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100 parties des gaz de ces conferves, recueillies au mois de décembre, lui ont fourni :

Azote 75,46

Oxygène 25,16

Acide carbonique 1,58

lUO.OO

100 parties de conferves fraîches, exposées dans une étuve modérément chauffée, ont donné au même expérimentateur :

Eau 97,75

Matière organique et principes minéraux. . 9,25

100 parties de conferves ainsi déshydratées, chauffées dans une cornue de grès, munie d'une allonge et d'un récipient, donnent à une température supérieure à 100° centigrade, outre des produits gazeux, une matière huileuse, brune, extrêmement fétide, dans laquelle M. Lefort a constaté la présence d'une grande quantité de carbonate d'ammoniaque et un peu de cyanhydrate d'ammoniaque. Elles donnent comme résidu une matière noire, charbonneuse, qui, brûlée au contact de l'air dans un creuset de platine, fournit une cendre rougeâtre, s'élevant à 44,89 p. 100.

Les conferves des refroidissoirs de Néris sont très-différentes de celles dont nous venons de parler. Elles forment sur les parois intérieures des bassins, mais surtout à leur fond, une couche de 1 à 2 centimètres d'épaisseur. Aucun prolongement, aucune expansion, ne naissent de leur surface. Leur adhérence est assez intime, et rarement elles se détachent spontanément; il faut les arracher en les grattant. Vues à travers la transparence de l'eau minérale, elles sont d'abord d'une couleur jaune verdàtre qui devient brune avec le temps. Un assez grand nombre de bulles de gaz, ayant à peu près toutes le même volume, sont disséminées dans leur substance. Elles ont une odeur et une saveur terreuses.

Elles ressemblent au début à du frai de grenouilles, et elles offrent un certain degré d'onctuosité qu'elles perdent en vieillissant. Leur zone inférieure est constituée par une matière friable, grenue, d'un vert sale, sans structure apparente, et dans laquelle le microscope fait découvrir un grand nombre de fragments amorplies, mêlés à quelques cristaux rhomboédriqiics au milieu desquels on n'aperçoit aucune espèce de tubes. Leur zone moyenne ou intermédiaire se compose d'une substance gélatiniforme blancbàlre, au milieu de laquelle on trouve des fragments de matière verte. Elle adhère intimement aux deux couches entre lesquelles elle est comprise et fait corps avec elles sans ligne de démarcation. Elle est opaline, comme caséeuse, plus compacte, moins tremblotante et plus facile cependant à diviser que la matière gélatiniforme des bassins chauds. On trouve au microscope quelques cellules disséminées, présentant l'aspect d'un ovale étranglé au niveau de l'union des trois cinquièmes supérieurs avec les deux cinquièmes inférieurs. 11 a la forme d'un bissac dont le grand diamètre a un soixantième de millimètre environ. Dans la partie rétrécie, il n'a guère qu'un cent-vingtième de millimètre de diamètre, et un quatrevingtième de millimètre dans chaque partie bombée. On remarque au centre un noyau grenu, couleur vert émeraude et se prolongeant en proportion égale dans les deux parties renllées. Le pourtour de la cellule est parfaitement transparent. On rencontre des cellules ayant la même forme que celle des conferves des bassins chauds, mais dans lesquelles le noyau semble s'être déchiré au point coiTespondant à rétranglement, et avoir rempli de matière verte la totalité de la cellule. 11 eu est aussi d'autres complètement transparentes et dans lesquelles on voit deux noyaux distincts ; chacun d'eux présente la forme d'un disque correspondant à chaque renflement. Il y a des cellules plus longues les unes que les autres ; on dirait qu'elles se sont aplaties dans le sens du plus grand diamètre et qu'elles ont délerminé en même temps l'aplatissement du noyau.

En isolant de la substance gélatiniforme les fragments de matière verte qui y sont mêlés, et en les soumettant à l'examen microscopique, on y découvre, mais en très-petit nombre, des portions de tubes cloisonnés et de tubes ponctués et quelques rares cristaux. Leur zone supérieure est d'un aspect tomenteux, d'une couleur vert brun. Elle renferme en proportion à peu près égale une matière verte et une matière bruue disséminées dans son épaisseur. Sa consistance est plus ferme que celle de la zone intermédiaire. On y trouve au ' mici-oscope les différentes espèces de cellules mentionnées plus haut, un petit nombre de corpuscules quinze à vingt fois aussi gros que les cellules ordinaires. Ils sont arrondis ; leur couleur est d'un très-beau vert. Les corpuscules ne sei^aient-ils pas des cellules modilîées dans leur forme et distendues outre mesure par de la matière verte ? Quand on isole la matière brune pour l'examiner au microscope, on y remarque, en même temps que des cellules, un très-grand nombre de petits corps arrondis, opaques, noirâtres, de un deux centième à un quatre centième de millimètre de diamètre, et sur la nature desqiiels nous ne sommes pas assez renseignés pour avancer une opinion. Nous signalons aussi la présence, pour ne rien omettre, de quelques lilaments opaques verts, extrêmement ténus, et auxquels les cellules semblent quelquefois attachées.

Nous n'avons jamais rencontré dans la conferve des bassins chauds, ni les corpuscules opaques, ni les corps verts arrondis, ni les cellules isolées et eu forme de besace qui constituent presque à elles seules celles des refroidissoirs, dans lesquelles les tubes sont, au contraire, très-i'ares. Un des caractères con-

stants de ces cellules, c'est leur isolement, nous ne les avons jamais vues se souder pour produire des tubes. Elles représentent probablement des individus solitaires, possédant en eux-mêmes la fliculté de se reproduire au moyen de l'endochrome, qui se divise comme nous l'avons vu, de manière à former dans l'intérieur de la cellule, soit un noyau unique, soit deux noyaux disciformes, soit des points isolés et grenus, soit enfin une matière verte , comme épanchée pour remplir la cellule.

Emploi thérapeutique. Les couferves fraîches des bassins chauds de Néris, d'Évaux, de Bourbon-Lancy, de Bourbon-L'Archambault et de Valdieri, pour ne parler que des plus célèbres, les couferves d'Alhama de Aragon, qui se développent dans le ruisseau où les eaux hypertliermales se sont assez refroidies pour ne marquer que de 45» à 50" centigrade, température au-dessus de laquelle elles ne peuvent vivre, comme nous l'avons dit , s'emploient seulement à l'extérieur, soit en frictions, soit en cataplasmes sur les points douloureux. Les frictions doivent être pratiquées pendant que le malade est au bain, et durer d'un quart d'iieure à une demi-heure. Elles produisent d'abord une sensation d'un léger picotement, plus tard un peu de cuisson, lorsque surtout les frictions sont faites sur un point de la peau oii l'épiderme est mince ou enlevé. Elles déterminent enfin une chaleur et une rougeur plus ou moins vives qui ne se prolongent pas, en général, plus de vingt minutes après qu'on les a cessées. Certains auteurs, comme Boirot-Desserviers et Bichond des Brus, ont avancé que les frictions et les cataplasmes faits avec les hydrophytes de Néris ont une action émolliente et calmante ; MM. de Laurès et Parraverde ont démontré par de nombreuses expériences que l'effet des conferves de Néris et d'Alhama de Aragon est, au contraire, franchement excitant, surtout au début de l'application de ce moyen curatif. Les frictions avec les conferves ont enfin une vertu résolutive incontestable. Ce que nous venons de dire des phénomènes d'excitation produits par les frictions avec les conferves explique pourquoi an lieu de déterminer siu- les parties enflammées et douloureuses le résultat d'un cataplasme adoucissant, elles augmentent les élancements et la sensation de brûlure consécutifs à l'existence d'un phlegmon, par exemple. Les frictions et les cataplasmes avecles conferves appliquées sur les articulations rhumatisécs où persistent encore de la rougeur et de la douleur ne sont pas longtemps supportables, tandis qu'elles donnent de bons résultats lorsqu'on ne réclame que leur action résolutive et que les jointures sont roides et gonflées sans être rouges et douloureuses. Les eaux dans lesqueUes prennent naissance les conferves ne tirent-elles pas leur efficacité de ces conferves elles-mêmes? Robiquet attribue h cotte substance inconnue plus qu'à aucune de celles qui y coexistent les effets thérapeutiques des eaux de Néris. 11 est probable, ajoute-t-il, que cette matière azotée est plus susceptible de s'assimiler avec nos organes. Falvart de Montluc était du même avis. C'est probablement aux éléments de leurs conferves, dit-il, que les eaux doivent leurs principales vertus. Par leur volume et par leurs propriétés, elles donnent un caractèi'e tout particulier aux eaux qui les renfei'ment. M. de Laurès ne partage pas cette opinion, et nous sommes complètement de son avis, lorsqu'il dit : Tout en admettant que la petite quantité de matière organique tenue en dissolution dans l'eau soit de la même nature, nous ne saurions expliquer par elle seule les propriétés curatives des eaux de Néris.

Nous nous sommes étendus à dessein sur l'action physiologique des frictions avec les conferves des bassins chauds, parce qu'elles sont presque exclusivement

employées de cette façon ; les cataplasmes ne sont prescrits que dans des cas tout à fait particuliers, car ils exigent uiie trop grande quantité de plantes dont il est bien difficile d'ailleurs de conserver longtemps la température primitive.

Nous avons soulevé la question de savoir si les eaux devaient leurs vertus physiologiques et curalives à la préexistence de leurs conferves ; il convient de dire un mot maintenant de la réciproque, et de se demander si, au contraire, les conferves n'agissent pas à cause d'un ou de plusieurs ingrédients que contiennent les eaux minérales elles-mêmes? Si l'on veut se reporter à l'emploi thérapeutique des principales eaux thermales dans lesquelles les conferves se développent e( comparer l'efficacité des unes et des autres, on ne tardera pas à se convaincre que les résultats obtenus sont du fait presque exclusif des eaux thermo-minérales elles-mêmes. Une observation attentive ne peut attribuer d'autre efficacité spéciale aux conferves que l'action mécanique tenant à la friction qui produit un effet irritant qu'explique la présence de cristaux insolubles de chaux carbonatée, très-abondants surtout dans les conferves déjà vieilles. Quelle influence l'iode que ne contiennent pas certaines eaux a-t-il dans certaines conferves qui y croissent? Nous pensons que jusqu'à ce moment il n'est pas possible de répondre à cette question autrement que par des conjectures.

Les frictions et les cataplasmes de conferves ne sont jamais employés seuls, ils sont toujours associés aux bains et aux douches des eaux thermo-minérales dans les bassins chauds desquelles les hydrophytes se sont développés. Les maladies de la peau, les affections articulaires sont celles qui sont particulièrement du domaine des applications topiques des plantes thermales. Disons avec M. de Laurès, au travail duquel nous avons déjà tant emprunté, que plusieurs cas d'urticaire chronique, de lichen et de prurigo, ayant résisté à des médications énergiques et variées, ont été notablement améliorés par le traitement thermal de Néris composé de bains, de douches et de frictions avec les conferves. Dans l'eczéma aigu, que la maladie soit récente, ou qu'elle dure déjà depuis longtemps, les frictions avec les conferves donnent toujours lieu à des accidents assez prononcés pour qu'il soit nécessaire d'en suspendre l'usage. Dans la même affection, mais à l'état subaigu, lorsque la peau est encore légèrement suintante,. ou lorsqu'elle est recouverte de lamelles comme épidermiques , mais formées en grande partie par de la sérosité desséchée, les frictions déterminent constamment de la rougeur et de la chaleur ; quelquefois même elles ont ranimé assez vivement le ti'avail inflammatoire. Lorsqu'on fait frictionner avec les conferves des surfaces de la peau qui ont été le siège d'une inflammation sécrétoire remontant à une époque déjà éloignée, et sur lesquelles il reparaît de temps à autre une légère exfoliation épidermique, on ne tarde pas à constater que les petites écailles tombent aisément, et que de la rougeur et de la cuisson en sont les conséquences. Certains malades exposés depuis longtemps à des éruptions vésiculeuses autour des lèvres, des oreilles, des aisselles, puis à des exfoliations épidermiques sèches, ont souvent constaté que le traitement externe par les eaux et surtout par leurs conferves rend moins fréquentes leurs récidives, comme si l'espèce d'irritation substitutive renouvelée chaque jour modifiait le tissu de leur peau au point de lui faire perdre l'habitude d'une inflammation à répétition, pour ahisi dire. Les frictions avec les conferves et les douches de vapeur thermale exercent quelquefois une action résolutive très-heureuse chez certaines personnes qui avaient vu échouer avec désespoir tous les traitements pharmaceutiques et hydrominéraux employés auparavant contre une acné indurata. Les maladies

squameuses comme le psoriasis et la lepra vulgaris, lorsque les plaques rouges ont été dépouillées de leurs écailles, sont exaspérées aussi, au premier moment, par les frictions avec les plantes thermales. La peau ne larde pas à reprendre son aspect pathologique et les affections dont il s'agit ne cèdent nullement au traitement par les conferves.

C'est surtout contre les affections des articulations, des muscles, ou contre certaines névralgies, que l'emploi des frictions et des cataplasmes de conferves est le plus souvent suivi et donne les meilleurs résultats. Ces états morbides différant les uns des autres par les causes qui les produisent et par les lésions matérielles ou les troubles fonctionnels qui les constituent, ne peuvent qu'être indiqués dans cet article. Nous signalons seulement les hydarthroses, les tumeurs blanches des parties molles, les gonflements suites d'entorses, quelques contractures musculaires et certaines névralgies d'origine rhumatismale, lorsque surtout elles affectent des branches nerveuses superficielles. Les engorgements périarticulaires permanents des jointures rhumatisées, et qu'on rencontre le plus ordinairement dans celles des doigts, des orteils, du carpe et du tarse, sont ceux qui sont le plus avantageusement combatlus par l'application extérieure des conferves. Il arrive souvent alors que l'état d'indolence des tissus périarticulaires soil proraptement transformé en état subaigu avec chaleur et rougeur; mais ces deux phénomènes ne sont que passagers, et annoncent le plus ordinairement que la résolution va se faire et que le jeu des articles va rapidement devenir plus facile. Qu'on ne se méprenne pas cependant sur le degré de confiance que nous accordons aux frictions et aux cataplasmes de conferves thermales dans les affections cutanées, articulaires et névralgiques. Nous sommes loin de leur contester toute efficacité ; mais nous croyons que beaucoup d'auteurs ont vanté outre mesure l'efficacité des conferves, et qu'il ne faut voir en elles qu'un adjuvant utile de la cure par les eaux thermales prises en bains et en douches.

A. ROTUREAU.

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