DICT. E.TC. XVIII
iCd COCA (botanique).
doux ovules descendants, anatropes, à micropyle dirigé en haut et en deliors. Le Iniil est une drupe qu'accompagnent les restes du calice et de l'androcée et dont le noyau souvent mince renferme une semence à embryon épais, enlouré d'un albumen d'épaisseur variable. Ses cotylédons sont charnus, plans-convexes, et sa radicule supcre. Les Erythroxylon sont des arbrisseaux et des arbustes qui ont été observés dans toutes les régions chaudes du globe. Ils ont des feuilles alternes, cnlicres, penninerves, pétiolées, accompagnées de stipules intrapétiolaires, et des fleurs peu volumineuses, solitaires ou, plus ordinairement, réunis en petits bouquets de cymes dans l'aisselle des feuilles ou des bractées qui, sur certains rameaux, tiennent leur place. Des espèces de ce genre, au nombre d'une cinquantaine, fort peu sont employées. Au Brésil toutefois, l'E. suberosum A. S. IL {PL us. des Brasiliens, t. LXIX), vulgairement nommé Gallinha Choca et Merciirio do Campo, est recherché pour l'astringence de son écorce. Celle-ci fournit une teinture d'un rouge brun. LE. iortiiosum a des propriétés analogues ; c'est le Fruia de poinha des Brésiliens. Leur Cabella de negro est l'ii. campestre A. S. IL {FI. Brasil. merid., I, 97). La décoction de ses racines est usitée dans le pays comme remède évacuant. Martius indique VE. anguifiujum, espèce du même pays, comme alexipharmaque. En Colombie, plusieurs Cocaïcrs sont l'ccliercliés comme toniques; on utilise leur écorce, leurs bourgeons et leurs jeunes pousses. Ce sont principalement \'E. hondeme IL 1). K. {ISov. gen. el spec. plant, œcjuin., V, 176) et VE. areolaium L. {E. carUiaginense Jacq.). Leurs fruits sont acidulés, sucrés, mucilaginciix ; ils servent à préparer un sirop évacuant, purgatif, diurétique, préconisé contre les affections cutanées. Mais le plus utile et le plus connu des Erythroxylon est,, sans contredit, YE. Coca Lamk {Dict. encycL, II, 590).
L'E. Coca est un arbuste du Pérou, actuellement introduit et cultivé danslcs^ portions chaudes de l'Amérique méridionale, notamment en Bolivie, en Colombie et au Brésil. C'est un petit arbuste qui atteint, dit-on, dans l'état naturel, au Pérou et en Bolivie, deux ou trois mètres de hauteur. Dans nos serres où son développement est complet, en ce sens qu'il se couvre de fleurs chaque aimée, il n'atteint qu'un demi-mètre ou un mètre. Il a une racine peu épaisse, rameuse, dont les divisions, multiples et très-ténu«s, s'enfoncent, dit-on, obliquement dans le sol. Toutes ses portions aériennes sont glabres à l'âge adulte. Sa tige atteint la grosseur du pouce ; elle est glabre, mais un peu rude au toucher, et son écorce finit par devenir blanchâtre; elle est fort ramifiée, et ses branches, alternes, d'un brun un peu rougeàtre. rugueuses, sont parfois garnies d'épines; mais elles les perdent souvent quand la plante est cultivée dans un sol riclie. Les jeunes rameaux sont grêles, herbacés, verts. Les feuilles, qui tombent chaque année, sont alternes, simples, pétiolées, accompagnées à leur base d'une stipule double, intra-axillaire, la(piellc persiste souvent sur la branche après la cliule de la feuille elle-même. Celle-ci. étant la ])artie employée, doit être minuliciisemeiil di'crite. Elle est de forme elIii)li([ne-lancéolée (longue de 5 à 7 ceiitinièlres, large de 2 l\ 5 centimètres), atténuée en coin à la base et, par suite, quelquefois sububovale, aiguë ou très-coiirtcment acuminée au sommet, plus rarement un peu obtuse, entière, mcudiranense, jienniuerve, à nerviu-es primaires très-llncs, presque transversales ou légèrcmeiil obliques, tort l'amiliées en un fin réseau et anastomosées entre elles non loin des bonis. La lace su|iéiii'ure est d'un beau vert tendre, glabre, et la face inlérieurc est plus pâle, plus blanchâtre, sauf une aire caractéristique, située de chaque coté de la nervure médiane et limitée par
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des courbes ù peu près parallèles aux bords ; ce qui donne à cette aire une forme lancéolée. Sa surface est d'un vert plus loncé que le reste, et devient brune sur les feuilles sèclics. Les deux lignes, plus ou moins saillantes, qui la limitent ne ne sont pas des nervures, mais bien des empreintes laissées par des bords de feuilles qui occupaient celte place dans la prél'oiiaison invohitive. Les stipules, ovales-aiguës, intra-axillaires, ont une couple de millimètres de long. Les fleurs sont solitaires ou en petit nombre (ordinairement deux ou trois, rarement davantage), disposées en cyme dans l'aisselle des feuilles ou des bractées qui occupent leur place. Elles sont supportées par des pédicelles grêles, d'un centimètre environ de longueur, un peu renilés au sommet. Leurs sépales, unis à la base, sont ovales-lancéolés, d'un vert tendre, avec le sommet blancliàtre, et cessent de bonne heure de se toucher par les bords. Les pétales plus longs (environ un demi centimètre), sont obovales-aigus, concaves en dedans, d'un blanc jaunâtre et d'une odeur très-faible, non désagréable. Leur appendice extérieur, beaucoup plus court, de même couleur et de même consistance, a la l'orme d'un capuchou ellipsoïde, surchargé de chaque côté d'une aile ascendante frangée, iirégiilièrement triangulaire. Les étamines sont unies en tube dans un tiers environ de leur étendue ; puis, leurs filets subulés, blancs, deviennent libres et sont surmontés d'une anthère ovoïde, obtuse, qui dépasse un peu les pétales. L'ovaire est glabre, ovoïde, vert, à sommet graduellement épaissi en un tissu glanduleux jaunâtre. Les trois branches divergentes du style qui le surmonleut ont une extrémité obovale orbiculaire, papilleuse, obliquement insérée sur la portion grêle. Le fruit, en forme d'ovoïde allongé, d'un peu plus d'un centimètre de longueur, garni à sa base du calice persistant et quelquefois aussi de la base de l'androcée desséché, et à son sommet d'un reste des styles, est l'ouge, dit-on, quand il est frais, à chair peu épaisse, finalement desséchée et se moulant alors sur les saillies et les anfractuosités du noyau. Celui-ci présente, en effet, des sillons longitudinaux et des saillies verticales alternes qui rendent sa coupe transversale irréiifulièrement hexagonale.
On croit l'E. Coca originaire du Pérou et des régions voisines de l'Amérique austro-occidentale, la Bolivie, la Colombie ; il se trouve aussi dans l'Equateur et au Brésil, et l'on sait qu'il est cultivé pour l'usage commercial dans toutes les portions de l'Amérique du Sud où la température e4 suffisante. On le reproduit généralement de graines qui réussissent dans les teri-ains humides et gras des vallées et des monianas (régions boisées). Il commence à donner des feuilles en quantité sufïisante dans le cours de sa seconde année et peut, dans les années humides, produire jusqu'à quatre bonnes récoltes. II. Bn.
L., Gen. lAant., n. 575 [Erijtliroxylum]. — Juss., Gen. plant , '253. — Lamark, Dict. eiicycl., II, 592, 393; Siippl., II, 586-, Illustr., t. 385. — DC, l'rodr., I, 575, 575, n. 25. — TuKi'iN, in Diit. des se. nul., Allas, t. JG7. — Mautius, Monogr. Eitjtliroxrjl., iii Abli. Akad. Mûnch., III, '279, t. 1-10 (1840). — Si-acii, Suit, à llii/fon, Bot., III, 74. — Mér. et Dkl., Dict. Mat. tncd., III, 148. — Endl , Gen. plant., n. 55*27. — Bemii. el IIook., Gen. plant., I, 244, 11. 7. — GiJiu., Traité des drog. sinipl., éd. 0, III, 595. — Endl., Enckirid., 559 . — llooK., Conip. to Bot. Mag , 1, 101; II, 25, t. 21. — Rev., in Flor. niéd. du dix-neuvième siècle, I, 350. — Tiu. et Ï'l., in Ann. se. nat., sér. 4, XVIII, 338. — Gosse, Mon. E. Coca, Brux. (1832). — M. A. Fuem-^s, Mèm. Coca (1806), 4. — II. Bâillon, m Payer Fam. nat., 403 ; Uisl. des plantes, VI, 49, 01, 05, fig. 80-87.
§ II. Emploi médical, l. HISTORIQUE. Lq?, inmWQ's, àeïErythroxijlumCoca sont depu.'r. loaglemps célèbres, depuis trop longtemps, peut-être, pour êlre équitablemeut placées dans la thérapeutique : de l'exagération des coiicjuisla-
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dores, il reste toujours assez pour éveiller la méfiance du scepticisme ; si elle eût été apportée, vierge de toute expérimentation européenne dans nos laboratoires contemporains, la Coca aurait peut-être conquis scientifiquement une place que la légende n'a su lui assurer.
Lorsque Pizarre détruisit l'empire des Incas, les cocaîes, où était cultivée la Coca, étaient le privilège des grands et des prêtres, qui seuls avaient le droit d'exploiter la précieuse plante. Parmi tous les débris des rnines qu'ils avaient faites et au milieu desquels ils clierchaient la richesse, les Espagnols n'oublièrent pas la coca. C'est sous forme de ses feuilles qu'une partie de l'impôt fut pendant longtemps payée aux vainqueurs. D'après un métis de la première génération (Garcillasso de la Vega), les revenus de l'évêque, des chanoines et de la cathédrale de Cusco, provenaient de la dimc de ces feuilles. 11 ajoute que plusieurs Espagnols faisaient de son temps, à ce commerce, des fortunes considérables. La renommée de la plante fit du reste de rapides progrès, il ne lui manqua même pas le sceau de la persécution religieuse. En dépit des obstacles de tout genre, le commerce des feuilles de coca est encore considérable, et la récolte est évaluée aujourd'hui à 25 millions par an. En 1850, le gouvernement de Bolivie n'a pas retiré des droits sur la coca, moins de 900,000 francs ; en 1859, ce chiffre atteignait 1,500,000 francs. C'était plus que pour le quinquina, qui ne rapportait à la même époque, au môme pays, que 710,000 francs, et que pour le sucre et l'eau-de-vie, qui ne rapportaient que 1,570,000 francs.
Quelle était donc l'importance de cette plante presque sacrée ? Il en était de la coca comme chez nous aujourd'hui du tabac. C'était une habitude invétérée, source lucrative de revenus pour les Incas, et à l'inverse du tabac, c'était une habitude utile.
La manière d'employer la feuille était, et est encore chez les Indiens, de la chiquer (aculicar). L'Indien porte dans sa chiispa, sorte de sac, un certain nombre de feuilles séchées au soleil ; après avoir enlevé la nervure médiane de ces feuilles, il en prend un certain nombre qu'il roule en forme de boulette, au centre de laquelle il a déposé une autre substance, la Ui])ta ; il insinue le tout entre la joue et les dents, par un geste chez nous familier aux gens du peuple.
Cette llipta qui s'unit à la coca, pour constituer la chique, n'est autre qu'au composé alcalin, (juelquefois de la chaux; on y trouve parfois du carbonate de calcium, de magnésium, du bicarbonate de potassium, des sulfates et des chlorures alcalins, des phosphates alcalino-terreux. C'est, en un mot, la cendre de certaines plantes qu'on fait brûler à cet effet. Cela rappelle donc un joeu le bétel.
. Tout en chiquant, l'Indien avale sa salive ; quand la boulette a perdu ce qu'on regarde comme ses qualités, on en fait une autre, et ainsi de suite. En somme, jour et nuit, l'Indien a de la coca dans sa bouche, et il en consomme ainsi de 28-i2 grammes par jour (Gosse).
Il ne s'embarque pas pour la montagne ou pour une longue marche sans sa coca, pas plus que le paysan de Styrie sans un peu d'arsenic, et il marche ainsi sans nourriture et sans fatigue. Sans la précieuse feuille qui ne le quitte pas, il ne pourrait pas, dit-il, affrunter le soroche, ce terrible mal qui prend le voyageur sur les hauteurs. Les voyageurs contemporains ont constaté que leurs guides, dans les Andes, faisaient de prodigieuses courses presque sans manger, mais en ne cessant de mâcher la coca.
Il en résulte que l'achat de la feuille est la grande dépense de l'Indien. Dès
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l'âge de dix ans, il commence à s'en procurer; il en dérobe ù son père ; plus tard, il en achète et ne cesse plus désormais de acidicar. Les femmes ne se mettent à la coca que lorsqu'elles sont vieilles.
On voit que le coquero, c'est le nom du consommateur de coca, a plus d'un rapport avec l'amateur de tabac européen.
Une exception cependant relative à la vertu des feuilles diîjà mâchées : on assure que ce que nous nommerions chez nous les vieilles chiques passent pour un précieux talisman, et qu'il est commun d'en rencontrer un véritable amas, dans les lieux où l'on désire, comme dans les mines qu'on commence à explorer, attirer l'attention de la Divinité.
Telles furent presque jusqu'à notre époque les seules données qu'on possédât sm' V Erythroxylum Coca. Cela passait pour un moyen po[)ulaire dans l'Amérique tropicale de calmer la faim et même de vivre plusieurs jours sans manger.
11 nous reste à entendre la déposition de la science moderne. II. CoMPOsiTiox. En 1855, le docteur ^Veddel crut trouver dans la coca, un principe analogue à la théine; en 1857, un ciiimiste irlandais, établi à Salta (Confédération argentine), avait cru y reconnaître un principe analogue à la caféine. C'est en 1859 que Niemann, de Vienne, à qui \Yohler, de Gottingen, avait remis un échantillon de coca envoyé par le docteur Scherzcr, isola la cocaïne dont la formule est C^MP^AzO'.
La cocaïne cristallise en petits prismes incolores et inodores ; elle est peu solubledans l'eau, soluble dans l'alcool et dans l'éther; avec un alcali puissant, elle dégage une odeur fétide ; avec les acides, elle dégage une odeur suave. D'après Posada-Arango, elle se convertit en acide benzoïque, par l'action de la chaleur en présence du tannin, ce qui expliquerait l'odeur agréable de la feuille fraîche immergée dans l'eau ciiaude.
Ltisscn, en 1862, a trouvé que la cocaïue, au contact de l'acide chlorliydriquc, se dédoublait en acide benzoïque et en ecçjonine. Il est possible que cette décomposition se fasse dans les feuilles qui vieillissent.
Pœppig prétend que les principes actifs de la coca ne se retrouvent qu'en très-petite quantité dans les feuilles desséchées, par suite de leur volatilisation, et qu'au bout de dix à vingt mois, elles ont perdu toute leur action.
On a retiré de ces feuilles un troisième alcaloïde, auquel on a donné le nom dliygrine, base liquide, volatile, qui se dissout dans l'alcool amylique.
III. Action physiologique. Lorsqu'on mâche la feuille de l'Erythroxylum, la salive devient jaune, abondante ; on ressent d'abord quelque chose d'analogue à l'arôme du thé, puis un goût sui generis, bientôt suivi d'une saveur huileuse, amère et astringente. Au bout de quelques minutes, l'astringence domine et la salive devient moins abondante.
Lorsqu'on a mâché la feuille depuis quinze, vingt minutes, elle a perdu son gofit : on éprouve dans toute la bouche et dans l'estomac, si on a avalé la salive, une sensation de chaleur. La muqueuse buccale est devenue insensible et ne perçoit plus le contact de la pointe de la langue (Gazeau); le pharynx est rouge. La cocaïne cristallisée, déposée sur la langue, rend également insensible le point de cette muqueuse qu'elle a touché (Gazeau).
11 était intéressant de rechercher l'origine de cet usage qui consiste à associer à la coca la llipta alcaline. Demarle a mélangé avec la coca les diverses substances alcalines que l'analyse a fait reconnaître dans la llipta, et il s'est assuré sur lui-
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môme que les sensations perçues par la langue sont alors portées^ a 1 extrême, surtout avec la potasse, la soude et la chaux. Gazeau a constaté qu'en ajoutant à la feuille une petilc ([uanlilc de soude, le besoin de cracher était beaucoup moins violent, et l'odeur de la salive recueillie beaucoup plus prononcée. Le rouleau de feuilles qu'il avait mâché depuis un certain temps n'oUVait plus aucune odeur de coca, contrairement à ce qu'on observe lorsqu'on mâche, pendant le même temps, une môme quantité de feuilles, sans iiipta, ce qui lerail; penser que la soude a servi ici à mieux épuiser la feuille. Cet observateur pense donc que l'usage de la Uipta pourrait s'expliquer ainsi : la salive dissout lespnucipcs de la coca, parmi lesquels un sel de cocaïne, qui, se trouvant en présence d'un alcali, se décomposerait, en ahaiulonnaut la cocaïne ainsi mise en liberlé.
Les sujets de Iluana-Capac faisaient donc, sans le savoir, de la chimie expérimentale.
En ajoutant à la feuille un acide, on ne perçoit plus aucun goiit.
L'insensibilité observée sur la muqueuse buccale gagnerait, d'après Gazeau, la muqueuse de l'estomac et expliquerait la diminution ou l'abolition du sentiment de la faim, sous l'inflaence de la coca. Cette suppression de la faim aurait, en outre, pour cause, la chute dans l'estomac d'une grande quantité de salive qui y favoriserait du reste l'absorption rapide de toute substance alimentaire qui pourrait y ctre introduite.
Or à ce derner titre doit figurer, il est vrai, comme très-faible appoint, le déficit entre le poids de la feuille avant la mastication et celui qu'elle présente en sortant de la bouche : Gazeau mâche pendant vingt minutes un poids Je feuilles égal à 1»,6G. Lorsque cette quantité fut sortie de la bouche et réduite, dans l'étuvc, au même état hygrométrique qu'avant l'expérience, elle ne pesait plus que Os.Sf). Le poids de la salive recueillie, mais que d'habitude on déglutit, était de 57 grammes. Avec une llipta, le poids de la salive, pour la même quantité de feiiilles, n'est plus que de 27 grammes.
Quoi qu'il en soit, il était intéressant de faire porter l'expérimentation sur les propriétés nutritives dont cette plante a paru douée dès le début à la plupart des observateurs : rap[)arence au moins de ces propriétés a été constatée à toutes les époques et par tout le monde.
En 1781, au siège de la Pas, oii les Péruviens révoltés tinrent pendant plusieurs mois leurs dominateurs bloqués, la mortalité, qui fut terrible, n'épargna, dit Unanue, que ceux des assiégés qui avaient des provisions de coca. Les corps d'armée ne résistaient à leurs longues et pénibles marches dans les Andes, qu'à proportion de la quantité de coca dont étaient approvisionnés les soldats
Scherzer cite un Indien qui faisait trente lieues par jour en ne mangeant que quelques grains de maïs rôtis ; il chiquait 4 grammes de coca par jour.
Unanue qui cite ces faits s'empresse donc de regarder la coca comme le tonique par excellence (architonico) du système nerveux. Montegazza la regarde comme un aliment nerveux, à action puissante sur le cœur. Bolognesi dit qu'elle provoque des congestions terribles avec vomissements. Enfin Pseppig la compare à l'opium ; Tschudy au datura, et Montegazza au hascliich.
Il est nécessaire, au milieu de tant d'opinions disparates, de tenir compte des doses. Dans tous les cas, il est bon de remarquer, avant de conclure au pouvoir alimentaire de la coca, que, de l'avis de tous les voyageurs, les Indiens qui n'ont fait pendant une expédition que chiquer la coca, n'en mangent pas moins avec voracité sitôt que la possibilité de le l'aire se présente.
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Avec une petite dose de pondre, Gazeau a observé snr lui-même un accroissement de vigueur physique et morale ; son sommeil était, dit-il, peut-être moins facile qu'à l'ordinaire ; la plupart des observateurs, Weddel, entre autres, ont du reste noté l'insomnie; on a quelquefois observé de la diarrhée; avec une dose plus forte (20 grammes de poudre, par jour). Gazeau a ressenti de la faiblesse générale au bout de deux jours. Se soumettant, alors qu'il prenait de la coca, aune alimentation insuffisante, il dit n'avoir pas éprouvé le sentiment de défaillance qui se fait sentir en pareil cas.
D'après les recherches de cet observateur sur l'urée, l'élimination de ce dernier corps serait augmentée.
En comparant deux périodes de dix jours chacune, où la coca était prise chaque jour dans l'une, et supprimée dans l'autre, il est arrivé à ce résultat que la moyenne d'urine par jour (sans coca) étant de 15()l8%75, la moyenne (avec coca) est de IT-iSs^Tô. La coca est donc un diui-étique ; d'après Morino y Maïz, elle ■s'élimine par l'urine.
Gazeau, dosant l'urée, est arrivé à ce résultat : que la moyenne totale de l'urée éliminée pendant dix jours (sans coca) a été de 21,43 et de 23,80 (avec coca). La coca active donc l'élimination de l'urée.
Il est bon, cependant, de se mettre en garde contre ce fait : qne la quantité moyenne d'urée, non pas d'une manière absolue, mais pour 1000 grammes d'urine est plus faible avec la coca, que sans la coca: 15,955 pour 1000 {sans coca) et 15,89 pour 1000 (avec coca).
C'est là un fait qui appelle de nouvelles expériences.
Quoi qu'il en soit, l'urée, absolument parlant, a augmenté sous l'inQuence de la coca. Le poids du corps a également diminué (Gazeau).
Morino y Maïz, Gazeau et plusieurs autres expérimentateurs ont soumis des animaux à rinaiiilion , avec ou sans coca. Dans toutes les expériences (rats, oiseaux), l'animal qui était soumis à la coca, mourait avant celui qui n'avait pas eu de coca ; pesés avant l'expérience et après leur mort, les animaux soumis à la coca avaient perdu plus de leur poids que les autres (Morino y Maïz, Gazeau). Il semble donc difficile d'admettre qne la coca soit un aliment : les théologiens avaient raison. Car cette question de pure biologie expérimentale avait été si non étudiée, au moins résolue par eux au dix-septième siècle. Il s'agissait de savoir si la coca est un aliment, non pas au point de vue et dans l'intérêt des mineurs des Andes, qui s'en servent, comme les mineurs de Charleroy prennent du café ; le but de cette curiosité scientifique était de permettre ou de prohiber la coca avant la communion. Le P. don Alonzo de la Pina Monténégro avait pris le boa parti : il avait déclaré que la coca ne contient aucun principe alimeutaire.
Aliu d'expliquer cependant comment on peut supporter quelque temps la privation de nourriture, par le secours de la coca, Schultz et Bœker ont imaginé la théorie des agents d'épargne qui depuis a fait fortune.
A en croire les résultats de Gazeau, l'organisme serait cependant loin de faire des épargnes : il y aurait au contraire accroissement des métamorphoses des matières azotées; il y aurait sur-activité de la combustion; le coquero produirait de la force, mais en somme à ses dépens.
La théorie professée par M. Gubler ne serait pas incompatible avec les expériences qui ont été faites; elle explique en outre à merveille le phénomène préseulé par la coca. Le professeur Gubler pense que la coca, comme le tlié, la caféine, la Ihéobiomine, apporte au système nerveux la force dont elle est char-
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gée, h la manière d'un fulminate, avec cette différence qu'elle ne la cède que lentement et non tout d'un coup.
Dans cette hypothèse, que rien jusqu'ici n'a démontrée fausse, on s'expliquerait les effets momentanés de la coca : j'ajouterai même, que si la coca intègre et communique une certaine quantité de forces à l'organisme, il ne doit pas être indifférent d'expérimenter sur un homme qui emploie celle force d'emprunt et la translormc en travail utile, ou sur un homme assis dans son cabinet, qui, uniquement occupé à compter son pouls ou à mesurer sa température, n'emploie pas à un travail utile cette force qui lui est prêtée; force qui, dès lors, n'a d'autre emploi que d'activer par sa transformation les combustions de tissus.
Quoi qu'il en soit de cette deuxième hypothèse, d'ailleurs très-secondaire, la théorie des fulminates imaginée par M. Gubler, répond si bien aux phénomènes observés, que Monfegazza, sans rien généraliser, ni sans prélendre à faire de théorie, disait, se bornant à déciiie ce qu'il avait vu au moyen d'une image plus réelle qu'il ne le croyait sans doute lui même : « 11 semble qu'une nouvelle force s'introduise directement dans notre organisme et dans tous les pores, comme l'eau dans une éponge. »
Gazeau, avec une assez forte dose de coca, a éprouvé une légère excitation cardiaque et une petite élévation de la température. Pour Montcgazza, lexcitalion cardiaque, sous l'influence de la coca, est très-marquée. Réprésentant en chiffres l'excitalion déterminée par l'eau chaude et par divers stimulants, il exprime sa pensée par le tableau suivant :
Ean chaude 39, S
Thé 40,(5
Calé 70
Carao 87
Maté 106,2
Coca lo'J
On voit que la coca serait, pour lui, de beaucoup à la tête des excitants. D'après Morino y Maïz, le café augmenterait davantage la tension artérielle.
Cette stimulation générale se traduit, d'après Morino y Waïz, chez les animaux qu'il a observés (dobayes), par des convulsions tétaniques spontanées, de la dilatation pupillaire, phénomènes de strychnisme, qui seraient assez en rapport avec une surcharge de forces médullaire.
Jolyet a observé chez les grenouilles une diminution de la motilité, ainsi que la perte du pouvoir coordinateur et de la sensibilité. Montegazza esl à peu près le seul observateur qui ait insisté sur les phénomènes d'excitation cérébrale, consécutifs à une forte dose. Il a éprouvé, après avoir mâché 60 grammes de feuilles en quelques heures, des hallucinations diverses et un état de bien-èlre trèsgrand : il me semblait, dit-il, que « porté sur les ailes de deux feuilles de coca, je volais dans les espaces de 77458 mondes, les uns j^lus splendides que les autres... » Sans être forcément agréable, cette idée est, à coup sur, étrange; il traduit, du moins pendant son délire, le bonheur qu'il éprouvait, d'une façon qui dénote assez l'excitation imprimée au cerveau par la coca , lorsqu'il écrit, sous le charme de son rêve : « Je préfère une vie de 10 ans, avec la coca, à une de cent mille (puis une série de zéros) sans la coca. » 11 est à peine besoin d'ajouter que, pendant qu'il écrivait ces lignes, son pouls était à 154.
Gosse élève du reste la coca à la hauteur d'une question sociale, lorsqu'il dit que c'est grâce à cet arbre, ou du moins à ses feuilles, que les hidiens doi-
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vent de ne pas avoir disparu complélemciil dans les colonies hispano-américaines.
On a beaucoui) parlé de ses vertus aphroilisiaques, ce qui revient à dire qu'on les a sans doute beaucoup exagérées.
Toujours est-il que la Venus des liaijitauls primitifs du Pérou était représentée avec une leuille de coca dans la main et même sous la joue, ce qui pour être, je le veux bien, nue allégorie. n"en était pas moins une façon assez peu poétique de représenter cette divinité. Il paiait même (|ue la coca joue encore un rôle dans les nombreuses cérémonies qui accompagnent le mariage chez les Indiens.
11 se pourrait bien que cela ne déiinlfit pas des vérins aphrodisiaques plus grandes que celles que peut rappeler pour le vin la rûUe au vin encore traditionnelle dans nos campagnes.
Unanue parle cependant de vieux roqueras de 80 ans « capables de prouesses que ne renieraient pas les jeunes gens dans la (orce de l'âge ».
C'est à peu près tout ce que nous savons sur ce sujet : les auto-expérimentateurs se montrent peu d'accord, mais surtout sobres, sur ce sujci.
La coca a ses victimes : Nous avons parié, d'après Montegazza, de l'ivresse cocalienue, qui suit généralement la dose de -49-60 grammes de feuilles. Pœppig a décrit le cocnïsnie chronique qui ne serait pas rare, parait-il, chez les Indiens : « les malades maigrissent, leur teint devient bilieux, plondjé; il survient une insomnie incurable, de l'anorexie, de l'ascite et un marasme général. )) Tschudy nous a montré également leur démarche incertaine, leurs yeux ternes et caves.
Enfin, comme pour l'alcool, ceux qui après avoir abusé de la coca, viennent à cesser tout à coup, présentent une dépression absolue des forces.
Il en est ainsi de toutes les habitudes que l'organisme s'est données.
IV. Thérapeutique. Bien qu'exagérées parfois, dans un but commercial, les propriétés de la coca ne sont peut-être ])as sunisanniient utilisées. Cette plante pourrait rendre, dans différents états, où l'asthénie domine, des services que le café ou le thé ne rendent plus aux personnes qui se sont habituées depuis longtemps à leur action.
Sans parler des services qu'elle pourrait rendre dans les armées et dans les grandes entreprises industrielles, on peut l'employer comme tonique et stimulant des voies digestives. D'après Gazean, elle serait tonique à la dose de 3-5 grammes de poudre; stimulante à celle de 810 grammes. Elle serait toxique de 20-50 grammes. Demarle l'a employée avec succès dans la stomatite, et Gazean, dans la stomatite mercurielle, la préfère au chlorate de potasse. Il la donne à la dose de 4-5 grammes par jour. 11 la conseille également dans l'angine glanduleuse. Les Indiens, avant la conquête, employaient la coca ou cuca dans les maladies des gencives, et semblent en avoir fait usage comme d'un pansement antiseptique (Garci lasso de la Vega).
Son emploi dans la fièvre intermittente ne pourrait réussir, vraisemblablement, que bien au-dessous de celui du sulfate de quinine. On fabrique néanmoins, ;i la Paz, un sulfate de cocaïne qui jouit dans le pays d'un certain crédit.
L'expérience n'a point confirmé son emploi dans la paraplégie (Verardini), ou dans le choléra (Reisj. Les seuls services qu'elle puisse rendre dans cette maladie ne paraissent pas devoir dépasser ceux de l'alcool ou du thé.
On prépare une teinture alcoolique. La préparation la plus utile serait la poudre (2 gr. par jour). On prépare également dea pastilles qui se rapprochent
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le plus, comme mode d'emploi, de celui qui est usité chez les Indiens. Cliaque pastille contient 0,20 centigrammes de poudre de coca unie à une llipta alcaline. On trouve, dans le commerce, difiérents vins ou élixirs.
A. CoRDIER.
liiBi.ioGRAPiiiE. — Gnrcilasso de la Vcga. Ilist. des Incas. — U^•A^L■F: (llipolito). Disertatio sobre cl asperio, cuUivo. eoiinnercio ij viiiudede la famosa planta dcl l'eru nombradq Coca.
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— GuuLEii. Commentaires Ikcrapcuhqucs du Codex, art. Coca. A. D.
COt'AIXE, alcaloïde relire des feuilles de coca. La compositioii de la coca a clé étudiée plus haut [Voij. Coca, emploi médical).
COCAGNE. On donnait ce nom à de jielils pains de pastel {Isatis tinctoria L.), broyé qu'on préparait aulrolois dans le Languedoc, avant que l'indigo eût pris l'importance qu'il a de nos jours.
cocATAX:\"B«jt'E (Acidf). Espèce de tannin accompagnant la cocaïne cl la cire de coca dans les Icnillcs de coca (Erythroxylon coca).
Il reste dans la décoction aqueuse des feuilles de coca, après qu'on a précipité la cocaïne par le carhonale de soude, et se présente après évaporalion sous forme d'une masse amorphe brun rouge.
Ses solutions sont colorées en brun verdfdre foncé par le pcrchlorurc de fer. Elles précipitent par l'émétique, l'albumine, mais non par la gélatine.