‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.17Chapitre 48 sur 68 · C^H*(OH)(GO^H · texte numérisé non relu

C^H*(OH)(GO^H

11 est employé pour aciduler les limonades artificielles et certaines préparations pharmaceutiques ; sous forme de jus de citron il reçoit aussi des applications médicales d'une certaine importance. On l'emploie à la préparation du citrate de magnésie, du citrate de fer et de zinc employés en médecine.

L'industrie des toiles peintes et de la teinture en consomme une assez forte

proportion. P. ScnUTZENBEBGER.

§ H. Emploi médical. Voy. CiTRON.

CITROIV, CITROXIVIER. gL Botanique. Le genre Cî'frMs renferme un assez grand nombre d'espèces, la plupart utiles. Le Citron ordinaire, celui qui sert partout chez nous de condiment et de médicament, semblerait devoir être logiquement le fruit du Citronnier (Citnis viedica); il n'en est rien.

Le Citrus mer/ zVa proprement dit est l'arbre qui donne les Cédrats, c'est-à-dire le Cédratier. C'est lui dont le fruit est la véritable Pomme rfe Médie des anciens (d'où le nom de C. medica).

C'est à tort, pensent beaucoup d'auteurs dignes de foi , qu'ultérieurement ce nom a été appliqué à l'arbre qui donne les Citrons ordinaires ; et cet arbre est le Limonier {Citrus Limoniiim Risso, in Ann. Mus., XX, 201). Donc, le Cilron, employé en médecine, est le fruit du Limonier.

Gallesio, dans son Traité du Citrus (1811), p. 87, 105, a tenté défaire disparaître cette singularité, en donnant comme arbres d'une même espèce, celui qui donne les Cédrats et celui qui produit les Citrons. Cette espèce est toujours pour lui le Citrus medica. Seulement, il nomme :

Citrus medica Limon, celui qui donne les Citrons, et

Citrus medica Cedra, celui qui porte les Cédrats.

L'anomalie n'en subsiste pas moins, et il est étrange de penser : que c'est le Citronnier qui porte les Cédrats, et le Limonier qui fournit les Citrons.

Ceci étant établi, l'arbre qui porte les Citrons, le Citrîis Limonium, est un végétal souvent cultivé dans nos orangeries et très-abondant dans presque toute

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la ré-^iou méditerranéenne. Il a les caractères généraux des Orangers et autres ? Citrus cultivés chez nous dans les orangeries et les serres froides et que tout le monde connaît; mais, en outre, il se fait remarquer par ses jeunes pousses anguleuses et violacées, par ses feuilles ovales, à pétiole nu ou faiblement ailé, par ■, ses fleurs violacées ou rougeâtres en dehors, par son fruit allongé, bien moins volumineux que celui des Cédratiers et terminé par un mamelon saillant, et par sa pulpe d'un jaune pâle et d'une saveur acide. Tous ses autres caractères lui sont communs avec les autres espèces du genre Citrus ( Voy. ce mot) . H. Bn.

GuiDoiiRT. 7V. des drog.simpl, éd. 6, III, 021. — LixnL., FI. med., 319. — DC, Proclr., I,

559 Rosenth.. Sijn. plant, diaplior., 758. — Berg et Sciimidt, Darxt. Off. Gew., II, t. ôl t.

— H.Baili.ox, Delà famille des Anranliacées. Thèses de l'aris (1855) 22, 37, 49; Histoire des plantes, îv, 145, note 7; 4i7, iiot. 5.

8 II. Pharmacologie. Lcs citrons OU Umons sont les fruits du citrus limon. vul'Tairement nommé citionnier, et non du citrus medica ou citrus cedra, cédralier, d'où proviennent les cédrats.

Toutes les parties du citronnier, ou limonier (Guibourt), se prêtent à des applications thérapeutiques : l'écorce, le bois, les feuilles, les fleurs, et particulièrement les fruits.

Le hois peut servir à faire des pois à cautère, pour remplacer les petites oranges ou les petits citrons, qui, tombés de l'arbre étant à peine formés, sont, employés au même usage.

Ùécorce, inusitée en France, est employée à la Guadeloupe, d'après Lhermiiiier {Journal de Pharmacie, t. III), sous forme de poudre ou d'extrait, comme remède anlipériodique et fébrifuge.

Les feuilles, aromatiques et légèrement amères, donnent une infusion aussi agréable que les feuilles d'oranger, et possédant les mêmes propriétés antispasmodiques.

Les fleurs, très-odorantes, peuvent être également employées en infusion, comme celles de l'oranger. En les distillant, on en retire une essence très-parfumée, qui est une espèce de néroli, et qu'emploient les fabricants d'eau de Hongrie (Piesse).

Le fruit a une belle couleur jaune pâle, une odeur suave et fragante. La saveur de son écorce est chaude, aromatique, très-amère. Son suc est, au contraire, d'une acidité très-piquante et Irès-agréable. Ses semences, caractéi'isées par dos propriétés physiques encore différentes, sont acres et d'une amertume qui a quelques rapports avec celle de l'acide prussique [Flore médicale). Il s'emploie en totalité ou dans l'une de ses parties.

Le citron ou limon sert à faire la limonade, que l'on prépare de deux manières : 1" On coupe le citron en deux moitiés que l'on exprime avec la maui, I pour, en faire tomber le suc dans de l'eau, que l'on sucre ensuite à volonté ; '2' on coupe le citron tout entier en tranches minces, que l'on reçoit dans une théière, et l'on verse dessus une certaine quantité d'eau bouillante; on laisse infusqr jusqu'à refroidissement. On obtient ainsi la limonade cuile, qu'il est, , |)lus rationnel de préparer par infusion que par décoction. En faisant bouillir le citron,. on perd une grande partie de .<on huile essentielle, et l'on dissout la matière nuicilagincuse du zeste, ce qui donne à la liqueur une consistance qui plaît moins que la limpidité de la limonade par infusion, laquelle est, en outre, beaucoup plus aromatique. Toutefois, le mucilage corrigeant l'acidité du fruit,

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la décoction peut être adoptée pour certains malades. En tous cas, on doit rejeter les pépins, qui donnent à la préparation une amertume désagréable.

Du moment que Ton adopte, en France, le nom de citron de préférence à celui de limon, on ne peut s'empêcher de remarquer qu'il serait plus logique de spécifier les boissons préparées avec ce fruit par le nom de cilronades. On réserverait alors, pour distinguer, le nom de limonades aux dissolutions étendues d'un acide pur : limonades citrique, tartrique, sulfurique, etc.

ha. limonade vineuse est celle qui est additionnée d'un peu de vin, et non l'eau vineuse que l'on donne parfois aussi comme tisane aux malades.

Avec le suc de citron, on prépare un sirop (voir plus loin), des (ablettes, dej pastilles rafraîchissantes. Il entre dans la confection des sorbets, des gkices et de diverses confiseries. Il sert à modifier ou à relever la saveur de certains aliments, tels que les huîtres, le poisson, les viandes blanches, le gibier. 11 constitue le lime juice des Anglais, dont nous reparlerons dans la dernière partie de cet article.

Notre Codex prescrit de la manière suivante la préparation du suc de citrons : Citrons choisis, Q. V. — Séparez avec soin toute l'écorce des citrons et les semences -, exprimez le fruit entre les mains ou avec une petite presse à main. Mêlez le résidu avec de la paille de seigle hachée et lavée ; soumettez le tout à la presse. Abandonnez le suc au repos pour le clarifier, et filtrez-le au papier.

Sirop de limons. Suc de limons, 100; sucre blanc, 188. — Faites un sirop par solution en faisant jeter un bouillon dans un matras de verre. Aromatisez avec la teinture d'écorce fraîche de citron (Soubeiran). — Suc de citrons, 1,000; sucre blanc, 1750. Faites chauffer jusqu'à l'ébullition dans une bassine d'argent ou de cuivre non étamé, et passez (Codex).

Les écorces ou zestes de citrons s'emploient pour des conserves, des candits; pour aromatiser le punch et diverses autres liqueurs, des mets sucrés et non sucrés. Elles font partie de ïalcoolat de mélisse composé, de l'alcoolat ammoniacal aromatique de Sylviiis, des eaux thériacale, impériale, etc.

Hi/drolat de citron. Distillation aqueuse des zestes frais. Cette préparation, adoptée dans la pharmacopée espagnole, est inusitée en France.

Alcoolat de citron. Zestes frais de citron, 1 ; alcool à 80", 6. — Après trois ou quatre jours de macération, distillez à siccifé au bain-marie (Soubeiran).

Alcoolature de citron. Zestes récents de citron, 1 ; alcool à 80 ,2. — Faites macérer poidant huit jours (Codex).

Ces deux préparations sont employées comme aromate, comme correctif, à la dose de 2 à 15 grammes, dans les potions, tisanes, sirops, vins médicinaux.

Oléosaccharure de citron. Citron frais, 1 N" ; sucre blanc en nioiceaux, 10 grammes. — Frottez le sucre contre la surface extérieure du citron pour en détacher toute la partie jaune ; triturez ensuite dans un mortier pour avoir un mélange exact. — Préparez de même les oléosaccharures de bergamotte, de cédrat, d'orange (Codex).

Composition chimique. Le suc de citron contient, suivant Proust : acide citrique, 1,77; principe amer, gomme et acide malique, 0,72; eau, 97,51.

Dans la partie blanche et spongieuse de l'écorce du citron (et du fruit de toutes les hespéridées), Lebreton a trouvé un principe amer, ïliespéridine. Bernays en a trouvé un autre, la limonine, dans les semences. Il doit y avoir aussi quelque matière analogue dans l'écorce du citronnier. Mais si ces divers principes amers donnent quelques qualités toniques, stomachiques, fébrifuges, ver-

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micidesà certains produits de ce végétal, son fruit, en définitive, doit ses principales propriétés à l'acide citrique et à l'huile essentielle, et c'est, par conséquent, sur ces deux substances que nous insisterons spécialement.

Uacide citrique, dont la préparation a été indiquée ci-dessus, existe, comme on l'a dit, dans un grand nombre de fruits acidulés, tels que les citrons, les oran'Tes, les tamarins, les groseilles, les fraises; mais on le retire spécialement du suc de citron. Deux litres de bon jus de citron donnent environ 250 à 2G0 "Trammes d'acide citrique cristallisé. Il contient alors 5 proportions d'eau. Mais séché à 100", il n'en retient que 5 proportions, qui le constituent comme acide Iribasique.

L'acide citrique médicinal, solide, incolore, inodore, d'une saveur excessivement aigre, précipite la baryte et non la chaux de ses dissolutions, ce qui le distingue de l'acide tartrique, avec lequel il est parfois frauduleusement mélangé dans le commerce ; en outi-e, les bicitrates alcalins sont très-solubles, tandis que les bitartrates le sont fort peu. Il est donc facile de reconnaître la Iraude : soit en versant goutte à goutte la solution d'acide dans de l'eau de chaux en excès, la liqueur se trouble s'il y a de l'acide tartrique (Gafiiird) ; soit en versant dans la solution de l'acide suspect un sel de potasse, qui décèle l'acide tartrique par un dépôt cristallin de crème de tartre.

L'acide citrique, dans ses combinaisons avec les bases alcalines et terreuses, atténue notablement leur saveur désagréable, ce qui a motivé l'introduction eu thérapeutique des citrates de soude et de magnésie. Uni au fer, il corrige aussi la saveur atramentaire de ce métal.

^irop d'acide citrique. Acide citrique cristallisé, 40 grammes; eau distillée, 20; sirop de sucre, 970. — Faites dissoudre l'acide dans l'eau, ajoutez la dissolution au sirop de sucre froid ; mélangez. En aromatisant ce sirop avec 15 grammes d'alcoolature de citron ou d'orange, on obtient les préparations connues vulgairement sous les noms de sirop de limon et de sirop d'orange (Codex).

Limonade citrique. Sirop d'acide citrique, 100 grammes; eau, 900 (Codex). — Acide citrique, 1 ; sirop de sucre, 64 ; eau, 925 ; alcoolat de citron, s. q. (Soubeiran).

Limonade sèche. Acide citrique, 4 grammes; sucre, 125; essence de citron, 8 gouttes. — Une cuillerée de cette poudre dans un verre d'eau.

L'acide citrique, pulvérisé sur du porphyre et associé au bicarbonate de soude, sert à la préparation des poudres gazogènes, des granules effervescents, des limonades gazeuses ; le produit est plus agréable au goût que lorsqu'on emploie l'acide tartrique.

10 grammes d'acide citrique exigent pour former un citrate neutre :

Bicarbonate de soude . l'^

Bicarbonate de potasse 15

(Formulaire de Jeannel).

On se rappellera donc ces proportions pour les employer ou les modifier, lorsque l'on voudra préparer, avec l'acide citrique, des poudres gazogènes neutres, alcalines ou acides.

L'acide citrique est l'élément acide de la potion antivomitive de Rivière.

Huile essentielle ou essence de citron. L'écorce du fruit des citres présente, dans sa couche extérieure colorée, un appareil de cellules closes, dans lesquelles est contenue une huile essentielle. Celle-ci a la même composition et les mêmes

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propriétés chimiques dans toutes les espèces ou variétés ; les huiles essentielles Ou essences, extraites de l'écorce des divers fruits du genre citrus, ne diffèrent que par les qualités sensibles à l'odorat et au goût. En conséquence, Vessencede citron clant prise pour type, ce que nous en dirons est applicable à ses pareilles.

Toutes sont des hydrocarbures et offrent, en outre, cette particularité remarquable d'avoir le carbone et l'hydrogène dans les mêmes proportions que l'essence de térébenUiine, ce qui leur donne une grande analogie chimique avec cette dernière ; mais elles en différent par leurs propriétés physiques et moléculaires.

En effet, l'odeur d'abord sépare profondément l'essence de térébenthine d'une part, les essences de citrons et d'oranges d'autre part.

On assigne à l'essence de térébenthine la formule C^'H"'; à l'essence de citron, la formule C"1P; les éléments sont donc dans un état de condensation moitié moindre dans la dcraièrc.

' Tandis que la première est lœvogyre, la seconde est dextrogyre.

Comme l'essence de térébenthine, l'essence de citron , traitée par l'eau et l'acide azotique, donne un hydrate solide et cristallin ; traitée par l'acide chlorhydriquc, elle forme deux camphres, l'un solide, l'autre liquide, que Soubeiran et Capitaine ont trouvés isomériques. Ces deux camphres, d'après Biot, n'exercent aucune action sur la lumière polarisée. Les camphres de l'essence de térébenthine conservent, au contraire, l'action de celle-ci sur le plan de polarisation.

L'essence de citron s'obtient par deux procédés : par simple expression, par distillation.

- Le premier consiste à réduire en pulpe, au moyen d'une râpe fine , la partie jaune extérieure de l'écorce des fruits, et à la soumettre à la presse dans un tissu de crin. On obtient ainsi une liqueur qui se sépare en deux couches : l'une, inférieure, est formée par de l'eau et quelques débris ; l'autre, supérieure, est l'huile essentielle (Soubeiran).

Cette essence brute est jaune, un peu trouble, un peu épaisse ; on la purifie par décantation après l'avoir laissé déposer. Par rectification, on l'obtient incolore et très-fluide.

L'essence de citron, préparée par expression, a une odeur très-suave, une densité de: 0,856. L'essence préparée par distillation a moins de suavité, mais se conserve mieux et sert, à l'exclusion de l'autre, au dégraissage des étoffes ; sa densité est de 0,846. Elle bout à 165».

L'essence de cédrat, fournie par l'écorce du fruit du cédratier, citrus cedra, seu medica, a une odeur très-suave, et est, par ailleurs, analogue à la précédente.

L'essence de bergamotte, provenant du fruit du limettier bergamottier, variété du cilrus limella, est la plus estimée. Préparée presque exclusivement par expression, elle est jaune verdâtre ; elle perd sa nuance verte au contact de l'air; très-altérable, elle doit êti^e conservée dans des flacons bien bouchés, en lieu frais et obscur. Elle est très-recherchée en parfumerie; mêlée aux aulres huiles essentielles, elle ajoute beaucoup à leur richesse, et leur communique une douceur que ne leur donne aucune autre substance (Piesse).

L'essence de bergamoltea une densité plus considérable que celle du citron; elle pèse 0,880 ; en outre, d'après Olme, Soubeiran et Capitaine, clic aurait une composition différenic, et avec les mômes équivalents de carbone et d'hydrogène, elle contiendrait un peu d'oxygène.

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Ces essences se donnent à la dose de quelques gouttes, mêlées et triturées avec du sucre; elles ont été prescrites jusqu'à 2 et 4 grammes; lorsqu'à ces doses on doit les mélanger à des potions, il est bon de les étendre d'abord d'alcool.

Hijdrolé de citron, eau aromatique de citron. (Formulaire des hôpitaux militaires.) Essence de citron, 1 ; sucre, 5 ; alcool à 60", 5; eau, 1000. Triturez dans un mortier de verre le sucre et l'huile volatile ; ajoutez, en continuant la trituration, l'alcool, puis l'eau.

Correctif pour aromatiser la limonade tartrique, etc. Doses : ^f^.

L'alcoolature de citron à la dose de j^^ communique aux limonades un arôme beaucoup plus agréable que l'hydrolé de citron, qui a presque toujours un arrière goût de térébenthine (Jeannel, Formulaire officinal et magistral, 1870).

Les essences de citron, de cédrat, de bergamolte entrent dans un grand nombre d'eaux de senteur, et particulièrement dans Veau de Portugal, Veau de la reine de Hongrie, Veau de Cologne. Ces eaux ne sont pas sans quelque intérêt pour la médecine, qui les a souvent utilisées comme remèdes stimulants et antispasmodiques ; l'eau de Cologne, préconisée autrefois d'ailleurs autant comme remède que comme parfum, et qui possède des propriétés résolutives et sédatives incontestables, mérite en conséquence une mention spéciale. Sa formule, qui Ararie beaucoup tant selon les pharraacologues que selon les pai'fumeurs , est donnée ainsi par notre Codex :

Huile volatile de bergamolte iOO grammes.

— de cannelle 23

— de citron 100

— de céJral 100

- — de lavande , 50

— de fleurs d'oranger 50

— de romarin 50

Alcool à 90* 12000

Alcoolat de mélisse composé 1500

Alcoolat de romarin 1000

Faites dissoudre les huiles essentielles dans l'alcool, ajoutez les deux alcoolats ; laissez en contact pendant huit jours. Distillez au bain-marie jusqu'à ce que vous ayez recueilli les quatre cinquièmes du mélange employé.

Les zestes Irais de citron font partie de l'alcoolat de mélisse composé ou eau de mélisse des Carmes.

En sus des principes dont il vient d'être question, le citron contient de l'albujaine végétale, du mucilage, probablement un peu de sucre, au moins dans certaines espèces, à en juger d'après leur goût, provenant de climats très-chauds. Il serait à désirer qu'une nouvelle analyse vînt nous édifier sur sa véritable composition. En l'attendant, nous reproduirons ici un document qui a sa valeur, et -qui, en nous montrant les éléments minéraux contenus dans ce fruit, peut servira expliquer quelques-unes de ses propriétés thérapeutiques.

L'analyse des cendres de citron a fourni les résultats suivants :

Potasse 53.89

Soude 3.56

Chauï 12.87

Magnésie 8.67

Oxyde ferrique 0.24

. Acide phosphorique 3-4.81

Acide sulfurique 3.30

Chlorure sodique 2.31

Silice 0.35

100.00 (Souchay, Revue tcienlifique et industrielle, t. XXIV, p. "38).

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594 CITRON (emploi médical).

§ III. Emploi médical. I. Historique. Les diverses espèces du genre citrus sont originaires de l'Orient, mais la confusion des dénominations données à ces espèces et à d'autres qui en différaient, jette quelque obscurité sur leur historique primitif. Ainsi il est longuement question dans Pline (liv. V, XIII) d'un citre qui croissait dans les montagnes de l'Atlas, et que les Romains recherchaient pour en faire des meubles et surtout des tables auxquelles on attribuait un prix fabuleux. Pline cite entre autres, une table que Cicéron, malgré sa fortune modeste, avait payée un million de sesterces (210,000 francs) ; il en cite d'antres d'un prix encore plus élevé, notamment celles d'Arinius Gallus, des Céthégus, des rois Juba et Ptolémée de Mauritanie, de l'empereur Tibère (liv. XIII, c. xv). Quelques traducteurs ont eu d'autant plus de tort de prendre ce bois pour celui du citronnier, que Pline dit, que l'arbre d'oîi il provient, ressemble au cyprès femelle sauvage, et que, connu d'Homère, il avait été nommé par les Grecs thyon ou thya {%o-j, Sua). Il faut donc admettre avec Guibourt, que le cUrus d'Afrique (dont le nom aussi a pu être confondu avec celui de cedriis) était un arbre conifère du genre des genévriers, des thuyas et des cyprès. En tous cas, cet arbre semble avoir été exclusivement recherché pour son bois et non pour ses fruits dont il n'est nullement question dans Pline. Toutefois, en deux mots, cet auteur attribue à une huile de citre (liv. XXllI, c. xlv) les mêmes propriétés astringentes , cicatrisantes et antiseptiques qu'aux huiles de myrte et de cyprès. Mais cet auteur mentionne (liv. XllI, c. xxxi) un autre arbre, du même nom de citrus, portant un fruit, malum, exécré par les uns à cause de son odeur et de son amertume, et recherché néanmoins par les autres ; Littré l'indique comme étant le citrus medica de Linné ; mais d'après ce qui est dit des qualités du fruit, je crois que le savant traducteur se trompe.

Le véritable citronnier est décrit par Pline (liv. XII, c. vu) sous le nom de çommier d'Assyrie ou deMédie. De son temps, onn'avait pu encore l'acclimater hors «Je la Perse et de la Médie ; ses fruits ne se mangeaient pas, et on les employait ainsi que ses feuilles, pour parfumer les étoffes et en éloigner les insectes. On attribuait en outre à ces fruits, nommés par l'auteur romain citrea (liv. XXIII, c. Lvi) quelques propriétés médicales. « Le citron, pulpe ou gi'aine, se prend en Doisson dans du vin contre les poisons. La décoction ou le suc exprimé, en collutoire, rend l'haleine douce. On en fait manger la graine aux femmes grosses atteintes de pica. Le citron est bon dans les faiblesses d'estomac ; mais on ne saurait guère en manger sans vinaigre (traduction de Littré). » Les semences du citron étaient employées chez les Parthes pour corriger la fétidité de l'haleine et communiquer aux aliments un arôme agréable (liv. XI, c. cxv).

Le citronnier a aussi été mentionné par Théophraste, par Virgile. Ce n'est que du temps de Plutarquc que l'on commença à utiliser ses fruits comme comestibles. Les Liguriens le cultivèrent en grand les premiers, ainsi que l'oranger ; mais ce n'est que vers le quinzième siècle qu'il se répandit dans les pays froids du reste de l'Europe (Mérat et de Lens).

Le limonier et le bigaradier paraissent être, d'après Guibourt, originaires de l'Inde. Les Croisés les ont trouvés cultivés en Palestine et les ont fait connaître à l'Europe ; mais déjà les Arabes les avaient naturalisés en Afrique et dans le midi de l'Espagne, d'où ils ont pu également se répandre dans le midi de la France et en Italie. Ces arbres et leurs diver&cs variétés ont été importés par les Européens en Amérique, ou iis ont prospéré en donnant des fruits peutêtre encoie supérieurs à ceux de l'Europe. Les citrons des Antilles, par exemple.

CITRON (emploi médical). 595

Ont une saveur et un parfum délicieux, et certains d'entre eux, bien moins acides que ceux de l'ancien continent, peuvent être mangés en nature à la condition toutefois d'être mitigés par un peu de sucre.

Le cédratier, citrus medica, était très-estimé chez les Hébreux ; de là le nom de citronnier des Juifs, sous lequel il a été souvent désigné. Son fruit était consacré à la fête des tabernacles. Les noms de citrus, citron, proviendraient, d'après Mérat et de Lens, d'une ville de Judée (Citron), d'où les Romains auraient tiré la première espèce connue en Europe.

I IL Action physiologique. Les diverses parties constituantes du citron n'ont pas les mêmes propriétés médicales. L'huile essentielle et la couche extérieure dc' l'écorce qui la recèle, agissent à la manière des stimulants dilTusibles ; la couche intérieure, blanche et spongieuse, ainsi que les semences, sont comparables aux, toniques amers. Le suc doit son action la plus manifeste à ses principes acides, et particulièrement à l'acide citrique ; mais en tenant compte du mucilage, de l'albumine végétale, de la cellulose et de quelques sels qu'il contient, il représente une sorte d'aliment acidulé. L'acide citrique agit, ainsi que la plupart des acides végétaux, comme tempérant et rafraîchissant ; c'est-à-dire, il modère le mouvement circulatoire, diminue la production de chaleur animale, excite la diurèse, et, surtout par l'abus et la prolongation de son emploi, fiait par agir comme hyposthénisant, comme débilitant. 11 est facile de se convaincre de ce dernier effet, en observant les conséquences de l'excès des limonades pendant l'été et dans les pays chauds ; l'appétit s'émousse; la soif, un moment apaisée,' renaît sans cesse, par suite des déperditions aqueuses tant du côté de la peau que de celui des voies urinaires ; le dévoiement s'ajoute à ces effets débilitants, et ces boissons acides deviennent l'une des causes les plus fréquentes de la dysenterie. Aussi ne partageons-nous pas l'avis des médecins qui ont conseillé contre cette maladie la limonade citrique, méconnaissant la funeste influence qu'elle exerce au contraire sur sa production.

Pour rendre rationnel l'emploi de la limonade dans les pays chauds, il faut l'additionner d'un peu d'eau-de-vie, de rhum ou de vin de Madère. On obtient ainsi une boisson en même temps rafraîchissante et tonique, dont l'un des meilleurs effets est de modérer la diaphorèse, au lieu de l'exciter ou tout au moins de lui laisser son cours comme le font les boissons purement acides. Les inconvénients de celles-ci ont été si bien reconnus, qu'aujourd'hui on a généralement renoncé, à bord des navires qui naviguent sous les tropiques, à aciduler l'eau mise à la disposition des équipages entre les repas ; on remplace avec raison cet acidulage par de l'eau légèrement alcoolisée.

L'acide citrique n'est nullement astringent, comme on le lit dans beaucoup d'auteurs; il ne coagule point l'albumine, il la maintient dissoute au contraire. 11 ne peut donc condenser les liquides organiques, ni dans les vaisseaux, ni à la surface des plaies. Mais il est irritant, et l'irritation qu'il détermine sur les tissus peut occasionner un certain effet astrictif. En outre, comme il est détersif, fluidifiant, il peut procurer deux sortes d'avantages par son application sur les plaies et particulièrement sur celles qui affectent les muqueuses : si celles-ci, comme cela arrive souvent, ou d'autres sur divers points de la peau, sont couvertes d'exsudats membraniformes, il les mondifie, il les déterge par son action chimique; par son action physique, il les excite, il les tonifie, et des deux manières il concourt aux actes salutaires de la cicatrisation.

L'abus du suc acide des citrons, c'est-à-dire son usage excessif et prolongé,

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présente des inconvénients communs à l'usage abusif de tons les acides. Ainsi on "voit dans les pays méridionaux, des femmes manger ou sucer des citrons avec excès pour se faire maigrir ; elles maigrissent en effet, mais en s'anéraiant et en se donnant des maladies plus ou moins graves d'estomac. Toutefois, l'acide eitrique est moins offensif que l'acide acétique, également opposé à l'embonpoint. Broussais avait même remarqué (P/i/e^masies chroniques, t. 111), que l'acide citrique était celui que l'estomac supportait le mieux dans la gastrite , mais bien entendu à condition de n'en pas abuser.

Les limonades faites avec l'acide citrique ou le suc acide du citron, consommées dans des limites raisonnables, utilisées momentanément, et bues fraîches, représentent des boissons tempérantes qui ont leur utilité dans plusieurs circonstances.

Entre autres avantages, elles sont du nombre de celles qui combattent le mieux l'état nauséoux. Ainsi plusieurs personnes {et j'en ai fait l'épreuve sur moi-même) se défendent contre le mal de mer on suçant de temps en temps la baie fraîchement coupée d'un citron ; de même eu ce cas on éprouve un certain bien-être en flairant les senteurs de ce fruit, tandis que presque toutes les autresi odeurs, au contraire, deviennent plus ou moins désagréables.

Les limonades ou boissons préparées avec la totalité du citron, c'est-à-dire avec la baie et son péricarpe, constituent des liqueurs complexes dans lesquelles les acides sont mitigés par des substances mucilagineuses et albumineuses, et antagonisés par des principes amers ; elles sont aromatisées en outre par un peu d'essence. Celles-là tempèrent sans débiliter, élanchent la soif sans amoindrir la faim ; la limonade cuite, telle que nous avons conseillé de la faire, porte donc en elle les correctifs de son acide, et convient par conséquent dans un plus grand nombre de cas que les dissolutions d'acide citrique pur.

On devra faire attention à ne pas prescrire les limonades comme boissons journalières aux individus soumis à des médications dont les principes peuvent être dénaturés ou suractivés en mal par les acides. Le calomel, susceptible d'être transformé en sublimé corrosif par une tisane acide employée sinmltanément, offrirait la plus grave de ces incompatibilités. Dans d'autres circonstances, au contraire, la limonade citrique favorise la dissolution, l'absorption et l'action de quelques médicaments ; c'est ce qui a lieu pour les sels de quinine. Les médecins instruits, avertis de ce genre de réactions, les éviteront ou les favoriseront selon les cas.

III. Action thérapeutique. Les boissons dont nous venons de parler, ou leurs analogues, sont sans contredit celles qui sont le plus souvent prescrites aux malades et le plus recherchées par eux. Leur sapidité, leur arôme lorsque le zeste en fait partie, les font justement préférer aux tisanes fades et mucilagineuses dont les malades se lassent plus promptement, de même qu'ils finissent aussi bientôt par se lasser des préparations sucrées ; à ce moment bon nombre d'entre eux se délectent de limonades sans aucune édulcoration.

En tenant compte tout à la fois de leurs propriétés tempérantes, désaltérantes et diurétiques, les limonades ou citronnades conviennent, en thèse générale, dans les états fébriles avec chaleur sèche de la peau, soif ardente, urines rares, rouges, sédimenteuses. S'il y a un intérêt quelconque à provoquer la diapliorèse, il vaudra mieux sans doute administrer ces boissons chaudes ; mais dans le cas contraire, il sera, non-seulement sans inconvénient, mais même avantageux, de les laisser prendre iroides. Les limonades produisent mieux ainsi leurs effets

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spéciaux ; et d'ailleurs l'iugestion à outrance de boissons chaudes est un supplice sans aucun profit imposé aux fébricitants dont la caloricité est en progression active; on augmente alors cette progression, en même temps que le malaise, l'agitation, et parfois la lésion qui suscite la fièvre.

Les limonades fraîches sont donc spécialement indiquées contre les réactions fébriles provoquées par des congestions dans l'encépliale et dans les organesdela tète, les fièvres inflammatoires ou d'apparence telle ; mais elles sont généralement contre-indiquées lorsque ces fièvres s'accompagnent de diarrhée, et elles le sont particulièrement dans les lésions des organes digestifs où ce symptôme est le phénomène capital. La diarrhée est souvent causée ou entretenue par l'acidité des liquides intestinaux ; et, d'un autre côté, les acides végétaux sollicitent souvent aussi le dévoiement ; les entérites, les cœco-colites avec diarrliée, la dysenterie enfin ne peuvent donc s'accommoder de l'emploi du jus de citron. Il y aurait une exception à faire pour la diarrhée scorbutique ; ici ce suc s'attaquant à la cause, peut ne pas réagir fâcheusement sur les fonctions intestinales, qui se réparent avec les autres fonctions compromises par la cachexie en question.

On doit slabstenir de limonades dans le cours des affections des voies respiratoires accompagnées de toux, celles-ci po\ivant être provoquées par les acides. Lorsque l'on craint leurs effets débilitants, on peut les remonter par un peu de vin ; la limonade vineuse convient particulièrement dans les affections putrides et adynamiques.

La citronnade a été conseillée, sans distinctions qui ont pourtant leur importance, contre l'embarras gastrique, état fort complexe, dont les manifestations diverses ont leurs indications particulières. Ainsi, lorsqu'il est compliqué d'acescence de l'estomac, ce remède sera évidemment inopportun. S'il existe de l'anorexie, de la gastrodynie, il augmentera l'inappétence et la douleur. Dans les embarras muqueux avec vo'miturition de glaires incolores, il produira souvent de bons effets; ce sera le cas d'y faire entrer les zestes et même les pépins; les citronnades rendues ainsi un peu araères sont stomachiques et réveillent l'appétit.

L'acide citrique, comme nous l'avons déjà dit, neutralise en quelque sorte la nausée ; il conviendrait donc dans les embarras avec prédominance de l'état nauséeux. Mais où il convient surtout, c'est dans la forme la plus fréquente de l'embarras gastrique, c'est-à-dire, dans celle qui s'accompagne de trouble des fonctions hépatiques, de la sécrétion biliaire, et par suite d'irruption de bile dans l'estomac, dans l'embarras bilieux en un mot. i

De même, dans les lésions du foie, les préparations de limon se trouvent bien appliquées, et l'empirisme populaire les y a même tellement généralisées dans certains pays chauds, dans les Antilles par exemple, qu'on y emploie les citrons intus et extra dans toutes les affections hépatiques, au point qu'on en a voulu faire un spécifique de la fièvre jaune.

La thérapeutique sérieuse, sans prendre à son compte des exagérations ridicules, reconnaît néanmoins que l'acide citrique, en excitant la diurèse, favorise l'éliniiiialion des principes biliaires retenus dans le sang, et qu'il est par suite utile dans l'ictère ; qu'en provoquant l'issue de la bile hors de ses réservoirs, il contribue à la résolution des engorgements du foie ; toutefois son intervention dans ce dernier cas ne fait qu'aider l'action de moyens plus énergiques. Son influence réelle sur les calculs biliaires, contre lesquels il a aussi été conseillé, paraît beaucoup plus problématique.

sW GtTRON (emploi médical].

Fernel, Loob, Crantz, Stahl, avaient mis le suc de citron au rang deslitboniripliqucs. Celte opinion, controversée ou tombée dans l'oubli, a peut-être quelque fondement ; il ne serait pas impossible que l'acide citrique exerçât une certaine action dissolvante sur les calculs urinaires à base de chaux et de magnésie. Ce serait à essayer.

Les propriétés diurétiques de l'acide citrique l'ont fait beaucoup employer, ainsi que le suc de citrons, dans les liydropisies. Les citrons seraient, d'après H. Cazin, depuis longtemps en vogue en Allemagne, particulièrement contre les hydropisies résultant de la inaladie de Bright ( Traité des plantes médicmales indkjènes, Z" édit.). Un médecin russe, le docteur Trinkowshy, dit avoir aussi une très-grande confiance dans l'action diurétique du citron contre les hydropisies: il donne ce fruit, dépouillé de son écorce et mêlé à du sucre, graduellement depuis un jusqu'à dix-huit par jour ; en même temps le malade est soumis à un régime animal. Ce traitement produirait un flux d'urine très-copieux, quelques effets laxatifs, et aurait guéri des ascites considérables {Bull, de tkérap. 1857,

t. LUI).

A côté de ses propriétés tempérantes, le citron possède, tant par son essence que par son acide lui-même, quelques propriétés sédatives. La citronnade convient j)ar cela aux états fébriles compliqués de symptômes nerveux. Le jus de citron, pris à l'intérieur, calme souvent la migraine; Réveil l'y a vu réussir, à la dose de 100 grammes pris en une fois. J'ai plus de confiance dans son mélange avec l'infusion de café; il ne faudrait pas attribuer à celle-ci toute l'action céphalique, car seule elle ne produit pas d'aussi bons effets. Dans le mélange que je recommande, et que l'on obtient en exprimant le jus d'un citron dans une tasse de cale noir, il se peut que l'acide citrique, dégageant et salifiant la caféine, iburnisse ainsi l'un des éléments de succès de ce remède, que j'ai vu souvent enrayer la migraine dès son début ou l'amender pendant son cours.

On trouve parmi les pratiques de l'empirisme populaire, surtout dans les pays chauds où les citrons étant abondants sont employés aux usages les plus variés, l'emploi externe de ces fruits contre les douleurs névralgiques et rhumatismales. On frictionne, avec la moitié d'un citron la partie lîouloureuse. Neucourt, dans un mémoire sur la névralgie faciale {Arch. yen. de méd. février ISSi), dit que ce moyen a généralement soulagé ceux auxquels il l'a conseillé.

Brandini, en Italie, Denny et Barclay, en Angleterre, ont opposé avec succès l'acide citrique aux douleurs causées par les affections cancéreuses. Une solution de 2 à 8 grammes de cet acide pour 250 d'eau, en collutoire contre des cancers de la langue, en lotions sur des cancers de la peau, du sein, en injections contre des cancers de l'utérus, ont produit une sédation remarquable, quoique passagère, ce qui oblige à insister sur ce moyen topique pour obtenir un calme continu. Barclay a essayé comparativement les acides acétique et carbolique ou phénique; il a reconnu aux trois acides en question un pouvoir égal contre les douleurs du cancer, et il leur attribue en outre la propriété de dissoudre les cellules cancéreuses ; toutefois l'acide carbolique l'emporlerait sous le double rapport de ce pouvoir dissolvant et de l'effet neutralisant de la fétididé {Bulletin de thérapeutique, 1866, t. LXX et LXXI, extrait des The Lancel et Ëritish Médical Journal).

Cazin dit avoir vu le mélange du suc d'un citron avec une tasse de café trèschaud, réussir contre les fièvres intermittentes rebelles, que d'autres prétendent avoir également guéries avec le suc de citron pur,, donné depuis 60 jusqu'à

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100 grammes par jour. Le mélange de ce suc avec de la poudre de café, serait, d'après le même auteur, un fébril'uge populaire en Grèce. Foldi (Annales de la Société de médecine d'Anvers, 1847), regarde comme un excellent fébrifuge, la macéralion avec fermentation d'un citron dans une bouteille de vin blanc : un verre ordinaire chaque matin à jeun. Broussonnet (Pharmacopée de Montpellier, par Bories), employait avec succès contre les fièvres intermittentes la mixture suivante : suc de citron, ad libitum; sel de cuisine, Q." S. Ce mélange conviendrait aussi contre les lièvres putrides. IVous reproduisons ces recettes sous toutes réserves.

Pendant quelque temps, Cruveilhier, à l'hôpital de la Charité, adopta, pour la fièvre typhoïde, une médication dont les préparations de citron faisaient à peu près tous les frais. A cette époque, où quelques-uns croyaient encore à lopportunité des émissions sanguines dans cette maladie, il n'y recourait que très-rarement, en présence de vives réactions inflammatoires et sur des sujets vigoureux, négligeait toute application topique et s'abïtenait entièrement de purgatifs. Pour tout traitement, il prescrivait aux malades : deux pots de limonade édulcorée, une potion avec 50 grammes de sirop citrique, un lavement avec même quantité de ce sirop ; diète rigoureuse et prolongée jusqu'à parfaite convalescence. Cruveilhier se félicitait des succès obtenus par celle médication, sur laquelle il y aurait cependant beaucoup à redire, et qui, malgré l'activité que lui prêtait son auteur, n'était, sous beaucoup de rapports, qu'une variante de l'expeclation (Bw//, delhérap., d844, t. XXVII). La citronade, le sirop citrique, ne peuvent être que des moyens très-auxiliaires dans la fièvre typhoïde; on ne voit pas en quoi l'acide citrique aurait prise sur les éléments essentiels de cette maladie ; et l'abus de ses préparations semble même susceptible de nuire en cas d'adynamie et de diarrhée considérable.

Quelques années plus tard, cet acide fut préconisé avec plus d'insistance contre une autre affection fébrile, le rhumatisme articulaire aigu, dont le génie, plus franchement inflammatoire, s'accommodait mieux, d'ailleurs, d'une médication hyposthénisante. Le promoteur de ce nouveau traitement anlirhumalismal était un médecin anglais, Owen Rees; des faits nombreux en sa faveur furent publiés par lui, ainsi que parles docteurs Barlow et Budd, dans les journaux anglais, et en France par Giraud, de Grenoble. Le jus de citron était donné progressivement jusqu'à la dose de 9 et 10 onces par jour. Il ralentissait le mouvement circulatoire et influençait favorablement l'évolution des accidents phlegmasiques. Le docteur Rees s'expliquait ainsi son action : dans le rhumatisme comme dans la goutte, il y a excès d'acide urique; en administrant le jus de citron, on donne à l'économie une quantité d'eau et d'oxygène suffisante pour convertir l'acide urique «n urée et en acide carbonique; d'un autre côté, les citrates alcalins, transformés .dans le sang en carbonates, peuvent aider à la guérison. Le premier point de cette .théorie est contestable, et, si le second était vrai, il serait plus simple de donner -d'emblée les carbonates alcalins; au surplus, pour la vérifier, Rees substitua l'a- "Cide citrique au jus de citron, et l'épreuve se trouva défavorable. Quatre malades ayant pris l'acide citrique à la dose de 1 gramme 20 centigrammes trois ou quatre fois par jour, chez trois l'état aigu ne fut pas sensiblement abrégé, et la convalescence fut plus lente; chez le quatrième, le rhumatisme n'en passa pas moins à i état chronique. Bientôt, à Edimbourg, Bennett, à Paris, Aran, soumirent le traitement du rhumatisme par le citron à des expériences comparatives, qui démontrèrent son infériorité auprès de ceux habituellement mis en usage; mais il

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ne nuit que par son insuffisance, et l'on a été ensuite trop loin en l'accusant d'aggraver le rhumatisme. Là encore, la limonade citrique est un adjuvant utile comme diurétique et comme tempérant, et l'on peut, à ce double titre, l'adopter pour tisane pendant le cours de la fièvre rhumatismale {Bull, de thér., 1851, t.XLI, 1853, t. XLIV).

Le citron est depuis longtemps employé pour le pansement des plaies de mauvaise nature. Il avive les plaies atones; il modifie les ulcères sanieux; il favorise la cicatrisation des ulcères ■ïcrofuleux; mais c'est principalement sur les plaies gangreneuses ou disposées à le devenir qu'il produit des effets avantageux. Il réussit mieux dansée dernier cas que tous les autres topiques, d'après Fabien, qui en a fait l'application sur une grande échelle dans la chirurgie militaire, où d'autres l'ont aussi beaucoup employé [Revue médico-chirurgicale, octobre 1848, et Bull, de Ihérap., 1848, t. XXXV). Le traitement de la pourriture d'hôpital par le jus de citron a et/ très-préconisé par Jobert de Lamballe, et pareillement employé par Roux. Robert l'a signalé parmi les moyens les plus efficaces pour combatlrc la diphlhérie des plaies. Dans ces divers cas, tantôt on exprime le jus d'un citron à la surface de la plaie, ou bien on pose dessus un plumasscau imbibé de ce jus ; tantôt on applique sur les plaies des tranches de citron ; la première impression est plus ou moins douloureuse, mais les blessés ne tardent pas à s'y habituer.

Ileiu'i Cazin recommande l'injection de jus de citron dans les trajets fistuleux, et notamment dans ceux qui résultent d'abcès de la glande mammaire, dont on a abandonné l'ouverture à la nature [op. cit.).

On emploie quelquefois avec succès le citron en frictions sur les dartres sèches. Duchesne-Duparc en frotte le cuir chevelu des sujets atteints de pityriasis, et dit en obtenir des succès constants lorsque l'affection est récente.

Dechambre [Gaz. hebdom. de méd. et de chir., 1853) a proposé l'emploi du jus de citron contre le prurigo. Pour cela, on avive les papules de prurigo au moyen de rudes frictions avec une serviette mouillée ; après quoi on les frotte avec la main fortement mouillée de jus de citron, ou directement avec une tranche de citron fraîchement coupée.

On a fait aussi du citron une sorte de cosmétique dont le mérite est discutable, car les acides finissent toujours par nuire plus ou moins à la peau; quelques personnes prétendent néanmoins que, employé en frictions, il nettoie la peau, l'adoucit, et dissipe les boutons, taches ou éruptions légères qui la déparent.

Le suc de citron et l'acide citrique ont été conseillés d'une manière banale contre les formes variables de la stomatite et de l'angine. S'ils peuvent, dans certains cas, compter parmi les moyens utiles, résolutifs ou détersifs, ils ont, comme tous les acides, surtout par un usage prolongé, l'inconvénient d'agacer les dents et d'attaquer leur émail. Contrairement à l'avis deGuersant et de Dugès, ils doivent être repoussés du traitement du muguet, les travaux modernes ayant démontré que l'oïdium albicans prospère dans un milieu acide.

La diphthérie buccale et pharyngienne, de même que la diphthérie des plaies, trouverait, d'après quelques observateurs, un puissant modificateur dans le sue de citron.

Dans une épidémie d'angine couenneuse à Boulogne-sur-Mer en 1855 et 1856» Cazin dit avoir employé avec succès, intus et extra, un mélange de suc de citi'on et de suc d'ail. Un pinceau de charpie imbibé de ce mélange était porté de deux

CITRON (emploi médical). 601

en deux heures, ou même d'heure en heure dans les cas graves, sur les parties affectées, en même temps que la mixture suivante était administrée à l'intérieur par cuillerée toutes les deux heures : suc de citron, grammes, 50; hulbe d'ail, 20; eau distillée d'hysope, 150; sirop de gomme, 50. Triturez l'ail avec le suc de citron, en ajoutant peu à peu l'eau d'hysope; passez et ajoutez le sirop de gomme. Ces moyens suffisaient le plus ordinairement pour limiter promptement l'affection locale. L'action fébrigène et antiseptique de la mixture citro-alliacée se traduisait par une réaction circulatoire, suivie d'une transpiration douce, accompagnée du retour des forces, et la guérison avait lieu du cinquième au quatorzième jour. Les malades étaient soumis en même temps à un régime tonique et à l'usa-^e de luxatifs pour tenir le ventre libre. Dans les cas très-graves, on recourait en outre aux applications de teinture d'iode sur les parties affectées, et aux frictions mercurielles sur le cou. Ce mode de traitement, dont l'auteur ne dissimule pas la complexité, n'en a pas moins son principal élément de succès dans l'association du citron et de l'ail, dont il a pu apprécier les effets par leur emploi exclusif en beaucoup de cas. Le mélange en question paraît agir plutôt en détachant graduellement les plaques couenneuses qu'en les dissolvant (Gazin, op. cit. et Bull, de tliérap., 1858, t. LV, p. 3G8).

Trousseau appliquait souvent le jus de citron comme topique, à l'aide d'un pinceau, dans les angines diphthériques chez les enfants.

Révillout s'est servi de ce même agent en créant une méthode à laquelle il accorde une grande efficacité. Il recueille par expression le jus de plusieurs citrons, et le prescrit pur, en gargarisme, sans interruption, en recommandant d'en laisser tomber une partie dans l'arrière-gorge, afin d'agir, durant la déglutition, sur le pharynx et l'œsophage, et tout cela jusqu'à ce que lesfausses membranes soient détachées. Cet effet, en général, ne serait pas long à se produire; s'il tarde, ou si les fausses membranes se reforment, il faut persister dans l'usage du môme moyen. Révillout a ainsi employé jusqu'à cent vingt, juscju'à cent quatre-vingtcinq citrons. Ce traitement est douloureux ; il est besoin, pour le supporter, d'un courage et d'une persévérance que l'on ne peut guère attendre de la part des enfants, chez lesquels, par conséquent, il est difficilement applicable. En outre, il est essentiellement topique, et ne semble point apte à prévenir ni à combattre les symptômes généraux des angines diphthériques. Mais, du moins, tel que l'a conçu son auteur, et d'après lui, il aiii'ai't Uïle action remarquable sur l'affection locale ; il ne dissout pas les fausses membranes, il les amincit tout au plus, il les détache surtout, et modifie l'inllammation qui préside à leur production; ce serait une méthode substitutive. Révillout en a fait heureusement l'épreuve sur lui-même, et, depuis lors, sur d'autres malades; il dit qu'elle lui a constamment réussi (Académie de médecine, 20 juin 1865. — Bull, de thérap., t. LXIX, 1865, P-92).

Patronné par de telles autorités, le jus de citron mériterait d'être soumis à de nouvelles expériences qui édifieraient plus complètement sur sa valeur dans le traitement des angines diphthériques.

Nous avons vu, dans la partie historique de cet article, que les citrons étaient recommandés par Pline contre les poisons. Athénée, Virgile font aussi mention de leurs propriétés alexitères. On lit dans la Flore médicale que le suc de citron a une grande efficacité dans les cas d'empoisonnement par les narcotiques et par les substances acres et vénéneuses, comme la ciguë, la pomme épineuse, etc. Ces indications vagues ne portaient aucun enseignement; mais le docteur Waring est

602 CITRON (emploi médical).

venu récemment en fournir de plus précises. Il considère le suc de citron comme l'antidote de certaines euphorbiacées ; il cite entre autres les empoisonnements par les semences de curcas multifida et par les racines fraîches du manihot utilissima, qui auraient été heureusement combattus par le suc de limon administré à larges doses. Ce médecin pense que les autres acides végétaux auraient la même vertu, et, à l'appui de son opinion, il cite les semences de VeupJiorbia latyris, qui, macérées dans le vinaigre, perdent leur âcreté au point de servir de condiment à l'instar des câpres [PharmaceiUical journal et Gazette hebdomadaire, 1868). Ces propriétés antidotiques du jus de citron, qu'il est difficile d'expliquer, auraient besoin d'être contrôlées par de nouvelles observations.

Nous mentionnerons, sans y avoir grande confiance, quelques propriétés hémoslatiques attribuées à l'acide citrique. Pasteur (Thèse de Paris, 1808) a rap- , porté une observation de perte utérine après l'accouchement arrêtée par cet acide. Inspiré probablement par cet exemple, Evrat a proposé, en pareil cas, d'introduire un citron dans l'utérus, et d'arroser de son suc l'intérieur de cet organe : conseil d'une exécution difficile, et dont la bizarrerie pourrait bien ne pas être compensée par l'efficacité.

L'une des applications les plus intéressantes du citron est celle qui en a été faite à la prophylaxie et à la cure du scorbut. Le lime or ZemonjMÏce est employé à ce double effet en Angleterre depuis fort longtemps. En 1795, un acte du Parlement prescrivit de le comprendre dans l'approvisionnement de tous les navires, hors ceux frétés pour les ports de lEurope et de la Méditerranée; la ration quotidienne devait être d'une demi-once pour chaque homme au régime des viande? salées, plus un demi-litre de vinaigre par semaine. Ces prescriptions, renouvelées à plusieurs reprises et appuyées par les ordres de l'amirauté, ont reçu leur dernière consécration dans le Merchant schipping act, en date de 1854. Dans cet acte, qui édicté des peines sévères contre les contrevenants, il est enjoint à tout capitaine de navire de faire délivrer du citron ou du jus de citron à son équipage après dix jours d'usage des salaisons.

Aujourd'hui, la ration journalière à bord des navires anglais est la suivante (en poids français) :

Lemon juice ............. 14 grammes.

Sucre 42

Eau 112

Cette ration se distribue à titre de moyen pi'éservatif du scorbut ; mais lorsque le scorbut est déclaré, on l'augmente; le jus de citron est et doit être porté, chez les scorbutiques, selon la gravité de leur état, à la dose de 50, 100, 150 grammes par jour.

Les Anglais préparent en grand le lime ou limon juice dans leurs colonies, et particulièrement à Malte. Ils soumettent à la presse les citrons en totalité, et mêlent au jus recueilli un dixième d'alcool à 22"; ils le mettent ensuite dans de grandes bouteilles de deux litres, le recouvrent d'une couche d'huile pour le préserver du contact de l'air, et bouchent hermétiquement les bouteilles. Ce suc n'est ni filtré ni clarifié; il est très-trouble, très-acide, et dépose par le repos une couche grumeleuse contenant de l'albumine végétale et des débris celluleux très-divisés; l'huile essentielle s'y trouve en petite quantité, combinée et émulsionnée. Cette préparation a souvent un goût de moisi, résultant sans doute d'une fabrication peu soigneuse (O'Rorke). D'après un rapport fait au Conseil de l'amirauté anglaise par le capitaine Mac-Clure, on assure la parfaite conservation du jus de

CITRON {emploi médical). 603

citron en ajoutant 1 gramme de carbonate de potasse par 15 grammes de jus [Bidlelin de thérapeutique, 1855, t. XLVIII). On trouvera cette addition doublement opportune, si l'on se rappelle que les sels de potasse ont aussi été conseillés par Garrod en Angleterre et expérimentes avec quelque succès par Hammond en Amérique contre le scorbut {Bull, de thérap., 1853, t. XLIV).

Les Américains du Nord avaient depuis longtemps suivi l'exemple des Anglais; leurs baleiniers et leurs bâtiments d'émigrants étaient abondamment pourvus de jus de limons. Néanmoins, cette pratique n'était pas adoptée en France, quoique les vertus antiscorbutiques de ces fruits y eussent été reconnues par plusieurs auteurs. Rochoux, par exemple, dans l'article Scorbut du Dictionnaire de médecine i'i'- édition, t. XXVIII, 1844), avait signalé les succès qu'il obtenait depuis douze <uis cliez les scorbutiques, à Bicètre, par l'emploi du suc de citron à la dose de 90 à 180 "Tammes. Les observations du docteur Gallerand, aujourd'hui professeur à l'École de médecine navale de Brest, appelèrent de nouveau l'attention sur ce sujet. Chirurgien-major d'une frégate naviguant dans la mer Blanche, eu 1854 et 1855, il se voyait impuissant devant les ravages du scorbut parmi son équipage, lorsque le médecin d'un navire anglais mit à sa disposition une certaine quantité de limejuice. Tous les scorbutiques soumis à l'inOueuce de ce i-emède furent rapidement guéris, et c'est à partir de celte expérience décisive, et par suite du rapport qu'en fit le docteur Gallerand, que le jus de citron fut officiellement classé jparmi les conserves que devaient avoir à leur bord les navires de gueri-e français ■destinés à des voyages de long cours. On a lieu de s'étonner que cet approvisionnement n'ait pas encore été imposé aux bâtiments du commerce naviguant dans les mêmes conditions.

Il est admis depuis longtemps que la privation de vivres frais est l'une des |3rincipales causes du scorbut de mer, dont les ravages, autrefois, ont été affreux ■dans certaines expéditions lointaines. Ainsi, Vasco de Gama, doublant le cap de Conne-Espérance, perdit 100 hommes sur 160. Cook, au contraire, n'eut à son bord que peu ou point de scorbutiques, grâce à un large approvisionnement de conserves végétales et au soin qu'il prenait de se ravitailler dans ses relâches eu viandes et en végétaux frais. Le citron ne serait-il qu'un de ces végétaux utiles, ou bien aurait-il des propriétés spéciales contre le scorbut?

De nombreux observateurs répondent affirmativement à cette seconde question. Lind, dans son Traité du scorbut, Gullen, dans son Traité de matière médicale, mettent le citron au premier rang des antiscorbutiques. Les médecins navigateurs de notre époque sont généralement du même avis. Si l'usage des fruits et végétaux frais peut éloigner le scorbut ou en borner le progrès, aucun ne paraît exercer une influence aussi puissante que le citron. Le lieutenant Bellot «n a consigné la l'eniarque dans son Voyage à la recherche de sir J. Franklin, 1854. 11 serait, d'après le docteur Elliotson, le meilleur remplaçant de toutes provisions végétales à bord des navires, et préserverait à lui seul du scorbut, lors même que l'on aurait négligé tous les autres moyens hygiéniques [Medicine •chest companion, Philadelphia, 1851). C'est beaucoup dire ; et même les oranges, •ou, comme le propose Jeannel, les cerises et les groseilles dont on pourrait préjîarer le suc pour le même but, auraient probablement des avantages analogues ; il y a là une étude comparative à faire.

On a prétendu que le citron ou les autres fruits acidulés ne doivent pas leurs ^propriétés antiscorbutiques à leurs principes acides. Les acides citrique et tar^' trique isolés ne produisent pas les mêmes résultats, d'après l'observatioi)

604 CITRON (emploi médicai).

d'O'Roïkc ; et d'après celle d'Elliotson, le vinaigre ne remplace pas non plus le jus de citron. Mais cela ne prouve point que ces acides ne concourent pas pouf quelque chose, avec les autres -principes du suc des fruits, aux propriétés antiscorbuliques; ce qui tendrait au contraire à le prouver, du moins pour l'acide citrique, c'est que celui-ci se trouve dans les fruits éprouvés comme les meilleurs ' antiscorbutiques, citrons, oranges, groseilles. Qui sait même si sa présence dans la pomme de terre, oii il est, comme dans le citron, combiné à la potasse, ne ' contribue pas à donner à ce tubercule sa vertu préconisée contre le scorbut par Huxbam et depuis par tant d'autres ?

D'un autre côté, la potasse elle-même, qui se trouve dans les fruits et notamment dans le citron, peut exercer aussi sur le scorbut une influence que plusieurs auteurs lui prêtent avec tant d'insistance qu'elle mérite d'être prise en considération. Ainsi Attfield, en analysant de la viande de bœuf avant et après la salaison, a démontré qu'elle perd par cette opération une certaine quan itéde potasse, déplacée par la soude du sel marin. La viande deviendrait alors moins pi'opre à la réparation des globules sanguins, dont le principe alcalin est la potasse. Parlant de ces données, le docteur Palmer vient d'expérimenter en Angleterre le citrate de potasse sur des malades atteints de scorbut, et ils ont guéri aussi vite que ceux qui prenaient le lime-jiiice Mais ces expériences ont été faites dans un hôpital ; les sujets avaient un régime alimentaire excellent et étaient placés dans de bonnes conditions hygiéniques ; pour être concluante, et le docteur Palmer le reconnaît lui-même, il faudrait que l'épreuve du citrate de potasse fût faite à bord des navires pendant des voyages de long-cours. Quel qu'en soit le résultat, on pourrait encore se demander s'il est dû à l'acide citrique ou à la potasse, sinon aux deux [Pharmaceulical Journal, Lyon médical. Bulletin de thérapeutique, 1872). Cette dernière hypothèse est celle qui a le plus de fondement.

En effet, comme Ghalvet l'a parfaitement fait ressortir {Société des hôpitaux, séance du 24 mars 1871), les sels de potasse à acides minéraux traversent l'organisme sans décomposition et ne donnent rien aux globules sanguins. Les acides organiques au contraire, tels que le malique, le tartrique, le citrique, brûlés et transformés en acide carbonique, peuvent laisser un peu de leur base dans le sang, tandis qu'une partie de l'acide gazeux s'élimine. Ajoutons que cette com- Lustion fait aussi des acides malique et citrique, contenus dans le citron, des aliments respiratoires qui ont leur utilité chez les scorbutiques , de même que le fer qui se trouve également dans ce fruit. L'intervention de ce métal est probablement l'un des éléments du succès que Chalvet dit avoir souvent obtenu en opposant le jus de citron à la chlorose. i

En résumé, les fruits et les végétaux frais, avec leurs acides organiques, leur» sels de potasse, souvent un peu de fer, quelques principes amers chez les uns, plus ou moins de substances protéiques chez tous, représentent des aliments spéciaux qui interviennent avec un avantage incontestable dans le régime des scorbutiques. Dans l'espèce, le citron, à côté duquel il faut placer l'orange, doit à la réunion de tous les éléments assimilables ou modificateurs précités, la prééminence que lui accordent les témoignages anciens et modernes. Comme tous les aliments, c'est mieux par l'ensemble que par tel ou tel de ses principes qu'il agit; et sans contester l'apport des sels de potasse dans la cure du scorbut, on ne saurait attribuer à leur action isolée le même bénéfice qu'à leur concours avec les autres principes également réparateurs, soit des végétaux frais en général, soit du ci-

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tron en particulier. Qu'il s'agisse ici de prévenir ou de guérir, c'est par la synergie des modifications que l'on arrivera au but ; et le citron lui-même, malgré toute l'efficacité résultant de la richesse de sa composition, aura toujours pour auxiliaires indispensables les moyens hygiéniques que comportent la cure et la prophylaxie du scorbut.

L'écorce de citron est tonique, stomachique, carminative. On peut l'employer' avec avantage dans l'atonie du canal intestinal et de l'estomac pour faciliter la digestion, pour favoriser l'expulsion des vents. On s'en sert comme d'un excellent masticatoire contre la fétidité de l'iialeinc, contre le relâchement des gencives. Son infusion chaude peut être utile dans les affections calarrhales an-' ciennes, dans les flueurs blanches, dans la chlorose, et constitue une boisson avantageuse dans les affections nerveuses, dans les fièvres putrides ; elle a été quelquefois administrée comme sudorifique {Flore médicale).

Cette même propriété sudorifique a été attribuée par quelques auteurs au suc de citron ; Albanaccin, de Grenade, aurait tiré parti de celte propriété du suc' de citron, pour traiter avec succès la maladie vénérienne sous le ciel brûlant du midi de l'Espagne, sans autre secours {ibid). On ne peut s'empêcher de' critiquer ici au moins l'interprétation du résultat ; une chaleur excessive a pu' causer la diapiiorèse bien plus que le suc de citron. Ce suc, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, pris abusivement sous les climats chauds, débilite l'organisme et diminue sa force de réaction contre la chaleur ambiante; il en résulte des sueurs passives, mais non provoquées par l'acide citrique, qui ne produit jamais nn pareil effet dans d'autres conditions de température. On peut bien admettre' l'action sudorifique, citée plus haut, d'une infusion chaude d'écorce de citron, comme de toute autre infusion aromatique ; mais non celle des préparations purement acides de ce fruit, sui'tout prises à froid. J'ai dû insister sur ce point, parce que j'ai souvent vu, dans les pays chauds, prêter gratuitement la propriété en question aux limonades ; or là, non-seulement ces boissons, mais toutes les boissons aqueuses non remontées par un principe tonique augmentent la transpiration, parce que l'excès d'eau ingérée tend plutôt à s'éliminer par la peau, dont l'appareil secrétoire est plus activé sous les températures élevées que les organes urinaires. Les propriétés sudorifiques, essentielles et directes, du suc de citron, me paraissent donc devoir être mises hors de cause. L'acide citrique surtout produirait plutôt l'effet contraire. Suivant Halle, cet acide tend à diminuer la sueur fébrile, tandisque l'acide acétique l'augmente ; je crois la première partie de son observation plus juste que la seconde.

, L'écorce de citron, soit en infusion, soit en poudre, a été donnée comme vermifuge. Au même titre on a employé le suc de citron, aux doses de 15 à 60 grammes, mélangé avec l'huile de ricin. Les semences paraissent être les parties du citron qui ont le plus de propriétés anthelmintiques ; fraîches, elles sont plus actives ; on les emploie sous forme d'émulsion ou bien qn les concasse avec du sucre. ' ■

Les pépins de citron conviennent également dans tous les cas où les toniques amers et excitants sont indiqués. Gazin dit les avoir employés avec avantage dans la leucorrhée atoiiiquc, dans l'anorexie par débilité gastrique, dans les fièvresi intermiUenles et vers la fin des fièvres muqueuses.

L'huile essentielle de citron a aussi été prescrite comme vermifuge, particulièrement contre le tœnia ; elle pourrait aussi bien agir contre d'autres parasites ; mais elle a cela de commun avec toutes les huiles essentielles, qui tuent tous les

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animaux inférieurs, et il n'est pas suffisamment prouvé qu'à cet égard elle mérite une préférence.

Cette essence a été appliquée par Werlitz au traitement des maladies des yeux. Elle serait spécialement utile contre les ophthalmies tendant à la chronicité siégeant dans les membranes extérieures de l'œil, et s'accompagnant de dilatations variqueuses ; contre les ophthalmies rhumatismales, blenuorrliagiques et scrof uleuses ; contre le pannus, le ptérygion; contre les taies de la cornée, et lorsque le tissu de cette membrane est ramolli et prend un aspect spongieux. On procède en pressant au devant de l'œil une tranche d'écorce fraîche de citron ; l'essence jaillit et produit une impression très-vive, que l'on calme par des fomentatations d'eau froide lorsqu'elle est trop douloureuse. Cette instillation peut être réitérée cinq à dix fois dans les vingt-quatre heures {Observ. de olei citri rec. exp. usu in quibusdarn acut. morb. Cité par Cazin, op. cit.).

Les citrons, vu leurs nombreuses applications eu médecine, dans l'art culinaire, dans diverses industries, sont l'objet d'un commerce considérable. Avec quelques précautions, ils se conservent assez bien d'une récolte à l'autre. On dit qu'on peut les conserver durant plusieurs années dans le sel, dans la saumure ou seulement dans l'eau de mer. Leur principal emploi industriel a pour objet la préparation de l'acide citrique. Cet acide sert particulièrement pour certaines opérations de teinture, dans lesquelles il ne peut être remplacé par aucun autre acide. C'est dans le commerce que la pharmacie le puise pour ses besoins.

ToxicoLO(;iE. Le citron ne peut causer un empoisonnement, mais il n'en est pas de même de l'acide citrique. Quoique nous ne connaissions pas d'exemple d'empoisonnement par cet acide, il est possible néanmoins; sans être toxiqueau même degré que les acides minéraux, il le deviendrait cependant en une certaine mesure s'il était ingéré brusquement en forte proportion, pur ou en solution concentrée. En pareil cas, l'indication serait de faire boire ininiédiatemcut une grande quantité d'eau pour atténuer l'action irritante de l'acide et d'administrer le plus tôt possible de la magnésie pour le neutraliser.

Delioux de Savignac.

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