ROUGE. VERT. BLEU. BLANC. NOIR
Ii2° + 128° -f- 90° = 6C° -t- 500°
On voit, d'après cela, que la proportion des couleurs fondamentales nécessaires pour donner le blanc (blanc gris) varie suivant l'intensité de l'éclairage et suivant les individus. Chez les uns, en effet, il faut une plus grande étendue du champ de la couleur rouge ; chez les autres de la couleur verte, chez d'autres enfin de la couleur bleue (violette) . Ces données seront utilisées dans la suite de .ce travail.
7. Nous n'avons parlé jusqu'ici que des résultats du mélange des couleurs fondamentales et de celui des couleurs primitives complémentaires. Disons .actuellement, d'après Helmholtz [Optique physiologique, trad. Javal-Klein, p. 367), ceux du mélange de couleurs non complémentaires.
On peut, suivant cet auteur, établir, à ce sujet, les règles suivantes : A. Lorsqu'on mélange deux couleurs simples, qui sont moins éloignées dans le spectre que deux couleurs complémentaires, il en résulte une des couleurs intermédiaires, tirant d'autant plus sur le blanc que l'intervalle entre les couleurs employées est plus considérable, et qui est, au contraii-e, d'autant plus saturée^ que cet intervalle est plus petit. Mais si l'on mélange deux couleurs
• Une couleur est dite saturée quand elle est aussi pure que possible, c'est-à-dire sans mélange d'aucun des autres éléments de la lumière colorée. Par exemple, on a la sensation du rouge saturé (théorie de Young), quand la fibre élémentaire correspondant à l'excitation du rouge entre seule en activité. Veut-on avoir la sensation du rouge saturé, il suflit d'émousser la sensibilité de l'œil pour le vert et le violet, en contemplant longtemps du vert bleuâtre du s|)cctre et en rendant ainsi momentanément l'œil aveugle pour les deux couleurs : .le regard, porté alors vivement sur du rouge, le voit d'xxa rouge saturé intense.
132 CHROMATOPSEUDOPSIE.
qui sont plus éloignées, dans la série spectrale, que des couleurs complémentaires, on obtient du pourpre ou des couleurs intermédiaires entre l'une des couleurs mélangées et l'extrémité correspondante du spectre. Dans ce cas, le mélange est d'autant plus saturé que l'intervalle des couleurs dans le spectre est plus grand, et d'autant plus blanchâtre que cet intervalle est plus petit, tout eu restant supérieur à celui des deux couleurs complémentaires.
B. Le mélange déplus de deux couleurs homogènes ne produit plus de nouvelles couleurs ; le nombre des couleurs est déjà épuisé par le mélange des couleurs simples deux à deux.
G. Les mélanges de couleurs composées donnent, en général, les mêmes résultats que ceux des couleurs spectrales de même nom. Seulement, le mélange est d'autant plus rapproché du blanc que les couleurs mélangées sont elles-mêmes plus blanchâtres que les couleurs spectrales.
D. L'action simultanée des différentes couleurs sur une même partie de la rétine donne une nouvelle série de sensations colorées qui ne produisent pas isolément les couleurs simples du spectre. Ces nouvelles sensations sont celles du pourpre, du blanc et des degrés intermédiaires tant entre le blanc et les couleurs spectrales qu'entre le blanc et le pourpre. Le rouge pourpre provient du mélange des couleurs simples qui se trouvent aux extrémités du spectre. Cette couleur présente sa plus grande saturation quand on mélange le violet et le rouge ; elle est plus blanchâtre et forme le rose, quand on remplace le violet par le bleu et le rouge par l'orangé. Le rouge pourpre, qui devient le rouge spectral en passant par le carmin, est tout à fait différent du rouge et du violet qui se trouvent aux extrémités du spectre ordinairement visible; mais il présente à l'œil un passage de l'un à l'autre avec des degrés intermédiaires connus, de manière à rendre circulaire la série des couleurs saturées, c'est-à-dire de celles qui ont le moins de ressemblance avec le blanc.
E. Les couleurs spectrales exercent dans les mélanges des pouvoirs colorants différents ; on peut dire qu'elles possèdent des degrés différents de saturation Le violet est le plus saturé; les autres viennent ensuite, à peu près dans l'ordre suivant :
Violet.
Bleu indigo.
Rouge. Bleu cyanique.
Orangé. Vert.
Jaune.
F. On appelle noir un corps qui ne réfléchit pas la lumière qu'il reçoit ; hlanc, celui qui la diffuse toute ; gris celui qui réfléchit dans la même proportion tous les rayons lumineux qu'il reçoit ; coloré s'il réfléchit en plus grande quantité la lumière d'une couleur que celle d'une autre. Ainsi, dans ce sens, le noir, le blanc et le gris sont aussi des couleurs.
8. La rétine est la membrane chargée de la perception de la lumière el de sa transmission au cerveau, par l'intermédiaire du nerf optique et de son épanouissement. On sait qu'elle se compose d'un grand nombre de couches, de 8 selon selon les uns, de 10 suivant les autres, constituées de tissus différents: nerveux ou unissants. Les premiers, qui seuls nous intéressent spécialement ici, sont : les fibres du nerf optique proprement dites, et la couche rétinienne la plus externe, dite des bâtonnets et des cônes, en communication directe, suivant Max Schullz, avec la première, communication offrant cette particularité remarquable que, pour les cônes, elle se fait au moyen de fibres nerveuses
CHROMATOPSEUDOPSIE. 135
épaisses et composées, tandis que, pour les bâtonnets, la connexion est établie par des fibres nerveuses minces et simples.
L'examen comparatif de l'arrangement des cônes dans la rétine humaine, dil ce même auteur, et de l'impressionnabilité des différentes parties de la rétine par l'apport aux couleurs, a donné ce résultat remarquable, qu'il existe une corrélation entre le degré d'aptitude à percevoir des couleurs et le nombre des cônes dans un espace donné de la rétine. La plus grande sensibilité se trouve donc dans la fovea. centralis, où il n'y a que des cônes. D'après cela, il semble que les cônes sont les appareils destinés plus spécialement à la distinction visuelle des différentes couleurs, et les bâlonnets ceux qui nous font apprécier la lumière en général (lumière blanche) {Résumé des recherches sur la structure et la phijsiologie de la rétine, par Max Sciiultz (de Bonn.) Journ. de Robin, 1868, p. 113). Le même auteur a décrit la structure en paillettes des bâtonnets et des cônes, qui a inspiré à Zenker une idée très-originale quant au l'ôle que jouerait cet arrangement eu paillettes dans la perception des couleurs : la réllexion à laquelle cette disposition doit nécessairement donner lieu, d'après cet auteur, aurait pour effet d'arrêter plus ou moins complètement la propagation des ondes lumineuses. Pour arriver à ce résultat, il faut un système de surfaces miroitantes telles qu'elles se rencontrent dans les portions externes des éléments ci-dessus, avec un écart de ces surfaces miroitantes de la moitié ou d'un multiple de la moitié de la longueur de l'onde lumineuse en mouvement. 11 faut revenir à l'épaisseur des paillettes et supposer une épaisseur particulière pour chaque couleur de la partie visible du spectre qui, eu égard au coefficient de réfraction de la substance des portions externes des bâtonnets et des cônes, se ti'ouverait dans le rapport voulu avec la longueur des ondes lumineuses en mouvement. Les mesures données pour les paillettes, c'est-à-dire environ 0,0005 — 0,0008 millimètres, correspondent à peu près aux longueurs des ondes de l'extrémité violette à l'extrémité rouge du spectre, se propageant dans une substance réfractant la lumière plus faiblement que l'air, et dans laquelle la longueur des ondes est à peu près de 0,0004 — 0,0007. Cette concordance est certainement remarquable [Arcliiv fur mikrosh. Anat. B. III, S. 245).
9. De quelle façon la lumière agit-elle sur ces divers éléments pour donner au cerveau l'impression de la lumière et celle des couleurs ? Il est généralement admis aujourd'hui que la lumière traverse d'abord la rétine de part en part, sans rimpi'essionner, jusqu'à sa couche la plus externe, qui est la couche pigmentaire; qu'elle est ensuite renvoyée à travers celle des cônes et des bâtonnets, qu'elle impressionne cette fois, puis transmise par les fibres nerveuses du nerf optique, avec lesquels cônes et bâtonnets sont en communication, jusqu'à l'organe central.
Nous avons dit que la sensation des couleurs s'opère par l'action des cônes rétiniens. Voici l'explication que Thomas Young a donnée de tous les phénomènes se rapportant à cet acte physiologique.
A. Il existe, dans l'œil, trois sortes de fibres nerveuses dont l'excitation donne respectivement la sensation du rouge, du vert et du violet;
B. La lumière objective homogène excite les trois espèces de fibres nerveuses avec une intensité qui varie avec la longueur d'onde. Celle qui possède la plus grande longueur d'onde excite le plus fortement les fibres sensibles au rouge, celle de longueur moyenne les fibres du vert, et celle de la moindre longueur d'onde les fibres du violet ;
iU CHROMATOPSEUDOPSIE.i
C. Chaque couleur spectrale excite néanmoins toutes les espèces de fibres^ mais avec une intensité différente :
a. Le rouge simple excite fortement les fibres sensibles au rouge et faiblement ' les deux autres espèces. Sensation : rouge.
h. Le jaune simple excite modérément les fibres sensibles au rouge et au vert,, faiblement celles du violet. Sensation : jaune.
c. Le vert simple excite fortement les fibres du vert, bien plus faiblement lesdeux autres espèces. Sensation : vert.
d. Le hleu simple excite modérément les fibres du vert et du violet, faiblement celles du rouge. Sensation : bleu.
e. Le violet simpu excite fortement les fibres qui lui appartiennent, faiblement les autres. Sen!>.ation : violet.
f. Le blanc ou les couleurs blanchâtres sont le résultat de l'excitation à peu près égale de toutes les iibres.
« On obtiendrait les mêmes avantages pour l'explication des faits, dit Helmholtz, en admettant que chaque fibre peut servir à trois actions complètement distinctes et indépendantes l'une de l'autre ; mais, comme la forme primitive et plus palpable de l'hypothèse telle qu'elle a été établie par Th. Young, permet dfr mieux fixer les idées et le langage, il est plus avantageux de la conserver. »
Comme conséquence des données ci-dessus, nous pouvons poser les principes ci-après dans lesquels elles se résument :
1" Toute perception colorée est la résultante de la perception, à divers degrés, des trois couleurs fondamentales. Les couleurs intermédiaires, ainsi produites, sont donc la résultante de perceptions complexes réparties entre les divers ordres de fibres préposées à leur admission. La notion de la couleur blanche se produit par une irritation également intense des trois espèces de fibres admises et celle de la couleur noire par l'absence de toute irritation.
2» Si lune des couleurs fondamentales n est pas perçue, la perceptibilité de l'œil aux autres doit être modifiée par l'absence de la première, et, dans ces cas, la perception des coideurs est la résultante des impressions combinées de deux coideurs fondamentales au lieu de trois. Les modifications subies par l'impression des couleurs en général trouvent alors leur explication dans la non perception de la couleur défaillante.
La théorie de Young, en effet, répond de façon suffisamment satisfaisante aux différents problèmes posés par la question, si complexe, des couleurs, et est unebase réelle pour l'explication de la chromatopseudopsie et des phénomènes si divers qui résultent de cette anomalie visuelle. L'anatomie, il est vrai, n'a pas encore donné la démonstration de l'existence des trois espèces de fibres préposées, dans les cônes rétiniens, à la perception des trois couleurs fondamentales, mais elle a déjà fait cependant un pas dans cette voie, en établissant, ainsi que nous l'avons dit plus haut (8), que les cônes communiquent avec les fibres optiques au mojen de fibres nerveuses épaisses et composées, alors que les bâtonnets, n'ayant dans leurs attributions que l'interprétation de la lumière simple, n'y sont rattachés que par des fibres minces et simples.
Un argument en faveur de cette hypothèse, c'est l'explication donnée par Helmholtz du mécanisme de l'audition. De même que les fibres de Th. Young servent à percevoir la rapidité d'oscillation de la lumière, c'est-à-dire la couleur, de même les fibres de Corti permettent de distinguer la rapidité d'oscillation sonore : cette hypothèse de Helmholtz a reçu tout récemment une confirmation
CHROMATOPSEUDOPSIE 155v
inattendue par les observations faites directement sur certains décapodes. Ainsi, de deux hypothèses analogues, l'une est établie d'une manière incontestée ; comment se refuser à admettre l'autre, qui rend si simplement compte de tous les faits de la perception des couleurs? (Javal).
10. Quoi qu'il en soit, la théorie Young-Helmholtz est aujourd'hui vigoureusement combattue par des arguments tirés de l'examen des sujets atteints accidentellement de chromatopseudopsie par cause pathologique. La principale, objection empruntée à l'observation de ces cas et qui a été récemment soulevée par M. Holmgren, c'est que les sujets affectés, par le fait d'un travail morbide, de cécité pour le rouge, ou d'anénjthi^opsie, appellent jrt2<?ies les tons jaunes et verts, tandis que, dans l'hypothèse de Young, ils devraient les appeler i'e/<s. Et, en effet, la sensation du jaune résultant d'une excitation à peu près égale des fibres nerveuses sensibles au rouge et des libres sensibles au vert, et d'une excitation faible des fibres du violet (ou du bleu), il s'ensuit que, dans l'anérythropsie par l'exclusion des libres sensibles au l'ouge, c'est l'excitation des libres du vert qui doit être prédominante, et par conséquent c'est bien l'aspect du vert que devraient présenter aux anérytlu'opes le jaune, ou, à plus forte raison, le vert. M. Helmlioltz avait prévu cette objection: il la réfute en faisant remarquer que les sujets affectés de cécité pour le rouge appellent jaunes des tons qui sont réellement verts pour leur œil, parce que les tons leur paraissent plus saturés que les verts et qu'ils contiennent déjà un mélange relativement plus considérable de la troisième couleur fondamentale (le bleu ou le violet). Dans un récent travail, analysé dans les Annales d'oculistique, t. LXXII, p. 45, 1874, M. Lcber examine encore d'autres objections, mais c'est pour arriver à cette conclusion, qu' « elles n'atteignent que l'application qu'on a voulu faire de cette théorie à la cécité des couleurs, en supposant que celle-ci était déterminée par l'absence ou l'insensibilité d'une ou de deux espèces de fibres nerveuses, mais qu'e//e subsiste^ tout entière, si l'on admet que, dans la dyschromatopsie, les diverses catégories de fibres existent et fonctionnent, mais que leur irritabilité pour certaines longueurs d'onde est diminuée ou pervertie. »
« Examinons maintenant, ajoute Th. Leber, comment cette seconde hypothèse s'accorde avec les faits énoncés. Nous avons vu que les deux couleurs spectrales dont les personnes atteintes de cécité pour le rouge conservent la perception, sont le jaune et le bleu. L'explication la plus simple semblerait être qu'au lieu de trois catégories de fibres, ces malades n'en possèdent que deux. Mais comme, d'après la tliéorie de Young-Helmlioltz, la perception des tous jaunes est produite par une excitation d'égale intensité des fibres sensibles au rouge et de celles du vert, il n'y a pas de raison de supposer qu'il en soit autrement pour les yeux atteints de dyschromatopsie. Donc, pour toutes les parties du spectre où ces yeux, reconnaissent le jaune, l'excitation des fibres du rouge et celle des fibres du vert seront à peu près les mêmes et l'excitation des fibres du violet (ou du bleu) sera très-faibic. L'absence de l'extrémité rouge du spectre ne peut s'expliquer que par la supposition que non-seulement les fibres du rouge, mais qu'aucune des fibres de la rétine ne soit excitée par la lumière rouge. Toutefois cela n'empêche pas que les fibres ne soient sensibles pour la lumière jaune ou pour toute autre plus saturée encore ; si elles ont conservé leur sensibilité physiologique pour la lumière jaune, le maximum de clarté coïncidera avec le jaune spectral, pour l'œil affecté de cécité des couleurs, comme pour l'œil normal. « Il suit de là que la cause déterminante de la cécité congénitale pour les coU' ,
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ceurs, etpeut-être aussi celle de la cécité acquise, réside non dans l'absence ou dans r insensibilité d'une certaine espèce de fibres nerveuses, mais dans la modification des courbes d'excitation d'une ou de plusieurs catégories de fibres, pour une lumière d'une longueur d'onde déterminée.
« Les observatious sur lesquelles M. Rose s'est basé pour contester l'exactitude de la théorie de Young-Helmholtz, trouvent également leur explication dans ce qui précède. M. Rose a constaté, chez un certain nombre de daltonistes, que le noir, ou la couleur confondue avec le noir, occupait dans la table des couleurs des positions différentes pour des individus différents ; comme la position du noir doit, suivant la théorie qui a cours, correspondre exactement à la couleur fondamentale, qui manque, on serait tenté d'en conclure à l'existence d'un nombre considérable de couleurs fondamentales, ce qui est inadmissible. Au contraire, dans l'hypothèse que nous avons admise, il n'y a pas de motif de croire que les modifications des courbes d'intensité sont les mêmes chez tous les individus. Cette explication peut s'appliquer aussi aux observations faites par M. Rose chez les personnes soumises à l'action de la santonine. Je dois, du reste, ajouter que je ne m'attribue pas la propriété de cette hypothèse dont M. Helmholtz avait déjà reconnu la possibilité.
Quand la pathologie de la cécité des couleurs se sera enrichie d'observations nouvelles et surtout d'expériences spectroscopiques, l'hypothèse que je viens de présenter, et qui n'est encore qu'ébauchée, pourra recevoir de plus amples développements. »
Il résulte de ce qui précède que la théorie en vogue a plus d'un défaut à sa cuirasse. Elle a toutefois pour elle cette circonstance qu'après l'avoir battue en brèche, nul auteur n'a rien trouvé à mettre en son lieu. Nous ne citerons que pour mémoire et comme exemple de l'aberration où peuvent conduire les idées a priori, une doctrine récemment éclose attribuant aux éléments rétiniens, improprement appelés cônes, la propriété de décomposer les i^ayons frappant leur sommet, à la façon du prisme, et de traduire, en cercles irisés, à la base de ces cônes, le résultat de leur décomposition. Est-il besoin de faire remarquer que, malgré le nom qu'ils portent, les cônes rétiniens ne ressemblent que de très-loin au solide géométrique dont on les a faits les homonymes, et que, s'il avait plu à leur parrain de les appeler « racines » ou « amphores » , une semblable pensée n'eût pu traverser l'esprit du plus aventureux des faiseurs de système ? Mais il y a plus fort : Étant admis, ce qui ne se discute plus, que les éléments rétiniens préposés à la perception lumineuse ne sont influencés par la lumière qu'après réflexion de celle-ci sur la couche pigmentaire, il se trouve que les rayons, au moment oti ils accomplissent leur véritable rôle, tombent sur la base dudit cône et non sur son sommet !
M. Dor, se fondant sur ce que les individus affectés de cécité pathologique des couleurs sont atteints d'une atrophie du nerf optique, conséquence d'une lésion du cerveau, même de la moelle épinière, et que, dans ces cas la couche fibrillaire et cellulaire du nerf optique et de la rétine est atrophiée jusque dans le cerveau, mais nullement la couche des bâtonnets et des cônes, et sur cette circonstance, au contraire, que, dans les véritables affections rétiniennes et dans les choroidorétinites, la perception des couleurs est affaiblie, mais nullement pervertie, en conclut que « le daltonisme est une affection cérébrale. » Conclusion qui ne satisfait qu'incomplètement l'esprit. Quand on demande au médecin l'explication d'un cas difficile, il a pour ressource ultime ces mots fort usités : « Ce sont les
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nerfs. » La solution proposée n'est-elle pas un peu cela ? Ce n'est point d'ailleurs à M. Dor que celte boutade s'adresse, mais bien plutôt à M. Szokalski. Cet auteur, en effet, écrivait, dès 1840, ce qui suit {Annales d'Oculis tique, 1840-41, t. m, p. 99) : « La cause immédiate de la chromatopseudopsie consiste dans la confusion des fonctions (déterminatives) du cerveau qui nous fournissent la perception des couleurs. Si donc il existe dans le cerveau une portion qui préside aux fonctions de la vision, cette portion doit avoir diminué de volume chez les personnes atteintes de chromatopseudopsie. » Et M. Szokalski ne s'appuyait que sur des faits non pathologiques.
Dans un travail tout récent (Revue médicale russe, 1874, 1-2), M. Woinow émet les propositions suivantes :
1 . Il y a, dans la rétine, des éléments destinés à la perception des couleurs et d'autres réservés à celle de la lumière ;
2. 11 y a des éléments sensitifs de quatre ordres : pour le rouge, le jaune, le vert et le bleu ;
5. Ces divers éléments existent au centre de la rétine. A la périphérie, leur nombre est moindre, surtout celui des éléments destinés à la perception du rouge et du vert ;
4. \ers la périphérie, il y a une zone où les éléments pour le jaune et le hleu existent seuls;
5. A la périphérie la plus extrême, il n'y a d'éléments sensitifs que pour la lumière ;
6. Les sensations fondamentales sont complémentaires entre elles : le rouge l'est du vert ; le bleu, du jaune.
Nous nous arrêterons à la théorie de Young-Helmholtz, qui, si elle n'est pas absolument inattaquable, n'a du moins été jusqu'ici remplacée par aucune autre moins attaquable qu'elle.
III. Nomenclature et symptomatologie, 11. Nous avons dit que l'œil normal voit les couleurs à l'aide d'éléments rétiniens appropriés, que les cônes paraissent spécialement préposés à cette connaissance, et qu'ils renferment, à cet effet, des fibres de trois sortes ayant la propriété d'être impressionnées plus particulièrement, les unes par le rouge, les autres par le vert, les troisièmes par le violet. De l'intégrité de ces fibres quant à leur irritabilité pour les longueurs d'onde dépend, en conséquence, l'exercice régulier de la faculté visuelle, en ce qui concerne l'appréciation des couleurs. Est-elle altérée de naissance, la chromatopseudopsie est dite congénitale. L'est-elle incidemment par une cause pathologique, elle est dite acquise.
12. Dans l'un comme dans l'autre cas, l'hypothèse de Young-Helmholtz, que nous avons prise pour guide, nous apprend que :
« La couleur défaillante ne peut être qu'une des couleurs fondamentales, car si toutes les couleurs fondamentales étaient perçues, toutes les autres pouvant se former par leur moyen existeraient nécessairement. »
Comme corollaire de cette proposition, et l'importance en est grande au point de vue de la recherche de la couleur qui fait défaut, signalons la proposition suivante, qui n'a pas besoin d'être démontrée :
« Pour un œil atteint de cécité pour une des trois couleurs fondamentales, tous les tons que cet œil peut distinguer, y compris le blanc, peuvent s'obtenir au moyen des deux autres. »
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Ainsi, pour une personne affectée de cécité pour le rouge, toutes les teintesqu'elle est susceptible de percevoir et qui sont dues à des mélanges d'autres couleurs, y compris le blanc et le gris, peuvent se former à l'aide du violet ou du vert. De même, un sujet, privé de la fibre verte, ne pourra voir que les combinés du violet et du rouge ; de la fibre violette, que les dérivés du rouge et du vert. Cette donnée, qui a suggéré à M. Woinow (de Moscou) l'idée d'un appareil destiné à la détermination de l'espèce de la chromatopseudopsie, dont nous parlerons plus loin, servira de base à notre nomenclature.
On a vu plus haut (9) que toute sensation de couleur perçue est la résultante de la perception des trois couleurs fondamentales ; qu'ainsi, par exemple, les fibres plus particulièrement impressionnées par les rayons rouges le sont m même temps, mais plus faiblement, par les rayons verts et les rayons violets. La notion de la couleur blanche se produit par une irritation également intense des trois espèces de fibres admises, et celle de la couleur noire par l'absence de toute irritation. Il résulte de ces notions que :
« Lorsque laperceptivité d'une couleur est anéantie, celle des autres doit être viodifiée par l'absence de la première. »
J5. Nous diviserons, en conséquence de ce qui précède, les aveugles pour les couleurs en quatre classes, et nous appellerons :
a. Achromopsie (de a privatif, xp^l^°^^ couleur et wi|/(î, vision), la cécité j:yoM/: toutes les couleurs.
h. Anérythropsie (de a priv. et spuô^oov, rouge) la cécité pour le rouge.
c. Achloropsie (de « priv. et ylopo-j, vert) la cécité pour le vert.
d. Anianthinopsie (de a priv. et lavôwoç, violet) la cécité pour le violet.
14. La dénomination à' achromopsie appartient à la variété de chromatopseudopsie dans laquelle les sujets qui en sont atteints n'ont la notion d'aucune des couleurs du spectre solaire. Pour eux, le chaud coloris des peintures de Rubens ou des tableaux de Wiertz ne diffère en rien de la teinte uniforme des sévères grisailles de Kaulbach. C'est toujours l'image sèche fournie par les reproductions photographiques. Les fruits sur les arbres, les fleurs au milieu de leurs touffes de feuillage, ne se distinguent du cadre qui les entoure que par la différence de la forme. Le teint d'un frais visage et l'azur d'un ciel pur n'en disent pas davantage à leurs yeux.
M. Huddart rapporte le cas d'un certain Harris, cordonnier à Maryport, dans le Cumberland, qui ne distinguait que le noir et le blanc, et s'était aperçu, dès l'âge de quatre ans, de cette défectuosité visuelle. Ayant trouvé dans la rue un bas d'enfant, il le porta à une maison voisine, pour s'informer à qui il appartenait ; il remarqua que les autres l'appelaient un bas rouge, tandis que lui ne comprenait pas pourquoi on lui donnait cette dénomination, trouvant l'objet suffisamment indiqué par le mot bas. Cette circonstance resta gravée dans sa mémoire. Il remarqua plus tard que les autres enfants distinguaient des cerises qui se trouvaient sur un arbre par une pi'éleiidue différence de couleur, tandis que. lui ne les reconnaissait d'avec les feuilles qu'à leur dimension et à leur forme {Philosophical Transactions, vol. LVII, p. 260. London, 1777.)
Rosier {Observations sur la Physiologie et l'Histoire naturelle. Vol. XIII, p. 87, 1779) cite un autre cas analogue. Il s'agit d'un M. Gollardeau, passionné pour le dessin, où il réussissait très-bien aussi longtemps qu'il ne s'agissait que des traits, des contours ou des formes, mais qui, du moment où il voulait les enluminer, ne faisait que défigurer son ouvrage. Il ne voyait dans ses ta-
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bleaux qu'un mélange bien proportionné de clair et d'obscur, des gradations bien coordonnées d'une mcnie nuance, là où des yeux bien organisés n'apercevaient qu'un i-approchement bizarre et sans goût de différentes couleurs.
Un troisième cas a été rapporté par M. d'Hombres-Firmas {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1849, 2« partie). « Cet homme, dit l'Iiistorien, peignait passablement et il avait peint dans sa chambre des panneaux sur lesquels les terrains, les arbres, les maisons et les personnages étaient peints en bleu. » < Enfin, M. Galezowski [Diagnostic des maladies des yeux par la chromatoscopie rétinienne, 1868, p. 145) cite un quatrième fait du même genre, celui d'un homme de lettres qui lui aurait déclaré que, depuis son enfance, il était privé de la notion des couleui's, et que tous les objets lui paraissaient noirs, gris ou blancs.
Portée à un semblable degré, cette anomalie est extrêmement rare, puisqu'on n'en connaît guère que les cas que nous venons de citer et dont le troisième et le quatrième ne sont rien moins que probants. Chez les sujets ainsi affectés, c'est aux bâtonnets seuls que serait dévolue la fonction visuelle tout entière. Conclusion peut-être hasardée, si l'on veut bien songer que, dans l'état actuel de la science, les cônes ne seraient chargés que de la perception de la lumière colorée, tandis que les bâtonnets recevraient l'impression de la lumière générale! Comment, en effet, concilier semblable assertion avec l'absence complète de bâtonnets dans la fovea centralis, qui, de la sorte, serait inapte à percevoir la lumière générale ? On dira sans doute que, la lumière composée pouvant être le résultat de l'impression uniforme des trois sortes de fibres des cônes, ceuxci s'y suppléent aux bâtonnets. Mais alors les bâtonnets n'ont donc pas seuls la propriété de recevoir l'impression de la lumière générale? Quoi qu'il en soit, une autopsie de sujet affecté d'achromopsie, qu'il faudra vraisemblablement attendre longtemps, vu la rareté des cas, ferait avancer la question, en montrant, si l'hypothèse actuelle est valide, une rétine absolument dépourvue de cônes.
15. Les sujets attemts de l'une des trois autres classes de la chromatopseudopsie (anérijthropsie, achloropsie, anianthinopsie) offrent ceci de particulier que toutes les couleurs, toutes les teintes qu'ils sont susceptibles de percevoh-, s'obtiennent par h combinaison des deux teintes qui ne leur manquent pas. Ainsi, le sujet atteint de cécité pour le rouge ne verra que les composés de vert et de violet, et ainsi pour ceux affectés de cécité respectivement pour le vert ou le violet. Cette loi serait mathématiquement exacte, si les fibres affectées à la perception d'une couleur étaient exclusivement chargées de cette perception : mais on sait qu'il n'en est rien et nous avons vu plus haut, par exemple (9), que le rouge éimple excite fortement les fibres sensibles au rouge et faiblement les. deux autres espèces. Cela suffit seul à démontrer que l'anérythropsie, l'achloro-, psie et l'anianthinopsie pures ne sont, dans la nature, que des mythes introuvables. Tout, en effet, s'y résout par des approximations.
Voyons ce qui se passe, à cet égard, chez les aveugles pour le routje {Daltonisme des Français. Anérijthropsie, id. Rothblindheit des Allemands), c'est-àdire chez les sujets affectés d'absence ou de paralysie des nerfs sensibles au rouge. « Les individus, dit Helmholtz {Optique physiologique, édit. française,^ p. 588, édit. allemande, p. 594), chez lesquels cet état est complètement déve-, loppé ne voient dans le spectre que deux couleurs, qu'ils désignent ordinaire-, ment sous les noms de bleu et de jaune. A cette dernière, ils rapportent tout le rouge, l'orangé, le jaune, et le vert. Ils appellent gris les tons bleu verdùtre et
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nomment bleu tout le reste. Quand le rouge extrême est faible, ils ne le voient pas du tout. Ils ne le voient que lorsqu'il est intense. C'est pour ce motif qu'ils indiquent ordinairement comme limite du spectre une partie où les yeux normaux voient encore distinctement un rouge faible. Parmi les couleurs des corps, ils confondent le rouge (c'est-à-dire le cinabre et l'orangé rougeàtre) avec le brun et le vert. Ils ne distinguent pas le jaime d'or du jaune, ni le rose du bleu. Cependant toutes les couleurs résultantes, qui paraissent semblables à l'œil normal, paraissent de même malgré l'anérythropsie. J. Herschell avait déjà émis, pour le cas de Dalton, l'opinion que toutes les couleurs qu'il distinguait pouvaient être considérées comme composées de deux couleurs fondamentales au lieu de trois. Cette opinion a été confirmée récemment par Maxwell, à l'aide de ses disques rotatifs. Four l'anérythropsie, il ne faut que deux couleurs, telles que le jaune et le bleu, outre le noir et le blanc, pour établir sur le disque l'équivalence de toute autre couleur. Tous les tons que peut percevoir un œil qui confond le rouge avec le vert peuvent s'obtenir au moyen du mélange de deux couleurs, le jaune et le bleu. Enfin, si le rouge et le vert paraissent identiques, comme les mélanges de couleurs de même aspect donnent des couleurs de même aspect, il faut, de plus, que les mélanges d'une quantité déterminée de jaune, avec une même quantité quelconque d'une des couleurs composées de rouge et de vert, qui sont équivalentes entre elles pour l'œil atteint d'anérythropsie, forment des couleurs résultantes présentant toutes le même aspect pour cet œil. Mais, comme on peut composer avec le jaune et le bleu, pour l'œil normal, une des couleurs composées de rouge et de vert, ce mélange peut être substitué, pour l'œil affecté d'anérythropsie, à toutes les couleurs composées de rouge et de vert. 11 suit de là que, pour un œil de ce genre, on peut former avec le jaune et le bleu toutes les couleurs provenant du jaune, du rouge et du vert. On peut démontrer pareillement qu'il en est de même pour tous les mélanges de bleu, rouge et vert. Comme enfin le rouge, le jaune, le vert et le bleu permettent de composer tous les tons perceptibles par un œil normal, dans l'anérythropsie, il suffit du jaune et du bleu. »
Nous avons vu plus haut (6) que, pour un œil normal, la reconstitution de la lumière blanche (couleur grise) peut s'opérer par la rotation rapide de disques revêtus, suivant des étendues proportionnées, de secteurs occupés par les trois couleurs fondamentales, et nous avons donné des équations représentant ces proportions. Pour des yeux insensibles au rouge, ou n'étant doués pour cette couleur que d'une très-faible sensibilité, ce qui est Je cas habituel pour l'anérythropsie, qui n'est jamais absolue et ne saurait l'être, la quantité de rouge nécessaire pour leur équation doit notablement augmenter. Voici, comme exemple, une équation d'après Holmgrem :