D. DE S
CILANO (George-Christ.). Naquit à Presboiirg, le 18 décembre 1696. Ses études médicales terminées, il se fixa en Danemark, à Alloua. Son mérite ayant bientôt attiré les regards de l'autorité, il fut nommé aux chaires de médecine et de physique, et ses savantes études sur les mœurs et les coutumes des anciens lui valurent en même temps celle d'antiquités grecques et romaines au gymnase d'Altona. Ce savant distingué mourut le 17 juillet 1773. Il était conseiller royal de justice de Danemark. Nous ne citerons de lui que les ouvrages relatifs à la médecine.
I. De corruptelia arlem medicam hodie depravantibus. Altona, 1739, in-4«. — II. De
incremenlis analomiœ. Ibid, i740, in-4°. — III. De g'ujantibus nova desquisitio hhtorica et crilica. Ibid., 1756, in-4°. — IV. D'e motti humoruni progicssivo, veleribus non igiwto. Ibid., ne-i, in-4°. E. Bgd.
CILIAIRE (Muscle). Quand on considère, de face, un œil humain, on y distingue tout d'abord, et au centre de la région sphéroïdale qui s'offre au regard, la pupille, noire, ronde, variable dans ses dimensions, suivant le degré de l'éclairage auquel elle est soumise, entourée elle-même d'une zone circulaire, différemment colorée suivant les individus, et qui est l'iris, lequel est recouvert de la cornée transparente, dont l'humeur aqueuse le sépare.
Si, en dehors de cette zone circulaire, et à une distance de 5 à 6 millimètres d'elle environ, on trace, par la pensée, un cercle concentrique à la grande circonférence de l'iris, on délimite, par ce moyen, une région fictive qui s'appelle la réf/ion ciUaire.
A l'état normal, cette région ne se distingue du reste du globe de l'œil, dans sa partie scléroticale, par aucun signe extérieur. A l'état pathologique, dans les cas d'ophthalmie dite rhumatismale ou d'iritis, et dans ceux de glaucome, par exemple, elle devient le siège d'une vascularisation spéciale, radiée dans les premières (injection rhumatismale des anciens), en arcades dans la seconde (injection dite abdominale).
Les parties dont se compose la région ciliaire sont, d'avant en arrière {voy.
Fig. 1.
a, Conjonctive. — b, Cornée. — c, Canal de ScWenim. — d, Mmclc ciliaire {d', ses fibres cireulaiies, d", ses fibres radiées). — e, Sclérotique. — f, Cristallin. — g, Zonule de Zinn. —h. Iris. -t, Procès ciliaires. — ;, llyalnïde. — k. Corps vitré. — l, Membrane de Desccmel (l', ses fibres cnvové*s au muscle ciliaire, l'\ ses fibres envoyées à l'iris). — m. Chambre antérieure. — n, Chambre postérieure.
fig. 1) : la conjonclive (a), la sclérotique (e), le muscle ciliaire {cl), les procès ciliaires (i), l'hyaloide (;') et le corps vitré (k).
Les procès ciliaires et le muscle ciliaire réunis forment ce qu'on nomme 1& corps ciliaire. On sait qu'arrivée au niveau de Vora serrala (limite antéiieure delà rétine), la choroïde, devenue brusquement plus épaisse, s'y continue en deux feuillets : l'un, le plus postérieur ou le plus profond, se compose des procès ciliaires, dont la constitution anatomique intime diffère peu de celle de la choroïde; l'autre, plus antérieure ou plus extei^ne, d'une structure essentiellement différente de celle de la membrane vasculaire, dont elle est néanmoins une émanation, située entre les procès ciliaires et la sclérotique ; c'est le muscle ciliaire, désigné, jusque dans ces derniers temps et avant qu'on en connût exactement la structui-e et les attributions, sous les noms de cercle ciliaire, ligament ciliaire, ganglion ciliaire, etc.
1. Anatomie du muscle ciliaire. Le muscle ciliaire se présente sous l'aspect d'une bandelette, large de 6 millimètres au côté nasal, de 7 millimètres au côté temporal, épaisse de 2 dixièmes de millimètre environ en arrière, de 5 à 6 dixièmes de millimètre en avant, d'un blanc grisâtre, et doublant la sclérotique dans sa partie antérieure, où il encadre la cornée, ou plutôt l'iris, qui paraît n'être qu'une continuation du corps ciliaire.
Si, saisissant le globe par la sclérotique, au moyen d'une pince, et le tenant ainsi suspendu, on fuit à cette membrane une boutonnière, et qu'on y introduise, entre la sclérotique et la choroïde, une branche de ciseaux mousses, puis qu'on coupe circulairement la première, dans le sens vertical ou horizontal, en ayant
Fitr. -2.
a, Iris. — b, Muscle ciliaire. — b'b"b' , Nerfs ciliaires courts, venant du ganglion ophllialmique ou ciliaire et de la branche naso-ciliaire e. — c, Pupille. — d. Nerf optique. — e, iVerf ciliaire du nerf nasal, nerf ciliaire long ou direct. — f, Ganglion opljthalmique. — g, Sa racine longue et grêle émanée de g' nerf nasal. — h, Sa racine grosse et courte, venant de h' nerf du muscle petit oblique {3° paire). — i, Sa racine végétative, fournie par le plexus caverneux, émanation du ganglion cervical supérieur.
soin de ne pas perforer la choroïde, et d'éviter ainsi l'écoulement des humeurs, la surface externe de cette dernière membrane peut être mise à nu par une dissection des plus faciles. On voit alors le muscle ciliaire, formant à l'iris un cadre blanchâtre {voy. fig. 2, b) dont les prolongements figurés en b'b"b', sont formés par les nerfs ciliaires qui, partis du ganglion ophthalmique (/"), ont traversé la sclérotique en arrière, puis, rampant entre elle et la choi'oïde, se sont rendus, en se divisant, vers le muscle ciliaire, où ils vont constituer un important plexus.
Rapports. On distingue au muscle ciliaire : une face ante'ro-externe, une face postéro-inlerne, un boi'd antérieur, petit cercle ou tendon du muscle ciliaire, et un bord postérieur, ou grand cercle. La face antéro-externe, lisse, grisâtre, d'aspect mou et gélatineux, est exactement accolée à la face postérieure de la sclérotique, à laquelle elle est reliée par un tissu cellulaire très-lâche ; la face postéro-interne est contiguë aux procès ciliaires, qui reçoivent d'elle des fibres celluleuses et musculaires; le bord antérieur, ou petit cercle, se termine tout au pourtour du canal de Schlemm, dont il forme la paroi interne, tandis que la sclérotique et les racines de l'iris en constituent les autres parois. Ce. bord, qui peut être considéré comme le tendon du muscle ciliaire, ne se termine pas nettement et à pic au niveau de la sclérotique et de l'iris; il y reçoit des fibres qui lui sont envoyées de la sclérotique et de la lame élastique postérieure de la cornée, et qui ajoutent encore à sa solidité, déjà renforcée par une couche de tissu cellulaire élastique, réunissant les divers éléments. Le bord postérieur est situé au niveau de l'ora serrata et de la paroi des procès ciliaires, et y est, dans tout son pourtour, adhérent à la choroïde, dont, malgré la différence de contexture, elleparaît n'être que la continuation.
Le muscle ciliaire n'est, nulle part, en rapport direct, ni avec le cristallin, ni avec la zonule de Zinn {ligament suspenseur du cristallin), que fpielques anatomistes considèrent comme étant un feuillet antérieur de la membrane hyaloïde, destiné à assurer la position de la lentille en l'attachant au corps ciliaire. Mais il peut avoir une action sur le cristallin, par l'intermédiaire des procès ciliaires, auxquels il est accolé, et qui sont unis eux-mêmes à la zonule de Zinn, laquelle, de son côté, est directement attachée aux deux feuillets de la capsule cristallinienne.
Structure. Le muscle ciliaire est composé de fibres-cellules lisses, de nerfs, de vaisseaux et de tissu cellulaire. Les fibres-cellules sont analogues à celles de la vie organique, très-difficiles à isoler, et montrant, comme elles, des noyaux ovalaires plutôt qu'arrondis. Elles résistent peu à l'action des réactifs, et se réunissent en petits faisceaux entre lesquels sont interposés du tissu cellulaire, des vaisseaux, des nerfs, et même, pour beaucoup d'auteurs, des ganglions. Les fibres pi'oviennent, pour la plupart, des couches les plus externes des fibres vitrées dans lesquelles la membrane de Descemet (lame élastique postérieure, de Bowraan) se subdivise (fig. 1,1'), tandis que les couches les plus internes de ces fibres (/") vont s'étendre sur l'iris et y former le ligament pectine. Les fibres musculaires forment des fascicules minces, dont les plus externes, réunis en longues mailles {d"), courent en arrière, parallèlement à la face concave de la sclérotique, et se perdent dans les différentes lames de la cboroïde. A mesure qu'elles deviennent plus internes, les mailles se raccourcissent graduellement et finissent par s'étendre, pour la plupart, dans une direction circulaire, de telle sorte que les fascicules affectent plutôt, dans cette région, une direction circulaire qu'une marche antéro-postérieure [d').
La portion la plus interne du muscle ciliaire, ou, si on le préfère, sa face profonde ou postérieure, est en rapport avec les procès ciliaires. Si l'on découpe un morceau des membranes réunies, qu'on saisisse avec des pinces, sur toute sa largeur et près de son insertion, le lambeau de l'iris, et qu'on cherche à l arracher, l'on voit la partie la plus interne {d') du muscle ciliaire rester adhérente à la surface externe des procès ciliaires, tandis que la partie la plus externe [d ) reste étendue sur la sclérotique. On peut ainsi partager, par la pensée, le muscle
en deux parties, dont la plus interne se composera surtout de faisceaux minces ayant une direction circulaire,* la plus externe de faisceaux radiés ou longitudinaux. Mais ce n'est pas à dire, pour cela, qu'il faille admettre l'existence de deux masses séparées : les deux sortes de fibres, en effet, quoique groupées inégalement, ne laissent pas de s'enchevêtrer intimement et de former, au demeurant, une sorte de feutrage, surtout au centre, là où les deux sortes de fibres se rencontrent et se confondent; parfois même, les faisceaux circulaires les plus éloignés de la cornée s'infléchissent en arcades et prennent une direction antéropostérieure. Beaucoup de faisceaux musculaires profonds (circulaires) ne s'insèrent pas aux prolongements élastiques de la membrane de Descemet, comme on l'observe pour les autres, et notamment pour les faisceaux superficiels à direction antéro-postérieure.
La proportion des fibres radiées et des fibres circulaires varie, chez les différents individus, et de ces différences, qui sont en rapport constant avec le degré de réfraction statique, résultent des variations dans la forme du muscle ciliaire.
Dans les yeux emmétropes, le muscle ciliaire (fig. 5), sur des sections méridiennes, forme un triangle rectangle, dont l'angle droit est formé des parois antérieure [b) et externe (a). Chez les myopes (fig. 4), la paroi antérieure [b) fait
Fis. 5.
un angle aigu avec l'externe {a), et cet angle se dirige en arrière. Comp.ué avec l'emmétrope figuré par la ligne pointillée (fig. A), il y a tout un triangle antérieur (c) qui manque; la partie postérieure est plus épaisse que chez l'emmétrope et le muscle est plus long; en revanche, les fibres circulaires font presque entièrement défaut. Chez les hypermétropes (fig. 5), au contraire, la paroi antérieure {b) forme, avec l'externe (a), un angle obtus, et cet angle se dirige en avant. Comparé avec l'emmétrope, il y a un triangle antérieur (c) ajouté; le muscle est plus court ; les fibres musculaires circulaires sont plus nombreuses et occupent la plus grande partie de ce triangle supplémentaire. Elles se groupent en faisceaux isolés et serrés, et les postérieures seules sont anastomosées avec
les ^fibres radiées ou longitudinales. Toute la paroi interne {i) est également occupée par des fibres radiées (Iwanow).
Fii? 4.
Vaisseaux. Les artères proviennent, les unes des artères dites ciliaires partant des muscles de l'œil ; les autres, et les plus nombreuses, des artères ciliaires
Fig. 5.
longues postérieures, lesquelles, après avoir traversé la sclérotique très-obliquement près du nerf optique, vont directement dans la lamina fusca, vers le
muscle ciliaire, et fournissent là deux branches, l'une ascendante, l'autre descendante. Elles-mêmes sont situées latéralement et dans un plan horizontal ; elles ■communiquent avec les artères ciliaires provenant des muscles de l'œil, et, aptes s'être bifurquées et anastomosées, forment le grand cercle artériel de l'iris.
Nerfs. Les nerfs qui se distribuent au muscle ciliaire y constituent un important réseau : leur nombre, et cette circonstance que beaucoup de leurs branches sont entourées de cellules ganglionnaires ou de petites agglomérations -de ces cellules, expliquent comment cet organe a été pris, pendant si longtemps, pour un ganglion nerveux.
Le plexus ciliaire est constitué par les rameaux nerveux (fig, 5, b', h", h') provenant, les uns de la branche naso-ciliaire (e) (rameau nasal du nerf ophthalmique de Willis, branche du trijumeau), ce sont les « nerfs ciliaires longs)) appelés aussi « nerfs ciliaires directs, « parce qu'ils arrivent au muscle ciliaire sans avoir eu à traverser, comme les courts, le ganglion ophthalmique; les autres, de ce ganglion ophthalmique ou ciliaire (/"), ce sont les « nerfs ciliaires courts. )) Les premiers traversent la sclérotique, comme les autres, et vont se terminer, après avoir cheminé à travers le muscle ciliaire, dans la conjonctive et dans l'iris, mais non dans la cornée. Leur origine indique qu'ils sont principalement des agents de la sensibilité. Les seconds ou nerfs ciliaires courts participent de l'innervation du ganglion ciliaire, alimenté, on le sait, par trois racines : la racine longue ou racine sensitive [g] fournie par le nerf nasal (branche du trijumeau); la racine courte ou racine motrice {h), venant de la branche inférieure de l'oculo-moteur commun (nerf de la 3^ paire), et la racine ganglionnaire ou molle (i) issue du plexus caverneux du grand sympathique. Ils émergent de 1.1 partie antérieure du ganglion ophthalmique, au nombre de dix à seize rameaux, tantôt isolés, tantôt groupés en deux faisceaux, dont le plexus externe renferme plus particulièrement les rameaux ciliaires du nerf nasal, se dirigent en avant, à côté du nerf optique, en décrivant un grand nombre de flexuosités, traversent la sclérotique près de l'entrée du nerf optique, puis se portent en avant,, entre cette membrane et la choroïde, pour se rendre, delà, vers le muscle ciliaire. Arrivés près de la face externe de ce dernier, ils s'y divisent d'abord en deux, et plus loin en un grand nombre de l'amifications, qui forment un riche plexus [orbiculus ciliaris de W. Krause), d'où partent d'innombi'ables petits rameaux qui pénètrent dans le muscle ciliaire. En 1855, M. Donders, avec l'aide du docteur do Rûyter, a suivi, sur des lapins blancs, le trajet de ces nerfs, et a indiqué en ces termes le résultat de leurs recherches {Nederlandsch Lancet, t; m, p. 4o6) : « Un grand nombre de troncs nerveux, après avoir concouru à former un plexus dans le muscle ciliaire, se rendent dans la grande circonférence de l'iris et y donnent naissance, près du bord, à un nouveau plexus composé de branches encore assez fortes. De ce deuxième plexus partent des branches plus petites, qui vont en constituer un troisième, dans cette partie de l'iris où les libres musculaires affectent déjà une disposition circulaire. » Des cellules ganglionnaires se remarquent nettement dans Y orbiculus ciliaris. Miiller y a vu, au milieu de ramifications du premier et du deuxième ordre des nerfs ciliaires, de belles cellules isolées, à contour bien délimité, et munies parfois de deux ou trois prolongements, dont le passage dans les fibres nerveuses à gaîne médullaire n'a pu, à la vérité, être reconnu d'une façon certaine, mais sans que cette circonstance ait empêché l'éminent physiologiste de considérer ces organes comme de véritables cellules ganglionnaires. Il a trouvé, en outre, jusque dans les filets
nerveux les plus déliés du muscle ciliaire, là même où les fibres primitives se divisent, de petits renflements de la fibre, au centre desquels se voit un petit corpuscule arrondi, de forme ovale, et ayant l'apparence d'une cellule ganglionnaire bi-polaire. Nul doute que ce ne soient deux cellules ganglionnaires, bien qu'elles ne soient point en connexion avec l'axe des fibres nerveuses.
II. Anatomie comparée du muscle ciliaire. La nature musculaire de l'organe désigné pendant si longtemps sous la dénomination de « ligament biliaire » n'est reconnue, sans conteste, que depuis peu d'années. Ainsi, nous trouvons encore, à ce sujet, dans l'ouvrage de M. Hirschfeld, publié en 1855 {Névrologie ou description et iconographie du système nerveux et des organes des sens de l'homme), \e passage que voici : « Sans entrer dans les détails, nous ■dirons qu'on a fait tour à tour, du cercle ciliaire, un plexus nerveux, un renilement tendineux et glanduleux, un moyen d'union et d'appui pour les parties mobiles de l'intérieur de l'œil, etc. Les globules ganglionnaires qu'on y a remarqués, la grande quantité de nerfs qui le traversent et la manière dont ils se comportent, l'ont fait ranger, par Sœmmerring et d'autres anatomistes, au nombre des ganglions nerveux ; mais les vaisseaux sanguins et le tissu cellulaire qu'il renferme, et surtout l'absence complète de globules ganglionnaires, que j'ai constatée au microscope, de concert avec M. Charles Robin, m'interdisent de l'envisager comme un ganglion. Ses attributions, comme sa structure, me paraissent complexes. »
Ce n'est pfis à dire, pour cela, que la nature réelle du cercle ciliaire n'eût été pressentie avant cette époque. Ainsi, dit M. Bovvmann {Leçons sur les parties intéressées dans les opérations quon pratique sur l'œil, 1847, publiées dans les Annales d'oculistique, 1854, t. XXXI, p. 27), « quelques anatomistes, et particulièrement l'intelligent et ingénieux Porterfield la croyaient musculaire, bien que, de longtemps, la fine anatomie ne fut pas encore assez avancée pour en fournir la preuve, ni pour permettre de démontrer aucune autre opinion sur ce point. »
On sait, d'autre part, qu'en 1844, le docteur Clay Wallace, de New-York, avait signalé l'existence des « muscles ciliaires y dans l'œil humain (Boston, Med.and Surg. journal). « En fendant le corps ciliaire, dit-il [Annales d'ocu- Ustique, 1848, t. XIX, p. 230), j'ai mis à découvert les muscles ciliaires, dont l'existence n'était pas encore bien démontrée, quoique la présence de fibres musculaires dans le ligament ciliaire eut été annoncée par Kepler, Porterfield, Crampton, Bauer et Knox. Il existe deux muscles ciliaires : en disséquant le ligament ciliaire et la choroïde, on trouve le muscle ciliaire externe adhérent à cette dernière ; l'interne seul demeure accolé à la portion du corps ciliaire dépourvue de fibres. Le muscle ciliaire externe est en rapport avec la sclérotique et le ligament ciliaire ; l'interne avec la membrane celluleuse qui réunit les pro- ■cès ciliaires ; tous deux sont insérés à la choroïde, à la ligne de terminaison de la rétine. »
Quoi qu'il en soit, c'est à l'anatomie comparée que revient l'honneur d'avoir, la première, fourni des données sérieuses relativement à l'existence d'un « muscle )) ciliaire. Ainsi, dès 1815, Philippe Crampton [Annales de Thomson, vol. P') avait découvert, dans l'intérieur de l'œil de l'oiseau, un muscle ciliaireatta- ■cbé, d'une part à la surface interne de l'anneau osseux qui se rencontre dans l'œil ■de ces animaux, de l'autre à la cornée, et lui avait donné le nom de « depressor ■corneœ » parce qu'il lui supposait la propriété d'aplatir, par sa contraction, la
cornée, et de servir, par conséquent, à ajuster les yeux pour la vision d'objets éloignés. De son côté, Bruecke avait, beaucoup plus tard [Mûllers Archiv., 1849, p. 575), étudié et décrit ce muscle chez le grand-duc et le casoar, et exprimé l'avis que l'action en était inverse de celle que Crampton lui avait attribuée, c'està-dire qu'elle devait avoir pour effet de faire bomber la cornée, et ainsi de disposer l'œil pour la vision d'objets rapprochés. Le même anatomiste avait découvert, dans l'œil de ces oiseaux, un autre muscle, naissant aussi circulairement de la surface interne de l'anneau osseux, et s'attachant, en arrière, au bord de la choroïde. « Ce muscle, en se contractant, dit-il, doit tendre la choroïde avec la rétine sur le corps vitré ; c'est pourquoi je lui ai donné le nom de « tenseur de la choroïde. » Il est composé de fibres striées transversalement et semblables à celles du muscle de Crampton et à celles de l'iris. Le muscle tenseur de la choroïde se retrouve chez les reptiles et même chez l'homme et chez les mammifères. Il ne présente pas, il est vrai, de stries transversales dans cette dernière classe de vertébrés, mais l'étude microscopique ne peut laisser aucun doute sur la ressemblance exacte des fibres de cet organe avec celles de l'iris : les unes et les autres offrent les plus grands rapports avec les fibres musculaires de la vie or^^anique. L'analomie comparée porte d'ailleurs à considérer ces parties comme de véritables muscles. Le muscle « tenseur de la choroïde » est facile à trouver, ce n'est pas autre chose que le « ligament ciliaire. »
« L'habile micrographe anglais, M. Bowmann, dit en terminant M. Brûcke, est arrivé tout récemment à des conclusions analogues sur la nature du ligament ciliaire, découverte qui semble appelée à jouer un rôle important dans la question de l'ajustement, en révélant l'existence de fibres musculaires susceptibles de moditîer considérablement, par leurs contractions, le pouvoir réfringent de l'œil. »
Et, en effet, M. Bowmann avait fait, vers l'année 1846, cette importante découverte de la nature musculaire du « cercle ciliaire » et en avait, à ce point de vue, fait l'objet d'une partie de sa Troisième leçon {Lectures on the Part concerned on the Opérations on the Eye, etc. London, 1849) délivrée à Moorfields en 1847.
M. Donders [Onderzoekingen ged. in het phys. lahor. Jaar XI, p. 56) s'est vdtérieuixînent occupé du muscle ciliaire des oiseaux ; la description que nou3 donnerons plus loin, notamment en ce qui concerne la lame sclérolidienne interne, n'est guère que la reproduction de ses recherches. Cependant, un point lui avait échappé : il ignorait l'existence des fibres scléro-choroïdiennes externes, qui ne furent découvertes que par II. Millier (Archiv fur Ophthalmologie, Bl. III, Abtb., 1, 5, 25). Voilà pour les oiseaux.
Les fibres musculaires du .( ligament ciliaire » des mammifères ne furent révélées que beaucoup plus tard. Bowman [loc. cit ) et Bruecke (id.) découvrirent chacun de son côté, les fibres radiaii'es, mais laissèrent à H. Millier [Sitzungsberichte der phys. med. Gesellsch. in Wûrzburg, 1855), le soin de démontrer les fibres contractiles circulaires.
A l'exposé qui précède, il convient d'ajouter quelques données se rattachant au muscle ciliaire de la classe des mammifères. Nous les devons à M. Nuel. Elles sont entièrement inédites.
[Au point de vue qui nous occupe, les mammifères constituent un type à part, que nous opposerons au type bien distinct des oiseaux et des reptiles. Le muscle ciliaire existe chez tous les mammifères, et, chez tous, est formé de libres contractiles lisses ; mais il présente des différences de deux ordres : le
muscle est tout entier plus ou moins développé, ou bien l'un des deux systèmes de fibres (les radiaires ou les circulaires) peut prédominer sur l'autre.
Pour ce qui est du développement du muscle, l'espèce humaine l'emporte de loin sur les autres mammifères ; à peine quelques singes approchent-ils de l'homme à cet égard ; les lapins, au contraire, n'ont qu'un muscle ciliaire rudimcntaire. Quant au développement l'clatif des deux espèces de fibres dont le muscle ciliaire est composé, on peut dire, en général, que les fibres circulaires ont de la tendance à s'efi'acer au profit des fibres radiaires. Elles manquent même complètement chez le chat et chez le chien.
Nous avons hâte d'en arriver au second type signalé plus haut, au type caractérisé par l'existence, dans le muscle ciliaire, de fibres musculaires striées transversalement. Malgré l'ampleur de la catégorie animale sur laquelle s'étale ce type (il comprend les oiseaux et les reptiles), l'architecture du muscle n'y subit pas les grandes variations que nous venons de signaler chez les mammifères. La disposition des éléments contractiles n'y change guère d'un bout à l'autre.
La figure 6 représente mie coupe méridionale de l'œil du dindon, prise dans la région du corps ciliaire. La cornée (C) s'y prolonge en arrière dans deux lames de tissu fibreux : les liuiies Si:lérotidiennes iiilenie (Li), et externe (Le), scpa-
l\jZt
Fig. 6.
C, Cornéd Iransparcnle. — L, Épilhélium antérieur do la cornée. — D, Membrine de Descemet. — hi. Lame sclé/otidienrie interne. — Le, Lame sclérotidienne externe. — ho. Anneau osseux. — Le, Lame cartilagineu>e. — J, Iris. — Pc, Procès ciliaires. — CA, Choroïde. — n. Nerf ciliaire (qui se rencontre fréquemment au sein du muscle ciliaire).
•1, Faisceaux musculiiires inter-sclérotidiens. — 2, Faisceaux musculaires scléro-choroïdiens internes. — 3, Faisceaux musculaires scléro-clioroïdiens externes. — eF, Canal de Fontana.
vées par une espèce de fente destinée à loger les fibres musculaires striées. La lame sclérotidicnne externe, de beaucoup la plus développée des deux, est remarquable par la section transversale de l'anneau osseux (Lo), et, plus en arrière, par la présence de la lame cartilagineuse (Le). L'anneau osseux n'est pas formé par deux lames osseuses superposées, comme on pourrait être tenté de l'admettre d'après le dessin, mais par un certain nombre de plaques osseuses imbriquées ■dans le sens éqnatorial. De cette manière, la coupe en touche tantôt une seule, tantôt deux, dont l'une peut cire plus développée que l'autre. C'est cette disposition qui existe chez fous les petits oiseaux. Chez les oiseaux rapaces, l'anneau osseux est tout d'une pièce, mais renferme un système très-développé de lacunes médullaires.
La lame sclérotidicnne interne (Li), à son origine continue avec la lame externe,
I»ICT. EKC. XYII. 18
m CILIAIRE
en est séparée plus en arrière par la fente qui loge les fibres musculaires. Assez épaisse en avant, elle diminue d'épaisseur à mesure qu'elle danne naissance aux fibres musculaires, et cesse par une extrémité acuminée, à peu près à la hauteur du milieu de l'anneau osseux. Comme on le voit dans le dessin, elle est la continuation directe de la membrane de Descemet (D) et des lames cornéennes postérieures. Dans sa partie postérieure, acuminée, sa trame est un tissu fibreux à fibres parallèles, rappelant un tendon musculaire. Dans sa partie antérieure, épaissie, la structure est plutôt réticulée. Des fibres élastiques^ éparsesdans toute son épaisseur, se condensent et s'amassent plus particulièrement à sa face interne.
Quant aux fibres musculaires, leur disposition est la suivante : i
D'avant en arrière, elles naissent de la face externe de la lame sclérotidieniie interne (1), et se dirigent en arrière, les plus avancées de dedans en dehors, les suivantes de plus en plus directement en arrière. Celles qui naissent de l'extrémité de la lame sclérotidienne interne, très-allongées, suivent la courbure que forme l'anneau osseux en cet endroit.
Pour ce qui regarde l'insertion postérieure de ces fibres musculaires, les antérieures (le plus grand nombre) vont s'insérer à la face interne de la lame sclérotidienne externe, au niveau de l'anneau osseux. Pour cette insertion, la sclérotique offre même une modification particulière de sa texture, modification consistant en une disposition tout à fait parallèle des fibres constituantes, et rappelant l'extrémité postérieure de la lame sclérotidienne interne. Enfin, les fibres qui naissent de l'extrémité de la lame sclérotidienne interne (2), après avoir suivi la courbure de l'anneau osseux, vont s'insérer dans la choroïde. En ce dernier endroit, la choroïde aussi offre une modification de texture qui rappelle là lame sclérotidienne interne.
Enfin, des fibres d'une troisième espèce (3) naissent de la lame sclérotidienne externe, s'appliquent contre les pi'écédentes, et vont également s'insérer dans la choroïde, en s'étendant jusque sous la lame cartilagineuse de la sclérotique.
Dans ces trois endroits différents, l'insertion a lieu d'après un seul et même mode : vers leur extrémité, les éléments contractiles s'amincissent de plus en plus, et finalement le sarcolemme seul se prolonge en un mince filet, qui va se perdre au sein d'un tissu coiijonctif à fibres parallèles, entremêlé de fibres élastiques ; en un mot, à l'insertion dans la lame sclérotidienne et dans la choroïde, nous retrouvons le tissu que nous avons vu constituer la lame sclérotidienne interne.
Nous avons ainsi appris à connaître trois espèces de fibres musculaires qui, vu leur disposition, pourraient répondre aux désignations suivantes, en procédant d'avant en arrière : fibres inter-sclérotidiennes, fibres scléro-choroidiennes internes et fibres scléro-choroïdiennes externes.
Telle est la disposition du muscle proprement dit. Pour des raisons pliysiologiques, il nous semble indispensable d'ajouter ici quelques mots se rattachant aux fibres musculaires de l'iris et au tissu élastique du canal de Fontana {voy. fig. 7).
Le canal de Fontana (cF) est une lacune en forme de fente, ouverte en avant et rétrécie en arrière, comprise d'une part entre l'iris (I), les procès ciliaires (Pc) et la choroïde (G/«), et d'autre part entre la lame sclérotidienne interne et cette partie des fibres musculaires qui, du sommet de la lame sclérotidienne, s'étendent vers la choroïde. En ce dernier endroit, les fibres musculaires forment la paroi externe du canal de Fontana. En avant, contre la chambre antérieure,
^ le canal est élargi et de forme triangulaire sur une section transversale ; dans sa ili partie postérieure, amincie, il arrive jusqu'à l'endroit où les fibres musculaires Il s'insèrent dans la choroïde. Le canal da Fontana n'est pas cependant une fente ^ lacunaire purement et simplement, il est traversé par un système de fibres élassi| tiques dont la disposition est la suivante :
ni Yers sa périphérie, la membrane de Descemet (D) commence à gagner une diSi structure fibrillaire, et finalement se résout dans un certain nombre de fibres ttis élastiques, dont les unes s'isolent complètement et vont contribuer à former le système réticulaire du canû de F oiitana. D'autre part, dans toute l'étendue delà ijli^ lame sclérotidienne interne, on voit se détacher de cette dernière des fibres ^ élastiques qui se perdent également dans le réseau élastique du canal de Fonlana. \\, Ce réseau est formé en avant de fibres qui, de la membrane de Descemet, vont imlj s'insérer en ligne plus ou moins directe à la périphérie de l'iris, et par des branches particulièrement fortes et nombreuses, à la face extei'ne des procès [jt clliaires. Plus en arrière, il y a formation d'un véritable i-éseau, à mailles plus u serrées, séparant et reliant ensemble la choroïde et la lame sclérotidienne interne, lj„L à la manière d'une lame continue de tissu élastique.
u. Nous en venons au tissu musculaire renfermé dans l'iris. De môme que dans
. le muscle ciliaire proprement dit, nous y trouvons des fibres striées transversa-
ij lemeut. Vu leur direction, l'on en distingue de circulaires et de radiaires. Les
\ fibres circulaires, de beaucoup les plus nombreuses, se localisent dans toute
l'étendue des plans antérieurs de la membrane iridienne, sans que cependant
les plans postérieurs en soient complètement dépourvus. De plus, dans les
plans antérieurs, elles s'amassent en deux ou trois endroits, de manière à former
autant de faisceaux circulaires concentriques. Ces cercles musculaires se marquent
d'ailleurs par autant de bourrelets circulaires de l'iris, proéminents dans la
chambre intérieure de l'œil. Quelques fibres circulaires s'étendent dans les
parties les plus périphériques de l'iris, jusqu'à l'origine des procès ciliaires.
Les fibres radiaires, beaucoup moins nombreuses, localisées dans les plans
"'1* iridiens postérieurs, s'étendent également jusqu'à l'origine des procès ciliaires.
'l"! Si, après cette description anatomique, nous essayons de jeter un regard rapide
sur les fonctions des parties, nous devons commencer par avouer que nous sommes
"'" loin de pouvoir les saisir dans toute leur étendue. Dès maintenant, quelques
■ points peuvent cependant être touchés avec quelques chances de plausibilité.
Commençons par le muscle ciliaire proprement dit. * Par les expériences ingénieuses de Hensen et de Volkers {Ueber den Mecha- ■ip nismiis der Accommodation, Kiel, 1868), nous savons, à n'en pouvoir douter, i- que, dans l'effort accommodateur (au moins chez les mammifères), la choroïde
est déplacée en avant, et glisse le long de la face interne de la sclérotique. if Cette donné suffit pour expliquer le mode d'action des fibres scléro-choroï- Uii diennes internes et externes. Ces fibres, en se contractant, tirent la choroïde en nf. avant, en prenant leur point d'appui fixe dans les deux lames sclérotidiennes. Ce déplacement choroïdien est facilité par une particularité importante de l'œil m des oiseaux. D'après ce que j'ai cru voir, l'espace compris entre la choroïde et la I' sclérotique (l'espace supra-choroïdien de Scliwalbe) n'est pas, comme chez les H*' mammifères, traversé par un système de trabécules allant d'une membrane à (* l'autre ; c'est réellement une lacune tapissée par une membrane endothéliale, à 0 l'instar d'une cavité séreuse. Cet arrangement, on le comprend, doit faciliter le f glissement de la choroïde sur la sclérotique.
él
Pour ce qui regarde les faisceaux musculaires inter-sclérotidiens, au lieu de nous perdre dans des hypothèses problématiques, nous préférons avouer notre ignorance touchant l'effet résultant de leur contraction.
Faisons observer seulement que, vu la direction des fibres de la lame sclérotj. dienne interne, la ligne suivant laquelle leur action est appelée à s'exercer doit être dirigée selon la longueur de la lame sclérotidiennc interne.
la figure 7, représentant une partie de l'œil de l'autruche, est particulièrement apte à éclairer ce dernier sie. point : Les fibres musculaires y
agiront en ligne droite sur la périphérie cornéennc. Il en est de même des fibres scléro-choroîdiennes internes.
Le résultat de la contraction des fibres musculaires de l'iris (7^ semble ressortir plus clairement de leur disposition. Les fibres radiaires élargiront la pupille, et les fibres circulaires la rétréciront.
Mais les fibres circulaires, vu la connexité de l'iris avec les procès ciliaires, agiront également sur ces dernieis, c'est-à-dire qu'avec l'iris ils seront tiraillés et déplacés en dedans, vers l'intérieur du bulbe oculaire. Mais ce déplacement agira sur les parties situées plus en dehors, ce qui conduit à la fonction du tissu élastique du canal de Fontana.
L'iris et les procès ciliaires étant déplacés en dedans, le tissu élastique sera tiraillé, devra s'allonger dans le même sens. L'action musculaire venant ensuite à cesser, l'élasticité mise eu jeu retirera l'iris et les procès ciliaires dans leur position primordiale.
La figure 7, qui représente la partie antérieure du canal de Vontana de l'autruche, est une représentation très-frappante de ce mécanisme. L'iris et les procès ciliaires sont un peu tiraillés vers le centre de l'œil, mettant ainsi plus complclement à nu l'arrangement du tissu élastique du canal Aç,Foniana. La périphérie de l'iris montre un faisceau épais de libres musculaires circulaires, et l'on remarquera que l'insertion du tissu élastique à l'iris se fait précisément à la hauteur de ce faisceau musculaire. Plus en arrière, un grand nombre de fibres élastiques s'insèrent an niveau des procès ciliaires.
Telle sera donc la fonction pour la partie antérieure du réseau élastique. La partie postérieure a une fonction identique, mais qui est mise en jeu par un tout autre muscle. Nous avons dit que le muscle ciliaire tire la choroïde en avant. Ce déplacement s'étend sans doute à la partie de la choroïde située en avant de l'insertion musculaire, et peut-être même aux procès ciliaires. D un autre côté, la lame sclérotidiennc interne, restant à sa place tout au moins, ou bien étant tirée en sens contraire de la choroïde, le tissu élastique en cet endroit
Fis- 7.
C, Cornée Uimsiiarcnle. — D, Membrane de Dcscemet. — Le, Lame sclérolidienne exleine. — Li, Lame sclérotirlienne interne. — cF, Canal rie Fontana. — 1, Pc, Ch, Iris, procès ciliaire et clioroide It'séromenl tiraillés vers l'intcrieui- du bulbe, pour déployer les libres élasliiues du canal de Fontana.
sera tiraillé également, et, après cessation de l'action musculan-e, fera retourner la choroïde en arrière.
Ainsi, pour les deux muscles nous trouvons, entre des forces contractiles et des forces élastiques, un antagonisme qui saute aux yeux, rien qu'en considérant la disposition anatomique des parties.
Nous serions entraînés trop loin s'il nous fallait, pour toute la classe des oiseaux, énumérer les différences que présentent les dispositions décrites; qu'il nous suffise de dire que cette organisation se retrouve en somme chez tous les oiseaux. Les oiseaux examinés par nous à ce point de vue sont: le dindon, le hibou, l'autrdche, l'aigle, le faucon, l'oie et le canard.
L'un ou l'autre système de libres du muscle ciliaire peut s'hypertrophier aux dépens des autres, mais sans en entamer le plan général de l'architecture. Le muscle peut se ramasser en un espace plus rétréci ; dans ce cas son épaisseur augmente; ou bien il peut s'étendre en largeur, dans le sens de son méridien. Chez le même animal, le muscle est plus étiré du côté de la tempe que du côté du bec. La forme générale de l'œil s'en ressent et devient asymétrique, en ce sens que, du côté du bec, la région ciliaire dans son ensemble est plus étroite que du côté de la tempe.
Un muscle ciliaire à fibres striées se rencontre également chez les tortues. Au point de vue de la disposition du muscle ciliaire, l'œil de la tortue maritime ressemble tout à fait à celui des oiseaux. Les différences entre l'œil de la tortue et celui du dindon ne sont pas plus grandes que celles entre l'œil du dindon et celui de certains autres oiseaux. La cornée se prolonge en deux lames sclérotidiennes identiquement situées, et le muscle ciliaire est composé de trois espèces de fibres. Enfin, d'après les recherches de H. Muller, la même disposition d'un muscle ciliaire à fibres musculaires striées existe chez le caméléon et le lacerta agilis.
Une remarque encore toucliant l'anatomie comparée de l'iris et des procès ciliaires :
Dans le type des oiseaux, nous avons fait jouer un rôle important aux fibres musculaires de l'iris dans l'effort accommodateur. Or, l'hypothèse de Helmholtz sur le mécanisme de l'accommodation, hypothèse assez génér.ilement admise aujourd'hui, fait complètement abstraction des contractions de l'iris. Le fait que, chez les oiseaux, l'iris influe sur le mécanisme de l'accommodation, concurremment avec le muscle ciliaire proprement dit, ne permettrait nullement d'eu inférer que la même chose doive exister chez les mammifères, et plus spécialement chez l'homme. Chez certains mammifères cependant (lapin, lièvre, bœuf), il existe une disposition en vertu de laquelle la contraction de l'iris doit avoir forcément une inQuence sur la position des procès ciliaires, et par conséquent sur la forme du cristallin. Chez ces animaux, en effet, les procès ciliaires
CA-â.
Fig. 8.
C, Cornée transpaienle. — E, Épilliélium. — D. Jlembrane de Descemet. — I, Iris. — Ch, Choroïde. — me, Muscle ciliaire. — Sr, Sclérolique. — H, (Toi es ciliaires.
sont des appendices de l'iris à la face postérieure de cette dernière. Un regard" jeté sur la figure 8, qui scliémalise l'œil du lapin, fera comprendre comment des contractions de la périphérie de l'iris déplaceront les procès ciliaires vers l'intérieur de l'œil, ou bien en sens inverse, vers la sclérotique. De l'arrangement des fibres contractiles du muscle ciliaire {me), il semble même ressortir qu'une contraction de ces fibres ne saurait exercer d'influence sur la situation dos procès ciliaires que par lintermédiaire de l'iris.]
TII. Physiologie du muscle ciLiAinE. La seule fonction, et l'importance en est capitale, qui, dans l'état actuel de la science (1875), soit attribuée à cet organe, est celle qui consiste à ajuster l'œil aux différentes distances, c'est-à-dire à donner, suivant le besoin, à celles de ses parties qui sont susceptibles d'en varier, une forme qui soit en rapport avec les puissances rélractives nécessaires pour que l'entre-croisement des rayons, partant d'un objet déterminé, vienne se faire sur la couclic des bâtonnets et des cônes de la l'étine, destinée à en recevoir l'impression et à la transmettre au cerveau. Cette faculté, qui a déjà iait, dans ce Dictionnaire, l'objet d'un article dû à la plume d'un des ophthalmologues les plus érudits de l'époque, M. Giraud-Teulon, se nomme Accommodation {voj/. ce mot).
L'auteur de cet excellent travail, publié en 1864 (t. I, !''« partie), a examiné avec le plus grand soin le rôle joué par le muscle ciliaire dans l'exercice de cette importante fonction, et, après avoir discuté les diverses opinions exprimées à ce sujet, en est venu à celte conclusion : « qu'aucune des hypothèses ne précise, avec l'exactitude voulue, la façon dont le muscle ciliaire en arrive à modifier la convexité du cristallin, et qu'il se reconnaît impuissant lui-même à dévoiler cette obscurité » {loc. cit., p. 556).
Les dix années qui se sont écoulées depuis que ces lignes ont été écrites, n'ont point, il faut le dire, fait avancer sensiblement la solution du problème. 11 reste acquis, plus que jamais, que c'est par des changements dans la forme du cristallin que les conditions l'éfractives de l'œil se modifient suivant les besoins; mais, quant à relier l'elfet à la cause, on en est encore réduit, à cet égard, à des conjectures pliis ou moins vraisemblables. La dernière hypothèse, due à Helmholtz, est celle qui, aujourd'hui, réunit le plus gi'and nombre d'adhérents. Nous la donnons ci-après, telle qu'elle est exposée dans son Optique physiologique (édit. franc., Javal-Klein, p. 150 et 151) :
« D'après la supposition de Cramer et de Donders, dit-il, l'iris et le muscle ciliaire^ produiraient le changement de forme du cristallin par l'intermédiaire d'une augmentation de pression dans le corps vitré et sur les bords du cristallin, à laquelle le milieu de sa face antérieure, situé derrière la pupille, serait seul soustrait; et il faut convenir, en effet, que l'augmentation de courbure de la surfiice antérieure du cristallin, que Cramer avait observée le premier, pourrait s'expliquer de cette manière.
« Quant au changement de forme du cristallin, tel qu'il se compose d'après mes mensurations, il ne peut s'expliquer ainsi sans faire intervenir une autre force. Il est évident que l'augmentation de la pression hydrostatique, qui agit sur la face postérieure et sur les bords du cristallin, ne peut en faire augmenter l'épaisseur. Une pression ainsi dirigée aurait pour effet d'augmenter la courbure antérieure du cristallin, mais d'en aplatir en mênîe temps la face postérieure.
« Une hypothèse, qui paraît échapper à cette difficulté, consiste à admettre que le cristallin, dans l'état de repos répondant à la vision des objets éloignés,
■est tendu par la zonule, qui s'insère à son bord. Les plis de la zonnle, en par-p tant de leur insertion à la capsule du cristallin, se dii'igent en dehors et en arrière, en formant comme des étais pour les procès ciliaires, et, à l'extrémité postérieure de ces procès et du muscle ciliaire, ils finissent par se perdre dans la membrane hyaloïde, la rétine et la choroïde. Lorsque le muscle cijiaire se <;ontracte, il peut, en faisant avancer l'extrémité postérieure de la zonule, la rapprocher du cristallin et en diminuer la tension. Or, comme celle-ci doit avoir pour effet d'augmenter le diamètre du cristallin et d'en diminuer l'épaisseur ainsi que la courbm'e de ses faces, l'amoindrissement de cette même tension, donc l'accommodation pour les objets rapprochés, aura pour résultats : la diminution de la largeur du cristallin, l'augmentation de son épaisseur et celle de la courbure de ses deux faces. Faisant intervenir, de plus, la pression de l'iris, ie milieu du plan qui passe par l'équatcur du cristallin se portera en avant. Par suite, la courbure de la face antérieure augmentera, et celle de la postérieure diminuera, de manière à pouvoir redevenir à peu près ce qu'elle était, dans le cristallin disposé pour la vision à distance. »
L'auteur ajoute que, tout en regardant cette opinion sur le mécanisme de l'accommodation comme la plus vraisemblable, il n'y attribue néanmoins qu'un caractère de probabilité. Ajoutons que c'est aujourd'hui l'hypothèse qui réunit le plus grand nombre d'adhérents, l'hypothèse classique.
Adoptant la théorie du célèbre physiologiste allemand, sauf en ce qui concerne l'action de l'iris, qui, en tout cas, ne peut être que secondaire, une accommodation parfaite n'étant pas incompatible avec une aniridie absolue, nous précisons ainsi le fonctionnement des divers organes dans l'accomplissement de cette intéressante fonction.
Dans son état d'isolement et échappant à toute influence extrinsèque, le cristallin a une forme qui lui donne son maximum de puissance réfractive : il est bombé en avant autant qu'il peut l'être. C'est cet état qu'on lui découvre sur le cadavre, alors que toutes les puissances susceptibles d'intervenir pour modifier cet état sont absolument passives. On œil possédant un semblable cristallin serait accommodé pour les petits objets, toutes choses étant physiologiques d'ailleurs. Mais il n'en est jamais absolument ainsi : l'œil est normalement accommodé pour les objets éloignés. Que se passe-t-il donc pour produire cet état aiormal? Une action en vertu de laquelle la voussure du cristallin se trouve diminuée, et cette action c'est la tension physiologique de la zonule de Zinn qui l'accomplit. L'accommodation est-elle réclamée pour la vision d'objets rapprochés, la zonule se relâche et le cristallin reprend, grâce à ses qualités intrinsèques, à l'élasticité sans doute, une convexité en avant, proportionnée au degré de liberté qu'on lui accorde. Or, c'est la contraction du muscle ciliaire, relâchant la aonule, en en reportant en avant l'insertion postérieure, qui est le facteur de ce Telâchement et partant de la fonction tout entière.
Ceci établi, il reste à savoir si c'est le muscle au complet qui est chargé de -relâcher la zonule ; ou si c'est l'une de ses parties seulement, celle composée des fibres circulaires, à qui ce rôle est dévolu, les faisceaux radiés demeurant passifs ou se chargeant d'agir en sens contraire. Cette dernière théorie, tout en restant à l'état d'hypothèse, est celle qui paraît la plus vraisemblable. Disons sur qu«ls faits elle nous semble devoir s'appuyer :
I. Il y a, en ce qui concerne l'innervation et l'action du muscle ciliaire et ■celle de l'iris, une analogie étroite, qui invite à considérer les fibres circulaires
et les fibres radiées de ces deux organes comme jouissant d'un mode identique de fonctionnement; activité pour les premières, passivité relative pour les secondes,
1" Au point de vue de V innervation. L'iris et le muscle ciliaire reçoivent leurs nerfs de la même source : des nerfs ciliaires directs (émanation du nerf nasal, branche du trijumeau) et des nerfs ciliaires courts, envoyés par le gangliou ophthalmique, lequel, nous l'avons dit plus haut, reçoit ses racines du uerf oculo-moteur commun, du grand sympathique et du nerf trijumeau, a. h' action du nerf oculo-moteur commun sur le muscle sphincter de la pupille est hors de doute. Non-seulement, dans la paralysie de ce nerf, la pupille est dilatée et immobile, mais encore elle se contracte énergiquement chez les animaux, sur lesquels on irrite ce nerf à la base du crâne. Le nerf de la troisième paire est donc la condition sine qua non des mouvements réflexes de l'iris. Il ne reste plus aucune trace de ces phénomènes lorsque la paralysie de ce nerf est complète. La même chose a lieu pour l'accommodation : paralysie de cette fonction quand le nerf est pai-alysé, son activité progressive à mesure du degré de son irritation. L'accommodation marche de pair avec la contraction ou la dilatation pupillaires. h. Vinfluence du grand sympathique sur les mouvements de l'iris est indéniable : la racine grise du ganglion ciliaire ou ophthalmique a pour effet de relever la tonicité des fibres radiées de cet organe. Après la section du nerf vague, la pupille se contracte. Au contraire, la dilatation pupillaire suit invariablement l'irritation du cordon cervical du grand sympathique. Ces actions résultent du fonctionnement des fibres radiées, cessant, dans le premier cas, d'être contre-balancées par les fibres circulaires réduites à l'impuissance; dans le second, les dominant par le surcroît d'action qui leur est imprimé. Dans l'élat physiologique, l'accommodation suit encore ici la contraction pupillaire, les fibres radiées du muscle ciliaire cessant d'opposer aucun obstacle à l'entière action des fibres circulaires. On pourra objecter ici, avec grande apparence de raison, que, dans l'état pathologique, cette loi peut se trouver enfreinte; que, par exemple, dans le tabès dorsalis, tandis que la pupille est réduite à son degré maximum de contraction, l'accommodation se trouve parfois plus ou moins complètement abolie. Le fait est réel, mais il ne constitue qu'une exception, qui attend son explication : en pathologie, il ne suffît pas toujours d'interroger un seul facteur, pour se rendre compte d'un phénomène anormal, c. L'influence du nerf trijumeau sur l'iris et l'accommodation est encore entourée de ténèbres. On doit admettre, par exclusion, que le nerf de la cinquième paire donne la sensibilité à l'iris et au muscle ciliaire, attendu que, ni le nerf oculo-moteur, ni le grand sympathique ne renferment de fibres sensitives qui puissent expliquer la grande sensibilité de ces organes. Celle-ci est d'ailleurs abolie par la section du trijumeau.
2" Au point de vue de la fonction. La synergie qui unit l'iris au muscle ciliaire, et vice versa, se révèle tout entière dans l'acte de l'accommodation. En effet, du moment où l'œil se façonne pour la vision des objets rapprochés, c'estù-dire où le muscle ciliaire intervient activement pour permettre à la face antérieure du cristallin de se bomber en avant, la pupille se resserre et son bord pupillaire se déplace en avant, par la contraction de ses fibres circulaires. Le contraire arrive quand l'œil redevient indifférent ou qu'il regarde au loin; le muscle ciliaire rentre alors au repos et y entraîne l'iris ; la pupille reprend son degré normal de dilatation, son sphincter cesse d'agir. Il est donc logique d'ad-
CILUIRE. 281
mettre que les fibres musculaires circulaires, qui constituent le sphincter du muscle ciliaire, jouent le rôle actif dans l'acte de l'accommodation ; que ce sont elles qui, dans la théorie d'Helmholtz, font, en se contractant, avancer l'extrémité postérieure de la zonule de Zinn, pour la rapprocher du cristallin et en diminuer ainsi la tension ; de même que le sphincter pupillairc entre en action, au même instant, pour diminuer l'étendue de la pupille et compléter ainsi l'acte de l'ajustement. L'analogie se continue-t-clle en ce qui concerne les fibres radiées ? Beaucoup l'ont niée de la manière la plus absolue, d'autres se sont contentés de la considérer comme atteiulaut encore sa démonstration. Pour nous, elle nous parait devoir être admise; malgré les objections qui y ont été adressées, et bien que celles-ci n'aient point été réfutées complètement jusqu'ici, il nous paraît difficile de ne pas considérer les fibres radiées du muscle ciliaire comme les antagonistes de ses fibres circulaires, et, en cela, nous nous rencontrons avec de respectables autorités : M. Heakc (W.) admettait, avant nous, que les fibres circulaires du muscle ciliaire produisent seules l'accommodation, tandis que les fibres longitudinales seraient chargées de rétablir l'accommodation à distance, en d'autres termes, de tendre la zonule de Zinn. M. Giraud-Teulon a formulé la même opinion. Parlant du fait établi par Helmboltz, qu'après la mort le cristallin affecte la courbure même qui correspond à l'accommoilalion la plus rapprochée, cet ophthalmologiste distingué reconnaît, avec l'illustre professeur de Berlin, que, lors de l'état* indifférent de l'œil, la zonule de Zinn et la capsule du cristallin sont à leur maximum de distension. De même, doivent être également à leur maximum de distension, les fibres annulaires, et, au contraire, à leur maximum tonique de contraction, les fibres radiées ou méridiennes. « Car il ne saurait être supposé logiquement, » ajoute-t-il, « que ces deux ordres de fibres soient autre chose que des antagonistes ; l'allongement des unes ne peut être simultané qu'au raccourcissement des autres. 11 suit de là que : lors de l'état indifférent, le tonus des fibres radiées tiendrait distendîtes, et la zonule avec la cristalloïde antérieure, et les fibres annulaires. L'accommodation est-elle réclamée, la moindre énergie ajoutée à ces dernières rompt l'équilibre en faveur du deuxième groupe, et la zonule revient sur elle-même, ainsi que la capsule antérieure. Le retour à l'état initial s'opérerait par un acte inverse. »
II. Un argument très-puissant, en faveur de cette opinion, repose sur le fait reconnu par MM. Max Schullze et Iwanoff, et que nous avons signalé plus haut (voy. Structure du muscle ciliaire, p. 268), que, chez les hypermétropes, où l'accommodation est presque toujours en exercice, puisqu'elle fonctionne à partir de l'infini {punctum remotum) jusqu'au punctum proximum, les fibres circulaires sont en excès sur les fibres radiées, tandis que, chez les myopes, où l'accommodation n'a à fonctionner qu'à partir du punctum remotum, souvent très-rapp roche de l'œil, la prédominance appartient aux fibres radiées, chargées détenir en respect les fibres circulaires, et cela dans les proportions les plus manifestes et les plus accentuées. Que cette prédominance relative soit primitive ou consécutive, elle n'en a pas moins, ici, une grande signification.
On a dit, et l'on répète volontiers, qu'il n'y a pas d'accommodation passive ou négative; que, par conséquent, les fibres longitudinales ne peuvent jouer un rôle actif dans la fonction d'adaptation. Il faut bien s'entendre : l'accommodation ne peut se relâcher, c'est bien vrai, au delà d'une certaine mesure; mais, jusquelà, est-ce bien d'un rôle passif que sont chargées ces fibres quand elles empêchent leurs antagonistes d'atteindre à cette limite, alors que de leur tonu^
résulte le maximum de distension des parties auxquelles est dévolu, du chef de leur contraction, l'exercice de toute la fonction ?
Une autre objection a encore été faite à notre théorie, et, pour être complet, nous la reproduisons, bien" que n'ayant, pour l'instant, rien à y répondre : « Dans cette théorie, a-t-on dit, l'on doit considérer comme fixes les deux insertions des fibres longitudinales du muscle, et admettre que ce muscle forme, par la contraction des fibres circulaires, un arc à convexité interne; lors du relâchement de l'accommodation, cet arc se redresserait par une contraction active, accompagnée d'un allongement des fibres circulaires. Jlais, ainsi que le fuit remarquer M. Helmholtz, s'il en était ainsi, la face externe du muscle devrait s'écarter de la sclérotique dans l'accommodation rapprochée, et s'y appliquer de nouveau dans l'accommodation à distance. Or, l'on ne voit où prendre le liquide qui viendrait remplir la fente ainsi formée, et, en l'absence d'un liquide, la pression atmosphérique empêcherait tout relâchement du muscle. » Mais s'est-on bien assuré que la sclérotique ne suit pas le muscle ciliaire dans ces différentes évolutions, d'ailleurs si limitées?
Enfin, l'on a dit encore que les deux ordres de fibres sont très-intimement enchevêtrées, qu'on voit les fibres longitudinales devenir circulaires et inversement, et que cette disposition ne permet guère de concevoir une action isolée <les différentes fibres. L'objection n'est pas absolument fondée : chez les hypermétropes et les myopes, la distinction est des plus manifestes.
Nous croyons pouvoir conclure de ce qui précède : que les fibres radiaires sont chargées de maintenir la tension de la zonule de Zinn et du cristallin, et que les fibres circulaires président à l'accommodation active. Quel est le mode de fonctionnement de chacune de ces fibres ? Nous reconnaissons à regret qu'il n'est encore que très-imparfaitement déterminé.
Pathologie du muscle ciliaire. La re^iow ciliaire est des plus intéiessanteau point de vue pathologique; mais, composée d"éléments multiples, elle ne se prête pas à la délimitation précise de celui ou de ceux d'entre eux qui se trouvent entrepris, dans les altératious dont elle peut être le siège. C'est ainsi que la Cï- CLiTE {voy. ce mot), qui figure en tête du tableau des maladies inflammatoires de la région ciliaire, intéresse à la fois la sclérotique, le muscle ciliaire, la partie antérieure de la choroïde, voire même la cornée et l'iris. Elle doit donc être traitée à part et comme une maladie composée.
Le rôle du muscle ciliaire, dans cette catégorie d'affections, n'est certainement point négatif: on en a la preuve dans ce fait que la limitation et même l'abolition de la faculté d'accommodation en sont le symptôme constant, primitif, parfois même prémonitoire. Mais dans quelle limita prend-il part à la désorganisation, limitée ou complète, que subit le reste de la région ciliaire ? L'anatomie pathologique se tait à cet égard. C'est ainsi que nous cherchons vainement la trace d'une indication quelconque relative aux altérations qu'aurait subies le muscle ciliaire, dont les trois observations de cyclite et d'irido-cyclite dues à de Graefe et citées comme types par M. de Wecker [Traité des maladies des yeux, t. I, p. 407, Extrait des Archiv fur Ophthalmologie B. VI, A. I, S. 145). On peut dire, en réalité, que l'anatomie pathologique du muscle ciliaire est à faire.
Ce que nous venons de dire des affections inflammatoires s'applique également, en grande partie, aux lésions traumaliques delà région ciliaire. Là aussi la part prise à l'offense par le muscle ciliaire est difficile à établir, et le rôle joué par
lui, dans la manifestation des accidents inflammatoires susceptibles de sedéveloppci- à leur suite, et si graves surtout au point de vue des troubles sympathiques [voy. Ophthalsiie sympathique), impossible à caractériser. On peut dire seulement que ce rôle n'y doit pas avoir l'importance que l'examen de la contexture essentiellement nerveuse de sa trame y devrait faire attribuer, quand on considère l'impunité dont les sections du muscle ciliaire ont joui dans les mains des opérateurs qui, dans un but de thérapeutique spéciale, ont érigé cette section en méthode opératoire, contre des affections d'une gravité l'clativement secondaire. Aussi, sans parler du procédé de Hancock, qui, dans le traitement du glaucome, a tenté de substituer à l'iridectomie, devenue classique dans cette affection, la section du muscle ciliaire, ni de celui de de Gracie, qui a coupé les nerfs ciliairefe pour prévenir l'ophlhalmie sympathique ou y remédier, nous citerons pour ■exemple les mêmes sections préconisées et pratiquées par M. V. Solomon pour arrêter, diminuer ou abolir la myopie ! Or, aucun de ces auteurs ne paraît tenir compte des accidents susceptibles de se développer à leur suite ni en avoii' constaté. Ces accidents sont donc vraisemblablement déterminés, la plupart du temps, bien plutôt par la nature offensive de la cause vulnérante et surtout par la présence de corps étrangers, que par la simple section du muscle ciliaire, moins impressionnable dès lors, qu'on ne s'est plu à le dire, notamment dans ■ces derniers temps.
Les seules affections bien connues et bien déterminées dont puisse être atteint le muscle ciliaire sont : 1" l'insuffisance de son action ; 2" son excès de tonicité, correspondant à des manifestations similaires de la faculté accommodatrice, et Z° l'hyperesthésic des nerfs qui entrent dans sa composition (hyperesthésie et névralgie ciliaire).
1° Insuffisance du muscle ciliaire. — A. Insuffisance physiologique. Elle est provoquée ou spontanée. L'insuffisance du muscle ciliaire peut être produite à volonté par l'action des substances dites « mydriatiques » principalement de la belladone et de la jusquiame et de leurs alcaloïdes, pris à l'intérieur ou déposés «n solution à la surface de l'œil. C'est l'insuffisance provoquée. Elle paraît due à l'action de la substance toxique sur les fibres nerveuses ou sur les cellules ganglionnaires, et spécialement de la paralysie des fibres du nerf oculo-moteur se distribuant dans le muscle ciliaire, qui en est la conséquence. La paralysie ou la parésie de l'accommodation qui en résultent, se développent en même temps que se produit la dilatation de la pupille, ou immédiatement après elle. L'augmentation du diamètre de la pupille, suivie de l'immobilité de l'iris, puis la diminution et bientôt la perte complète de l'accommodation, sont deux phénomènes qui marchent de pair, chez les sujets soumis à l'usage des mydriatiques {Voy. les mots Atropine, Belladone, Datura, Daturtne, Myorcase et Mvdriatiques).
L'insuffisance spontanée du muscle ciliaire est la suite naturelle et obligée «du «progrès de l'âge ; elle se manifeste déjà dès l'âge de la puberté, mais, à cette •époque de la vie, elle n'est pas sous la dépendance de la même cause qui la régira plus tard. L'insuffisance précoce atteint tous les yeux, qu'ils soient emmétropes ■ou hypermétropes, mais elle ne dépend pas alors d'un affaiblissement de la fonction musculaire, inadmissible à une époque de la vie oij toutes les fonctions, et surtout celle des muscles, sont envoie de développement progressif; elle est déterminée par l'accroissement delà résistance opposée à son action physiologique, par les modifications survenues dans la densité, la fermeté du cristallin, deman- ■dant dès lors, pour se prêter aux changements de forme nécessités pour l'accora-
modation, l'intervention d'une puissance plus énergique. Le muscle ciliaire n*a pas perdu de sou énergie, mais une partie de celte énergie s'épuise sur une résistance plus grande, de là l'insuffisance précoce.
Plus tard, ces conditions changent ; ce n'est plus seulement le cristallin qui forme alors obstacle à l'action régulière du muscle ciliaire, c'est celui-ci qui, subissant les conséquences de l'âge, à la façon des autres muscles du corps, perd graduellement son énergie. De là ce défaut d'équilibre entre la puissance et la résistance, d'où naît la diminution de l'amplitude d'accommodation, entraînant avec elle une difficulté dans la vision des objets rapprochés, état qui s'appelle presbytie ou presbyopie {voij. Presbytie).
Quand ce défaut d'équilibre est trop sensible, quand l'œil demande au muscle ciliaire plus qu'il ne peut donner, et c'est ce qui arrive surtout chez les hypermétropes, où l'acconnnodatiou doit être incessamment invoquée, ce muscle ne tarde pas à se fatiguer, cl de cette fatigue résulte une affection connue sous le nom d' « asthénopie accommodative » [voy. A&thékopie).
B. Insuffisance pathologique. Elle comprend les paralysies du muscle ciliaire et les parésies, qui n'en sont qu'un degré moins prononcé.
i. La paralysie morbide de l'accommodation, ou, pour mieux dire, du muscle ciliaire, maladie assez fréquente et susceptible de survenir à tout âge, a son origine dans les filets de la racine courte du ganglion ciliaire {voy. fig. 2, /i), c'est-à-dire dans la troisième paire de nerfs, nerf oculo-moteur commun. Quand ces filets seuls sont paralysés, la maladie ne porte, en général, que sur te muscle ciliaire et sur le sphincter de la pupille, qui reçoit ses filets moteurs de la même racine. La dilatation de la pupille est le seul symptôme objectif de cet état : les symptômes subjectifs se résument dans la perte de la faculté d'accommodation, et la correction, par le moyen de verres convexes appropriés, de l'accommodité qui en est la conséquence. Quelquefois, cependant, les malades atteints de paralysie ou de parésie du muscle ciliaire se plaignent de voir les objets plus petits qu'ils ne sont en réalité (micropsie) phénomène que M. Donders explique ainsi : « Lorsqu'on fait des efforts d'accommodation, les objets paraissent plus petits : on croit, en effet, leur dislance moindre qu'elle n'est en effet, et, attendu que l'angle visuel n'est pas devenu plus grand, ou s'imagine l'objet plus petit » {Nederlandsch Lancet, 1851 ; Deel. VI, p. 607). Quand, au contraire, ce qui arrive souvent, d'autres branches de l'oculo-moteur sont atteintes en même temps que l'on a affaire à la paralysie de la troisième paire, on voit se joindre à la paralysie de l'accommodation et à la dilatation pupillaire, seuls symptômes du premier état : l'abaissement ou prolapsus de la paupière supérieure et de l'angle externe de la fente palpébrale, ce qui prouve que le releveur de la paupière supérieure (actuellement paralysé) relève aussi la paupière inférieure qui s'y attache, la déviation de l'œil en dehors (strabisme externe, luscitas), etc. [voy. Paralysie de la troisième pairu). Quand ces derniers symptômes existent, la paralysie de l'accommodation est de règle ; l'inverse n'est pas vrai; cette dernière peut exister et existe souvent en dehors de toute révélation paralytique des autres filets du nerf de la troisième paire, en dehors même de la dilatation de la pupille, qui, compagne fidèle de la neutralisation fonctionnelle du muscle ciliaire, dans la sphère physiologique, peut reprendre, à l'état pathologique, toute son indépendance. Ainsi, l'on ne peut considérer comme absolu le rapport qui existe entre la paralysie de la pupille et celle de l'accommodalion. La paralysie de l'accommodation peut être complète, avec une dilatation
puplllaire peu prononcée, telle par exemple, comme c'est le cas ordinaire, que celle d'une pupille placée dans l'obscurité ; de même qu'une accommodation suffisante peut coexister avec une immobilité absolue de la pupille, et que la mobilité de la pupille peut n'être que très-peu altérée là où il y a perte complète ou presque complète du pouvoir accommodateur.
L'indépendance d'action de l'iris et du muscle ciliaire est, depuis longtemps, établie par des faits irrécusables. En voici un observé par M. Fallot (Annales d'ocuUstique, 1844, t. XII, p. 89) : « Il s'agit, dit l'auteur, d'un de nos camarades, le médecin de garnison L..., dont une mdammation chronique des membranes du cerveau aliéna d'abord la raison et termina bientôt prématurément l'existence. Pendant une succession de mois qu'il resta soumis à notre observation, nous constatâmes itérativement une énorme dilatation de la pupille droite; le peu d'iris encore visible était complètement immobile ; le passage le plus brusque et le plus soudain d'une obscurité profonde à une vive lumière ne nous y faisait apercevoir aucun mouvement. Et cependant il n'y avait ni trouble ni afTaiblissemert dans les facultés visuelles : soit qu'il fixât des deux yeux alternativement ou à la fois, wil qu'il regardât des objets éloignés ou rapprochés, il les distinguait parfaitement. »
Voici un second fait, inverse du premier et venant à l'appui de cette proposition. Nous l'empruntons à l'excellente thèse de M. Coppez : De l' ophthahnie névro paralytique (Bruxelles, 1870, p. 50). « Chez trois malades atteints d'ataxie locomotrice au début, dit cet auteur, nous avons pu reconnaître les principaux symptômes signalés par les physiologistes qui ont coupé le grand sympathique au cou, c'est-à-dire le resserrement de la fente palpébrale, la contraction pupillaire, etc. Deux choses nous frappèrent et nous croyons qu'elles n'ont encore été signalées par aucun auteur. Sur deux de ces malades (le troisième est aveugle) il y avait, malgré le myosis, perte absolue de V accommodation. » Ainsi, dans ce cas, tandis que le sphincter pupillaire était aussi contracté que possible, le muscle ciliaire était dans le plus complet relâchement.
Les causes de la paralysie du muscle ciliaire sont loin d'être bien définies. En dehors des parésies, suite de diphthérite, qui feront, plus loin, vu leur intérêt, l'objet d'un chapitre spécial, l'origine de la maladie, dans la plupart des cas, se détermine imparfaitement. On l'a fréquemment attribuée à la syphilis, aux périostites, et à des tumeurs particulières des nerfs qui peuvent en être la suite ; à des coups sur l'œil, à des chutes sur la tète, à des excès vénériens, à des tumeurs de la cavité crânienne, à des abcès de l'orbite, à des altérations diverses du cerveau, à l'hystérie, à l'hypochondrie, etc. Mais, outre que ces influences sont au moins hypothétiques, dans les circonstances même où elles ont été invoquées, elles n'ont jamais donné lieu à la seule paralysie du muscle ciliaire; toujours, dans les cas cités à l'appui, H y avait, en même temps, paralysie des autres parties animées par les diverses branches de la troisième paire. L'action du froid, d'un courant d'air sur le visage au moment où le corps est en transpiration, de l'exposition de la face à une fenêtre ouverte, soit en voiture, soit dans un appartement, pendant le sommeil, est la seule qui puisse être considérée coiimie une cause efficiente fréquente et bien établie de cet état. Ou voit alors les malades, brusquement alteints, s'apercevoir de leur situation, le matui au réveil, et se rendant parfaitement compte des circonstances où ils ont été frappés.
Le pronostic varie : dans les cas dus à l'influence des intempéries ou d'ua
vent coulis, il est rare que la maladie, bien traitée, ne soit pas guérie au bout de trois à quatre mois. Dans tous les autres, dus à une dyscrasie, soit syphilitique, soit rhumatismale, et survenus progressivement, elle est beaucoup plus lente et plus difficile à vaincre, et il faut être circonspect dans le pronostic à en porter.
Quant au traitement, on comprend qu'il doit varier suivant la cause productrice. Les moyens curatifs sont : dans les cas dus à la syphilis ou soupçonnés être sous sa dépendance, le traitement anti-syphilitique, des onctions mercurielles, et surtout l'iodure de potassium ; dans les cas attribués au rhumatisme, le colchique, la poudre de Dower et encore l'iodure de potassium, aidés de moyens locaux qui, dans les cas syphilitiques, ont peu d'action et semblent en avoir beaucoup, au contraire, dans tous les autres ; tels sont : les onctions avec une pommade à la vératrine (20 centigrammes dans 30 grammes d'axonge), ou une teinture vératrinée (de 30 à 40 centigrammes de vératrine dans 50 grammes d'alcool ou de teinture d'iode) dont on se sert pour peindi'e les paupières et le front ; les mêmes préparations ayant la strychnine pour base; les vésicatoires ammoniacaux extemporanés, saupoudrés ou non de poudre de strychnine ou de vératrine, l'électricité, etc. Dans les cas foudroyants, dus à l'action du froid, les sudorifiques font parfois merveille : on fait mettre dans un bassin une infusion bien chaude de fleurs de sureau, au-dessus de laquelle le patient expose sa tète du côté affecté; pendant le temps de la fumigation, il la tient recouverte d'un drap, puis, celleci terminée, s'applique sur l'œil malade une épaisse feuille d'ouate, qu'il y fait fixer au moyen d'un lambeau de taffetas gommé et d'une bande. L'opération terminée, le patient se met au lit, prend un grog chaud ou une tisane additionnée d'acétate d'ammoniaque et transpire du mieux qu'il peut. Ces fumigations n'excluent pas l'usage, pendant le jour, des autres moyens locaux indiqués plus haut.
Le palliatif de la paralysie du muscle ciliaire consiste dans l'emploi des verres convexes, destinés à suppléer à l'accommodation perdue. Quant au choix des verres, M. Donders s'en exprime ainsi : « Dans la paralysie de l'accommodation, il n'y a pas d'objection à placer le point de la vision distincte là oîi son emplacement est réclamé, en raison de l'acuité de la vue et des occupations auxquelles le malade désire se livrer. Quelquefois cependant, spécialement quand la paralysie de l'accommodation est incomplète, je prescris des verres plus faibles, pour assurer, par l'effort nécessaire, l'exercice du pouvoir accommodateur; mais si» dans ces cas, il survient des embarras aslhénopiques, je ne tarde pas à prescrire des verres plus forts. »
De quelle utilité les verres convexes peuvent-ils être dans la paralysie monolatérale de l'accommodation? D'aucune. Ils ne sauraient qu'encourager ou condamner au repos une fonction qui, pour se réveiller, demande des efforts de fonctionnement, et, comme utilité immédiate, sont également impuissants, puisqu'ils ne donnent de vision distincte qu'à une seule distance et circonscrivent ansi la fonction de l'œil sain dans les mêmes étroites limites.
La fève de Galabar [voy. ce mot) et les alcaloïdes sont un remède à la fois palliatif et curatif dans cette affection. Palliatif, en ce qu'ils restituent au muscle ciliaire, pendant leur période d'activité, l'accommodation endormie; curatifs par les contractions qu'ils y déterminent et qui peuvent y réveiller la fonction momentanément abolie. A ce point de vue, l'efficacité du Calabar est aujourd'hui bien établie ; l'application de disques gélatineux à l'ésérine (principe actif du physostigma venenosnm ou fève de Calabar), entre les paupières.
répétée suivant l'intensité des cas, la durée de l'action chez les différents sujets et la tolérance de chacun d'eux à ce puissant agent, constitue l'un des plus sûrs moyens de rétablir la faculté accommodatrice. Nous avons devers nous plusieurs faits qui ne laissent aucun doute à cet égard et qui n'infirment point ceux où le même agent est demeuré sans effet, un médicament, pour être reconnu bon, n'exigeant point la condition de n'échouer jamais.
Comme moyen palliatif, il a également une grande utilité, en ce qu'il remédie momentanément à la réfraction en déficit, sans renfermer la vision distincte dans la limite d'une seule ligne déterminée ; l'œil, sous l'influence du Calabar, conserve une certaine élasticité accommodatrice, qui lui permet, et c'est sa supériorité sur les verres convexes, de travailler à des objets obligés à de légères et continuelles modifications de la distance. Le Calabar a encore cet autre avantage essentiel sur les verres de lunettes, qu'il fait contracter la piq)illc, tandis que ceux-ci la laissent largement béante, ce qui, on le sait, domie lieu aux cercles de diffusion, qui entravent si puissamment l'exercice de la vision distincte.
Le Calabar peut-il, sans danger, être continué longtemps dans ses applications aux paralysies du muscle ciliaire ? Nous connaissons des cas où ces applications, continuées pendant six mois à titre de palliatif et pour remplacer les verres convexes, mal supportés, ont pu l'être sans qu'il en résultât aucun dommage pour l'œil. Nous en connaissons d'autres où le même agent a donné lieu, obstinément et à plusieurs reprises, après un emploi de quelques jours, à des congestions rétiniennes allant même jusqu'à la rétinite, que la suspension de la médication, plusieurs fois essayée sur le même sujet, a fait à chaque coup disparaître avec une grande rapidité. C'est donc un médicament dont il importe de n'user qu'avec une certaine circonspection et en en surveillant de près les effets.
2. Les parésies morbides du muscle ciliaire comptent au nombre des paralysies musculaires qui surviennent le plus fréquemment après les affections diphthéritiques. On sait qu'à la suite de la disparition de tous les symptômes primitifs, souvent la santé se rétablit avec lenteur et imparfaitement; les sujets restent pâles et tombent dans un état de langueur et de J'aiblesse générale. C'est à ce moment que se remarque la parésie du muscle ciliaire, soit isolée, ce qui est extrêmement rare, soit compliquée de la paralysie d'autres organes, et notamment, ou pour ainsi dire presque constamment, de celle de l'iris et du pharynx. Parfois les exsudats sont à peine disparus que ces phénomènes se manifestent. Chez certains sujets, tous les muscles de l'œil sont inertes; il se produit alors une sorte de strabisme divergent plus ou moins prononcé, et le regard devient fixe, ee qui, avec la paresse de tous les mouvements de l'œil, donne à la physionomie un air hagard et hébété. Cet aspect a même pu donner le change, et faire croire à des lésions cérébrales, d'autant plus que, dans certains cas, l'affaiblissement musculaire peut être plus prononcé d'un côté que de l'autre. I hé muscle de l'accommodation se paralyse, la pupille devient paresseuse ou reste largement dilatée, bien que, la plupart du temps, la mydriase ne soit que peu prononcée ou même fasse complètement défaut, et les sujets sont frappés d'amblyopie apparente. Cependant, cette dernière tient bien plutôt à la paralysie de l'accommodation qu'à la diminution de la sensibilité de la rétine. L'examen ophlbalmoscopiquc du fond de l'œil n'y révèle aucune lésion, même quand il y a albumiimrie, et d'ailleurs il suffit de placer au-devant des yeux des verres convexes appropriés po(n- rétablir la netteté de la vision. On a écrit, pourtant,
que certains malades, loin d'offrir de la presbyopie, avaient, au contraire, présenté delà myopie; la preuve en était, disait-on, qu'ils ne pouvaient plus voir de petits objets que de très-près. « 11 nous est arrivé de rencontrer un cas semblable, dit M. Lebrun, à qui nous empruntons ce détail (Bennelt. Principles ol Medicine, trad. franc., Paris, 1873, p. 664), cbez une petite fille de Sans; mais, chez elle, comme chez les autres, l'application de verres convexes convenables rendait distincte la vision de près. Il se faisait donc, tout simplement, comme on l'observe chez certains hypermétropes, que cette enfant rapprochait les objets de l'œil, non pour avoir des images nettes, mais pour les avoir grandes. » En général, la vision de près est seule indistincte, les objets éloignés restent nettement perçus. Cependant certains sujets doivent faire encore une exception apparente : ce sont les hypermétropes, dont le punctum proximum de la vision distincte peut, par suite de la paralysie accommodatrice, être reporté au delà de l'infini. On emploie généralement le terme de « paralysie » pour désigner ces accidents consécutifs de la diphthérie ; toutefois, l'abolition de la mobilité et de la sensibilité n'est peut-être jamais complète, et les muscles atteints répondent encore à l'excitation électrique. C'est pour cette raison que certains auteurs ont voulu remplacer le tern(ie de « paralysie » par celui de « parésie. »
La paralysie diphthéritique du muscle ciliaire peut être le seul symptôme qui survive à l'affection qui y a donné naissance, et, dans ce cas, le diagnostic peut offrir des difficultés à l'observateur dont l'éducation est peu complète ou l'attention distraite : l'absence si fréquente d'une dilatation prononcée de la pupille peut encore contribuer à amener, dans ces cas, une regrettable confusion, et faire prendre pour une amblyopie ce qui n'est qu'une accommodation défliillante. Il suffit de songer à essayer des verres convexes pour lever tous les doutes. Malheureusement l'état général du sujet ne vient que trop en aide au diagnostic: le convalescent est faible, pâle et languissant, et n'a besoin que de prononcer quelques paroles pour mettre sur la voie les moins habiles : \a voix est devenue nasonnante, de claire et nette qu'elle était auparavant ; le malade ne prononce plus ni les d, ni les r, il ne peut plus se moucher ni gonfler les joues pour souffler, et, si on lui examine l'arrière-bouche, on trouve le voile du palais paralysé et la luette pendante et allongée; parfois la déglutition est difficile, les liquides refluent parle nez, etc., etc. Ces symptômes accompagnent, au moins dix-neuf fois sur vingt, la paralysie de l'accommodation et aident ainsi puissamment à la diagnostiquer.
Le traitement des parésies diphthéritiques du muscle ciliaire est celui qui a été indiqué plus haut pour les paralysies non diathésiques, sauf qu'ayant presque toujours à s'adresser à des sujets délibités ou anémiés, il réclame d'ordinaire l'adjonction des toniques et surtout des ferrugineux. L'efficacité du Calabar est ici hors de doute et le professeur Manz (de Fribourg) s'en est récemment exprimé dans ce sens [Annales d'oculistique, 1871, t. LXVI, p. 248). « Le Calabar, dit-il, est-il d'une efficacité réelle dans le traitement des paralysies diphthéritiques de l'accommodation ? NWs pouvons donner à cette question une solution affirmative et fournir à l'appui une série d'observations qui, au point de vue de la précision des dates et de l'étude des (ails cliniques, ne laissent rien à désirer. Presque toutes militent en faveur du Calabar. Mais, pour qu'on ne puisse douter que l'effet curatif est bien dû au médicament et non le résultat d'une tendance spontanée à la guérison, nous avons plusieurs fois appliqué le Calabar à une époque assez éloignée du début de la paralysie, alors qu'elle parais-
sait devenue stationnaire. Dans d'autres cas, nous ne l'avons appliqué qu'à un seul œil et nous nous sommes assuré que, de ce côté seulement, le piinctum proximum revenait à sa position naturelle. »
Dans un cas cependant, l'auteur a remarqué que, comme pour l'atropine, l'action du Calabar, appliqué sur un seul œil, s'étendait à son congénère, mais avec cotte différence que, pour le second, l'augmentation d'étendue du champ d'accommodation s'effectuait d'une manière plus égale et sans ces fluctuations, parfois considérables, qui s'observent du côté soumis à l'action directe du myotique. Cette différence entre l'effet immédiat et l'effet médiat du Calabar, loin d'infirmer l'importance de sa valeur thérapeutique, ne fait, au contraire, que lai renforcer. Quant au mode d'administration, l'autevu donne la préférence au papier de Calabar (nous aimons mieux pour notre part les disques gélatineux) et n'en appliquer qu'un seul carré à la fois, de manière à obtenir un effet modéré, car il est d'avis que, pour le muscle ciliaire comme pour tous les muscles, l'exercice, pour être efficace, ne doit jamais être poussé jusqu'à la fatigue.
3. Les parésies du muscle ciliaire peuvent se présenter dans la convalescence d'autres affections que de celles dues à la diphthérite, à la suite, par exemple, de la fièvre typhoïde et de toutes les fièvres éruptives graves. On l'observe encore dans la chlorose, à la suite des couches, et chez les femmes qui se livrent à la lactation prolongée ou intempestive ; souvent, dans ces cas, elles donnent lieu à de graves erreurs de diagnostic, qu'on évite ou qu'on confirme par l'essai judicieux des verres convexes.
Un phénomène intéressant se développe parfois dans le courant des paralysies du muscle ciliaire, et peut même y survivre à une convalescence en apparence complète. C'est la diminution persistante de la puissance réfractive, d'oii résulte l'augmentation d'une hypermétropie préexistante, ou le développement de l'hypermétropie sur des yeux précédemment amétropes, état qui disparaît d'ailleurs quand toute trace de la paralysie a également disparu. Comment faut-il expliquer cette curieuse anomalie? 31. Jacobsou {Arcliiv fur Ophthahnologie, t. X, 2" partie, p. 47-55) pense que lazonule deZinn, fortement tendue par suite de la parésie du muscle ciliaire, amène un aplatissement du cristallin, changement de forme se produisant d'autant plus facilement que le phénomène en question ne se rencontre que sur des individus très-jeunes, dont le cristallin peut aisément changer de courbure. En effet, le plus âgé des malades de M. Jacobson n'avait pas dépassé la vingt et unième année.
'i" Excès de tonicité du muscle ciliaire. A. Excès de tonicité' physiologique. Il est, de même que l'insuffisance, provoque' ou spontané. On le développe à volonté, par l'introduction entre les paupières, des substances dites myotiques, ou plutôt de la fève de Calabar et de ses alcaloïdes, le seul myotique connu méritant réellement ce nom {Voij. Calarar et Mïotiques). Après un peu d'irritation conjonctivale de courte durée, quelques contractions spasmodiques de la paupière inférieure, et le rétrécissement de la pupiile qui surviennent de quatre à cinq minutes après l'application du médicament, il se produit un véritable spasme du muscle ciliaire, d'où résulte une augmentation de la réfraction de l'œil, et par suite, le rapprochement du point le plus rapproché de la vision distincte {punctum proximum), phénomène qui ne dure guère an delà d'une heure et demie. Après ce temps, le muscle ciliaire offre un état curieux, résultant d'une sorte de strabisme dans les tenseurs. Dans l'acte binoculaire, il reste delà difficulté dans l'action synergique des deux yeux, état que de Gracie considérait DicT. EKC. XVn. 19
29a CILIAIRE.
comme analogue, jusqu'à un certain point, au strabisme concomitant. Un autr» fait très-intéressant à observer, c'est que le travail qui s'opère dans le muscle ciliaire n'est pas continu, mais intermittent et saccadé, comme celui dont la papille est le siège ; on le dirait soumis également à de véritables oscillations. Sous l'induence d'une action puissante, la contraction du muscle accommodateur peut durer depuis une heure jusqu'à huit, mais en décroissant sans cesse. Le Calabar agit sur le muscle ciliaire par voie d'irritation, en déterminant unspasme de l'oculo-motcur, et en particulier de la courte racine qu'il envoie au ganglion ophthalmique, au contraire de l'atropine, qui agit par irritation sur les fibres radiées de l'iris, au moyen du grand sympathique.
• L'excès de contraction du muscle ciliaire peut être spontané, sans tomber dans l'ordre pathologique. C'est l'état de tension permanente qui, chez les hypermétropes, masque, en partie ou en totalité, le déficit de la réfraction statique, contre lequel le sujet est incessamment obligé de réagir. Cette tension peut s'observer aussi chez les amblyopes et des astigmates, où elle a pour objet de permettre aux yeux de s'adapter pour le punclum proximum et de voir les petits objets sous le plus grand angle possible. Chez les myopes, elle s'observe moins souvent, et se produit sous l'influence d'autres causes. Chez les hommes qui se livrent à des travaux prolongés sur de petits objets et à la lumière artificielle, l'irritation des yeux qui en résulte réagit sur le système accommodateur; d'autre part, l'excès de tension de ce système durant un travail continu, surtout quand l'éclairage est insuffisant, peut en être la cause. C'est la paralysie par l'atropine qui révèle cet élat et l'indication du repos de l'organe. ' 1" Excès de tonicité pathologique . C'est l'exagération de l'état que nous venons de décrire. Chez les hypermétropes svu'tout, une tension continue de l'accommodation peut développer un état dans lequel le moindre effort accommodateur pour la vue de près devient douloureux. En pareil cas, les lunettes à verre concaves ne soulagent pas, attendu qu'à la convergence est liée une accommodation involontaire, et que celle-ci occasionne de nouveau des douleurs. 11 peut se produire également chez les emmétropes et même chez les myopes, à la suite de travaux prolongés dans des conditions propres à fatiguer l'accommodation.
"Mais il s'en faut que ce soit toujours sous la forme douloui'euse que se traduise i'excès pathologique de tonicité du muscle ciliaire. Parfois, et ces cas n'ont point appelé jusqu'ici de façon suffisante l'attention des ophthalmologistes, il ne se révèle que par le développement progressif et inconscient d'un état auquel nous avons donné le nom de « myopie dynamique. » Les sujets qui en sont atteints sont, pour la plupart, des élèves de collèges et pensionnats, assujettis à un mauvais éclairage, à des travaux assidus et prolongés sur de petits objets. Un moment vient où l'étude, surtout à la lumière artificielle, leur devient pénible ; ils clignent, accusent des douleurs périorbitaires et bientôt de la difficulté à suivre le calculs au tableau, ou à déchiffrer, à une distancejusque-là normale, les notes demusique pendant les leçons de piano. L'opticien, qu'on aeusoindeconsulter d'abord a constaté que la vision s'améliorait par l'interposition de verres concaves et n'a pas un instant hésité à en recommander l'usage. Mais les choses ont été de mal en pis: les verres concaves, en effet, provoquent alors, au lieu de la suspendre, une accommodation déjà en excès et le spasme s'exagère au lieu décéder. Cet état demande à être examiné et étudié avec le plus grand soin. Fréquemment, le médeciu-oculiste reçoit la visite de jeunes sujets, commensaux des
•écoles, se plaignant simplement de myopie et pour lesquels leurs parents viennent prendre un avis. S'il se borne à un examen superficiel et rapide (et combien de fois cela n'arrive-t-il pas?) il fait subir à son jeune client l'épreuve de la vision à distance des caractères titrés, dont la lecture n'est possible qu'à la condition de l'interposition d'un verre concave bientôt déterminé, le place en face de l'optomctre Perrin, qui lui fournit une indication concordante; s'assure que, pour la lecture, il rapproche le livre de ses yeux; conclut à l'existence d'une myopie de tel ou tel degré, et renvoie le jeune sujet muni d'une instruction indicatrice du numéro du verre concave à porter et des recommandations d'usage eu semblable occurrence.
Ce n'est pas ainsi qu'il faut procéder; l'adolescent qui accuse une myopie ' récente et rapide doit être tout d'abord considéré comme suspect et examiné avec le plus grand soin, au point de vue dioptrique, puis à l'ophthalmoscope. Si, au moyen de verres concaves, il reconnaît, placé devant les échelles typographiques, à une distance donnée, des caractères qu'il ne lit pas, à cette même distance, sans leur secours; si, en même temps, il marque, à l'optomètre Perrin, un degré négatif, et qtie, nonobstant, il éprouve du soulagement à lire au moyen de verres convexes appropriés; si, enfin, l'accommodation neutralisée par l'atropine, ces premiers phénomènes disparaissent, que la vision à distance repousse désormais les verres concaves comme entravant la vision, ou en demande de moins puissants, ou que celle-ci s'effectue bien sans eux, on peut être certain qu'on a affaire à une myopie dynamique.
Ces sujets sont de véritables malades qui demandent à être surveillés de près €t ti'aités de même. On détendra leur accommodation par l'usage continu ou intermittent de l'atropine, et, pour atténuer la gêne résultant de l'abord, à travers une pupille dilatée, d'une trop grande quantité de lumière, on recommandera l'emploi des lunettes à verres gris fumé ; enfin, pour les travaux sur de petits objets, quand l'état de la réfraction de l'œil l'exigera, celui de verres convexes appropriés Mais, par-dessus tout, l'on prescrira une hygiène oculaire sévère, dont le défaut, jusque-là, a fait tout le mal.
5° Hyperesthésie du muscle ciliaire. M. Dobrowolski, de Saint-Pétersbourg, a décrit sous ce nom Klinische Monatsblâtter filr Augenheilkunde, 1868) une affection de nature intermittente ayant son siège dans le muscle ciliaire. Il s'agit d'une jeune fille de vingt et un ans, se plaignant de myopie et de douleurs dans l'œil et dans la tête. La myopie était de | et l'amplitude d'accommodation de {■ ; la malade lisait mieux sans verres qu'en s'en servant, et les verres de g ou de j pour l'éloignement provoquaient de la fatigue et de la douleur. La malade était anémique et à système nerveux très-excitable. De temps à autre, elle était prise d'une douleur intense dans les yeux, augmentant encore au moindre effort d'accommodation. Pendant le repos, la douleur disparaissait. Cette douleur était de nature très-variée ; quand l'accès était très-intense, la malade décrivait la douleur comme ardente, il lui semblait qu'on lui brûlait les yeux au moyen d'un fer rougi à blanc. La douleur avait un caractère périodique ; elle commençait chaque jour entre quatre et huit heures, et, après avoir duré d'une demie à une heure, diminuait peu à peu et finissait par disparaître. Quinze centigrammes de sulfate de quinine trois fois par jour réussirent à faire disparaître la douleur au bout de cinq jours. L'apparition de la douleur était influencée par 1 état de l'atmosphère et surtout par l'atropine. Aussitôt qu'on cessait d'employer cette dernière substance, la douleur reparaissait. Pendant les accès, on pouvait observer
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à l'oplithalmiuscope une hyperémie capillaire du nerf optique et une diminution de l'ncuilé de la vision. L'atropine faisait disparaître l'hyperémie et l'acuité de la vision s'améliorait. Une légère hyperémie péri-cornéeune disparut par des solutions légères de sulfate de zinc et de nitrate d'argent.
, 4" Névralyie du muscle ciliaire. Il n'est pas de médecin un peu répandu dans la pratique ophthalmologique qui n'ait rencontré, une fois ou deux en sa vie, des malades accusant de violentes douleurs dans l'œil, se présentant le plus souvent sous la forme rémittente, une photophobie extrême et le larmoiement qui en est la conséquence, sans qu'aucune lésion des membranes extei'ues ou des membranes profondes donne la justification de ce cortège symptomatique. Cet état constitue la maladie dont nous avons à nous occuper en ce moment, cl dont plusieurs auteurs, M. Desmarres entre autres [Traité des maladies des yeux, lî^iSS, t. 111, p. 580), placent le siège dans les nerfs ciliaires qui, des deux angles antérleins des ganglions ophlhalmiques, se rendent au muscle ciliaire, à l'iris, à la conjonctive oculaire, enfui, à toutes les parties de l'œil douées de quelque sensibilité. Cette localisation est au moins trop restreinte, si elle n'est défectueuse; c'est évidemment le muscle ciliaire, où tous ces nerfs se donnent rendez-vous, qui est le siège principal de la névralgie dite « ciliaire ; » celle-ci a bien pu prendre son point de départ dans des ramifications nerveuses moins excentriques, mais le muscle ciliaire en est, pour ainsi dire, le nœud.
La névralgie du muscle ciliaire peut être symptomatique ou idiopathique • symptomatique, on la retrouve dans la plupart des maladies inflammatoires de l'intérieur du globe, dans l'iritis, l'irido-choroïdite, le glaucome, les lésions traumatiques, etc., et il eu sera question lorsqu'il sera traité de ces diverses affections ; idiopathique, elle peut se présenter à l'état aigu ou à l'état chronique. A l'état aigu, la névralgie du muscle ciliaire se manifeste brusquement par une sensation de tension, de gonflement, de chaleur incommode, augmentant rapidement d'intensité pour devenir bientôt intolérable, et comprenant non-seulement le globe de l'œil, mais encore l'orbite et son pourtour, et même toutes les autres 'parties animées par les branches de la cinquième paire. En même temps, le malade accuse une violente souffrance à la lumière, il recherche l'obscurité la plus profonde et l'accès du moindre rayon de lumière ; un coin de rideau relevé, une porte ouverte le mettent dans une grande perplexité. L'examen du globe est excessivement pénible et par là rendu presque impossible : néanmoins, si l'on parvient, de gré ou de force, ou après avoir anesthésié le sujet, à écarter ses paupières, on ne constate au globe qu'une injection conjonctivale plus ou moins prononcée et une pupille contractée ; des flots de larmes s'échappent ; toutefois, l'on ne découvre aucunes lésions, ni à la cornée, ni à l'iris, qui puissent rendre compte des phénomènes accusés. La douleur est conlinue, mais elle offre des exacerbations, sans périodicité régulière et se prolongeant ordinairement plusieurs heures, durant lesquelles le malade ressent et accuse d'indescriptibles souffrances, qui le jettent dans le désespoir et le découragement le plus profond. Ces paroxysmes finissent par céder, mais la douleur ni la photophobie ne disparaissent jamais tout à fait. Il y a rémittence plutôt qu'intermittence réelle. C'est, en un mot, l'une des névralgies les plus cruelles qui soient. Après un temps qui varie de quelques jours à plusieurs semaines, et même à plusieurs mois, la maladie s'arrête, ou disparaît même brusquement, ne laissant, après elle, aucune trace appréciable de son passage.
A l'état chronique, la névralgie du nmscle ciliaire se manifeste par une sen-
satiou pénible, éprouvée par le malade quand il s'applique à regarder de petits objets ; c'est l'accommodation qui est douloureuse, et cela se conçoit, puisque c'est l'organe chai'gé de cette fonction qui est le siège nécessaire de l'affection morbide. Dès que le travail est abandonné et le regard porté au loin, la sensation douloureuse s'efface ou disparaît même complètement, pour ne plus se représenter, si la cause qui l'a amenée a été écartée, pour se reproduire bientôt, au contraire, si la même cause se fait de nouveau sentir. Cette situation alors ne tarde pas à s'aggraver, la douleur intra-oculaire ne disparaît plus complètement à aucun moment du jour, et finit par se présenter sous la forme de paroxysmes plus ou moins longs et violents. L'œil est sensible à la lumière et la pupille contractée peut en diminuer l'accès ; les paupières sont clignotantes, et des larmes abondantes s'écoulent quand une lumière plus ou moins vive vient frapper l'organe; la maladie enfin peut passer ainsi plus ou moins brusquement à l'élat :aigu.
En général, le globe de l'œil, dans les paroxysmes surtout, ne peut être toucbè ni palpé sans augmenter l'état de souffrance ; néanmoins les malades trouvent, la plupart du temps, du soulagement, après l'avoir doucement et progressivement comprimé avec la paume de la main, ce qui n'a jamais lieu dans les maladies inflammatoires de l'œil. Si, ce qui arrive dans les cas graves, les muscles de la face participent à la maladie, les contractions dont ils sont le siège augmentent encore les angoisses des malades. Il y a généralement insomnie, inappétence, céphalalgie, mais pas de fièvre ; le plus souvent les deux organes sont frappés simultanément.
Quand la maladie a duré longtemps, les bords des paupières, incessamment baignées de larmes irritantes, finissent par rougir et s'irriter, la conjonctive scléroticale s'injecte, mais ces altérations sont purement symptomatiqucs et disparaissent dès que l'affection principale s'est elle-même dissipée. ' Les causes de la névralgie du muscle ciliaire sont mal déterminées. Un refroidissement subit paraît avoir présidé au développement de la plupart des cas connus, ayant débuté par l'état aigu. Elle s'observe particulièrement chez les femmes, en général, chez les personnes nerveuses. On doit à M. Hubsch {voij. Annales d'OcuUstique, 1860, t. XLIV, p. 49) l'observation d'un cas extraordinairement grave et tenace (après plus d'un an, l'on en attendait encore la gnérison) où la névralgie avait été précédée d'une ophthalmie phlycténulaire, qui se renouvelait à chacun des accès, et dont le retour se faisait chaque fois attendre des semaines et des mois, sans jamais perdre de leur intensité. A l'état chronique, l'exercice d'une vue amétropique sur de petits objets, à un éclairage insuffisant et dans de mauvaises conditions générales, a pu développer d'abord un état asthénopique, qui a fini par passer à l'état de véritable névralgie.
La névralgie ciliaire a été observée, à l'état épidémique, par le docteur E.-L. Berthcrand, à Teniet-el-Hâad (province d'Alger , voy. Annales d'oculistique, 1850, t. XXIV, p. 225). L'auteur de la relation de cette épidémie croit qu'elle y est née sous l'influence d'une constitution médicale particulière, dontles éléments ont été l'humidité et un état électrique et atmosphérique, réunis à des causes physico-morales débilitantes. Les habitants, dit-il, qui allaient et venaient constamment, qui passaient les journées à des travaux du dehors, ont été exempts du fléau épidémique qui, par contre, frappait ceux des membres de la famille qui étaient constamment retenus au logis.
Le rfea^wsiîc n'offre aucune difficulté: des douleurs intenses, survenant /?e-
riodiquement chez des personnes, indemmes jusque-là de toute affection ocu-. laire, se développent sans aucun signe de maladies externes, du côté de l'iris, ou de la cornée, et sans tension oculaire, se calmant plutôt qu'elle ne s'exaspère à une pression douce et continue, et une photophobie telle qu'elle ne se rencontre nulle part à un si haut degré, tels sont les signes, auxquels nul se saurait seméprendre, qui caractérisent cette pénible maladie.
Au point de vue de la conservation de l'organe, h pronostic delà névralgie ci- I liaire n'apoint de gravité; tous les cas connus se sont terminés sansylaisser d'altération durable. Il est loin d'en être ainsi, si l'on considère les maladies au point de vue des souffrances qui l'accompagnent, et qui, prolongées, peuvent finir par altérer les plus robustes constitutions.
En général, dans les cas dits rhumatismaux, idiopathiques, produits par l'action du froid, la durée de la maladie ne se prolonge pas au delà de quinze à vingt jours. Elle est indéterminée dans tous les autres, et suboi'donnée à la cause, souvent tenace, qui l'a engendrée.
Nous ne parlerons de traitement qu'en ce qui concerne la névralgie idiopathique du muscle ciliaire. Les malades, on n'a pas besoin de le leur ordonner, se tiendront dans une chambre et à l'abri de l'accès de toute lumière ; cette chambra sera vaste et aérée ; leurs yeux seront recouverts de tampons d'ouate fine, fixé& par un large bandeau, très-peu serré, de taffetas noir, et l'on ne les découvrira, pour les examiner, que le moins souvent et le moins longuement possible. Il n'y a rien à gagner ici (au contraire de ce qui se passe dans les cas de photophobie, symptomaf ique de l'ophthalmie scrofuleuse) à forcer la tolérance à la lumière, l'action de celle-ci ne pouvant servir, dans les cas qui nous occupent, qu'à entretenir et à exaspérer le mal. On prescrira, à l'intérieur, les opiacés, dans le but d'obtenirdu sommeil, et, dans tous les cas, sauf ceux de contre-indication du côté des voies gastriques, les sels de quinine, unis ou non au carbonate de fer ou au calomel, selon les cas ; on ne recourra au colchique que dans ceux où une constitution rhumatismale bien déterminée en réclamera l'emploi. A l'extérieur, les injections hypodermiques morphinées à la tempe, les vésicatoires volants à la régioni mastoïdienne, ou les vésicatoires extemporanés saupoudrés des mêmes sels de morphine, ou bien encore les badigeonnages avec la teinture d'iode morphinée ( teinture d'iode, 4 grammes ; hydrochlorate ou acétate de morphine, 20 centigrammes) soir et matin ; et, comme collyre, le sulfate neutre d'atropine, dont l'emploi, dans cette circonstance, ne doit jamais êti'e négligé, et a parfois suffi à amener la guérison, dans des cas chroniques où l'on avait commis jusque-là la faute de l'oublier. Warlomont.
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