DICT. ENC. XIX. IS
274 COMBUSTION SPONTA.NÉE.
L'électricité jouait un grand rôle dans les combustions humaines; Marc n'hésitait pas à considérer l'étincelle électrique comme la cause occasionnelle de ces combustions, dans les cas surtout, alors réputés nombreux, où l'on n'avait signalé auprès du cadavre la présence d'aucun corps en ignition. Il rappelait l'état idio-électrique de certains animaux et constatait qu'un état semblable pouvait se produire chez certains hommes. Il citait l'exemple d'une femme électrique à tel point que les étincelles qui jaillissaient de sa chevelure pouvaient charger une bouteille de Leyde et servir même à enflammer de l'alcool. Horstius parle d'un goutteux qui, après des accès violents de sa maladie, rendait par le frottement ses jambes resplendissantes de lumière. Un carme, d'après Cardon, faisait jaillir des étincelles de sa tète par le simple frottement qu'il produisait en rejetant son capuchon sur ses épaules. Un sénateur américain ôlant ses bas de soie, en faisait sortir des étincelles. Les décharges électriques expliquaient non-seulement l'inflammation des gaz , mais encore les brûlures instantanées qui envahissaient une grande partie du corps ; on rapprochait ces effets de ceux de la foudre ; la flamme avait pour caractère d'èlre inextinguible.
Le cas le plus remarquable, cité h l'appui de la théorie électrique, est celui du prêtre Bcrtholi, recueilli par Baltaglia, chirurgien italien, au mois d'octobre 177G, traduit i)ar le professeur Fouquet de Montpellier et inséré dans le Journal de méilecine (le Paris, sci^temhre 1786. liertholi emploie toute une journée à des courses, il rentre le soir; à peine installé dans sa chambre, on y entend un grand bruit, on accourt, le prêtre est étendu sur le sol, enveloppé d'une flamme légère, qui s'éloigne à mesure qu'on approclie et qui enfin s'évanouit. Les téguments du bras droit, ceux du dos, des épaules h la cuisse droite, sont fortement endommagés, et un commencement de mortification se montre sur la main droite. Le malade déclaie qu'il a ressenti comme un coup de massue qu'on lui aurait donné sur le bras droit, et qu'en même temps il a vu une bluette de feu s'attacher à sa chemise qui fut, dans un instant, réduite en cendres, sans néanmoins que ce feu ait touché en aucune manière aux poignets. Le mouchoir qu'en arrivant il s'était fait appliquer sur les épaules entre la chemise et la peau est sans traces de brûlure. La calotte est consumée sans qu'aucun cheveu ait été brûlé. La gangrène fait des progrès rapides; la fièvre, les convulsions, le délire, des vomissements et des selles putrides, tels sont les symptômes présentés par le malade qui succombe le quatrième jour. La putréfaction commence pendant l'agonie. « Que le feu, dit Battaglia, dispersé sous la forme de feu élémentaire, ait brûlé la peau, réduit en cendres la chemise, et ait consumé la calotte en entier, sans toucher à la chevelure, c'est un fait que je vous donne pour très-sûr et très-avéré; d'ailleurs tous les symptômes étaient ceux d'une brûlure grave... On n'apercevait dans la chambre aucun vestige de feu, seulement la lampe, auparavant pleine d'huile, était à sec, et la mèche dans un état d'incinération. On ne saurait raisonnablement accuser aucune cause extérieure d'avoir occasionné une maladie aussi funeste, et je ne doute pas que, si Mattei vivait encore, il ne se prévalût du malheureux accident du prêtre BertholM comme d'une confirmation authentique de l'opinion où il était que la ioudre s'allume quelquefois en nous et nous détruit. »
Malgré le crédit dont jouissait cette théorie, Dupuytren arait déjà apprécié avec un grand sens ces prétendues combustions alcooliques. 11 s'exprime en ces termes dans une de ses leçons cliniques {Lancette française, fév. 1850, n" 97) : « L'alcool, sous le rapport de son imbibition dans les tissus, n'entre pour rien
dans le développement de la combustion. A une époque où les cadavres étaient rares où il n'existait pas d'amphithéâtre public, j'ai souvent brûlé avec quelquestasots les débris de plusieurs cadavres disséqués. Le feu y était mis le soir, et le lendemain matin tout était consumé ; j'avais soin d'y ajouter des parties graisseuses, et la combustion était d'autant plus active et plus prompte que ces dernières y existaient en plus grande quantité. Je ne connais pas, ajoute-t-il, d'exemple de combustion chez un individu maigre et sec; tous, sans exception, étaient extrêmement gras. Si maintenant on porte toute son attention sur les phénomènes qui se manifestent à la suite de la combustion spontanée, si l'on veut noter que la chambre dans laquelle elle a eu lieu est trouvée pleine de vapeurs épaisses, les murs recouverts de matière noire carbonisée ; qu'ordinairement des ruisseaux de graisse couvrent le sol avec quelques cendres et parfois quelques fragments osseux, et forment les seuls débris d'un corps naguère organisé, notre remai'que obtiendra une nouvelle créance. »
Voici comment, disait-il, les faits doivent se passer le plus souvent : « Une femme reste chez elle après avoir pris une dose plus ou moins forte de liqueur spiritueuse, il fait froid et pour résister à la rigueur de la saison un peu de feu est allumé. On s'assied sur une chaise, une chaufferette placée sous les pieds. Au coma produit par les liqueurs spiritueuses vient se joindre l'asphyxie déterminée par le charbon. Le feu prend aux vêtements dans cet état la douleur se change en insensibilité complète. Le feu gagne, les vêtements s'endarament et se consument; la peau brûle, l'épiderme carbonisé se crevasse, la graisse fond et coule au dehors ; une partie ruisselle sur le parquet ; le reste sert à entretenir la combustion ; le jour arrive et tout est consumé. » L'alcool a été la cause occasionnelle de la combustion, mais c'est en produisant le coma qu'il agit, et non par un prétendu amalgame avec nos tissus.
m. Caractères attribués à la combustion spontanée. Les caractères donnés comme preuve de la combustion spontanée sont les suivants : les uns sont étiologiques, les autres sont déduits des symptômes, de la marche et des résultats de la combustion et de diverses circonstances extérieures :
l" La vicUme est une femme ; dans la proportion de 4 sur 5 au moins, les combustions les plus complètes, celles qui passaient pour les mieux avérées^ appartenaient au sexe féminin. Dans les combustions incomplètes, au contraire^ la proportion était renversée, sur 5 cas on comptait 4 hommes ;
2" Ces femmes étaient toutes âgées, elles avaient de 55 à 80 ans ; il en était de même des hommes, mais dans les derniers temps, quand il s'est agi de ces combustions partielles qui ont troublé les théories anciennes, on a trouvé des sujets de 35, 24 et 1 7 ans ;
3° La plupart des victimes étaient chargées d'embonpoint; chez presque toutes les femmes cette corpulence existait au plus haut degré, la maigreur était une très-rare exception ;
4** L'abus des boissons alcooliques est constaté dans toutes les combustions, c'est le trait caractéristique ; depuis longues années les femmes surtout faisaient un usage quotidien de spiritueux ; elles avaient abandonné le vin pour l'eau-devie, pour l'eau de Cologne, pour les liqueurs qui contiennent de l'alcool concentré; elles se couchaient tous les jours en état d'ivresse ;
5" La combustion, dans tous les cas, était immédiatement précédée d'un excès de boisson ;
6" C'est en hiver et pendant la nuit qu'ont eu lieu la plupart des cas ;
7" L'embrasement a été subit et les victimes n'ont pas pu appeler à leur secours ;
8" Quelques personnes ont paru s'enflammer d'elles-mêmes ; mais la présence d'une matière en ignition, allumant l'incendie, a été reconnue dans la plupart des cas ;
9' Le corps enflammé a continué à brûler de lui-même sans qu'aucune matière combustible ait entretenu l'incendie; quand il existait un combustible, il se trouvait en quantité insuffisante pour produire une aussi complète destruction du corps ; la disproportion entre la quantité du combustible et celle des matières brûlées a toujours été donnée comme le signe caractéristique ;
10" Au moment de l'invasion, les victimes ont souvent ressenti une vive secousse; vuie llamme bleue s'est promenée sur leur corps;
11" La flamme bleue est signalée dans tous les cas; elle a été vue par des témoins; elle avait pour propriété de résister à l'action de l'eau et d'épargner les corps voisins; des portions de vêtements, des bas, une chaise de paille, un écran de papier, des rideaux de mousseline, le lit, restaient intacts à côté du cadavre incinéré ; l'incendie, tout en atteignant parfois des objets voisins, avait surtout délruit le corps;
12" La combustion avait pour caractère d'être universelle et de ne laisser que des débris à peine reconnaissables d'un corps ; elle siégeait particulièrement au tronc; on trouvait pour restes les os du crâne, des vertèbres, le bassin, une partie des extrémités. Bien que la destruction complète soit indiquée comme un caractère générai, la plupart des observations constatent que différentes portions du corps étaient encore reconnaissables ;
13" La combustion a toujours été rapide ; un temps très-court, difficile d'ailleurs à évaluer, puisque les faits se passaient sans témoin, quelques heures au plus ont suffi pour opérer ces incinérations complètes ;
14" Une graisse jaunâlre coulant sur le plancher et bientôt en flammes, une fumée épaisse, une odeur acre et pénétrante, une suie noirâtre ou gi'isâtrc, un enduit huileux, se déposant sur les meubles, sur les parois de la chambre, caractérisaient ce mode de combustion;
15" Les derniers débris du corps consistaient en un charbon noirâtre, eu des cendres grisâtres ou blanches recouvrant quelques os devenus légers et
friables ;
1 6" La combustion spontanée se terminait toujours par la mort qui était prompte; les malades ne survivaient que dans les combustions partielles, faits modernes et beaucoup plus contestés que la combustion générale.
A ces traits on croyait reconnaître le phénomène étrange de la combustion spontanée ; le caractère le plus décisif semblait être l'insuffisance du combustible en proportion trop faible pour produire de semblables effets. Telle était l'opinion généralement admise, lorsque le procès dont nous allons rendre compte conduisit à un nouvel examen do la question.
VI. Le procès GoerlUz Ce procès a été l'occasion d'une révision complète de l'histoire de la combustion spontanée, révision fondée sur la critique des observations anciennes, et sur l'appréciation scientifique des conditions de la combustibilité.
Douze médecins, chirurgiens et chimistes, Liebig, Biscboff, Graff, Bùchner, Siebold, etc., ont été appelés à donner leur avis sur les questions soulevées dans cette affaire. Les rapports individuels des médecins mandés sur le théâtre du ciinic les mémoires isolés ou délibérés en commun, les dépositions orales des
experts, les expériences qu'ils ont instituées, forment un ensemble de documents extrêmement curieux, dont M. Tardieu a présenté l'analyse.
Le 15 juin 1847, à Darmstadt, le corps de la comtesse de Goerlitz, en partie consumé par le feu, est trouvé dans sa chambre, au milieu de meubles incendiés. La comtesse avait été vue bien portante, dans l'après-midi; d'après la situation du corps, elle semblait avoir été surprise par je feu, étant occupée à son secrétaire. La tète était carbonisée ; mais l'idée d'une combustion spontanée se présenta à l'esprit du premier expert ; le lendemain 15 juin, le docteur Graff ne repousse plus d'une manière absolue l'idée d'un crime ; une strangulation est possible, la langue est projetée en avant, l'incendie a pu être allumé pour masquer la viole^ice. Un second expert, le 27 décembre 1847, hésite à croire que le corps ait été exposé à l'action du feu pendant la vie ; il n'est nullement prouvé que la comtesse abusât des liqueurs spiritueuses. Siebold, le 27 décembre 1847, se prononce en faveur de la combustion spontanée. Arrivé dans la maison du comte, le 15 juin 1847, à 11 heures du soir, au moment de l'incendie, il avait vu un des premiers le corps de la comtesse ; la tête, le cou, la partie inférieure du thorax et les extrémités supérieures depuis les doigts jusqu'à l'épaule étaient horriblement brûlés, tandis que les vêtements qui couvraient la partie inférieure du corps ne portaient aucune trace de combustion, c'était bien le contraste signalé par les auteurs. La tête méconnaissable était réduite au volume des deux poings, le cou était brûlé dans toute sa circonférence. la brûlure se prolongeait sur le thorax, et s'arrêtait à l'endroit où les vêtements étaient intacts. V^ers huit heures du soir, une flamme vive avait éclairé pendant un quart d'heure la fenêtre de la chambre, et de la fumée était sorti par la cheminée. Quand on ouvrit la porte, le secrétaire, qui se carbonisait lentement, s'enflamma aussitôt. Le corps était dirigé vers la fenêtre, et placé auprès du secrétaire ; le parquet était brûlé devant le meuble et au-dessous ; une glace était fendue et recouverte d'un enduit d'un jaune rouge foncé ; un tableau présentait la même matière ; les pieds d'une chaise placée près du corps était légèrement carbonisés. C'était l'ensemble des caractères que l'on retrouve dans les anciennes observations de combustion spontanée. Il est hors de doute, dit Siebold, que la brûlure du corps n'a pas été produite par la combustion seule, et peut-être accidentelle, d'une si petite partie du secrétaire et du plancher; une trop grande disproportion existe entre la quantité du combustible et l'étendue de la brûlure ; il aurait fallu un feu de plusieurs heures, pour produire une pareille destruction de la tète. Il est vrai que des circonstances suspectes ont été signalées, les clefs de la comtesse .ont disparu, un de ses souliers a été déplacé, le cordon de la sonnette est arraché, mais les raisons médicales semblent prépondérantes ; l'expert croit avoir prouvé que la mort n'a pas été causée par une brûlure accidentelle ou faite à dessein, mais bien par une combus'ion spontanée. Une analyse chimique fait connaître la nature de l'enduit qui recouvrait la glace et le tableau ; c'est le produit d'une combustion incomplète de matières organiques , contenant de l'ammoniaque et de l'acide acétique.
Le rapport du collège médical du grand-duché de liesse, du 14 juillet 1848, discute les questions qui lui sont posées par la Cour de justice : toutes les conditions qui d'après l'histoire appartiennent à la combustion spontanée sont passées en revue, et l'on recherche si elles s'adaptent au cas actuel. La concordance n'existe que pour quatre points d'une importance secondaire ; la victime est une temme, elle n'a pu appeler du secours, la cendre était mêlée à une matière jau-
"^78 COMBUSTION SPONTA^fÉE.
nàlrc qui exhalait une odeur empyreumatique, les membres étaient vecoviverls d'un dépôt noirâtre, mais rien ne prouve l'excessive combustibilité du corps, le feu s'est éteint de lui-même ; la tète et les bras, et non le tronc, étaient car- "bonisés. Le rapport admet la possibilité d'une strangulation ou d'une fracture du crâne, et il demande l'exhumation du cadavre.
Cette exliumation est pratiquée, le H août 1848. Les docteurs Graff et Bûchner constatent la carbonisation de la plupart des os du crâne, et une fissure sur le temporal droit. 11 n'y a pas eu d'incinération des parties brûlées, ni de putré action rapide des organes respectés par le l'eu ; les os sont encore résistants et •donnent un son normal h la percussion ; la fissure du temporal peut avoir été produite par le feu ou provenir d'une violence. Le corps ne diffère en rien d'un cadavre qui aurait été brûlé d'une manière ordinaire et qui serait resté inhumé pendant quatorze mois dans un terrain sec et sablonneux. Le collège médical, le i" septembre 1848, confirme cette appréciation ; il insiste sur la putréfaction rapide des corps atteints de combustion spontanée opposée à l'état de conservation du cadavre ; il considère la fissure comme le résultat de violences et il ■conclut que la mort a été produite par ces violences et que l'incendie a été allumé pour cacher l'assassinat. Siebold dans un second mémoire maintient l'opinion qu'il a précédemment émise en faveur de la combustion spontanée.
Bischoff et Liebig sont alors adjoints aux premiers experts, la question s'élargit, et dans le rapport du 27 mars 1850 ou ne discute plus seulement le cas actuel, mais on conteste la possiliilité en général de la combustion spontanée. La comtesse n'a donc pas été victime d'une combustion de ce genre, elle n'a pas succombé aux effets d'un feu venant du dehors, et elle n'a été exposée à l'action de ce feu qu'après sa mort ; la fissure du crâne paraît être le résultat de l'action du feu ; il n'y a pas de preuve suffisante que la langue ait été portée en avant, au moment de la mort, par le fait de la strangulation ; il est plus probable que la victime a été assommée qu'étranglée.
La majorité des experts a cru possible et vraisemblable que' le corps avait été brûlé par le seul combustible provenant du secrétaire et du parquet enflammés. Des calculs établissent qu'il y avait eu sept pieds cubes de liois de brûlés, dont la majeure partie était du chêne, correspondant à 125 livres de bois; ce bois a ■donné un résidu de deux pieds cubes de charbon, correspondant à 60 livres de .bois ; 60 livres de bois ont donc été consumés, et ont fourni 184,800 calories. Le poids moyen du corps d'une femme de 40 à ,^0 ans est de H 3 livres; en .admettant que le quart de ce poids ait été desséché et transformé en charbon, ce qui est au-dessous de la réalité, il n'a été employé que 7 à 8 p. 100 de la chatleur dévelojîpée. Restent 171,780 unités de chaleur, c'est-à-dire plus des neuf •dixièmes, pour se rendre compte de la température de 7,616 pieds cubes d'air contenus dans la chambre et dans le cabinet. Cette chaleur a opéré dans le foyer de l'incendie la fusion des métaux, de l'or, de l'argent, du fer ; la plupart de ces métaux ne fondent qu'à la température de 1000 degrés, tandis que 3 et 400 degrés suffisent pour carboniser les substances animales, et pour les consumer complètement, lorsque leur action se prolonge. Des bougies stcariques ont fondu à une distance de 9 et de 27 pieds, ce qui suppose une température d'au moins 58 à 01". Pour obtenir la carbonisation des substances organiques, il faut une température au moins égale à celle du plomb fondu, 335" ; les rayons de calorique provenant du secrétaire ont eu cette température ; des chaises plus ■éloignées que le cadavre ont pris feu ; la glace s'est fendue. L'incendie n'a com-
•mencé qu'à sept heures du soir, mais jusqu'à onze le temps a été plus que suffisant pour produire ces effets. La forme de la brûlure du corps et de celle des vêtements donne une idée précise de la situation de la victime, dont la tête était à une distance de moins de doux pieds du foyer de l'incendie.
Aux arguments de fait s'ajouta la négation absolue de la possibilité de la combustion spontanée, exprimée avec une grande autorité par Liebig et Bischoff, qui entraînèrent à leur avis tous les autres experts, à l'exception d'ini seul. Le crime était prouvé et l'instruction judiciaire eu fit connaître l'auteur : c'était un domestique, resté seul dans la maison pendant la soirée du 13 juin ; le lendemain de la mort de la comtesse, il avait essayé d'empoisonner le comte. Les débals devant la cour d'assises, commencés au mois de mars 1850, se prolongèrent pendant vingt séances, et se terminèrent, trois ans après le crime, jiar une condamnation à la réclusion perpétuelle. Staulï, dans sa prison, fit plus tard des aveux complets. Entré dans la chambre de la comtesse, pour lui annoncer qu'il allait sortir, et n'y ayant trouvé personne, il vit le secrétaire ouvert et contenant de l'argent et des objets précieux ; il ne put résister à la tentation du vol, et la comtesse étant survenue, il engagea une lutte avec elle, la saisit à la gorge et l'étrangla. 11 plaça ensuite le cadavre sur une chaise près du secrétaire, il l'entonra de matière combustible et y mit le feu pour détruire les traces de son crime. On remarquera, comme M. Tardieu, avec quelque étonnement, l'importance exagérée que dès le principe on a accordée, dans celle affaire à la combustion spontanée ; la saillie de la langue était bien en rapport avec le fait de la strangulation et a pu être constatée malgré le degré de la combustion ;. à côté de parties profondément brûlées, d'autres étaient intactes ; ce contraste existait pour le coi'ps, pour les vêtements et pour les meubles ; c'était autrefois un des grands arguments en faveur de la combustion spontanée ; le même phénomène se montre dans la combustion ordinaire.
V. Discussion de l'hypothèse de la combustion spontanée. La question de •doctrine a été discutée d'une manière approfondie pendant ce procès, et Thypothèse de la combustion spontanée qui avait été admise pendant deux siècles, sans être bien sérieusement contrôlée, a reçu une atteinte qui l'a fait à peu près rayer des traités de médecine légale. Bischotïet Lii^big ont formellement nié la réalité et la possibilité de ce phénomène, au nom des lois de la physique et de la chimie ; ils avaient été précédés dans cette voie par Dupuytren dont le fei'uie bon sens avait aussi repoussé cette hypothèse, en retraçant l'histoire des brûlures chez les ivrognes. Aucun des faits, anciens ou modernes, ne résiste à une critique sérieuse ; jamais un témoin compétent n'a assisté à ces combustions prétendues. Pendant le procès même, le 25 février 1850, le Journal des Débats reproduisit, d'après la Gazette des Tribunaux, ce fait extraordinaire : un ouvrier que l'on nomme, dont l'intempérance était connue, occupé à boire dans un cabaret de la barrière de l'Étoile, s'introduit dans la bouche une chandelle enflammée ; aussitôt on voit errer sur ses lèvres une flamme bleuâtre ; l'incendie est intérieur et en moins d'une demi-heure la tète et le thorax sont carbonisés ; deux médecins constatent la combustion spontanée, MM. Regnault et Pelouze sont aussitôt consultés sur ce fait. M. Regnault, dans sa réponse à Liebig, s'exprime en ces termes : « J'ai à peine besoin de vous dire que je ne crois pas un mot d'un phénomène aussi considérable. 11 suffit de réfléchir un instant à la difficulté de combustion des matières qui constituent le corps de l'homme, à l'immense quantité d'eau qui doit être évaporée avant que la calcination et la combustion
de la matière puissent commencer, à l'absence de l'oxygène dans les cavités intérieui-es, la petite quantité de gaz qui s'y trouve étant bientôt consommée, et la combustion de l'alcool ou d'autres matières volatiles s'arrêtant par cela seul, pour admettre ^ impossibilité matérielle du fait. J'ai consulté les médecins les plus distingués, pas un n'a connaissance d'un fait de cette nature. Ce n'est pas qu'il n'en ait pas été annoncé au public par les journaux, mais toutes les fois que l'on est remonté à la source, que l'on a fait prendre des renseignements par les hommes compétents, le merveilleux a disparu avec le fait lui-même de la combustion. » Il en était de même de ce cas nouveau ; des renseignements pris par M. Pelouze et confirmés par le préfet de police établissent que ce fait était une pure invention.
Le nombre des cas de combustion spontanée qui ont cours dans la science s'élève à 45 ou 48 ; on s'étonnera de celte faible proportion, en présence de l'extension si générale qu'a prise le vice de l'ivrogneiie. Ces faits ont cela de commun qu'ils ont eu lieu en liiver, dans les pays où l'on fait usage de cheminées ouvertes ou de foyers de cliarjjon, comme en Angleterre, en France et en Italie, et plus rarement dans ceux où l'on se chauffe avec des poêles comme en Allemagne et en Russie; que les victimes sont des buveurs d'eau-de-vie en état d'ivresse, qu'il n'y a pas de témoins oculaires de ces combustions, qu'on ignore la quantité du combustible brûlé, et que parmi les médecins qui ont réuni ou expliqué ces faits, aucun n'en a été le témoin oculaire. L'assurance avec laquelle les auteurs anciens de médecine légale racontent les cas connus et exposent les différentes théories de cette combustion a eu le grand inconvénient de conduire beaucoup de médecins instruits, contrairement à leur propre conviction, à respecter une hypothèse, qu'ils n'osaient pas contredire, n'ayant par eux-mêmes aucune expérience en cette matière.
Le premier cas rapporté par Bartholin, en 167'2, n'a aucune authenticité; ce n'est pas Lecat lui-même qui a recueilli l'observation célèbre de Millet ; dans son second cas, du 22 lévrier 1749, où des flammes que l'eau ne pouvait éteindre dévorèrent le corps d'une femme très-maigre, âgée de 82 ans, dont le squelette noirci l'esta sur un fauteuil à peine brûlé, c'est une femme de chambre qui a été témoin de l'accident, et le récit en est fait, d'après elle, par le curé du village. Dans le l'ait cité jtar Muraire, chirurgien d'Aix en Provence, au mois de février 1779, une femme fort grosse, adonnée à la boisson, est incendiée dans sa chambre ; à côté d'une masse de cendres, on trouve quelques os calcinés ; le cr;)ne, une main et un pied ont échappé à l'action du feu ; près de ces débris est une table ntacle sous laquelle est placée une chaufferette de bois dont le grillage brûlé depuis longtemps laissait une large ouverture, par où avait dû s'échapper le charbon ; une chaise trop voisine de l'incendie avait eu les pieds et le devant brûlés. Mérille, chirurgien de Rouen, rapporte l'histoire de la demoiselle Thuars, âgée de 60 ans et très-grasse, adonnée aux liqueurs spiritueuses et qui avait bu ce jour-là trois litres de vin et un demi-setier d'eau-de-vie. Le corps était réduit en une masse de cendres où l'on distinguait quelques os calcinés, qu'une faible pression réduisait en poussière. Le sommet de la tête était appuyé contre un des chenets de la cheminée ; la consomption du cadavre s'était faite en moins de sept heures, et « selon les apparences, rien n'avait brûlé autour du corps que les vêtements. » Le fait de Bianchini, qui s'est passé à Césène en 1765, offre des particularités analogues: la comtesse Cornélia se met au lit après avoir éprouvé une sorte d'assoupissement ; le lendemain on trouve son cadavre presque entièrement consumé, une
suie humide et couleur de cendres couvrait les meuJîles et la tapisseiie; une petite lampe posée sur le plancher ne contenait plus d'huile, et le suif de deux chandelles était fondu. On multiplierait les exemples, que l'on trouverait dans chacun d'eux la même absence de critique et de témoignage compétent. Aucun symptôme n'a annoncé à l'avance la modification de l'organisme qui devait avoir tout à coup des conséquences si fatales. L'imagination frappée s'attache à quelques détails qui semblent extraordinaires et ne précise pas les faits. Ces scènes se passent toutes au voisinage d'une cheminée ou d'un corps en ignition; on a vu la personne bien portante et on la retrouve en cendres, sans savoir ce qui s'est passé dans la période intermédiaire ; la prévention, la crédulité, comblent cette lacune et admettent la combustion spontanée.
Les faits modernes ne sont pas à cet égard plus probants que les anciens. On a relaté des observations de deux personnes qui ont succombé à la fois par suite de combustion spontanée. Le 12 janvier 1820, à Nevers, deux femmes, de 90 et de 70 ans, citées par Julia Fontenelle, faisant abus de vin et d'eau de Cologne, sont trouvées incinérées ; le lit est brûlé, l'incendie a été allumé par mie chandelle, pas de témoins, niais ce qui frappe, c'est que les meubles de la chambre n'ont pas été endommagés, et que le cou enveloppé d'un mouchoir, la jambe droite avec le bas et le soulier, ont échappé au feu. Deux combustions spontanées, à la fois et dans la même chambre, c'est beaucoup pour un phénomène aussi rare, et cependant on possède une autre histoire du même genre, celle du tailleur Larivière et de sa femme, vus en état d'ivresse, à sept heures du soir, et retrouvés le lendemain matin à onze heures, tous deux transformés en une masse informe de charbon.
M. Bubbe-Lievin, en Algérie, au mois d'octobre 1839, est appelé auprès d'un
Maure, âgé de 45 à 50 ans, chargé d'embonpoint, qui faisait abus des liqueurs
spiritueuses : Le cadavre gisait parterre, aux trois quarts consumé, répandant
une odeur infecte d'huile empyreumatique ; le père réveillé pendant la nuit par
l'odeur de brûlé était accouru près de son fils et avait vu une flamme bleuâtre
qui se promenait sur son corps en lui faisant d'affreuses brûlures, aucune matière
en ignition n'a approché du malade, on l'affirme. Si cette certitude avait été
acquise, ce serait le seul cas de combustion réellement spontanée que posséderait
la science, mais les détails manquent, personne n'a vu le malade prendre feu
tout à coup. Le fait extrait des Mémoires de la Société royale de Londres, connu
par trois récits différents, n'est pas plus caractéristique ; c'était le 10 avril 1 844 :
une femme de 60 ans, après de fortes libations, est trouvée dans sa cuisine, la
tête près de la grille du foyer, le corps étendu sur l'âtre, ayant l'aspect d'une
souclie de bois qui se consume sans flamme. L'eau qu'on verse sur le corps
développe une fumée d'une odeur fétide ; le tronc ressemble à un tas de charbon,
couvert de cendres blanches ; on dit bien qu'il n'y avait pas de feu dans le foyer,
mais qui admettra la combustion spontanée d'un cadavre, couché sur l'âtre d'une
cuisine? M. Devergie, en 1829, examine à la morgue le cadavre d'une femme de
51 ans, très-maigre, dont le tronc et les membres supérieurs étaient en partie
détraits par de profondes brûlures ; dans le creux de chaque aisselle une portion
de chemise était encore intacte, le tiers supérieur des membres inférieurs était
brûlé, les bas n'étaientpas altérés. Cette femme était rentrée chez elle le soir du
25 décembre 1829, en état d'ivresse, comme d'habitude, et le lendemain à huit
heures du matin, on avait trouvé son corps affreusement brûlé, les pieds tournés
vers la cheminée où il n'y avait pas de feu, et sous elle un de ces pots de terre
dans lesquels les femmes du peuple ont l'habitude de mettre du charbon , pour se chauffer les pieds. Ou trouva près du corps quelques débris de braise provenant de la combustion d'une chaise, tout le plancher était tapissé d'une suie noire, une poutre était carbonisée superficiellement. Voilà bien le tableau d'uu incendie ; il est vrai qu'une cassette et des rideaux de mousseline placés à trois pieds du cadavre n'avaient pas été brûlés. M. Devergie est porté à penser que les brûlures profondes étaient le résultat d'une combustion spontanée, mais il ne l'affirme pas ; ce n'est qu'une supposition basée sur l'étendue des brûlures et sur l'insuffisance présumée du combustible.
Les combustions électriques et partielles ne méritent pas plus de créance. I.e prêtre Bertholi, dont l'histoire était donnée comme une des preuves les plus convaincantes de ces combustions électriques, ressent tout à coup en dormant un ■coup de massue sur le bras droit et une bluette de feu s'attache à la chemise qui est eu mi instant réduite en cendres. Une Uimpe pleine d'huile qui après l'accident fut trouvée vide avec sa mèche carbonisée avait communiqué le feu; sur toutes les parties du corps brûlées, la chemise avait disparu, et là où les vêtements étaient intacts, le corps n'était pas lésé. Ce qui prouve combien les esprits sont prévenus dans les affaires de ce genre, c'est l'observation relative à la calotte ; elle était «ntièrement consumée sans qu'un seul cheveu à la tète eût été atteint ; il fallait donc que celte calotte eût brûlé d'un feu qui n'était pas de nature à se communiquer, ou qu'elle ne se trouvât pas sur la tète au moment de l'incendie.
Faut-il leuir compte des combustions spontanées partielles? Un serrurier, sur la route de Bordeaux, le 7 septembre 1822, est frappé d'uu coup violent à la cuisse; il porte la main au lieu de la commotion, et aussitôt son index •est couvert d'une flamme mobile et bleuâtre ; il secoue la main et le médius s'enflamme, il met la main dans son gousset qui prend feu; le pantalon brûle à sou tour ; plusieurs immersions d'eau froide ne suffisent pas pour ■éteindre ses doigts ; enfin ou y réussit et la brûlure guérit eu quelques jours. Un prêtre américain sent à la cuisse gauche uue piqûre, comme si on lui arrachait un cheveu ; il voit en cet endroit une petite flamme légère qu'il éteint en la couvrant de ses mains, mais qui lui laisse une brûlure longue de trois pouces; les habits étaient consumés à cette place ; il est difficile de voir autre chose qu'un accident de fumeur dans ce fait, qui a été raconté en 1855 par un journal américain. Restent deux cas de combustion spontanée partielle constatée par des médecins. Le docteur Richond rapporte qu'un jeune homme âgé de vingt-quatre ans, plutôt maigre que gras, et très-sobre, s'amusant à faire brûler du soufre, cette substance enflammée coula sur ses doigts, y détermina une douleur assez vive et mit le feu à ses habits ; une femme vit alors que les mains de ce jeune liomrae étaient couvertes de flammes bleuâtres, et brûlaient comme des chandelles. L'eau et des cataplasmes ne purent les éteindre ; le patient désespéré court chez le docteur qui ne vit plus les flammes, mais une espèce de vapeur ou de fumée qui s'élevait des doigts rouges et gonflés. Les mains sont placées dans une fontaine, ce qui cause du soulagement, mais quand le malade rentre chez lui, les flammes reparaissent, et il les voit se reproduire, chaque fois qu'il sort les mains du liquide. Les doigts présentaient des phlyctènes et une destruction partielle du derme, un pansement simple suffit pour amener la guérison. L'observation de Hambourg est tout aussi peu concluante; c'est une jeune fille de dix-sept ans qui, occupée à coudre dans la soirée du 21 janvier 1825, éprouve tout à coup une sensation de brûlure dans le doigt indicateur de la rnain
gauche, au moment où elle veut prendre un morceau de cire. Au même iiistan elle voit son doigt entouré d'une flamme bleue qui répand une odeur sulfureuse. Des aflusions d'eau, une serviette mouillée, rien ne peut éteindi^e cette flamme, elle ne cède à la longue qu'à des applications de lait ; le feu s'était communiqué aux vêtements. La jeune fille entre à l'hôpital de Hambourg, avec des brûlures accompagnées de phlyctènes ; on remarque que les phlyctèues se propagent et se renouvellent, comme si la combustion interne continuait. Des expériences faites avec des matières combustibles et avec les meilleurs électromètres restèrent sans résultats ; le thermomètre sur cette main marquait 25 degrés Réaumur et seulement 17 sur l'autre; enfin la malade bien guéiie quitta l'hôpital. Le docteur Frank partage sur ce cas l'opinion de Devergie, il pense que cette fille hystérique avait trompé son médecin. De pareils cas ne devraient figurer dans les Iraités de médecine légale qu'à l'article de la simulation.
Quels seraient les caractères pathognomoniques de la combustion spontanée ? En prenant les faits tels que les ont donnés les auteurs, on ne trouve aucun signe de ce genre, ni dans les causes, ni dans les symptômes, ni dans les lésions anatomiques de ce prétendu genre de mort. L'abus des boissons alcooliques est indiqué comme la cause essentielle, c'est l'alcool en s'incorporant aux tissus d'une manière plus ou moins mystérieuse qui les rendrait plus combustibles, et cependant on cite un certain nombre de cas dans lesquels on n'a constaté aucune habitude d'intempérance. L'ivrognerie d'ailleurs explique l'imprudence des victimes; le froid qui suit l'intoxication alcoolique les engage à se rapprocher du feu. Ce sont le plus souvent des femmes, parce que leurs vêtements sont plus amples et plus inflammables. La graisse rend les combiistions plus faciles, mais un certain nombre des sujets étaient maigres. Les occasions d'incendie sont plus communes en hiver ; c'est la saison des combustions spontanées ; l'explication la moins plausible est admise, le froid empêche l'élimination de l'alcool. La combustion spontanée est plus fréquente dans les pays où l'on se chaulfe à feu ouvert. A part trois ou quatre cas visiblement fabuleux, où le corps aurait pris feu de lui-même , toujours on a rencontré auprès du cadavre la cause certaine de l'ignition. Aucun témoin n'a assisté à l'invasion de ce phénomène étrange ; personne n'a vu le corps humain prendre feu tout à coup; c'est pendant la nuit, c'est loin de tout regard, qu'a commencé l'incendie, il s'est effectué dans une ■cuisine, devant une cheminée, dans les circonstances les plus aptes à le produire; quand il y a des témoins, personne ne songe à la combustion spontanée.
L'argument le plus généralement allégué, c'est que la quantité de combustible n'était pas suffisante pour expliquer la brûlure; mais ce n'est qu'une supposition. 11 est difficile d'apprécier la proportion du combustible d'après des cendres ou les restes de meubles ou d'un parquet brûlés ; chacun sait quelles profondes brûlures peut produire la seule combustion des vêtements, et il est bien avéré aujourd'hui qu'il faut pour un corps humain beaucoup moins de combustible qu'on ne le supposait autrefois. Nous remarquerons en outre que dans la plupart des combustions spontanées la destruction du corps est beaucoup moins complète que ne le fait supposer le titre de l'observation. Le contraste d'objets intacts voisins du corps incinéré n'a de valeur que si on admet la possibilité d'une flamme suffisante pour brûler le corps et incapable d'agir sur d'autres objets ; il suffit d'être entré dans une maison incendiée pour avoir vu qu'à côté d'objets profondement brûlés il en est d'autres qui ont échappé à la combustion.
La faiblesse de l'argumentation est évidente quand on examine les symptômes allégués comme preuve de cette combustion spontanée : aucun prodrome n'annonce cette propriété étrange que prennent les tissus ; le corps devient inflammable sans que la santé s'altère. L'invasion est subite, mais personne ne voit cette invasion ; quand les vêtements prennent feu ou que l'on tombe dans un foyer, c'est brusquement aussi que se produisent les lésions. L'incinération a été complèle, beaucoup moins qu'on ne le dit, l'imagination a fait les frais de ces destructions totales du corps réduit en poussièi'e et en fumée ; il reste toujours des parties notables des extrémités et de la tête, ou d'autres régions du corps. L'étendue de la destruction dépend de la durée de la combustion et de la proportion du combustible. La flamme bleue à laquelle on a attaché tant d'importance est celle des hydrogènes carbonés ou de l'oxyde de carbone, on la produit à volonté en desséchant et en brûlant des matières organiques. Cette flamme était, dit-on, inextinguible, elle se ranimait dès qu'on cessait de plonger dans l'eau les parties embrasées ; aucun médecin n'a vu le corps humain brûler ainsi avec éclat ou à petit feu, sans qu'il eût été possible d'arrêter l'incendie; on peut avoir de la peine à éteindre les flammes, comme on le voit pour les corps imprégnés de j)éLrole. Quand une masse considérable de matière est en feu, il n'est pas toujours facile d'éteindre l'incendie ; que de femmes, que d'enfants, malgré les secours les plus immédiats, succombent à des brûlures profondes, produites (lar la combustion de leurs vêtements, qu'on n'a pas réussi à éteindre!
L'odeiir pénétrante et empyreumatique, le liquide oléagine^ix et gluant, la graisse jaunâtre qui s'écoule et qui alimente la flamme, la suie grasse et noire, le dépôt noirâtre qui recouvre les meubles et les murs, tous ces phénomènes qui frappaient l'imagination et que les médecins donnaient comme des signes caractéristiques appartiennent à la combustion ordinaire et se reproduisent dans les expériences sur la combustion du corps humain. Il en est de même des cendres et du charbon, de la suie noire et grasse qui s'y mêlent. L'enduit qui se dépose sur les meubles est un mélange de suie et de matière huileuse ; il se compose de parties combustibles, solides ou liquides, qui se produisent par l'action du l'eu sur les matières animales et végétales, qui n'ont pas été entièrement brûlées, par suite de l'absence de l'oxygène ou d'un calorique insuffisant. Parmi ces produits des substances animales, il y a une combinaison de soufre qui noircit et colore en brun les peintures au plomb et les couleurs métalliques. C'est d'après l'odeur et l'aspect de ces produits, qui se forment plus facilement dans une chambre close et de petite dimension, qu'on affirmait l'existence d'une combustion spontanée.
La friabilité des os et des tissus, qui se brisent et tombent en poussière, caractérise les derniers vestiges des organes brûlés ; on a devant les yeux le spectacle décrit pour la combustion spontanée, quand on a vu des débris humains, carbonisés et méconnaissables, retirés des décombres d'une maison incendiée.
L'examen scientifique de la question conduit également à repousser l'hypothèse de la combustion spontanée ; on ne nie pas ces faits parce qu'on ne peut les expliquer, mais parce que leur existence serait contraire aux lois de la physique et de la chimie. La proportion d'eau que contient le corps humain, environ 75 pour 100 et 80 pour le sang, ne permet pas aux tissus du corps de s'enflammer spontanément, ni de brûler sans combustible. Mettez d'un côté, a dit Bischoff, toutes les parties solides du corps humain, les os, la peau, les tendons et les muscles, sur un foyer, tandis que l'eau contenue dans le corps serait dans
un vase; en enflammant les parties solides, tout ce combustible ne produirait pas une chaleur suffisante pour transformer cette eau en vapeur. 11 est reconnu qu'un corps dans la composition duquel il entre 25 pour 100 d'eau, bien moins que dans le corps humain, ne s'enflamme pas et ne continue pas à brûler. La substance animale desséchée, comme le fait remarquer Liebig, n'est pas difficile à brûler, elle arrive même facilement à la carbonisation, ainsi qu'on peut s'en convaincre avec un morceau de corne : « les os eux-mêmes s'enflamment et continuent à brûler seuls, en devenant blancs, comme de la craie ; la chair dessécliée et privée en grande partie de l'eau qu'elle contient se comporte comme la corne. Les tissus et les membranes sont aussi faciles à détruire par le feu. Toutes ces substances brûlent difficilement à cause de l'eau qu'elles contiennent, qui à l'état frais est pour la chair et pour les parties molles du corps dans une proportion de 75 pour 100 et dans le sang de 80. L'eau est contenue dans ces parties comme dans une éponge à pores très-fins ; elle ne peut pas, à l'air libre et au contact du feu le plus ardent, dépasser le degré de température où elle entre en ébullition; mais cette température est loin d'être assez élevée pour enflammer la substance animale. 11 faut à la graisse 350 degrés R. , un peu plus du (piadruple de la température de l'eau bouillante. Toutes les substances qui, pour s'enflammer, exigent une température de 80 degrés R., deviennent difficiles à brûler, lorsque, étant à l'état poreux, elles sont imbibées d"eau, car, tant qu'il y a de l'eau, le corps combustible ne peut brûler, même au contact du feu le plus intense, et ce n'est que lorsque l'eau s'est évaporée que sa température s'élève; il s'enflamme alors, lorsqu'il a atteint sa température de combustion. » La circulation du sang apporte aux parties lésées par le feu un constant afflux de hquide, qui les empêche de brûler et de se carboniser, avant la mort ou la cessation de la circulation locale.
L'abondance de la graisse, qui joue un si grand rôle dans l'histoire delà combustion spontanée, n'augmente pas la combustibilité, tant que le corps contient de l'eau. 11 en est ainsi des substances les plus combustibles, du phosphore même, lorsqu'il est entouré d'eau. La graisse a besoin, pour s'enflammer, d'un de'Tré de chaleur bien supérieur à celui qu'exige l'ébullition de l'eau ; au lieu de brûler, elle fond et s'écoule, formant les ruisseaux de matière jaunâtre signalés dans les observations. Lorsque toutes les parties du corps exposées au feu ont perdu leur eau par l'évaporation, elles brûlent avec flamme, même en l'absence de la graisse. C'est après l'évaporation de l'eau que la graisse, en se répandant dans le feu, contribue à l'alimenter et à accélérer la destruction du corps; sa flamme agit alors, comme celle de tout autre corps embrasé. La présence de la graisse, en brûlant, augmente la flamme, mais elle ne rend pas le corps plus combustible ; on ne peut augmenter la combustibilité du corps que par l'addition de matières riches en oxygène.
L'introduction de l'alcool dans les tissus leur donne une combustibilité qu'ils n'avaient pas, telle était la théorie généralement admise, malo^ré « les centaines de buveurs d'eau-de-vie, gras et replets, qui ne brûlent pas, lorsque par hasard ou à dessein ils s'approchent trop du feu. » La présence de l'alcool dans nos tissus est un fait que la science a établi, et que la pratique utilise tous les jours dans les autopsies médico-légales, mais cet alcool peut-il brûler tel quel, dans le sang, dans les organes, auxquels il est mélangé? Il faut une distillation pour en retirer quelques parcelles inflammables. Un demi-litre d'alcool, un litre même, cette dose est souvent mortelle, conserveront-ils la faculté de
s'enflammer, mêlés à 10 ou 12 kilogrammes de sang, à une cinquantaine de litres d'eau que renferme le corps d'un poids ordinaire ? On a supposé l'accumulalion de ce liquide dans l'organisme, mais l'observation montre qu'il est promptement détruit et éliminé. Des expériences directes font voir qu'en imbibant des tissus d'alcool, on ne les rend pas plus combustibles; si la proportion d'eau n'est pas trop considérable, l'alcool brûle, puis il s'éteint sans avoir enflammé les tissus, à moins qu'ils n'aient été préalablement desséchés. L'éponge imbibée d'alcool ne s'enflamme pas, après que l'alcool a cessé de brûler; c'est le pudding arrosé d'eau-de-vie et qui ne prend pas feu. De l'alcool à 92 degrés a été injecté dans les artères d'un chien ; les tissus ne brûlèrent ni à la flamme, m exposés sur des charbons. L'haleine des buveurs n'est pas inflammable, comme on l'a faussement prétendu; la vapeur d'eau qui se mêle à la fliiblè quantité d'alcool expiré empêche toute combustion. On a objecté qu'une altération vitale i)rovenant de la présence' de l'alcool pourrait rendre les tissus plus combustibles; c'est une supposition que n'appuie aucune preuve.
La brûlure électrique est une pure hypothèse ; la foudre elle-même ne produit guère que des cautérisations ponctuées ou en sillon; les cas allégués d'incinération sont plus que douteux, à moins que la foudre n'ait enflammé des matières combustibles, au voisinage du corps. La production d'hydrogène gonflant tout le corps n'a jamais été observée pendant la vie. Une décharge électrique enflammant un mélange d'oxygène et d'hydrogène qui se serait formé dans les tissus produirait une explosion et non un incendie. Quant à l'hydrogène phosphore, jamais sa présence n'a été constatée dans l'organisme, ni a l'état sain, ni à l'état pathologique, et si par hasard il s'en trouvait dans le sang, il déterminerait promptement la mort.
Quel est maintenant l'état de la science en ce qui concerne la combustion spontanée? Depuis 1 850, on n'a plus eu connaissance de faits nouveaux. En 1855, en Russie, un dernier cas de ce genre, sur un homme de quatre-vingt et un ans, considéré d'abord comme pouvant provenir d'une combustion spontanée, a été ramené par le docteur Pélikan aux conditions d'une brûlure ordinaire. Depuis 1850, un changement s'est aussi opéré dans tous les ouvrages de médecine légale, (juelques lignes au plus sont consacrées à l'histoire d'un phénomène raconté autrefois avec détails et complaisance. Quelques protestations cependant s'élèvent encore en faveur de l'ancienne doctrine. « La question de la combustion spontanée est encore pendmte, dit M. Devergie (1852). 11 appartient aux médecins de se livrer à de nouvelles recherches, avant de se permettre de rayer de la science des faits qui peuvent être inexplicables, malgré les lumières de la physique et de la chimie, jusqu'à ce que l'on démontre que les faits sont de pure invention. » M. Legrand du Saulle s'exprime en ces termes (1872) : « Nous l'avouerons franchement, après la lecture des faits relatés par des hommes aussi recommandables..., nous pensons qu'il y a là quelque chose de particulier, et puisqu'il s'agit de brûlures, que ces brûlures méritent une mention toute spéciale ; que le crime puisse ou veuille mettre à profit la combustion spontanée, qu'il y ait même réussi plusieurs fois, nous ne le nions pas, mais de ce que la comtesse de Gœrlitz assassinée a ensuite été brûlée pour cacher le crime, on ne saurait en conclure que tous les faits de combustion, dite spontanée, sont bons à rejeter parmi les merveilles d'un autre âge. » M. Tardieu, dans sa relation si intéressante et si complète de l'affaire Gœrlitz, conclut en ces termes : « Quant à la combustion humaine spontanée, en tant que l'on entende par ce mot une
aptitude du corps à s'enflammer spontanément sans le contact du feu, ou à l'approche de la plus faible étincelle, en vertu d'une modification particulière toute vitale des éléments de l'organisme, nous n'hésiterons pas à dire que les recher ches entreprises à l'occasion de l'assassinat de la comtesse de Gœrlitz ont jeté un "rand jour sur cette doctrine mystérieuse et presque fanlustique... Il nous paraît impossible que l'opinion du monde savant ne soit pas profondément modifiée par les intéressants travaux que nous venons de faire connaître... Si l'on remarque enfin l'heureux concours que vient prêter aux savants allemands qui l'ont invoqué le témoignage si net et si précis de nos célèbres compatriotes, Magendie, Pelouze et Regnault, on conviendra qu'il n'y a rien à ajouter à cette discussion pleine de verve, sur laquelle le professeur de Giessen s'appuie, pour repousser d'une manière absolue, comme une fable inventée à plaisir, l'hypothèse de la combustion humaine spontanée. » MM. Briand et Chaude constatent en quelques lignes, en 1869 que, les recherches récentes ont fait révoquer en doute l'authenticité des faits précédemment recueillis, et ont démontré combien étaient dénuées de fondement les explications données par les anciens auteurs ; il n'en reste pas moins acquis, que dans certains cas que la science ne saurait encore indiquer, les tissus qui composent le corps humain peuvent u brûler avec une très-grande facilité et alimenter en quelque sorte eu.v-mèmes leur propre combustion. » On lit dans Casper : Il est aiiligeant de voir qu'en 1 871 , dans une œuvre sérieuse, on parle encore de cette fable de la combustion spontanée, que personne n'a vue, qui ne repose que sur des on-dit et des récits de journaux, et qui est contraire à toutes les lois de la physique. Mettant la passion dans la science, Casper accuse les Français de superstition, pour avoir vu tant de combustions spontanées, il oublie que les auteurs les plus recommandables delà médecine légale allemande, Ilenke, Siebold,Friedreich, etc., n'ont pas douté de la réalité du phénomène. Boeker (1857) déclare que la combustion spontanée est le fruit de la fantaisie d'auteurs crédules; un corps qui contient 75 pour 100 d'eau ne peut ni s'enflammer, ni continuer à brûler, quand même il serait imprégné d'autant d'alcool qu'un ivrogne en peut boire. Pour Krahmer (1857), c'est une ancienne superstition. Wald (1858) constate que la question n'a plus qu'un intérêt historique; il ajoute que nous n'avons aucun droit de considérer la combustion spontanée comme réelle, ni comme possible, que tout se borne à rechercher aujourd'hui si la combustibilité du corps peut être augmentée. Guy (1875) dit que la combustion spontanée n'est pas prouvée, mais que certain corps, notamment ceux de femmes corpulentes et adonnées aux boissons spiritueuses, peuvent être plus combustibles que d'autres. Taylor (1874) assimile « cette extravagante hypothèse » à celle de la sorcellerie : la combustion spontanée, dit-il, peut se rencontrer dans le règne minéral ou végétal, mais jamais chez les animaux. Certes, il résulte des considérations qui précèdent que le corps humain ne peut pas s'enllammer spontanément et qu'il ne peut brûler sans combustible ; il n'existe aucun fait avéré de combustion de ce genre ; il n'est pas prouvé que l'usage de l'alcool augmente la combustibilité du corps humain. La combustion spontanée, telle qu'on l'entendait autrefois, n'a plus qu'un intérêt historique ; ce qui restera dans nos traités de médecine légale, c'est l'examen de la combustibilité du corps humain, l'étude des conditions extérieures ou intérieures qui peuvent l'augmenter ou la diminuer ; telle est la formule scientifique et sans doute définitive d'une question qui a si vivement frappé l'imagination du public et qui pendant près de deux cents ans s'était imposée aux théories médicales.
\'l. La combustibilité du corps humain. La combustibilité du corps humain est faible, comme celle de toute matière organique, imbibée d'une forte proportion d'eau. Il faut un combustible extérieur pour évaporer les 72 à 75 parties d'eau que le corps contient, et quand les organes sont desséchés, l'oxygène venant du dehors est nécessaire poiu^ qu'elles s'enflamment et se consument; les tissus ne renferment pas une quantité de ce gaz suffisante pour brûler l'hydrogène et le carbone des composés organiques. Mais quand ces tissus arrivés à une dessicalioii complète sont retirés d'un foyer ardent, ils sont tout en flammes et continuent à brûler, au contact de l'air, sans qu'on ait besoin d'un combustible. La rapidité de la combustion varie suivant le poids du corps, sa forme, ses dimensions, et par suite suivant l'âge et le sexe. La crémation, si l'usage s'en répand, fournira à cet égard des indications importantes; on a vu-cette année, à Milan, un gentilhomme brûlé en deux heures, dans un appareil perfectionné; il n'en restait plus que des cendres, et quelques fragments d'os du crâne et du fémur; il faut moins de deux lieurespour détruire un fœtus par le ieii.
Les conditions physiologiques ou pathologiques du corps introduisent-elles une modification dans la combustibilité ? Elles peuvent agir en diminuant ou en augmentant la quantité d'eau; ainsi, à poids égal, le cadavre d'un hydropique doit brûler plus lentement. La proportion de la graisse a de l'influence, en ce qut liquéfiée et prenant feu elle fournit une flamme qui contribue à la combustion du corps C'est la remarque déjà faite par Dupuytren etBreschet : « L'expérience nous a appris bien souvent, dans nos amphithéâtres, que tous les cadavres mis au feu pour les détruire ne brûlent pas avec la même promptitude. Les sujets maigres, musculeux, jeunes, demandent beaucoup de combustible pour être incinérés, tandis que les sujets gras brûlent rapidement et avec l'aide d'une trèspetite quantité de bois ou de tout autre combustible. » Si les femmes ont présenté un plus grand nombre d'exemples de combustions dites spontanées, c'est que chez elles un plus notable développement de graisse à un certain âge a rendu les combustions plus promptes. Un état pathologique peut-il modifier la combustibilité du corps ? à moins qu'il n'agisse en augmentant la proportion de l'eau et en diminuant celle de la graisse, il est impossible de rien présumer à cet égard. Une intoxication aiguë ou chronique introduirait difficilement dans l'organisme une quantité de matière suffisante pour en modifier les propriétés, on l'a vu pour l'alcool ; les organes ne deviendraient plus combustibles que si en les rendant plus secs on y incorporait des corps oxygénés, comme le nitrate ou le chlorate de potasse.
Ce sont surtout les causes extérieures qui influent sur la combustibilité ; par leur nature ou par la manière dont elles agissent, elles détruisent plus ou moins rapidement le corps. La quantité du combustible vient ici en première ligne, avec la facilité du contact; et du l'cnouvellement de l'oxygène. Le bois, le charbon, l'huile, l'alcool, la graisse, le pétrole, le gaz de l'éclairage, fournissent des flammes qui, appliquées immédiatement ou à une fiiible distance, brûlent et incinèrent les matières organiques. Tous les combustibles peuvent être utilisés pour faire disparaître un corps. Les vêtements enflammés suffisent pour produire des brûlures profondes, et contribuent à la destruction des tissus; c'est certainement à cause de leurs vêtements que les femmes figurent en si grand nombre parmi les victimes des prétendues combustions spontanées. Le temps nécessaire pour brûler profondément un corps et même pour le détruire est beaucoup moins long qu'on ne le supposait. Les expériences faites, pendant le procès Gœrlitz, ont
montré la possibilité de combustions considérables et assez promptes par l'alcool et l'huile, en quantité assez médiocre. On a prouvé qu'en trois quarts d'heure la tête de la comtesse a pu être amenée à l'état de désorganisation profonde où elle se trouvait. Avec l'alcool, en une heure un quart, les os d'une tète étaient consumés, au point qu'il n'en restait plus que quelques fragments calcinés. Avec moins d'un demi-pot d'huile, dans l'espace d'une heure, une tête de mouton a été calcinée et réduite au tiers de son volume. 11 a fallu quelques copeaux et la combustion d'un bout de la table sur laquelle reposait la tête d'un cadavre pour la désorganiser. En trente minutes, les têtes de deux cadavres brûlées avec du bois ont projeté des flammes, lorsqu'un courant d'air s'est établi ; éloignées du feu, elles continuaient à brûler, et il fallut les éteindre avec des linges imbibés d'eau. Les os du crâne conservaient leur forme, mais ils étaient prescjue tous convertis en un charbon friable et cassant. Leuret a décrit la tête d'une femme brûlée jusqu'à la carbonisation dans un foyer peu étendu où le combustible avait dû être en faible proportion. Dans une affaire criminelle, en Angleterre, dit Wald, un expert consulté sur le temps qu'avait dû exiger une destruction trèsnotable d'un corps par le feu évalua ce temps à deux heures et demie ou trois heures ; l'accusé, qui plus tard fit des aveux, déclara qu'une heure et demie environ lui avait suffi.
Il importe de déterminer les caractères de ces profondes combustions ; trente et un cadavres provenant de la catastrophe de Versailles ne consistaient plus, dit Ollivier d'Angers, qu'en des débris informes et charbonnés. Sur tous, il y avait eu des destructions plus ou moins complètes des quatre membres et chez quelques-uns le torse était réduit au bassin et à la colonne vertébrale ; les cavités largement ouvertes donnaient issue à des débris de viscères encore reconnaissables, malgré leur carbonisation presque complète. M. Tardieu constate que le premier effet que produit le feu, c'est la diminution de volume des parties molles ; la chair musculaire, comme les poumons et le cœur, les reins et le canal intestinal, offrent ce caractère commun. Les parties molles qui se dessèchent et se carbonisent, devenues mauvais conducteurs du calorique, protègent pendant un certain temps les viscères contre la destruction, et expliquent l'état de conservation inattendu de ces parties profondes qui peuvent encore présenter les traces distinctes de blessures ou de maladies, et servir à reconnaître l'identité. Il faut se prémunir, dit M. Tardieu, contre les chances d'erreurs qui peuvent provenir de la rétraction des tissus ; le cœur d'un adulte se réduit aux proportions de celui d'un enfant de dix à douze ans ; le poids diminue en même temps que le volume. « Il ne faut pas s'arrêter à l'apparence, mais fouiller au contraire dans les replis les plus profonds de ces masses charbonneuses, au milieu desquelles une partie intacte peut servir de point de repère et mettre sur la voie de constatations plus complètes. » On peut encore trouver des poils roussis, mais parfaitement reconnaissables. Le sang, coagulé dans les vaisseaux, ressemble à du suif solidifié de la couleur du carmin. Le cerveau subit une véritable cuisson avant d'être atteint directement par les flammes. Les os présentent des fissures et des fêlures, qiii se bornent souvent à l'une des tables. Le diagnostic médicolégal des fractures présente de grandes difficultés, lorsque l'action du feu a détruit les traces de la blessure faite pendant la vie ; le siège et la forme de la fracture, l'état des bouts osseux plus ou moins carbonisés, fourniront quelques indices.
VU. Application médico-légale. Les questions à résoudre sont les suivantes :
DICT. ENC. XIX, 19
1° La brûlure a-t-elle été faite pendant la vie, ou après la mort? 2" La mort eslelle le résultat de la combustion? 3° La combustion a-t-elle été produite par un accident? Quelles sont les causes et les circonstances de cet accident? Peut-il être attribué à l'imprudence de la victime, à son état d'ivresse? 4° La combustion est-elle la conséquence d'un crime, a-t-elle été opérée pour dissimuler un autre genre de mort, pour faire disparaître entièrement le cadavre? 5» Les lésions observées proviennent-elles de violences ou ont-elles été occasionnées par le feu ? La combustion a-t-elle été poussée au point de faire disparaître toute trace de blessure, de maladie ou d'empoisonnement? 6° Quelle est la nature et quelle est la quantité approximative du combustible employé? 7" Combien de temps la combustion a-t-elle du se prolonger pour amener la destruction plus ou moins complète du corps? 8* Existe-t-il des indices de combustion spontanée? Malgré l'état actuel de la science, cette question peut encore être posée au médecin. 9° L'identité du cadavre peut-elle être établie d'après des caractères anatomiques qui ont échappé à la combustion? 10' Plusieurs personnes ayant succombé à la fois dans un incendie, quels sont les indices de la survie?
Pour répondre à ces questions, l'expert dirigera son attention sur les points suivants : 1" Renseignements relatifs à la victime, âge, sexe, constitution, habitudes, abus ou non des liqueurs spiritueuses, maladies antécédentes, épilepsie, aliénation mentale ; 2" examen des localités, prendre les dimensions de la chambre, le cube d'air, const£iter l'état des ouvertures; 5" porter plus spécialement son attention sur les foyers, cheminées et poêles, sur les corps qui ont pu être en ignition, chandelles, bougies, lampes à huile ou à pétrole, rechercher les traces de l'incendie, sur les meubles ou le plancher; déterminer, autant que possible, l'espèce de combustible employé, et la quantité probable de ce combustible, d'après la portion consumée des meubles, le résidu de charbon et de cendres, le poids des cendres étant très-approximativcment évalué à un vingtième de celui du charbon ; 4" préciser la situation du cadavre dans la pièce et relativement au foyer ; 5" déterminer l'état des vêtements, leur nature, leur ampleur, ce qui en reste, le rapport de leurs parties brûlées avec celles du corps; 6" décrire minutieusement l'état extérieur du cadavre, peser le corps, le mesurer ; 7" constater plus particulièrement l'état de certaines régions, du cou et de la tête, voir si le feu n'a pas été plus spécialement dirigé sur ces points pour faire disparaître des traces de strangulation ou coups portés sur la têle; 8" rechercher les signes des brûlures faites pendant la vie, s'attacher aux phlyctènes, au liséré rouge qui borde les plaies, à l'injection des capillaires constatée au microscope, à la présence, dans les petits vaisseaux, d'un sang coagulé qui présente l'aspect d'une injection anatomique ; 9" aller aux parties profondes, en se rappelant que des viscères encore peu altérés et reconnaissables peuvent se retrouver sous les masses de matière carbonisée; 10" décrire avec soin les solutions de continuité des parties molles et les fractures, et essayer de distinguer les traces du feu de celles des violences ; 11" réunir tous les indices qui peuvent attester l'identité. En examinant les débris avec attention et méthode, le médecin fournit à la justice des renseignements utiles. Si pour établir l'identité des victimes, les caractères extérieurs manquent, si les téguments brunâtres et racornis ne permettent plus d'apprécier les traits du visage, l'état des organes intérieurs peut y suppléer et faire reconnaître le sexe et l'âge. Déterminer le genre de mort, montrer l'existence d'une blessure, prouver que le corps ne vivait plus, quand il a été atteint par la flamme, n'est pas au-dessus des efforts de la science. La
question de survie est aussi e'claire'e par les recherches me'dicales. La différence des genres de mort a été constatée dans un incendie qui fit périr trois personnes à Kœnigshoffen, aux environs de Strasbourg, en 1869 ; l'une d'elles, beaucoup moins brûlée que les autres, qui manifestement avaient péri dans les flammes, offrait les signes de l'asphyxie par la vapeur de charbon, et le spectroscope fit reconnaître dans le sang la présence de l'oxyde de carbone. Quand un crime est soupçonné, le médecin donne des renseignements sur le mode et la durée de la combustion, sur les circonstances qui ont pu la rendre plus ou moins rapide et complète, et si la question de la combustion spontanée se pose encore, comme moyen de défense, comme explication plus ou moins plausible acceptée par la justice, c'est l'expei't qui l'éunit les documents et les preuves qui font apprécier cette hypothèse à sa juste valeur.
L'incombusiibilité des corps a aussi occupé la médecine légale ; elle intéressait la jurisprudence, dit Fodéré, à une époque « de magie et de sortilège, où l'on jugeait les crimes par l'épreuve du feu. » On connaît des exemples d'hommes prétendus incombustibles ; la jonglerie a une grande part dans ces faits, qu'expliquent les callosités de l'épiderme et le refroidissement produit par l'évaporation. Ce qui reste de cette question, c'est l'insensibilité aux brûlures, l'analgésie locale dans certains cas d'aliénation mentale ou de névroses. Autrefois on opposait le pouvoir qu'avait dans certains cas le corps humain de ne pas brûler au contact du feu à celui qu'il possédait dans d'autres de s'enflammer spontanément. Le merveilleux se retrouvait ainsi, avec ces deux extrêmes, dans l'histoire de la combustion qui, aujourd'hui dépouillée de son prestige, n'en offre pas moins un grand intérêt à la médecine légale. G. Tourdes.
Bibliographie. — La bibliograpliie de la combustion sponi ailée peut se diviser en deuxpériodes, l'une antérieure, l'autre postérieure à 1850 : dans la première, depuis 1672, on publie des observations de ce genre de mort ; dans la seconde, on réfute ces laits. Les Traités de médecine légale qui donnent une place notable à cette question sont ceux de Fodéré, t. III, p. 202. Paris, 1813; Orfila, t. II, p. 641, 1848; Devergie, t. II, p. 795, 1852; Fbied- EEicH, p. 1010, 1844; "Wald, t. 1, p. 154, 1858. Les articles des Dictionnaires de médecine présentent une histoire très-détaillée de la combustion spontanée, avec observations et bibliographie : Marc. Combustions humaines spontanées . In Dictionnaire des sciences tnédicales en 60 volumes, t. VI, p. 77. Paris, 1813. — Breschet. Di-t. répertoire des sciences médicales, t. VIII, p. 421 ; Paris, 1834. — Devergie. hict. de médecine pratique, l" édit., t. V, p. 367; Paris, 1830, — Most. Ausfûhrliche Encijclopâdie der gesammten Staalsarzneikunde, t. II, p. 732 ; Leipzig, 1840.
Bartholin (Th.). Acta medica et philosophica Haffniensia, annorum 1671 à 1672, t. I, obs. 118. Copenhague, 1673. La date serait 1063? ce serait le fait le plus ancien. — Lecat, Mémoire posthume sur les incendies spontanés de l'économie animale. C'est dans ce mémoire que se trouve le fait de la femme Millet, daté du 20 février 1725. In Journal de méd., de chirurgie et de pharmacie, janvier et février 1793, et Recueil périodique de la Société de méd. de Paris, t. VII, p. 392. — Du même. Relation de trois cas de combustion humaine
spontanée, jnécis anali/tiqiie des travaux de la Société de médecine de Rouen, t. XI.
Dupont. Dissertatio de corporis humani incendiis spontaneis , in-4° ; Lugdun. Batav., 1736. — Adolphi. Triga dissertationum physico-medicarum. De eructatione flammante, in-4°; Lipsise, 1746. — Alberti. Ob ein Mensch von selbst lebendig entzûndel ? In Ann. hebdom. de Halle, 1755. — Devilliers. Brûlure par une cause inconnue, suivie de la mort. In Ancien Journal de médecine, t. LXIX, 178G. — Fouquet. Observation sur une brûlure par cause inconnue suivie de la mort. C'est l'observation du prêtre Bertlioli, décrite par Battaglia, dans un des journaux de Florence, pour le mois d'octobre 1776, traduite et insérée dans le Journal de méd. de Paris, t. VI, in-12, septembre 1786. — Mortimer (de la Société royale de Londi'es). Dissertation dans les transactions philosophiques, 1745. On y trouve l'observation delà comtesse Cornelia Bandi, de Vérone, publiée en 1731 par le chanoine Bianchini.
Lair. Essai sur les combustions humaines, produites par un long abus des liqueurs spiritueuses, in-8°, Paris, 1800, an VIII; traduit en allemand par Ritter; Hamburg, 1801,
292 COMÉDONS.
huit observations, exposition complète de la théorie alcoolique. — Pfeiffer. Dissert, inaug. de combustione corporum tant organic. quant anorganic. spontanea. Gœttingue, 1800. — Kopp. Dlssertatio de causis combusllonis spoidanece in corpure humano factœ, in-S", léna, 1800. Cest le prodrome de la monographie suivante : Darslellung und UiUersuchung dcr Selbstverbrennung des menschlichen Kôrpers in gerichtl., medizinischer und palhol. Hinsicht. Frankfurt a. M., 1811. Il cite 14 cas et donne la théorie des gaz et de l'électricité. — Kœsteh. Dissert, de combustione corporis humani spontanea. léna, 1805. — Vigne. Ih-écis de médecine légale. Rouen et Paris, 1803, détails, théorie électrique. — Chirac. Considérations sur la combustion du corps humain. Thèse de Paris, an XIIl, 1805; n'admet pas lo combustion spontanée; accidents; graisse, aliment de la combustion. — Marc. Sur la théorie de la combustion spontanée; l'électricité et les gaz. In Bulletin de la Société médicale d'émulation, octobre 1807. — Charpentier. Observation de combustion spontanée dont deux femmes ont été atteintes dans le même instant. Recherches phijsiologiques, pathologiques et chimiques sur les phénomènes généraux de la combustion spontanée. In Bulletin de la Faculté de médecine de Paris et de la Société de médecine établie dans son sein, t. VII, p. 316. — Gavrelle. Recherches sur les combustions humaines spontanées, la combustion dans les végétaux et dans l'espèce humaine. Thèse de Paris, n» 180, 1817. — Nasse. Veber die sogenannlen Selbslverbrennungen des menschlichen Kôrpers. In Horn's, Nasse's und Hencke's Archiv, 1817. — Braun. Zur Lehre der Selbstverbrennung, neuere Beobachtungen. In Zeitschrift fiir die Staatsarzneikunde, t. VII, erst. Ileft, p. 75. — Colon et Lelarge. Obs. sur une combustion spontanée. In Journal complém. des sciences médicales, t. XV, p. 574; 1823. — MouLiNiÉ. Lettre de M. Jules Cloquct sur un cas de combustion spontanée. In JVouî). Journal de méd., t. XV, p. 331. — Richond des Brus. Combustion spontanée des deux mains, le 19 avril 1872. In Archives gêner, de méd., t. XIX, p. 450. Un fait analogue observé à Hambourg, le 21 janvier 1825, in Hcnck's Zeitschr., t. XI, p. 502, clJSouvelle bibliothèque médicale, t. IX, I8i5. — GnABNER-MARAscinN (de Vicence). Dissert, médico-légale sur les combustions spont. du corps humain, extrait des Annali universi di medicina, Milan, 1828, et Journal des progrès, t. XIV, p. 183; cas de combustion dite absolument spontanée. — Fon- TENELLE (Julia). Rechcrchcs chimiques et médicales sur les combustions humaines spontanées. Paris, 1828. — Etoc-Dejiazï. Observation de combustion humaine. Archives générales de médecine, t. XXIV, p. 4il. — IIergt. Tabelle der bis am 1830 beohachlelen Selbslverbrennungen. In Annalen der Staatsarzneikunde von Schneider, 2* vol. — Rœsch. De l'abus des boissons spiritueuses. In Annales d'hi/g. et de tncdec. légale, t. XX, p. 79; 1838. — Jacob. Die Selbstverbrennung des menschlichen Kôrpers. Réunion de 50 observ. In Casper's Wochenschrift, 1841. — Frank (Benjamin). De combustione spontanea corporis humani; analyse de 40 observations. Gœttingue, 18il. — Du même. L'article Selbstverbrennung à& l'Encyclopédie des sciences médicales, t. XXXI, Berlin, 1843 ; analyse de 42 observ. et bibliographie.
Graff. Die Todesart der hnlb verbrannl gcfundenen Grâfin von Gôrlitz. Erlangeii, 1850.— BisciioFF. Zusâtze und Bemerkungen mit besonderent llinblicke auf die Lehre von dcr Selbstverbrennung. In Henc/ce's Zeitschrift, II. 5, p. 162, 1850. — Liebig. Zur Beuitheilunq der Selbslverbrennungen des menschlichen Kôrpers. lleidelberg, 1850, und Chemische Briefe, Bd. I, §374. — Tardiëu et PiOta. Relation médico-légale de l'assassinat delà comtesse de Gœrlitz, accompagnée de notes et de réflexions pour servir à l'histoire de la combustion spontanée. In Ann. d'hyg. et de méd. lég., t. XLIV, p. 191 et 363 ; t. XLV, p. 99 ; Paris, 1850 et 1851. — Tardieu. Étude médico-légale des effets de la combustion sur les différentes parties du corps humain. In Ann. d'hyg. et de méd. lég., 'i" série, t. I, p. 570 ; Paris, 1854. — Pélikan. Un fait nouveau allégué en Russie. Ein neuer zuerst als Selbstverbrennung bezeichneter, aber in richtiger Weise begutachteter Fall. In Russ. Medic. Zeitung, 1855, réimprimé in Beitr. zur gerichtl. Medizin in Wûrzburg, 1858. — Depuis 1850, l'opinion s'est entièrement modifiée; voyez les Traités généraux: Ivrahsier, 1851, p. 407; Bœckeb, 1857, p. 198; Wald, 1858, p. 154 ; Buchner, 1872, p. 351; Caspeb, 1857, p. 350, et 1872, p. 552; Guv, 1875, p. 357 ; Taïlor, 1874, p. 344, et, avec quelques réserves, M. Legrand du Saulle, 1872, p. 435. G. T.
COME (Frère). Voy. Baseilhac. Sur composition de la Poudre du frère Corne., voy. Arsenic, p. 179.
COMÉDOIV'S (de comedere, manger). On appelle comédons ces petits amas de matière blanche, de consistance pâteuse, d'aspect sébacé, qui sortent en boudins ou sous la forme vermiculaire, soit des joues ou du front, soit surtout du nez, quand on presse la peau entre les doigts [voy. Peau). D.
COMÉNIQUE. 295
COMÉXAMIQUE AciDE. Composition C'H^AzO*. Lorsqu'on fait bouillir uue solution de coménate d'ammoniaque jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus d'ammoniaque, il se dépose par refroidissement du coménamate d'ammoniaque sous forme d'un sédiment gris qu'il suffit de redissoudre dans l'eau chaude et de décomposer par l'acide chlorhydrique, pour obtenir par refroidissement des paillette? d'acide coménamique que l'on purifie par le noir animal et des cristallisations aqueuses.
Tables incolores contenant deux molécules d'eau de cristallisations, efllorescentes, très-peu solubles dans l'eau froide et l'alcool absolu, solubles dans l'alcool à 90 pour 100 bouillant.
11 colore en rouge les solutions de sels ferriques.
Les coménamates ont pour formule générale G^fl*AzMO*.
How. Ann. der Chem. und Pharrn., t. LXXV, p. 65. Schutz.
COîMÉKlQUE (Acide). Synon. : Ac. imraméconique ou métaméconique. Composition C®H*0^. Ce corps se forme par la décomposition de l'acide méconique, d'après l'équation :
C'H*0^ = CO^ + C^IPO'.
Acide Acide Acide
méconique. carbonique, coménique.
11 suffit de maintenir à l'ébullition pendant quelque temps une solution aqueuse d'acide méconique ; il se dégage de l'acide carbonique et le liquide dépose par refroidissement des cristaux grenus et durs d'acide coménique. Le procédé de préparation le plus avantageux consiste à faire bouillir une solution de méconate de chaux additionné d'un excès d'acide chlorhydrique. Après refroidissement on dissout les cristaux déposés dans une lessive étendue de potasse, on fait bouillir, on précipite par l'acide chlorhydrique et l'on purifie par le noir animal et des cristallisations répétées. L'acide méconique sec chauffé à 230° fournit aussi de l'acide coménique. L'acide coménique se présente sous forme de prismes anhydres groupés, ou en grains, inaltérables à l'air, insolubles dans l'alcool absolu; soïuble dans 16 parties d'eau bouillante. Les solutions colorent les sels ferriques en rouge et précipitent par l'acétate de plomb. Les sels de baryte, de strontiane, de chaux et le bichlorure de mercure, ne donnent pas de précipités.
Mis en suspension dans l'eau et traité par un courant de chlore ou par le brome, il fournit de l'acide oxalique et un peu d'acide coménique chloré ou brome ; l'iode est sans action. L'acide nitrique l'oxyde énergiquement avec production d'acides carbonique, oxalique et cyanhydrique. Sous l'influence de la chaleur, il fournit de l'acide pyroméconique, de l'acide paraméconique, une huile empyreumatique, de l'acide carbonique et des gaz inflammables, tandis qu'il reste de l'acide métagallique.
L'acide coménique est bibasique ; il donne des sels neutres de formule QejpjpQs et des sels acides de formule C^IPMO^ Les coménates acides sont plus solubles que les sels neutres et plus faciles à préparer. Parmi les dérivés de l'acide coménique nous citerons : 1° l'acide éthylcoménique C^H^(C^H*)0^ qui se forme lorsqu'on dirige de l'acide chlorhydrique gazeux dans de l'alcool absolu tenant de l'acide coménique en suspension.
2» Les acides chloro- et bromocoméniques C^H'^CIO^ et C^H'BrO* sont obtenus
294 COMiMELlN (les).
par l'action du chlore ou du brome sur l'acide coménique mis en suspension dans l'eau.
RoBiQLET. Ann. chir. et phys., t. XLI, p. 320 ; t. LUI, p. 4'28. — Liebig. Ann. chr Chenue und Pharm., t. VII, p. 237 ; t. XXVI, p. 116. — Isenhouse. Phil. Mag. (3), t. XXV, p. 190. — IIow. Ed. Phil. Trans. (2), t. XX, p. 2'25. Schutz.
COMlTlAli (Mal). Morbus comilialis. Ce nom, donné chez les Romains à l'épilepsie, vient de ce que l'on suspendait les Comices quand un cas d'épilepsie se produisait dans l'assemblée, cette maladie ayant continué, malgré Hippocrate, a être considérée comme l'el'fet d'un châtiment céleste {Morbus sacer).
COiUMELIlV (Les deux). Voici deux botanistes, oncle et neveu, fort distingués, et qui ont singulièrement contribué à l'avancement de l'étude des plantes.
Commelin (Jean), naquit à Amsterdam le 23 juillet 1629, et mourut dans la même ville, en 1692. Avec le double titre de botaniste et d'échevin de sa ville, il parvint à doter Amsterdam d'un des plus beaux jardins du monde, et d'y faire cultiver les [)lantes les plus rares. Il y en avait un, il est vrai, d'ancienne date, mais insuffisant [)our les besoins de la science. Par une heureuse circonstance, la ville, pour s'agrandir, ne pouvait guère le faire qu'aux dépens de ce même jardin, lequel fut, en effet, rasé. Ce fut alors que Commelin, aidé de Jean Iliiidekoper, seigneur de Marscveen et de Neerdyk, déploya une ardeur incroyable à le remplacer ; le terrain concédé était de mauvaise nature, marécageux; n'importe, les difficultés furent vaincues, les eaux épuisées, le fonds aménagé convenablement, et au bout de quatre ans s'élevait, comme par un coup de baguette, un des plus admirables jardins botaniques connus. Ces travaux touchant de si près à l'utilité publique n'empêchèrent pas Jean Commelin d'écrire pendant près de vingt ans sur la belle science , objet de tous ses soins et de son amour, et de donner son concours aux travaux de son neveu, dont il sera parlé ci-après. Voici les titres des quatre principaux ouvrages laissés par J. Commelin :
I. Nederlaiidische llesperides, Amsterd., 1676, in-fol. Ouvrage enrichi de magnifiques planches représentant différentes espèces d'orangers. Il a été traduit en anglais; Lond., 1084, jn-i". — II. Catalogus plaiilaruin indigenarum Hollandice, oui prœmissa Latnberii Bidloo disseitatio de re herbariâ. Amstclod., 1683, 1685, in-12; Lugd. Batav., 1709, in-12. Ce catalogue contient 776 plantes. — III. Catalogus pla?itarum horti medici Amstelodamensis, pars prior. Amstelod., 1687, 1689, in-8° ; 1702, in-8°. La 2'= partie, qui a paru en 1701, est du neveu de Jean. — IV. Rariorum plantarutn horti medici Amstelodamensis descriplio et icônes. Amstelod., 1697, in-fol. C'est Fr. Ruyscii qui a mis cet ouvrage en latin ; Kiggelar y a joint des observations.
Commelin (Gaspard), neveu du précédent; il marcha sur les traces de son oncle, des leçons duquel il avait, du reste, profité. Quoique docteur en médecine, il ne pratiqua guère son art, et se consacra entièrement à l'étude des plantes ; il obtint sans peine le titre de professeur de botanique et de directeur du Jardin d'Amsterdam. La célèbre Académie des Curieux de la Nature le compta parmi ses membres les plus distingués ; il figure souvent dans les annales de cette compagnie savante sous le pseudonyme de Mandas. G. Commelin mourut le 26 décembre 1731, à l'âge de 64 ans, laissant les ouvrages suivants :
I. Flora Malabarica, seu horti Malabarici catalogus. Lugd. -Bat., in-fol. et in-S» (l"éd.). Ouvrage enrichi de 284 fort belles planches, représentant un pareil nombre de plantes, dont les colonies hollandaises avaient enrichi le Jardin d'Amsterdam. — II. Prœluda botanica,
COM.MELLNÉES. 2'J5
dicta in horto Ainstel. Ace. Plantarum icônes et descriptio. Lngd. Batav., 1703, in-i". — III. Icônes plantarum prœsertim ex Indiis collectarum. Amstelod., 1715, in-4''. — IV. Dotnnograpkia Malabarica, à nominum barbarismis restituta. Lugd. Batav., 1718, in-fol. — V. Horli inedici Amstelodamensis plantarum usualium catalogus. Amstelod., 1724, in-8 (5=édit.). A. C.
COMMÉLWE (CommelijtaKeidih ou mieu.x; Cojnme/z/ua Dillen). Genre de plantes Monocotylédones devenu le type de la petite famille des Commélynées. Ce groupe comprend des espèces herbacées, répandues dans l'Amérique tropicale et septentrionale, dans les Indes orientales et à la Nouvelle-Hollande : leurs feuilles sont ovales ou lancéolées ; leurs fleurs, généralement fasciculées. Le périanthe est formé de six pièces, dont trois extérieures, persistantes, généralement vertes comme un calice, et trois intérieures, pétaloïdes, caduques ; l'une d'elles souvent différente des autres ou avorlantcomplétement. Les étamines sont au nombre de six et portent des anthères à connecLif réniforme et à loges divariquées ; deux, trois ou quatre étamines sont souvent stériles. Le fruit est une capsule triloculaire, àdéhiscence loculicide.
Les diverses espèces de Commelyna sont mucilagineuses et employées à ce titre. Les principales sont :
Le Commelyna communis L., qu'on trouve dans la Caroline et dans les Indes orientales. Dans la Cochinchine on l'emploie crue et cuite comme adoucissant et relâchant. A l'extérieur, on l'utilise contre les ophthalmies. Kœmpfer rapporte qu'on se sert de ses fleurs pour faire de l'outremer : les pétales sont, en ciïet, d'un très-beau bleu ; on les humecte après les avoir mêlées avec du son de riz ; on exprime la masse, et dans le suc qui en découle on plonge une carte, à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'elle ait pris la couleur.
Le Commelyna tuberosa L. a] une racine tubéreuse, dont les tubercules sont doux et sapides. C'est une plante du Mexique; d'après Loureiro, on en mange en Chine les tubercules, et on la cultive dans les jardins.
Le Commelyna medica Loureiro appartient à une section particulière {Anilema) du groupe, dont plusieurs auteurs ont fait un genre à part. C'est VAnilema mediciim R. Brown. Ses parties souterraines consistent en tubercules fascicules, que les médecins de la Chine et de la Cochinchine emploient fréquemment comme calmants, adoucissants, pectoraux et hépatiques.
Le Commelyna Zanonia L. est devenu maintenant un Campelia. ; c'est le Campelia Zanonia L. Cl. Richard. La plante croît dans les Antilles, à la Guyane, au Brésil, au Pérou, à la Nouvelle-Grenade, à la Guadeloupe; on utilise ses diverses parties comme émollientes.
Enfin, Mérat et de Lens citent, comme pectoral et adoucissant, un Commebjna de Cayenne, non encore décrit, qui vient jusque dans les rues, et qu'on nomme agier (herbe) à crapaud, parce qu'il pousse dans les lieux bourbeux.
Linné. Gênera, n" 62. — Species, 60, 61. — Iuinth. Enumeratio Plantarum, IV, 36. — Loureiro. Flora Cochinchinensis, 48 el 30. — Endliciier. Gênera Plantarum, n" 125. — Lajiarck. Dictionnaire Encyclopédie, II, 67. — Mkrat et De Lens. Dictionnaire de matière médicale, II, 573. Pu
COmMELlKÉES ou COlHltlELYKÉES!» {Commelynace'es) . Petit groupe de plantes établi par Robert Brown comme famille distincte, retirée des Joncées de Jussieu. Le genre le plus important est celui des Commelyna, que nous avons décrit ci-dessus et qui suffit cà donner une idée du groupe entier.
Les Commelinées sont des plantes mucilagineuses et émollientes.
296 COMMENSALISME.
Robert Brown. Prodromus, 268. — Endlichek. Gênera Plantarum, p. 124.— Kusth. Enumeratio Plantarum, lY, 34. Pl.
COIUlIÉinORATIFS.. Voy. DIAGNOSTIC.
COmillEiVSALIStIME. Nous croyons que c'est M. le professeur van Benedea qui le premier a proposé ce mot pour désigner des associations plus ou moins durables de végétaux ou d'animaux d'espèces différentes, soit que le but de cette association paraisse manifestement profitable aux deux associés, comme celle du chat et de l'homme, soit qu'elle ne bénéficie qu'à une seule des parties, comme celle de ces petits poissons qui vivent dans la bouche, ou vers l'anus, ou en tout autre point des voies digestives de gros habitants des mers (rayonnes ou molusques ou poissons), afin de happer au passage une portion du butin, des aliments de son hôte ; soit que le but, les avantages obtenus par cette association, nous soient restés inconnus jusqu'à ce jour, comme l'association libre du monstrueux requin et d'un petit poisson de 15 à 20 centimètres : le Pilote et le Rémora. Quelquefois même ce commensalisme, fort avantageux à l'une des parties, peut être préjudiciable à l'autre; tel est celui de certaines plantes volubiles comme le houblon, le chèvrefeuille, le lierre, qui, en se hissant sur un arbre, finissent souvent par l'étouffer, soit comme le chèvrefeuille sous ses spirales redoublées, soit comme le lierre, le houblon par son feuillage luxuriant. 11 y a lieu de distinguer avec soin le Commensal du Parasite. Le Parasite vit de la substance de son amphitryon, le Commensal s'attable auprès de lui, soit qu'il dîne de ses reliefs, soit qu'il ne l'utilise que comme support, comme les plantes volubiles, ou même comme locomoteur, tel le Rémora qui par sa ventouse se cramponne au requin.
Quand on considère Thomme, il y a lieu aussi de distinguer le commensalisme de la domestication : le domestique est un serviteur, un soumis ; le commensal est un associé conservant son indépendance ; ce sont les avantages que lui procure le voisinage de l'homme qui le lui font rechercher, avec ou sans sou gré. Ainsi, l'hirondelle, le grillon de cheminée, sont des commensaux tolérés; le rat et la souris, des commensaux obligés et contre lesquels nous nous associons un autre commensal, le chat; mais le cheval, la vache, le mouton, sont des types de domesticité qui ne vivent et ne meurent qu'à notre profit.
Dans l'histoire des mœurs, ces points de vue, fortement posés par le professeur van Beneden, ne doivent pas être négligés, ils contribueront à préciser l'observation, car jusqu'ici on a le plus souvent confondu le parasitisme et le commensalisme. Citons encore quelques exemples des plus répandus. On rencontre très-souvent dans les moules de petits crabes (les Pinnothères) ; ces petits crustacés, armés de fortes pinces, d'excellents yeux, chassent pour leur compte, mais abandonnent les reliefs de leurs repas à l'acéphale bivalve qui les loge. De petits poissons * établissent domicile dans la bouche ou dans le canal intestinal de diverses Holotturies, d'Actinies, de Méduses et même d'autres poissons, etc. Tous ces commensaux sont libres, ils peuvent sortir de leur réduit, changer d'hôtes; mais il en est d'autres qui, une fois leur gîte adopté, y sont adhérents pour la vie, tel : le nombreux groupe des Cirripèdes, qui se fixent sur le dos des baleines, et ce qui paraît fort singulier, chaque espèce de baleine est
* Entre autres les Donzelles ou Fierafer, Oxibales lonibricoïdes, Siegophiles insidiosus, clupea; un grand nombre de crustacés : Fabia chininsis, Hopalocarcinus marsupialis, etc. Lepido'notes', un Pélagie Dactijlomera quinquecirra, etc.
COMMENSALISME. 297
comme un navire portant pour cargaison ses espèces spéciales de Cirripèdes. Nous avons déjà cité le Rémora {echeneïs) qui, pour cheval de course, prend le requin, auquel il se fixe par sa ventouse céphalique, tandis que le Pilote accompagne partout le requin, on ne sait encore dans quel but, car, d'après van Beneden, le Rémora et le Pilote ont chacun leur nourriture propre et ne vivent pas des reliefs du terrible chasseur.
Les végétaux ont aussi leur commensalisme, nous avons déjà parlé des plantes volubiles ; mais il y a en outre beaucoup de végétaux qui se plaisent en compagnie sans que nous sachions bien pourquoi : tels que la mousse Sphagnum et le Dosera. Beaucoup de ces associations, sinon constantes comme celle que je viens de nommer, au moins très-fréquentes, n'ont pas encore été notées par nos botanistes. Je citerai encore la truffe sous le chêne, et un grand nombre de champignons {Lactariiis delicosus), la plupart des bolets annulés, comme Boletuslaricinus, etc., etc., qui ne poussent qu'à l'ombre des conifères. Ici, ce sont des relations de voisinage qui tiennent à ce que certains champignons ne peuvent se développer qu'en s'assimilant les détritus de végétaux spéciaux. Mais dans d'autres cas ce sont surtout des relations de support comme il arrive pour un grand nombre d'orchidées tropicales, de lichens et le lichen luimême ne paraît plus aujourd'hui à nos jeunes botanistes qu'un être étrangement complexe, résultat de l'association intime d'un champignon thécasporé et d'une algue. Je sais que l'on a cité cette extraordinaire association comme un fait de parasitisme; il nous semble que c'est plutôt commensalisme qu'il faut 'dire, car il est manifeste que l'association profite à tous deux, que par cette union tous deux vont développant plus sûrement leurs cellules reproductives. En effet, l'algue est d'ordinaire une plante aquatique et en tous cas ne pouvant vivre que dans un milieu très-humide, et sans le tissu cellulaire protecteur dont le champignon enveloppe les vertes gourdies de l'algue, la sécheresse en arrêterait bientôt le développement, elles seraient tuées, pulvérisées et dispersées avant leur maturité ; il est vrai que de son côté si le champignon ascidie peut croître, former et mûrir ses thèques et ses spores, c'est sans doute qu'il partage avec l'algue les éléments nutritifs que l'un et l'autre soutirent de l'atmosphère (oxygène, azote, vapeur d'eau, etc.), de sorte que l'un et l'autre paraissent ne pouvoir exister que par suite de cette étroite association. On ne saurait donc voir là un fait de parasitisme, il serait fâcheux qu'un tel abus de mots permît à la détestable engeance des parasites d'en pouvoir citer parmi eux qui fassent vivre leur hôte. De tels compagnons ne sont plus des parasites, mais des associés, des commenseaux. Cependant il est bien curieux de rencontrer sur les confins du monde animal et du monde végétal un autre exemple d'un pareil enlacement de deux existences se prêtant un mutuel appui. On rencontre au Japon une éponge hyaline (Hyalonema) bientôt entourée en partie par un polype charnu, Polytoa fatua. Erengbergy voyait un produit artificiel ; M. Schultz a d'abord dit que c'était un polype, parasite de l'éponge. « Non, c'est au contraire l'éponge qui est parasite du polype, » a dit le docteur Gray ; mais l'étude si attentive qu'en a faite M. Schultz montre qu'ils sont commensaux et non parasites l'un de l'autre. II me semble que c'est un rapport de même ordre qui exprime l'étroit et fécond embrassement des algues et des champignons ascidies constituant le groupe entier des lichens. Certaines humeurs, certaines tumeurs à éléments complexes, ne pourraient-elles pas être considérées comme dues à un tel et intime enlacement d'éléments anatomiques ainsi associés et se soutenant les uns les autres?
Quoi qu'il eu soit, ou voit que celte catégorie des commensaux mérite une observation à part, et qu'elle devra désormais être soigneusement séparée du parasitisme vrai ; il y a donc lieu de le rechercher dans le règne végétal comme dans le règne animal, c'est tout ce que nous avons voulu démontrer. Bertillon.
COMinER^iOîV (Philibert), célèbre naturaliste voyageur du siècle dernier. Etait né à Chàtillon-les-Dombes, le 18 novembre 1727, et se fit recevoir docteur en médecine à la faculté de médecine de Montpellier. Ses études en botanique et en histoire naturelle ayant répandu au loin sa réputation, il se trouva bientôt en relation épistolaire avec deux des plus illustres savants de l'époque, Linné et Ilaller. Gommerson étant venu à Paris, en 1 764, sur les instances de son ami Lalandc, fut choisi pour faire partie comme naturaliste de la célèbre expédition autour du monde commandée par Bougainville. Au retour il se sépara, à Pile de France, de ses compagnons de voyage, dans le but de poursuivre des recherches d'histoire naturelle sur Pîle de Madagascar, alors peu connue. Gommerson mourut prématurément à l'île de France, en 1773. 11 avait rassemblé une masse Irès-considérable de notes, de descriptions, de dessins et de collections, que le gouvernement d'alors fit revenir à Paris, et qui furent déposés au Jardin-des- Plantcs où ils sont encore. Bien qu'il n'ait rien publié, nous avons cru devoir consacrer une courte notice à ce savant médecin. E. Bcd.
COMlfllA. Le P. Loureiro, qui s'est rendu surtout célèbre par la publication d'une Flora cochinchinensis, en 1790, a décrit dans cet ouvrage, sous le nom de Commia cochinchinensis, un petit arbre des bords de la mer, que les Annamites nomment Cay son già et dont les rameaux laissent découler un suc gommeux blanchâtre, employé comme vomitif, purgatif, désobstruant, et qui, prudemment administré, est efficace contre les hydropisies rebelles et les obstructions intestinales. Les propriétés évacuantes de cette plante, longtemps méconnue quant à ses affinités, n'ont rien d'étonnant quand on sait, depuis B. Seemann qui a vu, dans l'iierbier du British Muséum, l'échantillon authentique de Loureiro, que c'est ÏExcœcaria Agallocha de Linné {voy. Agalloche, Exc^caria). h. Bn.
COMinipnORA. La plante ainsi nommée par Jacquin, indiquée comme donnant une sorte de caoutchouc (?) et une résine odorante, est un Balsamea. Le C. madagascariensis Jacq. passe pour être le syn. de VAmyris Commiphora RoxB. et du Balsamodendron Agallocha Wight et Arn., qu'il faut appeler Balsamea Agallocha [voy. Balsamodendron, vol. VIll, p. 315) et qui passe pour donner le Bœllium de VInde ou Googol, Googul, Googula, et une partie du Mukul du commerce. H. Bn.
commsiiSURES. Commissure des lèvres. Gommissure des paupièi;es. Ou donne aussi quelquefois le nom de commissure ou grande lame commissurak du cerveau au corps calleux qui réunit les deux hémisphères ; mais on appelle plus spécialement commisstires du cerveau les bandelettes qui ferment en avant €t en arrière le ventricule moyen. D.
COMMOTlOî^ {de commovere; concussion, anglais; co?n?no2ione, italien; Erschiltterung ,\\\emdinà) . L'histoire de la commotion date de l'année 1705, où fut publiée la fameuse observation de Littre.