‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.19Chapitre 28 sur 48 · Plaque blanche · texte numérisé non relu

Plaque blanche

3» Taclie grise (érosion pulpeuse)

4° Ulcération grise (diplithéii tique).

„ „, ' -. . bombées

5° Plaques végétantes j,,j.,„iq,„,

Déjà, nous l'avons dit, quand les plaques sont agglomérées, elles ne sont pas en quelque sorte jetées au hasard sur les parties qu'elles occupent. On les voit d'ordinaire affecter une disposition symétrique et se grouper suivant des lignes courbes.

Cette disposition symétrique, que l'on rencontre d'ailleurs dans un très-grand nombre d'éruptions de la peau relevant d'autres diathèses que la syphilis, ne serait vraisemblablement pas sous la dépendance du système nerveux, ainsi que quelques auteurs l'ont pensé, mais trouverait sa cause, d'après Oscar Simon, dans la disposition originelle et le développement des organes et des tissus.

Outre cette disposition symétrique, il est facile de constater que toutes les plaques ont leur grand diamètre, — car elles sont plutôt elliptiques que rondes, — dirigées dans le même sens. Cela tient à la tension uniforme des téguments de la région, dans une direction déterminée et toujours la même, ainsi qu'il est facile de s'en assurer sur le cadavre, en faisant, vers chaque extrémité de la plaque, deux incisions libératrices de la peau, perpendiculairement au grand axe de la production. Celle-ci repi'end aussitôt sa forme originairement circulaii'e.

Quand les condylomes plats envahissent le reflet d'un pli cutané, on les voit, obéissant à la loi de symétrie, se développer également sur le reflet opposé du même pli et y affecter la même disposition générale. Mais, en examinant les choses de plus près, on constate souvent que chaque plaque d'un côté correspond, centre pour centre, avec une plaque identique de l'autre, et que la forme géométrique de l'une est la reproduction exacte de celle de l'autre.

. Cette circonstance a fait ci'oire à l'anto-contagion de ces reproductions morbides. Or, il n'en est rien. Les expériences très-nombreuses {voy. l'article SïPiiiLis) faites dans ces dernières années sur la contagion des accidents précoces de la vérole, démontrent que la plaque muqueuse n'est pas inoculable sur le sujet qui la porte ; qu'elle l'est au contraire sur un autre individu non entaché de la diathèse et que, dans ce cas, l'inoculation a pour résultat, non pas une lésion élémentaire identique à celle qui a fourni la matière inoculée, c'està-dire, dans le cas particulier, une plaque muqueuse, mais bien un chancre. Tous ces faits d'expérimentation ont été colligés avec soin par Rollet, dans son Traité de la maladie vénérienne, et sont généralement acceptés aujourd'hui.

De ce que les papules humides du sillon interfessier semblent moulées, d'un côté, sur celles du coté opposé, on ne peut donc induire, ainsi que l'avait fait Vidal de Cassis, qu'elles sont auto-inoculables. Si, par le fait d'un contact plus ou moins prolongé d'une portion du tégument sain avec une plaque muqueuse humide, il se développe une production morbide identique de forme et d'aspect, il ne faut voir là qu'un phénomène d'irritation locale, portant [)las spécialement sur un district nettement circonscrit de la peau et y provoquant une végétation papillaire qui emprunte, à la nature du terrain sur lequel elle se développe, le cachet de spécificité propre à la plaque muqueuse.

A la vérité, nous le savons, tous ces faits ont été contestés,- et Despi'és a tout récemment tenté de les remettre en question ; mais il ne nous appartient pas de les discuter ici.

Nous avons déjà appelé l'attention sur le mode particulier suivant lequel se fait l'éruption des plaques muqueuses : il convient de revenir un instant sur ce point. Kûss, de regrettée mémoire, cet esprit éminemment original et indépendant, enseignait, dans sa clinique, que le virus sypliilili({ue se répandait dans l'économie à la manière d'une tache d'huile ; que, rayonnant du point où il avait été déposé, il s'étalait, en surface d'abord, jusqu'à gagner toute la périphérie du corps, et qu'ultérieurement seulement, il pénétrait les tissus dans leur profondeur. Les éruptions qu'il provoquait, au fur et à mesure qu'il s'étalait, permettaient, en quelque sorte, de le suivre à la piste. La première étape de ce cheminement vers la périphérie était marquée par l'apparition de plaques muqueuses dans la zone imbibée la première, c'est-à-dii'e : la région génito-anale ; la dernière, le gîte ultime, si l'on peut dire, était la bouche. Si, dans les points intermédiaires du tégument externe, le virus ne laissait souvent aucune trace de son passage, c'est que les causes irritantes extérieures qui devaient le contraindre à se montrer avaient fait défaut ou manqué d'énergie. Et de fait, il n'est pas rare de voir des plaques cutanées, revêtant, ainsi que nous l'avons dit, la forme de croûtes impétigineuses ou ecthymateuses, succéder de près, sous l'inlluence d'irritations mécaniques évidentes, à l'apparition des plaques de la région génito-anale. C'est ainsi que, vers les membres inférieurs, de prétendues pustules d'ecthyma se développent de proche en proche et successivement : à la face externe des cuisses, au point où frottent les poches du pantalon ; au creux poplité, chez les personnes à peau fine et délicate ; à la jarretière, chez la femme ; au mollet, chez les gens qui portent la botte ; au cou-de-pied, chez nos fantassins; aux orteils, chez les personnes malpropres et qui transpirent abondamment des pieds.

Vers le tronc et les extrémités supérieures, on retrouve la plaque muqueuse : aux aines et à l'ombilic, chez les personnes chargées d'embonpoint; vers les

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flancs, là ou presse la ceinture du pantalon ; puis aux aisselles ; quelquefois, mais rarement, au pli du coude.

Au cou, c'est particulièrement à la nuque et sous le menton que le frottement des vêtements, du col ou de la cravate, provoquent l'apparition de condylomescroùteux. A la face, enfin, c'est au front (sueur et pression de la coiffure), et aux commissures des lèvres (mouvements ; usage de la pipe ou du cigare) qu'on les rencontre le plus souvent.

Nous eûmes particulièrement l'occasion de voir une fois cette généralisation des plaques et de pouvoir suivre, jour par jour, la marche de l'éruption. Voici dans quelles circonstances :

Un jeune officier, avec lequel les circonstances de la vie militaire nous appelèrent à faire une très-longue route à pied, entreprit le voyage avec un chancre infectant à peine cicatrisé. Nous avions fait tout au plus cinq ou six étapes que déjà la région génitale s'était constellée de plaques muqueuses, discrètes à la vérité, et que des soins minutieux de propreté entretinrent dans un état qui permit à cet officier de continuer sa route; peu après, ce furent les cuisses, puis les mollets et les flancs qui devinrent le siège d'une éruption ecthyniateuse sous laquelle il était facile de reconnaître, une fois la croûte détachée, la plaque nuiqueuse avec sa physionomie propre. Quelques plaques impétigineuses parurent ensuite au front et à la nuque; et ce ne fut qu'au terme dû voyage, dont la durée avait été de trente-cinq jours, que les premières plaques muqueuses se montrèrent dans la houche. Quiconque eût vu cette éruption de la peau, sans être mis au fait des antécédents du malade, eût certainement jnéconnu la nature de la lésion élémentaire, et l'eût prise pour une syphilide pustulo-crustacée. Dans tous les points du tégument où se développèrent des plaques, il fut toujours i'acile de déterminer le genre d'irritation qui en avait provoqué l'apparition. C'est ainsi que des condylomes parurent sous forme d'éruption discrète et circonscrite, d'abord, à la face externe de chaque cuisse, là où frottaient les objets ({ue contenaient les poches du pantalon ; puis, à chaque mollet, au niveau du [)oint où s'arrêtaient les tiges de la botte. Ce fut ensuite la ceinture qui se prit, particulièrement à gauche — poids et frottement du sabre — puis la nuque et le front — pression du shako. — Tous ces condylomes de la peau disparurent, peu de temps après notre arrivée à destination, sous la seule influence des bains et du repos ; quant aux plaques de la bouche développées vers cette époque, deux ans après, le malade, fumeur incorrigible, les portait encore.

L'impatience qu'éprouve la plaque muqueuse à se montrer dès le début de l'infection, se trahit par ce que l'on a appelé la transformation du chancre in situ. Voici comment s'opère cette métamorphose, bien étudiée par Ricord, Bavasse et Deville, et admise aujourd'hui par la plupart des syphiliographes. Elle semble se confondre avec la période de réparation du chancre. La surface grisâtre et souvent déprimée de celui-ci se déterge de la circonférence au centre, devient rouge, granulée et saillante; puis, alors que les bourgeons rouges du centre annoncent que la cicatrice va se former, on voit paraître la pellicule grisâtre qui caractérise la plaque muqueuse. Parfois le centre de l'ulcère ne s'est pas encore détergé, que déjà la circonférence a pris le caractère de la papule humide. Celle-ci est aloi's brusquement limitée par uii liséré déchiqueté.

En résumant alors les caractères principaux de cette transformation du chancre en papule muqueuse, on y trouve ; 1° le disque saillant violacé on rosé de la cii'conférence ; 2° l'état encore granuleux et ulcéré de la partie centrale; 5° la

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présence d'une pellicule qui se développe de la circonférence au centre; 4° dans quelques cas, à la place de la pellicule, le liséré du bord déchiqueté; 5° la coloration violacée de la circonférence.

D'après RoUet, cette métamorpliose s'opère sur les points où les chancres ont une tendance naturelle à prendre la forme papuleuse, c'est-à-dire dans les endroits où le tégument est mince, replié sur lui-même, souillé par quelque sécrétion normale ou pathologique, de telle manière que la surface chancreuse soit maintenue dans un état constant d'irritation, de chaleur et d'humidité. Elle est particulièrement fréquente chez les femmes et les enfants et se montre de pi éférence vers les ouvertures naturelles du corps. C'est à ces sortes de plaques que l'on donnait autrefois le nom de plaques primitives, pour les distinguer de celles qui venaient après et que l'on appelait secondaires. On les confondait avec l'accident initial de la vérole, et, à elles seules, on accordait des propriétés contagieuses.

A côté des symptômes anatomiques locaux que nous venons d'étudier, s'en placent d'autres que l'on peut appeler de voisinage. Déjà nous avons signalé l'érythème habituel de la peau qui supporte les condylomes plats; il convient d'ajouter la tuméfaction ganglionnaire innaramatoire, qui parfois les accompagne, dans les points où aboutissent les lymphatiques de la région malade. Mais cette circonstance peut être considérée comme exceptionnelle, et nous serions disposé à la mettre bien plus sur le compte de l'érythème parfois exulcéreux du voisinage que sur celui des plaques muqueuses elles-mêmes. Dans tous les cas, l'adénopatliie est indolente, peu volumineuse, n'a pas la consistance dure de celle qui est symptomatique du chancre, et n'aboutit jamais à la suppuration.

Marche, durée et terminaisons. La marche delà plaque muqueuse est essentiellement chronique, bien qu'elle présente parfois des phénomènes d'apparence aiguë qu'elle emprunte à l'inflammation érylhémateusc que ses produits de sécrétion développent autour d'elle. C'est ce qui arrive notamment dans les régions oij les téguments sont sensibles et délicats, à la gorge et à l'anus.

Sa durée est des plus variables et paraît entièrement subordonnée à la persistance de la cause qui en a provoqué le développement. C'est ainsi que, chez les gens qui ne prennent aucun soin de leur personne, on les voit s'éterniser et prendre un accroissement parfois monstrueux, aux parties génitales et à l'anus. C'est surtout chez les femmes de la campagne, que le hasard ou la police font échouer dans les hôpitaux, qu'on observe ces masses condylomateuses énormes et fort anciennes qui rendent les parties méconnaissables.

L'habitude de fumer et l'impossibilité, pour certaines personnes, de s'en défaire, est une des causes les plus comnumes et les plus eflicaces de la persistance parfois indéfinie des plaques opalines de la bouche. L'usage de la pipe et surtout du bride-gueule est particulièrement favorable à l'entretien des plaques de lia langue et de celles des commissures. Nous en avons vu récemment un exemple chez un vieux militaire, qui avait été infecté douze années auparavant, et qui, grâce à un abus vraiment prodigieux de la pipe, était encore affligé d'une langue de perroquet, couverte de plaques opalines ; les commissures étaient également bridées vers la cavité buccale par deux plaques, opalines, dures trèsanciennes, sclérosées, et disposées en éventail.

Quand les condylomes sont jeunes, toutes les causes irritantes qui en ont été le point de départ étant soigneusement écartées, leur durée est ordinairement très-courte et ne paraît pas être sensiblement influencée par l'usage concomi-

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tant d'une médication interne spécifique. Ainsi, Despre's dit qu'en trois ou quatre semaines, une éruption papulo-muqueuse, même généralisée, disparaît sous la seule influence des bains salés et sulfureux.

Le docteur Chéron, médecin de la maison Saint-Lazare, dans un Mémoire intéressant sur le traitement des syphilides papulo-hypertrophiques, assigne une durée moyenne de cinquante-trois jours aux plaques muqueuses traitées par le repos, les bains, les poudres inertes et une médication interne spécifique.

Mais tant que l'économie est encore imprégnée de virus syphilitique, la plaque muqueuse reparaît aussi facilement qu'elle avait disparu. Ceci se comprend aisément quand on se reporte à la patliogénie de la lésion. Si jamais l'aphorisme, : « Sublata causa, tollitur efi'ectus » , fut vrai, c'est assurément dans ce cas. Supprimez l'irritation, et la lésion disparaîtra; faites-la reparaître, et avec elle, vous verrez se reproduire la plaque muqueuse.

La résolution pure et simple est la terminaison la plus habituelle des condylomes plats. Quand elle s'opère, leur surface cesse de sécréter et leur sailhe s'alfaisse peu à peu. Il ne reste bientôt plus, à la place qu'occupait la production, qu'une taclie d'un rouge pâle, parfois ardoisée ou violacée, qui, elle-même, s'ef: face avec le temps.

Quelquefois il aiTÎve que les parties centrales de la plaque s'affaissent avant les bords, si bien que ta production revêt alors une forme circiiiée, en anneaux ou segments de cercles, reposant sur un fond uni et plus ou moins rouge.

Quant aux plaques agminées, elles s'isolent d'abord les unes des autres, deviennent distinctes, puis celles qui occupent le centre du groupe disparaissent les premières ; les plus extérieures ne se résolvent que lentement, ainsi qu'on peut le constater principalement dans le sillon interfessier.

Un autre mode de terminaison des vieilles plaques muqueuses abandonnées à elles-mêmes, surtout quand elles siègent à l'anus ou sur les grandes lèvres, c'est l'induration hypertrophique. L'excroissance persiste alors indéfiniment sous la forme d'un gros bouton hémisphérique ou hémielliptique, à surface lisse, de consistance lardacée et de couleur variant du rouge pâle au violet. Parfois sa surface est macérée et exulcérée. Ces mamelons hypertrophiques, qui ont habituellement le volume d'un pois, peuvent atteindre jusqu'aux dimensions d'une moitié d'aveline et même de noix ; ils sont souvent déformés, aplatis transversalement par le fait des pressions latérales qu'ils subissent. C'est ce qui arrive fréquemment quand ils siègent au voisinage de l'anus, dans le sillon interfessier ou le pli génito-crural. C'est là, nous l'avons déjà dit, le condylome vrai de nos auteurs.

Une autre terminaison de la plaque muqueuse est celle qui résulte de la végétation thymique de sa surface, de la transformation, en un mot, du condylome plat en condylome acuminé. Quand les condylomes sont isolés, chacun d'eux conserve la forme thymique que lui donnent le mode de développement particulier de ses papilles et la configuration anatomique de la région où il est place. C'est ainsi que les uns représentent des végétations framboisées sessiles, que les autres prennent la forme d'un champignon plu§ ou moins pédicule, d'un chou-fleur, d'une crête de coq, etc. Lorsqu'au contraire les condylomes sont agminés, les parties disparaissent sous une masse charnue, mamelonnée, parcourue par des fissures profondes ; cette niasse ressemble alors plus ou moins aux végétations épithéliales conglomérées et, comme elles, peut simuler le carcinome papillaire. Parfois des ulcérations profondes l'envahissent, surtout à la vulve, vers

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la fourchette, et l'ensemble de la prolifération se rapproche de la scrofulide végétante et ulcéreuse que l'on décrivait autrefois sous le nom d'esthiomène.

La plaque muqueuse, enfin, peut aboutira une formation inodulaire, indélébile, succédant à une ulcération profonde de sa surface. Mais c'est là un mode de terminaison tout à fait exceptionnel et que Langlebert seul a signalé, sans peutêtre l'avoir jamais observé. Quelques auteurs ont noté la présence de cicatrices succédant à des plaques ulcérées, mais ils ont constaté qu'elles n'étaient ni persistantes ni durables.

Diagnostic. S'il est toujours facile de dignostiquer la lésion élémentaire quand elle est jeune et se présente avec la physionomie qui lui est propre dans les différentes régions où nous l'avons étudiée, il est assez difficile de la reconnaître quand elle a vieilli et subi les diverses transformations dont nous avons parlé. Ce n'est le-plus souvent qu'en s'aidant du commémoratif et des accidents qui ont précédé la lésion ou l'escortent dans l'instant même, qu'on peut arriver au diagnostic. Les difficultés de celui-ci augmentent encore quand l'éruption papulo-muqueuse, survivant à tous les autres accidents de la vérole, s'est confinée dans une région, y a vieilli, et s'y est modifiée d'aspect. Tel est le cas, par exemple, du malade dont nous parlions plus haut et qui fut longtemps traité pour un psoriasis de la langue. Nous fûmes rapidement tiré d'embarras par les antécédents, qui ne laissaient aucun doute sur l'existence antérieure delà syphilis et d'une éruption confluente de plaques opalines à la bouche, qui n'avait jamais disparu.

Quand, à l'anus, les plaques ont pris la forme hypertrophique simple ou végétante, il est également difficile de les reconnaître, et surtout de les différencier des autres productions condylomateuses de cette ouverture.

Nous reviendrons, d'ailleurs, sur ce point dans un paragraphe spécial.

Dans tous les cas obscurs, c'est bien moins sur les caractères anatomiques extérieurs de la lésion qu'il faut se baser pour établir le diagnostic que sur la reconnaissance du terrain où elle a pris naissance. C'est la syphilis qu'il faut chercher avant tout. L'existence de cette diathèse une lois établie, et son âge connu, on pourra le plu^ souvent, en tenant compte de la période à laquelle s'est montrée l'éruption qu'on a sous les yeux, de sa marche, de son siège, et surtout de son caractère récidivant ou non, arriver sûrement au diagnostic.

Pronostic. — Le pronostic de la lésion relevant de la diathèse dont elle est une des manifestations les plus constantes, nous renvoyons le lecteur à l'article Syphilis.

Traitement. Nous n'avons à nous occuper ici que du traitement local.

Abandonnée à elle-même, la plaque muqueuse disparaît spontanément par le repos, les soins de propreté et l'application locale de poudres absorbantes; elle peut, par cette médication tout hygiénique, se résoudre en un temps qui varie, selon les auteurs, de vingt jours (Yidal de Cassis) à six semaines (A. Fournier). Cela est vrai pour les plaques jeunes et molles, mais cesse de l'être pour les plaques vieilles et hypertrophiques. Celles-ci réclament, en effet, une intervention plus énergique et ne cèdent guère qu'à la cautérisation.

Quelques chirurgiens, peu confiants dans la balnéation simple et l'usage des poudres inertes, emploient des lotions médicamenteuses diverses. Ainsi, Baumes préconise les bains de siège additionnés de 4 à 12 grammes de sublimé corrosif, et les lotions chlorurées dans la proportion de i 80 grammes de sel pour 500 grammes d'eau distillée; d'autres chirurgiens emploient journellement les lotions d'eau avec

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la liqueur de Labarraque (solution au i/lO). — On a également fait usage de lotions à l'acétate de plomb, des solutions d'alun, de sublimé — 2 à 8 décigrammes de ce sel pour 60 grammes d'eau.

Yidal de Cassis recommande particulièrement la solution de nitrate d'argent (6 grammes pour 100 grammes d'eau), non-seulement pour hâter la réparation, mais aussi pour calmer les démangeaisons dont les malades sont tourmentés pendant la nuit. Il convient de badigeonner toute la surface tous les trois jours et après chaque cautérisation de donner un bain de siège; onlotionne souvent la partie avec la décoction de tètes de pavot ou la solution étendue d'opium.

Chéron a pour habitude de faire précéder les cautérisations, afin de calmer les phénomènes inflammatoires et, parlant, de les rendre moins douloureuses, d'un badigeonnage avec une solution d'acide picrique à saturation. Cet agent a en outre l'avantage de tarir trèsqtromptement la sécrétion des plaques quand elles sont ulcérées.

Després se sert, pour cautériser les ])laques muqueuses, pendant la période éruptive, de la solution dite de Burnctt (10 à 20 grammes de chlorure de zinc pour 200 grammes d'eau). Quand il veut obtenir le maximum de cautérisation, il fixit usage d'une solution saturée (eau 150 grammes , chlorure de zinc 180 grammes). Lorsque les plaques muqueuses sont ulcérées, c'est à cette solution que ce chirurgien a recours. Pour la gorge en particulier, il ajoute à cette cautérisation, et à titre de ])ansemcnt, des gargarismes à l'eau très-chaude, six lois dans la journée. Dans les autres régions, les plaques ulcérées sont pansées, après cautérisation, avec des cataplasmes ou des linges imbibés d'eau chaude ou d'eau de sureau.

Le nitrate acide de mercure, dont l'emploi fut surtout préconisé par Clerc, sert fréquemment à cautériser les plaques muqueuses et en particulier celles de la bouche. L'attouchement doit être fait simplement et rapidement. Quand on traite ainsi les condylomes de la bouche il convient d'injecter immédiatement de leau pour éviter la diffusion du caustique dans la salive. Ce moyen est excellent, mais il est d'un enqdoi parfois difficile et dangereux, surtout quand on l'applique au fond de la gorge. D'après Chéron, la durée des plaques muqueuses ainsi traitées serait en moyenne de vingt-neuf jours.

Le crayon de nitrate d'argent est particulièrement employé à la cautérisation des plaques muqueuses de la région génito-anale, alors surtout qu'elles sont ulcérées un peu profondi'meut. Ou s'en sert également pour les plaques des muqueuses et notamment pour celles du col de l'utérus. Son action est incertaine, souvent peu efficace, el. ne donne des résultats comparables à celui qu'on obtient avec le nitrate acide de mercure qu'en un temps beaucoup plus long.

Dans ces derniers temps, un chirurgien de Florence, Corradi, a imaginé de reloucher la surface cautérisée au nitrate d'argent, avec un cylindre de zinc métalliqu.. Lette méthode nouvelle, essayée à la maison Saint-Lazare par Chéron, a donné d'excellents résultats. Le temps moyen qu'ont mis à disparaître les plaques muqueuses ainsi traitées, n'a pas excédé neuf jours (maximum 14, muii-

mum 4) .

Le mode d'action physiologique de ce nouveau cathérétique a été bien étudie parle docteur Chéron, ainsi qu'on en peut juger par les conclusions qui suivent de ses recherches expérimentales sur ce sujet :

1" Dans la cautérisation au nitrate d'argent, la réduction de l'argent métallique se fait avec une certaine lenteur et la modification des tissus qui en rc-

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suite, c'est-à-dire la cautérisation, est due à leur imprégnation par l'argent métallique, ainsi qu'aux forces physiques mises en jeu sous l'influence de la réaction chimique produite.

2" Lorsqu'à cette cautérisation on ajoute le contact du zinc métallique, la réaction chimique est plus énergique, puisqu'au contact de ce dernier métal la réduction de l'argent est instantanée, et l'intensité des forces physiques mises en jeu est plus considérable. Conséqnemment la modification des tissus organiques est plus profonde et plus rapide dans ce dernier cas.

On a enfin vanté différents topiques pour hâter la disparition des macules que laissent après elles les plaques muqueuses : tels sont les pommades au mercure, à l'oxyde de zinc, à l'iodiirede soufre, au calomel. Les badigeonnages avec la teinture d'iode et les applications locales de poudres inertes en ont ordinairement raison en quelques jours.

Productions coisdyloma.teuses de l'anus, vraies et fausses. Variétés cliniques et anatomiques. On a vu, par ce qui précède, que l'excroissance chai^nue, pleine et plus ou moins dure, à laquelle nos auteurs ont plus spécialement réservé le nom de condijlome pouvait être originairement une végétation simple ou une plaque muqueuse, et que, dans certaines circonstances, elle participait à la fois de l'une et de l'autre (condylome mixte) ; toutefois nous avons insisté sur ce fait, que contrairement à l'opinion de la plupart des syphiliographes de ce siècle, qui font invariablement du condylome une excroissance de même ordre que les végétations proprement dites, il fallait au contraire le considérer d'ordinaire comme une variété de la plaque muqueuse, ainsi que Bavasse et Deville, puis Bazin, l'ont fait des premiers.

Le professeur Gosselin a, dans ces derniers temps, assigné une autre origine au condylome de l'anus. Or, pour quiconque sait avec quelle méticuleuse attention le savant clinicien de la Charité a étudié les maladies de l'anus, il ne sera pas douteux que son opinion ne soit l'expression d'un fait clinique absolument exact. Nous ne saurions donc la passer sous silence.

C'est le chancre simple de l'anus, le chancre non infectant, que Gosselin accuse d'être la pluplart du temps l'origine de cette singulière hypertrophie, comme il le dit lui-même, qu'on a|ipeUe le condylome. Celui-ci se développe à la base de l'ulcère même, à la manière de l'induration spécifique du chancre infectant, et le soulève peu à peu. Toutefois, cette sorte de crête hypertrophique qui supporte le chancre et lui survit n'a pas la dureté classique de l'induration proprement dite. Voici, au surplus, comment s'exprime M. Gosselin : « On trouve souvent, sur le contour de l'ouverture anale et de préférence en arrière, unprolongement cutané, aplati, de la nature du condylome, dont la surface, libre de lésion en arrière, présente en avant, au (ond du sillon résultant de l'adosseraent à elles-mêmes des deux faces de la tumeur, une solution de continutité qui ne se voit bien qu'en écartant fortement les deux côtés de l'anus et avec eux les deux côtés ou feuillets du condylome.... On ne constate presque jamais l'induration spécifique du chancre.... »

Cette origine du condylome se rapproche singulièrement, comme on le voit, de celle que nous lui avons assignée à propos des rhagades. Il ne paraît pas cependant que Gosselin ait pris celles-ci pour des chancres, car il affirme avoir vu de semblables excroissances chez des femmes « atteintes de chancres et qui n'ont jamais eu la syphilis ».

Cette cause relativement fréquente du condylome mise à part, l'éminent chi-

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rurgien de la Charité admet que cette production peut également prendre naissance sous l'influence des causes ordinaires qui président au développement des végétations granulées, c'est-à-dire d'une irritation spécifique déterminée par le contact de liquides blennorrhagiques ou chancreux coulant de la vulve vers la région ano-périnéale. « Mon observation personnelle m'autorise donc, dit-il, à considérer les condylomes vrais, ceux qui ont le volume d'une noisette par exemple, comme un phénomène tout local non-seulement de la syphilis, mais des autres maladies vénériennes ».

En somme, nous restons toujours dans 'l'ordre de genèse spécifique que nous avons assigné au condylome en général, qu'il procède soit de la forme acuminée, soit de la forme plate.

Quelques auteurs sont allés plus loin : ainsi A. Martin écrit tout récemment : « Il est une dernière lésion qui a toujours été décrite avec les végétations et qui à notre avis n'a aucun rapport avec elles ; c'est le condylome, saillie tuberculeuse et arrondie de la peau, qui a été ainsi nommée à cause de sa ressemblance avec les condyles articulaires. Le condylome siège au pourtour de l'anus ; c'est un épaississement de la peau et du tissu cellulaire. On l'observe surtout chez les malades atteints d'affections de cette région, qu'elles soient ou non de nature syphilitique, et surtout à la suite des rhagades, espèces de fissures cachées dans les plis radiés de l'anus ; il succède fi'équemment aux plaques muqueuses et on l'observe aussi chez les gens adonnés au vice le plus abject; aussi, écrit Gibert, ces lésions se rencontrent-elles très-rarement chez les malades de la ville, tandis qu'on les voit assez souvent chez les sujets tirés de la he de la société qui encombrent les avenues de nos hôpitaux. Les condylomes ne sont que des lésions symptomatiques d'un état d'inflammation ou de subinflammation de la région anale. Quant à leur structure, elle n'a rien de commun avec celle des végétations ; c'est donc à tort qu'on les a toujours fait figurer dans les variétés des produits épigéniques des muqueuses n

Nous voici donc en présence d'une troisième variété étiologique de cette sorte d'excroissance : le condylome inflammatoire simple, celui de Celse, Swédiaur, Astruc ; le tuber ex ic'tu, que Rcynaud aurait eu, paraît-il, si souvent l'occasion . d'observer au bagne de Toulon, et que nous avons en vain cherché à l'anus de prostituées de bas étage. Il existe cependant, le fait n'est pas douteux, car Chéron nous a affirmé l'avoir observé plusieurs fois à Saint-Lazare : il résulterait de la sclérose inflammatoire d'une de ces pendeloques hémorrhoïdaires, si tréquentes à l'anus des prostituées et que l'on désigne communément sous le nom de marisques. La nature hémoTTh6iàii\Te, jusqu'ici peu évidente, de ces sortes de productions polypeuses de la peau, dont l'analogie avec le molluscura fibrosum est si grande, ne saurait désormais être révoquée en doute. En effet, une de ces marisques, prise sur une femme qui s'abandonnait ;oM7'?ze//eme?ii à des rapports antiphysiques et qui en avait le pourtour de l'anus constellé, a été examinée par M. Poncet, et voici la note qu'il nous a remise à ce sujet :

« Examen histologique d'une marisque prise sur une femme portant un rétrécissement du rectum et une fistule vagino-rectale symptomatique (pièce recueillie à l'hôpital de Lourcine par M. Nélaton, interne du service de M. Bail).

« Nous constatons une hypertrophie épithéliale notable des papilles de la peau. Immédiatement au-dessous de ces dernières, le tissu dermique, très-régulièrement disposé en faisceaux, ne présente de prolifération que sur le trajet des petits vaisseaux. En dehors de cette paroi embryonnaire on ne retrouve pas la prolifé-

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ration conduente à éléments granulo-graisseux si caractéristique de la syphilis. Un fait remarquable décelant l'origine traumatique de la production — coït intraanal — c'est la présence, au sommet des papilles dermiques, d'un grand nombre de gi'anidations pigmentaires noires, reliquat d'he'morrhagies mécaniques.

« Dans cette excroissance on retrouve tous les éléments de l'hémorrhoïde : vaisseaux sanguins dilatés existant dans toute la masse ; fibres musculaires lisses très-abondantes, disposées en trousseaux épais et parfaitement constitués. Les fibres élastiques sont également très-abondantes, et tout à fait à la base de la tumeur, elles acquièrent une dimension plus considérable ; mais la disposition embryonnaire reste localisée autour des vaisseaux, la masse générale est du tissu fibreux bien organisé. Le suintement muqueux de ces tumeurs s'explique par l'état graisseux que présentent les noyaux de l'épithélium, immédiatement endessous de la couche cornée, laquelle est du reste réduite à une très-minime épaisseur, ce qui rapproche ce revêtement épithélial de celui des muqueuses. »

Ces marisques devenant fréquemment turgescentes, sous l'influence d'excitations répétées, telles que la marche, le coït anal, l'abus des boissons alcooliques... finissent par s'enflammer chroniquement dans toute leur épaisseur, se carnifier, se déformer ; de pédiculées et irrégulièrement prismatiques qu'elles sont, elles deviennent globuleuses, sessiles, se laissent un peu aplatir sur les cotés, en même temps que leur surface rouge et excoriée laisse suinter un ichor fétide. En cet état elles ressemblent vraiment à un condylome, cette expression étant prise ici dans son sens étymologique.

Mais, est-il besoin de le dire ? ce sont là des excroissances qui n'ont rien de spécifique et, partant, rien de commun avec les précédentes. Ce sont des condylomes simplement inflammatoires et d'origine hémorrhoïdaire ; ce sont, en un mot, de faux condglomes.

Au nombre des métamorphoses d'origine irritative simple que peut encore subir la marisque commune, il faut placer, mais à titre de variété pure et simple du condylome hémorrho'idaire, la tumeur qui répond, quant à la forme, au fie des anciens, et que Gosselin a bien étudiée, dans son excellent ouvrage, sous le nom d'hémorrhoïde externe indurée. Cette excroissance s'offre à l'observatem' sous la forme d'un renflement dur, globuleux, pédicule, à surface lisse, rosée ou plus ou moins érythémateuse et sécrétante.

Plus heureux que M. Gosselin, à qui l'occasion de faire l'examen microscopique d'une semblable tumeur fit défaut, nous en eûmes récemment entre les mains un échantillon des plus remarquables. Comme cette tumeur, nettement pédicuk'e, du volume d'une noisette et d'une consistance très-dure, s'était développée sur un sujet ayant eu jadis la vérole et, entre autres accidents, des plaques muqueuses à l'anus, nous la donnâmes à notre collègue M. Poucet comme un exemple de condylome syphilitique de l'anus. Or, l'examen microscopique de la pièce révéla qu'il s'agissait d'une tumeur hémorrhoïdaire pure. Voici d'ailleurs le résultat de cet examen fait par noire collègue du Yal-de-Gràce.

« Bémorrhoïde externe indurée. Condylome hémorrhoïdaire (Fie des anciens). Comlylome faux.

1" Revêtement épithélial très-net, à éléments à peu près normaux, d'abord nucléaires dans le fond de la couche, puis dentelés, enfin légèrement cornés ; légèrement, car çà et là, sur la périphérie, le noyau reste toujours visible (fig. 3).

L'épaisseur de cette couche est exagérée et la prolifération de l'épithélium activée en certains points.

'^C^l^^tv^^-

Fig. 3. Condylome hémorrlioïdaire.

1, Epithélium ; 2, Vaisseaux; 3, Tissu musculaire

(fibres lisses) .

2» Le derme est crible de vaisseaux capillaires, énormément dilatés, gorgés de sang, formant de véritables sinus. Les environs de ces vaisseaux ne sont" le siège d'aucune prolifération confluente du tissu conjonctif, cependant celui-ci

est le siège d'un léger processus irritatif ; les noyaux sont plus développés, plus nombreux qu'à l'état normal. Malgré cette altération , nous ne rencontrons ni la suppuration, ni les amas confluents de cellules embryonnaires granulo - graisseuses caractéristiques de la syphilis. A mesure qu'on s'éloigne de l'épithélium, l'intlammation du derme diminue.

3" Au centre il faut signaler : une ou deux artérioles, à parois musculaires , et surtout de très-nombreux paquets de fibres musculaires lisses dans un tissu conjonctif bien organisé : Ces faisceaux musculaires s'anastomosent les uns avec les autres et occupent les 4/5 de l'épaisseur de la tumeur dont le volume égalait à peu près celui d'une noisette. Son pédicule mesurait environ 4 millimètres de diamètre. ))

Mais, comment distinguer cliniquemenl le faux condylome, du vrai ? Le professeur Gosselin va nous le dire :

« Cette variété d'hémorrboïdes, écrit-il, est rare, et quand on la rencontre, elle a toujours une certaine analogie avec les condylomes, qui sont formés également par une tumeur assez dure, sans empâtement et s'accompagnent aussi d'érythème et d'excoi'iation. La ressemblance est assez grande pour qu'on puisse être embarrassé. Le diagnostic s'établit de la manière suivante : le condylome est presque toujours en arrière et composé de deux parties latérales aplaties qui se réunissent sur la ligne médiane en limitant une concavité antérieure dont on ne peut voir le fond que si l'on écarte avec force les deux côtés de l'anus. Quelquefois, il est creusé dans cette concavité d'un ulcère chancreux ; quelquefois aussi, mais c'est loin d'être constant, il s'accompagne de syphilis constitutionnelle. L'hémorrhoïde externe indurée est habituellement sur le côté, formée d'un seul lobe, arrondi ou conique, sans ulcération chancreuse, sans syphilis constitutionnelle. On voit de plus à côté d'elle des hémorrlioïdes flétries, et il est possible que le malade ait eu antérieurement ou ait encore des hémorrlioïdes internes occasionnant quelque accident. Du reste, si le praticien avait des raisons pour rester dans le doute entre un condylome et une hémorrhoïde externe indurée, il ne devrait pas trop s'en préoccuper ; le traitement est le même dans les deux cas, l'excision doit être pratiquée pourvu qu'on se soit bien assuré qu il n'y a pas de chancre anal, ni de manifestation syphiiique constitutionnelle. »

Il n'y a pas que l'hémorrhoïde externe indurée qui puisse simuler le vrai condylome. Les hémorrhoïdes internes elles-mêmes, depuis longtemps proiicidentes et sclérosées par une inflammation parenchymateuse chronique, peuvent aussi donner le change. Nous en avons vu, il y a peu de temps, un exemple remarquable chez un officier : deux tumeurs globuleuses, dures, du volume d'une

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noix et dont la surface était exulcérée et ichoreuse, émergeaient de l'anus sur les côlés duquel elles s'implantaient par un pédicule étroit à un centimètre à peine de profondeur. Une couronne de marisques entourait ces deux productions, ce qui établissait de fortes présomptions en faveur de la nature également hémorrhôïdaire des tumeurs centrales. Celles-ci, une fois excisées, furent soumises à l'examen microscopique qui confirma entièrement nos prévisions.

Histologiquement, d'après Poncet, la différence entre le condylome faux et le condylome vrai serait des plus nettes. Tandis que le condylome hémorrhoïdaire serait essentiellement caractérisé par la présence de très-nombreux vaisseaux et le développement exagéré des fibres musculaires lisses, ce qui en ferait anatomiquemeut une sorte d'angio-léiomyome, le condylome vrai, sypliilitique, serait surtout remarquable par le défaut de ces éléments vasculaire et musculaire, en même temps que la prolifération générale embryonnaire du tissu conjonctif aurait une tendance très-marquée à subir, par places, la régression granulograisseuse. Mais ceci n'est vrai que pour les condylomes syphilitiques jeunes et se rapprochant de la forme plaie. Quand, en effet, une semblable production a vieilli, une partie de la jeune néoplasie embryounaire s'est définitivement organisée en tissu conjonctif nouveau, tandis que les amas qui ont subi la dégénérescence graisseuse se sont résorbés. Le microscope ne retrouve plus, dès lors, que les caractères histologiques du fibrome plus ou moins bien organisé. C'est ainsi que rentre peut-être dans cette catégorie une excroissance condylomateuse que recueillit Chéron à l'anus d'une femme qui était aflligée d'un esthiomène de la vulve. L'examen de cette tumeur, fait par Poncet, nous apprit qu'il s'agissait d'un fibrome très ancien, avec fort peu de vaisseaux, incomplètement développés du reste ; le tissu conjonctif de nouvelle formation était parfaitement organisé et fortement condensé. C'est à peine si l'on retrouvait, le long de quelques rares parois vasculaires, les traces d'une végétation embryonnaire primitive. Les papilles dermiques étaient d'ailleurs faiblement hypertrophiées et recouvertes d'une couche épitliéliale à peine augmentée d'épaisseur.

Quant au condylome vrai, épithéllal, ses caractères histologiques sont tellement tranchés qu'il est impossible de le confoudre, même à première vue, avec le condylome hémorrhoïdaire. Nous en pourrions dire autant du condylome mixte — plaque muqueuse à la fois hypertrophique et végétante ; - il faut cependant reconnaître, qu'à la longue, la constitution histologique d'une semblaLle tumeur se modifie tellement, qu'il est souvent difficile de décider si le condylome a eu pour point de départ une végétation simple on une plaque muqueuse. Cliniquement, il faut bien le reconnaître, le diagnostic entre les productions condylomateuses hémorrhoïdaires et les condylomes vrais, syphilitiques, végétants, ou mixtes, est des plus difficiles, pour ne pas dire impossible, surtout quand la tumeur est très-ancienpe, unique, et qu'il n'y a trace, nulle part, ni de syphilis ni d'hémorrhoïdes préexistantes. Le cas de notre officier en est un exemple. Tout ce que l'on peut dire, c'est que quand la tumeur a la forme globuleuse et pédiculée du fie, il est fort probable qu'il s'agit d'une hémorrhoïde. Il faut en outre tenir compte de cette particularité, signalée par Gosselin, que les tumeurs de nature hémorrhoïdaire s'implantent d'ordinaire sur les côtés de l'anus, tandis que les vrais condylomes siègent de préférence en arrière.

Peut-être le plus grand nombre des excroissances que les anciens ont décrites sous les noms de fies, ou de marisques, n'étaient-elles autre chose que des. con-

478 CONDYLOMES.

(lylomes hémorrhoïdaires. Saint Fiacre qui, au dire de Lacustre, était le médecin du phj, pourrait seul nous édifier à cet égard. Dans tous les cas il ne paraît pas douteux que, dans le principe, la production de l'anus à laquelle Hippocrate imposa le nom de o-ûzoç, en raison de sa ressemblance avec les figues, ne fût notre hémorrhoïde externe indurée. Plus tard, pendant l'ère romaine, le mot fie ou marisque s'a[tpliqua vraisemblablement encore souvent à des productions indurées d'origine hémorrhoïdaire ; la chose est d'autant plus probable que les habitudes de pédérastie étaient fort communes à cette époque et que ce vice engendre fréquement des marisques comme on peut le voir, aujourd'hui encore, sur l'anus des prostituées qui font un commerce ordinaire du co'ii a prœposlera venere. En effet, le l'ait si caractéristique, relevé par Poncet, de la présence de gi'anulations amorphes d'iiématinc, dans les couches superficielles de ces sortes de pendeloques, établit une relation qu'on ne saurait méconnaître entre leur fréquence, d'une part et leur cause originelle de l'autre.

Il est cependant certain que si la vérole existait dans l'antiquité, ainsi que nous inclinons à le croire, le condylome vrai, c'est-à-dire la plaque muqueuse hypertrophique, devait être également commune. Peut-être la marisque, cette figue aux formes rabougries, répondait-elle spécialement à ce genre de production? Peut-être aussi est-ce à cette double étiologie du condylome qu'il faut attribuer ces descriptions, à la fois si conluses et si contradictoires, que les auteurs anciens nous ont laissées des différentes tumeurs ou excroissances de l'anus, descriptions au milieu desquelles il est littéralement impossible de se reconnaître. Nous avons d'ailleurs suffisamment insisté sur ce point, encore fort obscur de l'histoire du condylome, pour que nous ne croyions pas nécessaire d'y revenir ici.

En résumé, si l'on fait abstraction du condylome e'pithélial, qui, nous Pavons déjà dit, n'aborde jamais l'anus qu'avec circonspection, et y conserve pendant longtemps la mollesse et l'aspect thymique qui lui sont propres, même quand il se présente sous la forme d'un crête ou d'un croissant, on ne trouve plus à l'anus que deux sortes de iiroductions condylomateuses : les unes vraies, syphilitiques, ayant la plupart du temps pour origine une plaque muqueuse qui s'est métamorphosée, les antres fausses et dé nature hémorrhoïdaire.

Les condylomes vrais syphilitiques peuvent, d'après A. Fournier, avoir un autre point de départ que la lésion élémentaire constituant, à proprement parler, la plaque muqueuse, et se montrer, d'emblée, à une période avancée de la maladie. Ils seraient alors constitués par une infiltration gomnieuse du tissu cellulaire péri-anal, infiltration qui se segmenterait au niveau des plis radiés en autant de petites tumeurs lobulées et dures, rappelant par leur forme extérieure le condylome ordinaire. Ce serait donc une lésion tertiaire de l'anus et, à ce titre, une production syphilitique d'un ordre tout différent de la plaque muqueuse. Mais nous croyons cette circonstance assez rare, à en juger par les quelques cas d'infiltration syphilomateuse du rectum que nous avons eu l'occasion d'observer. Chez la femme de Lourcine qui nous fournit la marisque dont nous avons parlé plus haut, et qui portait un rétrécissement notable de l'extrémité inférieure de l'intestin., rien de semblable n'existait. L'anus, à la vérité, était bordé d'une rangée, en quelque sorte ininterrompue, de tumeurs, mais toutes étaient molles et offraient le même caractère, celui de Vhémorrhoïde externe flétrie.

Nous acc"eptons cependant que des condylomes puissent avoir une semblable origine. Chéron, en effet, si bien placé pour observer les lésions tardives de la vérole,

CONDYLOMES.

nous a dit avoir vu, plusieurs fois, des condylomes de l'anus coïncider avec un rétrécissement syphilitique du rectum et paraître continuer vers l'extérieur le manchon néoplasique qui entoure l'intestin. Les condylomes présentent alors cette particularité qu'au lieu d'être ublongs, arrondis et dirigés dans le sens des plicatures radiées de l'anus, ils croisent ces dernières perpendiculairement, sont aplatis, gondolés et figurent assez bien — ainsi que l'avaient déjà remarqué Davasse et Deville — des segments de cylindre circonscrivant l'ouverture anale et prolongeant en quelque sorte au dehors la virole syphilomateuse qui étrcint la partie inférieure du rectum.

Quant aux condylomes faux, ils résultent, ainsi que nous l'avons dit, de la sclérose inflammatoire d'une hémorrhuïde et se présentent soit sous la forme globuleuse et pédiculée de Thémorrhoïde externe iadurée, soit sous la forme arrondie, sessile et plus ou moins aplatie sur les côtés, du condylome classique.

Ces formes principales mises à part, il peut se faire que dans la pratique ou en rencontre d'autres auxquelles il est parfois difficile d'assigner une origine précise, mais que la plupart du temps il est toujours possible de rattacher aux précédentes à titre pur et simple de variétés.

Peut-être faut-il faire une exception en faveur de certaines productions condjlomateuses volumineuses , molles, hyalines et pédiculées, que l'on voit coïncider assez fréquemment avec l'esthiomène de la vulve. Ce sont des sortes de fibromes lïiyxomateùx, analogues aux polypes muqueux , et au développement desquels les glandes mucipares ne sont sans doute pas étrangères.

Mais c'est là un point d'histologie encore fort obscur et qui réclame de nouvelles recherclies. H. Curtis rapporte que, dans un cas d'estliiomène de la région vulvoanale, l'anus était entièrement caché par un groupe de productions condylomateuses de ce genre. « Ces tumeurs, dit-il, constituaient un bourrelet haut de 5 à 6 centimètres et larges de 1 à 2, recouvert d'un rouge sombre. En palpant ce bourrelet on lui reconnaissait une consistance moyenne, œdémateuse, bien difféi'ente de la dureté des néoplasmes carcinomateux ou épithéliaux.... L'urèthre était également occupé par des productions mamelonnées, roses, arrondies et revêtues d'une muqueuse lisse et amincie... »

Fia

4. Condylomes scrofuleux-de la vulve et de l'anus (Esthiomène vulvaire).

480 CONDYLOMES.

Gliéron a observé et traité avec succès, par la galvanocaustie thermique, ua cas absolument semblable ; nous en donnons ici le dessin qu'a bien voulu nous communiquer le chirurgien de Saint-Lazare.

Nous ne saurions mieux i'aire en terminant ce chapitre que de reproduire textuellement une note que le docteur Chéron a eu l'obligeance de nous faire tenir, à la dernière heure. On y verra l'observation clinique confirmer, en grande partie, les vues générales que nous avons exposées sur la question à la fois si complexe et si obscure qui l'ait le sujet de cet article.

« Dans le service de la deuxième section de Saint-Lazare, j'ai pu observer, depuis plusieurs années, un grand nombre de condylomes à l'anus. Chaque fois, j'ai recherché l'origine de ces productions, et de ces recherches il résulte pour moi que les condylomes de l'anus peuvent être classés de la manièi'e suivante :

1" Condylomes en rapport avec les héraorrhoïdes (marisques).

2" Condylomes syphilitiques ayant servi de base à des syphilides ulcéreuses, érosives ou hypertrophiques, à des rhagades en rapport avec le syphilome anorectal.

3° Condylomes formés par la base de fissures anciennes hypertrophiées.

4" Condylomes formés par la base de papillomes (végétations). Je n'en ai vu qu'iui seul cas bien net.

5" Cond;)lomes eu rapport avec les lésions strumeuses de l'anus.

Les marisques sont représentées par des pendeloques, des diverticules de la peau distendue par les varices anales.

Les condylomes syphilitiques ne sont autre chose que des hypertrophies de la peau, survenues sous l'influence d une syphilide hypertrophiée dont la régression ne se fait point, comme à la vulve, empêchée par le frottement, la compression, la congestion et les fonctions intestinales qui sont des causes incessantes d'irritation.

Les fissures sont souvent limitées d'un côté par une élevure mince et dure, formée peu à peu par l'irritation entretenue par la lésion. Ces Condylomes s'observent fréquemment chez les femmes. Ils ont l'aspect de la peau, la base seule prend l'aspect de la muqueuse et se confond avec celle de l'anus. Il est fréquent de voir une deuxième fissure se former de l'autre côté du condylome. L'ablation de ce dernier est indispensable à la guérison de ces fissures, dont l'une est la cause et l'autre le résultat de cette production hypertrophique.

Les végétations siègent plus habituellement à la vulve qu'à l'anus. Cependant il existe quelquefois dans cette région, à l'anus, de véritables choux-fleurs qui ont pour base une hypertrophie de la peau, qui persiste après la guérison ou l'ablation de ces tumeurs, et qu'on peut dès lors désigner sous le nom de condylome.

Enfin l'anus, aussi bien que la vulve, est encore le siège de productions hypertrophiques survenues sous l'influence de la scrofule, limitant habituellement des ulcérations rebelles à la plupart des traitements. Ces condylomes en rapport avec la scrofule ont un aspect lardacé, quelquefois hyalin au sommet ; si on les enlève avec l'instrument tranchant, ils saignent peu. Leur acci'oissement de volume se fait en général avec une grande rapidité. Ce sont les plus volumineux de tous les condylomes. » E. Pikgaud.

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CO:^^FECS'l»XS. Ce mot est synonyme (ïélectuaire et à'opiat. Il eu sera

DICT. ENC. XIX. 51

482 CONFERVE.

parlé au mot Electuaire ; nous donnerons seulement ici la formule de quelques préparations connues plus spécialement sous le nom de confection.

Confection dliyacinthe ou de safran composé. On prend : terre sigillée, 80; yeux d'écrevisse porphyrisés, 80; cannelle de Ceylan,50; dictame de Crète, 10; santal citrin, 10; santal rouge, 10; myrrhe, 10. On pile et on passe au tamis. On prend, d'autre part : miel blanc, 240; sirop d'œillet, 480 ; safran en pondre, 10. On fait fondre le miel dans le sirop sur un feu doux, on passe et, lorsque le mélange est à demi refroidi, on y incorpore le safran, et, après avoir laissé macérer douze heures, on môle avec soin la poudre et le sirop. Le sirop qui entrait autrefois dans cette confection était celui de limon, qui avait l'inconvénient de décomposer les yeux d'écrevisse. On a supprimé les hyacinthes et quelques autres substances inertes. Rien donc, dans cette préparation, ne répond ])lus au nom qu'elle a continué de porter. On l'emploie encore à la dose de 1 à 10 grammes par jour contre les dyspepsies.

Confection d'amandes. Faites une pâte homogène avec : amandes douces, 250; sucre, 125; gomme arabique, 30.

Confection aromatique. Prenez : cannelle, muscades, safran, de chaque 60; girolle, 50; cardamome, 15; craie préparée, 480 ; sucre, 740. Faites une poudre avec laquelle on préparera, au moment du besoin, une pâte avec de l'eau (Lond.). Même usage que la précédente.

Confection japonaise. Cacliou, 125; kino, 90; muscades, 50; cannelle, 30; opium. G; sirop de roses, 310. Ramollissez l'opium avec vin, Q. S. C'est une simplification de diascordiimi.

Confection purgative de raisins (t>o?/. Raisins purgatifs).

Confection de rue. Rue, carvi, baies de laurier, de chaque, 45; sagapcnum, 15; poivre noir, 8. Faites une poudre qu'on mêle à du miel en quantité diverse et au moment du besoin [Lond.). Tonique excitant.

Confection de casse. Pulpe de casse, 180; pulpe de tamarin, 50; manne, 60; sirop de rose, 180. Mêlez [Lond.).

Confection d'alkermès. Kermès animal pulvérisé, 24 grammes ; cannelle pulvérisée, 24 grammes; santal citrin pulvérisé, 12 grammes; corail pulvérisé, 12 grammes : ambre gris, 50 centigrammes; musc, 25 centigrammes; sirop de kermès, Q. S. Tonique aromatique, dose de 1 à 5 grammes. D.

CO:^FERVACÉES. VoiJ. CoNFERVE.

COXFERi'E [Conferva). Terme depuis longtemps appliqué à la dénomination d'Algues, dont le caractère commun est de se présenter sous la forme de filaments verts ou verdàtres. L'origine de ce mot vient, suivant quelques auteurs, de l'emploi qu'on a fait des Conferves pour consolider et activer la cicatrisation des blessures faites aux arbres élagués ; serait-ce par une analogie bizarre, mais fréquente autrefois, qu'on en serait venu à employer les -conferves dans la cure des fractures osseuses ?

Le genre botanique qui porte aujourd'hui le nom de Conferve est restreint à vnie trentaine d'espèces, il a été démenibré en un grand nombre d'autres genres et il est devenu le type de groupes supérieurs, soit d'une famille (Confervées), soit d'une sous-classe (Confervacées, Endl.), embrassant presque toutes les Algues Chlorospermées de Harvey [voij. l'aïticle Algues). On trouve des représentants de ce groupe partout où se rencontre de l'humidité ou de l'eau, et dans les con-

CONFERVE. 483

ditions les plus diverses de température et de composition chimique du milieu qu'ils habitent. Tandis que le Conferva glacialis se trouve dans les eaux qui s'échappent du glacier de Rosenlauï, d'autres espèces végètent sur des parois humectées par la vapeur expulsée des machines à vapeur. Un grand nombre vivent dans les eaux thermales à des températures variables, et qui dépassent même 40° centigrade. Ces dernières offrent au médecin un intérêt tout spécial. En effet des Algues de ce groupe entrent dans la constitution des Barégines, des Glairines, si abondantes dans certaines sources sulfureuses, et dont l'origine est encore soumise à des discussions, qu'une étude physiologique suivie de ces végétaux éclairerait beaucoup plus que de simples analyses chimiques. Les Leptomites, Oscillaires, Anabaines, Hygrocrocis, etc., ainsi que les Mérismopédies, et quelques autres Microphytes élémentaires qui s'y mêlent, sont étudiés dans ce Dictionnaire d'une manière spéciale, soit aux articles qui traitent de leurs espèces vivant en parasites, soit aux articles Barégine, Glairine, Sulfuraires ; nous n'insisterons donc pas sur leurs caractères.

Les genres plus élevés en organisation, et qui se rapprochent le plus des Conferves qui aient été rencontrées dans les eaux thermales, salines ou sulfureuses, sont les Stigeoclonium, très-voisins des Draparnaldia ; ils consistent en filaments articulés, à rameaux terminés en pointe et quelquefois par un poil hyalin; l'endochrome est disposé à l'intérieur en bandes transversales, parallèles; les Schizogoniiim et Ulothrix, longs tilaments dans lesquels les cloisons sont trèsrapprochées ; les Cladopliora ramifiées comme les Stigeoclonium, à parois épaisses et à chlorophylle étendue sur toute la paroi ; leurs cellules terminales se remplissent de zoospores ; les Conferva à filaments simples, non ramifiés, cylindriques, à cloisons plus espacées que le diamètre du filament, et les Rhizoclonium, qui s'en distinguent par la disposition contournée et les petits rameaux très-courts et pointus qu'ils émettent de distance en distance; l'Ulva aponina- Menegh., très-petite Ulve vésiculeuse verte ; les Masligocladus, Fischera, Schizothrix ; les Scijtonema, fasciculées ou pseudorameuses, entourées d'enveloppes membraneuses gélatineuses; diverses Rivulariacées, Schizosiphon, Lophopodium, Arthrotilum, Mastigoncma, Merizomyria, formant un thalle gélatineux tantôt arrondi, tantôt amorphe avec des filaments simples, de couleur terne atténués en appendices filiformes, qui ont pour point de départ une cellule sphérique hyaline. Les Nostochacées fournissent aux eaux thermales six espèces à'Anabaina, reconnaissables à leurs filaments moniliformes, à articles globuleux ou elliptiques de couleur vert bleuâtre pâle. Les Oscillatoriées font comme le groupe précédent l'objet d'un article spécial, auquel je renvoie en me bornant à citer les genres dont les espèces sont les plus communes dans les thermes de tous les pays; ce sont les Symploca, Lijngbya, Clithonoblastus, Phormidium, Oscillaria, Beggiatoa, Spirulina, Hypheothrix, Leplothrix, qui nous amènent aux plus rudimentaires des végétaux, les Bactéries, les Anacystis, les Protococcus, etc. Des Diatomées s'entremêlent aux Confervacées que j'ai mentionnées ; la plupart de ces Algues n'offrant pas une importance suffisante pour mériter un article spécial, il m'a paru utile de grouper ici ces divers genres autour du genre Conferve, avec lequel on les confond encore dans beaucoup d'ouvrages spéciaux sur les eaux thermales ; cet aperçu sommaire pourra ainsi fournir quelques indications au médecin dans ses recherches d'Algologie thermale.

On rencontre quelquefois des espèces colorées en vert, hors des atteintes de la lumière, dans des canaux souterrains ; d'autres espèces, incolores tant qu'elles

sont soustraites à l'action de la lumière, et soumises à la haute température des sources, semblent simplement étiolées et verdissent à l'extrémité des tuyaux d'écoulement ; M. le docteur Minnicli a cité l'exemple d'une Oscillaire; M. Rabenhorst, dans sa flore, n'a souvent admis qu'à titre de simple variété des espèces chez lesquelles une décoloration jaunâtre ou complète est le seul caractère différentiel d'avec une espèce voisine présentant un endochrome vert. Ce fait, qui mérite d'être étudié de plus près, ajoute à la difficulté de la détermination des espèces inférieures souvent incolores.

De même que les Fucacées marines, les Conferves fixent des substances inorganiques, l'iode en particulier, ainsi que nous l'ont appris les analyses des Algues des eaux de Vichy et de Néris : de là sans doute l'usage, signalé par Lindley, de faire sur les goitres ou les indurations glandulaires des applications de ces Algues. Du reste, on voudra bien consulter, sur l'emploi médical des conferves, l'article ci-après.

BiBLiOGRAi'iiiE. — Secondât. Sur une esp. d'Vlva gui croit dans la fontaine bouillante de Dax, 1750. — LiKDLEY. Veget. Kingd., 1855. — De Laurès et Becquerel. Recherches sur les conferves des eaux thermales de Néris, 1855. — Piabemiorst. Flora Europ. Algarum, 1864-18G8. — Begguto. DMe Terme Euganee e délie Alghe, etc., 1853. — Minnich. Eaux thermales de Baden[Argovie),ïiiHJ. J. de S.

COi^FEKVES (llïDUOLOGiE MÉDICALE). Tous Ics autcurs sur l'hydrologie médicale qui ont parlé des matières organiques existant dans les eaux minérales sont loin d'être d'accord sur ce qu'il faut entendre par conferves. Plusieurs n'en parlent pas; les uns les mcnlionncnt seulement sans donner la moindre explication sur leur développement et sur leur nature ; les autres en font trois groupes : les matières à animalcules ou à iufusoires ou animales, les matières à plantes, à algues ou végétales, et les matières organiques amorphes qui, depuis les travaux de Longchamp en 1825 et d'Anglada en 1827, ont été désignées par les noms de Barégine ou de Glairine. Nous n'avons pas à nous occuper de cette dernière série à laquelle un article spécial a été consacré {voy. BARÉGhNE). On trouvera à l'article Sulfuraiue tous les détails qu'il convient de donner à la matière organique végétale, découverte en 1856 par Fontan, qui croyait à tort que la barégine et la sulfuraire s'observaient exclusivement dans les eaux sulfurées de la chaîne des Pyrénées. 11 est démontré aujourd'hui, par nos remarques et par celles de beaucoup d'autres observateurs, que l'une et l'autre des matières organiques azotées existant dans les eaux dont le soufre est l'élément minéralisateur principal et actif se trouvent dans beaucoup d'eaux sulfurées et sulfureuses qui émergent des Alpes, des Carpathes, du Caucase ou des Andes.

Nous nous occupons seulement ici des plantes qui vivent et croissent dans les eaux qui ne sont ni sulfurées ni sulfureuses, et que l'on appelle conferves, bien que toutes, ainsi qu'on l'a dit dans l'article précédent, n'appartiennent pas au •'■enre conferve. Notre but est seulement d'ajouter aux déterminations botaniijues certaines notions qui intéressent spécialement l'hydrologie médicale. Les conferves sont des matières végétales dont les éléments préexistent à l'état de dissolution dans certaines eaux thermales, où elles prennent naissance, s'accroissent, mûrissent et meurent avec des caractères et dans des conditions définies que nous allons essayer de préciser autant que le permet la science. Avouons d'abord qu'on ne sait rien de leur état rudimentaire, ni des conditions favorables ou contraires à leur premier développement. On n'est réellement fixé, depuis le beau travail de MM. de Laurès et Becquerel, sur les conferves des

CONFERYES. 485

eaux thermales de Néris, que sur le degré de température des souixcs favorables à leur éclosion, et que sur les milieux qui activent leur germination et conviennent à leur entière évolution. Étudions donc, avec ces auteurs, les plantes thermales des bassins de Ncris : nous apprendrons ainsi les caractères communs à celles de presque toutes les eaux amétallites, bicarbonatées, chlorurées et sulfatées thermales, comme celles de Gastein, de Yichy, de Bourbonl'Archambault, de Bourbon-Lancy, d'Ëvaux, de Dax, de Carlsbad, d'Abano, de Yaldieri, de Vinadio, d'Âlhama de Aragon, etc., etc., ainsi qu'on pourra s'en convaincre en se reportant aux articles consacrés à chacune des sources de ces stations hyper thermales.

L'eau minérale de Néris, disent MM. de Laurès et A. Becquerel, tient en dissolution une petite quantité de matière organique. Nous l'avons reconnu par sa coloration brunâtre qui s'est manifestée en traitant par de l'acide sulfurique concentré le produit de l'évaporation de plusieurs litres.... On trouve à Néris, dans les bassins où séjourne l'eau minérale, un produit qui s'y développe en grande abondance sous l'influence de l'air et de la lumière, et qu'on désigne improprement sous le nom de Limon. Ce mot ferait supposer qu'il s'agit d'une matière bourbeuse et les conferves de Néris ont un tout autre aspect, ainsi qu'on va le voir. Pour se faire une idée bien exacte d'une conferve, il faut la suivre aux diverses époques de sa végétation, car elle ne se ressemble pas pendant toute la durée de son existence. En la voyant à ses différents âges, on constale qu'elle est un cryptogame inférieur à sa naissance, et qu'elle devient, en grandissant, une véritable plante dont l'organisation est de plus en plus complète. Le développement des conferves n'est pas le même dans les bassins chauds où l'eau a une température de 42" à 48" centigrade, et dans les refroidissoirs où la chaleur n'est jamais identique.

Ce n'est guère qu'au bout de quarante-huit heures de séjour dans l'eau d'un bassin chaud, qu'une pierre commence à se recouvrir d'une matière comme tomenteuse, sans consistance et sans couleur bien appréciable, ne pouvant se distinguer que parce qu'elle forme en différents points de petites plaques peu saillantes, mais rendant déjà inégale la surface de la pierre.

Au milieu de cette matière tomenteuse qui recouvre la pierre dès les premiers jours, on voit des bulles de gaz transparentes, comme argentées et en nombre indéterminé. Ces bulles, d'une extrême ténuité d'abord, grossissent rapidement. Elles s'accolent les unes aux autres, restent juxtaposées pendant un certain temps, puis, par le fait même de leur développement, elles linissent par se confondre et donnent ainsi naissance à des masses de grosseur variable, ressemblant à du frai de grenouille. De jour en jour, on voit augmenter la consistance de la matière visqueuse dans laquelle les bulles de gaz sont emprisonnées. Vers le huitième jour, on la distingue très-nettement; sa couleur est alors d'un jaune verdàtre avec quelques points plus verts éparpillés çà et là. Ces points se rapprochent par l'accroissement individuel que prend chacun d'eux. Ils se réunissent et constituent alors une expansion membraniforme qui, en s'étalant, recouvre les plaques gélatineuses. La couleur verte se prononce de plus en plus. Les bulles de gaz augmentent de nombre et de volume, en offrant des dimensions qui varient depuis celle d'une tête d'épingle jusqu'à celle d'un grain de raisin. La matière gélatiniforme devient plus épaisse et plus abondante ; les masses qui résultent de ces divers éléments adhèrent, par la face inférieure, aux pierres et au fond du bassin ; mais cette adhérence est très-fragile

et ne devient plus solide qu'avec le temps. De la face supérieure qui est inégale, on voit naître de petits prolongements qui semblent résulter de l'ascension des bulles gazeuses poussant devant elles la substance gélatiniforme.

A partir du quinzième jour, ajoutent MM. de Laurès et A. Becquerel, l'organisation du végétal est déjà très-avancée : il tend incessamment à s'accroître. Et si l'on examine vers le vingtième jour la pierre qui ne présentait dix jours auparavant que de petites plaques disséminées, on voit, à travers la limpidité parfaite de l'eau minérale, des masses d'un beau vert émeraude qui affectent des formes très-variées. Il en est une cependant qu'on pourrait prendre comme type : c'est celle d'une pyramide plus ou moins régulière, sans axe déterminé, ordinairement bossuée en plusieurs points, et souvent se prolongeant par une sorte de digitation qui s'élève de l'un des points de sa surface. Sa base se moule sur la pierre qui lui fournit appui et se confond avec la base des autres pyramides, au milieu d'une couche gélatineuse qui les réunit entre elles comme sur un fond commun.

Le sommet est, en général, arrondi, et dix-huit fois sur vingt il est constitué par une ampoule ovoïde à parois très-minces et transparentes. 11 est rare que la pyramide reste libre et isolée : elle contracte des adhérences avec ses voisines, soit par les prolongements qu'elle leur envoie, soit par ceux qu'elle en reçoit et qui viennent, pour ainsi dire, se greffer sur elle. Ces jetées représentent tantôt des colonnes, tantôt dos cloisons, tantôt des arceaux d'où naissent des boursouflures qui rappellent, par leur disposition, les stalagmites, et présentent dans l'ensemble un aspect tout à fait bizarre et curieux. Aucune règle ne préside à l'arrangement que nous venons de décrire, aucune fixité n'existe dans la forme qui change d'un jour à l'autre par le grossissement graduel des différentes parties qui, distinctes aujourd'hui, finissent par se confondre le lendemain, en comblant les intervalles qu'elles interceptaient la veille.

Le volume des pyramides est très-variable, et celte variation dépend d'une foule de circonstances qu'il serait superflu d'indiquer. Il ne peut être évalué que d'une manière tout à fait approximative. En général, quand une pyramide a rompu spontanément ses adhérences pour venir s'étaler à la surface de l'eau, elle a de dix à vingt centimètres de hauteur, de six à douze centimètres de largeur à sa base, et elle se rétrécit toujours de ce point jusqu'au sommet où elle ne présente pas, d'ordinaire, plus de 1 à 5 centimètres de diamètre.

Mais, si la foi'me pyramidale est la plus commune, elle n'est pas la seule que prennent les conferves en se développant. On voit aussi s'élever du fond des bassins des tiges verticales qui n'ont pour leur base qu'un seul point d'appui, ou bien qui présentent inférieurement une bifurcation dont les deux branches, plus O'i moins écartées, marchent à la rencontre l'une de l'autre, et se réunissent pour Donner naissance à une colonne droite dont la dimension, comme épaisseur et comme hauteur, est très-variable. Il yen a qui ont jusqu'à 1 mètre de hauteur. Lorsqu'elles ont une certaine élévation elles sont assez minces, et leur volume, dans ce cas, égale celui d'une plume de corbeau ou d'une plume d'oie. Soutenues de tous côtés par le liquide minéral elles se tiennent dans une rectitude parfaite; mais leur aspect n'est pas le même que celui des masses plus considérables dont nous avons parlé. La matière gélatiniforme n'est pas abondante; on dirait que la matière verte seule existe, et les bulles de gaz, au lieu d'être disséminées sans erdre, ne sont apparentes que de distance en distance, sous forme de perles avoïdes, transparentes, qui semblent diviser la tige en fragments multipliés. Les

coiiferves qui tapissent les parois des bassins offrent tout à fait la même structure que celles qui s'élèvent du fond ; mais leur disposition est toute différente ; c'est une couche unie, légèrement boursouflée, continue dans toute son étendue, d'une couleur verte assez foncée, d'une épaisseur qui ne dépasse pas 4 ou 5 centimètres. Elle adhère assez fortement aux murs des bassins, qu'elle recouvre complètement. A une certaine époque, et par diverses circonstances (expansion des gaz au milieu de la matière gélatiniforrae, agitation du liquide, etc.), les adhérences qui les fixent au fond ou aux parois latérales se rompent. Les pyramides qui constituent des masses divisées résistent moins longtemps que la couche pariétale continue dans toute son étendue. Les parties détachées s'étalent à la surface de l'eau. Isolées d'abord, elles ne tardent pas à se confondre dans une masse commune qui va s'arrêter dans tel ou tel point du bassin, suivant l'impulsion qui lui est communiquée. C'est alors que l'on recueille des conferves pour les besoins thérapeutiques à Néris. On n'y utilise, en général, que celles qui se sont détachées spontanément. C'est seulement dans des cas d'urgence qu'on les arrache en les grattant. N'oublions pas de noter que les portions flottantes se mêlent à une crasse grisâtre, très-abondante quand le soleil darde long tenqjs ses rayons sur les bassins. On voit alors un pétillement naturel résultant de l'ascension d'une myriade de petites bulles gazeuses qui viennent éclater à la surface du liquide, en laissant dans le point où elles font explosion comme une auréole de cette crasse qu'elles ont entraînée avec elles du fond du bassin. Pi'ise entre les doigts, c'est une matière grenue, sans cohésion, un peu visqueuse. Quand on l'examine au microscope, on constate qu'elle se compose presque exclusivement de cristaux rhomboédriqnes et de parties amorphes. Si les conferves séjournent plusieurs jours au-dessus de l'eau, elles ne continuent à végéter que par leur face inférieure, qui reste immergée; la face supérieure se dessèche rapidement par l'activité de l'air et du soleil. Les bulles de gaz qui distendaient la matière gélatineuse disparaissent ; le gâteau se racornit, se rapetisse d'une manière sensible, et sa couleur passe successivement du vert au jaune verdàtre, au roux, au gris. 11 perd graduellement ses caractères primitifs, et il finit par ressembler à une espèce de moisissure. Son odeur herbacée dégénère en odeur fétide rappelant celle des végétations dont la décomposition s'opère sous la double influence de l'air et de l'humidité. Les conferves qui restent fixées aux points où elles ont pris naissance subissent, avec le temps, des transformations qui en changent et l'aspect et la composition intime. La matière gélatiniforme et les bulles de gaz qu'elles contenaient disparaissent peu à peu. La couleur, la forme, la consistance, tout est profondément modifié. Pendant l'hiver, le fond du bassin est recouvert, dans la plus grande partie de son étendue, par une couche épaisse, compacte, qui semble résulter de l'adossement de plusieurs feuillets. La couleur, au lieu d'être d'un vert émeraude, est d'un vert olivacé presque brunâtre, et dans certaines parties, d'un rouge ocracé. La consistance est augmentée. Bien que l'onctuosité persiste, les masses boursouflées et tremblantes ont disparu. La matière verte qui, dans les premiers temps, se montrait sous l'appai'ence d'une membrane extéi'ieure, a pris une disposition fibrillaii-e, par couches superposées, qu'on retrouve dans les tiges, les colonnes et les arceaux. Ils sont devenus résistants et compactes, et leur forme, qui variait de jour en jour, est définitivement acquise. Il n'existe aucune cavité dans leur partie centrale. Les interstices et les lacunes qu'on rencontre au milieu du tissu qui les constitue nous semblent tout à fait accidentels. Ces conferves qui ont vieilli dans l'eau minérale

conservent une lempératurc de 45» centigrade, recouvrent les pierres déposées au lond des bassins, ou forment, dans les intervalles qui les séparent, une couche d'aspect réticulé, ayant de 2 à 5 centimètres d'épaisseur. Ce n'est guère que vers le mois de mai qu'on voit, sur cette couche ancienne, apparaître les rudiments propres à une nouvelle génération. On peut alors apprécier une force incessante de reproduction, qui n'est certainement pas le caractère le moins curieux dans l'histoire des conferves. La cause doit-elle en être recherchée dans la température de l'eau, dans la nature des éléments qui la minéralisent, dans les gaz qu'elle contient ou seulement dans les conditions d'organisation de l'individu, qui se multiplierait, comme beaucoup de cryptogames, par une génération très-féconde? Toujours est-il qu'au bout d'un certain temps les conferves de l'année précédente disparaissent complètement sous la couche de conferves récentes, conmie on peut s'en couvaincic en examinant ces énormes pierres qui flottent au-dessus du liquide, tant leur pesanteur et leur surface sont modifiées par les nouveaux produits qui les incrustent.

Ce que nous venons de dire d'après MM. de Laurès et Becquerel delà formation, de la croissance et des propriétés extérieures des conferves des bassins chauds de Néris, s'applique presque en tous points aux conferves d'Evaux, de Dax, de Bourhon-Lancy, d'Alhama de Aragon, etc., etc. Il faut remarquer cependant, à l'égard de ces dernières, qu'elles sont à l'état rudimentaire seulement dans les bassins de captage des sources de cette staiion hyperthermale, et qu'elles ne se développent avec exubérance que lorsque les eaux minérales se sont depuis un certain temps mêlées au courant du petit torrent le Jalon, dans le lit duquel elles viennent toutes aboutir. C'est alors que les conferves acquièrent des proportions inconnues partout ailleurs, puisque certaines de ces hydrophytes ont une longueur de près de 2 mètres et un diamètre transversal de 5 et même de 10 millimètres. Comme les conferves de Néris et d'Evaux, celles d'Alhama de Aragon et de Yaldieri ne se tiennent pas droites, agitées seulement par le cours du ruisseau, elles sont inclinées et elles suivent les ondulations et les remous de l'eau sous laquelle elles vivent.

Reprenons, avec les auteurs dont nous continuons de citer textuellement le travail, l'étude de la structure, de la composition intime des conferves de Néris, et ajoutons que les remarques faites à Alhama de Aragon par M. le docteur Parraverde, en 185y, confirment en tout point les observations de MM. les docteurs de Laurès et Becquerel. La conferve de Néris est constituée par des tubes immergés dans une masse gélatiniforme au milieu de laquelle des bulles de gaz sont disséminées en grand nombre. La trame végétale se présente à l'œil nu sous des aspects très-différents.

Presque nulle pendant les premiers jours, elle apparaît bientôt sous la forme d'une membrane mince, entourant de toutes parts la masse gélatiniforme, devenant plus tard beaucoup plus épaisse, passant du vert émeraudeau vert oHvacé, et finissant par constituer la plante presque à elle seule. Au microscope, on voit qu'elle est formée par des filaments : par des tubes de trois espèces : les tubes cloisonnés, les tubes ponctués et les tubes moniliformes. Les filaments sont opaques, d'une couleur vert foncé, légèrement flexueux, et continus dans toute leur étendue. Ils sont entrelacés d'une manière inextricable.

On les rencontre plutôt à l'intérieur qu'à la superficie de la masse gélatiniforme ; et, bien qu'ils accompagnent presque toujours les tubes, ils sont, en général, d'autant moins nombreux que ceux-ci le sont davantage. Aussi ils devieu-

lient très-rares à mesure que le végétal avance en âge. Les tubes simples ou tubes cloisonnés entrent pour les dix-neuf vingtièmes au moins dans la composition de l'élément végétal. L'examen microscopique démontre que, peu nombreux dans le principe, ils sont rangés sans ordre au milieu de la matière gélatiniforme ; mais ils ne tardent pas à se multiplier de manière à former une véritable couche extérieure, dans laquelle ils sont placés les uns auprès des autres par séries parallèles et dans le sens longitudinal. Aucune adhérence ne semble les unir ; la matière gélatinil'orme seule les maintient ainsi disposés ; ils ne sont pas ramifiés. Nous ne les avons pas vus, disent MM. de Laurès et Becquerel, s'anastomoser comme le font par exemple ceux de Bourbon-l'Archambault. Quand la conferve vieillit, ces tubes deviennent si nombreux, si pressés les uns contre les autres, qu'il en résulte un tissu solide, bien différent alors de cette trame verdâtre, mince comme une toile d'araignée qu'on remarquait dans la jeune plante.

Les tubes cloisonnés offrent une dimension qui varie d'un quatre-vingtième à un cent-cinquantième de millimètre de diamèlrc. Quelques-uns pourtant sont ou plus gros ou plus petits. Ils sont constitués par des cellules plus longues que larges, et soudées bout à bout. Un étranglement très-appréciable existe au point de cette soudure, et les cellules semblent séparées les unes des autres par une substance intercellulaire, de telle sorte que le tube continu dans sa longueur est fractionné par les cloisons correspondant aux étranglements. Nous ne saurions dire si ces cloisons sont pleines ou criblées de trous. Examinées au microscope, on constate facilement que les parois de ces tubes sont membraneuses, transparentes et légèrement verdàtres ; que, parmi les cellules, les unes paraissent vides, les autres sont remplies par de la matière verte ou endochrome. Ce sont ces dernières qui forment les tubes ponctués. L'endochrome se trouve dans les cellules des tubes ponctués sous deux états différents : à l'état de petits points granuleux opaques, ou à l'état de corps sphériques colorés à la circonférence et transparents au centre. Ils sont placés les uns au-dessus des autres, au nombre de deux, trois ou quatre par cellule, et restent libres au milieu d'elles, sans paraître enveloppés dans une membrane qui leur soit propre. Ces corps ne sont autre chose que des spores résultant de la division de l'endochrome et constituant de véritables organes reproducteurs. Tous les tubes, et par conséquent toutes les cellules, n'en contiennent pas. 11 n'y en a qu'un certain nombre qui jouissent de la prérogative de de\enir organes de reproduction, après avoir été organes de nutrition. Nous ne saurions dire pourquoi telles cellules produisent des spores et pourquoi telles autres n'en produisent pas. Toujours est-il qu'à une certaine époque de leur développement, après s'être modifiées dans leur forme primitive, qui était sphériquc, elles s'allongent, distendent la cellule mère, la déchirent et donnent naissance à des individus nouveaux qui s'agglomèrent au moyen de la matière gélatiniforme. Les tubes moniliformes sont beaucoup plus rares que les cloisonnés et les ponctués; leur couleur est d'un vert plus foncé. Ils sont composés d'utricules sphériques placées les unes à côté des autres comme les grains d'un chapelet. Leur diamètre est de un centvingtième de millimètre environ. Chaque utricule semble dépendante de sa voisine, à laquelle elle n'est soudée que par un point de la circonférence. Nous n'avons jamais rencontré d'endochrome soit granuleux, soit nucléiforme, dans cette espèce de tubes. Il est probable qu'à une certaine époque plusieurs utricules se séparent spontanément pour aller germer et donner naissance à des individus

fout à fait semblables. Dans les Interstices des différentes espèces de tubes dont la réunion produit la trame végétale, on trouve des cristaux dont la quantité et dont le volume varient suivant l'âge et le développement de la conferve. Peu nombreux dans les premiers temps, isolés et comme perdus au milieu de ces petites masses amorphes dans lesquelles les traces de l'organisation sont encore difficiles à saisir, ils ne tardent pas à devenir plus abondants et, en s'agglomérant, ils finissent par former une couche sous laquelle les tubes disparaissent complètement en certains points. C'est surtout dans les conferves anciennes et dans les portions d'un rouge ocracé qu'on en rencontre le plus.

La forme de rhomboèdre primitif indique tout de suite que la matière qui constitue ces cristaux est du carbonate de chaux. En effet, parmi les autres sels minéralisant l'eau de Néris, l'un (carbonate de soude) cristallise en gros prismes rhomboïdaux , l'autre (sulfate de soude) en prismes à quatre faces, terminés par des sommets dièdres ; le troisième (chlorure de sodium) en cubes. Du reste, le carbonate de chaux pouvait seul, à cause de son insolubilité, rester ainsi à l'état de cristaux dans une trame végétale plongée au milieu d'un liquide non saturé ; et, en traitant par de l'acide nitrique les portions de conferves que nous examinions au microscope, nous avons vu constamment disparaître les cristaux qu'elles contenaient. Il y avait effervescence, et l'on n'apercevait plus entre les plaques de veri'e que les bulles de gaz formées par l'acide carbonique mis en liberté. On peut marquer la place de la plante thermale de Néris dans la famille des confervacées. Si elle se rapproche, par le système de végétation, de la famille des ulvacées, des nostochinées appartenant au même ordre, elle s'en éloigne beaucoup par le système de reproduction.

On trouve dans les jeunes confei'ves une partie gélatiniforme, transparente et d'une teinte verdâtre ; elle est insipide, inodore et tout à fait insoluble dans l'eau. Elle n'adhère pas aux doigts, ni aux objets avec lesquels on la met en contact. C'est la pectose qui détermine l'état gélatineux des masses dont nous avons parlé, et dans lesquelles la proportion du résidu sec est à l'eau comme un est à soixante. La proportion du résidu sec à l'eau est plus considérable lorsque les conferves sont anciennes. Une fois desséché, le résidu sec des conferves récentes peut de nouveau se laisser gonfler par l'eau et reprendre en partie ses propriétés primitives. Lorsqu'on examine au microscope la partie gélatiniforme, on n'y trouve que des tubes, les cloisonnés surtout, et des filaments opaques disséminés sans ordi-e. Leur présence explique la coloration verdâtre que nous avons constatée. On y remarque aussi quelques cristaux, mais ils sont trèspetits et très-rares.

M. Bussy a fait l'analyse chimique des gaz développés dans les conferves de Néris et dégagés par une légère agitation. Elle a donné pour résultat : azote 60 parties, oxygène 38, et acide carbonique 6.

M. Henry (Ossian), qui a constaté la présence de l'iode dans les conferves fraîches, a fait les expériences suivantes sur les mêmes conferves desséchées. Après avoir humecté avec une solution de potasse pure reconnue très-exempte d'iode, dit-il, on a fait cuire, dessécher et calciner fortement le résidu dans une capsule de platine. Ce résidu refroidi, mis en poudre, a été traité par l'eau pure froide. Filtré et soumis à l'évaporation jusqu'à siccité, ce résidu, repris de nouveau par l'eau en petite quantité, dénote sans aucun doute la présence de l'iode. 31. Leconte a fait aussi l'analyse qualitative des conferves de Néris et, ayant opéré sur 10 grammes de conferves sèches, ils lui ont donné par

incinération 6 grammes 5 décigrammes de cendres rouges brunâtres. Ces cendres, traitées par l'eau distillée, ont formé une solution fortement alcaline qui contient : de l'acide silicique (sable), des traces dépotasse, des traces plus abondantes de soude, du sesquioxyde de fer, de la magnésie, de l'oxyde de manganèse, et surtout du carbonate de cliaux.

M. Jules Lefort a soumis, en 1857, à une analyse complète, les conferves des bassins cbauds de Néris ; 100 parties de ces conferves séchées lui ont donné :

Carbonate de chaux 24,6839

— soude 5,4791

— mngnésie 0,41S1

— potasse 0,4905

Sulfate de cliaux 2,5874

Oxyde de fer 2,1301

— manganèse 0,047"2

Silice 22,3829

Chlorure el iodure de sodium traces.

Matière organique 44,0538

100 parties du gaz des conferves, recueillies à la fin du mois d'août, lui ont donné en moyenne :

Azote 75,03

Oxygène 20,52

Acide carbonique 4,45

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