‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.19Chapitre 30 sur 48 · CONFISEURS · texte numérisé non relu

CONFISEURS

Société de BioL, t. II, p. 190; 1850. — FoniciioN. Les eaux de Néris, propos médical, etc., in-8", 1853. — Foman d'Izaourt (Jean-Pierre-Amédée). Recherches sur les eaux minérales des Pyrénées, de V Allemagne, de la Belgique, de la Suisse et de la Savoie. Paris, 1853, in-8°, p. 457-4G5. — Richond tes Brus. Notice sur les eaux thermales de Néris, etc. Iii Ann de la Société d'hydrologie médicale de Paris, t. I, p. 205-2 ii ; 1854-1855. — Garelli (Giovanni). Valdieri e le sue accjue. Torino, 1855, in-8°, p. 115 et 126. — iJu même. Saggioiniorno aile Muffe nelle acque lermali di Valdieri con tavole illustrative. Torino, lî>57, p. 60. — Lefort (Jules). Étude chimique stir les eaux minérales et thermales de Néris. In Annales de la Société d'hydrologie médicale de Paris, t. IV, p. 517; 1857-58. — Cazin. Rapport sur les conferves de Valdieri [Piémont] et sur les divers spécimens tant de champignons que de conferves, recueillis dans les thermes de Saint-Honoré-les- Bains [Nièvre]. In Annales de la Société d' hydrologie médicale de Paris, 1858-1859, t. V, p. 290 et suivantes. — Grellois. Étude sur les oscillaires de Bourbon-U Arcliambault . In Annales de la Société d' hydrologie médicale de Paris, 1859-1860, t. YI, p. 332 et suivantes. — Monxier (Ern.). Sur la détermination des matières organiques des eaux au moyen du permanganate dépotasse. In Compt. rendus de l'Acad. des sciences, t. L, p. 108i. — Durand-Fardel, Le Bret et Leiort. Dictiowi. général des eaux minérales et d'hydrologie médicale, article Organiques (matières). Paris, 1860. k. K.

COIXFISEURS (TIvG. industrielle). Cette industrie offre de grands rapports avec celles qui exposent à l'action des fourneaux et de la chaleur dans les lieux plus ou moins confinés [voy. Coisimers). En effet l'art du confiseur consiste à prépaver des fruits, soit sous leur forme naturelle, ou en confitures, soit sous la forme de sirops, de bonbons et sucreries diverses, en les soumettant à une ébuUilion plus ou moins prolongée.

Suivant Ramazzini, ce travail aurait de graves inconvénients : la vapeur du charbon donnerait lieu à des céphalalgies; les vapeurs émanées des bassines, et surtout celles provenant du sucre, occasionneraient, par leurs qualités acres et • irritantes, des ophtlialmies, des oppressions plus ou moins fortes, etc.. Aces causes d'affections diverses il faut, comme l'a fait observer Ilalfort, ajouter celles qui proviennent de couleurs minérales dangereuses(arsenic, mercure, plomb, etc.) destinées à colorer les sucreries [voy. Boinbons, Couleurs nuisibles), et qui avant de porter leur action nuisible sur les consommateurs la font sentir à ceux qui mettent eu œuvre ces substances.

Pour obvier à ces inconvénients on a proposé de faire le travail des fourneaux dans des localités bien aérées, ou, ce qui vaut beaucoup mieux, sous de larges hottes surmontées d'une cheminée qui emporte les buées. Les ouvriers devront proliter des intervalles que leur laisse leur travail pour aller respirer un air pur et frais. Enfin, les feux une fois allumés, ils ne s'exposeront pas inutilement à la vapeur du charbon.

Fuchs, dans ses relevés sur l'influence des professions relativement à la fréquence des maladies, a. reconnu que chez les confiseurs le chiffre de la mortalité est resté au-dessous de la moyenne générale. Hannover est arrivé aux mêmes résultats. Seulement il a reconnu que l'âge des décès par phthisic dans cette profession était de 53 ans, celui des autres professions étant en moyenne de o5.,9. Quant à la fréquence de cette maladie, BI. Lombard donne le rapport de 59 phthisiques sur 1000 décès par différentes causes, le chiffre moyen des professions sédentaires étant de 145 pour 1000. Enfin, il a constaté que la durée moyenne de la vie chez les confiseurs était de 55,2, la moyenne générale étant de 55 ans.

M. Vernois a reconnu, comme effet presque constant, par suite de ce travail, une altération des dents incisives par le contact des sirops très-chauds, portés aux dents pour l'essai de leur densité et pour s'assurer s'ils lilent bien.

E. Beaugrand.

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COlveÉLATlOK. §1. Physique. Dans le paragraphe de l'article CiiALEUR consacré aux changements d'état des corps, nous avons exposé les lois de la congélation ou du passage de l'état liquide à l'état solide ; nous n'avons pas à revenir ici sur ce sujet. Mais, à l'état solide, l'eau joue un rôle si considérable dans la nature qu'il nous paraît nécessaire de faire une étude détaillée des divers modes de formation et des propriétés à la fois si curieuses et si cai^actéristiques de la glace.

I. Congélation des eaux tranquilles. Quel que soit son état physique, tout corps diminue de volume et augmente de densité quand sa température s'abaisse. L'eau échappe à cette loi générale dans une étendue déterminée et très-limitée de l'échelle thermométrique. Prenons, par exemple, une masse invariable d'eau à 20 degrés et refroidissons-la graduellement. A mesure que la température du liquide s'abaisse, son volume diminue et sa densité augmente ; tout se passe ainsi régulièrement jusqu'à 4 degrés. A ce point de l'échelle thermométrique, le phénomène se renverse brusquement ; le volume de l'eau augmente et sa densité diminue à mesure que sa température s'abaisse; à zéro, au moment de sa solidification, la masse se dilate avec une énergie assez considérable pour déterminer la rupture des parois des vases les plus résistants. La densité de la glace est donc inférieure à celle de l'eau qui l'a fournie. Les observations sur le poids spécifique de la glace sont très-nombreuses, mais elles présentent peu d'accord. Ainsi :

Thomson a trouvé 0,920

Heinrich 0,905

O-^ann 0,927

Poyer et Dumas 0,950

Brunner 0,918

riûeker et Geisslcr 0,920

Kopp 0,908

Dufour i °vt?^ maximum.

( 0,914 mmimum.

Dans ces dernières années, M. Bunsen {Annales de Chimie et de Physique, quatrième série, 1871, t. XXIII, page 61) a repris l'étude de cette question. La méthode expérimentale qu'il a employée est d'une exactitude irréprochable; ses recherches fixent à 0,91674 la densité de la glace à zéro; cette densité est notablement inférieure à 0,99988, densité de l'eau liquide à zéro.

En s'appuyant sur ces principes incontestables, il est facile de déterminer de quelle manière doit s'opérer la congélation dans un lac, dans un étang et, en général, dans toute masse d'eau stagnante.

Considérons une masse d'eau tranquille dont la température est à 10 degrés dans toute son épaisseur. Le vent du nord souffle ; la température de l'atmosphère s'abaisse et se maintient au-dessous de zéro. Sous l'influence du contact de l'air, le liquide se refroidit à son tour, et le refroidissement s'opère nécessairement de l'extérieur à l'intérieur. La couche superficielle est bientôt amenée à

9 degrés ; mais, en même temps, sa densité a augmenté ; cette couche tombe au fond de la masse et est remplacée par une couche non encore refi'oidie, dont la température est à 10 degrés. Cette nouvelle couche se refroidit à son tour, s'abaisse à 9 degrés, tombe au fond, est remplacée par une troisième couche à

10 degrés ; ce mouvement continue jusqu'à ce que la masse liquide tout entière soit à la température de 9 degrés.

Dans cette masse d'eau tout entière à 9 degrés, le contact de l'air produit

DICT. ENC. XIX. 32

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nécessairement des phénomènes de même nature ; le refroidissement s'opère à la surface et par couches successives. Chacune de ces couches refroidies tombeau fond du liquide et est remplacée par une nouvelle couche qui se refroidit à son tour et cède la place à une nouvelle. Ce double mouvement de descente des couches refroidies de la surface et d'ascension des couches plus profondes non encore refroidies se continuera sans interruption, jusqu'à ce que la masse totale du liquide soit ramenée à une température uniforme de 4 degrés.

Mais, à 4 degrés, l'eau a atteint son maximum de densité, le refroidissement superficiel continue, et s'accompagne nécessairement de phénomènes de tout autre nature. A mesure qu'elle se refroidit, la couche la plus externe se dilate, diminue de densité ; elle demeure à la surface, descend graduellement à zéro et, à cette température, se solidifie en éprouvant une nouvelle augmentation de volume.

.La théorie est donc d'accord avec l'observation pour démontrer que, dans un lac, un étang et, en général, dans toute eau stagnante, la congélation commence à la surface libre du liquide; la première lame superficielle de glace repose sur une masse liquide dont la température est supérieure à sa température propre. Les couches d'eau sous-jaccntes se refroidissent, se congèlent à leur tour, et la masse de glace croît en épaisseur par sa face inférieure. En raison de ces propriétés de l'eau, la température du fond des lacs profonds reste constante à 4 degrés. En hiver, le refroidissement au-dessous de 4 degrés ne pouvant se propager que par conductibilité, la congélation ne s'étend dans l'intérieur du liquide que très-lentement et ne pénètre jamais qu'à une faible profondeur.

II. CorKjëlation des eaux courantes. Sur les bords des rivières, là où la profondeur et la vitesse du courant sont généralement moindres, l'eau, en contact avec un terrain incessamment refroidi par l'air et par le rayonnement, se congèle, il se forme des glaçons adhérents au rivage qui gagnent graduellement en épaisseur et en surface, déterminent autour d'eux la congélation du liquide et s'étendent vers le milieu du lit de la rivière. Sous l'influence de causes trèsdiverses, des fragments plus ou moins volumineux se détachent de ces masses de glace, flottent en raison de leur faible densité, s'arrondissent en se heurtant. Il est bien probable que, loin du bord et malgré l'agitation continuelle du liquide, il se forme aussi des plaques de glaces flottantes. II est bien difficile de fournir la preuve directe de ce dernier mode de congélation de la surface des eaux courantes ; mais, quand il est démontré que d'épaisses plaques de glace se forment ainsi à la surface de la mer, comment ne pas admettre que le même phénomène se manifeste dans les grands cours d'eau douce dont la surface peut s'abaisser à des températures très-inférieures à ze'ro.

Dans les hivers rigoureux, les grands fleuves charrient d'énormes quantités de glaçons flottants qui ne proviennent évidemment pas' des fragments de glace détachés des bords et dont l'origine a soulevé de longues et vives discussions. Les physiciens soutenaient que, dans les eaux courantes comme dans les masses d'eau stagnante, la congélation doit toujours s'effectuer à la surface. De leur côté, les pêcheurs, les mariniers, les bateliers soutenaient que les glaçons flottants, charriés en si grande abondance par les rivières, viennent du fond ; ils disaient les avoir vus monter, les avoir souvent accrochés avec leurs crocs. En Allemagne, les mariniers avaient même appliqué à ces glaces flottantes la dénomination spéciale et caractéristique de grund-eis, glace de fond. D'ailleurs la

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composition de ces glaçons de'posait en faveur de l'opinion soutenue par les mariniers. L'observation démontre, en effet, que ces glaçons flottants sont généralement constitués par deux couches Lien distinctes : l'une, lapins superficielle, est de la glace compacte ; l'autre, plus profonde et plus épaisse que la précédente, est de la glace spongieuse, irrégulière, imprégnée de vase, incrustée de gravier, de fragments de bois immergés et de divers débris empruntés au fond des rivières. Quelque contraire que ce mode de génération des glaces flottantes paraisse aux lois de la propagation de la chaleur et des variations de la densité de l'eau, l'exactitude des assertions des mariniers est attestée par des observateurs d'une grande autorité et aujourd'hui incontestée.

Le physicien Plot paraît être le premier qui, dès 1705, ait mentionné la glace formée au fond des fleuves, dans son Histoire naturelle de VOxfordshire.

DsLïis s3l Statique végétcde (Londres 1751), Haies parle de la constatation des glaces du fond des rivières et relate ses propres observations. Par une température atmosphérique de 9 degrés au-dessous de zéro, la Tamise, près du rivage, était couverte d'un mince lit de glace ; au-dessous et adhérant au fond, existait un second lit plus épais de glace spongieuse, qui s'avançait assez loin dans la rivière et se rejoignait, sur le rivage même, au lit superficiel. De cette glace de fond se détachaient parfois des fragments qui entraînaient, dans leur mouvement ascensionnel, les sables et les pierres adhérentes à leur face inférieure. Cette observation a le défaut d'avoir été faite trop près du bord ; cependant elle inspire à Haies des remarques importantes. D'après cet habile observateur, les eaux doivent être en mouvement pour se mettre à ze'ro dans toute la masse ; les aspérités et les corps proéminents jouent un rôle dans la formation de la glace de fond.

A la fin de décembre 1780, le thermomètre descendit à 9 degrés au-dessous de zéro dans le midi de la France. Desmarest, de l'Académie des Sciences [Journal de Physique, 1783, t. XXll), vit le lit de la Déome se couvrirde glace spongieuse. Formée d'abord près du rivage, où l'eau n'avait que 2 ou o pieds de profondeur, la couche de glace s'étendit graduellement jusqu'aux parties les plus profondes de la rivière. Cette glace ne se montra jamais sur les portions du lit de la Déome constituées par des rochers à nu ; elle se forma, au contraire, rapidement et en abondance partout où îl existait des amas de sable ; sur quelques points elle acquit une épaisseur de deux pieds. Desmarest avance, sans le démontrer, que cette glace prend des accroissements successifs par la face inférieure qui touche au fond : « Quelques-uns de ces glaçons, dit-il, par des sousadditions journalières et assez égales, avaient cru de manière à former des lies de glace qui figuraient au-dessus de Veau courante. « Cet!e dernière observation dépose en faveur de l'accroissement des glaçons par leur face inférieure.

En 1788, M. Brauns, bailli de Wilhembsbourg, publia plusieurs dissertations dans le but d'établir l'existence des glaces de fond ; les assertions des pêcheurs de l'Elbe soumises à une enquête sévère et ses propres observations lui fournirent de puissants arguments en faveur de cette thèse.

Dans les journées froides d'automne, longtemps avant l'apparition de la glace à la surface des fleuves, les filets plongés au fond de Veau se couvrent d'une telle quantité de grund-eis, qu'il est très-difficile de les retirer. Les corbeilles à prendre les anguilles, entraînées de bas en haut par la glace dont elles sont incrustées extérieurement, remontent d'elles-mêmes à la surface. Ces glaçons de fond, formés de glace spongieuse, acquièrent, dans les hivers très-froids, une

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épaisseur suffisante pour ramener à la surface des fleuves des ancres perdues pour soulever les grosses pierres auxquelles de fortes chaînes rattachent les balises et déplacer ainsi les signaux indicateurs des endroits dangereux du fleuve.

M. Brauns ne se contenta pas de vérifier l'exactitude de ces diverses assertions des pêcheurs, il étudia lui-même la formation de ces glaces spongieuses de fond, et constata que le chanvre, la laine, les cheveux, le poil de cheval, surtout la mousse et l'écorce d'arbi^e, sont les corps qui, placés au fond de l'eau, se recouvrent le plus promptement de glace. Cherchant à se rendre compte de cette formation des glaces de fond avant la congélation de la surface, « il faut, dit-il, que dans les rivières le courant de l'eau en soit la cause ; car il est certain que, dans les eaux dormantes, tout comme dans la terre, la superficie est toujours plus froide que les parties intérieures ; mais au contraire dans les eaux coulantes, où les parties supérieures se mêlent avec les inférieurs, les unes se refroidissent à peu près autant que les autres ; et comme l'eau supérieure coule avec plus de vitesse que l'inférieure, quoique refroidie au même degré, celle-là se gèle la dernière. »

M. Brauns a donné aussi des détails fort intéressants sur la constitution de ces glaçons de fond. D'après lui, « cette glace se distingue de la glace ordinaire par son peu de transparence. Elle ressemble au profil d'un nid de guêpe; mais elle est un peu moins régulière, et le nombre des petites cellules qu'elle forme est plus considérable. Ces cellules sont en partie perpendiculaires, et en partie un peu inclinées ; en partie vides, et en partie remplies de petits globules semblables aux petits grains de grêle. La plupart forment un triangle dont la surface ne dépasse guère un pouce cubique. »

Les résultats les plus importants du travail de M. Brauns sont consignés dans une lettre de M. Jules-Henri Pott, publiée dans le Journal de Physique, 1788, t. XXllI, page 59. Desmarest a fait suivre cette lettre d'une note très-intéressante dans laquelle il a consigné des observations monti'ant que des morceaux de granit peuvent être soulevés et transportés au loin par des glaçons de fond entraînés eux-mêmes par le courant du fleuve.

Nous devons au célèbre botaniste, M. Knight, une observation fort importante au point de vue du mécanisme de la formation de ces glaces de fond. La petite rivière Terne dans le Herefordshire, retenue par une écluse, forme un large bassin d'eau stagnante destinée à mettre en mouvement les meules d'un moulin. L'eau tombe, par un déversoir, dans un canal étroit obstrué, çà et là, par des pointes de rocher et de larges pierres qui produisent des tournoiements et de forts remous. La rivière, d'ailleurs, est peu profonde et coule sur un lit caillouteux.

En 1816, le matin, après une nuit très-froide, la rivière ïi était pas gelée a sa surface, si ce n'est dans quelques parties touchant au rivage et où l'eau n'avait aucun mouvement sensible. Mais la surface de l'eau stagnante du bassin supérieur à l'écluse était recouverte de milliers de petites aiguilles flottantes de glace, entraînées par la chute d'eau. Au-dessous de cette chute, les pierres du fond étaient recouvertes d'une matière brillante, d'un éclat argentin, composée d'une agrégation d'aiguilles de glace qui se croisaient sous toutes sortes d'angles, comme dans la neige. Sur chaque pierre, cette glace spongieuse s'était déposée en plus grande abondance le long des faces situées à l'opposite du couinant.

Stencke, chef des pilotes du port de Gillau (Prusse, sur la Baltique), rapporte

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que, le 9 février 1806, par une température de 31 à 36 degrés au-dessous de zéro, des chaînes de 12 pieds de long, entourées de glace, furent amenées à la surface de l'eau d'une profondeur de 12 à 15 pieds, de même qu'un grand câble de 30 toises de long, immergé depuis longtemps.

Le H février 1816 {Bibliothèque universelle de Genève, 1818, t. VII, p. 304), l'abbé Brantôme, professeur de chimie à la Faculté des Sciences de Strasbourg, constata la formation delà glace au fond du lit du Rhin, en présence de MM. les ingénieurs des ponts et chaussées. « Nous nous rendîmes, dit-il, à 8 heures 1/2 du matin sur le pont de bateaux du Rhin, en face de Kelil; la température de l'air était à 12 degrés au-dessous de zéro. Nous nous arrêtâmes dans un endroit où le Rhin avait à peu près 6 pieds de profondeur. On voyait bien sensiblement la glace se former au fond de l'eau, non-seulement dans cet endroit, mais dans beaucoup d'autres. Un thermomètre plongé à la surface de l'eau était à ze'ro ; un autre, introduit dans la glace qui se formait, et retiré très-pi^omptement, était AU même point; comme aussi un troisième thermomètre placé à environ trois pieds de profondeur. La glace draguée et i-amenée sur le pont était encore à zéro; elle était très-spongieuse, et formée d'aiguilles entrelacées. Vers

10 heures, la glace, devenant plus compacte, se détachait du fond et venait nager à la surface.... La glace se formait sur un fond pierreux, et où se ti'ouvaient des débris anguleux. )>

En Ramier [825 {Bibliothèque universelle de Genève, 1825, t. XXVIII, p. 125), M. le professeur Mérian étudia la formation de ces glaces de fond dans le canal de Saint-Alban, qui conduit les eaux de la Birse à travers la ville de Bâle. « La transparence de l'eau, dit-il, était telle, qu'on voyait très-distinctement les objets à trois pieds de profondeur. Le lit du canal, dans cette partie, est semé de cailloux roulés. Partout où l'on apercevait au fond de l'eau une saillie, dans les endroits profonds comme dans ceux qui l'étaient moins, on découvrait un faisceau de morceaux de glace qui s'y était formé et qui, à distance, offrait l'apparence d'une réunion de flocons cotonneux. Dans plusieurs endroits, presque tout le fond était recouvert de semblables flocons, qui s'en détachaient de temps en temps et arrivaient à la surface de l'eau dont le courant est très-rapide. Les flocons que l'on parvenait à retirer du fond de l'eau présentaient exactement les mêmes apparences que la glace élevée du fond, qui nageait en grande quantité sur la surface; ils étaient composés, comme elle, de petites feuilles de glace arrondies et agglomérées. L'arrangement uniforme et particulier de la glace qui paraît au fond de l'eau ne permet pas de supposer qu'elle soit précipitée de la surface. »

M. Hugi, président de la Société d'histoire naturelle, a publié {Bibliothèque universelle de Genève, 1829, t. XLI, p. 201) un Mémoire très-intéressant sur la formation des glaces de fond. Ses observations ont été faites, dans le courant du mois de février 1827 et 1829, aux environs de Soleure, dans un point où l'Aar coule sur un lit pierreux. 11 a vu des glaçons spongieux se foi'mer au fond de la rivière ; il les a vus se détacher du fond et venir flotter à la surface.

11 faut lire cet intéressant travail pour se faire une idée de la quantité énorme de glaces de fond qui peuvent ainsi se former et se transformer en glaçons flottants. — En 1829, il vit se former des îles de glace, adhérentes au fond, s élevant jusqu'à la surface de f eau; ces îles formaient un obstacle à la descente des glaces et même au courant de l'eau, assez résistant pour faire monter d'un pied le niveau de la rivière. Il compta jusqu'à 23 îles formant un groupe qui

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s'étendait sur un espace d'environ 5000 mètres. En cet endroit , l'Aar est large de 570 pieds et profonde, assez uniformément, de 10 à 12 pieds en son milieu ; la vitesse du courant est d'environ 200 pieds par minute. « Dans toutes ces îles, dit-il, la glace de la surface n'avait que 2 1/2 et au plus 4 pouces d'épaisseur ; mais le courant, en charriant les glaçons le jour précédent, en avait accumulé des fragments sur la plupart d'entre elles. Au-dessous de la surface de l'eau, on voyait la masse aller en diminuant en forme de cône, jusqu'au iond de la rivière, où elle se fixait. Mais ce ri" était qu au-dessus de la surface qu'on voyait une ve'ritable glace. La masse épaisse qui descendait jusqu'au fond pouvait être aisément percée en tout sens avec des perches, et se composait d'une glace demi-fondue, gélatineuse, assez semblable au frai de grenouille et plus molle vers le bas qtie vers le haut. Sortie de l'eau et menée à l'air lihre, cette masse se changeait promptement en une glace grenue, semhlable à celle des glaces en plaques formées au fond de l'eau et apportées à l'air après la rupture. » — Les plus petites de ces îles avaient de 10 à 15 pieds de diamètre. Quelques-unes avaient 40 pieds et les plus grandes 100 pieds de diamètre.

« La glace de fond, dit M. Ilugi, se distinguait par une multitude innombrable de bulles, de deux à quatre lignes de longueur, et terminées chacune en fines pointes. Ces bulles, rangées par millions en couches régulières les unes au-dessus des autres, parsemaient tous les glaçons en plaque formés au fond de l'eau. » — M. Ilugi s'est assuré, en faisant fondre des glaçons de fond, dans des cloches renversées et remplies d'eau chaude, que ces bulles ne contiennent pas de l'air.

En 1850, M. Fargeau, professeur de physique à Strasbourg, consigna dans une thèse les résultats de ses observations sur la formation de la glace de fond. — Vers sept heures du matin, le 25 janvier 1829, par une température de 15", 71 au-dessous de zéro, dans une partie du Rhin située du côté de la France et transformée par les bancs de sable en une sorte de lac sans courant, le thermomètre indiquait zéro à la surface de l'eau et 4", 4 au-dessus de zéro à 50 centimètres de profondeur. Malgré ce froid excessif, on constatait seulement quelques plaques de glace sur les bords de ce petit lac.

Au delà de ces bancs de sable, à une petite dislance d'un courant très-rapide, dans une espèce d'anse où l'eau n'avait d'abord que peu de profondeur, tous les cailloux étaient recouverts d'une sorte de mousse transparente de 3 à 4 centimètres d'épaisseur, composée A' aiguilles de qlace entassées de toutes manières. Dans celte anse, le thermomètre marquait zéro à la surface et au iond; ses indications étaient les mêmes dans la partie la plus rapide du courant. Dans le lieu où le fleuve était le plus rapide, à 2 mètres de profondeur, de grandes masses de glace spongieuse, dans laquelle la rame du batelier s'enionçait avec la plus grande facilité, recouvraient le lit du Rhin, ou adhéraient, du :ôté opposé au courant, à des pièces de bois immergées ; quelques fragments détachés et ramenés à la surface furent trouvés absolument semblables aux innombrables glaçons charriés en ce moment par le fleuve. — M. Fargeau ajoute que, plusieurs fois, il a vu lui-même, sur le grand Rhin, des glaçons spongieux se détacher du fond et venir flotter à la surface.

Eu février 1850, un peu au-dessous du pont de Grenelle, M. Duhamel ayant cassé, à 2 ou 5 mètres du bord, la glace dont la surface de la Seine était recouverte, constata l'existence, au fond du fleuve et à un mètre de profondeur, d'une

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couche de glace de 4 centimètres d'épaisseur. Le courant était rapide et l'eau marquait zéro à toutes les profondeurs. Comme celle de Haies, cette observation a le défaut d'avoir été faite un peu trop près des bords.

M. G. Leuke, d'Ulm, a fait sur le Danube une expérience intéressante. Il immergea dans le fleuve trois chenaux en planches de sapin : le premier en planches rabotées; le second en planches brutes non rabotées; le troisième en planches repiquées, recouvertes d'assez fortes aspérités. Dans le premier chenal, il ne se forma pas de glace ; quelques aiguilles se montrèrent dans le second ; on constata des groupes d'aiguilles et des amas considérables de glace spongieuse adhérents aux aspérités du troisième.

M. Engelhardt, directeur des forges de Niederbronn (Bas-Rhin), a publié {Annales de Chimie et de Physique, \' série, 1866, t. VII, p. 209), sur la formation de la glace au fond de Veau, un mémoire qui contient des faits intéressants. En hiver, par une température de M et même 15 degrés au-dessous de zéro, l'étang voisin de la forge de Niederbronn, qui n'a qu'?<n mètre de profondeur, se recouvre d'une couche de glace de 25 centimètres d'épaisseur, et cependant l'eau qui s'écoule de l'étang est à 3 degrés au-dessus de zéro. Mais, dans le canal d'amenée de l'usine de Zeins Weiler, la glace se forme au fond de l'eau, là où il y a de cjrosses pierres, des racines ou des brandies d'arbre immergées dans le canal. M. Engelhardt a fait cesser presque entièrement la l'ormation de cette glace de fond, eu faisant enlever ces corps étrangers.

Sans chercher à donner une théorie de la formation de ces glaces de fond, nous essayerons de préciser les circonstances au milieu desquelles se produit ce singulier phénomène dont la réalité, si longtemps contestée, ne saurait aujourd'hui être révoquée en doute.

Dans une eau courante, la distribution des températures ne saurait être la même que dans une couche d'eau stagnante. Dans l'un et l'autre cas, le refroidissement s'opère évidemment par la surface ; mais l'agitation incessante du liquide ne permet pas aux couches de rester superposées, selon les lois de l'hydrostatique, par ordre de densités décroissantes à partir du fond. Pour peu que le courant soit rapide, toutes les couches se mêlent en se déplaçant, l'ordre hydrostatique est troublé. Quoique plus légère, l'eau plus refroidie de la surface est précipitée au fond de la masse, entraînant avec elle des aiguilles de glace déjà formées qui, en raison de l'agitation du liquide, n'ont pas pu s'agglutiner, se réunir en plaques plus ou moins étendues. De ce mélange continuel des diverses couches du liquide il résulte que la température s'égalise et se trouve bientôt la même dans toute l'épaisseur de la masse.

Nécessairement, au fond de la rivière, la vitesse du courant est toujours moindre qu'à la surface, et la formation de la glace est plus facile. Mais cette circonstance ne suffit pas pour déterminer la solidification régulière de l'eau ; les glaçons de fond n'apparaissent pas sur un sol lisse et uni; tous les observateurs sont d'accord sur ce fait que les grund-eis se forment seulement sur les portions du lit des rivières parsemées de roches, de cailloux, de pierres, de pans de bois, de fragments d'écorces, etc., etc.

Le choc du courant contre ces divers obstacles détermine des remous et même parfois de véritables tourbillons; derrière chacun de ces obstacles, il existe ainsi un espace de grandeur variable, dans l'étendue duquel le repos sensiblement complet de l'eau pei'met la congélation et l'agglomération des aiguilles de glace entraînées par le courant. La glace ainsi formée adhère à l'obstacle, en aug-

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mente graduellement le volume, agrandit l'espace dans lequel le repos de l'eau se prête à une nouvelle congélation. Les glaçons de fond s'étendent ainsi, par congëlalions successives, en surface et en épaisseur, jusqu'à ce que, sollicités par leur faible densité, ils se détachent entraînant des cailloux, des vases, des débris de toute nature adhérents à leur face inférieure, et viennent flotter à la surface. — Dans sa remarquable notice, publiée dans V Annuaire des Longitudes pour 1853, Arago pense que les aspérités du lit des rivières agissent aussi en favorisant le mouvement de cristallisation.

1I[. Glaces polaires. Les glaces polaires ont surtout été étudiées dans les mers arctiques ; des observations très-détaillées et très-précises ont été fournies par les capitaines Ross, Parry et Franklin. Un hardi baleinier, qui était aussi lïn très-habile observateur, le capitaine Scoresby, a fait douze voyages jusqu'aux plus hautes latitudes; ses recherches sur la formation des glaces polaires sont consignées [Annales de Chimie et de Physique, 2* série, 1817, t. V, p. 59) dans un mémoire du plus grand intérêt.

Longtemps on a cru que ces glaces se formaient constamment le long des côtes. 11 est vrai (ju'il en est souvent ainsi ; mais si l'on voit des glaces formées dans les baies profondes et entre les îles du Spitzberg se détacher de la terre ferme, céder à l'action des courants provenant de la fonte des neiges et des glaciers, et se diriger vers la pleine mer, cette origine ne suffit pas pour expliquer l'immense quantité de glaces qui recouvre les mers arctiques.

A plus de 20 lieues deS côtes du Spitzberg, Scoresby a pu observer les progrès de la congélation depuis l'apparition des premiers cristaux, jusqu'à ce que la glace eut atteint l'épaisseur de 30 centimètres, sans que la terre y influât le moins du monde. Sous le 12" degré de latitude, il a assisté à la formation des glaces, pendant des vents assez violents, dans des lieux exposés aux vagues de la mer du Nord et de l'Ouest. Quand les premiers cristaux de glace apparaissent, la mer houleuse est tout à coup apaisée, comme par l'huile étendue sur une surface liquide agitée. Toutefois, le mouvement des vagues brise les cristaux en petits fragments qui peu à peu grossissent jusqu'à atteindre 30 centimètres d'épaisseur et plusieurs mètres de circonférence. Lorsque l'on considère que la mer, entourée de grandes masses de glace, est toujours calme comme dans un port, on conçoit facilement qu'après un mois de froid très-intense la surface puisse s'y recouvrir de glace dans une immense étendue.

Ces glaces fournissent, par la fusion, de l'eau douce. Le goût légèrement saumàtre de cette eau doit être attribué à la présence d'une petite quantité d'eau de mer dont les glaçons restent toujours imbibés. L'eau des mers du Spitzberg, dont la densité est 1,0260, gèle à 2 degrés au-dessous de zéro; concentrée par la congélation et ramenée à la densité de 1,1045, elle ne gèle phis qu'à 10,2 degrés au-dessous de^e'ro; l'eau saturée de sel marin reste liquide jusqu'à 15 degrés au-dessous de zéro.

La glace d'eau salée est blanche, poreuse, opaque, excepté en morceaux fort minces; elle est verdâtrc et peu transparente. Elle est moins dure, moins compacte que la glace d'eau douce ; celle-ci se reconnaît facilement en mer par son aspect verdàtre, sa transparence parfaite et sa belle couleur verte par transmission. Dans les mers du Spitzberg et du Groenland, on rencontre des champs de glace dont on n'aperçoit point les limites du haut d'un mât de vaisseau ; Scoresby en a vu de 160 kilomètres de longueur sur plus de 80 kilomètres de largeur. Ils

CONGELATION (physique). 505

s'élèvent de un à deux mètres au-dessus du niveau de la mer et s'enfoncent à plus de six mètres au-dessous; la glace de ces champs atteint jusqu'à 8 mètres d'épaisseur. Ces champs représentent donc des masses de 102,4 kilomètres cubes de glace; en évaluant, avec Scoresby, à 0,873 la densité de cette glace, un champ de ce volume représenterait le poids énorme de 141,775,200,000 tonnes, la tonne pesant elle-même 1000 kilogrammes.

D'après Scoresby, ces champs de glace se forment entre le Spitzbcrg et le Pôle. La manière dont cet habile observateur explique leur formation rend compte de ce fait que la glace de ces champs a la iransparcncc, la densité, la consistance, tous les caractères de la glace d'eau douce. Les vents déterminent dans les mers du Nord des courants irréguliers qui détachent et entraînent les glaces, laissant une partie de la surface de la mer à découvert. Bientôt ces ouvertures sont comblées par de minces couches de glace qui se soudent aux glaces anciennes et ne tardent pas à se recouvrir de neige jusqu'à 60 à 90 centimètres de hauteur. Cette neige fond à la fin de juin et pendant le mois de juillet ; l'eau douce de fusion reste à la surface de la nappe de glace et se congèle à son tour quand la température s'abaisse ; ces phénomènes se répètent plusieurs années ; la glace augmente d'épaisseur par la face inférieure et par la face supérieure et finit par donner naissance à ces champs, immenses amas de glace dense et transparente. C'est dans le mois de juin que les fortes brises du nord et de l'ouest poussent les champs de glace vers la mer ouverte , ainsi que les masses séparées de glace qui les entourent.

Il y a des champs de glace dont la surface est si parfaitement plane qu'une voiture pourrait arriver à plus de 160 kilomètres sans rencontrer le moindre obstacle. Souvent leur surface présente un aspect bizarre, il est parsemé d'éminences dont la hauteur peut dépasser 9 mètres. Ces éminences, connues sous le nom de hummock, sont constituées par des glaçons que la pression force à passer sur les glaces voisines et qui se soudent à leur surface; leur éclat éblouissant est relevé par la réflexion d'une couleur verte extrêmement délicate provenant de rintéricur des petites excavations. Ces champs de glace, même par les temps calmes ou malgré un courant contraire, cèdent à un mouvement continuel qui les entraîne vers le sud-ouest ; on les a vus souvent avancer, dans cette direction, de plus de 200 kilomètres dans le cours d'un seul mois. Les ours blancs profitent de leurs déplacements pour faire leurs voyages de mer. Incessamment battus par les vagues, ces champs se brisent et se résolvent en glaçons de 40 à 50 mètres de diamètre ; un amas ainsi formé de glaçons arctiques est nommé pack par les baleiniers. La désagrégation continue à mesure que le pack avance vers le sud, les glaçons fondent en se séparant pour former des glaces flottantes.

« Rien de plus sublime et de plus effrayant, dit Scoresby, que l'effet des mouvements accidentels des champs : on les voit très-fréquemment tourner avec une vitesse de plusieurs kilomètres par heure. Une telle masse, quand elle touche un champ en repos, ou mieux encore, quand elle est arrêtée par un champ qui est mû dans une direction contraire, produit un choc dont l'effet surpasse tout ce que l'imagination pourrait inventer. Une masse du poids de dix mille millions de tonnes arrêtée dans sa course ! qu'on s'en représente les suites ! le champ le plus faible est entièrement détruit avec un bruit horrible. Des pièces de dimensions énormes sont élevées les unes contre les autres à la hauteur de 6 à 10 mètres; d'autres, au contraire, sont submergées — »

Dans le nord comme dans le sud du Spitzberg, toutes les vallées sont comblées

506 CONGÉLATION (physique).

par des glaciers qui descendent jusqu'à la mer, et dont l'étendue en longueur et en largeur est très-variable. Scoresby parle de deux glaciers, qui tous deux ont 20 kilomètres de large au bord de la mer et une longueur inconnue. A leur extrémité inférieure, du côté de la mer, tous ces glaciers sont terminés par de grands murs ou escarpements de glace qui s'élèvent verticalement au-dessus de l'eau à des hauteurs qui varient de 30 à 120 mètres. Quand le rivage est rectiligne, le glacier ne le dépasse pas ; mais au fond d'une baie dont le rivage est courbe, il s'étend en avant ; le glacier s'appuie sur les côtés de la baie et s'avance au-dessus de l'eau qu'il surplombe. En été, la température de l'eau de la mer, au fond des baies, est toujours un peu supérieure à zéro; le glacier fond au contact de cette eau, et, à la marée basse, on aperçoit un intervalle entre la glace et la surface de la mer. Le glacier, n'étant plus soutenu, se fend, s'écroule partiellement avec un bruit comparable à celui du tonnerre ; des blocs immenses se détachent, tombent à la mer et flottent entraînés par le courant.

Dans la baie de Baffm, la température de la mer est constamment au-dessous de zéro ; aussi le glacier ne fond pas au contact de l'eau et descend dans le fond de la mer. 11 s'en détache de temps en temps des blocs immenses qui forment des montagnes de glace flottantes, dont les dimensions sont bien supérieures à celles des blocs flottants fournis par les glaciers des baies du Spitzberg.

Les montagnes de glace ont des dimensions très-variables, mais toujours trèsconsidérables. La plus grande que Scoresby ait rencontrée dans les mers du Nord avait ïin kilomètre de périmètre ; elle était carrée ; sa surface plane s'élevait de 6 mètres au-dessus de l'eau ; composée d'une glace dure, elle devait avoir 48 mètres d'épaisseur et s'enfoncer de 42 mètres dans l'eau de la mer; son poids devait dépasser deux millions de tonnes. Dans le détroit de Davis, on a vu très-souvent des montagnes de glace de trois kilomètres de longueur sur un kilomètre de largeur, dont la surface, raboteuse et tourmentée, était surmontée de tours de plus de 30 mètres de hauteur, et dont la surface inférieure devait être enfoncée de 140 mètres au-dessous du niveau de la mer. On en a aussi observé, dans ces parages, ayant une surface plane de 8 à 1 0 kilomètres carrés, élevées de 9 mètres au-dessus de la mer, submergées de 160 à 180 mètres.

Presque toujours immobiles, malgré le vent et le mouvement de la mer, ces montagnes de glace sont souvent d'un grand secours aux pêcheurs de baleine. Quand le vaisseau est trop incommodé par les glaces flottantes, on se réfugie sous quelque montagne du côté opposé au vent. Quand les vents sont trop violents au contraire, ou quand les opérations de la pêche exigent la stabilité, ces montagnes fournissent un point d'appui au vaisseau. Cependant, quand la température de l'air devient supérieure à zéro, ces montagnes deviennent très-fragiles. On voit alors des montagnes se fendre dans toute leur hauteur pour avoir été simplement frappées d'un coup de hache par un matelot qui voulait y fixer une ancre. Le malheureux marin tombe dans la fente, tandis que les pièces se précipitant avec grand bruit dans des directions contraires emportent le bateau et l'équipage, les submergent ou les écrasent.

Scoresby fait observer qu'il est dangereux d'amarrer au-dessus des hautes montagnes. « Souvent, dit-il, elles sont si délicatement équilibrées qu'un léger accident les fait tourner ; si en se déplaçant elles rencontrent dans le fond un obstacle qui les arrête, elles se fendent et se détachent avec un bruit de tonnerre. Ce qu'elles ont couvert dans leur chute est emporté ensuite par l'énorme lame à laquelle cette même chute a donné naissance. )>

CONGÉLATION (physique)! 507

IV. Glaciers des montagnes. Les sommets des montagnes rayonnent avec une très-orande intensité vers l'espace ; qnand le soleil a disparu au-dessous de l'horizon, rien ne compense cette perte incessante de chaleur, leur température subit une dépression considérable. Arrêtés par les flancs des montagnes, les vents changent nécessairement de direction ; l'air humide, forcé de s'élever, se dilate, travaille, et gagne les sommets après avoir éprouvé une perte de chaleur proportionnelle au travail effectué pendant l'ascension. Les montagnes jouent ainsi le rôle de véritables condenseurs de la vapeur d'eau.

Quand les sommets sont suffisamment élevés, la vapeur d'eau condensée ne tombe pas sous forme liquide, mais sous forme solide. La neige qui recouvre le sol n'est pas une agglomération irrégulière de particules de glace. Quand l'atmosphère est calme et que rien ne trouble le travail des forces moléculaires, les cristaux de neige affectent la forme d'étoiles hexagonales constituées par un noyau central d'oii s'échappent six aiguilles circonscrivant deux à deux des angles de 60 degrés. De ces aiguilles centrales sortent à droite et à gauche d'autres aiguilles plus courtes et plus déliées traçant à leur tour, avec une infaillible régularité, leur angle de 00 degrés ; sur cette seconde série d'aiguillettes, d'autres encore plus fines, plus délicates, s'embranchent sous le même angle de 60 degrés. Ces cristaux de neige, véritables fleurs à six pétales, prennent les formes les plus variées et les plus merveilleuses.

Chaque hiver, les hauteurs des Alpes se recouvrent ainsi de véritables montagnes de neige qui disparaissent en été; mais, dans cette succession rhythmique, la compensation n'est pas parfaite. Au-dessous d'une ceiiaine limite, la neige tombée pendant l'hiver est complètement fondue par les chaleurs de l'été. Audessus de cette limite, dans la région des neiges perpétuelles , la radiation solaire ne détruit, ne fond, pendant les mois d'été, qu'une portion des neiges tombées en hiver. Si rien ne venait entraver ce travail incessant d'accumulation des cristaux de glace dans la région des neiges perpétuelles, il est évident que ces neiges, empilées sur les hautes montagnes dans le cours des âges géologiques et de&temps historiques, auraient atteint des hauteurs telles que les eaux du bassin de l'Océan, de tous les fleuves, de toutes les rivières, seraient depuis longtemps épuisées; réduites en vapeur par l'action solaire, toutes ces eaux seraient entassées, à l'état de glace, sur les flancs et les sonmiets des hautes montagnes du globe.

Sans doute, des blocs de neige se séparent parfois de la masse, se précipitent en avalanches sur les flancs des montagnes et gagnent, en roulant, les l'égions basses oii elles ne tardent pas à se fondre en eau sous l'action d'une atmosphère plus chaude. Mais, quelque fréquentes qu'elles puissent être, ces chutes d'avalanches sont de purs accidents qui ne suffiraient pas pour arrêter l'accumulation des neiges. Si, sur les sommets et les flancs des hautes montagnes, l'épaisseur de la couche des glaces éternelles ne peut pas dépasser certaines limites, il faut en rechercher la véritable cause dans le mouvement incessant ,de descente des glaciers qui ramène, vers les régions inférieures et chaudes, les neiges formées et tombées dans les régions supérieures. Ces déplacements des glaciers, si bien étudiés dans ces derniers temps, sont eux-mêmes rendus possibles par les propriétés spéciales de la glace, sur lesquelles nous devons fixer un instant notre attention.

Des fragments de glace placés dans un vase plein d'eau et assez profond pour les faire flotter à la surface s'agglutinent par simple contact. 11 suffit que deux

508 (Congélation (physique).

fragments arrivent à se toucher, ne fût-ce qu'en un seul point, pour que l'agglutination se produise instantanément. On peut, en leur imprimant des mouvements, déterminer le contact et la soudure de tous les fragments ; il suffit alors d'agir sur un fragment périphérique pour entraîner le tout. « Un jour d'été, dit M. Tyndall, je suis entré dans une boutique du Strand ; des fragments de glace étaient exposés dans un bassin sur la fenêtre et, avec la permission du marchand, prenant à la main et tenant suspendu le morceau le plus élevé, je m'en suis servi pour entraîner tous les autres morceaux hors du plat. Quoique le thermomètre marquât en ce moment 50 degrés, les morceaux de glace s'étaient soudés à leurs points de jonction. Cet effet a lieu même au sein de l'eau chaude; voici une cuvette d'eau, aussi chaude que la main peut la supporter, j'y plonge ces deux morceaux de glace et je les tiens serrés pendant un moment ; ils sont maintenant gelés ensemble, nonobstant la présence du liquide chaud. »

Quand on cherche à courber, vers leur point de jonction, deux morceaux de glace ainsi unis, les points soudés se séparent par une fracture soudaine et luie nouvelle soudure s'étciblit sur les nouveaux points de contact. On peut ainsi faire rouler une boule de glace sur un plan de glace; les soudures sont à chaque instant rompues avec craquement et il s'en établit de nouvelles aux nouveaux points de contact.

En faisant passer successivement une barre droite de glace dans une série de moules de plus en plus courbes, on peut l'amener à l'état d'anneau semi-circulaire. La barre comprimée dans un moule courbe se brise d'abord, mais il suffit de continuer la compression pour déterminer le contact de nouvelles surfaces et rétablir la continuité. — On accumule des fragments de glace grossièrement concassés, entre les deux pièces d'un moule de bois ou de métal, en assez grande quantité pour maintenir les pièces à distance, puis on soumet le système à une pression énergique, par exemple, à l'action d'une presse hydraulique. A mesure que les pièces du moule se rapprochent, la glace se brise en fragments plus petits, comme le ferait tout autre corps solide. Les fragments se soudent par leurs surfaces de contact ; l'on obtient ainsi des sphères, des lentilles de glace parfaitement transparentes et de texture homogène. — La glace s'est moulée comme l'eût fait une substance pâteuse.

Nous savons que la glace fond au-dessous de zéro, quand on la comprime. Cette influence, surabondamment démontrée, de la pression sur le point de fusion de la glace, donne une très-logique et très-satisfaisante explication de ce phénomène de soudure, connu sous le nom de regel et étudié avec lant de soin par Faraday. Du moment, en effet, où une force, quelque faible qu'elle soit, presse l'un conflue l'autre des morceaux de glace à zéro, il y a nécessairement fusion aux points de contact; l'eau ainsi formée glisse dans les interstices où elle est soustraite à la pression; plus froide que la glace elle-même, elle repasse immédiatement à l'état solide et établit un lien d'adhérence entre les deux fragments.

C'est ainsi, comme le fait observer Faraday, qu'en prenant dans la main des cristaux de neige à zéro, on les agglutine et ou forme une boule de glace plus ou moins compacte. Si la neige était sèche et au-dessous de zéro, elle se comporterait comme du sable et ne s'agglutinerait pas sous cette faible pression ; une compression plus énergique serait nécessaire pour déterminer la fusion partielle et la soudure des cristaux par regel.

M. Tyndall a pi^oposé une autre explication du phénomène du regel. « Nous

CONGÉLATION (physique). 509

savons, dit-il, que des vapeurs s'échappent continuellement de la surface libre d'un liquide, que les particules de la surface atteignent leur état de liberté gazeuse plutôt que les particules de l'intérieur. Or, il est naturel d'admettre que tout se passera de même à l'égard delà glace ; que lorsque la température d'une masse de glace s'élèvera imiformément, les particules les premières à atteindre leur liberté à l'état liquide seront celles de la surface ; car là elles sont entièrement en dehors, d'un côté, de l'action coercitive des particules environnantes. En supposant donc deux morceaux de glace à zéro, et entrant en fusion à la surface, à cette température, qu'arrivera-t-il, si nous plaçons les surfaces fondantes en face l'une de l'autre? En agissant ainsi, nous transportons virtuellement ces deux surfaces au centre de la glace, où le mouvement de chaque molécule est tout autour sous la dépendance coercitive des molécules voisines. Gomme on devait naturellement s'y attendre, l'entrée en liberté par le passage à l'état liquide est empêché en chacun des points où les surfaces se touchent, et les deux morceaux se congèlent et se soudent. »

Quoiqu'il en soit, cette propriété de la regélatioii rend la glace apte à produire plusieurs des phénomènes qui sont habituellement attribués aux corps visqueux, et permet de se rendre compte de la formation des glaciers aux dépens des neiges des sommets des hautes montagnes, en même temps que du mouvement continu de ces glaciers qui, semblables à d'immenses torrents de matière pâteuse, obéissent à l'action de la pesanteur, et descendent le long des flancs des montagnes, sans que rien puisse arrêter leur marche lente et régulière.

En hiver, au printemps et en automne, il tombe sur les sommets des Alpes des masses considérables^ de neiges que les vents emportent par tourbillons et accumulent dans les grandes dépressions, connues sous le nom de cirques, qui avoisinent les hautes cimes. Sous la pression de la masse, les cristaux de neige des couches inférieures s'agglutinent comme dans une boule de neige ; l'air interposé est chassé ; ces champs de neige reposent sur une nappe qui revêt peu à peu tous les caractères de la glace et leur permet de glisser sur les terrains les plus faiblement inclinés. A mesure qu'elle se rapproche des régions plus tempérées, la neige éprouve de nouvelles et importantes modifications. Sous l'influence delà radiation solaire, la neige de la surface fond et l'eau s'infiltre dans les couches sous-jacentes. Mais chaque nuit la température s'abaisse au-dessous de zéro; le champ de neige est ainsi soumis à une succession régulière de dégels et de regels qui ne tardent pas à le transformer en une masse granuleuse composée de petits glaçons encore désagrégés, mais dont l'adhérence est supérieure à celle des flocons de neige générateurs. A cet état, la neige est le névé àa?, physiciens suisses. — Le mouvement de descente continue; en été et pendant le jour, le névé s'infiltre de nouvelles quantités d'eau qui se loge dans les interstices et qui se congèle pendant la nuit. Le névé se transforme ainsi en une masse de glace blanche, compacte, mais remplie d'une infinité de petites bulles d'air sphériques et sphéroïdalcs ; c'est la glace huileuse des auteurs. — Plus bas encore, la transformation fait de nouveaux progrès et toujours sous l'influence des mêmes causes : la fusion des couches superficielles pendant le jour, l'infiltration de l'eau, la congélation de l'eau d'interposition pendant la nuit. Les bulles d'air interposées disparaissent complètement ; ce qai, à l'origine, était un champ

* D'après les évaluations de M. Ch. Martins, la hauteur de la neige tombée au Grimsel, à 1,800 mètres au-dessus de la mer, a été de 16 à 17 mètres, depuis le mois de novembre 1845 jusqu'au mois d'avril 1846.

510 CONGÉLATION (physique).

de neige, esl devenu graduellement une masse de glace homogène dont les teintes azurées font l'admiration des voyageurs; le glacier est définitivement constitué et continue à glisser vers la base de la montagne.

L'accroissement des glaciers en longueur est limité par les chaleurs de l'été. Chaque année, une épaisseur considérable de la surface glaciaire disparaît pendant la saison chaude; en môme temps, l'extrémité inférieure fond rapidement; le glacier diminuerait graduellement, si ces effets n'étaient pas contrebalancés par une progression incessante. Il s'établit une sorte d'équilibre entre la fonte estivale et cette progression incessante des neiges du sommet vers la base de la montagne. Dans les étés chauds et secs, la fusion prédomine et le glacier recule ; les effets de la progression l'emportent sur ceux de la fusion et le glacier avance quand la saison est froide et pluvieuse. Ces influences assignent à chaque glacier une limite moyenne autour de laquelle il oscille. Quand ils sont alimentés par des cirques d'une grande étendue et très-élevés, ces glaciers, comme cela arrive dans certaines régions des Alpes, peuvent descendre assez bas pour que leur extrémité inférieure vienne prendre place au milieu des habitations, des vergers et des champs cultivés.

Le mouvement incontestable de progression des glaciers a été étudié avec beaucoup de soin par MM. Forbes, Agassiz, Ch. Marlins, Desor, Tyndall, etc., etc. 11 résulte des recherches de ces observateurs que les parties centrales d'un glacier se meuvent plus vite que les côtés, et que le déplacement des couches superficielles est plus rapide que celui des couches profondes ralenties par leur frottement contre le sol. Dans les régions de son parcours, où le glacier éprouve une inflexion marquée, le point du maximum de vitesse se rapproche de la convexité de la masse. Sur la plupart des glaciers des Alpes, la vitesse des parties centrales est, en été, de 66 centimètres par jour. Sur la mer de glace de Ghamonix, la progression diurne a été trouvée de 60 centimètres en été, de 50 centimètres seulement en hiver.

Les mesures, exécutées avec beaucoup de soin par M. Tyndall, au moyen de perches implantées dans la glace, lui ont permis d'établir que les points du glacier situés en arrière, du côté du sommet de la montagne, se rapiirochent incessamment des points situés en avant, du côté de la vallée. En été, ce mouvement de rapprochement a une intensité suffisante pour raccourcir de 21 à 22 centimètres par jour un tronçon de glacier d'wn kilomètre de longueur. Si la proportion du raccourcissement était la même dans toutes les saisons, le raccourcissement total du tronçon serait de 80 mètres en une année. Rapproché de la compacité de la glace, ce résultat accuse l'action d'une force énorme, une pression des parties situées en arrière sur les parties situées en avant que M. Tyndall considère, avec raison, comme assez puissante pour rendre compte du mouvement de progression du glacier.

Dans sa marche incessante, le glacier se moule exactement sur la vallée qui le renferme, s'élargit et se rétrécit avec elle, se plie à toutes ses sinuosités. Pressé, poussé par le poids des parties supérieures, le glacier s'étire, comme dans une filière, pour forcer le passage d'un rétrécissement ; il se dresse en face d'un obstacle ; il se tord, pour ainsi dire, sur lui-même, pour contourner un promontoire. Partout et toujours, la rapidité de sa marche dépend à la fois de la pente du terrain, du poids des parties supérieures et des obstacles qui contrarient sa progression.

Autour des promontoires, des crevasses, pleines de dangers pour les voyageurs,

CONGÉLATION (pathologie). 511

se prononcent à la surface du glacier et leur formation résulte du mode de progression autour de ces obstacles. Les parties centrales de la masse marchent plus A'ite que les parties situées près du rocher proéminent. Considérons deux points situés l'un près du rocher, l'autre vers le centre ; la bande continue de glace qui réunit ces deux points est nécessairement soumise à une tension sans cesse croissante ; quand celte tension dépasse la limite d'élasticité de la glace, il y a rupture. D'accord avec les lois de la mécanique, l'observation montre que la crevasse ainsi formée est toujours perpendiculaire à lu ligne qui joint les deux points considérés.

Au glacier des bois, au-dessous du Montanvert, au glacier du Grindelwald inférieur, au-dessous de la Stieregg, la pente de la vallée devient subitement plus forte. En se précipitant sur ces pentes, le glacier se divise en prismes, en lames, en aiguilles, en cubes séparés par de profondes crevasses. Le voyageur étonné, h-appé d'admiration, se trouve en face d'une véritable cascade de glace. Au-dessous de ces dénivellations, lorsque la pente de la vallée redevient uniforme et moins rapide, tous ces blocs séparés qui formaient un obstacle infranchissable s'appliquent l'un contre l'autre, s'aplatissent, se tordent; les crevasses deviennent plus rares, disparaissent ; la surface du glacier redevient presque unie et accessible sans danger aux voyageurs les plus inexpérimentés.

Nous n'avons pas à faire ici l'histoire des diverses théories proposées pour expliquer la progression des glaciers. Nous pensons avec M. Tyndall que les phénomènes accomplis dans les profondeurs et à la surface de ces immenses masses de glaces qui descendent incessamment des sommets des plus hautes montagnes vers les régions habitées, cultivées et plus tempérées, sont les conséquences naturelles des propriétés de la glace aujourd'hui très-connues.

L'homme qui étudie les glaciers se trouve en présence de deux classes de faits. Dans une vallée de pente uniforme et dont la direction ne varie que trèspeu, la masse de glace s'écoule paisiblement, régulièrement, comme le ferait une substance /jâiewse ou visqueuse. Partout, au contraire, oîi existent des courbures très-prononcées, ou des changements brusques et considérables de niveau, toute trace de viscosité disparaît, la masse se fend, se brise comme une substance rigide soumise à une trop forte tension. Ces apparences contradictoires, ces deux ordres de faits se concilient très-bien avec les propriétés de la glace. D'une part, la glace est fragile, cassante, ne peut supporter une forte tension sans se briser ; d'autre part, sa puissance de regélation lui communique im mode particulier, spécial de plasticité, qui lui permet de ressouder, par simple contact, des fragments séparés par une trop forte tension, et de se prêter à tout changement de forme sans que la continuité de la masse soit compromise [voy. Glace). J. Gavarret.

§ II. Pathologie. L'ensemble des lésions produites par l'action du froid sur les tissus vivants est désigne sous le nom de congélation. Quelques auteurs, Vidal (de Cassis), en particulier, préfèrent au mot congélation celui de gelure, qui serait la traduction exacte du mot anglais frost-bite, employé par Thomson ; d'autres, Gerdy, FoUin, emploient celui de froidure. Ces mots ont l'avantage de ne rien préjuger; ils désignent les divers effets du froid, qu'ils soient ou non accentués, tandis que, rigoureusement, le mot congélation devrait s'appliquer seulement aux cas où les parties sont absolument congelées, c'est-à-dire privées de vie par l'influence du froid. Malgré ces considérations, nous nous conforme-

512 CONGÉLATION (pathologie).

rons à l'usage, qui nous semble encore la meilleure logique du langage, et nous continuerons à nous servir du mot congélation, que chacun est habitué à comprendre.

Étiologie. L'action du froid n'est pas une action mécanique comme celle de la chaleur, c'est-à-dire que le froid n'altère pas immédiatement les tissus, comme le font le feu ou la flamme. Le froid s'attaque, pour ainsi dire, aux sources de la -vie. Un membre plongé dans un ruisseau de métal en fusion sera rapidement détruit ; un membre plongé dans de la glace pendant un certain temps en sortira blanc, crispé, ratatiné même, mais intact, en apparence; cependant la vie sera éteinte dans ce membre, les tissus auront été frappés de mort, et, après quelques heures ou quelques jours, ils seront sphacélés.

Les causes prochaines des congélations sont moins variées que celles des brûlures. Tandis que l'action de la chaleur se manifeste de cent façons différentes, l'action du froid sur notre corps ne s'exerce, le plus souvent, que par l'intermédiaire d'un seul agent, l'air. Les brûlures sont produites par les rayons d'un soleil ardent, par un corps en ignition, par la flamme, pai' les liquides bouillants, par la vapeur d'eau, etc. ; les congélations ne sont guère produites que par l'abaissement de la température. A. chaque instant nous rencontrons des causes de brûlures, et rarement des causes de congélation. Aussi les cas de brûlure sont-ils beaucoup plus fréquents que ceux de congélation. Il est vrai que, par une compensation malheureuse, l'action du froid est plus étendue que celle de la chaleur, et qu'elle atteint à la fois un bien plus grand nombre d'individus. Les cas de brûlure sont habituellement isolés, les cas de congélation se présentent, le plus souvent, par groupes. On comprend que je parle ici d'une manière générale, indiquant à grands traits les résultats de l'observation habituelle, mais j'ajoute bien vite qu'il faut faire de larges z^éserves pour un bon nombre de cas particuliers.

Le mot froid représente un ensemble de phénomènes, et non un agent doué d'une sorte de vie propre, conmie la lumière ou l'électricité ; il n'existe pas de fluide frigorifique. Les sensations et les effets produits sur nos tissus par ce qu'on appelle l'action du froid sont régis par la loi de l'équilibre des températures. Quelques logiciens, d'une sévérité plus apparente que réelle, ont remplacé le mot : froid, par la périphrase : soustraction de chaleur; nous ne les imiterons pas. Tout agent extérieur dont la température est inférieui^e à celle du corps humain provoque, lorsqu'il est en contact avec la peau, une sensation de froid. Un agent très-bon conducteur de la chaleur produit une action plus vive qu'un agent mauvais conducteur, parce que dans le premier cas l'équilibre de température tend à s'établir plus rapidement que dans le second. Ainsi, un bain à l;i température de 20° nous paraît certainement très-froid, tandis que l'air calme, au même degré, nous semble plus que tempéi'é ; dans les mêmes conditions, un bain de mercure, métal bon conducteur de la chaleur, ferait éprouver une sensation glaciale.

Le froid peut être produit artificiellement de diverses manières : par la dilatation des gaz, par les changements d'état des corps solides et liquides. On utilise en chirurgie le froid artificiel pour obtenir l'anesthésie locale. Poussée trop loin, appliquée maladroitement, la réfrigération cherchée pourrait dépasser l'effet utile et produire de véritables congélations.

Nous l'avons dit, la cause habituelle des congélations, c'est le froid extérieur, c'est l'abaissement de la température de l'air, c'est aussi l'immersion dans de

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l'eau glacée, l'ensevelissement dans la neige. Certains phénomènes mécaniques exagèrent l'action du froid, ainsi les vents, les courants d'air. Nous avons tous éprouvé qu'à température égale les sensations de froid sont bien plus mordantes lorsque l'air est agité que lorsqu'il est calme; nous savons aussi que, par une nuit claire et brillante, le froid est plus vif que par une nuit obscurcie par les nuages. L'explication de ces faits découle des théoi'ies du rayonnement et de l'équilibre des températures.

Quand on étudie l'action du froid atmosphérique, il faut tenir compte de l'état hygrométrique de l'air; en effet, la sensation et les effets du froid humide sont différents de ceux du froid sec. L'air saturé d'humidité empêche l'évaporation de la sueur, et, comme il est bon conducteur du calori(jue, il refroidit rapidement cette sueur. C'est par les temps froids et humides que les diverses affections catarrhales sont le plus nombreuses. Un curieux phénomène physiologique que nous pouvons constater en passant, c'est le peu de sensibilité à l'air froid des muqueuses bronchiques de l'homme et des animaux, comparée à l'extrême sensibilité de la peau.

On sait que le froid est plus vif sur les hautes montagnes que dans les pbmes. Les sommets élevés sont habituellement couverts de neige ; elle se présente sous deux états. Lorsqu'elle fond pendant le jour, et gèle pendant la nuit, elle forme une surface résistante sur laquelle le pied repose solidement; les voyageurs disent qu'elle est, dans ce cas, à l'état de névé; mais, lorsqu'elle ne fond pas, elle se conserve à l'état de poussière ténue, dans laquelle on enfonce comme dans du sable fin. La neige dans cet état a un énorme pouvoir rayonnant, et elle refroidit considérablement les corps qui sont plongés dans sa masse. Les basses températures de la neige sur laquelle on marche sont une cause puissante de refroidissement, surtout quand les pieds et les jambes enfoncent dans la poussière de neige. Sa température, à certains endroits, sur les hautes montagnes, est parfois très-basse, à — 8°, à — 10". La neige fondante a une action réfrigérante plus forte encore que celle de la neige pulvérulente. En effet, pour passer de l'état solide à l'état liquide, la neige s'empare de toute la chaleur des corps avec lesquels elle est en contact, cette chaleur de fusion devient latente, il en résulte un refroidissement considérable. Ajoutons que la neige fondante est bonne conductrice de la chaleur, qu'elle pénètre les chaussures et produit les fâcheux effets du froid humide.

Toutes les fois qu'on observe ou étutlie l'action de la température sur nos tissus, il faut se rappeler que le corps humain possède une certaine quantité de chaleur, qui est nécessaire à l'évolution régulière des fonctions vitales et que, lorsqu'elle vient à diminuer, ces fonctions s'exécutent mal ou cessent complètement.

Les circonstances individuelles ont, avec les effets produits par le froid une relation peut-être plus directe que les circonstances extérieures. La résistance au h'oid est loin d'être la même chez tous les individus ; elle varie avec ïà"e le sexe, le tempérament, l'état de santé, la constitution, et un grand nombre de conditions particulières.

Les enfants et les vieillards ont une puissance de chaleur moindre que celle des adultes, ils souffrent plus facilement des atteintes du froid. L'application thérapeutique de la glace chez des vieillards a quelquefois produit des gangrènes partielles, ainsi que plusieurs observations en font foi. C'est un fait qu'un praticien prudent ne doit pas oublier. —

DICT. ENC. XIX. Où

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Les hommes d'un tempérament sanguin, aux chairs souples et fermes, chez qui la circulation est active, résistent mieux aux effets du froid que les lymphatiques, dont les tissus sont mous et décolorés. On dit aussi que la gaieté du caractère, la vivacité de l'esprit, sont des conditions plus favorables que la mélancolie, la tristesse et la pente au découragement. Remarquons, à ce propos, que la force morale, condition nécessaire de toute supériorité humaine, ne constitue pas par elle-même un moyen de résistance au froid, mais elle sait utiliser jusqu'au bout tous les rouages de la force physique. Un homme au caractère faible, transi par le froid, s'arrête, s'assied et meurt ; un homme énergique marche quand même et résiste.

Larrey, dans ses mémoires, dit : « J'ai remarqué que les sujets bruns, et d'un tempérament bilioso-sanguin, presque tous des contrées méridionales de l'Europe, résistaient plus que les sujets blonds, d'un tempérament lymphatique et presque tous des pays du nord, aux effets de ces froids rigoureux, ce qui est contraire à l'opinion généralement reçue » (1817, t. IV, p. 125).

M. Martins {Mém. de l'Acad. des sciences de Montpellier, t. IV, 1859) a fait la même observation : « 11 est des populations moins sensibles au froid les unes que les autres, et, chose singulière ! ce sont les populations méridionales. Dans la fatale campagne de Russie, on a constaté avec étonnement que les régiments italiens résistaient mieux que les allemands, et l'on sait maintenant que le froid a fait dos ravages inmienses dans l'armée russe... La résistance au froid varie d'un individu à l'autre, sans que l'apparence extérieure rende toujours compte de cette réaction. Le célèbre navigateur des mers polaires, sir John Ross, avant de partir pour ses expéditions, éprouvait la résistance au froid des matelots, en leur faisant poser un pied nu sur la glace ; ceux qui ne tremblaient ni ne pâlissaient étaient choisis par lui, les autres l'e fuses. »

Tout ce qui tendra à ralentir le cours du sang, qui distribue la chaleur, et l'exercice musculaire, l'effort qui la produit sur place, diminuera la puissance de résistance au froid. Tout le monde connaît la parole, souvent citée, de Sarlander à ses compagnons : Quiconque s'assied s'endort, et qui s endort ne se réveille plus. C'est que, en effet, la marche, les mouvements et l'action musculaire produisent une certaine somme de chaleur, tandis que pendant le repos l'oi'ganisme développe une faible quantité de calorique. Larrey raconte que pendant la retraite de Russie il se livra à une marche non interrompue, ce qui le préserva de la congélation. Il dit aussi que l'exercice doit être général, que tous les membres doivent exécuter des mouvements, afin d'éviter les congélations partielles, telles que celles des pieds chez les cavaliers.

Une mauvaise alimentation, l'insuffisance de la nourriture, surtout le manque d'aliments riches en carbone, tels que l'huile, la graisse, l'alcool à petites doses, en diminuant la caloricité, créent une fâcheuse disposition à subir l'action du froid ; il en est de même de l'abus des spiritueux et des boissons alcooliques. Le capitaine Ross recherchait, pour ses expéditions dans les mers du nord, des matelots doués d'un robuste appétit, et il recommandait d'augmenter la ration des hommes de l'équipage lorsqu'on arrivait dans les régions

glaciales.

Ainsi, comme le dit M. Ch. Martins, « pour réagir contre le froid, dans les circonstances les plus défavorables où l'homme puisse se trouver, l'expérience est d'accord avec la physiologie pour prouver que la jeunesse, une bonne alimentation, l'exercice musculaire et l'énergie morale, sont les moyens par les-

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quels il peut combattre et vaincre un des plus terribles ennemis contre lesquels il ait à lutter sur la terre » {loc. cit.).

La question des vêtements est une de celles qui ont le plus d'importance dans l'hygiène des pays froids. Ai-je besoin de dire que l'incurie ou la misère, exposant des malheureux à peine vêtus aux rigueurs d'une basse température, les mettent dans les pires conditions pour résister à son action fâcheuse ? Chacun connaît et comprend la protection contre le froid que constituent dos vêtements convenables de forme et de tissu. Les vêtements en tissus imperméables, tels que la toile cirée ou le caoutchouc, sont d'un assez bon usage quand on reste immobile, ou à peu près, comme à la chasse à l'affût, parce qu'ils conserv^ent la couche d'air échauffée par le corps ; mais ils sont dangereux quand on fait beaucoup de mouvements, parce qu'ils provoquent la sueur, qui se glace sur le corps dans les moments de repos. Ce serait une heureuse découverte que celle d'un tissu perméable à l'air et imperméable à l'eau.

Il est un fait particulier, sur lequel je veux appeler l'attention : c'est l'effet de la compression exercée par certaines parties des vêtements, par les chaussures, par exemple, qui, venant en aide, pour ainsi dire, à l'action du froid, devient une cause prédisposante de congélation. Je tiens d'un médecin militaire, remarquable par la justesse et la finesse de son esprit d'observation, le docteur Bertrand, les deux faits suivants : Pendant la guerre de Crimée, un soldat, après une nuit passée à la tranchée dans la boue et la neige, présenta une congélation du pied droit ; cette congélation était profonde, tous les orteils tombèrent, les têtes des métatarsiens étaient à nu ; le pied gauche n'avait aucun mal. Eh bien ! ce soldat raconta, qu'appelé précipitamment pour son service, il n'avait pas eu le temps de chausser ses deux pieds de la même manière; il avait mis à son pied droit une chaussette en laine, et n'avait rien mis au pied gauche, qui resta nu dans son soulier. Cependant, c'est le pied droit, celui qui était protégé par la chaussette de laine, qui fut atteint de congélation. Cet homme, interrogé à plusieurs reprises, fit toujours les mêmes réponses.

Dans la guerre avec la Prusse, M. Bertrand, à la retraite du Mans, dut faire à pied une longue étape par la neige et le froid ; le soir, il trouva un abri, mais, craignant de ne pas pouvoir remettre ses chaussures le lendemain matin, il passa la nuit sans se débotter ; il avait remarqué que sa botte gauche lui serrait le pied beaucoup plus que la droite ; il eut une congélation du pied gauche, congélation bornée à la peau, précisément au pied qui était le plus comprimé.

Voilà les faits, et je crois qu'on peut les expliquer par l'action de la compression, qui, diminuant la vitalité du membre comprimé, le rend plus apte à subir les outrages du froid.

Effets du froid. Les effets du froid sont généraux ou locaux, suivant que l'organisme tout entier a été impressionné, ou que seulement une partie du corps a été lésée. Nous allons étudier successivement les effets généraux et les effets locaux du froid chez l'homme. Mais auparavant recherchons les phénomènes que produit l'action du froid sur quelques animaux.

Effets du froid sur les animaux. On a souvent dit que certains animaux pouvaient être rappelés à la vie après avoir été entièrement congelés. L'influence du froid aurait suspendu chez eux l'action vitale pendant un temps variable, mais ne l'aurait pas anéantie complètement, si bien qu'une élévation de température, sagement ordonnée, pouvait la réveiller. On a cité, à ce sujet, un

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^rand nombre d'exemples , dont quelques - uns tiennent du merveilleux *. M. F. -A. Pouchet a traite cette question à fond dans un long mémoire, lu à l'Académie des sciences, séance du 13 novembre 1865 ; il a fait justice des exagérations gratuites de certains observateurs, et donné l'explication scientiiique de faits extraordinaires, en apparence, et qui n'étaient que mal interprétés. Ce mémoire, qui a pour titre : Recherches expérimentales sur la congélation des animaux, a été publié dans le Journal de l'anatomie, de Ch. Robin, 5^ année, 1866. M. Pouchet, voulant vérifier l'exactitude d'observations faites par un grand nombre d'auteurs, dont il indique les noms et les opinions, a entrepris une longue série d'expériences sur les animaux ; il a pu constater que toutes les fois que la congélation est complète les animaux sont absolument tués, et ne peuvent, en aucune façon ni par aucune manœuvre, être rappelés à la vie. Ce qui a induit en erreur quelques observateurs, c'est qu'ils ont cru à une congélation certaine sur la foi des apparences et des circonstances ; de ce qu'un animal a passé un temps même fort long dans la neige ou la glace, il ne s'ensuit pas qu'il soit forcoîment congelé; une disposition quelconque, la faible conductibilité de la neige, peuvent maintenir une certaine quantité de chaleur et la vie dans l'organisme vivant exposé. Pilliès et Reeve ont dit l'histoire d'un homme et d'une femme qui restèrent ensevelis dans la neige, l'une pendant six jours, l'autre pendant quatre, et qui furent retrouvés vivants au ijout de cet espace de temps. Dans ces circonstances, les hommes et les animaux ont survécu, non pas quoique congelés, mais parce qu'ils ne l'étaient réellement pas. M.' Pouchet a écarté avec soin toutes les causes d'erreur, s'est mis dans les conditions les plus sûres d'une exacte expérimentation, et il a pu formuler avec assurance la conclusion que nous avons dite.

11 est sûr, toutefois, que la température propre de divers animaux peut s'abaisser, sans que la mort s'ensuive, jusqu'à des limites qui nous étonnent. Cela se remarque, en particulier, chez les animaux hibernants. Le docteur Horvath, de Kievv, a fait des observations fort intéressantes sur l'hibernation des marmottes; il a constaté, entre autres choses, que, tandis que pendant la veille la température des marmottes se maintient à un degré uniforme, 55 à 57" centigrades, pendant le sommeil, elle se rapproche de la température ambiante. Ainsi, la température rectale prise sur des marmottes en expérience, pendant leur sommeil, n'était que de 9 à 10" centigrades, comme la température ambiante. Chez une marmotte, elle est descendue à 2" centigrades, et, quelques heures après, cette môme marmotte courait facilement dans le laboratoire.

Dans d'autres expériences, faites sur des grenouilles, le docteur Horvath a pu s'assurer qu'une température de — 5" centigrades tue les muscles striés de l'animal. En revanche, il dit avoir observé qu'un cœur de grenouille, assez gelé pour être devenu dur comme de la pierre, peut reprendre ses mouvements, si on le fait dégeler avec précaution !

Effets généraux du froid. L'action d'un froid intense provoque d'abord un engourdissement général, une sorte de torpeur de tout l'organisme, qui se tra-

' Voir les ouvrages de célèbres naturalistes : Millier, ouvrage sur les infusoires. Leipzig, 1765. — Davy, Researches phijsiological and analomical, t. II, p. 121. — Falc, dans Rudolphi, phijsiologie, t. II, p. 171. — Boudin, Traité de géographie et statistique médicales. Taris. 1857, t. I, p. 595. — Moquin Tandon, Histoire naturelle des mollusques terrestres et fhivialiles. Paris, 1855, p. 115.— Nordenskiold, Comptes rendus de l'Académie des sciences, n uillell873.

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(luit par une grande lassitude et la tendance au repos. Les fonctions des centres nerveux sont celles qui paraissent troublées les premières ; il se produit, sous l'influence du froid, des phénomènes analogues à ceux que détermine l'anémie du cerveau. L'exercice, les mouvements peuvent, pendant un certain temps, combattre la funeste influence d'un froid trop rigoureux; mais, chez les hommes qui n'ont pas assez de force de résistance, on voit l'action musculaire s'affaiblir progressivement ; la marche devient hésitante, difficile, et chancelante comme celle des hommes ivres ; tous les organes des sens perdent de leur acuité, la sensibilité s'émousse, la vue se trouble, l'ouïe se perd au milieu d'un confus bourdonnement d'oreilles, les individus ont de la peine à se conduire, l'intelligence s'éteint par degrés et fait place à une sorte d'idiotisme; en même temps, la peau du visage pâlit et devient blafarde. Les hommes arrivés à cet état peuvent encore marcher, soutenus et guidés par des compagnons, mais abandonnés à euxmêmes ils tombent bientôt pour ne plus se relever. Le plus souvent, la mort ne se fait pas longtemps attendre ; elle est quelquefois précédée par des douleurs fulgurantes, par des contractions spasmodiques ; d'autres fois, à l'engourdissement succède sans secousses un assoupissement léthargique, et l'individu succombe rapidement et sans agonie.

Larrey dit que cette mort ne lui a pas paru cruelle. « Les forces vitales s'éteignaient par degrés ; elles entraînaient l'insensibilité générale, et avec elle disparaissait la conscience des facultés sensitives » {loc. cit.). Mais, si les derniers moments ne sont pas cruels, il n'en est pas de même de ceux qui les précèdent, et presque toujours avant d'arriver à la dernière heure d'insensibilité les malheureux congelés ont passé par des périodes de bien dures souffrances.

Quant à la rapidité avec laquelle se succèdent les différentes phases de la congélation, on ne peut pas la déterminer d'une façon rigoureuse. Chez quelquesuns l'invasion est brusque, les accidents se précipitent, et la mort survient en fort peu de temps, moins d'une heure ; chez la plupart, l'invasion est lente, ce n'est que peu à peu, et api'ès plusieurs heures, que l'engourdissement devient général, que la résistance organique s'épuise, et qu'enfin la vie s'éteint. Toutes les causes occasionnelles que nous avons déjà signalées, l'âge, le tempérament, l'abus des boissons alcooliques, l'abstinence, etc., apportent dans ces cas leur contingent d'influences.

Je viens de parler des cas à marche rapide, mais les choses ne se passent pas toujours ainsi. Sous notre climat, dans nos villes, on observe quelquefois des faits isolés de congélation. Le plus souvent, ce sont des individus ivres, qui, gorgés de boissons alcooliques, tombent et s'endoi'ment en pleine rue, dans une cour, dans un corridor devant leur porte, dans un endroit quelconque exposé au grand air, qui subissent, sans sortir de leur torpeur, l'action d'un froid rigoureux, et dont les organes sont plus ou moins impressionnés par les injures d'une basse température. Chez eux, les effets de la congélation pourront ne pas être rapides, et ne seront pas absolument semblables à ceux dont nous venons de tracer l'histoire.

Voici ce qu'on a observé dans quelques cas : d'abord une grande faiblesse, telle que les individus ne peuvent ni marcher, ni même se soulever ; leur intelligence est à peu près saine, ils peuvent avoir conservé quelques souvenirs des faits qui se sont passés avant leur sommeil, et se rendre un compte assez exact de leur situation présente. On constate une paralysie plus ou mains accentuée, tantôt des membres supérieurs ou inférieurs seulement, tantôt aussi des quatre

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membres. La paralysie est quelquefois complète, paralysie du mouvement et du sentiment, d'autres fois la sensibilité est conservée. Dans cette dernière condition, les mouvements réflexes peuvent être faciles à provoquer. Les sphincters sont paralysés, aussi l'écoulement de l'urine est involontaire, ainsi que la défécation.

La température du corps prise chez deux malades, chez deux congelés dans cet état, était : dans les aisselles, de 57"; dans la paume des mains, de 27°; entre les deux cuisses rapprochées, de 51" ; et entre les doigts de pied, de 17". Les pieds étaient assez froids pour glacer la main de l'observateur. Je n'ai indiqué qu'un chiffre pour les deux sujets observés, car la température des divers i)oints indiqués s'est trouvée sensiblement la même chez tous les deux.

Le pouls est chétif, très-dépressible, irrégulier, mais lent, à 56, 58 pulsations par minute.

La chaleur des membres peut revenir peu à peu, mais la paralysie persiste; })uis on observe la contracture des muscles et la l'aideur des membres. Puis surviennent de l'engourdissement et des douleurs fulgurantes; en même temps, la chaleur du corps s'exagère, la température s'élève, elle est à 59", 40". A l'émission involontaire des urines et des tèces succède la rétention d'urine et la constipation.

Si à ce moment on interroge la sensibilité électro-musculaire, on la trouve le plus souvent diminuée.

Le pouls s'élève, il est à 86, 88. Le patient est secoué par des frissons, tourmenté par des troubles de la sensibilité cutanée. On observe de l'œdème sur plusieurs parties du corps, œdème des pieds et des jambes, œdème du scrotum.

Cependant l'intelligence est conservée, mais elle s'affaiblit insensiblement, le malade tombe dans la somnolence ; l'insensibilité et la paralysie à tous les excitants s'accentuent de plus en plus ; la respiration s'accélère , et enfin le malade succombe.

Tous ces phénomènes ont mis à évoluer un plus ou moins grand nombre de jours, quelquefois cinq ou six jours, quelquefois quinze à vingt. Dans quelques cas ils se terminent non par la mort, mais par une rémission graduelle des symptômes et la guérison. Ils se succèdent à peu près dans l'ordre que j'ai indiqué, mais il est bien sûr qu'ils peuvent être ralentis ou précipités, que quelques-uns peuvent manquer, d'autres se surajouter; on ne peut pas tracer nettement le tableau d'une lésion accidentelle et complexe, telle que la congélation, comme on le ferait de celui d'une maladie à cycles réguliers et constants.

Dans des cas moins graves, à la suite de l'action du froid, les désordres se bornent à des paralysies partielles. Pendant une expédition d'hiver, dans la province de Constantine, un médecin militaire ayant passé un assez long temps à cheval, au milieu d'une rivière où il cherchait un gué, fut atteint d'une semiparalysie des membres inférieurs et d'une impuissance génitale complète, état qui persista pendant six mois environ, au bout desquels il fut parfaitement rétabli.

M. Vulpian a présenté à la Société de biologie un homme atteint de paralysie des muscles animés par le nerf radial, produite par l'impression du froid. Etudiant ce fait particulier, M. Vulpian a constaté la conservation de la sensibihté et la contraction des muscles sous l'influence de l'électricité; mais le nerf électrisé ne déterminait aucune contraction ; cependant il n'avait pas perdu ses fonctions, puisque la sensibilité était conservée, d'où ce physiologiste a conclu que le

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froid agit sur les plaques terminales en détruisant, comme le curare, l'union du muscle et du nerf.

Ces paralysies peuvent durer fort longtemps et, dans bien des cas, sont devenues persistantes. Larrey avait observé des faits de ce genre ; il attribuait à une sorte de désorganisation incomplète et partielle du cerveau les bémiplégies qu'avaient conservées un grand nombre de personnes après la retraite de

Russie.

Larrey a décrit, sous le nom de fièvre méningite catarrhale de congélation ei d'ataxie catarrhale de congélation, un ensemble d'accidents et de lésions qu'il a observés clicz un certain nombre de soldats. Ces accidents ne se produisaient pas pendant la période des froids aigus, mais au moment où la température s'étant peu à peu élevée était devenue plus douce, oij une chaleur modérée succédait aux froids intenses. Les premiers symptômes observés étaient des douleurs compressives dans la tête, avec perte partielle de rintclligence et des facultés, et perturbation des fonctions sensorielles ; faiblesse générale, état de semi-paralysie et de somnolence. Du côté des organes respiratoires, on constatait de l'anxiété, de la toux, avec expectoration nuiqucuse et quelquefois sanguinolente. Du côté des oi'ganes digestifs, nausées, vomissements d'abord, puis coliques et diarrhée. La peau était sèche et brillante, la fièvre était intense. Le malade était tourmenté par des crampes, des soubresauts et une sensation de chaleur mordicante aux jambes et aux pieds. On observait aussi l'injection des muqueuses, des conjonctives et de la pituitaire.

La marche de ces divers accidents était plus ou moins rapide, de même que leur intensité était variable. Une issue favorable pouvait être espérée quand la période inflammatoire était de courte durée, et la maladie se jugeait par des épistaxis, un flux dysentérique passager, quelquefois par des sueurs profuses abondantes. Lorsque l'issue devait être funeste, elle s'annonçait par des symptômes de congestion cérébrale, l'anéantissement des facultés, la torpeur de l'esprit, la perte absolue des forces; des plaques érysipélateuses ou gangreneuses apparaissaient sur différents points de la peau ; les matières alvines présentaient une teinte noirâtre, comme lorsqu'elles sont mélangées d'un peu de sang. La mort survenait, en général, du dixième au quinzième jour.

Ces accidents complexes doivent-ils être attribués uniquement à l'action du froid ? Je ne le crois pas. On doit faire, dans leur étiologie, une large part à toutes les circonstances fatales dans lesquelles se trouvaient les malheureux soldats de l'armée de Russie, à la fatigue et aux privations de tout genre.

Larrey expliquait tous ces symptômes, expliquait cette maladie par l'expansion rapide et exagérée des vaisseaux capillaires, succédant à leur contraction et à leur resserrement prolongé. La maladie commençait par la congestion des diverses membranes muqueuses, et se poursuivait par leur inflammation, inflammation des méninges, inflammation des muqueuses intestinales, d'où le nom de fièvre méningite catarrhale, qu'il lui avait donné. Du reste, Larrey lui-même n'était pas complètement édifié sur la nature de cette maladie a frigore, car il la désigne aussi dans quelques passages sous le nom de typhus.

Mécanisme de la mort par le froid. Quelques auteurs classiques ont avancé que le froid agissait essentiellement sur le système nerveux, et que la mort par congélation survenait à la suite du trouble apporté directement à l'action des nerfs. Telle était l'opinion de Boycr {Traité des jnaladies chirurgicales. Paris, 1814, t. I, p. 131). Une observation plus exacte et des expériences bien faites

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ont démontré que l'action initiale ne s'exerce pas sur le système nerveux, mais bien sur le système sanguin.

Une interprétation naturelle des phénomènes observés s'est présentée d'abord; on peut les expliquer par l'afflux dans les principaux organes du sang chassé des capillaires. Voici comment se succédaient les faits dans la théorie de la mort par congestion : contraction des vaisseaux capillaires, qui se vident complètement du sang qu'ils renfermaient, refoulement du sang en dedans, son accumulation vers le cœur et sa projection vers le cerveau, qui se refroidit moins que les extrémités; de là, congestion cérébrale et symptômes de carus et -d'apoplexie. Ainsi s'expliquent très-bien la tendance au sommeil observée à la première période des accidents de congélation, puis le trouble des fonctions, la gène des mouvements, certains phénomènes de paralysie, la perte des idées, et enfin la mort qui termine la scène. D'après cette théorie, la mort commencerait par le cem-eau. C'est à peu près la théorie proposée par Larrey, qui admettait que dans la mort par le froid le cœur est le dernier organe vivant, ullimiim moriens. De toutes façons, les auteurs s'accordaient pour trouver les causes de la mort dans les troubles de la circulation sanguine et non dans l'état anormal de l'innervation.

Les expérimentateurs ont poussé plus loin leurs investigations, recherchant le mécanisme de la mort par congélation non plus seulement dans la disposition de la masse sanguine, dans son accumulation sur différents points, mais dans les altérations moléculaires du sang lui-même. r

Selon M. A. Pouchct, « la mort (par congélation) est due au trouble qui se manifeste dans la circulation, par l'altération du sang et l'invasion de ses globules congelés, désorganisés, devenus impropres à l'entretien de la vie. Ce fait trouve une ostensible démonstration expérimentale sur les animaux qui se consei^vent vivants tant qu'on les entretient à demi congelés, et qui meurent à mesure qu'on rétablit leur température et leur circulation, et qu'on permet ainsi aux globules altérés de rentrer dans la circulation » {loc. cit.). M. Pouchet a constaté, par de nombreuses expériences, que le froid produit la contraction des capillaires, poussée à un tel point qu'aucun globule sanguin ne peut y être admis, et que les globules sont profondément altérés par la congélation. C'est la contraction des capillaires qui détermine la pâleur des organes réfrigérés, et c'est l'altération des globules du sang, dont M. Pouchet donne la description, qui

provoque les phénomènes de gangrène et la moi't.

Lorsque la congélation est peu étendue, partielle, les parties congelées tombent en gangrène, mais la quantité des globules altérés qui passent dans la circulation n'étant pas considérable, la vie n'est pas compromise. Si, au contraire, la congélation est très-étendue, un très-grand nombre de globules sont altérés, et l'individu congelé succombe plus ou moins rapidement. Enfin, dit M. Pouchet : « dans tous les cas de congélation, la mort est due à l'altération du sang et non pas à la stupéfaction du système nerveux. Il résulte de ces faits que moins on dégèle rapidement les parties gelées, moins aussi est rapide l'invasion du sang altéré dans l'économie, et plus augmentent les chances de succès pour le retour à la vie. » Nous verrons que cette conclusion est conforme aux enseignements de la pratique.

Dans un très-remarquable travail sur les gaz du sang (Archives de phys. norni. et path., décembre 1872), MM. Mathieu et Urbain ont étudié et recherché le mécanisme de la mort par le froid. Leurs expériences précises et très-habilement conduites jettent une vive lumière sur cette obscure question, et leur

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démonstration me paraît être celle qui se rapproche le plus de la vérité.

Ces expérimentateurs ont constaté d'abord que le sang artériel, quoique moins oxygéné, reste artérialisé suffisamment tant que la respii'ation persiste, quel que soit le degré de refroidissement du corps. Ce n'est donc pas au défaut d'oxygénation qu'il faut attribuer la mort, il expliquerait seulement l'état léthargique qui se produit, et qui est comparable au sommeil physiologique, à l'intensité près.

D'un autre côté, l'analyse démonti'e que le sang veineux, par sa composition, se rapproche du sang artériel, parce que la consommation de l'oxygène diminue, parce que les oxydations intimes ne se produisent presque plus. Ogston, dans une autopsie de mort par le froid, avait déjà remarqué la couleur vermeille du sang des grosses veines (Ogston, Arch. depliys., 1862, t. V, p. 633).

Sous l'inlluence du froid, les combustions diminuent et cessent, « la diminution très-prononcée des combustions sous l'inlluence du l'efroidissement du corps et de la gène circulatoire qui l'accompagne peut être considérée comme la cause de l'insensibilité et de l'inertie des animaux saisis par le froid. Le refroidissement gagne de la périphérie au centre ; quelques degrés de moins dans la chaleur centrale peuvent rendre insuffisants les échanges nécessaires à la vie et déterminer la mort. Celte manière de concevoir l'action du froid sur l'organisme oppose presque complètement la mort par refroidissement à la mort par la chaleur; car après une forte élévation de la température animale l'exagération des combustions entraîne, à un moment donné, la rigidité musculaire et l'arrêt du cœur. » C'est donc à la cessation des combustions qu'est duc la mort par le froid. »

Un autre fait est encore signalé par MM. Mathieu et Urbain, c'est la présence dans le sang artériel d'une plus grande quantité d'acide carbonique qu'à l'état normal. Cet excès d'acide carbonique, en apparence contradictoire avec le ralentissement des combustions, se produit par la difficulté que la température basse du sang et la rareté des respirations opposent à son élimination ; en même temps, sa solubilité devient plus grande, ainsi que des expériences particulières l'ont démontré [loc. cit., p. 451). Le sang artériel, ainsi surchargé d'acide carbonique, excite d'une manière anormale les filets nerveux du pneumogastrique qui animent le ventricule gauche et détermine l'arrêt brusque de cet organe, comme le ferait l'électrisation des bouts périphériques de ces nerfs.

Effets locaux. du froid. Les effets passagers du froid ne doivent pas nous occuper ; c'est ce soulèvement papuleux de la peau connu sous le nom de chaii^ de poule, c'est la congestion et la rougeur des parties exposées, telles que la face, les oreilles, les mains, c'est aussi la suractivité des sécrétions muqueuses, observée surtout aux conjonctives et à la pituitaire ; ces phénomènes, connus de tous, ne constituent pas des lésions, leur durée est celle de l'action de la cause réfrigérante, ils disparaissent avec elle sans laisser de traces de leur apparition momentanée.

Mais il n'en est pas de même de l'affection vulgairement désignée sous le nom à'engehires, que les dermatologistes ont classée dans les érythèmes, sous l'étiquette érythème pernion. La physionomie spéciale de cette affection m'engage à en faire une description particulière plutôt que de l'étudier en même temps que les congélations des premiers degrés, dont nous nous occuperons tout à l'heure.

Les engelures affectent particulièrement les parties du corps éloignées du centre de la circulation, tels que les mains, les pieds, le nez, les oreilles. La

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])eau paraît d'abord luisante et rouge, mais d'un rouge violet, elle semble tendue sur les parties sous-jacentes plus ou moins tuméfiées. L'engorgement du tissu cellulaire sous-cutané produit l'hypertrophie des parties malades, hypertrophie généralement médiocre , mais qui peut atteindre , dans quelques cas , d'assez grandes proportions : ainsi les doigts peuvent acquérir un volume double de leur volume normal. Les engelures sont le siège d'une démangeaison constante, et souvent d'une cuisson extrêmement pénible, qu'exaspèrent toujours l'élévation de la température, l'exposition à la chaleur d'un foyer.

Les engelures se terminent souvent par la résolution, après être restées plus ou moins longtemps dans un état stationnaire, mais souvent aussi elles s'ulcèrent. Lorsque l'ulcération doit survenir, on voit généralement les parties se tuméfier d'abord, la teinte violette de la peau s'accentue davantage et devient plus sombre, des phlyctènes se forment et s'élèvent, puis elles crèvent, et audessous de la place qu'elles occupaient on aperçoit une ulcération de mauvaise nature, dont le fond est sanieux et grisâtre, et dont les bords sont irréguliers et déchiquetés. L'ulcère ainsi formé s'étend peu à peu, et quelquefois il gagne en profondeur en détruisant les tissus, en produisant une véritable perte de substance.

Arrivées à cet état, sous l'influence de causes qu'il n'est pas toujours facile d'apprécier, mais qui sont souvent la malpropreté, le défaut de soin ou un traitement maladroit, les engelures peuvent devenir le siège d'accidents de la pire <;spèce. Le phagédénisme, la gangrène, s'emparent quelquefois des ulcérations et détruisent les tissus jusqu'aux parties profondes, mettant à nu les tendons, les articulations et les os. De pareils accidents sont heureusement fort rares.

Si nous cherchons dans les auteurs l'étiologie des engelures, nous trouvons partout indiqués, comme causes prédisposantes, le jeune âge, la scrofule, le tempérament lymphatique, l'appauvrissement de la constitution et toutes les circonstances qui la provoquent, telles que la mauvaise nourriture, l'insuffisance des vêtements, etc. Sans contredit, l'observation de tous les jours démontre l'influence des causes indiquées, mais il en est d'autres qui échappent à nos recherches. Il est certain, et chacun de nous a pu l'observer, qu'un grand nombre d'hommes robustes et parfaitement constitués, n'étant nullement entachés de scrofule ou de lymphatisme exagéré, vivant dans d'excellentes conditions hygiéniques, sont atteints d'engelures au retour de la saison froide, et cela presque chaque année, sans qu'aucun moyen préventif l'éussisse à les défendre contre cette contrariante infirmité. Peut-être faut-il chercher dans l'hérédité la cause de cette prédisposition fâcheuse; c'est ce que pense Marjolin, et ce qui lui a fait dire que beaucoup d'observations prouvent que les engelures peuvent reconnaître pour cause une disposition organique héréditaire. Quoi qu'il en soit, c'est surtout chez les enfants que les engelures sont communes, et il est habituel de les voir disparaître à l'époque de la puberté, et même plus tôt, vers l'âge de dix ou douze ans.

Beaucoup d'auteurs reconnaissent trois formes principales aux lésions locales produites par le froid, et admettent, avec Callisen, trois degrés de congélation. Au premier degré correspond la rubéfaction de la peau, au deuxième degré la vésication et l'altération superficielle, au troisième degré hi loumation d'eschares, la mortification des tissus.

Cette classification ressemble à celle que Boyer avait proposée pour les brûlures ; large t très-complète, elle peut convenir à la pathologie générale qui

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signale les vues d'ensemble, mais elle n'est pas assez détaillée pour la clinique <|ui fouille et lecherclie les faits particuliers. Nous adopterons la classification proposée par M. Legouest, qui rapporte les congélations à cinq degrés.

« Le premier, constitué par l'engelure, toujours facile à diagnostiquer, et ne méritant pas, à proprement parler, non plus que le suivant, le nom de congélation '■ ;

Le second, indiqué par des phlyctènes ou des épanchements sanguins avec ou sans ulcérations consécutives ;

Le troisième, présentant des eschares peu profondes n'intéressant que le derme ou la partie la plus superficielle des muscles sous-jacents ; différence impossible à diagnostiquer à priori ;

Le quatrième, intéressant, rarement d'une manière unifoi'me, les muscles et le tissu cellulaire intermusculaire à une plus ou moins grande profondeur ; le plus souvent dans plusieurs endroits séparés, quelquefois voisins, quelquefois à une assez grande distance les uns des autres ;

Le cinquième, frappant les membres de mort dans la totalité, soit d'emblée, soit consécutivement. »

Le docteur Valette, dans un mémoire sur les congélations, adopte une classification analogue, qui ne présente avec celle-ci (jue quelques différences de détails.

Premier degré. Nous ne revenons pas sur les engelures qui, dans leur état de simplicité, représentent un type des gelures du premier degré. M. Legouest a observé une autre forme de gelures du même ordre, caractérisée par un épaississement notable du derme et du tissu cellulaire, avec coloration rouge brun, plus ou moins étendue, se remarquant surtout à la face dorsale des pieds et à la face externe des jambes. Cet état s'accompagne de la rigidité de la peau et de la perte de la sensibilité dans les parties atteintes; les mains perdent le sentiment du toucher, les pieds perdent la sensation du sol sur lequel ils reposent.

Les parties atteintes sont le siège tantôt de douleurs assez vives, analogues à celles de la brûlure, tantôt d'un sentiment pénible de piqûres et de fourmillement. Valette a observé, dans quelques cas de ce genre, des suffusions sanguines dans l'épaisseur du derme, mais il les attribue plutôt à une influence scorbutique qu'à l'action isolée du froid.

M. Legouest donne à ces accidents le nom d'engelures chroniques. Dans la plupart des cas observés la guérison s'effectue avec beaucoup de lenteur, la sensibilité revenant la dernière, quelquefois après une période de cinq à six mois.

Deuxième degré. Ce qui caractérise les congélations du deuxième degré, c'est la formation de phlyctènes renfermant de la sérosité pure ou sanguinolente. Ces phlyctènes, d'abord entoui^ées d'une auréole rouge qui les délimite exactement, laissent à nu, lorsqu'elles disparaissent, tantôt un nouvel épidémie rosé et délicat, tantôt des ulcérations plus ou moins profondes, le plus souvent grisâtres et insensibles. Mais le contenu des phlyctènes n'est pas toujours de la sérosité ou un liquide séro-purulent, il peut être aussi du sang pur. Les épanchements sanguins de ce genre, quelquefois très-vastes, s'étendent en nappes sous l'épiderme auquel ils donnent une coloration noire. Le sang qu'ils renferment, assez visqueux les premiers jours, se prend ensuite en une masse solide qui ne se détache que lentement, laissant au-dessous d'elle le derme reconstitué ou ulcéré ;

' Nous nous sommes expliqué, au commencement de cet arlicle, sur la valeur et la portée du mot congélation.

524 CONGÉLATION (pathologie).

dans ce dernier cas, on observe souvent des ulcères bourgeonnants, saignant facilement et fournissant une suppuration abondante et fétide.

Cette forme de congélation peut être confondue avec la forme momifique, dont nous parlerons bientôt ; c'est lorsque l'épancbement sanguin, occupant les orteils, a pris une consistance dure et résistante. Nous ne faisons que signaler en ce moment cette difficulté de diagnostic, sur laquelle nous reviendrons quand toutes les formes de congélation nous seront connues.

Troisième degré. Les congélations de ce degré sont caractérisées par la mortification, la formation d'eschares. On remarque sur les parties atteintes des taches noires, d'une étendue variable, qui sont des cschares molles apparaissant à travers la transparence de l'épiderme. Les points sur lesquels on les a le plus souvent observées sont le talon, le gros orteil, les saillies formées par les tubérosités des os du pied. Ces eschares sont fort longues à se détacher, et quand elles tombent on trouve au-dessous d'elles tantôt des ulcérations fongueuses, bourgeonnantes, recouvertes de quelques taches gangreneuses, tantôt des tissus rougeâtres secs et lisses, comme certaines plaies anciennes ; leurs bords sont quelquefois frangés, découpés, amincis et décollés, d'autres fois ils sont durs, élevés, taillés à pic et nettement circonscrits. Dans tous les cas la cicatrisation de ces ulcères ne s'opère que difficilement, et avec une extrême lenteur.

Les congélations de cet ordre ont été fréquemment observées à l'armée de Crimée ; elles étaient plus ou moins accentuées, c'est-à-dire qu'on trouvait un ou plusieurs points de mortification sur un même pied ; elles étaient à peine douloureuses. Lorsqu'elles siégeaient au niveau des saillies osseuses, sur des parties molles peu épaisses, le plus souvent l'os était altéré, au moins à sa surface ; de même, lorsque c'était au niveau d'une articulation, celle-ci était souvent ouverte par la chute de l'eschare. Au voisinage des ongles elles produisaient quelquefois un phénomène digne de remarque : les fongosités soulevaient et renversaient l'ongle, dont la direction alors changée devenait perpendiculaire, état qui se continuant après la guérison rendait la marche difficile et douloureuse et gênait beaucoup, comme on le comprend, le port de la chaussure.

Quatrième degré. Les congélations du quatrième degré diffèi'ent de celles du troisième par la plus grande profondeur à laquelle atteignent les ulcérations. Lorsque l'action du froid a été très-intense ou très-prolongée, les parties exposées se colorent en bleu livide, elles sont légèrement tuméfiées, paraissent œdémateuses, conservent l'empreinte des doigts, semblent imbibées de liquide, et perdent toute sensibilité. Peu à peu, lentement, elles se ramollissent, deviennent fluctuantes dans l'étendue des atteintes du froid, étendue marquée par une tache noire, puis les téguments se rompent, et laissent à découvert un foyer plein de détritus gangreneux, d'où s'écoulent du sang noir, de la sanie purulente et du pus. Ces foyers siègent dans le tissu cellulaire sous-cutané, et aussi dans le tissu cellulaire intermusculaire, dans le tissu musculaire lui-même, au milieu duquel ils creusent des sortes de cavernes. Ils sont souvent le point de départ de fusées purulentes, le pus gagnant de proche en proche le long des intervalles intermusculaires, ou le long des gaines des muscles ou des vaisseaux. Quelquefois le foyer gangreneux est parfaitement limité, ne dépasse pas la surface de ses parois, mais dans les points qu'il occupe tous les tissus sont gangrenés et détruits, les vaisseaux mêmes sont souvent altérés, d'où résultent des hémorrhagies plus ou moins abondantes. M. Legouest compare ces foyers à ceux que forment les tumeurs charbonneuses à leur dernière période.

CONGELATION (pathologie). 525

Une autre forme de congélation de ce degré, très-bien décrite par Valette, a aussi été observée : elle est caractérisée par la momification des tissus congelés, en particulier de la pulpe des orteils et des doigts. Au début on constate seulement la rougeur sombre et le durcissement des doigts, puis au bout de huit à dix jours surviennent de vives douleurs, et la pulpe des doigts est devenue noire, dure, résistante et insensible au toucher. Les parties mortifiées ne se séparent qu'après six à huit semaines, et on aperçoit au fond de la plaie les os • ou les tendons dénudés. Dans quelques cas la réparation peut être obtenue par la formation d'un tissu cicatriciel, dans d'autres les os altérés consécutivement se nécrosent et doivent être éliminés.

Cinquième degré. Ce degré de congélation est caractérisé par le sphacèle complet d'un membre ou d'une portion de membre.

La gangrène d'un membre par congélation se présente sous deux formes, gangrène sèche et gangrène humide.

Dans la gangrène sèche, le début ressemble à celui des congélations du premier degré. La peau, d'un rouge pâle, est tantôt sèche et lisse, tantôt un peu tuméfiée ; l'épiderme se détache facilement, les tissus paraissent un peu crispés, on les compare à ceux des noyés qui ont séjourné longtemps sous l'eau ; les phlyctènes n'apparaissent que rarement, elles sont toujours peu nombreuses. Puis la partie malade se dessèche, devient complètement insensible, et prend une couleur noirâtre. La dessiccation du membre, il s'agit toujours des pieds, commence par les orteils, et s'avance de proche en proche jusqu'à un sillon éliminateur qui sépare des tissus vivants les parties mortifiées ; celles-ci deviennent dures, sèches, résistantes et sonores comme du bois, en même temps qu'elles diminuent de volume. La gangrène envahit une étendue plus ou moins grande du pied et de la jambe ; M. Legouest ne l'a jamais vue dépasser la partie inférieure du mollet, c'est-à-dire le lieu où le tendon d'Achille se détache des jumeaux et du soléaire. Ce même auteur a remarqué que le début de la gangrène, de la dessiccation des membres, varie suivant l'âge, la force, la constitution et la race des individus ; ainsi, chez les nègres il a été de moitié plus hâtif que chez les hommes de race blanche.

Au delà du sillon d'élimination les parties vivantes ne se comportent pas toujours de la même manière ; tantôt on remarque sur le bord du sillon une légère rougeur des téguments dans une étendue de un ou deux centimètres, et audessus les tissus paraissent sains ; tantôt on observe la turgescence, l'empâtement, la rougeur lie de vin, sur un espace de quinze à vingt centimètres au delà du cercle éliminateur. Dans ce cas les parties encore vivantes sont néanmoins altérées, elles sont très-sensibles, très-délicates, et un traumatisme, même léger, la pression d'un appareil de pansement grossier, l'action de l'instrument tranchant, y développent rapidement des points gangreneux.

Dans la forme humide, les phlyctènes sont nombreuses et étendues dès le début, le derme se ramollit, prend une couleur bleuâtre, laisse suinter un liquide sanieux et gluant, les tissus sont infiltrés et empâtés ; puis la sensibilité s'éteint, la chaleur disparaît, et l'on voit se former des eschares molles, spongieuses, d'une- épaisseur variable, qui se détachent lentement au milieu d'une suppuration fétide et abondante, laissant à nu les os c{u'elles recouvraient.

Les deux formes de gangrène que nous venons de décrire se sont manifestées d'une manière différente. Dans les cas de gangrène d'emblée, les hommes, après

526 CONGELATION (pathologie).

avoir passé quelques heures, les pieds dans la neige fondue, à la tranchée le plus souvent, ne pouvaient plus marcher, ne pouvaient plus même se tenir debout ; ils disaient qu'ils ne sentaient plus leurs pieds, on devait les transporter. Au bout de quelques jours on observait chez eux les phénomènes de la gangrène sèche, phénomènes parfaitement localisés et délimités.

Les gangrènes humides ont paru produites par l'action d'une cause agissant avec moins de violence et moins d'intensité. Les tissus n'ont pas été tout de suite frappés de mort, mais ils ont été progressivement altérés, ils ont été mis dans un état incompatible avec la vie, comme cela arrive dans certaines contusions. Les parties atteintes ne perdaient pas immédiatement toute sensibilité, leurs fonctions pouvaient encore s'exécuter pendant quelque temps, jusqu'au moment où se manifestaient les phénomènes que nous avons décrits.

M. Legouest, dont je me plais à citer souvent l'autorité, a toujours observé un fait très-important, et sur lequel il insiste, parce que les relations des congélations de Bou-Thaleb (Algérie, 1845) rapportent des faits contraires à ceux qu'il a vus, c'est que ces gangrènes de congélation, quelle que fût leur forme, n'ont jamais été envahissantes, n'ont jamais marché avec la rapidité des gangrènes traumatiques ; c'étaient, dès le moment de leur manifestation, des gangrènes limitées et bien circonscrites.

Dans l'étude que nous venons de faire, nous avions constamment en vue, comme on a dû le rémarquer, les congélations des membres, des pieds et des mains, qui sont de beaucoup les plus communes. Mais nous ne devons pas omettre de signaler d'autres congélations, bien complètes aussi, observées surtout dans les contrées glaciales, par des températures très-basses, je veux parler de la congélation du nez, des oreilles et même des joues.

On ti"ouve, non-seulement dans les ouvrages spéciaux, mais dans les récits des voyageurs, une histoire assez commune, celle d'individus qui, s'exposant à des froids rigoureux, surtout lorsque l'air est violemment agité par le vent, ont eu les oreilles ou le nez gelés. Ces effets du froid ont été très-bien décrits par Bégin, dans le Dictionnaire de médecine et chirurgie pratiques. Les parties exposées pâlissent rapidement, prennent la couleur de la vieille cire blanche, et deviennent insensibles et inertes, sans que le patient s'en aperçoive, si bien que, s'il n'a pas auprès de lui des compagnons qui reconnaissent son état et lui apportent de prompts secours, il risque fort de subir une congélation complète. Les parties atteintes ne sont pas immédiatement frappées de mort, et la vie peut y être rappelée, mais il faut surtout redouter en pareil cas le danger d'une réaction trop vive et trop rapide, qui étoufferait les derniers germes de vitahté, et provoquerait les phénomènes de la gangrène.

Que les choses aient été abandonnées à elles-mêmes, ou qu'une médication intempestive soit maladroitement intervenue, dans plus d'un cas malheureux on a observé le sphacèle des organes ainsi exposés.

L'évolution des lésions locales produites par le froid ne se développe pas sans provoquer des accidents morbides généraux ; je parle des congélations profondes et non de celles, des deux premiers degrés. Tout en faisant la part de l'action générale du froid, on a reconnu que les congélations locales, déterminaient souvent des phénomènes pathologiques du côté du cerveau, un affaiblissement de l'intelligence, une certaine torpeur, la tendance au sommeil ; chez les congelés c'est à peine si la fièvre s'allume, il semble que tout l'organisme soit déprimé ; mais le fait le plus constant, c'est l'apparition d'accidents abdominaux, c'est la

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diaiTliée et quelquefois la dysenterie. Chez les congelés de l'année de Crimée la diarrhée a été presque toujours constatée, et chez les hommes dont les pieds étaient entièrement congelés elle a été incoercible, jusqu'à la mort du malade. On peut dire qu'aucun de ceux qui étaient atteints d'une congélation complète des membres inférieurs n'a survécu.

Lorsque les congélations s'observent au milieu d'une grande agglomération d'hommes soumis à de nombreuses influences délétères, comme cela s'est passé pendant la guerre de Crimée, elles sont influencées par les maladies intercurrentes, infectieuses le plus souvent, et les influencent à leur tour. Le typhus et le scorbut ne sont pas sans action sur les plaies de congélation, et en même temps la réunion dans un vaste hôpital d'un grand nombre de plaies sanieuses, fétides, telles que les plaies gangreneuses des congélations, devient une source de miasmes et de germes infectieux.

Dans les hôpitaux de Constantinople, les maladies qui sont venues le plus souvent compliquer les congélations ont été la diarrhée, la bronchite et la pneumonie, le scorbut, le typhus, quelquefois'^ des hydropisies ascites, et dans quelques cas plus rares le tétanos.

Marche. La lenteur de la marche des accidents locaux de congélation est un fait remarquable. L'exercice des fonctions et le retour à l'état sain de la. peau après les congélations des deux premiers degrés, et la cicatrisation des plaies succédant à celles des autres degrés, se font très-longtemps attendre. Dans bien des cas, sans doute, on peut attribuer à l'état général du malade la cause de cette lenteur, mais il est juste aussi de la rechercher dans la diminution de la vitalité des tissus, dans les obstacles que rencontre la circulation des vaisseaux capillaires, dont la puissance de contractilité a été diminuée par le froid, et peut-être dans une altération du sang mal définie. Ce qui prouve que la circulation s'exécute mal dans ces cas-là, c'est l'infiltration séreuse des tissus congelés, analogue à celles qu'on observe dans toutes les circonstances où le mouvement du sang est gêné.

Pronostic. Après tout ce que nous avons dit je n'aurai pas à insister beaucoup sur le pronostic des congélations, pronostic très-variable, comme on peut en juger déjà.

Les congélations générales sont extrêmement graves, elles entraînent souvent une mort rapide, et si elles ne tuent pas tout de suite, elles apportent dans la constitution des troubles tels, que la mort, à une époque plus ou moins rapprochée, ou des infirmités incurables, en sont bien des fois la conséquence. Mais ce n'est pas à dire que tout congelé soit fatalement perdu ; tout dépend de l'intensité de l'action du froid, de sa durée, de la résistance vitale des sujets, et aussi de la rapidité et de la sage opportunité des secours.

Le pronostic des congélations locales est assez grave aussi ; d'abord au point de vue de l'existence. Bien entendu, les légères congélations des premiers degrés ne compromettent pas la vie ; mais les congélations profondes, avec gangrène, constituent des lésions fort dangereuses, et exposent les malades à tous les accidents dont les surfaces suppurantes sont le siège ou l'origine. Les plaies de congélation ont peu de tendance à la guérison, elles suppurent longtemps et abondamment, elles sont de mauvaise nature, imbibées de liquides sanieux, entourées de détritus gangreneux, et, par suite, éminemment propres à développer la fièvre hectique ou des maladies infectieuses. Enfin, dans bien des cas, les seuls moyens de traitement qu'on puisse leur opposer sont des opé-

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rations graves, résections ou amputations, qui mettent toujours en jeu la vie du patient.

En Crimée, avons-nous dit, les hommes atteints d'une congélation des deux pieds, jusqu'au niveau des malléoles, ont succombé, à très-peu d'exceptions près ; de même, lorsque le spliacèle frappait les deux avant-pieds, le pronostic était très-défavorable.

Les congélations des mains paraissent être moins graves que celles des pieds. Valette raconte que sur trente-deux hommes atteints de congélations aux mains, à tous les degrés, il n'a eu à déplorer que deux décès, tandis que sur trois cents vingt-neuf cas de congélation aux pieds, traités pendant le même laps de temps, il y en a eu quatre-vingt-dix-neuf suivis de mort.

Au point de vue des fonctions des organes et des mutilations le pronostic est fort sombre. On observe, à la suite des congélations, la perte d'un ou plusieurs orteils, d'un ou plusieurs doigts ; on observe aussi des déformations des membres, des pertes de substance, des cicatrices vicieuses, des ankyloses, etc.

Répétons encore que le danger des congélations dépend aussi du milieu dans lequel elles se produisent ; il convient d'établir une grande différence entre les congélations isolées et celles atteignant à la fois un grand nombre d'hommes qui devront être réunis dans les mêmes hôpitaux où leur agglomération produira un foyer d'infection, entre les congélations qui frappent un individu en bonne santé et celles qu'on observe sur des hommes dont la constitution est affaiblie par des fatigues et de longues privations, qui vivent dans de mauvaises conditions hygiéniques et au sein d'une atmosphère de maladies épidémiques telles que le typhus et le scorbut.

Diagnostic. Il est facile de constater la congélation d'une partie, mais il n'est pas possible, lorsque la congélation est récente, de reconnaître les limites de l'action du froid, de déterminer le degré de la lésion. Au moment de la congélation ou peu de temps après les symptômes sont semblables, quelle que soit la profondeur du mal. La vitalité n'est pas immédiatement éteinte dans un membre congelé, et un traitement convenable peut la rappeler dans certaines parties, qui périraient abandonnées aux seuls efforts de la nature. Il faut se rappeler que la marche des accidents locaux de congélatien est lente. Dès le deuxième ou le troisième jour les phlyctènes peuvent apparaître, on reconnaîtra le deuxième degré ; mais il faut, en général, dix à quinze jours pour que les eschares se dessinent et se forment, et ce n'est qu'à ce moment qu'on pourra constater la mortification, ou le troisième ou quatrième degré, encore ne sera-t-il pas toujours possible de se rendre compte de la profondeur des lésions.

La nature des phlyctènes, leur étendue considérable, le suintement visqueux des parties dénudées, la couleur bleuâtre du derme, permettront de diagnostiquer le cinquième degré, le différenciant du deuxième dans lequel des phlyctènes existent aussi.

Ce n'est que lors de l'apparition du cercle brunâtre qui deviendra le sillon de séparation qu'on sera certain d'avoir affaire à une congélation du cinquième degré. Ajoutons que la persistance de la couleur blafarde de la peau des parties atteintes, de l'abaissement de leur température, de la perte de leur sensibilité, et aussi de leur endolorissement aigu, sont autant de signes qui annoncent leur sphacèle complet.

Nous avons signalé certains épanchements sanguins, surtout à la pulpe des doigts et des orteils, qui se manifestent dans des cas de congélation du deuxième

CONGELATION (pathologie). 529

degré ; leur couleur brunâtre, leur dureté ligneuse dans quelques cas, pourraient en imposer pour des phénomènes de gangrène sèche ; l'attention du chirurgien devra être ajipclée sur ce point, car une erreur de diagnostic pourrait faire entreprendre une opération inutile et fâcheuse, si l'on se décidait à intervenir avant l'apparition du sillon d'élimination.

Quant aux phénomènes morbides généraux provoqués par l'action du froid, ils n'offrent aucun caractère spécial, et le diagnostic de la cause qui les a })roduits se tirera surtout des conimcmoratifs.

ÂNATOMiE TATHOLOGiQUE. Congélations générales. Les autopsies d'individus congelés ne sont pas très-nombreuses, et les lésions observées chez eux, quoique présentant beaucoup de traits ressemblants, ne sont pas absolument identiques ; le scalpel n'a pas pu découvrir une lésion spéciale à la mort par le froid, une sorte de lésion pathognomonique. On ne trouve dans les auteurs que peu de relations d'autopsie rigoureusement faites. Il semble que ceux qui observaient étaient imbus de cette idée que le sang, ayant dû se retirer ' des capillaires où il ne pouvait plus circuler, s'était amassé dans les gros vaisseaux et les organes profonds, et que, par conséquent, on devait trouver les lésions produites par la congestion sanguine. Tout cela est fort vague.

Je trouve d'abord une différence dans les constatations de l'état du sang .-ainsi, Larrey dit qu'à l'ouverture des cadavres il a observé que les gros vaisseaux (jtaient pleins de sang noir, que les sinus de la dure-mère regorgeaient de san noir et coagulé, tandis que Ogston, dans quatre cas bien détaillés, a reconnu que le sang était d'une couleur claire et vermeille dans les vaisseaux, le cœur et les autres organes. Pour Ogston, la couleur vermeille du sang des individus qui ont succombé à la congélation est un fait important et caractéristique ; impor- . tant parce qu'il indique l'oxygénation du sang veineux, et nous avons vu que MM. Mathieu et Urbain ont tiré bon parti de cette observation pour corroborer leur théorie de la mort par le froid ; caractéristique, parce qu'on doit le retrouver dans tous les cas. Les observations d'Ogston, complètes et détaillées, me paraissent plus sûres que l'opinion de Larrey qui écrivait de souvenir.

Voilà donc pour les altérations du sang. Quant à sa distribution dans les différents organes, on a remarqué son abondance dans les cavités du cœur, et aussi dans les gros vaisseaux, lesquels étaient souvent remplis de concrétions polypeuses (Copland, voy. Dibliogr.). On a remarqué aussi l'état congestif des organes thoraciques et abdominaux.

Nous allons passer en revue les principaux organes, présentant sous la forme d'une autopsie unique le résumé des différentes autopsies que nous avons trouvées dans les auteurs (Larrey, Copland, Ogston, Auguste Voisin, etc.).

Cerveau. Les lésions des méninges sont signalées dans tous les cas ; on les a vues recouvertes de plaques opalines à la convexité et à la base, recouA'ertes d'une couche blanchâtre de substance albumineuse, quelquefois épaissies, quelquefois réunies par des adhérences, sillonnées par des vaisseaux gorgés de sang ; dans aucun cas on n'a constaté à leur surface des points de suppuration. La substance cérébrale tantôt n'était nullement altérée, mais d'autres fois elle a paru ramollie en différents points. Dans quatre autopsies Ogston a trouvé le cerveau exsangue et les sinus vides.

Moelle. Méninges normales, ou recouvertes de produits plastiques dans une étendue variable, demi-opaques en quelques endroits. Moelle ramollie, en bouillie..

DICT. ENC, XLX. 54

550 CONGELATION (pathologie).

gris rougeâtrc, surtout vers les parties centrales, sur une longueur de un à quelques centimètres.

Cœur. Rempli de sang; orifices sains; dans deux cas remarquablement gras.

Poumons. Congestionnes ; écume dans la trachée et les bronches.

Foie. Jaunâtre, recouvert de plaques graisseuses, d'une consistance moins; ferme qu'à l'état normal.

Reins. Décolorés et jaunâtres ; vessie pleine d'urine.

Intestins. Suffusion sanguine dans l'estomac ; injection séreuse et sanguine de la muqueuse intestinale. Dans aucun cas on n'a trouvé d'ulcérations à sa surface.

Congélations locales. L'état des parties n'offre rien de particulier dans les congélations des premiers degrés, où l'on observe le durcissement de la peau, quelquefois du tissu cellulaire, des phlyctènes et des ulcérations superficielles.

— Dans les congélations plus profondes on trouve, s'il s'agit de la forme humide, les eschares molles et plus ou moins épaisses, et une infiltration séreuse et purulente du tissu cellulaire dans ses différentes couches, au-dessous de la peau et autour des muscles et des vaisseaux ; on remarque des fusées gangreneuses qui se dirigent en différents sens, et aboutissent le plus souvent à des foyers de détritus mortifiés, ou à des ulcérations. Les nerfs et les artères peuvent se reconnaître, et n'ont souvent subi que peu d'altérations ; cependant les artères ont été vues, dans bien des cas, transformées en cordons aplatis,, sans trace de cavité intérieure ; quelquefois les parois des artères ont été rompues, ouvertes sur quelques points. Les os sont raréfiés et ramollis, leurs cavités aréolaires sont remplies d'un liquide jaunâtre, souvent sanieux ou purulent ; ils se laissent facilement entamer par l'instrument tranchant. Lors même qu'une certaine épaisseur de tissus sains séparait les os des surfaces sphacélées, ils sont plus ou moins altérés, subissant l'impression du voisinage de la gangrène ; les os dans cet état paraissent condamnés à la nécrose, la carie ou l'ostéite.

MM. Lcgouest et Tholozan ont souvent remarqué dans l'épaisseur du tissu cellulo-adipeux de la plante des pieds, chez les hommes qui n'avaient eu que qiiel- (jues orteils congelés, ou dont les pieds étaient à peine entamés, de petits épanchements sanguins, dont le volume variait de celui d'un grain de mil à celui ilu fruit de l'épine-vinette, auquel ils ressemblaient beaucoup. Ils ont trouvé des épanchements analogues autour des ulcérations et des eschares, et sur les membres atteints d'engelures chroniques. Cet état pouvait être attribué à l'in- (luence prolongée du froid, mais il semble qu'on peut le rattacher, avec juste raison, à l'influence scorbutique.

Chez la plupart des sujets qui ont succombé on a trouvé, à l'autopsie, des lésions intestinales, lesquelles, je m'empresse de le dire, ne présentaient aucun caractère spécial qui pût- en faire des lésions pathognomoniques des congélations ; elles ne sont nullement comparables aux ulcères du duodénum, que Curling a observés et décrits dans les cas de brûlures ; c'étaient les lésions ordinaires de la diarrhée rebelle.

Il était intéressant d'étudier l'état des parties dans les congélations anciennes ; j'ai eu plusieurs fois occasion de le faire sur des soldats de l'armée de la Loire, longtemps, six mois, un an, après le début des accidents. Je parle de ceux chez lesquels les lésions locales n'étaient pas encore guéries, après avoir passé par la

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série des phénomènes pathologiques que nous avons indiqués. C'étaient des congélations des pieds.

On observe une plaie ulcéreuse, de forme irrégulière, modelée sur ce qui reste des parties contiguës à celles qui ont été détachées par la gangrène ; des îlots de peau, comme greffés à la surface de l'ulcère, persistent parfois sur quelques points. La peau environnant la plaie est blanchâtre, comme cartilagineuse, ressemblant à celle qu'on voit aux bords des vieux ulcères. En la disséquant on reconnaît qu'elle est considérablement épaissie, et qu'elle recouvre immédiatement une couche de graisse plus ou moins profonde, à laquelle elle adhère intimement. 11 n'existe plus de tissu cellulaire sous-cutané. Les faisceaux aponévrotiques sont le plus souvent indistincts et confondus. Sur quelques points aussi la peau est fortement adliérenle et étroitement unie aux os sous-jacents.

Les muscles voisins ont subi, au moins en partie, la dégénérescence graisseuse ; il devient impossible de les isoler, de les distinguer les uns des autres, et même de reconnaître la direction de leurs fibres. Les tendons eux-mêmes sont quelquefois transformés en graisse, et ne peuvent être suivis.

Les vaisseaux sont généralement diminués de volume ; souvent les pai'ois des artères paraissent épaissies, et leur calibre s'est sensiblement rétréci. Quand on suit les artères, en se rapprochant des parties ulcérées, on reconnaît que leur tissu devient blanchâtre, et qu'elles se transforment en cordons aj)latis se perdant dans les tissus lardacés qui environncnf^'ulcère. Les parois des veines sont également épaissies, et, de même que les artères, les veines se terminent par un cordon fibreux.

Quant aux nerfs, ils sont le plus souvent ramollis et graisseux, ils s'isolent mal des tissus environnants ; leur volume peut être considérablement augmenté. Dans l'autopsie d'une jambe amputée au tiers inférieur, pour des lésions dues à une congélation ancienne, nous avons trouvé le nerf tibial plus que doublé de volume, à partir de la gouttière du calcanéum, bien qu'il se fût divisé en plantaires. Le nerf plantaire interne était à ce niveau aussi gros qu'un des tendons du fléchisseur du pied à l'état normal. En le suivant jusqu'à sa terminaison, ce qui n'était pas facile parce que son aspect ne différait pas beaucoup de celui des tissus voisins, nous avons vu qu'il se terminait près de la plaie ense renflant légèrement, et en envoyant quelques fibres ténues dans la graisse. L'augmentation de volume existait sur une longueur de cinq ou six centimètres, l^n sectionnant ce nerf on put voir qu'il se composait de deux parties : 1" une partie périphérique blanche et dure ; 2" une partie interne grise et molle, ressemblant à la graisse des tissus voisins.

Les articulations et tous les tissus articulaires sont aussi singulièrement désorganisés. Les ligaments disparaissent et sont remplacés par de la graisse grise ou jaunâtre, souvent demi-fluide ; on ne trouve plus de traces des membranes synoviales ; les cartilages d'incrustation ont également disparu, quelquefois ils sont ossifiés, ou bien ils sont convertis en tissu fibreux formant de minces lamelles qu'une légère traction sépare sans trop de peine des tissus osseux sous-jacents.

Les os présentent des modifications diverses dans leur forme et dans leur substance propre. J'ai remarqué sur les os du pied des changements de forme analogues à ceux qu'on observe parfois après certaines amputations partielles ; cela ne doit pas surprendre, puisque la mortification peut avoir détaché quelques parties, comme l'aurait fait le couteau du chirurgien. On retrouve dans

552 CONGÉLATlOiN (pathologie).

CCS cas les effets produits par la rétraction des muscles et par celle des cicatrices.. Les petits os, ou ceux d'un médiocre volume, comme ceux de la main et du pied, n'ont plus leur configuration normale ; sur quelques points ils sont usés par la pression qu'ils exercent les uns sur les autres, sur d'autres points ils sont plus ou moins renflés et épaissis. Leur direction normale est aussi modifiée en sens divers ; ils sont ankylosés entre eux, et forment en certains endroits une sorte de masse confuse, au milieu de laquelle on l'econnaît fort difficilement leur aspect primitif et particulier.

Le tissu osseux peut être profondément altéré. Dans les os courts, l'astrao^ale et le calcanéum en pai-ticulier, on a constaté une augmentation de ,1a vascularité, un ramollissement extrême du tissu spongieux, de la suppuration et des pertes de substances déterminées par la raréfaction de l'os. La masse intérieure de ces os, compacte à l'état normal, peut être remplacée par une cavité, à peu ])rcs vide ou remplie de substance graisseuse, recouverte par des parois minces que le scalpel traverse facilement.

Voici ce que j'ai observé dans l'autopsie dont j'ai parlé plus haut, qui résume assez bien ce que d'autres autopsies m'ont également montré. Le périoste du tibia et du péroné était notablement épaissi dans toute la portion inférieure de ces os ; en remontant il se rapprochait peu à peu de l'état normal. Il renfermait des vaisseaux assez volumineux, dont les parois étaient épaissies, comme celles des artères principales* du membre. A sa surface l'os était rouge violacé, et présentait des pertuis nombreux par où s'écoulait du sang noir. En avant et en arrière, il y avait comme un boursouflement de l'os qui faisait saillie sur une longueur de quatre à cinq centimètres ; c'était une lamelle d'os nouveau, très-mince et très-poreuse, facilement dépressible, juxtaposée à l'os ancien. Ces désordres n'existaient qu'à la partie inférieure du tibia et du péroné ; les lésions dues à l'ostéite disparaissaient insensiblement, se perdaient sans ligne de démarcation bien tranchée ; ces os devenaient sains à huit ou dix centimètres au-dessus de l'interligne articulaire.

En sectionnant la pièce longitudinalement, de manière à avoir une moitié antérieure et une postérieure, nous avons pu constater qu'à la partie supérieure la moelle était jaune, et ne présentait pas de signes d'inflammation, mais un peu plus bas elle devenait difflucnte, graisseuse, et prenait une teinte grise très-accusée. Le tissu spongieux de la diaphyse du tibia était rouge et fortement injecté ; le tissu compacte était blanc et dur. Quant à l'épiphyse, il n'en était pas de même ; à l'intérieur le tissu osseux était jaune, graisseux, ramolli et friable; le tissu comi)acte avait conservé sa résistance, et dans quelques points présentait de petits séquestres nécrosés.

Traiteme.nt. Congélations générales. Le premier enseignement qui ressort ])ien évident de toutes les observations et de tous les faits de congélation, c'est qu'il ne faut pas approcher les malheureux congelés d'un foyer de chaleur, c'est qu'il ne faut pas les transporter dans une chambre chaude. On ne saurait trop insister sur les dangers que pi-ésentcnt de tels moyens d'agir, parce que précisément un mouvement instinctif porte à réchauffer le plus tôt possible ceux que le froid a abattus.

Je crois inutile de citer beaucoup d'exemples à ce propos ; on en trouve en grand nombre dans les écrits des auteurs, dans les récits des voyageurs. Des soldats, en sentinelle, raidis par le froid, ont été transportés par leurs camarades dans des corps de garde surchauffés, comme ils le sont généralement, et

CONGÉLATION (pathologie). 535

n'ont été momentanément rappelés à la vie que pour succomber rapidement ; des voyageurs retirés de la neige dans laquelle ils étaient engloutis ont été couchés dans des lits bien chauds, enveloppés de linges chauds aussi, et sont morts en assez peu de temps. Je le répète, de pareilles pratiques sont éminemment dan-

gereuses.

Le traitement de la congélation doit chercher à rappeler peu à peu et proo^ressivement la chaleur dans les tissus et les organes. Pour atteindre ce but il convient de faire des frictions soit avec de la neige, soit avec de l'eau froide, ou simplement des frictions sèches, si l'eau ou la neige manquaient. L'individu congelé sera mis à couvert dans une chambre d'une température peu élevée, on le déshabillera rapidement, on l'étendra sur un lit, et on fera sur tout le corps des frictions rapides avec la neige, ou de l'eau froide; puis, à mesure qu'on obtiendra la rubéfaction de la peau, qu'on verra quelques mouvements s'effectuer, la vie reparaître, on remplacera ces frictions humides par des frictions sèches, qui devront être faites longtemps de suite. Il sera bon, comme on le fait dans les cas d'asphyxie, d'exciter la pituitaire par des titillations et l'approche des vapeurs d'ammoniaque. Dès que le patient pourra avaler on lui administrera quelques cuillerées de liquides alcooliques et excitants, à une température moyenne de 20" à 25» ; s'il est assez revenu à lui pour pouvoir marcher, il faudra lui faire faire quelques mouvements en le soutenant et en dirigeant ses pas. En résumé, on doit s'efforcer de réchauffer le congelé par le réveil de sa chaleur physiologique, et non par l'apport de la chaleur artificielle. Dans son lit on le couvrira d'abord d'une couverture légère, et ce ne sera qu'assez longtemps après le moment où il paraîtra revenu à la vie qu'on l'enveloppera de couvertures de laine, et qu'on lui donnera des boissons chaudes, excitantes et aromatisées.

La réaction sera "surveillée avec soin; car des congestions viscérales, pulmonaires, encéphaliques, peuvent se produire ; on les combattra par les moyens connus.

Les états pathologiques consécutifs à la congélation, les maladies de poitrine, les diarrhées, les paralysies, etc., qu'on a observés dans quelques cas, n'offrent pas d'indications particulières de traitement en relation avec la cause qui les a produits, ils rentrent dans le domaine de la thérapeutique habituelle de ces diverses affections.

Congélations locales. Engelure. L'engelure est une affection extrêmement rebelle, aussi lui a-t-on opposé un très grand nombre de moyens de traitement. Ces moyens diffèrent suivant le degré où elle est parvenue. A la période érythématheuse il convient d'user des excitants : lotion avec le vin aromatique chaud, l'eau-de-vie camphrée, les solutions d'alun, de tannin, application de poudres irritantes, de la farine de moutarde qu'on emploie en se lavant les mains, onctions avec des pommades astringentes et salines ; ces divers remèdes donnent souvent d'assez bons résultats. On a préconisé aussi l'acide phénique ; chacune de ces préparations spéciales est vantée avec éclat, au grand bénéfice des inventeurs, et quelquefois des patients aussi. L'électricité, qu'on retrouve partout en thérapeutique, a été conseillée par le docteur Ulysse Santopadre qui en aurait obtenu d'assez bons effets. Je dois ajouter que chaque hiver voit éclore quelques remèdes nouveaux contre les engelures : leur nomenclature remplirait, sans utilité, plus d'une longue page.

A un degré plus avancé, lorsqu'il existe des ulcérations, on se servira avec

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avantage de pansements au styrax, et aussi de lotions avec le vin aromatique; il convient toujours d'employer des substances légèrement excitantes dont on variera la formule. En même temps, le médecin devra souvent insister sur l'usage des remèdes généraux, de ceux qui paraissent modifier avantageusement les effets du lymphatisme, tels que les toniques, les amers, et surtout l'huile de foie de morue.

J'ajoute qu"on devra éviter l'approche du feu et le séjour dans un appartement trop chaud, car la chaleur développe rapidement sur les parties atteintes des démangeaisons insupportables et une cuisson fort pénible.

Lorsque les engelures ulcérées deviennent le siège des accidents alarmants que nous avons décrits, de gangrène et de phagédénisme, leur traitement sera dirigé suivant les indications que présentent, en général, ces formes graves de complication des plaies.

J'ai cru devoir foire une place à part aux engelures, mais elles peuvent être considérées comme des congélations des premiers degrés ; le traitement de celles-ci est le même que celui des engelures. Les frictions légèrement excitantes, les badigeonnages avec la teinture d'opium, quelquefois de la teinture de digitale, dans les cas où on observe de l'œdème, constituent les moyens le plus généralement employés. Ajoutons que l'insomnie, et des douleurs vagues dans tous les membres, dont se plaignent certains malades, seront avantageusement combattues par l'opium à l'intérieur.

Lorsqu'il existe des phlyctènes, il faut donner issue à la sérosité par des mouchetures étroites et nombreuses; l'épiderme doit être conservé avec soin, car dans ces cas, comme dans les brûlures du deuxième degré, il forme la aneilleure enveloppe protectrice des surfaces situées au-dessous de lui. Un liniment huileux sera étendu sur les parties atteintes, et elles seront enveloppées d'une couche épaisse de ouate. Les pansements seront i-ares et exécutes avec une grande douceur, afin d'éviter les déchirures et l'enlèvement de l'épi- >derme. Plus tard, lorsque le derme sera recouvert d'une nouvelle couche épidermique, afin de rendre aux tissus leur souplesse et leur élasticité, il faudra faire plusieurs fois par jour des frictions avec le vin aromatique chaud sur les parties malades, en leur imprimant de légers mouvements ; dans l'intervalle des frictions elles seront enveloppées de flanelle.

Les ulcérations consécutives aux congélations ont très-peu de tendance à se cicatriser, avons-nous dit, il faut donc se rappeler que, malgré tous les moyens employés, la réparation, dans ces cas-là, est toujours fort lente à se faire; pour l'activer on aura recours le plus souvent aux topiques excitants. Valette a recommandé les fomentations d'eau de sureau, additionnée par litre de quatre grammes de teinture d'opium et de huit grammes d'extrait de Saturne ; on imbibe de cette solution le plumasseau de charpie qui forme le pansement. Le même auteur, pour modifier la vitalité des tissus, conseille la cautérisation objective. En général, ce ne sont pas les topiques médicamenteux qui ont le plus d'action sur les plaies et les ulcères rebelles, mais bien certaines conditions de pansements ; les plaies de congélation ne forment pas une exception ; aussi; lorsqu'elles sont simples, convient-il de les traiter par la position, par l'immobilité, par l'application des bandelettes de diachylon, par les pansements rares, et quelquefois les appareils inamovibles.

Dans les cas où les bourgeons charnus sont par trop luxuriants, on doit les réprimer par des cautérisations au nitrate d'argent, et aussi par l'application

CONGÉLATION (pathologie). 535

iJii cautère actuel. La cautérisation ponctuée des tissus environnant les plaies de congélation, lorsqu'ils sont durs et que la peau offre une consistance lardacée, a parfois produit de bons effets.

A un degré plus avancé la congélation, avons-nous dit, est suivie de gangrène, soit provoquée par une réaction trop vive et trop rapide, soit survenant lentement par l'extinction de toute vitalité. Lorsqu'une extrémité a été rapidement congelée, qu'elle est devenue blanche et insensible, comme cela arrive souvent aux j)artics découvertes, aux nez, aux oreilles, dans les contrées septentrionales, il faut la frotter immédiatement avec de la neige, puis avec de l'eau de moins en moins froide ; de cette façon on ranimera graduellement la vie dans des tissus où elle semblait éteinte, tandis que, si on avait réchauffé rapidement la partie congelée, elle serait devenue douloureuse, turgescente, et le sphacèle s'en serait assez rapidement emparé. Tous les auteurs classiques sont d'accord sur cette règle de conduite, que, du reste, les récits des voyageurs ont vulgarisée dans le monde.

Mais lorsqu'on ne voit les congelés que plusieurs jours après l'accident, ce n'est plus une brusque réaction que l'on a à redouter, mais bien l'extinction lente de la vie; la conduite sera donc différente. Dans ces cas, c'est encore aux frictions que l'on aura recours, frictions avec le vin aromatique chaud, avec l'alcool, avec l'eau salée, et enveloppement du membre dans de la ouate, où un tissu de laine. Par de tels moyens, sagement employés, on réussira dans quelques cas à prévenir la gangrène, et le plus souvent à diminuer son étendue.

Mais la gangrène se confirme. Deux cas se présentent : ou elle est limitée à un point ûii à quelques points isolés, ou elle occupe une large surface, tout un membre ou une portion de membre.

Lorsque la gangrène est limitée, je veux dire très-peu étendue, la conduite du chirurgien est toute tracée ; il faut attendre la chute des eschares. Les pansements seront faits avec la plus grande douceur, on évitera avec soin tous les traumatisraes, on se gardera de toute intervention active à coup d'instruments tranchants, se rappelant combien peu de vitalité possèdent encore les tissus qui environnent l'eschare, vitalité qu'un choc maladroit pourrait bien compromettre. Est-ce à dire que le chirurgien ne devra pas exciser les portions absolument mortifiées ? Non, sans doute, mais il faudra éviter de toucher aux parties saines, et même de les atteindre par de légers tiraillements. M. Legouest conseille des pansements avec la charpie imbibée d'une solution de sulfate de fer, qui a l'avantage de solidifier les eschares et de leur enlever toute odeur ; d préfère cette solution aux poudres, toujours vantées, de quinquina et charbon, lesquelles n'ont pas une grande action, et présentent le désagrément de masquer et salir la plaie et les parties voisines. Quand les eschares seront détachées on aura affaire à une plaie qui sera traitée par les moyens ordinaires.

Le sphacèle peut être borné aux phalanges et aux phalangettes, dans ces cas il iaut encore attendre ; il faut attendre que la nature ait tracé le sillon qui sépare les parties mortes des parties vivantes, et le plus souvent il deviendra facile d'enlever, au moyen d'une opération simple, les portions d'os nécrosés.

La conduite du chirurgien dans les cas de gangrènes partiel^s des pieds et des mains peut s'éclairer de celle qu'on doit suivre dans les cas de blessures de ces organes ; ainsi, lorsqu'un coup de feu a brisé un ou plusieurs doigts,

536 CONGÉLATION (pathologie). "

même les métacarpiens, il est recommandé de s'abstenir de toute intervention opératoire immédiate ; dans les cas de congélation il convient d'agir de la même façon. Un des grands dangers des opérations pratiquées sur les extrémités des mains et des pieds, c'est l'ouverture des gaines tendineuses, dans lesquelles s'insinuent le pus ou des liquides scptiques, cause d'inflammation et de phlegmons ; lorsque les parties se séparent lentement, après un travail inflammatoire local d'une certaine durée, ces gaines sont fermées au point de séparation, et ne peuvent servir de voies de transport aux liquides infectieux. Telle est, très-probablement, l'explication des heureux résultats d'une sage expectation, et des accidents provoqués par une intervention hâtive.

Sur toutes ces dernières questions on peut dire que l'accord est fait entre les chirurgiens, et les règles de conduite que nous venons d'indiquer sont tracées d'après les préceptes des auteurs classiques. Mais il est une grave question, assez difficile pour être controversée, bien digne de lixer l'attention et d'attirer les recherches, c'est celle de l'amputation, lorsque la gangrène a envahi le pied, la jambe, l'avant-pied, la totalité des orteils.

M. Legouest l'a posée en ces termes : « Faut-il ou ne faut-il pas amputer? Et, dans le cas où l'on se déciderait à une opération, est-ce immédiatement ou secondairement qu'on doit la pratiquer? ^)

A la première question la réponse est affirmative. — Oui, il faut opérer, parce que la nature emploie un temps très-long à éliminer les parties sphacélées; que pendant tout ce temps le malade sera sous la menace des accidents et complications des plaies; que l'abondance de la suppuration, souvent infectieuse, toujours infecte et d'une odeur repoussante, deviendra pour lui une cause puissante d'épuisement, et aussi de lésions organiques, de diarrhée, etc. ; parce que la présence des portions d'os nécrosées entretient et provoque l'état inflammatoire des parties molles, inflammation qui réagit à son tour sur les os et détermine des nécroses plus étendues, avec formation d'abcès circonvoisin s; et enfin, parce que, en supposant que le malade ait la vie sauve, la cicatrisation des parties saines, après l'élimination complète des portions sphacélées, se fera d'une façon si irrégulière, et avec de telles déformations, que le membre conservé ne pourra remplir aucune de ses fonctions, ou sera très-gêné dans leur accomplissement. 11 arrive, après des conservations à outrance, qu'on est obligé de pratiquer des opérations ultérieures, que les blessés réclament comme la seule ressource contre la douleur qu'ils ressentent, et contre l'impuissance et la perte de l'usage de leurs membres.

Beaucoup de chirurgiens militaires des grands hôpitaux ont eu affaire à des cas de ce genre, sur des congelés de l'hiver 1870 — 1871 ; pour mon compte, j'ai pratiqué au Val-de-Gràce plusieurs amputations consécutives, nécessitées par les désordres que je viens de signaler.

J'ajoute qu'au point de vue hygiénique, lorsque les congélations ont été nombreuses, ce serait créer un foyer d'infection que de conserver dans des salles d'hôpital un grand nombre de blessés porteurs de membres en putréfaction.

Cependant les auteurs du Gompendium paraissent partisans de la conservation absolue, sans pourtant la conseiller d'une façon positive ; mais l'expérience et la pratique, éclairées par toutes les raisons que nous venons de donner, ont prononce en faveur de lîppération.

L'opération est donc décidée, est-ce immédiatement ou secondairement qu'on •doit la pratiquer? ,

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Au premier abord il semble qu'on doive préférer l'opération immédiate, puisque les parties à enlever sont absolument frappées de mort. Cependant l'observation a démontré que les amputations primitives, dans les cas de congélation, réussissaient moins bien que les amputations secondaires. La question est complexe. En effet, dans toute congélation locale les désordres ne sont pas exactement limités à la partie congelée, ils s'étendent aussi aux parties avoisinantes dans un plus ou moins grand espace, et si la vitalité est complètement éteinte dans certaines portions de tissus, elle est considérablement diminuée dans ceux qui les touchent; il faut donc attendre que la nature ait parfaitement tracé la lione de démarcation entre le mort et le vif, et de plus que les tissus dont la vitalité a été ébranlée soient revenus à leur état normal. Si on opère tout do suite on s'expose d'abord à amputer au-dessous des limites du mal, mais surtout on divise bien certainement des tissus où la vie est aifaiblie, que des soins ou le travail de la nature auraient replacés dans de bonnes conditions, mais que le traumatisme de l'instrument tranchant achève de compromettre. Les lambeaux formés de pareils tissus sont presque fatalement voués à la gangrène. Il convient donc, avant d'ampuler, d'attendre la formation du sillon d'élimination, et aussi le retour d'une vitalité complète et suffisamment vigoureuse dans les tissus restés sains en apparence, et cependant plus ou moins altérés.

Voilà pour l'état local, mais il faut songer aussi à l'état général du malade dont l'organisme tout entier a été atteint par l'action du froid. Une blessure ou une brûlure qui atteignent l'homme en pleine santé peuvent rester des lésions tout à fait locales, et n'influer que secondairement sur la constitution des blessés, mais il n'en est pas de même dans les cas qui nous occupent, car un froid assez vif pour provoquer la congélation d'un pied exerce en même temps une influence fâcheuse sur tous les organes du congelé. Dans les cas de congélations on se trouve donc, presque toujours, en présence de lésions locales et de lésions générales; le congelé n'est pas dans les mêmes conditions que le blessé, et c'est pour cela que de l'opportunité de l'amputation immédiate dans les cas de blessures il ne faut pas conclure à cette même opportunité dans les cas de congélations. Une attente de quelques jours permet de relever les forces des congelés, de calmer l'ébranlement de leur organisme, de les mettre dans de bonnes conditions pour supporter une opération.

Nous trouvons ainsi dans l'étude des lésions locales et générales que présentent les individus atteints de congélation la raison de l'insuccès des opérations pratiquées immédiatement sur eux.

L'amputation immédiate avait été conseillée par M. Shrimpton, qui la pratiqua généralement sur les congelés de l'expédition du Bou-Tlialeb (Algérie) ; il relata un certain nombre de succès. — Mais M. Ladureau, qui avait eu à soigner concurremment les mêmes victimes du froid, fut d'un avis opposé à celui de son collègue, et se loua beaucoup de la temporisation. M. Maupin [Mém. de médec. militaire, 2^ série, t. XIX, p. 265, ann. 1857) blâme la pratique de M. Shrimpton, et l'explique par une parole caustique. « Alors, en Algérie , on parlait plus volontiers d'une opération heureuse que d'une guérison sans amputation : cela posait mieux le chirurgien. » M. Maupin a été indulgent en ne parlant que de l'Algérie.

La règle générale de l'expectation attentive doit souffrir des exceptions, car en chirurgie il n'y pas de préceptes absolus. — • Ainsi, j'ai supposé que les congelés étaient dans de bonnes conditions hygiéniques, mais il n'en est pas tou-

538 CONGÉLATION (pathologie).

jours ainsi, tant s'en faut; à Constantinople, par exemple, pendant la guerre de Crimée, nos hôpitaux militaires, chacun sait cela aujourd'hui, étaient absolument infectés. Certains congelés, ceux qui étaient atteints de congélations étendues, de congélations des deux pieds et de la partie inférieure de la jambe, paraissaient voués à une mort presque certaine, par suite d'infection générale et de diarrhée incoercible. Ces malades succombaient avant que la nature eût eu le temps de tracer le sillon éliminateur. Dans de pareilles conditions, quelques chirurgiens, entre autres, M. Lustreman, M. Valette, ont eu l'heureuse audace de pratiquer immédiatement ou à quelques jours d'intervalle une double amputation; en dépit des mauvaises conditions dans lesquelles se trouvaient les malades, leur hardiesse a été dans plusieurs cas couronnée de succès.

Valette {loc. cit.) a foi'mulé à ce propos la conclusion suivante : « quand le sphacèle frappe la totalité des deux pieds, il faut, au lieu de la conduite réservée qui convient aux cas ordinaires, se décider hardiment à une double amputation, qui seule pourra conjurer la mort du malade par suite d'une diarrhée incoercible. Il sera prudent, à moins que la complication interne ne s'y oppose, de mettre entre les deux amputations l'intervalle d'une semaine. »

Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer les différents procédés opératoires qui conviennent à chaque cas en particulier; cette étude a été faite au mot amputation- La règle générale doit être d'amputer le plus loin possible du tronc, mais en enlevant rigoureusement toutes les parties malades. Grâce à la bonne fabrication des appareils prothétiques dont la disposition a été très-ingénieusement perfectionnée, la règle, dans les amputations doubles du membre inférieur, d'amputer une des deux jambes au lieu d'élection, afin de laisser au blessé un point d'appui solide, peut ne plus être absolument suivie. — Les procédés d'amputation partielle de Ghopart, de Lisfranc, de Baudens, ])ourront souvent trouver leur juste application; souvent aussi ils devront être modifiés parla forme spéciale des altérations.

C'est ainsi que M. Legouest a désarticulé plusieurs fois le premier métatarsien en sciant les autres à la même hauteur, et qu'il a enlevé les trois cunéiformes en sciant le cuboïde par le milieu.

Quand on a affaire à des lésions déformes aussi diverses que celles qui sont produites par les congélations, il peut être difficile de suivre un procédé opératoire classique, c'est à l'habileté pratique du chirurgien de combiner les indications des diverses méthodes, pour les adapter aux cas particuliers qui se présentent. — Les pansements seront exécutés avec la plus grande douceur ; il ne faudra jamais oublier que les lambeaux seront formés de tissus d'une extrême délicatesse, dont un faible traumatisme peut facilement altérer la vitalité ; les sutures ne seront pas employées, et on surveillei\a attentivement l'application des bandelettes agglutinatives. — De pareilles plaies chirurgicales dans lesquelles on a longtemps à redouter la gangrène doivent être souvent observées : aussi le pansement ouaté de M. A. Guérin, qui semblerait leur convenir mieux qu'à d'autres, trouvera rarement l'occasion de leur être appliqué. « C'est dans ces cas peut-être, dit M. Legouest, demandant une vigilance de tous les instants pour s'assurer de l'état des parties, qu'il doit être permis au chirurgien militaire d'enfreindre la règle des pansements rares qui lui est généralement imposée. » [Voy. Froid).

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COKGESTIOIV", de congerere, accumuler, terme employé autrefois pour désigner tout amas d'humeurs, sang, pus,. sérosité; sa signification s'est peu à peu restreinte, et aujourd'hui il ne s'applique plus guère (ju'aux accumulations sanguines excessives dans un point du système vasculaire. Depuis Andral, on lui a donné pour synonyme le mot hyperémie, qui a l'avantage de ne rien préjuger sur le fond du phénomène et qui exprime simplement le fait de l'accumulation du sang dans les vaisseaux. Envisagée dans ses caractères objectifs et anatomiques, la congestion consiste dans la réplétion exagérée des capillaires et des petits vaisseaux d'une partie du corps par le sang.

Tantôt elle constitue un phénomène isolé, n'aboutissant à aucun résultat ultérieur (congestion émotive) ; d'autres fois elle est le prélude d'un acte organique complexe, physiologique (congestion sécrétoire), ou pathologique (congestion inflammatoire). Que l'acte congestif ait ou non une destination finale, ses caractères anatomo-cliniques, son mécanisme pathogénique, restent toujours les mêmes; c'est à ce point de vue surtout que nous avons à l'envisager dans cette étude générale.

Un phénomène qui se montre si souvent, et dans des circonstances si variables, au physiologiste comme au clinicien, n'a pas manqué d'occuper une grande place dans les doctrines médicales de nos devanciers. Au siècle dernier surtout, les écoles animiste (Stahl) et mécanicienne (Boerhaave) se sont beaucoup occu-

pées des liyperémies. Mais, au lieu de n'avoir en vue que raggloniération locale du sang, Boerhaave, Slahl et leurs disciples ont confondu la question des hyperémies avec celle de la pléthore générale. La masse du sang est sans doute sujette à de grandes modifications , mais celles-ci ne sauraient plus aujourd'hui servir de fondement à une théorie générale de la congestion, car cette dernière constitue un phénomène plus ou moins local, elle est indépendante de la masse du sang, puisqu'elle se produit chez les individus faihles aussi hien que chez les sujets pléthoriques.

Une autre erreur a été de croire (Duhois d'Amiens) qu'en outre de la force impulsive du cœur le sang possédait une force indépendante qui le dirige en courants divers et qui dans la congestion se trouverait élevée au-dessus du type normal, force inhérente aux globules rouges, ou due à une sorte d'attraction des tissus. La physiologie moderne a ruiné toutes ces hypothèses, et démontré que le sang se meut uniquement sous l'influence de la force propulsive du cœur secondée par l'élasticité des vaisseaux et l'appareil valvulaire. Toute modification locale dans la distribution du sang reconnaît pour cause un changement dans les résistances l'encontrées par ce liquide ou dans le diamètre des canaux parcourus par lui. Pourtant, après la découverte par Henle et Kôlliker des muscles lisses des vaisseaux, on s'est demandé de nouveau si ces éléments contractiles ne pouvaient pas déterminer des mouvements péristaltiques dans les canaux et seconder ainsi le cœur dans la propulsion du liquide. L'expérimentation n'a pas non plus confirmé cette prévision : en irritant un vaisseau sur un point il se contracte lentement, fortement et d'une manière durable san*; que cette contraction se porte, soit en amont, soit en aval du point irrité. Du moment qu'il n'y a pas de mouvement péristal tique, il ne peut être question de force propulsive locale s'ajoutant à l'action du cœur.

Le problème des réplétions locales du système vasculaire n'a commencé à s'éclaircir que du jour où, renonçant aux idées fantaisistes sur les modifications de la masse totale du sang qu'on leur prêtait comme fondement, on s'est fait une idée plus exacte sur l'origine de la force qui mettait ce liquide en mouvement. Du moment qu'il fut établi que cette force résidait exclusivement dans le cœur, il en découlait naturellement que toute accumulation de sang sur tel point du corps devait reconnaître une cause toute locale, une augmentation ou une diminution des résistances périphériques au cours du sang. Une série de conditions mécaniques, nutritives ou d'ordre nerveux, sont susceptibles de modifier en plus ou en moins ces obstacles périphériques. Dans les deux cas, il y a réplétion sanguine de la partie correspondante. La congestion est dite passive, si les résistances sont augmentées, active, lorsqu'elles sont diminuées.

Telle est, dans sa compréhension la plus générale, la formule pathogénique applicable aux deux sortes de congestion dont la distinction a été admise de tout temps.

A. Congestion passive. Synonymes : congestion mécanique, stase, stagnation sanguine. D'après ce qui précède, le groupe des hyperémies passives est constitué de toutes celles qui reconnaissent pour cause : une augmentation des résistances rencontrées par le sang. Ainsi, que le retour du sang veineux vienne à être entravé par la compression, l'oblitération du vaisseau, il y aura réplétion sanguine dans toutes les parties en deçà du point comprimé; dans la zone hyperémiée, il y aura en outre ralentissement du cours du sang; ce dernier caractère est décisif dans la congestion passive; en effet, l'hyperémie collatérale

CONGESTION. Ul

qui se forme dans une artère comprimée est considérée à juste[titre comme active, parce'que, la pression augmentant au-dessus du point comprimé, le sang se précipite avec une plus grande force dans les collatérales, les élargit et s'y meut avec une rapidité' plus grande. Les congestions passives'sont donc caractérisées à la fois par l'accumulation et le ralentissement du sang dans les vaisseaux et capillaires.

Étude pathogénique. Il a été dit plus haut que l'augmentation des résistances locales au cours du sang, caractérise au point de vue pathogénique les congestions passives. Ainsi conçue, la proposition ne serait pas assez générale, il faut qu'elle comprenne, en effet, les nomhreuses congestions qui se produisent quand la force propulsive du cœur baisse, tandis que les résistances périphériques restent les mêmes. D'une manière tout à fait générale on peut dire que les congestions passives sont produites par la disproportion entre la force impulsive et les résistances. Dans l'affaiblissement fonctionnel du cœur, il y a sans doute ralentissement général du sang ; mais comme les résistances sont inégalement partagées dans l'étendue du corps, comme le plus souvent la pesanteur agit dans un sens contraire au cours du sang dans telle ou telle partie, il s'ensuit que des troubles locaux peuvent apparaître là où les résistances sont les plus fortes, résistances qui seraient surmontées, si l'activité fonctionnelle du cœur était intacte. Le ralentissement général du courant peut donc avoir pour conséquence la stagnation locale.

Les causes pathogéniques de l'hyperémie passive peuvent se ramener aux chefs suivants :,

1" Obstacle direct au cours du sang. Il siège le plus souvent sur le trajet du sang veineux et consiste, soit dans une compression exercée du dehors sur le vaisseau, soit dans une obstruction de celui-ci par des corps solides, concrétions fibrineuses, fragments de néoplasmes, etc. Telles sont les congestions des viscères abdominaux et des membres inférieurs à la suite de la compression de la veine porte ou de la veine cave inférieure par des tumeurs abdominales, par l'utérus gravide ; des veines hémorrhoïdales par l'action de fèces accumulées dans le gros intestin; des membres supérieurs, de la paroi thoracique, de la face et de l'encéphale quand des tumeurs intra-thoraciques ou cervicales viennent à comprimer la veine cave supérieure ou les veines jugulaires ; enfin de n'importe quelle partie du corps dont la circulation est gênée par des néoplasmes, des cicatrices, des pièces de vêtement mal conçues (cols, cravates, corset, jarretières, etc.). C'est à ce groupe de faits qu'il faut rattacher encore les stases veineuses de l'effort : l'augmentation de la pression intra-thoracique en gênant le retour du sang veineux au cœur détermine des congestions périphériques momentanées qui se manifestent surtout du côté de la tête et de la foce. La congestion passive devient générale, lorsque l'obstacle au cours du sang se trouve dans le poumon ou le cœur.

2" Altérations des parois vasculaires (sclérose , dégénérescences graisseuse , athéromateuse, calcaire). Elles se rencontrent surtout dans les artères qu'elles transforment en tuyaux plus ou moins rigides, incapables de restituer par leur retrait sur la colonne sanguine la force cédée à la paroi pendant la systole du cœur. Si celui-ci est hypertrophié, il pourra conjurer pendant quelque temps au moins les conséquences de ces lésions; mais, s'il est gras, impuissant, l'augmentation des résistances passives dans les points artériels malades s'y ti-aduira par un ralentissement du courant sanguin : il se formera alors facilement dans

les parties les plus éloignées, dans les extrémités artérielles, les capillaires el les veinules correspondantes, des stases permanentes telles qu'on en rencontre si souvent chez les vieillards.

5" Dilatations vasculaires, simples, ectasiques, anévrysmales, variqueuses, déterminées par des altérations organiques des parois ou simplement par leur atonie permanente. Ces modifications sont une cause très-ordinaire de ralentissement du courant et d'accumulation du sang, surtout lorsqu'elles siègent dans les capillaires, les veines, les petites artérioles, et qu'elles élèvent le diamètre des branches au-dessus de celui des troncs afférents. 11 n'est pas toujours nécessaire qu'il y ait une modification nutritive de la paroi, le plus souvent même la dilatation est produite par l'atonie pure et simple de cette dernière : qu'une irritation durable agisse sur un terrain vasculaire, elle déterminera peu à peu des dilatations atoniques permanentes des vaisseaux ; quand une compression vasculaire qui a persisté pendant quelque temps vient à cesser tout à coup, elle peut laisser à sa suite les mêmes conséquences. C'est ainsi que des hyperémies temporaires dues à l'inflammation, la compression ou la déclivité, peuvent dégénérer en hyperémies atoniques qui persisteront bien au delà de la cause première dont elles sont issues. C'est ce qui peut résulter encore de la congestion liée à l'activité fonctionnelle d'un organe : ainsi, bien des hyperémies passives de l'utérus, du col, de la portion vaginale, doivent leur origine à la persistance des ectasies menstruelles ou puerpérales. L'activité cérébrale prolongée et répétée, l'abus des spiritueux, sont l'occasion de congestions cérébrales actives, incessantes, qui finissent par dégénérer en hyperémies passives chroniques, par le fait de la dilatation atonique permanente des capillaires du cerveau.

4" Pesanteur. Le plus souvent défavorable à la circulation veineuse, elle est une cause très-efficace de congestion passive lorsqu'elle agit pendant longtemps dans le même sens, sur une même partie du corps et surtout sur celles qui sont naturellement prédisposées à ces sortes de congestions. C'est ce qu'on voit dans certaines attitudes permanentes commandées par la profession ou la maladie : chez le boulanger, le compositeur d'imprimerie, ordinairement debout, les veines des membres inférieurs se laissent peu à peu distendre et les capillaires correspondants se remplissent ; l'homme de cabinet, constamment assis, contracte des hémorrhoïdes parce que la circulation de la veine porte ne se fait pas librement dans ces conditions. Chez le blessé, condamné à l'immobilité horizontale par une affection chirurgicale grave, fracture du bassin, de la cuisse, de la jambe etc., il se développe peu à peu des stases veineuses dans les régions les plus déclives, telles que les lobes inférieurs du poumon, les organes du bassin, etc..

5° Hyperémies par diminution de la force impidsive du cœur. Elles sont trèscommunes, car elles naissent d'ordinaire dans le décours des fièvres typhiques, exanthématiques, hectiques, dans les affections chroniques sans fièvre conduisant au marasme, à la cachexie ; elles sont dues à la déchéance fonctionnelle du cœur résultant de la dégénérescence granuleuse, granulo-graisseuse, de ses fibres, et s'observent dans les points déclives, dans les parties postéro-inféricures des organes. Là l'action de la pesanteur, cessant d'être contrebalancée parles forces destinées à la neutraliser, prend le dessus et oppose un obstacle réel à la circulation de retour : ainsi la faiblesse générale oblige le malade à conserver une position uniforme, qui fait que le corps cesse de bénéficier de l'influence salutaire pour la circulation des changements de situation. De plus l'insuffisance des contractions

cardiaques, l'atonie des vaisseaux, la faiblesse des muscles respiratoires, favorisent dans les parties déclives ces stagnations sanguines. Comme les malades conservent d'ordinaire le décubitus dorsal, ces congestions hypostatiques (Piorry) se rencontrent le plus souvent au dos, au sacrum, dans les parties postéro-inférieures du poumon, dans la partie inférieure du rectum. Elles s'accompagnent quelquefois d'inflammation, mais secondairement seulement, et à la condition qu'une cause d'irritation agisse à son tour. Essentiellement destructives, ces inflammations tournent facilement à l'ulcération et à la gangrène.

Aux congestions veineuses produites par la diminution de la pression artérielle doit se rattacher la fluxion veineuse rétrograde due à l'abolition complète de cette pression. Quand une artère vient à être oblitérée, les veines correspondantes tendent à se vider d'abord , mais par les anastomoses voisines elles ne tardent pas à recevoir un sang qui circule avec une pression supérieure à la normale, sous l'influence de laquelle le liquide d'une part est poussé vers le cœur, d'autre part reflue dans les branches veineuses ou toute vis à tergo a disparu. Celles-ci, avec les capillaires afférents, forment une sorte de cul-desac ramifié dans lequel le sang poussé par une sorte de mouvement rétrograde tend à s'accumuler et à former une véritable congestion. Telle est la fluxion veineuse rétrograde qui s'observe surtout dans les points où, par leur pauvreté en éléments musculaires (cerveau), par leur situation superficielle, la minceur ou l'atonie de leurs parois, les veines sont plus sujettes à céder. Le type de la fluxion veineuse rétrograde nous est fourni par l'infarctus.

Symptômes de l'hyperémie passive. Ils se développent en général lentement, ne disparaissent que difficilement ou jamais, et se manifestent d'ordinaire dans des étendues considérables. Ils siègent plus particulièrement dans le domaine du système veineux, de là vient que le terme d'hyperémie veineuse est souvent employé comme synonyme d'hyperémie passive ou mécanique. On pourrait objecter à cela que dans les hyperémies passives déterminées par le frottement exagéré du sang contre des parois altérées, ce sont précisément les artères qui sont en cause. Mais comme dans ce cas le sang pénètre dans les veines sous une pression inférieure, il s'y accumule au moins autant que dans les artères, de telle sorte qu'on peut toujours accorder que les congestions passives revêtent en général le caractère veineux.

Le premier symptôme de l'hyperémie passive est la couleur rouge sombre bleuâtre de la partie. Cette teinte qui porte le nom de cyanose quand elle siège sur la face, les lèvres, la langue, les extrémités, est due non-seulement à l'accumulation du sang veineux, mais aussi à la coloration plus foncée de ce dernier devenu plus riche en acide carbonique par suite de sa stagnation prolongée. Si la stase se produit brusquement, comme après la ligature d'une veine, l'apport incessant du sang artériel peut d'abord augmenter pendant quelques instants la température de la partie correspondante. Mais le refroidissement, deuxième symptôme de la stase, ne tarde pas à survenir, grâce au ralentissement de la circulation qui favorise la réfrigération et à l'amoindrissement des actes organiques qui diminue la production de la chaleur. Le ralentissement de la circulation et de la calorification entraîne d'autre part la diminution de la fonction qui se traduit par des phénomènes variables suivant la partie qui en est le siège. Au cerveau, ce sont des signes de dépression des fonctions psychiques, paralysie plus ou moins complète du mouvement et de la sensibilité ; du côté des poumons on observe de la dyspnée, du côté des reins l'oligurie, etc. La stase san-

guine s'accompagne ensuite souvent de tr ans sudations aqueuses et même à un degré plus élevé à'hémorrhagies. Les premières s'effectuent tantôt dans des cavités séreuses (hydropisies), tantôt sous la peau et les parenchymes (œdèmes). Elles se mêlent aux produits de sécrétion des glandes parenchymateuses (albuminurie) ou des glandes muqueuses (catarrhes chroniques des bronches, de l'intestin). Ce sont les flux muqueux, les catarrhes ou blennorrhées confondus dans les doctrines anciennes avec la congestion elle-même. La transsudation séreuse, jointe à la dilatation vasculaire de la partie congestionnée, explique l'augmentation constante de son volume.

L'hypcrémie passive peut aboutir à l'hémorrhagie. L'expérience de Cohnheim nous apprend qu'il n'est pas besoin pour cela de solution de continuité dans les vaisseaux. Sous une certaine pression, tous les éléments du sang, globules et plasma, peuvent traverser les parois vasculaires intactes par des ouvertures très-fines qui paraissent y exister normalement. Ces hémorrhagies sont plus souvent superficielles que parenchymateuses (hémorrhagies intestinales dans la cirrhose, pulmonaires dans les affections auriculo-ventriculaires du cœur gauche).

Lorsque la congestion passive est due à une cause transitoire, les deux phénomènes dont il vient d'être question : flux muco-séreux et hémorrhagies, peuvent exercer sur elle une action favorable en débarrassant la partie de l'excès de sang accumulé et en régularisant de cette manière le cours de ce liquide. C'est ainsi qu'un flux catarrhal, une diarrhée, une albuminurie, une épistaxis, un flux pseudo-menstruel ou hémorrhoidal, peuvent exercer dans un cas donné une influence salutaire et avoir par suite une signification éminemment favorable. Cette observation très-exacte a particulièrement frappé les anciens médecins et a servi de fondement à leur conception de la congestion. Ils considéraient le résultat naturel de celle-ci comme une sorte de but visé par l'organisme et l'ensemble de l'acte comme une opération dont les phases enchaînées suivant un plan déterminé tendaient vers une fin spécialement salutaire. Comme, d'autre part, on se nourrissait de l'idée qu'un élément dyscrasique existait dans l'organisme, il parut naturel d'admettre que les flux et les hémorrhagies avaient pour but de purifier le corps, de le délivrer de substances nuisibles. Conséquent avec cette patliologie, on favorisait la tendance de la nature par les méthodes évacuantes, par l'entretien des hémorrhoïdes, la provocation d'hémorrhagies et comme ces moyens étaient souvent couronnés de succès, il semblait que le résultat pratique vînt sanctionner la conception théorique.

La stase, nous sommes là-dessus éclairés aujourd'hui par la physiologie pathologique, ne détermine pas de processus morbides réels, actifs, mais seulement des états négatifs. Elle diminue la calorification, la fonction, la nutrition, elle aboutit quand elle se prolonge à l'atrophie, et quelquefois à la gangrène, aux processus régressifs, eh un mot. L'exsudation séreuse elle-même, relevant d'une augmentation, dépression, comporte plutôt un caractère passif. Là où elle s'accompagne d'élévation de la température, d'exagération de la fonction, de formation d'éléments nouveaux, il n'y a plus simplement congestion passive, mais combinaison de celle-ci avec un autre processus créé sur le terrain de la stase par une cause nouvelle, ou suscité par l'adjonction de la stase à un trouble plus ou moins léger existant déjà antérieurement. Il y a effectivement une transition insensible des exsudations purement séreuses de la stase aux exsudations et aux modifications plus complexes des processus inflammatoires (diarrhée catarrhale dans la cirrhose, bronchite dans la sténose mitrale, pneumonie catar-

rhale dans l'Iiypostase pulmonaire du typhique). Dans la pensée de nos prédécesseurs, le flux se liait étroitement à la stase, se confondait avec elle ; on rapportait à celle-ci une partie des processus plus compliqués pour lesquels elle constitue seulement une prédisposition. De là le grand rôle attribué par nos prédécesseurs à la stase dans les actes morbides et le crédit que cette doctrine a trouvé jusqu'à nos jours chez les médecins les plus distingués.

Traitement de Vhyperémie passive. Le traitement doit être dirigé contre la ciiuse et contre l'hyperémic elle-même. L'indication causale est sans doute la plus importante, puisque, tant qu'elle n'est pas remplie, il est impossible de compter sur une amélioration durable. D'autre part, la nécessité du traitement direct s'impose souvent d'une façon impérieuse, car la congestion peut devenir par elle-même une source d'accidents graves. D'une manière générale, le traitement symptomatique est utile parce qu'en modifiant convenablement les parties congestionnées il contribue avantageusement au traitement causal et en assure l'efficacité.

L'hyperémie passive tend souvent spontanément à prévenir ou à réparer ses désordres par deux phénomènes qui nous ont occupé plus haut, les liémorrhagies et les flux. Le traitement local doit être dirigé dans ces deux voies tracées par la nature, c'est-à-dire qu'il faut recourir aux émissions sanguines et provoquer des flux séro-muqueux.

Les émissions sanguines peuvent être générales ou locales. Il n'est permis de recourir aux premières que chez les sujets vigoureux et lorsqu'il s'agit d'écarter un danger grave et imminent. C'est le cas qui se présente dans les hyperémies cérébrales qui viennent compliquer les affections chroniques de la poitrine et se manifestent tantôt par des menaces d'asphyxie (paralysie de la moelle allongée), tantôt par des phénomènes non moins graves du côté du cerveau, torpeur, somnolence, coma.

Dans les affections chroniques du cœur, surtout les lésions mitrales, l'engouement pulmonaire acquiert quelquefois un degré tel, que la saignée constitue la seule ressource pour combattre une dyspnée menaçante. En dehors de ces circonstances impérieuses, on ouvre rarement la veine.

L'hyperémie veineuse complique presque toujours les maladies adynamiques aiguës et chroniques, où les émissions sanguines générales ne sauraient être que nuisibles ; elles augmentent la faiblesse, retardent la convalescence, favorisent les hydropisies, épuisent le malade et le conduisent au marasme. Par contre, les émissions sanguines locales sont fréquemment employées et possèdent une grande- efficacité, non-seulement lorsqu'elles peuvent être faites directement sur l'endroit hyperémié, mais aussi quand, appliquées au loin, elles exercent une action à la fois dérivatrice et révulsive. Elles ne sont pourtant suivies de cette influence salutaire qu'autant que la stase n'est pas trop ancienne, que les vaisseaux ne sont pas encore atteints de lésions qui les empêchent de revenir sur eux-mêmes. Mais, quelle que soit leur utilité, les émissions sanguines locales sont rarement suffisantes ; elles ne constituent le plus souvent que des adjuvants efficaces du traitement causal.

Afin de dégorger les vaisseaux sans émission de sang, on peut, dans certaines circonstances, activer les sécrétions, provoquer des exsudations abondantes, des écoulements à la surface des muqueuses. Il est souvent utile de solliciter ces hypercrinies dans la direction des collatérales qui confinent au foyer de la stase, afin de faire dériver de ce dernier point la plus grande quantité de liquide

DICT, ENC. XIX. 35

possible. C'est ainsi que les anciens développaient et entretenaient au moyen de poudres irritantes des écoulements séro-muqueux sur la muqueuse nasale dans les hyperéniies de l'œil et du cerveau ; c'est ainsi que journellement nous dégorgeons la veine porte dans la cirrhose hépatique par des déplétions séreuses intestinales. Par ces moyens on réussit quelquefois à diminuer notablement la pression dans le département vasculaire congestionné. Il n'est pas rare de voir ces flux muqueux, surtout du côté du nez et de l'intestin, revêtir le caractère hémorrbagique ; dans ces cas, leur influence n'en est que plus salutaire, attendu que les deux conditions les plus propres à régulariser directement la circulation locale se trouvent réunies.

Quelle que soit l'utilité de ces moyens, il ne faut jamais perdre de vue le traitement causal. Celui-ci se trouve renfermé implicitement dans notre étude pathogénique. Les hyperémies passives, y est-il dit, résultent de la disproportion entre la force impulsive du cœur et les résistances périphériques ; de cette proposition généi'ale découlent deux indications capitales qui se trouvent réunies presque dans chaque cas : relever les forces et diminuer les obstacles à la circulation. La première indication emprunte ses moyens à un régime fortifiant, aidé d'agents thérapeutiques appropriés, tel que le quinquina, le fer et les hypersthénisants cardiaques en général. 11 n'est pas inutile de rappeler ici combien il importe dans les fièvres essentielles, dans les maladies chirurgicales de longue durée, de ne pas soumettre les malades à une diète trop sévère, ni trop prolongée, si on ne veut pas avoir à condjattre ces congestions atoniques rebelles, qui plus tard viennent opposer de si sérieux obstacles à la convalescence. Les hyperémies passives de l'âge sénilc, surtout celles du poumon, doivent être traitées comme celles des typhiques. C'est grâce à ces moyens qu'on parvient quelquefois à l'elever l'activité du cœur, mais ils ne donnent le plus souvent qu'une amélioration passagère, si, tout en combattant l'adynamie cardiaque, on ne s'efforce pas de relever en même temps le tonus vasculaire ; ici, nous touchons à notre deuxième indication qui consiste à lever ou à diminuer les résistances périphériques.

Lorsque la congestion est déterminée par un obstacle direct à la circulation, il faut l'enlever ou l'atténuer, s'il est accessible à nos moyens d'action : tel peut être le cas de certaines tumeurs, de collections liquides qui exercent sur les vaisseaux une pression préjudiciable à la circulation. La difficulté est plus grande quand il s'agit de l'oblitération des veines par des concrétions fibrineuses, ou autres substances charriées par le sang ; nous sommes l'éduits ici à favoriser le rétablissement de la circulation par les voies latérales, au moyen d'embrocations stimulantes et d'une douce chaleur entretenue autour de la partie.

Dans la pratique, nous avons le plus souvent affaire aux congestions passives qui surviennent pendant le décours des fièvres et des maladies cachectiques. Dans la production de ces hyperémies, il importe de ne pas l'oublier, l'atonie, le relâchement de la tunique musculaire des vaisseaux, intervient autant que la faiblesse du cœur. Aussi l'adynamie vasculaire doit-elle être combattue concurremment avec cette dernière. On s'efforcera donc de relever le tonus vasculaire par une médication locale excitante, telles que les fomentations avec la décoction de quinquina, l'alcool, la solution de tannin, d'acétate de plomb; parmi les excitants les plus efficaces, nous citerons surtout la cautérisation ponctuée, l'électrisation et les douches froides employées parallèlement aux moyens précédents. L'action de ces agents thérapeutiques se trouve favorisée

dans beaucoup de circonstances par des moyens mécaniques qu'il ne faut jamais manquer de mettre en pratique. Dans les fièvres adynamiques, les congestions par atonie tendent surtout à se produire vers les parties déclives, où à cette atonie s'ajoute le poids du fluide à mouvoir. On préviendra l'accumulation du sang dans ces parties en les fixant dans des situations qui neutralisent l'action de la pesanteur, ou en en modifiant fréquemment la position ; les typliiques seront tournés et retournés fréquemment dans leur lit pour prévenir l'iiypostase dans les régions postéro-inférieures du poumon ; plus tard, pendant la convalescence, ils feront de temps à autre des inspirations profondes et multipliées pour dégorger ces organes ; à ces mêmes convalescents on recommandera des exercices musculaires gradués, des alternatives régulières dans la marche, la station assise et le décubitus. Enfin on peut prévenir et combattre l'iiyperémie atonique par une compression méthodique lorsque celle-ci est praticable.

B. CoKGESTioN ACTIVE (uffluxus, turgov, orgasmiis, determinatio sangiiinis, Wallung). Tandis que la congestion passive constitue simplement un état morbide, marqué par son caractère négatif, la congestion active au contraire est un processus qui intervient dans un grand nombre d'actes normaux et pathologiques (sécrétion, nutrition, inflammation). Telle est au point de vue de la physiologie générale la différence qui sépare la première de la seconde. En outre, au point de vue du mécanisme pathogénique, les congestions actives s'opposent aux passives en ce que la réplétion sanguine locale n'est plus due à un accroissement, mais à une diminution de résistance que le sang rencontre dans cette partie, ce qui fait qu'il s'y porte plus rapidement et en plus grande abondance. Tel est au moins le mécanisme pathogénique de la plupart des congestions actives. Aussi cette dernière dénomination est-elle impropre, et vaudrait-il peut-être mieux se servir simplement du mot fluxion, qui ne préjuge rien.

La fluxion, sous le rapport clinique, a joué dans la pathologie un rôle qui sera étudié à part {voy. Fluxio?<). Ce ([ui suit est relatif à des considérations d'un ordre différent.

Nous définirons donc avec Virchow la fluxion : Uji afflux plus rapide et en même temps plus considérable de sang dans une partie dont la résistance a diminué par rapport à la force impulsive qui anime ce liquide. Dans la plupart des fluxions, il y a diminution absolue de la résistance périphérique, c'est-àdire des parois vasculaires, la force impulsive du cœur restant intacte. Mais si la définition ne tenait compte que de la diminution absolue de l'obstacle périphérique, elle ne serait pas assez compréhensive, car elle laisserait en dehors toute une classe d'hyperémies, les hypei'émies collatérales : lorsqu'une ou plusieurs branches d'un même département vasculaire sont obstruées, la pression augmente dans les canaux restés perméables parce qu'ils sont obligés de donner passage à un excès de sang ; et comme leur force de résistance n'augmente pas avec l'excès de pression, il se produit naturellement une rupture dans le rapport physiologique entre la force impulsive et la résistance locale. C'est de la rupture de l'équilibre normal entre la foixe impulsive du sang et la résistance vasculaire que résulte la congestion.

Il importe ensuite défaire remarquer avec Yirchow qu'il ne peut être question d'hyperémie active qu'autant qu'il y a disproportion entre le diamètre des vaisseaux distendus et le développement de leurs parois. Expliquons-nous. Si une artère vient à être liée, il en résulte aussitôt une fluxion collatérale ; sous

l'influence de la pression exagérée, les vaisseaux voisins se distendent et leurs parois s'amincissent. Mais peu à peu celles-ci deviennent le siège d'un travail nutritif hyperplastique ; elles se renforcent de tissu nouveau, s'épaississent, et finalement leur développement est en rapport avec leur nouveau diamètre. Il n'est plus question alors d'hyperémie, il y a rétablissement de la circulation, c'est un fait physiologique désigné du nom de vascularisation, qu'il serait inexact de prendre comme équivalent de réplétion vasculaire.

Mécanisme patho(jénique de la congestion active. Si l'on envisage un organe, le rein, par exemple, au point de vue de la congestion active, on voit du premier coup d'œil que ce phénomène peut être réalisé de plusieurs manières : par la compression de l'aorte au-dessous de l'émergence de l'artère rénale; par l'hypertrophie du cœur et la polyémie ; par l'usage des diurétiques qui agissent probablement en mettant en jeu le système vaso-moteur de l'organe. Dans ce simple exemple se trouvent énoncées les conditions pathogéniques principales de la congestion. Elles se rapportent aux chefs suivants :

1" Augmentation compensatrice collatérale par suite d'un obstacle opposé au courant normal du sang. Cette sorte d'hyperémie se produit non-seulement dans les collatérales artérielles, mais aussi dans les capillaires et les veines. On comprend facilement, d'après les lois de l'hydrostatique, que quand un vaisseau, une artère, par exemple, vient à être rétréci ou oblitéré sur un point, le sang s'accumulant en amont de ce point cherche à se frayer une voie dérivatrice dans les branches voisines ; celles-ci se dilatent et admettent, ainsi que les capillaires dont elles sont tributaires, une plus grande quantité de liquide que dans l'état normal. Chaque gêne de la circulation dans un domaine capillaire, chaque stase, chaque ischémie locale due à une compression ou à une rétraction cicatricielle est cause d'une augmentation de pression dans les capillaires voisins et, par suite, d'une accélération du courant qui se porte vers ces parties. Aussi a-t-on fait depuis longtemps cette remarque, que toute anémie partielle s'associe une hyperémie partielle ; chaque stase veineuse due à l'arrêt du sang veineux détermine une lluxion collatérale ; l'engouement et la fluxion se développent fréquemment l'un à côté de l'autre. Toutefois, dans les veines, les manifestations de l'hyperémie collatérale s'effacent devant celles de la stase, parce que les anastamoses ti'ès-nombreuses de ces canaux peuvent répartir l'excès de pression sur une grande étendue et en atténuer ainsi les effets.

Quand l'obstacle à la circulation siège dans une artère ou un district capillaire, l'hyperémie compensatrice se montrera d'abord dans les troncs artériels situés immédiatement au-dessus, et de là, elle s'étendra dans les voies collatérales. Si cet obstacle intéresse un réseau vasculaire d'une certaine étendue, la fluxion pourra atteindre des organes placés à une distance plus ou moins éloi- •niée. Ainsi, l'anémie générale de la surface du corps dans le frisson initial de la fièvre détermine une sorte de fluxion dérivatrice de la masse du sang vers les oro-anes internes. C'est ainsi que se forment ces hyperémies intenses du cerveau, du poumon, de la rate, du foie, qui sont souvent une cause de danger immédiat pour le malade. Les lois de l'hydrostatique interviennent-elles seules dans ces congestions éloignées du domaine ischémie? 11 serait téméraire de l'affirmer. Stieglitz, cité par Virchow, a déjà objecté qu'une entrave à la pénétration du sano- artériel dans les vaisseaux de la surface ne devrait produire qu'une réplétion du système artériel ; or, le plus souvent, surtout quand le frisson est lent, incomplet, ces prétendues hyperémies compensatrices des par-

♦ CONGESTION. 54'i)

ties internes se rencontrent surtout dans les veines. S'il est certain que l'augmentation de la pression tend à s'équilibrer par la dérivation du sang sur d'autres points, il est probable, d'autre part, que souvent dans les congestions profondes, pendant le frisson par exemple, les modifications des parties éloignées sont préparées, favorisées par la paralysie vasculaire due à une action sympathique. Lorsque quelqu'un est affligé de constipation rebelle, on ne peut nier que les vaisseaux du gros intestin ne se vident sous la pression des gaz et des . matières fécales accumulées, et si le même individu a des congestions cérébrales consécutivement à sa constipation, on peut sans doute expliquer le fait par la compensation hydrostatique tout aussi bien que la congestion de la tête après le refroidissement des pieds. Mais pourquoi est-ce justement la tète qui se congestionne? Les autres viscères de l'abdomen (estomac, intestin, rate, foie, reins, etc.) ne présentent-ils pas des canaux de dérivation bien plus proches ? Ici l'interprétation purement mécanique reste muette.

La fluxion collatérale, celle qui ne laisse pas de doute sur sa nature, se développe donc surtout au-dessus et autour des obstacles à la marche du sang vers le cœur ou la périphérie. Elle contribue au développement de la congestion qui se forme autour des petites tumeurs comprimant les vaisseaux, autour des parties sphacélées, des infarctus; mais elle n'est pas la seule cause de cette congestion : deux autres phénomènes interviennent aussi, la fluxion veineuse rétrograde dont il a été question plus haut, et la fluxion artérielle réflexe dont nous aurons à parler plus bas.

2° Augmentation générale de la pression dans le système artériel, avec résistance inégale des parois. Toute excitation, tout effort, toute exaltation qui affaiblit les modérateurs du cœur, détermine pour im certain temps une augmentation de la pression artérielle avec accélération du courant sanguin, attendu que chaque contraction du cœur lance une plus grande quantité de sang dans l'aorte. Mais comme, par suite de conditions innées ou accidentelles, il peut se rencontrer des différences notables dans la résistance des parois, l'excès de pression artérielle est susceptible de déterminer, dans les endroits dont la résistance est moindre, une fluxion que la pression normale est impuissante à produire. Ceci donne l'explication de beaucoup d'hyperémies, et d'hyperémies souvent considérables, liées aux palpitations et qui se développent quelquefois avec une rapidité extraordinaire sous l'influence de causes presque insignifiantes. Nous avons peut-être, dans cette condition pathogénique, la raison de ces prédispositions spéciales que présentent certains individus aux congestions de tel ou tel organe, foie, poumon, rein, etc.

5° Diminution absolue de la résistance des parois. Elle peut se développer de plusieurs manières :

a. Diminution de la pression extérieure. Lorsqu'une partie a supporté pendant quelque temps une pression normale ou anormale, et que celle-ci vient à être supprimée brusquement, cette partie se congestionne, surtout si ce sont les vaisseaux afférents ou efférents qui ont été comprimés plutôt que les capillaires. Une stase peut ainsi se transformer en fluxion, une hyperémie veineuse en hyperémie artérielle. Tel est le cas de la choroïde après la section ou lors de la paralysie des muscles de l'œil (strabotomie, emploi de la belladone) , des viscères abdominaux après la ponction de l'ascite, de la tunique vaginale après l'opération de l'hydrocèle, du poumon et de la plèvre après la thoracentèse, etc. Le danger des accouchements trop rapides consiste en partie dans le raptus sanguin qui

se produit dans ces cas vers l'utérus après l'expiilsion du fœtus, et une desconséquences du rétrécissement de la glotte est la congestion pulmonaire déterminée par la raréfaction de l'air des bronches et des vésicules. C'est encore a cette raréfaction de l'air extérieur que sont dues les congestions et héniorrhagies qui se manifestent lors de l'ascension sur les montagnes élevées ou dans les hautes régions de l'atmosphère.

h. Atonie par lésions nutritives des parois . 11 s'agit ici de l'inflammation chronique, de la dégénérescence graisseuse, athéromateuse des vaisseaux. Si ces lésions occupent les grosses artères, il en résulte plutôt des stases, ainsi que nous l'avons vu au chapitre des hyperémies passives ; mais si elles siègent dans les petites branches artérielles, si la tunique musculeuse de celles-ci est dégénérée, tandis que les éléments élastiques restent encore actifs, ces petits vaisseaux s'élargissent sous la moindre augmentation de pression ; rien n'y paraît changé dans les condilions ordinaires, mais qu'une excitation, une exaltation quelconque vienne accélérer les battements du cœur et élever la tension artérielle, aussitôt ils se laissent distendre par le sang. Les vertiges, les syncopes, auxquels les vieillards sont si sujets, reconnaissent probablement pour cause des fluxions déterminées d'après ce mécanisme.

c. Relâchement [paralytique) des parois sans troxibles nutritifs. Les congestions que nous avons étudiées jusqu'à présent sont en général indépendantes des troubles de l'appareil vaso-moteur. Celles dont il va être question relèvent de modifications survenues dans l'innervation vasculaire. Ce sont les plus nombreuses, les plus importantes, et on pourrait presque dfre avec Lotze {Allgemeine Pathologie iind Thérapie, p. 284. Active congestion) : que la congestion active est celle qui est déterminée par une influence du système nerveux sur les vaisseaux, par opposition aux passives qui ne relèvent que de causes purement mécaniques.

Que les nerfs président à la répartition du sang dans les diverses parties, qu'à ce titre ils puissent produire dans la distribution de ce liquide des modifications locales dont la force propulsive seule du cœur serait incapable, cela est prouvé par maints phénomènes ; il suffit de citer la rougeur émotive de la face sous l'impression des causes psychiques, les congestions d'origine névralgique, celles qui se manifestent dans le côté correspondant de la face à la suite de la section du sympathique cervical, etc. C'est cette forme de la congestion qui était particulièrement visée dans les théories médicales d'autrefois. Les découvertes de la physiologie moderne l'ont éclairée d'un jour tout nouveau; nous allons les mettre à profit dans le développement de cette partie de notre travail ; notre tâche n'a pas été difficile, nous ne pouvions mieux faire que puiser dans les leçons si complètes et en même temps si concises et si claires de M. le professeur \ulpian sur les nerfs vaso-moteurs.

Mécanisme pathogénique. Nous ne rappellerons que pour mémoire la théorie du raptus, c'est-à-dire de la précipitation du sang par une sorte de mouvement instinctif vers le point irrité, théorie surannée qui ne saurait plus être prise à la lettre. Nous ne devons pas non plus passer sous silence deux autres hypothèses mises en avant à un certain moment : la contraction des veines, et l'attraction du sang par le parenchyme. Pour ce qui concerne la première, on peut concevoir sans doute que, diminuant les moyens d'écoulement du sang, elle doive provoquer son accumulation en amont de l'obstacle. Mais ceci constitue la stase, tandis que le caractère essentiel de la congestion réside dans une surac-

tivité de circulation. De plus, dans la production expérimentale de la congestion (expérience de M. Claude Bernard sur la glande salivaire), on constate que les veines se dilatent comme les artères. Quant à l'attraction du sang par le parenchyme, c'est une ancienne opinion qui a été reprise de nos jours par M. Brown- Séquard. Selon ce physiologiste, l'irritation congestive porterait, non sur les vaisseaux de la région congestionnée, mais sur les éléments anatomiques du parenchyme dont l'énergie organique ainsi exagérée augmenterait l'attraction, la succion que le tissu exerce normalement sur le sang. Et à l'appui de cette opinion, on cite deux expériences : Weber coupe tous les nei'fs du membre postérieur de la grenouille et constate pourtant qu'une irritation portée sur la membrane interdigitale privée d'innervation est suivie de la dilatation de ses vaisseaux; d'autre part, M. Vulpian dépose sur l'ureavasculosade l'embryon du poulet une petite gouttelette de nicotine, et au bout de peu de temps il survient une congestion vraiment admirable autour du point irrité. Peut-on conclure de là que les nerfs ne sont pas indispensables à celte dernière? Nullement ; car, dans l'expérience de Weber, on ne détruit pas les ganglions et plexus nei'veux microscopiques qui se trouvent au pourtour et dans l'épaisseur de la paroi vasculaire; quant à l'expérience de M. Vulpian, elle est curieuse, mais elle ne prouve l'ien pour notre sujet, car la circulation de la première période de l'âge n'est pas comparable à celle de l'adulte.

On admettait volontiers aussi que les congestions dont il s'agit ici étaient produites par la contraction plus active, plus fréquente des vaisseaux qui projetteraient ainsi dans les capillaires plus de sang qu'il ne pouri'ait s'en écouler dans un temps donné ; ou encore, on attribuait aux artères des mouvements péristaltiques dont lexagératiou devait avoir le même résultat. C'est de cette notion d'ailleurs que procède le terme de congestion active. Mais, quand l'histologie eut démontré la disposition annulaire de la plupart des éléments contractiles des vaisseaux, de telles idées devenaient insoutenables, la contraction, le spasme des vaisseaux devant plutôt gêner que favoriser l'apport du sang dans les capillaires. Aussi, dès cette époque, pensa-t-on généralement que la mise enjeu de l'action nerveuse vaso-motrice devait déterminer un resserrement des vaisseaux, tandis que leur dilatation exprimait précisément l'état inverse, c'est-à-dire la cessation de l'influx nerveux, la paralysie. Si, en effet, on trace une ligne sur la peau avec une extrémité mousse, on provoque l'apparition momentanée d'une traînée blanche due au spasme vasculaire ; au bout de quelques secondes, celle-ci est remplacée par une ligne rouge déterminée par le retour du sang dans les petits vaisseaux élargis, comme si au spasme avait succédé une sorte d'épuisement de la paroi par excès d'action. Il est permis de supposer, mais malaisé de prouver que les choses se passent ainsi ; un muscle peut agir avec excès, puis cesser d'agir, sans que l'on soit autorisé à le considérer comme paralysé. Il serait difficile, d'ailleurs, d'asseoir sur cette supposition une pathogénie générale du phénomène en question. En effet, ce spasme primitif est loin de s'observer dans tous les cas de congestion ; lorsqu'on excite la conjonctive, la dilatation vasculaire survient d'emblée et progressivement sans spasme initial. Celui-ci manque également dans les rougeurs de la face provoquées par les sentiments émotifs avec le caractère de l'exaltation, joie, désir, pudeur offensée. N'est-il pas irrationnel d'admettre une paralysie musculaire, alors que le système nerveux donne tous les signes d'une excitation insolite? Et la pâleur produite par les modalités psychiques inverses, la frayeur, la ci'ainte, on l'attri-

huerait donc dans celte hypothèse à une activité exagérée de la musculature vasculaire, alors que cependant le tremblement des membres, la petitesse du pouls, etc., comportent tous les signes de la dépression nerveuse? Enfin, la contraction des \aisseaux paraissant être le seul mouvement actif possible, on conçoit combien il serait contradictoire de supposer cette activité anéantie au moment où la circulation intervient le plus efficacement dans les actions locales de sécrétion et de nutrition.

Ces observations ont frappé de bonne heure les pathologistes et porté un certain nombre d'entre eux (Lotze entre autres) à admettre deux systèmes vasomoteurs, l'un constricteur, l'autre dilatateur. 11 n'y avait, en effet, rien d'irrationnel à prêter aux vaisseaux deux actions nerveuses antagonistes semblables à celles du pneumogastrique et du grand sympathique sur le cœur, par conséquent des vaso-moteurs sympathiques constricteurs, et des vaso-moteurs spinaux dilatateurs, ces derniers agissant non pas par une dilatation active des parois au moyen de muscles dilatateurs que l'anatomie n'a pas démontrés, mais en neutralisant seulement par antagonisme l'action vaso-motrice constrictive.

Des découvertes physiologiques plus récentes sont venues prêter un nouvel appui à cette opinion, en iiiontrant que sur d'autres régions que le cœur un même élément contractile pouvait recevoir deux influences motrices antagonistes, l'une qui commande le mouvement, l'autre qui l'empêche.

Bien que ce fait ne soit encore démontré que pour quelques points du système artériel, il y a lieu de croire qu'il est général, et qu'en conséquence le relâchement paralytique des vaisseaux peut être considéré comme une modification fonctionnelle des nerfs vaso-moteurs qui consiste :

1" Tantôt dans une diminution directe de l'action des vaso-moteurs sympathiques constricteurs, sans excitation des vaso-dilatateurs ;

2" Tantôt dans une paralysie indirecte des vaso-moteurs constricteurs par suite d'une excitation des vaso-dilatateurs.

De là des congestions par paralysie directe du sympathique, et des congestions par paralysie réflexe de ce nerf.

1° Congestion par paralysie directe des vaso-moteurs conslricleurs. Tout le monde connaît la congestion qui est produite dans la moitié correspondante de la face et de la tète par la section du cordon cervical du grand sympathique ou par l'arrachement du ganglion cervical supérieur. C'est le type de la congestion par paralysie directe des vaso-moteurs constricteurs. Elle peut se rencontrer dans toutes les parties du corps à la suite de lésions des nerfs qui fournissent des fibres vaso-constrictives à ces parties. L'élévation de la température, qui d'après M. Broca se produit souvent dans un membre deux, trois heures après la ligature de l'artère principale, est due très-probablement (Brown-Séquard) à ce qu'un certain nombre de fibres vaso-constrictives ont été comprises dans la ligature. C'est également à la paralysie directe de ces fibres qu'il faut attribuer les congestions qui surviennent souvent dans les membres paralysés par suite de lésions traumatiques ou spontanées de la moelle épinière. Il en est encore de même des affections névrotiques chez les hystériques, par exemple, dont les membres paralysés présentent quelquefois des teintes plus ou moins rosées, avec élévation persistante ou rémittente de la température. Les lésions de l'encéphale comme celles des nerfs et de la moelle peuvent produire des congestions par paralysie directe des vaisseaux : tels sont les effets congestifs observés lors de l'hémiplégie dans les vaisseaux superficiels et profonds du côté paralysé, du moins pendant un

certain temps après l'attaque apoplectique. Cette paralysie vaso-motrice liée aux lésions de la moelle et de l'encéphale constitue une cause prédisposante à différents troubles plus ou moins graves de la circulation et de la nutrition intime : à l'œdème, à l'inflammation sous l'influence de causes occasionnelles légères, à l'ulcération et à la gangrène.

2" Congestions dues à une paralysie vaso-motrice directe ou réflexe. A côté des nerfs vaso-moteurs dont l'excitation est suivie d'une contraction vasculaire, il en est d'autres dont l'excitation provoque directement par action centrifuge la dilatation des vaisseaux soumis à leur influence. Ce sont les nerfs vasodilatateurs, ainsi désignés par opposition aux précédents dits vaso-constricteurs. Leur connaissance est due à M. Cl. Bernard. Voici l'expérience fondamentale de ce célèbre physiologiste : Si l'on coupe le nerf lingual au-dessus du point d'où ^e détachent les filets destinés à la glande sous-maxillaire, et qu'on électrise le bout périphérique, il se produit dans la glande, indépendamment d'un écoulement plus abondant de salive par le canal de Wharton, une suractivité circulatoire des plus manifestes : les artérioles se dilatent, le sang y afflue en pins grande ^ibondance et traverse plus rapidement le réseau capillaire ; car il sort par les veines émergentes distendues avec la teinte rouge claire qu'il avait dans l'artère afférente. M. Bernard a fait voir que ces phénomènes congestifs et cette suractivité fonctionnelle étaient dus à l'excitation, non pas des fibres propres du lingual, mais à celles des filets anastomotiques fournis à ce dernier par la corde du tympan. 11 y a donc des nerfs, la corde du tympan en est un type, dont l'excitation provoque directement par action centrifuge la dilatation des vaisseaux. Plus récemment, M. Vulpian, à qui nous empruntons tous ces détails sur la congestion réflexe, a démontré que l'action vaso-dilatatrice de la corde du tympan s'exerce aussi sur les vaisseaux des deux tiers antérieurs de la lan£Tue. Il a prouvé, d'autre part, que le nerf glosso-pharyngien contenait de son côté des fibres vaso-dilatatrices à action directement centrifuge, dont l'excitation amène la dilatation des vaisseaux superficiels du tiers postérieur de cet organe. Mais il n'a pas réussi à produire d'autres phénomènes vaso-dilatateurs dans d'autres parties du corps. Pourtant il ajoute que les nerfs vaso-dilatateurs existent probablement partout, et ils doivent jouer un rôle non moins important peut-être que celui des nerfs vaso-constricteurs. Dans la majorité des cas, eu effet, ce sont des dilatations vasculaires que l'on observe chez l'homme sous l'influence des causes excitatrices diverses, normales ou pathogéniques, et il est probable que ces effets se produisent par l'intermédiaire des fibres neigeuses vasodilatatrices. L'analogie nous autorise donc à admettre que les vaisseaux de toutes les parties du corps sont en rapport avec des fibres nerveuses vaso-dilatatrices ; c'est vraisemblablement par l'intermédiaire des fibres de cette sorte que se produisent les congestions réflexes, soit dans l'état de santé, soit dans l'état de maladie.

Comment ces nerfs vaso-dilatateurs agissent-ils? Quelques auteurs, Schiff entre autres, ont admis que la dilatation vasculaire à la suite d'une excitation des fibres vaso-dilatatrices était le résultat d'un action spéciale, directe, des fibres nerveuses en question sur les éléments contractiles de la paroi des vaisseaux. Or, ceux-ci ne possèdent absolument que des fibres annulaires dont la contraction ne peut donner lieu qu'à une seule sorte de modification de calibre, à savoir : à un resserrement, à une contraction annulaire. Une telle hypothèse est absolument inacceptable. On admet plus généralement et avec plus de fonde-

ment que les vaso-dilatateurs exercent sur les vaso-constricteurs une sorte d'action suspensive, une véritable action d'arrêt, analogue à celle que l'excitation du nerf vague détermine sur les ganglions nerveux cardiaques. L'analogie peut être poursuivie jusque dans les conditions anatomiques de cette action d'arrêt : dans les cas les plus nets de dilatation active que l'on connaisse, ceux qui sont relatifs à la glande sous-maxillaire, à la partie antérieure et postérieure de la langue, on remarque que les nerfs vaso-dilatateurs irrités présentent sur leur trajet une série de ganglions ou de cellules nerveuses, disposition anatomique qui rappelle immédiatement celle qui existe sur le trajet des fibres cardiaques des nerfs pneumogastriques. Quant aux autres points de l'organisme où l'on admet également des actions vaso-dilatatrices actives, les ganglions proprement dits font défaut, mais l'anatomie démontre dans les plexus circum-vasculaires, et dans l'épaisseur même des parois des vaisseaux, des cellules nerveuses qui sans doute en tiennent lieu, de telle sorte que l'on a le droit de supposer que partout les nerfs vaso-dilatateurs agissent sur les constricteurs par l'intermédiaire de ganglions, ou de cellules nerveuses en rapport les unes avec les autres. Ce qui prouve qu'il doit en être ainsi, c'est que la section pure et simple de la corde du tympan n'est suivie d'aucune modification de la circulation dans la glande sous-maxillaire ; ce résultat négatif ne s'explique que si l'on admet d'une part que les fibres vaso-dilatatrices ne vont pas se terminer dans les muscles vasculaires, mais dans les ganglions nerveux d'oii partent les vaso-constricteurs; d'autre part, qu'elles n'entrent en jeu que d'une manière éventuelle, lorsqu'elles sont excitées par une cause physiologique ou autre. Ces notions étant données, on peut concevoir que les choses se passent de laft'çon suivante :

L'activité incessante des ganglions nerveux entretenue par le centre cérébrospinal met en jeu d'une façon continue les nerfs constricteurs et détermine cet état de constriction moyenne des vaisseaux qui constitue le tonus vasculaire. Quand les nerfs dilatateurs viennent à être excités, ils suspendent, tant que dure l'excitation, l'activité fonctionnelle des ganglions nerveux, paralysent par suite l'action tonique dés vaso-constricteurs ; le tonus vasculaire cesse, et les vaisseaux, artères, capillaires et veines, se laissent distendre par le sang, il y a congestion ; tel est le mécanisme pathogénique, mis en avant par M. Vulpian ; il est en partie hypothétique, mais l'hypothèse est absolument conforme aux notions actuelles de la physiologie.

Si maintenant nous appliquons ces données à la congestion réflexe, nous pouvons admettre qu'elle se produit par un mécanisme analogue à celui qui préside à la congestion de la glande sous-maxillaire et de la langue dans les expériences de M. Bernard et de M. Vulpian sur la corde du tympan et le glosso-pharyngien : une impression produite sur la langue est transmise par le lingual au foyer d'origine du nerf trijumeau, de là part une incitation centrifuge qui par l'intermédiaire du noyau originel du nerf facial va retentir dans les fibres vaso-dilatatrices de la corde du tympan. Celles-ci mises enjeu vont suspendre par l'intermédiau'e des ganglions nerveux placés sur leur trajet l'action tonique des vaso-constricteurs de la glande sous-maxillaire et de la langue, il y aura congestion des vaisseaux de ces organes : une incitation centripète produit par la médiation d'un centre nerveux une excitation centrifuge qui fait dilater les vaisseaux. Remarquons que cette excitation centrifuge vaso-dilatatrice n'agit pas directement sur les vaisseaux, mais bien suivant toute vraisemblance sur les ganglions placés sur le trajet des fibres vaso-constrictives qui se distribuent aux parois des vaisseaux

de la "lande sous-maxillaire et de la langue, de telle sorte que cette action réflexe se distingue par un caractère important des réflexes rausculo-moteurs ordinaires.

Mais est-il permis de généraliser l'interprétation patliogénique que nous venons d'admettre pour la congestion réflexe de la glande sous-m;ixillaire et de la lanme? 11 serait téméraire de le faire, attendu que l'existence dans les autres régions du corps de fibres vaso-dilatatrices analogues à celles de la corde du tympan et du glosso-pharyngien reste encore à démontrer ; il serait au moins prématuré d'admettre que partout les dilatations vasculaires produites par des excitations portant sur les extrémités périphériques des nerfs centripètes sont dues à l'incitation directe de ces fibres que le physiologiste a cherchées en vain jusqu'aujourd'hui.

S'ensuit-il que le mécanisme de la plupart de ces actions vaso-dilatatrices de cause périphérique reste pour nous lettre close? Nullement. La physiologie, qui n'a pas trouvé de vaso-dilatateurs spéciaux autres que ceux de la corde du tympan et du glosso-pharyngien, a prouvé par contre que ceux-ci ne sont pas indispensables à la production des dilatations vasculaires provoquées par des excitations périphériques ; en effet, ces dilatations peuvent encore s'effectuer dans la langue, même après que la section soit du nerf lingual, soit du glosso-pharyngien, a interrompu toutes les voies par lesquelles les incitations vaso-dilatatrices réflexes émanées du bulbe rachidien et de la protubérance sont conduites aux ganglions à l'action desquels sont soimiis les nerfs constricteurs. Selon M. Yulpian, il faut admettre dans cette expérience que « l'excitation déterminée dans les fibres du glossopharygien par le frottement de la muqueuse linguale est transmise par quelques-unes de ces fibres, soit aux ganglions placés sur le trajet du nerf, soit à ceux qui font partie des plexus nerveux situés autour des vaisseaux de la base de la langue ou dans l'épaisseur des parois de ces vaisseaux, et qu'elle peut suspendre l'activité tonique de ces ganglions et des nerfs vaso-constricteurs qui en partent » {Leçons sur Vappareil vaso-moteur, t. Il, p. 469). Or, il ne répugne pas à M. Vulpian de prêter un mécanisme semblable aux congestions dites réflexes en général. IVous ne saurions encore mieux faire que de reproduire le passage où il émet cette vue : « Qu'une incitation vienne à être faite sur un point de la peau ou des membranes muqueuses : cette irritation sera transmise au centre d'action tonique (placé dans l'axe bulbo-spinal) des flbres vaso-constrictives de cette région des téguments ; elle produira dans ce centre une modification fonctionnelle qui aura pour effet une abolition passagère de cet état de demi-activité dont nous venons de parler. Delà, cessation temporaire du tonus vascula ire dans les points qui ont été irrités, dilatation paralytique des petits vaisseaux, congestion locale Tous les nerfs vaso-constricteurs destinés à la peau et aux muqueuses se

mettent vraisemblablement en relation, dans un point ou un autre de leur trajet, avec des centres ganglionnaires (cellules nerveuses isolées ou agglomérées en petits ganglions placées au voisinage ou dans l'épaisseur des pai'ois vasculaires). Or ces petits centres nerveux jouent sans doute un rôle important dans les phénomènes du tonus vasculaire : ce tonus n'existe peut-être qu'à la condition que ces centres soient en état d'activité tonique incessante, et il est possible que cet état puisse cesser, sous l'influence d'irritations faites sur les extrémités périphériques des nerfs sensitifs, dans la région dont les vaisseaux ont lein- tonus soumis à l'action de ces ganglions. Il suffirait pour rendre cette hypothèse acceptable d'admettre que quelques-unes des fibres ainsi iri'itces sont

en rapport intime avec ces petits ganglions vaso-moteurs. Si cette hypothèse était exacte, on voit que les nerfs vaso-moteui^s d'une région seraient soumis à des centres nerveux multiples, indépendants jusqu'à un certain point, mais cependant unis entre eux par des liens de subordination. 11 y aurait d'abord des centres immédiats, les ganglions circum-vasculaires et intra-pariétaux, dont l'activité tonique ne pourrait persister d'une façon durable qu'à la condition qu'elle fût entretenue par celle des centres vaso-moteurs situés dans la moelle épinière et l'isthme encéphalique. Quant à l'activité tonique de ces centres intramédullaires et intra-encéphaliques, elle serait soumise aussi, mais dans une certaine mesure seulement, à celles des parties du bulbe rachidien et de la protubérance où l'on a voulu placer, mais à tort, le centre unique d'origine et de réflectivité de tous les nerfs vaso-moteurs du corps » {Leçons sur Vappareil vaso-moteur, t. II, p. 47 1-47 2).

Telles sont les deux hypothèses que l'on peut mettre en avant pour expliquer les congestions dites réflexes. Peut-être se produisent-elles par l'un et l'autre mécanisme ; mais il n'est pas permis de généraliser celui admis pour la langue et la glande sous-maxillaire, tant que l'existence des fibres vaso-motrices ne sera pas démontrée pour les autres points du corps. Dans l'immense majorité des cas, les congestions dites réflexes seraient donc dues à la suspension de l'activité tonique des centres vaso-moteurs, soit médullaires, soit ganglionnaires, sous l'influence d'excitations périphériques transmises à ces ganglions par certaines libres des nerfs centripètes. Nous ferons remarquer en terminant que dans cette manière de voir, ces congestions ne seraient plus réflexes au sens propre du mot, car au lieu d'une excitation récurrente partant des centres ganglionnaires vers les vaisseaux, il y aurait simplement suspension momentanée de l'activité fonctionnelle de ces centres.

D'après l'étude qui précède, l'antique aphorisme « iibi stimulus, ihifluxiis,)) devient trop étroit pour contenir l'iiisloire entière des congestions; sans doute, la fluxion succède à l'irritation, mais elle peut se manifester réflectivement sur des points très-éloignés de celle-ci ; ensuite l'analyse pathogénique nous oblige à admettre à côté des congestions vaso-motrices des fluxions compensatrices, cardiaque, atonique (par lésions nutritives des parois), bien différentes dans leur mécanisme de ces dernières. Mais il n'y a pas une forme dans laquelle le vaisseau soit dilaté par une force autre que la pression sanguine, jamais la paroi n'intervient d'une façon active dans la production du phénomène; toujours, dans toutes les formes, la dilatation a lieu parce que sa résistance est diminuée par rapport à la force du courant sanguin.

Examen rapide de quelques congestions types. Après cette étude pathogénique, parcourons rapidement quelques cas pathologiques dans lesquels on observe des congestions réflexes, c'est-à-dire déterminées par des excitations périphériques et effectuées par la médiation des centres vaso-moteurs.

La congestion inflammatoire s'impose d'abord à notre attention : elle est déterminée par le même mécanisme que celui qui produit la rougeur dans l'action du sinapisme sur la peau, d'un grain de poussière sur la conjonctive, etc. L"irritation phlogogène est transmise par les nerfs centripètes placés à sa portée aux centres vaso-moteurs de la région, l'activité tonique de ceux-ci et par suite celle des vaso-constricteurs avec lesquels ils sont en rapport se trouve suspendue, il en résulte une dilatation des vaisseaux correspondants. Pour se convaincre que les choses se passent bien ainsi, il suffit, comme l'indique M. \ulpian,

(le couper le nerf auriculo-temporal du trijumeau et les nerfs cervico-auriculaires d'un côté sur un lapin et de comparer les effets doubles d'une irritation phlogogène appliquée à la fois sur l'oreille ainsi privée d'une partie de la sensibilité, et sur l'autre restée saine. La congestion produite est bien moins vive sur la première que sur la seconde, elle s'y manifeste cependant parce que tous les nerfs sensitifs ne peuvent être coupés. La dilatation vasculaire réflexe déterminée par l'irritation inflammatoire se produit-elle par l'intermédiaire de vaso-moteurs spéciaux? 11 est probable que non, même quand on l'envisage dans les parties qui se prêtent le mieux à cette interprétation : si en effet on coupe la corde du tympan qui fournit comme on sait des fibres vaso-dilatatrices à la langue et qu'on excite la moitié antérieure de cbaque côté de cet organe, on y détermine une congestion aussi intense du côté de la section que du côté opposé. Cette expérience de M. Vulpian, loin de montrer que les nerfs vaso-dilatateurs inlerviennent dans l'acte réflexe de la dilatation, les met au contraire complètement hors de cause. 11 est probable, d'après cela, que la congestion inflammatoire se produit d'après le mécanisme établi plus haut pour la congestion en général : l'irritation phlogogène, transmise par les nerfs centripètes aux centres vaso-moteurs avec lesquels les constricteurs de la région se trouvent en rapport, suspend l'activité tonique de ces centres ; les constricteurs soumis à leur influence cessent d'agir, les vaisseaux innervés par eux se dilatent, telle est l'interprétation pathogénique applicable à la congestion du début de l'inflammation dans les membranes, les parenchymes et les autres parties du corps.

Les névralgies s'accompagnent souvent de congestion. Rien n'est plus commun que de voir naître des rougeurs plus ou moins vives sur la conjonctive, la joue, la muqueuse buccale dans les névralgies des diverses branches du trijumeau ; liées ordinairement à la durée de la névralgie, cessant et reparaissant avec elle, surgissant quelquefois loin du foyer de l'irritation douloureuse, elles peuvent se produire quelle que spit la cause de celle-ci, et s'accompagner, surtout dans les névralgies dentaires d'hypersécrétion des glandes, d'œdème, d'empâtement douloureux, qui n'appartiennent plus au domaine de la congestion, mais à celui de l'inflammation. Pour ce qui concerne la congestion névralgique de la face, on peut admettre dans certains cas qu'elle s'effectue par l'intermédiaire des nerfs vaso-dilatateurs ; il en a été probablement ainsi dans deux observations de névralgie du nerf maxillaire inférieur relatées par M. Notta et rappelées dans les Leçons de M. Yulpian : à chaque paroxysme douloureux, la langue devenait rouge et se tuméfiait au point de sortir de la bouche ; vraisemblablement, la congestion était due ici à l'irritation des fibres réflexes vaso-dilatatrices que la corde du tympan fournit au nerf lingual. Mais pour les congestions névralgiques des autres points du corps, où l'existence des nerfs vaso-moteurs n'est pas encore reconnue, il est impossible, pour le moment, d'avancer une autre interprétation pathogénique que celle déjà émise pour la congestion inflammatoire.

Certaines émotions avec le caractère de l'exaltation, la joie, la colère, le désir, la pudeur, etc., font apparaître brusquement sur la face, les oreilles, le cou, la poitrine, la partie supérieure du dos, des rougeurs plus ou moins vives, accompagnées de battements artériels, de troubles de la vue, de bruissement dans les oreilles, de vertige même. La dilatation des vaisseaux de la face semble produite ici par une interruption passagère du fonctionnement des centres vasomoteurs qui entretiennent le tonus de ces vaisseaux, c'est-à-dire des ganglions

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cervicaux et thoraciques supérieurs du grand sympalhifjue d'une part, et d'autre part des foyers d'origine intra-méduUaires et intra-bulbaires des vaso-moteurs de la face. L'incitation suspensive de l'activité fonctionnelle de ces centres partirait du centre émotif qui vraisemblablement réside dans la protubérance annulaire et vers lequel converge l'excitation nerveuse toute spéciale constituant l'émotion, dont le point de départ se trouve dans les portions de l'encéphale situées en avant du bulbe.

A côté des congestions émotives se placent ces rougeurs fugaces avec sensation de chaleur [ardor fugax, volalicus) qui comportent un caractère éminemment nerveux et s'observent surtout chez les femmes à l'époque de la ménopause, chez les hystériques, les hypochondriaques, les anémiques, les chlorotiques, chez les enfants pendant la dentition ; elles s'accompagnent de symptômes nerveux d'une grande mobilité, se manifestent surtout sur le visage, le cou, la tète. Ces parties deviennent turgescentes, le sujet y épi-ouve des bouffées de chaleur, une sensation de tension des plus pénibles. Souvent le cerveau lui-même participe aux désordres : le faciès est comme voilé, il y a de la pesanteur de tête, de l'obnubilation intellectuelle, de l'insonmie. Tantôt ces symptômes persistent assez longtemps, d'autres fois ils se dissipent brusquement par l'explosion d'une sueur locale ou générale ; quelquefois aussi la congestion disparaît pour réapparaître sur un autre point. Manifestement tous ces troubles se rapportent à une perturbation fonctionnelle des vaso-moteurs, et ce qui le prouve, c'est qu'assez souvent chez les hystériques et les hypochondriaques la fluxion fugace alterne avec l'ischémie fugace. Il y a tantôt exagération (pâleur), tantôt cessation plus ou moins complète du tonus vasciilaire (rougeur) ; cette dernière modification tient sans doute, comme dans la rougeur émotive, à l'interruption passagère du fonctionnement des centres vaso-moteurs dont l'activité permanente maintient le tonus des vaisseaux de la face et du cou.

La plupart des pyrexies nous offrent des congestions diffuses et circonscrites. On sait que dans le deuxième stade de la fièvre intermittente, la teinte pâle observée sur la peau pendant le frisson fait place à une coloration diffuse plus ou moins rouge qui est surtout accusée sur la face. Cette dilatation des vaisseaux périphériques implique nécessairement un certain degré de paralysie vaso-motrice, qui pourrait être regardée comme le l'ésultat de l'épuisement succédant au spasme initial, ou d'une modification spéciale de l'appareil vaso-moteur produite soit directement, soit indirectement par la cause pyrétogène. La première opinion peut se soutenir, mais elle ne saurait être généralisée : la congestion en question survient quelquefois d'emblée, sans frisson initial ; force nous est de recourir au moins pour ces derniers cas à la seconde hypothèse, et comme il n'est pas probable qu'une excitation centripète (d'où partirait-elle ?) aille suspendre l'activité tonique des centres vaso-moteurs de la moelle et de la périphérie, il est rationnel d'admettre que le poison pyrétogène impressionne directement les centres vaso-moteurs eux-mêmes. La même interprétation est appUcable à la rougeur générale de la période d'invasion des fièvres éruptives, à celle qu'on observe pendant tout le cours de la fièvre typhoïde ou des affections phlegmasiques accompagnées de fièvre ; toutes ces rougeurs sont imputables à l'alfaiblissement fonctionnel des centres vaso-moteurs qui sont en rapport avec les nerfs constricteurs des vaisseaux cutanés ; on peut lui rapporter aussi la taclie méningitique si commune dans ces pyrexies : l'excitation centripète déterminée par le frottement léger de la peau à l'aide d'un corps mousse produit d'autant

plus facilement l'action suspensive des centres vaso-moteurs correspondants, que ceux-ci se trouvent déjà affaiblis par le poison pyrétogène; il en résulte des conoestions locales plus rapides, plus intenses et plus persistantes.

Les rouo^eurs circonscrites des pyrexies préludent à l'exanthème ou le constituent ; elles consistent en macules plus ou moins larges avec ou sans élevure de la peau ; elles sont beaucoup plus vives que les précédentes et ne restent pas d'ordinaire à l'état de simples taches congestives : dans la variole, la rougeur de la papule et du pourtour de la papule est une congestion franchement inflammatoire ; la tache rubéolique prend à un certain moment le caractère ecchymotique, et l'exanthème typhique devient ordinairement pétéchial. Ces congestions exanthématiques paraissent dues à l'excitation de la couche de Malpiglii et de la zone vasculaire adjacente du derme par le poison morbide agissant sur la peau comme s'il tendait à s'éliminer par cette voie ; il en résulte dans les vaisseaux sous-épidermiques des dilatations vasculaires dont l'étendue et la configuration varient suivant la nature du poison. Le mécanisme serait donc un peu différent de celui des congestions généralisées de la période d'invasion. Ces rougeurs circonscrites de la peau surviennent dans un grand nombre d'élats morbides, indépendamment des éruptions de la rougeole et du typhus. On peut citer certaines formes d'exanthèmes rhumatismaux, la roséole syphilitique, certaines roséoles dues ta l'ingestion de substances médicamenteuses, l'herpès félirile et l'herpès zoster, enfin les congestions émotives qui afioctent souvent sur le dos la forme roséolique avant de devenir diffuses. Toutes ces congestions roséoliques sont intéressantes en ce que cette forme de macules congestives semble indiquer que la cause vaso-dilatatrice agit sur des sortes de territoires vasculaires de la peau plus ou moins indépendants les uns des autres et soumis chacun à l'influence de nerfs vaso-moteurs distincts, ou peut-être à celle de petits centres ganglionnaires vaso-moteurs périphériques.

Les congestions des muqueuses qui se développent dans le cours des pyrexies naissent d'après le même mécanisme que celui des éruptions cutanées ; on pourrait en dire autant de la congestion pulmonaire qui survient dans les mêmes conditions : de part et d'autre la dilatation vasculaire est produite par des modifications fonctionnelles subies par les nerfs vaso-moteurs analogues à celles des vaso-moteurs de la peau.

Les congestions de la rate dans le typhus abdominal et dans les fièvres intermittentes relèvent aussi de troubles dans l'innervation vaso-motrice, mais l'élément congestif n'a qu'une part restreinte dans la tuméfaction de l'organe, l'autre revient à la prolifération de ses éléments lymphatiques, au relâchement des espaces sanguins par suite de l'atonie des rares fibres lisses de la charpente, enfin à l'hyperplasie des travées fibreuses dans les fièvres intermittentes chroniques.

A côté des turgescences sanguines momentanées de la rate dans les fièvres d'accès, il convient de mentionner les fluxions intermittentes signalées par les médecins qui pratiquent dans les districts marécageux ; ces fluxions ont été surtout observées du côté du poumon et décrites quelquefois sous le nom de pneumonies intermittentes, bien que leur disparition rapide semble exclure toute possibilité d'un processus nutritif hyperplasique. Leur mécanisme est probablement le même que celui des congestions pulmonaires dans les pyrexies : peut-être le poison fébrigène cherche-t-il à s'éliminer par le poumon et provoque-t-il par son excitation sur les éléments anatomiques une dilatation vasculaire analogue

dans son mécanisme à celle des exanthèmes cutanés des fièvres éruptives ; il se peut aussi que cette excitation détermine par une action centripète suspensive un aiïaiblissement des centres vaso-moteurs auxquels sont soumis les nerfs vasoconstricteurs du poumon.

La physiologie de l'appareil vaso-moteur permet aussi d'expliquer ces congestions cutanées qui surviennent dans une région du corps éloignée de celle où siège la cause probable qui provoque leur apparition : telles sont les rougeurs unilatérales de la pommette, des membres (Lépine) dans la pneumonie, de la face au moment du flux cataménial, de la membrane muqueuse de l'intestin ou d'autres organes internes (viscères thoraciques, cerveau) api'ès les brûlures étendues de la peau ; l'interprétation pathogénique semble être identique pour toutes ces congestions : suspension de l'activité tonique du centre vaso-moteur des vaisseaux de la partie congestionnée sous l'influence de l'incitation transmise à ce centre par les voies centripètes émanant de la partie lésée primitivement. Ce mécanisme pathogénique se i^etrouve enfin dans notre dernier exemple de congestion, la fluxion critique (flux et reflux de Stahl) qui appartient à l'histoire des sécrétions et des héaiorrhagies critiques.

Symptômes de la congestion active. Le premier, le plus saillant, est la replétion vasculaire, Vinjection. Elle débute toujours, au moins si l'on en juge par les régions accessibles à l'œil, la conjonctive, par exemple, par la replétion des artérioles et veinules ; puis dans les mailles du réseau formé par ces petits vaisseaux turgescents, on voit se développer rapidement l'injection capillaire dessinant un réseau infiniment plus petit. Cette injection paraît ramifiée ou uniforme suivant que le réseau, siège de la dilatation vasculaire, est plus ou moins fin, suivant aussi qu'un nombre plus ou moins considérable de globules rouges s'est extra vase par diapédèse au milieu du tissu péricapillaire. Tantôt la zone injectée est nettement délimitée, tantôt elle se fond par une transition graduelle avec le voisinage. L'injection diffuse appartient plus spécialement aux organes pourvus de nombreuses anastomoses vasculaires ; les organes dont les diverses parties sont douées d'une certaine indépendance au point de vue de la circulation présentent plus souvent l'injection circonscrite (rate et rein) ; il en est de même de ceux qui renferment des parties susceptibles de devenir par elles-mêmes le siège de fluxion, comme les glandes de la peau et des muqueuses, les corpuscules de Malpighi des reins. Indépendamment du siège, la cause peut influencer la forme de l'injection : ainsi les causes locales déterminent plus souvent des injections circonscrites.

Le résultat de l'injection d'une partie est la rougeur due à l'accumulation du sang dans les artères, veines et capillaires élargis. Sa forme dépend de la disposition des vaisseaux, ou de conditions inhérentes à la maladie d'où elle procède : elle est ponctuée dans les surfaces tapissées de papilles ou de villosités, striée dans les muscles, tachetée dans la rougeole, diffuse dans l'érysipèle. Elle se distingue par sa teinte claire, son caractère artériel, de la stase veineuse. L'observation démontre en effet que la circulation continue à se faire dans les tissus congestionnés, et même à se faire avec une plus grande rapidité, de sorte que le sang passe quelquefois des artères dans les veines sans changer de caractère. U ne faudrait cependant pas trop généraliser cette proposition, attendu qu'il est difficile d'admettre une accélération circulatoire dans des vaisseaux qui deviennent plus larges. Mais ce qui est certain, c'est que c'est du sang en mouvement et non stagnant qui produit l'hyperémie active; telle est la raison pour laquelle h

rougeur fluxionnaire disparaît après la mort ; l'anatomie pathologique est en effet souvent incompétente pour la détermination des états congestifs : la scarlatine, la rougeole, l'érysipèle, ne laissent pas de traces sur le cadavre. Souvent les muqueuses bronchique et intestinale paraissent normales après la mort, bien que pendant la vie on ait constaté les signes les plus nets de congestion de ces parties. C'est qu'avec l'anéantissement de l'influx nerveux la dilatation active des vaisseaux cesse ; le retrait du tissu élastique et la roideur cadavérique qui s'empare des muscles lisses déterminent l'ischémie de la mort.

Au caractère artériel de la fluxion se rattache un symptôme qui lui est parallèle, la. pulsation. C'est une manifestation assez générale, seulement elle se présente souvent sur des vaisseaux trop petits pour être appréciable à l'œil nu. La pulsation congestive est anormale par son siège, c'est-à-dire qu'elle se montre sur des arlérioles qui habituellement n'ont plus de pouls, même jusque dans les capillaires examinés au microscope; par son volume, qui dépasse notablement celui du pouls normal, enfin par une sensation de battement souvent trèspénible (douleur pulsative) qui, soit dit en passant, a contribué beaucoup à chercher dans les artères un élément actif de la fluxion, tandis qu'elle témoigne plutôt du relâchement, d'une sorte de passivité des membranes par rapport aux ondées artérielles. Chaque pulsation est quelquefois suivie de vibrations anor- ]nales des parois vasculaires, dues à la même cause qu'elle, k la flaccidité de la tunique musculaire. Elles se traduisent pour l'oreille et le toucher par un frémissement particulier ; leur durée est plus ou moins longue, elles peuvent être continues avec renforcement systolique.

L'élévation de la température s'observe constamment dans la zone hyperémiée; elle dépend certainement de l'afflux plus considérable de sang artériel, car elle ne se produit pas après la section du sympathique cervical, si la carotide et la vertébrale correspondantes ont été préalablement liées (Schiff.). Dans les congestions cutanées de la face, par exemple, elle constitue d'ordinaire un symptôme très-pénible pour le malade ; dans les congestions internes ce phénomène est loin d'être aussi accentué.

L'hyperémie et l'exsudation de sérum ou plasma qui en est la conséquence entrahient après un certain temps le gonflement ; le degré de celui-ci dépend de la richesse vasculaire de la partie, de la laxité de son tissu ; la peau de la face la muqueuse de l'intestin, s'épaississent considérablement sous l'influence de la congestion. Dans le cerveau adulte le gonflement hyperémique est borné jusqu'à un cei'tain point par l'enveloppe osseuse du crâne, dans l'œil par la cavité orbitaire, dans le foie par la capsule de Glisson.

L'injection, la rougeur, la pulsation, l'élévation de température, le gonflement que nous venons de mentionner, sont des conséquences ordinaires et immédiates de la fluxion du sang vers une partie ; on observe souvent d'autres symptômes, moins constants et plus complexes. C'est ainsi qu'on devrait s'attendre à une suractivité fonctionnelle de la partie congestionnée ; pourtant rien n'est plus variable ; il y a tantôt exaltation, tantôt diminution de la fluxion : ce dernier cas se présente, quand il y a une accélération réelle de la circulation, par conséquent contact moins prolongé des molécules du sang avec les éléments anatomiques ; ou encore, quand par suite de l'élargissement vasculaire ces derniers se trouvent comprimés. On observe alors dans certains organes délicats, le cerveau, par exemple, un tableau symptomatique mixte tenant à la fois de l'exaltation et de la dépression fonctionnelle : agitation, délire, convulsions alternant DrcT. ENc. XIX. 36

avec de la somnolence, le coma, la résolution des membres ; dans rhvperémie cutanée, la sensation de chaleur, le fourmillement, la démangeaison, sont associés à l'abolition plus ou moins complète du sens du tact. Autrement se passent encore les choses quand la fluxion siège dans une partie déjà altérée par des actes morbides antérieurs ou si elle-même procède d'une cause susceptible de produire d'autres désordres auxquels elle se trouve mêlée. C'est ainsi que l'hémorrhagie est une conséquence fréquente de la congestion quand celle-ci se produit dans des vaisseaux rendus friables par l'athérome, l'endartérite (cerveau), ou quand elle se répète dans des tissus délicats ou ramollis (poumon de l'adulte, cerveau du vieillard). La congestion, même de courte durée, détermine toujours des hémorrhagies légères par diapédèse. Elle augmente et altère les sécrétions normales et pathologiques, elle précipite l'évolution des lésions morbides, des dégénérescences déjà commencées, elle devient, quand elle se répète souvent dans une partie, une source d'altérations nutritives qui peuvent aboutir à l'épaississement, à la dilatation permanente des parois vasculaires, à l'inflammation, à l'hypertrophie ; mais son domaine s'arrête sur le seuil de ces désordres nutritifs plus ou moins profonds, ceux-ci n'appartiennent plus à l'hyperémie propi'emenl dite, ils procèdent ou de la nature de la cause congestive elle-même, ou d'une maladie inhérente soit au sang, soit aux tissus où s'est portée la flaxion.

Pronostic. La congestion, envisagée en elle-même, ne comporte pas un pronostic grave ; elle peut devenir sérieuse par le but qu'elle prépare, par l'importance de l'organe qu'elle frappe. C'est une notion classique que la prédisposition aux congestions appartient dans le jeune âge à la tête, dans l'adolescence à la poitrine, dans l'âge adulte au bas-ventre, dans la vieillesse de nouveau à la tète et à la poitrine. Tous les organes ne sont pas en général aptes à s'hypérémier ; la fluxion se produit plus facilement et plus fréquemment dans les tissus lâches, la peau, les muqueuses, les glandes ; elle est moins ordinaire dans les organes recouverts d'une capsule résistante comme le foie, ou logés dans des cavités osseuses tels que l'œil, le cerveau. Dans les organes qui se congestionnent fréquemment, la nutrition des parois vasculaires s'altère, la dilatation devient permanente ; la fluxion dégénère peu à peu en congestion passive, atonique.

Traitement. Chaque congestion en particulier peut comporter des indications thérapeutiques spéciales dont l'énuraération serait déplacée ici. Mais, indépendamment de ces moyens particuliers, on peut formuler quelques préceptes . généraux qui se rapportent soit à la cause, soit à la congestion elle-même.

Dans les fluxions collatérales, il faut avant tout chercher à lever l'obstacle à la circulation. Celui-ci consiste-t-il dans un état spasmodique des vaisseaux, ou appliquera des fomentations chaudes, on usera d'excitants locaux et généraux susceptibles de diminuer l'hyperactivité fonctionnelle des centres vaso-moteurs et des nerfs constricteurs des vaisseaux contractés. Si une tumeur, un exsudât, une cicatrice exerce une compression préjudiciable à la circulation, on s'efforcera d'enlever ces obstacles ou d'en atténuer les effets quand ils seront au-dessus de nos moyens d'action ; on peut arriver indirectement à ce but par des moyens propres à diminuer la pression artérielle ou à réduire la masse du sang, tels que la digitale à haute dose, les saignées, les déplétions séreuses ; nous rappelons pour mémoire seulement la ligature des membres conseillée au même titre, il y a quelques années, et érigée en méthode de traitement général (Buckler). Ces moyens détournés pour pallier les conséquences de l'obstacle au cours du

sano- sont les seuls que nous puissions appliquer quand ce dernier siège dans un organe interne (fluxion compensatrice dans la pneumonie).

Si telle ou telle partie, par sa prédisposition aux congestions, témoigne d'un affaiblissement marqué de la paroi vasculaire, affaiblissement résultant par exemple d'inflammations répétées, une médication locale excitante devient né- <;essaire pour relever la tonicité de la tunique nmsculaire ; s'il s'agit d'organes internes, on pourrait peut-être obtenir quelques résultats de l'emploi à l'intérieur des balsamiques, résineux, stimulants diffusibles dont l'efficacité est démontrée depuis longtemps dans les inflammations chroniques des muqueuses avec dilatation des vaisseaux.

Aux congestions irritatives il faut appliquer le traitement de rinOaunnation sans perdre de vue l'indication causale que l'on remplira par dos moyens appropriés suivant les cas : on extirpera les corps étrangers implantés dans les parties, on enlèvera les tumeurs dont la présence constitue une cause d'irritation; les substances irritantes introduites dans le tube digestif seront évacuées par le vomissement ou neutralisées par des moyens chimiques appropriés ; celles qui naissent dans l'organisme lui-même sous l'influence des dyscrasies spéciales (diathèse urique) seront éliminées par une diurèse copieuse.

Il y a toute une série d'hyperémies inflammatoires où la cause prochaine devient insaisissable pour le médecin; telles sont les fluxions rhumatismales, ou d'une manière plus générale celles qui naissent sous l'influence du froid; ici on devra associer aux moyens rationnels dirigés contre l'élément fluxion des agents empiriques réputés anticongestifs : l'émétique, la digitale, la quinine, en un mot des substances tirées de la classe des médicaments dits contro-stimulants.

Vient ensuite l'innombrable série des congestions nerveuses, sympathiques, issues d'irritations cérébro-spinales excessivement variées dans leur nature el dans leur siège; elles sont quelquefois accompagnées de palpitations violentes, pénibles, qvii réclament une scdation immédiate de l'action tumultueuse du cœur. La digitale, le bromure et le cyanure de potassium, l'eau de laurier-cerise, au besoin la saignée, seront indiqués ici. Mais ces moyens n'auront d'efficacité durable qu'autant qu'oii s'efforcera de combattre en même temps la cause des troubles nerveux d'où procèdent les pliénomènes congestifs : les fluxions intermittentes de l'intoxication paludéenne réclament l'emploi de la quinine ; celles de la chloro-anémie, de l'hystérie, de l'hypochondrie, où l'excitabihté du système nerveux témoigne le plus souvent de sa faiblesse, céderont à l'usage des toniques, des excitants (ferrugineux, quinquina, amers), aidés d'une nourriture fortifiante, de l'exercice à l'air libre, de bains froids et de douches fi'oides. Indépendamment de l'indication causale, le traitement ne doit pas perdre de vue la congestion elle-même, qui peut avoir une signification sérieuse par son intensité, par le siège qu'elle occupe ou le but qu'elle prépare. La thérapeutique nous offre ici des moyens variés, directs et indirects. Les premiers comprennent les émissions sanguines locales, le froid sous la forme d'ablutions, de fomentations, de douches bien plus efficaces pour exciter les parois vasculaires et y provoquer une action constrictive que les astringents également employés. Viennent ensuite des moyens de second ordre, tels que la position, la compression, soit des petits vaisseaux congestionnés eux-mêmes, soit des artères afférentes ; la compression de la carotide a été recommandée et souvent pratiquée dans les fluxions rapides vers le cerveau; pourtant la compression médiate ne saurait être suivie d'un effet durable, car les anastomoses artérielles ne tardent pas à

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