‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.17Chapitre 8 sur 68 · SOLUTION DE BICHROMATE DE POTASSE · texte numérisé non relu

SOLUTION DE BICHROMATE DE POTASSE

FAIBLE. POr\T.

Eau distillée 100 100

Bicliromate de potasse 4 8

La solution faible s'emploie contre les végétations et pour hâter la cicatrisation des ulcères ; la solution forte contre les condylomes (Réveil).

On peut concentrer la solution de bichromate dépotasse jusqu'à 10 pour 100, limite de la dissolution de ce sel dans l'eau froide, pour obtenir une action caustique plus puissante. Pour n'obtenir que des effets irritants substitutifs, on atténuera la solution faible.

Topique contre les verrues. Bichromate de potasse, 10 centigrammes; axonge, 15 grammes (Blaschko).

Moxas au bichromate de potasse. Bichromate de potasse, 1 ; eau distillée^

CHROMATES (emploi médical). 105

16. — Imprégnez du papier Joseph avec cette dissolution, faites sécher et roulez en cylindre. Ce papier brûle sans insufflation et à une douce chaleur. Ces moxas ont été proposés par Jacobson ; ils n'ont, dit Gubler, aucun avantage sur ceux qui doivent leur combustibilité au nitrate de potasse. Ils pourraient bien, en revanche, avoir l'inconvénient de produire une eschare profonde.

Pour l'usage interne, comme altérant, on donne 1 centigramme de bichromate de potasse journellement, sous la forme d'une pilule faite avec l'extrait de gentiane, et l'on arrive graduellement à cinq ou six pilules par jour. Comme vomitif, la dose est de 3 centigrammes (Guibert).

Yicente le prescrit, comme antisyphilitique, de 5 à 10 centigrammes, et recommande de l'administrer plutôt en solution qu'en pilules. Le premier de ces deux modes d'administration paraît, en effet, plus rationnel ; d'une part, on évite mieux l'action irritante de ce sel ; d'autre part, les extraits ou les autres matières organiques employés comme excipient, intermède, correctif, peuvent le décomposer. La solution pour l'usage interne, comme pour l'usage externe, devrait donc être faite purement et simplement avec de l'eau distillée.

La progression de doses indiquée par Dorvault (Officine], 1 à 20 centigrammes, est trop forte. Il faut user avec une extrême prudence de ce sel dangereux.

Action physiologique. Localement le bichromate de potasse est un irritant ou un caustique selon son état de concentration. Il ne coagule point l'albumine comme l'acide chromique, ce qui peut faire craindre que son action caustique aille trop loin en profondeur ; on en a un exemple dans l'action perforante de ce sel observée sur les ouvriers employés à sa fabrication à Glascow (Duncan, Baer, Ducatel).

Administré à l'intérieur, à faible dose, en dissolution étendue, son action irritante sur l'estomac peut être évitée ; sinon elle se traduit par de la chaleur, de la douleur épigastrique, des vomissements; parfois aussi il survient des coliques et de la diarrhée. Tous les observateurs signalent son action émétiquc, qui peut se manifester même sans irritation appréciable de l'estomac; à plus forte raison lorsque la dose est forcée et irrite sensiblement la muqueuse gastrique. Les doses médicales doivent donc être fractionnées, à moins que l'on veuille produire un effet vomitif; et encore avec cette précaution, elles provoquent souvent des nausées.

Le bichromate de potasse, comme le mercure, peut aussi occasionner la salivation.

Les doses médicales de ce sel sont mal déterminées, car tandis que Jacobson et Yicente, par exemple, les élèvent jusqu'à 10 centigrammes, d'autres conseillent de ne pas dépasser 5 centigrammes par jour. Cumin et Orfila lui reconnaissent, même à petites doses, une puissante action toxique.

Nous voyons là, en somme, pour l'usage interne, un médicament dont la posologie exige beaucoup de circonspection, et (jui malgré cela offre des dangers. Nous mentionnerons donc sous toutes réserves les applications de ce genre qui en ont été faites, en accordant plus d'importance et moins d'inconvénients à son emploi extérieur.

Action thérapeutique. Gest particulièrement contre la syphilis que le bichromate de potasse, à titre d'altérant, a été essayé à l'intérieur. La première idée en est venue à Robin, et il a eu pour imitateurs Heyfelder, Yicente, Arrastia y Crespo, Leroux, Bonnefoux, Trullet. Ces observateurs, ainsi que quelques autres, témoignent en faveur de l'influence curative que le chrome exercerait sur les

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accidents secondaires de la syphilis ; mais ils n'ont pas prouvé que ce métal eût des avantages supérieurs ai même égaux à ceux du mercure. Bonncfoux avoue même l'iniériorité du bichromate de potasse. Ce composé, à réserver tout au plus pour les cas d'impuissance du mercure, n'a donc pas de chance de remplacer dans la pratique ordinaire les sels mercuriels, qui ont fait leurs preuves et sont beaucoup inoins irritants.

Jacobson a proposé le bichromate de potasse à la dose de 5 à 10 centigrammes comme émétique ; cette proposition doit paraître d'autant plus suspecte, qu'une •dose moindre de ce sel suffirait pour produire le vomissement. Ce médecin l'indique à dose encore plus périlleuse, de 25 milligrammes à 5 centigrammes, répétées à deux ou trois heures d'intervalle, contre les maladies de poitrine et contre quelques accidents spasmodiques. Lorsqu'il y a en pareils cas tant d'agents inoffensifs à invoquer, on ne voit pas de raison plausible de recourir à de pareils «xpériments.

En définitive, la crainte que l'énergie des préparations de chrome, comme médicaments internes, a longtemps inspirée aux praticiens, reste encore fondée, et elle n'est point atténuée par les observations insuffisantes et trop peu nombreuses qui prétendent démontrer leur utilité. Le désir d'innover ne doit pas d'ailleurs pousser les thérapeulistes jusqu'à rechercher des moyens susceptibles de fiùre plus de mal que de bien.

L'usage externe du bichromate de potasse, comme caustique, cathérétique ou irritant selon le degré de ses dissolutions, présente des avantages mieux constatés, quoiqu'il tende moins à se généraliser que celui de l'acide chromique. Ce bichromate est applicable dans les mêmes conditions que celles dont nous reparlerons à propos de son acide. D'un autre côté, nous avons déjà indiqué (voir plus haut, Pharmacologie) certaines particularités de son emploi. Nous ajouterons <jne la solution saturée de ce sel a été recommandée par Cumin, contre les excroissances en général, et spécialement par Bonneau, par Puche, pour toucher les plaques muqueuses et les végétations syphilitiques ; sous l'influence de cet agent, les premières s'affaissent avec rapidité, les secondes se flétrissent et tombent. Ces effets, toutefois, ne se produisent pas sans quelque douleur. Le bichromate de potasse a aussi été proposé pour raviver les ulcères scrofuleux.

Le chromate et le bichromate de potasse ont la propriété, signalée par Jacobson, de conserver les substances animales et végétales, de les préserver de la fermentation et de la putréfaction, de détruire l'odeur infecte des substances putrides. Le bichromate l'emporte sur le chromate neutre comme agent conservatemet désinfectant. La dose de sel à cet effet est de 1 pour 250 d'eau. Les substances animales ne sont nullement altérées dans cette solution, à l'exception des parties nerveuses.

Le bichromate de potasse sert à préparer une liqueur d'épreuve dont les chimistes se servent pour reconnaître la présence de l'alcool et des substances ternaires, et dont Lutton, de Pieims, a fait la première application à l'analyse clinique des urines. Cette liqueur se compose de bichromate de potasse et d'acide sulfurique, et laisse déposer de l'acide chromique d'un beau rou"e. Elle est de couleur jaune topaze, et lorsqu'on l'ajoute à une solution contenant du sucre ou toute autre matière hydrocarbonée, elle devient d'un vert émeraude. On croit généralement que l'acide sulfurique n'a d'autre office que de mettre l'acide chromique en liberté ; mais celui-ci ne subit pas le changement indiqué, lorsqu'il est mis tout seul en présence d'une matière oxydable ; et Derlon pense, avec rai-

CHROMATES (emploi médical). lOt

son, que, l'acide sulfiiriquc étant indispensable à la profluction du pliénomène, il faut admettre la l'oimation du sulfiUc de sesquioxyde de chrome. Cette réaction permet de constater l'alcool dans l'urine et les diverses sérosités chez les sujets atteints d'alcoolisme aigu (Gubler).

Toxicologie. Orfila, dans ses expériences sur les animaux, est arrivé, avec d'assez petites doses de bichromate de potasse, à déterminer la mort. Ducateî, professeur de chimie à l'Université de ^hu•yland, cite une observation du docteur Baer, d'après laquelle un ouvrier voulant retirer d'un vase, à l'aide d'un syphon, une petite quantité de bichromate dissous, aspira trop fortement et reçut dans la bouche un peu de la liqueur. Il la cracha aussitôt, et néanmoins le peu qui en pénétra dans les voies digestives suffit à produire un empoisonnement qui amena la mort au bout de cinq heures.

Taylor rapporte trois cas d'empoisonnements par les sels de chrome. Dans l'un, deux drachmes de bichromate de potasse ayant été ingérés, la mort survint au bout de quatre heures.

Les symptômes de cet empoisonnement sont : une vive chaleur dans le gosier, l'œsophage, l'estomac, suivie de douleurs encore plus violentes ; des vomissements, avec rejet de matières d'un jaune intense, souvent mêlées de sang; de la diarrhée; abaissement progressif du pouls, réfrigération, coma, hyposthénie profonde, précédée parfois de quelques convulsions.

Le bichromate de potasse paralyse le cœur, d'après Christison et Orfila ; il exerce, d'après Gmelin, une action paralysante sur le système nerveux. Cumin suppose qu il tue en frappant de mort les globules sanguins.

Les lésions anatomiques sont analogues à celles causées par les autres poisons corrosifs.

Ducatel conseille comme contre-poison des bichromates de potasse et de soude, une solution de carbonate de potasse, et mieux de soude, afin de neutraliser î'excès d'acide auquel on doit attribuer principalement les accidents. Ce moyen illusoire, en transformant le bichromate en chromatre neutre, peut-être un peu moins irritant, mais également absorbable et vénéneux, ne conjurerait pas cet empoisonnement, dont le ti\aitement rationnel nous parait devoir être le même ■que celui qui sera indiqué pour l'acide chromique.

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I m. ii;rgiène industrielle. La fabrication en grand des chromâtes est une

108 CHROMATES (hygiène industrielle).

industrie nouvelle, aussi la connaissance des accidents qu'elle produit chez les ouvriers qui y sont employés a-t-elle une date toute récente.

C'est aux États-Unis qu'ils furent signalés pour la première fois par Ducatel, professeur de chimie à l'université de Maryland. Mais cet observateur, à l'occasion de ses recherches sur l'action toxique des chi'omates, se contenta de noter brièvement les éruptions qui se montrent sur les mains, et les ulcères perforants des os des pieds qui surviennent chez les ouvriers qui les fabriquent. Il les attribua à l'action caustique de l'acide chromique, et il n'alla pas plus loin dans leur étude. '

En 1851, M. Chevallier, qui a attaché son nom à tant de questions relatives à riiygiène et en particulier à l'hygiène industrielle, présenta à l'Institut une note où il signalait les maladies des ouvriers en chromâtes.

Depuis, le docteur Heathcote, dans le journal anglais The Lancet, année 1 854, publia une observation intéressante d'ulcères chroniques de la gorge, que l'on avait pris pendant longtemps pour des ulcères syphilitiques. L'ouvrier qui en était atteint était employé à la fabrication des chromâtes neutre et acide de potasse.

Heathcote les considéra comme une affection professionnelle. Il signala chez quelques autres ouvriers l'existence de lésions identiques. D'ailleurs, !e père de son malade y avait succombé.

Aussi, lorsqu'en 1861, je commençai mes recherches sur l'influence des chromâtes considérés au point de vue de l'hygiène industrielle, celte influence n'avait pas été examinée dans ses détails, bien qu'elle eiit été indiquée. Mais en 1865, MM. Bécourt et Chevallier publièrent dans les Annales d'hygiène un très-bou mémoire, véritable enquête dont les éléments leur avaient été adressés par MM. Clouet, directeur de l'usine de Gi'aville, Zuber et Erhmann, de Rixheira, et Isaac Thyson de Baltimore.

A la fin de la même année, je lisais à l'Académie de médecine un mémoire sur le même sujet, et, à quelques jours de distance, M. Hillairet faisait une semblable communication.

Réunissant nos deux séries de recherches nous avons publié ensemble, dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale, la première partie d'un mémoire dont la suite paraîtra dans un des prochains fascicules. Telle est l'historique rapide des études auxquelles a donné lieu la fabrication des chromâtes au point de vue de l'hygiène industrielle. Pour bien faire comprendre les causes et la nature des accidents qu'elle détermine, il est important de savoir en quoi consiste cette fabrication, et quelles sont les opérations qu'elle nécessite.

Étude de la fabrication des chromâtes. Les seuls chromâtes dont il y ait lieu de s'occuper ici sont : le chromate neutre et le bichromate de potasse. Il en est d'autres, le chromate de plomb, par exemple, qui pourraient donner lieu à des accidents complexes dans lesquels l'intoxication saturnine jouerait peut-être un rôle, mais aucun travail n'a été publié sur ce point. Il y a là un desideratum qui pourra êti'e comblé à l'occasion des affections plombiques, avec d'autant plus d'intérêt que, par une fraude coupable, la puissance colorante du chromate de plomb est mise en œuvre pour donner au beurre trop pâle la couleur plus foncée recherchée par les consommateurs, et pour colorer les bonbons. 11 est impossible qu'une semblable opération n'exerce pas sur la santé publique une influence qui, tôt ou tard, sera mise en lumière.

On comprend, d'ailleurs, parfaitement que ce qui concerne les chromâtes, en général, n'ait été connu que depuis peu de temps. Découverts en 1797 par Vau-

CHROMATES (hygiène industrielle). lOS*

quelin, ils n'ont pas de suite été appliqués en grand dans l'industrie ni produits en quantités considérables. Ce n'est que progressivement qu'ils ont été utilisés dans la teinturerie, dans l'impression sur étoffes, dans la confection des papiers peints et dans quelques autres industries. Les pays dans lesquels le fer chrome existait en gisements plus ou moins riches, et où la fabrication des chromâtes était, par suite, plus facile et plus avantageuse, ont été ceux dans lesquels les premières usines ont été créées. La Sibérie, la Suède, l'Amérique, la France,. l'Angleterre, en ont été dotées les premières.

C'est donc le fer chromé qui sert à la fabrication des chromâtes. On le retire des terrains primitifs où il existe parfois disséminé dans diverses roches, telles que les serpentines, les micaschistes, comme àBaltimore dans le Maryland, à Chestercourt en Pensylvanie, à Bastide la Carrade dans le département du Var. On le trouve encore à Saint-Domingue sous forme de sables, en Styrie, en Silésie, en Sibérie, dans les monts Ourals, localisé en amas isolés.

D'une manière générale on peut considérer ce minerai, d'après Pelouze et Frémy, comme une combinaison de sesquioxyde de fer et de protoxyde de chrome mélangés à du peroxyde de fer, de l'alumine, de la magnésie et de la silice.

Il se présente le plus souvent sous forme de masses noirâtres irrégulières d'une grande dureté. Dans cet état, il serait difficilement attaquable par tous les agents chimiques.

On doit donc commencer par le pulvéï'iser à l'aide de pilons mus par la vapeur qui le brisent et l'écrasent dans des mortiers de fer, de meules verticales ou horizontales qui le broient et le réduisent en poudre fine. Le tamisage sépare les grains qui persistent et qui sont soumis à un nouvel écrasement.

La poudre ainsi obtenue est soumise à des traitements variés. Celui qui paraît le plus répandu consiste à introduire dans un four oxydant deux parties de minerai de chrome et une partie d'azotate de potasse. Le mélange est porté à une température de 1200 degrés Wedgwood; arrivé au rouge blanc, il estbi-assé plusieurs fois avec des ringards de fer.

Dans cette opération, l'acide azotique du sel de nifre se décompose en deutoxyde d'azote qui s'échappe par les cheminées des usines et en oxygène qui fait passer l'oxyde de chrome à l'état d'acide chromique. Ce dernier s'empare aussitôt de la potasse devenue libre pour former du chromate de potasse qui se trouve mélangé à du silicate et à de l'aluminite de la même base. Le fer suroxydé reste à l'état insoluble dans la masse ou calcine produit de l'opéi'ation.

Celle-ci est extraite des fours, et éteinte par un arrosage d'eau froide, après lequel on voit apparaître à sa surface de nombreux points jaunes de chromate neutre de potasse se détachant sur le fond noir de la masse refroidie.

Une grande partie de l'eau projetée sur la calcine encore rouge est réduite en vapeurs abondantes qui prennent une coloration jaunâtre, indice de la présence du sel qu'elles entraînent mécaniquement avec elles. Dans quelques usines, le sel de nitre est remplacé parle carbonate de potasse. L'acide carbonique est chassé par l'élévation de la température et se dégage ; en présence de la potasse, l'oxyde de chrome s'empare de l'oxygène de l'air, et, passant à l'état d'acide chromique, se combine avec cette base.

On mélange encore le fer chromé avec du sulfate de potasse et du carbonate de chaux. Dans ce procédé, l'acide carbonique est éliminé, la chaux se combine à l'acide sulfiirique du sulfate de potasse, dont la base s'unit à l'acide chromique, pioduil de la suroxydation de l'oxyde de chrome.

ilO CHROMATES (hïgikne industrielle).

Dans ce demiei- procédé, on utilise le sulfate de potasse qui résulte de la fabrication du bichromate.

Quelle que soit la méthode suivie, on épuise par des lessivages à l'eau bouillante la calcine de tout le chromate qu'elle peut abandonner.

Pour obtenir le bichromate, on introduit la dissolution dans de vastes chaudières où elle est portée à l'ébullition et saturée par l'acide sulfuri({uc qui s'empare d'un équivalent de potasse, et fait passer à l'état de bichromate le chromale neutre.

Au moment où l'acide est versé en grande abondance dans les chaudières où bout la dissolution de chromate neutre, la liqueur colorée en jaune passe rapidement au rouge; l'ébullition devient plus vive et produit de larges remous, la température s'élève fortement, et d'abondantes vapeurs se répandent dans l'atelier. Ces vapeurs entraînent avec elles une assez grande quantité de bichromate qui retombe à l'état de poussière d'une extrême ténuité.

Ces vapeurs s'échappent encore avec abondance des seaux dans lesquels le liquide bouillant est porté à cristalliser dans des cuves doublées de plomb.

Les cristaux qui s'y déposent sont d'un beau rouge. Après avoir fait écouler les eaux-mères, on les laisse sécher, puis on les détache des parois, et on les enfùte. Pour obtenir l'introduction dans les tonneaux de la plus grande quantité possible de bichromate, on les tasse en frappant les parois à coups de maillet et en faisant ainsi disparaître les vides sans casser les cristaux.

La série des opérations qui précèdent exerce sur les ouvriers une influence qu'il est nécessaire d'examiner aux différentes périodes de la fabrication.

L'atelier dans lequel se pratiquent la pulvérisation et le tamisage est rempli d'une poussière si épaisse qu'elle obscurcit la lumière. Cette poussière très-fine et d'une grande densité se dépose rapidement. On en est bientôt couvert, et les ouvriers en sont absolument pénétrés. Leurs habits, leurs cheveux, la peau du visage et des mains, les cils, les sourcils semblent poudrés d'une rouille brunâtre. Elle s'introduit entre les lèvres, et lorsqu'on y est un moment exposé, on perçoit un goût analogue à celui de la limaille de fer réduite en poudre très-fine. Les narines en sont bientôt assez remplies pour que les mucosités nasales en entraînent une forte proportion.

Aux fours, comme on l'a vu précédemment, il se dégage, suivant le procédé de fabrication employé, des vapeurs nitreuses, ou de l'acide carbonique qui entraînent mécaniquement un peu de chromate neutre. La puissance du tirage emporte dans les cheminées la plus grande parlii' de ces matières dont une petite proportion peut cependant pénétrer dans les alchois.

A l'extinction par l'eau froide de la calcine encore rouge, l'eau se vaporise en grandes masses. Les vapeurs sont colorées en jaune par du clu-omate de potasse neutre qu'elles entraînent, et qui, se mêlant aux poussières qui proviennent de la calcine elle-même, lorsqu'on la brasse et qu'on la porte à la pelleau lessivage, couvre de chroma c jaune pulvérulent, et en couches épaisses, les poutres des ateliers, et les moindres saillies de la maçonnerie, de la charpente et des appareils. Ce chromate est encorle impur et mêlé aux autres matières de la calcine. Toutefois, celles-ci plus denses y sont en moindres iiroporlious.

Au lessivage, les mains des ouvriers, leurs vêtements, toutes les parties découvertes de leur corps sont exposées au contact ou aux éclaboussures des eauxmères ou de la calcine mouillée.

La calcine, épuisée autant que possible par Peau, contient cependant encore-

CHROMATES (hygiène industrielle). lH

duchromate neutre mêlé à du sulfate de chaux, à l'oxyde de fer insoluble, à de ralumine, de la magnésie et de la silice.

Comme on le voit, jusqu'à celte période de la fabrication, le chromate neutre est seul en cause, et les accidents observés lui appartiennent d'une manière

absolue.

L'action du bichromate n'apparaît qu'au moment où l'acide sulfurique est versé dans la solution et où se produisent les vapeurs qui en sont chargées. Ces vapeurs dans un rayon de soleil prennent une coloration rouge assez prononcée et la poussière qui retombe offre aussi cette couleur. Les vêtements des hommes qui brassent la liqueur et qui surveillent les chaudières en sont pénétrés. Lorsqu'on a séjourné pendant quelque temps dans cette partie des ateliers, les lèvres, les moustaches s'en imprègnent et la langue, lorsqu'elle les touche, perçoit la saveur styptique du bichromate de potasse.

Une question devait se présenter à mon esprit. Ces vapeurs contiennent-elles outre le bichromate de l'acide chromique libre? La puissance escharrotique de ce corps s'ajouterait-elle à celle du bichromate pour produire certaines destructions rapides des tissus ?

Le fait était chimiquement possible. L'action de l'acide sur le chromate neutre est tellement violente que la décomposition de ce corps sur certains points de lachaudièreoù l'acide sulfurique versé dans la dissolution se trouve momentanément en excès peut être portée trop loin. L'acide peut s'emparer de toute la base et isoler une certaine quantité d'acide chromique qui serait entrahié par les vapeurs. Cette appréciation doit être laissée à de nouvelles recherches. Toutefois je dois dire que j'ai étendu au-dessus des chaudières en ébullition des feuilles de papier à filtre mouillées et que je n'ai point constaté d'altération qu'on pût rapporter à la présence de ce corps.

Dans tous les cas, c'est au bichromate, mêlé ou non à une petite proportion d'acide chromique, qu'il faut attribuer les accidents observés à cette période de la fabrication, le chromate neutre ayant disparu.

Il agit donc seul sur les ouvriers qui prennent dans les chaudières, au moyen de seaux, la solution, résultat définitif des opérations qui viennent d'être exposées, pour la porter dans les crislallisoirs. A l'état de cristaux mouillés ou secs il agit encore seul. Les eaux-mères exercent sur les tissus vivants la i^ême action que la solution. C'est aux parcelles cristallines qui s'échappent en poussière que l'on doit rapporter les accidents observés chez les hommes qui, exclusivement employés à l'enfùtage, frappent avec des maillets de bois les parois des tonneaux qui contiennent les cristaux.

Dans cet exposé, je ne me suis pas encore occupé des résidus de la fabrication qui, dans toute opération industrielle, doivent attirer de très-près l'attention de l'hygiéniste.

Us sont constitués dans la fabrication des chromâtes par la calcine épuisée autant que faire se peut par les lavages de tout le chromate neutre qu'elle contient.Les eaux-mères, en effet, ne sont jamais abandonnées ; elles sont toujours reprises et servent à de nouvelles opérations.

La calcine, comme on l'a vu, est un résidu noirâtre constitué par l'oxyde de fer et la gangue argilo- siliceuse du fer chromé mêlés surtout de chaux; mais quelque bien lessivée qu'elle ait pu être, la calcine retient toujours une certaine quantité de chromate neutre, origine d'accidents que nous aurons à examiner.

Après avoir bien établi le milieu hygiénique industriel constitué par la fabri-

112 CHROMATES (hygiène industrielle)

cation des chromâtes, étudions l'action de ce milieu sur ceux qui y sont

plongés.

Personne n'ignore la puissance escharotique de l'acide chromique et des chromâtes. Leur action toxique a été bien étudiée dans le mémoire de Gmehn traduit par Robert et publié en 1823. Depuis, Ducatel de Philadelphie, et Jaillard, dans une excellente thèse de Paris, ont complété cette étude.

Mais cette action toxique tient la seconde place dans les accidents développés chez les ouvriers chromateurs qui subissent, au contraire, l'influence irritante et escharotique de la manière la plus cruelle.

Elle ne se manifeste pas, on le comprend, à toutes les périodes de la fabrication, et l'atelier du pilage et du tamisage en est absolument exempt. La poussière de fer chromé est presque complètement inattaquable par les agents les plus puissants et elle ne pourrait agir qu'à la façon des poussières minérales les plus inertes.

Toutefois l'examen le plus attentif ne m'a fait découvrir chez les ouvriers aucun des accidents signalés par A. Chevallier, Turner, Thackrah, Peacock, Desayvre (de Châtellerault), chez les ouvriers aiguiseurs ou tailleurs de pierres meulières, chez les mineurs en charbon de terre par Gibson, chez les mouleurs en cuivre par Guérard, Payen, Chevallier, Escoffier et Bouillaud, A. Tardieu, etc. Cependant l'atelier est rempli d'une épaisse poussière minérale qui, en raison ,de son poids, se dépose rapidement sur la peau et sur les vêtements. Elle pénètre dans le nez, dont les mucosités s'en imprègnent, et dans la bouche, qui perçoit bientôt la saveur ferrugineuse, ainsi que je l'ai dit plus haut.

Toutefois, on n'éprouve pas, dans l'atelier, cette gêne delà respiration que Tardieu a constatée dans les ateliers des mouleurs en bronze, et les ouvriers en chromate ne se plaignent ni de toux ni d'oppression. L'auscultation ne fait reconnaître chez eux aucune trace d'altération pulmonaire. Plusieurs séjournent depuis de longues années dans ce milieu et paraissent n'en avoir ressenti aucune fâcheuse influence.

Des autopsies pourraient seules établir si le fer chromé pénètre jusque dans la profondeur des organes respiratoii'es et s'il s'y fixe comme quelques autres corps pulvérulents.

Peut-être, en raison de sa densité, la poussière chromée se dépose-t-elle dans les fosses nasales, dans la bouche et dans l'arrière-gorge, sans pénétrer jusque dans les terminaisons bronchiques.

L'innocuité de la fabrication des chromâtes se prolonge pendant le cours de la seconde opération qui consiste dans le mélange du fer chromé pulvérisé avec les corps qui le transformeront en chromate de potasse.

Mais dès que l'iniluence de la température élevée des fours a déterminé la réaction de ces corps mis en présence, les accidents commencent à apparaître chez les ouvriers qui brassent avec des ringards de fer le mélange de minerai et de nitrate de potasse porlé au rouge-blanc.

Des poussières de chromate de potasse déjà formé sont probablement entraînées dans l'air , elles se déposent dans les narines, seul point qui paraisse affecté chez les hommes exclusivement employés aux fours.

Après le défourncmcnt de la calcine les accidents deviennent constants. Il n'y a pas lieu de s'occuper des brûlures qui se reproduisent fréquemment, et qui n'ont rien de spécial d'ailleurs, lorsque, sous l'influence de la vaporisation de l'eau froide jetée sur la masse rougie pour l'éteindre, des parcelles incandescentes sont

CHROMATES (hygiène industrielle). 115

projetées au loin. Mais lorsque la calcine est refroidie, il se produit d'abondantes poussières lorsqu'on la remue avec des pelles et qu'on la transporte aux cuves de lessivage.

Là encore, les altérations cutanées sont rares, elles deviennent au contraire fréquentes chez les hommes employés aux cuves elles-mêmes ; elles le sont plus encore chez ceux qui transportent la solution aux chaudières où elle est transformée en bichromate et dans le transport aux cristallisoirs. Leur fréquence diminue là où les cristaux secs agissent seuls.

I Après cette étude du milieu industriel créé par les opérations qui viennent d'être décrites, passons à la description des altérations qui s'y manifestent chez l'homme et chez les animaux.

Ces altérations sont :

1° Des ulcérations de nature spéciale des mains, des pieds, de la ceinture et en général de toutes les parties du tégument cutané qui sont en contact plus ou moins direct avec les chromâtes ;

2° Des perforations, plus ou moins étendues, de la portion cartilagineuse de la cloison des fosses nasales ;

3» Des bronchites et des attaques de suffocation ; 4° Une céphalalgie fréquente accompagnée de dépérissement ; 5» Des ulcérations de l' arrière-gorge pouvant simuler des ulcères syphilitiques.

1» Ulcérations de la peau. Les mains et les pieds sont le siège le plus habituel de ces lésions que l'on rencontre aussi vers la ceinture et d'ailleurs dans tous les points du corps que les poussières de chromate, les solutions et les vapeurs qui les entraînent peuvent atteindre.

Une condition presque nécessaire est toutefois que la peau ait été précédemment excoriée, ne fût-ce que légèrement.

Dans la note si intéressante communiquée à MM. Bécourt et Chevallier par M. Clouet, on voit que, lorsque les mains sont intactes et sans écorchure, les ouvriers peuvent sans inconvénient les tremper momentanément dans les cuves et les conserver colorées par les dissolutions pendant assez longtemps, sans qu'il en résulte aucun accident. Mais la moindre plaie, la moindre éraillure, une simple piqûre d'épingle suffisent pour permettre la pénétration jusqu'à la surface du derme d'une parcelle de poussière ou d'une petite quantité de solution de chromate, et dès lors le travail escharotique commence.

Une douleur viye, persistante et dont l'intensité s'accroît rapidement, se manifeste au point où le contact s'est produit. Plus cruelle pendant le froid de l'hiver, elle arrache des cris à l'ouvrier atteint et lui enlève le sommeil.

Déjà une petite excoriation s'est développée. Dès le lendemain, son pourtour s'épaissit et se boursoufle en prenant une coloration rouge. Sous l'influence de l'immersion des mains dans les cuves, des introductions de parcelles de chromâtes pulvérulents, la tuméfaction grandit, s'étale et s'indure. Dans son centre primitivement atteint, on voit apparaître une eschare toute spéciale d'un brun rougeâtre ou grisâtre, d'aspect spongieux, de consistance molle, qui s'isole peu à peu des parties voisines enflammées.

Si des parcelles nouvelles de chromate ne s'introduisent pas dans la plaie, l'eschare ne tend pas à gagner en largeur. Elle progresse en profondeur sans s'arrêter et marche ainsi jusqu'au périoste. Si l'on en croit Duncan, elle peut

DICr. ENC, XVII, S

lU CHROMATES (hygiène industrielle).

même traverser dans toute leur épaisseur, les mains et les pieds en constituant, une l'orme particulière d'ulcère perforant. Nous n'avons jamais vu des ulcérations abandonnées à elles-mêmes assez longtemps pour amener de semblables désordres, mais comme cet observateur l'avait très-bien indiqué ainsi que Ducatel, de Philadelphie, et le docteur Baer, cité par ce dernier, le caractère des ulcérations produites par les chromâtes est de prendre la forme perforante.

Ducatel a vu le travail ulcéreux perforer les articulations.

Lorsque l'on examine une eschare développée par l'action des chromâtes, on constate qu'au centre d'une ulcération plus ou moins large, à bords nets, comme taillés à l'emporte-pièce, indurés et souvent en voie de cicatrisation, il existe une sorte de corps charnu spongieux, de bourbillon, de forme régulière, d'un rouge grisâtre, qui flolte dans le centre de l'ulcère et qui n'adhère aux tissus profonds que par un pédicule en général plus étroit et, à une époque avancée, souvent presque filiforme.

Les ulcérations que nous décrivons donnent issue à un liquide séropurulent analogue à celui qui s'écoule des trajets fistuleux ou des tubercules anatomiques ulcérés.

Lorsqu'elles ont duré un temps assez long, leurs bords s'affaissent, se taillent en biseau, deviennent lisses, comme lavés, et s'entourent souvent d'un bourrelet d'un blanc grisâtre, constitué par l'épiderme macéré par les liquides de la plaie.

Lorsque l'eschare s'est éliminée, il reste un ulcère creusé à pic, à bords plus ou moins dentelés, souples ou indurés et présentant l'apparence d'un tubercule ulcéré ou de certaines plaies d'origine syphilitique.

Dans la première de ces formes, la cicatrisation progresse lentement de la circonférence au centre. 11 reste une cicatrice déprimée plus ou moins irrégulière, brune d'abord et prenant plus tard l'aspect blanc et nacré des cicatrices anciennes et profondes.

Dans la forme tuberculeuse, l'induration qui a acquis souvent une dureté cartilagineuse, persiste après la cicatrisation et cela souvent pendant un temps très-long pour s'effacer ensuite progressivement.

Telle est la marche des ulcérations chromatées arrivées à leur complet développement en l'absence de tout traitement et de tout soin de propreté et d'hy-

giene.

Mais la plupart des ouvriers sont forcés par la douleur ou d'interrompre leur travail ou de demander les conseils du médecin de la fabrique. Dès lors les excoriations sont arrêtées à leur première période et, après l'élimination d'une eschare peu profonde et peu étendue, elles guérissent, en laissant de petites cicatrices persistantes.

J'ai observé ces ulcérations superficielles aux mains, aux pieds, aux organes génitaux, aux ailes du nez et même aux paupières.

C'est aux mains et aux doigts que les ulcérations persistent le plus longtemps, et on le comprend facilement en raison de l'exposition constante de ces parties au contact des solutions et des poussières de chromate.

La face dorsale est beaucoup plus fréquemment atteinte que la face palmaire, les parties latérales des doigts plus que la ligne médiane. Les p'is articulaires sont le point de départ ordinaire des altérations.

Lorsque la quantité de chromate appliquée sur un point de la peau a été jpeu, considérable, on constate l'existence de papules, de légères phlyctènes ou de

CHROMATES (hvgiène industrielle). il5

vésicules eczémateuses. Je les ai en particulier observées à la peau du prépuce que les ouvriers touchent au moment de la mixtion avec leurs mains teintes par le bichromate.

Ainsi que l'avait fait observer déjà M. Clouet, les animaux participent aux mômes lésions que l'homme. Les chiens, les chats, les rats, qui pénètrent dans les ateliers, ou qui marchent sur les tas de calcine lessivée, accumulés dans les cours, présentent aux pattes des ulcérations plus ou moins graves.

C'est en général à l'extrémité plantaire, et dans les interstices interdigitaux en particulier, qu'elles se montrent chez les chiens, chez les chats et chez les animaux, qui ne sont pas comme les solipèdes préservés dans ces points par une conformation particulière.

Une excavation, d'abord peu étendue, puis entourée d'une tuméfaction plus ou moins considérable, chaude, douloureuse au toucher, marque le début des accidents. Bientôt une ulcération grisâtre, envahissante en profondeur, à bords calleux se développe et suit la même marche que chez l'homme; elle peut aller jusqu'aux os, qu'elle dénude.

Un rat, observé par M. Clouet, marchait sur les os complètement dépouillés des parties molles. Chez les chiens, le ventre, les parties génitales, sont le siège d'ulcérations qui suivent dans leur évolution, comme dans leur cicatrisation, la marche précédemment décrite, mais en général avec plus de lenteur. Dans les cas les plus légers une éruption superficielle de forme eczémateuse amène la chute des poils sur une plus ou moins grande étendue.

On éloigne avec soin les chiens des ateliers, mais toutes les fois que les chiens de garde s'échappent de leur chaîne, surtout en temps de pluie, leurs pattes deviennent malades, si on ne les lave pas avec le sous-acétate de plomb. Il se forme des ulcérations qui occupent surtout les espaces interdigitaux qu'elles peuvent complètement traverser.

Quelques chiens ont paru présenter un certain degré d'inflammation des parties voisines de l'orifice des narines. Chez tous, l'état général a été fortement influencé; de la fièvre, de l'abattement, accompagnaient le développement des altérations locales. On a pu quelquefois attribuer les vomissements, la diarrhée dont ils étaient atteints à ce qu'ils se désaltéraient dans les ruisseaux, dont l'eau entrahiait quelques quantités de chromâtes.

Chez les chevaux, l'ulcération commence en général à la couronne, où elle détruit les parties molles voisines de la corne et du paturon. Elle devient de plus çn plus profonde et arrive jusqu'à l'os. Plus rarement la peau et le tissu cellulaire s'enflamment de proche en proche, des suppurations profondes, diffuses, s'établissent, et la mort a pu en être la conséquence.

C'est en marchant sur les tas de calcine que les animaux deviennent malades, surtout lorsque ces résidus sont mouillés par les pluies abondantes. Les chevaux en urinant en font rejaillir les éclaboussures sur leurs jambes. Lorsque les liquides, ainsi projetés, contiennent peu de chromate, il ne se produit qu'une vésication superficielle, qui peut dépouiller les membres jusqu'à leur racine et même les parties génitales. Les chevaux sont alors dans un état terrible de souffrance.

On ne les préserve, me disait le charretier de l'usine de Graville, de ces cruels accidents qu'en les lavant à gronde eau et à la brosse plusieurs fois par jour.

Avant de passer à la description des autres accidents développés par les chromâtes, il reste, à propos du tégument cutané, une question à élucider. Peut-il se

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produire sous l'influence d'une espèce d'empoisonnement des éruptions généralisées chez les ouvriers chromateurs ? Je ne le crois pas. Les usiniers, et M. Clouet me l'a affirmé lui-même, ont vu des hommes qui présentaient des ulcérations si nombreuses et si généralisées, qu'ils ont dû abandonner leur travail. 11 n'y avait là, suivant moi, cependant que le résultat très-multiplié de l'action escharolique locale des chromâtes.

Les ouvriers ainsi frappés étaient certainement atteints d'affections eczémateuses ou pustuleuses de la peau qui avaient favorisé la pénétration de parcelles pulvérulentes ou de solutions, dont l'influence s'était à la fois montrée sur un grand nombre de points.

Je n'ai pas observé de faits de ce genre, mais j'ai vu plusieurs ouvriers qui présentaient sur des points de la peau, couverts par les vêtements, des ulcérations spéciales ou des cicatrices caractéristiques, qu'on aurait jni être tenté de rapporter à une intoxication généralisée. Elles siégeaient en particulier aux lombes, audessus et au niveau de la ceinture. Mais j'ai remarqué que les hommes, qui les portaient, travaillaient en chemise, le cou et la poitrine découverts. Les poussières, pénétrant largement par cette ouverture, descendaient vers les parties déclives et s'arrêtaient au niveau de la ceinture, où elles étaient froissées contre la peau, qu'elles excoriaient comme les cristaux d'émétique, qui se séparent de la pommade d'Autenrieth appliquée sur la face antérieure de la poitrine et qui, entraînés par leur poids viennent développer des pustules stibiées au pli de l'aine où ils s'accumulent.

Ainsi, point d'intoxication chromatée générale produisant des éruptions cutanées, mais action directe plus ou moins étendue et élective en raison de circonstances physiques, physiologiques ou morbides faciles à apprécier, telle est la conclusion qui me paraît devoir être formulée.

On la trouvera d'autant plus justifiée, si l'on considère que l'on peut constamment arrêter le développement des accidents cutanés, si l'on détruit chimiquement, dès l'origine, la parcelle de chromate, qui s'est introduite dans l'épaisseur de la peau et qui les produit.

II. Rhinonécrosie, RurNiTE PERFORANTE. Perforation de la portion cartila<jineuse de la cloison des fosses nasales.

Cette singulière ulcération avait été, dès l'origine des travaux publiés sur l'industrie des chromâtes, signalée par tous les observateurs. Tous les fabricants de chromâtes la connaissaient et plusieurs l'avaient subie. Elle est très-complètement indiquée dans le mémoire de MM. Bécourt et Chevallier, mais son mode de production, l'étude clinique de son développement n'avaient pas été suffisamment mis en lumière avant les recherches de Hillairet et les miennes.

La perforation de la cloison nasale s'observe dans diverses conditions pathologiques. Je l'ai vue dernièrement se produire à la suite d'une fièvre continue, à forme hémoiThagique.

En hygiène, la fabrication des chromâtes est la seule condition où elle ait été signalée jusqu'à ce jour.

Elle peut se produire à toutes les périodes des opérations industrielles que cette industrie nécessite, la pulvérisation du fer chromé exceptée. Je l'ai observée aux fours, à l'extinction de la calcine, au travail des cristallisoirs et même à l'embarillage ou enfùtage des cristaux, mais c'est à la production du bichromate et surtout chez les ouvriers employés aux chaudières, qu'elle se développe avec la plus grande intensité.

CHROMATES (hygiène industrielle). 117

On se rappelle qu'au moment où l'acide sulfurique est versé dans la solution bouillante de chromate neutre des vapeurs abondantes colorées en rouge envahissent l'atelier et se déposent en poussière sur toutes les parties voisines. Les ouvriers qui sont employés à ce travail sont atteints rapidement, en moyenne après cinq ou six jours, quelquefois plus tard, d'un coryza intense avec céphalalgie, éternuments très-pénibles, chaleur, sentiment de cuisson dans la cavité des fosses nasales, tuméfaction légère des parties molles extérieures et de l'ouvertm'e des narines, impossibilité du passage de l'air, picotement et larmoiement des yeux.

Un écoulement nasal le plus ordinairement abondant, quelquefois cependant peu considérable, un besoin constant de se moucher, l'issue au milieu de mucosités plus ou moins liquides de lambeaux membraniformes, rougeâti'es ou grisâtres qui ne sont autre chose que des portions nécrosées de la muqueuse et des tissus sous-jacents accompagnent bientôt les premiers symptômes.

Ces accidents durent en moyenne de six à huit jours, quelquefois plus longtemps, rarement plus de quinze jours. Pendant leur cours, on peut constater sur la CxOison nasale une ulcération profonde, sphacélique, analogue à celles que j'ai décrites sur la peau et une excoriation de même forme, mais plus superficielle à la paroi externe correspondante des fosses nasales.

Les tissus ulcérés qui les constituent semblent réduits en bouillie. La muqueuse nasale est, dans toute son étendue, d'un rouge intense. L'élimination des parties réduites à l'état d'eschare se fait assez rapidement, et, lorsqu'elle s'est produite, les symptômes inflammatoires diminuent promptement et s'éteignent. Le plus ordinairement, l'ouvrier, qui a continué à travailler, croit, s'il n'est pas éclairé par ses camarades plus expérimentés, n'avoir éprouvé qu'un violent rhume de cerveau.

Si l'on examine alors l'intérieur des fosses nasales, on constate que la perforation de la cloison est complète et définitive, ainsi que les premiers observateurs l'avaient signalé, mais il est important d'en décrire les caractères,.

Dans toute l'étendue du point primitivement ulcéré, la cloison a disparu et une ouverture plus ou moins large fait communiquer les deux cavités olfactives. Cette ouverture commence en général inférieurement de 5 à 8 millimètres audessus du bord inférieur du cartilage de la cloison, dont une bande toujours conservée persiste inférieurement et maintient la forme extérieure et la longueur du nez aussi bien que la régularité de l'orifice inférieur des fosses nasales. L'extrémité antérieure de son grand diamètre horizontal se trouve un peu en arrière d'une ligne verticale, passant par la commissure postérieure des narines et son bord inférieur est séparé par une distance d'un centimètre et demi enviroa -du bord cutané de la sous-cloison.

L'étendue et la forme de la perforation sont variables dans des limites assez larges. Quelquefois elle est circulaire, parfaitement régulière et comme enlevée à l'emporte-pièce. Elle est alors d'un petit diamètre en général, et ne mesure guère que 8 à 10 millimètres en tous sens.

Dans d'autres cas, elle est oblongue irrégulièrement, ellipsoïde avec un grand diamètre antéro-postérieur, qui peut aller jusqu'à un centimètre et demi, et même deux centimètres, tandis que le diamètre vertical mesure un centimètre et plus.

Dans cette forme, les bords de la perforation présentent encore une assez grande régularité, mais ils sont parfois un peu sinueux. Toutefois, les courbes

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qu'ils décrivent ne sont pas abruptes mais adoucies comme en général dans toutesles plaies ou solutions de continuité profondes déterminées par les chromâtes.

La réparation de ces bords se fait avec une assez grande rapidité; d'abord grisâtres, ils sont peu à peu recouverts par une cicatrice de la muqueuse dont les deux lames viennent s'accoler au bout d'un certain temps, et, chez la plupart des sujets, ils sont bordés par une muqueuse d'apparence normale. On y voit cependant reparaître parfois des ulcérations superficielles, des érosions d'aspect grisâtre, même en l'absence sur la paroi externe de toute influence industrielle spéciale.

A de très-rares exceptions près, la perforation nasale une fois produite, les ouvriers semblent avoir une fois pour toutes payé leur tribut et ne plus être aptes à subir la même influence. Chez eux, le coryza spécial ne se reproduit plus. Je n'en ai observé qu'un seul qui se plaignît d'être enchiffrené chaque fois qu'il se remettait au travail des chaudières, mais il était d'une saleté sordide, barbouillé de bichromate, il portait à sa figure ses mains qui en étaient couvertes et il appliquait directement sur la muqueuse nasale des parcelles irritantes. Mais il n'y a rien de commun entre cette gêne si peu prononcée et le coryza suraigu dont cet ouvrier avait été lui-même atteint à son entrée dans la fabrique.

Une des conséquences de la perforation consiste dans la production chez quelques ouvriers de douleurs nasales très-vives pendant les froids de l'hiver.

Chez la plupart de ceux dont la perforation est un peu étendue, il persiste une sécrétion spéciale assez remarquable ; tous les trois ou quatre jours, sous l'influence de quelques efforts pour se moucher, l'ouvrier expulse une espèce de' bouchon constitué par du mucus épaissi d'un gris brunâtre assez dur et qui a occupé la place du cartilage absent. L'expulsion se fait facilement lorsqu'une narine étant fermée par l'application de la paroi externe sur la cloison, un effort expirateur un peu fort pousse l'air dans les fosses nasales. Le courant d'air établi chasse le bouchon au dehors par la narine restée libre.

Pendant la durée du travail ulcératif, l'ouvrier perçoit des odeurs fétides qui lui sont fort pénibles et que l'observateur ne perçoit pas au même deo^ré. L'air qui s'échappe des fosses nasales présente quelquefois cependant l'odeur de la suppuration de mauvaise nature, mais jamais il ne contracte cette fétidité spéciale qui caractérise l'ozène.

Il est toutefois important de remarquer encore que beaucoup d'ouvriers ignorent l'existence de la perforation du cartilage de la cloison dont ils sont atteints, et qu'on peut en tirer cette conclusion que les accidents dont sa production s'est accompagnée n'ont pas présenté une intensité assez grande pour attirer leur attention d'une manière bien particulière.

L'immunité que j'ai constatée plus haut pour le coryza par action des chromâtes, chez les ouvriers qui ont traversé toutes les phases de la rhinite perforante, s'étend aussi au coryza simple auquel les ouvriers ne sont plus exposés. Je donnerai plus loin une explication qui me semble exacte de ce fait sinculier au premier abord.

La perforation de la cloison du nez n'entraîne en général aucune altération des facultés olfactives. M. Clouet pense même qu'elles peuvent être plus développées chez ceux qui l'ont subie. Mes observations m'ont permis d'établir que le plus ordinairement, elles n'ont éprouvé aucune diminution. J'ai constaté dans deux cas cependant, pour le premier une diminution, pour le second une abolition complète de l'olfaction.

On a vu que, pendant la durée de la rhinite ulcéreuse, il se manifeste, comme

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dans les coryzas simples des éternuments et du larmoiement des yeux. Ce dernier symptôme pourrait, au premier abord, être attribué à l'action directe des vapeurs ou des poussières chromatées, mais il n'en est point ainsi. L'augmentation de la sécrétion des larmes ne se produit que sous l'influence de l'irritation de la muqueuse n.isale, et ce qui le prouve, c'est que, cette irritation une fois éteinte, le larmoiement disparaît. C'est que la muqueuse oculaire n'est jamais isolément enlJammée, si ce n'est d'une façon tout à fait accidentelle. On verra plus loin combien rarement d'ailleurs les muqueuses buccale pharyngée, laryngée, pulmonaire s'enflamment sous l'influence du travail industriel des chroma tes- On peut expliquer cette observation par le fait d'une sécrétion constante de liquides, qui ne présentent pas, comme le mucus nasal, la propriété de coller les poussières, mais qui lavent au contraire les muqueuses et ne permettent pas une action suffisamment prolongée des particules irritantes.

Quant au mécanisme de la perforation du cartilage de la cloison, il est indispens.ible, pour le bien faire comprendre, d'entrer dans quelques détails.

Il n'est personne qui n'ait examiné sur soi-même les diverses périodes d'ua coryza simple mais un peu intense.

Au premier degré de cette petite affection, quelquefois fort pénible, et après le sentiment de la chaleur et delà sécheresse initiales, la muqueuse nasale se tuméfie et il se produit une occlusion de l'une des fosses nasales, quelquefois des deux, par l'accolement des muqueuses de la paroi externe et de la paroi interne, et cela au niveau du cornet inférieur au point même d'élection de la perforation des ouvriers chromateurs.

Dans le coi'yza simple, au déclin de l'état inflammatoire, le retrait des muqueuses rétablit la perméabilité du conduit, mais si, entre ces lames muqueuses momentanément accolées, un caustique eût été entériné, il eut produit des désordres en rapport avec ses propriétés spéciales ; c'est ce qui arrive pour le coryza chromique.

Des parcelles de chromate ou de bichromate de potasse pénètrent dans les fosses^ nasales avec l'air inspiré et se déposent sur la membrane pituitaire où elles sont fixées parle mucus et qu'elles irritent rapidement. Le gonflement qui se produit alors accole sur le point où elles sont le plus l'approchées, c'est-à-dire au niveau du cornet inférieur, les deux parois muqueuses qui emprisonnent entre leurs faces contiguës les parcelles de poussière chromatée, origine de l'inllammation. Dès lors, celles-ci exercent leur action escharotique avec la puissance de pénétration qui est une de leurs plus remarquables propriétés et elles ne s'arrêtent que lorsqu'elles ont traversé toute l'épaisseur de la cloison nasale.

Lorsque, par une circonstance quelconque, l'accoUement des deux muqueuses est rendu impossible, la perforation ne se produit pas.

Ainsi que 1 avait signalé M. Clouet, les ouvriers qui prisent abondamment du tabac en sont en général préservés. La poudre de tabac me paraît agir surtout comme un corps étranger qui empêche la juxtaposition des deux feuillets muqueux. Toutefois, il est possible qu'en exagérant d'une manière habituelle la sécrétion du mucus, en le rendant plus fluide, en rendant aussi plus fréquent le besoin de se moucher, il s'oppose à l'arrêt suffisamment prolongé des poussières cscharotiques. Peut-être aussi la muqueuse constamment irritée est-elle moins sensible à l'action des corps irritants, mais, je le répète, le tabac me paraît agir surtout par son interposition et comme corps étranger. Ce qui prouve qu'il en est ainsi, c'est que les ouvriers, dès que la perforation a rendu le contact des

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muqueuses impossible, sont à tout jamais préservés de toute inflammation par les chromâtes des cavités olfactives et qu'ils sont de plus exempts, sinon du coryza, du moins de la sensation d'occlusion qui en est le symptôme le plus frappant.

La membrane pituitaire rentre dès lors chez eux, en effet, dans les conditions de la muqueuse de la bouche et de celle du pharynx sur lesquelles les poussières chromatées ne se fixent pas.

C'est ici le lieu d'ajouter à cette explication une preuve tirée d'une autre industrie.

On avait décrit à plusieurs reprises chez les ouvriers qui travaillent le vert de Schweinfurt, outre les affections pustulo-ulcéreuses de la peau, des ulcérations de l'intérieur des fosses nasales. Hill;iiret est le premier qui ait signalé chez eux la perforation de la cloison. J'en ai observé moi-même un exemple que j'ai étudié en détail. Nous avons visité ensemble, grâce à l'obligeance de M. de Pietra- Santa, dans la prison des Madelonnettes, les ouvriers dont il a si bien décrit les maladies et nous avons constaté les faits suivants.

Sous l'influence des poussières de vert de Schweinfurt, outre les ulcérations pustuleuses des mains, des parties génitales, du front, du cuir chevelu, il se développe dans les fosses nasales des ulcérations analogues. Elles siègent à la fois sur la cloison et sur la paroi externe. Elles se manifestent surtout au niveau du cornet inférieur et du point où le bord postérieur du cartilage de l'aile du nez rétrécit la cavité nasale en se portant en dedans. Sur le repli qui en résulte, on constate une ulcération qui correspond exactement par sa forme et par sa position à celle qui occupe la cloison.

Ces deux lésions sont placées exactement aux points précis où se rencontrent les ulcérations produites par les chromâtes. Elles sont d'un aspect grisâtre, inégales, déchiquetées à leur surface, comme sphacéliques. La muqueuse semble réduite en bouillie dans une partie de son épaisseur. Mais le plus ordinairement il ne se produit pas de perforation de la cloison, si ce n'est dans des cas exceptionnels, comme celui qui a été observé par Hillairet et, comme celui dont j'ai recueilli l'observation, et qui est assez intéressant pour que je le résume rapidement.

Il s'agit d'un ouvrier en papiers peints, âgé de 17 ans, qui entra, le 20 octobre 1864, au n» 25 de la salle Saint-Ferdinand, à l'hôpital Necker. Il était employé depuis deux mois seulement dans la fabrique, et il travaillait à enlever le papier coloré par le vert de Schweinfurt, des cordes sur lesquelles il était étendu pour sécher, à le rouler et à égaliser les rouleaux. Dans ces opérations, il se dégage beaucoup de poussière arsenicale.

Dès la première semaine de son entrée, il fut pris d'éternuments presque constants, de larmoiement et d'un écoulement nasal très-abondant. Cet écoulement était constitué par du mucus très-épais contenant des morceaux de chair et du sang.

I Les accidents se prolongèrent huit jours environ, après lesquels le jeune ouvrier n'éprouva plus d'autre inconvénient que celui de rendre, tous les trois ou quatre jours en se mouchant le matin, une espèce de bouchon gros comme le bout du doigt, dit-il, d'un gris verdàtre et s'écrasant sous la pression.

L'odorat, depuis cette époque, est fortement amoindri.

Ce jeune homme présente sur différents points du corps (mains, parties génitales, face, etc.) des ulcérations ou des pustules qu'il n'y a pas lieu d& décrire

CHROMATES (hygiène industrielle). 121

ici, mais on constate à un centimètre environ au-dessus du niveau du bord inférieur de la sous-cloison une perforation du cartilage de la cloison nasale placée au lieu d'élection des perforations chromiques et d'une étendue d'un centimètre et demi horizontalement sur plus de deux centimètres obliquement de haut en bas, et d'arrière en avant. Elle se prolonge environ jusqu'à la lame perpendiculaire de l'ethmoïde et affecte une forme elliptique irrégulière. Les bords sont recouvert s en avant par une muqueuse qui garde une teinte grisâtre; en arrière, ils sont gris et couverts d'un enduit plus épais ; quelques croûtes s'observent sur la partie conservée de la cloison.

Sur la paroi externe de la cavité des fosses nasales, on constate l'existence d'une ulcération grisâtre correspondant exactement à la perforation dont elle représente la forme, du moins dans sa partie antéro-inférieure.

On ne constate aucune altération de l' arrière-gorge; les amygdales, le pharynx, le voile du palais ne présentent ni ulcération, ni rougeur. La santé générale est satisfaisante.

11 est difficile de rencontrer un fait qui démontre mieux l'action élective des poussières escharotiques pour le cartilage de la cloison du nez et l'identité d'action, pour en produire la perforation, du vertde Schweinfurt et des chromâtes. On devait toutefois se demander si le vert de Schweinfurt, employé dans la fabrique où travaillait le jeune ouvrier dont on vient de lire l'observation, n'était pas additionné de chromâtes. Il m'a affirmé que le vert arsenical était employé sans mélange.

J'insiste sur la présence de l'ulcération de la paroi externe chez les ouvriers en vert de Schweinfurt, comme chez les ouvriers en chromâtes.

Chez les premiers, j'ai pu constater un fait qui ajoute sa démonstration à celle que j'ai donnée de la genèse des perforations chromiques, et que la rapidité de celles-ci ne permet pas de constater. Les hommes chez lesquels la cloison du nez est fortement déviée, de telle sorte que l'une des narines soit d'une largeur exceptionnelle, et que l'accolement des deux muqueuses ne puisse se faire sous l'influence de l'inflammation, ne présentent pas d'ulcération de ce côté. ' Pour compléter, d'ailleurs, la démonstration de ce fait, que l'action caustique directe, et non pas une intoxication généralisée, détermine la rhinite perforante, faisons remarquer qu'elle se développe, non pas chez des hommes déjà imprégnés par un long séjour dans les ateliers, mais chez ceux qui viennent d'y entrer et chez lesquels il ne se produit plus ensuite aucune altération des fosses nasales.

III. Accidents observés du côté de l'appareil respiratoire. Bronchites et accès d'oppression. Ces accidents n'ont pas trouvé place dans la note si bien rédigée par M. Clouet, et publiée par Chevallier et Bécourt. Je ne les ai point rencontrés dans l'usine de Graville.

Ils ont été observés par Hillairet dans l'usine d'Argenteuil. Ils consistent dans une oppression qui se manifeste chez les ouvriers, et quelquefois dès qu'ils se livrent à la fabrication des chromâtes ; cette oppression poussée parfois jusqu'à l'orthopnée plus ou moins persistante, plus intense la nuit que le jour, disparaît pour reparaître à diverses repi^ises. Elle s'accompagne de toux et d'expectoration de mucosités quelquefois durcies, ainsi que de douleur siégeant sur les parties latérales du thorax. Dans un cas, on constate l'existence de râles muqueux et sonores.

Ces désordres étaient, en général, très-éphémères; à l'exception d'un seul ouvrier qui n'a plus reparu à l'usine, tous ceux qui les présentèrent purent con-

122 CHROMATES (hygiène industrielle).

tinuer leurs travaux après quelques jours de repos, toutes les fois qu'ils en

subirent une attaque.

Chez un des malades l'oppression était habituelle et il ne se produisit point d'accès plus vifs. Elle ne présenta, d'ailleurs, aucune gravité.

Dans onze observations, Hillairet observa cinq fois ces symptômes, qui débutèrent dès les premiers jours de l'entrée des ouvriers dans l'usine. Deux d'entre eux étaient employés aux fours, et l'un des deux faisait en même temps le lessivage, un troisième était attaché au lessivage et aux cuves ; les deux derniers au broyage du minerai.

Telle est la description donnée par Hillairet; ainsi qu'il le fait remarquer, il y a plntôt là une indication qui réclame des recherches nouvelles, qu'un fait défi, nilivement acquis. Ducatel avait attribué à l'acide chromique libre la propriété de faire naître des accidents analogues, mais leur développement au broyage du minerai, que j'ai vu si innocent chez un grand nombre d'ouvriers, me fait me demander si, dans les observations d'Hillairet, il n'y a pas une simple et bizarre coïncidence résultant de la réunion de quelques hommes emphysémateux ou asthmatiques chez lesquels des accès se manifestaient sous l'influence d'une atmosphère chargée de poussières irritantes, sans qu'on en puisse accuser plus particulièrement les chromâtes.

lY. Une céphalalgie fréquente accompagnée de dépérissement. Je me contenterai de signaler cette forme de l'action des chromâtes par ce qu'elle a été signalée, et par Gmelin en particulier. Elle serait constituée par une céphalalgie revenant avec fréquence, s'accompagnant d'une fièvre lente et d'un amaigrissement progressif. Je n'ai jamais rien observé de semblable ; jamais il ne s'est produit sous mes yeux un fait que je pusse rapporter à une intoxication générale.

V. Ulcérations de l'arrière-gorge pouvant simuler des ulcères syphilitiques. Nous n'avons observé, ni Hillairet ni moi, cette forme d'accidents signalés dans l'observation de Heathcote, publiée dans la Lancette anglaue en 1854, sous le titre de : Cas montrant les effets toxiques du hichromate de potasse.

Le malade qui en est le sujet était atteint, depuis plus de trois mois, de l'affection de la gorge, et il était tombé dans un état extrême d'éniaciation et d'épuisement.

Les tonsilles et l'arrière-gorge étaient recouvertes d'ulcérations enduites d'une matière pultacée cendrée, la membrane muqueuse environnante était brune, livide et tuméfiée. Le pouls était à 120, petit et serré, la soif vive, la langue sèche et rouge, l'insomnie constante.

Heathcote, malgré les dénégations du malade, crut à un ulcère syphilitique, mais l'iodure de potassium fut sans effet. H apprit alors du malade qu'il avait été employé à la fabrication du bichromate de potasse. Suivant lui, beaucoup d'oùvrieis étaient atteints de la même maladie, et son père y avait succombé. Le bichlorure de mercure à l'intérieur, et des cautérisations avec une solution de nitrate d'argent amenèrent la guérison.

Heathcote affirme avoir eu l'occasion depuis lors de traiter de la même façon, et avec succès, plusieurs cas semblables.

En l'absence d'autres faits analogues, l'observation d'Heathcote ne peut être considérée comme concluante. Elle présente beaucoup d'obscurités et appelle de nouvelles recherches.

Étiologie. Ce que j'ai dit plus haut dans l'étude du milieu industriel me

CHROMATES (hygiène industrielle). ISJ.

dispensera de donner de longs développements à l'étude des causes des accidents développés par les chromâtes. Innocuité de la piilvérisalion du minerai, accidents commençant aux fours, se développant à l'cxlinction de la ialcine et au lessivage du chromate neutre, prenant une intensité beaucoup plus grande aux chaudières où ce corps est transformé en bichromate et où peut-être l'acide chromique intervient-il pour les produire, persistant aux cuves de cristallisation, et jusque dans l'enfùtage des cristaux, telle est la série résumée des laits au point de vue ; de l'éliologie. Insistons sur cette observation que, même les ouvriers non employés à la fabrication, mais attachés dans l'usine à d'aulies emplois, subissent I l'action des chromâtes.

I Les plombiers qui redressent au maillet de bois et soudent les cristallisoirs dans les angles desquels sont attachés des fragments de cristaux qui volent en poussière, présentent des ulcérations aux mains et sont atteints de perforation de la cloison, sans préjudice des accidents satui-nins et du liséré gingival qui résultent de leurs occupations spéciales.

Les surveillants qui passent leur temps près des chaudières sont frappés de cette dernière lésion.

Les mécaniciens employés aux machines à vapeur, mais qui traversent constamment les ateliers sont dans le même cas.

Ainsi tous les individus exposés aux poussières et aux vapeurs qui remplissent les ateliers où se fabiùqueirt les chromâtes sont soumis aux mêmes accidents.

Malgré des affirmations contraires, je ci'ois avoir démontré, par l'observation des ouvriers et celle des animaux, que le chromate neutre, évidemment moins actif que le bichromate, détermine cependant des lésions identiques.

Dans l'étude des causes des accidents chromiques, il est un point qui n'est pas sans intérêt. Les lésions cutanées doivent-elles toujours être précédées d'une érosion de la peau? Le fait est incontestable pour les poussières et les fragments de cristaux, à moins qu'ils ne soient longtemps maintenus en contact et frottés contre le tégument cutané mouillé de sueur, comme cela arrive dans la production des ulcérations delà ceinture, mais il me paraît probable, malgré les observations de M. Glouet et de beaucoup d'ouvriers intelligents, que les solutions concentrées de bichromate, imbibant les plis de lapeau des mains et s'y déposant constamment, doivent arriver à les enflammer et à commencer directement le travail ulcéreux. Les ulcérations qui se montrent à la verge, aux bourses, paraissent n'avoir pas été précédées d'écorchures. Peut-être suffit-il de l'ouverture d'un follicule pour recevoir la petite quantité de chromate qui développera une ulcération.

Disons toutefois qu'il est difficile d'affirmer que chez des hommes livrés à des travaux pénibles, il n'existe pas des écorchures imperceptibles capables de recevoir un fragment escharotique.

La peau de la paume de la main, celle de la plante des pieds résistent mieux à l'action ulcérante que celle de la face dorsale de la main et du pied. Elles ne sont atteintes qu'exceptionnellement.

Existe-t-il quelques conditions particulières qui puissent modifier l'influence des chromâtes chez les ouvriers?

On croit généralement dans les fabriques que les individus qui ont un mauvais sang, une constitution faible ou épuisée sont plus facilement atteints que les autres.

L'influence du sexe n'a pu être observée dans des ateliers où les hommes seuls

124 CHROMATES (hygiène industrielle).

sont employés. Il est probable que la peau des femmes, plus fine et moins résistante serait plus rapidement attaquée que celle des bommes.

L'influence de l'âge paraît peu importante. Toutefois deux enfants, l'un de cinq, l'autre de sept ans, qui venaient quelquefois dans les ateliers de l'usine de Graville (note de M. Clouet), furent atteints de la même façon que les adultes. Si l'on réflécbit qu'ils ne s'approchaient pas des cbaudières et qu'ils ne subissaient que de loin et plus faiblement l'influence des vapeurs et des poussières caustiques, on sera disposé à penser qu'un très-jeune âge rend, peut-être en raison de la résistance moindre des tissus, plus apte à subir l'influence des préparations cbromiques.

Hygiène. Prophylaxie. Si les conditions mêmes de la fabrication des chromâtes, si l'intensité de l'action caustique de ces produits rendent difficile la préservation des ouvriers, il n'en est pas moins vrai que leur incurie, leur manque de soins aussi bien que l'organisation incomplète des fabriques exercent surlaproduction des accidents une réelle influence. Il faut donc établir avec détails quels sont les soins à prendre par les ouvriers et quelles installations pourront rendre l'industrie moins nuisible.

1» Prophylaxie personnelle. La prophylaxie considérée à ce point de vue s'adresse à deux faits principaux : les ulcérations cutanées et la rhinonécrosie.

La peau de tout le corps, à l'exception de celle des mains, pourrait être absolument préservée. Le vêtement judicieusement combiné suffirait à ce résultat.

Des bottes remontant jusqu'aux mollets, un pantalon garni en cuir jusqu'aux genoux, serré sur le bas de la jambe par une courroie à boucle, suffiraient pour préserver les jambes et les pieds des poussières et surtout des éclaboussures qui, en particulier dans le transport aux cristallisoirs de la solution bouillante de bichromate, sont la cause la plus ordinaire des ulcérations des membres inférieurs.

Au lieu de ces précautions bien simples, la plupart des ouvriers sont chaussés de sabots, souvent garnis de paille et sans bas, leurs pantalons trop courts ou déchirés sont couverts d'un glacis de bichromate desséché qui s'écaille ou se mouille de solution nouvelle, et tombe en poussière ou dégoutte sur les jambes et les pieds nus.

Une chemise bien fermée dans l'été, où la température élevée des ateliers empêche les ouvriers de porter des vêtements plus épais ; en hiver, une cravate s'appliquant bien sur le col de la chemise et une vareuse boutonnée par devant suffiraient pour empêcher la pénétration des poussières et pour garantir le tronc des ulcérations, d'ailleurs plus rares, que j'ai signalées.

Restent les mains, plus difficiles à préserver. Il est impossible, en effet, de conseiller aux ouvriers de porter des gants imperméables, beaucoup trop chers et gênants dans le travail.

Une grande propreté, des lavages fréquents avec de l'eau légèrement chargée de carbonate de potasse qui tend à transformer en chromate neutre le bichromate beaucoup plus actif, et, de loin en loin, avec de l'eau contenant une faible proportion de sous-acétate de plomb qui amène la formation de chromate de plomb insoluble, tels sont les conseils à donner aux ouvriers.

Il n'est pas besoin d'ajouter qu'ils doivent prendre les plus grandes précautions pour éviter les écorchures, les éraillures de la peau, cause habituelle des ulcérations. Lorsqu'ils se sont blessés, ils doivent, par des pansements par occlusion faits avec soin au moyen de matières omplastiques imperméables comme le diachylon en particulier, dont la base plombique est encore une cause de préservalion, se garantir du contact des chromâtes.

CHROMATES (hygiène industrielle). 125

On doit encore recommander aux ouvriers de ne pas porter les mains teintes de solutions chromatées ou chargées de poussières, au nez, aux parties génitales, dans l'acte de la mixtion, avant de les avoir lavées avec soin.

Pour toute l'étendue du tégument cutané, des bains avec addition de 200 grammes de carbonate de potasse seront utiles en enlevant les poussières ou taches de chromâtes, qui pourraient exister à la surface de la peau.

La prophylaxie de la rhinite ulcéreuse et perforante présente, on le comprend, de grandes difficultés.

Cependant le fait de l'immunité habituelle des priseurs est à ce point de vue une précieuse indication. On peut conseiller aux ouvriers de priser habituellement du tabac, mais si l'explication que j'ai donnée de l'action préservatrice de cette poudre est démontrée parles faits à venir, les ouvriers pourraient employer d'autres poudres telles que l'amidon, le quinquina, le charbon, le minerai chromé pulvérisé, la poudre de vieux bois, de tan, etc.

De larges injections d'eau tiède dans les narines, répétées chaque soir, entraîneraient les particules de chromate et empêcheraient l'action caustique de se produire. On pourrait enfin tirer un grand avantage du changement d'attributions pour les ouvriers que l'on attacherait alternativement aux opérations industrielles sans action escharoti({ue et caustique, et à celles qui présentent ce danger.

On pourrait enfin, en tenant compte de l'immunité acquise pour les ouvriers dont la cloison nasale est déjà perforée, employer exclusivement ceux-ci aux opérations où cette lésion se produit avec le plus d'intensité.

•Thyson croit que les ouvriers qjii travaillent le bichromate peuvent se préserver de la perforation nasale en portant au-devant des narines une éponge humide, et il appuie cette opinion sur des faits assez nombreux.

Il pourrait être utile enfin d'employer les différentes espèces de masques qui ont été utilisés dans les industries toxiques.

Les animaux qui travaillent dans les usines ont droit aussi à des soins qui les préservent des souffrances auxquelles ils sont soumis. Tandis qu'abandonnés à euxmêmes ils peuvent être assez gravement atteints pour succomber aux graves lésions qu'ils contractent, soignés avec attention, ils peuvent en être garantis. Des lavages répétés et abondants avec l'eau simple ou additionnée de sous-acétate de plomb, des frictions avec la brosse, des compresses imbibées de la même solution, quelques jours de repos ou de chaîne, lorsque des ulcérations se manifestent, déterminent rapidement leur guérison.

L'eau de mer en larges lotions a paru exercer une très-favorable influenae. Quant aux troubles respiratoires et aux ulcères de l'arrièrc-gorge, ils sont as- .sez rares pour qu'il n'y ait pas lieu, jusqu'à ce que de nouveaux faits se soient produits, d'indiquer pour les combattre une prophylaxie spéciale.

2» Prophylaxie industrielle. Je comprendrai sous ce titre les installations spéciales qui pourraientéloignerdes ouvriers le danger des émanationschromatées. Une puissante ventilation des ateliers qui entrahierait au dehors les poussières et les vapeurs devrait tenir le premier rang.

De larges hottes placées au-dessus des chaudières, des fours et des chambres où se fait le défournement de la calcine, des couvercles mobiles, coniques, faciles à abaisser sur les chaudières, oh l'on vient de verser l'acide sulfurique et communiquant avec les ventilateurs, porteraient les vapeurs loin des ateliers. Les eaux versées par la pluie sur les toits, souvent chargés de poussières chromiques, seraient reçues dans des puisards spéciaux. Enfin les tas de calcine

126 CHROMATES (hygiène industrielle).

seraient enfermés dans des cours spéciales et en dehors du passage des chevaux et des animaux domestiques.

Traitement des accidents. Il faut bien le reconnaître, ces mesures préventives seront toujours, pour une partie du moins, inefficaces, en raison de l'activité des vapeurs et des poussières chromiques, et de leur pénétration puissante à l'état impalpable dans toutes les parties des ateliers. Les ulcérations des mains et la rhinonécrosie se produiront, quoi qu'on fasse, par suite de l'imprudence si générale et si incurable des populations industrielles. Il est donc important de signaler les moyens de combattre les accidents à leur origine, pour leur enlever leur gravité et même pour les faire disparaître dès le principe et avant qu'il se soit produit des désordres importants.

Dès qu'une parcelle de bichromate et même de chromate neutre a pénétré dans une éraillure de la peau, il se développe des douleurs qui mdiquent suffisamment la destruction commençante des tissus par l'action caustique. 11 faut se hâter de laver largement le point malade, soit avec de l'eau pure, soit avec de l'eau chargée de carbonate de potasse. Si la douleur persiste en raison de l'inflammation produite, on la modère au moyen de cataplasmes émollieuts et on lave la plaie avec une dissolution de sous-acétate de plomb (extrait de Saturne), étendue de moitié son poids d'eau. On peut utilement encore maintenir sur la plaie une compresse imbibée de la même solution. Il se produit aux dépens du sel chromiqiie un chromate de plomb insoluble et sans action caustique. Mais il arrive que ce sel, une fois formé, s'oppose à la transformation des parcelles de chromâtes de potasse, qui ont déjà pénétré plus profondément. De plus, le sousacétate de plomb étant lui-même toxique, il n'est pas sans inconvénient chez quelques individus plus impressionnables que d'autres à son action de le maintenir longtemps en contact avec des surfaces dénudées de leur épidémie ; mais ces deux inconvénients sont d'une importance très-secondaire et ne peuvent être mis en comparaison avec l'utilité des applications plombiques.

M. Isaac Thyson emploie la solution de nitrate d'argent pour obtenir les mêmes résultats et il paraît s'en louer beaucoup. Il se forme alors un chromate d'argent insoluble et inoffensif, mais la solution doit être employée à un assez haut degré de concentration et ne peut manquer de déterminer d'assez vives douleurs.

D'autre part, à l'occasion de l'empoisonnement dont avait été victime un professeur de l'Université de Charcow, M. Nuse a proposé d'employer à l'intériempour neutraliser les chromâtes des sels solubles non vénéneux et à oxyde forcément réducteur, tels que les sels ferreux et notamment ceux qui sont constitués par des acides organiques. De ce nombre seraient l'acétate de protoxyde de fer, le lactate de fer, etc. Peut-être les solutions de ces sels pourraient-elles être utiles, même pour les lavages extérieurs.

En ce qui concerne les ulcérations qui préludent à la perforation de la cloison nasale, elles pourraient être combattues par les mêmes applications. Des injections abondantes d'eau pure, poussées avec force, devraient d'abord laver les muqueuses malades, sur lesquelles on porterait ensuite, au moyen d'un pinceau la solution plombique ou les sels de fer.

On obtiendrait l'isolement des surfaces malades, en faisant priser aux ouvriers de la poudre de quinquina, du sous-nitrate de bismuth, de la poudre de "uimauve.

Lorsque la perforation vient de se produire, des lavages avec la décoction de guimauve d'abord, puis avec la décoction de quinquina rouge, des prises de

CHROMATES (bibliographie). 127

poudre de la même écorce favorisent la guérison des plaies ulcéreuses et grisâtres, <jui persistent sur les bords de l'ulcération ou sur les parties voisines.

Les accès d'oppression ont été utilement combattus par le docteur Robert (d'Argenteuil), au moyen des vomitifs.

Toutes les médications employées utilement contre les accès d'asthme seraient évidemment avantageuses.

En résumé, les ouvriers qui fabriquent le chromate et le bichromate de potasse €t surtout ce dernier sel, sont atteints d'accidents qui résultent directement de l'action caustique et escharotique de ces composés. Ces accidents consistent dans des ulcérations spéciales, qui se développent dans tous les points où séjournent au contact de la peau excoriée et peut-être même de la peau saine dans ses parties les plus délicates, des parcelles de poussière chromique ou des solutions concentrées.

Cette action escharotique se manifeste d'une manière toute spéciale par une perforation particulière de la cloison du nez qui est presque constante chez les ouvriers en clu'omates.

Enfin, quelques observateurs ont décrit chez eux des accès d'oppression analogues aux accès d'asthme et des ulcères graves de l'arrière-gorge simulant des ulcères syphilitiques.

Mais, bien que ce fait semble assez difficile à expliquer en raison de la puissance d'action du bichromate de potasse en particulier et des accidents qu'il détermine lorsqu'il est inti'oduit dans l'organisme , je n'ai pas observé chez les ouvriers qui le manipulent et le fabriquent des symptômes d'intoxication générale. On ne peut qualifier ainsi en effet quelques phénomènes réactionnels, dus à la multiplicité des ulcérations de la peau, ou à l'intensité de la rhinite perforante. Les vomissements violents que l'ingestion de ce corps, à faible dose, dans l'estomac détermine toujours, ne se produisent même pas dans les conditions industrielles, bien que la saveur du bichromate soit perçue dans la bouche et qu'il «n pénètre par conséquent une certaine proportion dans les voies digestives. Je peux donc conclure que l'action des chromâtes, examinée au point de vue de la santé des ouvriers, s'est montrée, du moins dans mes observations, une action toute locale et qui dérive uniquement de leurs propriétés irritantes et caustiques.

A. Deu'ecu.

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128 CHROMATOPSEUDOPSIE.

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CnROMATISME. Yoy. DiOPTRIQUE.

CHROMATOPStEUDOPSlE (de XP<","«» couleur, ■l>î\)h<; faux, et u^i; vision^ Kellaud). Synonymie : Daltonisme. Chromaniaurose. Dij sc.hr omatopsie. Achromatopsie. Chromatodysopie. Chromatométablepsie. Arijanopsie. Anérylhropsie. Chrupsie (français); Colour-blindness. Acrilnchromacy (anglais); Mangel of Farbensinn. Farbenblindheit (allemand); Cromatopseiidopsia (italien).

I. Définition. \. Tous les hommes ne possèdent pas à un égal degré la faculté de percevoir les couleurs. Ainsi, tandis que les uns distinguent avec la plus parfaite netteté toutes les parties du spectre solaire, leurs tons et jusqu'à leurs moindres nuances, d'autres méconnaissent ou confondent entre elles plusieurs des couleurs dans lesquelles le prisme décompose la lumière blanche; d'autres enfin n'ont que la perception du blanc, du noir, et des teintes grises qui leur sont intermédiaires. L'anomalie visuelle dont ils sont atteints s'appelle Chromatopseudopsie. Elle est compatible avec une vision excellente d'ailleurs.

La cécité pour les couleurs a été signalée pour la première fois, vers la fin du siècle dernier, par Dalton, savant anglais, qui en élait lui-même affecté, d'où le nom de « daltonisme » qu'on lui a d'abord donné. Ce nom devrait disparaître du langage scientifique, d'une part, parce que les Anglais le répudient, ne voulant pas que la mémoire d'un de leurs savants les plus illustres soit rappelée aux générations futures par un défaut physique; de l'autre, parce qu'il prête à une confusion regrettable. Dalton était affecté d'une des variétés de la chromatopseudopsie, la cécité pour le rouge, que les Français appellent anénjthropsie, les Allemands Rothblindheit, et qui ne figure, dans notre nomenclature, que comme une des sous-divisions de la Colourblindness en général. 11 y a, en effet, à côté d'elle, la cécité pour le vert, la cécité pour le violet, etc., et accepter le mot « daltonisme » serait s'exposer à faire prendre la partie pour le tout.

Nous nous arrêterons donc, pour désigner l'anomalie visuelle dont nous allons avoir à nous occuper, au mot « chromatopseudopsie » qui, s'il est peu euphonique, a du moins le mérite d'être scientifiquement et étymologiquement intelligible.

II. Considérations préliminaires. I. 2. II existe de la lumière de durées d'oscillation variables, se distinguant par la longueur d'onde et la réfran-

gibiljté : les parties de la lumière dont la durée d'oscillation est différente se caractérisent physiologiquement par la sensation des couleurs, différente aussi, qu'elles provoquent dans l'œil. Toutes les sources lumineuses connues émettent en même temps de la lumière de différentes durées d'oscillation, lumière simple, dont la réunion constitue la lumière '^" ■ dite composée. Supposons une source

lumineuse a (fig. i) envoyant à travers un prisme P de la lumière bleue simple,

ClIROMATOPSEUDOPSIE.

Fig. 2.

dirigée de façon à frapper l'œil de l'observateur o ; elle n'y arrivera qu'après que les rayons en auront été réfractés et déviés de leur première direction \ l'image qui en résultera sera bleue et située en b par exemple. Si, maintenant, cette même source lumineuse envoie de la lumière rouge', celle dont la réfrangibilité s'éloigne le plus de la précédente, à travers le même prisme, c'est une image rouge qui se produit et elle se montre en un autre point, par exemple en r. La source a cnvoie-t-elle du même coup de la lumière rouge et de la bleue, deux images se produisent en même temps, une bleue en b et une rouge en r. Enfui, si c'est de la lumière blanche composée, que la source émet, cette lumière contenant à la fois, non-seulement des rayons rouges et bleus, mais ceux de tous les autres degrés de réfrangibilité, à chaque couleur répond une image particulière, et ces images sont disposées de telle sorte que les couleurs intermédiaires au rouge et au bleu, dont la première est la moins réfrangible et dont la seconde l'est le plus, s'intercalent, d'après leur ordre de réfrangibilité, entre r et b. Si la source lumineuse est une fente étroite, laissant passer de la lumière composée, l'image prismatique de la fente entière se présente à l'observateur sous la forme d'un rectangle coloré, dont le bord tourné vers la source lumineuse est ronge et dont le bord opposé est violet. Entre ces deux extrémités se trouve une séi"ie d'autres couleurs qui sont : l'orangé, le jaune (d'or), le vert et le bleu. L'ensemble des couleurs dans lesquelles le prisme décompose la lumière blanche est donc constitué par la série : rouge, orangé, jaune (d'or), vert, bleu et violet. Ces couleurs, en général, ne sont pas brusquement délimitées ; elles passent, au contraire, de l'une à l'autre par une série de nuances intermédiaires. On les appelle primitives, élémentaires ou homogènes. Elles ne sont plus susceptibles de se décomposer.

Les couleurs primitives sont disposées, dans le spectre solaire, comme suit (voy. fig. 2) :

Le roM^fe occupe l'extrémité la moins réfrangible Hu spectre et ne présente pas de variation sensible dans sa nuance à partir de sa limite extrême jusqu'aux environs de la ligne C.

De G en D, le rouge passe insensiblement à V orangé, qui est un rouge jaune, avec prédominance de jaune.

De D en /', les transitions sont très-rapides. On renconti'e d'abord une bande de jaune pur. Viennent ensuite le jaune vert et, entre E et f, le vert pur.

Entre E et F, le vert tend au bleu vert, puis passe au bleu.

Entre F et G se suivent différents tons de bleu.

De G en H, et jusqu'en L, vient le violet, qui, de L jusqu'à l'extrémité la plus réfrangible du spectre, se mêle de bleu foncé verdâtre.

DICT ENC. XYII. 9

130 CIIROMATOPSEUDOPSIE.

5. De même que le prisme décompose, en six éléments désormais indivisibles, la lumière composée, de même la réunion de certains de ces éléments peut servir à la reconstitution de celle-ci.

Cette propriété appartient spécialement à trois de ces six éléments, que, pour celle raison, l'on a nommés « couleurs fondamentales. » Ces couleurs ont, de plus, ceci de particulier que, convenablement associées, qualitativement et quantitativement, elles sont susceptibles de reproduire toutes les autres. Brewster avait attribué ces propriétés au ronge, aw jaune et au hleu. D'après les dernières recherches, c'est au rouge, au vert et au violet qu'elles doivent être rapportées.

L'admission du violet, en tant que couleur fondamentale, s'impose par la démonstration ci-après, basée sur les prémisses mêmes que nous venons de poser. Nous Tempi-untons à M. Preyer {Centralblatt fiir die medic. Wissen., 24 février 1872).

« M. Woinow (de Moscou), ayant cité le cas d'une dame de trente et un ans [Archiv fur Ophthalmologie) , dont l'œil gauche voyait totalement les couleurs, tandis que le droit était privé de la perception du vert, je l'engageai à faire rechercher par la patiente si elle voyait bleu et violet le bleu et le violet du spectre. Si le bleu n'est produit que par l'excitation simultanée des organes terminaux de la rétine aptes à percevoir le vert et le violet (théorie Joung-Helmholtz), elle devait naturellement percevoir le bleu comme violet et ne point reconnaître le hleu comme bleu, ainsi que je l'avais moi-même observé sur deux sujets, en 1868 {Archiv fiir d. ges. Physiol.). Le bleu est-il, au contraire, la couleiu^ fondamentale, l'œil privé de vert devait reconnaître le bleu spectral comme tel. La réponse de M. Woinow fut celle-ci : Le bleu et le violet du spectre sont distingués qualitativement par l'œil privé de la vision du vert ; le violet paraît seulement « beaucoup plus beau, plus brillant » que le bleu. Les deux couleurs sont, pour l'œil privé de la perception du vert, lilas avec une pointe de' rose. L'œil gauche distingue bien le bleu et le violet. La malade sait aussi ce qu'est le lilas. D'après cela, c'est bien le violet qui est la troisième couleur fondamentale.

Disons, toutefois, que la réduction à trois couleurs fondamentales, ainsi que le fait remarquer Helmholtz, ne peut avoir qu'une signification subjective, et qu'il ne peut s'agir que de ramener les sensations colorées à trois sensations fondamentales.

4. Les couleurs fondamentales ne jouissent pas seules de la propriété que nous venons d'indiquer : cette propriété appartient également aux autres couleurs primitives, c'est-à-dire qu'en refondant celles-ci, en les réunissant en certaines proportions, on peut reconstituer la lumière blanche.

Mais la réunion de toutes ces couleurs n'est pas nécessaire pour donner ce résultat. On a reconnu qu'en associant certaines d'entre elles, deux à deux, suivant des proportions déterminées, on en arrive également à recomposer la lumière blanche. Les deux couleurs dont se compose chacune de ces paires sont dites complémentaires. Ainsi :

Le Rouge ordinaire donne le blanc quand il est associé au vert bleu.

UOï^angé id. id. bleu verdâtre.

hc Jaune id. id. bleu d'outre-mer.

Le Violet id. id. jaune vert.

Le Vert ne donne le blanc avec aucune autre couleur simple, mais seulement avec une couleur composée, le /JOMiyjre.

CHROMATOPSEUDOPSIE. ■131

En conséquence, le vert bleu, le bleu verdâtre, le bleu d'outre-mer et le jaune vert ont été nommés complémentaires, respectivement du rouge ordinaire, de Vorangé, àa jaune et du violet.

5. IS'omettons pas de dire que, dans la pratique, on n'arrive pas, en réalité, •à reconstituer une lumière blanche. Vu la difficulté d'obtenir, pour les expériences des couleurs spectrales pures, cette lumière est toujours plutôt grise.

6. Pour démontrer la reconstitution dont nous nous occupons, diverses méthodes ont été mises en pratique. La plus simple consiste dans l'emploi de la poulie chromatique. On fait tourner rapidement, par son moyen, des disques recouverts de segments diversement colorés. Si la vitesse de rotation est suffisante (60 tours au moins par seconde), les impressions produites par les différentes couleurs sur la rétine éveillent celle de la couleur mélangée. C'est celle du blanc gris si les secteurs sont convenablement gradués, c'est-à-dire si chaque couleur y occupe une étendue proportionnelle convenable. Celle-ci varie suivant les sujets. Voici les équations obtenues par M. Dor, sur lui-même, d'après la partie aliquote du disque de la toupie qui, dans chaque cas, est nécessaire pour obtenir la couleur grise. Les trois équations se rapportent aux résultats obtenus à des degrés d'éclairage différents. (M. Dor y considère encore le bleu comme la ■troisième des couleurs fondamentales).

ROUGG. VERT. BLEU. ELANC. NOIB.

Dans le dernier travail qu'il a publié sur cette question, le docteur Holgrem «donne pour son œil :

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