‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.20Chapitre 14 sur 53 · A. DUREAU · texte numérisé non relu

A. DUREAU

COP. Voy. Rock.

coPAniviQUE. Voy. Gopahu.

DICT. ENC. XX. 19

290 COPAUU (emploi médical).

COPAHU. § I. Botanique. Voy. CoPAYER.

§ II. Chimie. Le baume de copahu est constitué par un mélange de résine et d'huile essentielle. Celle-ci s'isole facilement par les procédés au moyen desquels on sépare l'essence de térébenthine dans la térébenthine, c'est-à-dire par la distillation avec de l'eau. Sa composition et l'ensemble de ses caractères chimiques en font un isomère ou un polymère de l'essence de térébenthine. Voici ses principaux caractères : odeur de copahu, densité = 0,878, point d'ébuUition 260°. Soluble en toute proportion dans l'alcool absolu et l'éther, forme une combinaison avec l'acide chlorbydrique.

La partie résineuse est formée d'un principe ciistallisable (acide copahivique, copahuvique ou copahu-résinique) et d'un corps incristallisable résultant probablement de l'altération du premier.

On obtient l'acide copahivique en dissolvant la résine de copahu dans l'ammoniaque aqueuse et en abandonnant la dissolution dans un endroit frais ; il se sépare sous forme de cristaux qu'on lave à l'éther et qu'on dissout dans l'alcool bouillant dont il se sépare par refroidissement. Inodore, incolore, acide, rougit le papier de tournesol, soluble dans les huiles grasses et essentielles, l'alcool concentré cliaud, l'éther, le sulfure de carbone. Sa composition est celle delà colophane, G^*1P0^ ; il cristallise dans le système orthorhombique.

M. Fehling a retiré d'un dépôt cristallin formé naturellement dans le copahu de la Colombie un acide cristallisable, fusible à 120°, cristallisant en fragments rhomboïdaux et répondant à la formule C^^H^^O^.

ScHWEiTZER. Ann. de Pog., t. XYII, p. 487, et t. XXI, p. 172.— Rose (H.). Ibid., t. XVII, p. 489 et Ann. der Chem. u. Pharm., t. XIII, p. 177. — Fehling. Ann. der Chem. u. Phann., t. XL, p. 110. — RouMiN. Journ. de Pharm., t. I, p. 521. Schutz.

§ III. Emploi médical. HISTORIQUE. Marcgraf et Pison, dans leur Eutoire naturelle du Brésil, ont les premiers parlé du copahu, en lui laissant le nom de Copaïba que lui donnaient les indigènes; après eux, Jacquin l'a décrit et figuré sous le nom de Copaiva, Linné sous celui de Copaifera officinalis. Classée dans les baumes, cette substance, comme celles qui sont ainsi désignées, passa d'abord pour un vulnéraire, tant externe qu'interne, merveilleux, au dire du Père Labat, pour toutes les plaies, excepté pour celles des armes à feu ; il signale aussi sa propriété fébrifuge, que nous retrouverons invoquée dans ces derniers temps. Ce ne fut que vers la fin du dix-huitième siècle que le copahu fut appliqué, en Angleterre, au traitement des affections catarrhales, des écoulements blancs, muqueux, puriformes, et particulièrement de ceux de la muqueuse génito-urinaire, mais sans y acquérir la vogue qu'il a prise de nos jours ; Cullen ne lui accorde même qu'une médiocre valeur contre la blennorrhagie. Au commencement de ce siècle, son usage se répandit en France, et depuis on n'a nulle part plus contribué à en généraliser l'emploi contre les catarrhes de l'urèthre et de la vessie d'origine vénérienne.

Action physiologique. Appliquée sur la peau, l'oléo-résine de copahu ne produit pas d'effets sensibles; cependant, pour peu que la friction y aide, elle tend à déterminer de la rougeur et de l'irritation. Sur les plaies, sur les muqueuses, ses effets excitants, et même irritants, sont plus ou moins prononcés. Si elle est prise par la bouche, déjà repoussante par son odeur, elle affecte le palais par l'une des saveurs les plus atroces qu'on puisse imaginer, bientôt suivie

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d'ardeur et d'âcreté dans la gorge. Introduite dans l'estomac, surtout à forte dose et pendant l'état de vacuité de ce viscère, elle produit une sensation de chaleur, souvent des nausées, parfois des vomissements. Mélangée avec les aliments, elle est plus facilement supportée et absorbée; mais en tout cas elle laisse après son ingestion des éructations qui ramènent dans la bouche son goût insupportable et imprègnent l'haleine de son odeur. Les doses élevées de copahu, et même à moindres doses son usage continu, causent de l'anorexie, de la dyspepsie, de la diarrhée, des douleurs dans les reins (Langlebert). Enfin, lorsque la quantité ingérée est par trop copieuse, il survient une indigestion ou une pur^ation parfois excessive. On ne peut donc se dissimuler que le copahu est un médicament fort déplaisant, tant par son odeur et sa saveur que par les révoltes qu'il suscite dans les organes digestifs. Les modes d'administration usités aujourd'hui le rendent, il est vrai, moins répugnant ; mais encore reste-t-il l'inconvénient d'une digestion difficile, qu'il faut combattre cependant, car il importe de prévenir son expulsion, de pallier son impression sur la muqueuse intestinale, de modérer sinon même d'empêcher ses effets purgatifs qui ne sont pour rien ou que pour fort peu de chose dans ses effets thérapeutiques, et d'assurer ceux-ci par l'absorption de l'oléo-résine. Des doses modérées et fractionnées, prises avec les aliments, favorisent cette absorption ainsi que la tolérance de l'estomac et des intestins. Mallez emploie et conseille quelques gouttes de teinture de noix vomique pour faire supporter le copahu.

L'action diffuse du copahu, après son absorption, se traduit par une accélération du mouvement circulatoire et une élévation de la chaleur animale ; il survient parfois une céphalalgie congestive plus ou moins durable. Les principes volatils de cette substance s'éliminent par la respiration et par la transpiration cutanée, révélant ainsi, au détriment du sujet, la nature d'une médication qu'il a généralement intérêt à tenir secrète ; ce motif seul suffirait pour réserver le copahu au traitement des flux vénériens, et autorise amplement à préférer, pour les catarrhes d'un autre genre, des balsamiques d'un parfum moins suspect.

L'élimination de l'oléo-résine en question s'opère aussi, et très-activement, par l'émonctoire urinaire ; et de là même vient l'électivité d'action qui lui est attribuée sur les muqueuses cystique et uréthrale ; mais l'essence semble moins passer par cette voie que le principe résineux. En effet, les urines des sujets soumis au copahu ne présentent qu'à un faible degré l'odeur caractéristique de son essence; elles ont, en revanche (Fuller, Cazenaye), un goût amer, dû vraisemblablement à la résine ou acide copahivique. Gubler a fait à cet égard les intéressantes expériences qu'il rapporte ainsi : Les urines copahifères, traitées par l'acide azotique, se troublent comme si elles étaient albumineuses ; mais le précipité diffère de l'albumine par sa légèreté, par l'absence de furfures distincts, à plus forte raison de grumeaux et de flocons, et par sa solubilité dans l'éther et dans l'alcool qui éclaircissent la liqueur. C'est donc, du moins ordinairement, un précipité résineux. Il arrive cependant, mais d'une manière trèsexceptionnelle, que le copahu détermine l'albuminurie par irritation rénale et même l'hématurie [Commentaires thérapeutiques du Codex). Il occasionne souvent de la chaleur et de la titillation dans l'urèthre sain avant et après la miction (Kœnig). On le voit également produire ces effets, et même de la cuisson, de la douleur, dans l'urèthre enflammé, surtout lorsqu'il est administré à trop fortes doses ou trop tôt dans la période aiguë de la blennorrhagie.

Le copahu stimule vivement la peau en s'éliminant à travers cette membrane;

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Gubler pense que l'huile volatile passe par les glandes sudoripares et la résine parles glandes sébacées. Cette élimination, de quelque manière qu'elle s'effectue, détermine fréquemment de l'érythème, de l'urticaire, de la miliaire rouge, de la roséole, une éruption scarlatiniforme. Judd réduit ces exanthèmes variés à deux formes : l'éruption de petites taches pourpres, Small pucineous patch éruption , et l'éruption papuleuse , Papular éruption. Une poussée analogue semble se manifester du côté des voies respiratoires, car les malades accusent parfois de la chaleur dans les bronches, une légère oppression et de la toux sèche (Gubler).

Eu définitive, l'oléo-résine de copahu est un stimulant général et un modilicateur spécial des muqueuses, agissant à la manière des térébenthines et des baumes, mais surpassant la plupart de ses analogues par son énergie ; ceci doit commander une certaine réserve dans son emploi qui, faute de mesure ou de précautions, amènerait infailliblement des accidents. Gubler émet l'opinion que, si son action se porte davantage sur l'appareil génito-urinaire, c'est peut-être parce que l'essence de copahu se transforme plus que d'autres par oxydation dans le sang, et devient par là plus apte à passer par les reins.

Action tuéuapeutique. Toutes les affections catarrhales parurent d'abord pouvoir être modifiées par le copahu comme par les autres baumes. Il fut particulièrement préconisé contre les catarrhes pulmonaires et même contre la phthisie, si souvent confondue autrefois avec les premiers. Dans la phthisie pulmonaire, étant admis la justesse du diagnostic, nous partagerions l'avis des auteurs qui considèrent le copahu comme un stimulant trop actif, exposant à des accidents et entre autres à l'hémoptysie. L'opinion de Labat, qui le conseille contre les hémorrhagies, même contre celles de poitrine, nous paraît moins fondée que celle de Spielmann, qui le juge susceptible d'occasionner, même en d'autres circonstances, des hémorrhagies. Nous croyons donc que l'oléo-résine de copahu, dans toute sa substance, avec ses propriétés irritantes et stimulantes, ne conviendrait pas aux hémoptoïques ou aux sujets disposés à le devenir; mais il ne serait pas sans quelque intérêt d'expérimenter si le copahu dépouillé de sa résine, autrement dit si l'essence de copahu pure ne serait pas hémostatique comme d'autres huiles volatiles, et notamment comme l'essence de térébenthine, qui a d'ailleurs la même formule chimique. 11 y aurait en même temps à rechercher si cette essence de copahu ne conviendrait pas spécialement à la muqueuse respiratoire, comme l'acide copahivique à la muqueuse urinaire, en conséquence des préférences d'élimination de ces deux principes de l'oléo-résine.

En attendant ces expéi'iences distinctives, il est acquis que le copahu, donné tout entier, a produit souvent de bons effets dans les catarrhes chroniques, avec expectoration persistante et abondante ; Halle l'a recommandé dans ces cas. Nous l'avons essayé aussi quelquefois, et nous avons réussi à tarir, au moins momentanément, des bronchorriiées désespérantes par leur ténacité. C'est donc un remède à proposer là où d'autres médications anticatarrhales auront échoué.

On a aussi conseillé le copahu contre les catarrhes chroniques des intestins ; mais ici son succès semble devoir être aléatoire, puisqu'il tend déjà par lui-même à déterminer de la diarrhée. Il est vrai que c'est l'une des circonstances où l'on a cru pouvoir expliquer son action par une irritation substitutive.

C'est aussi de cette manière que plusieurs praticiens interprètent ses effets dans les catarrhes de la muqueuse génito-urinaire. Ils citent à l'appui les cas où le copahu détermine de l'ardeur dans l'urèthre, de la dysurie, des inflamma-

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tious également douloureuses dans la vessie, dans la prostate, dans le rectum. D'autres, surtout lorsque ce médicament purge et par cela même, sont disposés à le iuo-er comme un agent révulsif. On peut objecter à ces deux manières de voir que les doses exagérées, administrées sans souci de la tolérance ou inopportunément, sont d'ordinaires celles qui causent ces inflammations ou ces évacuations, inutiles d'ailleurs, sinon "même nuisibles à l'obtention des vrais effets thérapeutiques du copahu. Son absorption est la meilleure garantie de ces effets; ce n'est donc que secondairement et par élimination qu'il vient agir sur la muqueuse malade, en la modifiant d'autant mieux que son aciion est douce, continue et exempte d'irritation. Nous inclinons à penser que l'acide copaliivique, éliminé en majeure partie par l'éraonctoire urinaire, impressionne sa muqueuse à la manière des astringents, tandis que les particules d'essence qui, en moindre quantité, suivent la même voie, produisent un effet antiphlogistique et calmant.

Quoi qu'il en soit de l'explication et de quelque manière que se comporte le copahu sur la muqueuse génito-urinaire, toujours est-il que c'est bien contre les écoulements muqueux ou puriformes dont cette muqueuse est affectée qu'il manifeste le plus de puissance; ce fait expérimental, comparé aux résultats moins probants d'autres applications, justifie son admission dans le traitement de la blennorrhagie, pour laquelle il est presque exclusivement réservé de nos jours. Cette appropriation a môme acquis une telle notoriété, qu'il est devenu difficile de le prescrire en toute autre occasion, sans mettre en suspicion le malade près de quiconque aurait connaissance de ce mode mal famé de traitement.

Il ne faudrait pas néanmoins présenter le copahu comme le spécifique de la blennorrhagie. Il compte à bon droit comme l'un des meilleurs remèdes dans l'espèce; mais il a de nombreux rivaux dans les autres oléo-résines, dans les baumes, dans les poivres, substances qui se servent mutuellement d'auxiliaires et dont le copahu tout le premier a souvent besoin. Qu'il nous suffise de citer, comme exemple, l'association du cubèbe et du copahu, justement estimée dans le traitement des écoulements uréthraux.

Deux méthodes différentes ont été proposées pour l'administration du copahu contre la blennorrhagie. L'une, d'origine américaine, promulguée et recommandée par Pison, adoptée par Jacquin, Swediaur, Ansiaux, Ribes, Delpech, Rossignol, consiste à le prescrire dès le début de l'affection, et même à haute dose. Cette espèce de méthode abortive n'est rien moins que rationnelle, et au lieu de faire atteindre le but, elle offre toutes les chances possibles d'exalter l'inflammation et de susciter les accidents qui traduisent, avec plus de ris([ues que de profit pour le sujet, l'action excitante et irritative du copahu. L'autre méthode, recommandée particulièrement par Tlieden, adoptée par Ilunter, par Chopart, plus sage et beaucoup plus suivie, n'admet l'intervention de ce médicament qu'après l'apaisement préalable des symptômes initiaux et les plus aigu3' de la blennorrhagie ; alors et sans tomber dans le défaut également condamnable d une temporisation excessive, on commence l'emploi du copahu, à petites doses d'abord, et en les élevant ensuite progressivement autant que le comporte la tolérance du sujet et que l'exigent l'abondance et la persistance de l'écoulement; à mesure que celui-ci diminue, on revient par degré aux doses de début; il est bon de continuer ainsi pendant deux ou trois jours après que l'écoulement s'est tari; enfin, s'il reparait, on reprend le copahu proportionnellement à l'intensité de la récidive. La cystite, qui accompagne ou qui suit l'uréthrite aiguë, se trouve également bien de l'emploi du copahu. 11 se place aussi avec avantage

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dans le traitement de l'uréthrite chronique ; mais il exerce sur elle moins d'influence que sur l'aiguë, ce qui nous ramène à insister sur le conseil, donné plus haut, de ne pas trop attendre pour administrer le copahu dans la blennorrhagie récemment déclarée.

Le copahu réussit moins bien dans la blennorrhagie des femmes, parce que chez elles l'urèthre n'y est pas seul intéressé et* que le mal s'étend à toute la surface du vagin, la cavité du col utérin y prenant même souvent part. Trousseau et Pidoux l'expliquent en faisant remarquer que les urines copahifères ne touchent pas ces diverses parties ; et Ricord a démontré l'influence réelle de l'action topique du copahu, en faisant pratiquer, avec des urines chargées des principes de cette oléo-résine, des injections vaginales, lesquelles ont été suivies du succès que l'ingénieux expérimentateur avait prévu.

Langlebert, pour bénéficier doublement de cette action topique, conseille contre l'uréthrite les injections avec l'eau distillée de copahu; cette eau, en injections vaginales, ne pourrait qu'être très-utile chez les femmes.

Gubler a pensé que, puisque c'est la résine de copahu qui passe de préférence par les urines, il serait rationnel de l'administrer seule contre la blennorrhagie. Il a donné, à la dose de 4 à 8 grammes par jour, le résidu solide de la distillation de l'essence, et cette substance lui a paru agir aussi bien que le baume tout entier ; elle a, de plus, le double avantage de coiiter fort peu et de ne communiquer qu'une odeur faible ou nulle aux exhalations gazeuses qui trahissent l'emploi qu'on fait du copahu.

Le copahu a été conseillé contre la leucorrhée ; mais ce que nous en avons dit tout à l'heure, à propos de la blennorrhagie des femmes, montre combien ici il pourrait être insuffisant ; et, d'un autre côté, il y aurait plus d'un inconvénient à donner, pour des catarrhes vagino-utérins, un médicament qui pourrait faire supposer qu'on leur prête une tout autre nature que celle qu'ils ont réellement.

iSous avons déjà fait nos réserves sur l'opportunité du copahu dans le traitement des hémorrhagies. Aussi croyons-nous qu'il ne faudrait point y recourir contre l'hématurie occasionnée par des lésions graves des reins, telle que le carcinome de ces organes et la néphrite granuleuse ; mais nous admettons qu'on en fasse l'essai contre certaines hématuries essentielles, et nous ne le trouverions pas absolument contre-indiqué dans le cas d'hématurie liée à la phlegmasie de la muqueuse uréthrale, surtout si l'on s'efforce d'abord de tempérer l'acuité de cette phlegmasie.

Cullen a remarqué que le copahu, de même que la térébenthine, en produisant un effet laxatif, modère les affections hémorrhoïdales ; il dit en avoir souvent fait usage avec succès, en le donnant, une ou deux fois par jour, depuis 20 jusqu'à 40 gouttes, mêlé avec du sucre pulvérisé.

• MM. Léonard et Dieu ont cru trouver, dans un mélange de copahu et de cubèbe, un succédané avantageux du sulfate de quinine pour le traitement des fièvres paludéennes {Bulletin de f Académie de médecine, jamier 1851). Mais dans ce cas le copahu nous a paru agir moins que le cubèbe; il ne sera donc question de cette action particulière qu'à l'article consacré à ce dernier médicament (voy. Cubèbe).

Hardy a fait, à l'hôpital Saint-Louis, une application très-heureuse du copahu à la cure du psoriasis. Il commence ce médicament à la dose de 3 grammes et l'élève graduellement jusqu'à 6 par jour. Le copahu détermine ordinairement un peu de diarrhée, mais sans compromettre l'appétit. L'érythème copahivique

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est extrêmement rare. L'éruption squameuse se modifie plus ou moins vite, et lorsque les écailles épidermiques se détachent, la peau subjacente est généralement saine, quelquefois encore un peu rouge {Bulletin de thérapeutique, 1857, t. LU). Le copahu a été également employé contre d'autres affections chroniques de la peau, à doses assez élevées pour provoquer un exanthème à la faveur duquel on espérait obtenir la résolution de l'affection première ; et ces tentatives paraissent avoir donné souvent de bons résultats.

Le copahu présente aussi des propriétés diurétiques qui s'exerceraient, dit-on, particulièrement à petites doses fréquemment répétées. Les médecins anglais, et Garrod entre autres, qui en ont fait la remarque, ont grande confiance dans ce médicament, administré par gouttes dans une potion, depuis 15 jusqu'à 60 par jour, pour combattre les hydropisies en provoquant ainsi une diurèse abondante {Union méd., 1869, 1870, et Bull, de thérap., 1870, t. LXXVIII). Quelques médecins espagnols se louent aussi de cette médication, dont Mutis dit avoir observé les bons effets, lorsqu'il pratiquait la médecine à Santa-Fé de Bogota (Bodard, Cours de botan. méd. camp., t. I).

Enfin le copahu a été récemment préconisé contre le croup, soit seul, soit uni au cubèbe. L'expérience clinique n'a pas encore prononcé sur la valeur de ce traitement. En tous cas, il est bien difficile de faire accepter le copahu aux jeunes malades ; aussi le cubèbe n'a-t-il pas tardé à être préféré dans la diphthérie, oiii'on dit, du reste, qu'il a plus d'efficacité.

L'oléo-résine de copahu constitue un composé assez énergique pour déterminer de véritables accidents toxiques, s'il est pris inconsidérément et à trèshautes doses. Nous avons déjà vu qu'il peut occasionner des hémorrhagies, des effets drastiques, des inflammations suraiguës dans les voies urinaires. Il paraît aussi susceptible de congestionner gravement les centres nerveux et de déterminer des lésions apoplectiformes et tétanoïdes ; un cas de ce dernier genre a été rapporté dans la Gazette hebdomadaire (novembre 1858), et nous le résumerons rapidement pour mettre en garde contre les risques que l'on. court en abusant du médicament en question. Un électuaire de cubèbe et de copahu avait été prescrit à un homme de trente-sept ans atteint de blennorrhagie légère. Pour hâter sa gnérison, cet homme prend le quadruple de la dose prescrite, et s'administre, en outre, du copahu en quantité considérable. Après onze jours d'une tolérance apparente, sans vomissements et sans diarrhée, il survient de la céphalalgie, des vertiges, de l'incertitude dans la marche, de la constriction au pharynx, une rigidité douloureuse dans les muscles du cou, de la mâchoire, du thorax et de l'abdomen, avec contractions spasmodiques suscitées par le moindre attouchement et précédées d'horripilation générale. Les mouvements des quatre extrémités étaient très-faibles, et cet état alternait avec une tension des muscles accompagnée de fourmillements. La marche était presque impossible, les extrémités supérieures retombaient mortes après le plus léger exercice ; en outre, paralysie incomplète des muscles de la face, analgésie et refroidissement des extrémités inférieures, insomnie, yeux brillants, soif vive, pouls fréquent et dur, constipation, dysurie. Ces symptômes furent combattus par des purgatifs, des sangsues à l'anus, des ventouses scarifiées et des révulsifs appliqués le long de la colonne vertébrale, et cédèrent au bout de douze à quinze jours, à l'exception de la paralysie, qui s'aggrava en s'accompagnant d'atrophie musculaire. Alors l'électrisation localisée au mo^en de l'appareil à induction de Duchenne

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procura une amélioration rapide, et la guérison fut ensuite confirmée par l'emploi de bains sulfureux.

Si les doses exagérées de copahu ne produisent pas plus souvent de véritables accidents toxiques, c'est qu'elles sont ordinairement expulsées par les vomissements ou dans des garde-robes provoquées par l'action purgative de ce médicament. Il reste fréquemment, après son usage excessif et prolongé, des troubles digestifs qui dénotent l'irritation de la muqueuse gastro-intestinale. Il faut donc ne pas en abuser et mettre même une certaine prudence dans son emploi.

Modes d'administration et doses. L'échelle posologique du copahu est extrêmement étendue, puisqu'on l'a vu donner depuis la dose de 10 à 15 gouttes par jour jusqu'à celle de 64 grammes (Ribes) ; la moyenne est de 15 à 20 grammes.

On s'est ingénié autrefois de beaucoup de manières pour dissimuler l'odeur et la saveur de cette substance; on l'employait, soit par gouttes, soit par grammes, dans des potions aromatiques, émulsives, gommeuses, etc.; quelquefois dans du vin, ce qui la masquait un peu mieux et en rendait souvent la digestion plus facile. On la faisait et on la fait encore entrer dans des électuaires ou opiats, avec le poivre cubèbe, le tannin, le ratanhia, le cachou, le sous-nitrate de bismuth, la magnésie; on a mis aussi dans ces préparations des purgatifs (Didav). L'auxiliaire le plus habituel du copahu est le cubèbe ; on leur a adjoint dans ces derniers temps le matico. Mais la présence du copahu donne à tous ces mélanges un goût désagréable, que l'on n'évite pas complètement en les donnant on bols ou en pilules ; on en a dragéifié quelques-uns qui, par suite, ont été mieux acceptés.

Enfin est venu un mode d'administration qui devait prévaloir sur tous les autres ; de tous les médicaments répugnant au goût et à l'odorat, nul n'exigeait plus impérieusement que le copahu la mise en capsules, et c'est sous cette forme qu'il est presque exclusivement employé aujourd'hui. Ces capsules, diversement composées et façonnées selon leurs inventeurs, contiennent généralement 1 gramme chacune de copahu pur; on en donne d'ordinaire 10 à 20 par jour, en .fractionnant ce compte et en prenant chaque fraction au commencement d'un repas ; c'est du moins l'un des meilleurs moyens de faire tolérer cette oléo-résine.

On l'a conseillée en lavement, non-seulement pour épargner l'estomac, mais aussi dans la pensée que, placée si près du mal, elle agirait encore mieux contre les écoulements gonorrhéiques (Bretoniieau, Velpeau). On n'a pas tardé à reconnaître, au contraire, que le copahu, ainsi administré, a beaucoup moins d'efficacité. On doit encore moins compter sur son emploi en suppositoires. L'action curative du copahu tient à son absorption ; or le rectum est moins disposé à l'absorber qu'à le repousser comme un purgatif.

Langlebert recommande l'eau distillée de copahu comme véhicule des substances actives employées en injection contre les uréthrites.

Delioux Dii Savignac.

Bibliographie. — Hoppe (Willi.). Dispiit. nied. de bahamo copayha. Heidelberg, 1710. — Desfontaines. Obsei-vations sur le genre Copaifera ou Copaiba. In Ann. du Muséum, t. VII. — Ansiaux. Mémoire sur le traitement de la blennorrhagie par le baume de copahu à haute dose. In Clinique chirurgicale. Liège, 1816, et in Bibliothèque médicale, t. XXXIX. — Rossignol. Recherches et observations sur l'emploi du baume de copahu dans le traitenvent des maladies. Thèses de Montpellier, 1819. — Ribes. Mémoire sur l'emploi du baume de copahu à haute dose dans la gonnorrhée et l'engorgement consécutif du testicule. In Bull, de la Soc. méd. d'émuL, septembre 1822, et Rev. médic. I. IX. — Delpecii. Mémoire sur

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