COCCINELLE
Asdepiade. Ibid., 1758, in-4». — IX. Discorsi Toscani (coll. de mémoires de médecine et dp phvsiMUc). Ibid., 1701-0-2, in-4°, 8 parties. Trad. (rnnç. par Pii-'^uiix, 1702, iu-12 11 a aussi ■domiéeu 17i4 une édiiion des Discorsi di analoinia do L. Cf.llim.
Coechi (A^TONIO-CELEST^]No) a été souvent confondu avec le précédent, qui vivait dans le même temps bien que celui-ci eut pris le siu'nom de Mugellanus, du lieu de sa naissance; il était né en 1690 et pratiqua à Rome, où il remplissait les fonctions de professeur de botanique et de médecine au collège do Sapicncc. 11 mourut le 24 novembre 1747.
On a de lui :
I Epislola ad Norgagnwn de lente cristallma oculi hnmani, vera stiffusionis sede. lioma;, -1721, in-8°. — II. Epistolœ phijsico-medicœ ad Lancisium cl Morgagniim, scilicel brevis fchrium castreiisiuni hisloria de lerrœ molu, etc. Romœ, 1725, in-4°; OUeiibacli, 1730, in-4°; Fiaucofurti, 1732, iii-i°. — III. Oratio habita in aperitionc liorli botanici super Janiculuiii, c\c. Romœ, 1750, iii-4°. — IV. Lectio de mitsculis et de molu musculorum. Roinœ, 174'i, ii\-4». — V. ISairalio de morbo variolari quo adfecla est nobilis monialis. Ibid., 1759, 111-4°. — \I. Dissert physica practica continens vindicias corticis peruviani. lijid., 174'J, iii-8°; Lugd. Batav., 1750, iii-8°.
Coechi (Rauiondo), fils d'Antonio (de Mugellano), auquel il succéda comme professeur d'anatomie et de cfiirurgie à l'Université de Florence. Possédant une grande instruction, il remplissait aussi les fonctions d'antiquaire auprès du grand-duc de Toscane, il s'était particulièrement occupé d'anatomie; il adressa à Hallcr une lettre dans laquelle il raconte avoir découvert dans l'épiploon des glandes utriculaires qu'il croit lempliesde chyle: Dans l'ouvrage qui nous reste de lui, on tiouvc quelques reclierciies sur l'appai'eil génital, particulièrement chez l'homme. Voici le titre de cet ouvrage :
Lczzioni fisico-analomiclie. Livorno, 1775, in-8'. E. Bgd.
COCCIGRUE. Nom donné au Fustet (Rhus Cotinus). Voy. Sum.vc.
COCCll^ELLE {Cocciis, grain ronge; à cause de la couleur rouge des élylres de plusieurs Coccinelles). Genre d'insectes coléoptères et type de la famille des Coccinellides, appelées aussi Sécuiipalpes et Apliidiphages ou mangeurs de pucerons. Autrefois employés en médecine, ces insectes offrent un grand intérêt à l'état de larve pour l'agriculteur.
Les caractères des Coccinelles sont d'avoir le corps presque hémisphérique, très-bombé en dessus, lisse, plat en dessous. La tète est enchâssée dans une large ■échancrure du prolhorax. Yeux grands et ovalaires; antennes insérées au-dessous des yeux, courtes, grêles, cachées au repos. Palpes maxillaires de quatre articles avec le dernier le plus souvent dilaté et fortement sécuriforme. Prothorax court, transversal, avec l'écusson triangulaire et petit ; élytres grandes, à bord réfléchi, large, creusé en gouttièi'e ; pâlies assez robustes et courtes ; tarses de trois arliclcs •apparents (trimères), mais avec un nodule ou article rudimentaire à la base du troisième, ce qui les rend sublélramères ou pseudotrimères.
Les Coccinelles sont de petite taille, toujours terrestres, ornées de couleurs vives, soit rouges de corail ià poinls iioirs, soit jaunes lâchées de noir ou de blanc. Leur apparition au printemps, la forme de leur corps et leur coloration éclatante, leur fait donner un grand nombre de noms populaires. Ce sont les Bêles à bon Dieu, Vaches à Dieu, bêtes ou Chevaux de la vierge. Tortues-scarabées, Vole-midi des enfants et des gens de la canspagnc ; on les appelle aussi dans quelques contrées de la France, Catherinettes, Martines et Pernettcs, etc.
Leurs larves sont aplaties, un peu convexes, souvent épineuses, hexapodes, à
172 COCCOLOBA.
bouche bien armée. Elles se nourrissent exclusivement de Pucerons (x\pliidiens), elles les saisissent avec leurs pattes antérieures, les blessent et sucent le contenu, en ne laissant que la peau vidée. La nymphose a lieu pour la larve, en se fixant par l'extrémité anale, et l'insecte parlait éclot au bout d'une à deux semaines.
Les Coccinelles rendent les plus grands services à l'agriculture et à rhorticulture en détruisant à l'état de larve des quantités considérables de Pucerons. Les insectes parfaits des deux sexes font sortir par une ouverture située sur les cuisses, près de l'articulation fémoro-tibiale, un liquide jaunâtre, d'une odeur forte et désagréable, employé autrefois contre les maux de dents.
Le nombre des espèces des Coccinelles et de la famille des Coccinellides est très-considérable, et dépasse quatre cents, répandues dans toutes les contrées du globe. Partout où il y a des Pucerons, on trouve des Coccinellides et l'agriculteur ne doit jamais détruire ces auxiliaires; riiorliculleur peut avec prolilles enfermer dans les serres, où ils feront à l'état de larve la guerre aux Pucerons {voij. Coléoptères). A. Ladoulbène.
COCCIXOXIQI'E (Acide). Produit d'oxydation de l'acide euxanthique, sous riulhicncc ilc l'acide azotique chaud ; il se forme en même temps de l'acide oxali(pie. P. Sch.
COCCO. On donne, dans les colonies, ce nom à VArum esculentum L. [Yoij, Arum.)
COCrOG\IDl<JL'E (Acide). D'après Gobcl, cet acide est contenu dans les semences du Daphne Guidium. L'extrait alcoolique est repris par l'eau qui dissout l'acide coccognidique. Il cristallise en prismes incolores légèrement acides. 11 ne précipite pas par l'eau de chaux, le chlorure de baryum, l'acétate de plomb, le sulfate ferrique. P. Sun.
COCCOLOBA. Jacquin. Genre déplantes dicotylédones, appartenant à la famille des Polygonées. Les espèces de ce groupe sont des arbres, dont les rameaux portent des feuilles alternes, munies à la base d'oc//reas herbacés, obliquement tronqués. Les ileurs sont en grappes spiciforraes ou en épis. Elles sont hermaplu'odites et se composent : d'un périgone à cinq parties ; de huit étaraines dont six placées deux à deux au dedans des pièces extérieures du périanllie, les deux autres opposées chacune à une des pièces intérieures. L'ovaire est trigone, uuiloculaire et contient un seul ovule orthotrope. Après la fécondation, cet ovaire devient un caryopse, à trois angles, à parois spongieuses, enveloppé (et y adhérant en partie) dans le périgone devenu charnu : de telle sorte que le fruit a pris lapparence d'une baie. La semence est triquètre, dressée et contient uit embryon dans l'axe d'un albumen farineux.
Les Coccoloba habitent l'Amérique tropicale. L'espèce la plus intéressante est le Coccoloba uvifera L., qu'on désigne sous le nom de Raisinier d'Amérique et qui croît aux Antilles. C'est un arbre, à feuilles grandes, orbiculaires, cordées, entières, coriaces. Les fruits forment une grappe assez volumineuse ; ils sont rouges, bacciformes, de la grosseur d'une petite cerise, aigrelets et mangés comme rafraichissants ; on les regarde comme antidysentériques. Le bois du tronc est lourd, rougeâtre ; on en fait un extrait, que Gnibourt a rangé parmi les Kinos du connnerce, sous le nom de Kiuo de la Jamaïque. [Voij. Klnos.)
COCGULUS. 173
Une autre espèce des Antilles, le Coccoloba pubescens L., a un bois très-dar, pesant, d'un rouge presque incorruptible. C'est un des bois de fer du commerce. On mange les fruits de cette espèce; comme aussi les baies blanclies du Coccoloba nivea Jacquin.
,1acqu:n. Plantœ amcrkanœ, tnlj. 77, 78. — Enomciier. Gênera plniilartim, ri» -1000. — De Gandolle. pj-udruinits. — Guibouht. Drogues simples, G" édition, II, 419 et III, 435.
COCCULUS. (C. Bauh.). Genre de plantes, de la famille des Ménispermacccs, qui, autrefois, formait à lui seul la plus grande partie de cette famille, mais qui, mieux étudié de nos jours, a été partagé en un grand nombre d'autres types. 11 ne renlerme plus pour nous qu'une vingtaine d'espèces, à liges grêles, rarement dressées, plus souvent sarmenleuses et grimpantes, à feuilles alternes, simples, péliolées, sans stipules. Leur limbe est assez souvent cordé ou pelté à la base. Les fleurs sont petites, unisexuées, généralement dioïques, réunies en grappes ou en épis simples ou plus souvent ramifiées et cliargées de cymes. Dans les vrais Cocculus, tels que le C. carollnus, espèce américaine, cultivée dans nos jardins, les fleurs sont frimèrcs, avec six (ou 9-12) sépales, disposés sur deux vcrticilles et six petits pétales, superposés cliacun à un sépale, puis deu\ verticilles d'étatuines, qui sont stériles dans les fleurs femelles, tandis que celles-ci possèdent trois carpelles fertiles, libres, qui sont rudimcntaires dans la fleur mâle. Cbaque ovaire renferme d'abord deux, puis à l'âge adulte, un seul ovule descendant, à micropyle extérieur et supérieur. Le fruit est formé de luie à trois drupes réiiiformes, arquées comme un ovule campylotrope ; leur noyau renferme une graine arquée, à albumen charnu dont l'axe est occupé par un embryon courbe, étroit, à cotylédons linéaires et à radicule conique supère. Les Cocculus habitent les régions chaudes et li'opicales des deux mondes et ne sont guère employés en médecine que dans leur pays natal. Ils sont souvent toni(]ues, amers, astringents, ou un peu aromatiques. Le C. glaucus DC, des Mollusques et le C. Leœba DC, qui est le Leœba et le Cebatha de Forskhal et qui croit depuis la Malaisie jusqu'aux bords africains de la Mer Rouge, sont principalement dans ce cas. Les C. racemosus, lacunosus, tuheroms et flavescens, de l'Inde, ne sont autre chose que ÏAnamirta Cocculus [Voy. ce mot), c'est-à-dire la plante à la Coque du Levant, dont les fruits portaient jadis les noms de Cocculus levanticus, C.piscatorius, Cocculi iiidi et Cocculœ officinarum.
Les divers Cissampelos auxquels on avait attribué la production du Pareira brava ont aussi porté le nom de Cocculus. Le C. cordifolius DC, qui s'emploie comme tonique au Bengale, sous le nom de Golnncha-luta est un Cliasmamhera. Le C. crispusDC, qui passe en Malaisie pour un fébrifuge aussi actif que le quinquina, est un Tlnospora, de même que le C. malabaricus Lamk, dont les propriétés sont identiques. Le C. Fibraurea DC. est, au dire du P. Louieiio (qui l'a nommé Fibraurea lincloria), un diurétique, employé aussi contre les lièvres intermittentes et les affections du foie. On cite encore conmie toniques et amers le C. Roxburghianus Wall., qui est un Siepliania, le C. bracJiystachyus DC (Paclujgone) , le C. Bunnanni DC. {Cyclea), le C. pellatus DC (Cyclea), le C. Bakis, du Sénégal {Chasmanthera).
Le C. Chondodendron DC. {Prodr., n. J9) est le Chondodendron tomentosum R. et Pav., plante qui, d'après les récentes recherches de M. D. Ilanbury, est l'origine véritable de l'Écorce de Pareira-brava. Les C. cinerascens et jdaty'
174 COCCYGODYNIE.
pinjllak. S. II., espèces brésiliennes, qui portent les noms vulgaires de Buhfaet
Abulita, oui, en cfl'et, les mêmes propriétés toniques que \e?, Ahuta.
Le C. Valtni MurL., qui est un Abuta, et le C toxiferus Wedd., que je soup-
çoinieap|>arlenir au même genre, entrent, chez certaines peuplades brésiliennes,
dans la conleclion du Curare. H. Bn.
C. B\uiii.N, Pinax, 511.— DC, Sjjst. veg., I, 515; Prodrom., I, 96. — Endl., Gen. riant., II. 4087. — MiEiis, in Ann ofNal. llist., si-i-. 3, X.IX, 19. — E\iil., Encliivid., 415. — i'i;i.i:ii;, Elan. Mal. med., éd. i, II, p. II, 0151. — GuiiiouiiT, Drnguc.<i simples, éd. 0, III, 'Gù, ITi, 751. — JlÉi.AT fit Dki,i-ns, Dict. Mat. méiL, II, 525. — Rosemm., Sgnops. plaitt. diaphor., 581. — H. Daili.on, Histoire des plantes, III, 1, .^0, 55, llg. 2-4.
COCCUM CiXIDILIin on COCCA GIVIDIA, Iruil du Garou. [Voij. Garou).
COCCtS (Gocmeinille). Insecte hémiplère qui fournit la malière colorante connue sous le nom de cochenille. Plusieurs cochenilles fournissent aussi de la cire. D'auUes, eu piquant certains arbres, amènent l'exsudation de la laque [voij. Goc.iiEiNM.i.E et Laque). D.
rocCYCÉPlIALE. Expression enqjloyée par Etienne Geoffroy Sainl-Ililaire pour désigner un genre de monstruosité unitaire, que caractérisent les particularités suivantes : « tronc saus tèle et sans extrémités antérieures ; os du crâne et du cou dans une contraction et d'une petitesse extrêmes, les postérieurs appuyés sur les vertèbres dorsales, et ceux du sommet se présentant sons la forme d'un bec ou d'un coccijx. »
liiBLiocRAPiiiE. — GEorFROY-SAiNT-IIiLLAiRE (Etienne). Mémoire sur les déformations (h crâne île l'homme. — Geuffiioï-Saint-IIillaike (Isidore). Traite de tératologie, t II, p. 487, note 2. Paris, ISÔti. 0. L.
COCCYOIXIE. Voy. CocCYGOnvMlE
COCt'YGlEXKE (Gla>de). Granulation d'un gris rougeâtre, de grosseur assez variable, mais qui n'excède jamais celle d'un petit pois, siégeant sur la face profonde de Textrémité du coccyx, vers la terminaison de l'artère sacrée moyenne, à laquelle elle est suspendue. Les petites cavités dont elle est creusée seraient, d'après Arnold et Meyer, des dépendances du système artériel, tandis. que Luschka y voit des vésicules et des tubes glandulaires. L).
COCCl'CODïKIE. Définition. On a donné les noms de Coccygodijnie, Coccyodynie, Coccydynie, Coccyalgie (de zox.x.u^, coccyx, et cJuvvj, douleur), à une douleur, le plus souvent violente, siégeant dans la région coccygiennc. Cette douleur peut tenir à des causes très-diverses ; il est donc préférable d'adopter une définition, qui ne préjuge en rien la véritable nature de la maladie.
Parmi les observations publiées sous la dénomination de coccygodynie les unes se rapportent à une véritable névralgie des rameaux coccygiens, tandis que d'autres sont liées à une arthralgie de l'articulation sacro-coccygienne. Une différence aussi complète dans la nature du mal 'exclut toute définition précise.
Historique. L'étude de la coccygodynie es.t toute contemporaine ; les traités de pathologie les plus récents, Yalleix [Traité des névralgies), Axenleld (iTevroses du Traité de pathologie, de Requin), n'eu iout même pas mention.
J.-C. Nott, de Mobile, aie premier attiré l'attention des patliologistes sur cette afiection dans un article inséré eu 18i4 dans le New Orléans Médical journal.
COCCYGODYNIE. i7&
Plus lard Simpson publiait eu 1861 duus le Edlmh. Med. and Surg. Journal des leçous sur la coccygodyuie ; et eu 1865 daus ses Clinic. Lecl. on Diseuses of Women, ou l'etrouvait uu chapitre intéressant, intitulé : Coccijodijnia and tlie Diseases and Defonnilics of tlie Coccyx.
La même année en Allemagne Scanzoui faisait paraître dans le Wûrtzhurger medic. Zeitschrift une étude sur la coccygodyuie, dont on trouve l'analyse daus le Traité des maladies des femmes (trad. française, chez Massou, 1866). L'année suivante en Russie, Ilorschelmau s'occupait, lui aussi, de cette affection daus le Petersh. med. Zeitschrift.
Plus tard dans sou Sjistem of Surgery, Gross consacre également lui chapitre à la coccYgodinie. Le Traité des maladies du rectum, de Allingham, coulieut aussi quelques mots sur le traitement de cette maladie. Enfin tout récenunent Ed.-W. Jencks a entretenu la Michigan State Médical Society at Saginaw de la coccygodynie, et son mémoire a été publié dans les annales de cette société.
Les dernières éditions des Traités français de gynécologie (Nouât, Gallard, Courty...), contiennent un chapitre relatif à la coccygodynie, et M. Gosscliu a publié uu extrait d'une leçon faite sur lui cas de coccygodyuie daus la Gaz. des hôpitaux de 1861, p. 489.
Je dois encore à l'obligeance de MM. Dolbcau et Deleus la relation de deux faits intéressants qu'ils out observés.
Etiologie. Les auteurs qui ont étudié la coccygodyuie jusqu'à présent ont considéré cette affection comme étant l'apanage exclusif du sexe féminin ; il y a là une erreur évidente, ou plutôt une lacune, qu'il convient de faire disparaître. S'il est vrai que généralement cette maladie se rencontre chez la leunne, il ne fauL pas croire que les hommes en soient complélemeut indemnes; nous possédons pour notre part plusieurs observations personnelles très-nettes de coccygodyuie chez des hommes.
Cette affection a été observée à tous les âges, mais comme la coccygodynie est le plus souvent causée par l'accouchement ou par une affection utérine, elle se rencontre ordinairement pendant la période d'activité sexuelle. Cependant dans sa forme névralgique le sexe et l'âge n'ont pas d'importance étiologique, un renoidissement, un coup, le décubitus prolongé pouvant la faire naître. Enfin l'enfance n'en est pas exempte, puisque Horschelman l'a rencontrée deux fois chez des enfants de quatre à cinq ans.
Si la coccygodynie se rencontre généralement chez les femmes mariées, elle a cependant été observée chez une fille vierge de vingt-un ans (Courty) , et cliez d'autres jeunes filles (Nélaton).
L'accouchement et les maladies utérines sont de beaucoup la cause la plus frcquenlc de la coccygodynie. Par quel mécanisme se developpe-t-elle dans ces cas? « Le traumatisme que raccouchement provoque sur le coccyx et ses parties les plus voisines, dit Scanzoni,-le refouleincnt forcé du coccyx eu arrière, la déchirure des ligaments sacro-coccygieus latéraux, qui en est la conséquence, le frottement et l'écrasement des différeules portions de cet os, voilà certainement des causes suffisantes pour provoquer uu travail hypcrhémique exsudatif entre les divers ligaments du coccyx et entre cet os et la dernière vertèbre sacrée. En songeant ensuite que les différentes dislocations et synosloscs, qui persistent souvent dans ces diverses parties osseuses après raccouchement, s'accompagnent d'un changenient de position dans les ligaments coccygicns postérieurs et latéraux, on comprend que les nerfs coccygicns restent tiraillés et comprimés.
176 tULLÏUUDÏiNlti.
« ... Les maladies chroniques des organes du bassin jouent aussi un grand rôle dans l'éliologie de cette maladie. La métrite chronique, l'ovarite, l'antéversion, la rétroversion de la matrice, les flexions, les exsudats péri-utérins, les stases sanguines dans les veines hemorroïdales accompagnent assez consfaniment celle maladie, et nous ne nous rappelons pas un seul cas oii nous ayons trouvé ce mal non compliqué d'une affection d'un des organes du hassiii. Nous l'avons au contraire vu si souvent compliquer la métrite chronique que nous croyons pouvoir la mettre au nombre des symptômes fréquents de celle maladie. »
A côté du traumatisme de l'accouchement, si bien décrit par le professeur Scanzoni, il convient de citer les autres causes traumatiques, qui peuvent occasionner la coccygodynie. Tout d'abord l'application du forceps, comprise implicilcment dans sa description; les chutes ou les coups sur la région coccygietiue, l'introduction de corps étrangers volumineux ou irréguliers dans le rectum. D'après Scanzoni l'exercice du cheval pourrait avoir une grande influence sur la production de la coccygodynie et chez deux de ses malades on n'aurait su invoquer d'autres causes de la douleur. Tout en admettant la possibilité du fait, et sa réalité dans les deux cas cilés, je dois dire que, contre mon attente, des recherches que j'ai faites dans la stalistique de l'armée n'ont confirmé, ni pour la cavalerie, ni pour l'artillerie, cette prévision.
D'autres causes de la coccygodynie peuvent être rapprochées par leur mode d'action des maladies des organes du bassin; ce sont les affections de l'anus, fissures, fistules, ulcérations; les affections du rectum, hémorrhoïdes, tumeurs ; le vagiuisme et les causes analogues pouvant agir sur les muscles des régions vaginales périnéalcs et coccygiennes.
Une cause fréquente de la coccygodynie est le refroidissement ; Courty cite une malade qui fut atteinte de cette afleclion par ce qu'elle avait l'habitude de dormir pendant l'été le corps découvert, le siège appliqué contre le mur. Nous pourrions aussi citer l'exemple d'un de nos confrères, qui fut pris d'une violente coccygodynie pour s'être assis sur un siège de voiture mouillé par un orage.
Il y a pour cette forme de névralgie comme pour toutes les autres une prédisposition chez les rhumatisants.
SïMi-roMATOLOGiE. Le principal et souvent unique symptôme de la coccvgodynie, c'est la douleur; elle s'accompagne souvent de la difficullé ou l'impossibUUé de prendre certaines positions, station assise, décubitus dorsal par exemple ; ou bien encore de la difficidté ou de l'impossibilité de marcher.
La douleur, dont le siège est très-variable, se trouve le plus souvent au niveau de l'articulation sacro-coccygienue, tantôt sur la ligue médiane, tantôt un peu latéralement. Elle peut être limitée à un point, ou s'irradier à une certaine distance. « Cette douleur est très-pénible, aiguë, et les malades la comparent au mal de dents; ou bien encore c'est une sensatron obtuse, sourde, qui devient plus vive plusieurs fois dans la journée. » Ces exacerbations peuvent être spontanées, elles sont plus souvent provoquées. Les changements brusques de position, se lever ou s'asseoir par exemple, les garde-robes de matières dures et tous les actes qui changent les rapports du coccyx, sont les causes ordinaires de ces exacerbations. Ces douleurs peuvent être assez vives pour rendre le coït impossible pendant un temps fort long.
La douleur est toujours exaspérée par la pression exercée sur le coccyx ou par le déplacement imprimé à cet appendice. La pression sur sa face posléricure et sur
COCCYGODYNIE. 177
les dernières vcrlcbros sacrées amène généralement une exacerbalion. Le touclicr de la face antériem'e de l'os par le rectum, ordinairement moins douloureux, est cependant aussi parfois la cause de nouvelles crises. Quand on veut déplacer le coccyx par une pression un peu forte, on voit d'ordinaire les malades sauter vivemenl, pousser des cris et souffrir Ircs-violcmmeat encore longtemps après (Scanzoni). La pression du coccyx, toujours douloureuse, l'est d'autant plus que la douleur spontanée est elle-même plus vive ; ce serait même, selon Court y, un caractère patliognomonique de la coccygodynic.
La douleur s'accompagne souvent de la difficulté ou de l'impossibililé de prendre certaines positions. Presque tous les observateurs signalent la difticulté qu'éprouvaient leurs malades à rester assis, et la nécessité pour eux de se coucher sur le côté, c'csl-à-dive de faire reposer tout le poids du corps sur une seule tubérosité de l'ischion. « Une malade ne pouvait 'rester assise qu'en se penchant en avant ou en se soulevant sur les mains, position difficile à conserver, fatigante, et qui ne lui aurait permis de se livrer à aucun travail — (Gosselin). » D'autres malades, ne pouvaient conserver au lit le décubitus dorsal ; une d'elles était forcée de reposer toujours sur le côté droit (Nélaton).
La marche est presque toujours difficile et pénible, parfois même impossible, parce que les douleurs deviennent alors plus vives. Quelquefois possible au début et non douloureuse, elle devenait impossible plus tard, les douleurs apparaissant après un temps plus ou moins long.
Scanzoni signale, dans plusieurs cas, l'influ-ence évidente de la congestion menstruelle, le coccyx devenant plus douloureux avant et pendant la menstruation.
Au nombre des symptômes de la coccygodynic, Jencks signale enfin, dans sou mémoire, \n\e contracture douloureuse des muscles qui s'insèrent au coccyx, contracture analogue, selon lui, à celle qui s'observe dans la fissure à l'anus et le vaginisme. Dans un cas, dil-il, cette contraction des muscles entrauiait fortement en avant la pointe du coccyx, il dut, pour procéder à l'examen, administrer 1 étber, et put constater alors que le coccyx était redevenu très-mobile.
iMARcun:. La maladie peut être aiguë et disparaître rapidement en quelques heures ou quelques jours, pour ne plus revenir. C'est, par exemple, lorsqu'elle a été causée par un refroidissement subit, un traumatisme léger. Il est même probable que, dans ce cas, elle passe souvent inaperçue du médecin.
Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi, et le plus souvent la coc.ygodynie affecte la forme chronujue. C'est surtout alors qu'elle reconnaît pour cause une affection chronique des organes du bassin ou un accouchement laborieux. Dans ce cas, la maladie, livrée à elle-même ou rebelle à tous les traitements essayés, peut persister des années entièi'es avec des alternatives d'accroissement ou de diminution.
Anatojiie pathologique. Nous n'avons, jusqu'à présent, aucune notion exacte des lésions existant dans cette maladie, aucune autopsie u'ayaut été faite chez des malades atteints de coccygodynic. Dans les cas oîi les cliirurgiens ont dû avoir recours à l'ablation du coccyx, ils n'ont pu constater encore aucune lésion évidente dans les portions enlevées du coccyx (Dolbeau).
Diagnostic La description détaillée que nous avons donnée des différents symptômes de la coccygodynic nous semble rendre facile le diagnostic de cette maladie. 11 nous paraît difficile de la confondre avec aucune autre affection, la douleur spontanée, augmentée par la pression ou les mouvements, et limitée
DICT. E.NC. XYIII. 12
178 COCCYGODYNIE.
à 1.1 région coccygiemie, étant presque des symptômes pathognomoniques.
Mais cette affection peut passer inaperçue, ou rester ignorée des médecins. Scanzoni insiste particulièrement sur « l'existence de cette douleur dissmiulée par les malades par pudeur, ou parce qu'elles considéraient cette douleur comme un symptôme accessoire des autres affections des organes génitaux, jusqu'à ce que les douleurs fussent tellement vives, qu'il fût impossible de ne pas en avertir le médecin ».
PnoiNosTic. Comme nous l'avons vu, la coccygodynie peut être une affection sans gravité et passagère ; mais ce n'est pas le cas le plus fréquent.
Lorsque cette maladie prend la forme chronique, elle devient généralement très-rebelle, et la meilleure preuve de ce fait est le nombre des différents remèdes, qui ont été maintes fois essayés en vain pour obtenir sa guérison définitive. Sur 24 cas de coccygodynie observés par Scanzoni, 10 seulement se sont terminés par la guérison, chez 9 autres malades il y eut simplement amélioration ; quant aux 5 derniers on ignore le résultat délinitif. Cette statistique est la seule qui ait été publiée jusqu'à présent.
La difficulté d'obtenir une guérison définitive est suffisamment démontrée par la tendance qu'ont tous les auteurs, qui se sont occupés de la question, à recourir à 1 ablation du coccyx en désespoir de cause ; opéi'ation qui du reste a été faite déjà plusieurs fois avec succès (Simpson, Bryant, Jencks, Dolbeau). Le pronostic d'une affection qui peut exiger parfois une intervention chirurgicale aussi active ne peut pas être considéré comme bénin.
Natct.e. La nature de la coccygodynie est difficile à définir, cette affection reconnaissant des causes diverses. Si dans certains cas elle est occasionnée par un traumatisme, si dans d'autres cas elle est due à l'inflammation et à l'infiltration plastique des muscles, des tendons et des aponévroses péri-coccygiens, elle peut être aussi purement névralgique, rhumatismale ou non ; elle peut enfin tenir à une affection de l'articulation sacro-coccygienne.
TRAiTEMEiST. Lcs traitements les plus variés ont été employés pour obtenir la guérison de la coccygodynie. On s'est adressé tour à tour, et suivant la cause à laquelle on attribuait l'affection, aux antipblogistiqucs, aux antispasmodiques, aux révulsifs ; et quand ces différentes méthodes sont restées sans résultat, on s'est contenté de palliatifs ou, prenant un parti plus énergique, on a eu recom's à l'intervention chirurgicale.
Parmi les antipblogistiques employés, citons d'abord les sangsues, puis les bains de sièges chauds, les compresses humides, la glace. Parmi les révulsifs, les sinapismes, les ventouses sèches ou scarifiées, les vésicatoires, les cautérisations ponctuées. Généralement tous ces modes de traitement n'ont produit qu'un soulagement momentané.
Les antispsasmodiques ont donné de meilleurs résultats, et, si la belladone, l'opium en suppositoires sont presque toujours restés infructueux, l'aconit a donné chez des enfants deux guérisons entre les mains d'Hôrschelman. Les injections sous-cutanées de sulfate d'atropine et surtout de chlorhydrate de morphine ont amené des guérisons définitives entre les mains de plusieurs médecins (Scanzoni, Comty).
L'électricité (faradisation et surtout courants continus) qui, nous le croyons, n'a pas encore été essayée, donnerait-elle de meilleurs résultats? Sans compter outre mesure sur ce moyen, nous ne négligerions certainement pas de nous adresser à lui, avant de recourir à une intervention chirurgicale. 11 nous
■semble que, dans les coccygodynies causées par le refroidissement, dans celles qui s'accompagnent de rétraction des muscles (Jeiicks), ou pourrait espérer des succès.
Si, ixuonçaiU à tout espoir dans l'c^mploi des moyens que nous venons d'énumérer, le médecin hésite cependant à s'adresser à l'intervention chirurgicale, il pourra, à l'exemple du professeur Gosselin, recourir à l'emploi de pall atifs, appi'opriés aux cas particuliers. « Plusieurs fois il avait conseillé à sa malade de s'asseoir sur un coussin rond en coton ou eu balle d'avoine, percé d'un trou et n'avait pas réussi à empêcher la douleur. Il fit prendre en dernier lieu un coussin à air, et, une fois assise sur ce coussin incompressible, le coccyx étant dans le vide, la malade fut soulagée et put garder cette pooitiou pendant des heures sans souffrir et sans èlre fatiguée. » Puisque nous parlons des palliatifs, n'oublions pas .<le mentionner le repos et l'usage des laxatifs qui épargne aux malades l'exaspération de la douleur pendant la défécation.
Lorsqu'en désespoir de cause le médecin doit recourir aux moyens chirurgicaux, il lui reste à choisir entre deux procédés.
L'un, la section sous-cutanée des attaches miisculaires tendineuses et ligamenteuses du coccyx, préconisé par Simpson, à qui il a donné de bous résultats, est resté souvent sans succès entre les mains de divers autres opérateurs (Gosselin, Nélaton).
L'autre procédé, plus radical et qui paraît avoir déjà donné plusieurs fois de très-bons résultats, est l'ablation du coccyx. Nott de Mobile est le premier qui ait -eu l'idée de cette opération ; elle a été pratiquée avec succès plusieufs fois depuis par Simpson, Ryant, Jencks, Dolbeau. Cette ablation peut être partielle ou totale et voici comment Jencks décrit le procédé opératoire auquel il a recom-s dans ce cas. ({ La malade anesthésiée est couchée sur le côté droit, l'index gauche est introduit dans le rectum et repousse en arrière le coccyx. On incise la peau jusqu'à l'os, que 1 on isole des parties qui s'y insèrent, à l'aide des ciseaux et du bistouri, puis on fait la désarticuLition. » Simpson coupe l'os avec une cisaille sans chercher à ouvrir l'articulation.
Nous ci'oyons que l'ablation du coccyx, qui triomphe seule de la coccygodynie dans beaucoup de cas rebelles, sera pratiquée plus souvent dans l'avenir, si l'on considère surtout le peu de gravité qu'a présenté cette opération, et les succès obtenus par les chirurgiens anglais, américains et par M. le professeur Dolbeau en France. Jules Woums.
Bibliographie. — Nott (J.-C, de Mobile). In New Orléans Médical Journal, 1844. — Simpson. In Edimh. Mcd. and Suig. Journal, July 1861. — Scanzoni. In Wûrtibuvg medizin. Zeitsckr'ift, t. li, liy. IV, 1801. — Gosselin. In Gaielte des hôpitaux de Pans, 1801. — lliiRscHELMAN. lu Pclcrsh. tHcd . Zcitschrift, liv. XVI, 1862. — Simpson. In London Med. Gaielle and Times, 1865. — N'elatox. Observation inédUe, 1865. — Gnoss. In System of Surgcry. 5' cdit. riiiladelphie, 1872. — .\llixgham. In Disenses ofthe Rectum, '2«,édU. London, 1873. Jenks (Edvv.-W.). In Paper read before tlie Micliignn State Médical Society at Saginaw, June 1875. — Courty, Gallard, Nonat. Traités de gynécologie, dernières éditions. Paris.
COCCïX. Voy. Bassin et Rachis.
COCDEKILLE (zozzoç, graine, corps rond en forme de graine, d'où Coccus^
' Cocons, sive Coccum vocabulum est origine Grœcum, Latinis in génère Granum denotans; specialius vcro et per excellenliam Cocium I'lixio audit Granum ex Ilice collecium, cujus apud aniiquos in tingendo colore, qui inde coccineus dictus, usus erat peixelebris llJLEïNius, llisloria naturalis Cocci, etc., p. 1).
coccineus, graine écarlale, à cause de la couleur ronge tirée de la femelle d'une Coclienille). Les insectes hémiptères, homoplèrcs, composant l'ancien genre Cocctis de Linné, forment aujourd'hui une fomille naturelle celle des Coccidé.< ou Cochenilles {Coccidœ), voisine des A])hidiens ou Pucerons. Les très-nombreuses espèces qui la composent sont de petite taille, aberrantes par leurs caractères zoologiques et extrêmement intéressantes dans les phases de leur vie évolutive. Ce sont les Gallinsectes et ProgaUinsecles de Réaumur (Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes, t. IV, p. 1 el 81, 1758). Plusieurs de ces animaux ont été employés dans l'industrie et les arts, et ils comptent au nombre des plus utiles pour l'homme, mais quelques-uns nuisent aux plantes sur les quelles ils vivent, soit eu plein air, soit dans les serres chaudes ou tempérées.
Les caractères zoologiques de la famille des Coccidés méritent d'être exposés avec détails, quelques travaux très-consciencieux ayant été publiés dans ces derniers temps sur les insectes qui font le sujet de cet article.
§ l. Caractères zoologiques. Les milles et les femelles diffèrent extrêmement à l'état dit parlait ou générateur. Le mâle, possédant deux ailes, est dépourvu de rostre; la femelle, toujours aptère, plus ou moins oblongue, épaisse, globuleuse, est nue ou recouverte d'une sécrétion, et son corps se déforme le plus souvent après la fécondation.
Le mâle présente des antennes ayant de 6 à 10 articles, filiformes, pubescentes; les élylres sont grandes, les ailes remplacées par un balancier comme chez les diptères. PaUes plus ou moins grêles, avec un tarse d'un seul article, ou monomère, tcrn)iné par vui crochet; elles sont pubescentes, et à l'extrémité des tarses, on remai'que deux poils particuliers surmontés d'une sphère, ou dilatation, et sur le crochet lui-même, deux autres poils également dilatés. Ces poils, que l'on nomme digilules, vai'icnt de grandeur suivant les genres. La tête olfre une série d'yeux : deux sur le vertex, deux sur le front à la place qu'eût occupé le rostre, si celui-ci eût existé. En outre, dans beaucoup d'espèces, on voit un nombre variable de 2 à 6 ocelles, de sorte que la Cochenille jnàle est quelquefois pourvue de dix yeux; il faut cependant en excepter les Porphyrophora, les Monophlœhus et les Orthezia qui n'ont que deux yeux composés.
Le thoi'ax, qui est très-grand, présente en général une bande transverse placée sur le mésothorax et séparant le prothorax du métathorax, ce dernier presque toujours arrondi en arrière. L'abdomen est grand, plus ou moins allongé, dans l'état de vacuité : après la fécondation, il revient sur lui-même et ne parait alors former qu'une très-petite partie de l'insecte. A l'extrémité du corps, se trouve l'armure génitale et copulatrice formée d'une valve de forme et grandeur variables, suivant les genres, et d'un stylet long, parfois droit ou eu crochet.
De chaque côté, sur le dernier segment de l'abdomen , partent 2 ou 4 fdets, qni dépassent cjuelquefois du double la longueur totale de l'insecte, et qui sont le produit d'une sécrétion cireuse, blanche, provenant d'organes particuliers auxquels les auteurs récents ont donné le nom de filières ; quelquefois, à la place de filets, on remarque des houppes soyeuses {Porphyrophora, Orthezia).
Les femelles, avec une segmentation plus ou moins visible tout d'abord, se déforment généralement après l'accouplement (Lécanides), ou conservent plus ou moins leurs premières formes, comme dans la majeure partie des Coccidés ; et daib cet état, elles ont parfois un certain degré de mobilité. Elles sont tantôt nues, comme dans le plus grand nombre de Lécanides ou de Coccidés, tantôt revêtues
•d'un bouclier formé d'une matière écailleiise comme dans les Diaspidcs ; d'autres fois, à une certaine époque de leur vie, elles se recouvrent d'iuie matière cireuse, comme dans les Ceivplastes, ou cotonneuse comme dans les Dactylopius, ou céro-calcaire {Orthezia). La forme peut se trouver aplatie (Diaspidcs, et parlie des Lécanides), ou globuleuse (Phijsokennes et Kermès), enfin avec des squames caudales (tous les Lécanides), ou sans squames particulières (tous les Goccides). En dehors des grands caractères propres au mâle et à la femelle des Coccidés ou Cochenilles, tous les autres sont variables, et ils ne pcuventservir qu'à former des divisions pour l'étude; ainsi la segmentation plus ou moins visible ne saurait ■être invoquée comme caractère de famille et convient tout au plus dans la créalion des genres. La disparition de toute segmentation ne peut pas servir puisqu'on trouve ce caractère et dans les Lécanides, et dans les Coccidés. Ce qui va ■suivre est donc basé sur les nouvelles recherches et les travaux de Targioni- Tozzetti, professeur de zoologie à Florence {Studii snlle Cocciniglie, Milano, 1867, et Introduzione alla seconda Memoria per gll studi sulle Cocciniglie, Milano, 1868), et sur les diverses publications démon ami, le docteur Victor Signoret, <lai)s les Annales de la Société entomolotjique de France, travaux en cours de publication, mais dont l'auteur a bien voulu me communiquer les suites.
§ II. Classification des Cochenilles ou Coccidés (Coccidœ). D'après tous les caractères énoncés ci-dessus, on a pu juger que les divisions des Cochenilles sont nombreuses; je vais les passer rapidement en revue.
1" Plusieurs groupes, ou tribus, ont été formés de la manière suivante : on a remarqué d'abord les espèces recouvertes pendant toute la vie d'un bouclier, composé d'une substance cornée; elles ont été réunies sous le nom de Diaspidcs (Diaspidi). Le groupe des D/rts/^/des a été divisé eu plusieurs genres suivant la •forme de ce bouclier et aussi suivant la position des lilièrcs du dernier segment de l'abdomen, ce dernier caractère est surtout employé pour la détermination des espèces.
Le genre Aspidiotus renferme les Cochenilles dont le bouclier est arrondi chez la femelle et allongé cliez le mâle, par exemple, l'espèce si commune sous les feuilles de la plupart des Lauriers roses cultivés dans nos serres et jardins. Le genre Diaspis est voisin du précédent, mais le bouclier, chez le mTde, est Irèsallongé, tricaréné, et formé d'une substance cireuse blanclie; le genre Chionaspis, offre une coque mâle et femelle allongée et blanche, celle de la femelle étroite à une extrémité est très-large à l'autre. Le genre Fiorinia est caractéi'isé par le bouclier femelle ne laissant apercevoir, à l'extrémité, qu'une portion venant d'une mue; la seconde portion forme le bouclier eu entier, tandis que, dans les genres précédents, on voit deux mues formant le centre, et autour, une sécrétion qui constitue le reste du bouclier. Ces genres comprennent la majeure parlie des espèces de Diaspides. Le genre Parlatoria, dont le bouclier est allongé, aplati, caréné et noir chez la femelle et beaucoup plus petit chez le mâle ne renferme qu'une espèce de Cochenille se trouvant fréquemment sur les orangers en Algérie et en Espagne.
Le genre Mijtilaspis réunit les espèces à bouclier étroit et en forme de moule, l'une d'elles se rencontre assez souvent sur les arbres des avenues, et sur les arbres fruitiers cultivés en espalier, ou en cordon. Le genre Leucodiaspis , sauf la couleur très-blanclie, ressemble beaucoup au genre précédent; mais, en outre, il présente une double rangée de filières agglomérées en plaques; on renoonlre les. ■espèces sur les feuilles aciculées des Pins, surtout dans le midi.
Le irenre Aonidia ressemble au genre Aspidiotus , mais le bouclier fait corps avec l'animal. Le genre Targionia, au lien d'un bouclier, offre une coque trèscomplète.
2" Le second groupe, ou tribu, comprend, sous le nom de Brachysceliàes:. (Braschijscelidi) des espèces exotiques renfermées dans des galles, ou dans des tubes de consistance presque ligneuse. Schrader {Trariscclions of tlie Entomol. Societ. of New South Wales, p. 1-8, Sydney, 1865) en a forme trois genres : Je^ Brachyxcelis, dont les femelles conservent tous les membres ; les Opkistoscelis, dont les femelles ne présentent que les deux membres postérieurs ; les Ascelis, dans lequel les femelles perdent toute trace de membre. Nous ne connaissons aucune de ces espèces, qui sont renfermées quelquefois dans des grosses galles, atteignant, paraît-il, jusqu'à dix centimclres.
3" La troisième tribu comprend lus Lécanides { Lecanidi) , répartis dans un grand nombre de subdivisions : le genre Aster o-Lecanbim, dont les espèces offrent une fimbriaturc autour du corps ; le genre Lecaniiim réunissant des espèces à corps nu et aplati, mais prenant dans la vieillesse toutes sortes de formes et devenant parfois une boule complète ; l'espèce que l'on rencontre sur les orangers et celles des arbres fruitiers renirent dans cette série. Le genre Piilvinaria renferme les espèces de Coccides qui s'entourent, après la fécondation, d'un amas plus o\\ moins considérable de matière cotonneuse, dans laquelle elles poudent leurs œufs ; l'espèce la plus commune se trouve assez souvent sur les vignes en espalier : c'est le Pw/i'mar/a i)/</s; une autre espèce exotique vivant sur la canne à sucre paraît nuire aux plantations de nos colonies : c'est le P. gmteralpha, ou Pou à poclie blancbe; mais il paraît y avoir deux es|)èces confondues sous ce nom , et nous retrouverons la seconde dans les Dactijlopius. Le genre Philippia est formé avec des femelles s'entourant d'un sac de nialière cotonneuse et vivant sur les feuilles des oliviers en Italie ; il ne faut pas la confondre avec le Lecanium oleœ, qui vit aussi sur l'olivier. Je dois encore énumérer le genre Eriopeltis et le genre Siynoretia dont les espèces construisent un sac cotonneux, mais différent du précédent, l'un se trouve sur les Mdium el Agropynnn, l'autre sur les Lnzula.
Le genre Vinsonia est formé avec une espèce exotique qui se revêt d'une substance céro-cornée, en forme d'étoile de mer [Vinsonia pulchella). Les Ceroplastes sont très-remarquables entre toutes les Cochenilles, car leur corps se recouvre d'ime couche assez épaisse de matière cireuse qui peut servir dans l'industrie et dont il sera question plus bas : tels sont les Ceroplastes ceriferus, C. psidii, C. chilensis, etc.
Le genre Lecanium renferme la plupart des espèces vivant sur nos arbres fruitiers et forestiers; elles ont généralement la réputation d'être très-nuisibles aux plantes, mais il ne faudrait pas prendre trop à la lettre cette opinion. Le docteur Signoret m'a dit avoir vu des plantes qui étaient couvertes de Lecanium et qui paraissaient devoir périr, lorsque un changement climatérique brusque les a débarrassées des insectes. Le même fait a été obseivé sur les orangers et suitout les oliviers; j'y reviendrai plus tard. Les espèces de Lecaniumoi- Irent toutes les formes possibles, tantôt aplaties, tantôt convexes, arrondies, semi globuleuses, globuleuses ou niultiglobulcuses. Citer toutes les espèces serait beaucoup trop long, j'indiquerai le Lecanium hesperidmn sur les orangers, les L. persicœ el rolundiim, sur le pêcher; L. pyri sur le poirier; L. aceris, ubni, ftliciim, etc., etc.
COCHENILLE. iSÔ
Le genre Physokennes se dislingue du précédent à cause d'une cloison médiane formée par la pellicule abdominale de l'insecle; celui-ci se dilalaut toujours dans le sens des bords latéraux, qui finissent par se réunir, alors la peau de l'abdomen se replie sur elle-même et forme ainsi la cloison dont il s'agit. On ne connaît qu'une espèce, le P. hernie njjihus.
Le genre Ericerus estibrjné par les espèces dont le mâle se trouve aggloméré dans une masse ciro-spongieuse employée dans l'industrie. C'est Y Ericerus pela vivant en Chine. Le genre Lecanopsis comprend des Cochenilles vivant sous terre : L. rhizopliila; le genre Aclerda, offre une espèce souterraine comme le genre précédent, et s'en distinguant par l'absence de pattes et d'antennes {A. snbterranea). Le genre Fairmairia se compose d'espèces vivant sous une pellicule d'mi blanc nacré sur des plantes graminées : Aijropyrum et Milium. La Fairmairia bipartita offre une pellicule divisée en deux parties.
Le genre Carteria renferme une Cochenille des plus remarquables, car elle fournil la gomme laque {Carteria Lacca) ; ce genre a été dédié à Carter, qui a le mieux fait connaître l'histoire de ces insectes, histoire sur laquelle je reviendrai plus loin.
Â" La quatrième tribu, ou des Coccides (Coccidi), se trouve constituée par des espèces présentant un menton, ou lèvre intérieure multiarticulée, cl qui n'ont pas de squames de chaque côté de l'anneau géuito-anal. Les mâles sont pourvus d'une valvule et d'un stylet courts et recourbés en dessous; le nombre des articulations des antennes est généralement de dix. Le caractère principal des Coccides était de conserver leur segmentation et leur mobilité jusqu'à la fin de leur existence, mais on connaît des genres qui n'ofireut plus ce caractère, et cependant on a été obligé de réunir ces insectes avec les Coccides, à cause de la lèvre multiarticulée.
Le genre Kermès, qui, autrefois, était confondu avec les Lecanium, et qui même était synonyme de ce dernier, doit le premier nous occuper. Liiuié et Fabricius avaient à tort attribué ce nom à nue autre famille, celle des Psylles. Dans ces derniers temps, quelques auteurs l'ont rapporté à des Aphidiens; les uns et les autres ont amené ainsi les pi us grandes confusions. Targioni et Signoret, que nous avons déjà cités, et dont les travaux fournissent en majeure partie les matériaux de cet article, ont, avec justesse, donné ce nom au groupe parmi lequel se trouve l'insecte connu de tout temps sous le nom de Hermès. Ce nom, ainsi employé, indique nettement un genre caractérisé par des insectes embryonnaires pi'ésentant, dans le jeune âge, tous les cai-actères d'un Cocciis, mais, après la fécondation, se déformant et prenant la forme d'une boule plus ou moins complète. Cette boule dure est formée d'une pellicule cornée, due à une sécrétion de l'insecte,* qui se trouve ainsi garanti lui et sa progéniture. Par l'ébullition ou la macération, plus ou moins prolongée, dans de l'eau renfermant un peu de potasse, on met en évidence l'insecte présentant en dessous la forme du jeune âge, et offrant les caractères de la tribu des Coccides, et non des Lëcanides.
L'espèce la plus remarquable est celle qui fournissait autrefois une belle couleur rouge et dont les anciens tiraient la pourpre : c'est le Kermès vermillio Planchon, sur lequel je donnerai des détails (G. Planchon, Le Kermès du Chêne, aux points de vue zoolocjique, commercial et pharmaceutique, p. 19, Montpellier, 1844) ; les Kermès Bauhini, hallotce, gihbosus, variegcUus, renijunnis, etc., sont d'autres espèces du même genre.
Le genre ISidularia renferme une Cochenille vivant sur le ('licne vert, ayant sur les côtés et le dessous du corps une couche colonneuse eu forme de nid ; le genre Gossyparin se trouve sur l'orme, et offre le même caractère que le précédent, mais en plus des antennes et des pattes, jusqu'à la dernière limite de la vie, tandis que le Nidularia en est privée.
Le genre Anlonina a été formé pour une espèce vivant au pied des chaumes, et qui s'entoure complèlcmcut d'un sac hlanc, cotonneux : c'est V Anlonina purpiirea, ainsi nommée à cause de la couleur rouge pourpre qu'elle présente. Les Capidinia {C. Sallei) sont exotiques, et offrent une sécrétion en forme de lanières envahissant presque l'insecte et la plante, sécrétion nommée Capidino. On les trouve au Mexique.
Le genre Eriococcus {E. huxi) est pourvu d'un petit sac blanc, et se trauve dans le Midi sur les feuilles de buis. D'autres espèces d'Eriococcus {E. rosmarini) vivent sur le romarin, {E. ericœ) sur la bruyère, [E. ihymi) sur le thym, etc.
Le genre Acanlhococcus ne contient qu'une espèce qui forme son nid enferme de sac, d'un jaune grisâtre, dans les sillons de l'écorce de l'érable champêtre, ou même dans l'embranchement des rameaux de cet arbre.
Les Dactijtoplus sont des Cochenilles qui conservent assez bien leur segmentation et qui s'entourent, dans le viel âge, d'une secrétation cotonneuse; chez les adultes, elles présentent une sécrétion lauielleuse ou filiforme sur chaque segment du corps. A l'extrémité sont deux filets très-longs. Les espèces de ce genre sont assez nuisibles, surtout dans les serres pour les plantes exotiques. Dans le Midi, en Algérie, en Espagne, on trouve sur les orangers, le Bactylopius Umonii ; sur la vigne, le D. vitis. Quelques auteurs, entre autres J.-E. Planchon, de .Montpellier, attribuent à cette espèce la Phthiriase, ou maladie pédiculaire cliez les anciens, mais rien ne prouve une telle assertion, et nous ne voyons pas ce que ferait en pareil cas le traitement par la pierre bitumineuse nommée VampélUe. Ces auteurs ont voulu que le Dactijlopius viLis fût souterrain à une certaine époque de sa vie, pendant l'hiver, mais rien encore ne peut leur donner raison. Le Dactylopius vitis vit l'été à l'état aérien, et pendant l'automne, à l'époque de la ponte, il se réfugie où il peut, sous les écorccs et même, au besoin, au collet de la vigne; là, il s'enveloppe, comme toutes les espèces du genre, d'une matière cotonneuse abondante, il y pond ses œufs, qui éclosent aux premières clialeurs, puis l'insecte, au bout de quelques jours, est assez fort, la chaleur aidant, pour se rendre à l'extrémité tendre des jeunes scions de la vigne, surtout autour des parties taillées. Si le froid reparaît, l'insecte s'immobilise ou se rend de nouveau sous les écorces, mais jamais il ne vit sur les racines. Il me paraît plus probable, adoptant l'opinion de Koressios, que le aOup des Grecs est le Iféau de la vigne d'aujourd'bui, le Phylloxéra, dont la taille, à peine d'un millimètre, indique plutôt un pou qu'un insecte qui offre quelquefois 4 à 5 millimètres de longueur, et qu'on peut détruire facilement l'hiver en raclant les vieilles écorces des ceps de vigne (voy. Bull. Soc. ayric. de France, 15 juillet 1870, .Montpellier). Quant aux observations de iMedielski, on ne doit, jusqu'à nouvel ordre, y attacher qu'une faible importance, car cet auteur représente des galles d'hyménoptères sur une feuille de chêne comme étant celles du Phylloxéra.
Le genre Coccus, proprement dit, doit être réservé pour l'espèce tvpique, fournissant la cocbenille {Coccus cacti) vivant sur les Opuntia et certains Cactus, et qu'on élève artificiellement en Algérie, en Espagne, et dans les îles Canaries. Ce
genre se distingue du précédent par l'absence d'un anneau génito-anal. L'insecte iemelle, après l'accouplement, devient sédentaire, s'immobilise cl s'entoure d'une matière cotonneuse comme les autres espèces ; le niiile, pour se métamorphoser, se renferme dans une coque où il éprouve ses différentes mues, il en sort à l'état ailé, et il se hâte de ieco))der les iémellcs, car sa vie est de courte durée. Le genre Icerija est caractérisé par les femelles qui présentent une sécrétion considérable de filaments multicolores et de grandeur variable. L'J. sacchari vit sur les cannes à sucre dans l'île Bourbon. Le genre Ortonia renferme des espèces monstrueuses des Cordillières (Guatemala, Equateur). Leur corps est recouvert d'un très-grand amas de substance farineuse.
Le genre Guerinia, le genre Monophlcehus se rapprochent des précédents. Les insectes du premier laissent exsuder une matière cotonneuse très-considérable, et ont à l'extrémité du corps un filet sinueux assez long; le second genre est remarquable par des appendices charnus, pileux, situés de chaque coté, c'est-àdire au bord de chaque segment de l'abdomen.
Le genre Drosicha est entièrement exotique; le genre Gallipappus de l'Australie renferme des femelles à corps uni, recouvert d'une sécrétion, et dont le mâle présente, à l'extrémité de l'abdomen, une houppe de filaments soyeux.
Dans le genre Orlhezia, les deux sexes, avant la mélamorphose, sont recouverts d'une sécrétion lamellense calcaire. Le mâle, à l'état parlait, présente des yeux à facettes, ce qui n'a pas lieu pour toutes les espèces précédentes ; la femelle, à l'époque de la ponte, sécrète un sac i-emarquable placé à l'extrémité de son abdomen; elle y pond ses œufs; les petits éclosent et puis se disséminent sur la mère, jusqu'à ce que, devenus assez forts, ils se rendent sur les plantes qu'ils affectionnent, telles que les orties, les ronces et une quantité d'autres plantes basses. On a décrit plusieurs espèces indigènes qui, probablement, ne doivent en former qu'une seule.
Le gcju-e Tessarobelus offre une seule espèce de la Nouvelle-Calédonie ; le genre Margarodes, une autre espèce qui s'enferme dans une coque ressemblant à une perle. Ce dernier se rapproche du suivant par les pattes antérieures ibusseuses; enfin les espèces du genre Forphijrophora, dont les femelles ont le tégument d'abord nu, et qui, après la fécondation, s'entom-ent d'une substance en forme de boule dans laquelle elles pondent les œufs, ont chez les mâles, à l'extrémité du corps, une houppe soyeuse; le Porphyrophora polonica produisait la laque, dite de Pologne. Les deux derniers geiu-es vivent sous terre.
Il y aurait encore à mentionner le genre Aspisarciis de Walker {Hist. ofllomopteroiis Insects in the Coll. of liritish Muséum, page 1088, genre 7, 1852), et le genre Chelonicoccus de Costa {Di una singolare Cocciniglia délia fauna ilaliana,]). 9, pi. Vil, fig. B; Atti délia Real Acad. délie scienze fisic. e matem., vol. m. Napoli, 1867), mais il est douteux que ce soient des insectes à classer parmi les Coccides.
Je ne puis que signaler un grand nombre de renseignements utiles qu'on trouvera dans les articles publiés par Curtis et Westwood (dans le Gardenefs dironicle), par Asa Fitch (dans le lieport Ann. of the New-York stale, 1855, 1859, etc.), de Riley de Saint-Louis-Missouri, sur plusieurs Cochenilles {Annual Report on the noxious and bénéficiais Insects) et de Schrader, pour une grande <]uantité de Cochenilles vivant sur les Eucalyptus {Transact. of New South Wales, t. 1, l^-^part., 1863).
L'organisation des Cochenilles, sur laquelle les anciens auteurs, entre autres
18li COCHENILLE.
Lederraami, eu 1762, ne donnaient que des détails imparfaits, a été scrutée dans ces derniers temps. On trouvera dans le travail excellent de Targioni-Tozzetli {Studii sidle Cocciniglie), l'exposé des recherches de Ranidohr, Léon Dui'our, Burmeisler, Lcydig, Leiickart, Huxley, Lubbock, Qaockell, Clans, etc., et les siennes propres. Les téguments des Coccidés, les organes producteurs des substances filamenteuses qui le revêtent et paifois disposés en lames [Orthezia) ou en amas {Ericerus, Ceroplastes) y sont exposés avec soin. Les systèmes respiratoire, digestif, adipeux, musculaire, nerveux, y sont décrits ou représentés daus de nombreuses planches et comparés à ceux des autres insectes, surtout des hémiptères. Les organes reproducteurs ont été l'objet d'une étude spéciale. On sait que ceux-ci offrent dans une famille voisine, celle des Aphidiens ou Pucerons, une structure très-remarquable et sur laquelle Balbiani a fait paraître récemment des travaux extrêmement importants [voij. PucEROiSs).
g m. Physiologie des Cochenilles. Les mœurs des Cochenilles, d'après ce qui vient d'être exposé, ne sont pas très-variables. La femelle fixée sur un végétal est sédentaire ; elle effectue généralement ses mues sur place ; on n'est pas rigoureusement fixé sur le nombre de ces mues, elles doivent être de trois, au plus, et de deux, au moins. Le mâle ressemble à la femelle dans son jeune âge, il se fixe de même, puis il éprouve ses mues, et enfin il construit une coque, ou sac, lorsqu'il n'est pas déjà placé à l'abri sous un bouclier, comme daus les Diaspides; là, il se transforme en pupe, en nymphe, puis, enfin, en insecte parfait. Alors, il sort de sa retraite et s'accouple. On sait comment les métamorphoses ont lieu chez les Lécanides et les Coccidés, mais on l'ignore complètement pour les Diaspides et pour les espèces contenues dans des galles. Chez les Lécanides l'animal étant libre, raccouplcment s'accomplit f;\cilement, mais chez les Diaspides, dont le bouclier est p'us ou moins fixe, l'cxplicaiion échappe encore. Chez ces derniers insectes il n'y a que deux mues, et, par conséquent, trois états successifs pour la femelle, puisque le bouclier est visiblement et rigoureusement formé par les peaux de celle-ci. Quant au mâle, il n'a toujours qu'une pellicule de mue, il y aurait donc ensuite sous le bouclier les mues de la pupe et de la nymphe, ce qui ferait trois en tout.
Quelle est la durée de l'existence totale de ces insectes ? Celle de la femelle est de quelques mois, d'une aunée au plus, mais pour le mâle l'existence doit être plus longue. Ainsi, la mère pond ses œufs l'hiver ou en automne, les jeunes éclosent au printemps, il y a des' mâles et des femelles. Les mâles à l'état de* larve ne peuvent encore féconder les femelles ; ils doivent eux-mêmes attendre l'automne, mettent tout l'hiver à se transformer. En éclosant au printemps ou vers l'été, ils peuvent féconder les femelles nées au printemps; le mâle aurait donc une existence de près de deux années, mais cette question n'est pas définitivement résolue.
Les femelles, une lois fécondées, se déforment plus ou moins, suivant ce qui a été dit en traitant des genres si variés, elles se fixent et s'immobilisent; elles pondent leurs œufs dans des abris, en forme de sacs ou d'amas, formés de matières cotonneuses. Quelques espèces ne pondent pas et sont vivipares, telle sont les Diaspides, et quelques espèces de la première série des Lécanides. Chez les espèces globuleuses, les femelles n'ont plus les moyens ou la force de pondre, et les œufs éclosent dans le corps de la mère ; ce n'est que poussés les mis par les autres qu'ils paraissent à la lumière. Il n'y a, d'après ce qui vient d'être dit, qu'une génération par an ; chez le Coccus cacti, on obtient deux et même tvoi*
géadratious, mais le fait n'est, pas habituel : il est le résultat de la domestication de cette Cochenille, au Mexique et surtout dans les Iles Canaries.
Beaucoup d'espèces de Coccides écrasées entre les doigts, les teignent d'une couleur rouge, à la manière de la Cochenille ordinaire, que j'ai observée vivante. J'ai constaté ces faits maintes fois. J'ai vu, pareillement, les Coccides de diverses espèces placées dans l'alcool, communiquer une teinte carminée à la liqueur conservatrice.
Les Cochenilles ont la propriété non-seulement de produire un revêtement de leur corps au moyen dune substance cireuse spéciale, formant parfois de longs lilaments étudiés par Cestini, Queckett, Targioni-Toz/etti, etc., mais aussi de laisser tomber de leurs filières un liquide sucré. Réaumur qui a parfaitement vu la matière sucrée du Lecanium persicœ Gcolfroy-Fabricius, avait cru qu'elle était formé par la sève du pêcher. Voici la relation de notre célèbre observateur :
« Un matin, entre la mi-mai et la fin du même mois..., je remarquai, et j'en fus surpris, que, la terre qui était au-dessous des branches de quelques pêchers en espalier était bien mouillée, quoique toute la terredes environs fût très-sèche ; là elle semblait avoir été arrosée. Je ne voyais pas ce qui avait pu délerniiner mon jardinier à arroser ces pêchers, aussi ne l'avait-ou pas fait. C'est de la propre sève de l'arbre que la terre avait été mouillée, et elle n'élait mouillée qu'audessous des jièchcrs trop peuplés de gallinsectes, et même qu'au-dessous des bi'auches de chaque pêcher qui en étaient couvertes. Les pêchers qui étaient nets de ces insectes, n'étaient environnés que d'une terre sèche, les branches de ces pêchers étaient sèches, au lieu que les branches des pêchers sur lesquels il y avait beaucoup de gallinsectes, étaient mouillées; elles avaient mouillé les échalas du treillage contre lequel elles étaient attachées, ces échalas étaient tout imbibés d'eau. Après avoir frotté mon doigt contre le pêcher, après l'avoir mouillé, je le suçai et je trouvai cette eau sucrée; je goûtai aussi de la terre qui était mouillée et je lui trouvai le même goût. 11 suit de cette observation que j'ai répétée bien des ibis, qu'il coule une quantité considérable de liqueur par les trous des piqûres faites aux arbres par les Gallinsectes (Réaumur, Mémoires pour servir à ihistoire des Insectes, t. IV, mémoire I", p. 22, 1758). »
Ce qu'avait cru Réaumur au sujet du Lecanium persicœ, c'est-à-dire l'exlravasation de la sève, a réellement lieu pour d'autres espèces, chez le Goi,syparia mannipara Erhremberg, par exemple. Et de plus certaines Cochenilles de la Chine et du Brésil, vivant sur les arbres qu'on a appelés Arbres à cire, sont la cause d'une exsudation qui entoure le corps de l'insecte et qui devient si abondante qu'elle forme un produit industriel, servant à l'éclairage.
La gomme laque, ainsi que je l'expliquerai plus tard est le produit en partie exsudé d'un végélal, et en partie formé par le corps d'une Cochenille vivant sur ce même végétal.
On vient de voir, d'après les observations de Réaumur, que les Cochenilles pi'oduisent une matière sucrée ou miellal. Cette substance ressemble à une couche visqueuse, à un vei'nis couvi'ant lu. surface des feuilles, les branches des plantes, les corps situés au-dessous du point où se trouvent les insectes. Cet enduit sucré, et plus ou moins luisant, dû aux Cochenilles (et pareillement aux Pucerons), est le terrai u favorable au développement de la fumayine {vojj. ce mot), appelée aussi morfée, maladie du noir, etc.
Auguste Rivière a fait, dans les serres du jardin du Luxembourg, des expériences dont j'ai été témoin et qui prouvent que les Cochenilles sont les artisans
directs de la fumagine ou morfée, en produisant le miellat sur lequel les spores de la fumagine se fixent et se développent aux dépens de la matière visqueuse et sucrée (A. Rivière, Sur l'origine de la fumagine, etc. — E. Vxoze, Contribution à V étude de la fumagine, appelée aussi morfee, maladie du noir, etc., lu Bull, de la Soc. botan. de France, t, XIV, p. 12 et 15, 1867).
Il résulte de ces expériences que la poussière noirâtre, semblable à de la suie, recouvrant les feuilles et les objets placés au-dessous des Cochenilles (ou des Pucerons), est due au développement d'un champignon microscopique, non parasite de la piaule, mais vivant aux dépens du miellat produit par les insectes. 11 ne peut rester aucun doute sur ce sujet, malgré l'assertion de botanistes éminents, puisque la fumagine se développe, ainsi que je l'ai vu, sur les caisses en bois, sur les pierres, sur les lames de verre recouvertes du miellat des Cochenilles. Le liquide sucré ne résulte pas directement de la sève sortant par la piqûre des végétaux, au moins dans nos climats, mais du produit de sécrétion venant des insectes (Cochenilles et Pucerons).
J'ai vu, dans le Midi de la France, la fumagine noircir la plupart des feuilles, des branches et même des fruits des orangers et des citronniers, par suite dc^ exsudations sucrées des Cochenilles de ces arbustes. E. Roze, après une étude historique de la morfée, a précisé les caractères du genre botanique Morfea et décrit trois espèces : Morfea citri, M. hesperidi, M. lUviertana {loc. cit.,]). 21).
Les données les plus précises qu'on ait sur le développement de la fumagine, aux dépens du miellat des Cochenilles, sont les suivantes ; elles résultent d'iina communication laite à la Société de botanique par E. Quiiiquaud et non encore publiée : Les cellules de la fumagine ou morlée ne se trouvent pas dans les cellules végétales, mais à leur surface, dans le miellat. Le premier mycélium de la morfée, venant de spores qui germent 5 à 4 jours après le dépôt du miellat, offre des caractères particuliers qu'on ne retrouve plus dans le vrai mycélium, ou définitif, de la morfée produisant les Conidies. Il y a une différence réelle entre les deux mycéliums. Les conditions chimiques du miellat changent avec le premier mycélium, et c'est alors que le second mycélium peut se développer [voy. Fujiagi.ne).
§1V. Cochenilles nuisibles. Les Cochenilles sont considéréescomme nuisibles; il est même admis qu'elles peuvent faire périr les plus grand s arbres ; il yaurait beaucoup à dire à ce sujet. Les plantes qu'elles habitent meurent, en général, plutôt par un état maladif antérieur que par suite de la piqîire des insectes, dont on peut, avec des soins, des arrosages, etc., les débarrasser. L'envahissement d'une plante, par les Cochenilles, est dû à une faiblesse préexistante du végétal, quoique je sois persuadé que les Cochenilles et les Hémiptères, en général, l'echerchent les plantes vigoureuses ; mais les végétaux bien portants, dans une position normale et dans leur état naturel, sont capables de supporter et même de se débarrasser des Cochenilles qui les ont déjà envahis. Ainsi, dit Signoret, jamais une vigne sauvage ne périra, soit par le Pulvinaria vitis, soit par le Dacty lopins vitis. Jamais un églantier ne mourra des atteintes du Lecanium rosce ou dnDiaspis rosœ, mais un rosier greffé pourra en soulfrir. Du reste, une année dans laquelle la température, soit par excès de la chaleur ou de l'humidité, sera mauvaise, pourra favoriser l'accroissement de ces insectes, tandis qu'une autre année pourra tout faire disparaître. Malgré ces réserves, je considère les Cochenilles comme nuisibles en général, ainsi dans les plantations d'oranger le Lecaniutn hesperidum et le Dactylopius citri sont à redouter,, ne fnt-re que par la
fiimagiiic qui envahit et noircit les feuilles et les fruits ; dans les plantations de cannes à sucre, par l'abondance du Lecaniiim gasterapha et de Vlcerya sacchari; dans les vignes, par la grande quantité du Piilvinaria vitis et du DacUjlopiiis vitis; dans les plantations de caféier, par le nombre considérable du Lecaniwn coffeœ, etc. Toutefois, il faut remarquer que c'est par le défaut de soins que le mal s'aggrave et devient très-scricux.
Les Cochenilles choisissent donc, de préférence, un végétal chétif donlles sucs, suivant la remarque de Boisduval, sont modifiés par un état de souffrance antérieure; par exemple, le Laurier-Rose, les plantes qui vivent dans les serres. On sait que le Laurier-Rose, croissant naturellement comme les saules, au bord des ruisseaux, ne présente pas de parasites, tandis que, lorsqu'il végète péniblement dans un pot et privé d'humidité, dans de la terre souvent usée, il est couvert de l'Aspidiotus nerii. U en est de même, je le répète, pour les orangers et les cifroniers cultivés.
La plupart des moyens mis en usage pour détruire les Cochenilles restent souvent sans résultat. Les lavages à la lessive de savon noir sont inefficaces ou inapplicables dans toute une serre. Le lait de chaux, passé avec le pinceau, pendant l'hiver, sur les branches des arbres fruitiers, les résidus du goudron, l'huile lourde de gaz, etc., peuvent être employés. La fleur de soufre a été inefficace, ainsi que les fumigations de solanées vireuses, de tabac surtout. On peut essayer les faisceaux de paille imbibés de coaltar et suspendus dans les branches (les orangers ou des citronniers, la pulvérisation de l'alcool, et surtout l'élagage des rameaux infestés.
Le procédé le plus sur consiste à nettoyer soigneusement les plantes avec une brosse rude; cependant je n'ai pu réussir à débarrasser, par ce moyen, des Dracœna, conserves dans mon cabinet et attaqués par les Cochenilles qui so tenaient à l'aisselle des feuilles et reparaissaient au bout d'un temps variable.
L'immersion dans l'eau, mais l'immersion prolongée pendant plusieurs jours, a réussi enti'e les mains de Lhomme, jardinier de la Faculté de médecine, pour détruire les Cochenilles qui attaquaient des plantes pouvant résister à un séjour dans l'eau.
§ Yl. Cochenilles utiles. A côté des espèces que l'on peut considérer comme nuisibles, il y en a beaucoup que l'on doit regarder comme très-utiles, soit pour les arts et l'industrie, soit même pour l'emploi médical.
Le Kermès ou Cochenille du chêne {Kermès vermilUo G. Planchon, Coccus iiicis Lin. pro parte) ne vit pas ordinairement sur le chêne vert, mais bien sur le Quercus Coccifera, particulier au littoral méditerranéen. Ses noms vulgaires sont Kerincs animal, Kermès végétal, Kermès du chêne, Graine d'écarlate. Graines de Kermès, Coccus infectorius, Coccus baphica. Les femelles desséchées du Kermès commercial so.nt de la grosseur d'une groseille ordinaire, et presque sphériques; leur couleur est d'un rouge brun; elles sont encore adhérant, ou non, aux rameaux des petits chênes, et elles ressemblent entièren.er.t à de petites baies, pour lesquelles on les avait anciennement prises. On les a aussi regardées à tort comme des Galles.
Avant la possession de la Cochenille du Mexique, les Cochenilles femelles du chêne étaient fort employées, aujourd'hui elles sont de plus en plus délaissées depuis que la chimie moderne a créé une série de teintes ronges avec le<; produits de la houille.
190 tiULillUiiMljljlli.
On relirait une belle teinte rouge du Kermès animal, les bonnets grecs étaient teints en pourpre avec cette couleur.
En médecine, on a longtemps fait usage d'une confection alkermès [Mnrgaritarum Kenneshia), de sirops, de pastilles, de tablettes vivifiantes, de trochisque? au Kermès. Un élecluaire aphrodisiaque renferme une quantité notable de celte Cochenille, et, sous le nomd'Alkermès, unélixir italien coloré en rouge est encore servi sur les tables à Florence et à Naples. En résumé, le Kei'uiès ou Cochenille du Chêne, a élé, lour à tour, employé comme astringent, amer, réconfortant, cordial, cl extérieurement et intérieurement dans plusieurs maladies aiguës, dans les apoplexies, les paralysies. C'était l'école de Montpellier surtout qui préconisait ces préparations, presque toutes tombées en désuétude. La Turquie, la Grèce et l'Espagne exportent à peine une certaine quantité de Kermès, après en avoir fait jadis un commerce fort étendu.
La Cochenille du Nopal [Coccus Cach' Linné), appelée souvent Cochenille du Mexique ou de Honduras, existe dans le commerce sous l'apparence de grains un peu rougeàtres, où on trouve la trace de segmentations, et rappelant la forme des groseilles raccornies. Ces Cochenilles sont toutes des femelles desséchées auxquelles on a donné les noms de : Cochenille noire. Cochenille grise ou argentée et Cochenille rougeàlrc, suivant la coloration qu'elles présentent. On distingue aussi les Cochenilles du Commerce : en Mestègue ou fine, cultivée dans les îS'opaleries, et en Cochenille silvestre ou sauvage.
La Cochenille du Nopal, originaire du Mexique, n'a été connue en Europe qu'après la découverte du nouveau monde; les naturels avaient remarqué la couleur rouge qui en provient et s'en servaient avant l'arrivée des Espagnols. Il a été défendu de chercher à l'exporter, et longtemps on l'a prise pour \ine graine sous le nom de graine écarlate. Lopez de Goraara, en 1525, donna le premier la descriplion de l'insecte et du végétal qui le nourrit. Le père Plumier, en 1692, reconnut que la Coclienille du Cactus nopal était de la classe des punaises. En 1700, 'Ihierryde Menouville enleva quelques-uns de ces précieux insectes et les importa à Saint-Domingue. Plus tard, les Cochenilles ont été introduites en Espagne, aux Iles Canaries, dans les possessions hollandaises de la Sonde, à la Nouvelle-Galle du Sud et en Algérie. L'initiative de la culture de ces insectes à Alger, à Oran, à Bône, etc., est due à Simonnet.
A l'état sauvage, la Cochenille vit sur les Cactus opuntia Linné ; Caclm cochenillefera L. ; Cactus Bonjdandia, Kunlh ; Opuntia Tuna Mill. ; qui abondent au Mexique. Pour la domestiquer, on plante des Nopals autour des habitations et on établit ainsi une Nopalerie, de préférence sur un terrain découvert; on l'abrite par une haie de roseaux pour rompre les courants d'air vif, et les boutures de Nopal, de si facile reprise, sont espacées entre elles de trente centimètres sur des lignes placées à un mètre les unes des autres. Telle est la culture à Honduras.
Les femelles recueillies dans les bois, avant la ponte, sont placées sur les nopals, surtout à la bifurcation des raquettes. On sème ainsi les Cochenilles, car les jeunes larves, issues du corps des mères, se répandent sur les Cactus. Ou les répartit ensuite, et au besoin, sur les points vigoureux de la plante.
La récolte se fait un peu avant la ponte, l'insecte femelle ayant la taille d'un petit pois. On réserve des femelles pour les éducations futures, puis on racle les raquettes du nopal avec un pinceau ou un couteau non tranchant, sur des nattes
posées à terre. Pour faire périr les insectes, on les trempe clans l'eau bouillante, mais ces insectes perdent ainsi la matière blanche qui les recouvre ; dant cet état, on les appelle Ranigrada; si on les passe au four, elles deviennent d'un gris de cendre, on les nomme Jaspeada; enfin si on les tue par torréfaclion sur une plaque de métal chauffée, elles sont noires, c'est alors la Cochenille noire, negra. Réaumur pensait que 65,000 Cochenilles pèsent une livre; suivant Fée, il ne faut que 42 ou 45,000 insectes pour ce poids.
Actuellement, les trois CoclieniUes du commerce sont : 1° la mestègue (fine ou jaspée), rougeâtre et couverte d'une poussière glauque ou blanchâtre ; 2" la noire, plus grosse, brune ounoirâtre; 5" la silvestre, ayant vécu à l'état sauvage, brune ou d'un rouge terne, plus petite que les précédentes et moins estimée. Oiia falsifié les Cochenilles avec du talc, ou de la céruse, pour leur donner l'aspect farineux et grisâtre.
Mon ami le docteur Victor Pérez, qui élève la Cochenille à Arotaria (Ténériffe), l'une des lies Canaries, m'a fourni les renseignements suivants : La Cochenille apportée de Honduras en 1825, a prospéré extrêmement, et on est parvenu à en obtenir jusques à trois générations dans la même année. Les femelles posées en octobre sur les feuilles des Cactus, et appelées grand'raères (Abuelas), restent environ cinq mois avant de se reproduire abondamment. Alors on dépose les jeunes sur des feuilles vierges, surtout celles d'un Cactus à fleurs rouges [Ojnintia punica Sagot) qui sont veloutées et non lisses, et retenant mieux le frai ou couvain. Les jeunes restent jusqu'aux mois de juin et juillet pour se reproduire, et cette nouvelle reproduction formée de mèi'es (Madrés) est de nouveau portée sur de vastes étendues de Cactus encore vierges d'insectes. C'est là que se fait la grande récolte d'exportation au bout de 70 à 90 jours, après la répartition des mères sur les Opuntia ordinaires.
Les diflérences du temps plus ou moins rapide entre les récoltes, provient des saisons favorables au développement des insectes. C'est dans l'été, avec une température de + 23° centigrades, que la croissance a lieu en 70 jours, quand le champ des Cactus est bien exposé au Midi.
L'hiver, une température de +10" centigrades est nuisible. C'est pour cela que les seules localités bien exposées au bord de la mer conviennent aux Abuelas et aux Madrés. De plus, on les protège par des tentes, par des morceaux d'étoffe de coton proportionnés à la grandeur des feuilles et qui enveloppent celles-ci, après qu'on y a déposé les insectes. Du reste, la manière de placer les jeunes et les Madrés est assez curieuse. Les mères sont recueillies avec des cuillers en raclant doucement les feuilles de Cactus ; elles tombent dans des paniers qu'on transporte dans des étuves ou chambres du frai, chauffées pour hâter la ponte et la multiplication. Dans ces chambres, la Cochenille productrice est étendue en couches minces sur de grands panneaux qui sont couverts avec des morceaux de toile, coupés en parallélogramme. Les jeunes s'attachent sur ces morceaux, ou chiffons, et au plus tôt on les dépose sur les feuilles en raquette des Cactus. Les chiffons enveloppent les feuilles et les jeunes Cochenilles vont s'attacher sur ces feuilles; le passage de l'insecte sur les plantes, en quittant les morceaux de toile, a lieu dans les 24 heures pendant l'été.
On a aussi des sacs en toile dans lesquels on dépose deux ou trois cuillerées de Cochenilles mères, et qu'on suspend aux feuilles qu'on veut ensemencer.
Ordinairement une énorme quantité de jeunes, ou de frai, est perdue, et on peut seulement compter sur la réussite complète de cinq insectes, dans la pre-
mière pose des Abuelas, sur la réussite de sept dans La seconde et de neuf dans la troisième. De Ln sorte, on a pour chaque grand'mère destinée à la reproduction, la récolte définitive suivante : 1x5x7x9 = 515.
Les bénéfices assurés aux premiers producteurs étaient prodigieux. Eu 1848. les lies ne pouvaient suffire aux demandes venues du continent, et le prix de la Cochenille variait entre 1 1 et 12 francs la livre espagnole de 460 grammes. A f!e^ prix aussi hauts, sans le moindre risque de mauvaises récolles, le rendement annuel de la propriété ainsi cultivée était souvent du double de sa valeur vénale, pendant que les frais généraux ne dépassaient guère 25 pour 100. L'emploi de la fuchsine et surtout de l'aniline aujourd'hui généralisé dans l'industrie, et qui suffit dans bien des cas pour la teinture première à appliquer aux tissus, a forcément diminué la consommation de plus d'un tiers. Depuis 1870, les prix suivent une décroissance constante; en 1870, ils étaient tombés à 4 francs; en 1871, à 5 fr. 57; en 1872, à 3 Irancs; en 1873, cà 2 fr. 50; en 1S74, à 2 francs environ.
La quantité de Cochenille qu'exportent les Canaries sur tous les marchés du monde est considérable. Les chiffres portés sur le tableau ci-dessous ont été relevés avec soin [Annales du commerce extérieur et Journal officiel, 21 juillet 1875).