D, DE S
ClTROW:vELLE. On donne ce nom à certaines plantes de diverses familles, dont l'odeur rappelle plus ou moins celle du citron. Les espèces les plus coii" nues sous cette dénomination sont :
La Mélisse {melissa officinalis L.) de la famille des Labiées [voy. Mélisse).
La Verveine odorante {Lippia citriodora Kunth. Verbena triphylla Lhérit.) {voy. Lippia).
CITROUILLE (noTANiQUE). 607
VAurône mâle [Artemisia Abrotanum L.), de la famille des Composées
{voy. Aurône).
On appelle aussi quelquefois petite citronnelle la Santoline {Sa^itoUna Chœmœcyparissus L.). Enfin on appelle aussi Citronnelle de la Guyane, le Psidium aromaticum Aubl., de la famille des Myrtacées {voy. Goyavier). Pl.
CITROXï LE. On a donné ce nom d'une part à l'essence de citron (voir le mot essences) d'autre part au radical triatomique non isolé de l'acide citrique (C^H^O*-)- P. ScH.
CITROUILLE. Cucurbita h. § I. Botanique. Genre de plantes dicotylédones, qui donne son nom à la famille des Cucurbitacées. Les espèces qui composent ce groupe, sont monoïques, et ont des fleurs à corolle campanulée, jaune, dont les pétales adhèrent entre eux et avec le calice. Dans les fleurs niCdcs, on trouve cinq étamines, insérées à la base de la corolle et qui sont réunies en trois faisceaux inégaux : les anthères sont recourbées sur elles-mêmes à leur base et à leur sommet, dans le reste de leur étendue, elles sont droites et parallèles entre elles. Les fleurs femelles se distinguent immédiatement des fleurs mfdes par la présence d'un ovaire infère, surmonté par le calice ové et non campanule comme dans les fleurs mâles, à limbe supère et quinquélide. Elles ne contiennent que des étamines. Les stigmates, au nombre de trois, sont épais et bilobés. Le fruit qui succède à cet ovaire, est une péponide de dimensions parfois très-considérables, à trois ou cinq loges, portant sur les placentas des graines ovées, comprimées, bordées d'un bourrelet plus ou moins saillant.
Les citrouilles sont des plantes alimentaires, dont on recherche les fruits ; les graines ont été aussi employées sous le nom de semences froides : elles contiennent sous un testa cartilagineux un endop lèvre mince, un embryon à cotylédons charnus et huileux, qui peuvent donner des émulsions.
M. Naudin, qui a spécialement étudié ce groupe, y distingue six espèces, dont trois sont alimentaires et cultivées depuis longtemps en Einope. Les nombreuses variétés qu'elles fournissent, ont été souvent confondues et brouillées ensemble par les auteurs : nous indiquerons les principales en prenant le travail de M. Naudin pour guide :
\° Cucurbita maxîma Duchesne. C'est une espèce annuelle, à tiges traînantes et généralement longues, jamais dressées, cylindriques. Les feuilles sont plus ou moins réniformes à cinq lobes courts, obtus, quelquefois à peine marqués. Les pédoncules floraux sont cylindriques et non anguleux, le calice des fleurs mâles est campanule ou plutôt obconique, non resserré au-dessous du point d'insertion des sépales. La corolle est campanulée à lobes réfléchis, généralement d'un jaune vif. Quant aux fruits, ils sont très-variables de forme et de dimensions : mais on peut dire que leur forme typique est celle d'une sphère déprimée. Les pédoncules qui les portent ne sont jamais anguleux ou relevés de côtes saillantes.
Les diverses formes qui se rapportent au Cucurbita niaxima Duch., sont :
a. Tout d'abord le groupe des Turbans ou Potirons couronnés, remarquables parce que les carpelles font saillie en dehors du tube du calice. Il existe un certain nombre de variétés, de grosseur et de couleur varices.
608 CITROUILLE (botanique).
b. Les Potirons simples ou sans couronne dont on cultive un certain nombre dans les jardins potagers. Nous n'en citerons que les plus employés.
he petit Poliron plat, qu'on voit fréquemment sur les marchés de Paris; il est très-déprimé, a de 50 à 55 centimètres de diamètre transversal, et présente autour de l'ombilic une couronne peu saillante de 4 à 8 centimètres de diamètre.
Le Potiron maraîcher on jaune gros de Hollande, qui est la variété la plus habituellement cultivée dans les jardins des environs de Paris. Les fruits sont très-gros, en sphéroïde déprimé, ayant quelquefois jusqu'à 70 centimètres de diamètre transversal. Ils sont vides au milieu : la chair, qui a une épaisseur de 5 à 8 centimètres, est d'un beau jaune orangé, ferme, d'une cuisson facile, légèrement sucrée. La surface extérieure est d'un jaune rosé. Les graines sont blanchâtres, grandes, fortement marginées.
Le gros Potiron gris, qui diffère du précédent par la teinte grise ou verdâtre de sa peau, acquiert à peu près les mêmes dimensions et est tout aussi estimé. On le cultive peu à Paris, mais fréquemment dans le midi de la France.
2° Cvcurbila Pepo D. C. Cette espèce est très-polymorphe, et a été généralement mal délimitée par les auteurs. Les tiges en sont généralement polyédriques, à cinq angles obtus, et n'ont que des vrilles rudimentaires. Les feuilles sont découpées en cinq lobes plus aigus et plus développés que chez les potirons; elles sont plus raidcs et les pétioles portent des poils raides et piquants. Les pédoncules des fleurs sont plus ou moins prismatiques, à cinq angles obtus. Le calice des fleurs mâles a un tube sensiblement pentagonal, un peu resserré au-dessous du limbe. Les fruits, de dimensions très-variables, ont pour forme typique un ovoïde renversé, plus ou moins long, avec ou sans côtes longitudinales.
Les groupes principaux qu'on peut établir dans cette espèce, sont :
a. Les Courgerons, à fruits sphériques, plus ou moins déprimés, rappelant parla les potirons. Ils sont comestibles.
b. Les Citrouilles proprement dites, de grosseurs variables, à fruits ovoïde ou elliptique, dont le diamètre longitudinal ne dépasse pas le double du diamètre transversal. La chair est généralement de qualité médiocre. Parmi les plus grosses, nous signalerons la Citrouille de Touraine à peau lisse d'un vert foncé, et la grande citrouille verruqueuse qui atteint jusqu'à 70 centimètres de longueur; elle diffère de la précédente par les nombreuses verrues qui la recouvrent.
c. Les GiraumonSf reconnaissables à leurs fruits allongés, cylindriques ou renflés en massue, lisses ou verruqueux, parfois marqués de côtes longitudinales. On en connaît de très-nombreuses variétés, parmi lesquelles :
Le Giraumon de Patagonie ou Courge des Patagons, ovoïde allongé, marqué de cinq fortes cannelures.
Le Giraumon Coucourzelle ou Courge longue d'Italie, à fruit allongé, renflé en massue, de couleur blanc jaunâtre, à chair jaune pâle, filandreuse, mais très-bonne.
La Courge à la moelle {Vegetable Marrow des Anglais), très-estimée en Angleterre et aux États-Unis, où on la mange, avant sa maturité, comme le concombre.
La Courge de Barbarie, l'un des plus gros Giraumons, dont les fruits, lisses ^t unis, jaunâtres ou verts, atteignent 60 à 70 centimètres de long sur 20 à 30 de diamètre.
CITROUILLE (botanique). 60&
d. Les Pâtissons, nommés aussi Artichaut d'Espagne, Bonnet d'électeur. Arbouse d'Astrakan. On faisait autrefois de ces diverses formes une espèce distincte sous le nom de Ciicurbita Melopepo L.
Dans ces plantes, l'ovaire a au moment de la floraison,, la forme d'un cône, surbaissé, et porte sur le contour de sa base, tout autour du point d'insertion du pédoncule huit ou dix lobes arrondis. Le fruit conserve plus ou moins cette forme caractéristique, avec des variations nombreuses, dans la position des lobes et la forme générale du fruit : leur couleur varie du jaune au vert, la chair, est pâle et filandreuse, mais assez fine et généralement estimée. On voit fréquemment ces fruits dans les étalages des marchands fruitiers ou des restaurants. ,
5» L'Orangin ou Courge orangine, qui donne des fruits ressemblant à des oran'Tcs de diverses grosseurs. Ces plantes n'ont d'intérêt que comme ornementales.
6» Les Barbarines, plantes à feuillage découpé, qui se distinguent par là des Orangines : les fruits sont très-divers de formes, généralement d'un petit volume, le plus souvent verruqueux. On les nomme d'ordinaire fausses Coloquintes; ils sont impropres aux usages domestiques.
7» Les Coloquinelles ou Cougourdcttes , dont les auteurs ont fait les espèces Cucurbita ovifera L., Cuc. pyriformis, Cuc. pyxidaris Hort. Elles sont à feuillage découpé, à fleurs petites, à fruits lisses ovoïdes ou pyriformes, très- , petits, verts, jaunes ou barriolés des deux couleurs. La Coiigourdette proprement dite, est pyriforme. Sa coque est ferme et ligneuse, et on peut, en la vidant, en faire de petits vases.
8" La troisième espèce est le Cucurbita moschala Duchesne. C'est une plante, qui demande plus de chaleur que les espèces précédentes ; elle vient dans le midi de l'Europe, en Afrique et dans les Antilles. Les tiges sont rampantes, assez grêles; ses feuilles molles, marquées de lobes aigus, d'un vert foncé; les, pédoncules des fleurs sont cylindroïdes, arrondis; le tube du calice des fleurs mâles est presque nul ou réduit à une sorte de plateau relevé sur ses bords; les sépales sont aplatis, linéaires, et le plus souvent dilatés et lobés au sommet.
Les fruits sont variables de forme : en général cependant, ils sont allongés; et renflés en massue ; et, dans ce cas, il n'y a de cavité séminilere que dans la. portion renflée. La surface extérieure de couleur vert foncé ou jaune orangé est recouverte d'une sorte de poussière céreuse, glauque, très-fine, analogue à la, fleur des prunes. La chair est assez fine, non filandreuse, variant du jaune pâle au rouge de sang. Elle a une saveur relevée, plus ou moins musquée. Les graines sont d'un bleu sale, marquées d'un bourrelet plus foncé que le reste de la surface.
Nous ne citerons dans ce groupe que : la Melonée ou Courge muscade des Marseillais, cultivée en Provence. Sa chair est rouge de sang, elle atteint le volume des plus gros potirons.
La Courge Berbère, répandue de l'Egypte au Maroc, et aussi dans le midi de, l'Europe. Elle est allongée, droite ou courbée, renflée en massue.
Enfin la Grande Courge pleine, de forme cylindrique, et de dimensions énor-j mes ; ne portant de cavité qu'à l'extrémité.
Les autres espèces de Cucurbita, les C. melanosproma Al. Braun, cultivée en Asie, du côlé de Siam; le Cucurbita perennis Asa Gray, de l'Amérique du Nord, et le Cuc. digitata Asa Gray, du même pays, n'ont aucun intérêt au point de vue de l'alimentation.
Dicr. ENC. XVII. 59
eîO' CITROUILLE (emploi médical).
■ LiNNÉE. Gênera, i478. — Duciiesxe. Dictionnaire Encyclopédie, 11, p. 115. — De Candoue i^rorfrowiMS, III, 316. — Endliciieii. Gênera Plantarum,. — Bentham et Hooker. Gênera Plari. taruni, I. — Nauiheb. Espèces et variétés du genre Cucurbita (Ann. sciences nat., 4' série VI 5). — GuiDODRT. Drogues simples, II, 265. — G. Planchon. Traité de la détermination des arogues simples, I, 599. Pl.
^ [I. Emploi niéflical. La synonymie de ce mot n'est pas parfaitement établie. A s'en rapporter à la dénomination scientifique de Linné et de de Candolle, la citrouille {Cucumis ou Cucurbita citruUus) serait la pastèque ou melon d'eau ; mais à Paris, d'après Guibourt [Uisl. nat. des drogues simples), on donne le nom de citrouille au giraumon {Cucurbita pepo Duch.) à fruits allongés, et celui de courge au potiron {Cucurbita maximaDach.); tandis que tî'après Mérat et de Lens {Dict. de mat. méd.)^ les mots de potiron, courte citrouille, s'appliqueraient également au Cucurbita pepo, et d'après Soubeiran {Traité de pharmacie), au Cucurbita maxima. Aucune distinction n'étant actuellement faite, au point de vue médical, entre les espèces qu'admet Guibourt ce qui va suivre s'appliquera aux unes comme aux autres La pulpe du fruit et les graines sont seules employées de nos jours ; les feuilles et les fleurs, qui faisaient partie de la matière médicale de Galien, sont inusitées.
I'harmacolocie. Le parenchyme du fruit, de couleur jaune, jaune rouge, ou orange, ou pâle, ou verdâtre, ferme, juteux, fade, peu sucré dans le potiron, plus savoureux dans le giraumon et le pâtisson ou bonnet d'électeur, appartient plutôt à la bromatologie qu'à la pharmacie, quoiqu'il soit l'objet de quelques applications thérapeutiques, et n'ait pas été l'objet d 'analyse chimique approfondie. ' Les graines ou semences assez grosses, de 14 à 16 millimètres de long, obovales, larges à la base, pointues au sommet, très-comprimées, entourées d'un petit rebord épais, sont blanchâtres et lisses ; mondées de leur enveloppe testacée, telles que les fournit habituellement le commerce de la droguerie, elles sont blanchâtres ou verdùtres, suivant que la maturité a été plus ou moins complète. M. Stan. Martin, à qui nous devons une analyse de ces graines, fait l'emarquer qu'il vaudrait mieux n'accepter que les graines complètes, c'està-dire celles dans lesquelles les embryons horaotropes sont revêtus de leur tégument crustacé ; ces embryons, presque entièrement composés d'une huile fixe et d'un mucilage, s'altèrent promptement à l'air, en effet, lorsqu'ils sont nus, et contractent une ti'ès-grande rancidité, qui doit nuire à leur action thérapeutique et leur communiquer des propriétés dangereuses pour les malades.
Le principe actif de la graine de citrouille reste encore à déterminer; dans l'analyse dont nous venons de parler, M. Martin n'a trouvé qu'une huile fixe, un principe aromatique, du parenchyme, de la chlorophylle, du sucre, de l'émulsine, de la gomme, et un acide qu'il propose d'appeler cilrullique, soluble dans l'eau et dans l'alcool.
L'huile extraite par compression, à froid, est de couleur brune, jaune verdâtre. et plus consistante que celle d'amandes douces; d'une odeur faible, d'une saveur suigeneris; non désagréable, quand elle est récemment préparée, elle rancit frès-rapi dément, à cause d'une matière azotée qu'elle contient, et acquiert en quelques jours une odeur détestable {Bull, de thérap., t. LX, 18G1).
Mode d'administration et doses. Le parenchyme cru, pilé, était employé sous forme de cataplasme, en quantité suffisante ; bouilli, il fournissait un jus que l'on prescrivait comme laxatif à la dose de 50 à 60 grammes environ, additionné
de miel et de nitre.
CITROUILLE (emploi médicai). €11
Lès "raines de citrouille, dans les anciennes pharmacopées, font partie des
■quatre semences froides majeures; dès le temps de Baume, elles remplaçaient
dans ces semences celles de la gourde, et, comme elles sont les plus grosses et
que l'on peut se les procurer fraîches la moitié de l'année, elles sont préférées
à celles des autres cucurbitacées pour l'usage médical. On en fait une décoction
(30 à 60 "rammes par litre), eu uneémulsion, à la même dose que l'émulsion
d'amandes (50 grammes pour un litre d'eau, et 50 grammes de sucre), comme
^ , tisane, ou plus concentrée (50 grammes pour 150 grammes d'eau), comme
'' ténicide; on a associé à cette émulsion de l'huile de ricin ou de l'extrait oléo-
^ lésineux' de fougère mâle (4 à 8 grammes), (Debout). Il est inutile que
^ l'émulsion soit passée à l'étamine: on en prépare une pâte avec du miel,
ou simplement avec du sucre, qui aide à diviser la pulpe (toujours à la dose de
^ '40 à 80 grammes) ; on a enfin proposé d'en faire des dragées, dont l'amande
"' .est remplacée par la graine de citrouille, pour la faire mieux tolérer par les
, enfants.
L'émulsion, s' altérant en été, parfois dix ou douze heures seulement après
^^ qu'elle a été préparée, ne doit pas être faite à l'avance pour les malades éloignés ;
on peut ne délivrer les semences qu'à l'état de pulpe triturée avec du sucre
'" ^60 grammes de semences pour 20 grammes de sucre), ce qui permet une émul-
I sion facile au moment de l'emploi.
'1 Thérapeutique. La citrouille, étant froide au deuxième degré, était employée 'f <lans l'antiquité grecque et l'omaine intus et extra dans les phlegmasies, comme ff' rafraîchissante et tempérante. Nous avons contre les métrites, par exemple, des
* fumigations, des injections ou des pessaires médicamenteux un peu plus cner- ■ giques ou plus commodes que ceux que la courge, en nature ou en décoction, f pouvait fournir au Père de la médecine ; mais on peut encore employer avec
* quelque succès la pulpe du fruit et sa partie la plus extérieure, pilées et crues, •' comme épithème froid dans les brûlures au premier degré, les inflammations 'f Iraumatiques, certaines ophthalmies, les maux de têtes congestifs ou avec rou- '^ geur au front, les gonflements articulaires de la goutte. Les assertions de Dios- '» coride et son commentateur Matthiole, qui vantent les propriétés de la courge en "li' pareilles circonstances, sont confirmées par M. Gazin, qui dit avoir obtenu un ili soulagement instantané dans les nombreux cas où il l'a employée. C'est un ref mède populaire, qui agit d'ailleurs comme la pulpe de pommes de terre et autres moyens analogues, et qu'il est bon de connaître, surtout quand on exerce
I dans les campagnes, pour l'utiliser à défaut d'autres substances plus usuelles. fc €n peut en dire autant de l'émulsion de semences de courge préconisée contre la ! néphrite, la cystite, la blennorhagie, la bronchite, l'hépatite, les fièvres bilieuses, et dont les propriétés laxatives et émollientes ne paraissent ni plus ni moins prononcées que celles des autres émulsions huileuses, quoique la courge ait joui d'une certaine réputation comme purgatif et même comme léger émétique. Elle appartient d'ailleurs à une famille dont la plupart des espèces, suivant Endlicher, ont les mêmes propriétés, variables à des degrés innombrables, suivant la proportion relative des principes amers, extractifs, amylacés, etc., qu'elles (Contiennent.
Les semences de citrouille gardent jusqu'à présent une grande supériorité sur leurs congénères, comme vermicides, et spécialement comme ténicides. Pline déjà leur connaissait cette propriété, qui est mentionnée également dans plusieurs vieilles pharmacopées, spécialement dans un écrit du dix-septième siècle
612 CITROUILLE (emploi médical).
(Lwnbricuslatus, etc., par Edw. Tyson, in Philosoph. Transact., 1683), et qui d'après Mérat et de Lens, est vulgaire dans rilc-de-France (Maurice). 11 en serait de même au Mexique, d'après M. Gazin {Plantes méd. indigènes, 3^ édit.). Ce n'est cependant que depuis une trentaine d'années, que l'attention publique médicale a été reportée sur ce sujet. Après les publications de Mongenay, dans le Journal universel des sciences médicales, de M. Brunet, dans h Journal de médecine de Bordeaux (1845) et d'un médecin militaire, M. Tarneau, et dont le travail inséré dans la Gazette médicale de l'Algérie, est analysé dans le Bull. de thér. (t. LIX, 1860), les essais se sont multipliés, et la graine de courge est définitivement admise au nombre de nos ténicides indigènes, à côté de l'extrait de fougères mâles, de l'écorce de racine de grenadier. Debout en a étendu l'emploi à la destruction des ascarides lombricoïdes, et déclare s'en être servi toujours avec succès {Bidl. de thérap., t. LXIII, 1862). Elle a réussi dans des cas où l'écorce de racine de gi"enadier, le kousso lui-même, avaient échoué, elle n'a donc plus à faire ses preuves; elle présente sur plusieurs vermicides le triple avantage de la modicité du prix qui la préserve de la sophistication, de l'extrême facilité de la récolte, puisque les potirons se conservent du mois d'octobre au mois de mars, et d'un goût plutôt agréable, qui la rend d'une administratioa très-facile, surtout si on la compare au kousso ou à la racine de grenadier. On peut ajouter qu'elle est d'une innocuité complète, quoique quelques médecins aient avancé qu'après son ingestion les malades se plaignaient de pesanteur de tète et d'estomac, de coliques même; il s'agit là de faits exceptionnels, ou dans lesquels on avait négligé certaines précautions presque indispensables au succès du médicament; la plupart des praticiens qui ont employé les semences de citrouille contre le ténia n'ont pas observé ces effets désagréables, et nous les avons toujours vues très-bien tolérées, prises même avec plaisir par les personnes à qui nous les avions conseillées.
La vulgarité de leur origine ne doit cependant pas être mise en cause, comme le font certains enthousiastes de ces semences, pour expliquer qu'elles n'aient pas remplacé tous les autres ténicides. Il faut bien reconnaître que leur action n'est rien moins que sûre (défaut qu'elles partagent même avec le kousso, qui le présente, il est vrai, à un moindre degré), et qu'il est rare de n'avoir à les prescrire qu'une fois; il faut habituellement y revenir à deux reprises, quand ce n'est pas trois. Sur quatre cas, les semences de courge nous ont été infidèles une fois : le porteur du ténia, étudiant en médecine, ayant voulu recourir au kousso après un premier essai infructueux ; dans deux, observés tout récemment, il a fallu l'ecourir à deux doses, prises après un jour de repos intercalaire; dans un seul cas, une seule dose a suffi. Une précaution assez importante pour que son omission empêche fréquemment le succès du vermicide, est de soumettre le sujet auquel on doit l'administrer à une diète assez sévère : deux ou trois potages seulement dans la journée, la veille du jour où les graines de citrouille doivent être ingérées. Certains médecins vont même jusqu'à prescrire un purgatif, huileux ordinairement, la veille ou le matin même de la prise du vermicide ; cette pratique paraît inutile, et peut être nuisible en fatiguant par avance un malade qui, en outre de son émulsion ou de sa pâte de graine de citrouille, aura encore à avaler, deux ou trois heures après celle-ci, un autre purgatif. Ce dernier est indispensable pour expulser le ver, pour le cas où les semences de courge n'auraient fait qu'engourdir celui-ci, et ne solliciteraient pas de contractions intestinales. Le régime alimentaire des jours de purgation, c'est-à-dire le seul bouillon
CITROUILLE (bromatolocie). 613
maigre jusqu'à évacuation, avec uu potage le soir, est d'ailleurs plus rigoureusement indiqué qu'en aucune autre circonstance.
L'animal sort entier le plus communément, en moyenne de sept à huit heures après l'ingestion du médicament; dans le dernier fait que nous avons observé, et qui s'est présenté dans la semaine même où nous écrivons, il a fallu cependant plus de douze heures pour que l'expulsion eût lieu, après quelques coliques légères; et cependant nous avions ajouté une goutte d'huile de croton tigliuni à l'huile de ricin qui devait être prise trois heures après une pâte contenaut 80 grammes de semence de citrouille, 20 grammes de sucre et 50 grammes d'eau, à ingérer en une fois. Cette addition d'huile de croton avait paru indiquée par l'habitude des purgatifs qu'avait ce malade, traité déjà sans succès dans plusieurs hôpitaux.
Les graines de citrouille ne sont pas seulement des vermifuges : ce sont des vermicides; comment agissent-elles? Mérat a pensé que c'est par indigestion qu'elles tuent le ténia, de la même façon que le sang agit sur les sangsues qui s'en gorgent trop abondamment. L'absence d'un principe actif, dans ces graines, militerait en faveur de celte opinion, qui a contre elle ce fait que, non-seulement les émulsions d'amandes douces n'ont aucune action sur le ténia, mais que celle d'huile de graine de citrouille est également impuissante, lorsque cette huile est séparée des autres éléments constituants des graines.
S'il en est ainsi, il ne faut donc pas craindre d'administrer de fortes doses de semences, celles-ci étant d'ailleurs inoffensives, nous l'avons dit ; la dose de 60 à 80 grammes est celle qui est la plus communément adoptée, bien que certains médecins se contentent de 50 ou 40 grammes, tandis que d'autres vont jusqu'à JOO grammes, à prendre alors en deux fois, à une heure d'intervalle.
§ m. Bromatelogîe. On ne mange guère en France le potiron qu'à l'état frais, mais il n'en était pas de même dans l'antiquité. D'après une note de l'édition d'Oribase, par Bussemaker et Daremberg, on faisait sécher à la fumée les cour- ges coupées par morceaux pour l'alimentation des esclaves. A l'encontre de €alien, qui, parlant des citrouilles séchées après enlèvement des graines, déclare qu'elles n'ont pas plus de goût que du cuir [de Aliment, facult., t. VI, p. 557-559, édit. Kùhn), Nicaudre, dans ses Géorgiques, cité par Athénée, affirmait que c'était un très-bon mets, pour les esclaves, s'entend. Les citrouilles, conservées ainsi ou de toute autre façon, étaient accommodées à différentes «auces, et cette pratique s'est maintenue aux environs de Gênes, d'après Lister, jusqu'au commencement du dix-huitième siècle. On comprend que le potiron apprêté de la sorte, ait été considéré comme nuisible aux phlegmatiques, aux gens sédentaires.
De nos jours, on en fait surtout des potages ou des soupes à l'eau ou au lait, et lorsque la citrouille ou le giraumon, suffisamment mûrs, sont convenablement cuits, conditions indispensables, ils constituent, ainsi préparés, un aliment sain, facilitant les garde-robes; et, à ce titre, pouvant être permis aux convalescents. Dans le centre de la France, on en fait aussi des tartes, une sorte de raisiné avec du vin doux, et que l'on garde pour la nourriture des enfants; dans le Bas- Languedoc, on les mange, de préférence, en soupe à l'huile, ou frits dans la poëlte, comme la pomme de terre.
Les semences, avons-nous dit, fournissent une huile bonne à manger, connue <lans l'Anjou sous le nom d'/iui/e de terres pour la distinguer de l'huile de noix;
614' CITRUS.
mais qui doit être préparée par petites quantités, à cause de la rapidité de sob' rancissement. Ces semences sont mangées avec plaisir par les enfants, et, d'après M. Stan. Martin, on en fait une assez grande consommation, crues ou grillées sur une pelle rougie, en Turquie et en Perse. El. H.
CITRUS. Voy. Citronnier.
CITRUS (L-, Gen., n. 1218; Hort. Cliff., 579; Hort. vpsal, 236). Genre de plantes de la famille des Rutacées, série des Aurantiées ou Citrées, dont les fleurs sont hermaphrodites, régulières, à 5 parties et, plus rarement, 6-8 mères. Leur réceptacle convexe supporte un court calice urcéolé ou cupuliforme, 3-5-fide, des pétales alternes, plus longs, imbriqués, sessiles ou à peu près, au nombre de cinq, plus rarement de trois, quatre, ou de six à huit, épais, charnus, blancs, concaves en dedans, odorants et devant leur parfum suave aux réservoirs d'essence, jaunes ou verdâtres, dont ils sont parsemés. En dedans d'eux se trouvent des étamincs en nombre indéfini, à filets unis entre eux, dans une étendue variable et d'une façon très-irrégulière, en faisceaux qui peuvent être formésd'un seul ou de deux à une dizaine de filets. Aussi, ces étamines ont-elles toujours été, dans les ouvrages élémentaires, citées comme exemple de PolyadeJphie inégale. Supérieurement, ces filets deviennent libres et subulés et supportent chacun une anthère dressée, oblongue, biloculaire, introrse et déhiscente par deux fentes longitudinales. L'androcée est insérée autour delà based'un disque annulaire ou cupuliforme, épais, coloré (ordinairement en jaune) et strié ou comme froncé. Le gynécée est formé d'un ovaire libre, globuleux ou à peu près, surmonté d'un style en forme de colonne cylindrique, caduque, souvent dilatée vers son sommet qui se termine par une tète déprimée, stigmatifère, visqueuse, divisée en autant de petites lobes qu'il y a de loges à l'ovaire. Celles-ci sont en nombre indéfini, rarement peu élevé. Dans l'angle interne de chacune d'elles se voit un placenta qui supporte deux séries verticales d'ovules descendants, anatropes, à micropyle dirigé en haut et en dehors. Le fruit est une baie multiloculaire, dont le péricarpe véritable est cortiqué, généralement peu épais. On distingue presque toujours facilement en lui trois couches. L'extérieure, de couleur jaune plus ou moins foncée, est odorante ; ce qu'elle doit aux nombreux réservoirs d'huile essentielle dont elle est criblée. La moyenne est blanche, molle et spongieuse, généralement inodore et insipide. L'intérieure, ordinairement réduite aune mince membrane translucide, ne tapisse pas seulement la paroi convexe du fruit; elle s'enfonce en outre jusqu'au centre, sous forme de lames verticales rayonnantes qui séparent les uns des autres ce que, dans une Orange ou un Citron, on appelle les quartiers. La portion charnue, succulente, sapide, qui remplit l'intérieur de ce dernier, n'appartient pas au péricarpe primitif. Mais l'épiderme intérieur de celui-ci se recouvre de bonne heure, dans la fleur même, de cellules saillantes qui se comportent comme le font d'ordinaire les poils, et qui s'allongent en dirigeant leur sommet vers l'intérieur des loges ovariennes, jusqu'à la rencontre des placentas chargés d'ovules ou de jeunes graines. Ces tubes se déforment en se cora-^ primant les uns les autres, de manière à se toucher par des facettes fort inégales effort irrégulières. Ils acquièrent aussi, en général, un pédicelle rétréci plus ou moins allongé, quelquefois nul ou à peu près ; et c'est dans leur intérieurque se produit en quantité le liquide acidulé ou sucré qui donne à la pulpe des fruits des Citrus ses propriétés si variables. Avec l'âge, ce liquide disparaît peu à peu, <le sorte qu'alors les poils cessent d'être turgescents et étroitement appliqués le»
CITRUS. 61^
.! tins contre les autres, et qu'on peut les séparer par la plus légère traction. Les ^ 1 <rraines se trouvent entourées par les extrémités de ces cellules à suc sapide, mais I elles ne leur adhèrent en aucune façon. Elles sont pourvues de téguments glabres, dont l'extérieur est résistant et parcheminé dans la plupart des espèces. Elles renferment un et souvent plusieurs embryons charnus, sans albumen, à a cotylédons souvent très-inégaux, irréguliers, blancs ou verts, à courte radicule ,'' supère. Les Citrus sont des arbres et des arbustes asiatiques, le plus souvent ^ indiens, quelques-uns chinois ou japonais, le plus ordinairement épineux à l'état ' ' sauvage, et très-odorants dans toutes leurs parties ; ce qu'ils doivent à des amas "'''* d'huile essentielle sécrétée et emmagasinée dans leur tissu cellulaire. Ces réser- ^^ voirs sont ordinairement très-apparents et quelquefois même saillants à la surface *' des organes. Ils abondent surtout dans les feuilles, les fleurs, la couche jaune du '!"* péricarpe. Ils repz'ésentent sur ces organes des taches ou points pellucides, et *' Ton sait qu'en les crevant par une assez forte pression, on peut faire jaillir et *■ enflammer la petite masse d'essence qu'ils renferment. Tout le pourtour de la '''• cavité que celle-ci occupe est tapissé par des cellules dont le rôle physiologique ' est terminé et qui, aplaties, pressées les unes contre les autres, séparent la masse * liquide des cellules ordinaires du parenchyme. Les feuilles des Citrus sont 'f* alternes, sans stipules, composées et quelquefois trifoliolées. Mais plus ordinai- *; rement, elles sont réduites à une seule foliole qui est séparée à sa base par une H articulation transversale du pétiole plus ou moins dilaté en deux ailes latérales, •"i quelquefois même (comme dans le C. hystrix) aussi développé ou même plus if! large que la foliole elle-même. Les fleurs, blanches ou légèrement teintées de 4 violet et de rose, d'une odeur suave, sont axillaires, solitaires ou réunies en petites B cymes ou en grappes de cymes plus ou moins ramifiées.
ili Un grand nombre de Citrus intéressent la pratique. On les connaît sous les h noms de Citi'Onniers, Orangers, Bigaradiers, Limoniers, Limettiers, Cédratiers, etc. s Les principales espèces auxquelles nous devons renvoyer le lecteur sont : fc Le C. Aurantium Risso (in Ann. Mus., XX, 181, t. 1, fig. 1,2), espèce qui ï| donne les oranges douces.
\\ " Le (7. Bigaradia Duham. {Arbr., éd. nov., ¥11,99) ou C. vulgaris Risso, c'estl à-dire le Bigaradier ou l'arbre aux oranges amères, qui sert généralement à préparer VEau de fleurs d'orange.
LeC. Limonium Risso, l'espèce qui donne les Citrons {voy. ce mot). Le C. medicaJWsso, c'est-à-dire le Cédratier (et non le Citronnier). Le C. LimettaRkso, onLimettier, l'arbre dont les différentes variétés donnent les Limes, Bergamottes, etc.
LqC. trifoliatah. [Spec. , H01),lei'sideKsempfer (imœ/i. ea:o^, 801, t. 802), espèce dont les feuilles sont, en effet, trifoliolées et qui a ceci de particuliej." qu'elle est rustique, ou à peu près, dans nos climats. Ses fleurs sont polygames, à étamincs libres ou à peu près, et c'est pour cela qu'on a proposé d'en faire un genre distinct, souslenom âePseudœgle (Miq.,'in Ann. Mus. lugd., Z>ai., II, 83).
H. Bn.
ToHRN., Inst. Rei herb., I, 6-20, t. 593, 594 [Aurantium], 395, 396 [Citreiim], 597 (Limon). — Adans., Fam. des plantes, II, 345. — Juss., Gùn. plant., 261.— Lajik, lll., t. 639. — Pom., Dict. encycl., IV, 515; Suppl., IV, 171. — Tlkpin, in Atl. du Dict. se. nat., t. 159 — . Spach, Suit, à Buffon, II, '256. — Gallesio, Traité du Citrus. Paris (1811).— Risso et Poiteau, Eist. natur. des Orangers. Paris (1818-19). — Rœm. , Stjnops. Hesperidearum {\?.i&). — Endl., Gen., n. 5514.— Giiu., Drog. simpl., éd. 6, II!, 622. — Payer, Trait, d'organog. comp>., 113, t. 25. — Beniu. et Hook., Gen., I, 305, 992, n. 81. — H. Baillo.s. De la famille des