‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V 16Chapitre 36 sur 49 · ENTRÉES · texte numérisé non relu

ENTRÉES

Bengale ....

Bombay ....

Madras

Le choléra règne constamment sur quelques points du territoire de l'Inde, tantôt à l'état sporadique, tantôt limité à des foyers partiels à un ou plusieurs villages. A des époques plus ou moins éloignées, coïncidant en général avec des intempéries atmosphériques, de grandes calamités publiques, des guerres, de grands pèlerinages, les foyers locaux se confondent, l'épidémie se répand sur des régions plus ou moins étendues ; puis suivant les grandes voies de communication, les mouvements des troupes, les foules de pèlerins, elle envahit de proche en proche, crée de nouveaux foyers de rayonnement qui font irruption sur le pays tout entier. Les dates les plus mémorables des épidémies régionales sont : 1656 à 1657, Arcot, présidence de Madras; 1761, Haut Hindoustan; 1769, province de Madras ; 1774, Côte de Coromandel ; 1768 à 1771, Pondichéry; 1781 ù 1782, Bengale, province de Madras; 1783, Hurdwar; 1787, Arcot; 1790, circars du nord; 1793, Arcot; 1814,proviucesducentre;1817, 1818, 1819 jusqu'en 1849, 1851,1860, 1867.

D'après Annesley, ily a eu de 1817 à 1840,445 invasions épidémiques qui ont fait périr près de 18 millions d'individus. A Calcutta, de 1848 à 1855, il y a eu 18,111 décès par choléra dans les hôpitaux civils. La mortalité moyenne annuelle

est, d'après Morehead, de 35 à 40 sur cent décès dans les liôpitaux militaires; de 50 à 55 dans les hôpitaux civils; de 50 à 65 dans les hôpitaux indigènes.

Le nombre des cas de choléra varie d'une année à une autre, dans des limites qui paraissent eu rapport avec le plus ou moins d'abondance dts pluies annuelles. Moieliead et le docteur Leith ont donné l'expression numérique de ces variations 1 uiir la province de Bombay. De 1841 à 1848 il y eut peu de malades atteints de choléra, la maladie réf!n;i au contraire épidémiquement en 1849, 1850, 4851, JS5"2 (Luith, llecherches statistiques sur la mortalité).

RAPPOKT DES DECES CHOLERIQUES AUX DECES EN GENERAL.

. 0.63 p. cent.

. 27.8jp.cent.

. 8.40 p. cent.

Le docteur Huillet {Archives de médecine nav., t. VIII, p. 406) a donné le tableau suivant des oscillalions annuelles de l'épidémie à Poudicbéry :

ISoli. .

ISoS. .

La durée des épidémies varie comme l'étendue de leur extension; ce qui met en évidence l'iniluence des personnes sur leur dévclop|)ement. De deux à troismois, dans les limites les plus restreintes, elles se prolongent pendant six mois, une ou deux années quand elles envahissent successivement des régions entières, Moreau de Jones, sur 13 épidémies en a trouvé deux qui s'étaient prolongées pendant plus d'une année.

Les grandes irruptions ont un développement qu'il n'est pas toujours possible de limiter. L'épidémie de 1817 s'est prolongée jusqu'en 1823. Une seconde épidémie générale sévit de 1828 à 1837, une troisième de 1844 cà 1855, enfin de 1865 à 1866 le choléra a repris dans l'Inde une grande violence et une extension presque générale. La gazette médicale de l'Inde appelle l'attention sur l'accroissement général de mortalité par le choléra. D'après le docteur Bryden, les chances de mort ont triplé depuis quarante ans. Avant 1817, la mortalité ne s'élevait pas au delà de 22,89 pour cent des soldats malades, en 1868, elle a atteint le chiffre de 66,07 pour cent pour les troupes anglaises et de 50,82 pour cent pour les troupes indigènes.

Aux Indes, le développement du choléra à bord des navires est toujours la conséquence de la communication avec une région infectée. Tout tend à prouver que les conditions que l'on rencontre à bord des navires sont peu favorables à la propagation du choléra. Parmi les navires qui parlent de Calcutta, 16 à 17 pour cent sont atteints du choléra. 1 passager pour 100 malades.

Épidémiologie. L'Inde est certainement le berceau où le choléra a pris naissance, avant d'envahn- les autres contrées de la terre, comme autrefois la peste éclatîiit en Egypte pour s'avancer progressivement sur la surface entière du monde

habile. Mais comment ces germes de destruction prennent-ils naissance? pourquoi, dans révolution historique de l'iiumunilé, cette succession de lléaux si différents depuis la peste ancienne jusqu'à la peste à bubons ; depuis la maladie cardiaque jusqu'à la suette anglaise? H y a dans ces grands phénomènes naturels un ensemlile de faits qui dépasse la portée de nos connaissances, et qu'on songerait vainement à expliquer complètement par la puissance de la contagion et les changements survenus dans les relations des peuples entre eux. Tout ce qu'il nous est permis de saisir dans ces faits aussi complexes que mystérieux ; c'est, à leur point d'origine, un ensemble de conditions liygiciiiques mauvaises, et un mode commun de propagation et d'extension.

Au point de vue de la ] rop;igation épidémique du choléra, nous allons retrouver les traits essentiels qui sont communs à l'extension de toutes les grandes épidémies, principalement aux épidémies de peste. Procope constate que la peste s'est répandue sur l'univers entier, mettant une sorte de régularité dans sa marche, de manière qu'elle s'arrêtait dans chaque pays à peu près le même temps. Éclatant d'abord chez les mécréants d'Egypte et de Syrie, elle se communiquait de leurs ports à ceux de Sicile, de Toscane et de l'rovence; ralentissant ses progrès l'hiver, elle ■se réveillait au printemps avec une nouvelle énergie. Commençant par envahir les lieux les plus voisins de la mer d'oi'i elle s'avançait progressivement jusqu'aux plus éloignés (Piocope, liv. II, cap. 22).

Evagre {Histor. eccles., liv IV, cap. 29) remarque que la peste n'atteint dans les villes que certains quartiers ou certaines familles. Le continuateur de Nangis, faisant l'hisloiie de la peste de 1346, dit qu'elle s'avançait de ville en ville, de village en viilnge, de maison à maison, d'homme à homme.

On ne s'est pas contenté de ces rapprochements naturels qui ont pour eux la sanction du temps et de la vérité. L'ardeur de tout comprendre et de tout expliquera conduit à la recherche de doctrines exclusives. Devant le mystère de la transformation des épidémies, leur degré plus ou moins accusé de contagion, Kiehl n'a pas hésité à déclarer que si le choléra de 1817 avait signalé le commencement des irruptions de la maladie en dehors de son foyer originel, c'est que celte maladie était réellement une maladie nouvelle différant du choléra observé à toutes les époques dans l'Inde et sur tous les points du globe, par son caractère envahissant. Sans nous dissimuler ce que les invasions épidémiques du choléra offrent de difficultés à une explication rationnelle, nous croyons que les témoignages en faveur de son endémicité avec les mêmes caractères de gravité, notamment au dernier siècle, ne permettent pas de tracer une délimitation absolue entre des épidémies dans lesquelles le degré de contagion a bien pu être plus ou moins accusé, s ms que ces dilférences de gravité puissent faire admettre l'existence de deux maladies différentes.

C'est à un point de vue entièrement différent que se placent les médecins qui soutiennent que le choléra n'est pas originaire de l'Inde, et que les épidémies générales de. cette maladie qui ont parcouru le monde depuis quarante ans ne sont que le développement épidémique d'une maladie connue dans tous les pays depuis les temps les plus reculés.

Personne n'ignore, dit le docteur Cazalas (Complément à l'examen théorique et pratique de la question relative à la contagion du choléra, Paris, 1868), que le choléra se montrait autrefois comme aujourd'hui, tantôt à l'état sporadique, tantôt à l'état épidémique, sous les dénominations de choléra, de peste noire et de tronsse-gahmt.

Sans discuter une doctrine qui établit l'identité des maladies sur le fait de leur apparence extérieure et de leur dénomination commune, nous avons dû nous demander si dans des conditions à peu près semblables de climat et de température, le choléra ne règne pas endémicjuement dans d'autres contrées que l'Inde/

Aux Moluques, la description de la maladie donnée par Bontius, la lettre de i 634 qui lui est attribuée, peuvent éveiller des conjectures sur la possibilité de l'importation à cette époque, et non établir le fait de l'endémicité, qui n'existe pas pour l'archipel Indien (Fauvel).

Il en est probablement de même pour l'île Maurice, l'île de Ceylan et la Perse.

Burke, cité par W. Scott, affirme que l'épidémie de 1817, à laquelle il assista,^ n'était pas la première qui eîit frappé l'île Maurice : pareille épidémie s'était montrée en 1775. De nos jours Maurice offre à chaque instant des cas de choléra asiatique que le docteur Mailloux rattache à l'arrivée incessante d'Indiens atteints du choléra ou transportés par des bâtiments ayant jeté des malades à la mer.

Pour Ceylan, Johnson a retiouvé la tradition d'épidémies pour 1782, 1790, 1804, années qui correspondent à des époques d'irruptions régionales dans l'Inde; ce qui est plus en faveur de l'importation que de Tendénjicité.

La Perse a été atteinte par le choléra en 1821 pour la première fois; d'après une communication faite à l'Académie par M. Tholozan, la partie de cette contrée qui touche au Caboul est constamment infectée, mais seulement depuis la dernière insurrection militaire de l'Inde, par suite de l'importation incessante de la maladie de l'Inde dans le (Jaboul.

En dehors de ces faits, d'importation probable, l'endémicité ne se retrouve dans aucune autre contrée du globe.

La maladie décrite par les médecins chinois sous Ho-Ivan a plus de rapport avec le choléra nostras qu'avec le choléra épidémique. Livingston raconte qu'un vieux médecin chinois témoin de l'irruption de 1817 au Bengale, affirmait que le choléra observé en Chine n'avait que quelques phénomènes de commun avec le choléra indien, et ne devenait cause de mort que deux ou trois fois sur cent (Aug. Hirsch,. Handbuch der historisch. geographischen Pathologie. Erster Band, p. 113).

En Cochinchine, le choléra se confond tellement avec la fièvre paludéenne que la question de Ja nature de la maladie ne pourrait être jugée que par des faits de propagation exlérieure. (Armand, Lettre sur l' expédition de Chine et de Cochinchine, Paris, 1864.)

Pour l'Arabie, la péninsule arabique, leHedjaz, l'apparition du choléra coïncide toujours avec le règne de la maladie dans l'Inde. Dans les autres contrées, quelle que soit d'ailleurs leur insalubrité, le choléra ne se développe jamais avec violence et le caractère envahissant particulier au choléra asiatique. Il ne se produit ni en Egypte, ni à Cayenne, ni aux Antilles, ni au Mexique, ni au Sénégal.

Les épidémies signalées en Grèce, à Naples (Larrey) ; en Portugal, en Espagne, en Virginie, en Pensylvanie (Chapman), sont, comme les épidémies observées par Hippocrate, Forestus, L. Rivière, des épidémies locales, accidentelles, sans gravité; et comme aucun mouvement historique, aucune donnée statistique, ne permettent d'établir avant les grandes irruptions particulières à notre époque l'existence d'épidémies de choléra généralisées, nous croyons qu'au milieu des difficultés

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d'une aussi vaste question, il est indispensable de subordonner toute aspiration à une théorie nouvelle aux faits indéniables d'un foyer originel et à la création de foyers secondaires par l'importation successive de la maladie d'un lieu à un autre.

L'histoire de la peste noire, faite il y a vingt ans par Hecker, reproduite par Hseser en 1865, la description qu'en ont donnée Gabriel de Mussis, Simon de Covino, Dionysius Colle, Guy de Chauliac, ne permettent pas de doute sur sa nature : c'était bien une peste à bubons et à charbons.

Au seizième et au dix-septième siècle, le mot « trousse galant, » qui, suivant un contemporain, signifie : troussez-vous et pliez votre dernier bagage, était appliqué à toute maladie très-dangereuse, courte et félonne. Sauvage rapporte qu'une épidémie d'angine observée au seizième siècle était appelée indifféremment Cynanche et trousse-galant ; le même nom a été appliqué à des épidémies de bronchite grave (Hseser), enfin à toute maladie enlevant lestement son homme (Mezeray). Toutefois M. Briquet fait exception pour le trousse-galant décrit par Vander-Heyden. Il se demande si le choléra n'avait pas été importé de l'hide en Hollande veis 1643. L'importance de la question justifiera, j'espère, la citation suivante, qui exclut tout rapprochement avec le choléra épidémique.

Âusecond discours d'un ouvrage intitulé : « Discours etadvis sur lesflus de ventre douloureux, soit qu'il y ait sang ou point, sur le trousse-galant dict choléra morbus, etc., composé par Herman Vander-Heyden (médecin-pensionnaire de la ville de Gand. Gand, MDCXLIIl). » L'auteur s'exprime de la manière suivante sur le trousse-galant :

« On le dist estreune expulsion immodérée de l'humeur cholérique par vomissements et déjections; si est, ce que je ne puis estre de cet advis, pour n'y paroîstre ces évacuations jaunes côme en la diarrhœe bilieuse, ainsi ordinairement crues et plustot de couleur phlegmoneuse et à la fin si blanches que du clair laict, et qu'avec ce, il n'est suivi de la dysenterie, n'y est le plus souvent accompagné de la fieuvre et d'autres accidents témoignant excez de chaleur ou d'acrimonie, hors mises les tranchées de ventre et la soif laquelle doit être plustôt rapportée aux

grandes évacuations »

L'auteur ne mentionne aucun fait qui puisse faire croire à une épidémie, et comme tous les écrivains antérieurs insiste sur l'apparence grave du mal et sa terminaison inespérée.

« Aucunes fois, en moins de sept heures, les domestiques ne traiteroient tef . patient de maître ou parent, s'ils ne le sçussent estre ainsi, pour y voir au lieu de l'ordinaire une vraie face comme dit d'Uippocrate, qui signifie une exténuation parfaite et l'image de la mort, laquelle je puis dire avoir veu, entre autres à un tel patient oii n'ayant esté appelé que tant seulement cincq heures après la première attaque, je le trouvai accablé de tout ce qui pouvoit servir de pronostication absolument funeste, sçavoir sans aucun pouls et parolle et n'estants les évacuations qu'une liqueur semblable au clair laict qui dénotoient la destruction de la nature y eslre; avec ce furent les yeuls si enfoncés qu'à grande peine on les voyoit, et les bras et les jambes si retirées de la conculsion et si coyes qu'on n'y remarquoit point de mouvement et si froides d'une moiteur lui demeurée de sa sueur froide et visqueuse qu'à le voir et toucher on l'eut plustot jugé être mort que vif et ce nonobstant par le secours de la dite pilule (laudanum de Théophraste) il revint par la grâce de Dieu à la santé entière. Car à nature forte rien n'est impossible » (Page 29).

11 serait inutile d'insister davantage sur une question eu faveur de laquelle les caract"'res de la midadie décrits par des contemporains plus disposés à les grq.-sir qu'à les atténuer, ne fournissent aucun fait probant.

Nous poursuivrons donc l'exposition des faits tels qu'ils se sont développés à noire époque, en étudiant successivement : 1° l'histoire géographique des irruptions de choléra; 2° les agents et le mode de sa propagation; 5" le développement, 1,\ marche et la durée des épidémies locales; 4° la statistique des épidtfuii 'S.

Première épidémie i/énérale. L'épidémie de 1817 débuta avec une violence et une puis?ance d'extension qui lui donnèrent tout d'abord un aspect terrible et étrange. Signalée en juin, dans la vallée supérieure du Gange et duBrahmapoutra, à Nusséraliail, à Patna, à Nuddea, elle prend date le 19 août à Jessore (Janieson), où elle avait éclaté sous un aspect si violent que le d'' Tyler attribua le premier cas à un empoisonnement par le stramonium. Les malades tombaient foudroyés dans les rues, mouraient par groupes dans les bazars, sur les places publicpics. 0,000 porsoimcs périrent eu ([uelques semaines, et celles qui prirent la fuite pour échapper au lléau, le trausmirent tout le long de la route de Jtssorc à Calcutta (quarante lieues), où l'épidémie apparut le 18 septembre, tuant 5,654 personnes dans le premier mois.

A la fuideseiitemlirc, tout le Bengale était envahi de l'embouchure du Gange au coufliieiit de la Jumua (040 kilomètres), des montagnes du nord à Baiarès au sud. En automne, les frontières du Bengale sont franchies, l'épidémie a envalii la province d'ÂlIahabad, a foudroyé l'armée du marquis de Hasiing réunie à Boudeleeuud, et s'est avancée au noi'd jusqu'au Sinde, au sud vers les plateaux de la Malwa.

Les mois de décembre et de janvier arrêtent un moment la marche envahissante du fléau. Eu février, il franchit au nord les pentes du Népaul, descend au sud vers Madras, suit la côte de port en port jusqu'au cap Comorin, en même temps qu'il déborde sur toute 1 étendue de la Garuatie. A l'ouest, il gagne la province de Bombay, où il fait périr 150,000 personnes. Bombay est envahie le 29 août 1818, et quelques mois après la péninsule tout entière est livrée à une épidémie terrible qui conliime ses ravages jusqu'en 1820, faisant en trois ans trois millions de victimes, et débordant bientôt de l'Inde sur le monde entier.

Première irruption. Eu 1818, le choléra qui avait envahi toutes les côtes de la Péninsule de Cochiu à Madras, franchit le détroit de Palk, envahit l'Ile deCeylan, frappant d'abord Jafnapauamet successivement les autres localités. Les années suivantes, iléclate sur les côtes maritimes situées à l'est et au sud de l'Inde. A Aracan, à Malacca (1 818), à Singapour, à Siam (1 819), à Tonkin, en Cochinchine; atteint Bornéo en 1820, les Philippines, les Célèbes, les Moluques en 1821. La Chine avait été envahie en 1820 de Canton à Changaï ; Pékin ne fut atteint qu'en 1821.

Livingston (cité par Hirsch, Handbuch der hist. geogr. Pathol. Erkameu, 1860), pense que de la Chine li maladie s'est propagée dans la Tartarie du Aord et la Sibéiie, mais les renseignements fout défaut.

D'après Schimrrer, dans l'cvlrcnn Crient, la maladie serait arrivée en 1825, jusqu'aux JlesBi<nda et d'Amboiue. Hirscii dit qu'elle s'est avancéejusqu'au Japon, où la mabidie a été signalée en 1823 à Naiigjsaià.

En même temps qu'il «e propageait le loiig des rives du golfe du Bengale, le

ciioléiîi ûtait transporté de Calcutta àMaunce (18 octobre 1819), par la frégate anglaise la Heine Topaze. L'amiée suivante rayonnant de ce nouveau foyer, il envahit l'île Bourbon et éclata sur quelques points isolés des îles Kobras et de la côte de Zanguebar, sans toucher à la légion du Cap et à la pointe de l'Afrique méridionale.

Suivant, d'autre part, le courant delà navig.itiou qui traverse le golfe d'Oman pour gagner le fond du golfe Perîique, et la mer Rouge, le choléra envahit l'Asie occidentale par Mascate (1821), Bender-Abassy, Bassora ; atteignit Bagdad en a0Ùtl821 ; se répandit dans une grande étendue de la Perse sans pénétrer dans Ispahan, qiù ferma ses portes aux caravanes. De la iVIésopotainie l'épidémie s'étendit.jusqu'aux frontières du désert arabique, d'où elle fut de nouveau importée en Perse par l'armée persane, obligée par suite des pertes éprouvées par le choléra de mettre fin à la guerre. L'hiver ralentit la marche envahissante de ré|jidémic, qui, prenant un nouvel essor au printemps 1822, éclata eu même temps à Massoul, à Diaibekir dans le Kourdistau -, se dirigeant à l'ouest vers la Syrie pour atteindre Âlep en décembre et pénétrant de nouveau en Perse avec les caravanes par Tauris et Korbia. L'année suivante, l'épidémie occupait toute la côte de Syrie d'Alep à Damas, remontait le Kour pour gagner les bords de la mer Caspienne, se propageait le long de ses rives par Recht, Lenkoran, liakou, d'oi'i elle iiit importée par voie maritime à Astrakan, le 22 septembre 1825.

Là s'arrêta la première irruption épidémique. En cinq années elle s'était répandue sur un espace de plus de 100 degrés de latitude et de longitude, des côtes de la Syrie au Japon ; d'Astrakan aux îles de l'Océanie du Sud; n'épaign;mt que les contrées placées eu dehors du courant de la grande navigation : les îles de la Polynésie, l'Australie, la Nouvelle-Zélande.

Quatre années plus tard, en même temps que l'épidémie générale se réveillait dans l'Inde, le choléra, suivant la route des caravanes qui pénètrent en Asie par le nord de l'Inde, éclata dans l'Afghanistan, le Kaboul, gagna jusqu'à Balkl, Boukhara, envahit la Perse par Meschedet suivant les caravanes qui se rendent par les steppes des Kirghises, de Boukhara à Orenbourg (plus de 2,000 kilom.), éclata dans cette dernière ville en aoîit 1829.

L'année suivante le courant épidémiijue arrivait jusqu'à Astrakan, 21 juin 1850, par la route de la mer Caspienne el de la Perse, par le Caucase sur les bords de la mer Noire, envahissant la Crimée, éclatant à Odessa, se répandant sur le pays des Cosa(iues du Don, dans tout l'espace qui sépare le Dnieper du Volga. Lï Voihynie, la Podolie étaient bientôt atteintes. Le 20 septembre 1830, l'épidémie éclata à Moscou ; à la fin de l'année, elle s'avançait à l'ouest jusqu'à Minsk et Grodno, an nord jusqu'à Vologda et Novogorod.

L'hiver suspendit son expansion dans le Nord, mais n'arrêta pas l'invasion des contrées du Sud et de l'Ouest. Du Hedjaz, où la maladie s'était réveillée ou avait été importée par les pèlerins venus par le golfe -Persique et la mer Rouge, la maladie gagna la Turquie d'Asie par la Mecque (juillet 1830). En même temps des bords de la mer Noire, l'épidémie envahit les contrées danubiennes: la Bessarabie, la Bulgarie, la Moldavie. Le 5 février, les troupes russes atteintes par l'épidémie, iranchissent en trois colonnes les frontières de la Pologne, et répandent le choléra xi long de leur route, le communiquent aux blessés de l'armée polonaise et à la population de Varsovie (14 avr.l 1831). De la Pologne, le choléra est importé en Silésie. Le 5 juin ou l'observait déjà à Kozieglovv, à trois kilomètres de la frontière de Prusse (Hirsch).

Avec le retour de la chaleur, le choléra avait repris sa marche envahissante vers le nord. La Lithuanie, les ports de la Baltique, la Livonie, la Courlande, Saint- Pétersbonrg (juillet! 831), Helsingfors (août), Abo en Finlande (septembre), sont atteints par l'épidémie qui se répand par la navigation dans les ports de la Baltique jusqu'à Dantzig.

En Allemagne, le choléra envahit la Poméranie, le Brandebourg, ne frappant violemment que les grandes villes : Bei'lin, Francfort, Gustrin, Stettin, et perdant peu à peu de sa puissance d'expansion à mesure qu'il s'avance plus au nord et à l'ouest. En Saxe, à Hambourg, dans le Holstein, dans le Hanovre, il n'y eut que des épidémies partielles (Hirsch).

Le sud-ouest de l'Allemagne fut complètement épargné ; le sud-est fut envahi par la Pologne et la Gallicie.

En juin, la maladie avait gagné la Hongrie ; en juillet, la Basse-Autriche, le Banat, la Styrie. De la Gallicie, un courant venant du nord-ouest était al'é rejoindre, en Be.-sarabie, en Moldavie, en Valachie, le courant parti de la mer Noire. DeGalatZjle choléra fut importé à Gonstantinople (juin 1851), et de là à Smyrne et en Asie Mineure. A la même époque, le choléra, suivant le courant des hadjis de la Mecque, éclata en Egypte, à Alexandrie, au Caire, et les suivit jusqu'à Tvmis (Hirsch).

Le courant maritime qui, de Saint-Pétersbourg, s'était propagé par Riga, Dantzig, jusqu'à Hambourg, Iranchit l'espace qui sépare l'Allemagne de l'Angleteire et atteignit Sunderland, le 14 novembre 1831. Le choléra éclatait à Edimbourg le 27 janvier 1832; à Londres, le 10 février, présentant d'ailleurs, en Angleterre comme en Allemagne, une faible extension épidémique.

De l'Angleterre, comme centre de propagation, l'épidémie s'étendit en France, en Portugal, et, traversant l'Océan, alla atteindre l'Amérique.

Le 15 mars 1852, le choléra est signalé à Calais ; le 26, à Paris, d'où l'épidémie, s'étendant de proche en proche, envahit 52 départements et fait périr plus de 100,000 personnes.

Le 8 juin 1832, on constate des cas de choléra dans le quartier du Cul-de-sac, à Québec, fréquenté par les émigrants irlandais; bientôt la maladie éclate à Montréal, puis à New- York, oîi elle est importée par des émigrants irlandais, arrives^ récemment d'Albany. En 16 jours elle avait franchi la distance qui sépare Montréal de New-York, 720 kilomètres.

A part Boston, envahie le 5 juillet, l'épidémie ne prit son complet développement que l'année suivante. Progressant d'abord lentement le long des côtes, elle envahit successivement le Maryland, le Keiituky, l'Ohio, l'illinois, pour se répandre peu à peu surtout le continent de l'Amérique du Nord jusqu'au Pacifique, à l'ouest; au sud, jusqu'au golfe du Mexique (mai 1833) et jusqu'à la Havane (février 1833).

Le Portugal est infecté par des recrues venues d'Angleterre pour l'armée de don Pedro (janvier 1833). D'Oporto la maladie gagne l'Espagne par Vigo, se répand d'abord dans les provinces du nord pour gagner, en 1834, tout le sud de la Péninsule.

L'Espagne devenant un nouveau foyer de rayonnement, l'épidémie se propage le long des côtes de la Méditerranée. Marseille est atteinte le 11 décembre 1834. D'Agde et de Lunel l'épidémie s'étend sur tout le bassin situé à l'est des montagnes Noires. De Marseille, il remonte la vallée du Rhône, gagne l'Algéiie, envahissant successivement et presque en même temps Oran, Alger et Constantine.

L'Italie est atteinte, en juillet 1835, par les Alpes Gottiennes, puis, en août, par le chemin de la Corniche.

La Ligurie, le bassin du Pô, les côtes de l'Adriatique, les États de l'Église, les côtes de Naples, sont successivement parcourus par le courant épidémique, pendant les deux années comprises de juillet 1855 à juillet 1837. A cette époque, une nouvelle irruption éclate à Marseille (mai 1857), d'où le choléra est importé,, par le 12^ de ligne, à Bone, puis, parmi les troupes de l'armée de siège, à Constanline. D'autre part, l'épidémie, prenant sa course du sud au nord, envahit le Tyrol allemand, l'Illyrie, la Bohême, la Gallicie et la Pologne. Le sud-ouest de l'Allemagne et la Bavière, en particulier, furent atteints, en 1837, en même temps que la première épidémie était suivie d'une épidémie non moins violente à Dantzig, à Kœnigsiierg, à Berlin, à Saint-Pétersbourg.

L'épidémie avait eu également une recrudescence en Arabie, en 1835, et avait envahi, en 1836 et en 1857, TÉgypte, la Nubie, l'Abyssinie, et peut-être le centre de l'Afrique.

Deuxième épidémie générale. Après l'épidémie de 1817 et celle de 1826, il y eut dans llnde une période d'apaisement; la mortalité par choléra, qui était de 30 p. 100 de la mortalité générale, descendit, dans l'armée anglaise, à 20 p. 100.

En 1841 et en 1842, éclate une nouvelle irruption épidémique, principalement dans le nord de l'Inde, dans le royaume de Lahore, à Ferozepore, à Loudianah, à Kurnaul, cà Umballa, à Gownpore (1842). Les années suivantes, le choléra sévit dans la présidence de Madras, gagne la présidence de Bombay, où il exerce de tels ravages dans le district de Mahratta, que des villages restent sans habitants. Poonah, Bombay, Almedabah, sont successivement envahies. De la présidence de Bombay, l'épidémie gagne, par la côte, les bords du Sind, s'étend sur la côte d'Hyderabad à Schwan ; en dix jours, enlève à Kurachée, à l'embouchure de rindus, le dixième de la population, et, débordant au nord et au sud, prend de nouveau sa course vers les régions les plus éloignées.

La Chine et les îles Philippines sont atteintes dès 1841. En 1842, le choléra, succédant à la variole, éclate à Ceylan. A Taffea, sur 4,111 malades, on compte 3,655 morts. Au nord, l'épidémie, suivant la vallée du Sind, pénètre dans l'Afghanistan, le Caboul (mai 1844), à Bockarah (juillet 1844), en Perse, avec le& caravanes de pèlerins revenant de Mesched. En août 1846, Téhéran souffre d'une épidémie qui enlève 12,000 personnes sur 60,000 habitants. La maladie atteignait également les hommes de toutes conditions ; plusieurs personnes de la famille royale furent enlevées par le fléau.

D'autre part, l'épidémie, suivant le courant de la navigation des côtes de Malabar au golfe Persique, atteignit Bassora et Bokarah, en octobre 1846 ; Bagdad, en novembre ; puis, remontant la Mésopotamie, vint éclater à la Mecque (novembre 1846), sur une agglomération de dIus de 100.000 pèlerins, dont plus de 15,000 succombèrent.

Continuant ses ravages dans les régions comprises entre ta Perse et l'Arabie, le choléra gagne les bords de la mer Caspienne, arrive, à la fin de l'année 1846, à Bakou, située à l'extrémité de la pointe du Caucase, qui s'avance dans la mer et, comme dans les épidémies précédentes, gagne Astrakan par la voie de la navigation (juillet 1847).

A l'ouest, remontant le Kour, l'épidémie franchit le Caucase, traverse l'Arménie, la Géorgie, atteint Constantinople, le 24 octobre 1847. descend en Asie

Mineure, enSyùe, frappant successivement, en 18-i8, Smyrne, Alep, Damas (avril 1848) ; le même courant épidémiqne gagne, |iar la mer Noire, les provinces d;mnbiennes, pour atteindre Berlin (juillet 1848) par la Bulgarie, la Valachie, Jass , Galatz el Breslau.

D'Asirakan (juillet 1847), le choléra remonte le Volga. En août, il alteiii: Zaviizyn, Saratoff; en octobre, Nijni-Novogorod. Toutes les principales ville? russes comprises entre le Dnieper et le Volga sont successivement envahies. L'épidémie gagne les provinces du nord, l'Esthouie, la Livonie, la Finlande; à' Moscou, elle est signalée en septembre 1847; à Saint-Pétersbourg, en juin 1848.

Comme dans l'épidémie de 1851, de la Russie, le choléra envahit la Pologne, le duclié de Posen, les Marclies, la Pomér.inie, pour éclater à Berlin, en juillet

1848, et rejoindre le courant parti des provinces danubiennes.

A la même époque, les hadjis importaient le choléra par la route de Suez à Alexandrie (juillet 1848) ; 5,000 pèlerins campés dans un village du Deltn, furent enlevés en quelques jours. Au Caire, il y eut plus de 500 morts par jour.

De la Pologne et des provinces danubiennes, le choléra se répand sur le sud de l'Allemagne, sur la Gallicie (septembre 1848), l'Autriche, jusqu'à Vienne (octobre 1848), enfin en Valachie, où l'épidémie sévit avec tant d'intensité, qu'à Bukarest on dut suspendre le cours de la justice.

Du nord de l'Allemagne, l'épidémie s'étendit par mer sur la Hollande (octobre 1848). Rotterdam semble avoir été un foyer de rayonnement pour la Belgique et le Luxembourg. A la même époque, ia maladie éclate en Danemark, à Gluckstadt (septembre 1848); enfin un navire de commerce, jiarti de Hambourg pour Hull, avec des malades à boid, l'importe en Angleterre (septembre 1848). En octobre 1848, le choléra est signalé à Edimbourg; en novembre, ù Glascow; bientôt à Londres et dans les principaux comtés de l'Angleterre, oij l'épidémie fait; 55,295 victimes.

Dans la première quinzaine d'octobre, le choléra avait franchi la Manche, était signalé d'abord à Dunkerque, à Calais, à Saint-Omer, atteignait Paris, en mars

1849, pour gagner successivement 54 départements et faire 110,000 victimes. En France, l'épidémie de 1849 eut deux foyers bien distincts : l'un dans le

nord, l'autre dans le bassin du Rhône (Marseille, août 1849), d'oii l'épidémie fut importée en Algérie (octobre 1849) et à Lyon (septembre 1849).

A la même époque, le choléra progressait lentement sur les côtes de JXorwége; sur quelques points de la Suède l'épidémie ne prit tout son développement qu'en 1850. D'autre part, d'Alger, d'Oran, de Constantine, la maladie était importée dans l'intérieur de l'Algérie, jusque dans les oasis du sud, à Tunis (octobre 1849), dans le Mai'oc (octobre 1850).

Comme en 1852, les émigrants irlandais l'importèrent en Amérique, à Nevv- Vork (en septembre 1848), à la Nouvelle-Orléans (en décembre). L'année suivante, l'immense territoire ([ui s'étend de la côte à la Caliiornie, du Maï^sachasetts au Texas, était envahi par l'épidémie qui, au sud, gagnait jusqu'au Mexique et aux Antilles. A Cuba et à la Jamaïque, elle sévit avec une violence inconnue dans les contrées tempérées.

Les contrées méditerranéennes furent h. la fois envahies par Marseille, l'Egypte et l'Allemagne. En juin 1849, l'armée autrichienne importa l'épidémie dans les villes du Tyrol, lors de l'insurrection italienne; en juillet, à Vérone, Trévise, Venise, Brescia; en août, à Trieste. Malte, les îles Ioniennes, la Grèce, furent envahies par l'Egypte.

Dons celte seconde irruption générale, le choléra avait piesque exactement suivi le même trajet qu'en 1832, frappant les mêmes villes, les mêmes quartiers, souvent les mômes maisons; il s'était décUu'é à des époques correspondantes de l'année dans les mêmes localités, avait reconnu les mêmes prédispositions locales, reculé devant les mêmes immunités. La dill'érence principale fut dans une propagation épidémiquc plus rapide, et un développement des épidémies locales plus prolongé et étendu à un plus grand nombre de persoimes.

Troisième irruption épidémique en Europe (1851 à 1855). En 1851, le choléra semblait avoir é[)uisé son action en Europe, lorsque, se réveillant successivement sur presque tous les points qui avaient été les foyers de ses premières irruptions, il y eut comme une seconde levée de l'épidémie, de 1847 à 1850.

L'épitlémie, de 1852 à 1855, ne peut pas, comme les épidémies précédentes, être rattachée à une transmission partie de l'Inde. Suivant Eisenmann, elle apparut d'abord en Silésie, à la fin de l'année 1851, se développa, en 1852, en Pologne et en Prusse, gagna, en 1853, le Danemark, la Suède, la Norvvége, les rivages de la Baltique et delà mer du Nord, le littoral de l'Angleterre. L'année 1854 est remarquable par l'extension épidémique du choléra en Europe. Suivant Milroy, du golfe de Bothnie au littoral du Maroc, et de la mer Noire et de l'archipel grec à l'Angleterre, il y eut à peine une région qui échappa au fléau. Pendant qu'au nord de l'Europe l'épidémie, suspendue pendant l'hiver, reprenait sa marche expaiisive pendant la saison chaude, toute l'Allemagne était plus ou moins atteinte dans les mois de juin, juillet, octobre (Griesinger) ; beaucoup de parties de l'empire d'Autriche, de la Saxe, de la Bavière, souffraient également en été et en automne.

A la même époque, l'épidémie qui avait débuté, l'année précédente, à New- Caslle, Liverpool, s'étendait à presque toute la Grande-Bretagne.

En France, l'épidémie qui avait éclaté, en octobre 1853, dans les départements du Nord (Aisne) avait gagné Paris en novembre, s'apaisa pendant l'hiver pour se lanimer en février, envahir successivement 70 départements et 5,564 com munes, et frapper 145,478 victimes, 40,000 de plus qu'en 1852,45,000 de plus qu'en 1849.

D'octobre à décembre 1855, l'épidémie reste limitée aux départements du nord; de juin à octobre 1854, elle se développe principalement dans la vallée du Rhôiie. Las départements épargnés dans les épidémies antérieures jouissent de la même immunité, ce sont : la Creuse, la Haute-Vienne, la Corrèze, le Cantal, le Lot, la Lozère et le Gers, qui forment comme la grande ossature sur laquelle viemient s'appuyer les terrains neptuniens de la France.

De Marseille, l'épidémie est importée en Algérie (27 juillet 1854); en Grèce, à Gallipoli (7 juillet 1854). « Du 1" au 20 juillet, presque tous les bâtiments servant de transport aux troupes de l'armée d Orient ont des malades et des n orts pendant la traversée » (Scrive, Relation médicale de la campagne d'Orient, p. 72). « De Marseille au Pirée, sur les côtes de la Bulgarie, il nous a été donné d'assister au développement du choléra, suivant l'importation du mal de foyer en foyer» (M. Lévy).

En Grimée, l'épidémie, entretenue par les contingents de nouvelles troupes, se continua jusqu'en 1856. Pendant tout son règne en Orient, elle fut importée sur les côtes de l'Italie, en rapport avec les arrivages de Constantinople et de Crimée. D'Ancône, de Naples, de Trieste, le choléra se propagea dans l'intérieur; à Padoue, à Ferrure, à Yicence, à Milan, dans le Tyrol, en Suisse, en Bavière, dans le Wur,

lemberg. En Espagne, l'épidémie s'étendit lentement le long des côtes (provinces d'Alicante et de Murcie), d'où elle fut de nouveau importée dans la province d'Oran par des cahuts espagnols, arrivant de Torreviega (19 août 1859), pour s'étendre dans le Maroc, à Fez, Tétouan et Tanger en 1860.

En 1853, pendant tout l'automne, des bâtiments chargés d'émigrants arrivèrent dans les différents ports de l'Amérique du Nord. Pendant le mois de novembre, pour le seul port de New-York, il n'y en eut pas moins de 28, ayant perdu 1,141 personnes du choléra. Néanmoins l'épidémie ne se déclara aux Etats- Unis qu'en avril 1854, à Chicago, et seulement le 14 juin à New-York, d'où, se répandant de proche en proche, elle envahit tout l'espace qui sépare le Canada des Antilles.

L'Amérique du Sud, épargnée dans les épidémies précédentes, fut le siège d'une irruption qui éclata successivement au Brésil, à Rio-Janeiro, dans la république de l'Equateur, à Montevideo.

La Suisse ne maintint pas, cette fois, l'intégrité de son territoire. Bâle (ville), Bàle (campagne), le Tessin, Zurich, le canton de Genève, représentant ensemble une population de 244,397 habitants) eurent 1,642 personnes atteintes parle choléra et 825 morts. La Suisse alpestre tut complètement préservée.

D'après Ilirsch, la côte occidentale d'Afrique fut touchée par l'épidémie, en 1855. Celle-ci fut également importée par une barque sarde venant de Savone dans l'île Fogo de l'arcbipel du Cap-Vert. Sur 1 ,300 habitants il y eut 643 morts.

Quatrième irruption épidémiqiie. Que le choléra se soit réveillé spontanément en Arabie, ou qu'il y ait été importé par les pèlerins javanais embarqués à Singapour, le fait est qu'il fit explosion en avril 1865, aux fêtes du Courban- Beiran. Dès la fin d'avril, il avait été signalé à la Mecque et là Médine, sans qu'on puisse préciser ni la date de son début, ni le nombre des victimes évaluées à 30,000 par le consul anglais {Public Health. Eighth Report), à 15,000 par la commission ottomane. Au retour, 12,000 à 15,000 hadjis s'embarquent à Djeddah pour Suez. Le navire anglais le Sidney est autorisé à en débarquer 2,000, bien qu'il eût perdu 8 à 10 hommes pendant la traversée.

Le 21 mai, des cas de choléra sont constatés à Suez, les hadjis sont transportés en trains rapides à Alexandrie et au Caire. Le 23, un médecin de la Compagnie de l'isthme reconnaît, à Damanhour, un cas de choléra dans un convoi de pèlerins. A Alexandrie, les premiers cas sont signalés le 2 juin; le 11, l'épidémie est déclarée. La population saisie d'épouvante s'enfuit par toutes les voies qui s'ouvrent devant elle. Européens, Levantins, au nombre de 30 à 35,000, émigrent vers touf les ports de la Méditerranée (Fauvell .

En quelques semaines, ils répandent le choléra sur tous les points où ils abordent. Les ports principaux sont successivement envahis, puis, des ports, la maladie gagne les contrées principales de l'Europe : la Turquie, l'Italie, l'Espagne, la France, la Russie, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Amérique du Nord, les Antilles, sans qu'il soit toujours possible de se rendre compte de ses moyens de propagation.

Les dates qui indiquent l'époque de l'invasion des principaux points, et font ressortir la vitesse de son extension dans des régions reliées par des voies de communication rapides, sont :

Alexandrie H juin.

Caire 17 —

Smyrne 24 —

Constanlinople - Jaffa (Syrie) . .

Beyrouth. . . ,

28 juin.

1 juillet.

Dardanelles 1 juillet.

Larnaca (Chypre) 8 —

Aiicônc (Italie) 8 —

Valence (Espagne) 9 —

Gibraltar 19 —

Barcelone 22 —

Marseille 23 —

San Severo (Italie) .... 25 —

Volo (Thessaliel 26 —

Borchi (Podolie) 28 —

Damas 1 août.

Salonique 1 —

Trébiioiide (mer Noire) . . 2 —

Odessa (Russie méridion.). 6 —

TouUcha (Danube)l .... 7 —

Alep 11 —

Madrid. . , 15 —

Kertcli 17 —

Palma (Baléares) 19 —

Galata 20 —

Erzeroum (Perse) 22 —

Altembourg (Sase), .... 24 août.

Toulon 26 —

Samsoun o . . 51 —

Bassorah (Mésopotamie) . .

Séville

Cartliapène

Acqui (llalie scptont.). . .

Soulhamplon (Angleterre) .

Paris

Alger

B.igdad

Tlieydon-Bois (C. d'Essex) .

l'rosecco (près Trieste) . . Borditchew (Kiew) ....

Trieste

San Giovanni (Naples). . .

Novomirgorod (Klierson). ,

Elvas (Portugal)

Porto

Jérusalem

Naples

Taganrog

Pointe-à-Pitre (Guadeloupe)

New-York

Vilna

Saint-Pi-'tershoura

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