‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.17Chapitre 10 sur 68 · BLANC · texte numérisé non relu

BLANC

KOIR.

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TJ.

• M. Woinow va même beaucoup plus loin : il prétend que le sujet auquel manque l'un des éléments de perception ne doit naturellement former son blanc (ou gris) que des deux autres éléments fondamentaux, principe viai en théorie et pour les cas purs, mais faillible dans la pratique, à cause de la rareté de ces derniers.

16. Tout ce qui précède s'applique, en tant que principes et aux couleurs près, aux deux autres classes de la chromatopseudopsie, à l'achloropsie et à

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l'anianthinopsie, et nous n'y insisterons pas. Nous aurons néanmoins à nous arrêter un instant sur cette dernière classe, à cause de la façon artiticielle dont elle peut être déterminée par l'emploi de la santonine. Afin de produire lapidemeut une action qui ne soit pas de trop longue durée (Helmholtz, Optique pJnjsioloijiqui, édit. française, p. 597), on fait prendre de 55 à 65 centigrammes de santonale de soude. La modification commence après dix à quinze minutes et dure quelques heures ; elle est accompagnée d'envies de vomir, d'mie grande fatigue et d'iiallucinations de la vue, de sorte que l'expérience n'est pas sans désagrément. Avec des doses plus fortes, on peut tuer des animaux. La modification qui survient dans la vue paraît devoir être attribuée dans son ensemble à la suppression du violet ; les objets éclairés sont vus en jaune verdàtre, les surfaces obscures en violet, mais l'extrémité violette du spectre a disparu : le système des couleurs est devenu dichromatique ou à peu près. Avec une intensité lumineuse modérée, on peut obtenir des équivalences de couleurs pendant l'ivresse de la santonine, tandis qu'à un fort éclairage cela n'est pas possible. Ces équivalences de couleurs ne restent pas constantes pendant longtemps : l'état se modifie continuellement d'une manière assez sensible. Ce sont les mélanges jaunes et violets qui paraissent identiques.

M. Max Schultze (aractérise ainsi les phénomènes produits par la santonine : 1" Réduction du spectre aux dépens de son extrémité violette, pouvant aller jusqu'à déterminer dans la rétine une insensibilité complète pour les rayons bleus; 2" Réduction analogue, mais ordinairement beaucoup moindre, du spectre, aux dépens de son extrémité rouge; 5" coloration jaune ou jaune verdàtre des objets perçus; phénomènes qu'il explique par une aug-mentation d'intensité dans la coloration de la tache jaune ; 4" enfin, un effet tel qu'au moment où ces modifications sont près de se produire, c'est non pas encore en jaune, mais en violet ipù les objets sont perçus. Ce serait là, d'après Max Schultze, le début de l'intoxication. Il pense pouvoir interpréter ce curieux désordre par le fait d'images persistantes teintes de la couleur complémentaire du jaune, c'est-àdire du violet, et fait remarquer, à l'appui de cette explication, que la santonine produit vers la tête des congestions passagères qui favorisent singulièrement l'apparition des images persistantes. On sait que, dans l'ictère, les yeux deviennent parfois insensibles aux rayons violets et voient les objets en jaune. Or, ce phénomène n'est pas suffisamment expliqué par la teinte que l'ictère communique aux milieux réfringents de l'œil, et Max Schultze se demande si cette anomalie ne tiendrait pas plutôt à une augmentation dans la coloration de la tache jaune.

En ce qui concerne l'influence de la santonine sur la rétine, M. Woinow est arrivé tout dernièrement aux résultats suivants [Revue médicale russe, 1874, 11" 6) :

'1. Le premier effet de la santonine est d'exciter la rétine. On voit alors k nuance violette sur les objets sombres;

2. Vient ensuite l'état de lassitude (Ermûduny) où tout semble verdàtre. Le violet reparaît après qu'on a fermé les yeux ;

0. La santonine n'excite pas seulement les éléments spéciaux de la rétine, mais toutes les formes des éléments sensitifs. Le champ visuel ne change pas, mais l'acuité de vision augmente ;

4. Plus la dose de santonine a été forte, plus l'excitation extérieure est grande et plus vite la lassitude rétinienne arrive ;

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5. A la dose de 25 à 50 centigrammes, l'action se manifeste au bout de 5 à 7 minutes.

17. Notre classification est scientifique, fondée sur des principes fixes, et tous les cas possibles de chromatopseudopsie viennent s'y ranger. Il ne faut pas oublier cependant que, même en s'appuyant sur la théorie Young-Ilclmholtz, bien des cas complexes paraissent vouloir s'y soustraire. Les considérations présentées plus haut (9) donnent la raison de cette complication et nous n'y insisterons pas. Mais ce sur quoi nous devons appuyer, c'est l'infinie rareté des cas oîi l'une des couleurs fondamentales manque tout à fait. Le plus souvent, les sujets anérytln'opsiques, par exemple, appellent vert, brun, olive, etc., des teintes parfaitement rouges ; mais, en insistant, ils finissent presque toujours par découvrir, dans les collections qu'on leur présente, telles autres teintes de rouge auxquelles ils attribuent leur véritable nom. Ainsi deux rouges, n'offrant <iux yeux normaux que de légères différences de tons, sont appelés par eux l'un rouge, l'autre vert. Il suffit d'avoir examiné quelques daltonistes pour se convaincre de CCS anomalies, qui sont d'ailleurs dans la logique des prémisses posées.

Dalton a, lui-même, décrit comme suit l'imperfection visuelle dont il était atteint {Memoirs ofihe Litterary Society of Manchester ^ vol. V, p. 25) :

« Dans le courant de l'année 1790, je m'occupais de botanique, et cette étude dirigea particulièrement mon esprit vers les couleurs. Si une couleur était blanche, jaune ou verte, je l'appelais sans hésiter par son propre nom ; tandis que je ne faisais presque pas de différence entre le bleu pourpre, le violet et le cramoisi. Cependant, la particularité de ma vision ne me fut bien connue que dans l'automne de 1792. Un jour, j'examinais une fleur de géranium zonale à la lumière d'une bougie. Cette fleur qui, au jour, me paraissait bleue et qui, en réalité» est violette, me parut d'une couleur rouge, tout à fait opposée au bleu. Ce changement n'était point apparent pour les autres personnes.

« Cette observation m'ayant appris que ma vue était, pour les couleurs, différente de celle des autres, j'examinai le spectre solaire et me convainquis bientôt qu'au lieu de sept couleurs du spectre, je n'en voyais que trois : le jaune, le bleu et le pourpre. Mon jaune contient le rouge, l'orange', le jaune et le vert de tout le monde ; mon bleu se confond tellement avec le pourpre que je ne reconnais là presque qu'une seule et même couleur. La partie du spectre qu'on appelle rouge me semble à peine quelque chose de plus qu'une ombre ou qu'une absence de lumière, ho, jaune, l'orange' et le vert sont pour moi la même couleur à différents degrés d'intensité. Le point du spectre où le vert touche au bleu m'offre un contraste extrêmement frappant et une différence des plus tranchées. Au jour, le cramoisi ressemble au bleu auquel on aurait mêlé un peu de brun foncé. Une tache d'encre ordinaire sur du papier blanc est pour moi de la même couleur que la figure d'une personne florissante de santé. Le sang ressemble au î^erf foncé des bouteilles. A la lumière d'une bougie, le rouge et l'écarlate deviennent plus brillants et plus vifs. Le vert au jour me semble peu différent du rouge. L'orangé et le vert clair se ressembl ent aussi beaucoup; le vert le plus agréable pour moi est le vert très-saturé, et je le distingue d'autant mieux qu'il tire davantage sur le jaune. Quant au jaune et à l'orangé, ma vision est absolument la même que celle de tout le monde. »

18. Deux des fils de l'auteur de cet article sont affectés de chromatopseudopsie, et, chose bizarre, le sont à un égal degré et pour les mêmes teintes. Leur anomalie appartient à la classe de l'anianthinopsie (cécité pour le violet).. Leur

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ayant remis Ai écheveaux de laine fine, représentant les cercles de couleurs de Chevreuil, avec demande de les l'anger en six groupes rappelant du plus près possible les couleurs du spectre solaire, il en obtint l'étrange fouillis que voici :

Rouge. Brun noisette, brun marron, saumon, nankin, amaranthe, brun violet, géranium-carotte.

Orangé. Jaune serin et nankin très-clair.

Jaune. Jaune d'or, vert perroquet, vert d'eau, saumon clair, orange clair et orange foncé, gris presque blanc sans aucune nuance de jaune.

Vert. Toutes les nuances de vert franc, et, en plus, vert brun.

Bleu. Bleu de ciel, bleu de Prusse, gris perle clair et gris perle foncé, violet foncé et violet demi-teinte.

Violet. Rose tendre, couleur cliair, bleu très-clair tirant sur le vert; vert très-clair tirant sur le bleu ; mauve très-clair.

Voici d'autres exemples de chromatopseudopsie. Ils sont empruntés à la note communiquée par M. Favre, au Congrès de Lyon, en 1875, et indiquent la diversité infinie des cas qui peuvent s'offrir à l'observation.

M. C. B..., cultivateur, examiné le 22 août 1872, voit :

Le rouge pouceau. ........ jaune.

Le roiif;e cerise vert.

Le vert rouge.

Le vert foncé marron.

Le marron vert.

' Le jaune. jaune.

Le bleu bleu.

Le violet bleu.

B..., le 3 octobre 1873, voit :

Le rouge cerise vert.

Le rose vert.

Le jaune jaune.

Le vert vert, rouge ou jaune.

Le bleu bleu.

P... se présente le 13 mars 1875. Il voit :

Le jaune rouge.

Le vert rouge.

Le bleu noir.

S.... 14 ans, examiné en 1860, voit :

Le rouge rouge.

Le jaune grisâtre.

Le vert foncé brun. '

A distance : Le signal rouge bleu.

Le signal veit bleu.

Y... se présente le 25 mai 1871. Il voit habituellement :

Le rouge châtain tirant sur le vert.

L'orangé un peu rouge.

Le jaune jaune.

Le vert rouge.

Le bleu violet.

' ^ ' Le violet violet.

A un deuxième examen il reconnaît encore certains rouges, mais il se trompe «ncore souvent sur le rouge et sur le vert.

IV. Dlvgnostic. 19. Le diagnostic de la chromatopseudopsie n'est pas difficile à établir, si Ton veut se content*' de constater qu'un sujet donné voit les couleurs autrement que le commun des hommes, les classe d'une autre à'açon, est insensible à l'impression déterminée par certaines d'entre elles. Le plus

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souvent, c'est le hasard qui se charge d'en faire la révélation au sujet lui-même ou aux personnes qui l'entourent, et, comme l'anomalie qui en est l'objet n'en- Iraîne, au demeurant, que des conséquences relativement peu importantes, cette "révélation est parfois fort tardive.

Jlais si l'on veut préciser l'étendue, la nature, l'espèce exacte de la perturbaiion existante, il faut recourir à des recherches plus approfondies et plus compliquées, dont nous exposerons les principales :

A. Evidemment, l'on n'arrivera qu'à des résultats négatifs si l'on se borne à demander aux personnes à examiner sous quel nom elles désignent telle couleur ou telle autre, car, ainsi que le dit Hclmholtz, « leur état les oblige à appliquer à leurs propres sensations, auxquelles elle ne convient pas, la nomenclature qui a été établie pour les yeux normaux. Pour eux, non-seulement cette nomenclature contient trop de noms de tons différents, mais aussi nous distinguons, dans la série spectrale, des différences de tons où ces sujets ne pei'çoivent que des différences de saturation ou d'intensité lumineuse. Il est plus que douteux que ce qu'ils appellent bleu et jaune réponde à notre bleu et à notre jaune. Aussi leurs réponses à nos questions sont-elles lentes et embarrassées et nous paraissent-elles confuses et contradictoires » [Optique physiologique, édition française, p. 594).

Un moyen simple d'éviter cette confusion consiste à réunir un certain nombre de morceaux de papier à tapisserie (dit velouté) ou d'écheveaux de laine de Berlin, substances dépourvues de reflets trompeurs, revêtues des couleurs et nuances les plus répandues, et qu'on charge le sujet en observation de grouper suivant les teintes d'un spectre naturel ou artificiel qu'on leur met sous les yeux comme point de comparaison. Les individus à vue normale constitueront ce groupe le plus aisément du monde ; les autres, au contraire, les composei-ont des couleurs les plus inattendues, indiquant le plus souvent la notion des couleurs fondamentales, mais à la condition qu'elles soient d'une téiiite bien déterminée. Pour peu qu'elles s'éloignent de ces teintes, la confusion devient complète : tel rouge vient se grouper à côté de tel vert, tel bleu à côté de tel violet, etc. Ces données toutefois sont encore fort imparfaites, quant à la découverte de la couleur fondamentale défaillante.

B. E. Rose, dans ses expériences sur la dyschromatopsie , a fait usage de spectres d'interférences formés par des lames de verre à fines lignes parallèles et à travers lesquelles l'observateur regardait une fente éclairée. On sait que, dans ces conditions, on voit, de part et d'autre de la fente, une série de spectres dont le premier seul est complètement isolé ; le rouge du second recouvre déjà le violet du troisième. Les personnes pour lesquelles l'extrémité rouge du spectre présente moins d'étendue, voieiit aussi le second spectre isolé du troisième. L'intensité d'éclairage de la fente, exerce évidemment une grande influence; cependant ce mode d'observation paraît très-utilisable pour se former une piemièi'e idée de la nature de l'œil à examiner.

M. Rose a eu recours aux couleurs que présentent les lames de quartz vues dans la lumière polarisée. Le tube de son Instrument, auquel il a donné le nom de chromatomètre [farbenmesser) contient à la file :

Un prisme de Nicol A,

Un diaphragme rectangulaire B,

Un prisme bi-réfringent . . , C,

Une lame de quariz D, de 5"° d'épaisseur.

Un second prisme de iNicol E,

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contre lequel vient s'appliquer l'œil de l'observateur. Celui-ci voit deux images contiguës au diaphragme B, formées par le prisme bi-réfringent C. Leurs couleurs, exactement complémentaires à cause de la rotation du plan de polarisation d^ms la lame de quartz, peuvent être modifiées par la rotation du prisme de Nicol E. La rotation du prisme de Nicol A modifie seulement l'intensité des couleurs sans altérer leur composition, et l'on s'en sert pour leur donner des intensités égales. Avec une lame de quartz de l'épaisseur indiquée, un œil sain ne peut obtenir l'équivalence des deux couleurs, qui peut être produite s'il y a de la chromatopseudopsie. Les couleurs considérées comme équivalentes dans l'anérythropsie sont le rouge et le vert bleu ; ici encore il existe des différences d'un sujet à l'autre : tous n'amènent pas le prisme de Nicol dans la même position. Si l'on prend une lame de quartz plus épaisse ou qu'on superpose plusieurs lames faisant tourner le plan de polarisation dans le même sens, cl q.u'on y ajoute une lame d'épaisseur variable composée de deux prismes, on peut également produire deux équivalences de couleur pour l'œil normal, en formant un blanc avec le rouge, le vert et le violet, et un autre avec le bleu et le jaune {Optique physiologique, p. 396).

G. Quand une excitation lumineuse frappe la rétine, la sensation ne se produit que quelques moments après que la lumière a commencé à agir, mais elle persiste encore un certain temps après que cette action a cessé. Si celle-ci vient à se renouveler avant que la première sensation se soit éteinte, cette dernière se continue sans interruption dans la seconde et ainsi de suite. Pour arriver à cet effet, on comprend que la répétition de l'impression doit être assez rapide pour que l'effet consécutif à chaque impression n'ait pas sensiblement diminué quand l'impression suivante se produit. Le fait se démontre aisément par l'expérience des disques rotatifs : ainsi, si l'on pose sur un disque noir un point blanc, et qu'on imprime à ce disque un mouvement rotatoire suffisamment rapide, on voit, au lieu du point tournant, un cercle gris semblable à lui-même en tous ses points, et l'on ne peut plus découvrir aucun signe de mouvement. En effet, tandis que l'œil fixe une partie quelconque du cercle qui semble immobile, les points de la rétine sur lesquels se peint le cercle sont impressionnés par la répétition rapide de l'image du point blanc qui le parcourt. Ils éprouvent donc une impression lumineuse qui paraît continue à cause de la rapidité de la répétition. Ce phénomène est soumis à la loi suivante : Chaque cercle du disque dont te centre est sur l'axe de rotation apparaît comme si toute la lumière qu'émet chacun de ses povds se distribuait uniformément sur la circonférence entière de ce cercle, et cette loi semble s'appliquer aussi bien pour une lumière monochromatique que pour une lumière composée. Appliquée à la rétine elle-même, cette loi peut s'énoncer ainsi : Quand un point de la rétine est impressionné par une lumière qui subit des variations périodiques et régulières et que la durée de la période est suffisamment courte, il se produit une in-q^ression continue, pareille à celle qui se produirait si la lumière émise pendant chaque période était distribuée d'une manière égale dans toute la durée de la période [Idem, p. 447).

Ces lois s'appliquent également à la lumière colorée intermittente et se conlirment par la concordance des résultats du mélange des couleurs sur le disque rotatif avec ceux obtenus par la réunion des lumières colorées. Si l'on veut voir tout le disque recouvert également par la lumière résultante, on le divise eu secteurs auxquels on donne deux couleurs différentes qui doivent être bien uni-

DICT. ENC. XYII. 10

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Fi?,. 3.

formes sur toute la surface de chaque secteur. Alors la rotation fait apparaître la, couleur résultante sur toute la surface du disque, et, d'après la loi énoncée plus haut, l'intensité de cette couleur l'ésultante est toujours la moyenne des intensités des couleurs composantes. Comme, pour un même éclairage, toutes les couleurs paraissent plus sombres que le blanc, car elles ne réfléchissent que certaines parties de la lumière blanche ; la couleur résultanle est toujours moins intense que le blanc et paraît grise quand elle est peu saturée.

Si, sur un disque, on dispose une étoile colorée se détachant sur un fond d'une autre couleur (fig. 3), pendant la rotation rapide du disque, le centre affecte la couleur de l'étoile, le pourtour prend celle du fond, et les parties intermédiaires du disque présentent la sérifr continue des couleurs résultantes des deux couleurs employées. En général, on peut, sur les disques rotatifs, faire varier l'intensité ou le mélange des couleurs suivant la loi qu'on veut, en choisissant convenablement les courbes qui limitent les secteurs, pour produire une distribution déterminée de la pénombre. La ligure 4 représente l'une de ces dispositions les plus usuelles.

C'est sur ces données que s'est fondé 31. Woinow (de Moscou) pour faire le diagnostic de la chromatopseudopsie. Sa méthode est basée sur ce fait que, pour un œil atteint de cécité pour l'une des trois couleurs fondamentales, tous les tons que cet œil peut distinguer, y compris le blanc,, peuvent s'obtenir au moyen des deux autres. Ainsi, pour une personne affectée d'anérythropsie, tous les mélanges de couleurs, y compris le blanc ou le gris, pourront se former à l'aide du violet et du vert ; si elle est atteinte de cécité pour le vert^ à l'aide du violet et du rouge ; et si c'est le violet qu'elle ne peut distinguer^ à l'aide du rouge et du vert.

En d'autres termes, la couleur défaillante cessant d'être nécessaire pour la constitution du blanc gris, l'on saura que cette couleip- fait défaut à celui-là qui s'en passe pour retrouver, sur l'un des deux disques dont il va être question, la couleur grise.

L'app&reil dont se sert l'auteur est composé de quatre disques rotatifs superposés concentriquement et dont les dimensions vont en diminuant. Le plus grand est violet et vert, le suivant violet et rouge, le troisième rouge et vert, le dernier et le plus petit de tous blanc et noir ou gris. L'appareil étant mis en mouvement dans l'instrument de JI. Woinow, un échappement d'horlogerie y imprime une rotation de 60 tours à la seconde, le disque central paraît gris et l'on voit autour de lui trois anneaux concentriques diversement colorés. On demande alors au sujet en observation d'indiquer celui des trois anneaux qu'il

Fis. 4.

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voit de couleur grise comme le disque central. Suivant que c'est l'anneau externe, le moyen ou l'interne, on conclut qu'il y a cécité pour le rouge, le vert ou le violet, c'est-à-dire pour la couleur manquante sur le disque choisi.

Cette méthode serait excellente si l'on ne rencontrait dans le monde que des cas de chromatopseudopsie absolue. Elle cesse de l'être là où l'on n'a affaire qu'à des cas relatifs : il faut alors changer la grandeur des secteurs. Quoi qu'il en soit, elle est essentiellement scientifique.

20. L'intensité de la lumière influe sur l'impression fournie par les couleurs. Cette proposition, vraie pour le commun des hommes, l'eât a fortiori pour les colou7'-blind. Ainsi, telle couleur, rose quand le soleil rayonne sur elle, devient, pour eux, bleue quand on la transporte à l'ombre. C'est une donnée à ne pas négliger dans le diagnostic.

V. Étiologie. 21.. La chromatopseudopsie est congénitale ou acquise. L'étiologie de la première, en ce qui concerne la cause efficiente, ne repose que sur des conjectures.

A. Dalton pensait que, dans son cas, l'humeur vitrée, de teinte bleue, devait pouvoir absorber la lumière rouge; idée peu heureuse puisque, le fait de cette coloi'ation fùt-il réel, il ne s'ensuivrait pas que les objets dussent paraître bleus, ni qu'il fût impossible de distinguer encore la couleur rouge ou toute autre couleur. Dans la vieillesse, on voit les objets à travers un cristallin couleur d'ambre, sans que la couleur de ces objets en soit modifiée.

B. On a dit encore que le fait peut dépendre de ce que la rétine elle-même serait bleue chez ces sortes de sujets; la lumière y serait dépouillée de ses rayons rouges et renvoyée modifiée par cette privation. Conl'orniément aux ordres de Dalton, l'examen de ses yeux fut fait après sa mort, et ni l'une ni l'autre des deux hypothèses ci-dessus ne s'en trouva confirmée.

C. Sir David Brewster pensait que l'œil, dans ce cas, est insensible aux couleurs qui forment l'extrémité du spectre solaire, exactement comme certaines personnes ont l'oreille insensible aux sons qui forment l'extrémité de l'échelle des notes musicales, bien qu'elles soient parfaitement sensibles à tous les autres. Le docteur Wilson a fait observer toutefois que l'impuissance à reconnaître la couleur rouge est précisément l'inverse de l'inaptitude à entendre les sons ai^-us. « Conformément à la théorie des ondulations, dit-il, l'onde formée par les rayons rouges est plus lente dans ses vibrations que les autres ondes colorées. Elles coirespondent donc aux ondulations sonores les plus lentes qui produisent des sons bas. La cécité pour le rouge serait donc analogue à la surdité pour les tons graves et non pour les sons aigus. »

D. Les phrénologistes prétendent que la faculté de distinguer les couleurs dépend, non de l'œil, mais d'une portion spéciale du cerveau, à laquelle ils donnent le nom « d'organe des couleurs » et qui siégerait immédiatement au-dessus de la partie moyenne du sourcil. Une dépression se ferait remarquer en ce lieu chez les personnes atteintes de colour-blindness, et y serait le résultat du manque de développement d'une circonvolution spéciale du cerveau préposée à cette fonction. Ils disent que la petitesse de cet organe est remarquable dans le buste de Dalton, modelé par Cardwell.

E. M. Max Schultze [Ueber den gelben Fleck der Reti^ia, etc., Bonn., 1866) a émis une théorie basée sur les variétés que présente la tache jaune, relative-

us CHROMATOPSEUDOPSIE.

ment à 1 intensité de sa coloration. Le pigment de celte portion de la rétine existe, d'après les recherches de cet auteur, dans les couches internes, et exerce évidemment une certaine influence sur la perception subjective de la raie bleue du spectre, ainsi que sur celle de l'ultra-violet. Cette influence est plus marquée que celle que produit la fluorescence du milieu de l'œil. Cependant il n'est pas prouvé que les rayons bleus puissent être absorbés en totalité par le pigment de la tache jaune.

F. Le docteur Young, adoptant apparemment l'opinion de Darwin, que la rétine est active et non passive dans la vision, a institué, dès 1807, la théorie que nous avons exposée plus haut (9), que Helmholtz a adoptée et qui n'est pas încore détrônée aujourd'hui.

22. La chromatopseudopsie peut se développer sous l'influence de causes morales, de lésions traumatiques et de maladies diverses de l'organe de la vision, du cerveau ou d'autres organes.

Dans plusieurs circonstances, dit M. Favre {loc. ci<.), j'ai vu la fatigue extrême produire ou aggraver le daltonisme chez des employés qui, au sortir d'un service assez pénible, avaient encore voulu donner leurs soins à celui de leur maison. Tel ce père de famille. G***, qui me parut être assez malade pour être renvoyé à un deuxième examen. 11 me confia, le surlendemain, qu'il avait passé plusieurs nuits près de son enfant malade et qu'il l'avait perdu. La fatigue et le chagrin avaient déterminé un daltonisme, qui guérit par un repos de deux jours. On a vu des désordres fonctionnels analogues survenir à la suite et pendant la convalescence de la fièvre typhoïde.

M. Favre cite également bon nombre de cas de chromatopseudopsie par lésion traumatique de l'œil lui-même ou du crâne. D'ordinaire, l'anomalie disparaît avec le temps, mais elle persiste parfois aussi après la disparition des autres traces de la lésion qui l'a déterminée.

L'altération du sens chromatique est fréquemment le symptôme — parfois initiai — de maladies du fond de l'œil. Elle accompagne presque toujours l'atrophie du nerf optique. Ainsi, sur trente-six cas de cette atrophie, M. Lebernel'a vue manquer que trois fois. 11 est rare qu'elle fasse défaut quand l'acuité visuelle est descendue au-dessous d'un tiers. On ne peut pas dire cependant qu'il y ait, d'une manière générale, corrélation absolue entre le degré cTe l'amblyopic et celui de la cécité chromatique. Celle-ci s'observe indifféremment dans toutes les formes d'atrophie de la papille, qu'elle soit simple, compliquée, inflammatoire ou non, idiopathique ou cérébro-spinale. D'ordinaire, c'est la nolion du rouge qui s'altère la première; mais, dans un stade avancé de la maladie, tous les tons du spectre, à l'exception du bleu, cessent d'être perçus; ils sont devenus blancs ou grisâtres. Pour bien préciser ce qui se passe à cet égard, on peut dire que l'atrophie papillaire s'accompagne d'une diminution perceptive analogue à celle qui se passe dans un œil normal par l'effet d'une diminution de l'éclairage.

Les perturbations du sens chromatique sont relativement assez rares dans les difiérenles formes de rétino-choroïdites ; ce qui s'explique, parce que le processus morbide y reste le plus souvent borné à quelques parties de la rétine ou de la choroïde. Aussi occupe-t-il la région de la tache jaune, en respectant le reste de la rétine ; la fonction visuelle pourra être fort troublée sans que la perceptivité colorée soit atteinte. Dans la rétinite des fumeurs et des buveurs, la notion du rouge et du rose est presque toujours notablement affaiblie ; parfois même cet

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aiïaibllssement est le signe prodromiqne de cette affection. L'amblyopic hystérique s'accompagne aussi quelquefois de chi-omatopseudopsie.

On a voulu, il y a plusieurs années déjà, puiser dans cette perturbation du sens chromatique, soit au début, soit dans le cours des maladies oculaires, un élément spécial de diagnostic, et créer ainsi une chromatopseudopsie rétinienne. C'est trop tôt. Peut-être le moment viendra-t-il où l'abolition de la perception de telle ou telle couleur pourra servir à faire reconnaître la nature de la maladie dont elle aura été le prodrome, mais ce moment n'est pas encore venu.

VI. Conséquences et fréquence de la chromatopseudopsie. 23. La chromatopseudopsie n'est pas une maladie ; congénitale, on ne peut pas même dire qu'elle soit un symptôme; acquise, elle emprunte sa valeur à la maladie dont elle est l'une des manifestations. Elle constitue à peine, pour beaucoup des sujets qui en sont affectés, une incommodité, dont ils ne s'aperçoivent parfois que lorsqu'on fixe leur attention sur elle, ou lorsque, appelés par état ou par occasion, à distinguer des teintes peu différentes entre elles, ils constatent qu'ils ne se rencontrent pas, dans leur appréciation, avec le commun des hommes.

Ce n'est pas à dire pourtant que la chromatopseudopsie soit une défectuosité sans importance. Pour se convaincre qu'elle est loin d'en être dépourvue, on n'a qu'à se mettre à la place d'un dessinateur, se destinant, par vocation ou par besoin, à la peinture, et qui, dès ses premiers coups de pinceau, provoque l'hilarité par la cacochromie de ses ébauches, où s'étalent, par exemple, un ciel rose et des chevaux bleus. Même désappointement pour les teinturiers, les peintres en bâtiment, les tapissiers, les modistes, etc., de qui l'on exige du goût et du discernement dans le choix des couleurs, et qui, dès l'abord, témoignent, à cet égard, de la plus complète insuffisance.

Au demeurant, toutefois, ce ne sont là que des ennuis qui sont de peu d'importance en comparaison d'inconvénients plus graves, mettant en danger la vie des hommes. On sait que les principales manœuvres d'évitement, sur les routes ferrées et dans la navigation, reposent sur les indications fournies par des signaux colorés. Ainsi, en mer de même que pour les chemins de fer, sur la plupart des lignes des différents pays, des fonaux ou des drapeaux indiquent si un vaisseau peut continuer sa marche ou un convoi la sienne. Or, sur presque toutes les lignes ferrées, les couleurs le plus généralement employées sont le rouge et le vert, celles précisément dont la confusion est la plus fréquente chez les sujets dont nous nous occupons. Les conséquences s'apprécieront quand on saura que, sur toutes ces lignes, le rouge indique l'arrêt, c'est-à-dire un danger à éviter à tout prix, tandis que le vert commande seulement le ralentissement , V attention. Le convoi prévenu par le signal vert continue sa marche, celui prévenu par le rouge s'arrête sitôt qu'il le peut. On volt la nécessité de les bien reconnaître.

Depuis longtemps l'importance de ce fait a été signalée. Elle l'a été surtout par le docteur Georges Wilson, d'Edimbourg, auteur de la Vie de Cavendish, vers 1850, et, tout récemment, M. le docteur Favre, médecin consultant de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, en a fait l'objet d'une Note qu'il a lue à la Xll"^ section du Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences (Lyon 1873) : « Les précautions sont admirablement prises, dit-il, et il n'arrive jamais, sauf peut-être en ce qui regarde les aiguilleurs, que la sécurité des trains dépende seulement d'une personne. Aussi, malgré la fréquence bien établie de la chromatopseudopsie, ne peut-on pas citer un accident de chemin de fer arrivé

ItO CHROMATOPSEUDOPSIE.

en France par la faute d'un dallonique. On n'en peut pas dire autant, malheureusèment, des autres pays, et nous pouvons citer deux sinistres imputables à la fausse appréciation des couleurs, Y\ti\ en Angleterre, l'autre, il y a trois ans, à Bucke, en Weslplialie. Vingt personnes furent atteintes dans cette dernière circonstance. » « Mais, sans doute, ajoute l'auteur, d'autres collisions ou déraillements sont arrivés par le fait du daltonisme. »

Il n'en faut pas davantage pour appeler les mesures propres à faire écarter un semblable danger. Un moyen s'offre tout d'abord : remplacer les couleurs verte et rouge, si favorables à la confusion, par d'autres couleurs, le bleu et le jaune, par exemple, s'y prêtant au contraire, au minimum. Une considération, indépendante de la cbromatopseudopsic, y invite d'ailleurs. La couleur verte unie à la rouge, dont elle est la complémentaire (4) donne le blanc. Or, l'absence de signal et le feu blanc, sur les lignes ferrées, indiquent la voie libre. Les deux signaux, le verl d'abord commandant le ralentissement, le rouge ensuite presci'ivant V arrêt immédiat, peuvent, placés à quelque distance l'un de l'autre, se fondant en une seule, donner l'absence de signal ou le feu blanc, qui est celui de sûreté. En faisant des expériences à ce sujet, M. Tyndall a trouvé qu'un guetteur expérimenté et nullement daltonien, placé à l'extrémité d'un tunnel de quatre cents mètres, et chargé d'indiquer les signaux faits à l'autre extrémité par un homme armé de deux lampes, une verte et une rouge, déclarait que la couleur était blanche et indiquait sûreté, quand on dirigeait à la fois de son côté la lumière des deux lampes ; malgré toutes les explications qu'on lui donna après coup, on ne put lui persuader qu'on lui avait présenté ensemble les lampes rouge et verte. « Ainsi donc, dit Tyndall [Athœneum du 29 janvier 1855), les moyens mêmes employés pour éviter les accidents, sont actuellement de nature à les provoquer, puisque les couleurs indiquant précaution et danger, vues ensemble ou dans une succession l'apide, produisent sur la rétine l'impression du signal de sûreté, et ont probablement déjà été la cause des accidents les plus graves. C'est ce qu'on est très-porté à croire, lorsqu'on se l'appelle les assertions contradictoires émises, dans les enquêtes, sur la couleur des signaux. »

La substitution du jaune et du bleu au rouge et au vert trouverait donc doublement sa légitimation. Malheureusement, la routine et le fait accompli s'opposeront longtemps encore, toujours peut-être, à cette substitution, qui d'ailleurs ne constituerait pas un remède radical, la confusion du bleuet du jaune, quoique très-rare, se renconti'ant néanmoins quelquefois. On a proposé de changer la forme des signaux, d'instituer, par exemple, des lanternes carrées, des drapeaux triangulaires, etc. ; mais à de grandes distances, par les temps de brouillai'd surtout, l'appréciation de ces formes devient pi'esque impossible.

Reste, pour écarter la confusion du rouge et du vert, danger principal, l'examen préalable, au point de vue de la notion des couleurs, de tous les employés de chemin de fer chargés d'un office oîi l'interprétation des signaux a un rôle à jouer. En Angleterre, cet examen se fait depuis longtemps ; le docteur Favre l'a institué, il y a plusieurs années, sur la ligne Paris-Lyon-Méditerranée, et l'administration des chemins de fer de Belgique vient de le décréter à son tour.

Les instructions sur la matière ne s'expliquent pas sur la nature des épreuves pratiques à faire subir aux intéressés : la plus simple, et c'est celle sur laquelle on paraît avoir le moins insisté, consisterait à faire porter l'examen sur l'interprétation des signaux eux-mêmes, le jour et surtout la nuit.

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Veut-on savoir dans quelle proportion les sujets examinés peuvent cire reconnus impropres au service des chemins de fer ? Voici un renseignement emprunté à M. Favre :

« Du mois d'octobre 1872 au mois de mai 1875, nous avons examiné 728 hommes âgés de 18 à 60 ans, déjà employés du chemin de fer et appartenant à la section qui nous est confiée. Ces agents ont élé interrogés un à un, avec un très-grand soin.

« Nous avons classé parmi les daltoniques non-seulement ceux qui ne connaissent pas le rouge, l'orange, le jaune, le vert, le bleu ou le violet, mais aussi ceux qui ont offert des hésitations réitérées en présence de la même couleur. €es 728 hommes nous ont fourni 42 daltoniques, dont nous avons relevé l'observation, et que nous avons examinés pour la plupart à plusieurs reprises, le jour •à l'aide des procédés qui nous sont habituels, la nuit avec les feux colorés à ^listance.

« 9 seulement ne connaissaient pas ou connaissaient mal le rouge, et étaient par conséquent dangereux.

« Ils étaient ou bien ils ont été placés, depuis, dans un emploi sédentaire.

« Cette proportion de 42 sur 728 est élevée, si l'on considère que de ce nombre, 276 avaient déjà subi l'examen pour les couleurs.

« Notre collègue, M. le docteur Mourand, trouvait à la même époque 7 daltoniques sur 200 hommes du service de M. le docteur Saguaitte, qu'il suppléait. ))

En se boi'nant à faire porter l'examen sur les signaux eux-mêmes, verts et rouges, on aurait moins de non-valeurs à écarter, et le résultat serait le même au point de vue de la sécurité des voyageurs.

Il est un autre point de la question qu'il importe de ne point négliger et que M. Favre d'ailleurs n'a pas perdu de vue : la chromatopseudopsic peut être acquise, et l'œil de tel sujet, parfaitement irréprochable au moment de la visite médicale, devenir daltonien plus tard. De là la nécessité de nouveaux examens, touchant cet objet, après toutes les maladies susceptibles de développer cet état, «hez les sujets devenus ivrognes, ou grands fumeurs, etc. Tous ces points de vue ont été pris en considération dans les instructions ci-après, concernant l'industrie des chemins de fer, dictées par M. Favre :

A. Les candidats aux emplois du service actif des chemins de fer doivent être soigneusement et individuellement examinés au point de vue de la notion ■des couleurs.

B. Ceux qui ne distinguent pas facilement le rouge doivent être exclus.

G. Ceux, plus nombreux, qui méconnaissent les autres couleurs, peuvent être admis, mais leur infirmité doit être notée scrupuleusement, afin qu'ils soient l'objet d'un examen ultérieur.

D. Les agents ou employés atteints de contusions ou de plaies des paupières, des yeux ou de la tête, de commotion cérébrale, doivent être examinés pour les couleurs, au début et à la fin de leur interruption de service.

E. A la fin de toute maladie grave, avant que l'employé ne soit admis à reprendre son travail, l'examen des couleurs est de toute nécessité.

F. Ceux qui seront soupçonnés de se livrer à des excès alcooliques et qui feront un usage immodéré de tabac à fumer, subiront fréquemment la visite |)0ur les couleurs.

G. L'examen périodique des couleurs sera institué. Les agents chargés d'un

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service pénible et spe'cial pourront être soumis à cet examen au moment de la signature du cahier de présence ou les jours de solde.

24. La fréquence de la chromatopseudopsie est mal déterminée, et cela se comprend, cette anomalie, à l'état congénital du moins, n'amenant pour ainsi dire jamais, dans le cabinet du médecin, les personnes qui en sont affectées. Évidemment l'oculiste qui voudrait, d'après cela, régler sa statistique sur la fréquence relative des cas de ce genre comparés à ceux afférents à d'autres catégories, resterait bien au-dessous du chiffre réel. La supputation varie donc suivant les bases ayant servi à la recherche des cas : pour tel auteur, la proportion peut atteindre 20 p. 100 pour les hommes; pour tel autre, olle ne dépasse pas 2 ou 3 p. 100. Pour l'un comme pour l'autre, la proportion est infiniment moindre chez les femmes.

Les chiffres fournis par M. Favre (27) ont, comme valeur statistique, quelque droit à être cités, puisqu'ils résultent de l'examen d'hommes bien portants quelconques : 42 daltoniques sur 728 hommes, représentent 6 p. 100 environ, soit un million de daltoniques pour la France seulement. Voici un autre renseignement, emprunté au même auteur :

Sur 146 écoliers, âgés de 7 à 16 ans, appartenant à deux écoles, - m ont dénommé les couleurs franches sans erreur ni hésitation ; 35 se sont trompés à différents degrés ;

Soit la proportion énorme de 30 p. 100. Cette différence dépendrait-elle de ce que la chromatopseudopsie se corrige par l'âge ou par l'éducation ? Il faudrait des statistiques plus nombreuses pour en décider, mais les probabdités sont en faveur de cette hypothèse.

VII. Traitement. 25. 11 n'avait pas été question jusqu'ici, de façon sérieuse, du traitement de la chromatopseudopsie congénitale, anomalie jugée incurable. M. Favre {loc. cit.) vient d'interjeter appel de ce jugement. D'après lui, la notion des couleurs peut et doit se développer par l'éducation du sens chromatique, éducation susceptible encore d'en redresser les déviations. De là la nécessité d'examiner les enfants dans les écoles primaires, de leur apprendre méthodiquemejit à discerner les couleurs, et de rectifier les dispositions défectueuses. Voici la méthode recommandée par M. Favre, telle qu'il l'a exposée luimême tout récemment :

« Je remets aux chefs d'institutions, reconnus exempts de chromatopseudopsie, point essentiel, cinq paquets de laine composés de trois nuances chacun; trois nuances de rouge, trois de jaune dont Yorangé, trois de vert, trois de bleu dont Vindigo, trois de violet, plus un paquet de laine blanche et un de laine noire. Les enfants sont appelés les uns après les autres et séparément interrogés. L'examen de ceux qui sont bien doués et bien appris se fait très-rapidement. Ceux qui hésitent ou se trompent doivdit être traités avec douceur, orientés, si je puis ainsi m'exprimer, et si les erreurs qu'ils commettent ne sont pas facilement redressées, leurs léponses sont notées exactement. Alors le maître, dans une séance subséquente, montre et dénomme les couleurs devant l'enfant et les lui fait répéter en l'accompagnant. II est indispensable de ne pas tourner en dérision l'élève inhabile et surtout de ne pas le désigner à ses camaïades. Les séances doivent être continuées tous les tiois ou quatre jours, jusqu'à ce qu'il soit bien évident que la notion des couleurs est établie. L'éducation se complète en faisant dénommor la couleur des différents objets qui sont à la portée du

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maUre : fleurs, étoffes, cartes de géographie, etc. Nos élèves ne seront pas à même sans doute de distinguer les 14,420 tons établis par M. Chevreul, mais ils aui'ont acquis le minimum indispensable, ils sauront l'a 6 c de la science des couleurs, ils auront, que l'on me permette celte comparaison, répété convenablement les premières pages du solfège chromatique. »

Les expériences de M. Favre n'ont encore été faites, faute de temps, que sur un petit nombre d'enfants. Toutefois les résiiltats obtenus sont déjà suffisamment convaincants pour engager à y persévérer. Les voici :

(( Sur 146 écoliers âgés de 7 à 16 ans, appartenant à deux écoles, 111 ont dénommé les couleurs franches sans erreur et sans hésitation ; 55 se sqnt trompés à différents degrés; 12 ont commis des erreurs graves et portant sur plusieurs couleurs ; l'erreur des autres ne s'est produite que sur l'orange, le bleu ou le violet ; les uns se sont trompés sur ces trois couleurs, d'autres sur deux, quelques-uns sur le violet seulement.

« Ces 35 enfants ont été soumis par les instituteurs à des exercices méthodiques répétés suivant les indications fournies. L'un des deux instituteurs a guéri tous ses daltoniques. La durée du traitement a varié chez lui de deux semaines à six mois. Le deuxième instituteur n'avait plus le 2 avril de cette année que deux malades sur onze.

« Sur un nombre de 138 filles, âgées de sept à quatorze ans, examinées dans deux écoles, on n'a compté que deux enfants atteintes à un très-faible degré de dyschromatopsie ; l'une confondait le violet avec le vert, l'autre avec le bleu. Ce résultat est un nouvel argument en faveur du traitement fonctionnel proposé.

« Il a été fait usage chez six adultes, daltoniques des plus endurcis, de l'exercice méthodi(iue à l'aide des couleurs franches. On leur a donné des gammes, et on les a plusieurs fois interrogés; chez trois, les résultats ont été très-satislaisants, chez les autres ils ont été à peu près nuls. Sero medicina paratur. »

Si l'on considère ces résultats et, d'autre part, la circonstance déjà rappelée plus haut, de la proportion relativement très-élevée des daltoniens dans le jeune âge et de leur guérison spontanée par l'exercice, il est difficile de ne pas attacher de valeur à l'idée nouvelle produite par M. Favre.

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On connaît de nombreux procédés pour préparer le chrome à l'état cristallisé. Le plus économique de tous est celui proposé par M. Debray. Il consiste à réduire au creuset brasqué du chromate de plomb, dans un fourneau à vent; ou ■obtient un culot de plomb que l'on traite par l'acide azotique étendu. Le plomb se dissout et le chrome en cristaux reste inattaqué.

Le chrome fondu est un métal brillant, gris d'acier, qui, à cause de sa dureté, raye le verre : sa densité à l'état cristallisé est égale à 6,8. Il n'est pas magnétique à la température ordinaire, mais il le devient à — 15° ou — 20° (Wohler) . Il est oxydable seulement au rouge sous l'action combinée de l'oxygène et de l'eau. Le chrome est à peu près inattaquable à froid par les acides concentrés, excepté par l'acide chlorhydrique, qui ne le dissout néanmoins qu'avec lenteur. Les alcalis l'attaquent facilement. Chauffé dans un excès de chlore il se transforme en chlorure. Ce métal n'a pas encore trouvé d'applications.

Composés oxygénés du chrome. En se combinant avec l'oxygène, le chromo peut produire six composés distincts dont voici la liste :

1" Protoxydc de chrome = CrO.

2° Sesquioxydc de chrome. ..... = Cr^O'.

3° Acide chromiquc = CrO^.

4" Acide perchromique = Cr-O''.

5" Oxyde magnétique =- GrO,Cr^O^.

6° Oxyde chromo-chromique = GrO,CrO^.

De toutes ces combinaisons les seules qui offrent de l'intérêt sont le sesguioxyde de chrome et Vacide chromique. Le protoxyde n'est permanent que dans ses combinaisons, et lorsqu'il s'en dégage, il passe immédiatement à l'état d'oxyde chi'omo-chromique. L'acide perchromique a été à peine entrevu, et ■quant à l'oxyde magnétique et à l'oxyde chromo-chi'oniique, ils peuvent être <ionsidérés comme des combinaisons de protoxyde avec l'acide chromique ou le sesquioxyde de chrome.

Sesquioxyde de chrome. Cr^O*. On peut préparer ce produit par la voie sèche et par la voie humide ; par ce dernier procédé il est toujours amorphe et hydraté ; par le premier il est toujours anhydre, et suivant les cas, il peut être tantôt cristallisé, tantôt amorphe.

A. Par voie sèche, a. Oxyde amorphe. On chauffe fortement un mélange intime de quatre parties de bichromate et de une partie d'amidon. On reprend par l'eau et on calcine une seconde fois. Le produit est pulvérulent et d'un trèsbeau vert. h. Oxyde cristallisé On l'obtient en faisant passer un courant de chlore sur du chromate neutre de potasse chauffé au rouge. Il sera en larges lames verdàtres si la température n'a pas été très-élevée, en cristaux presque noirs et durs si la température a été très-élevée.

La densité du sesquioxyde de chrome cristallisé est égale à 5,21, celle du sesquioxyde amorphe est un peu plus faible. Quelle qu'en soit la forme, il est toujours inaltérable par la chaleur, ne fond qu'au feu de forge en se transformant en une masse cristalline noire, et aucun métalloïde, le carbone (charbon) excepté, ne peut l'attaquer. Une fois fondu, il raye facilement le quartz et l'acier trempé. Lorsqu'il a été bien calciné, il est difficilement attaquable par les acides, propriété qu'il partage avec ses isomorphes (alumine et sesquioxyde de fer) et avec d'autres oxydes de même formule que la sienne.

Le sesquioxyde de chrome calciné avec des alcalis en présence de l'air, ou bien chauflé en vase clos avec des sels alcalins oxydants, tels que le niti-e (azotate de potasse) passe à l'état d'acide chromique et engendre des chromâtes.

11 sert principalement à colorer en vert le cristal, le verre, les couvertes et les pâtes céramiques.

B. Par voie humide. On ajoute à une dissolution concentrée de bichromate de potasse de l'acide chlor hydrique, puis on fait arriver dans le mélange chaud un courant de gaz acide sulfureux : bientôt le liquide prend une teinte vert émeraude, couleur qui annonce la formation de sesquichlorure de chrome. En versant de l'ammoniaque dans la liqueur verte, on détermine un dépôt gris bleuâtre de sesquioxyde de chrome hydraté contenant dix molécules d'eau (Cr«0^ + lOAq).

Cet oxyde hydraté est soluble dans les alcalis, dont il est séparé par l'ébuUition, à un état d'hydratation différent du précédent (Cr^O^ -+- 9Aq). 11 est également soluble dans les acides, quand même il aurait été déshydraté par une légère chalein\ Lorsqu'on le chauffe graduellement, il devient tout à coup incandescent avant la chaleur rouge : dès ce moment, les acides n'ont presque plus de prise sur lui. Ce phénomène d'ignition annonce qu'il s'opère un changement dans la constitution moléculaire de l'oxyde. Celui-ci présente donc un cas d'allotropie comme ses isomorphes, l'alumine et le sesquioxyde de fer

Protochlorure de chrome. CrCl. On prépare ce composé en faisant passer un courant d'hydrogène sec sur du sesquichlorure de chrome chauffé au rouge dans un tube de porcelaine.

Ce composé est blanc, cristallin, volatil par la chaleur, soluble dans l'eau, en donnant une liqueur bleue qui absorbe facilement l'oxygène. 11 se transforme alors en un oxychlorure (Cr^Cl^O) , dont la composition rappelle celle du sesquioxyde où les deux tiers de l'oxygène auraient été remplacés par une quantité équivalente de chlore. Cette solution, versée dans du protochlorure d'étain, en précipite immédiatement le métal à un état de très-grande division.

Sesquichlorure de chrome. Cr-CP. C'est en chauffant au rouge dans im

courant de chlore un mélange de sesquioxyde de chrome et de charbon que l'on prépare le scsquiclilorure de chrome.

Ce composé cristallise en larges lames d'une belle couleur fleur de pêcher, onctueuses au toucher comme le talc. Il est insoluble dans l'eau, mais il s'y dissout rapidement avec dégagement de chaleur, si on le met en contact avec J de protochlorure de chrome (Péligot, Mobcrg). On peut obtenir le même résultat en substituant au protochlorure de chrome d'autres protochlorures tels que ceux d'élain, de fer et de cuivre (Moberg). Dans tous les cas, la dissolution est verte; et, évaporée sur de l'acide sulfuriqne, laisse déposer des cristaux trèssolubles de sesquichlorure de chrome hydraté (Gr^GP4- 12Aq).

Le sesquichlorure de chrome anhydre calciné à l'air donne du sesquioxyde d'un vert Irès-beau ; chauffé dans une atmosphère de gaz hydrogène sulfuré, il se change en pcrsulfure de chrome (Cr^S") cristallisé d'un noir brillant.

SoLFURESDi: CHROME, k. Protosulfurc. CrS. Lorsqu'on verse une dissolution de sulfure alcalin dans une dissolution de protochlorure de chrome, il se forme un précipité noir de protosulfure de chrome insoluble dans un excès de réactif. B. Sesquisiilfure. Cr^S^. On l'obtient en faisant passer de la vapeur de sulfure de carbone sur du sesquioxyde de chrome fortement chauffé.

Sels de protoxyde de chromiî. On ne connaît jusqu'à présent, à l'état cristallisé, que l'acétate et le sulfate double de protoxyde de chrome et de potasse. Peu connus et d'ailleurs fort peu importants, nous n'indiquerons que les réactions générales de leurs solutions.

La potasse détermine un précipité brun d'oxyde chromo-chromique, CrO, CrO\

Par Y ammoniaque il se forme un précipité blanc verdâtre.

Par les sulfures alcalins, un précipité noir.

Le chlorure d'or détermine un précipité d'or et un dégagement d'hydrogène.

Le phosphate de soude donne naissance à un précipité bleu abondant, soluble dans les acides.

Le succinate de soude un précipité rouge écarlate.

Sels de sesqdioxïde de chrome. Ces sels sont verts ou violets, leur composition étant toujours la même. La variété verte se produit toutes les fois qu'on prépare un sel de chrome à la température de 100°, ou que l'on fait bouillir la dissolution d'un sel violet. La modification violette se prépare toujours à froid, et très-souvent les dissolutions des sels verls deviennent violettes à la longue. Les sels violets de chrome sont cristallisables, les verts ne le sont pas. Les réactifs exercent partiellement leur action sur ces derniers ; elle est complète sur les autres. Ainsi le chlorure de baryum enlève tout l'acide sulfurique aux sulfates violets, taudis qu'il n'en enlève qu'une partie aux sulfates verls. On peut en dire autant de l'azotate d'argent, qui enlève tout le chlore au chlorure de chrome violet et une partie seulement au chlorure de chrome vert.

L'ammoniaque donne lieu à un précipité, quelle que soit la variété du sel de chrome sur laquelle elle agira ; mais taudis que le précipité provenant d'un sel vert est insoluble dans un excès de réactif, celui provenant du sel violet y est très-soluble et produit une dissolution rouge. Enfin le phosphate de chrome violet soumis à froid à l'action de l'azotate d'argent se comporte comme presque tous les phosphates et donne lieu à la formation de phosphate jaune d'argent ; mais le phosphate vert de chrome résiste, et l'azotate d'argent n'a pas de prise sur lui.

158 CHROMIDROSE.

Sulfate violet de sesquioxyde de chrome. Cr-0^,3S0^ H- 15 Aq. D'après Traube, on prépare ce sel en dissolvant une partie d'acide chromique dans 1 part. I d'acide sulfurique concentré additionné de 2 part, {d'eau et en abandonnant le liquide dans une capsule oîi l'on place un creuset en porcelaine contenant de l'éther. Au bout de quelques heures la masse se prend en petits cristaux octaédriques d'un rouge violet par réflexion et rouge grenat par transmission. Ce sel est insoluble dans l'alcool, mais sa solubilité dans l'eau froide est très-grande, car 100 parties de sel n'en exigent, pour se dissoudre, que 83 d'eau. Chauffé à 100", il fond d'abord dans son eau de cristallisation, en perd les deux tiers, devient soluble dans l'alcool, n'est plus cristalJisable, ne se laisse plus enlever complètement son acide sulfurique par le chlorure de barium ; bref, il n'est plus du sulfate violet de chrome, mais bien du sulfate vert.

Phosphate de sesquioxyde de chrome. Cr^O^, PhO^ + 12Aq. Ce sel se forme lentement dans une dissolution d'alun violet de chrome où l'on aurait versé un peu de phosphate de soude. 11 a l'aspect cristallin et la couleur violette. La chaleur le transforme en phosphate vert identique avec celui qu'on obtient lorsque l'on précipite une dissolution d'un sel vert de chrome par un phosphate soluble.

On trouve dans le commerce un phosphate vert de chrome qui est employé dans l'industrie comme vert de chrome. M.

CHROxUlDROSE. De y.puaa, matière colorante et i^pwo-, sueur ou transsudation. Nous allons décrire, sous ce titre, une névrose sécrétoire, qui a pour siège habituel la peau de la face, et, pour matière, un pigment bleuâtre.

La dénomination de chromidrose, proposée par M. Leroy de Méricourt, et généralement adoptée aujourd'hui, n'est pas la seule par laquelle on ait désigné cette affection ; d'autres ont été employées, les voici : Cyanopathie (Billard) ; Stearrhœa nigricans (Erasmus Wilson, Baerensprung) ; Blepharo-Melœna (Law) ; Blépharocycmosie (M. Dubuc) ; Melastéarrhée (Gintrac) ; Chromocrinie partielle où cutanée (Leroy de Méricourt).

Historique. Dès le commencement du siècle dernier (1709), James Yonge donnait la relation d'un cas très-caractérisé de chromidrose. En 1765, Lecat en faisait connaître un second plein d'intérêt. Puis, de nombreuses années s'écoulent, sans que l'affection soit signalée; et ce ne fut qu'en 1831 que Billard en publia un nouveau cas. Un peu plus tard, en Angleterre, Teevan (1845) et Neligan (1855) recueillaient deux autres faits. Ces rares observations, parues à des intervalles éloignés, étaient ignorées à ce point que, chaque observateur qui en éditait une, la considérait comme unique. Personne, jusqu'à M. Leroy de Méricourt, n'avait songé à les rapprocher. C'est lui qui a signalé l'affection et qui a donné à son étude une impulsion considérable.

Il publia son premier travail en 1857, à l'occasion de faits qu'il avait observés à Brest, et mit ainsi la question à l'ordre du jour. Elle fut portée successivement devant l'Académie de médecine et la Société médicale des hôpitaux. Dans cette dernière compagnie, l'existence de la chromidrose rencontra beaucoup d'incrédules. Sans entrer dans le récit détaillé des expériences, des rapports, des discussions auxquels elle donna lieu, disons que seule, la résistance de M. Leroy de Méricourt fit échec à une opposition presque générale, et finit par en triompher. Sa ténacité convaincue a fait croire à la chromidrose.

CHROMIDROSE. 150

Ou a guetté les observations, ou les a recueillies, et le nombre des documents authentiques et probants est aujourd'hui considérable. Pour la plupart, ils ont été consignés dans le mémoire que M. Leroy de Méricourt inséra, en 1863, dans les Annales d'oadistique. C'est à l'aide de ce travail important, de quelques faits publiés depuis, et de l'article consacré par M. Hardy à la chromidrose, dans le nouveau Dictionnaire de médecine, que nous allons essayer de faire son

histoire.

Symptômes. Les uns ont trait au fait local, c'est-à-dire à l'éruption de la matière noire; les autres, affectent, à des degrés divers, les grandes fonctions de l'organisme et peuvent être qualifiés de généraux. Les premiers out été étudiés très-attentivement ; mais à notre avis, on n'a pas fait une part suffisante à ceux du second groupe, dont l'importance est pourtant considérable, comme il nous sera facile de le prouver, lorsque nous chercherons à déterminer la nature de l'affection et à lui assigner sa place nosologique.

Voici, en débutant par les manifestations locales, comment les choses se passent dans la plupart des cas. Sans cause appréciable, ou bien sous l'influence d'une perturbation menstruelle, d'une émotion morale, d'une chaleur trop intense, les paupières inférieures, plus fréquemment envahies que les autres régions, se tuméfient, deviennent douloureuses, se vascularisent ; et l'on y voit apparaître une tache noire ou bleuâtre, d'étendue variable, et d'abord peu foncée, qui ne tarde pas à envahir leur surface tout entière. 11 arrive parfois que la coloration anormale y reste limitée pendant un certain temps, et même qu'elle n'atteint jamais d'autres parties; mais chez la plupart des malades, elle franchit ces limites et couvre les joues, le front, surtout à la naissance des cheveux, le pourtour des narines et de la bouche, la face entière, à l'exception des oreilles, parfois même le cou, le thorax et l'abdomen. En ces diverses régions, l'exsudat est d'ordinaire moins abondant et moins foncé que sur les paupières inférieures; et lorsque, dans la période de déclin, il tend à se circonscrire, il les abandonne les premières et dans l'ordre où il les avait envahies. Presque toujours il se montre à droite et à gauche sur des points symétriques. En général, la peau est hypéresthésiée, et même, très-douloureuse.

La gamme des tons qui la teintent est très-étendue, ayant pour termes extrêmes le bleu le plus clair et le noir le plus foncé. Parfois, on dirait que le tégument n'est qu'enfumé, tant est mince la couche colorée ; d'autres fois, au contraire, il est foncé à ce point, que, chez une malade dont Lecat nous a conservé l'observation, on a pu comparer la tète à celle d'un nègre. Entre ces couleurs extrêmes, on rencontre une infinité de nuances intermédiares. Une des plus habituelles est le bleu indigo. Beaucoup plus rarement, on a noté une teinte jaunâtre ou ocreuse, rappelant celle de la rouille.

Deux circonstances semblent faire varier la coloration de l'exsuda", : son épaisseur et l'action de l'air. Elles agissent dans le même sens; et, sous leur double influence, les dépôts sont d'autant plus foncés, qu'ils sont plus anciens.

L'aspect des malades varie beaucoup, suivant le siège, l'étendue, l'abondance et la teinte de la matière colorante. Quand elle forme une mince couche, limitée à une étroite zone des paupières inférieures, chez une femme jeune et à physionomie agréable, il en peut résulter un regain de beauté ; mais cela est rare, et presque toujours la face prend un caractère étrange qui attire les regards. Pour s'y soustraire, les personnes atteintes de la sorte se soumettent parfois à une séquestration prolongée. Cette circonstance, relatée par plusieurs observa-

160 CHROMIDROSE.

leurs, semble n'avoir pas été suffisamment remarquée par ceux qui ont nié, d'une manière systématique, la réalité de la chromidrose ; n'y voyant qu'une supercherie, imaginée par des femmes hystériques, pour appeler sur elles l'at-

teuLion.

Les taches et l'état de la peau qu'elles couvrent, ont diversement impressionné les cliniciens. Il en est qui ont qualifié l'exsudat d'efflorescence noire, comme s'il était produit par une fine poussière de charbon, dont ou aurait saupoudré le tégument. D'autres ont parlé de petits grains, de grumeaux bleus ou noirs; tantôt isolés et distribués régulièrement, de telle sorte qu'ils semblaient répondre à des orifices glandulaires ; tantôt accumulés dans les plis de flexion de la peau, et notamment dans ceux des paupières, où cette disposition apparaît très-nettement, quand elles sont closes, ou qu'on vient à les tendre avec les doigts.

Il est des cas où la couche noire est luisante, et semble formée par une matière onctueuse ou grasse ; ce qui l'a fait comparer à du cirage ou à un amalgame de suie et de graisse. Chez une malade, la coloration anormale, tant par sa localisation que par sa teinte, rappelait le masque des femmes enceintes. Habituellement le système pileux n'est pas affecté; dans un cas, pourtant, celai deLecat, les cheveux, à leur racine, et sur une hauteur de deux lignes, paraissaient comme gonflés et remplis par un suc noir.

La matière colorante adhère intimement à la peau, et tous les observateurs s'accordent à dire qu'elle s'en sépare malaisément; toutefois, par des frictions, on en détache quelques parcelles, et les linges qui se trouvent en contact avec elle s'en imprègnent. Les lavages à l'eau ne suffisent pas à en débarrasser le tégument, même à l'aide d'un frottement énergique; la glycérine, un peu plus efficace, laisse encore à la partie malade une nuance bleuâtre, due à de nombreux points noirs, qui lui donnent, suivant la remarque de M. Leroy de Méricourt, l'aspect qu'offre le menton fraîchement rasé, chez les hommes à barbe noire et bien fournie.

Jusqu'ici, d'après l'auteur que nous venons de citer, l'huile est la seule substance qui permette de nettoyer la peau, rapidement et d'une manière parfaite; quand on a procédé de la sorte, il est impossible, même en l'examinant à l'aide d'une forte loupe, de l'etrouver le moindre corpuscule noir.

On a rapporté des cas, où l'enduit avait disparu spontanément, à la suite de sueurs abondantes, provoquées par un phénomène, normal ou morbide, tel que la menstruation, l'accouchement, un accès fébrile ou une hémorrhagie viscérale. Mais cela est tout à fait exceptionnel, et, presque toujours, c'est artificiellement que l'on restitue à la peau son aspect physiologique. Lorsqu'elle a été nettoyée de la sorte, si l'affection suit sa marche, on voit l'exsudat se reproduire après un temps qui varie entre quelques minutes et plusieurs jours, et son mode d'appai'ition, son extension, sa couleur et son abondance, restent à peu près les mêmes, pendant ces diverses attaques.

La matière colorante, considérée isolément, et abstraction faite de ses rapports avec la peau, présente des particularités dignes d'intérêt. On en doit la connaissance à M. Robin et à Ordoncz, dont les observations ont été confirmées depuis, par d'autres médecins, entre autres, par MM. Gubler, Rommelaere et de I Mœrloose.

Elle diffère essentiellement, par sa constitution chimique, des poussières noires ou très-foncées, minérales ou végétales, telles que le charbon ou le noir

CHROMIDROSE. 161

de fumée, dont la peau peut être couverte, soit accidentellement, soit par supercherie, et dans un but de simulation ; au contraire, elle présente de grandes analogies, tant au point de vue chimique que par sa forme et son aspect microscopiques, avec certains produits de l'économie animale, d'origine patholof^ique, et qui sont les éléments de ce que l'on appelle généralement la mélanose.

Quand on l'a recueillie peu de temps après sa sécrétion, et qu'on l'a mélangée à une quantité suffisante de glycérine, on voit qu'elle est constituée par des corpuscules de dimensions très-variables, ayant toujours l'apparence lanielleuse, ressemblant à des fragments brisés d'une couche très-mince de vernis desséché, ou bien à de petits bâtonnets. Un léger mouvement imprimé à la lame porteobjet, montre qu'il ne s'agit pas là d'agrégats fortuits, ni de granulations; car les lames et les bâtonnets, entraînés par le liquide, y nagent en présentant leurs faces. Si la substance colorante n'est pas restée trop longtemps au contact de l'air, la teinte de la très-grande majorité des corpuscules est d'un bleu indigo très-foncé, à peu près noire, sur presque toute leur étendue ; tandis que les bords, mieux éclairés ou plus minces, ayant une certaine transparence, sont d'un bleu plus clair. Constamment, d'après Ordonez, on trouve mêlés aux plaques de matière noire, d'autres corps. Ce sont : 1" des cellules appartenant à la couche épithéliale interne des glandes sébacées de la région palpébrale, ne diilerant des cellules noi'males, que par la coloration brunâtre assez foncée des gouttelettes graisseuses qui y sont contenues. 2" De petits gi-oupes d'hématosine amorphe, cristallisant d'une manière caractéristique, sous l'influence de l'éther sulfurique.

La matière noire de la chromidrose est réfractaire à un nombre considérable de réactifs, même parmi les plus puissants ; cependant, elle se dissout dans l'acide sulfurique, comme le prouve l'expérience suivante qui ne laisse aucune prise à la critique. Sur un morceau de papier blanc à fdtrer, plié en quatre, on en place une certaine quantité mélangée à de la glycérine ; on traite ce dépôt à plusieurs reprises, par l'alcool rectifié, de manière à dissoudre la glycérine et les matières gi'asses, et à les faire rester dans cette espèce de filtre. Après l'avoir nettoyée de la sorte, on l'enlève, on la place sur la lame porte-objet, on la traite par l'acide sulfurique, en la soumettant en même temps à l'action d'une lampe à alcool. Aloi's on la voit fondre dans l'acide, auquel elle communique une teinte bistre foncée. Si on prolonge l'opération, elle prend une coloration noire très-foncée et se répand sur la plaque en plusieurs directions, sous forme d'arborisations ou de rivulations. C'est également à l'aide de l'acide sulfurique et du cyanure de potassium qu'Ûrdoùez a pu constater, comme l'avait fait avant M. Georgino, que l'exsudat contient une très-petite quantité de fer. Voici le mode opératoire. Après avoir placé les lamelles de la chromidrose sur une plaque de verre, on les traite par l'alcool absolu pour les débarrasser de leur graisse; puis, pendant 5 ou 6 heures, on les met en contact avec de l'acide sulfurique ; après quoi, on les lave avec de l'eau distillée qui enlève l'excès d'acide. Alors, une goutte de solution de cyanure de potassium, ..ppliquée sur les bords de la lame couvre-objet, pénètre par capillarité, et, au bout d'une ou deux minutes, on voit des traces de coloration bleue foncée sur les bords des tablettes de chromidrose.

Prenant toujours pour guide les observations d'Ordonez, nous disons que l'on ne confondra pas la substance de la clu'omidrose avec le noir de fumée, car il est granuleux et ne renferme jamais de fragments en forme de table ; qu'on la distinguera du charbon de bois porpliyrisé, de tous les corps, celui qui lui res-

niCT. ENC. XYII 11

162 CUROMIDROSE.

semble le plus, par ce fait que, parmi les parcelles charbonneuses, il y en a toujours un nombre plus ou moins considérable, sur lesquelles on voit soit des lignes symétriquement disposées, marquant des successions de cellules végétales carbonisées ; soit de petites ouvertures, placées dans des directions déterminées et symétriques, indiquant le trajet de quelques vaisseaux végétaux. Or, sans parler des autres caractères, ces derniers sont complètement étrangers à la matière noire de la chromidrose.

Les parties de la peau où se fait l'exsudation colorée peuvent être le siège d'autres manifestations éruptives, telles que l'érysipèle et Tacnè rosacea, observés chez quelques malades, peu de temps avant l'apparition du premier exsudât ou dans riatcrvidlc de ceux qui le suivront.

Les troubles du deuxième groupe, que nous avons qualifiés de généraux, sont, presque tous, dénature névropathique. Indépendamment de l'hypéresthésie locale précédemment mentionnée, on observe assez souvent, tantôt avant l'exsudat, tantôt au moment où il se montre, de la céphalalgie, de la gastralgie et des douleurs très-vives dans la cage thoracique. Chez une jeune fille de 19 ans, M. "Warlomont a constaté une hypéresthésie cutanée et mammaire, qui s'accompagnait du gonflement des seins, de l'èjaculation par le mamelon d'une matière jaunâtre, et de l'apparition, à la surface de la peau du sein, de taches bleues qui, au bout d'un quart d'heure, devenaient confluentes et s'étendaient à l'hypochondre et à l'épigastre. Leur matière était absolument semblable à celle de l'exsudat palpébral.

De toutes les perturbations qui peuvent atteindre le système nerveux, chez les personnes atteintes de chromidrose, il n'en est pas de plus fréquentes que celles dites hystériques ; tantôt ce sont des troubles sensitifs ou sensoriels ; tantôt des attaques convulsives, sans en excepter l'hystéro-épilepsie ; en(in de véritables paralysies. Chez un petit nombre de malades, on a constaté un ti'ouble mental passager.

La chlorose, caractérisée par la décoloration des téguments, les palpitations, les étouffements, les lipothymies, la syncope, est assez commune chez ces malades. Il en est de même des troubles menstruels. Ceux-ci par leur fréquence, ont tout particulièrement attiré l'attention des observateurs, mais ils sont loin d'être constants et n'ont pas l'importance qu'on leur avait attribuée d'abord.' Chez les femmes aménorrhéiques, l'apparition de l'exsudat marque les époques ou leurs intervalles. Dans les cas de règles normales, c'est d'ordinaire avant leur apparition qu'il commence, pour cesser avec elles. Quoi qu'il en soit, ces rapports de la chromidrose avec la menstruation sont très-fréquents. Pour aider à leur interprétation, M. Fonssagrives a fait connaître certaines particularités, qu'en dehors de tout état pathologique, l'on constate chez un grand nombre de femmes, aux époques menstruelles. A ce moment, dit cet observateur, les paupières, surtout l'inférieure, se gorgent d'un sang bleuâtre. Chez une jeune fille, à chaque période cataméniale, apparaissait une auréole pal pébralc, bistre, assez foncée, pour constituer une difformité réelle. Une saison passée à Forges régularisa la menstruation, et fit disparaître cette coloration anormale, qui consistait, non pas en une excrétion colorée, mais en un dépôt pigmenUare. Chez une autre malade, un ou deux jours avant l'apparition des règles, des phénomènes hystériques éclataient ; les paupières se gonflaient à ce point, que l'œil ne pouvait s'ouvrir et des milliers de vésicules eczémateuses se développaient à leur surface. Les règles une fois établies, les vésicules se desséchaient, i'épidermc

CIIROMIDROSE. 165

■s'exfoliait, et une teinte brune très-apparente persistait dans l'intervalle d'une époque à l'autre.

Souvent les organes respiratoires souffrent à leur manière; on a observé ■chez plusieurs malades une toux sèche, très-fatigante, à caractère convulsif; des héraoptysies, chez les femmes mal réglées ou aménorrliéiques ; enfui des épistaxis. Le tube digestif a également fourni son contingent à l'appareil symp- ■tomatologique, et, pour ne parler que du vomissement, nous dirons qu'il se montre d'une manière assez fréquente ; que les matières rejetées sont sanguinolentes et que l'on y a trouvé la substance colorante qui constitue l'élément essentiel de l'exsudat palpébral. Ce n'est pas seulement dans ce sang que l'on a constaté cette matière, mais encore dans celui des fosses nasales, des bronches et des reins ; et M. Teevan a fait chez une malade, cette remarque intéressante que, lorsque l'élément colorant apparaissait dans le sang fourni par les hémorrhagies viscérales, il ne se montrait pas sur la peau.

Marche et durée. En décrivant l'accident local, il a été dit quelques mots de son mode d'évolution ; nous avons vu qu'il commençait, dans presque tous les cas, par les paupières inférieures, pour s'étendre successivement à d'autres points de la peau. En quelques jours, il peut atteindre son maximum de coloration, d'épaisseur et d'étendue ; d'autres fois, ses progrès sont plus lents. Il est d'ailleurs très-difficile de fixer avec quelque précision la durée des crises, surtout lorsque l'exsudat au lieu de s'étendre, s'accumule en couches stratifiées. Il faudrait, pour apprécier le commencement et la durée de chaque poussée, que la peau fût constamment nette. Chez certaines malades, on a noté une véritable intermittence ; chez d'autres, l'apparition de la matière colorante dépend de causes tout à fait accidentelles, et partant n'est soumise à aucune règle.

La plupart des observateurs ayant publié les faits dont ils étaient témoins, dans le temps que les accidents duraient encore, ont manqué d'éléments pour déterminer la durée totale de l'affection; mais il est permis de dire qu'elle peut osciller entre quelques mois et plusieurs années. Deux dames de Brest, observées par M. Leroy de Méricourt, n'ont pas cessé un seul jour d'avoir les paupières d'un noir bleuâtre pendant dix ans ; et dans un fait rapporté par M. Fauvel (d'Argentan), la chromidrose a duré huit ans, n'ayant présenté que deux fois des intervalles très-courts, pendant lesquels les taches n'existaient pas. Quant à dire comment la sécrétion colorée a pris fin, cela nous semble tout à fait impossible.

Étiolocjie. L'intluence du sexe est considérable. Parmi les causes, elle mérite incontestablement la première place; et s'il ne nous est plus permis de dire, avec la plupart des auteurs, que la chromidrose est propre à la femme, nous pouvons affirmer qu'elle n'affecte l'homme que d'une manière tout à fait exceptionnelle. L'âge, lui aussi, joue un rôle étiologique important. C'est une affection de la jeunesse. D'après un tableau dressé par M. Leroy de Méricourt , elle se montre surtout de quinze à trente ans. Au nombre des causes prédisposantes, signalons encore une constitution nerveuse et les troubles de la menstruation, que l'on a considérés pendant longtemps, comme indisipensables à son développement, bien qu'en réalité, ils ne soient pas constants.

A la tête des causes occasionnelles, il faut placer les émotions morales, et (notamment celles qui impressionnent l'âme d'une manière fâcheuse. Une malade, toutes les fois qu'on lui adressait des paroles capables de l'émouvoir, bleuissait au lieu de rougir. Ces influences sont d'autant plus efficaces, qu'elles surpren-

164 CHROMIDROSE.

ncnl les femmes pendant la période menstruelle ; et c'est en général dans de telles circonstances que les modifications, au libre cours des règles, font sentir leur action dans l'étiologie de la chromidrosc. Chez la malade de Lccat, l'exsudat coloré se montrait pendant la gestation, à peu près à l'é^poque où d'ordinaire le masque se dessine d'une manière très-nette. Cliez les hommes, ce sont de violents chagrins, des veilles, des fatigues excessives, qui ont jusqu'ici pro- , voqué l'apparition des accidents. Signalons encore une violente douleur, comme celle causée par l'avulsion d'une dent, l'exposition à un foyer de chaleur, ou à l'action d'un froid intense.

Palho()énie et nature. Les considérations étiologiques qui précèdent nous conduisent naturellement à parler des attaches pathologiques de la cliromi- (h'ose, de sa nature, et de la place qu'elle doit occuper en nosologie. Làilessus, nous ne trouvons dans les auteurs qu'un très-petit nombre d'indications. Billard range le mal parmi les altérations des fluides. 11 suppose que le sang contient la matière colorante, et qu'elle en est séparée par les glandes de la sueur. C'est à un trouble fonctionnel des organes sécréteurs de la peau, (}ue les auteurs qui ont exprimé le plus récenmient leur opinion, ont rattaché la chromidrose. Les médecins anglais, Néligan et Érasmus Wilson, pensent que la matière noire est sécrétée par les follicules sébacés, et ils considèrent l'affection comme une variété de l'acné sébacée fluente, d"où le nom de slearrhœa nigricans qu'ils proposent. MM. Leroy de Méricourt et Ch. Robin admettent que c'est une sueur colorée; et M. Hardy est disposé à adopter cette manière de voir, se fondant sur l'absence de granulations graisseuses, dans la matière noire de la chromidrose et sur l'état des orifices des conduits sébacés, qui ne sont pas élargis et entr'ouverts, comme dans le cas d' acné auxquels il a été fait allusion plus haut.

Le dernier mot qui ait été dit sur la nature de la chromidrose est donc qu'elle consiste en un flux, en une hypercrynie. Cela nous paraît insuffisant, et, dès 1869, dans une note sur la nature du masque et de quelques autres colorations de la peau, nous avons essayé d'aller au delà. Après avoir donné une analyse succincte des cas de chromidrose connus jusqu'à cette époque, nous insistions sur ce fait, capital à notre avis, que les sujets de ces observations étaient éminemment prédisposés aux accidents nerveux, ou même en présentaient de trèscaractérisés ; et que la coloration anormale de la peau s'était accompagnée de troubles névropathiques, aussi divers que nettement accentués. Or, ajoutionsnous, les laits de cette sorte sont au nombre de dix-neuf, sur les vingt-trois qu'il nous a été donné de consulter. N'est-ce pas là une majorité fort imposante en faveur de la nature névropathique de la chromocrinie ? A notre avis, en effet, il n'est pas nécessaire, pour affirmer la nature d'un phénomène morbide, que toujours il ait inévitablement le cortège des symptômes qui en lui imprimant leur '•achet, servent à le qualifier; il suffit qu'il en soit ainsi dans le plus grand nombre des cas; cas- il faut bien admettre que ce phénomène puisse quelquefois apparaître isolément, comme une manifestation première ou unique, parmi les troubles pathologiques dont il fait partie. Aujourd'hui nous gai'dons cette appréciation, que les faits publiés depuis l'époque où nous l'avons émise, sont venus confirmer pleinement. Rapprochant donc la chromidrose de quelques cas de masque, de la sueur de sang et de certaines hémorrhagies viscérales, avec lesquelles on la voit souvent alterner, nous disons que c'est une névropalhie, comme nous l'avons dit de ces affections. Sans nous prononcer sur la source

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de l'exsudat; et tout en inclinant à admettre qu'il est dans les glandes sudoripares, nous proposons de ranger ce trouble sécrétoire parmi les névroses et de le rattacher à la maladie hystérique.

Diagnostic. La chromidrose est une de ces manifestations pathologiques qu'il n'est pas besoin de chercher ; elle frappe les yeux et s'annonce de loin ; mais, pour l'affirmer, il faut établir deux choses : 1" qu'il y a à la surface de la peau une matière noire ; 2*^ que celte matière est un exsudât d'origine glandulaire, et qu'elle n'a pas été déposée par l'atmosphère ambiante, ou à dessein. Toujours donc, surtout lorsqu'il s'agit d'une première exploration, l'on doit absterger la partie affectée avec un linge blanc imbibé d'huile. S'il ne se couvre pas de particules noires, on peut affirmer qu'il ne s'agit pas de chromidrose. Mais il ne suffit pas d'y trouver une tache noire plus ou moins foncée, pour affirmer l'existence de cette affection ; car de la poussière de charbon, du noir de fumée, un cosmétique coloré, ou une matière bleue, pourraient avoir été déposés sur la peau, par accident ou intentionnellement. Sans faire intervenir la moralité des sujets, que l'on ne doit jamais invoquer comme une garantie scientifique ; sans avoir recours aux procédés mécaniques que l'on a proposés pour vérifier si la matière est d'origine cutanée, ou bien si elle a été déposée ; procédés qui ont pour résultat habituel de troubler la marche de l'affection, nous estimons que deux preuves seulement sont admissibles. L'une, simplement présomptive, est l'existence du cortège névropalliique, que nous savons accompagner la chromidrose ; l'autre, qui ne peut laisser aucun doute dans l'esprit, est la constatation dans l'exsudat, à l'aide du microscope, de ces tablettes noires si caractéristiques signalées par MM. Ch. tiobin et Ordooez, et la vérification de l'inlluence qu'exercent sur elles l'action combinée de l'acide sulfurique et de la clialeur.

Pronostic. La clu'omidrose n'a par elle-même aucune espèce de gravité ; mais par la modification considérable qu'elle apporte à la physionomie des malades, elle les affecte parfois profondément et les oblige à une séquestration plus ou Rioitis rigoureuse. Si on connaissait, dit M. Hardy, les soucis qu'elle cause aux femmes qui en sont atteintes, ou n'oserait les accuser de simulation.

Traitement. S'il est possible d'enlever l'exsudat, à l'aide de lavages huileux ; la guérison directe de la chromidrose est impossible, et l'on ne pourra i?ilervenir d'une manière efficace, qu'en combattant la maladie nerveuse qui tient sous sa dépendance la sécrétion cutanée. J. Parrot.

Bibliographie. — Yo>ge (James). Ohs. Phjlosophical Transactions, art. 4, n° 523, t. XXVI,

1709. — Lecat. Obs. Traité de la couleur de la peau humaine en général, etc. Amsterdam,

17t)5. — Billard. Mémoire sur nn cas particulier de cyanopalkie cutanée, ou coloration

bleue de la peau, causée par une altération de la transpiration. In Arch. gén. de méd.,

t. XXVI, p. 455; 1851. — Teevax (Willain), Relation d'un cas singulier, dans lequel il y

avait une sécrétion noire de la peau du front et de la partie supérieure de la face. In

Transactions méd. chirurg. de Londres, 1" sér., t. X, 1845. — Bousquet (de Saint-GIiinian).

Ohs. Mémoires de V Acad. imp.de médecine, t. XVIII, p 559; 1854. Quinan et Neligax. Obs.

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1857. — Le Ruï de Mémcouiit. Sur la coloration partielle en noir ou en bleu de la peau

chez, les fennncs. In Arch. génér. de méd., 5= sér., t. X, 1857, vol. 11, p. 450. — Du même.

Mémoire sur la chromidrose ou chromocrime cutanée, suivi de l'étude microscopique et

chimique de la substance colorante de la chromidrose, par Gli. Robin, et d'une note sur

le même sujet, par Ordoxez. In Ann. d'ocuL, t. L, p. 5; 1803. On trouve dans ces 2 mém.,

enire autres observations, la plupart de celles dont nous avons déjà donné, et dont nous

allons encore donner l'indication bibliopraphique. — Banks. Dublin Quarterly Journal, mai

1858 et Thérapeutique du midi, 15 juin 1835. — Makeh. Obs. lue à la Société médicale du

Haut-Rhin, 5 octobre 1857. In Ga:cllr iiird. de Strasbourg, 1858. — Blaise. Gaz. des hôp.,

Cnov. 1858. — Read. Dublin Med. Press, t. XIV, p. 2U. — Lyo.ns (Robert). Excrétion de

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