'on voit peu de tuberculeux parmi les blanchisseurs; opinion soutenue par Chevallier, mais contestée par beaucoup d'autres et nullement prouvée par les faits.
En conséquence, un grand nombre de malades furent bientôt soumis à l'influence du chlore.
Gannal et Cottereau se servirent d'un appareil à l'aide duquel les malades aspiraient une plus ou moins grande (piantité de chlore mêlé à de la vapeur d'eau. Leurs observations, en général, attestent peu de succès.
Ci-i CHLORE (thérapeutique).
Bourgeois, coudamuaat celle méthode d'inspiration, proposait de faire respirer le chlore d'une manière lente, insensible, dans une atmosphère imprégnée de ses émanations.
En dé-lnitive, l'emploi du chlore gazeux dans la phthisie, modifié de plusieurs manièi^es, objet de quelques éloges d'abord, puis de critiques bien plus nombreuses, succomba sous les insuccès constatés dans les cliniques de Laënnec, d'Andral et de Chomel. Andral voulut voir si, pris à l'intérieur, le chlore liquide aurait les mêmes résultats fâcheux que lorsqu'il pénètre à l'état gazeux dans les bronches ; il le donna à la dose de 10 gouttes dans une potion gommeuse; mais la toux et l'irritation gastrique forcèrent à l'abandonner.
Les expériences les mieux suivies sur ce sujet furent celles de Toulmouche, de Rennes. De 1829 ta 1838, il fit inspirerle chlore liquide à 509 individus, atteinis de catarrhe aigu ou chronique, dont plusieurs étaient tuberculeux. Chez la plupart de ceux-ci, il y eut un mieux momentané : expectoration plus facile, crachats plus muqueux, augmentation de l'appétit; mais bientôt il survenait une irritation au larynx, une sensation de sécheresse dans la poitrine, une exaspération de la toux, qui obligeaient à suspendre les inhalations chlorées. Il conclut à son insuffisance complète conti'e la phthisie, mais, dans la bronchite chronique, il oblint souvent les effets les plus heureux.
J'ai fait autrefois, dans le traitement des catarrhes bronchiques anciens, avec expectoration fétide, sans tuberculisation, quelques applications des inhalations chlorées, qui m'ont également donné de bons résultats.
JoUy a vu guérir, par l'inspiration du chlore, deux vieillards atteints de vomiques par suite de pneumonie.
Trousseau a été sévère sur ce chapitre. On ne peut nier, at-il dit, que quelques catarrhes chroniques n'aient été avantageusement modifiés par ce moyen, qui déterminait le plus souvent une phlegmasie aiguë des bronches ; mais les phthisiques ont péri plus rapidement traités par le chlore que par les palliatifs ordinaires ; d'ailleurs, il faut bien reconnaître que le chlore est un remède au moins infidèle, puisque ceux même qui l'avaient le plus ardemment préconisé, l'ont entièrement abandonné [Traité de thérapeutique et de matière médicale) .
Le chlore a été proposécomme antidote contre les empoisonnements par l'acide sulthydrique et par l'acide cyanhydrique. Il agirait chimiquement par son affinité pour l'hydrogène, en décomposant ces acides, et peut-être en outre physiologiquement par action réflexe en stimulant l'organisme prostré par ces poisons. A ce second titre, du reste, il a aussi été conseillé par Nysten contre la syncope lorsque l'ammoniaque reste inefficace. En tout cas, iln'est permis d'user qu'avec une grande prudence de l'un ou l'autre de ces gaz chez les individus stupéfiés, privés de sentiment. Dans des empoisonnements oii le chlore avait été employé avec succès comme antidote, plusieurs malades, dit Jolly, ont succombé à des phlegmasies consécutives des bronches.
Les inhalations de chlore ont été conseillées par Thénard, Dupuytren, Barruel, Orfila, Chevallier, contre l'empoisonnement par les gaz émanés des fosses d'aisance, des égouts, et de tous lieux encombrés de matières végéto-animales en putréfaction ; c'est l'acide sulfhydrique et le sulfhydrate d'ammoniaque qui dominent, comme principes délétères, dans ces foyers d'intoxication que le chlore est appelé à neutraliser, tant dans leur source que dans le sujet imprégné. Pour éviter l'action trop irritante du chlore, Labarraque préférait l'hypochlorile de
CHLORE (tiiéuapgutique). 625
■soude, imbibant un linge que l'on tient sous le nez de l'asphyxié. Jlialhe recommande un meilleur moyen, qui consiste eu un mouchoir ou une serviette, recelant entre leurs plis des couches d'hypochlorite de chaux, et que l'on arrose avec du vinaigre ; cet appareil développe des vapeurs chlorées que l'on dirige vers i'entrée des voies respiratoires.
En 1829, Siméon, pharmacien à l'hôpital Saint-Louis, institua des expérien- ■ces qui lui démontrèrent les avantages du chlore connue contre-poison de l'acide cyanhydrique. Ces expériences furent contrôlées avec succès par Orfîla; en conséquence il conseille l'inspiration d'eau faiblement chlorée (4 parties d'eau, 1 partie de chlore liquide), qui sauve les chiens, dit-il, même quatre ou cinq minutes après le début de l'empoisonnement; et il estime ce moyen supérieur, dans l'espèce, aux affusious froides et à l'inspiration d'eau ammoniacale (Traité de toxicologie, b" édit.). D'après des expériences de Persoz et Nonat, faites sur des chiens, le chlore liquide décomposerait l'acide cyanhydrique, même lorsque celui-ci 'est déjà transporté dans le torrent circulatoire; mais le succès qu'ils obtenaient par l'emploi du chlore faisait défaut lorsqu'ils lui substituaient les hypocldorites de soude et de chaux {Gazette médicale, p. 350).
Ph. Roux a proposé eu 1845 la charpie chlorée contre la pourriture d'hôpital ; il la préparait en exposant la charpie dans un vase clos, pendant vingtquatre heures, à l'action du chlore gazeux ; il l'appliquait sur les plaies après l'avoir arrosée avec du jus de citron.
Doses et modes d'administration. L'hydrochlorc ou chlore liquide se donne à l'intérieur, à la dose de 10 à 20 gouttes dans une potion édulcorée avec un sirop aromatique ; les doses supérieures, que l'on voit indiquées dans les auteurs jusqu'à 4 et même 8 grammes, sont difficilement supportées.
On le met depuis 2 jusqu'à 10 grammes dans des gargarismes prescrits contre les stomatites et les angines de mauvaise nature : pultacées, ulcéromembraneuses, gangreneuses, etc.
A l'extérieur il s'emploie pur ou coupé d'eau pour lotions, fomentations, applications sur plaies ou ulcères.
Avec 4 parties d'itxonge il forme une pommade chlorée, recommandée contre les dartres, la gale, la teigne.
Les inhalations de chlore se font au moyen d'un flacon à deux tubulures, munies chacune de deux tubes d'inégale grandeur; de l'eau remplit le tiers de sa capacité, on y ajoute graduellement depuis 10 jusqu'à 30 et 40 gouttes d'hydrochlore, en tàtant la susceptibilité du malade; l'un des tubes, vertical, introduisant l'air extérieur, plonge au fond du liquide ; l'autre plus court, coudé, et s'arrêtant dans l'espace vide du flacon, est embouché par le malade pour pratiquer l'aspiration.
§ IV. Toxicologie. 11 n'y a pas d'exemple dans la science d'empoisoimemeut prémédité par le chlore sur l'homme. Mais d'une part son action irritante et phlogosante sur les muqueuses, dont il a été parlé dans cet article, et d'autre part les expériences de quelques toxicologistes sur les animaux, démontrent que, le cas échéant, on aurait affaire ici à un poison corrosif. Il y aurait donc lieu d'appliquer le traitement que réclament les violentes inflammations des organes respiratoires et digestifs. Préalablement, surtout si l'on assistait au début -de l'empoisonnement, on administrerait largement de l'eau albumineuse ou du lait; ces liquides agiraient comme éniollients, en même temps que l'albumine
DICT. ENC. XVI. 40
626 CHLORETHER.
et la caséine formeraient avec le chlore des coagulums qui atténueraient l'actioni
I irritante topique du poison et entraveraient son absorption.
Orfila repousse avec raison l'emploi de l'ammoniaque conseillée par Kartner;
, on devrait encore plus écarter l'emploi de l'hydrogène sulfuré ; si ces deux.
■ • gaz peuvent attirer le chlore dans de nouvelles combinaisons, ils n'en sont pas moins susceptibles de nuire, défaut que ne doit jamais présenter un conti'e-poison : l'un par un excès d'irritation ajouté à l'irritation primitive, l'autre par une chance d'empoisonnement d'un nouveau genre. Les vapeurs d'alcool et d'éther ont été aussi proposées ; elles n'auraient pas au moins d'inconvénients; mais leur efficacité réelle semble problématique.
Le chlore se combine si facilement avec les matières organiques ou, à leur contact, se transforme si promplement en acide chlorhydrique que, dans une expertise, il échappera le plus souvent aux recherches, à moins d'avoir été pris,, très-récemmeut, en quantité considérable. La décoloration des matières trouvées dans le tube digestif, ou bien le pouvoir décolorant de ces matières, du sang ou de l'urine, pourraient servir d'indices. Lorsqu'il sera possible de découvrir ce corps dans une liqueur organique, il faudra, d'après Orfila, s'ea rapporter aux trois caractères suivants : 1" odeur chlorée; 2" action noircissante sur une lame d'argent ; 3» coloration eu bleu du papier imprégné d'amidon et d'iodure de potassium, par la vapeur qui s'exhale en chauffant le liquide suspect tantôt seul, tantôt additionné de quelques gouttes d'acide sulfurique.
§ Y. Emploi hygiénique. Voy. plus haut le chapitre de pharmacologie et l'article Désinfectants. Delioux de Savignac.
Bibliographie. — Halle. Recherches sur la nature et les effets du méphitisme des fosses d'aisance. Paris, 1785. — Guilbert. Dissertatio medica de nova infeclionis fartasse contagionis destruendce methodo. Pans. 1791. — Guïton-Morveau. Traité des moyens de désinfecter l'air. Dijon, 1801. — ^^'ALLACE (W."l. Des propriétés médicales du chlore et d'une nouvelle manière de faire usage de ce remède (en angl.). Londres, 1823. — Vax Siii'Kiaan Lciscius. Mémoire sur les fumigations guytonniennes (en hollandais), IS^S. — Wetzler. Sur l'utilité du gaz muriatique oxygéné comme moyen de désinfecter l'air et comme remède (en allemand). Augsbourg, 1825. — ^trating. De l'emploi du chlore dans ses rapports chimiques, techniques, médico-économiques (en hollandais), 1827. — Jolly (P.). Article Chlore du Dict.de niéd. et chir. pratiques, i'" éd., t. V. Paris, 1830. — Du même. ITc l'empiloi thérapeutique du chlore et de ses composés. In Bull, de l'Acad. de méd., 30 octobre 1838. — Marc. Proposition d'un mode d'expérimenter l'efficacité du chlore contre la rage. In Annales d'hygiène publique^ t. III, 1830. — Persoz et Nonat. Sur le chlore comme antidote de l'acide jiydrocyanique. In Annales de physique et de chimie et Ann. d'hyg. publ., t. IV, 1850. — Gannal (J.-N.) . Du chlore employé comme remède contre la phthisie. Paris, 1832. — Cottereau. Emploi du chlore dans la phthisie. In Arch. gén. de méd., t. XXIV. — Bourgeois. Emploi du clilore dans la jjhthisie. In Transactions médicales, t. XI. — Blache. Art. Chlore du Diction, de médec. en 30 vol., t. VII. Paris, 1834. — Todlmouche (de Rennes). Mémoire sur l'emjAoi du chlore dans la phthisie pulmonaire. In Arch. gén. de méd., avril 1834. — Du même. Du chlore dans la bronchite aiguë et chronique et datis la bronehorrhée, rapport par Collineau. In Bull, de l'Acad. de méd., 1837-1838 et Gazette médicale, 1838. — Brvr. De l'action du chlore et des chlorures. In Arch. fur Pathologie, Anatomie. Berlin, t. XVIII. — Delioux de Savignac. De l'efficacité du chlore contre les engelures. In Bull. gén. de thérap., t. LXIV, 1863. — Mérat et De Lens. Art. Chlore, in Dict. univ. de mat. méd., t. II. — Trousseau et. PiDoux. Art. Chlore, in Traité de thérap. et de mat. méd. — Gubler. Art. Chlore, in Comment, thérap. du Codex. — Barrallier. Art. Chlore, in i^ouv. Dict. de méd. et chir. prat., 1867, t. VU. D. DE s.
CHLORÉTBER. § I. Chimie. En faisant réagir le chlore sur l'éther anhydre ou obtient plusieurs produits de substitution dont voici les formules :
CHLOREUX. G27
Ether chloré ou chlorétlieral. 2(C*H*C10^).
Éther bichlorc 2(C/IPCTO^).
Éther perchloix' 2(C*CTO2).
Le premier, dont l'existence n'est pas absolument certaine, paraît avoir été obtenu par Dorcet, en faisant réagir le chlore sur de l'hydrogène bicarboné, préparé par l'acide sulfurique et l'alcool, et renfermant sans doute des vapeurs d'élher. En distillant la liqueur des Hollandais, produit principal de la réaction, on trouve dans la cornue un liquide d'apparence huileuse, bouillant à la température de 180°. C'est le chlorétheral ou éther chloré. C'est un liquide incolore Irèsfluide, d'une saveur douceâtre et d'une odeur éthérée. Densité de vapeur = 4,95.
Éther bichlore. On l'obtient en faisant passer un courant de chlore dans de l'éther refroidi. Il se dégage beaucoup d'acide chlorhydrique, qui, en réagissant sur l'éther, foritie de l'éther chlorhydrique. Au bout de quelque temps le déga gement de ces corps se ralentit, et on est obligé d'élever la température jusqu'à 30" pour terminer la réaction. On obtient ainsi pour résidu un liquide jaune, fumant, très-acide, que l'on lave avec de l'eau et que l'on fait dessécher dans le vide ; l'éther bichlore ne peut pas être distillé, car il se décompose avant l'ébullition, en brunissant et en dégageant beaucoup d'acide chlorhydrique. Sa saveur est douce, et son odeur rappelle celle du fenouil.
Éther perchloré. Ce corps prend naissance eu faisant passer pendant fort longtemps un courant de chlore dans de l'éther anhydre exposé aux rayons solaires. Au bout d'un certain temps, on voit apparaître dans le liquide des cristaux, dont le nombre augmente rapidement; on les purifie par des cristallisations dans l'alcool ; ces cristaux ont la forme d'octaèdres à base carrée. L'éther perchloré a une odeur qui rappelle celle du chloral.
Il entre en fusion cà 69" et se décompose vers 300" en chlorure de trichloracétyleet en sesquichlorure de carbone. Lutz.
§ II. Emploi médical. Les éthers monochloré et bichlore sont employés comme anesthésiques locaux, habituellement sous forme d'une pommade contenant 4 ou 5 grammes d'éther pour 30 grammes d'axonge : mais ils sont rarement livrés à l'état pur, et contiennent des chlorures d'éthyle. Leur action est d'ailleurs assez inceiiaine. D.
CHLOREUX. Acide. ClO^. C'est un gaz d'une couleur jaune verdâtre, qu'un refroidissement de — 20" est incapable de liquéfier ; son odeur est irritante, il détone avec la plus grande facilité, et est par conséquent dangereux à manier. Il est soluble dans l'eau qui, à la température de 10", en dissout plus de dix fois son volume ; la solution, d'un jaune d'or foncé, possède un pouvoir décolorant intense. Le soufre, le sélénium, le phosphore, l'arsenic décomposent le gaz acide chloreux avec détonation. Sa densité est égale à 2,646.
On obtient le gaz acide chloreux en faisant réagir l'acide arsénieux sur l'acide chlorique mis en liberté par l'action de l'acide azotique sur le chlorate de potasse. On mélange exactement trois parties d'acide arsénieux avec quatre parties de chlorate de potasse, le tout réduit en poudre fine ; à ce mélange on ajoute assez d'eau pour en faire une pâte liquide à laquelle on ajoute douze parties d'acide azotique, étendu de quatre parties d'eau ; on introduit le liquide dans un petit ballon, auquel on adapte un tube de dégagement, et que l'on remplit jusqu'au col. En chauftant ce ballon, au bain-marie, à la température de 50", eu prenant
628 CHLORHYDRINES.
la précaution de l'entourer d'un linge plié en double, pour éviter les accidents pouvant résulter d'une explosion, la réaction connnence, et ce gaz se dégage. La réaction qui lui donne naissance peut être exprimée par l'équation suivante :
AzO^HO +