DE 187-2 A
Aiifrleterrc 3,378,589 livies (ilc 460 grammes'
France 1,955,'Jfit»
Espiiinp 250, 29f;
Aiiu''i'i(|ue 95,585
Allemagne 02,741
Maroc 7.0U0
Hollande 51,959
CAIIPAGNE
DE 1875 A 18~-i
On voit qu'il y a eu en 1873-1874 une diminution de 65,975 livres.
C'est sur l'Angleterre que sont dirigées les plus fortes quantités de Cochenilles.
Le chiffre de "S ,484,581 livres est loin de représenter la totalité de l'exportation directe en France des Cochenilles canariennes. En effet, une notable quantité a pénétré en France par la voie de Cadix pour venir approvisionner nos manufactures du Midi, sans parler des quantités assez importantes arrivant dans le Nord par les voies anglaises.
L'expédition des Cochenilles se fait dans des conditions très-faciles. Ce produit est affranchi de toute taxe, et il est difficile de trouver une marchandise comportant autant de valeur sous un aussi mince volume, qui soit grevée de frais aussi minimes.
La Cochenille a été conseillée dans la dysurie, et dans les toux convulsives. Wachlt, Zimmermann, Benuewitz, Dieudonné, River, etc., cites par RiUiet et Barlhez, l'ont donnée en poudre dans la coqueluche à la dose de oO à 90 centigrammes (E. Barthez et F. Rilliet. Traité clinique et pratique des maladies des enfants, t. II, p. 651, 1855). Je l'ai employée avec succès dans les quintes spasmodiques de la toux nerveuse.
Le docteur Larcher prescrit, depuis de longues années, la Cochenille officinale, dans le spasme convulsif de l'appareil respiratoire, dans les accès d'asthme nerveux; mais c'est surtout dans les quintes convulsives de la coqueluche, qu'il m'a
dit en avoir constaté refficacilé. C'est sous la forme de potion que la poudre re'cente de Cochenille doit être admininistrée. Voici la formule que je conseille avec le docteur Larchcr : Eau distillée de tilleul, 125 grammes ; poudre récente de Cochenille, i gramme ; sirop de fleurs d'oranger, 50 grammes ; à prendre par cuillerées, d'heure en heui'e.
Vicier a proposé la formule du sirop suivant qui se conserve bien : Cochenille, 2 frrammes 50; Carbonate de potasse, 2 grammes; Eau distillée bouillante, 140 grammes; Sucre, 225 grammes. F. S. A. un quart de litre de sirop, à employer à la dose de deux à li'ois grandes cuillerées par jour.
Carmin. La Cochenille ordinaire {C. cacti) produit une magnifique couleur rou"e qui est connue sous le nom de carmin; la plupart des Cochenilles offrent du reste la même couleur fixe et rouge. Le carmin du commerce sous la forme de poudre impalpable est le carmin broyé, on le trouve aussi en pains enfermés clans des boîtes, des bocaux ou enveloppés de papier. On le vend encore délavé dans du blanc d'œufs, ou dans une solution de colle de poisson, d'ofi les noms de carmin a l'œuf, carmin à la gélatine. La valeur du carmin dépend de sa pureté, de sa finesse et de la beauté de sa nuance. Le carmin pur est entièrement soluble dans l'ammoniaque. La préparation ordinaire du carmin se fait en épuisant par l'eau bouillante pure, ou chargée d'un sel alcalin, de la poudre de Cochenille ; on sépare ensuite le carmin par l'addition d'un acide faible ou d'un sel acide.
Les falsifications du carmin sont produites avec de l'amidon, du kaolin, du vermillon. La solubilité complète du carmin pur dans l'ammoniaque permet de reconnaître s'il est falsifié ou non.
La laque carminée (qu'il ne faut pas confondre avec la matière nommée communément gomme laque {voij. le Cocciis lacca, p. 195), est un précipité rouge obtenu par l'addition d'alun à mie décoction alcalinisée de Cochenille. Dans l'origine elle se fabriquait avec le Kermès du chêne, de là le nom de laque de Florence qui lui était donné.
Le carmin est très-employé dans les arts, dans le dessin, la peinture, l'impression des tissus, etc. Il sert pareillement pour la coloration des sirops, des pastilles, des potions, il entre dans la teinture d'Huxham, les poudres dentifrices, etc.
lin anatomie microscopique, on utilise, à l'exemple de Gerlach, depuis 1858, le carmin qui agit plus particulièrement sur les noyaux des éléments cellulaires et sur les éléments à corps granuleux connue les cellules nerveuses, etc. On l'emploie aussi pour distinguer les éléments glandulaires dans le tissu connectif, pour juger du degré d'altération des cellules d'après leur facilité à se colorer. Itanvier ajoute de la solution de carmin à l'acide picrique et obtient sous le nom de picrocarminate d'ammoniaque un liquide colorant pour l'étiule des éléments délicats [Voy. Ch. Robin, Traité du microscope, etc., p. 516 et 525; 1871).
La Cochenille du Nopal et la plupart des gallinsectes que j'ai dit être colorants, doivent leur propriété de teinture à un acide rouge, soluble dans l'eau : acide car minique. Clark pense que la matière colorante, non dissoute dans le corps de l'animal, se trouve en petit grains groupés autour d'im noyau incolore et suspendus au sein d'un liquide incolore, surtout avant la ponte.
relletier et Caventou [Annales de chimie et de physique, t. VllI, p. 250, et t. l1, p. 194) ont isolé la matière colorante, mais à l'étal impur, sous le nom de carmnie et ils la considéraient comme un composé azoté C^M'^AzO^. .\rppe et
mcT. E.Nc. xvnr. 13
194 LULMJliiiIlLliEi.
Warren de la Rue prouvèrent la nalure acide du produit et par une purification complète, ëlimiuèrent les produits azotés ; ils ont obtenu l'acide carminujue, dont voici la formule (MV'Q^ (Voy. Dictionnaire de chimie pure et appliquée de Ad. Wurtz, '1" partie, t. I, p. 769 ; 1870).
L'acide carminique est solide, rouge, pourpré, friable, cristallisant en concrétions mamelonnées. Il est très-soluble dans l'eau et l'alcool, presqu'insolublc dans l'édier. Il supporte une température de 136 degrés; au-dessus il se décorapose. Les acides sulfurique et cblorhydrique concentrés ne le décomposent point, il est attaqué rapidement par le cblore, le brome et l'iode. L'acide azotique le transforme à cliaud , avec dégagement de vapeurs rutilantes en un mélange d'acide oxalique et nitrococcusique. D'après Hlasiwetz {Annal. (1er Chem. nnd Pharm.,i. CXLI, p. 529), l'acide carminique serait un glucoside susceptible de se dédoubler, par l'ébuUitiou avec l'acide sulfurique étendu, en une espèce de sucre particulière et en une matière colorante nouvelle.
L'hydrogène naissant réduit en les décolorant les solutions d'acide carminique, la coloration rouge reparaît au contact de l'air. Une solution ammoniacale d'acide carminique, abandoiméc à elle-même, se modifie au bout de quelque temps, par suite de la combinaison intime de l'ammoniaque avec l'acide, et de la formation d'un amide ou d'un acide amidé. Cette circonstance est utile à connaître pour les préparations d'anatomie microscopique.
Le nouveau produit ne vire plus au rouge jaunâtre avec les acides et donne avec le bicblorure d'étain un précipite violet et non ponceau comme l'acide carminique. Cette nouvelle matière colorante fournit en teinture des violets, de^ teintes amaranthes et mauves, au lieu d'écarlate et de ponceau. Du reste elle se trouve dans le commerce sous le nom de Coclienilte avniwitiacale soit en tablettes, soit en pâle, cette dernière étant d'un tiers environ moins z'iche en couleur rouge cjue la Cochenille ammoniacale en tablettes.
La Cochenille wapvnipare [Coccus manmparus Ehrenberg, faisant partie du genre Gossyparia de V. Signoret), est une espèce très-intéressante, et sur laquelle il convient de donner quelques renseignements.
, C.-G. Ehrenberg a regardé la Manne des Israélites ou sinaïtique, comme le produit d'une exsudation résultant de la piqûre d'un Cocciis, vivant sur le lamarix mannifera, espèce très-voisine du Tamarix gallica. Il a représenté dans ses Sijmbolœ phijsicœ, publiés avec Klug, la plante chargée d'insectes et la manne qui en découle ; il a pareillement dessiné la femelle jeune, puis entourée de son enveloppe cireuse {Munna Israelitariim, fig. A-D).
. Voici le texte d'Erenberg dans ce qu'il a de plus intéressant: « Mannœ succus dulcis nostro œvo per aerem (non e cœlo, sed e fruticis sunuiw apice) in terram cadens etiamnunc in montibus sinaiticis frequens occnrril hodieqiie apud Arabes Man vocatur. Ab indigenis Ara bis et monacis cp-œcis colliyitur et melUs instar cum pane comeditur . E frutice decidentem ipse vidi, colleyi, pinxiel cum planta et animalis exuviis Berolinum attuli. Frutex mannifer... Tamaricem (gallicam) manniferam appellavi. Hujus fruticis rami extremi tenuissimi inUrdum Coccorum copia oblecti et verrucosi sunt eoriimdemqiie insectonwi punctura vulnerantur . Ex vulneribus minimis, nudo oculo mn conspicuis, pod pluvias copiosus succus limpidus, sensim concrescens, et syrupi rufesceniis instar decidens effluit. Ante solis ortum et brevi post, ob aeris calorem moderatum rigidulus est et facilius e terra, rarius ab arbore colligitur; ardente sole
in terra difflml. Qui colligmitMannam, utres hipedales,pedem crassos, paucis diebus replent. »
La Gosiiij paria mannipara ne produit pas seulement une matière filamenlense qui l'enveloppe, elle provoque réellement par ses piqijres l'exlravasation d'un suc sur les branches tenues du Tamarix mannipara. C'est ce suc épaissi et diffluent qui tombe à terre et forme la manne sinaïtique.
Hardwicke a doimé la description d'une substance qu'il appelle de la Manne et d'un Chermts mannifera {Asiatic Researches, etc., vol. XIV, p. l62, fig. ; 1822).
Laqce. Je dois encore signaler une Cochenille, la Carteria lacca (Coccus Jacca Westwood), d'une très-grande importance pour l'industrie, car elle fournit la l'ésine laque et une laque carminée, qui sont d'un emploi considérable dans les arts {roij. Lxquk).
La laque est duc à la simple exsudation, produite par la piqûre de la Carteria lacca, et entourant l'insecte lui-même. Ce produit naturel est très-résineux et renferme une quantité de galles ligneuses dans lesquelles on trouve les insectes; mais les naturels du pays l'augmentent par des incisions artificiellL's.
Le suc qui s'écoule de ces plaies n'est pas de même nature que le liquide résultant des piqûres et qui est entièrement résineux, tandis que le suc provenant des incisions est gommo-résineux; de plus, comme il contient beaucoup moins d'insectes que le premier, il ne peut fournir de carmin. La vraie laque carminée est préparée avec les insectes eux-mêmes qui sont récoltés à cette intention [Carier, On the Nat. Hist. ofthe Lac Insect {Coccus lacca, Carteria lacca V. Siguorel), in Annals and Magas. Natur. Histonj, vol. Vil, 3" série, 1861). — Gernet, Bullet. Sociét. impériale Natural. de Moscou, p. 154, pi. 1, 1863].
AxiN. Au Mexique, on emploie un produit pharmaceutique, spécial, sorte de pommade formée avec une espèce de Cochenille et employé contre les douleurs et les blessures. Ce produit, nommé Axin, est préparé avec l'insecte; on l'écrase et on le fait bouillir dans l'eau, puis après le refroidissement, on ramasse la graisse qui s'est formée et qui surnage, on eu compose des pains qu'on enveloppe d'une feuille d'arbre et qu'on vend sous cette forme (Voy. Revue et magasin de Zoologie de Guérin-Méneville, 1801; Mémoires d histoire naturelle, par le D' Pablo de la Llave, extraits par A. Salle).
CocuEMLLEs A CIRE; Ceroplastes ; Pe-La. Il mc restc à parler de diverses Cochenilles pouvant fournir une cire comparable à la cire des abeilles.
Toutes les espèces du genre Ceroplasles sont susceptibles, par l'ébuUition dans l'eau et après le refroidissement, de donner une cire qu'où n'a plus qu'à épurer pour façonner des bougies propres à l'éclairage, tel est le Ceroplastes ceriferus Andersen, Fabricius, etc.
L'Ericerus Pe-la Westwood; Ericeriis ceriferus Guérin-Méneville, qui se trouve en Chine, fournit une cire remarquable. Mais tandis que, dans les Ceroplastes, c'est le corps de la femelle qui sert pour l'extraction de la cire, chez le Pe-la c'est une masse qui enveloppe les rameaux de plusieurs ])limlcs : les Rhus succeilanus, Ligustrum glabrum, YHibiscus syriacus, le Celaslrus ceriferus, etc. Dans cette masse, on trouve l'insecte mâle qui est l'artisan de cette
19C iju vj iiiiiii lUL/i-i-
nialicrc d'un blanc cotonneux et un peu spumeux. Ce produit si curieux sert dojisle pays à faire des bougies (voy. Comptes rendtis de l Académie des sciences, vol. X, p. 618 et 666; et Revue zoologiqîie de Guérin Méneville, p. 120, 1850).
Ennemis et parasites des Cochenilles. On voit par cet exposé succint que les Cochenilles sont d'une utilité incontestable, tandis que leur action malfaisante est, en réalité, assez restreinte; de plus, ces animaux deviennent la proie d'ennemis nombreux. Sans parler des oiseaux qui les recherchent, les insectes euxmêmes sont pour l'homme des auxiliaires actifs et infatigables.
Parmi les Coléoptères, les Anthrihiis, les Brachylarsiis vivent aux dépens des Cochenilles. Frisch, Léon Dufonr et Ralzebnrg regardent les larves des Anthribides comme carnassières et dévorant les œufs des femelles de Coccidés. j'ai trouvé à Bellevue, près Paris, une branche d'orme, couverte de grosses coques fournies par la femelle du Lecanium vlmi et dont il est sorti le Braclnjtarsm scabrosiis Fabricius. Les corps des femelles du L. ulmi étaient vides et rongées par la larve du Brachytarsus.
Les Hyménoptères des grandes familles des Ichneumons, des Braconides et surtout des Ptéromaliens, détruisent un grand nombre de Coccidés; il existe un genre Coccophagus créé par Westwood. De plus, la Celia troglodytes Schuckard, petit hyménoplère fouisseur, approvisionne ses nids avec une esoèce de Cochenille, d'après les observations du colonel Goureau.
On trouve dans les Névroptères de la division des Ilémérobiens des ennemis acharnés des Coccidés, ainsi que des Aphidieus ou Pucerons.
Enfin, les Diptères du genre Leucojàs ont des larves qui dévorent les Cochenilles des orangers, des citronniers, etc., dans leurs reiraites souvent cotonneuses. J'ai vu éclore, à Paris, la Leiicopis grisea Meigen, des Cocciis citri rapportés de Cannes et de ^ice, et je crois que la larve désignée par Boisduval, dans sou Entomologie Itorticole , p. 549, lig. 48, n° 5, comme une larve de Syrphe, pouirait appartenir au genre Leiicopis; on sait, du reste, que les Syrphides détruisent beaucoup de Pucerons.
Je dois faire remarquer, en terminant, qu'un ancien auteur, Breynius, en 1751, ayant parfaitement vu le mâle du Porphyrophora polonica, le regardait comme une mouche fréquentant les Coccus, mais il faut se garder de mettre actuellement au nombre des parasites des Cochenilles le mâle de ces insectes. Costa, avec une persistance digne d'un meilleur objet et qui n'a qu'un intérêt historique, a critiqué les remarques si exactes de Geoffroy et de Réaumur ; il a voulu prouver que les mâles eu apparence bi-ailés des Coccidés étaient des Diptères, des mouches parasites. Les a-t-il confondues avec les vrais Diptères du genre Leucopis dont je viens de parler et dont j ai constaté le parasitisme? Cela est très-peu probable, car les prétendues Cécidomyies qu'il a représentées sont réellement les mâles des Cochenilles. L'auteur de la Faune napolitaine a dépensé un grand talent à défendre une mauvaise cause, à rendre obscur ce qui est et restera toujours clair. Les observations de Geoffroy et de lléaumur ont été faites surnature; elles peuvent encore aujourd'hui servir de modèle. A. Ladoulbèke.
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COCKI\C'USl\lE. la Cocliiuchine, proprcincul dite, comprend toule cette partie de 1 Empire d'Annani que limite au nord le Tonqiiin, et qui s'éteudjusqu'ù la pointe même de l'Indo-Chine, renfermant ainsi les pays situés au sud et à l'est de la presqu'île. Mais les rapports étroits de climatologie, de constitution du sol, d'influences pathologiques qui unissent la Cochincliine aux contrées limitrophes, donnent forcément à l'étude que nous allons faire une étendue plîis grande au point de vue géographique. Elle comprendra ainsi toute cette portion de l'iiulo- Cliine, située entre les vingtième et dixième degrés de latitude nord et les 101" et 107° de-longitude est, et dans laquelle on trouve le Cambodge, la Cochincliine française, le royaume d'Annam, le moyen et le bas Laos et les pays occupés par les sauvages autochtones.
OiioGiiAriiiE. Hydrographie. Du plateau du Tliibet, descendent, en contreforts, des chaînes montagneuses qui, d'abord très-rapprochées les unes des autres, viennent bientôt à s'écarter en enfermant entre elles les bassins de grands fleuves qui coulent vers l'océan Indien et la mer de Chine. Deux chaînes principales se dirigent vers l'Indo-Chine: l'une, formant la ligne de partage entre les eaux de la Saloiien et du Mé-Nam, traverse tout au long la presqu'île de Malacca. De cette chaîne, se détache vers le 21» de latitude nord environ, sur les confins du Laos et de la Birmanie, une ramification importante qui, tournant au sud-est, vient former la ligne de séparation des vallées du Mé-Nam et du Mé-Kong ou Cambodge, limitant ainsi à l'ouest les pays qui portent le nom de haut et bas Laos. A cette
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chaîne appartiennent les ramifications auxquelli'S se rattachent, dans le royaume du Cambod'Te, les nionlagiies de Pursat et de Baltambang , qui bornent à l'ouest la vaste portion du terrain alluvionnaire conquis sur la mer par les dépôts successifs du fleuve Më-Kong. Ce terrain forme le Cambodge actuel, et la basse Cochinchine ou Cocbincbine française.
La seconde cliahie principale, se détachant du plateau thibétain, dans le Yunan, court vers le sud, à peu près parallèlement au rameau secondaire que nous venons de décrire, forme la ligne de partage des eaux d u Mé-Kong et du Song- Goi ou fleuve du Tong-Kin, et, séparant d abord le Tonquin du Laos supérieur ou royaume de Luang-I'rabang, se rapproche de la côte est de l'Indo-Chiiie pour venir former une limite naturelle entre la Cocbincbine annamite d'une part, le Laos inférieur et la Cocbincbine française de l'autre. Tout le long de cette chaîne prennent naissance de nombreuses rivières dont les unes, se dirigeant vers l'est, sillonnent les provinces cocbincbinoises d'Annam et vont se jeter dans la mer de Chine, et dont les autres, descendant vers l'ouest dans la vallée du Cambodge, forment les afllueuts de la rive gauche du fleuve. La chahie vient en(in mourir dans la (.'ocliinchine française à l'est de Saigon, donnant comme deinières ramifications les pics de Tan-ijui et deNui-Badiuh, ainsi que les montagnes de Baria et du cap Saint-Jacques, qui limitent de ce côté le terrain alluvionnaire du Cambodge et de la basse (.ochinchine.
Le Mé-Kong, dès son arrivée dans le royaume du Cambodge, se partage en trois branches : i" celle du Giand-Lac, véritable soupape de sûreté par où se déversent les eaux au moment de la crue; 2" le fleuve postérieur ou branche occidentale, bras de Cbaudoc et 3° le fleuve antérieur ou branche orientale, bras de Yin-Luong et de My-Tliô, qui se jeltent à la mer par sept embouchures larges et profondes, mais obstruées par des barres ou soulèvements limoneux qui en rendent l'accès difiîcile et dangereux. La basse Cochinchine est ainsi divisée en deux parties, dont l'une, la plus grande, située au nord et à l'est du bas Mé-Kong, comprend d'immenses étendues de terres composées d'humus alluvionnaire et de sable argileux que des cours d'eau sans nombre transforment en boueuses et féconde:, rizières. Parallèlement aux branches du grand fleuve, en effet, s'écoulent du nord au sud et de l'ouest à l'est, de larges rivières que l'on dirait être produites par le rassemblement des eaux d'infiltration du Mé-Kong et qui, à mesure qu'elles s'avancent vers la mer, se creusent un lit vaste et profond qui les rend praticables aux plus grands navires. Ce sont les rivières de Saïgou et de Bien- Hoa, le fleuve Donnai, qui peut être considéré comme formé par la réunion de ces deux rivières, et qui, se dégageant deux fois vers l'ouest, par le Soirap et le Dong-Tranb, se jette enfin dans la mer entre la pointe de Cangiô et le cap Saint- Jacques. Puis viennent les deux Vaico : le grand et le petit dont les eaux s'écoulant entre la rivière de Saigon et le bas Mékong (bras de My-ïbô), viennent déboucher dans le Soirap.
Tous ces cours d'eau qui, suivant la pittoresque expression d'un historien annamite, sont semblables à de « grandes routes qui marchent », sont l'eliés enti'e eux par une quantité de canaux secondaires ou « arroyos » qui forment comme un drainage naturel au sol.
Celte partie de la Cochinchine comprend les provinces de Saigon, de Mythô, de Chaudoc et de Ving-Luong.
A l'ouest du Mé-Kong, la province d'ilaticn, éloignée des embouchures du fleuve, est formée de terres plus élevées et moins chargées d'alluvions, mais
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qu'arrosent encore deux cours d'eau courant de l'est à l'ouest : le canal de Ilaticn et le Rach-Gia qui mettent le lleuve postérieur en communication avec le golfe de Siam.
A l'est du Donnai", dans la partie la plus reculée' de la province de Biea-Iloa, le terrain s'élève et devient montagneux.
Configuration du sol. Si maintenant nous jetons un coup dœil d'ensemble sur toute la vallée du Cambodge, en remontant du sud vers le nord, nous rencontrons d'abord un Delta limoneux enirecoupé par un réseau inextricable de cours d'eau, parsemé de rizières fertiles, de forcis de palétuviers et d'immenses plaines marécageuses où le jonc seul pousse (plaines des joncs) ; puis, à mesure que l'on s'avance vers le noi'd, la constitution du sol se déroule sous forme de plateaux peu élevés, limités de chaque côté par de longues ondulations de terrain qui vont mourir par une pente à peine sensible dans le lit des rivières. Le long de celles-ci se prolongent des terres plates argileuses, recouvertes d'alluvions, et s'identifiant, par leur nature et par leurs productions, avec celles des pays inondés du sud de la Cocliincliine.
Plus les plateaux situés entre les cours d'eau deviennent larges et élevés, plus la région devient riche en cultures variées. Enfin, avec les terrains montagneux apparaissent des forêts magnifiques traversées, le plus souvent, par des ruisseaux assez larges pour en permettre une exploitation facile. Presque toujours, la région forestière et montagneuse est précédée par une succession de collines et de petites vallées très-encaissées, recouvertes d'épais fourrés d'arbrisseaux enchevêtrés les mis dans les autres et mêlés à de véritables champs de bambous.
Les terrains élevés commencent au-dessus de Saigon, dans la province de Bien- ]loa, autour des dernières ramifications de la chaîne de montagnes qui limite à l'est la vallée du Cambodge; ils régnent de chaque côté de cette cliahie, se prolongeant dans le Laos comme dans la Cochinchiiie annamite, entre les lits des fleuves, et venant se confondre avec les terrains cultivés qui confinent aux plaines alluvionnaires. On retrouve cette même configuration de terrain sur la rive droite du Mé-Kong, principalement au niveau des montagnes de Pursat et de Baltambaiig, au nord du Grand-Lac; mais, à mesure que l'on remonte dans le Laos, la haute région desl'orèls devient plus étroite; des plaines vastes et fertiles se déroulent jusqu'aux pieds du massif montagneux qui limite à l'ouest la vallée du Mé- Kong, exhaussées seulement de quelques mètres au-dessus des dépôts d'alluvions qui bordent le fleuve.
GÉOLOGIE. Minéralogie. A mesure qu'il s'avance vers le sud, le fleuve ramasse sur son passage d'énormes amas de débris terreux que lui versent à la fois sur ses deux bords les nombreux affluents qui descendent des montagnes. Partout autour des plateaux sablonneux et des terres élevées se trouvent accumulés des dépôts limoneux, ainsi entraînés parles eaux qui s'écoulent dans la vallée du Mé-Kong. Mais, que l'on considère les alluvions récentes de la basse Cocliincliine, ou celles plus anciennes du Cambodge et du Laos inférieur, partout, la constitution géologique du sol est la même : à une profondeur variable, quelquefois à fleur de terre, on rencontre toujours un 1er limoneux, véritable bog-ore, exploité par les indigènes, comme pièce de construction et, en certains points, comme minerai, quoique la roche soit peu riche en métal. Au-dessus de celle couche, dans la vallée comme sur la hauteur, se trouve le sable que, dans les parties basses, les eaux ont recsuvcrt d'argile et d'humus. C'est à cette formation iJrgilo-lerrugineuseque l'on adonné, enCochinchine, le nom de pierre de Bien-Hoa.
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Elle consliliie la croiile des collines et des monlagnes qui terminent, à l'csl de Sai"on, la ligue de luirtage des eaux du bassin du Catubodge avec les nombreuses petites vallées de l'empire d'Annam. Mais, plus l'on remonte veis le nord, |)iusla nature géologique de la surface des monlagnes prend un caractère de lormaliou plus ancienne. C'estainsi que, dans le Cambodge, les montagnes sont formées de grès et de schistes argileux appartenant au dépôt triasique. Celui-ci repose dans le Laos sur la couche calcaire qui constitue à son toiu- les sommets les plus élevés de la vallée du Mé-Kong. Bientôt, en effet, vers le [7y ou 14" degré de latitude nord, apparaissent sur les berges du fleuve les premiers blocs de marbre dolomitique ou magnésien qui deviennent lort abondants dans le moyen Laos, et qui constituent souvent des massifs montagneux considérables et d'une trèsgrande beauté, comme à Laklion (par 17", 5 de latitude nord). On trouve aussi sur la rive gauche du Mé-Kong du porphyre quartzifère. Suivant Jonbert, le lit du Mé-Kong serait formé en grande partie de syéniles. On y trouveiait encore des argilophyres et des porphyres pyroxéniques. Mais toute la chaîne de l'est qui forme les montagnes de Hué et du cap Saint-Jacques est entièrement constituée de granité et de syénite. Celle lormatiun géologique domine dans la haute Coclhnchine, dans la partie dite montagneuse; dans la plaine, ou retrouve les plateaux sablonneux; et sur le littoral, les dépôts alluvionnaires.
La basse Cochinchine, comme toutes les plaines alluviales, est extrêmement pauvre en produits minéraux; le fer seul y exisle en assez grande quantité. Le kaolin se trouve en grande abondance dans le Cambodge, auprès du Grand-Lac. Entre celui-ci et le fleuve existent de nombreuses mines de houille, qui ne demandent qu'à être utilisées ; et le fer, sous forme de fer oligiste et de carbonate, y est exploité sur une très-grande échelle.
Dans le bas Laos, on rencontre des mines d'or, de enivre, d'argent, ainsi que du platine, du plomb, de l'étain et des pierres précieuses, particulièrement les rubis et les topazes (Cortambert). Il y a du zinc et du cuivre dans plusieiu's parties de la haute Cochinchine (monlagnes de Tourane et de Hué). Le plomb, sous forme de galène, est excessivement abondant dans le Laos moyen, et y est exploité par. les indigènes (Jonbert).
Météorologie. CLisiATorociE. Dans les climats chauds, l'irradiation perpendiculaire du soleil, accumulant sur les régions intertropicales le maximum de calorique, l'évaporation excessive des eaux donne naissance à des pluies torrentielles qui, par leur continuité à une certaine époque de l'année, caractérisent une saison spéciale dite saison humide ou hivernage. Cette saison est appelée aussi saison chaude, parce qu'elle coïncide avec la présence du soleil dans l'hémisphère correspondant. Elle précède et suit, avec des périodes de transition plus ou moins marquées, la saison dite sèche par opposition, ou saison fraîche, parce qu'elle coïncide avec la présence du soleil dans l'autre hémisphère. D'une manière générale, la saison des pluies s'affirmera d'anlant plus dans un lieu, que le soleil sera plus rapproché du zénith de ce lieu; tandis que la saison sèche, au contraire, coïncidera avec son plus grand éloignemeut de ce même zénith ; de sorte que, si l'on considère lui point équalorial oîi les époques de passage du soleil au zénith alternent à périodes égales avec celles où il en est le plus éloigné, on aura deux saisons de pluies et deux saisons sèches.
D'un autre côté, un lieu quelconque, situé sur les tropiques mêmes, verra le milieu de son hivernage coïncider avec l'unique passage du soleil au zénith du tropique. Donc en marchant de l'équateur vers les tropiques, on voit de plus eu
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plus le- deux saisons des pluies se rapprocher pour se confondre en un seul et long hivernage ; et cet hivernage remportera d'autant plus sur la saison sèche que les deux passages du soleil au zénith seront assez rapprochés pour relier ensemble leur même influence météorologique, et assez éloignés pour que 1 écart entre les deux époques, où cette influence commence et finit de se faire senlir, soit le plus grand possible. L'observation démontre, en effet, que les points intertropicaux où l'hivernage se prolonge le plus, sont à peu près à égale distance des tropiques el de l'équateur. Or, il n est pas de contrées où ces conditions météorologiques soient aussi prononcées que dans le sud de la péninsule mdo-cldnoise.
Dans le Cambodge et la basse Cochinchine, l'année météorologique se divise en deux saisons : la saison sèche qui commence à la fin de décembre et cesse à la miavril, et la saison des pluies qui comprend tout le reste de 1 année, c'est-à-dire près de huit mois. Ces deux saisons coïncident à peu près régulièrement aveclcs vents appelés Moussons qui, pendant la saison sèche, soufflent du nord-est, et viennent, au contraire du sud-ouest pendant la saison des pluies. Il n'y a pas, à proj)rcment parler, de saison intermédiaire entre ces deux grandes saisons ; toutefois on peut considérer comme de courtes périodes de transition, les deux époques de l'année où les vents changeant de direction sont Viiriables vers le sud-est, dans les premiers jours d'avril ; et variables vers l'ouest, vers la fin de novembre et le commencement de décembre.
Il n'est peut-être pas de pays au monde où la quantité d'eau tombée pendant l'hivernage soit aussi considérable. Elle est en moyenne cinq ou six fois plus grande qu'en France, el plus du double de celle qui tombe à Pondichéry, contrée qui est située à peu près par la même latitude. Cependant celle quaiitilé d'eau peut varier beaucoup suivant les années. C'est ainsi que l'on trouve, pour les années 1864, 1866 et 1869, à .'^aïgon, les chiffres suivants fournis par Tudomètre : 3'", 197, 2'", 564 et 2'", 180. 11 en est de même pour les jours de pluie; leur nombre varie entre 160 à 210. Nous avons vu que dans les régions iiilertropicales, la saison des pluies coïncidant avec la présence du soleil dans riiémisphère correspondant, était en même temps la saison chaude. Mais il peut arriver, &icest te qui a lidu en Cochinchine, que la continuité des pluies, la quantité d'eau qui tombe, l'extrême humidité du sol, aient assez d'influence pour compenser l'action thermique solaire, et rafraîchir l'atmosphère au point de faire de l'hivernage une saison relativement fraîche.
Les mois correspondants à l'hivernage ne sont point, en effet, dans tout le Delta du Cambodge, les mois les plus chauds de l'année. La température moyenne de ces mois est à peu près égale à celle des mois de la saison sèche ; et si l'on veut rechercher à quel moment cette température moyenne est la plus élevée, on constate que le mois de mars et la première moitié d'avril qui correspondent à l'époque de l'année où le sol est le plus complètement dessécl.é, sont véritablement les mois les plus chauds, tandis que le mois de novembre et la première moitié de décembre correspondant au moment où les terrains inondés sont le plus imprégnés d'humidité, jouissent de la température la plus fraîche.
D'une manière générale et toujours au point de vue thermométrique, le climat du Cambodge et de la (lochinchine française doit être considéré comme un climat à température élevée et constante. Il n'y a guère plus de deux degrés de diflérence entre la température des mois les plus chauds et celle des mois les plus frais; et la moyenne de l'année, égale à 28°, range ce climat parmi les plus brûlants du globe.
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Lorsque les pluies cessent de tomber, les terres inondées outre mesure comnieneeut à rendre à l'atmospiière, pendant la saison sèche, une partie de cette humidité que l'hivernage avait, pour ainsi, dire emmagasinée en elles. Il se forme, pendant le jour, une évaporation incessante qui se traduit la imit, par un serein abondant, elle matin par une rosée excessive. C'est aussi pendant la saison sèche que les variations nycthémérales sont les plus prononcées : l'écart est de 15" en janvier, de 1 6" en février, de 15" en mars. Dans la première moitié d'avril, il est encore de li : pendant la saison des pluies, cet écart se maintient entre 6 et 7° seulement.
Entre les extrêmes accidentels, l'écart est encore plus considérable; c'est ainsi que dans le premier trimestre, enli-e lu température maximum 36", 50 et la température minimum 18, il y a 18", 50 d'écart; ce qui, pour cette époque du moins, range le climal de la Cochinchine parmi les climats excessifs à côté de celui du Sénégal. Pendant le deuxième trimestre, l'écart entre les extrêmes accidentels n'est plus que de 12" (temp. maxim. 36, temp. min. 24), et c'est en pleine saison des pluies, que l'extrême variation thermométrique est la moins grande. I^lle ne dépasse pas 7".
La chaleur et l'humidité, ces deux grandes causes de l'électricité atmosphérique, dominent, comme nous venons de le voir, loulc la météorologie de la (lochinchine. Quelle que soit la saison, en elTct, l'atmosphère renferme toujours do l'électricité en quantité considérable. Pendant la saison sèche, elle se manifeste j)ar de nombreux éclairs, au moment oii la fraîcheur du soir commence à condenser la vapeur d'eau (jue le soleil n'a pas cessé d'enlever au sol pendant toute la journée. Pendant la saison des pluies, chaque jour compte au moins un orage avec tonnerre et éclairs : durant toute la première partie du jour, et à mesure que le soleil s'élève, on voit s'accumuler, de fous côtés, d'immenses nuages d'un gris sombie, que sillonnent bientôt des éclairs de plus en plus répétés; puis, le tonneiTe se fiil entendre avec une formidable intensité, et vers trois heures du soir, une pluie torrentielle vient couvrir la terre d'un déluge d eau. L observation ozonométrique semble indiquer que l'atmosphère n'est pas plus chargée d'électricité pendant l'hivernage que pendant les mois de la saison sèche. Les chiffres vaiient peu. Il ne faut pas oublier toutefois que la coloration du papier iutlicateur peut être due à la présence dans l'air de l'acide nitrique, dans un jiays où la décomposition des matières animales et végétales du sol est extrêmement prononcée.
Pour ce qui concerne la pression atmosphérique, il faut reconnaître qu'eu Cochinchine et au Cambodge, le baromètre ne fournit aucune indication sérieuse. 11 oscilleen général entre 0"',7o5 et 0'",762; et l'on n'y rencontre point ces amplitudes considérables qui caractéi'isent surtout les pays où il existe des saisons intermédiaires bien tranchées et remarquables par les perturbations météorologiques auxquelles elles donnent lieu.
En relevant les diverses observations de raétéorolo"ie, consignées dans les tnivaux des médecins de la marine, et en particulier dans ceux de Richaud, Lalluyaux d'Ormay, Armand, Girard-La-Barcerie et Layet, nous avons pu établir le tableau suivant de météorologie générale, en prenant comme chiffres les moyennes de toutes ces observations.
A mesure que l'on s'avance vers le nord de la vallée du Mé-Kong, la division de l'année en deux saisons devient de moins en moins tranchée ; les périodes de transition s'affnment davantage. Dans le Laos inférieur, les pluies tout aussi
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