‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.19Chapitre 26 sur 48 · CONDENSATEUR · texte numérisé non relu

CONDENSATEUR

plus énergiques. Llntensité des phénomènes exige quelques précautions spéciales et réclame l'emploi d'appareils spéciaux, comme l'excitateur à manches de verre, l'excitateur universel (fig. 11) qui permet de faire passer la décharge à travers un corps quelconque et dont la figure fait comprendre l'usage sans qu'il soit nécessaire de le décrire plus longuement.

Nous n'insistons pas sur l'emploi des condensateurs pour réaliser les expériences du mortier électrique, du thermomètre de Kinnersley, du perce-carte, du perce-verre, du pistolet de Yolta, de la volatilisation des métaux (Portrait de Franklin), etc. ; ces expériences sont classiques.

Les condensateurs électriques sont employés en outre dans un certain nombre de cas : par exemple, dans la machine de lloltz. Cette machine ne donne que

de l'électricité à faible tension à l'aide de laquelle on ne pourrait pas produire tous les effets des machines ordinaires : aussi on y joint un double condensateur qui se charge très-rapidement, la machine donnant beaucoup d'électricité, et qui se décharge lorsque la tension est devenue assez forte. Le condensateur a été ajouté, d'autre part, à la bobine d'induction de Piuhmkolï par M. Fizeau : le condensateur est alors constitué par des lames d'étain, dont la surface peut atteindre 6 mètres carrés, séparées par des feuilles de taffetas ou par des bandes de papier recouvert de gomme laque : les deux armatures sont en communication, l'une, avec le fil qui amène le courant inducteur, l'autre, avec le fil de retour à la pile. Sans entrer dans le détail de l'action de ce condensateur, nous dirons qu'il augmente l'intensité des étincelles et qu'il paraît diminuer l'altération des surfaces métalliques en contact. On peut également mettre en communication avec les deux armatures d'une jarre ou d'une batterie électrique les deux extrémités du fil induit : les étincelles qui se produisent alors sont moins fréquentes, mais plus nourries.

Disons enfin que les condensateurs sont également utilisés dans la télégraphie sous-marine. C.-M. Gariel.

COM>E]\SA.TKl]R (Puarjiacie). Partie de l'alambic dans laquelle se condense le produit de la distillation. On remplace souvent aujourd'hui l'ancien serpentin par des condensateurs particuliers {voy. DisriLLATio?)). D.

404 GONDILLAC (i:aux minérales de).

COIVDILLAC. (Eaux minérales de). Athermales, bicarbonatées calciques moyennes, ferrugineuses faibles, carboniques fortes, dans le département de la Drôme, dans l'arrondissement et à 12 kilomètres de Montélimart. (Chemin de fer de Lyon à Marseille, station de la Concourde, qni n'est éloignée que de deux kilomètres de Condillac). Condillac est un village de 250 habitants, bâti sur un plateau de 100 mètres plus élevé que le niveau de la mer, dominant une belle et fertile vallée du Rhône, au milieu duquel émergent d'un terrain tertiaire deux sources connues sous les noms de source Anastasie et de source Lise. La saison, commence à Condillac le 15 mai et finit le 15 octobre. Les baigneurs peuvent occuper leurs loisirs par de belles promenades ou par des excursions intéressantes. Contentons-nous d'indiquer la chapelle de Maubec, les ruines du château. d'AUan, le manoir de Belle-Eau, le couvent d'Aiguebelle, Rochemaure, son château de basalte et son volcan éteint, le Montchamp d'où la vue est magnifique, et enlin Montélimart et ses curiosités.

i° Source Anastasie. Le griffon de cette source était connu des Romains. {condita acqua), ainsi que l'indique la construction de l'ancienne citerne dans laquelle on l'a retrouvé en 1845 sous les éboulements du mont Givode. M. Jules François a été cliargé, en 1859 et en 1860, de capter et d'aménager convenablement les sources de Condillac, et principalement la source Anastasie, dont le débit est devenu de plus de 3,500 litres en 24 heures. Aussi c'est elle qui alimente surtout les moyens balnéaires de l'établissement que nous allons décrire. Son eau est limpide, claire et transparente sous la pellicule irisée qui la recouvre lorsqu'elle a été pendant quelque temps en contact avec l'air extérieur, et quoiqu'elle laisse déposer un sédiment ocracé assez abondant, elle est incolore et n'a pas d'autre odeur que celle que lui communique le gaz dont les bulles la traversent sans cesse et viennent pétiller à sa surface ; sa saveur est à la fois piquante et ferrugineuse; sfi température est de 13°, 1 centigrades. ÎVous donnons son analyse chimique en même temps que celle de la source suivante.

2" Source Lise. L'eau de cette source a des propriétés physiques et chimiques qui la rapprochent beaucoup de la source Anastasie. Elle n'en diffère que par l'épaisseur plus considérable de la couche irisée qui la recouvre, par la plus grande quantité de son dépôt ferrugineux, par sa saveur chalybée plus prononcée et par la proportion moins sensible des bulles gazeuses qui la traversent. L'eau de la source Lise est remarquable surtout par l'odeur manifeste du gaz hydrogène sulfuré libre, qui se perçoit dès qu'on approche de son bassin de captage. M. Henry (Ossian) a fait, en 1852, l'analyse chimique de l'eau des deux sources de Condillac; il a trouvé dans 1,000 grammes les principes que nous énumérons après lui :

SOURCE SODRCE

ANAST;iSlE. LISE.

Bicarbonate de chaux anhydre 1,3S9 0,934

— soude anhydre 0,166 0,153

— magnésie 0,035 peu.

Silicate de chaux et d'alumine . . 0,245 0,713

Sulfate anhydre de soude 0,473 0,090

— — chaux ' sensible.

Chlorure de sodium et de calcium 0,150 0,170

Oxyde de fer crciiaté et carbonate 0.010 0,031

; Iode, azotate, sels de polasse, manganèse, arsenic ], ,

(dans le dépôt ocracé), matières organiques. ( ''^'^S'- la e .

Total des matières fiïes 2,440 2,115

( Acide carbonique libre en volume . . . Olit.548 Ogr.330

Gaz. { Hydrogène sulfuré libre » sens, à la source.

I Oxygène indéter. »

COA'DILLAG (eaux minérales de). • -i05

L'établissement de Condillac se compose de vingt-cinq cabinets de bains dans quelques-uns desquels ont été installés des appareils de douches. La cure externe n'est qu'un adjuvant du traitement minéral à la station de Condillac, où les eaux sont presque exclusivement employées en boisson.

Emploi thérapeutique. Quoique l'eau des deux sources de Condillac, et surtout celle de la fontaine Anastasie, soit consommée en beaucoup plus grande quantité loin de la source comme eau d'agrément, que sur les lieux mêmes, il n'en est pas moins vrai que quelques malades du département de la Drôme et des contrées voisines viennent demander chaque année à la source bicarbonatée calcique moyenne Anastasie et à la source bicarbonatée ferrugineuse quelque peu sulfureuse Lise, le soulagement ou la guérison des maladies que nous allons spécifier. L'eau de la source Anastasie, en boisson, est utilement appliquée dans les dyspepsies acides avec production de gaz, dans les -diarrhées chrouiques avec flatuosités et les diathèses urique et scrofuleuse. Les médecins savent, depuis les expériences de Boussingault, combien l'usage interne prolongé du bicarbonate de chaux, surtout quand il est associé à une certaine proportion de chlorure de sodium, est avantageux contre les troubles de la digestion, contre la diaUièse calculeuse, à cause, de la modification qu'il imprime à la formation exagérée de l'acide urique dans l'économie humaine, et enlin -contre les accidents produits par une constitution lymphatique ou scrofuleuse caractérisée par la quantité incomplète de sels calcaires déposés dans les os des rachitiques. Nous ne disons rien des prétentions curatives de l'eau de la source Anastasie en lotions contre les ulcères strumeux, parce que nous ne lui croyons pas plus d'efficacité qu'aux applications extérieures de toutes les autres eaux minérales fortement carboniques. Nous ne pensons pas non plus que les traces d'arsenic ou d'arséniate de soude que l'eau d'Anastasie renferme puisse contribuer beaucoup à sa valeur thérapeutique, qu'elle soit employée en boisson, en douches ou en applications locales même sur des plaies ou des ulcères.

L'eau de la source Lise est moins agréable à boire mais elle a une composition élémentaire qui indique une efficacité curative plus marquée. Les sels de fer et de manganèse qu'elle tient en dissolution rendent aisément compte pourquoi elle reconstitue les anémiques et les chlorotiques ; les proportions d'arsenic et de gaz hydrogène sulfuré que renferme l'eau de la source Lise, bien qu'en très-faible proportion, expliquent les résultats favorables qu'elle donne lors de l'existence de certaines affections cutanées où les eaux très-faiblement minéralisées réussissent quelquefois mieux que celles de sources plus chargées eu principes fixes et gazeux.

La durée de la cure est d'un mois.

On exporte très-peu l'eau de la source Lise ; mais la société qui régit l'établissement et les eaux de Condillac a donné une grande impulsion au ti-ansport de l'eau de la source Anastasie. Ainsi, plus d'un million de bouteilles est consommé, chaque année, à Paris, en France ou dans les colonies.

A. ROTDREAU.

Bibliographie. — Tampier. Eaux minérales de Condillac [Drôme). Paris, 1859, in-4°,

p. 15. — FocQUET (J.-A.). Mémoire sur les eaux minérales alcalines gazeuses de Condillac,

considérées comme eaux hygiéniques et comme agent thérapeutique. In Revue d'hydrologie

médicale et brochure, 1860, in-8°, p. Il — Robinet. Hydrotimétrie de l'eau de Condillac. In

Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris, t. XV, p. 86; 1808-1869 Lonnet.

Rapport au préfet sur l'eau minérale naturelle de Condillac [Drôme). Avignon, 1869, in-8°, p. 12. — Plusieurs brochures anonymes qui ne sont que la repi'oduction des auteurs ci-dessus indiqués. A. R.

€Ol>l»llflEl\'TS. Ou donne ce nom à toute substance ayant une saveur développée, qu'on ajoute ordinairement en petite quantité aux aliments pour eu rehausser le goût.

La majeure partie des condiments nous est fournie par le règne végétal. Dans ce cas, ils sont, pendant leur passage dans l'organisme, transformés en acide carbonique et en eau, et concourent à la production de la chaleur comme les aliments proprement dits. Ils diffèrent de ceux-ci par la faible quantité ingérée, et par le rôle spécial qu'ils jouent pendant la digestion.

Les condiments minéraux, tels que le sel, et quelques condiments organiques, comme l'alcool, traversent au contraire l'organisme sans altération, et ne sont utiles qu'en raison de leurs propriétés stimulantes.

Rôle des condiments dans l'alimentation. Ce rôle est facile à définir. Il ne suffit pas que l'aliment soit introduit dans le tube digestif pour être utihsé. H faut qu'il y rencontre différents liquides qui puissent le dissoudre, et permettent son absorption ultérieure. Tous ces liquides sont sécrétés par des glandes qui ne fonctionnent pas d'une manière continue, mais seulement au moment utile. C'est l'aliment lui-même, qui, par son contact avec les parois du tube digestif, et par la saveur perçue ou inconsciente qu'il développe, signale aux organes sécréteurs le moment précis où la sécrétion devient opportune. L'aliment agit dans ce cas absolument comme un corps étranger projeté sur la muqueuse oculaire, et dont la présence provoque, suivant le degré d'irritation qu'il détermine, une sécrétion variable de larmes. Dans l'un et l'autre cas, le mécanisme de la îonction a pour point de départ un de ces réflexes si souvent utilisés dans l'organisme.

La puissance avec laquelle les aliments excitent ainsi les sécrétions varie suivant leur nature. Quelques-uns, comme certains fruits, la viande saignante pour les carnivores, jouissent au plus haut degré de cette propriété. D'autres, au contraire, en sont presque entièrement dépourvus ; tels sont la plupart des végétaux, le blé, le riz, etc.

Enfin, il ne faut pas oublier que la sensibilité inconsciente qui produit les actions réflexes varie suivant les individus et surtout suivant l'âge. Chez l'enfant, cette sensibilité est exquise ; au moindre contact la sécrétion se produit. Chez l'adulte, elle est normale et pondérée. Chez le vieillard, elle devient torpide. C'est au condiment à la réveiller lorsqu'elle ftùt défaut pour une cause ou une autre, et à agir dans une juste mesure. Ainsi défini, son rôle est, on le voit, d'une grande utilité, et quoiqu'il ne soit pas lui-même un aliment proprement dit, il concourt puissamment à l'alimentation, en provoquant la dissolution de substances nutritives, insipides, qui, sans son aide, eussent travei'sé stérilement le tube digestif.

Indépendamment de ce mode d'action, le condiment, par sa saveur agréable, permet d'ingérer une quantité plus considérable d'aliments. Il concourt puissamment au plaisir de la table, plaisir licite lorsqu'il est goûté dans une juste mesure, et dont il est permis à l'hygiéniste de proclamer dans ce cas l'excellence. Un repas sans aucune espèce de condiments serait non-seulement très-mauvais, mais encore mal utilisé par l'organisme. Du reste, ce plaisir lui-même a son but dans l'harmonie de notre être ; un mets agréable se digère plus facilement, et profite mieux qu'un aliment insipide.

Emploi rationnel des condiments. Lorsque le rôle du condiment est défini comme nous venons de le faire, il est facile de délimiter la mesure de son em-

ploi. Dès que les sécrétions digestives sont suffisantes, le but est atteint, et il n'y a pas lieu d'ajouter de condiments. Si elles font défaut, l'indication contraire existe, et dans ce cas, le condiment sert indirectement, mais d'une manière puissante, à l'alimentation. Il ne suffit pas de manger, il faut utiliser le mieux possible l'aliment ingéré.

Chez l'enfant, la sensibilité est exquise; le moindre contact est perçu, l'aliment même peu sapide provoque sûrement la sécrétion salivaire. Il eu est de même de toutes les sécrétions digestives. Les condiments, là, sont inutiles et par conséquent nuisibles. 11 faut les proscrire avec d'autant plus de soin, que les enfants, en général, en sont très-friands, et demandent à être surveillés sous ce rapport. Un aliment modérément salé, acide ou sucré ; une boisson à alcool dilué, comme le vin coupé, la bière, sont ce qui convient le mieux. On proscrira l'alcool concentré et surtout les condiments acres ou trèsaromatiques.

L'adulte pourra faire usage de ces derniers, surtout lorsqu'il les mélangera à des substances insipides, comme le riz, la pomme de terre, le poisson, etc.

Enfin, le vieillard, chez qui la sensibilité émoussée et la torpeur des fonctions sont le prélude de leur cessation absolue, devra chercher à les ranimer à l'aide de condiments un peu plus accentués.

L'emploi des condiments est également corrélatif à la nature des aliments. 11 est à peine nécessaire d'insister sur ce point. Ils doivent être associés seulement à ceux qui sont insipides. Assaisonner à profusion un aliment de haut goût, comme la venaison faisandée, est un abus au point de vue de l'hygiène, en même temps qu'une faute gastronomique.

Il est une autre condition d'emploi qu'il convient de signaler et qui est relative au climat. Tous les auteurs s'accordent à reconnaître l'utile effet des condiments dans les pajs chauds. Ce fait, sanctionné par de longues et multiples expériences, peut s'expliquer par l'action bien connue de la température sur le tube digestif. Le sentiment de la faim est surtout provoqué chez nous par le besoin d'aliments respiratoires. La faim d'aliments plastiques est bien moindre. Dès que le corps se trouve plonge dans un milieu dont la température est élevée, comme pendant la saison estivale dans nos pays tempérés, en Algérie ou sous les tropiques, les fonctions digestives languissent, l'appétit disparaît, il faut se forcer pour manger. En même temps, les fonctions de la peau prennent une importance qui concourt également à l'amoindrissement des fonctions digestives. Qu'un aliment ordinaire vienne à être ingéré dans ces conditions, il ne produira plus le stimulus suffisant pour être digéré. L'appétence ellemême s'efface, et la nutrition ne tarde pas à souffrir. L'organisme devient alors une proie facile pour les causes nosogéniques qui l'entourent. Dans ces circonstances, les condiments sont d'un utile emploi. Il suffit, du reste, d'appliquer dans ce cas spécial la règle indiquée plus haut. Les fonctions digestives languissent ; il faut les réveiller et les mettre à leur point par l'emploi judicieux de stimulants. Sans doute, il vaudrait mieux s'attaquer à la cause elle-même en quittant le climat chaud, mais lorsque cette indication ne peut être remplie, l'emploi des condiments devient le meilleur remède.

« L'alanguissement, dit Fonssagrives, dans lequel tombent les fonctions digestives sous l'influence des chaleurs soutenues engage instinctivement à rechercher les condiments propres à stimuler le goût et à relever l'appétit. C'est là un des besoins les plus spéciaux de l'alimentation des pays chauds, et la

moutarde, les achars, le kari, le gingembre, mais surtout le piment enragé, sont les passeports nécessaires d'aliments que l'affadissement du goût confond dans une même répugnance. » {Hygiène navale.)

Aussi les anciens résidents dans les colonies font-ils un fréquent usage de ces pimentades dont le nom indique énergiquement la nature, et qui, d'après l'auteur autorisé que nous venons de citer, sont sans grands inconvénients. Ce sont, en effet, les condiments acres qui dans ces conditions donnent les meilleurs résultats.

Abus des condiments. De l'usage à l'abus il n'y a qu'un pas, et la pente est facile. Les condiments sont agréables au goût, et rendent la mastication moins laborieuse. La dose, si l'on n'y prend garde, est insensiblement augmentée tous les jours, et l'abus au moment actuel n'est que le prélude d'un abus plus grand pour le lendemain, à cause de l'assuétude qui s'établit et du goût qui se blase. L'usage de mets trop épicés, et surtout de condiments acres, provoque des troubles digestifs, et un malaise général qu'on désigne vulgairement en disant que le sang est échauflé. Si un individu, dans ces conditions, se trouve momentanément soustrait aux causes qui les ont produites, par un séjour à la campagne, par exemple, et par une alimentation de moins haut goût, il se produit en lui une sorte de détente, il éprouve un bien-être qui affirme le retour de l'économie à l'état normal. « Il n'est, dit Michel Lévy, pour l'enfant qu'un seul condiment, le sucre : loin de lui les provocations prématurées qui, portées sur le tube digestif, retentiront sympathiquement dans l'encéphale, dans les organes génitaux : résistez aux appétences dangereuses de cet âge. Rappelez aux femmes, rappelez aux personnes délicates, mobiles, valétudinaires, que les condiments qui charment d'abord leur sensualité, énervent le palais, le blasent, échauffent, constipent, ressuscitent les phlegmasies des organes digestifs, les exaspèrent et les enracinent ; projettent vers la peau les irritations exanthématiques, etc. Mais combattez l'habitude de cette sobriété maladive qui pèse les grains de sel ou de poivre, et divise en demi-degrés l'échelle de la sensibilité gastrique. »

• Condiments en particulier. {" Condiments salins. Le sel marin forme à peu près à lui seul cette classe. Il mérite une mention spéciale, en raison de son origine inorganique, de son inaltérabilité en traversant l'organisme, et du rôle qui lui est dévolu. On a dit depuis longtemps que la potasse était l'alcali des végétaux, et la soude, celui des animaux. L'origine de la soude, chez ces derniers, est dans le sel qu'ils trouvent dans leurs aliments et qui est retenu dans nos organes dont il fait partie. Tous nos liquides organiques en contiennent une forte proportion, aussi l'alimentation ne saurait-elle être complète sans lui.

En cela, il diffère de tous les autres condiments, dont à la rigueur on peut se passer et qui peuvent se remplacer les uns les autres. Aussi son emploi est-il général. On a signalé, il est vrai, quelques peuplades sauvages qui ne le connaissaient pas , mais elles se servaient d'eau de mer pour assaisonner leurs aliments. Les animaux eux-mêmes en sont très-friands, et si un impôt considérable n'en restreignait malheureusement la consommation, on le ferait entrer dans la ration de ceux que nous élevons pour notre usage. Cet impôt est luimême l'indice le plus significatif de l'importance du corps qui nous occupe, et le fisc est à cet égard un juge perspicace. Barbier fait observer que la privation du sel n'a jamais été imposée par l'austérité du cloitre.

L'abus du sel peut provoquer des maladies. Une dose de sel ou de saumure un peu forte peut même déterminer une entérite rapidement mortelle.

2" Condiments acides. Ils ont pour base surtout l'acide acétique, et plus rarement les acides tartrique et citrique. Ils contribuent à la dissolution des aliments par le suc gastrique, et provoquent une salivation abondante. Leur abus provoque la dyspepsie, le trouble de la nutrition et l'amaigrissement. Cette dernière propriété, qui n'est pas toujours, comme on l'a prétendu, la conséquence d'une lésion locale, a été mise à profit quelquefois pour combattre l'obésité. Cette pratique doit être proscrite. Chez certaines personnes, ces condiments provoquent de la gastralgie.

3° Condiments sucrés. L'usage de ces condiments s'est très-répandu, surtout depuis l'admirable découverte du sucre de betteraves. Les anciens ne connaissaient que le miel ; pour nos pères, le sucre était encore un condiment de luxe. Aujourd'hui on le trouve sur la table la plus humble, au grand profit de l'hygiène; car il est très-utile à l'enfance, et inoffensif «à moins d'emploi excessif. Comme la quantité ingérée est toujours assez considérable, le rôle du sucre comme aliment proprement dit est moins effacé que celui des autres condiments.

L'abus des matières sucrées amène la fatigue de l'estomac et l'anorexie. On a noté également l'influence fâcheuse du sucre sur les dents. A ce double point de vue, l'habitude de donner continuellement des suci'eries aux enliuits en dehors des repas est mauvaise, et doit être proscrite.

4° Condiments gras. Ceux-ci sont plutôt des aliments que de véritables condiments ; car leur saveur est à peu près nulle. Us favorisent le glissement du bol alimentaire ; ce sont des condiments mécaniques.

5" Condiments acres et aromatiques. Ce sont (les premiers surtout), les condiments par excellence ; ceux qu'on emploie de préférence dans les pays chauds. Tous sont produits par des végétaux. Leur liste est longue, et permet la variété. Cette circonstance doit être utilisée pour tenir les fonctions digestives en éveil plus par le changement que par l'augmentation des doses.

Le plus souvent, ils doivent leur action à une huile essentielle spéciale, quelquefois sulfurée. Tel est l'ail et ses congénères, dont la saveur peu fine, mais vigoureuse, permet l'ingestion d'aliments grossiers. Les différents poivres forment une famille naturelle de condiments caractérisés par leur saveur acre, brûlante et en même temps aromatique. A côté des véritables poivres de la famille des Pipéridées se rangent les piments, poivre rouge, piment de Cayenne, de la famille des Solanées, et qui sont souvent bien plus acres que le poivre proprement dit que l'on sert sur nos tables.

L'abus des condiments acres est surtout à craindre. Ce sont eux dont l'hygiène doit surveiller l'emploi. Leurs propriétés aphrodisiaques en provoquent quelquefois l'usage; il est inutile de faire ressortir les conséquences de pareilles pratiques. Ces propriétés bien connues doivent les faire proscrire du régime de l'enfance et de l'adolescence.

Les condiments aromatiques sont également d'origine végétale , et encore plus nombreux , les principaux sont la cannelle , le gingembre , la vanille, l'oranger, un grand nombre de Labiées, quelques Ombelliîeres , etc.

P. COULIER.

'ilO COJNDUCTEURS.

COjIVDORI {A(lenanthera). Genre de plantes, de la famille des Légumineuses, division des Mimosées, qui a donné son nom à un groupe ou série des Adénanthérées. Dans ces plantes, les fleurs sont hermaphrodites et régulières, avec un réceptacle en forme de cornet creux et court, dont les bords portent un court calice à cinq dents et cinq pétales alternes, bien plus longs, valvaires dans le bouton. L'androcée est formée de deux verticilles d'étamines, dont cinq plus grandes, alternes avec les pétales, et cinq, plus courtes, superposées. Chacune d'elles a un filet dont l'insertion est commune avec celles des pétales et qui est d'ailleurs libre, exsert, et une anthère biloculaire, introrse, déhiscente par deux fentes longitudinales et surmontée d'un petit prolongement sphérique et glanduleux (caduc) du connectif. Le gynécée est libre, inséré au fond du réceptacle, formé d'un ovaire à pied très-court, uniloculaire, surmonté d'un style grêle à sommet stigmatifère non renflé. Dans la loge se trouve, en face d'un des pétales, un placenta pariétal dont les deux lèvres verticales supportent un nombre variable d'ovules anatropes, descendants, à micropyle supérieur et extérieur. Le fruit est une gousse allongée, étroite, arquée, à valves ordinairement tordues hors de la déhiscence et chargées intérieurement de rudiments de fausses cloisons interposées aux semences. Celles-ci sont lenticulaires, avec un albumen corné et un gros embryon charnu, rectiligne, à radicule supère, à cotylédons épais. Les Condori sont des arbres et des arbustes inermes, des régions tropicales. Ils ont des feuilles alternes, décomposées-bipinnées et des fleurs disposées en grappes axillaires et simples, ou terminales et composées. On en a distingué deux ou trois espèces. La plus remarquableestl'i. j!;avo«wa L., ou Crète <ie paon, dont les graines lenticulaires, oi^biculaires, biconvexes, sont extérieurement lisses et d'un beau rouge ; d'oii leur nom vulgaire de Pois-corail ; on les appelle aussi quelquefois Fèves (V Amérique. Les sauvages en font des amulettes, des colliers, des bracelets. Aux Antilles, on les enfile avant leur maturité pour en faire des chapelets qui servent de jouet. La couleur rouge appartient à leur tégument épais et résistant ; il est entouré d'une couche extérieure molle, susceptible de prendre, au contact de l'eau, un énorme développement en se ramollissant, devenant mucilagineuse et se soulevant du dessus du testa i^ouge, principalement dans les l)oints où elle semble lui être moins adhérente que suivant un cercle à peu près concentrique aux bords et déjà indiqué sur la semence sèche par une lunule peu visible. La grande quantité de mucilage qui se développe de la sorte servait aux sauvages pour lisser les cheveux et les rendre brillants. Le contenu de la graine est comestible ; on le mange cuit au Malabar. Cette graine sert de poids, comme celle des Acacia, etc. Ainslie {Mat. med. ind., II, 180) dit que celte plante, qui est le Mandsiali de Rumphius {lierh. amboin., III, t. 109), a des feuilles salutaires contre le rhumatisme chronique ; on les emploie en décoction. A Cuba et à Saint-Domingue, la racine est estimée comme vomitif. Le bois est employé en ébénisterie. Je ne sais sur quoi se fonde la réputation qu'ont les graines dans plusieurs pays tropicaux , notamment dans l'Indo-Chine, d'être souverames contre la rage; c'est une question qui mériterait d'être étudiée. H- Bn.

L., Gen., 526. — J., Geii., 349. — G^rtn., Fntct., Il, 249. — Lamk, Dict., II, 76; lU-, t. 334. — DC, Prodr., II, 446. — Spach, Suit, à Biiffon, I, 61. — Exdl., Gen., n. 6S20. - Bemh. et IlooK., Gen., I, 590, n. 378. — Méb. et Del., Dict. Mat. ndcL, I, 75. — I'.osenth., Syn. pi. diaphnr., 1051. — H. Bâillon, Hist. dex plantes. II, 22, iig. 15-19.

COIVDUCTEURS (Chirurgie). Tiges ou sondes qui sont munies, ou bien d'une cannelure dans laquelle glisse l'instrument à conduire, ou bien d'une

CONDURANGO. 411

arètc qui reçoit au contraire l'instrument. Les conducteurs ont été surtout imaginés pour l'opération de la taille et pour celle de l'urétlirotomie {voij. Taille

et UliÉTHROTOMIE). D.

COXDL'R4îVGO (Botanique). Cette plante, nommée aussi Cundurango [Cundur-angu , liane du Condor) , Gonolobus Condurango (Triana) , appartient , d'après cet auteur, au groupe des Gonolobies de la zone tropicale américaine, famille des Asclépiadées, genre Macroscepis.

C'est une plante grimpante, rappelant un peu la vigne; elle habite la Colombie, la Nouvelle-Grenade, l'Equateur, spécialement sur le versant occidental des Andes, à 1500 ou 1600 mètres d'altitude, où elle enroule autour de grands arbres ses tiges flexibles de 0,03 à 0,05 centimètres de diamètre. — L'espèce la plus estimée croît dans les montagnes de Loxa, de Cal vas et de Paltas, où elle est en somme assez rare. L'écorce est d'un gris verdâtre, couverte d'excroissances verruqueuses ; elle laisse couler, lorsqu'on l'incise, un liquide visqueux, d'une odeur balsamique et d'une saveur aromatique, amère. Le bois, cassant lorsqu'il est sec, est tantôt jaune, tantôt blanc. Cette différence dans la couleur et qui a fait distinguer par les indigènes deux variétés de cette plante, le Condurango Amarillo {jaune) et le C. Blanco {hlanc), paraît tenir uniquement à la situation de l'arbre à la lumière ou à l'ombre.

Ses feuilles sont larges (de 0,12 centim. de long sur 0,08 ou 0,10 de large), opposées, cuspidées ou cordées, d'un vert foncé. Ses fleurs sont petites, en ombelles, — 5-sép; — 5-pét; — 5-étam; — 2-ov. — Le fruit est formé'de 2 follicules déhiscents, longs de 0,10 centim., gonflés sur le côté interne, aplatis au sommet et à la base. — Les graines, brunes, épaisses, portent une longue chevelure à une de leurs extrémités.

Composition. Plusieurs analyses ont été faites ; les meilleures, celles de Th. Antisell et de J. Mabru, sont encore assez incomplètes.

Antisell, qni a reçu des tiges sans racines, a trouvé, au moyen de la benzine, de l'éther, de l'alcool, du sulfure de carbone, etc.: matières grasses, 7; — résine jaune, 2,7; — gomme et ghicose, 5; — extractif, 12,6; — cellulose, 63,5. — 11 n'a pas isolé d'alcaloïde et pense que le principe actif réside dans la résine jaune.

L'analyse de J. Mabru donne : résine jaune, soluble dans l'alcool et l'éther, 5,55 ; — mat. extract, surtout du tannin, 19 ; — mat. albuminée, 1,64 ; — cendres, 14; — cellulose et eau d'hydratation, 60.

Action physiologique. Plusieurs parties de la plante sont sans doute actives ; celle dont l'action nous est surtout connue est l'écorce, surtout celle de la racine. — Les graines passent pour toxiques et se rapprocheraient des poisons tétaniques, mais nous ne connaissons rien de précis à cet égard.

Mise sur la langue, l'écorce de condurango donne une impression amère et aromatique très -prononcée et, par action réflexe, une salivation qui rappelle, de loin, celle que provoque le pyrèthre. — Déglutie, elle donne dans l'estomac une sensation de chaleur qui fait penser qu'une hypersécrétion parallèle à celle de la bouche s'établit dans ce viscère (Gubler). — Le D'" Buisson a remarqué, après l'usage du condurango, un accroissement de l'appétit et des forces digestives.

A haute dose, les phénomènes d'hvpersécrétion buccale et stomacale s'élèvent jusqu'au nauséisme. — Le D'' Buisson a constaté de la diaphorèse si l'on donne le condurango dans une infusion chaude.

'i'2 CONDURANGO.

Enfin , à plus haute dose , Buisson a constaté des phénomènes d'excitation cérébrale : insomnies, rêves, qui rappellent ceux qui sont provoqués par le café ; il est vrai que le même observateur a noté chez d'autres sujets de la prostration. -^ Le professeur Gubler, dans les expériences qu'il a effectuées avec du condurango de la pharmacie Mialhe, n'a, il est vrai, rien constaté de semblable.

Usages. Bien que nous ne soyons pas encore complètement édifié sur l'action physiologique de ce médicament, ce que nous en connaissons, du moins, ne semble pas légitimer l'entrée quelque peu bruyante qu'a faite ou plutôt essayé de faire le condurango dans la thérapeutique européenne. La légende a fait ici un tort réel à l'histoire vraie de cette plante.

S'il faut, en effet, croire une tradition populaire dans l'Amérique du Sud, la superstition aurait été le principal promoteur de ce médicament.

La terreur légitinie qu'inspirent les serpents dans les régions tropicales, l'iramuiiilé que semblent posséder contre leur morsure certains animaux, ont fait supposer au vulgaire que ces animaux privilégiés devaient cette prétendue immunité à quelque panacée que leur instinct leur avait fait trouver et qu'on cherchait, par conséquent, dans les régions les plus généralement habitées par eux. C'est ainsi qu'une Composée de la vallée de Magdalena a passé pour être employée' par un héron sagace, le Guaco, contre les morsures des serpents ; cette Composée est devenue pour les populations crédules un remède contre la morsure des serpents, sous le nom de Mikania-Giiaco. — Dans la Nouvelle- Grenade, "une Aristolochiée, indiquée aux hommes par un petit mammifère qui s'en nourrit, le Matos, est devenue, sous ce nom de Matos, une panacée non moins précieuse. Enfin, dans les Andes de l'Equateur, l'honneur que fait le Condor au Gonolobus en habitant souvent dans son voisinage lui a valu cet autre honneur d'être désigné, sous le nom de Liane du Condor, comme un remède contre les serpents.

Mais, malgré cette légende, le condurango ne serait jamais venu jusqu'à nous sans certaine Indienne qui, sans être un spécimen des vertus domestiques, n'en aurait pas moins bien mérité de l'humanité, si tout ce qu'on raconte du Gonolobus s'était vérifié. On raconte, en effet, qu'une Indienne de Loxa, voulant se défaire de son mari déjà souffrant, mais lent à mourir au gré de sa compagne, lui administra du condurango. Quels ne furent pas le désappointement de la perfide épouse et la joie du pauvre mari de voir que le condurango l'avait guéri d'une maladie ancienne ! Le fait, non certes sans commentaires et sans embellissements, parvint aux oreilles du docteur Eguiguren, frère du gouverneur de la province de Loxa. La rumeur publique fit bientôt de la hane du Condor un remède infaillible contre le cancer ; l'enthousiasme finit par gagner le président même de la République de l'Equateur, Don Gabriel Garcia Moreno, qui fit expédier aux États-Unis et en Europe de nombreux échantillons d'une plante précieuse dont le pays du quinquina allait nous doter encore.

La renommée du condurango, malgré l'adage contraire, devait perdre son éclat à mesure qu'il s'éloignait de son pays natal : si, aux États-Unis, le docteur Keene, dans un rapport officiel à son gouvernement, constatait ses succès dans différentes maladies graves, l'Angleterre, la France, l'Allemagne échouaient.

Comment expliquer cette diflérence entre les résultats dans l'Ancien et le Nouveau monde? Faut-il, avec Triana, alléguer que la plante, en se desséchant, a perdu ses propriétés, que le mode d'administration n'a peut-être pas été le me-

CONDURNUM. 415

me, et enfin que dans les divers envois du condurango, on a confondu diverses espèces de Gonolobus?

La vérité semble ailleurs. On confond dans l'Amérique du Sud, sous le nom de cancer, des maladies bien diverses, et les prétentions exagérées des patrons du condurango ont peut-être fait négliger les propriétés réelles dépuratives que semble disposé à lui reconnaître Heckel comme à plusieurs autres Asclépiadées : Calotropis, Tylophore, etc., et les qualités toniques apéritives qui leur sont concédées (Buisson, Gubler) comme à d'autres amers.

En Allemagne, un observateur qui passe à bon droit pour sévère, Friedreich, a cependant annoncé qu'il avait guéri avec le condurango un cancer de l'estomac. Voici le fait : 11 s'agit d'un homme de cinquante-quatre ans depuis longtemps dyspeptique, gastralgique, atteint de vomissements d'un liquide transparent, acide, jamais de sang, langue blanche, constipation habituelle. Jusque-là rien que de très-naturel qu'un apéritif, un amer, un stimulant aient modifié cette dyspepsie. Mais ce qui a frappé l'attention et légitimé, en apparence, le diagnostic de Friedreich, c'est qu'on trouvait chez ce malade entre l'appendice xyphoïde et V omh'ûic plusieurs tumeurs solides, dures, arrondies, douloureuses, et que d'autres tumeurs, sans doute des ganglions, existaient dans les fosses sous-claviculaires. Au bout de quatre mois, cet homme était guéri.

Malgré le diagnostic posé par Friedreich, il est permis de douter que cet homme ait été cancéreux , et de se demander si le dyspeptique n'était pas, en outre et simplement, un anémique au début. Enfin, et l'argument a de la valeur, ce fait est resté unique, en Europe.

Tout en rabattant les mérites du condurango à leur valeur, on doit cependant demander de nouvelles et plus complètes expériences, et espérer voir en lui, sinon, ce qui n'est guère admissible, un remède contre le cancer, du moins une substance digne de figurer au milieu de nos agents thérapeutiques.

Mode (V administration. Doses. Friedreich, chez son malade, a employé la décoction de 15 grammes d'écorce dans 360 grammes d'eau réduits par ébullition à 180; il donnait d'abord deux fois par jour une cuillerée à bouche, puis, un peu plus tard, trois fois par jour une cuillerée et demie. D'après Heckel, la décoction serait une mauvaise préparation, parcequ'elle ne renferme pas la résine. On peut donner la poudre d'écorce à la dose de 1-4 grammes; on s'en sert pour panser les ulcères rebelles.

On fabrique une teinture et un extrait, dont la dose est de 1-2 grammes.

Enfin , Dorvault a proposé un sirop de condurango préparé d'après la formule du sirop de quinquina de Codex. Ce sirop se donne à la dose de 20-30 grammes dans une potion. A. Bordier.

Bibliographie. — Voy. American Journ. of Pharmacxj, juin 1871. — New-York Druggists Circular, 1871. — The pharmaceutical Journal, 18nov. 1871. — Triana. Bull, d'acad. des sciences, 25 mars 1872. — Journal de pharmacie, 1872. — Répertoire de pharmacie, 1873. — Heckel. Histoire médicale et pharmaceutique des principaux agents médicamenteux. 1874. — Gubler. Commentaires thérapeutiques du Codex, 2* édition, 1874. — Berliner klin. Wochenschr. , mai 1875. A. B.

CONDURI. Nom donné en Malaisie aVAbrus precatorius L. {voy. Abrus).

Pl.

COlWDURKlJin. Nom employé par Pline pour désigner une plante qu'on portait à son époque en amulette contre les scrofules. Il est difficile de déterminer exactement cette espèce. Sprengel, avec d'autres auteurs, croit y recon-

■il4 COÎVDYLOMES.

naître le Saponaria Vaccaria L.; d'autres y ont vu le Valeriana rubra L.; eafiu Mérat et de Lens se demandent si ce ne serait pas le Centaurea solstitiaUs L.

Plwe. Historia naturalis, lib. XX.VI, cap. v. — Sprengel. flistoria Rei herbarias, I, 203. — Mérat et De Lens. Dia. de matière médicale, II, 380. Pl-

COlVDïliES (zov(îij)./3 OU zopJù},-fl, massue, pilon). Eminences articulaires, arrondies, plus ou moins allongées {voy. Articulations) . D.

CO^DYLOMES. Kov^û)itupta (grec) \ condijloma i\dXin) ; Feigwarze{d\hm.]\ condîjloma (angl.) ; condiloma (ital. et esp.)

Nous comprenons sous cette dénomination commune, non-seulement la production hybride et d'ailleurs assez mal définie à laquelle on a spécialement réservé, en France, le nom de condylome, mais encore — et cela tout naturellement — les deux ordres de lésions élémentaires dont elle procède : la végélation et la plaque muqueuse.

Cette manière quelque peu insolite d'envisager la question n'est pas aussi neuve qu'on pourrait le croire. Il y a longtemps, en effet, que les Anglais et les Allemands ont reconnu l'impossibilité de séparer le condylome de la végétation et de la plaque muqueuse, et cela, par la raison fort simple que, dans l'immense majorité des cas, il est à la fois l'une et l'autre, c'est-à-dire une plaque muqueuse plus ou moins hypertrophique et végétante, mais que des conditions particulières de siège, de pression, d'irritation, etc., ont modifiée d'aspect et de consistance au point d'en altérer complètement la physionomie originelle.

De là, à rayer du cadre nosologique une unité pathologique qui n'existait que de nom, il n'y avait qu'un pas. Cependant nos voisins aimèrent mieux tourner la difficulté que la trancher d'une façon si brutale. Au lieu de faire disparaître de la nomenclature un vieux mot que l'usage avait consacré, ils le conservèrent, mais en le généralisant à toutes les productions épigéniques des membranes tégumentaires, qui ont pour caractères communs de revêtir une forme verruqueuse et de puiser leur origine dans une irritation d'ordre spécifique soit syphilitique, soit simplement vénérienne. Ils appliquèrent donc indistinctement l'expression de condylome aux végétations et aux plaques muqueuses ; mais, pour différencier les premières des secondes , ils imposèrent aux unes la dénomination de condylomes acuminés, aux autres celle de condylomes plats.

Cette modification dans la terminologie n'est ni arbitraire, ni de fantaisie pure. Bien au contraire ; elle s'appuie sur des données scientifiques si précises, ainsi qu'on le verra plus loin, qu'elle s'impose en quelque sorte d'elle-même ii tout esprit non prévenu en faveur de la nomenclature classique. Le mieux est donc de l'accepter ; c'est ce que nous faisons.

Historique général. C'est à peine si dans les œuvres d'Hippocrate il y est fait mention des excroissances (^st'paç) et des végétations (zt'wv). L'existence de semblables productions est d'ailleurs simplement indiquée dans le traité des Plaies et dans celui des Maladies des femmes. Quant aux condylomes, Hippocrate en parle dans le livre des Hémorrhoïdes « Il vient, dit-il, à la veine sanguine atteinte de condylome, une tumeur semblable au fruit du sycomore... )i Ailleurs, à propos d'une épidémie célèbre dans l'histoire de la syphilis , il est question « de carnosités aux paupières qui firent perdre la A'ue à beaucoup de personnes et que l'on nomme des fies (o-uzôç). » Dans un passage enfin, le père de la médecine dit que le vinaigre a la propriété d'amollir les myrmécics

(fiU|5|nyjztoc).

CONDYLOMES. 415

Bien qu'on ne trouve nulle part, dans les livres hippocratiques, une description d'ensemble des excroissances verruqueuses de la peau, l'école grecque, au rapport de C. Celse, n'eu divisait pas moins ces productions en trois genres :

Premièrement, le genre ixypo^opSw, renfermant les tumeurs sous-cutanées qui sont dures, parfois marquées d'aspérités et sans changement de couleur à

la peau.

C'est vraisemblablement, d'après Virchow, dans cette catégorie que rentrent la plupart des productions kystiques folliculaires, pleines ou vides, dues, soit à la rétention de la matière sébacée, soit à une végétation papillaire de la paroi du sac, telles sont : les crinons ou comédons, les grains de mil ou de gruau, le molluscum simples , les amas de comédons (Comedonenscheiben de Ribbentrop), les condylomes sous-cutanés de llauck et les condylomes porcellaiiés de Fritze. D'après Yédrènes les verrues pédiculées appartiendraient également à cette classe, ce qui est contestable.

Secondement, le genre ôuptôv. « On donne ce nom, dit Celse, à une excroissance qui s'élève sur le corps comme une petite verrue. Celle-ci est mince du coté de la peau, plus large supérieurement, un peu dure et remplie au sommet d'aspérités dont la couleur, rappelant celle de la fleur du thym, la fait nommer thijmion. » Ici il n'y a guère de doute possible; il s'agit bien des végétations telles que nous les comprenons. Celse a d'ailleurs soin d'ajouter que les plus fâcheuses de ces productions siègent « in obscenls » .

Troisièmement, le genre p.vpy.-/]y.to!., formica des Latins. Les Grecs, au dire de Celse, réservaient cette dénomination à des tumeurs plus petites que le 6u|:xt6v et plus dures, ayant des racines plus profondes, et causant une douleur plus vive, analogue à celle de la morsure d'une fourmi. « Elles sont, dit-il, larges à la base, étroites au sommet, laissent échapper moins de sang et n'excèdent presque jamais la grosseur d'un lupin. »

On a de tout temps rattaché les cors — clavi ou calli des Latins, tdIoL des Grecs — à cette classe de productions épigcniques. Il est cependant certain que dans l'esprit des Grecs et de Celse lui-même, le cor était distinct de la niyrmécie ou verrue-fourmi et, ce qui le prouve, c'est qu'on en faisait un genre à part.

Depuis Plenck, et malgré la définition de Celse, on a généralement admis que les myrmécies étaient des verrues molles, à la surface desquelles se faisait quelque sécrétion. Selon Virchow, le condylome plat ou plaque muqueuse [verruca mndidans) trouverait sa place ici.

11 y a, d'ailleurs, quant à cette terminologie grecque, un désaccord complet entre les commentateurs des auteurs anciens. C'est ainsi que Yédrènes, dans sa traduction récente de Celse, fait correspondre la myrmécie aux verrues sessiles.

On voit que de cette classification des excroissances proprement dites, les Grecs avaient exclu ce qu'ils appelaient le condylome, c'est-à-dire la tumeur ressemblant à une nodosité, à un renflement osseux articulaire (x.6v^u).oç, jointure des doigts, éminence articulaire). Cette production, en effet, appartenait à la classe des tubercules [fùuarx], ainsi que le dit Celse en plusieurs endroits de son ouvrage. Il la définit « un tubercule qui d'ordinaire se manifeste après une certaine inflammation » , et il recommande de l'exciser : « lorsque les tubercules appelés condylomes, dit-il, sont à l'état d'induration , voici la marche à suivre : on prescrit d'abord des lavements et, saisissant ensuite le tubercule

416 CONDYLOMES.

avec (les pinces, on le coupe à la racine ». Son siège était le plus habituellement l'anus , mais on pouvait le rencontrer ailleurs ; « on voit encore se former autour du gland, écrit-il, de ces tubercules que les Grecs nomment (pOpaTa. ))

Ailleurs , c'est à propos du cancer que Gelse revient sur cette expression condylome. « Tantôt, lisons-nous, la tumeur (le cancer) n'a pas de caractères particuliers ; et, tantôt, par les inégalités qu'elle présente, elle se raproche de ce que les Grecs appellent condylome ; interdum simile ils est qnœ vacant Grœci condyJomata, aspredine quadam et magnitudine sua. »

En somme, le condylome s'entendait d'une tumeur dure — car il ne faut pas prendre dans un autre sens le tubercule des anciens — siégeant de préférence à l'anus et se développant sous l'influence d'une certaine inflammation.

Gomme les pratiques honteuses de la sodomie étaient, déjà du temps de Gelse, fort répandues chez les Romains, on devine sans peine de quelle nature devait être l'inflammation de l'anus dont parle cet auteur.

Au terme technique et peu euphonique de condylome, correspondait, dans la littérature de l'époque, l'expression plus imagée de figue ou de mainsque dont se servaient communément les poètes pour désigner les excroissances qui , paraît-il, ornaient habilucUcment l'anus des pédérastes.

Le mot fie est celui qui revient le plus souvent sous la plume de Martial. Get auteur a d'ailleurs soin d'en bien préciser le sens dans l'épigramme suivante à Gaecilianus :

Quuni dixi ficus, rides quasi harbara verba. Et dici ficos, CœciUane, jubés.

Dicemus ficus, cjuos scimus in arbore nasci ; Dicemus ficos, CœciUane, tuas.

(Lib, I, Epig. 66.)

Le condylome anal des sodomistes se rapprochait donc, quant à la forme, de la figue ; mais plutôt de la marisque, cette sorte de figue sauvage aux formes rabougries, que de la belle figue cultivée de l'île de Ghio :

Non eadem res est: Chiamvolo, nolo mariscam, Ne dubites quœ sit Chia, marisca tua est.

(In Zelotipam. Lib. XIII, Epigr. 97).

Nul doute d'ailleurs que cette excroissance ne fût l'expression d'un vice honteux :

Ficûsa est uxor, ficosus est ipse maritus; Filia ficosa est et gêner atcjue nepos.

Res mira est, ficos non habet unus ager.

(Lib. VII, Epig. 71).

Et ailleui's

m pueros emeret Labienus, vendidit hortos ; Nil nisi ficetum nunc Labienus habet.

(Lib. XII, Epig. 55).

Juvénal, de son côté, ne se faisait pas faute de railler les sodomistes et leur anus soigneusement épilé et couvert de marisques :

Hispida membra quidem et durée per brachia setcr. Promettunt atrocem animum, sed podice lœvi Cœduntur tumidœ medico ridente mariscce.

Sat. II, 11.)

CONDYLOMES. ^17

Galien paraphrase les de'finitions de Celse. Ainsi :

Acrochordon verruca est vel eruptio orbicularem angustamque obtinens basin.

Thymus, asprce carnis extuberatlo est quœ esculentis thymis similis, circa génitale ac sedem oritur.

Myrmecia tuberculum est asperum non angustam habens basin.

Quant au condylonie, il le définit : extuberatlo quœ cum phlegmone in rugosa ani parte consurgit.

Ainsi que Celse, Galien sépare les condylomes des autres productions morbides et place leur siège à l'anus : quemadmodum autem in cute et totius corporis partïbus, lepra, scabies, impétigo, verrucœ, thyml, formicœ, clavi tophique, sic « in ano » hemorrhoïdes cœcœ, fissa, procidentia, condylomata, fistulœ aliaque multa contingunt...

Oribase assigne au genre sykos des Grecs ou ficus des Romains, les caractères d'un tubercule ulcérant humide, siégeant de préférence à l'anus, caractères qui d'après Rosenbaum, partisan de l'existence de la syphilis dans l'antiquité, présenteraient une analogie manifeste avec ceux de nos plaques muqueuses hypertrophiques.

On s'accorde généralement à considérer Aétius comme le premier des auteurs anciens qui nous ait donné la meilleure description des végétations. Il avait eu d'ailleurs le loisir de les bien observer, car sa propre femme en était affligée et s'en débarrassa par des fumigations avec l'origanum. Thymi, dit-il, nomen a corymborum montance herbœ similitudine transiimtum est. Qui enim in corpore thymi enascuntur, turgidœ quœdam excrescentice sunt, asperœ, subrubrœ, oblongœ, prœter naturam auctœ, in excissione longœ, plus emitlentes sanguinis quam magnitudini suœ reqiiiratur. Frequens est hic morbus circa sedem,, pudenda et femora, invadit tamen quandoque et faciem.

Quelques modernes (Desprès) se fondant sur la ressemblance qu'il y a parfois entre la fleur du thym et les plaques muqueuses les plus communes,- c'est-àdire une coloration légèrement violacée et une surface pointillée sur une éminence exulcérée, ont voulu que la description qu'on vient de lire se rapportât à la plaque muqueuse. C'est cependant peu probable, car dans un autre passage le compilateur insiste sur les thyms qui viennent au gland et au prépuce, or tout le monde sait que sur ces organes, les plaques muqueuses revêtent un aspect qui est loin de rappeler celui de la fleur dont il est question.

Paul d'Egine, cet auteur qui ferme l'ère de la médecine grecque et la résume d'une manière si concise et si complète, décrit séparément les thyms et les condylomes. Les premiers, dit-il, sont des éminences rouges ou blanches, la plupart du temps indolores et ressemblant aux corymbes du thym ; ils se développent surtout chez la femme ; le condylome est une excroissance indurée à la base, une tumeur rugueuse, de même que les hemorrhoïdes. Celui de l'anus, chez l'homme, diffère seulement par son siège de celui qui vient dans les parties génitales de la femme, « n'étant lui-même qu'une tuméfaction rugueuse de l'anus provenant de l'inflammation ou de rhagades ; aussi dans son commencement l'appelle-t-on exoclie (saillie) et, lorsqu'il s'indure, on le nomme condylome. »

On pourrait, à la rigueur, voir dans cette description du condylome de l'anus, la plaque muqueuse hypertrophique. C'est ce qu'ont fait quelques syphiliographes, partisans de la doctrine de la syphilis dans l'antiquité.

DICT. ENC. XIX. 27

418 CONDYLOMES.

En résumé, l'école hippocratique admet deux ordres distincts d'excroissances pouvant se développer aux parties génito-anales de l'homme : ce sont les végétations d'une part (xtwv d'Hippocrate), siégeant de préférence aux parties génitales , comprenant trois genres , mais représentées particulièrement par le tliymion; les tumeurs (cpufiaTa), d'autre part, prenant naissance surtout à l'anus, puisant souvent leur origine dans une inflammation provoquée par des habitudes de pédérastie, et représentées par les genres sykos et condyloma des Grecs, fies et marisques des Latins.

Si des auteurs de l'antiquité grecque et latine on passe aux Arabes, ce n'est que dans Ali-Abbas et Avicenne que l'on trouve des indications, d'ailleurs assez vagues et sans intérêt, empruntées aux manuscrits grecs qu'Honain avait rapportés de Constantinople vers la fin du neuvième siècle.

Plus pauvres encore sont les ouvrages des archiatres impériaux et des arabistes italiens et français.

Cependant, dans un manuscrit qui vit le jour à peu près à l'époque oii florissait l'école de Salcrne — IX'^ siècle — et que Gariopontus eut plus tard entre les mains, on trouve une description des maladies de l'anus où, pour la première fois, la plaque muqueuse semble trouver place à côté des végétations et des liémorrhoïdes : In ipso orificio ani multas fiunt causas, id est rhagadas et hiantes glandulas, condylomata, acrochordenas, verrucas, hemorrhoïdes, et ibi piistias diversorum gênera, in magnitudine granorum fabce vel pisi, aliquando ut avellante fiunt, aliquando eminens ut ipso orificio claudere videatur...

Guillaume de Salicet établit une différence entre le fie et le condylome de l'anus : « Les figues, dit-il, ont pié et forme d'une figue et ils n'ont pas de flux de sang ni d'autre humidité. Condilomates n'ont point de pié ou ne sont pas en forme ne en manière d'une figue, mais ont une tubérosité disperse sans pié et aulcune fois flue d'elles une humidité subtile. >)

Ainsi le condylome se séparait du fie en ce qu'il n'était pas pédicule, en ce que sa surface représentait une tubérosité disperse d'où s'exhalait une humidité subtile. Bien des modernes ne décriraient pas autrement les plaques muqueuses hypertrophiques de l'anus. D'un autre côté, l'esprit ne se reporte-t-il pas involontairement à la définition de G. de Salicet, quand on lit ce qu'écrit A. Fournier au sujet des lésions tertiaires de l'anus? « Si le sypliilome envahit l'anus, l'iiyperplasie rencontrant là une région à plicatures froncées, elle se segmente en infiltrations partielles lobulaires qui constituent autant de petites tumeurs, libres par leur sommet, mais reliées entre elles par une base connnune, laquelle n'est autre chose que la muqueuse anale. C'est à cette forme de lésion qu'on donnait autrefois le nom de condylome. »

Lanfranc, de Milan, n'a que des notions très- vagues sur le fie, et le confond avec les végétations. « Le fie, dit-il, est une excroissance qui vient au prépuce et quelquefois au gland, laquelle excroissance est quelquefois molle étant formée de matière phlegmatique et d'autrefois dure étant produite par une matière mélancolique. »

C'est d'après Ali-Abbas que Guy de Chauliac décrit les poireaux, les verrues et les cornes. Il parle aussi des fies, atrices et condylomes qui se font au fondement et qui reconnaissent pour cause « les frottements et attouchements désordonnés ». Un passage enfin qu'il consacre aux formys — myrmécies des Grecs — paraît se rapporter aux plaques muqueuses et pourrait, au besoin,

GOND LOMES. 419

être invoqué en faveur de l'existence de la syphilis au quatorzième siècle. « Formica ou Ibrmy, dit Guy de Chauliac, est une pustule ou pustules mauvaises, cholériques, sans largeur, avec inflammation et démangeaison, cheminantes en la peau, avec ulcération, rongement et virulence... »

Les premiers auteurs qui ont écrit sur la grande épidémie du quinzième siècle, Nicolas Leoniceno, Gasp. Torella, Jac. Cataneo, pour ne parler que des principaux, ne font aucune mention des végétations ou des condylomes à titre d'accident ou de complication du mal français. Conrad Sohellig — c'est-à-dire Conrad Celini (1497) selon toute vraisemblance — étudie les syphilides sous le nom ancien de formicœ, ce qu'il est intéressant de noter, car c'est sans doute en raison de cette particularité que la plupart des auteurs, depuis Plenck, ont fait, de la verrue-fouimi des Grecs, une plaque muqueuse.

Jean de Vigo, chirurgien du pape Jules II, décrit les plaques muqueuses sous le nom générique de pustules, et ne parle pas des végétations à moins que l'expression caroii, dont on ne connaît pas la signification, ne les vise expressément (de Carofoli ou Garofoli, œillets).

11 faut arriver jusqu'à Pierre Maynard (1518), pour voir figurer dans la description de la syphilis les verrues et les poireaux, et çncore ces expressions sontclles simplement employées à litre de comparaison : « le signe essentiel du mal français consiste en des boutons qui se produisent sur les parties génitales... Ces boutons s'ulcèrent le plus habituellement... je les ai vus sur plusieurs malades devenir aussi durs qu'un poireau, qu'un cor aux pieds... »

Cependant dès 1497, reparaissent les fies au nombre des accidents de la vérole. Ainsi Léonicène parle de tuhercula intrinsecus et extrinsecus quœ ficus appellantur, et G. Torella , le médecin de César Borgia et du pape Alexandre VI, écrit : Aliquando qiiœdam matériel similis granis ficuum rotunda et dura.... D'ailleurs tous les syphiliographes qui les suivent notent également ces productions de l'anus et leur conservent la dénomination ancienne de Fies.

Bern. Tomitanus et Alex. Traj. Petronius (1522) comprennent toutes les productions ou excroissances vénériennes sous la dénomination de Yerructe Gallicaî et les divisent en deux genres , division qui s'est conservée jusqu'à nos jours , suivant qu'elles ont une base sessile ou pédiculée : Et Gallicœ verrucœ fiunt , écrivent-ils, has Grœce Sstpaç vacant et per quamdam similitudinem a loco eminentiori et ediicto acceptam, cas carnis accretiones significant quœ prœter naluram in corporibiis accidunt : quœqiie alio nomine tuhercula

vocitanlur ex his majores aliœ, alice minores apparent. Quœdam etiam

magnis aliis, quœdam minus dolent; rursus sicciores aliœ, aliœ sunt humidiores. Greci vero et Galenus in duo gênera dividunt : hoc est in habentes latiorem basin aut tenue appendicidum, quibus adhèrent cuti.

Les végétations figuraient donc dans le cortège des symptômes de la véi'ole. Mais ce ne fut, ainsi que nous l'apprend Astruc, que de 1514 à 1526 qu'elles prirent définitivement rang parmi les accidents de la maladie. On remarquera cependant que Fracastor, qui écrivait après cette période (1550), ne parle pas des végétations dans le tableau imagé qu'il nous a laissé de la vérole, à moins toutefois qu'on ne prenne dans ce sens le mot Caroii, qu'il emprunte à Jean de Yigo.

Bien que la plaque muqueuse ait dû figurer au nombre des accidents les plus immédiats et les plus constants de l'infection, il faut arriver jusqu'à Nie. Massa (1556) pour en trouver une description qui ne laisse aucune prise au

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doute. Apparent, dit cet auteur, pustulœ rubrœ, elevatce, magnœ, humides et tumidœ. De même dans Forestus : Juvencula quœdani nuper nupta.... a marilo lue venerea infecta, piistulas fœdas in ano, tam pudendo habebat ; cui et ulcéra faucium tam gutturis accesserunt.

Mais ces productions sont toujours confondues avec les autres éruptions de la vérole, et G. Fallope (1560), pas plus que ses devanciers, ne les distingue des pustules ; par contre, il exclut de la syphilis, et c'est là un fait qui a son importance, toute une catégorie d'excroissances végétatives des parties génitales et de la marge de l'anus. Harum duplex est genus, dit-il, aliud gallicum aliud non gallicum; major pars non est gallica. Ainsi Fallope reconnaît que la grande majorité des végétations n'est pas syphilitique. Ce ne serait donc point, comme l'ont avancé quelques auteurs modernes, Nicolas de Blcgny, (il écrivait plus d'un siècle (1673) après l'anatomiste italien), qui, le premier, aurait séparé les végétations du cadre de la vérole. La vérité est que la remarque judicieuse de Fallope passa inaperçue ou, ce (jui est plus probable, que les nombreux auteurs qui écrivirent après lui sur le mal vénérien ne crurent pas devoir déférer à une opinion qui heurtait de front les idées généralement admises alors sur la nature de ces productions. Mais ce fut grâce à Blégny que la remarque de Fallope trouva ultérieurement sa place dans les ouvrages qui traitèrent de la maladie vénérienne (Cokburn 1716, Boerhaave 1755....)

Au milieu de ce déluge de travaux dont l'épidémie du quinzième siècle était l'occasion, le père de la chirurgie française, A. Paré, demandait ses inspirations à la pauvre chirurgie de maître Jean Tagault. Aussi donnait-il une description fort laconique « des verrues ou poireaux dites myrmécie, acrochordon, clavus, thymus et sarcoma ou fungiis, que le vulgaire appelle fil Saint-Fiacre. » Quant aux condylomes, « ce sont, écrivait-il, des éminences ridées et comme excroissances de chair qui sont mêmes les rugosités du col de la matrice ou les muscles du siège auxquels il y a plusieurs replis serrés les uns contre les autres. »

Fabrice d'Aquapendente n'était pas plus explicite et se bornait à donner, d'après Celse, une définition très-sommaire des condylomes et des crêtes du fondement. Par contre, on trouve dans Musitano (1689) une description fort imagée des diverses excroissances dont il rattache l'oi'igine à la syphilis. Nidlusager, dit-il, tam ferax reperitur quam Gallicus ; in ipso enim semel tectum seminium venerum suo fermento végétât, germinat, crescit, florescit, fructificat, suisquesuccessivis generationum periodis uberem fert messem; verum hi fructus sunt corruptce genitricis soboles non secus ac a turdi conspurcatione viscum frutex in arboribus innasci dicitur ; Iiujus modi sunt quœdam carnece excrescentiœ dictœ mora, cristœ, verrucœ, ficus, condylomata, tliymi.... etc, quce in pêne, mulieris sinu et podice ex lue venerea innascuntur.

En 1740, paraît l'œuvre remarquable d'Astruc, véritable monument élevé à la science et à l'histoire de l'origine de la syphilis.

Cet auteur fait une classe à part, une quatrième espèce de maladie vénérienne, des excroissances qu"il décrit aux parties génitales sous les noms de poireaux, verrues et condylomes, et à l'anus sous ceux de crêtes, de fies et de rhagades. Il assigne à toutes ces productions deux origines principales ; pi'emièrement : un commerce impur, infâme et sur lequel, ce sont ses propres expressions, il convient de tirer le rideau ; secondement : la vérole invétérée.

Les accidents de l'anus sont particulièrement tributaires de la première de ces causes, ceux de la verge de la seconde.

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Non-seulement Aslruc elécrit avec soin ces diffe'rentes exci^oissances, mais il s'attache à bien montrer la différence clinique et anatomique qui sépare les véritables crêtes de l'anus des tumeurs hémorrhoïdaires flétries. Il reconnaît que ces diverses productions résistent au traitement mercuriel et nécessitent dans la plupart des cas une intervention chirurgicale.

On demeure fort étonné de trouver dans Astruc le germe d'une théorie que l'on croit toute nouvelle sur la pathogénie des végétations. On en peut juger par ce résumé d'un passage : « Si la semence virulente qui sort d'un vérole s'arrête sur le gland ou sur le prépuce chez l'homme, sur la vulve et les lèvres chez la femme, il se formera des poireaux, des verrues et des condylomes.... de même si les matières fécales enduites d'une mucosité virulente, chez un vérole, s'arrêtent sur le bord de l'anus, il se développera des fraises, des meures, des figues, des crêtes.... » INe sont-ce pas là, dans le fond, les idées d'un syphiliographe de nos jours sur le développement des végétations ? N'y voit-on point l'action locale d'un irritant spécifique ?

Sans préjudice, d'ailleurs, de ce mode particulier de développement des excroissances, Asti'uc pense que toutes ces productions peuvent aussi venir « de la seule affinité qui se trouve entre le virus vérolique et l'humeur sébacée et muqueuse des parties génitales et de l'anus; ce qui fait que ces humeurs, étant infectées de première main par le vice que le sang leur communique, produisent tous les accidents sans le secours d'aucune autre cause ». Ce sont là à proprement parler les excroissances symptomatiques de la vérole invétérée.

Le traite.nîenl mercuriel, cette pierre de touche de la nature du mal, échoue la plupart du temps contre les végétations, et cependant presque tous les syphiliographes du dix-huitième siècle ne peuvent se résoudre à les considérer comme indépendantes de la vérole. Lebègue de Presle, Jauberthon, Turner, de Gardanne, Pressavin, Fabre, etc., persistent à les classer au nombre des accidents syphilitiques. Plenck (1779) et Swédiaur (1784), toutefois font exception et partagent sur cette matière le sentiment de G. Fallope et d'Astruc. Swédiaur, en particulier, emprunte à l'antiquité un argument d'un nouveau genre en faveur de l'existence de végétations non syphylitiques. On lit en effet dans son ouvrage ce remarquable passage : « Quoique aujourd'hui on attribue toutes ces excroissances au virus syphilitique, je ne puis me ranger de cet avis, étant persuadé que les mêmes causes qui dans les siècles i^eculés ont produit ces maladies agissent et les produisent sans doute encore très-souvent de nos jours. » Il n'est pas inutile de faire observer qu'à l'époque où écrivait Swédiaur, les remarquables travaux d'Astruc sur l'origine exotique de la syphilis avaient imposé au monde médical le dogme de la non-existence de la syphilis dans l'antiquité. 11 était donc logique d'en induire, ainsi que le faisait le syphiliographe anglais, l'existence de végétations indépendantes de la vérole. Des considérations identiques devaient, à une époque très-rapprochée de la nôtre, enfanter la doctrine du dualisme chancreux.

Les excroissances, disait Swédiaur, sont de simples maladies locales contre lesquelles le mercure ne peut rien. Quelquefois cependant elles doivent leur source à une infection syphilitique, d'autres fois elles se compliquent de l'existence de ce virus. De même qu'Astruc, il assignait, à celles qui siègent à l'anus, entre autres causes particulièrement fréquentes, les habitudes d'un goût déréglé, contraires aux vues de la nature et dont le condylome était pour lui l'exprès-

sion la plus certaine. « Ce mot, disait-il, vient du grec ■/AvSv'Xt,, tuher seutitmor ex ictu, ce qui devrait nous rendre attentif à son. oriyine ».

Selon, en effet, qu'on place l'étymologie de condylome dans zôv5y).oç ou dans ■/.o-jSvX-ii, on en peut faire une sorte de condylc articulaire ou une bosse sanguine. Et, de fait, ainsi qu'on le verra plus loin, certaines productions condylomateuses de l'anus, se reliant manifestement à des rapports antiphysiques, paraissent avoir pour point de départ des extravasats sanguins dus à la contusion répétée de l'organe.

Swcdiaur attachait une grande importance à ce qu'on distinguât bien le condylome, « cette carnosité spongieuse, ichoreuse, infecte, d'une figure irrégulière, et d'une dureté tenant le milieu entre le cartilage et la chair, » des autres excroissances de l'anus, et en particulier des hémorrhoïdes turgescentes ou flétries et des végétations proprement dites. Il regrettait qu'on le confondît souvent avec les ampoules crystallines ou excroissances aciniformes transparentes que l'on regardait communément comme une variété de condylome. Enfin, il séparaitnettement celui-ci du fie (ficus, sycoma, sycosis, marisca, sarcome, champignon, mal saint Fiacre), qu'il rangeait, contrairement à l'usage, parmi les végétations proprement dites.

11 faisait du fie une variété du thym et lui reconnaissait parfois un caractère syphilitique ; il ne paraît donc pas douteux que le fie ne fût, dans certains cas au moins, autre chose qu'une plaque muqueuse végétante, une plaque ayant pris le caractère thymique, ainsi que cela arrive si fréquemment.

Nous attjichons une certaine importance à ces remarques si précises du chirurgien anglais sur la différence clinique qui sépare les diverses excroissances de l'anus, car elles nous permettent d'entrevoir le sens qu'il convient d'accorder à ces dénominations bizarres des anciens et au sujet desquelles on dispute sans jamais pouvoir s'entendre. Pour nous, qui croyons à l'existence de la syphilis dans l'antiquité romaine, nous inclinons à penser que le plus grand nombre des productions que l'on désignait sous les noms de fies ou de maris- (jues, et qu'on rattachait à la pédérastie, n'étaient autre chose que des plaques muqueuses végétantes de l'anus. D'un autre côté, du rapprochement que fait Swcdiaur entre les fies et les thyms, on peut inférer que les plaques muqueuses ordinaires ont dû parfois porter cette dernière dénomination, comme le pensent quelques syphiliographes modernes. Quant au condylome proprement dit, ce devait être également la plaque muqueuse; mais la plaque hypei'trophique simple et plus ou moins exulcérée à la surface.

D'ailleurs, qu'on le remarque bien, la fréquence des fies et des condyloraes a l'anus, dont nous parlent les auteurs' anciens, plaide elle-même en faveur de l'existence de la syphilis à Rome. Déjà, et c'est là un fait d'observation bien connu de tous les praticiens, les végétations proprement dites n'envahissent l'anus que très-exceptionnellement ; elles se tiennent le plus souvent à distance de cette ouverture qu'elles cernent tout en la respectant. La végétation, d'ailleurs, y est habituellement maigre et s'appauvrit de plus en plus au fur et a mesure qu'elle s'avance vers l'orifice anal, si bien qu'il est tout à fait rare de trouver à l'anus même des productions condyloraateuses d'origine végétative simple. Ceci bien établi, ceux qui nient l'existence de la syphilis dans l'antiquité en sont réduits à chercher l'origine des condylomes et des fies, soit dans les chancres simples, soit dans les hémorrhoïdes, conséquence possible d'une irritation mécanique répétée de la marge de l'anus. Or les chancres simples de

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l'anus ne sont rien moins que rares ; les hémorrhoïdes externes sont fréquentes à la vérité, mais moins qu'on pourrait le supposer chez des gens qui s'adonnent à la sodomie passive, et cela peut-être parce qu'ils n'ont plus de sphincters. Reste donc la plaque muqueuse et c'est vraisemblablement elle qu'il faut accuser, conjointement avec les hémorrhoïdes, de la fréquence du fie dans l'antiquité romaine.

En i786, John Hunter reprend l'idée qu'avait émise Astruc sur la pathogénie des végétations et la revêt d'une forme plus scientifique : « Un vice, écrit l'illustre chirurgien, que les parties contractent par le virus vénérien est la disposition propre à engendrer des excroissances ou des tumeurs cutanées aux- (|uelles on a donné le nom de poireaux. Cette disposition a le plus fréquemment lieu aux endroits où il y a des chancres... Mais les parties acquièrent peut-être cette disposition parce que la matière a été en contact avec elles, car cela arrive souvent après des gonorrhées où il n'y a point eu de chancres... Plusieurs considèrent les excroissances comme ayant leur disposition spécifique, et conséquemment ils recourent au mercure pour les guérir et ils assurent que ce traitement les fait disparaître très-souvent ; je n'ai jamais vu un tel effet du mercure, quoique donné en assez grande quantité.., » Ainsi, Hunter nonseulement reconnaît, comme Fallope, Astruc et Swédiaur, la nature non syphilitique des végétations et veut qu'elles se développent sous l'influence d'une irritation locale spécifique, mais il signale, le premier, leur coïncidence fréquente avec la blennorrhagie. Hunter décrit aussi la plaque muqueuse, sans lui donner un nom qui la distingue positivement des autres éruptions de la syphilis : « Les altérations que je viens de décrire, dit-il, sont propres aux parties découvertes. Mais dans les points où la peau est en contact avec la peau qui y entretient un certain degré d'humidité... l'éruption ne revêt jamais le caractère ci-dessus; au lieu de présenter des écailles et des croûtes, la peau est soulevée, et, en quelque sorte, tuméfiée par de la lymphe extravasée de manière à former une plaque blanche, molle, humide, de laquelle suinte une matière blanche. »

Peu après Hunter, B. Bell va reproduire les idées de son illustre compatriote, mais en leur donnant un plus ample développement. C'est en J793 que paraît le remarquable ouvrage de ce chirurgien sur la gonorrhée virulente et sur la maladie vénérienne. Les végétations, qu'à l'exemple de Hunter B. Bell appelle communément des poireaux, peuvent selon lui « se montrer après des irritations locales de genre très-différent. C'est ainsi qu'on peut les voir succéder à l'action des irritants les plus simples , comme à celle des liquides sécrétés par les chancres eux-mêmes. La cause qui leur donne le plus souvent naissance, c'est la gonorrhée, et c'est particulièrement vers le déclin de cette maladie qu'on les voit paraître. C'est une affection purement locale, pouvant d'ailleurs s'étendre jusqu'à l'anus. Mais, a-t-il soin d'ajouter, outre ces excroissances on en observe encore d'autres vraiment vénériennes aux environs de 1 anus : elles se manifestent alors en même temps que les autres éruptions du corps, ou peuvent paraître seules... souvent dans les derniers degrés de la syphilis et rien ne peut les guérir que le traitement mercuriel complet. » On reconnaîtra sans peine qu'il veut parler des plaques muqueuses dans le passage qui suit : « Ces excroissances sont moins dures, plus charnues , plus tendres et par conséquent plus sujettes à saigner que les poireaux qui succèdent à la gonorrhée. Leur superficie est plus uniforme; elles ne sont pas ):'omposées

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d'un nombre de petits poireaux unis entre eux comme le sont communément les tumeurs engendrées autour de l'anus par la gonorrhée. Elles n'offrent qu'une seule masse uniforme. »

On pourrait croire que des doniiées scientifiques si simples , si nettes, si manifestement puisées aux sources d'une observation rigoureuse et attentive, prirent cours dans la science? 11 n'en fut rien! Peu après J. Hunter et B. Bell, tout était remis en question ; on discutait de nouveau sur l'origine et la nature non-seulement des excroissances, mais de toutes les productions similaires se rattachant de près ou de loin à la vérole et, ainsi qu'il arrive en pareille circonstance, la lumière, loin de se faire, faisait place au plus déplorable chaos; chaos dans les idées, chaos dans les opinions et jusque daijs les mots. Nous touchons d'ailleurs à une époque scientifique où toutes Ids notions acquises sur la vérole vont être bouleversées, où l'existence elle-même du virus syphilitique va être niée, oii les différentes manifestations de la diathèse vont être considérées comme des lésions pui-ement locales d'ordre irritatif et où les sympathies vont jouer un grand rôle. On entend bien que nous voulons parler de l'ère prochaine de la doctrine à laquelle s'attache le grand nom de Broussais,

Déjà, dès la fin du dix-huitième siècle (1789), Bru niait l'existence du virus vénérien; mais sa voix était restée sans écho. Eu 1811, un anonyme, Caron, reprit l'idée de Bru et ne sut la faire prévaloir. Un peu plus tard, et alors que la doctrine de l'irritation organique s'était imposée au monde médical, trois de ses fervents adeptes prirent résolument la défense de la thèse de Bru et de Caron ; ce fwent Jourdan (1826), Desruelles (1827) et Richond des Brus (1829). Nous ne parlerons que du mémoire de Desruelles, de beaucoup le plus intéressant, quant à l'objet que nous envisageons.

Pour cet auteur, qui écrivait au Yal-de-Grâce sous les yeux de Broussais, le virus syphilitique n'existait pas et il ne fallait voir, dans la série des symptômes que jusqu'alors on avait attribués à son influence, que des lésions morbides locales, produites par l'application d'irritants extérieurs non virulents sur certaines parties du corps. An nombre des symptômes vénériens qu'il appelait consécutifs, chroniques ou mercuriels, il plaçait, à côté de pustules diverses et notamment des plaques muqueuses, les excroissances telles que poireaux , chouxfleurs, crêtes de coq, condylomes; excroissances que, le premier, il engloba sous la dénomination commune de végétations; dénomination heureuse, s'il en fut, et qui s'est conservée jusqu'à nos jours.

Si Desruelles, fasciné par le regard du maître, saisissait mal les choses dans leur ensemble, il les voyait excellemment dans le détail et la preuve'en est dans la description clinique et anatomique qu'il a faite des végétations C'est un chef-d'œuvre de clarté, de simplicité et de vérité que nul n'a surpassé depuis. Sa classification des végétations en épidermiques, cellulo-vasculaires et dermiques est d'une exactitude clinique irréprochable et dénote un esprit d'observation peu commun. Malheureusement, le théoricien est loin de valoir l'observateur; du moins le théoricien qu'aveugle une idée systématique. On en peut juger par l'étonnant alinéa que voici : « En comparant le nombre des végétations simples ou compliquées que nous avons eu l'occasion d'observer, avec le nombre des malades que nous avons traités pour des symptômes chroniques consécutifs ou mercuriels survenus après un ou plusieurs traitements par les mercuriaux, on a lieu de s'étonner de leur fréquence, et l'on est naturellement disposé à rechercher la cause de ce phénomène. Le nombre des hommes qui ont

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été atteints de végétations est en effet à celui des hommes traités pour des symptômes consécutifs, chroniques ou mercuriels :: 99 : 228, c'est-à-dire dans la proportion de i à 2 tiers. Nous serions disposé dès lors à croire que l'action des mercuriaux donne lieu au développement des végétations... »

Quand une science d'observation est à la merci des doctrines d'un jour, on voit à quelles étranges conclusions les meilleurs esprits peuvent arriver.

Cependant quelques syphiliographes surent résister à l'entraînement général. Lagneau, un des premiers , donna le signal de la réaction contre des doctrines aussi compromettantes pour la dignité de l'art que funestes pour le bien de l'humanité. Mais , ainsi qu'il arrive toujours , la réaction dépassa le but. Lagneau remonta de trois siècles en arrière et restitua à toutes les excroissances le caractère spécifique dont l'école de Hunter les avait dépouillées. Déjà il avait été précédé dans cette voie par CuUerier l'ancien (1815), qui faisait de toutes les excroissances un symptôme consécutif de la vérole, mais qui concédait que, dans des circonstances exceptionnelles : la masturbation, la grossesse, le flux hémorrhoïdal, etc., pouvaient leur donner naissance, et cela indépendamment de toute diathèse. Lagneau acceptait également cette restriction et faisait une large part à la malpropreté dans l'étiologie des excroissances étrangères à la syphilis; mais, avait-il soin d'ajouter, « ces cas sont heureusement beaucoup plus rares que ne le pensent Bell et plusieurs auteurs plus modernes qui, encore plus exclusifs que lui, croient pouvoir nier l'existence du virus syphilitique. »

Cette réserve faite par Lagneau ne visait que les végétations proprement dites et non les excroissances de l'anus, crêtes et condylomes, qui, dans son esprit, étaient toujours de nature syphilitique, et constituaient un des indices les plus certains de la vérole. En 1831, Gullerier et Ratier étendent à ces dernières ellesmêmes le bénéfice de la restriction qui précède et pensent « qu'elles peuvent se développer indépendamment de la diathèse sous l'influence d'une inflammation locale entretenue par une excitation continue et répétée » . Nous voilà donc revenu à la dichotomie étiologique d'Astruc et de Swédiaur, syphilis et pédérastie.

Seul parmi les syphiliographes de cette époque, Devergie (1826) hésite entre les doctrines de l'école nouvelle et celles de Hunter. Dézeimeris (1833) et surtout Gibert (1837), partagent les idées de Lagneau. Gibert divise, comme ce dernier, les excroissances en deux grandes classes : les végétations vénériennes et les excroissances syphilitiques proprement dites. Comme lui, il admet qu exceptionnellement les premières seules peuvent ne pas être syphilitiques et l'expérience n'aurait, paraît-il, fait que confirmer dans son esprit cette manière de voir, car, plus de vingt années après (1860), on lit encore dans son traité des maladies de la peau et de la syphilis cette phrase significative (t. II. p. 225) : « Les modernes sont même pour la plupart disposés à n'admettre que cette étiologie — l'irritation locale simple — et à refuser aux végétations le caractère syphilitique. Il y a une réponse péremptoire à cette opinion, c'est qu'on ne les voit se développer que sur les sujets qui ont ou ont eu la vérole. »

Ricord (1838) se borne à dire que les végétations ne semblent pas être la conséquence rigoureuse du virus syphilitique, mais il n'ose se prononcer nettement en faveur de leur non-specificité. Il faut arrivera 1853 pour voir après Baumes (1840), Cazenave (1843), Reynaud (1845) et Bertherand, tous partisans des idées de Lagneau, deux auteurs, Maisonneuve et Montanier, revenir à des idées plus saines et plus confoi'mes aux données de l'observation. Ceux-ci pensent, en effet, comme J. Hunter et B. Bell, que les végétations sont rare-

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ment dénature syphilitique et que, dans les cas où elles le sont réellement, ce sont des productions surajoutées à un accident réellement spécifique, tel qu'un chancre ou une plaque muqueuse, surtout à l'anus. Enfin nous touchons à la vérité ; elle sera complète avant peu, et, à part quelques rares dissidents, — nous avons déjà cité Gihert, — pas un syphiliographe moderne ne contestera que les végétations ne doivent être rayées du cadre de la syphilis.

Entre temps, la plaque muqueuse est peu étudiée et toujours confondue avec les pustules ou les ulcères. Cependant, dès le commencement du dix-neuvième siècle, les classifications, appliquées aux maladies de la peau, appelant plus de rigueur et d'exactitude sur les définitions des genres, fixent l'attention sur elle. Eu 1 835, Cullerier et Ratier s'attachaient à démontrer que toutes les syphilides pouvaient être ramenées à un type unique, la papule, et que le représentant par excellence de ce type était la production que Bavasse et Deville devaient appeler plus tard (1846) la plaque muqueuse. C'est également en 1835 qu'un anglais, Wallace, inocule quatre Ibis, avec succès, le virus emprunté à ce qu'il appelle des condylomes syphilitiques ou des tubercules ulcérés, c'est-à-dire à des plaques muqueuses.

Vers 1841, un des élèves de Biett, Legendre, étudie, dans sa dissertation inaugurale sur les syphilides, la plaque muqueuse sous le nom de « tubercule plat » et lui assigne, dans l'ordre chronologique des accidents de la syphilis, une place entre les syphilides papuleuses et les syphilides tuberculeuses. Il cherche en outre à démontrer, — opinion qui devait être combattue plus tard par Bassereau (1852) , et défendue ultérieurement par Bazin (1859), — que le tubercule plat peut se développer sur toutes les régions du corps, mais qu'il change d'aspect et de forme selon le siège qu'il occupe.

En 1845, Bavasse et Beville écrivent, sous les yeux de Ricord, dans les Archives de médecine, une monographie des plus complètes sur l'accident auquel ils donnent le nom de plaque muqueuse, dénomination qui depuis eux a prévalu dans le langage médical en France. Le seul point que nous voulons relever ici de l'intéressant mémoire de ces deux auteurs a trait à la variété de plaque à laquelle ils réservent le nom de condylome, alors employé en Angleterre et eu Allemagne pour désigner cette lésion élémentaire, quelle que soit sa forme. « Presque toujours, disent-ils (page 298. t. IX. 1845), la surface est plane, avec tendance à une légère convexité ; parfois la convexité est extrêinement marquée ; très-souvent alors les bords sont renversés, et l'ensemble de la plaque représente, comme nous venons de le dire, un champignon avec ou sans pédicule, selon l'état du renversement des bords. C'est là le condylome des auteurs. La

surface est tout à fait lisse, ou végétante ou ulcérée » Et ailleurs (p. 3L>):

«... Ils (les condylomes) ont plus particulièrement pour siège le pourtour de l'anus. Ce sont des plaques à surface fortement convexe et à bords renverses comme des champignons. Tantôt ils sont bien arrondis, tantôt ils ont une forme ovalaire ou une forme d'amande. Ils déterminent quelquefois par leur présence sur l'ouverture anale une gêne assez notable, un besoin pressant et de la diiiiculté d'aller à la garde-robe, mais sans beaucoup de douleur. »

Be leur côté les Allemands étudiaient, le microscope à la main, la structure intime des formes acuminées et plates du condylome, et cherchaient à établir, — sans pouvoir y réussir à leur gré, — les différences anatomo-pathologiques qui séparaient ces deux variétés d'une même production morbide.

Les travaux de G. Simon (1839 à 1851), de Krœmer (1847), de von Bœreiis-

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prung (1848), de Wedl (1854) et de Virchow (1855-65) sont particulièrement remarquables en ce genre — surtout ceux de Basrensprung-, qui a suivi, en quelque sorte pas à pas, le condylome plat dans ses diverses évolutions, et a particulièrement bien étudié sa transformation en condylome acuminé. — Par contre, la littérature anglaise de l'époque est des plus pauvres et les travaux de Plumbe, Thomson, Pearson et Er. Wilson négligent complètement l'étude anatomique de ces productions.

En 1852, Bassereau, dans son excellent ouvrage sur /es «//écrions s?/;:)/n'fôi^Mes de la peau, ne fait aucune mention des végétations ; ce qui prouve qu'il les considérait comme tout à fait étrangères à la syphilis. Mais il consacre un long et intéressant chapitre à la plaque muqueuse, qu'il décrit sous le nom de grande papide humide. Le premier, il en distingue deux espèces, celles de la peau et celles des muqueuses, auxquelles il donne le nom de plaques opalines, « à raison de leur faible saillie et de leur couleur qui est constamment blanche. »

Au point où nous sommes arrivé (1853), un accord presque unanime règne entre les syphiliographes. Les végétations sont mises hors cadre du tableau symptomatique de la vérole et décrites à part dans les traités des maladies vénériennes ; toutefois les auteurs sont fort empêchés de savoir où les placer, par la raison qu'elles peuvent suivre ou compliquer toutes les maladies vénériennes, quelle que soit leur nature virulente ou inflammatoire. Les uns, comme Vidal de Cassis, en placent la description entre celle du bubon et celle des pustules muqueuses; d'autres, comme Melchior Robert et Rollct, en parlent comme une des suites de la blennorrhagie, ou en font un appendice à l'ouvrage entier (Langlebert).

Seul, Bazin les fait figurer à côté du chancre induré et des plaques muqueuses, au nombre des affections de la deuxième période de la syphilis, non pas qu'elles relèvent de la diatlièse syphilitique, car elles en sont complètement indépendantes, dit-il, mais parce que, développées sous l'influence de l'irritation produite par un liquide spécifique, elles appartiennent exclusivement à la syphilis. Cette assertion pourrait sembler étrange, quand on songe que la blennorrhagie paraît être l'occasion, sinon la cause la plus fréquente, des végétations; mais il ne faut pas perdre de vue que le savant syphiliographe de Saint-Louis est uniciste et qu'il considère la blennorrhagie comme pouvant être un des accidents primitif s de la vérole.

La plaque muqueuse, en tant que lésion anatomique, avait été trop bien étudiée pour qu'il i^estàt grand'chose à ajouter aux descriptions à la fois si nettes et si complètes qu'en avaient données Bavasse et Deville, puis Bassereau. Restait le condylome, cette singulière production que l'on s'obstinait à classer à part dans la nomenclature des exci'oissances, à laquelle on accordait une physionomie spéciale et un siège de prédilection, l'anus. Les uns en faisaient une végétation, les autres une plaque muqueuse, et alors, comme aujourd'hui du reste, il n'était pas deux chirurgiens, en France, qui fussent d'accord, non-seulement sur la nature intime de la lésion, mais encore sur l'identité de ses caractères anatomiques extérieurs.

S'il est vrai qu'à l'heure actuelle cette expression : condylome, réveille dans l'esprit de la plupart des chirurgiens l'idée d'une excroissance assez volumineuse pleine, charnue, de consistance lardacée ou même dure, de forme plus ou moins hémisphérique, ovalaire ou aplatie transversalement, de couleur plus ou moins rouge, etc., elle ne dit toujours rien quant à la nature et à l'origine de la production. Pour le plus grand nombre cependant, elle implique l'idée d'une

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lésion anatomique se rattachant de près ou de loin à l'action d'un virus spécifique, simplement vénérien ou syphilitique ; pour d'autres, au contraire, le mot condylome signifie hypevtropliie pure et simple, ou hémorrhoïde, ou autre chose encore. Ainsi, tandis que l'un voit dans cette excroissance le vestige d'un chancre, l'autre celui d'une plaque muqueuse, un troisième en fait une gomme; pour un autre, c'est une manière de végétation qui à la longue s'est transformée et sclérosée ; un cinquième pense que c'est une marisque, c'est-à-dire une hémorrhoïde flétrie qui s'est enflammée et indurée ; un dernier, enfin, en fait une tumeur scrofuleuse, un lupus.

Il ressort clairement de ce conflit d'opinions que cette excroissance de l'anus, dont on a voulu faire — par égard pour la tradition sans doute — une sorte d'entité morbide spéciale, n'a d'autre titre à occuper un rang à part dans le cadre nosologique que celui qu'elle emprunte à sa physionomie particuhère. Or des analogies de forme ne sauraient à elles seules autoriser une semblable distinction. Le condylome, en tant qu'unité pathologique et tel qu'on le décrivait naguère, n'a plus sa raison d'être et, nous l'avons déjà dit, doit être rayé du cadre nosologique. 11 trouve d'ailleurs naturellement sa place soit au milieu des végétations, soit parmi les variétés de plaques muqueuses, c'est-à-dire dans les deux ordres de productions que l'on confond aujourd'hui sous le terme générique de condylome. Toutes les excroissances qu'on appelait autrefois"de ce nom et qui ne rentrent pas dans les deux catégories précédentes constituent de faux condylomes, n'ayant de commun avec le condylome vrai que la ressemblance. Nous les étudierons plus spécialement à l'anus sous la rubrique de productions condylomaleuses diverses ou faux condylomes de la région anale.

Division. Nous divisons les condylomes en deux grandes classes : les condylomes acuminés et les condylomes plats ou aplatis.

Dans la première, nous faisons rentrer toutes les productions épigéniques, d'ailleurs fort variées d'aspect, que depuis Desruelles on désigne communément, en France, sous le nom de végétations.

Dans la seconde, nous décrivons les productions élémentaires, plates, bombées, ou végétantes, qui procèdent toutes de la lésion spécifique connue depuis Davasse et Deville sous le nom de plaque muqueuse.

Condylomes acuminés. Synonymie : ô^jmoc, thymiœ (auteurs anciens). — Végétations, poireaux, choux- fleurs, fraises, framboises, nmres, crêtes (modernes), fibromes papillair es, papillomes, végétations épilhéliales (histologistes).

Définition. On donne le nom de condylomes acuminés, à des excroissances verruqueuses de la peau ou des muqueuses, habituellement molles et rouges, d'origine le plus souvent spécifique, vénériennes mais non syphilitiques, se présentant à l'extérieur sous des formes très-variées, bien qu'au fond leur constitution anatomique reste toujours la même.

Nomenclature et caractères anatomiques extérieurs. La nomenclature des condylomes acuminés est purement artificielle et basée sur des ressemblances plus ou moins exactes avec des productions bien connues du règne végétal ou du règne animal. C'est ainsi qu'on les a comparés à des poireaux, à des chouxfleurs, à des crêtes de coq... etc.

Pour établir une classification à peu près rationnelle de ces différentes productions morbides, il importe de bien distinguer la végétation élémentaire de la végétation complexe ou composée telle qu'elle se présente la plupart du temps à l'observation. L'une et l'autre pouvant d'ailleurs ormer des bouquets — végé-

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tations conglomérées — ou des massifs — masses végétantes — sous lesquels disparaît parfois toute une région et même tout un organe.

La végétation élémentaire dont la granulation simple, le grain, est le type le plus commun, procède, ainsi que l'ont fort bien établi les histologistes modernes, du bourgeonnement d'une papille dont le tissu conjonctif central entre d'abord en prolifération vers le sommet de l'organe où il se transforme incessamment en épitliélium. Il en résulte une petite tumeur arrondie et sessile faisant un léger relief à la surface des téguments. Mais ce grain primitif va bientôt subir des transformations qui tendent à en modifier l'aspect. Ainsi l'hyperplasie ne restant plus limitée au sommet de la papille, mais envaliissant tout le tissu conjonctif central de l'organe, la granulation élémentaire s'accroît unifoi'mément dans tous les sens, se renfle en manière de massue, s'étrangle à sa base et finalement se détache peu à peu de la surface à laquelle elle n'adhérera bientôt plus que par un pédicule plus ou moins long et étroit. En cet état, la petite production papillaire ressemble plus ou moins exactement à une figue microscopique, ou à une petite tète de fleur de poireau surmontant sa tige.

La granulation simple, c'est-à-dire le grain, n'est pas la seule forme que puisse revêtir au début l'hyperplasie papillaire. Celle-ci, en effet, peut-être excessive, mais demeurer tout à fait limitée au sommet de la papille ; alors la végétation élémentaire prend une forme acuminée qui la fait ressembler à une papille de la langue des chats. C'est ce qu'on a nommé la végétation conique; le cône.

Quand plusieurs papilles végètent ainsi à côté les unes des autres sur un espace bien défini, de forme généralement arrondie ou ovalaire, leurs bases d'implantation se confondent et leurs sommets seuls se détachent plus ou moins nettement à la surface du petit bouquet végétant. Selon que les végétations élémentaires appartiennent à l'une des deux formes que nous avons indiquées plus haut, cette surface offre un aspect granuleux, rappelant vaguement celui de la fleur du poireau ou représente une houpe hérissée de saillies pointues et rapprochées. Ce son!, là des végétations simples conglomérées.

Mais la végétation élémentaire elle-même, grain ou cône, peut prendre une forme complexe ou composée par le fait de son bourgeonnement propre et du développement de nouvelles papilles à sa surface. Chacune de ces néo-papilles évolue comme la papille mère, tout en en conservant la forme et les caractères, et peut elle-même devenir le siège d'un bourgeonnement nouveau identique au premier; si bien, qu'en dernier terme, l'ensemble de la petite prolifération prend un aspect tout différent selon qu'il s'agit du grain ou du cône. La prolifération du grain revêt la forme de certains fruits drupacés, tels que fraises, framboises, raùres, ou de grappes rameuses dont la disposition générale rappelle celle de la tète du chou-fleur, c'est-à-dire que les pédicules partant d'une tige commune sont d'autant plus longs qu'ils s'nisèrent plus bas.

L'hyperplasie du cône aboutit généralement à une production en manière de crête dont le bord libre, convexe et chargé de papilles, est finement dentelé. Voici comment : les cônes primitifs, rangés en séries suivant des lignes parallèles, se confondent à leurs bases dans la direction de ces lignes, tandis que sur la crête dentelée qui résulte de celte fusion poussent de nouvelles papilles acuminées qui à leur tour vont subir le sort des premières. Cette multiplication incessante des papilles, sur la crête de la production, en allonge incessamment le bord libre, de sorte qu'en dernier terme, la petite languette, plus étroite à sa base d'implantation qu'à sa périphérie, ressemble tout à fait à une crête de

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coq finement découpée. Ces crêtes, tassées parallèlement les unes contre les autres, donnent à l'ensemble de la végétation un aspect fendillé et feuilleté facile à reconnaître quand on écarte les lamelles qui la constituent.

Ainsi, le développement secondaire de papilles granulées et sessiles sur une végétation élémentaire de môme ordre, produira les petites tumeurs que, selon la grosseur du grain et sa couleur d'un rouge plus ou moins foncé, on compare à des fraises, des mûres, des framboises. Un Ijourgeonnement analogue de papilles secondaires, granulées mais pédiculées, sur une végétation élémentaire, également granulée et pédiculée, donnera de petites efflorescences en corymbe ressemblant h un lobule d'une tète de chou-fleur.

Si la prolifération ne s'arrête pas à une poussée unique de papilles nouvelles, mais en fournit de troisième et quatrième venue, l'ensemble de la végétation prend alors le caractère rameux ou branchu qui la rapproche des grappes dites rameuses.

Ces végétations élémentaires, ainsi hyperplasiées, peuvent à leur tour se réunir, se grouper sur un district limité du tégument et former de petits massifs végétants (végétations composées conglomérées) dont la surface granuleuse est divisée en lobules d'inégal volume, par des anfractuosités plus ou moins profondes, au fond desquelles il est souvent impossible de reconnaître les parties normales. Nous avons déjà dit comment se groupaient les cônes.

En somme, la végétation conglomérée peut être constituée soit par un îlot de papilles — de trois à vingt habituellement — simplement hypertrophiées et juxtaposées, soit par une réunion analogue de papilles elles-mêmes hyperplasiées et multipliées. La première forme répond à la verrue proprement dite et, comme elle, se développe sur la peau ou les muqueuses qui s'en rapprochent par leurs caractères, legland, par exemple, chez les personnes qui ont cet organe habituellement découvert. La deuxième au contraire appartient en propre aux muqueuses, et a essentientiellement le caractère végétant. La forme verruqueuse ))asse d'ailleurs facilement à la forme végétante et molle toutes les fois que des conditions favorables de terrain et de milieu le lui permettent ; on en a un exemple frappant dans la transformation si fréquente, et sur laquelle nous insisterons plus loin, des condylomes plats en condylomes acuminés.

La végétation dont l'ensemble constitue le condylome verruqueux (porrum de Plenck, verruca plana d'Ascherson) est sessile, plate, un peu bombée cependant, de forme généralement arrondie ou ovalaire et ne fait qu'une légère saillie à la surface des téguments : son aspect, raboteux, mamelonné, plus ou moins nettement granulé, l'a fait comparer à une tleur de poireau détachée de son pédicule ; la surface de cette production, de consistance d'ailleurs assez dure, est sèche ou peu humide et de couleur souvent plus pâle que celle du tissu qui la supporte. Quand l'hypertrophie élémentaire a la forme acuminée, cette surface est au contraire couverte de papilles minces, serrées les unes contre les autres et présentant une certaine résistance; de là, l'aspect d'une houppette, ainsi que nous l'avons déjà dit.

Le condylome végétant, proprement dit, est tout difféi'ent d'aspect et de consistance. La production, eu effet, est essentiellement luxuriante, molle, rouge, et comme translucide sur les bords. Le massif végétant, toujours un peu étranglé à la base, s'épanouit à la surface et se renverse parfois sur les bords jusqu'à masquer le pédicule de la tumeur. La surface, convexe dans son ensemble, mais assez irrégulière et découpée par des sillons, rappelle celle du chou-fleur.

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Les o-ranulalions plus ou moins volumineuses qui la couvrent présentent une surface lisse, humide, assez molle, à moins que la végétation n'ait vieilli; leur couleur varie du rouge vif au rouge sombre et violacé. D'une manière générale, on peut dire que plus le grain est petit, plus la végétation est molle et rouge. Ces deux derniers caractères sont particulièrement accentués quand les papilles de néoformation, au lieu de revêtir la forme de grains, ont pris celles de pointes filiformes. La surface de la tumeur prend alors un aspect touffu particulier devient d'un rouge-sang, et est d'une mollesse excessive. Si on l'examine à la loupe, on voit que chaque papille, translucide vers sa base, s'effile vers le sommet en une pointe blanchâtre, très-ténue, très-longue, et qui est exclusivement formée par de l'épithélium.

Quand, ainsi que l'ont fait Boys de Loury et Costilhes, on examine de près cette forme acuminée du condylome, il est facile de s'assurer que la végétation n'a pas dans son ensemble la configuration d'une grappe rameuse, telle qu'on la retrouve assez facilement dans la variété granulée dont nous avons parlé. On constate, en effet, que la petite masse se décompose, comme nous l'avons déjà dit, en une infinité de petites languettes découpées en manière de crête de coq, ayant plusieurs millimètres de hauteur, serrées parallèlement les unes contre les autres et s'implantant toutes sur une base commune qui est la muqueuse ou la peau légèrement hypertrophiée et comme oedémateuse.

Cette végétation elle-même peut prendre, dans son ensemble, la forme d'une grosse crête. Que l'on transplante, par la pensée, la végétation composée dont nous venons de parler, de la surface unie et plane où nous la supposions, sur le bord libre d'une grande lèvre, par exemple; déjà elle y prendra une forme ovalaire, miiquement par le fait de la tension de la peau suivant la direction de ce bord (Oscar Simon) ; pressée de chaque côté par les téguments des régions voisines, elle s'aplatira transversalement, prendra la forme générale d'une crête, en même temps que les languettes qui en occupent les faces, empêchées dans leur développement, s'atrophieront plus ou moins ou se coucheront sur les lianes de la production et s'y imbriqueront en se dirigeant vers son bord libre. Ces faces prendront ainsi un aspect à la fois uni et lisse, et la masse entière, constamment irritée par des pressions et des frottements, ne tardera pas à s'épaissir et à s'indurer. Seule, la convexité de cette végétation, ainsi transformée, conservera son caractère acuminé primitif, et l'ensemble de la production prendra définitivement la forme d'une grosse crête de coq.

Les crêtes que l'on rencontre si fréquemment, à côté d'autres végétations, dans le sillon balano-préputial ne se forment pas autrement.

En résumé, toutes les végétations procèdent de deux types élémentaires, le grain et le cône, qu'elles reproduisent toujours identique à lui-même. Les végétations granulées tendent à s'étaler, à prendre un caractère rameux et, par conséquent, à se pédiculiser. Elles tendent, en un mot, incessamment au renflement, à l'expansion au dehors. Les productions acuminées, au contraire, conservent indéfiniment, jusqu'à leur phase ultime, la tendance primitive de la papille à s'effiler en pointe. Loin de se pédiculiser, elles restent toujours sessiles, et finissent souvent par prendre une forme générale acuminée ; le développement des unes est, si l'on peut dire, excentrique ; celui des autres concentrique.

Il ne nous a pas échappé que c'était un contre-sens manifeste que de décrire les végétations granulées sous le quahficatif commun d'acuminées. Il eût fallu, pour être logique, substituer la dénomination plus générale de condylomes

végétants à celle de condylonies acuminés, et décrire séparément les variétés granulées et acuminées. Nous avons cependant préféré, afin de ne point modifier une nomenclature qui vient à peine de naître, nous conformer à la terminalogie en usage. Agir autrement, c'eût été jeter, sans profit appréciable, une confusion regrettable dans le langage qui tend aujourd'hui à prévaloir.

Structure des condijlomes acuminés. Nous devons à l'obligeance de notre savant collègue et ami, le docteur Poncet, de pouvoir consigner ici les résultats intéressants d'une étude histologique récente qu'il a bien voulu faire des condylomes, et cela expressément à notre intention. Les dessins qui accompagnent les descriptions de notre collègue ont été faits d'après nature et sur ses préparations par M. le docteur Douart, médecin stagiaire au Val-de-Grâce.

Voici ce que fournit l'examen d'un condylome végétant, acuminé (végétation épithéliale de la muqueuse du prépuce, chou-lleur) :

« A un faible grossissement, et sur des coupes perpendiculaires à l'axe de la tumeur, on reconnaît que le centre de la production est composé d'un tissu connectif organisé en faisceaux, riche en vaisseaux et contenant entre ses fibres quelques cellules embryonnaires. Le vaisseau central est le plus gros, et de ce tronc partent des ramifications qui vont se distribuer en autant de petits lobules. Chacune de ces divisions est entourée d'une masse épithéliale considérable et fournit d'autres divisions dichotomiques également recouvertes d'épithélium ; les parois de ces capillaires sont normales.

« A un grossissement plus fort, le tissu connectif central paraît organisé en fibres solides dont l'endothélium présente des séries nucléaires de multiplications. Chacun de ces éléments est régulier, bien constitué, et, en somme, ce sont les faisceaux qui prédominent,

« Cette disposition se rcHcontre dans tous les lobules, mais, à mesure que le vaisseau diminue, le tissu connectif occupe aussi peu de place et le revêtement épithélial est cinq ou six fois plus considérable.

K Cet épithélium, séparé très-nettement de la partie connective de la papille, reste à peine nucléaire sur la première rangée ; immédiatement il acquiert de grandes dimensions ; comme l'épithélium pavimenteux, il présente des stries épineuses d'engrènement, souvent des noyaux multiples et à la périphérie la dégénérescence colloïde du protoplasma. Les bulbes concentriques n'y sont pas rares, absolument comme dans les épithéliomas. Tout à fait à la périphérie, la dégénérescence colloïde distend l'enveloppe, lui donne une forme allongée, le noyau disparaît, la substance colloïde se résorbe et les éléments les plus externes sont réduits à la seule enveloppe de la cellule. »

Ces données histologiques concordent avec celles que nous avaient fait connaître les travaux de nos micrographes et ceux de l'Allemagne. Elles en sont, si l'on peut dire, la consécration nouvelle. Toutefois, l'entente entre les deux écoles n'est ni aussi complète, ni aussi absolue qu'on pourrait le désirer, car il existe un point de détail sur lequel les micrographes sont encore en désaccord, et il mérite d'être signalé. Il s'agit, en effet, de savoir exactement où placer le siège primordial de la lésion anatomique ; est-il dans le tissu conjonctif de la papille? Est-il, au contraire, dans son revêtement épithélial?

La plupart des histologistes français, — ceux de l'école de Ranvier, du moins, — font du condylome acuminé une hyperplasie papillaire — un papillome — dans laquelle le bourgeonnement des vaisseaux et surtout la prolifération de la couche épithéliale péripapillaire jouent le rôle prépondérant. Le fait est certain

CONDYLOWES.

Fi

1. — Condylome acuminé (végétation épithéliale) de la verge. — 1. Epithélium corné; 2. Végétations profondes épitliélialcs 3. Tissu dermique fibreux peu enflammé ; A. Vaisseanx.

el il suffit de jeter un coup d'œil sur la figure 1 pour s'en convaincre. Mais est-ce à dire que le tissu conjonctif du centre de la papille n'entre pour rien dans la néoformation? Les Allemands — ainsi que Robin et Lancereaux d'ailleurs — pensent tout autrement. Us croient que la lésion initiale siège dans la masse de tissuconnectif qui occupe l'intérieur de la papille (Virchow, Hebra, Rindlleisch...) et que c'est du bourgeonnement et de la vascularisation de ce noyau que procède l'hyperplasie à la fois papillaire et épithéliale; de telle sorte que la végétation serait anatomiquement un fibrome papillaire (Virchow), mais un fibrome difficile à reconnaître en raison de l'extrême ténuité de sa charpente conjonctivale. C'est qu'en effet, comme l'a fort bien établi Rindlleisch, la proliféi'ation embryonnaire Tconjonctivale s'épuise incessamment en se transformant en epithélium vers la périphérie et ne s'organise que fort peu en tissu conjonctif nouveau dans l'intérieur de la papille. L'hypertrophie, en un mot, porte sur le bourgeon connectif de la papille, mais aboutit à une formation épithéliale qui augmente énormément l'épaisseur du revêtement de l'organe, sans en accroître proportionnellement le iioyau. Aussi, sur les préparations de condylomes acuminés, constate-t-on (on peut le voir sur la préparation de Poucet, fig. 1), une disproportion excessive entre le substratum conjonctival et la néoformation épithéliale qui paraît l'étouffer. Il est cependant facile de reconnaître que l'hyperplasie porte également sur le bourgeon connectif de la papille et que les vaisseaux qui le parcourent y ont poussé de nouvelles anses (Ecker, Fuchs).

Cependant Biesiadetzki s'est appliqué, dans ces dernières années, à élucider ce point de l'histogenèse des condylomes. Il serait arrivé, au dire de Rindfleisch, à démontrer que la division des cellules épithéliales, qui n'a qu'un rôle secondaire dans l'accroissement épithélial régulier, deviendrait au contraire, ici, un phénomène prédominant. Cette division pointerait sur la couche moyenne — couche muqueuse — de l'épithélium, et la prépondérance qu'elle acquerrait alors donnerait au revêtement la mollesse remarquable qui le caractérise. Cette prolifération des cellules épithéliales elle-mêmes établirait une sorte de transition entre la végétation papillaire simple et le carcinome épithélial.

D'ailleurs, qu'on admette ou non cet accroissement autogène de l'épithélium, l'hyperplasie concomitante du bourgeon connectif de la papille n'en existe pas moins : « la couleur rouge-chair des condylomes acuminés, dit Rindfleisch, 9t leur consistance qui, au toucher, rappelle celle des membranes muqueuses, s'expliquent par le manque d'une couche cornée assez épaisse pour masquer l;i couleur et la consistance du tissu conjonctif jeune et vasculaire du centre de la papille.

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