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cilROitllQUE (Acide). CrO^ g I. Chimie. Si à 100 volumes de dissolution saturée de bichromate de potasse, on ajoute 420 à 150 volumes d'acide sulfurique pur, la masse ne sera pas encore refroidie que des aiguilles d'acide chromiquc commenceront à paraître (Wariiigton, Chimie de Berzelius, 2« édition, t. II, p. 303).
Le liquide étant complètement refroidi, on sépare par décantation les cristaux que l'on dessèche en les soumettant à une certaine pression entretenue pendant quarante à cinquante heures sur une plaque de dégourdi.
Ainsi préparé, l'acide chromique renferme toujours un peu d'acide sulfurique. Pour le purifier, on le dissout dans l'eau, et l'on ajoute à la dissolution un peu de chromate de baryte : l'acide sulfurique se dépose alors à l'état de sulfate de baryte; on attend que la liqueur se soit parfaitement éclaircie pour la décanter et pour la concentrer dans le vide de la machine pneumatique en présence d'acide sulfurique.
L'acide chromique se présente sous la forme de cristaux non encore déterminés, d'une belle couleur rouge. On les croit anhydres ; mais contiendraientils un peu d'eau que l'on peut les en priver en les fondant avec précaution pour ne pas les décomposer. L'acide qui a été fondu est noir tant qu'il est chaud et d'un rouge foncé dès qu'il est refroidi ; il est inodore, sa saveur est fortement acide, n'a rien de métallique, mais elle laisse un arrière-goût styptique. Il fond vers 500% puis se décompose en oxygène et en sesquioxyde de clirome.
CHROMIQUE (emploi médical). 167
La facililé avec laquelle l'acide chromiqiie abandonne une partie de son oxygène explique sa manière de se comporter à l'égard des substances avides de ce gaz.
Les bases facilement suroxydables ne pourront se combiner avec cet acide, parce qu'elles le réduiront en partie.
L'acide sulfureux lui enlève la moitié de son oxygène en donnant naissance à du snlfalc de sesquioxyde de chrome.
L'acide sulfhydrique décompose l'acide chromique en eau et en sesquioxyde de chrome, tandis que du soufre devient libre.
L'acide chlorhydrique le décompose en donnant naissance à de l'eau, à du sesquichlorure de chrome et à du chlore qui se dégage. L'action de cet hydracide sera encore plus prompte en présence de matières organiques, puisque ces matières elles-mêmes jouent le rôle d'agents réducteurs. En effet, l'alcool seul, pourvu qu'il soit concentré, tombant goutte à goutte sur de l'acide chromique cristallisé, rend celui-ci incandescent, qui passe à l'état de sesquioxyde de chrome, en même temps que l'alcool s'enflamme. D'ailleurs, si l'on expose au soleil du linge ou du papier trempés préalablement dans une dissolution d'acide chromique, l'un et l'autre verdissent promptemcut ; aussi ne faut-il jamais filtrer à travers du papier les dissolutions d'acide chromique sous peine de les décomposer.
L'acide chromique est suroxydé par l'eau oxygénée et passe à l'état d'acide perchromique (Cr-C). M.
g II. Emploi médical. PHARMACOLOGIE. L'acide chromique s'emploie, comme caustique, en cristaux, en état de déliquescence, et plus souvent sous forme de solution concentrée.
Solution officinale cl acide chromique (Codex). Acide chromique cristallisé, 100 grammes; eau distillée, 100.
Cette solution est extrêmement caustique ; on l'étend de plus ou moins d'eau selon l'effet que l'on veut obtenir. Elle doit être conservée dans des flacons bien bouchés et à l'abri de la lumière.
Solution d'acide chromique (Marshall). Acide chromique, 5 grammes ; eau distillée, 15.
C'est dans cet état de concentration, c'est-à-dire au quart, que la solution d'acide chromique est le plus généralement employée pour produire des efiets caustiques, qui sont encore très-puissants. On diminue son action escharotique en l'étendant d'un peu plus d'eau. Avec des dissolutions qui varient de 1 p. 100 à 1 p. 1000, on obtient des effets styptiques, astringents, résolutifs, dessiccatifs.
Littré et Robin [Dict. de méd. chir. et pliarm.) recommandent de préférence la solution alcoolique. JJais Magitot {Bull, de thér., t. LXXVl) la considère comme difficile et dangereuse à manier, surtout dans la bouche, attendu que sous l'influence de la lumière ou de la chaleur elle est susceptible de se décomposer avec élévation de calorique ; à la faveur de la division qu'elle éprouverait dans les mailles du coton ou de la charpie, une application de cette dissolution risquerait même de s'enflammer subitement. La dissolution alcoolique ne doit donc pas être adoptée.
La glycérine ne doit pas non plus servir de dissolvant à l'acide chromique ; le mélange de ces deux corps s'enflamme avec explosion. (Mascarel, Bull, de thér., 1873, t. LXXXV).
168 CHROMIQUE (emploi médical).
Au reste, autant que possible, il faut repousser, dans l'emploi de l'acide chrornique, l'intervention de toute matière organique. Pour appliquer topiquemeiit sa solution aqueuse, le mieux est de se servir d'une tige de verre ou d'un pinceau d'amiante. Cependant on peut aussi en arroser une couche de charpie préalablement étalée sur une tumeur qu'il s'agit de détruire (Gubler).
Action physiologique. L'acide chromique, appliqué sur l'épiderme momentanément et en petite quantité, le teint fortement en jauni' ; la tache ne peut I être enlevée par l'eau, et ne cède qu'à l'action d'un alcali. Par un contact prolongé, il désorganise progressivement la peau, sans provoquer de soulèvement ni formation de sérosité (Magitot). Sur le derme dénudé, son action est beaucoup plus prompte, plus vive, plus profonde. Il donne à la muqueuse buccale une coloration rougeàtre (Magitot).
Pur ou en solution concentrée, c'est un caustique comparable pour l'énergie à l'acide sulfurique, avec lequel il a quelque ressemblance dans son mode d'action. Par les colorations, par les effets dessiccatifs qu'il produit, il a aussi une certaine analogie avec le brome et l'iode.
Son action, selon son intensité, s'accompagne toujours d'une sensation plus ou moins marquée de chaleur.
Dissous dans une grande quantité d'eau, il agit comme les styptiques, c'està-dire comme les astringents dont l'effet astrictif se complique de plus ou moins d'irritation.
La dissolution étendue coagule l'albumine ; pur ou en solution concentrée, il la détruit plutôt qu'il ne la coagule, et détruit de même les autres éléments auatomiques des tissus. Sa puissance désorganisatrice tient, tant à ce qu'il cède son oxygène aux substances combustibles, qu'à son avidité pour l'eau dont il s'empare en laissant à nu le carbone des tissus. Je pense avec Gubler que c'est surtout ce dernier effet, analogue à celui de l'acide sulfurique, qui caractérise son action caustique. De toutes manières, l'acide chromique est donc un caustique carbonisant. Il produit une eschare sèche, rougeàtre d'abord, passant en- :iuite au brun, au noir; le décollement de cette eschare, ainsi que la cicatrisation de la plaie qui en résulte, sont ordinairement assez rapides.
La puissance corrosive de cet acide est telle que de petits animaux, souris, oiseaux, etc. , sont brûlés et dissous dans sa dissolution concentrée sans qu'il reste trace de leurs poils, de leurs plumes, de leurs os et même de leurs dents (Relier).
L'action escharifiante de l'acide chromique est très-douloureuse selon quelques expérimentateurs, très-peu selon la plupart, et en tous cas passagère. La douleur paraît être plus vive et plus longue lorsque cet acide est appliqué sous forme de pâte sur les tissus ; elle est moindre et plus fugace si l'acide est employé pur ou en solution concentrée. Sous forme liquide, il a pour avantage de ne pas étendre son action, en surface, au delà du point d'application, en profondeur, au delà de l'épaisseur de la couche de liquide employé (Robin, Ma^^itot); son effet est instantané. Sous forme de pâte, son action est lente, trraduelle, I profondément pénétrante (Guibert) ; ce peut être un avantage pour la destruclion de tumeurs volumineuses ; mais il y a là un effet à redouter pour les plaies. L'emploi de l'acide chromique offre des dangers contre lesquels on doit se mettre en garde. L'élévation de chaleur qu'il occasionne va parfois jusqu'à 125 et 150". II a donné lieu à des escharifications plus profondes qu'on ne s'y était attendu. Il faut se défier aussi de son absorption, qui serait loin d'être inno-
CHROMIQUE (emploi médical). 169
cente, et en conséquence éviter de l'employer trop largement; on a vu des malades, des syphilitiques entre autres, empoisonnés par suite de la trop grande étendue de la surface d'application (Gubler, Société de thérapeutique, 7 mai 1871).
L'acide chi'omique n'a pas été employé à l'intérieur, et personne ne paraît disposé à l'y essayer ; on ne peut donc préciser son action interne à petites doses. On suppose qu'il est vomitif comme les chromâtes. A doses forcées, il est certain qu'il agirait comme les poisons corrosifs les plus violents.
Action thérapeutique. L'emploi de cet acide comme caustique a été fait pour la première fois, à Paris, par Ch. Robin {Gazette des Hôpitmix, 1855), à Vienne, par Sigmund sur les indications de Heller (Guibert, Nouveaux médicaments). Ch. Robin le regarde comme l'un des meilleurs moyens propres à détruire les chancres naissants et à borner leur marche phagédénique ; l'eschare laisse, lors de sa chute, une plaie de bonne nature. Toutefois, la solution d'acide chromique est peu utilisée dans le traitement local du chancre, et elle est plutôt employée pour la destruction des végétations syphilitiques. Elle a été conseillée contre les excroissances vénériennes des organes génitaux, par Marshall, de Londres, contre les condylomes, par Pardon, de Belfast.
Des productions diverses, de nature épithéliale ou autre, ont été également attaquées par ce même agent caustique. Il a été proposé, par Ure, contre les tumeurs hémorrhoidales ulcérées; par Hairion, médecin militaire belge, et Serres, d'Alais, contre les blépharites granuleuses ; par Kdis, de Londres, contre les tumeurs vasculaires de l'urèthre chez la femme {Bull, de thérap., 1874, t. LXXXVI, p. 521) ; par Sigmund, contre le cancer ; contre les verrues, en creusant à leur centre un petit puits où l'on dépose une gouttelette de la solution caustique, par Magitot ; et en général, pour modifier les ulcères de mauvaise nature, détruire les cancroïdes, les tumeurs vasculaires, les granulations et fongosités sur divers organes et notamment sur le col utérin. Enfin la solution d'acide chromique, depuis le huitième jusqu'au quart, commence aussi à se vulgariser dans le traitement topique des granulations du palais ^t du pharynx.
En solution affaiblie, l'acide chromique a été employé comme astringent résolutif conti'e l'engorgement du col utérin, par Busch, contre l'œdème du scrotum, contre les végétations de la caisse et de la membrane du tympan, par E. Ménière.
On l'a utilisé aussi dans le traitement des maladies de la peau. Pardou a trouvé très-efficace, une solution au millième contre l'eczéma ; une autre de 1 drachme pour 1 once d'eau contre les dermatophytes : teigne circinée et tonsurante, sycosis et maladies parasitaires en général. Magitot dit avoir vérifié l'effioaclté de cette solution contre le pytiriasis versicolor, qu'elle fait complètement disparaître même après une seule application.
L'un des travaux les plus importants sur l'acide chromique est dû à Magitot, qui, après l'avoir envisagé dans ses principales applications, le préconise spécialement contre plusieurs affections de la bouche. Pour lui, cet acide est, par son action modificatrice et destructive énergique, par le peu de douleur qu'il provoque, l'un des agents les plus propres à la cautérisation des muqueuses gengivale et buccale. 11 le préfère à tout autre moyen contre les diverses formes de gingivite, chronique, ulcéreuse, ulcéro-membraneuse, etc. , et le regarde comme le caustique par excellence dans le traitement de l'ostéo-périostite alvéolo-deutaire. Les aphthes et autres ulcérations diverses de la muqueuse buccale sont aussi
170 CIIROMIQTJE (emploi médical).
i-apidemenl modifiés par cet agent. Il en est de même de toutes les formes de stomatite, ainsi que des fongosilés et végétations qui accompagnent les fistules gengivales produites par la périostite chronique ou l'ostéo-périostite. Un des cas où l'emploi de l'acide chromique est indiqué, est celui où, par suite de l'évolution de la dent de sagesse, la muqueuse de la base du pilier palatin antérieur et celle de la joue deviennent le siège de complications inflammatoires ; plusieurs applications de cet acide pourront, môme sans excision préalable, amener la réduction de volume des tissus enflammés et leur cicatrisation rapide. Enfin l'acide chromique a été employé avec succès par Magitot à la destruction des productions organiques de la muqueuse buccale, telles que les épulis ou tumeurs à myéloplaxes et les fibromes. Lorsque ce traitement doit être combiné avec l'action du bistouri, ce chirurgien préfère au cautère actuel et aux autres caustiques profonds l'acide chromique, qui arrête aussi bien la repullulation de la tumeur et offre plus de simplicité et d'innocuité dans son application. Enfin il n'hésite pas à l'employer pur, de la manière suivante : au moyen d'une baguette de bois taillée à plat et chargée d'une faible quantité d'eau de déliquescence ou même d'un ou deux petits cristaux, il applique doucement la substance sur le point malade. S'il s'agit d'une surface ulcérée d'une certaine largeur, il promène la baguette sur toute l'étendue de la plaie; s'il veut cautériser la face postérieure du bord gingival décollé dans certaines affections, ou bien la cavité alvéolaire elle-même, il soulève le lambeau de muqueuse avec la baguette et porte directement le caustique sur les parties malades.
Magitot répond à toutes les objections qu'on pourrait adresser à l'emploi sur la muqueuse buccale d'un caustique aussi énergique que l'acide chromique. Eu n'employant que la quantité d'acide strictement nécessaire, on ne produit pas de désordres de voisinage. La première application doit être très-légère ; on n'arrive que graduellement à l'emploi de l'acide pur, et alors, en couvrant immédiatement la partie touchée d'un peu de ouate ou de charpie, on prévient l'extension du caustique aux parties voisines; l'intervention de la salive fait d'ailleurs passer bientôt l'excès d'acide à l'état de chromâtes alcalins moins irritants. Enfin cet acide ne produit sur les dents ni la douleur, ni l'agacement qu'occasionnent certains autres acides, et la coloration jaunâtre qu'il leur imprime disparaît rapidement. On peut donc admettre, malgré les critiques qui lui ont été adressées, qu'avec ces précautions et en se fondant sur la grande expérience du chirurgien distingué que nous venons de citer, l'acide chromique est d'autant plus apphcable dans la thérapeutique des affections de la bouche qu'il paraît y avoir réalisé entre ses mains un véritable progrès.
Un autre médecin, non moins compétent en pareil sujet, a adopté cette pratique et a même porté encore plus loin l'acide chromique, c'est-à-dire, jusque dans le larynx. Isambert a obtenu de très-bons effets de l'emploi de cet acide contre les affections scorbutiques des gencives, contre les ulcérations syphilitiques de la langue et toutes les manifestations secondaires sur cet organe, plaques muqueuses, nodus, etc. Il s'en est également bien trouvé pour les ulcérations syphilitiques et scrofuleuses du voile du palais et du pharynx. 11 emploie pour ces divers cas une solution allant graduellement jusqu'à 1 d'acide pour 4 d'eau.
Encouragé par ces premiers succès, Isambert a porté l'acide chromique sur le larynx lui-même, au moyen des éponges laryngoscopiques, et en se servant du miroir laryngien. 11 emploie d'abord des solutions assez diluées, qui sont portées
CHROMIQUE (emploi médical). 171
ensuite à la dose de 1 pour 8 d'eau, et dans quelques cas rares à l pour 4. Le but à atteindre était la destruction des végétations épithéliales et des petite? verrues que l'on observe souvent à la commissure inter-aryténoïdieuue et dans le voisinage des cordes vocales ; il y a réussi, et malgré la sensibilité réflexe du larynx, cet organe a parfaitement supporté cette cautérisation. L'opération est ordinairement suivie d'un accès d'astlime laryngien assez violent, mais qui ne dure que quelques secondes. Le malade éprouve ensuite une certaine cuisson, qui dure plus ou moins selon l'intensité de la cautérisation, à laquelle il est bon de ne revenir que tous les huit jours. Un des résultats les plus remarquables de ce mode de traitement, est la répression rapide des œdèmes de la glotte qui se produisent souvent dans la phthisie laryngée, autour des ulcérations. L'acide chromique, employé alors en solution étendue afin qu'il agisse comme styptique et non plus comme caustique, crispe énergiquement les parties œdémateascs du larynx, les réduit à un volume beaucoup moindre, fait cesser la suffocation, et dispense de recourir à la trachéotomie. Enfin dans les cas de rétrécissements syphilitiques du larynx, Isamhcrt a pu, par ce même moyen, sans recourir à aucune autre opération, gagner le temps nécessaire pour reconnaître la nature de la maladie et appliquer le traitement spécifique interne, additionné de frictions mercurielles à l'extérieur. Quant aux tumeurs proprement dites du larynx, polypes muqueux, polypes épithéliaux, et surtout dégénérescences cancéreuses, l'acide chromique n'exerce sur elles qu'une action insuffisante. Dans les cas de cancers surtout, son application devient tellement douloureuse qu'il faut y renoncer.
En résumé, l'acide chromique est un caustique puissant, efficace, qui, manié avec prudence, est appelé à rendre dans la thérapeutique chirurgicale des services importants. 11 est à désirer que les chirurgiens et les médecins qui l'emploient avec une certaine suite et contre diverses affections, fassent connaître leurs appréciations à son égard. Des observations nombreuses et variées nous permettront ainsi de faire la part des avantages et des inconvénients de ce nouvel agent qui, peut-être un peu trop redouté par les uns, peut-être aussi manié trop hardiment par d'autres, a besoin d'être encore mieux connu sous le rapport de ses modes d'emploi et des indications particulières qu'il est susceptible de remplir.
Hannover a employé le premier, en 1840, l'acide chromique dans ses études d'histologie, pour durcir les tissus sans les déformer ni les réduire sensiblement de volume ; ce moyen, qui facilite les préparations par coupes minces pour l'examen microscopique, est généralement adopté aujourd'hui par les micrographes.
Toxicologie. Nous ne connaissons pas d'exemple d'empoisonnemeut aigu par l'acide chromique ; on ne peut donc indiquer que théoriquement la conduite à suivre s'il s'en produisait un cas.
Les substances organiques hydrocarbonées qui, brûlées par l'acide chromique, le réduisent en sesquioxyde de chrome insoluble, s'offrent au premier abord comme contre-poisons. Toutefois dans la réaction il pourrait se développer un excès de calorique qui deviendrait une nouvelle cause d'inflammation ; d'un autre côté, le sesquioxyde de chrome devant être attaqué et dissous par les acides de l'estomac, il faudrait s'empresser de le faire rejeter par le vomissement, déjà favorisé d'ailleurs par l'action émétique du chrome. Il serait plus simple et plus rationnel de recourir à l'eau de chaux, au lait.
172 CIIROMOSPORES.
au blanc d'œuf; ces substances, seules ou mélangées, convenant d'ailleurs à tous les empoisonnemente par les acides.
Gubler pense que l'eau fortement sucrée et cbargée d'amidon aurait une efficacité suffisante et pourrait être employée en cas d'urgence.
La craie, la magnésie surtout, contre-poisons des acides et par conséquent susceptibles de neutraliser l'acide chromique, seraient ici les agents les mieux indiqués; on pourrait aussi essayer, particulièz'ement contre les chromâtes alcalins, le proto-sulfure de fer hydraté.
Après les premières tentatives de neutralisation, il y aurait à instituer le traitement des poisons corrosifs et hyposthénisants.
Dans sa symplomatologie, cet empoisonnement doit avoir une grande ressemblance avec celui par le bichromate de potasse, auquel convient du reste le même genre de traitement.
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CIIROMICYAIVOGÈXE. Radical de l'acide chromicyanhydrique. SCyCr, 5CyH. Si par la pensée on supprime l'hydrogène dans cette formule, il restera celle du radical chromicyanogène, et si l'on remplace l'hydrogène par une quantité équivalente d'un métal, on aura le chromicyanure de ce métal.
Pour obtenir le chromicyanogène, on décompose par l'hydrogène sulfuré le chromicyanure d'argent délayé dans l'eau : l'acide que l'on cherche se trouvera en dissolution dans l'eau d'où on le tirera sous la forme cristalline par l'évaporation dans le vide.
Pour préparer le chromicyanure d'argent, on commence par abandonner à l'air un mélange de potasse et d'oxyde de chrome hydraté, auquel on a ajouté de l'acide cyanhydrique : le mélange se colore en un brun rouge et produit des cristaux de chromicyanure de potassium. Une dissolution de ces cristaux, traitée par du nitrate d'argent donne lieu par double décomposition au chromicyanure d'argent, composé blanc, insoluble dans l'eau et amorphe.
On voit donc que la source première de l'acide chromicyanique où se trouve le radical chromicyanogène, est le chromicyanure de potassium (Bœckraann. Traité de chimie organique de Liebig, édit. française, t. I, p. 174). M.
CHROMOSPORÉ»» (Agarics). A l'article Agaric, nous n'avons traité que des Agarics leucospores, renvoyant la suite à A. Chromospores parce que nous nous étions flattés alors de pouvoir donner pour les agarics à spores colorées une spécification plus exacte de leur nuance que celle adoptée par Pries. Nous comptions pour cela sur la méthode de détermination des couleurs si précises, due à M. Chevreul (Voy. Couleurs). Nous devons avouer aujourd'hui que nous avons fait trop bon marché des difficultés d'exécution. On ne trouve pas dans le commerce les échantillons servant d'étalon à cette nomenclature. Ils sont strictement conservés aux Gobelins, et nous n'avons pu, quelques instances que
CHRONIQUES (maladies) 173
nous ayons faites, obtenir la faveur qu'on nous confiât des spécimens qu'on eût pu, il nous semble, en détacher sans dommage. Cependant si l'on n'a pas ces échantillons toujours à la main, le travail de classiiicalion des nuances n'est pas possible. Nous n'avons pu surmonter cette difficulté matérielle à l'étude projetée ; nous devons donc nous en tenir à la classification de Fries ; et, puisque nous avons traité à part les Agarics leucospores, il y a lieu d'étudier de même les quatre autres divisions déterminées par les quatre groupes de nuances que l'illustre maître suédois y reconnaît.
La seconde division (les leiicospores étant la première) comprend les agarics dont les spores mûres sont ou roses plus ou moins clairs ou légèrement ternes, ou rougeàtres, couleur de rouille claire (non rabattue ou assombrie), rubiginosus dit Fries; ce groupe sera décrit à l'article HypoRtioDES {poSov, rose).
La troisième division comprend les Agarics dont les spores mûres revêtent des teintes ferrugineuses sales, sub-ferrugineuses ocracées, ou fauves plus ou moins assombries, nuances de tan, de tabac, etc.; ou encore de teinte argileuse. Toutes ces nuances fort variables, mais toutes plus ou moins de teinte du cuir (ôspfxa) caractérisent le groupe des Derminés {Voy. ce mot).
La quatrième division comprend ceux dont les spores fort assombries mais non encore complètement noires, sont brunes et, en outre, offrant chez presque tous un reflet pourpre sombre, violacé foncé et rabattu ; elle constitue le groupe des Pratellés (Voy. ce mot).
Enfin la cinquième division comprend les Agarics à spores mûres tout à fait noires, sans reflet pourpre. Ce sont les Coprinariés {Voy. ce mot) que l'on distinguera du genre Coprin par des lames toujours séparées et non déliquescentes.
A chacun de ces articles, nous dirons les sous-divisions et nous décrirons les principales espèces notables, soit parce qu'elles se rencontrent communément en notre pays et que, charnues, elles peuvent toujours être présumées comestibles, soit parce qu'elles sont reconnues effectivement alimentaires ou toxiques.
Bertillon.
CllRO^S'lQUES (Maladies). Ce sujet a été traité au mot Maladie. Il ne s'agit ici que de définir la notion et de donner, pour ainsi dire, la signalétique sommaire de la maladie réellement chronique.
Une maladie qui a ce caractère peut être limitée à un point de l'organisme ou occuper l'organisme entier.
Dans le premier cas, étant bien compris que la localisation est absolue et n'est plus l'effet circonscrit d'une disposition générale encore présente, la maladie proprement dite a disparu pour faire place à la lésion. La maladie peut disparaître si bien qu'à l'indication thérapeutique qu'elle avait tout d'abord posée s'en est substituée une autre entièrement contraire. Contre l'ophthalmie ou l'adénite aiguës qui avaient nécessité l'emploi des antiphlogistiques locaux et généraux, il faut maintenant s'armer de toniques, d'altérants, de stimulants. Distinguer dans une lésion chronique la part possible de la cause morbigène primitive et celle de la cause locale actuelle, de la cause d'entretien, c'est-à-dire tautôt d'une insuffisance d'énergie vitale, tantôt d'une oblitération veineuse, ou d'une position déclive de la partie, etc.; faire, dis-je, cette distinction est la tâche fréquente et difficile du praticien.
La maladie chronique, avec ou sans lésions déterminées, est-elle foncièrement une maladie générale, le problème s'agrandit en même temps qu'il devient plus
complexe. Toute maladie de durée longue et indéterminée, n'appartenant pas à l'ordre de celles qui ne perdent pas en se prolongeant leur caractère d'acuité, et sur lesquelles il a été fait une réserve à l'article rappelé tout à l'heure, est diathésique ou dyscrasique. Si elle est douée de spécificité, comme la syphilis constitutionnelle, elle pourra avoir des indications précises et trouver son remède. Encore sait-on bien que, soit pour celle-ci soit pour d'autres, le même remède ne convient ni à toutes les périodes du mal, ni au même degré à tous Jes malades. Si la diathèse n'est pas spécifique, si elle n'est, du moins dans l'état I présent de la science, que spéciale, comme la cancéreuse ou la tuberculeuse, les indications thérapeutiques se multiplient d'autant plus que, la matière médicale manquant ici d'agents antagonistes et quasi-antidotiques, et étant obligée de s'adresser à ce qu'on nomme assez vaguement des altérants, force est bien souvent d'aller d'indication en indication et de remède en remède. J'ajoute que le problème s'est compliqué, parce qu'une maladie chronique générale, en parcourant ses phases diverses, en se transmettant par génération, subit d'ordinaire des transformations profondes qui la changent dans ses symptômes comme dans ses lésions, au point d'obliger la nomenclature à la débaptiser. La syphilis devient scrofule ; la phthisie devient asthme ou catarrhe ; l'herpétisme, suivant quelques-uns, cancer. C'est dans les antécédents du sujet, dans l'évolution de la maladie, dans les manifestations secondaires, qu'il faut chercher des lumières pour une bonne direction thérapeutique. Là est surtout le triomphe de l'hygiène et plus particulièrement de l'influence des climats.
On vient de parler de maladies spécifiques et de maladies spéciales. En cela on a pris la science telle qu'elle est. La spécificité des maladies, si elle était plus commune, aurait cela de bon qu'elle pourrait faire espérer à la thérapeutique quelque chose de la simplicité de la chimie. On aurait des remèdes qui neutraliseraient des maladies. Mais notre conviction est, au contraire, qu'il appartient à la science de ramener toutes les maladies spécifiques, spéciales et communes, sous les mêmes lois physiologiques et pathologiques,
A. Dechambre.
cnRUPSiE. Voy. Chromatopseudopsie.
CHRYPHIOSPERMUM. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Composées, et à la division des Radiées. Une seule espèce a quelque intérêt, c'est le Chrijphiospermum re/je/is, Paliss. Beauv. {Cœsulia radicansVf .), qui est spontané dans le royaume d'Oware, sur les bords du fleuve Formose, où il est employé comme vulnéraire. Pl.
cnRTSALiDE. {xpMToùliç, depf^uffô;, or). Nom sous lequel sont désignées spécialement les nymphes des insectes lépidoptères {Voy. Chenille, Larve et Nïmphe). Les anciens auteurs avaient parfaitement vu la chenille, née de l'œuf d'un papillon, produire la chrysalide; ainsi Pline, dans ses compilations d'histoire naturelle, dit expressément : Eruca quœ, adjectis diebus accrescit immohilis duro cortice, ad tactum tantum movetur, araneo accreta, quam chrysalidem appellant (Pline, lib. XI, cap. 57, 1). Bien avant, un observateur exact au point d'étonner souvent les modernes, Aristote, s'exprimait ainsi : « Les papillons proviennent de chenilles. C'est d'abord moins qu'un grain de millet; ensuite un petit ver qui grossit et qui, au bout de trois jours, est une petite chenille. Quand
ces chenilles ont acquis leur croissance, elles perdent le mouvement et changent de forme. On les appelle alors chrysalides ; elles sont enveloppées d'un étui terme; cependant lorsqu'on les touche, elles remuent, Les chrysalides sont •enfermées dans des cavités faites d'une matière qui ressemble aux fils d'araignées ; elles n'ont pas de houche, ni d'autres parties distinctes. Peu de temps api'ès, l'étui se rompt et il en sort un animal volant que nous nommons un papillon. Dans son premier état, celui de chenille, il mangeait et rendait des excréments; devenu chrysalide il ne prend et ne rend rien {Histoire des animaux, liv. Y, chap. 18).
Dans l'état de chrysalide intermédiaire entre la chenille et le lépidoptère à l'état parfait, la forme de l'insecte est changée et ne ressemble plus à ce qu'elle ■était auparavant. Cependant en l'examinant avec attention, à une époque convenable, on retrouve, à travers l'enveloppe dinxie et immobile, une partie des contours du papillon qu'elle renferme et qui paraît emmaillolté. C'est jiour cette raison qu'on a voulu donner parfois le nom depwpe, ou pupa, aux nymphes des lépidoptères, mais ce terme doit être réservé aux diptères {voy. Pope) et le nom de chrysalide est le seul qui doit prévaloir.
Beaucoup de chrysalides sont comme un second œuf dont l'extérieur, d'abord mou et pulpeux, laisse peu à peu les organes internes se développer. Ordinairement brunes ou foncées, elles offrent parfois des teintes brillantes et métalliques, des taches dorées ou argentées, ducs à de l'air intercalé sous un tégument translucide. Ces taches dorées, qui ont valu le nom de chrysalide ou aurélie, disparaissent dans le vide.
Le mode particulier de conformation des chrysalides avait reçu de Constant Duméril le nom de promorphose.
Une grande partie des chrysalides présente une forme cylindro-conique, et, en général, plus uniforme que celle des nymphes des autres ordres d'insectes. Leur tète on extrémité antérieure est oi-dinairement obtuse, et l'abdomen se termine en pointe.
Les contours lisses, sans protubérance, sont propres aux lépidoptères nocturnes et crépusculaires, tandis que les chrysalides des papillons rhopalocères sont ordinairement anguleuses et parfois très-bizarres.
Dans toutes les chrysalides, on distingue les parties suivantes : l'étui de la tête, l'étui du tronc, et celui de l'abdomen; quelques développements sont ici nécessaires.
L'étui de la tête {cephalo-theca Kirby) l'ecouvre la tète de l'insecte parfait, ayant de chaque côté l'étui des antennes (cera-theca) et au dessous celui de la trompe [glosso-theca) ; à la base de l'étui des antennes est V ophthalmo-llieca, protégeant les organes de la vision.
L'étui du tronc {cytho-theca Kirby) s'étend en dessus, sur la face dorsale des trois segments thoraciques; très-petit au prothorax, très-grand, au contraire, au mésothorax, de grandeur variable au métathorax qui se distingue aisément de l'abdomen par l'absence ordinaire de stigmates. La partie pectorale recouvre les ailes (piero-theca) et les pattes {podo-tkecaj .
L'étui de l'abdomen {gastro-theca Kirby) paraît en dessus composé de neuf segments et seulement de six en dessous. Dans les chrysalides des lépidoptères diurnes on distingue avec facilité dix segments dorsaux ; quelques Sphyngides n'en ont que sept ou huit visibles, mais en fendant la chrysalide et regardant la face inlerne, on voit les sutures qui ne sont pas appréciables à l'extérieur.
On peut ranger les chrysalides en deux divisions principales: {"les anguleuses, et 2" les coniques. Les premières n'ont été observées que chez les diurnes. La tête s'avance en pointe chez les Pie)^is, Colins, Nymphnlis ; elle offre deux pointes séparées dans les Vanessn. L'abdomen est pourvu chez un grand nombre d'espèces d'une double rangée de protubérances. Les secondes, ou chrysalides coniques, appartiennent aux hétérocères, et aux diurnes dont les chenilles ont la forme de cloportes. Toutefois la chrysalide du Bombyx pytiocampa à la tête aiguë, celle du Cossus liçjniperda porte deux protubérances sur la tète, qui lui servent à se frayer un passage hoi^s de sa coque. Dans plusieurs chrysalides de Sphynx {convolvuli et ligustri), l'étui cylindrique de la trompe se recourbe sous la poitrine.
Les chrysalides ont souvent, comme les nymphes, de petites épines placées au bord des segments et dirigées en arrière ; la queue est dans beaucoup de cas armée d'une pointe à la partie supérieure; cetle pointe est aiguë, bifide, ou garnie de crochets.
.l'ai dit que la couleur des chrysalides des hétérocères est noire, brune ou rougeâtre; cependant celle du Liparis V nigrum est verte à plastron noir, celle du B. monacha d'un bronzé cuivreux, celle de la Zerena grossitlariala annelée de jaune et de brun. Chez plusieurs bonibycides (B. dispar) elles ont des poils jaunâtres, et d'autres (L. neustna), ainsi que diverses Catocala, sont recouvertes d'une cfnorescence jaunâtre, ou d'un bleu glauque, qui rappelle l'enduit des raisins noirs. Les chrysalides des rhopalocères sont pourvues de couleurs variées et souvent brillantes. Les Piérides ont des chrysalides vertes ou jaunâtres, les Apatura d'un beau vert, les Vanessa offrent des taches d'or bruni, ou des bandes dorées (Z)«nflîs), quelques autres sont entièrement recouvertes de cette teinte d'un éclat splendide et ressemblent à une bulle d'or (quelques Euplœa) .
La plupart des chrysalides agitent l'abdomen quand on les inquiète, plusieurs ont une certaine locomotion, et parfois à l'époque de la métamorphose dernicve progressent au loin (Cossus, Zeuzera, Sesia).
Les chrysalides restent tantôt nues , tantôt suspendues de diverses manières par l'extrémité de l'abdomen, par la ceinture, ou bien elles sont entourées, grâce à un travail préliminaire de la chenille, d'un cocon plus ou moins bien lissé avec de la soie, mélangée de bois, de terre, etc. D'autres séjournent dans le fourneau construit par la chenille (Psyché, Tinea), quelques chrysalides éclosenl au bout d'une quinzaine de jours, d'autres restent huit ou neuf mois et même plusieurs années dans une sorte de repos lélhai'gique. Les enveloppes spéciales des chrysalides et la durée de la nymphose sont étudiées à l'article
LÉPIDOPTÈnES.
Les chrysalides du ver à soie (Sericaria mori Linn.), quand elles sont restées à nu après le dévidage du cocon , servent d'aliment aux Chinois ; ils les enrobent en quelque sorte dans un enduit sucré et ils les servent sur leur table comme des dragées ou des pralines. Dans la Nouvelle-Grenade, on vend sur les marchés de Bogota, à certaines époques de l'année et par petites mesures, comme des noisettes ou autres fruits, les chrysalides d'une grande Hespérie dont la chenille est extrêmement commune sur plusieurs espèces d'acacia, ou mimosa. On les fait cuire à l'eau avec du sel et un peu de piment. Enfin le docteur A'inson, assistant au couronnement de Rhadama, avec l'ambassade française rendue à Madagascar, remarquait avec curiosité le fils du roi, enfant de dix à douze ans,, croquant des chrysalides d'une espèce de Bombyx du pays ; il les mangeait