CIMETIÈRE
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4JILI0-SPÏWALE (Région). Yoy. Moelle.
CBî.S. Voy. PAUPiÈnES.
CULS VÏBRi&TBÏiES. Voy. EpiTHÉLIUM, CÎMBRES. Voy. KvMRIS.
casiEXT. On emploie, dans l'art dentaire, une série d'amalgames, connus sous le nom de ciments, et qui servent à l'obturation des dents. Les ciments de Sullivan, diversement composés, mais qui contiennent pour la plupart du cuivre, se vendent en gros bols dont l'opérateur détache la quantité qui lui est nécessaire. D'autres pâtes, dont la composition n'a pas été, comme celles des précédentes, tenue secrète, renlerment en proportions variées divers métaux, tels que l'étain, l'argent, l'or, le cadmium, le palladium, le mercure. Le dînent Sorel est un mélange de chlorure de zinc et d'oxyde du même métal ; celui d'Osiemaier se prépare avec 13 grammes de chaux caustique et 12 grammes d'acide phosphorique anhydre, qu'on mêle rapidement et qu'on introduit aussitôt dans la dent cariée : le mélange se solidifie en peu de minutes.
Ce sujet a été traité en détail, avec toute l'autorité possible, par M. Magitot dans l'article consacré à la carie demaire {voy. ce mot). D.
CIBIETIÈRE (de /-o(/AV3Tflptov, lieu consacré au sommeil). Ce nom donné à l'asile des morts et qui se trouve avec ce sens dans la Bible, est particulier aux chrétiens. Il est en rapport avec le dogme de la résurrection.
Une partie des questions qui se rattachent à l'inhumation, à l'établissement des cimetières, a déjà été touchée à l'article Mort. On y a également parlé d'un autre modede destruction des cadavres, à savoir delacrémation ou incinération. Ce serait ici le lieu d'envisager spécialement la question d'hygiène publique; de rechercher jusqu'à quel point les cimetières sont susceptibles de dégager des gaz nuisibles à la santé et d'infecter les eaux du voisinage, et dans quelles circonstances ces émanations, dont l'existence ne saurait être contestée, se produisent plus particulièrement ou deviennent plus dangereuses ; d'étudier l'influence dé l'exposition du sol, des plantations d'arbres, etc. Mais il nous a paru qu'il y avait avantage à rapprocher toutes ces questions de celles qui concernent plus spécialement l'inhumation, le mode de transport des cadavres, les pompes fu-. nèbrcs, la profondeur et la distance respective des fosses, la nature des cercueils, et de rassembler les unes et les autres dans un seul article {voy. Inhumation).
29G - CINA.
CIMEX. Yoy. Punaise.
CIMICIQUE (Acide). C^^fP'O*. Acide gras découvert par Carius dans une punaise des forêts {Rlmpliigaster piinctipennis, Illiy.) qu'elle sécrète par un organe spécial de l'abdomen. On l'en extrait, en éliminant d'abord par l'alcool froid une matière brune, et en traitant ensuite par de l'éther à la température ordinaire. Tiré ainsi des punaises, l'acide cimicique est à l'état d'une huile brunâtre qui se concrète à la longue. On le purifie en le transformant en sel de plomb, qu'on décompose par l'hydrogène sulfuré.
Cet acide pur cristallise en prismes incolores groupés en étoiles. 11 possède une odeur de rance faible, mais caractéristique; il fond entre 45° et 44", et sa densité est moindre que celle de l'eau. Il se décompose par la distillation, et se dissout facilement dans les alcalis ; presque tous ses sels métalliques sont insolubles dans l'eau, ainsi que dans l'alcool et l'éther.
L'acide cimicique est isomère avec l'acide moringique, retiré par Walter des semences dehcn{Ann. der Chem. u. Pharm, t. GXIY, p. 147). M.
CBIMOLÉE (Terue). Voij. Argile. ' . .
C11VA. Nom donné à la plante qui produit le Semen contra {voy. ce mot). On sait que ce médicament est formé par les petits capitules d'une plante du troupe des Artemisia {voy. Armoise), mais pendant longtemps on a méconnu sa véritable origine en l'attribuant à des espèces dont les capitules s'en rapprochent en effet, mais sans être tout à fait identiques.
Ainsi V Artemisia Vahliana Kosteletzky [Artemisia contra Vahl.) a été longtemps regardée comme la plante mère du semen contra. Elle s'en distingue cependant irès-nettement par ses capitules ovales beaucoup plus élargis et par les bractées de l'involucre beaucoup plus larges et plus arrondies.
De même, V Artemisia judaica a de gros capitules presque hémisphériques, jdont les bractées de l'involucre sont largement arrondies, et qui n'ont pas d'ailleurs l'odeur du semen contra.
h'artemisia Seberi Besser {Artemisia glomerata Sieber) porte aussi des capitules d'une forme différente, et qui se distinguent également par le moindre nombre de glandes qu'on trouve sur les bractées de l'involucre.
Aussi Otto Berg avait-il eu l'idée d'établir, sur les fragments de la plante qui arrivent dans les drogniers, une nouvelle espèce qu'il avait désignée sous le nom à' Artemisia Cina. Cette plante a été trouvée, dans sa station naturelle, par le professeur russe Petzhold, qui a passé le printemps et l'été de 1870 dans le ïurkestan, et a pu cueillir cet Artemisia dans la région de Taschkcnt, dans une localité située, par44o de latitude nord et 68" longitude est, entre le lac d'Aral et le lac Balkasch.
Cette espèce décrite par M. Willkomm, professeur à Dorpat, appartient à la section des Seriphidiiim du genre Artemisia. Elle présente les caractères suiivanls:
j Plante sous-frustescente, à souche épaisse, tortueuse, émettant des tiges aé-
Vriennes ligneuses à la base, hautes de 50 à 50 centimètres. La base porte des
•'feuilles serrées les unes contre les autres, longuement pétiolées, bipinnatisé-
ijuées, à segments linéaires, couverts d'une pubescence blanchâtre. Les feuilles
caulinaires sont très-petites et complètement glabres à partir de la partie
moyenne: la moitié supérieure porte de longs ramuscules allongés, dressés,
CINCHONICINE (chimie). 297
couverts de nombreux capitules disposés en épis lâches simples, ou en petits glomérules groupés en épis. Ces petits capitules sont larges de 7) millimètres environ au moment de la floraison ; ils sont oblongs ; l'involucre est formé d'une douzaine de bractées imbriquées, très-glabres, oblongues, linéaires obtuses, concaves, largement scarieuses sur le bord, marquées d'une nervure verte sur le dos, et portant sur chaque face de nombreuses papilles glanduleuses. Le réceptacle porte trois à six fleurs à l'aisselle des bractées; ces fleurs sont fertiles, disposées par paires; la corolle obconique est marquée de dents obtuses et triau- "ulaires ; elle surmonte un ovaire quatre fois plus court qu'elle ; et elle est recouverte de nombreuses papilles résineuses serrées les unes sur les autres.
Cette espèce fournit le Scmen conti'a officinal, celui qu'on désigne sous le nom de semen contra d'Alep, ou encore de sementine, barbotine, sancionica, semen €inœ, semen sanctum.
D'autres espèces d'Artemisia doivent en être rapprochées, comme fournissant aussi des semen contra. Ce sont : l'Artemisia pauciflora Sctechm., Y Artemisia monogyna Waldst. et Kit. ,S microcephala DC. ; V Artemisia Lercheana Stechm. ^ Gmeliana DC. Elles doiment le semen contra de Sarepla ou de Russie.
La première de ces espèces, Artemisia pauciflora Stechm., est une plante qui Vient àSarepta, sur le Volga. Elle est sous-fruticuleuse, blanchâtre sur les jeunes rameaux, glabriuscule sur les rameaux adultes, portant des capitules sessiles le long des rameaux, à involucres formés de bractées obtusiuscules, dont les intérieures scarieuses. L'Artemisia monogyna, ^microcephala, vient à Odessa, autour tle la mer Caspienne et à Sarepta. La plante a des involucres pédicellés, qui rappellent par leur forme ceux de l'espèce précédente. Les deux espèces donnent un mélange de capitules bruns, ouverts en forme de coupe, ou non encore épanouis, portant un duvet aranéeux rare et visible seidement à la loupe, et sur les bractées intérieures, de grosses glandes d'un jaune orangé. On a donné à ce semen contra de Russie le nom spécial de cina indien {Cina indicum).
Quant à l'Artemisia Lercheana Stechm . , p Gmeliana DC. , il vient à la fois dans le Volga, le Caucase et le sud de la Sibérie. La plante est blanchâtre, et ses capitules sont couverts d'un duvet aranéeux, qui donne au Semen contra, qu'ils produisent, un aspect blanc cotonneux spécial.
De Candolle. Prodromiis, VI, 102. — Derg et Sciimidt. Darstellung und Beschreibung offi- ■zinellen Gewàchse. — Willkojiji. Botanische Zeilung, l" mars 1872, p. 130. — G. Plani-uo». ■Traité pratique de la détermination des drogues simples, l, 248. Pl.
. ciniCuoxA. Voy. Qi'inquina,
CIKCHOXÉES. Nom donné à une des grandes divisions de la famille des Rubiacés, caractérisée par la présence de plusieurs graines dans les loges de la capsule. Elle comprend le genre Cinchona, qui fournit les quinquinas.
] ci\cuo:vÉTiXE. Voy. Ciinchoniine.
Ci:w€HO\ici\E. C'W'Az^O^. g L chimie. Lorsque les sulfates de cinchonine ou le sulfate de cinchonidine sont soumis, dans certaines conditions, à l'influence de la chaleur, ils subissent une modification isomérique et se transforment en sulfate de cinchonicine, dont on isolera la base par les procédés ordinaires (M. Pasteur). Cet alcaloïde est donc un produit artificiel.
La cinchonicine est très-amère, presque insoluble dans l'eau, trcs-soluble
298 CINCIIONICINE (emploi médical).
dans l'alcool ; elle se combine avec l'acide carbonique et chasse rammoniaqu& de ses combinaisons.
Cet alcaloïde artificiel est dextrogyre, c'est-à-dire qu'il dévie à droite le plan de polarisation de la lumière polarisée. Il est fébrifuge. M.
§ H. Emploi médical. La cinchonicine a été proposée par Pasteur comme fébrifuge, à l'état de sulfate ou de tartrate.
Forget a expérimenté le sulfate de cinchonicine aux doses de 50 centigrammes à 1 gramme en solution. Chez dix fiévreux, dont six atteints de fièvre quotidienne et quatre de fièvre tierce, les accès ont été modifiés six fois, mais ils n'ont été arrêtés franchement que trois fois. Dans les quatre autres cas, la fièvre a persisté sans aucun changement. Il y a eu deux récidives, et cinq fois la fièvre, qui n'avait pas été arrêtée par le sulfate de cinchonicine, l'a été immédiatement par le sulfiite de quinine.
Le sulfate de cinchonicine, donné à la dose de 2 grammes par jour, a fait disparaître, au bout de six jours, un rhumatisme articulaire aigu {Gaz. méd. de ■Strasbourg, 22 novembre 1855).
Rayer a mis à l'essai le tartrate de cinchonicine. Ce sel, peu soluble, a été donné, soit en poudre, soit en pilules, à des doses qui ont varié de 50 cenlfgrammes à I gramme. Chez sept malades, dont deux atteints de fièvre quotidienne et cinq de fièvre tierce, les accès n'ont été coupés qu'une fois ; dans les six autres cas, la fièvre n'a été arrêtée qu'au troisième et au quatrième accès; une fois même la fièvre ne put être arrêtée. Il y a eu des récidives, dont le sulfate de quinine seul a triomphé.
Briquet a essayé aussi le tartrate de cinchonicine sur un enfant qui avait une fièvre tierce; la fièvre ne fut en rien modifiée, tandis qu'elle fut immédiatement arrêtée dès que l'on recourut au sulfate de quinine ( Traité thérapeutique du quinquina). j
Les préparations de cinchonicine se sont donc montrées inconstantes et insuffisantes comme antipériodiques et fébrifuges. Un cas de succès contre le rhumatisme ne prouve pas quelle influence il serait réellement susceptible d'exercer sur cette maladie. i
Rayer et Forget ont constaté que la cinchonicine est mal tolérée; ils l'ont vu causer soit des vomissements assez fréquents, soit de la diarrhée. Ces inconvé-r nients n'étant pas compensés par des avantages, reconnus moindres, î\u conr traire, que ceux des autres alcaloïdes du quinquina, on n'a pas insisté sur l'emploi thérapeutique de la cinchonicine, qui reste délaissée et paraît le justifier. Nous devons ajouter toutefois que Debout, d'après quelques expériences comparatives qu'il a pu faire, estime que la valeur fébrifuge du sulfate de cinr chonicine est un peu plus considérable que l'a trouvée le professeur Forget; mais encore serait-elle plus faible que celle du sulfate de quinine et même dii sulfate de cinchonine ; car Debout, représentant par 1 la quantité de sulfate de quinine nécessaire pour triompher d'une fièvre intermittente, porte à 1 1/2 celle du sulfate de cinchonine, tandis qu'il en faudrait 2 de sulfate de cinchonicine. De plus, la cinchonine exigeant une opération chimique pour être transformé^ en cinchonicine, il y a là une main-d'œuvre qui atténue les avantages économiques que l'on aurait pu rechercher dans l'application à la médecine pratique de l'alcaloïde découvert par Pasteur {Bull, de thérap., 1855, t. XLVIII, p. 266).
D. DE Savicnac.
CINCHONIDINE (emploi médical). 293
Cl^xnoivmiKE C^ofF^Az'O^ § I. chimie. Celte substance est un de» deux alcaloïdes dont se compose la quinidine. Elle est isomère avec la cincho-^ nine (Pasteur, Comptes rendus deV Institut, i. XXXVI, p. 26; t.XXXVIl.p. 110). Cet alcaloïde paraît exister, d'après M. Winkler, presque uniquement dans certaines écorces. Ce chimiste l'a découvert dans l'écorce du quinquina de Maracaïbo. Depuis il a été retiré d'un quinquina dit de Bogota [Répertoire de pharm., t. Y, p. 76; t. IV, p. 528).
La cinchonidine cristallise en prismes rhomboïdaux de 94", durs, possédant un éclat vitreux et des faces fortement striées ; réduite en poudre, elle devient électrique par le frottement ; elle est inodore, à peine soluble dans l'eau et l'éther, plus soluble dans l'alcool. Elle possède une saveur amère moins intense que celle de la quinine.
Vers 175" la cinchonidine fond en produisant un liquide jaunâtre qui prend de nouveau la forme cristalline par le refroidissement ; à une température plus élevée, elle brûle avec une flamme fuligineuse et répand une odeur d'amandes amères ; dissoute dans l'alcool absolu à la température de 15», elle est fortement lévogyre ; distillée avec de la potasse et un peu d'eau, elle dégage une matière huileuse jaune, qui possède tous les caractères de la quinoléine.
Cet alcaloïde se prépare par le même procédé que celui qui est pratiqué pour obtenir la quinine et la cinchonine. Il est nécessaire cependant de le faire cris-'' talliser dans l'alcool à 90 centésimaux, autant de fois que la solution abandonnée à l'évaporation spontanée laissera déposer une matière résineuse- La cinchonidine du commerce est rarement pure ; elle contient de la quinidine. On s'assure de sa pureté: 1" en en exposant à l'air chaud nombre de cris* taux récents , tous les cristaux de cinchonidine resteront transparents ; ceux de quinidine deviendront efflorescents ; 2" en soumettant les cristaux de cinchonidine à l'action du chlore et de l'ammoniaque, ils ne subissent aucune altération, tandis que les cristaux de quinidine verdissent comme ceux de quinine. M.
Sels de cinchonidine. Les sels de cinchonidine donnent par les alcalis, les carbonates et les carbonates alcalins, un pi'écipité blant insoluble dans un excès de réactif et qui se prend par le repos en gros cristaux, solubles dans l'alcool, moins solubles dans l'eau, et presque insolubles dans l'éther. Sous l'influencé d'une chaleur élevée, les sels de cinchonidine se transforment, comme ceux de cinchonine, en sels de cinchonicine. M.
§ II. Emploi médical. La cinchonidine est à la cinchonine ce que la quinidine est à la quinine {voy. Quinquina, p. 552); elle doit donc avoir une action analogue à celle de la cinchonine, peut-êti'c un peu plus faible ; elle doit en revanche en avoir une plus forte que la cinchonicine, et elle aurait mieux mérité les honneurs de l'expérimentation. Il y aurait dans son emploi des avantages économiques incontestables ; car, de môme que la quinidine, elle se trouve en grande quantité parmi les produits des manipulations du quinquina qui fournissent la quinine et la cinchonine. On s'est souvent demandé ce que deviennent la quinidine et la cinchonidine, et si elles ne servent pas à falsifier les deux autres alcaloïdes. Il vaudrait mieux leur donner loyalement une autre direction, en les utilisant comme succédanés économiques de la quinine, à la condition, bien entendu, que des études rigoureuses eussent préalablement reconnu leur efficacité, tout au moins contre les fièvres intermittentes peu intenses
500 CINCHONINE (chimie).
et sans complications. Les essais ont commencé avec la quinidine; mais la cinchonidinc n'a pas encore été, à notre connaissance, employée en médecine, et nons ne pouvons, par conséquent, rien dire de précis sur ses propriétés physiologiques et thérapeutiques. D. de Savignac.
CII«CHOI«l]^K. C^'TI^Az^O^ § I. Chimie. Alcaloïde tiré en 1821 du quinquina gris par Pelletier et Caventou, qui les premiers en firent connaître les propriétés alcalines {Ann. de chim. et de phys., t. XV, p. 291 et 557). Cette substance avait déjà été obtenue, mais non à l'état pur, en 18H, par le docteur Gomez de Lisbonne, qui ne lui avait pas reconnu les caractères alcalins (Gomez, Edinh. Med. and Surg. Journ., oct. 1811).
Dans les eaux mères du sulfate de quinine on trouve le sulfate de cinchonine, mais lorsqu'on veut des quantités assez fortes de ce dernier alcaloïde, mieux vaut traiter le quinquina gris au lieu du quinquina jaune. Cependant, comme la première de ces deux espèces renferme un peu de quinine, on obtiendrait toujours un mélange de deux alcaloïdes si Ton n'avait dans l'éther, qui dissout facilement la quinine et à peine des traces de cinchonine, un moyen facile de séparation.
■ La cinchonine cristallise en prismes quadrilatères qui réfractent fortement la lumière ; sa dissolution ramène au bleu la teinture de tournesol préalablement rougie par un acide ; elle est douée d'une saveur amère, styptique et persistante. Elle est à peine soluble dans l'eau, moins soluble que la quinine dans l'alcool, elle s'y dissout néanmoins d'autant plus facilement que ce dernier est plus concentré et plus chaud. Le chloroforme, les huiles fixes et essentielles la dissolvent en petite quantité. L'éther porté à la températui-e de 20", en dissout -3-77 de son propre poids. Les dissolutions cinchoniques sont fortement dcxlrogyrcs. , La cinchonine fond vers 165» et se prend par le refroidissement en une masse cristalline; à une température plus élevée elle se volatilise en partie en répandant une odeur aromatique ; chauffée dans un courant d'hydrogène ou d'ammoniaque, elle se volatilise entièrement, et en se refroidissant, sa vapeur cristallise en prismes brillants qui atteignent parfois une longueur de 27 millimètres.
Le chlore et le brome attaquent vivement la cinchonine en donnant naissance à des produits de substitution. Mélangée avec de l'ammoniaque et de l'eau chlorée récemment préparée ne verdit point comme la quinine. Distillée avec de la potasse, elle engendre une multitude d'alcaloïdes parmi lesquels figure la quinoléine (Greville Williams).
Lorsqu'on fait agir du chlore sur une solution chaude et concentrée de chlorhydrate de cinchonine, il s'en dépose une poudre cristalline de chlorhydrate de cinchonine bichlorée ; de la dissolution de cette poudre dans l'eau bouillante, l'ammoniaque précipite la cinchonine bichlorée. Le chlorhydrate de cinchonine, chauffé avec un excès de brome et une petite quantité d'eau, se convertit eu chlorhydrate de cinchonine bibromé, dont la solution aqueuse, traitée par l'ammoniaque, dépose de la cinchonine bibromée en lamelles incolores.
La cinchonine forme avec les acides des sels cristallisés pour la plupart, amers, ayant une grande analogie avec les sels de quinine, mais plus solubles que ces derniers dans l'eau et dans l'alcool. Quelques sels neutres de cinchonine, tels<[ue le citrate, l'acétate, traités par l'eau chaude, se décomposent avec séparalion de cinchonine. Cet alcaloïde ne contracte pas de combinaisons stables avec l'acide carbonique, M.
CINCHONINE (emploi médical). 501
3 II. Emploi médical. HISTORIQUE. La cinchoiiine a doublement précédé la quinine dans l'emploi médical ; car, d'une part, les premiers quinquinas usité.5 et ceux qui ont continué à l'être le plus jusqu'au commencement de ce siècle, se rapportaient au quinquina gris dans lequel domine la cincho» nine; et, d'autre part, ce fut cet alcaloïde, entrevu antérieurement par Gomez et par Laubert {voy. art. Quinine, historique), que découvrirent en premier lieu Pelletier et Caventon. Expérimentée par Chomel, Double et Magendie, la cinclionine lut considérée d'abord comme le principe actif du quinquina; mais à ce moment la Bolivie et le Pérou versaient en abondance sur le marché le calysaya, analogue au jaune royal, espèce rare et néanmoins très-cstimée. Les propriétés énergiques de ces quinquinas en inspirèrent l'analyse, qui eut pour résultat la découverte de la quinine. L'essai de celle-ci ne tarda pas à démontrer sa supériorité sur la cinchonine, qui, après avoir failli devenu- le fébrifuge généralement adopté, fut éclipsée par sa rivale au point de tomber dans un délaissement prjsque absolu. Cependant, tous les praticiens n'oublièrent pas les premières applications qui lui avaient été favorables. Reprise en seconde main par de nouveaux expérimentateurs, la cinchonine fut reconnue posséder des propriétés analogues à celle de la quinine, tant comme fébriiuge et antipériodique que sous d'autres rapports. Ses sels, plus solubles et moins amers que ceux de la quinine, n'en étaient que mieux acceptés par certains malades. Enfin une question économique, (jui avait aussi son importance, contribua à la rappeler à l'attention ; elle était beaucoup moins chère que la quinine, dont le prix s'est parfois élevé à un taux excessif, et qui en tout état de chose reste un médicament dispendieux. Le principal mobile de sa réhabilitation fut donc le désir de mettre à la portée des fortunes médiocres nn lébrifuge laissé sans emploi dans les fabriques de sulfate de quinine. L'utilisation du sulfate de cinchonine est particulièrement due au zèle avec lequel Delondre a fait ressortir ses avantages économiques et thérapeutiques ; les premiers sont positifs ; nous allons tâcher d'apprécier la valeur des seconds.
Action imiysiologique. La cinchonine a été beaucoup moins étudiée eu phy-n siologie expérimentale qu'en thérapeutique. Les données ne sont donc pas assex nombreuses pour que l'on puisse préciser en tous points son action physiologique , ni la comparer rigoureusement à celle de la quinine. Il est acquis néanmoins que , sous ce rapport, il existe entre ces deux alcaloïdes beaucoup d'analogie; mais ils offrent aussi, particulièrement dans les applications thérapeutiques , des dissemblances plus ou moins notables selon les observateurs.
Les expériences de Magendie, dont nous avons déjà eu occasion de parler [voy. Ql'KMNe, p. 210), sont évidemment imparfaites ou exécutées avec de trop, faibles doses, puisqu'il est arrivé à admettre que les sels de chinchonine, aussi; bien que ceux de quinine, injectés dans la jugulaire des chiens, ne les tuent, pas, et, par conséquent, ne sont pas vénéneux pour ces animaux. L'action toxique, de ces alcaloïdes et par suite leur action physiologique en grande partie, ont donc échappé à l'habileté de cet expérimentateur, contredit sur ce point par tous ceux qui sont venus après lui.
Pour Briquet, la cinchonine et la quinine ne diffèrent que par l'intensité d&, leurs effets. La première agit comme la seconde sur le cerveau, avec moins, d'énergie ; les troubles de l'ouïe sont également moindres; les troubles de la vue» les vertiges, la titubation sont les mêmes ; elle déprime et ralentit de la même
502 CINCHONINB (emploi médical).
manière les contractions du cœur et des artères, sa puissance dépressive e'tant inférieiu^e d'un tiers à celle de la quinine.
Injecté dans la jugulaire des animaux, le sulfate de quinine montre un pouvoir toxique double de celui du sulfate de cinchonine.
Sur le tube digestif, même action de la part de ces deux sels, d'après cet observateur ; il a remarqué seulement un peu plus de sensibilité exprimée par les hautes doses du sulfate de cinchonine, un peu plus de cuisson lors des appli. cations de ce sel sur les plaies des vésicatoires. La cinchonine est donc un irritant local un peu plus actif que la quinine, mais la différence n'est pas trèsgrande. Bailly, au contraire, avait trouvé le sulfate de cinchonine moins irritant que celui de quinine.
Enfin Briquet dit avoir constaté qu'il faut moitié en plus de cinchonine pour produire les mêmes effets thérapeutiques que la quinine.
Les expériences de Briquet sont contfredites, sur quelques points, par celles de Bouchardat, Delondre et Girault. D'après ces trois observateurs, le sulfate de cinchonine injecté dans les veines chez les chiens, détermine la mort à une dose moindre que le sulfate de quinine; le premier de ces deux sels produit une action toxique très-supérieure à celle du second sur les grenouilles et sur les lapins. L'un de ces observateurs, expérimentant sur lui-même, a vu le sulfate de cinchonine, aux doses de 25 à 70 centigrammes, déterminer une élévation telle du pouls que, à la suite de la dernière dose, par exemple, prise en une seule fois, il avait presque doublé au bout d'une demi-heure. Mais comme il survenait ultérieurement une faiblesse générale, au milieu de laquelle vraisemblablement le pouls baissait en proportion, l'excitation circulatoire primitive a bien l'air de ressembler ici à celle que l'on observe souvent au début d'une expérience, causée tant par l'émotion morale que par le premier choc du médicament sur l'organisme. Le même effet, initial s'est souvent vu au moment de l'ingestion de la quinine, ce qui n'empêche pas cet alcaloïde de déprimer plus tard le pouls. On ne saurait contester à la cinchonine la même action dépressive, trop bien établie par son influence antipyrétique pour être révoquée en doute sur des données expérimentales passibles d'interprétation. L'expéi'imentateur en cause paraît d'ailleurs avoir offert, à l'égard de la cinchonine, une susceptibilité exceptionnelle qui a considérablement forcé la note de son action physiologique.
Béraudi, que nous avons déjà eu l'occasion de signaler et de critiquer (art. Quinine) pour s'être obstiné à n'attribuer que des propriétés stimulantes aux sels de quinine, n'a pas manqué de prêter les mêmes propriétés aux sels de cinchonine. Selon lui, le sulfate, le tartrate, l'acétate, le chlorhydrate de cinchonine augmentent la fréquence du pouls ; le nitrate seul l'aurait fait baisser de dix pulsations. Toutes les variations du pouls que, dans l'expérimentation physiologique, la cinchonine serait susceptible de produire, peuvent s'expliquer comme elles l'ont été à propos de la quinine, et nous n'avons pas à y revenir. En somme, les sels de cinchonine, à doses médicales et sur les fébricitants, sont, ainsi que les sels de quinine, des modérateurs du mouvement circulatoire, et, sur ce point, tous les cliniciens qui les ont employés sont de l'avis de Briquet.
Ces objections faites sur les constatations relatives au pouls, nous relaterons avec plus de confiance les autres effets signalés par les auteurs qui ont le plus étudié la cinchonine, c'est-à-dire par Bouchardat, Delondre et Girault, Bailly, Béraudi, Wahu, Moutard-Martin.
Le sulfate de cinchonine, appliqué sur la membrane muqueuse de la bouche,
CINCHONINE (emploi médical). 305
donne une sensation d'amertume supportable, que l'on fait disparaître promptement en se lavant la bouche deux ou trois fois ; elle devient sèche d'abord, puis la sécrétion de la salive augmente, mais elle reste collante, mousseuse ; lorsque Ja dose est plus élevée, les fosses nasales participent à ce phénomène (Bouchardat, Deloudre et Girault).
D'après Béraudi, les sels de cinchoniue produisent la rougeur de la langue, <lu ptyalisme, de la soif, une sensation de chaleur qui, partie de l'estomac, devient générale et s'accompagne de rougeur de la face ; le nitrate, qui paraît -être le plus actif, cause en outre de la constriction à la gorge.
Cette sensation de chaleur à l'estomac est également signalée par Bouchardat, Belondre et Girault ; elle se complique, d'après ces observateurs auxquels il faut joindre Moutard-Martin, de douleurs plus ou moins vives dans l'estomac, parfois dans les intestins, souvent de nausées et quelquefois même de vomissements. La diarrhée a aussi été observée. Béraudi, après avoir noté pour la cinchonine, son sulfate et son acétate, les nausées, n'impute les vomissements qu'au nitrate qui produirait, en outre, une diarrhée pouvant durer jusqu'à quatre jours. Moutard- Martin a observé une fois des douleurs dans les membres.
L'un des phénomènes les plus saillants est la céphalalgie, remarquée par presque tous les observateurs. Elle est constante, dit Moutard-Martin, chez les malades qui sentent, si peu que ce soit, les effets du sulfate de cinchonine. Variable ^n intensité, elle peut aller jusqu'à devenir intolérable ; elle est ordinairement assez courte ; dans quatre observations de Wahu on la voit persister, sous forme périodique, après la cessation des fièvres auxquelles avait été opposé le sulfate de cinchonine. Cette céphalalgie est constrictive et offre, en outre, ce caractère particulier, d'occuper exclusivement les régions frontale et temporale, jamais la partie postérieure de la tête.
Les sels de cinchonine occasionnent avec moins d'intensité, et moins constamment que ceux de quinine, des vertiges, des éblouissements, des bourdonnements; si l'ébriété se produit, elle est plus fugace. Du moins, les choses se passent ainsi avec les doses médicales ; car il se pourrait fort bien que, à doses toxiques, les phénomènes nerveux eussent la même violence qu'avec le sulfate •de quinine; ces dernières doses ont produit des convulsions chez les chiens; on les a vu aussi déterminer une forte dilatation pupillaire ; mais les doses moindres laissent aux pupilles leur jeu normal ou tendent plutôt à les rétrécir. Dans ses ■expériences sur les animaux, Briquet a vu les doses toxiques amener la prostration, la stupeur, le coma. Béraudi, Bouchardat, dans un emploi plus modéré de la cinchonine, l'ont vu néanmoins provoquer de la somnolence, un besoin de ■dormir, et des rêves pénibles ou bizarres lorsque le sommeil survient.
La cinchonine peut susciter du côté de la poitrine des accidents plus doulou- ! reux et plus graves que du côté de la tête. Ce sont des soubresauts du cœur, de î'anxiété, de l'angoisse précordiale, avec gêne et ralentissement de la respiration ; ce ralentissement coïnciderait avec l'accélération de la circulation, fait extraordinaire, s'il est vrai, car il serait en opposition avec la concordance habituelle du rhythme de ces deux fonctions. Il est affirmé par l'un des collaborateurs de Bouchardat, qui l'a constaté sur lui-même, et a dû suspendre l'expérience à, ■laquelle il s'était soumis, par suite de la véhémence de la douleur précordiale, envahissant presque tout le côté gauche de la poitrine.
Les sujets qui ont été atteints par ce genre de douleur, de même que ceux qui ont souffert de la céphalalgie dont il a été question plus haut, éprouvent bientôt
304 CINCHONINE (emploi médical).
un sentiment de faiblesse générale ; les bras s'alourdissent, les jambes fléchissent, et quelquefois il survient des syncopes. Tous les malades, dit Moutard-Martin, qui ont éprouve le mal de tète, ont ressenti en même temps une faiblesse des plus pénibles et très-variable dans son degré ; quelquefois c'est un simple affaiblissement, delà paresse à se mouvoir; d'autres fois, c'est une faiblesse poussée à l'excès avec menace de syncope, défaillances, pâleur de la face, ralentissement du pouls. Mais il y a plus; dans les observations de Girault, nous en trouvons deux où les sujets, n'ayant pris que 50 centigrammes de sulfate de cinchonine en un seul coup, ont eu, une demi-heure après, une syncope qui a duré une heure; il n'est fait mention d'aucun autre accident antérieur à celui-là, comme dans les cas précédents. Les phénomènes hyposhéniques dont nous venons de parler, susceptibles d'aboutir à un état syncopal et traduisant une action paralysante qui peut s'étendre jusqu'au cœur, sont, sans contredit, ceux qui doivent le plus faire réfléchir les praticiens avant de s'engager dans des applications trop hardies des sels de cinchonine.
" Les différents phénomènes que nous venons de passer en revue peuvent se présenter partiellement ou en totalité chez le même individu. Ce que l'on observe le plus habituellement, dit Moutard-Martin, l'un des expérimentateurs qui ont le niieux apprécié les effets du sulfate de cinchonine, ce sont des malades qui éprouvent la céphalalgie avec constriction, faiblesse générale et menace de syncopes, un peu de douleur d'estomac. Ces effets physiologiques débutent ordinairement peu de temps après l'ingestion du sulfate de cinchonine ; cela varie d'un quart d'heure à une demi-heure; quelquefois ils sont presque instantanés; ils durent peu : d'une demi-heure à trois quarts d'heure. Le meilleur remède que Moutard-Martin ait trouvé contre ces malaises, souvent fort pénibles pour les malades, c'est l'ingestion d'un peu d'eau froide, qui calme rapidement la douleur d'estomac et abrège la durée des autres accidents. Parfois cependant, lorsque la défaillance est trop prononcée, l'eau froide ne suffit pas. Nous conseillerions en pareil cas, surtout s'il existait en même temps de l'angoisse précordiale, une potion avec de l'éther et de l'hydrolal de menthe ou de cannelle ; des toniques énergiques seraient indiqués en cas de faiblesse excessive, et il est à peine besoin d'ajouter que les stimulants de toute sorte deviendraient nécessaires contre l'état syncopal.
' La cinchonine est absorbée et passe en nature dans le sang, de même que tous les alcalis végétaux. Ainsi qu'eux, elle est probablement en partie détruite dans le sang; elle semble être en plus grande partie éliminée sans décomposition. D'après Bouchardat, on la retrouve dans l'urine de une à trois heures après son absorption, augmentant pendant cinq à six et diminuant jusqu'à sa disparition qui arrive de dix à vingt-quatre heures api'ès la dernière prise, selon la quantité qui a été administrée. On la décèle à l'aide de l'iodo-iodure de potassium, qui donne avec elle un piwipité couleur jaune orangé, non caractéristique toutefois, car cette couleur est commune à d'autres bases végétales précipitées par le même réactif.
X petite dose, le sulfate de cinchonine provoque de fréquentes envies d'uriner, qui diminuent, ainsi que l'urine, à mesure que l'on augmente la dose de ce sel.
Le sulfate de cinchonine exerce sur la rate la même influence que le sulfate de quinine; elle est imlle sur les engorgements anciens, très-volumineux, réelle et même très-prompte sur les engorgements récents et aigus. C'est ce qui ressort particulièrement des observations faites par Iludellet, et de celles recueillies pa?
CINCHONINE (emploi médical). 305
Michel Lévy. Laveran me toute action, immédiate ou consécutive, de la cinclionine sur la rate engorgée, action du reste qu'il refuse également au sulfate de quinine.
Action thérapeutique. La cinchonine n'a pas été comme la quinine appliquée au traitement des maladies les plus diverses ; elle n'a été sérieusement essayée que dans les fièvres intermittentes, et accessoirement contre le rhumatisme. Aussi, peut-on dire que toute son histoire thérapeutique se résume en une question de comparaison entre ses propriétés antipériodiques et fébrifuges et celles delà quinine. Nous allons donc reproduire succinctement les principaux éléments de cette comparaison.
Les premiers expérimentateurs, Chomel, Double, Dufour, tout en reconnaissant l'action fébrifuge de la cinchonine, la trouvent moins prompte, moins sûre que celle de la quinine. Magcndie, qui avait obtenu d'abord des résultats avantageux de l'emploi du premier de ces alcaloïdes, finit par l'abandonner pour ne plus recourir qu'au second.
Mais bientôt survinrent des observateurs plus satisfaits. Entre autres, Pétroz, Pothier, Nieuwenhuis, Halle, admettaient la rivalité des sulfa(es de quinine et de cinchonine. Bailly trouvait à la cinchonine des propriétés moins irritantes sur les systèmes nerveux et digestif; il la jugeait d'une application plus générale, plus efficace, et en beaucoup de cas plus heureuse que la quinine ; et il ne donnait cependant le sulfate de cinchonine qu'à la dose de 6 à 8 grains par jour. Bleynio, plaçait au même rang la quinine et la cinchonine, et, en outre, les préférait pures au sulfate de quinine. Enfin, Marianini considérait la cinchonine comme l'égale de la quinine, non-seulement dans les fièvres intermittentes simples, mais même dans les pernicieuses ; il employait tant le sulfate que la cinchonine pure, prescrivait de celle-ci jusqu'à 30 grains en trois prises, et débutait quelquefois par 20 grains.
Nous arrivons maintenant aux témoignages d'observateurs plus récents.
Girault croit que le sulfate de cinchonine peut remplacer le sulfate de quinine dans la généralité des cas ; cependant il craindrait de le donner à hautes doses dans les fièvres pernicieuses à cause des syncopes qu'il l'a vu produire.
Pepper produit un témoignage d'aulant plus important qu'il s'agit ici de fièvres intermittentes des pays chauds (Pensylvanie) ; il dit avoir traité avec succès ces fièvres par le sulfate de cinchonine, el n'avoir reconnu aucune différence entre l'action antipériodique de ce médicament et celle du sulfate de quinine; le sulfate de cinchonine lui a même paru être un peu plus prompt dans son action.
Wahn, qui a fait ses observations sur des fièvres du même genre, en Algérie, trouve la cinchonine et la quinine identiques quant à leurs effets physiologicpies; la cinchonine ne détermine qu'exceptionnellement de la surdité et des bourdonnements, tandis que la quinine les produit très-souvent. Mais la céphalalgie, que Wahu ne note pas parmi les accidents occasionnés par la cinchonine, a été persistante chez plusieurs de ses malades ; la fièvre, d'ailleurs, a guéri rapidement dans la plupart des cas. Mais l'emploi préalable d'un traitement éméto-cathariique infirme beaucoup le succès qu'il a retiré de l'administration ultérieure de la cinchonine.
Hudellet, médecin de l'hôpital de Bourg (Ain), apporte en faveur du sulfate de cinchonine le chiffre le plus imposant d'observations qui ait été produit jusqu'ici ; et quoique ces observations manquent de détails, leurs résultats n'en sont pas moins dignes de fixer l'attention : 507 cas de fièvres de tout type ont été traités par
DICT. ENC. XVII. 20
506 CINCHONINE (emploi médical).
ce sel, qui, à la dose de 50 à 40 centigrammes en potion, prise en trois fois pendant l'apyrexie, a le plus souvent arrêté le deuxième accès et rarement laissé venir le troisième. La potion était ordinairement additionnée de 10, 15 ou 20 gouttes de laudanum ; cela a pu sans doute augmenter, assux'er l'efficacité de la médication ; souvent l'opium appuie de même l'action antipériodique de la quinine; mais^ cette addition n'en nuit pas moins au jugement que l'on aurait pu porter sur l'action exclusive de la cinchonine. Toujours est-il que, sur ces 507 cas, il n'y a eu que 9 insuccès; que les récidives n'ont été ni plus ni moins nombreuses qu'après l'emploi du sulfate de quinine. Ce sel n'a donc pas, d'api-ès Hudellet, de meilleur succédané que le sulfate de cinchonine, qui pourrait même être considéré comme son égal.
Briquet estime que le sulfate de cinchonine peut rendre tous les services que rend le sulfate de quinine, à ce point qu'il a complètement substitué, dans sa pratique, l'usage du premier à celui du second. 11 a attaqué des fièvres intermittentes de tous les types avec un succès aussi décisif que s'il eût employé la quinine. La fièvre a été habituellement coupée au premier accès, rarement elle a duré jusqu'au deuxième accès, et dans aucun cas il n'en est survenu un troisième. La tuméfaction de la rate et la cachexie fébrile ont cédé de la même manière qu'avec la quinine, et il n'y a pas eu de récidives. Les doses qu'il a employées ont été d'un tiers plus élevées que celles du sulfate de quinine ; il trouve trop faibles les doses données par Iludellct.
Les médecins militaires, placés dans les meilleures conditions pour agir sur les fièvres d'origine palustre qui se prêtent le mieux à l'essai des médicaments fébrifuges, ont produit, au sujet de la cinchonine, de nombreuses observations, au milieu desquelles on trouve des divergences et des oppositions qui empêchent de porter un jugement décisif; toutefois, la plupart constatent, en somme et dans une assez large mesure, l'efficacité du sulfate de cinchonine. Ainsi, le Conseil de Santé des armées ayant prescrit de l'expérimenter dans les hôpitaux d'Alger, d'Oran, de Constantine, de Cherchell, de Rome et de La Rochelle, le résumé des rapports, rédigé par les médecins en chef de ces établissements, donne un total de 205 fièvres, dont 106 de première invasion, et 99 récidivées; le nombre des guérisons est de •19-4; le sulfate de cinchonine n'a échoué que 41 fois. Plus tard, pendant la guerre d'Orient, de nouvelles expérimentations, suggérées par Michel Lévy, furent instituées : au Pirée, par Artigues; à Varna, parBarby, et les résultats furent encore, en plusieurs points, assez favorables au swlfate de cinchonine.
En revanche, dans l'Algérie, Laveran a toujours trouvé ce sel inférieur ait sulfate de quinine ; il lui a paru d'autant moins actif que les fièvres étaient plus récentes et plus intenses ; pendant la saison épidémique son défaut d'efficacité ressortait encore davantage.
Si ce dernier observateur a été un peu sévère à l'égard de la cinchonine, il faut convenir que d'autres en ont exagéré les mérites. On peut regarder cet alcaloïde comme un substitutif, comme un succédané de la quinine, et encore pas pour tous les cas, puisque, ou elle est insuffisante contre les fièvres pernicieuses, ou l'on ne pourrait en employer la dose nécessaire sans risquer des accidents. Cette restriction seule la reléguerait au second rang, si déjà le premier n'avait été assuré à la quinine dans la médication fébrifuge par les observations les moins partiales et les phis rigoureuses. La cinchonine n'est donc pas et ne peut pas être l'égale de la quinine. La qvxestion ne noiîs a paru nulle part mieux
CINCIIONINE (emploi médical). 307
posée que dans une étude très-judicieusemeut faite par Moutard-iMartin, qui conclut par les propositions suivantes :
1» Le sulfate de cinchoninc, administré contre les fièvres intermittentes, a une action incontestable, mais variable.
2* Quelquefois son action est rapide et il coupe les accès comme le sulfate de quinine ; d'autres fois elle est lente, quelle que soit la dose administrée, et les accès s'épuisent petit à petit.
5" La dose de sulfate de cinchonine doit toujours être plus forte, au moins d'un tiers, que celle du sulfate de quinine, employé dans les mêmes circonstances.
4" Pour obtenir une action curative du sulfate de cinchonine, il faut employer une dose variant, suivant les individus, de ûs%60 à 1 gramme.
o° A cette dose, il détermine souvent quelques effets physiologiques qu'il ne serait pas prudent de dépasser.
6" L'action thérapeutique du sulfate de cinchonine n'est pas en proportion de son action physiologique ; car il guérit quelquefois sans que les malades aient senti son action ; dans d'autres cas où l'action physiologique est énergique, l'action thérapeutique manque.
7" Le sulfate de cinchonine ne peut pas remplacer le sulfate de quinine dans le traitement des fièvres intermittentes graves.
8* Le sulfate de cinchonine peut devenir un précieux adjuvant du sulfate de quinine, en complétant la cure commencée par une ou deux doses de sulfate de quinine. Ce procédé réunirait la sûreté du traitement et l'économie.
Cette succession dans l'emploi des deux sels paraissait à Michel Lévy plus avantageuse que leur association, qui ne semble, dit-il, ni augmenter ni diminuer la somme individuelle de puissance médicamenteuse que chacun d'eux apporte au produit commun. De nouvelles expériences pourraient bien infirmer cette dernière opinion.
Le sulfate de cinchonine a été très-peu essayé dans les névralgies. Legroux rapporte un cas de névralgie sus-orbitaire guérie par ce médicament. Briquet l'a vu réussir contre une névralgie faciale fort intense.
A l'instar du sulfate de quinine, il a été appliqué au traitement du rhumatisme articulaire aigu. Grisolle l'employa, dans un cas, à la dose de 1 gramme à IsfjSO par jour; la guérison fut obtenue en dix jours ; le pouls tomba à 65, et il y eut en même temps des battements de cœur très-forts. Au début de la convalescence, il survint un violent étourdissement avec brouillards devant les yeux ; les jambes restèrent longtemps faibles, et le pouls se ralentit jusqu'à 55.
Dans le service de Legroux, Ch. Londc a recueilli une observation de rhumatisme, où le sulfate de cinchonine, porté jusqu'à 2 grammes, ne donna pas de résultat ; il en rapporte une autre, incomplète, qui prouve également l'inefficacité de la cinchoninc.
Cependant Briquet prétend que la cinchonine développe contre le rhumatisme articulaire aigu la même puissance que la quinine. Elle déterminerait, suivant lui, les mêmes ralentissements du pouls, la cessation dcsraptus rhumatismaux, l'apparition du sommeil, la diminution des douleurs. Ces effets satisfaisants ont été obtenus, plus ou moins rapidement, dans dix cas où il a donné le sulfate de cinchonine à des doses de 2 et 3 grammes par jour. En se rappelant les accidents survenus chez le sujet traité par Grisolle ; en songeant aux craintes fondées que des doses trop élevées de sulfate de cinchonine ont inspirées aux médecins
508 CINGHONINE (emploi médical).
qui l'ont opposé plus modérément aux fièvres intermittentes, on se demande comment la médication employée par Briquet est restée inoffensive, et l'on n'est pas tenté de la conseiller.
Dufresne a employé la cinchonine à petites doses, 20 centigrammes en quatre prises» tantôt seule, tantôt unie à la magnésie, contre les gastralgies compliquées de vomissements et de pyrosis, chez les femmes anémiques et leucorrhéiques. Il attribue le bienfait de cet alcaloïde à ce qu'il fixe et neutralise, ainsi que la magnésie, les acides en excès dans l'estomac. 11 semble plus probable que la cinchonine remplit, en cette circonstance, un rôle analogue à celui des toniques amers. Quoi qu'il en soit de son mode d'action, ce serait un remède à mettre de nouveau à l'essai. On a pu remarquer que les quinquinas où domine la cinchonine sont souvent mieux supportés par un estomac facilement impressionnable, et qu'ils calment même parfois les douleurs siégeant dans cet organe ; la cinchonine, représentée par une proportion minime dans la quantité de quinquina administrée, et peut-être aussi adoucie et corrigée par les autres principes, produit alors un effet inverse de celui que l'on a souvent à reprocher aux sels de cet alcaloïde, donnés à doses plus élevées.
Au surplus, nous ne savons pas encore tout le parti que l'on pourrait tirer de la cinchonine, puisqu'il n'a encore été fait en grand qu'une application de cette substance à la médication fébrifuge.
En conséquence, pour le moment, nous n'avons à considérer comme acquis que les résultats de cette expérimentation presque exclusive ; nous les résumerons, ainsi que les pensées qu'elles inspirent, dans les conclusions suivantes :
La cinchonine, ses sels, et particulièrement le sulfate de cinchonine, qui a été le mieux étudié, possèdent des propriétés antipériodiques et fébrifuges incontestables.
Ces propriétés, analogues à celles de la quinine et de ses sels, leur sont inférieures, parce qu'elles ne s'exercent généralement qu'à une dose plus élevée et dans une limite de temps un peu plus longue, et aussi parce que leur énergie est moins proportionnée à l'intensité des fièvres qu'elles auraient à combattre.
Ce que cette énergie offre en moins sous le rapport thérapeutique, elle l'offre malheureusement en plus sous le rapport toxique. Ce contraste, qui a frappé la majorité des observateurs, s'oppose à l'extension des sels de cinchonine au traitement des fièvres pernicieuses. Ici, ainsi que pour l'arsenic, la prudence déreiid de risquer des doses qui, pour devenir suffisantes comme remède, pourraient devenir péi'illeuses comme poison.
De même que dans le quinquina les propriétés toxiques de la cinchonine sont dissimulées ou antagonisées par la quinine ; il y aurait peut-être à constituer un mélange, une association de ces deux alcaloïdes, qui déjà donne en grande partie sa valeur au quinquina, et qui serait susceptible d'atteindre sans péril aux indications des fièvres de toute intensité. II y aurait là un sujet de recherches intéressantes à faire.
En attendant, le sulfate de cinchonine ne se recommande que pour les fièvres intermittentes simples, sans gravité, d'un caractère paludique peu prononcé ; il peut même à la rigueur être utilisé dans les localités et contre les fièvres franchement palustres, aux époques où ces fièvres n'ont pas encore acquis leur summum de ténacité. C'est encore ouvrir à ce médicament un champ assez large d'application, où l'économie la mieux entendue trouverait son compte. Dans ces conditions, le sulfate de quinine lui viendrait en aide, moins, à notre avis, par
CINCHONINE (emploi médical). 309
trne dose préalable, que par une dose terminale pour décider la cure si elle n'était pas promptement obtenue.
Enfin, pour clore la série des considérations que nous avons eu à présenter sur les préparations de quinquina, nous croyons que la quinine est sans contredit le plus important, le plus efficace, le plus généralement applicable de tous les alcaloïdes fournis par les cinchonées ; mais que néanmoins il y aurait lieu d'utiliser la quinidine, la cinchonine et la cinchonidine comme fébrifuges, dans les circonstances où les indications ne sont ni graves, ni pressantes, et où l'on est obligé de faire de la médecine à bon marché. Une activité moindre et un prix qui serait probablement plus élevé, ne recommandent pas au même titre la quinicine et la cinchonicine. Il faudrait donc s'en tenir, comme succédanés de la quinine, à la quinidine, à la cinchonine et à la cinchonidine. Or ces trois derniers alcaloïdes, le premier et le troisième surtout, sont plus connus des savants que de la majorité des praticiens ; que ceux-ci nous permettent de les leur signaler de nouveau, en les invitant à en faire une épreuve définitive, pour les vulgariser, s'ils le méritent, dans la mesure de leur efficacité.
Doses et modes d'administration. La cinchonine pure est rarement employée; elle serait utile chez les enfants, à cause de son peu de sapidité, d'après Gallond, qui engage à administrer, aussitôt après son ingestion, un demi-verre de limonade sulfurique, pour favoriser, tant sa dissolution dans l'estomac que son action fébrifuge. Elle se prescrit à la dose de 20 centigrammes pour les enfants, au double pour les adultes, en pilules, ou mélangée avec du miel, des confitures, un sirop.
On donne la préférence aux sels de cinchonine, et particulièrement au sulfate. Il existe deux sulfates de cinchonine, analogues aux deux sulfates de quinine : l'un, sous-sulfate ou sulfate neutre, plus soluble que le sel correspondant de quinine ; il est bon cependant d'assurer sa solubilité par un excès d'acide lorsqu'on le donne en solution ; c'est celui qui est ordinairement employé. On le prescrit en potion, en pilules ou en nature.
Le sulfate neutre ou bisulfate de cinchonine est liquide ; on ne le trouve pas dans les pharmacies, mais on le prépare extemporanément lorsqu'on favorise la dissolution du précédent par l'addition de quelques gouttes d'acide sulfurique ou d'eau de Rabel.
Les autres sels de cinchonine, chlorhydrate, tartrate, tannate de cinchonine, l'iodure de cinchonine (Thompson), ont été peu essayés et ne sont pas usités. Une exception devrait être faite, d'après le docteur Castiglioni, en faveur du tannate de cinchonine qui, outre ses propriétés fébrifuges, serait très-efficace contre la diarrhée.
Tout ce que nous avons dit des modes d'administration des préparations dequinine, ainsi que du moment le plus convenable pour leur emploi, est applicable aux préparations de cinchonine ; nous n'avons donc pas à reproduire ici les mêmes détails, pour lesquels nous renvoyons à notre article sur la Quinine.
Quant aux doses du sulfate de cinchonine, nous en avons également assez parlé dans le cours du présent article. On a vu que ce sel a été employé, comme antipériodique, depuis la dose de 50 à 40 centigrammes, jusqu'à celle de 1, i ,50 et même 2 grammes ; si les premières ont été jugées trop faibles, les dernières ont été trouvées trop fortes ; et nous rappellei-ons que la pratique la plus générale consiste à prescrire, dans l'apyrexie, une dose moyenne, variant
510 CINCHONINE (emploi médical).
entre 50 centigrammes et 1 gramme. Si l'on croit devoir aller au delà, il faut du moins fractionner le médicament en plusieurs prises. Gubler dit avoir administré plusieurs fois, sans aucun inconvénient, 2 grammes par jour de sulfate de cinchonine en quatre ou huit doses.
Briquet dit avoir porté ce sel dans le rhumatisme jusqu'à 3 grammes, et ne parle pas d'accidents.
Cependant des phénomènes toxiques fréquemment observés bien au-dessous de cette dose commandent plus de réserve; et nous répéterons en terminant que la plupart des expérimentateurs s'accordent à conseiller de ne pas dépasser la dose journalière d'un gramme. D'ailleurs, lorsqu'une affection intermittente résiste à cette dose, il est plus prudent et plus profitable de recourir au sulfate de quinine que d'augmenter la proportion de son congénère.
Delioux de Savignac.
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CINÉSIÂLGIE. 311
j Cl\CHOlVlCîUE (rouge). Les solutions de l'acide quinotannique, en passant
au rouge sous l'action de l'air, donnent un dépôt appelé l'ouge cinchonique.
CIMCBOTANMIQUE (Acide). Voy. Quinotannique.
CIIVÈBÉNE. G""!!"'. Eu distillant avec de l'eau des semences de semen contra, on obtient un hydrocarbure isomérique avec l'essence de térébenthine au- <iuel on a donné le nom de cinébène.
Ce produit bout à 172'; sa densité est égale à 0,878. Ti-aité par l'acide chlorhydrique, il donne une liqueur rouge, mais pas de cristaux. Oxydé par l'acide azotique, il donne naissance à de l'acide toluique et à de l'acide nitrotoluique. M.
,( CIXELLI-CALVOLLI (Jean), né à Florence le 26 février 1625, mort à
Lorette, le 18 avril 1706. Ce médecin-littérateur étudia à l'Université de Pise, fut reçu docteur en physique et en médecine ; puis, après avoir exercé son art dans divers lieux d'Italie, il revint dans sa patrie et s'y lia avec les savants les plus distingués, entre autres avec Ant. Magliabecchi, alors garde de la bibliothèque du Grand-Duc. Cette liaison lui ayant facilité l'accès de ce précieux dépôt <ie livres, il s'y livra à la recherche de certains opuscules de la nature des bro-
i chures éphémères, que leur utilité ne met point à l'abri de la destruction, à cause de leur forme exiguë, et il eu réunit un assez grand nombre qu'il fit paraître par cahiers avec des notes piquantes, sous le titre de Biblioteca volante. Il en donna successivement quatre cahiers ou tablettes (scanzia), dont les deux premiers parurent, à Florence, 1677, in-S", et les deux autres à Naples, 1682-85. Cet ouvrage, dans lequel il n'avait pas épargné les sarcasmes à quelques gens en crédit, lui attira des désagréments qui l'obligèrent à se retirer à Venise, puis à Bologne, enfui à la Santa casa de Lorette, où, comme nous venons de le dire, il mourut, après avoir poussé la publication de sa Biblioteca volante jusqu'à seize -cahiers; et il en a été donné une édition générale. Venise, 1754, 4 vol. m-¥.
ciKÉPnÈRJE. C^^H*^. Isomère du cinébène. Il est tiré de l'essence de jsemen contra au moyen de l'acide phosphorique anhydre. M.
CINÉRAIRE. Cineraria Less. Genre de plantes dicotylédones de la famille ■des Composées, de la sous-division des Radiées, et de la tribu des Sénécionidées. Ce groupe tel que Linnéq l'avait délimité comprenait un grand nombre d'espèces de régions diverses. Slais les botanistes actuels l'ont subdivisé, et réservent ce nom à des espèces du cap de Bonne-Espérance, qui n'ont guère d'intéi'êt que comme plante d'ornement. Le Cineraria maritma L., qu'on a vanté autrefois contre l'hystérie est devenu le Senecio cineraria {voy. Séneçon). Le Cineraria sihirica L., espèce de Sibérie, qu'on trouve aussi en Suisse, dans les Pyrénées et dans quelques parties des montagnes de la France, est le Ligularia sihirica des botanistes actuels. Cette plante a la réputation, en Sibérie, de réveiller la virilité.
De Candolle. Prodromus, VI, p. 505-312. — Mébat et De Lens. Dict. de tncUière médicale, 11, p. 290. Pl.
CIIVÉïSIiiLGIE (>c£vv3(7it : mouvement, et «^70; : douleur). Nom donné par
312 CINÉSIALGIE.
Gubler à « Tétat d'un muscle dont la contmclililé ne peut être mise en jeu sans délerminer localement une douleur souvent Irès-vive, parfois intolérable et toujours plus ou moins incompatible avec l'exercice régulier de la fonction motrice. » (Voy. De la cinésialgie spécialement dans le diastasis musculaire et de sa guérison instantanée par la faradisation /oca/e, par A. Gubler, in Journal de thérapeutique, 1874). La cinésialgie se distingue de la myalgie en ce que ce dernier ' tcinic s'applique uniquement aux douleurs musculaires rhumatoïdes, tandis que lo]nemier intervient en qualité d'élément morbide dans un grand nombre d'états jjalbologiques variés.
Ces états se distinguent en deux grandes catégories : premièrement, ceux où l'inflammation joue probablement un rôle dans la production du phénomène; secondement, ceux où elle ne paraît pas pouvoir s'y rattacher. Dans la première catégorie se rangent les douleurs de contraction qui surviennent dans le rhumatisme (myalgie, lumbago), dans les affections a frigore indépendantes du rhumatisme, dans les myosites des traumatismes musculaires et dans tous les états inflammatoires des muscles striés. Les organes munis presque exclusivement de fibres lisses n'échappent pas aux cinésialgies ; le téncsme et les épreintes de la dysenterie et des entérites ulcéreuses ; la dysurie et le spasme vésical dans l'inflammation calculcuse et la cystite du col; les crampes d'estomac de l'ulcère simple; les douleurs de certaines métrites parenchymateuses, des péritonites, des œsophagites, des angines, des ophlhalmles, etc., peut-être même celles de l'angor pectoris associé à des lésions cardiaques, sont autant d'états cinésialgiques inflammatoires des fibres lisses.
Dans la catégorie des cinésialgies liées à des états non inflammatoires, Gubler place les pleurodynies simples ; les douleui's fugaces qui se produisent pendant un moment, à chaque répétition de l'acte respiratoire ou d'un mouvement actif quelconque ; les douleurs lombaires chez les personnes affectées d'inflanmiation des organes pelviens et spécialement de l'utérus; les crampes des mollets; certains tics douloureux; les coliques intestinales, biliaires ou néphrétiques; certoincs formes de gastralgie, beaucoup de dysuries et les tranchées utérines de la menstruation ou de la parturition. Mais la forme la plus fréquente de cinésialgie non inflammatoire est « celle qui provient d'une contraction anormale irrégulière ou exagérée, provenant soit d'un effort, soit de ce que l'on appelle un faux mouvement. »
De cet ordre de phénomènes, Gubler donne une explication fondée sur la transformation, à l'état normal, de la force latente créée par l'oxydation du sang du muscle, en force de cohésion, puis en force mécanique ; or, si l'on suppose une cause quelconque qui prévient cette série de transformations, la force disponible « recueillie par le nerf eisodique se transforme en courant sensitif pouvant, selon son mode et son intensité, engendrer des douleurs plus ou moins vives à peu près comme un courant électrique dont la voie d'écoulement, tout à coup fortement rétrécie, donne lieu à une évolution plus ou moins considérable de chaleur et de lumière. »
Les dénominations vulgaires d'effort, de coup de fouet, de tour rfe?'eins, représentent des entorses des muscles, un diastasis muscidaire qui donne lieu à une cinésialgie caractéristique. Cette forme de cinésialgie a été particulièrement étudiée dans le mémoire cité plus haut, qui repose sur plus de 80 cas observés ; 56 y sont publiés, dont 26 se rapportent au diastasis et 6 à différents états morbides; ces cas ont tous guéri rapidement et souvent instantanément par l'application de
CINÉSIALGIE. 315
courants induits (faradisation) à l'aide de réophores humides appliqués pendant 10 ou 12 minutes au niveau des points ou des muscles douloureux. On s'est surtout servi de la première hélice, celle que l'on désigne du nom d'extra-courant ou encore courant de gros fil ; mais cette condition ne paraît avoir été ni absolue, ni même rigoureuse, car elle n'est expressément notée que dans un cas. La plupart des observations publiées par Gubler ont été recuillies sous ses yeux par les élèves de son service sur des malades que la douleur immobilisait. En oénéral, cette douleur était récente. Dans un cas, le diastasis musculaire lombaire datait de deux mois et avait été vainement traité par des applications locales et des bains de vapeur; il fut guéri en 12 minutes {Obs. 20). Quant aux cinésialgies non liées au diastasis musculaire, elles paraissent avoir cédé avec une égale promptitude à la faradisation.
Quoi qu'il en soit de l'importance exceptionnelle des résultats thérapiques obtenus par Gubler et, d'ailleurs, par un grand nombre de praticiens dans les cinésialgies par diastasis musculaire , on voit que ce néologisme, introduit par le savant professeur dans le langage médical, est tout à fait justifié en pathologie par le trait commun qu'offrent les états de souffrance signalés plus haut, à savoir : la douleur pendant la contraction musculaire. Notons toutefois qu'en limitant les cinésialgies aux contractions douloureuses ou défectueuses, on se prive de l'emploi d'une expression commode et heureusement trouvée pour désigner la douleur produite par le motivement dans des états pathologiques non musculaires ; il se pourrait cependant que les douleurs qui se montrent dans les membres affectés de rhumatismes articulaires, d'entorses, et même de fractui'es lors des mouvements communiqués ou des mouvements actifs, fussent dues en dernière analyse aux mêmes causes que celles qui agissent dans les cinésialgies par diastasis musculaire. La lésion n'explique pas directement la douleur; il y a entre la lésion quelconque et la douleur un phénomène intermédiaire, dont Gubler a fourni une explication rapportée plus haut, et qui pourrait être vraie pour toute espèce de douleur liée au mouvement; si l'état A' incohésion d'un muscle c'est-à-dire d'inaptitude à la contraction régulière, uniforme et à ses suites mécaniques, se traduit par de la douleur, on conçoit très-bien qu'un mouvement communiqué à des jointures malades, produisant une sorte de contraction involontaire, mette en liberté une force disponible qui se transmet par les nerfs sensibles en surcharge douloureuse.
En effet, si le diastasis produit de la cinésialgie, la faradisation en produit également, de même que le mouvement communiqué. Or, des altérations moléculaires des muscles analogues au diastasis accompagnent les lésions traumatiques et rhumatismales; en ces cas tout excitant de la contractilité peut donc aboutir « à la mise en liberté d'une force inhérente à la substance contractile qui, ne pouvant donner lieu à un accroissement subit de cohésion avec condensation et retrait instantané constituant la contraction musculaire, devient une cause d'excitation douloureuse pour les filets nerveux de sentiment qui animent la région et qui sont en connexion avec les nerfs moteurs, directement ou par l'intermédiaire de la fibre charnue » (Gubler, Journal de thérapeiitiqiie, 1874, p. 806).
Sous le bénéfice de cette explication, les cinésialgies, c'est-à-dire les douleurs produites par les mouvements spontanés ou communiqués, pourraient donc avoir une explication générale dans les états pathologiques les plus divers.
E. Dally.
3U CINNAMIDE.
CIIVÉSIOLOGIE (de zwïjatç : mouvement, et loyoç : science). Nom donné par N. Daily îi l'ensemble des applications éducationnelles, hygiéniques ou thérapiques des mouvements artificiels ou naturels de l'organisme. Celle science comprend, ainsi considérée : 1" l'art des mouvements éducationnels de l'appareil locomoteur qui, depuis les Grecs, a reçu successivement les noms d'ascétique, gymnastique, agonistique, athlétique, somascétique, callisthénie, etc., et qui, sous ces diverses dénominations, répond à des points de vue fort difféi'ents ; i ^" la gymnastique médicale, /ime'sif/îe'rojJie, ou plus correctement, cinésithérapie ; \
O" les MANIPULATIONS THÉRAPIQUES, MASSAGE (Voi/. CeS mots) , pPCSSioUS , etC.
L'utilité de ce néologisme est incontestable si l'on tient compte de la diversité des applications des mouvements artificiels en hygiène et en thérapie, applications qui conservent un caractère commun fondé sur les effets physiologiques de la mise en jeu systématique, en vue d'un but déterminé, des fonctions organiques. Peut-être serait-il plus simple de désigner cette science sous le nom de Cinésie {Voy. Gymnatstique). E. Dally.
BiBLiOGRAi'HiE. — Dally (N.). Cinésiologie ou science du mouvement dans ses rapports avec l'éducateur, l'/itjgiène et la tliérapie. Paris, 1857. — GconGir. Kinésilliérapie ou Traitement des maladies par le mouvement selon la méthode de Ling. Paris, 1847. — Cinésithérapie ou Cinésie. la Médicaments nouveaux en médications nouvelles de 0. Réveil. Paris, 1864. — Debost. Cinésie équeslie, principes d'équitation rationmlle. Paris. 1874, E. D.
cilMGALitiSE (Race). Voy. Ceylan.
CIIKIFLO. Voy. Araignée.
Cii\lVABRE. Sulfure de mercure {voy. Mercure).
Cli^MAMÉfil^E. Extrait par M. Frémy du baume du Pérou. On fait bouillir le baume avec du carbonate de potasse pour en retirer l'acide cinnamique. Le baume fournit ainsi un liquide jaunâtre, qui, distillé, donne la cinnaméine. C'est mi liquide incolore, oléagineux, qui cristallise à — 12 ou — 15 degrés. La cinnaméine, très-peu soluble dans l'eau, l'est en forte proportion dans l'alcool et dans l'éther. Elle a une saveur aromatique très-prononcée. D.
CI1%'IVAIMË\'E. C'fP. {Cinnamal, styrol, styrolène, essence de styrax liquide). Hydrocarbui^e obtenu en distillant le styrax avec de l'eau additionnée de carbonate de soude. M. Berthelot l'a préparé par synthèse en faisant passer un mélange d'éthylène et de vapeur de benzine à ti-avei^s un tube chauffé au rouge. Les deux hydrocarbures s'unissent avec élimination d'hydi'ogène.
Benzine. Elhjlène. Cinnamène. Hydrogène.
Le cinnamène est un liquide incolore, mobile, fortement réfringent. Son odeur est analogue à celle de la benzine ; sa saveur est brûlante. Sa densité est égale à 0,924. Il bout à 145», 7. Pendant la distillation, et lorsque le premier tiers a passé, le thermomètre s'élève rapidement, et le résidu se prend, par le i-efroidissemcut, en une masse solide de métacinnamène. C^'IP® (Bonastre, Joiirn. de pharm. , t. XVII, p. 538 ; Berthelot, Comptes rendus de V Académie des sdences, t. LXIII et LXVIII). M.
C1XKA5IIDE. C"*H"AzO^. Produit de l'aclion du gaz ammoniac sec sur le chlorure de cinnamyle. Cette amide est soluble dans l'alcool bouillant, où elle
CINNAMODENDRON. 515
■cristallise en aiguilles ; elle fond à I41°,5. Elle est inodore et a une saveur un
peu
amcre. M.
Cli^XAMiQUE (Acide). C'WO*. Les baumes de Tolu et du Pérou, le styrax liquide, quelques espèces de benjoin, sont autant de sources plus ou moins riches en acide cinnamique.
C'est du styrax qu'on retire d'ordinaire cet acide. A cet effet, on distille le baume avec cinq à six fois son poids d'eau dans un alambic de cuivre, afin d'en éliminer une substance volatile, le styrol. Dans le résidu de la distillation on trouve l'acide cinnamique, qu'on enlève par l'action plusieurs fois répétée d'une dissolution bouillante de carbonate de soude. Les solutions alcalines sont concentrées par l'évaporation, puis précipitées par l'acide chlorhydrique bouillant. La masse liquide, en se refroidissant, laisse déposer l'acide cinnamique, que l'on purifie par des dissolutions et des cristallisations réitérées dans l'alcool.
On peut aussi le préparer par synthèse au moyen du chlorure d'acétyle et de l'hydrure de benzoyle (Bertagnini, Nuovo cùnento, t. lY, p. 46, et Ann. de chim. et de phys., t. XLIX, p. 576). Ou bien en faisant agir le sodium et l'acide «arbonique sur le cinnamène monobromé (Schwartz, Ann. der Chem. 21. Pharm.y nouv. sér., t. LVI, p. 229, et Bull, de la Soc. chim., t. VI, p. 61).
L'acide cinnamique est un corps cristallisé en prismes incolores et transparents appartenant au type prismatique rhomboïdal oblique. Sa densité est de i,19o, il fond entre 134" et i^l", commence à bouillir vers 290", et distille presque sans altération à 293° si on le chauffe vivement. Si la distillation est lente, l'acide se décompose en acide carbonique, en cinnamène C'H* et en stilbène C^^H'^. II est peu soluble dans l'eau froide, mais se dissout aisément dans l'eau bouillante, dans l'alcool et dans l'éther.
L'acide azotique concentré le convertit en acide nitrociimamique C^^H'' (AzO*)0* à une température inférieure à 60" ; au delà il se forme de l'acide nitrobenzoïque i(Mulder. Journ. fûrprakt. Chem.., t. XVIII, p. 253).
L'acide azotique étendu et bouillant, le bichromate de potasse et l'acide sulfurique convertissent l'acide cinnamique en aldéhylde benzoïque.
Fondu avec la potasse caustique, cet acide donne naissance à du benzoate et à ■de l'acétate de potasse. Distillé avec de la chaux en excès, il se dédouble en acide carbonique et en cinnamène C'*H*.
L'acide cinnamique est monobasique. Ceux de ses sels qui sont à base de métaux monoatomiques répondent à la formule générale C'^H'MO*, le symbole M représentant un métal monoatomique.
Les cinnamates alcalins sont fort solubles dans l'eau, les cinnamates terreux ■y sont peu solubles, les autres sont à peu près insolubles dans ce liquide. Tous les cinnamates solubles précipitent en jaune les sels de peroxyde de fer ; tous solubles ou insolubles, étant distillés avec de l'acide azotique, donnent naissance à des vapeurs rutilantes ainsi qu'à de Vhydrare de benzoyle. M.
CllVNAinODE!VDRO!\ï. Genre de plantes, de la famille des Magnoliacées, tribu des Canellées, établi par Endlicher pour le Canella axillaris Nées et Mart., espèce brésilienne qui a toutes les propriétés aromatiques, stimulantes des Canella, mais qui s'en distingue en ce que sa corolle est doublée d'un certain nombre de petites languettes aplaties et pétaloïdes (organes que l'on a même £onsidérés comme étant les véritables pétales de ce genre), et en ce que ses fleurs^