COLD-CREAM
Huile d'amandes douces 500 grammes.
Huile verte 500 —
Jus de concombre 500 —
Cire 28 -
Spermaceti 28 —
Esprit de concombre 56 —
VINAIGIiE.
Suc de concombres 500 grarair.es.
Vinaigre fort lOOO —
Faire macérer 15 jours et filtrer.
CONCOMBRE (emploi médical). 585
Dans toutes ces préparations où il est question du suc de concombre, il entre du jus obtenu à la presse, chauffé pour coaguler l'albumine végétale, et filtré à travers un linge fin.
Ces substances cosmétiques passent pour donner à la peau de la souplesse et du moelleux; pour combattre les effets du hâle, l'irritation du visage produite par le rasoir ; pour, enfin, faire disparaître ces dartres furfuracées de la face connues en pathologie sous le nom d'eczéma sec. En somme, elles peuvent rendre quelques services dans les affections squameuses ou erythémateuses simples de la peau, en préservant les parties malades du contact de l'air, facilitant la chute des écailles épidermiques et assouplissant le derme.
Le docteur Dassit proposa, en 1840, la pommade de concombre contre l'érysipèle. Il conseillait de recouvrir de cette pommade toutes les parties enflammées, dépassant même les limites de l'inflammation, afin d'obtenir une résolution plus prompte. Dans plusieurs cas, il aurait obtenu la guérison de l'érysipèle en cinq jours. Ce médecin est évidemment tombé sur des séries heureuses d'érysipèles bénins. Nous n'accordons pas plus de confiance à la pommade de concombre dans cette maladie qu'à d'autres topiques, tels que les poudres de riz, d'amidon, de sous-nitrate de bismuth, dont l'effet est de préserver les téguments malades du contact de l'air.
La pommade et le cold-cream de concombre peuvent être employés à titre d'excipient de substances médicamenteuses, dans les formules de pommade usitées en thérapeutique, et pour remplacer l'axonge.
Elles ont servi enfin aux usages ordinaires du cérat de Galien, dans le pansement des vésicatoires ou des plaies simples.
Pline a doté le cucumis flexuosns, ou concombre serpent, de propriétés analogues à celles du concombre sauvage, étudiées plus loin (Lib. XX, cap. IV). Sa pulpe cuite dans du vinaigre était appliquée sous forme de cataplasme sur les jointures affectées de rhumatisme. Le soulagement était immédiat « prœsentaneo remédia. » Les cataplasmes agissaient évidemment comme moyens de réfrigération. Les semences de ce concombre, séchées au soleil, étaient considérées comme efficaces contre le lumbago, prises en émulsion dans l'eau, à la dose de un peu plus de 11 grammes « iriginta denariorum pondère {ii ^''. 51) in hemina dato aqiice (0 lit, 27). )^
II. Concombre sauvage. On le désigne encore sous les noms suivants : concombre d'âne; moniordique élastique, purgative ou piquante; pomme de merveille, et surtout élatérlum. Nous préférons la dénomination de C. sauvage à cette dernière, qui est cependant la plus usitée ; c'est qu'en effet l'expression élatérium désigne encore un produit très-connu et employé souvent autrefois, l'extrait du fruit du Momordica elaterium. Pourquoi appliquer indistinctement à la plante et à l'extrait de son fruit le même nom? Cette homonymie ne pouvant que prêter à la confusion, nous la repoussons de notre description. J'appelle donc Concombre sauvage la plante ou son fruit, et élatérium le produit particulier qu'on retire de ce fruit.
Le C. sauvage était très-usité dans la thérapeutique antique. Hippocrate le mentionne à chaque instant dans ses livres, le recommandant comme purgatil, ou bien pour purifier certains organes malades. Il le fait entrer dans nombre de recettes et formules médicamenteuses contre les affections utérines. Il le prescrivait en potions, apozèmes, cataplasmes, pessaires. Dans le livre VI des Épidémies (section v), cet admirable observateur signale ce fait important que le lait
mcT. ESC. XIX. "lo
586 CONCOMBRE (emploi médical).
des nourrices qui ont pris du suc de concombre sauvage, ou celui des chèvres qui ont brouté cette plante, devient purgatif pour les enfants qui l'ingèrent. « Si mulier, aul capra, cucumeris agresUs succum, aut cucumim sUvestrem devorarint, etiam pueri purgantur. »
On peut, en présence des indications si multipliées du concombre sauvage, signalées dans les livres hippocratiques, se demander si le mot grec DMrhpi'j-» doit toujours être traduit en français par Concombre sauvage. Les Grecs appelaient élatérium tous les purgatifs violents : aussi faut-il faire quelques réserves au sujet des applications nombreuses dont nous parlons, et qui, vraisemblablement, ne doivent pas toutes être rapportées à la plante que nous étudions.
D'autres auteurs anciens ont fait mention des propriétés médicales du G. sauvage : Théophraste, Dioscoride, Pline, Apulée, etc.
Pline l'Ancien nous fournit des indications précises sur ses vertus. Le suc de fruit est, dit-il, un excellent remède contre les troubles visuels et les ulcères des paupières, « ohscuritates et vitia ocidorum sanat, genarumqiie ulcéra, » probablement en applications topiques.
Ce même suc était employé contre l'odontalgie, et la racine de la plante, cuite dans du vinaigre, était vantée pour calmer les douleurs articulaires. « Radix autem ex aceto coda podagris iUinitur, succoque dentium dolori medetar. »
Le mèiue fait est rapporté par Apulée (cap. GXlll) : « Cum aceto decocta radix valet contra podagram. »
La poudre de racine desséchée mêlée à la résine passait, au dire de Pline, pour guérir l'impctigo et la gale, la psore, le lichen, les parotides ; pour résoudre certaines lumeurs et donner aux cicatrices une coloration naturelle, et pour résolutive dans le cas d'œdème, après avoir cuit dans du vinaigre (Dioscoride) .
Le suc de feuille injecté dans le conduit auditif avec du vinaigre améliorait les surdités.
Enfin je mentionnerai les applications nombreuses, faites par les médecins de l'antiquité, de l'extrait de fruit connu sous le nom d'élatérium. Ils le prescrivaient pour purger le ventre et la matrice; dans les hydropisies et la maladie pédiculaire ; comme emménagogue ; ils connaissaient, en outre, ses propriétés abortives et toxiques. Us le conseillaient, mélangé à de l'huile vieille ou à du miel, à l'extérieur, dans les angines et les laryngites ; contre le lentigo et les taches du visage.
De nos jours, il est fort rare de voir employer le concombre sauvage, malgré les tentatives de quelques médecins pour le remettre en honneur, comme agent médicamenteux.
En 1848, Lavagna a beaucoup vanté la racine de cette plante contre les hydropisies, lui attribuant à la fois des propriétés laxatives et diurétiques.
Voici la formule qu'il conseillait :
Racine sèche d'élatérium -lô grammes.
Eau 1500 —
Faire bouillir jusqu'à l'éduction de moitié et donner, par jour, un verre de cette tisane en trois fois.
L'exemple montré par ce médecin n'a pas été suivi.
Ce court historique montre suffisamment le grand cas que la médecine antique faisait du concombre sauvage, et l'oubli dans lequel son emploi est aujourd'hui tombé.
CONCOMBRE (emplot médical). 387
La thérapeutique moderne a presque tout à fait uégligé cette plante. Au dernier siècle, on prescrivait assez fréquemment l'extrait de fruit ou élatérium, et quelquefois les vieilles recettes, telles que Vélectuaire panchimagogae, Yonguent d' Agrippa, l'emplâtre diabotanum, dans lesquelles entrait le concombre sauvage; mais aujourd'hui on a presque entièrement renoncé à l'usage de celte plante, et ce n'est que rarement qu'on fait prendre aux malades l'élatérium.
Il est facile d'expliquer cet abandon. D'une part, le concombre sauvage est doué de propriétés si violentes qu'on hésite à s'en servir, et, de l'autre, c'est souvent un médicament infidèle, car ses préparations n'ont pas toujours la même énergie : elles ne sont presque jamais identiques à elles-mêmes, bien que portant des noms semblables. L'histoire de l'élatérium, que nous allons retracer succinctement et qui se confond, au point de vue des propriétés thérapeutiques, avec celle du concombre sauvage, va nous montrer l'évidence de cette proposition dernière.
De V élatérium. On donne ce nom à divers produits retirés du fruit, et dont la nature varie suivant le mode de préparation. C'est pourquoi nous commencerons par indiquer les différentes méthodes usitées pour obtenir l'élatérium.
Pline appelle de ce nom tantôt la partie féculente qui se dépose au fond de l'eau quand on laisse tomber dans ce liquide le suc du fruit du concombre sauvage, tantôt le suc simplement séché au soleil.
Le bon élatérium était celui qu'on préparait en automne et qu'on employait au bout de trois ans seulement. Aucun médicament ne se conserve mieui, dit Pline, et il est d'autant meilleur qu'il est plus ancien. A ce propos il rapporte que Théophraste s'assura qu'un échantillon d'clatérium, vieux de deux cents ans, n'avait pas perdu de son efficacité. ((Melius quo vetustius; fuitque jam ducentis annis servatum, ut auctor est Theophrastus.
Voici, en effet, la traduction latine du passage de Théophraste auquel Pline l'ait allusion : Itaque medicus quidam, homo frngi et cui credere passes, élatérium ducentorum annorum virtute mirabili servare se domi retulit dono sibi datum [Hist. Plant., IX, 15). Cette citation m'a paru utile à reproduire, car elle prouve que deux siècles avant Théophraste on employait déjà l'élatérium. Schulze a reconnu qu'en suivant le procédé mentionné dans Pline : traitement du suc de fruit par l'eau, on n'obtenait que de très-faibles jn^oportious d'élatérium : deux grains de vingt concombres, ou quatre de cinquante.
L'élatérium blanc ainsi obtenu se présente sous forme d'une manière féculente acre, très-peu soluble dans l'eau et l'alcool, prenant feu subitement à la flamme d'une bougie et briilant avec une flamme vive (Bcrgius).
Le suc épaissi porte le nom d'élatérium 7ioir. On l'obtient en laissant sécher au soleil, ou bien à un feu doux, le suc de fruit. C'est une substance brune, très-âcre aussi, sans odeur, soluble dans l'eau et l'alcool qu'elle colore en rouge, ne s'enflammant pas à la bougie, et brûlant en fusant, comme le nitre.
Je poursuis l'énumération des modes de préparation de l'élatérium, donnant l'analyse des descriptions très-complètes sur ce sujet, que j'ai trouvées dans l'excellent ouvrage de Pereira.
Cluttcrbuck indique de récolter les concombres quand ils sont presque murs, et aussi près que possible de leur maturité complète, évitant avec soin de les faire éclater en les maniant avec trop de précipitation. La récolte faite, on les lave à l'eau froide, on les incise dans le sens de leur longueur, on recueille le suc sur un tamis très-fm posé sur un vase en terre. Les semences sont mises de
588 CONCOMBRE (emploi médical).
côté et lavées pour leur enlever le suc qui les invisque, et augmenter ainsi la proportion d'élatérium à extraire.
Les eaux de lavage et le suc étant mélangés, on laisse reposer quelques jours, on enlève la partie liquide, on met le dépôt sur un linge fm et on fait sécher à l'air ou au soleil plutôt qu'au feu.
On obtient ainsi une poudre blanchâtre, et verte, si on a fait sécher au feu, qui constitue l'élatérium de 1" qualité. Quarante fruits n'en fournissent que 0s'-,36.
La Pharmacopée britannique recommande le procédé suivant : Coupez en tranches les fruits, passez le jus très-doucement exprimé à travers un fm tamis de crin, laissez reposer, enlevez le liquide, et faites sécher le dépôt à une douce clialcur.
 l'Âpothecaries'Hall, de Londres, on opère ainsi qu'il suit: les fruits coupés en long sont enveloppés dans de la toile fine et pressés doucement pendant quelques minutes, sans leur faire rendre tout leur suc.
Le liquide ainsi obtenu est passé à travers un tamis de crin, et recueilli dans un récipient en verre. Au bout de deux heures de repos, la partie liquide est rejetée et le dépôt est mis sur un liltre de papier, soutenu par de la toile tendue sur un cadre en bois. Il s'écoule un liquide amer, brun jaune (couleur de Sherry), et il reste sur le papier une substance verdàtre que l'on fait sécher à l'étuve. C'est l'élatérium de qualité supérieure. De la liqueur mère se dépose un élatérium plus pâle.
Le produit résultant de la simple inspissation du suc de concom.bre renferme beaucoup de mucilage ; il noircit à l'air et se divise en grumeaux.
Tous ces procédés ne sont, en somme, que des variantes des méthodes indiquées par Pline et Dioscoride.
En France, on préparait l'élatérium d'une façon différente, défectueuse, à mon avis, et qui d'ailleurs n'a jamais donné qu'une substance de qualité inférieure.
L'ancien Codex indique de broyer les fruits, arrosés d'eau bouillante, et d'épaissir le suc qui s'en écoule.
Lemery conseille aussi de triturer les concombres murs, de laisser le suc eu digestion 4 ou 5 heures, puis de passer à travers un linge le suc préalablement chauffé et d'évaporer à consistance d'extrait.
En résumé, l'élatérium se présente sous deux états différents, suivant qu'on le tire du suc épaissi ou bien du dépôt féculent abandonné par le jus de fruit, laissé au repos quelques heures. Cette dernière sorte est la meilleure et c'est celle qu'il faudrait préférer dans la pratique, si nous n'avions pas à notre disposition un principe fixe, toujours identique à lui-même, ïélatérine, qui constitue la substance réellement active du concombre sauvage et de l'élatérium.
Deux variétés d'élatérium sont encore parfois prescrites : E. anglais blanc ou noir ; E. maltais. Le français n'est plus usité.
Voici, d'après Pereira, les caractères des deux premiers :
a. L'élatérium anglais, blanc, de très-belle qualité, présente les propriétés organoleptiques suivantes : il est constitué par des écailles frisées, friables, légères et flottant sur l'eau, d'un vert gris, jaunissant à l'air, d'un goût acre et amer, d'odeur animale rappelant celle de l'ergot de seigle et renfermant des cristaux quand il a vieilli. Ce fait indique la justesse de la remarque faite par Tiiéophraste, à savoir 'que l'élatérium est d'autant meilleur qu'il est plus an-
CONCOMBRE (emploi médical). 580
cieu : il contient, ce n'est pas douteux, une proportion d'élatérine cristallisée relativement plus forte.
L'alcool rectifié en dissout plus de la moitié de sou poids, et prend une teinte verdàtre.
Cet élatérium ne contient pas d'amidon et ne fait pas effervescence avec l'acide chlorhydrique.
b. L'élatérium maltais est en larges écailles, d'une teinte vert pâle, assez lourd pour tomber au fond de l'eau ; il fait effervescence avec l'acide chlorhydrique, qui le dissout, et renferme de la chaux et de l'amidon.
Il est évidemment inférieur à l'élatérium anglais. Pereira pense qu'il est mélangé à du suc de nerprun.
Quant à l'élatérium noir préparé avec le suc épaissi, il se présente sous la forme d'une matière de couleur foncée, dure et résistante, à cassure résineuse. 11 a une saveur acre, un peu salée, est soluble à chaud dans l'eau et l'alcool qu'il colore en i-ouge.
Le bon élatérium anglais renferme 26 p. 100 d'élatérine, et l'ordinaire 15; l'élatérium français 5 à 6 p. 100.
Composition. Nature de l'élatérium. Plusieurs analyses ont été données de l'élatérium. Elles démontrent qu'il renferme un principe actif, Vélatérine, que nous étudierons plus loin, et les principes communs à beaucoup de substances végétales.
Paris indique la composition suivante :
Élatérine 1,2
ExtractiC 2,6
Fécule 2,8
Gluten 0,5
Matière ligneuse 2,5
Eau 0,4
Hennell a donné, en 1831, une analyse différente
Élatérine 4,4
Résine verte 1,7
Amidon 0,fi
Ligneux 2,7
Sels 0,6
Tout porte à croire que l'élatérine est réellement le principe actif de l'élatérium. Hennell, cependant, attribue à la matière résineuse verte, neutre, insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool, la potasse en solution, l'éther, que renferme l'élatérium, des propriétés cathartiques. Il est probable que les essais peu nombreux de Hennell ont porté sur une substance qui n'était pas entièrement débarrassée de l'élatérine, avec laquelle elle se mélange volontiers.
C'est même à cette sorte de combinaison qu'on a donné le nom d'élatine.
En sorte que l'on peut admettre que l'élatérine est bien le principe actif de l'élatérium. Je dirai même que c'est aussi celui du concombre sauvage, très-vraisemblablement.
Il est probable que cette substance, dont la nature chimique est encore mal définie, se forme le plus abondamment dans le fruit au moment de sa maturité. On conçoit dès lors pourquoi tous les auteurs recommandent de cueillir les fruits du concombre sauvage presque mtirs, pour obtenir le bon élatérium.
^^^ CONCOMBRE (emploi miîdical).
tieci m amène à dire un mot du siège de cette substance dans le fruit du concombre sauvage.
Pereira, qui a fort bien étudié cette question et qu'on ne saurait trop citer à propos de l'étude que nous faisons, nous apprend que ni les racines, ni les Heurs, ni les tiges, ni les semences du concombre sauvage, ne renferment l'élatérium en proportion notable. Son véritable siège est dans la pulpe ou matière placentaire qui entoure les semences dans le fruit du concombre, et là seulement.
C'est cette pulpe, de consistance un peu gélatineuse, qui se ramollit au moment de la maturité du fruit, s'hydrate par endosmose de ses éléments cellulaires (Dutrochet), et projette au dehors les semences, comme par une sorte d'explosion , d'où les noms à'ecbalium (de lx.êâ),>w, je lance), d'elaierium (de ilavcp, qui chasse devant lui), sous lesquels on désigne le C. sauvage.
Les couches extérieures du concombre ne renferment pas d'élatérium, ce qui explique pourquoi, dans la préparation de cette substance, on recommande en général de ne recueillir que le jus de la partie centrale.
Tous ces détails n'ont plus qu'un intérêt secondaire, depuis que nous savons que l'clatérium doit ses propriétés à l'élatérine, je n'y insiste pas. Cette dernière est l;i seule préparation à employer dans la pratique, car on est toujours assuré de pouvoir faire son dosage rigoureux.
Propriétés thérapevtiques de Vélatérium. Cette substance a des effets locaux qu'il est bon de connaître. C'est un irritant assez violent. Pline mentionne que le suc de concombre sauvage sautant dans les yeux de ceux qui en faisaient la récolte leur causait une ophthalmie. Pareil accident est signalé par Clutterbuck ; conjonctivite avec gonflement érysipélateux des paupières. Enfin on sait que ceux qui préparent l'élatérium ont souvent des ulcères aux doigts. On ne s'étonnera donc pas de voir placer ici et rappeler les propriétés sternutatoires de l'élatérium, que les anciens utilisaient, et qui ne reconnaissent d'autre cause que l'irritation de la muqueuse nasale.
Ces propriétés irritantes de l'élatérium étaient encore mises à profit par la thérapeutique antique pour produire des révulsions, dans les cas d'affections utérines principalement, comme en témoignent les livres hippocratiques.
Nous avons aujourd'hui des irritants locaux ou révulsifs, tout aussi actifs que l'élatérium, et moins dangereux, en ce sens qu'on n'a pas à redouter leurs effets cathartiques après absorption. 11 est donc inutile d'insister sur ces faits.
A V intérieur, l'élatérium a été employé : 1» comme purgatif drastique. 11 détermine, en effet, une vive irritation des voies gastro-intestinales, se traduisant par des selles nombreuses, très-aqueuses, et souvent par des vomissements. Il agit probablement sur la muqueuse des voies digestives topiquement et en l'irritant, puis après absorption et vraisemblablement par élimination de l'élatérine à travers les glandes intestinales. Donc deux effets : l'un direct ou mieux primitifs et l'autre secondaire au moment de l'élimination. Le premier a pour résultante, outre l'hypercrinie intestinale, une action réflexe sur les tuniques musculeuses, car la purgation s'accompagne de coliques, c'est-à-dire de contractions douloureuses de l'intestin. Quant à l'effet secondaire ou par élimination, il doit se produire sur les glandes des dernières portions du gros intestin, si l'on s'en rapporte aux expériences d'Orfila. Sur des chiens, cet habile expérimentateur constata, après avoir injecté de l'élatérium sous la peau, une injection de la muqueuse rectale seulement, avec taches hémorrhagiques multiples.
CONCOMBRE (emploi médical). 591
Les propriétés drastiques de l'éJatérium sont assez violentes pour produire, par action réflexe, de la fièvre, du malaise général, de la soif, des sueurs, le collapsus et la mort.
Les chiens empoisonnés par Orfilu, au mo^'en de l'élatérium, devenaient insensibles, respiraient vite, se plaignaient et succombaient. sans avoir offert de symptômes bien caractéristiques.
Darwel a noté un véritable choléra, avec délire maniaque, à la suite de l'administration de l'élatérium chez l'homme.
Les doses faibles ne provoquent pas d'accidents généraux ; elles purgent plus ou moins abondamment en donnant lieu à des garderobes répétées.
C'est cette propriété qui a fait recommander l'élatérium comme le purgatif des hydropiques. Les anciens le préconisaient beaucoup contre les hydropisies. Cette pratique fut considérée aussi comme avantageuse par Lister, Sydenham, Bonlius, Heurnius, Schulze, Everhard, Bright, etc.
Cazin croit que la pratique moderne s'est privée d'un bon moyen médicamenteux en délaissant l'emploi de l'élatérium. Il s'est bien trouvé, quant à lui, de donner le suc épaissi du fruit contre l'anasarque essentielle, et encore à un sujet affecté d'œdème, après avoir eu la fièvre intermittente.
Nous croyons volontiers, avec Pereira, que l'élatérium conviendrait aux sujets affectés de maladies de Bright chronique, dans le cas d'anasanjue.
Ce médicament a aussi été employé comme emménagogue, et considéré comme abortif. Ce sont là, en effet, des propriétés communes h tous les drastiques violents et qui ne peuvent se manifester qu'à la suite d'une action irritante excessive sur l'intestin, causant d'abord la stase sanguine dans les organes contenus dans le petit bassin, et secondairement la métrorrhagie.
Les anciens me paraissent avoir prescrit l'élatérium dans le but de stimuler les fibres musculaires de l'utérus, comme le prouve la recette suivante d'Hippocrate : « Medicamentum fetiim ejiciens. Rammculiim et elaterii parum acelo viixlum et hene iemperalum propmato. »
On a abandonné avec juste raison l'emploi comme emménagogue de l'élatérium. En outre, nous avons, dans l'ergot, un moyen moins dangereux et plus certain pour agir sur la matrice.
L'élatérium a été aussi prescrit, à titre de dérivatif, dans certaines affections cérébrales : manie, apoplexie, congestion cérébrale; et aussi dans l'éclampsie (Todd). La révulsion qu'il produit sur l'intestin peut être utile dans ces cas,, mais à la condition qu'on prescrira seulement les doses faibles ne déterminant aucune réaction générale.
J'ajouterai que ce médicament a été parfois donné contre la constipation opiniâtre, ou comme eccoprotique dans la paresse intestinale; contre les entozoaires, et dans les accès de goutte anormale.
En résumé, l'élatérium me semble avoir surtout deux indications importantes : c'est le drastique des hydropiques, d'une part, et, de l'autre, il peut rendre des services comme révulsif dans les affections cérébrales ou d'autres maladies, lorsqu'on constate de l'hyperémie du cerveau ou de ses enveloppes.
Il est contre-indiqué chez les sujets affaiblis, chez ceux qui ont de l'irritation des voies gastro-intestinales, et dans les affections avec fièvre (Pereira).
Doses, modes d'emploi de Vélatérium. La posologie de ce médicament est difficile à déterminer à l'avance ; elle ne peut être qu'empirique, étant admis que l'élatérinm n'est jamais identique à lui-même. C'est pourquoi nous n'attri-
592 CONCOMBRE (emploi médical).
buons aucune valeur aux chiffres suivants indiqués par plusieurs [auteurs.
Sydcnham prescrivait 2 grains ; Boerhaave, 4 ; Dioscoride, 5 à 6 ; Scliulze, 8 ; Fernel, 20, tandis que Chitterbuck et Pereira affirment qu'un huitième de grain (Os',0075) purge légèrement, et qu'un demi (QssOoO) donne d'abondantes évacuations alvines et des vomissements.
11 me paraît évident que pour ordonner l'élatérium sans s'exposer à des méprises, il faut connaître la proportion d'élatérine qu'il renferme. On a trouvé, en effet, dans un échantillon de cet agent, déposé à London Collège, 44 p. 100 de ce principe actif ; et l'on sait que l'élatérium anglais de première qualité en contient environ de 15 à 26 p. 100, et le français de 5 à 6 seulement.
Je n'ai pas besoin de m'étendre sur ces faits ; leur simple énumération permet au lecteur de conclure qu'il y a lieu de renoncer à un médicament d'une composition aussi variable ; dorénavant, on devra s'adresser à son principe actif, ïélatérine.
Voici, toutefois, quelques formules que je transcris ici, à titre de renseignements :
?c Extrait d'élalérium 1 gramme.
Opium purifié 1 —
(F. s. a. 20 pilules.)
Une pilule toutes les heures contre les coliques saturnines (Langley).
Extrait d'élatérium. . . . 1 ^ ...
„ j , ,, ! aa . . 15 crammes.
Poudre de .«cille ( °
Acide succinique 4 —
Soufre doré d'antimoine 2 —
(F. s. a. pil. 15 contigr.)
On donne ces pilules, dites physagogues, à la dose de 3 par jour, comme purgatif et comme dérivatif contre l'oppression ou l'essoufflement.
D'ordinaire on associe l'élatérium aux amers ou aux aromatiques : extrait de gentiane, extrait de genièvre, etc., pour le faire prendre en pilules; mais rien n'empêcherait de l'administrer en teinture alcoolique, car l'élatérine est sohible dans l'alcool.
Toutes ces formules n'ont plus, je le répète, leur raison d'être aujourd'hui, puisque nous savons extraire le principe actif de l'élatérium, ou pour mieux dire, et d'une façon plus générale, du concombre sauvage. C'est à lui qu'il faut s'adresser de préférence. Aussi devons-nous résumer ici son histoire.
Élatérine. Elle a été découverte en 1851, simultanément, je pense, par Morrieset Hennell.
C'est une substance de couleur blanche, en cristaux d'apparence soyeuse, prismatiques, d'une saveur styptique ; insoluble dans l'eau, les solutions acidulés ou alcalines, peu soluble dans l'éther et les huiles grasses, soluble assez facilement dans 5 parties d'alcool concentré à froid, dans 2 à chaud ; fondant vers 100" et se volatilisant à une température un peu plus élevée, en laissant dégager des vapeurs très-acres. Zwcnger donne comme point de fusion de l'élatérine 200". Elle fond sans perdre de son poids et se convertit par le refroidissement en une masse fendillée, amorphe, jaunâtre et transparente. Elle s'eaflamme et brûle avec une flamme fuligineuse.
Les acides forts la détruisent. L'acide azotique la convertit, à froid, en une matière gommeuse, jaunâtre ; à chaud, il la dissout; l'acide sulfurique la disiiout en se colorant en rouge.
CONCOMBRE .(emploi médical). 3'J3
L'acétate de plomb et le nitrate d'aryent la pre'cipilent de ses solutions ; le tannin ne détermine aucun précipité dans ces dernières.
L'analyse élémentaire de l'élatérine n'est pas encore fort bien déterminée ; Zwenger lui assigne la composition suivante :
Carbone 69,485 69,292
llyilrogcno 8,223 8,208
Oxygène 22,2b0 22,5U0
D'où la formule C^oR^^O^
Hennell a donné une analyse différente :
Carbone ^'6,0
Hydrogène 2ô,9
Oxygène 59,2
Préparation. J'ai déjà dit que l'élatérine cristallisée apparaît spontanément dans le suc de concombre sauvage, abandonné à l'air libre dans un vase, ou bien dans l'eau où l'on a versé la teinture alcoolique concentrée d'élatérium. Ces moyens d'obtenir les cristaux d'élatérine ne sont pas employés aujourd'hui pour la préparation en grand de celte substance. Voici comment ont procédé divers chimistes pour l'extraire.
Morries faisait une teinture alcoolique d'élatérium, concentrait cette liqueur jusqu'à ce qu'elle eût la consistance d'une huile légère et la versait dans de l'eau bouillante. Par le refroidissement les cristaux d'élatérine se déposaient. Il les traitait alors par l'alcool, faisait cristalliser à nouveau et avait ainsi l'élatérine pure.
Martius procédait un peu différemment. 11 indique de traiter par l'eau le suc épaissi du concombre, d'épuiser par l'alcool, d'évaporer à consistance de sirop, de laisser cristalliser par refroidissement et de purifier par l'éthcr.
Hennell traitait l'extrait alcoolique d'élatérium par l'éther, qui dissout la matière résineuse, reprenait par l'alcool bouillant et laissait cristalliser par refroidissement.
Zwenger conseille ce qui suit : épuiser le fruit du concombre par l'alcool, distiller la liqueur ainsi obtenue et la réduire de moitié, précipiter alors l'élatérine par l'eau, recueillir et sécher ce précipité, le traiter par l'éther jusqu'à ce qu'il soit devenu blanc, le redissoudre dans l'alcool absolu. En s'évaporant l'alcool laisse déposer l'élatérine pure.
Sterling recommande d'épuiser l'élatérium par l'alcool bouillant, de concentrer la liqueur jusqu'à ce qu'elle se trouble, puis de traiter par un soluté bouillant de potasse. L'élatérine cristallise par refroidissement.
En 1875, Power a donné une méthode peu différente de cette dernière.
En effet voici ce qu'il dit : traiter l'élatérium par l'alcool bouillant, filtrer, concentrer la liqueur, la verser chaude dans une solution étendue, chaude également, de potasse caustique, et attendre que les cristaux se déposent.
C'est de l'élatérine impure, qui renferme de la résine. Pour la purifier, on lave les cristaux à l'eau froide, on les dissout ensuite dans l'alcool bouillant, on ajoute de la benzine pour enlever la matière verte. L'évaporation de l'alcool laisse un dépôt d'élatérine pure et cristallisée.
Propriétés physiologiques. Elles sont encore très-mal déterminées, probablement parce que l'usage médical de l'élatérium est oublié. On sait que l'élatérine est un poison mortel, pour le lapin, à la dose de 08%0i2 (Christison), et qu'elle reproduit les propriétés connues de l'élatérium.
394 CONCORREGIO.
Chez l'homme elle remplacerait avec avantage, en thérapeutique, ce dernier médicament.
Golding Bird l'a donnée à la dose de -Jg- de grain (0s%0037), dissout dans de l'alcool. Elle purgerait, suivant lui, sans colique et sans vomissement.
Yoici deux formules qu'on pourra employer :
TElNIunE d'élatéhine (mobkies).
Élatérinc 0,05 rentigrammes.
Alcool 50 grammes.
Acide nitrique 0,Ï0 centigrammes.
Drastique à la dose de 36 à 40 gouttes.
POUDRE D'ÉLATÉnmE (BBIGHt).
Élatérine 0,20 centigrammes.
Crème de tartre 0,40 —
Divisez en 60 prises : une toutes les trois heures. Surveiller l'effet.
Les solutions d'élatérine dans l'alcool ont une saveur désagréable, nauséeuse, et laissent dans la bouche un goiit qui persiste plusieurs heures après l'ingestion. C'est au moins ce que j'ai ressenti en goiitant une teinture faible d'élatérine. Il serait d'ailleurs facile de masquer ce goût à l'aide d'un alcoolat aromatique, de menthe, de mélisse, etc.
On le voit, l'histoire de l'élatérine est encore bien incomplète; ses propriétés
pharmacodynamiques n'ont été examinées que superficiellement et ses effets
thérapeutiques n'ont été déterminés que dans de rares circonstances. Nous ne
saurions donc mieux faire en terminant cet article que d'appeler l'attention des
médecins sur ces lacunes dans l'étude thérapeutique d'un des médicaments les
plus puissants de notre matière médicale. ER:NiiST Labbée.
■ Bibliographie. — IIippocuate. Livre du Régime et jjassim. — Théophraste. Hist. lûant.,. t. IX, p. 15. — PuNE. Lib. XIX, cap. xxiii; lib. XX. — Celse. Collect. Nisard, 1846. — Colu- MELLE. Lib. XI, cap. iir. — FouncnoY. Encyclopédie méthodique, 1792. — Page. Bull, de thér., t. "VI, 1834. — BouRO.M. Ibid., t. VII, 1834. — Dassit. Ibid., t. XVIll, 1840. — Liebig. Chim. organ. Trad. française de Geruardt, t. H et III, 1842. — lioucuAiirAT. Annuaire de tliérap., 1843. — Lavagna. Comptes rend, de l'Acad. méd., févr. 1848, et Bull, de thérap., t. XXXIV. — Orfila. Traité de toxicologie, 5' éd., t. II, 1852. — Todd. In Bull, de thér., t. XLYI, 1854, et The Lancel, 1854. — Pereira. The Eléments of Mater. Med., 1857. — Lacder Brumon. Practitioncr, may 1874. — Power (Frédéric-B.). Amer. J. of pharm., 1875, eiJourn. de chim. et pharm., 1875. E. L.
C0!!VC0:HBRE D'AIME. CONCOMBRE SAUVAGE. Voy. CoNCOMBRE et
Élaterium.
COXCORREGIO (Giov. de). Était né à Milan, vers la fin du quatorzième siècle, et prit le bonnet de docteur dans cette université, en 1415. Il professa d'abord cà Bologne, puis, suivant l'usage du temps et comme cela a lieu encore eu Allemagne, dans diverses universités qui se le disputaient. En dernier heu il occupait une chaire à Paris, c'est-à-dire qu'il mourut vers 1459. Les deux ouvrages qu'il a composés et que l'on a réunis en un seul constituent un traité de médecine dans lequel il passe en revue les maladies à capite ad calcem, sans s'élever beaucoup au-dessus des idées arabistesde cette époque, bien qu'il en réfère quelquefois à son expérience personnelle ; ainsi il déclare que la saignée ne lui a pa^ réussi contre la mélancolie, et que les purgatifs ont eu plus de succès.
Voici les titres de ces deux ouvrages :
I. Siimmida de curis fchrium secundum hodiernum moclum et usum compilafa...-- et II. Lucidarium seu flos florutn medicince... — Ces deux ouvrages ont été rassemblés et publies sous le titre suivant': Practica nova totius fere medicinœ. Papiae, 1485, in-fol. ; Yenetus, 1515, in-fol. E. BcD.
CONDAMINEA. 39&
COIVCOIV. Nom donné à une plante de la Guinée, que les habitants broyent avec de l'huile et dont ils se frottent les jambes pour tuer les vers qui y pénètrent.
Mérat et De Lens. Dictionnaire de matière médicale, II, 379. Pl.
COKCRÉTIOIV'S. Ce mot s'applique à des productions solides de diverses sortes : concrétions bilieuses, arthritiques, osseuses, urinaires, etc. ; les concrétions fibrineuses seront étudiées au mot Thrombose. D.
COIVDAIHIINEA (DC, Prodr.,\N, 402). Genre de [)lantcs de la famille des Rubiacées, qui a donné son nom à une tribu de cette famille, voisine de celle des Cinchonéfts et caractérisée par une corolle régulière, à lobes valvaires, un ovaire biloculaire et un fruit capsulaire. Les graines, très-nombreuses, pressées les unes contre les autres, sont horizontales, à aile peu développée ou nulle, avec un petit embryon et un, albumen abondant. Ce sont des arbres et arbustes, à stipules entières ou bipartites. Quant aux Condaminea, ils ont des fleurs à réceptacle campanule ou turbiné, un calice supère, à 3-5 lobes ou dents, qui se sépare circulairement du réceptacle. La corolle est campanulée ou infundibuliforrae, charnue ou coriace, à tube presque cylindrique, velue à la gorge, avec cinq lobes épais, valvaires, puis recourbés en dehors. Les étamines, au nombre de cinq, alternes avec les lobes de la corolle, s'insèrent au-dessus du milieu de la hauteur de son tube ; leurs anthères sont exsertes. L'ovaire infère est couronné d'un disque déprimé. 11 a deux loges multiovulées et est surmonté d'un style dont l'extrémité stigmatifère est partagée en deux branches recourbées. Le fruit, coriace, turbiné, tronqué et aréole au sommet, est capsulaire, biloculaire, loculicide de haut en bas. Les graines, nombreuses et petites, ont un testa lâchement réticulé, un albumen charnu et un embryon claviforme, à cotylédons plans-convexes. Les Condaminea sont des arbres ou des arbustes du Pérou, de la Bolivie et de la Colombie. Leurs rameaux comprimés portent des feuilles opposées, oblongues, coriaces, acuminées et souvent cordées à la base, avec un pétiole court, accompagné de deux grandes stipules intrafoliaires, chartacées, bipartites. Les fleurs sont disposées en cyraes pédonculées, trichotomes, corymbiformes, assez grandes, blanches et pourprées.
Le Condaminea corymbosa DC [Prodr., IV, 402) avait reçu de Ruiz et Pavon [FI. peruviana. II, 48, t. 189) le nom de Macrocnemum corymborum. C'est un arbre à feuilles ovales-oblongues, presque sessiles. Sa corolle, pourprée en dehors, a la gorge nue. Son écorce est célèbre au Pérou par ses propriétés fort analogues, dit-on, à celle des Cinchona. Toujours est-il que Ruiz et Pavon la signalent déjà comme employée à falsiiier les quinquinas. Elle est amère, tonique, stomachique. Mais intérieurement elle présente, avec plus d'amertume que le quinquina et une certaine viscosité, une couleur blanchâtre qui la fait facilement reconnaître. La plante, commune à Iluanuos, dans les Andes péruviennes, se trouve aussi à la Nouvelle-Grenade, près de Mariquita et Santa-Anna.
Le C. macrophylla Lindl., espèce de l'Amérique centrale, a une écorce employée dans le pays comme fébrifuge.
Le C. tinctoria DC. [Macrocnemum tinctorium 11. R. K.) fournit l'Ecorcc de Paraguatan ou Paraguata, le Socchi du Pérou. D'après Guibourt, cette écorce se trouve dans le commerce en fragments épais de 5 à 15 millimètres et sou-
CONDENSATEURS ÉLECTRIQUES
vent recourbés en dehors par la dessiccation. « Elle est raclée à l'extérieur ou pourvue d'une couche blanchâtre ou jaunâtre et fongueuse, semblable à celle du gros Quinquina nova. Elle a une texture grenue du côté externe, un peu fibreuse du côte interne; mais cette partie interne est gorgée d'un suc rouge desséché qui lui donne une grande compacité et de la dureté. Cette écorce du commerce, étant plus ou moins altérée à la surface par la lumière ou l'humidité, ne présente qu'une teinte générale d'un rouge rosé terne ; mais elle possède à l'intérieur une belle couleur de laque rouge qui est très-foncée, surtout du côté interne, où elle est gorgée de suc rouge. Tafalla dit qu'en raclant la surface interne des écorccs on en tire un suc qui, épaissi au soleil, peut remplacer la laque {Bull. Pharm., II, 307). Cette écorce est propre à la teinture; on la trouve au Musée britannique, sous le nom de « Cinchona laccifera, Qiiina parecida â la cinchona 6 Quina roxa de Mutis » [T7\ des Drog. simpl., éd. 6, III, 185).
Le Condaminea utilis de Gaudichaud est une Rubiacée d'un autre genre, VElœagia utilis Wedd. H. Bn.
Ruiz et Pavon, FI. peruv., 11, t. 188-190. — H. B. K., Nov. gen. et spec. pi. œquin., III, 599. — Benth. et HooK., Gen., II, 44, n. 47. — Lindl., FI. med., 434. — Rosenth., Synops. plant, diaphoric, 350, 340.
COî\DET«SATElJRS ÉLECTRIQUES. Sans chercher à préciser les moyens de mesurer les quantités d'électricité, il est évident que la machine électrique de Rasmsden fournit des quantités d'électricité d'autant plus grandes que l'ou fait exécuter un plus grand nombre de tours au plateau : si même l'état électrique des conducteurs pouvait être maintenu constant, les quantités d'électricité mises en liberté par le frottement du plateau contre les coussins seraient proportionnelles au nombre de tours effectués. Cette remarque préliminaire faite, il nous sera possible d'indiquer en quoi consiste expérimentalement la condensation de l'électricité.
Détachons de l'appareil % représenté fig. 1 le disque A, ou tout au moins éloignons-le assez des autres p.^. ^ pièces pour que celles-ci
puissent être considérées comme ne produisant aucun effet. Ce disque est formé par un plateau métallique circulaire à bords arrondis et portant sur l'une de ses faces un pendule à balle de sureau a. Mettons ce plateau en communication avec une machine électrique à l'aide d'un conducteur quelconque et mettons le plateau en mouvement : le pendule commencera à s'écarter de la verticale ; après un certain nombre de tours, la divergence qui avait augmenté peu à peu cessera de croître. Nous n'avons ici qu'à constater le fait dont l'explication sera donnée, ainsi que la théorie complète de la condensation, à l'article Électricité : une certaine quan-
CONDENSATEURS ÉLECTRIQUES
tité d'électricité aura suffi pour charger à refus le plateau A. Ce plateau étant déchargé, reconstituons l'appareil de la figure \ qui est connu sous le nom de condensateur d'Épinus ou condensateur à plateaux : il se compose de deux plateaux métalliques semblables A et B, armés chacun d'un pendule à balle de sureau, et montés sur des pieds isolants reliés à des crémaillères qui engrènent avec un pignon, de telle sorte que l'on peut à volonté rapprocher ou éloigner ces deux plateaux l'un de l'autre. Au milieu de l'appareil est une lame isolante, généralement un disque de verre mince vernis à la gomme laque sur ses bords et contre lequel peuvent venir s'appliquer les deux plateaux métalliques A et B. Ces deux plateaux étant ainsi placés en contact avec la lame isolante intermédiaire, le plateau A, par exemple, est mis en communication avec la machine (fiT. 2), source d'électricité, tandis que le plateau B est mis en communication avec le sol, à l'aide d'une chaîne, ou de toute autre manière. Lorsque l'on tournera le plateau de la machine, on verra s'élever lentement le pendule a (nous ne nous occupons pas maintenant de ce qui se passe sur l'autre plateau), et après un certain temps il aura atteint une position qu'il ne pourra dépasser et qui, en général, sera la même que celle à laquelle il était parvenu dans la première partie de l'expérience : il sera de nouveau chargé à re/ws ; mais, dans ce cas, le nombre de tours qu'il aura fallu faire exécuter au plateau pour atteindre ce résultat sera beaucoup plus considérable que celui c|ui avait été observé dans l'expérience précédente : le plateau A aura donc pu recevoir une quantité d'électricité beaucoup plus grande que celle qui avait suffi à le charger tout d'abord, et cette action est due à l'influence du plateau métallique voisin B seulement ; car la même expérience, peut se faire, bien que moins nettement, en supprimant le disque de verre intermédiaire et le remplaçant par une lame isolante quelconque ou seulement même en laissant une couche d'air entre les plateaux A et B. Tout se sera passé, pour ainsi dire, comme si la quantité d'électricité qui d'abord avait rempli le plateau A s'était resserrée, condensée par suite de la présence de B de telle sorte que A ait pu recevoir une nouvelle quantité d'électricité : bien que les choses ne se passent point ainsi, ce phénomène est désigné sous le nom de condensation de l'électricité et l'électricité est dite électricité condensée ; le plateau A qui recueille l'électricité de la machine est dit plateau collecteur, le plateau B, dont la présence a produit la condensation, est dit plateau condensateur ; enfin, l'appareil dans son ensemble constitue un condensateur.
On peut reconnaître par une autre expérience que le plateau A ne se charge pas de la même quantité d'électricité dans les deux circonstances que nous venons d'examiner : il suffit de le décharger en provoquant une étincelle après l'avoir chargé à refus d'abord sans le plateau B, ensuite en présence du plateau B ; dans le second cas, il faut rompre la communication de A avec la ma-
CONDENSATEURS ÉLECTRIQUES
chine, puis l'éloigner de B avant de le décharger ; l'étincelle est bien plus forte dans ce second cas que dans le premier. Mais cette expérience ne montre pas aussi nettement la quantité d'électricité qui a été condensée. D'autre part, on peut, au contraire, effectuer des mesures avec une certaine précision en touchant successivement dans les mêmes conditions le plateau  avec un plan d'épreuve que l'on porte ensuite dans la balance de Coulomb ; on peut évaluer les quantités d'électricité dans les deux cas : le rapport de ces deux quantités (rapport de l'électricité accumulée en présence du condensateur à la quantité d'électricité dont s'est chargé un plateau seul) mesure la puissance du condensateur considéré : on l'appelle force condensante.
On sait ce qui arrive lorsque l'on approche d'un corps électrisé A un corps conducteur isolé B en contact avec le sol et que l'on rompt ensuite cette communication. Le corps B reste chargé par influence d'une électricité de nom contraire à A ; mais la charge est toujours moindre. Dans l'expérience que nous venons d'indiquer, cet effet se produit de la même manière : si donc, lorsque le plateau A seul a été chargé par la machine, on a approché B, on aura pu recueillir sur ce corps une électricité de nom contraire à celle qu'il y a sur A, mais en quantité un peu moindre. Lorsque le condensateur aura été formé, il y aura sur B une électricité de nom contraire à celle de A, en quantité moindre, mais bien plus considérable que celle qu'il y avait eu dans l'expérience précédente : il y aura donc eu aussi condensation de l'électricité sur B.
Si le corps B, au lieu d'être mis en comnmnication avec le sol, a été mis en rapport avec le plateau A' d'un autre condensateur dont le plateau B' communiquerait avec le sol, l'électricité provenant de la décomposition du fluide neutre de B qui tout à l'heure se perdait dans le réservoir commun se portera sur A' et y produira des plié nomènes de condensation tout à fait analogues à ceux que nous avons décrits précédemment : seulement les quantités d'électricité seront moindres, car celle qui est envoyée au collecteur A' est équivalente à celle qui existe en B et moindre, par suite, que celle qu'il y a en A. On peut ainsi charger -par cascade plusieurs condensateurs dont le dernier seul communique avec le sol, tandis que le premier est en rapport avec la source d'électricité.
Après avoir rappelé en quoi consiste le phénomène (le la condensation de l'électricité et avoir indiqué comment on charge les condensateurs, nous avons à signaler les procédés que l'on emploie pour les décharger. Le premier procédé consiste, lorsque la chose est possible, à séparer les deux plateaux et à mettre chacun d'eux en
communication avec le sol, on enlève ainsi toute l'électricité ; mais dans la plupart des appareils autres que les instruments de démonstz-ation, cette scpara-
Fig. 3.
CONDENSATEURS ÉLECTRIQUES
tion n'est pas possible. On peut alors décharger brusquement le condensateur en mettant en communication les deux plateaux, le collecteur et le condensateur, soit directement à l'aide d'un corps conducteur, soit indirectement en les faisant communiquer avec le sol. Au moment où l'on va établir le dernier contact, il jaillit une étincelle qui provient de la recomposition des deux électricités : si le condensateur est fortement chargé, il faut éviter de recevoir la décharge, et l'on emploie pour établir la communication un arc métallique que l'on tient à la main, ou mieux V excitateur à manche de verre (fig. 3) qui met l'observateur entièrement à l'abri de la décharge. Il faut remarquer que, de cette manière, il reste un peu d'électricité sur les deux plateaux ; les électricités réparties sur le collecteur et le condensateur ne sont pas en quantités égales, en effet : il reste donc une quantité d'électricité égale à la différence des quantités qui existaient sur le collecteur (où il y en avait le plus) et sur le condensateur, et cette quantité se répartit également sur les deux plateaux .
On peut, au contraire, opérer par décharges partielles successives; l'appareil étant chargé, et les deux plateaux étant isolés, si l'on touchait B, il ne se produirait aucun changement, car B a été précédemment en communication avec le sol ; mais, si l'on touche A, une partie de l'électricité s'écoulera dans le sol avec apparition d'une petite étincelle au moment du contact. Il ne disparaîtra, d'ailleurs, que peu d'électricité, car l'action de B se fait sentir et il ne
Fie. i.
Fig. 5.
disparaît ainsi que ce que B ne peut retenir : mais il restera moins d'électricité sur A qu'il n'y en a sur B. Si donc on vient maintenant à toucher B, on pourra aussi enlever un peu d'électricité et ainsi de suite. Mais, en somme, on n'enlèvera jamais sur chaque plateau qu'une fraction de ce qu'il y a d'électricité, et par suite on ne pourra jamais décharger complètement le condensateur. Le carillon électrique (fig. 4), l'araignée de Franklin (fig. 5), fonctionnent en touchant alternativement les deux plateaux d'un condensateur de foi^me spéciale que nous allons décrire tout à l'heure et en produisant une décharge par contacts successifs.
Enfin, un condensateur abandonné à lui-même sur un support isolant se déchargera peu à peu par suite de la déperdition dans l'air de l'électricité qui se
-iOU
CONDENSATEURS ÉLECTRIQUES
trouve sur cliaque plateau ; mais, à moins que l'air ne soit très-humide, la decharge ne s'effectuera que lentement ainsi.
Il convient de rappeler que, après une première décharge obtenue en réunissant les deux plateaux, on peut obtenir des décharges secondaires, tertiaires... provenant de ce que l'électricité condensée pénètre un peu la couche isolante interposée et que ce n'est que peu à peu que cette quantité d'électricité reparaît à la surface au contact des plateaux. Si les condensateurs sont de grandes dimensions et fortement chargés, les décharges secondaires peuvent être considérables et seraient même dangereuses, si elles traversaient le corps de l'observateur.
Dans les appareils qui servent, non à démontrer l'existence de l'électricité, mais à manifester les effets qu'elle produit, les plateaux condensateur et collecteur ne sont pas mobiles, ils sont fixes par rapport à la lame isolante qui les sépare : on les désigae alors généralement sous le nom d'armatures. 11 est l'acile de concevoir que, toutes choses égales, la quantité d'électricité condensée doit être d'autant plus grande et, par suite, les effets qu'elle produit d'autant plus énergiques que les armatures ont une plus grande surface. D'autre part, la condensation est d'autant plus forte pour une même substance que la couche isolante est plus mince; mais ici, il y a une limite à la diminution de l'épaisseur : il arrive une valeur, en effet, pour laquelle les électricités se recombinent à travers la couche isolante, si celle-ci est trop mince par rapport à la quantité d'électricité condensée.
Dans les appareils destinés à produire des effets énergiques à l'aide de l'électricité condensée, le corps isolant employé est le verre; dans d'autres cas, le phénomène de la condensation est mis à profit pour dénoter de très-petites quan-
Fis. 6.
tités d'électricité {électromètre condensateur), le corps isolant peut être réduit à une ti'ès-faible épaisseur ; c'est simplement une couche de gomme laque déposée sur un plateau métallique par un vernis dont le véhicule s'est évaporé.
Les condensateurs les plus employés sont les suivants :
Le carreau fulminant (fig. 6), qui consiste simplement en une lame de verre sur les deux faces de laquelle on a collé deux feuilles d'étain constituant les armatures et ne s'étendant pas jusqu'aux bords de la lame isolante qui généralement est terminée par un cadre en bois ; l'une des armatures se prolonge
CONDENSATEURS ÉLECTRIQUES
par une lamelle c jusqu'à un anneau métallique A fixé à ce cadre. Pour charger le carreau fulminant on met par une chaîne cet anneau en communication avec le sol, puis on pose sur l'autre armature un conducteur dont l'autre extrémité s'appuie sur la machine électrique.
La bouteille de Leyde (fig. 7) est le condensateur le plus fréquemment employé : cet appareil consiste en un flacon sur la surface extérieure duquel on a collé une lame d'étain B constituant l'armature extérieure ; la partie supérieure de cette surface jusqu'au goulot est recouvert d'un corps isolant, cire d'Espagne ou vernis à la gomme laque. Le fond du llacon est généralement concave et il s'y trouve un petit crochet c en communication avec l'armature extérieure. A l'intérieur, on a accumulé des feuilles de clinquant dont l'ensemble constitue la
Fig. 9.
seconde armature : une tige métallique pénètre à travers le bouchon et est eu contact avec ces femlles de clinquant d'une part, tandis que, extérieurement, elle se recourbe et se termme par une petite sphère T.
Pour charger une bouteille, on la tient à la main, mettant ainsi l'armature extérieure en communication avec le sol, tandis qu'on approche le crochet d une machine électrique, soit que l'on établisse un contact permanent, soit que des étincelles se produisent entre les deux corps. On peut encore suspendre la bouteille au conducteur de la machine électrique et adapter au crochet inférieur une chahie qu'on laisse reposer sur le sol (fig. 8). Enfin la bouteille de Leyde se prête très-bien à la charge par cascade (fig. 9 ) comme nous l'avons définie
DlCT. ENC. XIX. 2l>
^0-2 COÎS'DENSATEURS ÉLECTRIQUES.
plus haut. Dans tous ces cas, l'armature intérieure est chai-gée de la môme électricité que la machine.
On peut encore tenir la houteille par le crochet T et approcher la panse de la machine électrique : dans ce cas, ce sera l'armature extérieure qui sera chargée de la même électricité que la machine.
On donne quelquefois à la bouteille de Leyde des formes spéciales : nous citerons, par exemple, la bouteille de Billet : elle est constituée par un ballon de verre à l'extérieur duquel on a collé des lames d'étain ; à l'intérieur, le ballon est rempli d'acide sulfurique dans lequel plonge une tige de platine. Cette disposition est avantageuse d'abord en ce que l'armature intérieure qui est constituée par l'acide est en contact pariait avec la lame isolante, puis en ce que la -forme sphérique se prête bien à des déterminations numériques que l'on peut effectuer, notamment en ce qui concerne la force condensante.
Les jarres électriques sont de grandes bouteilles de Leyde constituées par des bocaux à large ouverture ; des lames d'étain sont collées sur les surfaces intérieure et extérieure et constituent les deux armatures. Le bouchon, verni, est traversé par une tige terminée à la partie supérieure par une boule et inférieurementpar deux lames qui, formant ressort, vont s'appuyer sur l'armature intérieure. Les effets produits par ces jarres sont d'autant plus intenses que les jarres sont plus grandes.
Les batteries électriques (fig. 10) sont constituées par plusieurs jarres, quatre ou neuf en général, réunies dans une caisse en bois CG doublée intérieuremaut
FiH. lU.
par une feuille de métal ; toutes les armatures extérieures dps jarres sont en contact avec ce conducteur qui communique avec les poignées métalliques placées au dehors ; d'autre, part, toutes les tiges des diverses jarres sont réunies entre elles par des conducteurs et, souvent, sur l'une d'elles est un électromètre E. Tout se passe comme si l'on avait un condensateur unique dont les surfaces des armatures seraient égales à la somme des surfaces des armatures des diverses jarres. C'est particulièrement dans le cas de batteries de cette espèce que les décharges secondaires peuvent être dangereuses.
Les effets produits par l'électricité condensée sont absolument de même nature que ceux auquels donne lieu l'électricité de la machine, ils sont seulement