CLIFTON
Celle inlerprélation de la jurisprudence est, à mon sens, ce qu'on pourrait appeler un biais légal. La cession d'une clientèle, dans les termes spécifiés cidessus, ne dilfère en rien d'essentiel, quoi qu'on en ait pu dire, de la vente commerciale. Le médecin cédant ne garantit pas, il est vrai, la confiance de ses clients; il se borne à la solliciter en laveur de son successeur, et il fait ce qu'il peut pour la lui acquérir en se retirant lui-même. Mais le commerçant qui vend sa maison ne s'engage pas davantage, ni autrement. Il vend, d'une part, sa marchandise, comme le médecin peut faire de ses instruments, et, d'autre part, ce qu'on nomme vulgairement son pas déporte, c'est-à-dire sa clientèle; et, quant à cet objet de la vente, qui est le principal, il ne contracte à son égard aucune sorle d'engagement vis-à-vis du cessionnaire. Sauf le cas de fraude, qui peut ouvrir une action en justice, celui-ci accepte les chances du marché et escompte à ses risques et périls la confiance des clients actuels de rétablissement.
Ce n'est pas à dire que la jurisprudence qui tend à s'établir soit regrettable. Non ; je veux constater seulement son vrai caractère et avertir que, ne reposant pas sur des bases hors de toute contestation, elle ne paraît pas assise définitivement. A. Dechaubre.
CLIFT (William). Médecin naturaliste anglais très-distingué, qui s'était surtout occupé de paléontologie, né le 14 février 1772 ; il fut de bonne heure attaché à l'illustre John Hunier, comme aide d'anatomie et dessinateur. Il se fit remai^quer dans cette double posilion par les savants et notamment par Cuvier qui cite avec éloge ses belles planches d'os fossiles. Clift remplit pendant de longues années la place de conservateur du Muséum du collège des chirurgiens de Londres; il était membre de la célèbre Société i"oyale de cette ville. Ce savant distingué mourut le 20 juin 1849 à l'âge de soixante-dix-sept ans.
On a de lui :
I. Expérimenta to asccriain the Influence of the Spinal Morrow on the Aclion of Ihc ïïcart in Fisckes. In Plal Transact., t. CV, p. 91 ; 1815 —II. A Descriplion of titc Bones discovered in Cavcrns in llie Lime-Slone Quarries of Oresion {avec .1. 'Wiiiduev). Ibid., t. CXIII, p. 78 ; 1825. — 111. On the Fossiles Bemains of two New Species of Maslodon. In Géologie. Transact. E. Bgd.
CMFTO\' (Francis), médecin anglais, membre de la Société royale el du Collège des médecins, el docteur de l'Universilé de Leyde. Il llorissait dans le premier quart du siècle dernier. Son principal ouvrage : The State of Phijsik Ancien' and Modem (London, 1752, in-8°), a été traduit .en français par M. L. D. F. (l'abbé Desfontaines), et est suivi des expériences faites par Haies, sur le fameux remède de miss Slephens. 11 ne parle guère en faveur de Clifton. 11 est rempli de lacunes, d'erreurs el d'assertions hasardées. Moins patriote que les Anglais n'ont coutume de l'être, il cherche à dépouiller Newton de la gloire d'avoir découvert le système de l'attraction, pour en reporter tout l'honneur à îlippocratc. 11 essaye de prouver que l'anatomie est inutile au médecin; et, après avoir déclamé contre tous les systèmes, il finit par se déclarer partisan du boerhaavisme. Outre une Dissertation (en latin) sur la variole (Leyde, 1724, in-40); un Tabular Observations for the Improvement of PInjsik (175L in-S"), Clifton a traduit, dans sa langue nationale, le Traité d'Hippocrate sur l'air, l'eau et les lieux, ceux des épidémies, du pronostic dans les maladies aiguës; et il y a joint la description que Thucydide a faite de la peste d'Athènes :
CLIFTON (eau minérale de). Il
Hippocrates iipon Air, Waler and Situation ; ttpoii Epidemical Diseases ; and upon Prognosttcks, in Aciite Cases especiallij. To this is addcd [by Way of Comparison) Thucijdides's Account ofllie Plagiie of Athcns. l.ondon, 1734,111-8°. A. C.
CLIFTOX (Eau minérale de) hypothermale, amétallite, carbonique et azotée faible. Eu Angleterre, dans Gloceslershire, ;\ 7 kilomètres à l'onest de Bristol, sur une colline qui domine le cours de l'Avon, cette ville compte près de 20,000 habitants. Un service de voitures publiques la met en communication avec la station du cliemin de fer à Bristol, le trajetsefait en trois quarts d'heure. Le climat de Clifton est relativement doux et peu humide, sa température moyenne est de 16", 8 centigrade pour les mois de juin, de juillet, d'août et de septembre. L'établissement thermal se trouve tout près des bords de l'Avon, et se relie à la ville par une rampe sinueuse de six cents mètres de longueur; du haut de cette rampe, la vue embrasse un paysage riant et varié ; un beau pont suspendu prend son point d'appui sur les rocs escarpés qui bordent la rivière et franchit, avec une grande hardiesse, toute la largeur de la vallée. La douceur de l'air permet aux malades de suivre un traitement thermal pendant toute l'année.
Une seule soui^ce nommée Hotwell (puits chaud) émerge sur le bord droit de la rivière. Son eau claire, limpide et transparente, sansodein- ni saveur, est trèspeu gazeuse, c'est à peine si quelques bulles montent à sa surface. Sa réaction est alcaline. La température de l'air étant de 21" centigrade, celle de l'eau est de 25° centigrade. L'analyse chimique de la source d'ilotwell a été faite par William licrapathqui a trouvé dans 1,000 grammes d'eau les principes suivants :
Carbonate de chau\ 0, Î524
— inagncsii' 0,0090
— fer 0,0015
Sull'ale do cliaux 0,1408
— soude 0,0150
— magnésie 0,0180
Cliloruie de sodium 0,0810
— magnésium 0,0.">11
Azotate de magnf'sip 0,0-il5
Silice . . . . " 0,0039
Ditumc 0,0:i23
Total DEi matièhes Fixts 0,(i'280
Dans un gallon impérial égalant i litres 5-13j ;
Gaz ! ''''^"''^ t'irbonique 143, 386'2 ce. = 8,7'-) pouces angl.
! azote 107,4377 = G.ilG —
ToTAi, D!;s CAZ i50,'--3"J ce. lij.31 p. c. angl.
Des canaux souterrains partent du griffon de cette source et aboutissent à la buvette et à la piscine de l'établissement. La salle de la buvette, ornée d'un petit jet d'eau, contient un débit de vin, de liqueurs, de pâtisseries et même d'articles de mercerie que l'on est assez étonné de rencontrer dans un pareil lieu. On lit sur l'un des murs, au-dessus d'une petite statue de la Renommée, ces mots : « Api^rov p.îv itSoif) )) ; au-dessous se trouvent des plaques de marbre auxquelles sont scellés trois robinets. Celui du milieu, surmonté d'une coquille de marbre, versait autrefois de l'eau de seltz artillciellc, on ne s'en sert plus aujourd'hui. Le second robinet n'a non plus aucun usage ; le troisième donne seul l'eau minérale, qui est amenée par une pompe à main aspirante et foulante, dont on fait manœuvrer le piston selon les besoins du service. L'inscription The Spa Water per ID Penny Glass (l'eau pour 10 centimes le verre) renseigne le visiteur sur les habitudes de la buvette de Clifton. Mais cette eau est beaucoup
12 CLIFTON (eau minérale de).
plus consommée à Clifton et à Bristol qu'à l'établissement même, où les malades la font prendre en bouteilles pour éviter la fatigue du trajet rendu difficile par l'escarpement de la colbne.
MorE d'admimstration et doses. L'eau de Clifton s'emploie en bains dans une magnifique piscine de 12 mètres de longueur, de 6 mètres de largeur et de près de 2 mètres de profondeur où l'on peut se livrer à l'exercice de la natation. Une barre transversale de bois, supportée un peu au-dessus de l'eau par deux montants de fer et deux cordes à nœuds, sert aux exercices gymnastiques pendant la durée du bain. Un trottoir règne tout le long de la piscine, du côté opposé à la porte d'entrée et conduit aux 6 vestiaires établis aux extrémités de la pièce. Une clieminéc cliauffe en toute saison les baigneurs qui n'ont pas redouté la basse température de l'eau. En résumé, l'organisation de ce poste est très-incomplète, et s'il doit être regardé comme un des principaux de l'Angleterre, il faut convenir qu'en France ou en Allemagne, il compterait à peine comme station minérale. Les eaux de Clifton se prennent en boisson surtout ; ses bains de piscine ont été jusqu'ici considérés bien plutôt comme des bains d'agrément que. comme des agents actifs de la thérapeutique. Les eaux de Clifton se donnent à la dose de trois à huit verres, le matin à jeun, et à vingt minutes d'intervalle. Les bains de piscine, qui n'ont qu'une température assez basse (21" centigrade) doivent être assez courts et leur durée dépasse rarement un quart d'heure ou vingt minutes. Il faut avoir soin de ne pas le prolonger jusqu'au frisson qui se produit presque toujours après une immersion un peu longue ; si les baigneurs persistent à rester dans l'eau, il survient un état cyanosique accompagné d'un froid tel que la l'éaction a de la peine à se produire et que quelques accidents nerveux peuvent apparaître sans profit, au détriment même de la santé de celui qui commet cette imprudence.
Emploi thérapeutique. Les eaux de Ilotwell à l'intérieur ne déterminent aucune action physiologique sensible ; cela est si vrai que tous les employés de l'établissement de Clifton ne boivent jamais d'autre eau et que leur santé n'a jamais eu à en souffrir. Les bains de piscine ont un effet tonique et sédatif qu'explique parfaitement la température de l'eau. Les eaux de Clifton, en boisson comme en bains, ont une action diurétique chez les personnes qui ne sont pas habituées h leur emploi. Cette vertu les a fait conseiller d'abord dans certaines affections des voies urinaires (néphrites chroniques, coliques néphrétiques, gravelleet catarrhe de la vessie), et il est certain qu'ingérées en assez grande quantité, elles donnent des résultats que personne ne conteste. Les affections des voies aériennes chroniques et môme subaiguës sont très-utilement soignées par la cure interne de l'eau de Clifton. Les malades voient sous son influence leurs rhumes disparaître et devenir moins fréquents, leurs bronches sécréter plus facilement et se débarrasser de crachats muqueux ou purulents qui se produisaient depuis longtemps. Le traitement interne a certainement guéri plusieurs malades qui souflraicnt de laryngites, de trachéites et de bronchites chroniques simples, mais les eaux de Clifton ne bornent pas leur prétention à une thérapeutique sans éclat: elles veulent encore remédier aux accidents engendrés par l'existence des tubercules à quelque degré qu'ils soient et s'opposer au développement de la phthisie pulmonaire à toutes ses périodes. Sans combattre d'une manière absolue les prétentions évidemment exagérées des eaux delà source de Clifton, nous faisons toutes réserves à ce sujet, comme cela est notre habitude lorsqu'il s'agit de sources plus actives même que celles de Clifton.
La durée de la cure est en général de vingt à vingt-cinq jours.
On n'exporte qu'aux environs l'eau de la source de Clifton. A. Rotureau.
EiDLioGRApniE. — Anonyme. Clifton Spa, F. B. In The Bristol Mercurij, 5 febr. 1855. — HEiiAPATrr (W.) ami Etiiehidge (I'. .1. The Handbook for visitors to the Bristol and Clifton Holwells [Illustrated by plater), containing a Chemical Analysis of the Spa; also, observations ils Internai and Eiteriial uses, to which are added a Geological sketch of the Avon District. Bi'istol and Clifton, in-l2, GO pages. A. R.
CLIGXOTAl^TE (Mejibrane). Membrane qui, chez les oiseaux, se ti'ouve placée verticalement à l'angle interne de l'œil, et que l'animal tire sur l'œil comme un rideau, pour le garantir de l'impression de la lumière. D.
CLIGXOTE.nEXT. On enlend par « clignotement, « les mouvements rapides et passagers d'occlusion et d'ouverture des paupières. 11 est naturel ou morbide : naturel, et s'accomplit si aisément et si proraptemcut qu'il attire à peine l'attention; morbide, il paraît dépendre d'un état convulsif de l'orbiculaire des paupières et constitue un véritable tic. Une conjonctivite légère, un cil dévié peuvent-ètre, au début, la cause de ces mouvements précipités, qui finissent l'habitude aidant, par constituer une grimace déplaisante. Faire disparaître lu cause, s'il s'en découvre une, est la seule indication à observer. W.
CLIMAT. 1. Notion du climat. L'astronome, le géographe, le météorologiste ont eu, et ont encore, leur conception particulière du mot climat ; le biologiste (et je comprends, connne de raison, sous cette appellation commune, le botaniste, le zoologiste et le médecin) aie droit d'avoir la sienne. Pour lui, le climat est un modificateur complexe de la vie, dans lequel interviennent la chaleur, l'humidité, la pression et les mouvements de l'air, la lumière, l'électricité atmosphérique, l'ozone, engagés dans des combinaisons d'une variété en quelque sorte infinie.
Les termes de cette définition demandent à être justifiés. Elle s'éloigne sensiblement, en effet, de la conception hippocratique du climat, laquelle est devenue classique et a inspiré la plupart des médecins qui ont écrit sur ce sujet depuis Hippocrate. Son traité sur les Airs, les Eaux et les Lieux (innOKPATOTZ TrE^ot aipwj, u'îa-rwv, ■7o-wv) indique par son titre même, l'universalité des influences locales que le Père de la médecine rattachait à l'idée de climat. 11 voulait que le médecin « qui se propose de faire des recherches exactes en médecine » étudiât l'influence des saisons, des vents, du sol, des eaux, du régime alimentaire, du genre de vie et des mœurs des habitants: et il promettait à celui qui prendra ainsi une connaissance approfondie des lieux où il va exei'cer son art, d'arriver à bien connaître la nature des maladies régnantes et de n'être « ni embarrassé dans leur traitement, ni exposé aux erreurs que doivent naturellement commettre ceux qui négligent ces connaissances préliminaires » (Hippocrate, Traité des Airs., des Eaux et des Lieux, traduction Coray, t. 1, chap. 1. p. 7). S'clevant à des considérations philosophiques de la plus haute portée, Hippocrate, devançant en cela Cabanis, Montesquieu, Bodin, etc., ne s'était pas borné à l'étude purement physiologique des climats, mais il avait aussi jeté les bases de cette cdotrine dont on a tant abusé depuis, et qui subordonne les mœurs, les sentiments, le génie et les conditions politiques des peuples aux influences des climats sous lesquels ils vivent. Cet admirable livre, sans contredit, le plus beau monument qui ait jamais éié élevé à l'alliance de la philosophie et de la méde-
i( Li 1 m a. 1 .
cine embrasse, à dire vrai, toute la topographie médicale, dont il formule le programme avec une autorité que les progrès de la médecine n'affaibliront jamais.
On peut se demander, toutefois, s'il est permis actuellement de donner au mot climat un sens aussi compréhensif et s'il n'est pas plus rationnncl et plus fructueux pour l'étude de le restreindre aux seules influences qui dérivent de l'atmosphère en tenant compte, toutefois, des influences météorologiques réciproques qu'échangent le sol et l'atmosphère naturelle qui l'entoure. C'est ainsi que les eaux qui recouvrent des surfiices plus ou moins étendues d'une localité, la nature du sol, l'abondance ou la pénurie de la végétation, l'existence de couches aqueuses superficielles ou profondes, etc., impressionnent diversement l'atmosphère dans le sons d'une température accrue ou diminuée, d'une sécheresse ou d'une humidité plus ou moins grandes, gouvernent dans une certaine mesure les hydrométéores qui s'y passent, etc.; mais cette influence purement météorologique du sol est la seule dont l'étude des climats ait à tenir compte. En quoi, par exemple, les qualités des eaux potables, les miasmes qui se dégagent des eaux stagnantes, etc., pourraient-ils entrer légitimement dans une étude de ce genre? La climatologie n'est qu'une des parties de la topographie médicale ; son domaine est purement météorologique et elle ne saurait en sortir sans compliquer, par la réunion d'influences diverses, un problème biologique et thérapeutique déjà suffisamment complexe.
Je devais insister sur ce point, parce que les auteurs qui ont écrit le plus récemment, et avec le plus de fruit, sur cette question difficile des climats ont réuni, dans ce mot, les influences telluriques aux influences météorologiques et n'ont pas séparé, par conséquent, l'étude du sol de celle de l'atmosphère.
C'est ainsi que Viiey comprend dans l'étude du climat « l'observation de toutes les altérations que notre corps éprouve de la part de l'air, des eaux, des lieux, dans les différents pays, selon les saisons, les vents, les degrés de chaleur ou de froideur habituelles, l'exposition, l'élévation ou la dépression des terrains, leur sécheresse ou leur humidité, leur fertilité ou leur stérilité, et suivant la nature des aliments qu'ils produisent, des eaux qui en sourdent, enfin, tout ce que la diversité de ces circonstances physiques apporte de particulier dans le genre de vie, la santé, la disposition aux maladies des peuples de chaque contrée, suivant les âges, les sexes » (Virey, Dict. des Se. mécl, 1815, t. V, p. 530).
De môme, Foissuc embrasse-t-il dans l'élude du climat l'ensemble des circonstances physiques propres à chaque localité (P. Foissac, De Vinflnence des climats sur Ihomme et des agents physiques sur le moral, Paris, 1867, t. I, P- 7)-
L'auteur du savant article Climat du nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, Jules Rochard, a également donné cà ce mot le sens hippocratique et pour lui, les climats constituent « des surfaces du globe qui présentent les mêmes conditions physiques et qui réagissent de la même manière sur la santé de leurs habitants {Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratioues, 1868, t. Ylll). ^
J'ai expliqué plus haut les raisons qui me portent à restreindre le sens du mot climat et à en faire une étude de météorologie appliquée. Cette façon de procéder me paraît avoir l'avantage de mettre mieux en relief les influences de l'atmosphère, en les séparant de celles du sol et des eaux. Le problème réduit à
CLIMAT. ir>
ces termes est encore, on le verra bientôt, sufiïsamment complexe. Un autre avantage, de vîileur secondaire, il est vrai, sera de rattacher plus étroitement cette étude d'hygiène, d'éliologie et de thérapeutique à celle qui a été faite dans ce même Dictionnaire, à l'article Métiîorologie {votj. ce mot).
J'adopterai donc la délinition de Humboldt, mais en eu supprimant le terme que je figure eu italiques : Un climat est l'ensemble des variations atmosphériques qui affectent nos organes d'une manière sensible : la température, l'humidité, les changements de la pression barométrique, le calme de l'atmosphère, les vents, la tension plus ou moins forte de l'électricité atmosphérique, la pureté de Vair ou la présence de miasmes plus ou moins délétères, enfin le degré ordinaire de transparence et de sérénité du ciel {Cosmos, Paris, 184G, t. 1, p. 377).
Si j'abstrais de cette définition la condition de pureté ou d'impureté de Vair, c'est que celle-ci est surajoutée au climat et ne saurait être considérée comme l'un de ses éléments constituants. Une surface étendue d'eau vive, et ■dès lors inoffensive, devient stagnante ; de grands travaux de remuement du sol, dans une localité, y sèment des miasmes fébrigcnes qu'elle ne connaissait pas auparavant; des industries insalubres s'y établissent, etc. ; peut-on dire que son climat ait changé? Non, sans doute, pas plus qu'on ne peut dire qu'une épidémie de choléra change le climat d'un pays sur lequel elle sévit. Une des grandes difficultés de l'étude médicale des climats vient précisément de cette confusion qui rend inextricable ce qui était déjà fort difficile.
Pour moi, le climat est donc la manière d'être habituelle de l'atmosphère d'un pays, sa formule météorologique et cette conception inspirera cet article tout entier.
Jusqu'ici, on a sm-tout étudié les climats de zones ; je m'efforcerai de démonti-er que ces généralisations, fort élevées et fort intéressantes en elles-mêmes, sont purement spéculatives, et en tous cas prématurées ; qu'elles peuvent, si elles ne sont corrigées par l'étude des chmats de localités, entrahier dans la pratique à des eri'eurs préjudiciables. Ici, comme en toute autre chose, il faut se garder de mettre l'abstrait avant le concret et d'essayer des généralisations avant d'avoir réuni les faits qui seuls peuvent leur offrir une base solide. Or, les faits en climatologie médicale sont fournis par les climats d'habitat, dont chacun est constitué, par une combinaison, en proportions déterminées des divers éléments météorologiques dont j'ai parlé tout à l'heure. C'est là, si je puis ainsi dire, l'espèce climatique. Les climats d'habitat qui, se ressemblant par des qualités fondamentales, diffèrent à des points de vue accessoires, constitueront, en se rapprochant, les genres climatiques ou climats de localité. Ceux-ci groupés de la même façon formeront les ordres climatiques ou climats de régions. De la réunion des ordres climatiques on formera des classes ou climats de contrée et, enfin, ceux-ci, groupés entre eux conduiront à la division la plus compréhensive, celle des climats de zone, lesquels sont l'expression la plus générale de cette parenté météorologique.
Le climat de localité (à défaut du climat d'habitat) est, à proprement parler, le seul dont l'étude pi"atique offre un intérêt réel, je le mettrai donc au centre de cette étude comme son pivot rationnel.
Au lieu de me servir uniquement des critériums physiques ou instrumentaux comme base de caractérisation des climats, je recourrai, autant que je puis le faire, à l'épreuve d'un réactif bien autrement sur, de la vie, interrogée dans la flore et dons la faune des localités ou des pays auxquels se rattache chaque genre
iCi CLIMAT.
de climat. La géographie zoologiquc et la géographie botanique ont fait dans ces dernières années, des progrès qui permettent, en effet, de leur demander certaines applications h l'étude des climats. La vie humaine examinée dans ses formes, dans sa durée, dans les troubles pathologiques qui la traversent, constitue elle-même un réactif, plus faillible, sans doute, que la vie animale et surtout que la vie végétale dont la spontanéité est réduite au minimum, mais encore les enseignements puisés à la première de ces sources ne sont-ils nullement à dédaigner.
IL Éléments des climats. Les facteurs d'un climat sont : 1" la température; 2" l'humidité; 3" la pression de l'air ; 4» les vents ; 5° l'état électrique et ozonique ; 6° la luminosité, c'est-à-dire l'état nébuleux ou serein du ciel.
Je vais les étudier successivement au point de vue de leur nature et de leur réi/ime, c'est-à-dire de leur distribution dans le cours de l'année ou de ses divisions. Je montrerai, en effet, que la distribution de la chaleur, de la lumière, de l'humidité dans un climat, exerce sur les organismes qui en reçoivent l'influence une action, tout aussi décisive que V intensité même de ces modificateurs.
L Chaleur atmosphérique. La chaleur est. sans contredit, le plus important de tous les éléments de climat, il se subordonne les autres, dans une certaine mesure et l'on comprend que, frappés de cette particularité, tous les cliniatolon^istes aient pris la température comme base de la caractérisation d'un climat et de la classification des climats entre eux.
Une simple énumératiou des aspects divers sous lesquels le médecin doit envisager la température d'un climat donnera une idée de la complexité d'une étude pareille et de la diversité, en quelque sorte infinie, des climats que ce facteur, modifié eu lui-même et combiné à chacun des autres et à chacune de leurs modalités, est susceptible de produire.
L'étude de la tempéi'ature d'un climat embrasse en effet : 1" la quantité annuelle de chaleur versée sur l'unité de surface du lieu ; 2" la température moyenne annuelle ; 3" les maxima et minima de l'année ; 4° les moyennes, les maxima et les minima de chaque saison ; 5» les moyennes, les maxima et les minima de chaque mois ; 6" les moyennes, les maxima et les minima de chaque période nyctéraérale ; 7° les moyennes, les maxima et les minima de chaque jour; 8" les moyennes, les maxima et les minima de chaque nuit; 9' les moyennes, les maxima et les minima de chaque période horaire du jour, divisé en quatre parties.
La température de la terre est commandée par trois influences : 1" la chaleur du soleil ; 2" celle du foyer central ; 3" la température des espaces interstellaires qui ont, comme l'a démontré Fourier, une température fondamentale, uniforme, la même pour tous les points de l'espace dans lequel s'accomplissent les mouvements de notre système planétaire. Cette température iiitcrsiellaire, évaluée à 100 ou 150° au-dessous de zéro, contribue à régler celle de la terre ; mais bien entendu, en dépensant une partie de la chaleur que celle-ci reçoit de ses deux sources positives de température : la radiation solaire et la chaleur centrale. Celle-ci étant évaluée à environ un 36® de degré, on peut pratiquement l'abstraire et considérer la température propre de la terre comme la résultante de l'influence échauffante du soleil et de l'influence refroidissante des espaces célestes.
Les recherches instituées par Pouillet, à l'aide de son pyrhéliomètre, lui ont
CLIMAT. il
{lermis d'apprécier la quantité de calories absorbée, pendant l'unité de temps, par une surface identique à elle-même. 11 a reconnu que si les rayons du soleil arrivaient intégralement à la terre sans être absorbés par l'atmosphère, chaque mètre carré du sol recevrait par minute 17,635 calories, ce qui porterait à l,'-jOO quintillions de calories la quantité de chaleur reçue du soleil par la terre dans l'espace d'une année. Ce physicien, employant une image plus sensible de cette immense quantité de chaleur solaire, l'évalue à celle qui serait nécessaire pour fondre une calotte de glace, enveloppant uniformément la terre et d'une épaisseur de 30'",89 (voy. A. Guillemin, le Soleil, 1869, p. 25).
Mais cette quantité de 17,633 calories envoyée par minute à chaque mètre carré de surface terrestre (quantité admise pir Pouillet, et considérée par tous les physiciens comme trop faible) est f rès-incgalement répartie ; les différences dans les distances qui séparent du soleil le même point de la terre aux diverses <;poques de la translation de notre planète autour de lui ; l'obliquité plus ou moins grande des rayons du soleil, par rapport aux divers points de la surface terrestre; la différence réciproque de durée des jours et des nuits sont les causes ' astronomiques de l'inégale répartition, entre les divers points de la terre, de la masse totale de chaleur envoyée par le soleil à notre planète. A ces causes viennent s'en ajouter de telluriques, suivant les conditions d'absorption ou de rayonnement des surfaces échauffées, et d'atmosphériques, suivant les quantités de vapeur d'eau que contient l'atmosphère et qui d'une part, comme l'a si bien établi Tyndall, conservent à la terre la chaleur qu'elle a reçue, en empêchant le rayonnement de cette chaleur vers les espaces interstellaires, et, d'une autre part, absorbent une certaine quantité de la radiation solaire, de telle sorte que î'eau atmosphérique peut-être considérée comme le régulateur de la chaleur terrestre.
Si notre globe avait une orbite circulaire autour du soleil, si son axe n'était pas inchné et si, par suite, son équateur était parallèle à l'écliptique; si l'atmosphère contenait partout les mêmes quantités d'eau, réparties de la même façon ; «i sa surface était lisse, sans aspérités ni dépressions; si sa substance était uniforme et se comportait de la même façon relativement à l'absorption, à la rétlexion et à la conductibilité calorifiques, chaque unité de surface placée sous le même parallèle recevrait et garderait la même quantité de chaleur solaire. Mais l'allongement de l'orbite en ellipse ; une simple inclinaison de ^ô^S? de i'axe de la terre sur le plan de cette orbite ; la diversité introduite dans la structure du globe, dans la répartition de l'eau et du sol, de Varidnm et du siccum, dans la hauteur de ses divers points, ont créé cette infinie variété qui est un des charmes de la nature, et l'une des sources les plus fécondes des influences qui modifient la vie humaine.
Il faudrait une observation indiscontinue pour arriver à déterminer, à l'aide du pyrhéliomètre, la quantité de chaleur versée par le soleil sur un point déterminé, ou plutôt celle qui arriverait jusqu'à lui. On imaginera sans doute plus tard des appareils enregistreurs qui additionneront ainsi la chaleur solaire, mais actuellement on se borne à rechercher quel est le maximum de radiation caloi'ifique reçu du soleil dans les divers points du globe. On y arrive à l'aide d'une boîte vitrée, vide d'air, contenant un thermomètre dont la boule est noircie, et qui, renfei'mant un index mobile de porcelaine, fonctionne comme thermomètre à maxima.
On ne possède encore que des données incomplètes sur la température à la- DICT. EKC. XYIII. S
18 CLIAIAT.
quelle peut mou ter, daus les différeuts pays, un thermomètre ainsi exposé aux rayons du soleil. Dans l'Inde, sir H. James, au dire de Parkes, a constaté le 14 juillet 1864, dans ces conditions, une température de 257» Fahr, soit 9-.° centigrades (Parkes, i Mamm/ of Practical Hygiène. London, 1809, p. 461). M. Armand a observé, en Algérie, 72» au soleil ; il ne dit pas s'il s'est servi d'un thermomètre libre ou enfermé, et si la boule en était enduite de nou' de. fumée (Ai-mand, Traité de climatologie générale du globe, 1872, p. M).
Cette température rapprochée du minimum de — 72» observé au nord du détroit de Behring mesure donc une échelle de plus de 140» centigrade qui donne une idée de la souplesse climatérique de l'homme lequel peut supporter sans succomber des températures aussi excessives.
11 serait à désirer que ces observations fussent multipliées dans les pays chauds, où l'intensité de la radiation solaire est susceptible de déterminer des accidents, en particulier des coups de soleil {sun-strokes) sous leur forme la plus grave. 11 y a plus, ces recherches pyrhéliométriques, même dans les climats tempérés, en permettant de comparer au même moment, le maximum au soleil au maximum à l'ombre, à la même heure et dans les mêmes conditions d'exposition, pourrait rendre compte, par l'amplitude de l'écart, des inconvénients qui existent à passer brusquement du soleil à l'ombre et expliquer ainsi certaines constitutions médicales imputables à des mutations thermiques nombreuses et brusques.
La température moyenne annuelle d'un lieu, constituée par le douzième de la somme des moyennes mensuelles est prise habituellement comme expression de la température de ce lieu.
Humboldt a eu, en 1817, l'idée de tracer sur le globe terrestre des courbes passant par les points qui ont la même moyenne annuelle de température, et leur a appliqué le nom d'isothermes (de iaoç égale, Osp^.o; chaleur). Mais Vinégalité des conditions locales, et surtout de l'altitude de points placés sous la même latitude, modifiant singulièrement leur température moyenne, les isothermes réelles auraient sillonné la surface terrestre de la façon la plus bizari'e et la plus irrégulière, et Humboldt a dû leur substituer les isothermes fictives basées sur la réduction des températures moyennes annuelles de lieux d'altitude différente à ce qu'elles seraient si, pour tous, l'altitude était ramenée à zéro mètre, c'està-dire au niveau de l'Océan. Cette réduction se base sur ce fait de la décroissance d'un degré que subit la température moyenne annuelle d'un même point géographique par 180 mètres d'élévation.
De l'examen des cartes d'isothermes qui ont été di^essées, et en particulier de celle de Kœmtz, résulte la constatation des faits suivants qui montrent l'inégale distribution de la chaleur :
1» L'équateur thermique, ou courbe des plus grandes températures moyennes annuelles, est presque complètement dans l'hémisphère nord, ce qui s'explique par ce fait que l'hémisphère boréal a une température plus chaude que l'austral, ce qu'il doit probablement à la prédominance des terres sur les eaux.
Cet équatcur de chaleur est l'isotherme de H- 28» centigrade; il traverse l'Afrique au sud du lac Tscliad, passe au-dessous de la mer Piouge, puis à Ceylau, touche à la pointe de la presqu'île de Malacca ; croise là l'équateur terrestre^ atteint le sud de Bornéo et, après une excursion de peu d'étendue dans l'hémisphère sud, revient dans le nord de l'équateur au niveau de la pointe scplen-
trionale de la Nouvelle-Guinée ; fait une nouvelle incursion dans l'hémisphère austral, puis revient à la hauteur des Marquises dans l'hémisphère nord qu'il n'abandonne plus Jusqu'au point d'où nous l'avons fait partir et auquel il revient après avoir traversé le continent américain à la hauteur de Panama.
11 est des isothermes qui passent par des localités que séparent jusqu'à 12 ou 15" de latitude; c'est-à-dire qui ont des excursions de plus de 300 lieues. L'équateur thermal ou isotherme de -\- 28" centigrades s'écarte beaucoup moins (dans l'hémisphère nord) de la direction des parallèles que les isothermes pins faibles, ceux de -j- 15 -f- 10" par exemple.
Un autre fait qui se constate également c'est l'inclinaison des isothermes à mesure qu'on se dirige vers l'est ; il accuse l'influence exercée par la longitude sur les points géographiques situés sur un même parallèle. C'est ainsi qu'en Europe risolherme de -+- 15" centigrades qui, dans l'océan Atlantique, part de la latitude de Nantes, suit de près, arrivée en France, la ligne des Pyrénées et du littoral méditerranéen, s'infléchit de là rapidement vers la Grèce qu'elle atteint un peu au nord de la Morée. De même, l'isotherme de -\- 10"*^ qui traverse l'Irlande et la partie méridionale de l'Angleterre descend dans l'est jusqu'à la Crimée et la Caspienne. Les côtes occidentales des continents ont donc un climat plus doux que les côles orientales. Celte particularité s'explique par les vents que reçoivent les côtes orientales et occidentales des continents dans les deux zones tempérées. Continentaux et secs pour les premières, il sont maritimes pour les secondes et n'ont pas subi, avant de leur arriver, d'influences qui les aient refroidis. M. Boudin cite comme exemple de cette particularité Naples et Pékin qui, placées sous la même latitude, ont, au profit de la première de ces deux villes, une différence de température moyenne de o",?; celle de Naples étant de 16", 4 et celle de Pékin de 12", 7. De même aussi, sur le continent américam, New- Archangelesk, sur la côte occidentale, a une moyenne de G", 9, et celle de Nani sur la côte orientale est de 3", 8 (Boudin, Traite de géographie et de statistique médicales et des maladies endémKjues. Paris, 1867, t. 1, p. 219).
J'ai relevé la température moyenne annuelle de six localités isorométriques; (de t!7o;, égal, opo^, hauteur, f/.î-oov mesure; je propose cette expression comme utile pour le langage climatologique), c'est-à-dire de même altitude, placées sous le 46"^ degré de lat., N. ; de quatre localités placées sous le 40 " lat., N. ; de cinq localités placées sous le 36^ degré de lat., N. ; mais de longitude difiérente, et j'ai recherché l'influence de la longitude sur la température moyenne annuelle. Or sur ces dix-sept localités celles d'une long., 0. moyenne de 41", 08, m'ont, donné une température moyenne annuelle de -i-13"%45; et celles d'une long. E., moyenne de 25", 66, m'ont donné une température moyenne annuelle de 12", 60; c'est-à-dire qu'il y a, entre elles, une différence de 0"s85, ce qui n'est pas insignifiant du tout quand il s'agit duue moyenne d'année. Et pour prendre un exemple en particulier, La lîochelle a 1 1"'-',6, tandis qu'Odessa située sur le même parallèle, mais séparée en longitude de celle ville par 51", 52 n a que 9"<>,1; différence de 2""^, 5. Quand nous aurons des observations plus nombreuses on pourra peut-être formuler la loi de décroissance de la température moyenne annuelle suivant la longitude orientale pour les villes placées sur le même parallèle et isorométriques. Mais les documcnls précis font défaut jusqu'à présent.
L'iiTégularité des isothermes est c\'autant plus considérable qu'on s éloigne de l'équateur. Dans le nord de notre hémisphère, les isolhoiines, à partir de celle
de 0°, décrivent des courbes presque fermées autour de deux points considérés comme les pôles du froid dont l'un serait placé au nord de l'Asie près de la Nouvelle-Sibérie; l'autre au nord de l'Amérique. Ces pôles sont renfermés dans les courbes formées dans chacune de ces zones par l'isotherme de — 15° centigrades.
Je dois faire remarquer également que les isothermes s'éloignent beaucoup moins des parallèles dans l'hémisphère sud que dans l'hémisphère nord. Si l'on compare en effet sur la carte de l'Atlas de Stieler {Stieler's Hand Atlas, n" 6), l'isotherme de 12'' (Réaumur) dans les deux hémisphères, on constate que dans l'hémisphère sud elle suit une direction sensiblement parallèle au 55'' degré de latitude, traverse l'Amérique au niveau du Chili et de Montevideo, touche, au cap de Bonne-Espérance, à Melbourne et à la Nouvelle-Zélande ne décrivant, audessus et au-dessous de ces parallèles, que des excursions insignifiantes qui n'eu altèrent qu'imparfaitement l'horizontalité, tandis qu'au nord de l'équatcur cette même isotherme partant de 55" de latitude dans l'océan Pacifique, atteint 45° en Californie, coupe le 40° pai'allèle en traversant l'Atlantique, entre en Europe à la hauteur de Lisbonne remonte à Marseille, passe à Constanlinople et redescend en Chine jusqu'à 50" de latitude, ayant ainsi coupé cinq ou six fois au moins le 40" parallèle.
Ce conti-aste est encore bien plus accusé quand on compare des isothermes très-basses, celles de O^par exemple dans les deux hémisphères. Celle du sud se confond régulièrement, sauf une excursion méridionale au niveau du cap Ilorn, avec le 60" parallèle; celle du nord parti de 57" long. N., atteint au sommet de sa plus grande courbe le cap Nord, c'est-à-dire dépasse le 70" parallèle. Ces différences s'expliquent par la proportion relative des terres et des mers dans les deux hémisphères; plus il y a de mers, plus les isothermes sont régulières et se rapprochent des parallèles ; plus il y a de terres plus les isothermes s'en éloi-
gnent.
Il y a également cette opposition entre les deux hémisphères que les isothermes boréales augmentent d'irrégularité à mesure qu'on s'éloigne de l'équateuret que les isothermes australes augmentent d'irrégularité à mesure qu'on s'en rapproche.
La façon dont se comportent les isothermes dans un même pays offre certainement un bien plus grand intérêt. Par malheur cette étude est encore peu avancée, et l'isothermie régionale est tout entière à créer.
La carte des climats, d'après Berghaus, montre l'extrême irrégularité des isothermes de régions. Je prendrai pour exemple la France qui, comprise entre 5°,56delong. E., et 7° de long. 0., et entre 51°, 5 et 42", 20 de latitude, n'embrasse, par conséquent, en longitude que 12"56, et en latitude que 9", 5. Dans cet espace géographique, relativement restreint, on voit les isothermes faire autour des parallèles voisins des excursions nombreuses et irrégulières. C'est ainsi que l'isotherme de 15" partant de 6" long, ouest, à la hauteur de Noirmoutiers, descend parallèlement aux côtes du golfe de Gascogne jusqu'au 44*= degré de latitude, pénètre là dans les terres, passe à Pau, Foix, remonte le long du littoral méditerranéen, arrive jusqu'aux confins de l'Ardèche, redescend au sud, pénètre dans la Méditerranée aux environs de Toulon, pour en ressortir presque aussitôt, l'emonte vers l'est et rencontre la frontière italienne.
11 serait d'un grand intérêt de tracer les lignes isothermes pour les diverses zones climatiques du même pays, mais alors il vaudrait mieux remplacer les
isothermes fictives parles isothermes réelles, c'est-à-dire parcelles qui expriment la température des localités avec leur altitude effective, non ramenée à un niveau uniforme de 0 mètre.
L'exemple que je viens de citer est instructif, il montre que la classification des climats par les isothermes, acceptable à la rigueur pour l'ensemble du globe, ne l'est plus quand il s'agit d'une contrée. Ainsi, pour la France en particulier, la distinction des climats admise par Berghaus et Ch. Martins s'appuie-t-elle, non pas sur la température moyenne annuelle, c'est-à-dire sur les isotlieiines mais bien sur un ensemble de conditions météorologiques complexes créant à chaque région une individualité climatique qui la sépare des aulies. Je reviendrai sur ce point à propos de la classification des climats.
1° La température moyenne annuelle, intéressante à constater sans aucun doute, donne bien une idée de la somme comparée de chaleur que reçoivent annuellement deux points du globe, mais elle ne saurait en rien les classer au point de vue de l'influence qu'ils exercent sur la vie. Deux villes ayant une moyenne annuelle de 15" centigrades, je suppose, peuvent avoir deux climats très-dissemblables parce que la chaleur y sera répartie d'une façon tout à fait différente. Avec cette même somme de chaleur on pourra avoir un climat tiède et constant; un climat excessif à vicissitudes brusques ; un climat à saisons tranchées ou à saisons indécises. Les moyennes annuelles de température n'ont, on le voit, avec la santé que des afférences très-éloignées ; les moyennes saisonnières serrent le problème de plus près.
Les oscillations de la température annuelle c'est-à-dire le plus grand écart entre le maximum et le minimum de l'année sont affaire de curiosité plutôt que d'intérêt pratique pour l'hygiène. L'agriculture, au contraire, est intéressée à en tenir un compte soigneux, car cette seule condition physique peut être un obstacle à la végétation libre des plantes auxquelles un climat déterminé conviendrait par ailleurs. Il suffit en effet qu'il y ait, dans l'année, un seul moment de refroidissement susceptible d'anéantir la vie de telle ou telle plante vivuce pour qu'elle ne puisse plus s'y montrer. Ce n'est pas, comme l'a très-bien démontré M. Alphonse de Candolle, un phénomène physique de rupture des cellules végétales par l'augmentation de volume que prend la sève en se congelant, mais un phénomène purement vital que celui de la limite de résistance des plantes à un froid déterminé. Cette limite est en effet variable : telle plante meurt à plusieurs degrés au-dessous de zéro, telle autre meurt à quelques degrés au-dessus de ce point. Les variations brusques de température, le dégel trop rapide de la plante, sont pour elles des conditions nocives qui s'ajoutent à celles du froid.
L'écart entre le maximum et le minimum de l'année importe peu à la valeur hygiénique d'un climat de refuge comme l'est une station d'hiver, puis(jue les malades ne vont y passer qu'une saison et ne sont pas en butte, par conséquent, à ces oscillations thermométriques. Ceux-là seuls qui résident toute l'année dans une même localité ont à prendre en considération cet élément du climat; et encore perd-il singulièrement de son importance quand on songe que les deux termes opposés de ces oscillations appartiennent à des saisons éloignées et ([ue les vicissitudes thermologiques brusques sont réellement les seules à craindre.
S'il en était autrement il n'y aurait guère en effet, de station hivernale que l'hygiène fût en droit de patronner. C'est ainsi que le climat de Pau, dont l'utilité pour certains phthisiques est consacrée par une sorte de notoriété, a offert de 1854 à 1864, un minimum absolu de — 12° centigrades et un maximum ab-
soin (le 4- 36» centigrades; c'est-à-dire un écart de + 48» centigrades entre la pins liante et la pins basse température de l'année. Le climat de Nice exprime cette ditférence par 25», 2; celui de Menton par 21»,8; celui de Cannes par 22». Do même, le climat de Montpellier, examiné au point de vue de l'écart des températures maxima et minima de l'année, montre que la moyenne de cet écart pour une période de trente-six années a été de 48»,5 (plus grand maxmium 39»,4 ; plus petit minimum — 9»,1 ). Mais depuis cette époque, le thermomètre s'est élevé à H- 40» et s'est abaissé, une nuit, à — 18»; ce qui donne, pour amplitude de l'écart, 58». Cet écart entre le maximum et le minimum d'une année a pu atteindre quelquefois 88». On cite partout comme exemple Astrakan qm a eu la même année — 45» et -+- 45».
Les climats, dits tempérés, sont, par une particularité assez singulière, ceux qui ont l'écart le plus considérable entre le minimum et le maximum annuels. Les climats cbauds, les climats intertropicaux, les climats froids et même les climats arctiques, accusent des écarts moins étendus que ceux que je viens de signaler pour des localités méridionales de l'Europe.
C'est ainsi que Surinam, Pondichéry, Madras, la Martinique, placées dans la zone tropicale, ont présenté comme minimum de température 21», 3; 21",6; 17" 3- 17», 1 soit en moyenne, 19", 5. Les mêmes localités ont présenté comme maximum 52», 3; 44», 7; 40»; 55»; soit en moyenne 38». L'écart entre les plus o-rands froids et les plus grandes chaleurs n'a donc été pour ces pays intertropicaux que de 18», 7.
Dans la zone des pays chauds comprise entre les isothermes de 15» et 25» centi'^rades, l'écart est déjà plus considérable; ainsi il est de 31» pour le Caire; il augmente dans la zone tempérée, augmente encore dans le nord, comme à Copenhague, Moscou, Stockholm où les écarts observés ont été, en moyenne de 65»; diminue à partir de cette limite, comme on le voit à Riekiavick (Islande) où l'écart n'est plus mesuré que par la distance de — 8»,1 à -t- 16»; c'est-à-dire par 24» centigrades.
2» Les moyennes saisonnières importent déjà beaucoup plus au médecin que les moYcnnes annuelles, d'abord parce qu'elles indiquent la façon générale dont se répartit la chaleur, et puis aussi parce que, lorsqu'il a à employer un climat comme moyen thérapeutique, il faut qu'il connaisse la formule thermologique de la saison pendant laquelle son malade va l'habiter.
« Les saisons, dit J . Rochard, sont d'autant moins tranchées qu'on se rapproche davantage de l'équatcur ou des pôles ; c'est à égale distance de ces deux extrêmes qu'elles présentent le plus de régularité dans leur durée et le plus de différence entre elles. » Sous l'équateur, il n'y a que deux saisons : la saison pluvieuse ou hivernage et la saison sèche ou belle saison. Cette dernière est moins chaude (fue l'auti^e, mais la différence est peu marquée et n'excède pas 5 à 6 degrés. Elles se succèdent sans transition. En se rapprochant des tropiques, aux Antilles, à l'île de la Réunion, par exemple, les deux saisons intermédiaires commencent à se dessiner. On donne à cette sorte de printemps le nom de renouveau, à ce vestige d'automne, celui de petit été de la Saint-Martin. Entre le trentième et le quarantième degré, ces deux saisons sont déjà plus marquées. L'Algérie, par exemple, jouit d'un printemps délicienx (jui en fait pendant quelque lem[)s un séjoiu" enchanteur; un véritable automne un peu pluvieux, il est vrai, sépace répo([ae des chaleurs de celle des grandes pluies. Dans les contrées méridionales do l'Europe, les quatre saisons se dessinent plus nettement encore, mais l'été conserve une
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prédominance marquée sur l'hiver. Ce n'fst. que vers le quarante-cinquième degré de latitude, à égale distance, par conséquent de l'équatpur et des pôles que l'année développe ses périodes avec tous leurs caractères classiques. C'est la zone tempérée par excellence ; c'est le parallèle de Bordeaux, de Grenoble, de Valence, de Turin, de Plaisance, de Mantoue, de Venise, c'est la partie lapins favorisée du globe. En s'élevant vers le nord, l'hiver commence à prendre le dessus; le printemps devient froid et court, l'automne pluvieux et désagréable. Dans lescontrées les plus septentrionales de l'Europe, à un hiver d'une longueur démesurée succède, presque sans transition, un été court et brûlant pendant lequel la végélation marche avec nue rapidité prodigieuse et qui fait brusquement place aux pluies, aux brumes et à l'hiver. Dans les régions polaires enfin, c'est à peine si Tété luimême se traduit par quelques belles journées diiis le cours desquelles le thermomètre s'élève au-dessus de zéro; la couche superficielle se ibnd, un [icn de vapeur d'eau se répand dans l'atmosphère, la vie semble animer un instant ces solitudes désolées ; mais bientôt elles retombent dans leur immobililé et le perpétuel hiver de ces climats fait équilibre aux deux extrémités du monde à l'été perpétuel de la zone torride (J. Rochard, lac. cil, p. 55).
L'étude des saisons au point de vue thermologique doit donc être bornée ;i la zone tempérée dans laquelle seulement elles créent, dans le climat annuel, des climats passagers nettement accentués eldistincts les uns des autres.
Les moyennes saisonnières permettent de tracer sur les différents points du globe des ligues dites isochimènes, isoères, isothères, isométopores suivant qu'elles sont basées sur l'égalité de la température moyenne saisonnière de l'hiver, de l'été, du printemps, de l'automne dans les points du globe par lesquels ■elles passent.
Ilumboldt avait eu la pensée de foire pour deux saisons : l'été et l'hiver, ce qu'il avait fait pour l'année entière, et à ses isothermes il a ajouté des isochimènes passant par les points qui ont la même moyenne hibernale et des isothères par ceux qui ont la même moyenne œstivale.
Cela peut suffire pour les climats excessifs qui n'ont, à vrai dire, que deux sai- •sons ; mais pour les climats tempérés, il faut, à mon avis, aux isochimènes et aux isothères ajouter des isoères et des isométopores.
La comparaison de ces moyennes saisonnières entre des localités qui ont la même moyenne annuelle de température donnerait déjà une idée de la répartition de la chaleur solaire versée dans le cours d'ine année. Prenons par exemple des villes de 0'" altitude et ayant une même température moyenne annuelle, nous constaterons que les moyennes des mêmes saisons peuvent varier beaucoup pour chacune d'ellles. Ainsi Riga et Kœnigsberg, placées toutes les deux au niveau de l'Océa'i et ayant toutes deux une même moyenne annuelle -+- G", 2, n'ont pas une seule saison d'égale température moyenne comme le prouve le tableau suivant :
MOYENiNE ANKDIiLLE DE + G°,2.
MOYENNE SIilVENNE MOYENNE MOYENNE
VEIINALE. (ESTIVALE. AUTOMNALE. IlU:Er,NALE.
T'iga. -(-4°,9. lf.».3 7".6 — A'.i)
Kœmgsbcrg. . . . -+- "i'.S i'ô'.O 6°.7 — 3«,5
Si nous comparons, sous le même rapport, Londres et Odessa, qui ont une moyenne annuelle de Q^^l nous trouvons la température saisonnière amsi répartie :