‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V 16Chapitre 37 sur 49 · septembre · texte numérisé non relu

septembre

1 octobre.

5 novembre.

Ce qu'il y a de remarquable dans cette explosion soudaine du mal, c'est que sur difiérents points, à Ancône, à Odessa, à Marseille, le choléra paraît se développer sponlané'ment (Didiot, Le choléra à Marseille). Si l'ile de Crète s'en préserve par la quarantaine, à Malte, à Beyrouth, à Constnntinople, le choléra franchit ses barrières (Conférence internationale). A Enos, où pas un seul cas ne fut signalé t\ la quarantaine, l'épidémie fit 15 victimes sur 400 habitants. A Trieste, un seul cas se produit au lazaret, le 8 août; la ville se croit préservée, lorsque, le 28 septembre, éclate une épidémie qui, en quelques jours, frappe raorteilenient 82 personnes. A Soutbampton, le docteur Parkes fait d'intitilcs efforts pour rattacher le développement de l'épidémie à l'importation par les paquebots (Girettfc, La civilisation et le choléra). A la Guadeloupe, il reste douteux comment la maladie a pu être importée par un navire parti de Marseille le 5 octobre, arrivé le 9 octobre, sans malade à bord, ni pendant la traversée.

Pour les États-Unis, au contraire, les documents officiels permettent de suivre, de foyer en foyer, son importation et sa propagation. Importé en avril 1866, à îialifaN, par des émigrants allemands, il atteint d'abord le pilote qui a introtiuit le navire dans le port, les membres de sa famille. Il s'étend le long des côtes, gagne New-York, les forts situés dans la rade, et, atteignant les recrues qui y sont casernées, est transporté par elles à la Nouvelle-Orléans, à la Louisiane, au Texas, à Saii-Francisco. Le 16 décembre, il est signalé à bord d'un bâtiment sur la rivière Saint-Jean; le 20 décembre, il atteint l'extrémité du lac Nicaragua, à 12 milles du Pacifique [Report on Epidémie Choiera in the Army ofthe United States During the Year, 1866).

Dans l'Amérique du Sud, le choléra éclate au Brésil, à Montevideo, à Buenos- Ayres, et est importé par les armées belligérantes jusque dans le Paraguay.

En Europe, le choléra envahit la Bussie par la mer Noire et le Caucase. La Podolie, la Volhynie, Kherson, Kowno, Twcr, sont les étapes parcourues par l'épidémie, qui atteint, en novembre 1865, Saint-Pétersbourg et la Finlande. De la mer Noire elle s'avance, à l'ouest, sur la Valachie, la Moldavie, la Dalmatie, la Basse- Allemagne, où la maladie fut ramenée, plus tard, par les troupes prussiennes venues des provinces rhénanes.

La France est envahie par Marseille (23 juillet 1865), qui devient le loyer qui

rayonne sur Avignon, Toulon, Arlts, Paris (22 septembre). Dès le 15 octobre, l'épidémie a atteint sa plus grande inlensilé dans le déparlement de la Seine, où elle fait 6,583 victimes. De Paris, l'épidémie s'étend aux départements voisins: Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Seine-Iniérieure; de Marseille, aux départements des Bouches-du-Rhône, de l'Hérault, du Vaucluse, Sur 14,661 décès, les cinq dépariements du midi en comptent 4,441; Marseille, 1,949; Toulon, 1,306; le département de la Seine, 6,383; Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Oise, 537. Les inities sont répartis entre vingt départements. L'automne de 1866 vit éclater, dans lis mêmes lieux, une nouvelle explosion épidémique, qui égala en intensité et surpassa en durée l'apparition de 1865. Les foyers principaux furent, dans les départements du nord et de l'ouest. Amiens, Lille, KouLaix, Valenciennes, Brest, Saint-Brieuc, sont successivement frappés. De Marseille, le choléra se propagea en Algérie, gagna la Kabjlie, et, de là, les Oasis et le Maroc.

Le 25 novembre 1868, il lit sa première victime à Saint-Louis du Sénégal, où il avait été importé par les Maures Trarzas. A dater de ce jour, jusqu'au 31 décembre, il y eut 1 ,204 décès, dont 92 Européens et 111 indigènes.

D'ailleurs la permanence de l'épidémie dans les régions du nord, et le réveil de son activité extensive déjà constatée en 1854 et 1855, ont reçu la confirmation des faits suivants.

A la fin de 1869, l'épidémie, qui avait débuté, en Russie en 1865, n'avait pas cessé de sévir et éprouvait une recrudescence d'abord à Kiew, puis à Moscou. En juillet 1870, il éclatait de nouveau à Taganrog, au fond de la mer d'Azow, pour s'étendre bientôt aux différents ports de la mer Noire et aux provinces tianscmicasiennes. En septembre, l'épidémie se réveillait à Saint-Pétersbourg, et, ajircs un apaisement dans la saison froide, reparaissait en mars, s'étendait à Mo-cou et, en juin 1871, gagnait Wilna et la Pologne russe; en juillet, Riga.

D'un autre côté, l'épidémie continuait, en Afrique, sa marche extensive, et se propageait sur la côte orientale d'Âirique. Signalée, en 1870, à Zanzibar, elle s'étendait bientôt jusqu'à l'embouchure du Zambèse, envahissant les Comores, Madagascar et les Seychelles, en même temps que l'épidémie se réveillait en Perse avec toute sa puissance de destruction et de propagation. Du 12 juillet 1871 au 4 septembre, 5,747 cas de choléra et 1,940 décès étaient constatés dans les provinces du nord de la Prusse.

A la fin du mois d'août 1871 , le choléra régnait dans les principaux ports de la Baltique, depuis Saint-Pétersbourg jusqu'au Schlesvvig, et était signalé sur le littoral de la mer du Nord, à Hambourg.

Au midi, il était importé, au commencement de septembre, des ports infectés de la mer Noire à Constantinople ; à la fin du mois, il éclate avec violence au voisinage de l'arsenal dans le quartier le plus insalubre et le plus sale de la ville. En octobre, ses foyers se multiplient; eu novembre, il se généralise : du 15 au 19 novembre, la mortalité par choléra est de 576 décès. A partir de cette époque l'épidémie entre dans une voie de décroissance, pour disparaître dans les premiers jours de 1872.

A la même époque, le choléra était signalé en Arabie, importé à Médine par une caravane venue de Djeddah. Du 8 au 12 octobre, on compte de 60 à 100 morts par jour. D'ailleurs l'épidémie entre bientôt en voie de décroissance, et en Arabie comme à Constantinople, en Russie et en Prusse, on signale éga'ement l'extension modérée de l'épidémie, son peu d'intensité et la diminution de gravité des cas particuliers. Les cas isolés signalés à Londres, à Naples, à Paris témoignent en

même temps de la possibilité d'un réveil en Europe de l'épidémie de 18C5, qui ■depuis cette époque ne s'est jamais comjilétement éteinte, et dont la persistance est à la fois accusée par des cas isolés qui éclatent de temps à autre ou se multiplient de manière à constituer ou des épidémies régionales ou ces alternances particulières aux régions du Nord où l'épidémie subit pendant l'hiver une phased'apaisement pour renaître de ses cendres pendant la saison chaude.

En 1872, le choléra a reparu à Kiew, à Ekaterinoslaw, à Kerson pour la quatrième fois depuis quatre ans. A la même époque, des cas plus ou moins nombreux témoignaient de la persistance de la cause, au nord de l'Allemagne et en Russie.

Au commencement du mois d'août 1873, la France fut envahie par le Havre, sans qu'on ait pu déterminer si la maladie avait été importée par le navire rAmmonia, venant de Hambourg, ou si elle s'était développée sur place. Le dépouillement de l'état civil donne pour ce mois d'août HO morts par le choléra sur 478 décès. L'épidémie arriva à son maximum le 23 août, alla en décroissant en septembre.

Peu de jours après son apparition au Havre, le choléra se montrait à llouen. Deux cas furent signalés dans les premiersjours d'août. A dater du 18, la maladie prit de l'extension. La moyenne des décès journaliers fut de 5 à 7. Les huit premiers jours de septembre marquent la période la plus grave de l'épidémie, qui s'étendit à la même époque à Caen, à Fécamp et à d'autres localités du Calvados, pour décroître en septembre.

Dans les premiers jours de septembre, des cas de choléra grave apparaissaient -à Paris.

Au 8 septembre on comptait pour les hôpitaux civils, 47 cas et 25 décès (Del- ^ech, Bull, de l'Acad. deméd., p. 1064). Des cas moins nombreux se produisent en ville. La maladie est relativement modérée. Le chiffre des décès journaliers est de 7 à 16 avec des oscillations étendues et une décroissance générale. Dès les premiers jours d'octobre, le nombre des entrées par jour aux hôpitaux a diminué de moitié. Enfin, après des oscillations peu importantes et un léger accroissement des décès à domicile, 5 décès survenus en une semaine dans les hôpitaux militaires, la maladie était en pleine décroissance à la fin d'octobre, et pouvait être considérée comme terminée en novembre, sans qu'il soit possible de prévoir si les causes qui l'ont développée ne se réveilleront pas avec le retour du printemps.

Des agents delà propagation du choléra. H y a dans la double tendance des épidémies de choléra à se développer sur place et à rayonner au dehors l'expression d'une force d'expansion qui exclut toute explication qui ne tiendrait pas compte de ce qu'il y a de spont;mé, en quelque sorte, d'organique dans cette rénovation du germe de la maladie. 11 sutfit de parcourir la longue histoire des migrations de l'épidémie, de tenir compte de sa durée générale, de ses retours, de sa marche décursive, pour désigner l'homme comme l'agent principal de la propagation dans l'espace et dans le temps, et se placer en dehors des opinions exclusives qui méconnaissent les faits les plus incontestables de l'importation, ou subordonnent une question éminemment complexe à l'influence exclusive de la contagion.

C'est sur les grandes voies de communication des nations civihsées, sur le trajet delà grande navigation, sur le chemin des caravanes, des armées, qu'on suit la marche progressive du choléra, dont la vitesse de propagation est proportionnelle

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à celle des moyens de transport. Les régions qu'il épargne sont précisément celles qui sont en dehors des relations du commerce et de la civilisation : les îles du nord de l'Europe, les Feroe, les Hébrides, l'Islande; les contrées polaire» du Groenland^ la baie de Baffin, d'Hudson, l'Amérique russe, la Patagonie, les côtes ouest de l'Amérique, la Polynésie, l'Australie à l'exception de quelques points isolés de la côte ouest, l'Afrique centrale.

C'est par les points les plus ouverts aux communications extérieures que le choléra franchit les frontières des contrées qu'il envahit. 11 entre en Perse par Bender^ Abouschir, Mesched, et Mawer, les seules villes commerciales de l'est; en Russie par Bakou, la mer Caspienne et Astrakan; en Angleterre par Sunderland (1831), Hull (1848), Southampton (1865); en France par Calais (1832), Dunkerque (1848), Marseille (1834-1865). L'Algérie est envahie par les grands ports d'Alger, d'Oran, de Bône; le Portugal par Oporto (1853); l'Amérique par Québec (1832), New-York (1849), Halifax (1865).

Les villes les plus considérables sont celles qui en souffrent le plus, lorsqu'elles sout placées sur le chemin de l'épidémie, et qui en subissent le plus longtemps les atteintes; enfin les grandes agglomératious humaines, -qu'elles s'appellent pèlerinages, armées, foires, flottes, sont les foyers oii répidémie éclate avec le plus de violence, et d'oii elle se répand avec une force expansive nouvelle.

Un dernier ordre de considérations autorise à attribuer à l'homme le développement épidémique du choléra, c'est l'épuisement rapide de sa cause, quand elle n'est pas alimentée par son transport au milieu de populations vierges, ou par l'arrivée incessante de personnes saines, comme cela a lieu dans les armées. Pendant la guerre de Crimée, au fupet à mesure de leurs pertes, les régiments j;z«'saient en France des contingents réparateurs de 300, 400 ou 500 hommes ; les nouveaux arrivés ne tardaient pas à subir l'influence épidémique, à l'exclusion presque absolue des anciens soldats (Cuignet cité par Vincent).

En 1859, une épidémie sévissait sur les troupes de la province d'Oran réunies au camp de Ras-Monilhah et du Kiss. Une division de la province d'Alger, alors complètement épargnée par l'épidémie, vint mêler ses bataillons aux troupes infectées et fut bientôt la proie du fléau. Voici un épisode intéressant de cette épidémie militaire :

Le 1®'' bataillon des tirailleurs algériens, parti de Blidah le 26 septembre, fut embarqué à Alger pour Oran, et arriva au camp du Ras-Monilhah le 10 octobre, oii il eut a subir les premières atteintes du choléra; le 19, il dresse ses tentes au camp du Kiss, où se trouve réunie l'armée expéditionnaire.

Le 2™^ bataillon débarque à Nemours, dont l'hôpital lecevait les malades du camp du Kiss, et arrive au camp le 21 octobre. Dès le 23, le choléra se déclare parmi les hommes qui le composent ; frappe d'abord la première compagnie, dont les tentes faisaient suite à celles du l^' bataillon inliecté dès le 10 octobre, puis la 6""^ compagnie, qui campait dans le voisinage de l'ambulance.

C'est à cette influence des nouveaux venus au milieu d'un foyer cholérique que M. Briquet (choléra de 1849) attribue l'augmentation dans les hôpitaux des cas intérieurs à la fin des épidémies. M. Bucquoy {Gaz. hebd., 13 octobre 1865) a heureuseqient expliqué devant la Société médicale des hôpitaux cette contradiction apparente.

Une preuve évidente, palpable de l'influence des personnes dans la propagation épidémique du choléra, c'est son importation par les armées. Dès le début de l'épidémie de 1817, Jameson signale l'influence des mouvements militaires, des

caravanes de maichands sur la propagation du choléra. L'armée du marquis de Hasiings, frappée cruellement à Buudlecuiid, répandit la maladie sur toute sa route.

En 1823, le choléra sévit avec tant d'intensité en Mésopotamie, sur les armées persanne et turque, qu'elles furent contraintes de mettre fin aux opérations de ht guerre. Or, pendant que les Persans victorieux importaient la maladie en Perse, les Turcs l'importiiient dans la Turquie d'Europe. En 1850, les troupes russes répandirent l'épidémie dans le Caucase. En 1831 , ils la transportèrent en Pologne. Les recrues de l'armée de don Pedro transmirent le choléra en Portugal en 1833. En 1849, les troupes autrichiennes venues des régions déjà infestées importèrent le choléra dans le Tyrol et la haute Italie; tandis que les troupes françaises qui s'étaient embarquées à Marseille alors épargnée par l'épidémie, jouirent à Rome d'une immunité complète (M. Alquier cité par Briquet). Eu 1857, le 12"'*' régiment de ligne, parti de Marseille en proie au choléra, répandit la maladie tout le long de sa route, de Bone à Medjez-Amar et à Constantine. Enfin, dans la dernière épidémie de choléra eu Amérique, c'est par des recrues parties de New- York, qu'on a pu suivre la propagation successive de l'épidémie de New-Yoïk jusqu'à 12 milles du Pacifique {Report on Epidémie Choiera, War dep., 1867).

Bien que les archives de la science soient pleines de faits incontestables d'importation du choléra par des personnes arrivées malades dans un lieu jusque-là préservé de la maladie, la filiation n'est pas toujours suffisamment établie, ni assez évidente pour que, niant ce que des faits particuliers acquièrent d'importance par leur ensemble, on n'en soit arrivé à les rejeter tous également et à défendre l'opinion non moins exclusive du développement spontané du choléra. Sans vouloir discuter la valeur relative ou absolue des faits positifs ou négatifs, dans la question de la transmission de la maladie, nous nous efforcerons de rassembler ceux qui nous semblent établir avec le plus d'évidence l'importation du choléra en dehors et à de grandes distances de ses foyers primitifs, réservant à l'histoire des épidémies locales les preuves de la contagion dans les contrées déjà envahies par le fléau.

L'étude géographique du choléra dans les localités est en contradiction avec la doctrine de l'évolution spontanée. Les Açores, placées en dehors des routes de la navigation ont été préservées jusqu'à ce jour. Il en est de même de l'île de l'Ascension, de l'île Sainte-Hélène (W. Smart. Mémoire lu devant la Société épidémiologique de Londres, the Lancet, mars, avril et mai 1873).

D'ailleurs dansdesîlestrès-éloignées d'un continent, l'importation s'est présentée avec des caractères d'évidence qui ne pourraient être contre-balancés que par la preuve, donnée par les adversaires de la contagion, d'une épidémie de choléra développée en pleine mer ou dans une île qui n'aurait pas reçu de provenance d'un lieu infecté.

L'île Maurice, située à près del,000 lieues de l'Inde, a été envahie en"1819 et en 1856. La première fois, l'épidémie aurait été importée par le vaisseau la Reine Topaze (Keraudren) ; la seconde, par deux navires VHijdrée et le Futtay Mombarrack, arrivés le 5 et le 8 janvier avec le choléra à bord. Après le débarquement des passagers sur l'île Gabriel qui sert de quarantaine, ces deux navires furent admis à la libre pratique , l'un le 17 janvier, l'autre le 24. Un petit bateau à vapeur faisait chaque jour le service de la quarantaine. Un homme de couleur, le nommé Alfred, employé par le fournisseur, est atteint du choléra et meurt le 24 sans que le bateau soit mis immédiatement en quarantaine ; le surlendemain

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de la mort d'Alfred, c'est-à-dire le 26, un homme est atteint du choléra en ville et meurt. Un habitant de la campagne venu en ville pour affaires est atteint et guérit, mais le domestique qui l'avait soigné est frappé à son tour et succombe. A partir de ce jour, le choléra se répandit dans l'île,

Morehead, adversaire déclaré de la contagion du choléra, considère cependant le fait suivant comme probant en faveur de l'importation :

En 1 846, deux bâtiments venant de l'Inde, l'un de Calcutta, l'autre de Mddras, arrivèrent le 26 et le 27 octobre à Maurice, oii le choléra ne régnait pas. Le navire venant de Madras avait vingl-six jours de mer, pendant lesquels il avait eu 56 cas de choléra et 18 décès. Les coolies indiens qu'il avait abord furent mis en quarantaine sur l'île Plate; les coolies venant de Calcutta, aunombrede 600, furentplacés sur l'île Gabriel, servant également de quarantaine; les premiers eurent du 26 octobre au 20 novembre, 4 morts par le choléra ; les seconds 18, et, ce qui constitue le fait d'importation, communiquèrent la maladie à leurs gardiens, dont trois succombèrent, deux le 29 octobre, un le 20 novembre (Ayres, Lancette du 4 décembre 1858).

En 1859, pendant que l'épidémie sévissait en Arabie et dans les ports de la mer Rouge, elle fut importée à la côte orientale d'Afrique par les boutres faisant escale à Zanzibar, à Kiloa, Anghoxa, épargnant les localités intermédiaires [Arch. de médecine navale, t. VI). L'île Demba, située à huit ou dix lieues de Zanzibar, se maintint dans un état de préservation, parce que le sultan Saïdi Madjid avait interrompu toute communication entre les deux îles.

Des quatre îles qui forment le groupe des Comores, la grande île fut seule envahie par l'épidémie : le sultan d'Anjouan ayant interdit l'entrée de tous les boutres venant de la mer. Mayotte fut préservée par les mêmes précautions {Arch. de méd. navale, t. VI, p. -402).

A la côte de Madagascar, un boutre arabe chargé d'immigrants arrive à Hellville, chef-lieu de Nossi-Bé, avec des malades à bord. Le lendemain il va porter ses malades à Monambourou sur la côte de Madagascar, mais pendant la nuit qu'il passe au mouillage, ce navire jette à la mer près de cent cadavres d'individus décédés à bord. Le tlot porta au rivage la plupart de ces corps, et, comme il était impossible de les laisser là, une corvée de huit condamnés fut désignée pour aller les immerger au large. Bientôt le choléra se déclara sur ces huit hommes, qui succombèrent tous. En même temps trois ou quatre cas se déclaraient dans \ établissement des Frères de la doctrine chrétienne et dans le camp africain, situés l'un et l'autre sur le bord de la plage oiî étaient venus échouer les cadavres [Mémoire cité).

En 1854, à une époque où depuis longtemps, il n'y avait plus de choléra en France, arrive à Toulon la frégate la il/e/pomèHC, venant de Lisbonne, avec un certain nombre de militaires atteints de choléra. Tout l'équipage est mis au lazaret; cinq personnes sont envoyées dans l'établissement pour soigner les malades : l'une d'elles est atteinte le jour même et périt en 24 heures, les quatre autres succombent les jours suivants. Quatre gardes de santé placés à bord du bâtiment évacué périssent en quatre jours (Keraudren).

En Corse, en 1849, l'état sanitaire était complètement satisfaisant à Bastia, lorsque arriva, par le courrier venant de Toulon, un brigadierde gendarmerie atteint du choléra. On le plaça dans une maison isolée oij il fut soigné par sa femme venue de l'intérieur de l'île. Il succomba quelques jours après, sa femme fut prise du choléra et succomba également. 11 n'y eut pas d'autres malades en Corse en 1849 {Comité local d'iiygiène, cité par Briquet).

CIlOLiiRA. 773

En 1866, le n&nveVEngland arrive le 21 avril à New-York, venant, de Liverpool et ayant touché à Halifax, le capitaine déclare que le choléra a régné à \mi\{ pendant le voyage. De Liverpool à Hulifax il y eut 50 morts, et 150 à Halifax, où le navire s'était réfugié le 9 avril.

Le pilote qui fit entrer le navire à Halifax fut attaqué du choléra et retourna à Portuguese-Coue, distant de 19 à 'iO kilomètres oîi résidait sa famille. Cinq de ses enfants eurent le clioléra, l'un après l'autre et dcii.x succombèrent. Un autre pilote tomba légèrement malade et après lui sa sœur tiès-gravenient. Le médecin sanitaire qui avait donné ses soins aux passagers de l'Ëncjland, succomba au choléra (Extrait d'une lettre du médecin de l'armée, M. Rutlierlord, communiquée par le docteur Goodeve. Comm. international).

Lorsque la propagation du choléra dépasse la portée des communications des populations voisines, et que la transmission par les personnes n'est établie sur aucun fait sérieux, on a pu, dans un certain nombre de cas, expliquer le développement d'une épidémie isolée par l'importation d'effets ayant appartenu à des cholériques.

Pellarin {Lettre à l'Acad. deméd., 29 Juin 1850), le docteur Guastalla, cité par Sirus Pirondi (Observ. sur le choléra à Trieste, 1859), le docteur Riegler (le choléra à Constantinople en 1847 et 1848, Zeitschrift der luiener Aerzte, 1849), ont piis l'initiative de l'enquête à établir sur un mode de propagation épidémique qui déjoue toutes les précautions de pi éservation publique.

En 1852, le premier cas de choléra observé dans le village de Monkton eut lieu le 28 décembre. Dans ce moment la maladie n'existait pas dans le voisinage à plus de 50 milles et on ne put expliquer les quelques cas qui atteignirent une famille et ses proches qu'en admettant que les effets de la sœur du premier malade, morte elle-même du choléra à Leeds quinze jours auparavant, et envoyés par le roulage sans avoir été lavés, avaient communiqué la maladie à un nommé Barnès qui était tombé malade le lendemain du jour où il avait ouvert la caisse contenant les effets (le la sœur (J. Simpson, Observations on Asiatic Choiera, London, 1849).

Suivant le docteur Simpson, cette infection des objets contaminés aurait pu se conserver pendant dix mois.

D'après Peltenkofer {Untersuchtmgen und Beobachtungen iiber die Verbreitungsart der choiera, Miinchen, 1865), à Lusiheim près de Munich, les premiers cas de choléra eurent lieu dans une famille de journaliers dont la lille servante à Munich, avait envoyé à ses parents des effets provenant de personnes mortes du choléra.

Lebert {le choléra eii Suisse. Fiancfort, 1856), rapporte qu'un homme fut pris du cboléra à Lugano, après la cessation complète de la maladie, pour avoir porté les habits d'un homme mort deux mois auparavant. M. J. Girette, {la Civilisation et le choléra, p. 104), étonné de l'invasion par le choléra d'un village isolé de la Savoie, dès le 6 septembre 1865, c'est-à-dire avant Paris adressa au maire du village une suite de questions précises, auxquelles celui-ci répondit par la note suivante :

« Est anivé directement par le chemin de fer de Marseille à Ghambéry, dès le 20 du mois d'août, une fille de l'hospice appelée Marie qui est venue habiter à Puisgros chez sa mère nourricière, Jeanne Dounat, morte du choléra le 6 septembre. C'est la première victime de cette maladie et il m'a été assuré que Marie qui avait eu le choléra à Marseille, a fait des cadeaux de mouchoirs et d'effets

d'habillements à Jeanne Donnât et a couché avec elle,.., il y a eu en totalité dans un village de 100 personnes, 13 cas dont 7 sont décédés. »

Dans la même enquête scientifique, M. Girette ayant trouvé pour une petite ville du Finistère, une épidémie isolée recueillit les niformations suivantes du commissaire de marine de Lorient. « L'épidémie aurait été importée à Moëlan par un matelot de l'Élat venu en congé de convalescence de Toulon oii il avait été traité à l'hôpital maritime pour un cas de choléra. La mère et la sœur de ce matelot auraient contracté, en lavant son linge, le germe de l'épidémie dont elles ont été les premières victimes et qui s'est propagée autour d'elles. )» i

Influence de l'atmosphère sur la propagation des épidémies. Si la cause du choléra est insaisissable pour nos sens, son expansion, son développement rapide, son mode de propagation prouvent que l'atmosphère est l'agent principal de sa diffusion, le moyen à l'aide duquel elle nous enveloppe et nous pénètre. Mais dans quelles limites l'atmosphère infectée qui émane du malade ou de ses déjections conserve-t-elle sa puissance de destruction? Une foule de faits restreignent la portée de ce moyen de propagation. Le choléra pi'ocède par foyers locaux circonscrits à une ville, à un (juartier, à une maison. Dans la prison d'Ebrach, le choléra régna avec une grande force parmi les prisonniers; mais aucun des soldats veillant aux portes, aucun employé, aucun gardien ne furent atteints (Pettenkofer, Verbreitungsart, etc., p. 126). Si l'atmosphère locale peut envelopper de son mé[iliitisme les habitants d'une maison, d'un quartier, d'une ville entière, l'infection va se perdre rapidement dans l'immensité de l'océan aérien, et il ne vient à l'esprit de personne d'attribuer le développement d'une épidémie sur ce point perdu au milieu des mers qu'on appelle l'ile de la Guadeloupe à des courants atmosphériques. La sphère d'infection cholérique est à la fois limitée comme l'atmosphère confinée des habitations, et accidentellement transportée par l'atmosphère comme le méphitisme des marais à des distances dont la limite n'a pas été déterminée, mais dont la portée ne paraît pas devoir dépasser la distance d'un ou de deux milles fixée pour la plupart des quarantaines.

La transmission du choléra par l'atmosphère ne peut être démontrée que par l'infection de navires arrivant du large vers une région oii règne l'épidémie, et frappés du choléra avant le débarquement.

On a cité le fait de la flotte anglaise atteinte sur les côtes de la Grèce, l'exemple d'un bâtiment atteint à un mille de distance de Sutherland, en 1854. Les moins contestables et les mieux étudiés sont les faits dus à W. Scott, et au docteur Marroin.

Le 54""' régiment de Sa Majesté débarqua à Madras, le 10 mai, des navires de Ja compagnie le William-Fairlie et le Thomas-Coutts, dans un état de santé parfiit. Trois jours après le débarquement, le choléra frappa les hommes qui le , ■composaient.

Vers le 18 mai, il éclata à boi'd du premier navire le Fairlie, mouillé sur rade, frappa 65 hommes dont 12 mortellement. Le Coutts ne fut atteint qu'une quinzaine plus tard, lorsque le vent soufflant du Fairlie au Coutts eut porté la maladie sur le second bâtiment. Tous les homznes atteints couchaient sur le côté du bâtiment tourné vers le Fairlie et la terre.

Le 31 juillet 1854, le vaisseau le Jean Bart et le Friedland., sous les ordres du vice-amiral Uruat, paraissent en vue de terre, revenant d'une croisière au large •dans la mer Noire, sans avoir eu ni avec la terre, ni avec un autre navire queli£Ongue aucune communication, au moment où l'épidémie sévissait sur l'armée de

la Dobrutscha. Un cas de choléra se déclara à bord de chacun de ces deux vaisseaux à plusieurs lieues en nier (Vlarroin, Histoire médicale de la flotte française pendant la guerre de Crimée, Paris, 18G1).

Développement, marche et durée des épidémies. Il y a dans la [)ropagation du choléra, comme dans la durée de l'épidémie considérée dans son ensemble, la révélaliou d'une force suscejitiljlc de se renouveler aussi longtemps que sa puissance destructive trouve les aliments qui l'entretiennent.

Ces caractères généraux, l'importation de la maladie démontrée par des faits d'une valeur inattaquable ne laissent pas subsister de doute sur la transmissibilité comme moyen de propagation de l'ipidémie dans l'espace et dans le temps.

Arrivant à l'histoire des épidémies étudiées sur place, nous retrouvons le même fait primordial soit comme origine, soit comme cause' de leur diffusion. Il est donc indispensable d'en exposer les preuves sans idée préconçue, de ne repousser aucun fait qui restant isolé peut paraître contestable, mais qui mis dans son jour véritable par l'étude des conditions locales et des influences atmosphériques, explique ce qu'il y a de mystérieux en apparence dans les fluctuations prodigieuses des épidémies de choléra.

Des faits mille fois répétés montrent que des localités jusque-là épargnées par l'épidémie sont frappées après l'arrivée d'une personne malade qui transmet sa maladie aux parents qui l'accueillent.

Lorsque les chaînons de cette chaîne de transmission sont brisés sur quelque point, l'état des personnes qui sont frappées les premières, révèle des rapports probables avec les personnes ouïes provenances venant des lieux infectés.

A Calais en 1832, le choléra fit sa première apparition sur un pauvie pêcheur qui habitait une cave dans le quartier du port. En 1848, il éclata à bord d'une ,pelite belandre (Mauricheau Baupré, extrait du journal Vlndicateur calaisien).

A Dunkerque, le premier cas eut lieu le 15 octobre 1848, à bord d'une belan- <ire qui avait reçu le chargement de charbon de terre d'un bâtiment anglais venu de New-Castle où régnait l'épidémie.

Ailleurs l'opposition de faits positifs ou négatifs dans des conditions opposées acquiert l'autorité d'une preuve de l'importation de l'épidémie.

Tandis qu'à Paris le choléra n'a jamais commencé par les hôpitaux, dont la population est jusqu'à un certain point isolée du mouvement des comm\inications avec la province et les pays étrangers, à Alger, l'hôpital militaire du Dey, qui reçoit les militaires arrivant de France, a été dans toutes les épidémies le centre d'élaboration et d'expansion de l'épidémie (Vincent et CoUaidol, le Choléra d'après les épidémies qui ont régné à Alger).

La même opposition se rencontre entre l'immunité habituelle acquise aux prisons, aux pénitenciers et l'extension rapide de l'épidémie au milieu de personnes ■ordinairement préservées, lorsque l'imporlation trouve un accès dans cette direction. Les condamnés militaires du poit de Mers-El-KébiràOran, en 1854, et ceux du port d'Alger, dans toutes les épidémies, employés à des travaux qui les mettent en communication médiate avec tous les arrivages de France ont été les premières victimes de l'importation.

Les faits suivants confirment ce qu'il y a d'important dans cette expérience faite sur place pour ainsi dire :

Le 25 septembre 1854, on place à l'infirmerie de la prison de Diebourg, un jeune vagabond atteint de diarrhée depuis cinq jours. Il avait lait à pied une longue roule, et avait déjà été traité dans un pénitencier qui se trouvait sur son che-

min, jusqu'au jour de sou arrivée, aucun cas de choléra n'avail été remarqué dans la prison. Des vomissements vinrent se joindre à la diarrhée chez le nouvel arrivant, sans que cependant d'autres phénomènes cholériques apparussent. Il fat placé à l'infirmerie qu'il quitta complètement remis le 12 septembre; il avait occupé une pelite salle en commun avec six prisonniers atteintsde phlhisie et d'affections traumaliques.

Le 29 septembre, cinq jours après son arrivée, un premier prisonnier placé dans cette chambre est atteint du choléra ; le 30, un second ; et le 3 octobre, un troisième. Les deux premiers moururent rajiidement, les cas se multipHèrent ensuite dans la prison, et sur 249 prisonniers, hommes et femmes, il y eut, du 3 septembre au 8 octobre, 36 cholérines et 31 cas de choléra, dont 25 mortels. Un seul habitant de la ville, le mari d'une des femmes qui furent employées à la lessive du linge des cholériques, fut atteint du choléra et succomba (Goering, le choléra dans la prison de Diebourg, Deutsche Klinik, n*» H et 12, 1855. Extrait du travail de M . Jules Worms, de la propagation du choléra, Paris, 1865).

Pettenkofer rapporte que le 30 avril 1854, le nommé Grassi fut transporté à la prison d'Ebrach. Il était resté pendant plusieurs jours dans une prison de Munich dans laquelle il y avait ou plusieurs cas de choléra. Il quitta Munich avec la diarrhée; peu de jours après son arrivée, la diarihée continuant, il fut placé à l'infirmerie de la prison. L'infirmier qui le soignait fut atteint d'un choléra violent le 27 et mourut. L'épidémie s'étendit dans la prison des hommes et atteignit celle des femmes complètement séparée. La première victime fut la femme Maier qui avait lavé le linge souillé par Grassi (Pettenkofer, Verbreitungsart , etc., page 191).

A côté de ces faits positifs qui ne permettent pas de mettre en doute le caractère infectieux et les propriétés transmissibles du choléra, il existe un nombie non moins considérable de faits négatifs dans lesquels la fdialion va se perdre au milieu des préoccupations qui naissent de l'explosion subite, et de la dilfusioii généralisée de certaines épidémies. L'épidémie de 1832 a été officiellement déclarée le 26 mars. Quatre personnes demeurant dans des quartiers différents avaient été inopinément frappées et toutes étaient mortes en peu d'heures; mais un mois auparavant, l'Académie de médecine avait été informée qu'un cas de choléia aurait été observé rue des Prouvaires. Tout ce qu'il est permis de conclure de faits semblables, c'est que le mode d'importation est allé se perdre au milieu de courants de populations qui se confondent dans une cité comme Paris, jusqu'à ce que la diffusion de la cause ait préparé l'explosion en apparence généiale de l'épidémie.

C'est dans les petites localités qu'il faut donc étudier l'influence des personnes sur le développement des épidémies locales. Elle y est d'autant plus manifeste que la maladie ne sort pas du foyer primitif, qu'elle s'y éteint sur place, sans qu'il soit permis d'invoquer l'existence d'une cause épidémique qui n'existait pas avant, et qui cesse de se manifester par l'isolement plus ou moins absolu des premiers foyers.

Les faits suivants montrent que l'arrivée de personnes atteintes du choléra crée un foyer partiel qui devient promptement funeste pour les personnes obligées de vivre dans des rapports fréquents avec les malades ; foyer qui peut s'épuiser,, après avoir exercé son intluence sur tous ceux qui sont soumis aux exhalaisons qui s'en élèvent, ou devenir un centre de rayonnement qui va créer au dehors de nouveaux foyers.

Le Pîihlic Health {Eighth Report 1866. Appendix, p. 357), mentionne le fait suivant :

Pendant que le choléra régnait à Southampton, en septembre 1865, une épidémie tout à fait isolée se déclura à Thoydon-Bois prèsd'Epping, comté d'Essex, petit village contenant 610 habitants et 05 feux.

Le maître d'une maison de ferme et sa femme, habitant Thoydon-Bois, y arri- / vèrent le 25 septembre 1865, souffrant tous deux de la diarrhée, revenant de Veymoutli. Ils avaient traversé Londres on train express, étaient passés à Soulhampton où régnait le clioléra, mais n'y étaient restés que pendant la station du train. Du 28 septembre au 6 octobre, huit personnes de la famille y compris le maître de la maison, sa femme, une servante et un garçon furent atteintes du choléra. Cinq succombèient en moins de douze heures. A la même époque, le médecin qui avait donné des soins aux personnes de la maison et un laboureur qui travaillait au voisinage furent pris de la maladie et succombèrent ; ce dernier après dix heures de maladie. Le 10 octobre, la femme qui avait enseveli le corps du laboureur lut prise et mourut le lendemain. Enfin le petit-fils de cette femme fut atteint le 51 octobre.

Le fait suivant cité par M. Briquet dar.s son beau rapport sur l'épidémie de 1849 [Mémoire de V Académie impériale de médecine, t. XXVIII, p. 181), me semble montrer dans tout son jour et d'une manière inattaquable la vérité de la transmission hnmaine comme cause de l'évolution de l'épidémie locale.

En 1848, le choléra ne régnait encore que dans les deux arrrondissements de Dunkerque et de Boulogne, lorsqu'il fut importé à Yport, petite ville située à deux lieues de Fécamp. Yport, disent MM. Lecadre, Liepart et Beauregand, était dans un état sanitaire parfait lorsqu'y arrivèrent inopinément deux hommes pris du choléra et déjà plongés dans l'état algide. Ces hommes étaient des matelots d'un bâtiment pêcheur qui avait séjourné quatre jours à Dunkerque en proie au choléra ; ils avaient visité la ville. Le bâtiment parti de Dunkerque, le 9 au matin, était arrivé à Fécamp le 10 au £oir avec trois malades ; l'un fut porté à l'hôpital de Fécamp où il mourut ; les deux autres rentrèrent dans leur famille, le 11 à Yport.

L'un d'eux, placé dans une maison aérée, finit par guérir; mais sa mère qui, poui' le réchauffer, avait couché avec lui fut atteinte le 15 et périt le 16. Une petite sœur de dix ans, qui était restée tout le temps dans la chambre du malade, fut atteinte le 20 et périt le 21 .

L'autre moins hygiéniquement placé, guérit aussi, mais une petite fille qui était restée prèsdu malade, fut atteinte le 15 et périt le 16. Une garde-malade et sa fille qui avaient soigné et le malade et l'enfantfurentatteintes l'une le 26, l'autre le 50 ; bien que cette dernière se fût rendue dans un village voisin, toutes deux périrent.

A partir de ce moment, l'épidémie s'étendit dans la commune, et un mois après, elle gagna Fécamp ; Yport fut pendant ce temps la seule commune infectée.

Le docteur Pellarin(Gas.med, 1849) arattaché àl'importation le développement de l'épidémie à Givet. Le 17 août 1849, la maladie y fut introduite par un domestique arrivé de Bruxelles. Le premier cas dans la garnison porta sur un grenadier lié avec la servante qui avait soigné le domestique et qui mourut elle-même le 31 août.

Du 17 août au 11 octobre, la petite ville de Fumay, située à 22 kilomètres de Givet, av.'iit été préservée de l'invasion épidémique. Le 1 1 octobre, un bataillon du 62^ quitte Givet se dirigeant sur Fumav: en route, un soldat est pris du cho

léra, il est transporté à l'hôpital de Fnmay et y meurt le lendemain. Deux jours plus tard, le choléra se déclare dans la ville,

Pendant le choléra de Berlin en 1855-1854, un ramoneur quitte cette ville et arrive le 3 octobre à Prenslau ; il tombe malade et meurt du choléra confirmé le 5, à l'hôpital. Les premiers cas éclatent à l'hôpital, dans la salle et près du lit qu'il avait occupé ; en même temps deux autres cas éclatent dans la maison où il était tombé malade (Loevenhardt. Journal du méd. pruss. 1853. Worms, p. 12).

Le docteur llrochard {Du mode de propagation du choiera et de la nature contagieuse de cette maladie. Paris, 1854), Léon Gros (Le choléra dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines \ Gaz. méd. de Strasbourg, 1855), le docteur Huette [Archives générales de médecine, iSb&), le docteur Bucquoy {Bullelin et mémoire de la Soc. méd. des hop. 1866, 2*^ sér., t. Il) ont réuni des faits universellement connus de l'importation du choléra dans de petites communes.

Une voiture de nourrices se rendant à Nogent-le-Rotrou, partie le 28 mars 1849, arrive à Brunelles, y dépose une nourrice atteinte du choléra depuis son départ de Paris. Cette femme qui habite une maison isolée sur un coteau parfaitement aéré meurt le lendemain de son arrivée. Quelques heures après, son nourrisson succombe également au choléra. La sœur de cette femme qui jouissait d'une bonne santé et qui demeurait dans un hameau éloigné, vient lui donner ses soins ; frappée immédiatement du choléra, elle meurt au bout de quelques jours (Brochard).

Dans 14 communes de l'arrondissementdeMontargis, l'épidémie s'est développée par importation (Huette).

A Saint-Maurice oti aucun cas de choléra ne s'était produit, il éclate le 28 juin chez un nourrisson amené la veille de Paris. Deux jours après, l'enfant de la nourrice est atteint et succombe ; le nourrisson succombe le lendemain ; la nourrice est atteinte le 4 juillet et guérit. Sa mère venue d'un village voisin où le choléra n'existait pas, est frappée vingt-quatre heures après sa fille et meurt ; une seconde fille qui lui avait donné des soins est Irappée deux jours après et guérit. L'épidémie ne s'étendit pas dans le village.

A Oussoy, un nourrisson apporté de Paris le 27 juin, meurt du choléra le 3 juillet; le 13, l'enfant de la nourrice est atteint et succombe ; la nourrice elle-même est frappée et meurt le 17 ; deux femmes voisines qui lui avaient donné des soins meurent, l'une le lendemain, l'autre au bout de huit jours ; le mari de la nourrice est atteint le 26 et meurt : une femme habitant l'autre extrémité du village et qui avait lavé le linge du dernier malade, est également atteinte du choléra. Dansée village, l'épidémie est resiée bornée aux maisons des personnes qui avaient eudes rapports avec les malades.

A Chevillon, l'épidémie fut importée par l'enfant d'une femme morte du choléra à Phôpital de Montargis et qui fut recueilli dans ce village où il mourut. Les personnes qui l'avaient abrité eurent le même sort.

Développement et extension de V épidémie. De même que la cause du choléra crée des foyers partiels dont l'action nocive s'exerce sur toutes les personnes placées dans leur atmosphère, de même la transmissibilité delà maladie multiplie les foyers par la diffusion des exhalaisons sorties des foyers primitifs, par le rayonnement des personnes d'un village au village voisin, d'une rue à une autre, d'une maison à une autre maison. Lorsque les phases de cette évolution successive de l'épidémie restent distinctes, il est possible d'en coordonner les éléments, mais lorsqu'elles viennent à se produire confusément, elles cessent d'être compréhen-

sibles. La diffusion subite d'une épidémie sur tous ies points d'une grande cité (paraît être un fait naturel, dépassant la portée du savoir humain, bien que la réflexion la plus simple conduise à décomposer le foyer principal en foyers partiels. 'En effet, avant de se laisser aller à toutes les hypothèses qui se prêtent à l'application •des épidémies généralisées, il est indispensable d'épuiser ce que l'observation simple suffit à expliquer.

Dès 1849, MM. Velpeau et Briquet comprirent l'influence des personnes dans la formation des foyers multiples dans les grandes villes.

Le 29 mai 1849, M. Velpeau disait à l'Académie de médecine: « En 1832, le premier cas de choléra qui se déclara dans nos salles, s'y manifesta après l'arrivée d'un infirmier qui s'était trouvé dans d'autres services en contact avec des cholériques. Une fois ce premier cas déclaré, on vit la maladie se propager de lit en lit, à un grand nombre de malades. »

« Le choléra n'a éclaté à l'hôpital de la Charité qu'après l'arrivée des cholériques "venus du dehors... L'épidémie, dans les salles, a eu pour point de départ ces premiers cholériques ; elle s'est, de proche en proche communiquée d'abord dans le voisinage, laissant pendant quatre jours les trois-quarts de l'hôpital dans l'immu- 'nité complète, et ne s'est étendue que successivement aux autres parties de l'établissement, mais en conservant encore pendant quelque temps une prédilection pour les parties par lesquelles elle avait débuté {Traité pratique et anal, du choiera morbus. Briquet, Mignot, p. 109). »

Cette création de foyers successifs n'a jamais été mieux suivie que dans la relation de l'épidémie du village de Saint-Puix par le docteur H. Benoît (Du choléra dans la vallée de Giromagny. Str. 1855. Ext. des travaux de M. Worms, p. 15).

Le 13 août 1854, le premier cas s'est présenté chez une mendiante vagabonde venant de Béfort où régnait l'épidémie ; elle demande l'hospitalité chez un maréchal du village, y tombe malade et y meurt. Le maréchal est frappé à son tour et guérit ; le 18, une femme qui a prié près du cadavre de la première victime, est atteinte et meurt le 22. Le mari de cette femme meurt du choléra. Un voisin succombe le 25, un autre voisin renvoie des ouvriers qui habitaient chez lui; deux d'entre eux vont loger chez un nommé CoUin à l'extrémité du village. L'un d'eux tombe malade le 29, et veut rentrer dans son village natal qui est à deux lieues; ne pouvant continuer sa route, il est recueilli à moitié chemin dans le village de Chaux par Serre chez lequel il reste quelques heures, puis il est transporté chez lui enveloppé de couvertures appartenant à Serre. Le 30, MuUer, autre ouvrier logé chez Collin, a le choléra et meurt le 31. Le l*"" septembre, c'est l'enfant de Collin, le logeur. Le 2, un pensionnaire et la servante. La femme et les enfants de Collin sont renvoyés par ordre du médecin, qui prescrit la désinfection et latérmeture de la maison. Le mari seul résiste et se couche dans le lit oiî son enfant est 1 mort ; il est frappé et meurt lui-même dans la nuit du 4 au 5 septembre.

Sa femme rentrée depuis la maladie de son mari est atteinte le 6 et guérit.

Le 29 une femme meurt dans le voisinage de la première maison atteinte.

Puis trois personnes voisines de la maison Collin.

La femme de Serre qui avait recueilli un malade et prêté sa couvertnre, va le 29 août la chercher dans un village voisin, la rapporte à la maison; elle est atteinte du choléra le 2 septembre, et succombe ; c'est le premier casdu village de Chaux oiiles faits vont se succéder dans le même ordre.

M. H. Roger [Union méd. 1866, p. 582) a lu à la Société médicale des hôpitaux la relation d'un fait de transmission par les personnes comme point de départ

d'un foyer à l'hôpital des enfants. Un enfant atteint d'une cholérine grave fut placé par erreur au milieu de petits malades jusqu'alors complètement préservés du choléra. Il succomba au bout de 4 Jouis et transmit sa maladie au voisin de droite qui, après 16 heures de cohabitation, fut pris d'un accès de choléra qui l'emporta en 10 heures ; le voisin de gauche est pris après 24 heures de cohabitation et succombe en 12 heures; enfin, un jeune garçon couché en face de l'enfant est atteint 24 heures après le premier malade d'une cholérine grave qui guérit.

Pendant l'épidémie de Lille en 1866, M. le docteur Morisson a recueilli le fait suivant [Gaz. heb. 1867, p. 263) : Une jeune dame tombe malade et meurt au faubourg de la Madeleine ; l'enfant qu'elle nourrissait est de suite transporté rue de Tournai, 90. Cet enfant n'a jamais présenté la moindre indisposition ni avant ni après la mort de sa mère ; il est confié aux soins d'une femme habitant un logement fort sain situé au 2* étage. Au bout de trois jours, cette femme perd un de ses enfants du choléra et un deuxième 48 heures après. Ce sont les seuls cas qu'il y ait eu dans la rue.

Conditions locales. Quiconque veut réfléchir, sans opinion préconçue, sur les phénomènes particuliers aux grandes épidén;i3s, restera convaincu qu'il existe dans chacune d'elles une individualité qui exclut les explications générales. Le choléra.est transmissible, mais il ne l'est pas comme la variole, comme la syphilis, ni la fréquence, ni le mode de la contagion ne sont suffisamment déterminés. Pour qu'il se développe, il semble que le germe importé doit trouver un sol favorable. Tout terrain ne lui est pas propice: les lieux élevés, bien aérés, contrarient son développement.

Il faut, pour la création des foyers méphitiques qui lui appartiennent, des lieux bas, humides, des maisons insalubres; prédisposition tellement accusée que les mêmes rues, les mêmes maisons, les mêmes chambres ont été visitées les premières dans plusieurs épidémies successives. A Leilh, en 1848, la maladie commença par le même quartier, la même chambre qu'en 1832 {Report of the General Board of Health on the Epidémie Choiera 1848 et 1849).

Même observation a été faite àBermondsey, à Oxford, àGroningue en Hollande.

L'hôpital militaire du Dey a été signalé dans toutes les épidémies du choléra à Alger comme un foyer dangereux. En 1855, les médecins et les pharmaciens payèrent un lourd tribut à l'épidémie : 50 fuient atteints et 12 succombèrent. En 1866, sur 63 cholériques, 23 ou 24 furent fournis par le personnel de l'établissement, dont 9 sœurs de Saint-Vincenl-de-Paul. Et c'est si bien à une influence locale qu'il faut attribuer l'infection cholérique qu'elle ne suivit pas les malades évacués au fort des Anglais. Pendant 15 jours, dit M. Périer, tous les hommes atteints du choléra ont été enlevés, dès l'apparition des premiers symptômes, avec une vigueur d'exécution qui s'est appliquée aux officiers comme aux soldats, et cependant le personnel de l'hôpital a été frappé dans une proportion inconnue aux époques oîi l'on réunissait dans le même établissement les cholériques de l'extérieur à ceux qui étaient frappés en si grand nombre dans les salles. Le fort des Anglais, au contraire, réunissait les cholériques dans un local étroit et bien insuffisant ; aucune des personnes attachées au service du fort, médecins, pharmaciens, aumôniers, n'a été atteinte. Des 9 sœurs frappées au Dey, une seule avait visité les malades du fort, et quand l'épidémie eut cessé de régner au Dey, et que cet établissement fut redevenu l'hôpital des cholériquns, malgré la présence d'un grand nombre de cholériques, un seul infirmier attaché au service de la buanderie a été atteint (Périer. Rapport sur le choléra de 1865. Alger, 1866).

L'hôpital de la Charité est de tous les hôpitaux de Paris, celui dans lequel éclatent le plus de cas intérieurs. Kn 1849, ils ont été dans la proportion de 89 à 100, de 94 à 100, en 1865, pendant qu'à l'hôpital Cocliin, à l'hôpital Necker, il n'y avait pas un seul cas de choléra déclaré dans les salles (Nonat. Union méd. 1865, p. 283).

C'est particulièrement dans les villages très -voisins ou dans les habitations isolées, qu'il est plus facile d'opposer à l'immunité de certains lieux la prédisposition de localités particulièrement atteintes par l'épidémie.

Pendant l'épidémie du choléra dans la Moselle, en 1849, le choléra n'atteignit dans la commune du Sablon qu'une seule maison, située dans le bas du village et sujette à être inondée par les débordements de la Seille. Sur 15 habitants faisant exclusivement usage de l'eau d'un puits découvert peu profond et mal entretenu, 11 furent frappés et 6 succombèrent. Dans les autres maisons du village, alimentées par d'excellente eau de source, il n'y eut pas un seul malade (Laveran, Histoire statistique du choléra. Metz, 1849).

A Metzervisse, l'épidémie enleva plus d'un dixième des habitants, pendant qu'à Metzeresche, situé à moins d'un kilomètre de distance, il n'y eut pas un seul malade.

Clark {The Médical Record. New-York, juin 1866, p. 155) emprunte à Houston la relation d'une épidémie qui sévit avec intensité, le 15 mai 1853, à Wheling, pendant qu'un petit village nommé Bridgeport, situé dans une île en face de Wheling, dans la rivière de l'Ohio, restait épargné, malgré d'incessantes communications.

Cette influence des lieux sur l'extension des épidémies de choléra a été constatée par tous les médecins militaires de l'Inde et de l'Algérie, qui ont vu les épidémies les plus meurtrières cesser par un changement de campement. Aux faits cités par Jameson, Spence, Lorimer, Mouat, pour l'Inde anglaise, parCazalas pour la Dobrutscha, par Cunier pour la Grimée, on peut ajouter l'épidémie du Kiss (province d'Oran), en 1859; plus de 3,000 hommes, sur 15,000 environ, avaient été enlevés par l'épidémie : le 21 octobre, l'armée se mit en marche pour Aïn Taffouralh, et, à peine arrivée sur les hauteurs, se vit délivrée du fléau.

D'ailleurs, de même que certaines localités semblent receler à l'avance les éléments nécessaires à la diffusion du choléra, dans d'autres le mal ne fructifie pas : les germes apportés par l'importation extérieure restent stériles.

Les localités signalées comme ayant joui de cette immunité plus ou moins absolue, sont : la Suisse alpine, qui, assiégée en quelque sorte par l'épidémie, a lésisté à son invasion, à part quelques cas isolés survenus en Argovie, en Thurgovie et dans le Tessin (Marc d'Épine, Arch. génér. de méd., 1867); le plateau central de la France; les Pyrénées; la partie montagneuse de la Basse-Autriche ; la Moravie ; la Silésie.

En Perse, le choléra s'est étendu de Téhéran sur les pentes de l'Elbourz, jusqu'à une hauteur de 600 pieds, sans remonter plus haut. Pendant trois épidémies successives, le camp du roi de Perse, composé de plus de 10,000 personnes, est resté préservé à une hauteur de 7,600 pieds, malgré des communications avec les villages atteints.

Lyon, assis sur un sol granitique et ventilé par deux puissants cours d'eau, a opposé aux importations journalières de l'épidémie une immunité singulière.

En 1849, le 12* de ligne, venant de l'armée des Alpes, arriva à Lyon le 12 sep-

tembie, atteint par l'épidémie ; cependant il n'y eut que 51 décès militaires et un seul décès civil, le biiandier de l'hôpital.

En automne 1853, l'épidémie, qui sévissait dans le département de la Drôme,. s'étendit jus()u'à Lyon; mais après avoir atteint environ 400 personnes, dont 195 mortellement, elle s'éteignit sur place.

Langreen, Frettenbacher en Russie, Eckstein et Flittner en Hongrie, Creiitzer, Pettenkofer en Allemagne, Farr en Angleterre, Foucault en France, ont cherché dans les conditions d'altitude, de constitution géologique et de perméabilité du sol, l'explication delà formation des foyers cholériques.

Relativement à l'altitude, Rothenburg, pour les contrées voisines de Hambourg, a établi le tableau suivant :

Rapport généial des malades à la population. . , 2.26 pour 100. — Des morts. . . 1.12 pour 100.

— — contrées basses. . . 7.67 — — 3.06 —

— — contrées du Sud . . 5.63 — — 1,83 —

— — contrées hautes. . . 1.97 — — 1.04 —

— — contrées moyennes.. 1.25 — — 1.65 —

Pour l'Angleterre, Farr (Report of the Registrar General, 1852, app. 6; 1856, app. 70) a donné les rapports suivants :

MOMTS SOR 1000 HABITANTS.

ÉLÉVATION. EN 1849. EN 18o4.

100 à 350 pieds anglais 1.2 1.5

40 à SO — 4.4 2.0

là 3 — 13.8 7.8

3 à 1 au-dessous de la Tamise. . . 15.3 13.7

C'est principalement dans les vallées basses, au bord des cours d'eau, sur les rivages de la mer, que le choléra semble trouver les conditions les plus favorables à son développement. Ici la statistique introduit cependant une cause d'erreur, puisque c'est par les ports que se fait l'importation de la maladie, et le long des fleuves que se créent les centres de population. Cette part faite à 'un élément étranger, le fait n'en subsiste pas moins pour tous ceux qui ont suivi sur place l'extension des épidémies locales.

En Angleterre, la mortalité par le choléra a été, en 1832, de 5 p. 1,000 dans les contrées riveraines, de 1,7 à l'intérieur ; dans les districts comprenant les ports principaux, de 12,3; de 4,5 dans les autres {Report cité).

En France, l'altitude moyenne des arrondissements éparçjnés par les différentes épidémies est de 520 mètres, celle des arrondissements atteints, de 115 mètres (Briquet, Mém. de VAc).

Sur 20,286 communes sur la situation desquelles on a des renseignements, 7,572 étaient à proximité de masses d'eau, 12,514 en étaient éloignées. 1,786 des premières, comprenant une population de 5,917,057 habitants, furent atteintes du choléra, ou une sur quatre; 794 des secondes, ou une sur seize seulement, subirent ses atteintes (Briquet).

Relativement à la nature géologique du sol, Boubée {Compt. rend, de l'AcacL

des sciences, Vo octobre 1854) et Foucault [Cjaz. méd., 1849, p. 338), frappés de ce que le choléra s'était arrêté au pied des Vosges et du plateau central pour prendre toute son extension sur les bassins tertiaires de Paris, de la Gironde et de la Méditerranée, avaient cru trouver, dans la composition géologique du sol, la cause des immunités locales.

Ce qui subsiste d'un rappiochement sans fondement a été compris dans l'ingénieuse synthèse dans laquelle Pettenkofer a essayé de réunir les éléments en apparence contradictoires, de la question de la production du choléra (Pettenkofer, 5 Fragen ans der Mtiologie der Choiera; Pappenheim's, Monatsschrift, 1859, 1 beft).

Ce n'est pas à la composition géologique du sol que Pettenkofer attribue les variations locales des épidémies de choléra, mais à sa nature plus ou moins compacte; il résulte de ses recherches non-seulement sur le sol des contrées, mais des dlltérents quartiers d'une ville, d'une rue, d'une maison, qu'un sol sablonneux, un terrain d'alluvion, perméable à l'eau et aux matières organiques, est le sol préparé à la diffusion épidémique du choléra. Lorsqu'il aura été imprégné par les déjections cholériques ou pénétré par des eaux souterraines infectées par les mêmes déjections, il s'en dégagera des exhalaisons méphitiques qui deviendront un poison pour toutes les personnes vivant dans leur atmosphère. .

Les conditions d'altitude ne créent l'imrtiunité relative que par la déclivité du sol, qui facilite les infdtrations vers les localités situées plus bas. L'humidité est une cause adjuvante, parce que l'eau est l'élément de toute décomposition organique, et le véhicule le plus ordinaire du germe infectieux contenu dans les déjections cholériques. La théorie du médecin de Munich, concilie les observations contradictoires des contagionistes qui fondent leur opinion sur des faits bien observés d'importation de la maladie, et celles des anti-contagionistes qui attestent que les rapports avec les malades sont sans danger pour les personnes appelées à leur donner des soins; enfin elle explique non-seulement les allures ordinaires, mais encore les bizarreries de l'épidémie.

Lorsque le sous-sol des habitations est compacte, le choléra ne se propage jamais épidémiquement, il naît par importation et s'étend seulement par le méphitisme créé autour du malade par les évacuations cholériques. Dans des maisons voisines, des deux côtés d'une même rue, la différence de constitution du sous-sol rend compte de l'élection singulière que fait le choléra des numéros pairs ou impairs de la même rue. Enfin les faits suivants, en apparence extraordinaires, trouvent dans cette hypothèse une explication naturelle : AJouy-aux-Aiches, les maisons ayant des puits furent seules atteintes par l'épidémie (F. Maréchal, Rapport médical et statistique sur l'épidémie de choléra qui a régné à Metz en 1832. Metz, 1839, in-S"). Un marchand, ayant l'habitude de séjourner sous une porte cochère de la place de la Bastille, est pris de choléra et meurt; un autre vient s'établir à la même place, et, quelques jours après, il entre à l'hôpital Saint-Antoine et y meurt; enfin un troisième succède aux deux premiers et est pris, comme eux, d'une atteinte de choléra mortelle (Decori, cité par Heurteloup, in Union méd., 1866, p. 355).

D'ailleurs, à côté des faits favorables à l'e-^plicatiou donnée par Pettenkofer, viennent se placer les faits négatifs et les doutes. On a cité particuhèrement le château des Papes, à Avignon (Picard), celui d'Ofeu-Pesth (Tormay), celui de Torgau (Piiecke), comme ayant été atteints du choléra, bien qu'établis sur un sol compacte ou même sur le roc.

A Helsingfors, en 1848, tandis que les jiarties de la ville bâties sur le granit étaient décimées, les parties marécageuses et situées près du rivage jouirent d'une immunité complète (Griesinger, p. 450). En 1865, la Grande-Terre, île calcaire et marécageuse, dépourvue de cours d'eau de quelque importance, a peu souffert du choléra, qui a frappé plus qu'aucun lieu du monde l'île volcanique de la Guadeloupe.

J. Macpherson (On Choiera as Carried hij ships ivith Référence to some modem Théories. Med Times, 1867, p. 889) a principalement insisté sur le développement du choléra en pleine mer, après 14 à 26 jours de navigation; sur l'importation de la maladie à la Guadeloupe par le navire la Virginie, qui avait quitté Marseille depuis iO jours, et n'avait pas eu de malades pendant la traversée ; enfin sur l'observation du pilote, qui aurait contracté le choléra pour avoir fait entrer dans le port d'Halifax le navire VEngland ayant le choléra à bord.

Ces objections me semblent n'avoir qu'une portée insignifiante contre une doctrine qui ne considère le sol que comme le réceptacle d'une cause infectieuse contenue dans les déjections cholériques qui peuvent aussi bien imprégner les membrures et la cale d'un bâtiment, les lieux d'aisance d'une caserne, les chambres d'un bâtiment, que le sol perméable d'un camp, d'une ville ou d'un quartier. La comparaison des épidémies de choléra à bord des bâtiments et sur le sol oii campent les armées, confirment plutôt, d'une manière remarquable, les vues Je Peltenkofer.

Dans l'expédition française de la Baltique, il y eut une grande différence entre la violence de l'épidémie qui frappa l'armée française campée à Bomarsund et les matelots de la flotte. Bien que ceux-ci fussent accablés de fatigue, ils passaient cependant les nuits dans des lieux sains : les batteries des navires; tandis que les soldats étaient campés et soumis aux vicissitudes atmosphériques et à l'humidité des nuits (Thibaut, Relation de l'épidémie de choléra à bord de la flotte de la mer Baltique) .

Pour la Guadeloupe, le docteur Pellarin fait ressortir les nombreux cours d'eau qui servent à l'alimentation et aux usages de la population. 11 altribue à leur infection facile, dans un climat excessif, la diffusion terrible de l'épidémie [Arch. méd. nav., t. IX).

C'est à ce point de vue plus compréhensif de la question de la fause du choléra que se sont placés les médecins anglais, dont l'attention s'est particulièrement fixée sur la nature et la qualité des eaux comme cause du développement de foyers locaux d'infection. Suivant le docteur Snow, les eaux des fleuves des grandes villes, celles des puits qui reçoivent les infiltrations d'un sol poreux, imprégné de matières en décomposition ou qui sont en communication avec des égouts et des fosses d'aisance, se chargent des principes morbifiques et propagent la maladie, lorsqu'elles sont employées aux usages domestiques. L'eau est le plus efficace et le plus terrible agent de transmission lorsqu'elle est souillée par les détritus provenant des déjections cholériques versées directement ou mélangées par le lavage des linges maculés par ces déjections.

Une lettre du professeur Miller, de King's Collège, et une du professeur Fraiikland, du Collège royal de chimie, publiées dans le Times, ont amené la suppression momentanée d'une pompo publique située dans Broad-Street. « La pompe de Broad-Street est comme un poteau indicateur qui marque un progrès important réalisé dans la connaissance du mode de propagation du choléra. Les recherches de Snow, les enquêtes de Whisehead et de Lankester ont montré manifestement

comment le choléra avait attaqué tous ceux qui avaient bu l'eau contaminée du puits que déversait cette pompe, et comment la terrible épidémie, qui ravagea le district de Golden-square, à Londres, fut due à cette cause... La première précaution que nous devons prendre aujourd'hui que le choléra se montre parmi nous, est d'examiner avec soin les sources qui nous fournissent l'eau potable » {Lancet, 28 juillet).

En 1848 et 1849, la mortalité fut de 12,5 sur 1,000 habitants, faisant usage de l'eau de la Tamise prise par la Compagnie Lambeth dans l'intérieur de la ville; en 1854, de 15 p. 1,000 pour les personnes placées dans les mêmes conditions d'approvisionnement; et seulement de 3,7 pour celles qui se servaient d'eau prise en amont de la ville.

« La ville d'Exeter puisait son eau dans une partie du fleuve contaminée par des cloaques; le nombre des attaques de choléra, en 1832, fut de 1,000, dont 347 mortelles. Après cette époque, on fit venir l'eau d'une distance de deux lieues au-dessus de la ville, et, en 1849, il n'y eut que 44 cas de choléra. A Nottingham, l'eau était mauvaise; en 1832, on observa 289 cas de choléra, on changea l'eau, et, en 1849, il n'y eut que 13 cas de choléra, dont 7 mortels. A Dumfries, à Hull, à Oxford, on constata les mêmes faits. Dans cette dernière ville, la prison de la ville, alimentée par de l'eau croupissante, avait des atteintes de choléra dans toutes les épidémies, pendant que la ville en était préservée. 11 suffit de renoncer à l'usage de l'eau contaminée pour faire disparaître la prédisposition acquise à la prison » (Fnuvel, ouvr. cité,^. 358). A Alger, en 1866, pendant que les personnes qui donnaient leurs soins aux cholériques réunis au fort des Anglais jouissaient d'une immunité complète, une petite épidémie éclata à l'hôpital du Dey, dont tous les cholériques avaient été enlevés dès l'apparition des premiers symptômes. 23 ou 24 personnes, dont 9 sœurs de Saint-Vincent de Paul, un infirmier appartenant au service de la buanderie, furent successivement atteintes. Une enquête personnelle démontra que le comptable de l'hôpital avait fait transporter le linge des cholériques du fort des Anglais à l'hôpital du Dey, et que ce linge avait été lavé dans un bassin communiquant, par suite de la détérioration des conduits, avec le réservoir de l'eau bue par les sœurs de Saint-Vincent de Paul.

Au Congrès scientifique de Lyon, un chirurgien de l'armée britannique, M. le docteur Blanc, a insisté sur des faits semblables observés aux Indes et en Amérique, pendant l'épidémie de 1866.

Habitations. Si partout où il existe un malade atteint de choléra, ses déjections peuvent devenir le point de départ d'exhalaisons méphitiques, on comprendra comment les maisons mal aérées, malpropres, le défaut de soins, l'absence de fosses d'aisances fermées, l'habitude des gens de la campagne de jeter sur les monceaux de fumiers accumulés devant les habitations tes déjections des malades peuvent former un ensemble de conditions éminemment favorable à la création des foyers locaux d'infection épidémique.

Dans presque toutes les grandes villes, c'est dans les quartiers pauvres que le choléra éclate d'abord. A Berlin, les quartiers bas parcourus par les bras de la Sprée et voisins des cimetières ont été signalés dans toutes les épidémies.. C'est aux conditions de méphitisme local qu'il faut attribuer le retour des épidémies suces?ives dans les mêmes lieux, les mêmes maisons et l'immunité presque absolue de certains quartiers. A Oxford, l'épidémie partagea la ville, et il n'y eut qu'un seul cas dans la partie préservée, Bail etGull, (report cité) ; tandis que l'épidémie sévit fortement dans les quartiers humides peuplés par des gens mal propres.

DICT. ENC. XVI. 50

Conditions atmosphériques. Ce qu'il y a de particulier dans l'étiologie du choléra, c'est la réunion des caractères propres aux maladies contagieuses et aux maladies miasmatiques .

Comme les premières, il crée des foyers locaux dans l'atmosphère confinée des habitations; comme les secondes, il a besoin pour se développer des conditions extérieures nécessaires à toute fermentation. C'est aux rapports du choléra avec les conditions de milieu qu'il faut attribuer ce fait universellement observé : dans le cours des épidémies, certaines dates désignent pour toute une ville, les points culminants de l'épidémie. La comparaison des épidémies locales fournit les mêmes résultats : dans des régions éloignées, elles s'élèvent en même temps acquérant leur maximum d'intensité dans les mêmes mois et souvent aux mêmes dates. Les orages, les vents chauds signalent les journées les plus néfastes. Celle du 9 juin en 1849, fut remarquable par un violent orage et marqua le point le plus élevé de l'épidémie (Blondel, Mémoire cité).

L'épidémie de Marseille en 1865 ne prit toute sa violence qu'après un orage violent. Didiot [Mémoire cité).

Au mois d'août 1854, un détachement du 45""^, fut surpris au milieu de la plaine de la Metidja par un violent sirocco. Le choléra qui ne s'était manifestéque par quelques cas isolés, prenant tout à coup, sur ces hommes en marche, une violence désastreuse, les faisait tomber foudroyés le long de la route. Le soir le détachement qui avait perdu 7 hommes était tout entier à l'hôpital y compris l'officier.

C'est également à des influences de milieu qu'il faut rapporter ce fait plusieurs fois observé d'une importation restée stérile à une époque de l'année, tandis que cinq ou six mois plus tard, le même germe resté latent ou un autre apporté clans des circonstances plus opportunes deviendra le point de départ d'une diffusion épidémique pinson moins généralisée. Pendant tout l'automne de 1853, il arriva dans la rade de New- York un grand nombre de navires infectés ; pour le seul mois de novembre, il n'y en eut pas moins de 28 ayant perdu 1,141 personnes du choléra. Les mêmes arrivages continuèrent pendant tout l'hiver et le printemps. Néanmoins le choléra ne se développa ni à New- York, ni dans les autres contrées des États-Unis, avant la fin d'avril où il éclata à Chicago, et ce fut seulement en mai qu'un premier cas de choléra fut signalé à New-York, oîi l'épidémie ne prit véritablement toute son extension que vers le 14 juin (A. Clark, The Médical Record., New-York, 1866, p. 206).

A parties exceptions comme celles de Moscou en 1850, oii l'épidémie continua â l'intérieur de l'hôpital par un froid de 20 degrés ; celles d'Orenbourg, en 1851; de Prague, en 1846; la chaleur atmosphérique donne à l'expansion épidémique une puissance qui a besoin pour seproduire d'une moyenne d'au moins 15 degrés, et qui éclate par des effets terribles sous l'influence des grandes chaleurs, comme à la Guadeloupe où il est mort jusqu'à 25 personnes par jour sur une population de 18,000 âmes; comme à la Nouvelle-Orléans où on compta près de 600 décès en moins de vingt jours sur une population réduite par 'émigration à 35,000 personnes.

En général les épidémies se développent pendant l'été et l'automne, s'apaisent pendant l'hiver pour reprendre une nouvelle force d'expansion au retour des chaleurs. Ces oscillations régulières avaient été remarquées en Perse, en 1821 et 1822; en Mésopotamie, en 1822 et 1825; en Syrie, en 1829 et en 1850; en Piussie, en 1850 et 1851 : dans tout le nord de l'Allemagne, en 1854. L'épidémie

de 1854 et 1855 en France et surtout celle de 1865 et 1866 se sont produites avec les allures des épidémies géminées de variole, de méningite cérébro-spinale se prolongeant pendant plusieurs années avec des intervalles de calme correspondant à des saisons régulières. Déjà en 1848, Thielmann (Russian choiera Gazette, 29 janvier 1848), constatait que pendant le mois de décembre la rigueur de la température arrêta si bien la marche du choléra, qu'on put croire à son extinction complète. Il avait complètement disparu dans les provinces des bords de la mer Caspienne et là où il existait encore la mortalité était remarquablement atténuée.

Le tableau suivant emprunté à Hirsch (ouvrage cité, p. 130), montre que le troisième trimestre compte sept lois plus d'épidémies cholériques que le premier et que le mois de juillet en a eu douze fois plus que le mois de janvier et de février.

tô"

es

ce

ce

RÉCIOJiS ISOTHERMES.

es

oa

Cm

Entre les isolhermes de 20 à 23 cent.

— de 15 à 20. . .

de 10 à 15. . .

de 5 à 10. . .

— au-dessous de 5.

Totaux

Le froid peut avoir une action manifeste sur l'apaisement de l'épidémie, comme extension et comme gravité. Le 12 novembre 1832, le vent du nord s'étant élevé à la Nouvelle-Orléans, le fioid se fit sentir subitement et trois jours suffirent pour arrêter les progrès du fléau. Â Mossoul en 1846, sous l'influence d'une température basse, la maladie perdit tellement de sa gravité que sur 50 cas de choléra, un seul se termina par la mort. 11 en fut de même à Glascow, en 1848 et 1849 ; et sur les côtes de Norwége.

La comparaison des épidémies suivant les latitudes témoigne également de l'influence de la température sur l'extension à lu rapidité de la diffusion épidémique. Tandis qu'en Arabie, en Egypte, eu Syrie, sur tout le littoral de la Méditerranée, la maladie éclate par des coups subits, qui s'épuisent en quelques semaines, dans le nord de l'Europe, le choléra se prolonge pendant trois ou quatre années, perdant en quelque sorte le caractère épidémique pour prendre les allures des maladies contagieuses.

En Russie plusieurs années après les épidémies de 1831 à 1848, on constata des cas isolés. A Saint-Pétersbourg, après celle de 1853, la maladie se perpétua pendant plus de cinq ans. Mais c'est principalement en Scandinavie qu'il a été permis de mieux étudier cette succession d'épidémies partielles qui rapprochent bien plus le choléra des épidémies de variole que des constitutions médicales qui éclatent simultanément sur tous les points de la terre qu'elles parcourent en quelques mois.

A. T. Wistrand {Ofversigt a-heho-och sjnkvarden, isverige, Stockholm, 1865), expose que, depuis 1855 jusqu'à 1859, le choléra, qui n'avait jamais régné en

Suède avant 1834, y a reparu chaque année, c'est-à-dire pendant sept ans. Il s'y montrait en général au mois de juillet ou d'août, régnait localement dans des zones plus ou moins circonscrites, pour disparaître au commencement de l'hiver, excepté cependant en 1855, année dans laquelle il continua à sévir jusqu'au mois de mars de l'année suivante. Des cartes indiquent les localités envahies par ces épidémies partielles, qui le plus souvent épuisaient leurs coups sur toutes les personnes d'une habitation ou d'un village et présentaient aussi bien dans leur développement sur place, que dans leur transmission d'un point à un autre, tous les caractères de la contagion.

Conditions personnelles . Le choléra qui a frappé toutes les contrées de la terre, a atteint toutes les races humaines, exercé ses ravages à tous les âges de la vie. Aux Indes il sévit particulièrement sur les natifs. En Afrique, aux Antilles, il s'est abattu d'une manière terrible sur la race noire. A la Pointe-à-Pilre, ilafrappé mortellement 1,504 nègres, pendant que les militaires et les marins du commerce jouissaient d'une immunité absolue.

A la Basse-Terre, le rapport de la mortalité à l'effectif a été de 125 sur 1,000 pour les troupes noires ; de 31 pour l'artillerie, de 40 pour l'infanterie (troupes blanches) [Arch. deméd. nav., t. IX).

Aux États-Unis, le rapport de la mortalité à l'effectif est pour l'épidémie de 186G de : 77 sur 1,000 hommes d'effectif pour les troupes blanches et de 155 pour les troupes noires {Report on Epidémie Choiera, in tlie Army of the United States during the year 1866).

Les Indiens de l'.^mérique du Nord ont été cruellement ravagés par l'épidémie de 1833. Les juifs épargnés en Allemagne, ont été les victimes les plus nombreuses du choléra à Smyrne (Burguières, ouvrage cité), à Alger (Vincent Ed.), enfin à Amsterdam (B. J. Stokvis, Nederl Tijdsche voor Ojeneeskunde, 1867).

Les femmes donnent un chiffre plus élevé de malades, une mortalité moins considérable que les hommes, D'après les documents statistiques sur l'épidémie de 1854, la mortalité pour le sexe masculin est de 8.02; pour le sexe féminin de 7.78 sur mille.

Tous les âges sont frappés par le choléra. La proportion des malades augmente avec l'âge viril; le chiffre de la mortalité s'élève aux extrêmes de la vie.

Les personnes de 20 à 40 ans donnent environ 56 pour 100 des malades. Celles de .... 40 à CO — 24 —

Celles de .... 0 à 20 — 18 —

La gravité du mal est d'ailleurs inversement proportionnelle à sa fréquence comme l'indique le tableau suivant de la mortalité suivant les âges :

POPULATION

DÉCÈS

DÉCÈS SDR 1 000.

De 2 à 5

Dp ^ à 15

De 13 à 20

Dp 20 à 40

De 40 à 60

{Documents sur l'épidémie de 1854, par le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, 1862, in-i").

Toutes les recherches concordent à si^iuiler les effets déplorables de l'alcoolisme comme prédisposition à l'invasion du choléra et la facilité funeste avec laquelle les valétudinaires contractent la maladie. N'est-ce pas une question mal posée? la faiblesse résultant des excès et des maladies antérieures n'est elle pas surtout une cause d'aggravation d'une maladie étudiée peut-être trop exclusivement dans ses formes les plus graves?

Friediander, Briquet, StouHlet ont particulièrement étudié le développement de la maladie sur les malades des hôpitaux. .4 la Charité, les malades atteints d'érysipèle, de pneumonie, de cancer, dophthisie, de fièvre typhoïde ont été plus souvent frappés que les malades atteints de bronchite, que les hystériques et les blessés. Les aliénés dans toutes les épidémies ont été cruellement frappés. Sur une population de 10,000 aliénés la mortalité a été de 9 pour 100, c'est-à-dire huit fois plus élevée que pour la population générale. La mortalité comparée aux malades a été de 2 sur 3. Briquet (Mémoire cité).

Les professions et les autres conditions relatives à l'état des personnes ont été surtout examinées à deux points de vue : 1" l'isolement qui préserve de tout rapport avec les malades ou l'obligafion de vivre dans des rapports plus ou moins intimes avec eux; 2° la vie en commun qui favorise la propagation par contagion ou l'existence commune de la vie privée.

Les maisons religieuses, les établissements d'instruction publique qui n'ont que peu de rapports avec l'extérieur ont joui partout d'une immunité remarquable ainsi que M. F. Maréchal (Mémoire cité), l'a établi pour Metz en 1852, et M. Briquet pour la France entière (rapport cité). La seule exception est une contreépreuve du même fait. Pour la communauté des sœurs de chai'ité qui soignent les pauvres, la mortalité dans l'épidémie de 1849 à Paris a été de 8 pour 100.

La même opposition également concluante s'est produite pour les prisons, les maisons cellulaires, les bagnes : ici complètement préservés, ailleurs ravagés de la manière la plus terrible.

En Angleterre, tandis qu'une population de 2,452 détenus, appartenant à six maisons différentes, ne donne que o malades et 1 seul décès ; le pénitencier de Milbank, sur une population de 1,106 détenus, compte 113 malades et 48 morts {Report ofthe Health, 1849. Grainger, app.).

En France, il en a été de même. La mortaUté pour les maisons centrales n'a été que de 0,41 au lieu de 1 pour 100 en 1832 et en 1849 ; mais lorsque l'épidémie 5'est abattue dans une prison et principalement dans une prison cellulaire, il a fallu évacuer celle-ci pour prévenir une destruction totale.

A Tours, sur 115 détenus, il y a eu 85 malades et 65 décès ou 56 p. 100. A Héthel, 10,7 décès sur 100; à Marseille, 7,47.

Ce qui est arrivé pour les prisons a eu lieu dans les dépôts de mendicité. Celui de Saint-Denis a souffert d'une mortalité de 5,9 p. 100, tandis que d'autres étaient complètement préservés.

Les professions dans lesquelles le devoir oblige à des rapports avec les malades ont fourni à l'enquête dont elles ont été l'objet des résultats contradictoires en apparence, mais en somme concluants en faveur de l'existence de foyers locaux.

Si en 1852, à Paris, sur 1,100 médecins, 20 seulement succombèrent; si la mortaUté des employés des hôpitaux s'est peu élevée au-dessus du cliiflie de la mortalité générale : 28 au lieu de 23 (Blondel, rapport cité), c'est que la diffusion de l'épidémie confondait les désastres partiels dans le désastre général. Si MM. Clotlîey, Cazalas ont constaté au Caire, à Consianliuople, à Oranuue sorte d'immunité

relative en faveur des médecins et des infirmiers, ceux-ci ont fourni ailleurs des victimes trop nombreuses pour qu'on passe sur ce point de l'histoire épidémiologique du choléra sans en tirer cette déduction logique que ; les réunions des malades créent fréquemment des centres d'infection particuhèrement funestes aux personnes obligées de vivre dans leur sphère méphitique : en 1849 à la Salpêtrière, sur une population de 5,000 personnes, 1859 furent atteintes. La mortalité fut de 1,402 ou de 25 p. 100. Pour les aliénés, il y eut un malade sur 14 personnes; pour les employés, 1 sur 5.

A Toulon, en 1842, sur 35 officiers de santé de la marine, 10 furent atteints et 5 succombèrent. En 1835, à l'hôpital militaire du Dey, les médecins et les pharmaciens payèrent un large tribut à l'épidémie : près d'une trentaine furent frappés et 12 succombèrent.

A Moscou, en 1830, le personnel des hôpitaux fut atteint dans la proportion de 30 à 40 p. 100, tandis que pour la population civile en général, le rapport des persoimes atteintes ne s'est pas élevé à plus de 3 p. 100. (Jaehnichen.)

A Berlin, en 1831, sur 115 employés à l'hôpital de Romberg, 54 tombèrent malades.

A l'hôpital de la Charité en 1849, sur 146 personnes qui séjournaient plus ou moins dans les salles, 24 ont été gravement malades, 6 sont mortes; soit 41 sur 1,000 au lieu de 18, rapport général des morts à la population.

Sur 6 médecins et 2 chirurgiens, il y eut 3 nicfîades, 2 gravement atteints. Sur 19 internes et 30 élèves externes, il y eut 5 cas graves et 1 décès.

17 religieuses offrirent 5 cas graves (Briquet).

A Mittau, en 1848, sur 16 médecins, 8 furent frappés par l'épidémie.

A Vienne, en 1854, sur 54 infirmières, 7 furent atteintes de choléra graves; 2 succombèrent (Haller) .

A l'hôpital de Strasbourg, en 1849, il y eut 5 infirmières sur 10, atteintes par le fléau ; en 1854, 3 sur 10 (Reuss).

A Toulon, en 1849, la mortalité de la garnison étant de 1 sur 15 de l'effectif, il mourut 51 infirmiers sur 179, ou près de un sur trois.

AOran, en 1859, pour une garnison de 6,000 hommes, ayant donné 115 décès, les infirmiers militaires comptent pour 12 décès.

La statistique médicale de l'armée en 1865, donne un excès de mortalité pour les infirmiers qui comptent 18 décès sur 1,000 hommes d'effectif au lieu de 10, chiffre des années antérieures, cette différence est en rapport avec l'accroissement de mortalité particulier aux villes de garnison frappées par lepidémie de choléra. En ajoutant à ce chiffre celui des décès en Algérie, laprojiortion des décès pour les infirmiers, s'élève à 23 sur 1 ,000. La moyenne générale des décès par le choléra, donnant une augmentation de 1,66 décès sur 1,000 hommes en général, cette augmentation s'élève à 8 p. 1,000 pour les infirmiers.

La comparaison des différents corps atteints par l'épidémie, donne des résultats qui concordent avec les données précédentes.

Garde impériale. Décès cholérique 2.41 sur 1000

22« de ligne à Toulon 51.75

38' — à Marseille 19.53

7' section d'infirmiers. Marseille et Toulon. . . . 38.60

Profession militaire. Si comme le pensent quelques médecins, le choléra se généralise partout et toujours à la manière des maladies franchement épidémiques et jamais comme les maladies contagieuses, l'armée devrait être frappée dans le

même rapport à peu près que la population civile, tandis que tantôt elle est épargnée, tantôt plus particulièrement atteinte, tantôt enfin en proie à des épidémies partielles qui ne s'étendent pas dans les mêmes proportions dans la population civile, différences qu'on rechercherait en vain en dehors des épidémies des maladies zymotiques et contagieuses.

En 1830, à Berlin, à Breslau, on signala une immunité en faveur de l'armée; il n'y eut dans la première garnison que 35 malades sur 12,000 hommes, dans la seconde que 30 sur 4,000 (Scoutetten. Du choléra à Berlin). En France, il semble que le choléra ait trouvé dans la population militaire les conditions d'extension épidémique qui sont communes à toutes les maladies zymotiques.

Les documents publiés par le ministre de l'agriculture et du commerce sur le choléra de 1854 donnent les éléments de cette comparaison. Page 267.

DKl'AHTEMENT DE LA SEINE.

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