‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V 16Chapitre 35 sur 49 · ANNÉES · texte numérisé non relu

ANNÉES

MALADES

SUR 1000 11. PAR AKNÉE.

MOUTS sïRlOOO i-An AssfîE.

1818 et 1819, 20 et 21 de 1817 à 1863 de 1817 à 1857 de 1817 à 1827

Id.

Id.

Id.

Id.

de 1859 à 1863

Irt.

Id.

Iles Ioniennes

Malte

Gibraltar

Bermudc?

Nouvclle-Écosso

Canada

Anf^lcterre

Nouvelle-Zélande

Sainte-Hélène

[tahama

Ces documents recueillis pour défendre l'opinion de l'identité du choléra simple et du choléra indien, confirment ce qu'on sait du peu de gravité du choléra simple qui survient le plus souvent comme un accident provoqué par l'impression brusque de l'air froid ou l'ingestion de boissons glacées sur des personnes soumises à des chaleurs violentes.

Quarin attribue le développement du choléra à Vienne, dont il a observé plus de cent cas aux alternatives de la chaleur excessive du mois d'aoiit et au froid relatif de la nuit. En 1825, les cas de choléra survenus après l'ingestion de boissons glacées se multiplièrent en assez grand nombre à Paris ]Jour que l'autorité municipale nommât une commission chargée d'examiner si les boissons glacées ne con tenaient aucune substance toxique {Bull, des scienc. méd. de Férussac, t. YI, p. 34, sept. 1825).

A la Nouvelle-Orléans, le choléra survient très-souvent chez les nègres qui ont fait abus de boissons glacées (Guérard, Briquet, Mém. cité, p. 91).

L'action nuisible des aliments lourds et indigestes sur des hommes épuisés par la chaleur et les fatigues militaires, rappelle l'observation d'Hippocrate : « Bias le pugiliste, naturellement gros mangeur, tomba dans une affection cholérique après avoir usé de viandes succulentes » (Épid. liv. V. p. 247).

Sydenham remarque que l'indigestion n'appartient pas à l'histoire de la maladie que nous étudions. 11 en est de même de l'empoisonnement, quand on arrive à déterminer la substance toxique. Le lait provenant de vaches ayant brouté des végétaux vénéneux peut produire des accidents qui se confondent avec ceux du choléra simple. 11 en est de même des eaux altérées par leur infiltration dans un sol contenant des matières organiques : une épidémie produite par cette cause à régné en 1869 dans la caséine de Périgueux. Enfin c'est encore à un empoisonnement qu'il faut rapporter le développement du choléra lié au méphitisme de l'air des marais; relation qui explique sa fréquence en Hollande et autrefois en Angleterre,

elle fait suivant, cité par Searle [London médical Gazette , 1829, t. IV, p. 375). Un égout ayant été vidé dans une école d'enfants, le contenu, d'une odeur trèsfétide fut déposé dans le jardin; sur trente enfants, vingt furent atteints du choléra deux jours après et deux moururent.

En résumé, si Ton joint aux causes précédentes l'action d'une'émotion morale, on peut grouper les causes du choléra sous deux chefs principaux : l'action d'une substance excitante : poison, eau glacée, eau altérée, méphitisme de l'air ; d'un .'' autre côté l'excitabilité du tube digestif exagérée par la chaleur atmosphérique ; et une tendance aux flux séreux préparée par des sueurs excessives {diarrhea à sudore) .

Le choléra attaque tous les âges, mais son maximum de fréquence correspond à l'âge adulte.

Symptômes. Le choléra simple peut se manifester sous une forme légère; cholérine simple {diarrhea cholerica, Juncker). Son début est brusque; le malade est presque toujours réveillé par une sensation pénible qui rappelle le malaise de l'indigestion, par des borborygmes bruyants et des envies d'aller à la garde-robe : les selles, composées d'abord de matières alimentaires, deviennent bientôt liquides et presque complètement aqueuses. Elles sont d'ailleurs rendues sans ténesme et sans fatigue; le ventre estmou, flatulent sans douleur; les forces sont bien conservées; la soif est modérée; les urines sont diminuées de quantité. Dans cette forme légère, les malades peuvent n'éprouver qu'un malaise compatible" avec la continuation de leurs occupations, bien que le caractère dominant de cette indisposition soit à la fois la persistance et la tendance à récidiver sous l'influence ■des fatigues et des écarts de régime.

Dans la forme grave, au flux séreux intestinal se joignent des vomissements fréquents et opiniâtres, des douleurs et des contractions d'estomac, une soif vive, ■un malaise fortement accusé. Les selles se répètent au nombre de quinze à vingt en quelques heures, laissant après elles de la faiblesse, de la lassitude ; les extrémistes se refroidissent, le pouls est petit et fréquent, des crampes douloureuses accompagnent les coliques intestinales. Le mal s'aggravant, les yeux s'entourent d'un cercle noir, paraissent enfoncés dans l'orbite, les urines se suppriment. Les vomissements et les selles sont composés de matières aqueuses contenant des flocons albumineux et épithéliaux (selles rizacées); un malaise profond s'empare du malade, qui s'agite ou se ramasse sur lui-même dans une anxiété fatigante. Le ventre est douloureux, rétracté par la contraction des muscles de l'abdomen. Les mollets, les avant-bras, les pieds, les mains sont roidis par des crampes douloureuses. Le pouls est à peine perceptible aux extrémités, la voix est éteinte, les urines supprimées. Il est rare d'ailleurs que cet état, si menaçant qu'il soit, ne se dissipe pas en quelques heures par l'apaisement progressif des accidents ou leur ■ cessation à peu près complète après un sommeil de quelque temps. D'ailleurs; les accidents primitifs dissipés, à part l'imminence d'une dysenterie chronique consécutive, dans les climats oii cette maladie est endémique, la réaction dans le choléra simple de l'adulte ne s'accompagne pas des congestions inflammatoires, si graves dans le choléra asiatique ; lorsque la maladie se termine par la mort, c'est par l'accroissement progressif des accidents de collapsus chez les personnes affaiblies par une maladie antérieure (Griesinger). Les forces baissent, les mouvements du cœur deviennent de plus en plus faibles et fréquents, l'aspect cadavérique du visage exprime la plus profonde souffrance, et le malade succombe dans la stupeur ou en proie à un délire ultime.

La durée du choléra simple ne se prolonge pas au delà de quelques heures, •excepté cbez les enfants chez lesquels la maladie est l'expression d'une altération spéciale de l'estomac et des intestins : le ramoUissement aigu de la muqueuse, (Cruveilhier) , affection terrible presque exclusive à la première enfance, surienant à la suite d'une mauvaise alimentation ou d'un sevrage prématuré.

D'ailleurs, comme dans la forme légère, il y a une tendance remarquable à h récidive, et les malades restent d'autant plus longtemps languissants et affaiblis <[ue les accidents ont été plus graves.

Lepecq de la Clôture et Mignot, ont constaté, pendant la convalescence du choléra simple, l'apparition d'éruptions mal déterminées comme lésions, mais semblables à celles qui se produisent dans le choléra épidémique. Ces éruptions sont ouérythémateuses, ayant l'apparence de la roséole, ou furonculeuses.

Diagnostic. Le choléra simple, considéré comme expression d'une irritation gastro-intestinale avec douleurs associées et mouvements réflexes, peut être le résultat commun de causes diverses : une indigestion, un empoisonnement, une •constitution médicale saisonnière ou épidémique. Orfila a cité un cas d'empoisonnement par l'oronge vénéneuse ayant produit un véritable choléra avec crampes douloureuses et rétraction des membres ; l'arsenic peut entraîner la mort en quelques heures, sans autres symptômes que des vomissements, des douleurs épigastriques, des déjections alvines* du refroidissement, des crampes. En 1852, j'ai observé à Blidah des accidents cholériques survenus tout à coup sur tous les membres d'une famille ayant déjeuné avec du lait, qui ne contenait aucune substance minérale, mais qui provenait très-probablement de vaches ayant brouté quelque substance toxique.

Les renseignements fournis par le malade et son entourage, le sentiment d'âcreté à la gorge, les pétéchies sont, dans les empoisonnements minéraux, les •éléments suffisants d'un diagnostic qui peut être vérifié d'ailleurs par l'analyse «himique.

La fièvre pernicieuse peut se produire avec l'ensemble des symptômes les plus graves du choléra simple. L'existence d'une constitution médicale en rapport avec l'influence d'un pays marécageux et d'une température atmosphérique élevée ; la constatation d'accès simple ou pernicieux antérieurs, l'engorgement de la rate, enfin cet affaissement absolu des forces si justement signalé comme caractéristique par Bailly, suffisent pour attribuer à leur cause véritable des accidents qui, suivant l'expression de Torti, se développent peu à peu comme le petit tigre qui ne montre pas tout de suite toute sa férocité.

La question capitale du diagnostic du choléra simple est celle de l'identité ou •de la non-identité de la maladie avec le choléra indien, question souvent mal posée et examinée dans le sens purement littéral des expressions choléra sporadi- ■que et de choléra épidémique.

Au fjoint de vue pratique, on doit reconnaître que presque tous les symptômes ■du choléra indien peuvent être observés dans le choléra simple. Je me rappelle, dit Lawson {mém. cité), avoir observé aux Indes occidentales, à Sierra Leone en particulier, des cas de choléra sporadique dans lesquels les selles aqueuses, le refroidissement de la peau, l'absence de pouls, la suppression des urines, la perte de la voix, ne permettaient pas d'établir de différence avec le choléra indien. Griesiiiger (p. 543), reconnaît queles symptômes ne suffisent pas pour établir un diagnostic différentiel dans certains cas gravesdecholérabilieux; pour Mader (Des formes gravesdu choléra nostras, Wiener med. Wochenschrift^ 1867-71), il n'existe

lu CHOLÉRA.

qu'un signe diagnostique certain, patliognomonique, à savoir la présence des globules (le pus dans les selles des malades atteints de choléra noslros, globules qui manquent toujours dans les selles des malades atteints de choléra asiatique. En général, la question pratique est résolue facilement par la nature des déjections, qui sont le plus souvent bilieuses dans le choléra siaiple ; par la persistance de la sécrétion urinaire, et surtout par le rétablissement rapide du malade, qui ne passe pas par la série des accidents de la réaction particulière au choléra indien.

Lorsque les formes de deux affections se confondent assez pour qu'il y ait doute sur la nature du mal, c'est le plus souvent par la considération d'une épidémie de choléra asiatique ou présente ou imminente qu'il est facile de résoudre la question. Il est même probable qu'une épidémie de choléra asiatique peut laisser après elle des germes qui développent quelque temps après des cas isolés qu'il est logique d'attribuer à une influence spécifique. De 1809 à 1848. 1832 excepté, il n'y eut de décès cholérique à Paris qu'en 1834 et 1835, vingt-six dans chacune des deux années, cinquante-deux en tout (Trébuchet, statistique des décès de la ville de Paris de 1809 à 1 848. Aim. cVhyg.publ. et de méd. lég. t. XLII, XLllI, XLIV). N'est-il pas rationnel de les attribuera l'épidémiede 1852? La question sembleen effet résolue, parce qu'on a constaté en Angleterre, de 1838 à 1849; en Russie, de 1853 à 1861 ; enSuède,de 1853 à 1860 ; cette prolongation des épidémies de choléra par des cas isolés ou petites épidémies est aujourd'hui démontrée . En 1 869 , deux ans après que l'épidémie de choléra semblait éteinte en Europe, plusieurs cas de choléra furent signalés, verslatin d'août, à Kiew, parmi des ouvriers armuriers. Les médecins les considéraient d'abord comme des cas de choléra nostras, mais leur nombre et leur gravité s'étant accrus jusqu'à donner cent douze décès en deux mois, il devint manifeste qu'on avait affaire à une de ces réapparitions soudaines de l'épidémie antérieure, et non à une épidémie de choléra nostras. La difficulté vient, comme le dit M. Bouillaud (Bull, de l'Acad. de médec, t. I, 2^sér., p 169), de ce que, tout en reconnaissant la spécificité de la cause du choléra, ses effets se confondent avec ceux que produisent les causes ordinaires; elle vient aussi de la confusion que jettent dans notie esprit les expressions : sporadique, endémique, épidémique, entendues en un sens trop absolus.

Aux Indes, un cas de choléra isolé est comparé facilement et rapporté aux épidémies antérieures ; les épidémies régionales se rattachent de même aux grandes épidémies. Tout semble prouver aujourd'liui qu'il faut envisager au même point de vue les recrudescences locales et les cas isolés reliant entre elles les épidémies. D'ailleurs, si au lit du malade les différences ne sont pas toujours suffisamment tranchées, on n'est pas plus autorisé à affirmer que tous les symptômes du choléra répondent à une maladie identique en quelque lieu et en quelque temps qu'ils se produisent, qu'on n'est autorisé à confondre, par suite de l'analogie de l'apparence extérieure, une indigestion et un empoisonnement par l'arsenic. Dans le choléra simple, le mal est superficiel ; malgré l'apparence menaçante des symptômes, laguérison est la terminaison la plus fréquente ; Il n'y a pas de transition entre les accidents passagers qui les caractérisent et la convalescence complète. Dans le choléra épidémique, au contraire, les cas individuels se rattachent à une épidémie présente ou antérieure, dont on peut faire remonter l'origine jusqu'à son point de départ dans l'Inde ; la gravité n'est pas apparente mais essentielle : la mabidie allant porter atteinte aux actes les plu intimes de la vie organique, et la période algide épuisée se développant par une série d'actes morbides qui décèlent une intoxication profonde de l'organisme-

Pronostic. Le pronostic du choléra simple est généralement favorable, c'est par exception que la maladie devient unecausede mort et presque toujours par le fait de complications. Forestus, Lazare Rivière, Sydenhani, F. Hofimann ajoutent invariablement à la mention de la gravité apparente cette restriction : ceux qui demandent des secours échappent presque tous. Le docteur Lawson, qui a relevé la mortalité du choléra dans l'armée anglaise, de 1817 à 1865, ne produit que des chiffres de décès très-bas en dehors des années comprises dans les irruptions générales.

. Le pronostic se fonde principalement sur l'âge, l'état de santé antérieur, les signes principaux.

Le docteur Parrish (Remarks on the Prophylaxie and Treatment of Choiera infantium, in the North and Surgical Journal, 1826) a appelé l'attention des médecins sur la gravité du choléra dans le premier âge. Trousseau, Bergeron ont confirmé cette première constatation; la maladie n'est dangereuse que pour les persoiuies les plus jeunes et les plus âgées. Sur soixante quinze cas de choléra sporadique observés par M. Mignot (Gaz. hebdoni. 1865), il n'y eut que quatre décès; trois chez des entants, le quatrième chez un vieillard de soixante-sept ans; la gravité du mal est généralement en rapport avec le degré du refroidissement, la petitesse du pouls, la constriction précordiale et la syncope. Chez l'enfant, avec la persistance des accidents.

Anatomie pathologique. L'anatomie pathologique du choléra simple, lorsqu'elle ne confond pas les lésions particulières à cette affection avec des lésions organiques antérieures, comme l'ont fait Portai et Blanchi, n'ajoute aucune donnée qui permette d'attribuer les accidents nerveux du choléra à une lésion déterminée.

J. Brovv-n (Cydopœdia of Practical Medicine, t. I, 1855) n'a trouvé aucune altération anatomique appréciable. Gielt (On Choiera, 1855), Ferrus, Andral, Daimas reconnaissent que les indications vagues mentionnées par les auteurs sont de nulle valeur comme preuves d'une trace matérielle de la maladie.

Griesinger donne les résultats de deux autopsies (Traité des maladies infectieuses, p. 544, Paris, 1868), encore ces faits manquent-ils de détails suffisants jiour détruire toute espèce de doute sur la filiation de la maladie avec le choléra indien. Dans le premier cas, le cadavre était encore chaud après vingt-quatre heures ; les doigts, les ongles étaient d'un bien noirâtre, les os du crâne congestionnés... les plèvres étaient humides et visqueuses, le cœur était rempli de caillots foncés épais, formés de grumeaux de fibrine ; le foie était petit mou, anémié; la vésicule biliaire remplie d'une bile épaisse d'un brun obscur.

La muqueuse gastro-intestinale généralement injectée présentait une tuméfaction des follicules isolés et des plaques de Peyer ; les reins étaient augmentés de volume; la substance du rein gauche était blanchâtre, parcourue par des arborisations vascuLiires. Dans la vessie, il y avait quelques gouttes de mucus sans urine.

Dans le deuxième cas, le cadavre ne présentait pas extérieurement l'aspect des cadavres des cholériques ; le sang du cœur était d'une coloration très-foncée, d'une consistance sirupeuse et sous la forme de caillots spongieux; le foie était petit, anémié ; les reins sans lésion de la substance corticale, l'estomac et les intestins sans altération spéciale.

En 1871, M. le docteur A. Laveran a observé les lésions suivantes chez deux malades morts de choléra nostras à l'hôpital militaire Saint-Martin :

Premier malade. Le cadavre est dans la rigidité la plus complète, les bras

sont croisés sur la poitrine dans une position tout à fait naturelle ; la peau a une teinte bleuâtre aux extrémités. La muqueuse stomacale est vivement injectée, il y a même quelques ecchymoses. La muqueuse de l'intestin grêle est injectée par places, mais la lésion la plus remarquable consiste en une psorenlene trèsabondante, confluente au-dessus de la valvule de Bauhin, et remontant très-haut dans l'intestin grêle. Les plaques de Payer sont intactes. Surla muqueuse du gros intestin, quelques arborisations vasculaires. La rate, les reins, le to;e sont à l'état sain. Le cœur droit renferme du sang poisseux, gelée de groseille, les caillots sont très-mous. Poumons sains.

Deuxième malade. Le cadavre est émacié, la peau est violacée à la face surtout et aux extrémités. L'estomac et les intestins sont distendus par des gaz. La muqueuse stomacale est vivement injectée ainsi que celle de l'intestin grêle. Psorenterie très-marquée, très-abondante, principalement au-dessus de la valvule de Bauhin; les plaques de Peyer sont intactes. La muqueuse du gros intestin est injectée par plaques. Rien à la rate, au foie, ni aux reins. Les poumons et le cœur ^ont à l'état sain.

On voit que la psorenterie ne peut pas être considérée comme le caractère anatomique du choléra indien, elle se rencontre dans un grand nombre de maladies différentes: choléra l^imple, variole, scarlatine, méningite cérébro-spinale, fièvres pernicieuses à forme cholérique, etc. Mais de ce que la psorenteiie existe dans le choléra simple comme dans le choléra indien, il ne faut pas conclure que les lésions anatomiques sont les mêmes dans ces deux maladies si analogues au point ■de vue de la symptomatologie, si dissemblables au point de vue de l'étiologieetde la gravité. On ne rencontre dans le choléra simple ni la desquamation épithéliale, qui s'observe dans le choléra asiatique ni l'infiltration des tuniques intestinales qui ont perdu leur épithélium protecteur ; nous reviendrons sur ces lésions à propos de l'anatomie pathologique du choléra indien, et nous montrerons que leur importance est bien plus grande que celle delà psorenterie.

Traitement. Malgré l'entraînement de l'esprit de doctrine, Sydenham a donné la vraie méthode du traitement du choléra. L'expérience et la réflexion m'ont appris, dit-il, qu'il ne fallait pas évacuer par des purgatifs les humeurs acres qui causent la maladie, et que ce serait jeter de l'huile sur le feu, d'autant que l'action •du plus doux purgatif augmentait le trouble et le désordre... Si, au moment de l'arrivée du médecin, le malade est déjà épuisé par des vomissements et des déjections, il faut, sans s'amuser à aucun autre remède, recourir incessamment au laudanum.

Personne n'admet plus aujourd'hui, avec les médecins grecs et les contemporains de Sydenham, qu'il faille favoriser l'expulsion d'une bile altérée, ni qu'il y ait danger de renfermer le loup dans la bergerie en s'opposant à l'évacuation naturelle des humeurs ; le traitement du choléra consiste à opposer des sédatifs aux troubles nerveux dont le foyer principal est dans le tube digestif.

Dans les formes légères, le repos au lit, la diète, des applications chaudes sur le "Ventre, des boissons légèrement excitantes, comme les eaux gazeuses, suffisent en général pour apaiser un orage passager.

Dans la forme diarrhéique (cholérine simple), l'eau de riz aromatisée, les lavements d'eau amidonnée, additionnés de quinze à vingt gouttes de laudanum, les potions laudanisées conjurent promptement des accidents qui ont de la tendance à se reproduire lorsque les malades sont exposés trop tôt aux fatigues ou aux influences d'une alimentation j.rossière.

Dans les formes graves, lorsque les vomissements dominent, s'accompagnent de crampes, d'anxiété, d'oppression épigastrique ; il faut insister sur la médication tempérante. On donne au malade des boissons frappées à la glace prises en petite quantité^, de petits fragments déglace, des eauxgazeuses, des boissons tempérantes agréables au goût. On administre en même temps des préparations sédatives telles que l'opium associé à l'éther, les sels de morphine. Ou associe à ces moyens les applications émollientes sur le ventre, les frictions huileuses et opiacées sur les membres endoloris par les crampes.

M. Menard{Ga3. méd. de Paris, 1852), qui a réglé d'une manière personnelle le mode d'administration de l'opium, n'admet que l'extrait aqueux et rejette le laudanum deSydenham; il conseille d'administrer l'extrait par doses de cinq à dix centigrammes tous les quarts d'heure jusqu'à cessntion complète des vomissements. Évidemment, ces formules particulières n'ont d'autre valeur que de déterminer une indication qui peut être aussi bien rem[ilie par des préparations plus facilement absorbées. Grisolle s'est demandé si, dans les cas graves, l'injection hypodermique des sels de morphine au moyen de la seringue de Pravaz ne pourrait pas être indiquée. Il est douteux que l'urgence s'en fasse jamais sentir.

L'algidité du choléra simple ne m'a jamais paru réelle, et il ne m'est jamais venu â la pensée d'employer pour la combattre les moyens mis en usage dans le choléra asiatique. Quant à la réaction, elle serait plus justement appelée sédalion : dans le choléra simple, elle ne comporte donc que le repos, auquel le malade se livre d'ailleurs avec bonheur. La convalescence doit être surveillée au point de vue de la tendance aux récidives.

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11. Choléra ASIATIQUE ou indien. Synonymie. Les noms les plus anciens consacrés par les écrits sanscrits pour désigner le choléra sont ceux de : Medso-neidan

ou Medno-neidan, maladie particulière aux rives du Gange, et celui de Chiutamoney, plus particulièrement employé pour désigner une maladie se manifestant par des vomissements et des garde-r,obes. Les commentateurs de Snsrutas se ser- ■ vent dans le même sens du nom de Bisoucliika dont Ainslie donne la synonymie suivante : Chirdie-ragoum (sanscrit) ; Ennétoum-Yandie (tamoule) ; Vandie (telinga) ;Dunklugna (dnkkanie) ; le nom de Murry ou Mourry, dérivé des dialectes ; primitifs et non du sanscrit, est usuel depuis les temps les plus reculés, il en est de mèmede Moresliy, dont on a fait Mordexy en portugais, et mort-de-chien en ' français. Les Perses appellent le ciioléra Oiieleb, les Arabes Hachaisa, les Chinois / Ho-luan; le mot choléra, compris par tous les peuples modernes, est souvent remplacé par les noms suivants: Galdesot (danois), Gallsjuka (suédois), Choriiaix coleen, maladie noire (russe), Brechruhr (allemand).

Les noms de maladie bleue, maladie noire n'ont qu'une signification vulgaire, ceux de typhus indien ou de peste indienne doivent être écartés comme pouvant entraîner à confondre avec le choléra une pcsle véritable observée en 1817 et en 1836 à Kutch età Gusarate. Baumes a proposé le nom de Gholerée; Bailly, celui de Choladrée lymphatique; Serres, celui de psorentérie ou psorentérite; S. Pinel, celui de trisplanchnie.

Définition. Le choléra est une maladie pestilentielle dont le foyer originel est dans l'Inde ; les moyens de propagation dans les communications humaines ; l'ex pression phénoménale dans des évacuations profuses par l'estomac et les intestins, l'algidité, la cyanose et des troubles secondaires de la réaction.

Choléra endémique dans l'Inde. Tandis que dans les autres contrées du globe le choléra se produit comme une maladie accidentelle, passagère, sans gravité; dans l'Inde se trouve le foyer permanent d'une épidémie aussi redoutable par sa marche rapide, et sa terminaison si souvent funeste que par sa tendance à s'étendre sur place et à se propager au dehors. Contrairement à une opinion qui a cherché à se faire jour dans ces dernières années, les causes d'insalubrité auxquelles il faut attribuer l'endémie ne sont pas particulières à notre époque, et si l'épidémie de Jessore (1817) signale le commencement d'une grande irruption du mal en dehors de son foyer originel, on ne peut, sans méconnaître les témoignages fournis par les plus anciens monuments sanscrits, considérer le choléra comme une maladie nouvelle.

Sclinùrrer, Ainslie, W. Scott, Wise (Commentary ofthe Indu System of Medic), le D''Gaskain {Brit. andFor. Medic. Chir. Review, 1817), Tholozan {Gaz, méd., 1868), ont établi sur des preuves multipliées que l'endémicité du choléra dans l'Inde remonte à l'antiquité la plus reculée.

Si les fragments des Ayur Vedas, qui contiennent des renseignements sur les connaissances médicales des Indous, ne mentionnent pas le choléra, Wise a trouvé dans les traductions tamoules les traits principaux de la maladie : les lèvres, les dents et les ongles noirâtres, l'insensibilité et les vomissements fréquents, les

yeux enfoncés, la voix faible et surtout la connaissance de la gravité de la

maladie exprimée par la sentence suivante : Quand le malade est dans cet état, on peut l'emporter au bûcher, il ne guérira pas.

Ce passage est attribué à Susruta, dont le nom se trouve dans les Arabes du

septième siècle et qu'une tradition toute mythologique donne comme l'élève de

Kasiraja, lequel aurait appris la médecine de Deventary, personnage divin comme

l'Esculape des Grecs.

, Dans un autre ouvrage traduit par un Indien nommé Ram-Baz, attaché au

collège de Madras, le choléra est décrit sous le nom de Sitaya et la maladie classée au nombre des paralysies spasmodiques.

L'académie des sciences de Lisbonne a publié sous le nom de Lendas da India des documents dus à Gaspar Gorrea, dans lesquels le docteur Gaskain a retrouvé ce passage dii à Gristoval d'Acosta, dont le séjour dans l'Inde date de la moitié du seizième siècle :

« Il est fréquent d'observer dans l'Inde, à Morshy, une maladie épouvantable et virulente. Les Arabes l'appellent Hacliaisa (corruption du mot Heizch ou Alheizch, employé par Rhazès, Avicenne et les médecins arabes pour désigner le choléra). » Les mêmes documents contiennent le passage suivant :

« En 1 545, il y eut à Goa une épidémie qui sévissait à la fois sur les hommes et les animaux (les bestiaux, les poules) on l'appelait Moryxy ; il y avait des crampes, les ongles des pieds et des mains étaient noirs, les malades vivaient tout au

plus un jour ou un jour et une nuit Sur cent malades il en échappait à peine

dix. »

Garcia d'Orta, savant médecin qui vivait à Goa vers 1543, y a fait imprimer en 1565 un ouvrage intitulé : Les simples, les drogues et les médecins de l'Inde. Dans un dialogue de cet ouvrage, intitulé : Cholerica passio, il insiste sur la gravité (atale du choléra, parle de ses symptômes et signale l'aspect des évacuations qui sont composées d'eau qui n'est ni amère ni acide. (Voir pour Ihis-

toire de l'antiquilé du choléra dans l'Inde, les articles remarquables publiés dans la Gazette méd. de 1868).

lioiitius (J. Bontii in Indiis archiatri de medic. Indorum, liv. lY) était en 16'J9 médecin de la compagnie des Indes à Batavia ; il ne fait pas mention d'épidémie étendue aux îles Moluques, mais il parle du choléra comme d'une maladie grave :

« Tamen quia cum tanta quantiiate simul effunduntur spiritiis vitales et naturales, debilitato quoque per fœdos halitus corde, caloris omnis, ac vitœ fonte, ut plurimum commoriuntur œgri, id que celerrimè iitpote qui intra vigenti quatuor horas vel etiam pandores expirent, ut accidit inler plurimos, Cornelio Van Royen, œgrorum in nosocomio œcononio, qui horasexta vesperina, adliuc valens, subito choiera correptus, et ante duo decimam noctis horam vomendo simul ac per alvum decijiendo, cum diris cruciatibus ac convulsionibus miserrimè expiravit. »

En 1634;, i! date de Batavia une lettre de faire part de la mort de sa seconde femme, qui avait succombé à une atteinte de choléra qui sévissait à Batavia comme la peste en Europe (Pop, Recherches historiques sur le service de santé à bord des bâtiments de la compagnie des Indes).

D'après Schnurrer, le choléra aurait régné épidémiquement aux environs d'Arcot, présidence de Madras, de 1656 à 1657.

Paysley et Gurtis rapportent au choléra une épidémie qui aurait frappé l'armée d'Aurengzeb en 1656 et 1657 pendant le siège de Berjapoore.

Au siècle suivant, les guerres des Français et des Anglais pour la possession de l'Inde multiplient les occasions d'observer la maladie et le nombre des témoignages. Lebegue de Presle a fait connaître une épidémie partielle qui en 1761 ravageait le nord de l'Hindoustan et qui fit périr 3000 nègres et 800 Européens parmi les troupes.

En 1774, le docteur Paisley notait, dans son rapport daté de Madras, que le choléra est souvent épidémique chez les indigènes, qu'il fait périr très-prompte-

ment : un empoisonnement subit cause une piostration rapide ; il y a des spasmes des intestins et des membres, Ja peau est froide, le pouls très-faible.

Sonnerat {Voyage aux Indes orientales et à la Chine. Paris, 1782) raconte qu'il règne aux Indes une maladie épidémique qui enlève en 24 heures et quelquefois moins ceux qui en sont attaqués Cette affection fit périr, de 1768 à 1771, plus de 60,000 personnes de Clieringam à Pondichery; V épidémie qui suivit fut des plus terribles : « les mains étaient froides, ainsi que les oreilles, le visage était allongé, l'enfoncement de la cavité de l'orbite était le signe de la mort ; ce qui les faisait le plus souffrir était la soif ardente. »

Les rapports militaires du docteur Folly donnent les mêmes renseignements pour Tranquebar en 1780; le docteur Konig, en 1782, emploie l'expression morbum periciilosissimum pour déngner la maladie.

De 1769 à 1783 le choléra régnait avec la même gravité sur les indigènes et les troujies eurojiéennes dans la vallée d'Anibore, au sud-ouest de Madras. De 1757 à 1770 dans le district d'Arcot, situé sur les contre-forts des Gatlies. De 1781 à 1782, à Condjum. Dans les eircars du nord en 1790.

Au mois de mars 1781, il envahit le corps d'armée commandé parle colonel d'artillerie Pearse, après une marche de six heures sur la côte de la mer pour rejoindre vers les eircars du nord l'armée de sir Eyre Coote.

Sur un elïectif de 5,000 hommes environ, 700 moururent dans les premiers jours, 500 durent être laissés en arrière. Des hommes en bonne santé jusque-là tomb.iient morts par douzaines, et ceux qui étaient moins gravement atteints étaient morts ou sans espoir de guérison en moins d'une heure; les spasmes des exliémilés et du ironc étaient terribles (Martins, The Influence ofTrop. Clim., Lond., 1861, p. 294).

En 1782, la mort-de-cbien ou les crampes régnaient sur la flotte de sir Ed. Hughes.

En 1782, Gurtis et Girlestone l'observaient à Madras de juillet à septembre sur la flotte et les troupes récemment débarquées par sir Burgoyne.

S. W. Scott, dans un rapport au conseil de santé du Bengale, a décrit le désastre survenu à Hurdwar en avril 1783. C'était l'époque du grand pèlerinage qui rassemble tous les douze ans, vers la pleine lune d'avril, plus d'un miUion de pèlerins qui, le plus souvent mal vêtus et sans abri, passent les jours et les nuits par une température extrêmement variable sur les bords du Gange. Dès le commencement des cérémonies expiatoires, le choléra éclata avec une telle violence qu'il fit plus de vingt mille victimes. D'ailleurs le fléau, limité à un foyer circonscrit, n'atteignit pas Jawalpore, situé à 22 kiloin. environ à l'ouest d'Hurdwar, et disparut quand les pèlerins se fuient séparés.

En 1787, le choléra se montie de nouveau à Arcot et à Villore (province de Madras), également meurtrier chez les troupes et les indigènes; la plupart des malades étaient emportés en douze heures (Dnffin).

En 1790, une épidémie se déclaia sur les troupes anglaises qui traversaient les eircars du nord ; en 1795, le choléra ravagea l'aimée d'observation cantonnée dans la province de Madras (W. Scott). D'après Cruishand, Orton, il est permis de relier aux épidémies précédentes la grande irruption de 1817, qui s'y rattache par une suite non interrompue d'épidémies partielles.

De 1817 date une des irruptions les plus ~énéialisées et les plus terribles. C'est à Jessore que, suivant Jameson, on vit des milliers de personnes périr en quelques jours ; des gens qui paraissaient en pleine santé quelques heures aupara-

vant, tombaient éto\irdis dans la rue, et expiraient quelques instants après. Suivant le docteur Tyler, la violence du mal fit méconnaître les premiers cas. C'est d'après ce témoignage que le docteur Kiehl {Ursprung und die Verhûtung der Seuchen, Origine et prophylaxie des épidémies éclaircies par l'histoire du choléra, 1865) a cru pouvoir établir une doctrine nouvelle qui rattache toutes les épidémies antérieures à 1817 au choiera bilieux, et date de cette époque l'apparition d'une maladie nouvelle caractérisée par sa tendance à se propager et à s'étendre au dehors.

Au point de vue de la géographie médicale, l'Inde, foyer originel du cI;oléra, présente, avecTÉgypte, foyer originel de la peste, des analogies frappantes. L'Egypte doit à la fois sa fécondité et son insalubrité aux pluies équatoriales qui entraînent sur tout le parcours du Nil un limon inépuisable arraché aux hautes terres de l'Afrique; l'Inde prolonge jusqu'au cap Comorin une vaste presqu'île au milieu d'un océan équatorial dont les vastes courants aériens vont se briser sur l'Himalaya et le Népaul pour éclater en orages et en pluies diluviales sur un sol sans cesse bouleversé et creusé de mille cours d'eau.

Le climat de l'Inde est à la fois excessif pour la chaleur et l'humidité. A Madras, à Pondichéry , les maxima du thermomètre oscillent entre 40 et 46, 8 degrés (Humbold). Au Bengale, il tombe 210 centimètres d'eau.

D'ailleurs, les vents les plus rapides, les orages les plus violents ajoutent aux conditions extrêmes de la température ordinaire. L'état de l'atmosphère est ïT'^^A par les vents périodiques appelés moussons. Le premier qui souffle du nord-est au sud-est commence en octobre et finit en mai. Vers la fin de mai, survient la mousson de sud-ouest, qui dure jusqu'à la fin d'août. C'est la saison des orages pour la côte de Coromandel et l'Hindoustan. La pluie tombe par torrents d'abord à de courts intervalles, puis avec plus de continuité pendant trente, quarante heures consécutives, non par gouttes, mais par longues traînées qui sillonnent le sol et se répandent sur toutes les pentes offertes à leur violence. Au Bengale, la saison des pluies ne commence qu'en octobre ; c'est également pendant le règne des moussons de nord-est qu'éclatent les orages sur la côte de Malabar. Pendant les mois de mai à août à la côte de Malabar, d'août à octobre à la côte de Coromandel, de février à juillet au Bengale, l'air est d'abord frais, d'une température délicieuse, la végétation splendide, luxuriante ; puis, après que les eaux se sont écoulées, éclate une chaleur accablante qui maintient la température de 25 à 35" c. L'atmosphère inondée de chaleur et de lumière est d'une immobilité qui ôte toute activité' ou traversée par des coups subits de vent de nord qui produisent les impressions les plus pénibles.

Le sol de l'Inde est formé de plateaux et de plaines basses recouverts d'alluvions converties en limon par les inondations périodiques, foyer inépuisable de la végétation la plus luxuriante et de décompasitions organiques putrides. Le delta du Gange, hérissé de forêts et qui doit à cette dernière circonstance son nom de Sunderbund, est, à cause de se- jongles, le foyer principal des miasmes délétères du choléra. D'ailleurs, les mœurs, la vie sociale, les habitudes aggravent les conditions d'insalid)rilé particulières au climat et au sol. La distinction des castes, le despotisme des petits souverains, des guerres longtemps prolongées ont réduit le pauvre Indien à un état de dénûment qui fait contraste avec le spectacle du climat généreux où il vit. Le moins vêtu des peuples, il a à souffrir de la chaleur toi'ride de la saison sèche ou des brises glaciales du nord; sans logement, il dort le plus souvent sur la terre nue; enfin, son alimentation est presque exclusivement végé-

laie dans un climat qui jette les organes dans la langueur et la faiblesse. L'Indien n'est pas seulement dénué de bien-être; sa malpropreté égale sa misère : les produits éminemment décomposables de ses digestions sont déposés autour des habitations, ou le long des cours d'eau ; les cadavres à demi brûlés sont abandonnés au cours des fleuves. Enfin, les excès du fanatisme religieux, la soumission à la fatalité ou l'absorption de la personne humaine dans l'idée du néant favorisent tout ce que l'incurie, la malpropreté peuvent accumuler d'influences nuisibles dans les principaux foyers de la maladie créés par les pèlerinages.

Quelle que soit la cause de l'endémicitédu choléra, elle subit l'influence des conditions atmosphériques. Dans la partie méridionale de la province de Madras, c'est pi inci paiement au commencement des moussons de sud-ouest et dans l'intervalle qui sépare leur règne de ceux du nord-est qu'éclatent les épidémies de choléra; c'est-à-dire pendant la saison chaude, époque pendant laquelle la chaleur excessive du jour contraste avec la fraîcheur des nuits, et où l'atmosphère est imprégnée des exhalaisons méphitiques du sol. A Calcutta, la mortahté s'élève de mars à mai; s'abaisse pendant l'hivernage, pour subir un nouvel accroissement d'octobre à décembre.

Dans les régions du nord-ouest, la mortalité a son minimum en janvier et février, s'accroît progressivement de mois en mois, allant en doublant jusqu'en juillet pour atteindre son maximum en août et décliner ensuite jusqu'à décembre.

Dans le haut Penjab, la saison épidémique est limitée de juillet à octobre. Dans la province de Bombay, le minimum correspond au mois de septembre ; le maxinuun à la saison chaude et sèche, c'est-à-dire de mai à août.

Tout en faisant la part de la chaleur dans le développement des épidémies, il faut reconnaître qu'il n'y a pas dans le choléra le parallélisme qu'on i etrouve dans la périodicité régulière des fièvres de marais. Morehead {Research of Diseases of India, London, 1861) a insisté sur la permanence du choléra dans toutes les saisons de l'année. Pour l'hôpital Jamseljée-Jejeebboy de Bombay, dans l'intervalle de temps qui sépare 1848 de 1855, il y eut 416 admissions d'avril à septembre et 616 d'octobre à avril. Le docteur Leith (Recherches sur la mortalité par le choléra aux Indes) a trouvé de 1848 à 1852, 7112 décès enregistrés d'octobre à mars et 511 0 de mars à octobre.

Suivant Bryden, le choléra se montre parfois dans la saison iroide (octobre à janvier), bien que sa périodicité soit réglée par celle de la mousson.

Ce qui frappe surtout dans le fait de l'endémicité, c'est l'existence de foyers originels qui ont fait attribuer le développemeiit du choléra au méphitisme du sol (Jameson, Twiiiing).

Bryden, qui a dressé, d'après les renseignements fournis par l'armée et le service des jjrisons, des cartes qui indiquent les régions envahies chaque année par l'épidémie, a constaté qu'il existe une zone endémique. Elle possède un climat spécial; c'est une région d'iiumidité perpétuelle où la quantité de pluie est parfois énorme; où, pendant la mousson, d'immenses espaces sont inondés. Cette zone est située au nord-ouest et a pour limite le désert du nord-ouest où s arrête la mousson. Pettenkofer [Verbreitungsart der Choiera in Indien) admet avec Bryden que les vents chargés d'humidité jouent dans la périodicité du choléra un rôle prépondérant ; mais, suivant l'iiuraidité jusque dans le sol, il la fait entrer comme , un des éléments principaux de lacausedu développement de l'endémie. Dans les foyers originels, le développement du choléra s'accorde mieux avec la théorie de l'in-rection miasmatique qu'avec celle de la contagion. Aux Indes, les indigènes ne

fuient pas la maladie, ils fuient les localités infectées en emportant les malades.

En dehors de la zone endémique, Bryden dislingue ime zone épidémique que ' le 80^ méridien divise en deux parties : la zone Est s'étend des limites de la zone endémique jusqu'au 80"" degré de longitude; celle de l'Ouest, du 80'' degré jusqu'au Penjab, lequel ressemble à la zone 0. Le choléra déborde périodii(uemeat de la zone endémique sur la zone épidémique E, en s'avançant à la minière d'une onde; il passe dans la zone 0 en quittant peu à peu la zone E. Pettenkofer admet avec Bryden que les conditions d'humidité excessive qui sont permanenles dans la zone endémique se retrouvent périodiquement, pendant certaines années, dans la zone épidémique; c'est alors seulement que le choléra peut s'y établir et y régner épidémiquement.

Les localités les plus particulièrement signalées sont : 1" les districts de Chittagong, de Travancore, de laMalwa (Bengale). 2" la présidence de Bombay. S^Arcot près Madras, Calcutta, Trancavore, Palicunda, AUaliabad, Gawnpore sur la côte de Coromandel.

Il se crée des foyers accidentels dans les principales stations des pèlerinages : à liindwar, à Juggurnath au nord-ouest du golfe du Bengale, àConjevcram à 68 kilomètres ouest de Madras.

Dans les temps ordinaires, non-seulement les points élevés des régions monla gueuses du Népaul, mais les collines qui séparent les bassins principaux, sont à l'abri des épidémies annuelles. Jameson etOrlon signalent l'immunité dont jouissent les forts militaires placés sur les hauteurs. Pendant une épidémie qui régnait localement dans les districts de Nellore, les populations très-denses des districts montagneux furent épargnées. On sait, d'ailleurs, que la maladie peut être importée lois de ses irruptions épidémiques sur les points les [dus élevés du Népaul : au Cathmandou, à4 à 5000 pieds anglais; sur les hauts plateaux delà Malwa, à 3000 pieds ; sur les Chattes et le Mysore.

Les foyers locaux du choléra sont particuliers aux localités basses, humides, voisines des centres de population ou formées par des agglomérations de personnes en proie à l'épidémie.

A Calcutta, le choléra règne en permanence dans le quartier des pauvres et des hommes de couleur qui habitent dans des rues étroites, malpropres, le long du hougly. Il ne pénètre dans les quartiers salubres habités par la population aisée que lorsqu'il devient épidémique.

Les foyers locaux peuvent, d'ailleurs s'établir dans toutes les localités basses, malpropres, sujettes aux inondations. Ils s'étendent de proche en proche, d'un village à un autre, se propagent plutôt le long d'une rive primitivement infectée. Les personnes atteintes de choléra ou parties d'un lieu affecté par cette maladie le transportent dans les localités voisines (Wise cité par Briquet, Mémoire cité, page 74).

Annesley, Jameson, W. Scott ont cité les faits les plus curieux relatifs à ces foyers d'infection locale.

Le docteur Alison rapporte qu'un détachement de dragons, arrivé récemment d'Angleterre à Calcutta, fut atteint du choléra pour avoir traversé en bateaux une région infectée sans communiquer avec la rive. Le 6""^ régiment de cavalerie quitte Elsore, oii il n'y avait pas de choléra, dans un état sanitaire complet. Le soir il arrive près d'un village où régnait le choléra, un des escadrons passe la nuit dans une vieille pagode ; le lendemain, plusieurs soldats de ces escadrons sont pris du

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choléra; les autres escadrons qui ont campé en pleine campagne restent dans le? meilleures conditions de santé.

Deux colonnes militaires marchaient parallèlement à 5 ou 6 lieues de distance l'une de l'autre dans la direction de l'est à l'ouest; la colonne de ganche, qui suivait les bords du Sinde, fut décimée par l'épidémie, tandis que celle de droite, qui marchait dans un pays sec, fut complètement épargnée.

Le 9 novembie 181 7, le choléra surprend sur la rive droite du Betoah l'armée anglaise, com|ioséede 10,000 Européens et de 80,000 indigènes, en moissonne 20,000 en six jours. L'armée, terrifiée, prend à peine le temps d'enterrer ses morts, passe sur la rive gauche de la rivière, et la maladie s'éteint subitement (Annesley, Treatise on tke Epidémie Choiera of India. 2 éd. 1820).

Un détachement de 90 hommes du 26" régmnent de ligne indigène étant en marche pour le camp de Sawgar, au nord-ouest de Calcutta, fit halte à mi-chemin sur le bord d'un lac situé dans une plaine entourée de collines agréablement boisées. A minuit, un premier malade est frappé de choléra et meurt en une demi-heure. Avant le lever du soleil, 24 hommes sont atteints. On transporte les malades à 6 milles de là ; 5 meurent avant l'arrivée, les autres sont mourants; une semaine s'écoule à peine, le reste du détachement est à l'hôpital, sans que la maladie ait été comnumiquée aux autres troupes.

Dans quelques cas, la cause de l'infection locale du sol peut-être attribuée au passage d'un régiment atteint par la maladie.

W. Scott rapporte que le 1" bataillon du 8""^ régiment d'infanterie indigène arriva à Gooty après avoir laissé en route des malades et des morts. Plusieurs cadavres restèrent abandonnés sur les lieux oii il avait campé pendant la nuit. Le lendemain, un détachement d'artillerie parfaitement sainvint camper sur le même terrain ; le jour suivant, il fut atteint par le choléra.

De ce fait aux faits nombreux d'importation du choléra par les troupes, il y a une transition naturelle. Jameson [Report of the Epidémie Choiera. Calcutta, 1820), Annesley ( Treat. on the Epidémie Choiera of India. London, 1829), ont les premiers constaté que les mouvements de troupes étaient, ainsi que les caravanes de pèlerins, les causes principales de l'extension de la maladie en dehors de son foyer primitif.

« Je ne sais d'oij vient le mal, mais ce qui me semble évident c'est que sa propagation est indépendante des courants atmosphériques, car la maladie vient de s'avancer du nord au sud de Jaulna à Punderpoor, en faisant 1 5 à 20 milles par jour avec la même rapidité que celle employée par les voyageurs, s'étendant en sens inverse du mousson sud-ouest le plus violent et le plus contenu » (Jameson, Report on the Epidémie Choiera. Calcutta, 1820).

Le docteur Jukis {Report ofthe Medieal. Bombay, 181 9) s'exprime ainsi : « Personne n'a pu ne pas voir que la maladie a suivi les grandes routes du Deckau à Panwell, et je ne sache pas un village dans le Cowcan qui ait été atteint parla maladie sans avoir été visité par des personnes venant d'un lieu infecté. La première personne frappée le 13 août dans le Cowcan fut un prisonnier qui avait quitté Serrov le 28 juillet. Plusieurs soldats préposés à la garde du prisonnier furent atteints consécutivement. »

Malgré ces témoignages, il a fallu arriver jusqu'à noire époque pour que la plupart des médecins anglais, préoccupés exclusivement de l'importance des foyers locaux d'infection, comprissent le rôle prépondérant exercé par l'homme malade dans la création du centre de propagation épidémique. Le dernier rapport sur ia

mortalité de l'armée anglaise, pour 1866, contient une exposition toute nouvelle des principes relatifs à l'étiologie et la prophylaxie du choléra. Les rapports officiels des médecins des garnisons du Pendjab et des provinces du nord et du centre, qui ont assisté à répidémie de 1867, sont unanimes à attribuer l'importation de la maladie aux pèlerins revenant de Hurdwar (Docteur Sutherland, p. 381).

Le docteur Beatson, inspecteur général des hôpitaux, s'est assuré qu'à Umbella, à Lahore, à AUahabad, la maladie avait été importée. Le docteur Innés, inspecteur général, insiste sur l'influence qu'a exercée sur la propagation de l'épidémie une masse de près de 3,000,000 de personnes réduites pour la plupart au dénûment le plus complet; il remarque toutefois que sur quelques points l'épidémie paraît avoir eu un développement spontané.

L'épidémie sévit particulièrement sur les populations les plus misérables. A Calcutta, elle règne constamment dans les quartiers pauvres, dans les cabanes des pêcheurs, les cases des noirs. Le docteur Huillet constate qu'à Pondichéry, la maladie sévit presque exclusivement sur les indigènes. Le Bègue de Presle constate qu'en 1761 la maladie fit périr 3000 nègres et 800 européens. Dans l'épidémie de 1769, le mal se montra d'abord sur les nègres, puis chez les indigènes, et en dernier lieu sur les européens. D'ailleurs la prédisposition accusée en faveur des indigènes ressortit moins à des conditions particulières de race qu'aux influences d'une mauvaise hygiène. Dans l'armée anglaise, oîi les troupes indigènes participent au bien-être des troupes européennes, elles jouissent au contraire d'une immunité relative.

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