DICT. EN'C. XX
les trichophytes, les vers intestinaux, vivent aussi aux dépens de notre corps, et cependant l'on ne peut dire qu'ils soient élaborés par lui. Quelle que soit l'idée que l'on se fasse du contage, ce n'est pas une hypothèse qui peut servir de base à la définition du mot contagion. Elle entraînerait d'ailleurs à des conséquences forcées, en excluant du cadre des maladies contagieuses les maladies parasitaires. Ainsi la gale, qui pour Rochoux et tous les médecins jusqu'à lui était une maladie contagieuse, cesse de l'être pour Trousseau. Pourquoi? Parce que, en 1834, il a été démontré à tous les yeux que le principe qui rend la gale transmissible est un animal parasitaire ayant une vie indépendante de l'homme sur lequel il vit. Ce n'est donc plus un principe mystérieux élaboré par l'organisme qui fait que la maladie se communique. Dès lors elle cesserait de mériter le nom de contagieuse, parce que, comme dit Trousseau, « on en saisit le principe matériel et que le germe contagieux des autres échappe à l'observation. »
Donc, si nous voulons être logiques, le jour où les contages de la variole, de la scarlatine, etc., pourront être isolés sous le champ du microscope et qu'ils n'auront plus ce caractère mystérieux dans leur essence et dans leurs rapports avec l'organisme qu'ils paraissaient avoir, ce jour lesdites maladies ne devraient plus être rangées parmi les contagieuses ! Or nous verrons que les données de la science actuelle tendent précisément à faire considérer les contages comme des parasites animaux ou végétaux, et que par conséquent, entre les maladies contagieuses et les maladies parasitaires, il n'y a peut-être pas de diiférence essentielle. Si Trousseau avait pu assister aux progrès récents de la science sur ce point, il n'aurait pas maintenu la distinction qu'il a établie.
Revenons donc à la signification plus large du mot contagion, abandonnée par Rochoux. La définition de Nacquart, adoptée par Bouillaud et récemment par Gallard (Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique), est ainsi conçue: « Acte par lequel une maladie déterminée se communique d'un individu qui en est affecté à un individu qui est sain au moyen d'un contact soit immédiat, soit médiat. )>
Cette définition n'exclut pas les maladies parasitaires, comme les précédentes; elle n'implique pas l'idée d'une hypothèse. Si je me permets de la modifier, c'est pour la soustraire à quelque interprétation erronée contre laquelle sa trop grande brièveté ne la prémunit pas assez. Ainsi les mots « au moyen d'un contact soit immédiat, soit médiat, » ne suffisent pas pour exclure d'une façon indubitable certaines maladies que personne ne classe dans les contagieuses, j'entends les névroses ti-ansmissibles par imitation. Une personne ayant été en rapport avec une autre affectée de névrose, d'hystérie, peut avoir l'imagination frappée et prendre la même maladie nerveuse. Ce n'est pas là une contagion, comme le dit excellement M. Gallard. Mais sa définition ne me semble pas le dire explicitement.
En second lieu, le mot individu sain contenu dans la définition pris à la lettre n'est pas exact : car nous savons qu'un individu malade peut prendre la variole, le choléra, etc.; bien plus, certaines maladies contagieuses ne s'adressent qu'à des sujets déjà malades : l'infection putride, la fièvre puerpérale, l'érysipèle traumatique, ne frappent par contagion que les sujets affectés de plaie ou d'état puerpéral. Sans doute, dans l'esprit des auteurs de la définition, individu sain veut dire non affecté de la maladie en question Mais cela n est pas assez spécifié par la lettre. Je propose donc la définition suivante : « Acte par lequel une maladie déterminée se communique d'un individu qui en est affecté à un
autre individu par contact immédiat ou médiat, au moyen d'un principe matériel qui émane du corps du premier, quelle que soit son origine primitive, et qui se multiplie sur le sujet auquel il est transmis. »
Ce dernier membre de phrase me semble compléter la définition. J'ajoute (( par l'intermédiaire d'un principe matériel » pour exclure les maladies transmissibles par influence nerveuse. J'ajoute encore « qui se multiplie sur le sujet auquel il est transmis » pour exclure d'autres éventualités : par exemple, un insecte pique un sujet et lui fait une plaie qui devient un phlegmon ; puis il émane du corps du premier et va sur un autre individu, lui fait une pi(iùre semblable qui devient aussi un phlegmon. Ce n'est pas une contagion aux termes de notre définition, qui implique l'idée de maladie transmise avec multiplication au. germe morbide.
Mais, dira-t-on, ce fait est-il réalisé pour toutes les maladies contagieuses? Le principe de la rage, par exemple, est-il susceptible de se multiplier chez l'homme? Celui-ci peut-il transmettre à un autre individu la rage qu'il a reçue du chien ? Et s'il ne le peut, si le virus rabique ne se ri'|)roduit pas chez l'homme, cela ne vient-il pas" à l'encontrc de votre définition ? Nullement ! car je dirais alors : la rage canine est une maladie contagieuse de chien à cliien ; elle n'est pas transmissible à l'homme à titre de maladie contagieuse, mais elle peut déterminer chez lui une maladie toxique. Le virus rabique est pour l'homme un poison, comme le venin de la vipère ; il n'est pas pour lui un contage.
Cette conclusion n'est pas, je pense, nécessaire; car l'incubation de la rage humaine semblable à celle de la rage canine, ses symptômes et son évolution clinique semblables, et enfin les faits authentiques d'inoculation de rage humaine au moyen de la salive, pratiquée avec succès sur des animaux (voy. article Rage CHEZ l'homme, p. i97), suffisent à établir que la rage humaine est contagieuse et que le germe morbide se reproduit chez l'homme.
Le contage est le principe à l'aide duquel les maladies contagieuses se transmettent. Quelle que soit l'origine de ce principe, qu'il naisse primitivement dans l'organisme ou qu'il lui soit apporté du dehors, il ne sera contage qu'à la condition d'avoir la propriété de se reproduire et de se multiplier dans l'organisme.
Cela posé, abordons d'emblée les difficultés inhérentes au sujet. Précisons le sens exact de chaque mot, car c'est faute d'avoir imposé à chacun sa signification que des discussions interminables se sont agitées dans le ride, sans profit pour Ja science; ce qui est contagion pour les uns est infection pour les autres; les mots miasme, contage, virus, infection, contagion, ont souvent dans l'esprit des médecins qui discutent des sens bien différents.
Ce qu il faut entendre par les mots infection, contagion, miasme, contage. Le mot infection implique l'idée d'un poison particulier, différent des poisons ordinaires en ce qu'il peut, placé dans des circonstances favorables, se reproduire d'une façon illimitée; c'est un corps vivant et qui se multiplie. C'est par un abus de mot qu'on a appliqué le mot infection à l'action exercée sur l'organisme par toutes les substances délétères contenues dans le milieu extérieur. Lorsque des individus ayant bu de l'eau corrompue ont contracté une entérite, ou lorsque placés sous les émanations gazeuses malsaines ils sont tombés malades, on dit bien quelquefois qu'ils ont élé infectés, qu'ils ont pris une maladie infectieuse . A ce titre le mot infection n'aurait plus de sens scientifique ; tous les enipoison-
nements, rintoxicaiionmercunelle, saturnine, l'asphyxie par l'acide carbonique, toutes les maladies contractées par l'introduction dans les poumons ou dans l'estomac de substances malsaines seraient des infections, et le cadre des maladies infectieuses pourrait embrasser presque toute la pathologie. 11 n'y a infection, au sens scientifique, que quand il y a miasme, et le mot miasme, en pathologie, signifie un poison contenu dans le milieu extérieur, sol, air ou eau, susceptible de se midtiptier et de se reproduire indéfiniment. Ainsi la fièvre intermittente ne résulte pas d'une émanation gazeuse ; aucun gaz, aucun principe développé dans nos laboratoires de chimie, ne peut donner lieu à une fièvre intermittente; il n'est pas encore rigoureusement démontré, mais il est infiniment probable par induction scientifique, que cette maladie est due à un principe organisé vivant qui se multiplie dans ccrtanes conditions telluriques ; c'est une maladie infectieuse. Le choléra, la fièvre jaune, les fièvres typhiques, sont des maladies miasmatiques et infectieuses.
Mais le miasme diffère du contage, en ce que le contage peut, quelle que soit son origine première, naître, c'est-à-dire se reproduire et se multiplier dans Vorganisme, de manière que d'un premier sujet affecté peut émaner le même principe et envahir un second sujet, principe contagieux transmissible par voie médi;ite ou immédiate d'un individu à un autre, tandis que le miasme, né en dehors de l'organisme, répand la maladie par le sol, l'air ou l'eau ; mais il peut achever son évolution sur l'organismo qu'il affecte, c'est-à-dire qu'il ^l'est pas susceptible de s'y reproduire , de s y multiplier de manière à être transmissible à un nouvel organisme; le miasme paludéen donne la fièvre intermittente aux sujets qu'il atteint ; mais ceux-ci ne communiquent pas la maladie autour d'eux ;'Ja maladie est infectieuse, miasmatique, mais non contagieuse.
Est-ce à dire pour cela que le mot miasme soit opposé au mot contage? Nullement. Une maladie peut être miasmatique et contagieuse. Le principe miasmatique né dans le monde extérieur sous l'influence de certaines conditions telluriques ou atmosphériques peut non-seulement rendre l'organisme malade, mais encore s'y multiplier ; l'organisme infecté du miasme j)eut le reproduire et devenir lui-même un foyer d'infection ; le miasme est devenu contage. Tels sont les principes morbigènes du typhus, du choléi'a, de la fièvre jaune, etc., toutes maladies dont le germe est évidemment extérieur au corps, puisqu'elles sont endémiques dans certains pays, liées à certaines condilions du sol ou de l'air, ayant un foyer primitif constant d'où la maladie s'irradie ; ce germe est donc un miasme, mais ce miasme se multiplie en conservant ses propriétés dans le coi'ps de l'homme ; celui-ci ne transporte pas seulement, simple véhicule, le germe sur lui, ce qui ne justifierait pas la désignation de coulage; il le refait luimême ou du moins de nouvelles générations sont procréées dans son sein.
Réciproquement un contage peut devenir miasme, c'est-à-dire que le principe développé primitivement dans le corps d'un homme est susceptible non pas seulement de se communiquer par le milieu extérieur, cela ne suffirait pas à lui mériter le nom de miasme, mais encore de se multiplier et de se reproduire dans ce milieu, de manière que l'air, le sol ou l'eau, deviennent pour leur propre compte des foyers d'infection miasmatique : je dis pour leur propre compte. Quelques mots d'explication sont nécessaires pour éviter tout malentendu. Un individu a été auprès d'uu varioleux ; à distance, sans avoir eu aucun contact avec lui, par-dessus le paravent, il a pris la variole; cela vqut dire que la variole peut se transmettre par l'air, qu'elle est contagieuse par voie médiate ; cela ne
CONTAGION. a
veut pas dire qu'elle soit miasniaiique; car il n'est pas démontré que l'atmosphère soit autre chose qu'un véhicule, que le virus puisse s'y multiplier de manière qu'il devienne infectieux pour son propre compte.
Mais, dira-t-on, voilà un virus qui continue évidemment à vivre en dehors do l'organisme; il y vit même très-longtemps, puisqu'on cite des fossoyeurs qui, exhumant après de longues années des cadavres de varioleux, prirent la variole par l'effet d'émanations échappées du cercueil ou de la terre avoisiiiante ! Cela ne prouve pas encore que le virus soit devenu miasme; il faut, pour que ce soit, aux termes de notre délinition, que le principe non-seulement continue à vivre en dehors de son foyer organique générateur, mais encore s'y multiplie. Or ce n'est pas démontré. « Les germes moibifiques, dit Trousseau, peuvent rester silencieux, pendant un certain temps, adhérents aux corps inorganiques, comme le virus varioleux au fil que l'on en imprégnait autrefois ; ils peuvent se cacher ainsi pendant des jours, des mois, des années, attendant, pour manifester leur présence, les conditions favorables à leur évolution. Les expériences de Spallanzani, de Réaumur, ne nous ont-elles pas démontré d'ailleurs des faits tout au moins aussi extraordinaires relativement au développement des germes des espèces animales et végétales? Le premier de ces illustres curieux de la iialurc n'a-t-il pas vu se développer des infusoires dans la poussière recueillie sur les gouttières des toits exposés aux ardeurs du soleil le plus hiùlant? Une goutte d'eau lui a suffi pour opérer cette résurrection. Et dans ces derniers temps, n'avons-nous pas assisté à d'aussi merveilleux spectacles ! Qui de vous ne connaît l'histoire de ces graines trouvées dans les tombeaux des Pharaons, reprenant naissance, et fructifiant après plus de 3000 ans, comme si elles étaient l'écoltées d'hier sur les plantes qui les avaient produites ? « N'en peut-il être de même de certains germes contagieux ? Le virus variolique peut sommeiller comme ces graines, en conservant sa vie latente qui se nianifesie, lorsqu'il a retrouvé un organisme humain prédisposé, seul terrain où il puisse fructifier et se reproduire. Le virus est dans l'air qui environne les malades ; mais ce qui semble démontrer que l'air sert seulement de véhicule, c'est que le danger de la contagion diminue à mesure que la distance du foyer vivant augmente, c'est que le poison conservé à l'abri de l'air, sur le cadavre ou entre deux plaques de verre, conserve plus longtemps son efficacité. Exposé à l'air, le contage se détruit, probablement pai'ce qu'il s'y diffuse et s'y dissémine jusqu'à devenir inefficace, n'ayant pas le pouvoir de s'y reproduire.
Le virus vaccin, si voisin du virus variolique, ne se transmet que par voie d'inoculation ; conservé à \':.hn de l'air, il y maintient ses propriétés ; mais il reste silencieux, comme ces graines des tombeaux des Pharaons, jusqu'à ce qu'il ait trouvé son terrain où il se multiplie, lorsqu'il a été inséré dans la couche de Malpighi.
D'autres germes ne restent pas inertes d'ans le milieu extérieur, mais contmuent à s'y multiplier, c'est-à-dire y deviennent miasmes. Cela est difficile à démontrer rigoureusement, vu que nous ne pouvons ni saisir les germes, ni en suivre le développement. Mais on peut supposer que cela se passe ainsi pour certains contages ; par exemple pour celui de la fièvre puerpérale, celui de la septicémie. Quand on voit combien ces maladies développées dans une salle y restent tenaces, et continuent à y sévir malgré la ventilation et tous les procédés de désinfection possibles, quand on voit avec quel acharnement tous les blessés, toutes les femmes accouchées, sont frappés, on est amené à penser que non-seu-
lemcnt le poison est vivant dans le local, mais qu'il s'y renouvelle et s'y multiplie. Pendant la guerre, je dirigeais une ambulance à Dijon; avant mon arrivée, on venait de ventiler et de nettoyer une magnifique salle au palais des Ducs, bien aérée ; trente lits occupaient l'espace où on aurait pu en loger quatre-vino^ts. Or tous nos amputés, tous nos blessés un peu grièvement , succombaient à la septicémie. Malgré l'aération permanente et l'acide phénique coulant à flots, la septicémie sévissait; tout opéré était d'avance condamné à mort. Je sus alors que les semaines précédentes les Badois avaient traité dans cette salle leurs blessés du combat de Nuits ; la septicémie s'y était développée ; et on avait eu beau évacuer et changer la literie, le germe de la septicémie était resté dans la salle et dans toutes les parties de la salle, parce que dans tous les lits les blessés devenaient septicémiques. Il semble donc vraisemblable que le germe de l'infection putride développé sur une plaie se répand dans le milieu ambiant et continue non-seulement à y vivre [contage médiat) , mais à s'y multiplier [contage devenu miasme).
Je tenais à insister quelque peu sur ces faits, pour bien établir en quoi Vinfeclion par contagion médiate diffère de Vinfection par miasme, lequel peut être oui ou non contagieux.
En résumé, je dis qu'il y a infection quand il y a maladie locale ou générale produite par un poison différent des poisons ordiiiaires en ce que, placé dans des conditions favorables, il peut se multiplier indéfiniment. Si la substance infectieuse a la propriété de se multiplier dans le milieu extérieur à l'organisme, je rappelle miasme. Si elle se multiplie dans ou sur Forganisme, de manière à être transmissible par voie médiate ou immédiate, je rappelle contage; si elle est susceptible de se midtiplier dans l'organisme et en dehors de l'organisme, elle est à la fois miasme et contage. Avant d'aller plus loin et pour que les notions précédentes deviennent plus claires, il importe que nous étudiions de plus près la substance contagieuse.
Nature du contage. Quelle est l'essence du contage ? Par quel mécanisme transmet-il la maladie ? Question grosse de mystères dans -lesquels l'imagination des médecins et des philosophes a pu se donner pleine carrière ! Nous savons bien, pour certaines maladies, oii réside le principe contagieux. Le pus de la blennorrhagie, le pus et le sang des syphilitiques, l'humeur contenue dans les boutons de vaccine et de variole, peut-être les larmes et le mucus naso-bronchique des rubéoliques, les couennes de la dipbthérite, contiennent ce principe à l'aide duquel ces substances déposées sur un autre organisme en un endroit convenable, terrain approprié, reproduisent la maladie dont elles émanent. Mais quelle est dans ces substances, véhicules du contage, le contage lui-même ? Rien au microscope ni au creuset du chimiste ne distingue le pus syphilitique du pus ordinaire ; ce sont les mêmes globules et le même sérum, et cependant il y a dans le premier quelque chose d'insaisissable (actuellement) à nos moyens d'investigation, et ce quelque chose, c'est le contage. Pour beaucoup de maladies nous ne connaissons ni le contage, ni même le véhicule du contage, c'est-à-dire l'humeur ou le tissu dans lequel il l'éside. La scarlatine, le typhus, la fièvre typhoïde, le choléra, la fièvre jaune, sont de ce nombre ; et bien d'autres encore. Des hypothèses diverses ont été édifiées sur la nature du contage. Celle qui tend à prévaloir aujourd'hui est la doctrine parasitaire, doctrine du conta^fiMm vivum seu animatum ; elle consiste à admettre que les poisons des maladies infectieuses consistent en des êtres vivants, organismes végétaux ou animaux. « Cette
doctrine, dit Liebermeister {Handbuch der speciellen Pathologie von Ziemssen, 2« vol., l''" partie), se trouve déjà ébauchée dans les écrivains de l'antiquité. Ainsi les auteurs romains de Re rusiica, Varro et Columella, considéraient certaines fièvres palustres comme produites par l'introduction d'organismes inférieurs dans le corps. Et déjà avant la découverte des infusoires, l'opinion que la peste était due à la présence de petits animaux avait été exprimée plus d'une fois. Quand Leuwenhœk eut découvert les infusoires et surtout quand, en 1677, il eut découvert les spermatozoaires qui furent longtemps considérés comme do véritables animalcules, quand ainsi parut démontrée l'existence d'organismes microscopiques vivants dans le corps des animaux et des hommes, l'idée que les maladies épidcmiques étaient déterminées par des animalcules gagna du terrain. Parmi les partisans de cette doctrine, on peut citer Athanasius Kircher, Lancisi, Vallisneri, Réaumur, Linné. Mais les auteurs les plus remarquables n'arrivèrent qu'à une conception très-grossière, d'autres se perdirent dans les divagations les plus étranges. Un écrivain du dix-septième siècle proposait sérieusement de chasser en temps d'épidémies, en les effrayant par la trompette et le canon, les animaux qui les produisaient et qui étaient censées voltiger dans l'air à la façon des sauterelles. D'autres décrivaient et figuraient ces animaux avec des becs crochus et des griffes pointues; ils distinguaient les maladies produites par chaque espèce. On conçoit qu'avec des élucubrations de ce genre toute lu doctrine tomba dans le ridicule.
A une époque plus récente, elle a été reprise, mais de nouveau avec peu de succès d'abord ; car les premiers observateurs qui crurent avoir trouvé dans chaque maladie l'organisme vivant qui la produit se laissèrent aller encore à des assertions prématurées ; ils décrivirent comme animalcules de la variole et du choléra, comme parasites végétaux du choléra, des organismes et infusoires qu'on reconnut être ceux qu'on trouve dans tous les corps en putréfaction. Les observateurs sérieux reconnurent l'inanité de ces conceptions fantastiques ; vers le milieu de ce siècle, cette doctrine était généralement abandonnée, comme une éiucubration de l'esprit, sans base scientifique. Parmi les sommités médicales, Henle était peut-être le dernier qui, ayant déjà défendu en 1840 avec une grande vigueur de logique la doctrine du contagiiim verum, la défendait encore résolument en 1853 avec la même conviction. Dans ces dix dernières années enfin, la doctrine parasitaire a repris un crédit considérable dans l'opinion publique, grâce à de nouvelles recherches et à des données plus positives. On a d'abord découvert certains parasites animaux ou végétaux qui se développent sur la peau et les muqueuses, et sont les agents de transmission des maladies qu'ils caractérisent. Déjà la gale était reconnue être due à un animal microscopique visible et tangible qui creuse les sillons et va d'un individu à l'autre ; c'est le vrai contage. Pour d'autres affections cutanées et muqueuses, c'ost un parasite végétal microscopique qui préside à leur développement ; ï'oïdiuiu albicans du muguet, l'achorion Schœnleini du favus, le trichophyton de certaines formes d'herpès, le microsporon du pytiriasis versicolor, ont donné la clef de la contagiosité de ces maladies.
Mais il répugnait et il répugne encore au sentiment d'un certain nombre de pathologistes de considérer comme contages un acarus, une trichine, un parasite avec mycélium et spores. On a classé ces maladies à part, en dehors des maladies contagieuses et infectieuses, bien qu'elles soient transmissibles ; on a fait une classe de maladies parasitaires. On s'était habitué à l'idée de faire du
contage quelque chose d'insaisissable, d'imperceptible ; on ne peut plus se départir de cette idée ; on veut bien que ce soit un organisme vivant, à condition qu'on ne puisse pas le voir. Mais si l'on raye du cadre des maladies contagieuses la gale et les affections cutanées parasitaires, il faudra en exclure aussi la syphilis, lablennorrhagie, la variole, le jour où on aura définitivement découvert et mis sur la plaque du microscope l'êti'e vivant parasitaire qui fait l'uréthrite, l'ophthalmie blennorrhagique, l'ulcère vénérien, la pustule variolique.
Je pense donc, avec Gallard, que les maladies parasitaires doivent être franchement considérées comme les types des maladies contagieuses, et qu'elles fournissent l'argument le plus péremptoire par induction en faveur de la nature parasitaire des autres.
Ce qui est démontré pour toutes, c'est qu'elles sont dues à un poison qui peut se reproduire et se multiplier indéfiniment dans le corps. Une gouttelette de vaccin insérée sous l'épiderme d'un enfant y produira des boutons chargés de lymphe, et, avec cette lymphe, on pourra vacciner une série d'enfants, chez lesquels tous le virus vaccin se multipliera encore et ainsi de suite, de façon que tous les enfants du globe pourraient être ainsi affectés par ce qui est issu de cette première gouttelette de vaccin. La même chose s'observe, bien que moins frappante, pour d'autres maladies contagieuses non inoculables. Citons un exemple entre mille :
Depuis 1781, la rougeole n'avait plus existé dans les îles Faroër, lorsqu'en 1846 le contage y fut importé par un seul homme; il en résulta une épidémie si intense que, sur 7,782 habitants, plus de 6,000 la contractèrent ; l ,500 seuls, en s'isolant complètement des lieux contaminés, y échappèrent. Ce fait de multiplication et de reproduction du poison accuse évidemment sa nature organisée et vivante ; car ce sont là des propriétés qui constituent précisément l'essence de la vie.
La chimie réalise, à l'aide des ferments, des transfoimations organiques ; une goutte de ferment peut se multiplier et répéter les mêmes transformations chimiques un nombre indéfini de fois. L'analogie de ces phénomènes avec ceux de la contagion et de l'infection avait frappé les observateurs qui, assimilant l'infection à un pi^ocès de fermentation morbide, donnèrent aux maladies infectieuses le nom de maladies zymotiques.
Mais qu'est-ce qu'un ferment? Dire avec Liebig et Robin que c'est une substance albuminoïde en voie de décomposition, et qui détermine, soit par réaction sur des corps à affinité faible (Liebig), soit par catalyse (Robin), une modification qui reproduit dans les parties saines l'état particulier de décomposition où elles sont, et cela de proche en proche, c'est, il me semble, une définition peu satisfaisante. Pour la grande majorité des chimistes, le ferment est un oriranisme vivant ; et depuis que Cagniard-Latour a trouvé la nature organisée de la levure de bière, et Pasteur les vibrions de fermentations diverses, on admet généralement, avec l'illustre chimiste français, que la fermentation est liée à l'évolution d'un organisme ferment qui se multiplie et empi-unte au corps fermentescible une partie de sa nourriture : de là sa décomposition. Cela posé, dire que le contage est un ferment, c'est dire que c'est un corps organisé et vivant, végétal ou animal, qui, introduit dans le corps humain, s'y multiplie, s'y reproduit, et, par son évolution, fait la maladie. C'est envisagée dans ce sens que l'idée de fermentation renouvelée de Van Helmont tend à prévaloir dans les esprits, comme destinée à interpréter les maladies infectieuses et contagieuses.
Ce ferment n'est pas d'ailleurs un être liypolhétique pour tous les malades. De même qu'on a trouvé sur la peau et les muqueuses des parasites végétaux et animaux qui président aux affections contagieuses de ces enveloppes, de même on a constaté dans certaines maladies générales la présence d'organismes vivants dans le sang ou les autres liquides de l'économie. Signalons quelques-uns des faits les mieux établis. C'est chez les animaux dans la maladie dite sang de rate qu'on a d'abord constaté ces éléments. Dt'jà, en 184-9, Pollender trouva dans le sano- d'animaux charbonneux un nombre infini de corpuscules en forme de bâtonnets, ressemblant beaucoup d'aspect aux vibrions, mais ayant les caractères microchimiques des êtres végétaux. Il publia sa découverte en 1855. Brauell. en 4857, trouva aussi ces mêmes corpuscules qui, pour lui, étaient des vibrions, dans le sang d'animaux vivants, moulons, chevaux atteints de charbon, et aussi chez l'homme. Il montra de plus que ces bàlonnets existent pendant la vie, 1 à 3 heures, rarement 8 à 10 heures avant la mort; dans les cas à marche trèsaiguë, on ne les rencontrerait que quelques minutes avant la mort, tandis qu'ils n'existeraient pas dans le sang des animaux qui guérissent. Ces élémcnls avaient donc pour Brauell une valeur très-grande au point de vue du diagnostic et du pronostic; cependant, ils ne constituaient pas pour lui le vrai poison ou le véhicule du poison charbonneux, puisqu'il pouvait, dit-il, produire la maladie avec du sang n'en contenant pas. La question resta obscure quelque temps ; ces bâtonnets furent jugés de diverses manières; on en fit des exsudats fibrinoux, des détritus de tissu, des cristaux de sang. Delafond (1860), qui les considérait comme une variété de leptothrix, confirma d'ailleurs par de nombreuses recherches toutes les opinions émises par Brauell.
Davaine (1865) vint jeter un grand jour sur cet intéressant sujet. Il interpréta ces bâtonnets comme étant des bactéries ; plus tard, pour les distinguer des bactéries mobiles de la putréfaction, il les appela bactéridies ; le sang qui ne contient pas de ces bactéridies n'est pas infectieux ; ce sont elles qui sont le poison à l'aide duquel la transmission s'effectue. Les bactéridies sont détruites par la putréfaction et se conservent des mois par dessiccation. Ces éléments, Davaine les trouva dans tous les cas de sang de rate, avant tout symptôme de la maladie. Lorsque le sang n'en contient plus, par exemple après la putréfaction, il cesse d'avoir des propriétés contagieuses.
Davaine estime qu'il y a dans une goutte de sang charbonneux huit à dix millions de ces bâtonnets ; il prétend avoir inoculé la maladie avec une dilution de cette goutte à un millionième. L'opinion de Davaine trouve cependant des contradicteurs en France. Sanson, Leplat, Jaillard et Bouley crurent établir que le sang peut être infectieux sans contenir de bactéries. BoUinger, professeur de médecine vétérinaire à Munich, à qui nous empruntons ces données, affirme que la contradiction résulte de ce qu'on rencontre souvent dans le sang, au lieu de bactéries cylindriques, des germes de bactéries, sous formes sphériques; après avoir inoculé du sang charbonneux avec bactéridies, il aurait trouvé quelquefois, sur les animaux infectés, du sang ne contenant pas de bactéridies, mais seulement des germes qui, après la mort de ces animaux, se développeraient en bactéries cylindriques.
Voici maintenant, d'après BoUinger, ce qu'on sait au point de vue morphologique sur ces éléments. D'après la classification de Cohn, les bactéries du sang de rate appartiennent à la tribu des bactéries filiformes {desmobacteria) et a l'espèce bacillus. Le bacillus anthracis (Cohn) se rapproche le plus du
bacillus sul)lilis {vibrio mhtilis Ehr.) du ferment butyrique de Pasteur.
Les bacilles, tels qu'on les trouve à peu près constamment dans le sang des animaux charbonneux, ont les caractères morphologiques suivants : ce sont des bâtonnets cylindriques droits, quelquefois un peu infléchis à angle obtus, pâles, indivis, immobiles, mesurant ordinairement 0,007 à 0,012 millimètres de longueur. Outre ces bactéries filiformes, on rencontre en moindre quantité des formes plus petites de 0,002 à 0,005 millimètres de longueur, et plus petites encore jusqu'à ne pks pouvoir être mesurées, visibles à un grossissement ordinaire (Hartnak, 7, 3) comme des petits points, à un grossissement plus fort comme des bactéries sphériques ayant tous les caractères optiques et chimiques de bactéries filiformes. A ce grossissement faible et moyen, les bactéries filiformes sont homogènes ; à un grossissement fort, et avec des méthodes artificielles (tuméfaction par l'eau), on reconnaît qu'elles sont articulées et composées de cellules rondes ou cylindriques courtes. Les bactéries sphériques isolées peuvent aussi se rencontrer seules dans le sang charbonneux ; elles se multiplient par division et, se réunissant en série de cellules articulées, constituent les bâtonnets (bactéries filiformes) qui s'accroissent partout uniformément par division cellulaire. Les bactéries du charbon se distinguent des autres (bactéries delà putréfaction, du lait acide) par une certaine régularité déforme et d'aspect et par leur immobilité ; on ne sait pas toutefois si dans le sang de l'animal vivant elles ne sont pas susceptibles de mouvement.
Leur développement est lié à la présence de l'oxygène; la dessiccation les consen'e ; la putréfaction les détruit ; la cuisson, à une température de 60° centigrade, leur enlève la propriété de se développer; les températures inférieures prolongées pendant plusieurs heures jusqu'à — 18" centigrade ne paraissent pas les détruire. Elles perdent à une basse température, à 0° et peut-être au-dessus, leurs propriétés physiologiques, mais les reprennent à une température plus élevée. Les divers désinfectants, acide phénique, eau chlorurée et autres, les détruisent.
Comment les bactéries et autres éléments de ce genre agissent-elles sur l'organisme qu'elles habitent ? Question obscure ! Nous savons seulement, depuis les recherches de Pasteur, que les bactéries ne peuvent se développer sans oxygène ; elles donnent lieu dans les corps organiques à une oxydation active dont les produits sont l'eau, l'acide carbonique et quelques combinaisons organiques simples. Dans le sang, les bactéries qui, en raison de leur multiplication rapide, consomment une grande quantité d'oxygène, la puisent dans les globules rouges ; de là une série de procès chimiques qui ne sont pas encore élucidés.
Tel est l'état de la question pour l'affection charbonneuse ; nous avons insisté quelque peu sur ces détails, car c'est dans cette affection que le parasite végétal a été la première fois constaté dans le sang de l'homme ; c'est cette découverte qui devint le point de départ de recherches analogues dans d'autres maladies. M. Tigri signala la présence de bactéries dans le sang d'un homme mort de fièvre typhoïde, et deux vétérinaires, MM. Signol et Mégnin, constatèrent ce fait dans la maladie dite fièvre typhoïde du cheval. Dans deux cas même la maladie a pu être inoculée au mouton. MM. Coze et Feltz démontrèrent dans le sang des maladies typhoïdes et des fièvres septiques et éruptives des bactéries spéciales ; du sang typhique inoculé à un animal produit chez lui une maladie mortelle et infectieuse, dans laquelle le sang et les organes contiennent un grand nombre de bactéries (voy. Bactérie).
M. Hallier, professeur à léna, voulut aller plus loin et déterminer l'espèce de chanipi-rnon qui préside à chaque maladie infectieuse, en faisant germer sur un terrain convenable (fruit, eau sucrée ammoniacale), dans un appareil y approprié, la bactérie qu'il appelle micrococcus trouvée dans le sang ou les organes. C'est ainsi que le micrococcus qu'il rencontre dans le sang des individus atteints de typhus exanthématique aurait donné par la culture le cluunpignon connu sous le nom de Rhizopus nigricans Elirenbergii. Dans le sang et les selles des malades atteints de fièvre typhoïde existeraient deux variétés de cellules végétales : les unes correspondraient aux mêmes micrococcus de rhizopus ; les autres plus petites seraient des spores de pénicillium crustaceum ; les premières seraient en plus grand nombre dans l'intestin, les secondes dans le sang. Suivant cet auteur, toute la théorie du contagium dans le typhus abdominal et exanthématique repose sur les deux faits suivants : premièrement, production du micrococcus par les spores du rhizopus nigricans, une fois que celles-ci sont parvenues dans le tube digestif; secondement, germination des deux espèces de micrococcus du sang qui se développent par la culture en rhizopus (^i pénicillium. C'est la présence dans l'économie de différentes espèces de micrococcus qui détermine la variole, la rougeole, la vaccine, le choléra, et les recherches sur la contagion ont surtout pour but de découvrir le micrococcus cause de l'infection et d'en faire venir par la culture le champignon auquel il doit son origine. Les micrococcus sont des granules provenant de la désagrégation du contenu des spores des champignons ; ces granules ou micrococcus auraient la propriété de végéter et de donner lieu à différentes formes botaniques, suivant la qualité du substratum organique qu'ils décomposent et qui leur sert de nourriture.
Les assertions de Hallier ont été vivement attaquées ; nous-même avons discuté cette question dans notre thèse d'agrégation sur les fièvres typhiques {Fièvres typhiques en général, Strasbourg, 1868) ; les meilleurs mycologistes de ce jour n'ont pas réussi, après Hallier, à transformer ces petits organismes (bactéries de Davaine, micrococcus de Hallier, schizomycètes de Naegeli) en champignons organisés bien définis. Nous ne pouvons relater ici tout ce qui a été écrit sur ce sujet depuis ces dernières années ; beaucoup de ces découvertes ou prétendues découvertes sur les champignons des fièvres typhoïdes, du typhus, du choléra et d'autres maladies, soulèvent des doutes, et nous ne voulons pas encombrer cet article de trop de choses obscures et hypothétiques. Prenons dans cet ensemble encore un ou deux faits, parmi ceux qui semblent le mieux établis.
Bans la lymphe du cow-pox et delà variole humaine, on a signalé la présence d'organismes vivants qui ont été étudiés d'une façon assez précise.
Keber {Virchow's Archiv, t. XLH, 1868) y constata des cellules granuleuses de forme particulière avec des noyaux qui deviennent libres et se divisent en molécules imperceptibles; il considère ces éléments cellulaires comme les véhicules du poison vajriolique, mais sans décider la question si c'étaient des formes résultant des noyaux de la couche de Malpij^hi ou si c'étaient au contraire des formes organiques vivantes. Hallier et Zurn {Virchow's Archiv, t. XLI et XLH, 1867 et 1868) trouvèrent dans la lymphe variolique du mouton, de la vache et de 1 homme, un micrococcus caudé, mobile, de forme conique, se mouvant comme une toupie, parfois en voie de division ; en outre, des filaments ténus d'un lepthotrix, dans chaque petit segment duquel on trouvait un micrococcus mobile ; les micrococcus de la vaccine humaine étaient immobiles. Par ses méthodes de culture, Hallier crut développer avec ce micrococcus de la variole, d'abord des
sporidies, puis les champignons appelés cladosporium, sporidesmium, tilletia, monilia, pleospora herharum, oïdium eurotium, aspergillus, stemphylium, ustilago, iorula, et d'autres encore qu'ils considère tous comme des formes de développement ou des espèces morphologiques du micrococcus variolique (?)
Le professeur Ferdinand Gohn, de Breslau, trouva aussi dans la lymphe vaccinale et variolique des éléments identiques à ceux décrits par Keber sous le nom de molécules imperceptibles et de granulations nageant dans le liquide ; pour lui, et son opinion a trouvé beaucoup de crédit en Allemagne, ce sont des bactéries sphériques ; il n'accepte pas pour eux le nom de micrococcus de Hallier, parce que la nature de ce micrococcus lui semble problématique, et que le développement de ce micrococcus résultant suivant Hallier des spores du champignon fdamenteux, et sa germination en fdaments de mycélium, ne s'observent pas, au moins en ce qui concerne l'organisme de la pustule variolique. Ces corpuscules appartiennent à la classe des schizomycètes, les plus petits et les plus simples de lous les êtres qui se multiplient sans mycélium, simplement par division cellulaire. F. Cohn réunit les corpuscules de la vaccine, de la variole et d'autres analogues, sous un nom commun : microsphœra (bactérie sphérique), famille des schizomycètes, groupe des bactériacées, caractérisée de la manière suivante :
« Cellules incolores, très-petites, globuleuses ou sphéroïdales, ordinairement sans mouvement, se multipliant par division ou étranglement, en séries articulées en chapelet de deux, quatre à huit éléments, comprimées et refoulées en amas irréguliers, se développant, par multiplication, en amas cellulaires nombreux ou colonies, ou bien réunies à l'aide d'une substance intercellulaire muqueuse, en masses de zooglaea, formant peut-être des cellules durables ». Enfin, l'auteur pense, bien que cela ne soit pas positivement démontré, d'après les faits connus, que les microsplières portent avec elles le contage de la vaccine et de la variole.
« Il est établi, ajoute Cohn, que les microsplières se rencontrent dans toute lymphe variolique, en nombre considérable, qu'elles se multiplient avec une rapidité extraordinaire. C. Weigert {Centralhlatt, 1871, n° 39) a trouvé souvent dans les cadavres de varioliques les canalicules de la peau remplis de corpuscules globuleux que, d'après l'examen de ses préparations, je n'hésite pas à reconnaître identiques avec ceux que j'ai vus ; ces éléments paraissent être versés par ces canaux avec la lymphe. Keber a déjà fait voir que les portions de lymphe les plus riches en dépôt de corpuscides sont les plus efficaces à la contagion ; et les expériences de Chauveau sur la diffusion semblent aussi établir que la contagion réside, non dans l'humeur de la lymphe, mais dans les particules solides. Les microsplières de la variole sont très-analogues à d'autres bactéries sphériques, lesquelles, d'après mes expériences, ont la propriété de produire des décompositions moléculaires dans le substratum organique où elles se développent ; elles agissent comme ferments, et donnent lieu à des produits particuliers. Des bactéries sphériques se développent dans l'urine, dans le lait, l'albumine, dans les pommes de terre cuites, dans les œufs et dans d'autres aliments; il s'en développe aussi dans des solutions chimiques ; elles produisent par décomposition de celles-ci des combinaisons ordinairement alcalines, présentant souvent des couleurs caractéristiques (jaunes, oranges, rouges, bleues, vertes) ; aussi peut-on souvent déceler leur présence à l'œil nu par ces liquides ou gouttes gélatineuses colorées. Enfin, dans tous les procès pathologiques, on n'a trouvé jusqu'ici, à ma connaissance, que des bactéries sphériques ; notamment, dans le sang de vers à soie et d'autres insectes malades, il y a souvent
(lûveloppeiuenl de microsphcres, d'où réaction alcaline du sang, développement de cristaux en aiguilles et mort de l'animal. La putrélaction ne paraît jamais être produite par les bactéries sphériques, mais seulement par des bactéries en bâtonnets. Quand , comme cela est ordinairement le cas , les deux formes se développent simultanément dans un liquide, les produits de décomposition des microsphères sont bientôt comme écrasés par la prédominance des bâtonnets qui se multiplient avec bien plus d'activité et détruits par la putréfaction déterminée par ceux-ci. D'après tout cela, il est permis de penser que les microsphères de la lymphe variollque agissent aussi comme ferment, qu'elles déterminent la formation d'un produit par décomposition de la lymphe, lequel produit reçu par un organisme animal et introduit dans son sang a pour résultat une perturbation de la vie normale, c'est-à-dire des procès pathologiques. ))
D'après cette opinion de Colm, qui me semble discutable, les microspiières ne sont pas tant les véhicules de la contagion que les générateurs du poison variolique.
Tel est l'état de la science encore bien incomplet sur le contage de la vaccine et de la variole.
Une autre maladie dans laquelle la présence d'un parasite végélal dans le sang semble avoir été bien établie, c'est le typhus récurrent. En 1875, Obermeyer trouva dans le sang des éléments vivants filiformes ; Lebert a conlîrmc cette découverte et constaté dans le sang de tous les malades, en l'examinant avec de fortes lentilles à immersion, l'existence de ces protomycètes qui ne manquent jamais ni pendant le premier accès ni pendant la rechute, mais disparaissent rapidement avec la défervescence. Ces éléments ordinairement en nombre considérable, mais dans quelques cas peu nombreux dans le sang, sont excessivement minces, ayant environ 0,001 millimètre de largeur et 0,15 à 0,2 millimètres de longueur, contournés en spirale, doués de mouvements actifs, rotatoires, s'infléchissant et progressant rapidement ; à mesure que le sang se rafraîchit et se coagule sous le microscope, les mouvements se ralentissent, et ces fds spiraux sont recouverts par les filaments de fibrine. Cette espèce de protomycète, dit Lebert, ressemble à celle qu'Ehrenberg et Colm ont reconnue et figurée sous le nom de spirochaete ; mais de nouvelles recherches sont nécessaires pour établir si c'est bien une spirochaete ou une nouvelle espèce.
Je m'arrêterai un peu encore, pour terminer cette étude aride, sur les organismes végétaux de la diphthérie. La végétation qui se fait dans les produits pathologiques de la diphthérie, dit Oertel à qui j'emprunte ces données, se compose surtout de bactéries sphériques, avec un nombre plus ou moins considérables de bacterium termo (en bâtonnet) de la plus petite forme ; partout où il y a infection diphthéritique, les tissus et les exsudats sont remplis de bactéries. Ces éléments furent constatés en 1868 par Buhl, Hueler, Oertel, dans les pseudo-membranes, le sang et les tissus ; et un grand nombre d'observateurs les ont démontrés dans les différents organes et tissus. Dans l'infection secondaire des plaies, on trouve les couennes grises et le tissu sous-jacent pénétrés de ces organismes qui se multiplient.
Si la maladie progresse, on peut suivre leur accroissement progressif dans les parties infectées ; j'ai pu, dans l'humeur sécrétée de la plaie de la fistule trachéale, constater, à diverses reprises, peu de temps avant le développement des
enduits diphtliéritiques sur les bords de la plaie et l'invasion de phénomènes secondaires, une multiplication rapide et abondante de bactéries sphériques et cylindriques. Ces organismes, lorsqu'ils se trouvent en présence d'autres éléments végétaux, végètent avec plus d'énergie, de manière à les déborder et à les faire disparaître; ainsi, quand un catarrhe buccal et pharyngé a recouvert les amygdales d'un mince enduit sale, et que la diphlhérie vienne à envahir ces parties, tous les éléments végétaux qui prolifèrent dans cet enduit, bactéries et champignons plus développés, leptothrix buccalis, oïdium albicans, cryptococcus, sont détruits en peu de temps, et de vastes colonies de bactéries sphériques et de Ijàtonnets, ainsi que des cellules libres et rangées en séries articulées s'y substituant, couvrent la muqueuse. De même, lorsque la guérison avance, après que la plus grande masse des pseudo-membranes s'est détachée, que la muqueuse a désenflé et n'est plus injectée, on peut voir, dans quelques petits dépôts épais, qui ont persisté encoi^e, se développer de nouveau de l'oïdium albicans et du cryptococcus, du leptothrix buccalis et d'autres formes de bactéries, tandis que les bactéries sphériques et les bactéries de la diphthérie disparaissent ou ne sont plus qu'en petit nombre. Les organismes de la diphthérie existent dès les premières heures de la maladie ; les premiers dépôts visibles sur la muqueuse se composent de cellules épithéliales et d'amas de microsphères, lesquelles traversent et soulèvent les couches épithéliales. Plus tard seulement, la muqueuse réagit en formant du pus ou des exsudats hbrineux.
Oertel a constaté expérimentalement que les membranes croupales artificiellement produites par l'ammoniaque sur des lapins, malgré leur structure histologique et chimique analogue à celle des pseudo-membranes de la vraie diphthérie, ne devenaient jamais le siège d'une végétation de bactéries sphériques analogues, même lorsqu'on y transporte les micrococcus qui existent habituellement dans la bouche. Il en est autrement, lorsqu'on transplante des bactéries provenant de parties diphthéritiques sur un animal, sur la- muqueuse trachéale (Trendelenburg et Oertel), sur la cornée (Nassiloff, Eberth), ou dans les muscles (Hueter, Thommasi). Ces bactéries se multiplient avec une rapidité extraordinaire, en rayonnant des points d'inoculation comme centres à travers les tissus ; l'intensité de l'infection est proportionnelle à la quantité de parasites qui pénètrent les tissus. S'il y a dans les fragments de pseudo-membranes inoculées des bactéries diverses, bacillus spirillium, bactéries lineol., tous ces éléments disparaissent après l'inoculation et font place aux bactéries sphériques et cylindriques qui se multiplient. En inoculant, au lieu de détritus diphthéritiques, un détritus putride rempli des bactéries de la putréfaction et de filaments de mycélium, je n'ai jamais vu ces éléments se propager dans le sang ou dans les tissus avoisinant le lieu d'insertion, mais elles s'enkystaient dans un abcès plus ou moins grand où les mycéliums disparaissaient peu à peu.
Quant à l'action des bactéries de la diphthérie sur les divers tissus, voici ce qu'on observe : sur la cornée des lapins, elles pénètrent en masse dans les fentes cornéales, les remplissent, les dilatent et déterminent une kératite intense qui tue par infection générale le quatrième ou le cinquième jour (Nassiloff, Eberth). Elles se répandent sur la muqueuse de la trachée, assiègent les cellules, pénètrent dans les jeunes cellules d'exsudat et les détruisent progressivement; elles remplissent les canaux et vaisseaux lymphatiques et par stase mécanique déterminent de l'œdème, obstruant les capillaires, d'où altération nutritive et même déchirure de leurs parois ; les fibres musculaires traversées par des colo-
LUiNlAlrluW. lô
mes de micrococcus dégénèrent ; dans les degrés intenses de lu maladie, on trouve des masses colossales de bactéries dans les canalicules et les gloraérules de Malpiglii, où elles produisent une néphrite parenchymateuse, des embolies capillaires des glomérules, etc. Dans le sang et la lymphe où ces bactéries s'accumulent également, elles produisent par leur végétation la décomposition des corps organiques azotés et des accidents septiques.
Enlin Eberth eut soin de fdtrer à travers un cylindre d'argile le liquide diphthéritique obtenu par dessiccation dans le liquide de Pasteur ; les bactéries étaient ainsi éliminées par la dilTusion, et le liquide inoculé sur la cornée donna un résultat négatif.
D'après tous ces faits, il est démontré que ces organismes ne constituent pas une végétation accidentelle, mais qu'ils sont liés au procès diphtliérilique comme les bactéries de la putréfaction à celle-ci, dont elles constituent le ferment. Comment agissent-ils sur le sang et les tissus et produisent-ils des décompositions et de nouvelles combinaisons moléculaires ? Les produits d'assimilation constitués par les bactéries restent-ils tous dams leur corps comme le pigment insoluble dans les bactéries du pigment, ou sont-ils de nouveau excrétés, comme la substance colorée soluble ? Ou se forme-t-il dans le sang des produits comme l'acide acétique dans l'alcool, susceptibles d'effets toxiques, comme la septisine, de manière que le liquide ou le lissu organique dans lequel les bactéries végètent joue le rôle principal? Ces organismes, entin, jouent-ils le rôle de ferments oxydants ou réducteurs? Toutes questions non résolues dans l'état actuel de la science (Oertel, Diphtherie, in Handbuch der speciellen Pathologie von Zierassen, 1874).
Arrêtons-nous là ; bornons-nous à ces exenqjles ; nous avons assez fouillé ce champ encore mal défriché du parasitisme végétal dans les maladies contagieuses. C'en est assez pour entrevoir la solution possible, en même temps que les difficultés du problème de la contagion.
Étant admise la nature parasitaire des maladies infectieuses, on est amené logiquement à assigner à chaque maladie son germe spécifique, c'est-à-dire son organisme particulier. « Au point de vue pathologique, dit Lebert, il serait absurde d'admettre que le même champignon produit, sous l'influence d'une simple modification dans ses conditions d'existence, la rougeole, la scarlatine, la variole, le typhus ou le choléra. »
La topographie spéciale de certaines maladies contagieuses proteste aussi contre cette opinion. 11 est vrai que le microscope ne permet pas de reconnaître de différences bien grandes entre les organismes, bactéries, micrococcus, protomycètes des diverses maladies. Mais on ne peut distinguer davantage, comme Pasteur le fait remarquer, le ferment lactique du ferment acétique, le ferment ammoniacal de l'urine de celui qui fait la fermentation muqueuse du vin. Schrœter et Cohn montrent qu'on ne saurait reconnaître au microscope, parmi les bactéries des pigments, celles qui donnent les divers pigments, rouge, jaune, bleu ou orange. Et cependant chacun produit toujours la même transformation chimique ou la même matière colorante, comme chaque protomycète pathogéuétique produit toujours la même maladie infectieuse. La spécifijiité de chaque ferment morbigène est donc démontrée par la spécificité de la maladie qu'il produit. Tandis qu'un refroidissement produit, suivant les individus, une angine, une bronchite, un rhumatisme, tandis que chacune de ces maladies peut résulter de causes diverses, au contraire, le virus variolique, par exemple, ne produit
que la variole, et celle-ci ne peut se produire autrement que par l'introduction dans l'organisme du poison variolique.
Origine des contages. Spontanéité des maladies contagieuses. ï>'où viennent les contages ? Peuvent-ils se développer spontanément? La doctrine de la spontanéité a eu de nombreux défenseurs. Sous l'influence de conditions particulières pourrait naître spontanément une maladie infectieuse ou contagieuse ; la fièvre typhoïde résulterait des émanations d'excréments putréfiés, le typhus exanthématique de l'encombrement, le récurrent de la famine, la fièvre jaune de l'eau corrompue de la cale des navires, la peste de l'atmosphère viciée par les exhalaisons de cadavres mal enterrés, la syphilis de rapports impurs et bestiaux, etc. Et même les maladies contagieuses dont la nature parasitaire est évidente, sont aussi considérées par quelques-uns comme s'étant développées spontanément, et les parasites comme pouvant venir se greffer secondairement par génération spontanée, ou autre, sur un terrain favorable; leur présence dans la maladie ne serait qu'accidentelle. ,
Énoncer cette doctrine, c'est montrer qu'elle est incompatible avec les idées que nous avons cherché à formuler sur la nature des contages et des maladies contagieuses. La simple observation des faits, en même temps que la théorie, les condamne. Aujourd'hui, il ne viendra plus à l'esprit d'aucun médecin l'idée que la "aie se développe sponlanénieut, La syphilis, la variole, la blennoirhagie ne se développent pas spontanément ; cela est certain. Sans doute, à un moment donné, chacune de ces maladies s'est développée sous l'influence des causes que nous ignorons : toute chose, tout germe, tout être vivant a un commencement ; mais il ne nous appartient pas de remonter à l'origine des choses, qui nous échappe ; nous constatons seulement aujdurd'liui que ces maladies ne sont pas autochtones, mais ne se développent que par transmission et propagation au travers des générations successives du germe d'un individu à un autre.
11 semble en être de même de la rougeole, de la scarlatine, de la fièvre typhoïde, bien qu'on ne puisse pas suivre toujours la transmission de ces maladies à contagion médiate. Mais on sait, par exemple, que des communes isolées ou des îles ayant peu de relation avec le reste du globe, ont pu rester des siècles épargnées par l'une ou l'autre de ces maladies, jusqu'à ce qu'un jour elle ait été importée par hasard, et alors elle y a sévi avec beaucoup d'intensité. C'est ainsi que la rougeole a pénétré dans les îles Faroer où elle n'avait pas régné pendant longtemps.
Les partisans delà spontanéité trouvent dans l'histoire des zoonoses, particulièrement de la morve et de la rage, des arguments favorables à leur doctrine. La plupart des observateurs, en effet, admettent que la morve peut se développer spontanément et sans infection. Le surmènement, la mauvaise alimentation^ le catarrhe pulmonaire, les adénites pourraient la faire naître. Les expériences de Bouley et Renault (Recueil deméd. vétér., vol. XYII, 1840) semblent consacrer cette non-spécificité de la morve : l'injection de pus ordinaire dans les veines d'un cheval détermina des pustules morveuses dans le nez au bout de six jours,, puis dans le poumon oii ils furent constatés après la mort survenue en huit jours ; le flux nasal de ce cheval fut inoculé avec succès à un autre. Erdt prétend avoir produit la morve en inoculant au cheval du pus scrofuleux de l'homme ; Vines par l'iniection de substances irritantes (acide sulfurique) dans la trachée, etc.
Makré ces faits, la spontanéité de la morve est niée par des vétérinaires qui font autorité, notamment par Gerlach, Ilering, Bollinger. Et d'abord, comme
Heriiif^ l'établit, l'injection de pus et de substances putrides dans les veines peut produire des altérations emboliques qui simulent la morve ; de plus on rencontre souvent, dit BoUinger, dans les organes internes des vieux chevaux, des nodosités particulières, des résidus d'inflammation ancienne circonscrite qui peuvent facilement en imposer pour des nodosités morveuses. Enfin aux expériences citées ou peut en opposer d'autres dans lesquelles les injections de pus ou de substance putride ont produit de la pycmie, de la septicémie, des abcès pulmonaires, mais pas de pustules morveuses. Telles sont les expériences de Leuret {Arch.^én. de médec, t. XI, p. 98, 1826), une expérience de Billrotli, celles de Gûnther et Spinola, de Gamgee, de Lee, de Waldenburg.
Ajoutons à cela, avec BoUinger, à qui nous empruntons ces données sur la morve, que les erreurs d'interprétation peuvent résulter de deux laits : 1" que la morve peut avoir chez le cheval une période très-longue d'incubation ; 2" que l'affection commence tout aussi souvent par les poumons que par les fosses nasales; la morve inoculée au lapin et au cheval ne produit de boutons avec flux nasal qu'aux derniers stades de l'infection ; Ilering, Gerlach et Bollinoer citent des faits nombreux, établissant que la morve peut être latente pendant longtemps, exister dans le poumon sans trace de nodosités nasales (BoUinger, art. Rotz in Handhich der speciellen Pathologie von Ziemssen.
On voit donc, d'après cet ensemble de faits, que la doctrine de la spontanéité n'est rien moins qu'établie pour la morve et qu'elle est en tout cas contestable.
Nous reviendrons plus loin sur la question de la spontanéité de la rage.
Mais retournons à la pathologie humaine. Nous avons cite un certain nombre de maladies qui ne se transmettent que par un germe, émanant d'un individu, et transporté sur un autre. Il n'en est pas ainsi pour toutes. Certaines maladies contagieuses sont liées à certaines régions du sol ; elles ont un foyer d'origine ; de ce foyer elles peuvent rayonner plus ou moins loin, être importées à des distances plus ou moins grandes ; le choléra peut se développer aux Indes, là est sa patrie ; il se transporte parfois au loin , mais on constate alors qu'il est venu de son foyer originaire ; la fièvre jaune, endémique ailleurs, peut être importée chez nous; mais après y avoir fait de nombreuses victimes, elle s'éteint. 11 en est de même du typhus pétéchial qui, endémique à nos portes, en Irlande, en Silésie, est quelquefois importé chez nous; et cependant, bien qu'il soit chez nous, comme là où il règne toujours, très-contagieux et très-meurtrier, il ne s'acclimate pas en France, il n'y prend pas l'acine. Eh bien ! le fait que ces maladies sont liées à certains pays et ne prennent racine que là prouve que ces maladies ont une origine miasmatique, que le poison ne vient pas du corps humain, mais qu'il existe dans le sol ou l'atmosphère. L'Européen allant dans les pays où règne la fièvre jaune la prend plus aisément encore que l'indigène. Ce n'est donc pas une maladie de race, mais une maladie de pays; elle est le résultat d'un miasme, c'est-à-dire que l'être organisé qui lui donne naissance ne naît pas dans l'organisme, mais dans le milieu extérieur, sol ou air ; comme d'autres productions végétales ou animales, il ne naît que dans certains pays dont le sol ou l'atmosphère sont appropriés à son développement. Ces maladies sont d'origine miasmatique; mais elles deviennent contagieuses, parce que le miasme se multiplie et se reproduit dans l'organisme.
Peut-on dire, d'après cela, que ces maladies miasmatiques contagieuses se développent spontanément? Nous touchons à la question de la génération spon- MCT. E^c. XX. 2
lanée. Pour nous, qui ne l'admettons pas, nous croyons que les germes ou graines des maladies miasmatiques contagieuses existent toujours dans le sol, l'eau ou l'an^ des contrées où elles résident; que ces germes peuvent être latents et inertes, jusqu'à ce que certaines conditions de chaleur, d'humidité ou autres venant à se développer, favorables à leur activité ou à leur réceptivité par l'organisme, la maladie éclate. Pour ceux qui appellent spontanéité l'absence de contagion, d'importation, le développement par l'air ou le milieu extérieur, lamaladie se sera déclarée spontanément, c'est-à-dire sans avoir été apportée par l'intermédiaire d'un individu atteint delà maladie. Soit! ce n'est qu'une question de définition : la maladie sera spontanée, si spontanéité veut dire développement par un ferment né primitivement en dehors de l'organisme.
La question étant envisagée dans ce sens, demander si une maladie, par exemple la fièvre typhoïde, peut se développer spontanément, c'est demander si elle peut être primitivement miasmatique. Question importante au point de vue de l'hygiène privée et publique ! Telle maladie, la lièvre typhoïde par exemple, peut-elle se développer sous l'influence de certaines conditions en dehors de cas importés 7 Ce n'est pas ici le lieu de résoudre cette question controversée. Disons toutefois que la putréfaction des substances organiques, d'ordinaire incriminée par les médecins, ne suffit pas à faire naître la fièvre typhoïde, que celle-ci ne règne pas partout où ces conditions existent; autrement rien ne serait plus facile que de la développer artiliciellement; les substances organiques décomposées, les excréments paraissent seulement être le terrain favorable au développement du poison spécifique qui émane de l'organisme humain. Que de villages, que d'habitations placés toujours sous les émanations de matières excrémentilielles corrompues ! que de gens buvant longtemps de l'eau où ces matières se sont infiltrées ! Il en résulte de la diarrhée, des affections digestives ; mais la fièvre typhoïde ne se développe pas. Si par hasard un cas est importé dans ces lieux et que le germe rendu dans les selles vienne à trouver dans ce milieu le terrain qu'il lui faut, la maladie se développe et se propage. Il en est de même du poison du typhus pétéchial qui trouve dans la misère et l'encombrement des conditions de nature à favoriser le développement du germe venu d'ailleurs; car ces conditions, suffisantes pour faire éclore et multiplier le germe, sont insuffisantes à le produire. Pendant la guerre dernière, nous avons vu dans nos villes assiégées la famine, l'encombrement, la démoralisation; et cependant, malgré toutes les prévisions, le typhus exanthématique ne s'est pas développé. S'il avait été importé dans ces milieux par l'armée assiégeante qui aurait pu le rapporter des parages où il est endémique, on peut penser qu'alors dans ce milieu favorable une épidémie terrible, semblable à celle qui ravagea notre armée en Crimée, eût pu se propager.
Véhicules du coniage. Dans quelles parties du corps résident les divers contages? Ici nous sommes en face de données plus ou moins certaines. Nous savons que le contage du vaccin et de la variole est dans le liquide sécrété par la pustule, que ceux de la syphilis, du chancre mou, de la blennorrhagie, des ophthalmies purulentes, sont dans le pus fourni par ces maladies; le contage de la syphilis est aussi dans le sang ; celui de la variole semble être non-seulement dans les pustules, mais dans le sang, dans les croûtes, peut-être dans certaines sécrétions, salive, expectoration; celui de la rougeole serait, suivant certains expérimentateurs, dans le sang qui a pu être, dit-on, inoculé, peut-être aussi dans les sécrétions lacrymale, nasale, salivaire, et dans l'expectoration; ce n'est pas, toutefois, absolument démontré. Le poison scarlatineux est, dit-on sans
preuves certaines, dans le sang, dans la peau, dans les squames l'piderniiques ; rinoculabilité de ces produits n'est pas hors de conteste ; celui de la coqueluche est peut-être dans l'air expiré et le mucus laryngo-bronchique ; les fausses membranes diphlhéritiques contiennent le germe de la diphthérie; le poison charbonneux est dans le sang de l'animal, dans les tumeurs charbonneuses; il est aussi dans la peau, les poils, les crins, les cornes, les os, la chair et les sécrétions de l'animal ; le virus rabique est dans la salive, la bave, le sang, les glandes salivaires ; le contage de la morve est dans le flux nasal, dans les ulcères et tumeurs spécifiques de la maladie, dans le sang (Viborg, Colemann, Ilering, Chauveau),dans les sécrétions et les 'excrétions (larmes, salive, sueur, urine et
lait).
Nous ne savons pas oîi réside le poison du typhus; nous supposons, par induction, d'après certains faits d'observation, que ceux de la fièvre typhoïde et du choléra sont dans les déjections ; le sang et les autres humeurs, dans ces maladies, n'ont pu être démontrés inoculables ; ce qui ne prouve pas que le poison ne soit pas contenu dans ces humeurs ; fous les poisons ne sont pas, comme nous le verrons, directement inoculables, et l'inoculabilifé n'est pas le seul critérium infaillible de la contagiosité.
Du virus. Quand le contage peut être recueilli directement sur l'organisme incorporé à du pus, du sang, de la sérosité, ou à un tissu solide, comme une couenne diphthcritique, et qu'il peut être transplanté sur un autre organisme, le contage est dit virus et la maladie qu'il reproduit inoculable. Le mot de virus dans son acception ancienne implique l'idée d'un principe inconnu dans son essence et inaccessible à nos sens qui donne au véhicule qui le contient des propriétés morbigènes. Nous tenons sur une plaque de verre ce virus que nous ne pouvons isoler. Rien au microscope ne différencie le pus normal du pus syphilitique, et cependant ce dernier contient le germe créateur de la syphilis, comme l'ovule fécondé que rien non plus ne distingue de celui qui ne l'est pas contient le germe d'un être futur. C'est ce quelque chose d'invisible, se manifestant seulement par ses effets, mais incorporé dans une substance tangible et inoculable, que nous appelons virus. Les faits que nous avons signalés montrent qu'un jour le mot virus, perdant son obscurité, pourra être traduit par organisme végétal ou animal, saisissable sur une lancette et transportable d'un terrain sur un autre, et on osera dire sans réserve que l'acarus de la gale est un virus au même titre que le pus de la blennorrhagie.
Contagion par voie médicale. Tous les contages ne sont pas virulents. On ne peut pas tous les recueillir sur une plaque de verre et dire : Avec ceci je ferai un typhique, avec cela un cholérique. Pour qu'un contage soit virus il faut qu'il soit^^re, c'est-à-dire qu'il émane de l'organisme, incorporé à un véhicule solide ou liquide inoculable; mais on conçoit qu'il puisse être seulement volatil, comme on dit, ce qui ne veut pas dire gazeux, mais tenu en suspension, en particules très-ténues, dans l'air expiré, dans les produits de l'évaporation cutanée, flottant dans l'atmosphère, plus ou moins concentré de manière à rester efficace à une distance plus ou moins considérable. On conçoit que ces germes se fixent sur le linge, les vêtements, les murs, sur un corps solide quelconque qui pourra être un foyer d'infection; ou encore, que, entraînés par les excrétions, ils infectent le sol ou les eaux. Dans ces cas, l'air, le sol, l'eau, les corps solides seront les véhicules du contage, et la contagion sera plus ou moins médiate.
Les virus peuvent d'ailleurs, comme les contages non virulents, infecter direc-
tentent par contact ou indirectement par voie médiate. Du vaccin conservé sur une plaque de verre, de la poussière de croûtes varioliques, flottant dans l'air, peuvent secondairement inoculer la vaccine et la variole ; du pus syphilitique contaminant du linge peut inoculer la syphilis, sans rapport vénérien; une personne peut servir de véhicule au virus syphilitique qu'elle reçoit d'un sujet infecté pour le transmettre à un autre, sans qu'elle-même en soit infectée. Nous avons vu que dans tous ces cas de contagion médiate, tantôt le milieu extérieur sert de véhicule au contage qui y reste, flottant ou fixé, inerte jusqu'à ce qu'il ait trouvé un organisme où il se greffe (virus syphilitique, variolique, etc.) ; tantôt ce contage devient miasme et se développe, se multiplie dans ce milieu qui devient pour son propre compte foyer d'infection (exemple : fièvre typhoïde, choléra). Ce qui importe au point de vue médical, hygiénique et thérapeutique, ce n'est pas seulement desavoir si une maladie est contagieuse ou non; c'est dire très-peu de chose, mais de savoir comment elle l'est, par voie médiate ou immédiate, par l'air, l'eau, la terre, les objets divers ; si le contage devient miasme, s'il est tenace, s'il se diffuse facilement dans l'air et les autres milieux, s'il est actif à petites doses ou à doses concentrées; quelles sont les conditions qui favorisent sa réception. Ainsi, voilà deux maladies, toutes deux contagieuses et inoculables, la syphilis et la variole ; mais on peut rester impunément dans le voisinage d'un syphilitique, tandis qu'on s'infecte à côté d'un variolique ; parce (|ue le contage de la variole est volatil et se dégage dans l'air, tandis que celui de la syphilis est fixe ; il faut le récoller sur place. Deux maladies très-voisines peuvent être très-différentes à ce point de vue : le virus vaccin n'est pas volatil, un enfant peut rester indéfiniment au milieu d'autres vaccinés; la vaccine ne viendra pas spontanément se greffer sur lui, tandis que la variole saura l'atteindre. Le typhus et la fièvre typhoïde sont deux maladies voisines : or le typhus est éminemment contagieux par l'air; les personnes qui soignent les typhiques prennent la maladie. La fièvre typhoïde, au contraire, est très-peu contagieuse par l'air ; si peu que Murchison dans une pratique de plus de 14 ans à Ihôpitaldes fiévreux de Londres, sur 2,506 malades traités, n'a vu que 8 cas être contractés dans l'hôpital même. On comprend combien l'étude clinique de ces divers modes de contagiosité est importante; cette élude incombe à chaque maladie; ce n'est pas dans une étude générale sur la contagion qu'on peut insister sur les mille détails spéciaux que l'observation a enregistrés sur les diverses maladies.
Contaqio7i par l'air et par les objets divers. Donc certains principes contagieux sont transmissibles par l'air, comme le miasme non contagieux de la fièvre intermittente.
La variole, la rougeole, la scarlatine, le typhus, la coqueluche, la diphthérie, se prennent à distance. En général, on peut dire que le germe émané de l'individu malade perd de son efficacité à mesure que la distance du foyer augmente : les individus prédisposés contractent la maladie d'autant plus facilement qu'ils sont plus près du malade, que la chambre qui contient les malades est plus petite et le nombre de ceux-ci plus grand. On a mis fin à des épidémies d'ophthalmie purulente, de septicémie, de fièvre puerpérale, de variole, en couchant les malades sous la tente, de façon à permettre au miasme ou au contage de se diffuser dans l'atmosphère jusqu'au point où il a perdu son efficacité.
Les coulages peuvent être transportés par les objets en rapport avec le malade ou avec son atm;.'sphère. Les personnes qui le soignent, le médecin lui-même peut devenir par ses habits ou les objets qu'il porte sur lui l'agent médiat de cette
transmission. Les exemples abondent. Panum raconte qne la rougeole se déclara dans une maison isolée et qui n'avait eu de communication avec le monde extérieur que par un médecin qui y était venu, 14 jours auparavant, d'une localité distante de 4 lieues où la rougeole régnait ; le médecin était venu par mer, par une pluie orageuse. J'ai observé, dit Thomas, de Leipzig (in Handbuch der speciell. Pathologieyon Ziemssen), un cas de transmission de scarlatine à un enfant trachéotomisé presque guéri, par une garde qui ne resta que trois heures avec lui et pi avait soigné auparavant un enfant scarlatineux. Sims rapporte, d'après Williams, plusieurs faits où des sages-femmes après avoir veillé des scarlatineux rapportaient la maladie aux femmes en couche qu'elles étaient appelées à voir. Beaucoup de médecins, dit Murchison, m'ont assuré avoir transmis cette maladie par leurs vêtements aux femmes accouchées, et s'être vus dans la nécessité de ne plus voir les scarlatineux. Palante rapporte qu'une mère, qui ne resta qu'un moment avec un scarlatineux et fit ensuite 10 kilomètres pour rentrer chez elle, rapporta la maladie à ses enfants.
Des objets divers ont pu servir de véhicule; souvent le mode de transmission est difficile à suivre et l'on a pu croire à un développement spontané. Empruntons encore quelques faits au travail de Thomas sur la scarlatine. Ricliardson accuse une lettre venue de plusieurs lieues, d'une maison infectée, et qui avait passé des mains de l'enfant à la mère, d'avoir occasionne la maladie et la mort des deux. Petersen rapporte à la même cause la maladie d'une jeune fille. V. Hildenbrand prit la scarlatine dans un endroit ou elle ne régnait pas, après s'être revêtu d'un habit qui était emballé, et qu'il avait autrefois porté en voyant des scarlatineux; Mason Good a vu une boîte de jouets d'enfant propager la maladie dans une famille. Murchison admet aussi la réalité de certains faits de transmission de scarlatine par envoi de lettres ou de simples mèches de cheveux.
Les objets de lessive deviennent une cause fréquente de propagation, dont il existe de nombreux exemples pour la scarlatine, la fièvre typhoïde, le choléra. « A Branson, dans le Wallis, dit Lebert, en 1867, une sœur avait soigné avec dévouement les cholériques dans les réduits les plus sales, sans être atteinte ; l'épidémie touchait à sa fin ; elle voulait aider à laver le linge des cholériques ; elle contracta la maladie et en mourut. La même année, en 1867, à Zurich, une laveuse lava le linge d'un individu venant d'un foyer cholérique ; elle prit le choléra et devint le point de départ d'une épidémie dans cette ville ». La seule servante que j'ai vue depuis trois ans prendre la fièvre typhoïde à l'hôpital Saint- Charles de Nancy était occupée à la lessive.
Les zoonoses ont pu se communiquer à l'espèce humaine par l'intermédiaire d objets divers. Trousseau raconte, dans sa Clinique, qu'une femme succomba dans son service à la morve qu'elle avait contractée, sans doute, chez un marchand de crins où elle était occupée à tresser ceux des crins qui anivaient de Buenos- Ayres.
L affection charbonneuse aussi peut se communiquer par les ustensiles d'étable, la paille, le foin, la litière, la terre, qui ont été en contact avec l'animal infecté. Davaine et Raimbert considèrent les mouches comme des véhicules fréquents du poison ; Davaine inocula le charbon par l'intermédiaire de mouches auxquelles il fit absorber le poison d'animaux charbonneux par la trompe ou les extrémités des pattes. D'après les expériences de Raimbert, les mouches qui piquent avec un aiguillon placé à la partie postérieure du tronc ne sont pas dangereuses ; la piqûre donne lieu d'ordinaire à un furoncle malin. Mais d'autres mouches (do-
mestiques, mouches à vers), qui se nourrissent de chair et de sang, entraînent le poison avec leurs pattes, leurs ailes et leurs déjections, et le déposant sur la peau intacte produisent le charbon. Bollinger, qui rapporte ce fait, a observé lui-même que le contenu stomacal et intestinal de taons qui avaient séjourné sur le coj-ps d'un animal mort de charbon présentait les bactéries caractéristiques, et l'inoculation de cette matière sur deux lapins produisit la maladie.
J'ai cité un peu au hasard un certain nombre de faits de contagion médiate par l'air et les objets divers, pour établir combien peuvent exister de sources inconnues de transmission, et combien il est facile de croire à un développement spontané. Relatons encore un mode curieux de transmission, qu'on prétend avoir observé en Angleterre dans ces derniers temps, pour la scarlatine et la fièvre typhoïde : Bell constata que, dans toutes les maisons dans lesquelles une laitière qui avait eu la scarlatine avec son jeune fils apportait le lait, la scarlatine frappait plusieurs personnes ; il se demanda si c'était le lait, le vase ou le fils, garçon laitier, qui effectuaient la transmission. Dans une épidémie, Taylor observa ce qui suit : un des cas les plus graves au début eut lieu dans la maison d'un laitier, dont la femme trayait les vaches pour en vendre le lait à douze familles de la ville. Dans six d'entre elles la scarlatine éclata, presque coup sur coup, alors que l'épidémie n'était pas encore répandue en ville, sans que les malades eussent eu communication avec la personne qui apportait le lait. Le contage était transporté par le lait ; cela est d'autant plus vraisemblable que, ainsi qu'on put l'établir, le lait, avant d'être distribué aux clients, séjournait dans une cuisine qui avait servi de chambre à coucher à des scaiiatineux.
Déjà, en 1858, pendant le règne d'une épidémie de fièvre typhoïde, M. Taylor avait cru remarquer que la maladie avait été transmise par du lait qui était resté déposé immédiatement après la traite dans la chambre d'un typhique {British Médical Journal, 1873). Une épidémie, observée en 1873 àLondres, dans un des quartiers les plus élégants, fut attribuée aussi au lait provenant d'une métairie infectée {Lancet, 16 août 1873).
Transmission du contage par le sol et par Veau. L'atmosphère et les objets qu'elle contient ne sont pas les seuls véhicules des contages ; le sol et l'eau jouent aussi un rôle considérable, comme voies de propagation de certains principes de maladies, notamment, on le voit, du choléra et de la fièvre typhoïde. On a remarqué de tout temps l'influence de l'altitude du sol sur le développement du choléra ; dans les villes, la maladie débute souvent dans les quartiers les plus bas; dans nos pays, dans l'Europe centrale, surtout en Allemagne et en Suisse, le choléra ne franchit pas 600 à 800 mètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer ; Lebert, en Suisse, n'a pas vu un cas de choléra au-dessus de 700 mètres, bien qu'il y ait encore à cette hauteur une assez forte population. Ajoutons toutefois que cette règle n'est pas constante partout ; des conditions inconnues doivent intervenir, car en Asie et en Amérique le choléra a occupé des plateaux élevés à 2,000 ou 2,500 mètres [voy. Choléra).
Mais c'est surtout du sol comme conducteur du poison que je veux parler. Le choléra et la fièvre typhoïde sont peu contagieux par l'air ; la terre leur semble être dans certaines conditions un meilleur véhicule. Elle est surtout favorable à la propagation de ces maladies lorsqu'elle est perméable à l'humidité et que l'eau, contenant les germes cholériques ou typhoïdes, s'y infiltre facilement; un sol rocheux compact est au contraire peu apte à la propagation. Mais il ne suffit pas que le sol soit perméable ; il faut que l'humidité ne le traverse pas trop pro-
CONTAGIOiN. 23
fondement et se trouve arrcte'c dans les couclies superficielles du sol de manière à former une nappe d'eau souterraine. Une condition indispensable, suivant Pettenkofer, pour qu'un terrain puisse propager le germe cholérique, c'est que le sol soit poreux et qu'à une profondeur de 50 pieds on arrive déjà à la nappe J'eau. Mais cette condition, posée par Pettenkofer, qui" a fait ses observations à Munich, où elle est réalisée, n'est pas indispensable; car dans d'autres villes la maladie s'est développée et propagée à travers des sols autrement organisés. A Zurich, notamment, des observations minutieuses ont été faites sur ce point par Zehender, en 1867, et la concordance n'a pas été établie conforme aux vues de Pettenkofer.
Les observateurs de Munich ont, en outre, constaté que dans cette ville la recrudescence des épidémies de choléra et de typhus coïncide avec l'abaissement du niveau des eaux souterraines. En général, tant que cette nappe d'eau s'élève, le typhus abdominal décroît; tant que le niveau baisse, l'épidémie croît. Une vaste statistique, faite par Wagus, publiée par Pettenkofer, concernant la mortalité due au typhus dans toute la ville pendant une période de douze années, a confirmé la constance de ce fait, que Buhl avait observe le premier. L'explication donnée par l'école de Munich est celle-ci : Lorsque le niveau de l'eau souterraine baisse, les couches du sol humides et farcies de détritus organiques contenant les germes moi'bides étant mises à nu et accessibles à l'air, il y a des décompositions organiques étendues et développement du germe, tandis que, Je niveau s'élevant, ces couches sont couvertes d'eau, les décompositions n'ont plus lieu et le germe soustrait à l'air est inoffensif. Cette relation entre les oscillations de l'eau souterraine et la fréquence du typhus, que Virchow reconnaît aussi pour Berlin, n'a pas été confirmée partout. Ainsi, au dire de Licbermeister, à Bâle, ni Butimeyer ni Socin n'ont pu constater de rapport entre ces deux choses ; B. Socin établit seulement comme très-vraisemblable, pour llàle, ce fait qui avait déjà été observé à Munich, que la grande sécheresse favorise le développement des épidémies, tandis que l'humidité les atténue de nouveau.
Quoi qu'il en soit, le poison contenu dans le sol peut arriver à l'organisme humain, soit par l'air, soit par l'eau qu'on boit extraite de ce sol. L'infection par l'air en rapport avec le sol est démoutrée: Murchison relate un certain nombre d'observations dans lesquelles la maladie semblait due aux émanations d'égouts souterrains. L'infection par les boissons est démontrée aussi par un grand nombre ■de faits. Beaucoup de puits reçoivent des infiltrations venant de latrines avoisinantes, le contenu de ces latrines pénétrant par le sol jusque dans les puits situés plus bas. Des centaines d'observations montrent que beaucoup d'endémies de fièvre typhoïde limitées à une maison ou à un groupe de maisons reconnaissent cette cause. Lorsque c'est une distribution d'eau qui est ainsi infectée par le poison typhique, l'épidémie est plus étendue ; c'est ce qui peut arriver, par exemple, lorsque les excréments provenant de latrines servent à enfumer des champs qui fournissent à la distribution d'eau {voy. Griesinger, Traité des maladies infeclieiises ; Murchison, Les maladies typhoïdes ; Liebermeister, loco citato; Knopf, thèse de Nancy, 1875).
Les observateurs de Munich n'accordent qu'une influence pathogénique restreinte à l'eau prise en boisson ; ils pensent que l'eau^souterraine agit surtout en permettant, par son abaissement de niveau, au miasme de se dégager à l'air. Mais la plupart des médecins en France, en Angleterre et en Allemagne, accordent aujourd'hui une influence prédominante à l'eau prise en boisson sur
'2i CONTAGION.
la genèse de la fièvre typhoïde et du choléra. Licbermeister, qui a dél'endu cette doctrine avec une grande autorité, interprète de la façon suivante le rapport trouvé par Buhl entre la fréquence du typhus et le niveau de l'eau souterraine : « Ce niveau, dit-il, était estimé par la mensuration de l'eau dans les puits. On peut donc dire : qrnind le niveau monte dans les puits, la fréquence du typhus augmente, quand il baisse, elle diminue. Or, on comprend et l'observation journalière apprend que, toutes choses égales d'ailleurs, un puits contient de l'eau plus pure, si le niveau est élevé, moins pure, s'il est bas. Dans ce dernier cas, les matières du sol sont, en effet, en quantité relativement plus considérable dissoutes ou suspendues dans l'eau. Là où la fièvre typhoïde est endémique, où son germe spécifique se trouve dans le sol et lui est communiqué sans cesse par les fosses d'aisance, il se mélangera à l'eau du puits dans une proportion d'autant plus grande que celle-ci sera moins abondante. De plus, si les eaux sont hautes, beaucoup de matières organiques qui y viennent de la surface sont entraînées avant d'avoir atteint la profondeur à laquelle s'ouvrent les extrémités des tuyaux des puits, tandis que les eaux étant basses, elles arrivent rapidement à ces bouches par où l'eau est pompée. Cette interprétation a depuis été donnée par Buchanan, un des observateurs les plus compétents en pareille matière. »
Par cet ensemble de faits sommairement exposés, il est acquis que les coulages se propagent par des voies diverses : les uns sont seulement transmissibles directement d'un individu à un autre par l'intermédiaire d'un corps solide auquel ils sont adhérents (vaccine, rage, syphilis, blennorrhagie, gale) ; d'autres sont Iransportables par l'air aune petite distance (fièvres éruptives, coqueluche,, fièvres typhiques) ; d'autres enfin sont transportables à de grandes distances par le sol et l'eau souterraine (choléra, fièvre typhoïde). De plus certains contages ne se développent que dans certains milieux favorables à leur développement, tandis qu^ d'autres sont cosmopolites. Le typhus exanthématique, le typhus récurrent, le choléra, la peste, la fièvre jaune, peuvent bien s'exporter et sévir plus ou moins longtemps hors de leur foyer natal ; mais ils finissent par s'y éteindre; ils ne s'y acclimatent pas, tandis que d'autres maladies, telles que les fièvres éruptives parties aussi de foyers primitifs, se sont acclimatées partout.
Pourquoi, dira-t-on, ces maladies miasmatiques, et aussi contagieuses, ne continuent-elles pas à vivre chez nous ? Voici un cholérique qui transmet par voie médiate où immédiate le germe à un individu sain ; celui-ci infecté le communique à un troisième et ainsi de suite : le miasme n'a pas besoin de se reproduire dans l'air ou dans le sol, le contage n'a pas besoin de devenir miasme : là maladie peut, par contagion médiate ou immédiate, non miasmatique, devenir endémique hors de sa patrie. S'il en est ainsi de la variole, de la syphilis, pourquoi n'en est-il pas de même des autres affections ?
Sans répondre catégoriquement à cette question, nous pouvons chercher par des hypothèses à concevoir une raison possible à ces faits. Voyons le typhus, maladie directement et éminemment contagieuse. Mais elle ne semble l'être que si le poison, répandu par les typhiques dans l'atmosphère, est à un degré suffisant de concentration ; si on laisse ce poison se diffuser et se raréfier dans l'air, il devient inefficace. Aussi a-t-on arrêté les épidémies de typhus importées en France en disséminant les malades, c'est-à-dire le miasme qui ne se multiplie pas dans l'air. En admettant cette hypothèse, basée sur la circonscription précise de l'endémie à certains pays, que ce miasme vit et se multiplie exclusivement dans certains sols favorables, et que d'autres sols, par exemple en France, ne le sont
pas à sa culture, on comprend pourquoi la maladie n'y devient pas endémique.
Les poisons de la syphilis, de la variole, sont fixes, et conservent toujours leur efficacité ; ce sont des germes qui peuvent rester latents, mais qui vivent toujours, tandis que ceux du typhus, du choléra et d'autres, sont diffusibles dans l'air, et finissent par y perdre leur efficacité.
Mais nous avons dit que le choléra, dans nos pays, se propage surtout par lesol et l'eau ; que le germe paraît vivre ou se développer plus facilement dans l'eau, que la contagion est plus fréquente par voie humide ; la propagation dépend moins du contact direct avec les cholériques que du contact avec les germes, qui en émanent et qui sont plus abondants et plus vivaces dans les eaux souterraines, oîi ils s'infiltrent avec les déjections.
Si le choléra, bien que se propageant dans notre sol, ne devient pas endémique chez nous, il faut admettre que les conditions telluriques et atmosphériques, tout en permettant au miasme de vivre et de se reproduire pendant quelque temps, sont insuffisantes à son développement permanent. Il survient telles conditions de température, d'humidité et autres qui tuent ces germes, qui détruisent la végétation morbide ; et alors la maladie est arrêtée jusqu'à ce (pi'elle soit de nouveau importée des Indes, où les conditions atmosjjhénques et telluriques sont telles qu'elle y peut vivre toujours.
Signalons encore une circonstance qui peut intervenir dans ce mécanisme si obscur de la contagion médiate ou miasmatique. Nous avons dit que certaines maladies, le choléra, la fièvre typhoïde, la dysenterie, probablement aussi la fièvre jaune et la peste, maladies miasmatiques contagieuses, sont peu transmissibles directement d'individu à individu, mais se transmettent sm-tout indirectement à l'aide d'un poison émané de l'individu ; celui de la fièvre typhoïde, par exemple, serait dans les déjections. Cette opinion semble en contradiction avec ce fait d'observation que les médecins, les infirmiers, qui sont constamment en rapport avec ces déjections, que les personnes couchant dans la même chambre, ne sont pas souvent atteints par la maladie. La chose s'explique, si l'on admet que le germe, tel qu'il émane du corps, dans les déjections, n'est pas apte encore à se développer dans un autre corps, mais il a besoin de subir préalablement en dehors de l'organisme une nouvelle évolution, de laquelle résulte seulement un principe apte à être reçu et à fructifier dans un nouveau corps humain. Cette évolution semble surtout se faire dans les latrines, les egouts, dans le sol imbibé de matières organiques. Ainsi s'explique comment certaines maladies peu ou pas contagieuses directement donnent lieu cependant à des foyers d'infection par voie secondaire. Cette théorie est empruntée à l'histoire naturelle de certains parasites mieux connus. Le taenia n'est pas directement transmissible d'un homme à un autre ; il subit en dehors du corps une nouvelle évolution qui donne lieu à un embryon de taenia ou cysticerque ; et c est seulement ce cysticerque qui introduit dans le corps de l'homme est apte a reproduire le tsenia. N'en peut-il être de même pour certains parasites végétaux de maladies contagieuses miasmatiques ? Et cette hypothèse ne vient-elle pas en aide à l'esprit pour lui permettre de concevoir certains modes de contagiosité ?
Ténacité des coulages. Une circonstance qui influe grandement sur la propagation des maladies contagieuses, c'est la ténacité des divers contages. Ou appelle ainsi leur vitalité; un contage est plus ou moins tenace suivant qu'il con-
serve plus ou moins longtemps son efficacité. Sous ce rapport il y a de trèsgrandes différences entre les contages ; nos connaissances à cet égard sont trèslimitées et manquent de précision. Le germe de la fièvre typhoïde semble être très-tenace, c'est-à-dire qu'il peut rester fort longtemps hors du corps humain sans s'éteindre. Quand cette maladie a existé dans un endroit, elle y peut repal'aître après un temps assez long, avec une apparence de spontanéité, c'est-à-dire sans nouvelle importation.
Le germe du choléra, au contraire, est moins tenace dans nos pays. Quand pendant quelques semaines il n'est pas rentré dans l'organisme humain, il peut en général être considéré comme éteint. Le froid ne tue pas toujours le germe cholérique, mais arrête seulement son activité fonctionnelle ; car avec le retour de la chaleur et de l'humidité du sol, au printemps, le choléra qui a sommeillé l'hiver recommence à sévir. Cependant le choléra a pu régner en hiver. Le germe paraît détruit sur le cadavre par la puti'éfaction ; on ne voit pas souvent le choléra se déclarer par contagion cadavérique chez ceux qui font les autopsies ou chez les fossoyeujs. Lehert pense que la putréfaction détruit la contagiosité du choléra, que les bactéries de la puti'éfaction détruisent les organes cholérigènes.
La rougeole paraît avoir un contage d'une ténacité assez faible, s'il faut en croire Mayer qui aurait observé ce fait : que les vêtements et le linge d'enfants rubéoliques entrés à l'hôpital peuvent, après avoir été exposés en plein air, être portés par d'autres enfants, sans leur donner la maladie.
Tous les faits au contraire établissent que le contage de la scarlatine a une ténacité très-grande. « Benedict relate que plusieurs enfants furent pris de scarlatine immédiatement après être revenus dans une chambre dans laquelle deux mois auparavant il y avait eu un cas de mort par cette affection, bien que cette chambre eût été complètement purifiée et ventilée. Richardson raconte que dans une mansarde, sous un toit de chaume, le contage s'était fixé à la suite d'un cas de scarlatine, si bien que cinq mois après ce cas des enfants étant venus habiter cette chambre furent immédiatement atteints.
Ces exemples et d'autres, dit Thomas, qui les relate, montrent que le contage n'est pas un gaz, mais un corps solide qui reste adhérent à d'autres objets, de manière que grâce à l'exiguité et à la résistance de ses éléments il est difficile de le détruire par les mesures habituelles. D'après Thoresen il résiste au froid ; d'après Hallier, il n'est détruit qu'à la chaleur de l'ébullition. Les recherches de Henry sont intéi'essantes à ce point de vue ; ce médecin a fait porter à des enfants de 6 à 13 ans des gilets de flanelle qui avaient été portés par des scarlatiiieux, après les avoir exposés à une chaleur sèche de 100 degrés centigrade ; il n'y eut pas contagion. La même observation fut faite par Behrend à Berlin, qui faisait enfermer les effets des scarlatineux dans des espaces chauffés, et évitait ainsi la contagion.
On sait combien le virus vaccinal et celui de la variole ont une ténacité grande, lorsqu'ils sont soustraits à l'air. La contagiosité de ces virus se conserve des mois et même des années ; le contage variolique peut être détruit par une chaleur intense, par les vapeurs de chlore, d'iode, de brome et de soufre, par l'alcool ; mais il faut pour cela une action intense et prolongée. Les cadavres conservent la contagiosité, donc la putréfaction ne tue pas le virus variolique.
Le contage de la diphthérie, qui semble peu se propager, peut-être aussi en raison de la réceptivité assez faible à son égard, paraît cependant très-tenace ; il reste fixe en certains endroits, dans certaines maisons, si bien qu'après un
premier cas de diphthérie de nouveaux peuvent s'y produire après plusieurs
mois.
Tous les médecins d'hôpital savent combien peuvent être vivaces les germes de la fièvre puerpérale, de la septicémie, de la pourriture d'hôpital. Quand une salle est infectée, souvent rien ne sert de ventiler et de désinfecter ; il faut l'évacuer, et la laisser vide pendant un temps assez long, pour qu'elle ne soit plus pernicieuse.
Parmi les zoonoses nous avons vu que le virus charbonneux est d'une extraordinaire ténacité, que ses bactéries desséchées peuvent se conserver des mois et des années sans perdre leur virulence ; d'après BoUinger le sang charbonneux cesse d'être contagieux, par une cuisson jirolongée de cinq minutes ; mais les bactéries semblent résister au froid, à — 18 degrés, même prolongé plusieurs heures ; elles perdent alors, et d'après Cohn déjà à 0 degré, leur activité physiologique, mais la recouvrent à une température plus élevée. L'acide phénique, l'eau chlorée et les autres désinfectants détruisent leur vitalité.
Le poison de la morve, dit Bollingcr, a une assez grande ténacité. Bien (pie, il l'état de dessiccation, il perde souvent son cflicacité (Yiborg), cependant dans les écuries il la conserve souvent encore plusieurs mois. A une température de 45 degrés Réaumur, à la chaleur de l'ébullition (Viborg, Ilofacker, Renault) le contage de la morve perd sa virulence, de même que par une série d'agents chimiques (désinfectants, par exemple chlore, acide phénique, etc.). La putréliiotion ne le détruirait pas (Gerlacli), tandis que le contage morveux est détruit dans les organes digestifs de l'homme (Decroix), du chien, du porc, de la poule (Renault) ; il est affaibli seulement, mais non complètement détruit dans ceux du cheval (Renault).
De ces considérations sur la vitalité des germes qui président à la contagion ressort l'immense intérêt pratique qui s'attache à cette étude. Quand on aura précisé pour chaque contage les conditions diverses qui influent sur sa vitalité, active ou latente, les causes qui le détruisent, ou les agents à l'aide desquels on peut le détruire, un grand progrès sera réalisé dans l'hygiène privée et publique.
Dans les pages qui précèdent, nous avons cherché à étudier la nature, l'origine, les modes de développement et de propagation des contages. Voyons maintenant comment les contages s'introduisent dans l'organisme.
Introduction des contages dans Vorganisme. Les maladies inoculables peuvent s'mtroduire par la peau et les muqueuses ; la syphilis, la vaccine, la variole, le charbon, sont reçus par la peau. Pour que l'inoculation par la peau soit efficace, il faut que celle-ci soit dépouillée de son enduit épidermiquc imperméable ; il faut que le virus soit introduit dans la couche deMalpighi. L'épidernie semble protéger le corps, et le rendre inaccessible à la plupai't des germes morbifiques que l'atmosphère peut receler. Toutefois il n'est pas démontré que certains contages ne puissent pas se faire jour par l'enveloppe cutanée ou muqueuse interne ; l'observation quotidienne semble établir que le virus syphilitique et blennorrhagique, celui de l'ophtlialmie purulente, de la diphthérie, n'ont pas besoin de lésion épidermique pour se greffer dans l'organisme ; je ne parle pas de 1 acarus, que nous voyons lui-même de ses pattes et de ses crochets se frayer son chemin et se creuser son nid dans la peau. N'envisageons que les contages invisibles à l'œil nu. Depuis qu'on a suivi les mouvements amœboïdes des glo-
bules blancs du sang à travers les parois vasculaires, et qu'on a vu les bactéries se mouvoir dans les tissus, on peut concevoir aussi que les principes vivants contenus dans les virus puissent pénétrer par effraction à travers l'épiderme. Ce processus, qu'on observe dans les maladies des plantes infectées de champignons parasites, a pu être suivi aussi dans certaines maladies d'animaux inférieurs. Les vers à soie sont sujets à une affection épidémique, qu'on appelle muscardine et qui est due à des germes qui végètent à travers la peau, et se propagent dans tout le corps. Nos mouches domestiques sont en proie à une maladie parasitaire, qu'on appelle Entomophthora ou Empusa muscce. « 11 se produit d'abord par une voie inconnue, dans le sang, de nombreux petits globules blancs qui s'accroissent rapidement jusqu'à acquérir des dimensions notables, soit en conseil \ant leur forme globuleuse, soit en devenant des cylindres allongés. Le segment postérieur des mouches se gonfle considérablement, leurs mouvements deviennent lents, elles meurent, les segments du corps ayant subi des distensions et déformations particulières. Avant la mort déjà les globules se sont allongés et ont poussé des cylindres terminés en cul-de-sac qui se ramifient, s'étendent, en refoulant et absorbant sang et tissus : 8 à 10 heures après la mort, la peau est traversée entre les segments du corps par les extrémités de ces bourgeons cylindriques ; ceux-ci s'étendent et s'éti'anglent près de leur sommet, projettent à une distance souvent de 3 centimètres une spore volumineuse sphérique ; le cadavre de la mouche se trouve bientôt entouré d'une auréole de poussière blanchaille. On n'a pas réussi jusqu'ici à infecter des mouches saines à l'aide de ces spores» (Uhle et Wagner, Allgemeine Pathologie).
Chez l'homme, on conçoit que des processus analogues s'opèrent, soit du s.mg infecté vers les tissus, soit de la peau vers la profondeur. Nous avons vu que dans la diphthérie on a voulu suivre la végétation des bactéries, à travers la peau et les muqueuses, jusque dans le sang et la profondeur des organes.
11 n'en est pas toujours ainsi. Certains contages n'agissent qu'à la surface sur laquelle ils sont reçus, et qui devient le siège de la végétation parasitaire à laquelle le reste de l'organisme ne participe pas. Telles sont toutes les affections cutanées parasitaires; tels peuvent être la diphtliérie elle-même, l'érysipèle, certains coryzas contagieux, l'ophlbalmie purulente, la blennorrhagie, le chancre mou. Certains contages peuvent se développer sur certaines surfaces muqueuses ou cutanées et pas sur d'autres, semblables en ceci aux graines végétales qui ne germent que sur certains terrains. Transportez le pus de l'ophlbalmie purulente où vous voudrez, il ne germera pas ailleurs que sur la muqueuse oculaire ; le pus blennorrhagique affecte la muqueuse uréthrale, préputiale, anale et oculaire, il reste stérile partout ailleurs ; le pus du chancre mou prend difficilement sur la peau de la tête, le chancre céphalique est une rareté.
Ce sont là des maladies contagieuses locales. Il en est de même de la coqueluche, localisée sur la muqueuse laryngo-bronchique, de la stomatite ulcéromembraneuse, de la parotidite épidémique ; la diphthérie peut rester locale sur l'arrière-gorge et se borner à faire une simple angine couenneuse.
Toutefois, il importe de distinguer l'affection contagieuse locale de l'affection contagieuse localisée. Dans le premier cas (gale, ophthalmie purulente, etc.), tout se passe loco dolenti et le reste de l'organisme n'est pas intéressé directement. Dans le second, tout l'organisme peut être imprégné, alors qu'une seule localisation est visible, d'ordinaire au lieu d'insertion de la graine. N'en est-il pas ainsi de la vaccine qui, bien qu'elle ne se manifeste que par des boutons au
lieu d'inoculation, ne témoigne pas moins d'une pénétration plus profonde de l'oro'ariisme, de par l'immunité que celui-ci présentera dorénavant à l'égard de la variole? N'en est-il pas ainsi du chancre induré qui, simple manifestation locale, n'en témoigne pas moins lorsqu'il apparaît que tout l'organisme est déjà infecté, de par l'impossibilité d'enrayer les accidents secondaires, par son
excision.
Savons-nous si la blennorrhagie elle-même ne s'accompagne pas d'une affection plus Générale, dont elle ne serait qu'une localisation constante ? Je ne suis pas éloigné de le croire, car j'avoue ne pas comprendre autrement que par cette idée les manifestations dites rhumatismales, si multiples, des synoviales, des bourses séreuses, de la conjonctive, de l'iris, qui peuvent apparaître dans son
cours.
Quoi qu'il en soit, on conçoit : 1° qu'une maladie contagieuse reste purement locale, comme l'ophthalmie purulente, les maladies parasitaires de la peau ; 2" que primitivement locale elle se généralise consécutivement, comme l'angine diphthérique, l'érysipèle; 3" qu'elle soit d'emblée générale avec manilestations multiples (fièvres infectieuses, éruptions, etc.) ; 4° qu'elle soit d'emblée générale, mais ne donne lieu qu'à une localisation spéciale déterminée par l'affinité plus grande de la graine pour certaines parties (vaccine, chancre induré, pustule maligne).
Les contages pénètrent l'organisme par les muqueuses respiratoires et digestives, plus souvent que par la peau et les autres muqueuses ; les lièvres typhiques, le choléra, la peste, les fièvres éruptives, la coqueluche, semblent s'introduire dans le corps avec l'air inspiré ; nous avons vu que la fièvre typhoïde, le choléra, la dysenterie, et sans doute encore d'autres affections, semblent entrer dans notre intérieur avec l'eau ingérée ; je ne dis pas que c'est leur seule voie d'introduction.
Enfin il est des contages qui n'affectent pas l'organisme sain, qui ne s'y développent que dans certaines conditions morbides particulières, qui semblent n'entrer dans le corps qu'à la faveur d'une porte d'entrée spéciale, si je puis dire ainsi. Tels sont ceux de la septicémie et de la fièvre puerpérale : la première n'est contagieuse que pour les blessés ; le poison septicémique contenu dans une salle n'infecte le corps que s'il y a une plaie apte à le recevoir. Le contagcde la fièvre puerpérale n'infecte que les femmes accouchées, c'est-à-dire qu'il ne pénètre dans le corps qu'à la faveur d'une plaie utérine.
Quelle que soit d'ailleurs la porte d'entrée du contage, qu'il ait laissé comme la diphthérie, la pustule maligne, la variole inoculée, l'infection putride, des traces de son passage, ou qu'il n'en ait pas laissé (comme les fièvres typhiques, eruptives, fièvre jaune, etc.) , il peut se généraliser à travers l'organisme. Comment se fait cette généralisation? Pour certaines affections, la diphthérie par exemple, nous avons vu la pénétration se faire directement par végétation du germe de la surface à la pi'ofondeur des tissus. La trichine, que nous considérons comme un contage animal macroscopique, reçu dans les corps par les voies digestives, se fait jour directement par migration à travers les masses musculaires où elle se fixe.
Mais dans presque toutes les maladies infectieuses générales, la généralisation semble se faire par voie sanguine ou lymphatique. Lorsqu'à la suite d'une plaie nous voyons une lymphangite érysipélateuse se produire, les ganglions en relation avec la plaie se prendre, puis une série de lésions se produire secondairement sur le trajet de l'arbre vasculaire communiquant avec le foyer extérieur, nous
assistons à cette migration du poison septique, et à sa diffusion par l'arbre circulatoire. D'ordinaire le mécanisme de l'infection nous échappe ; nous constatons dans les fièvres typhiques, exanthématiques, dans l'affection charbonneuse, la morve, etc., une diffusion de lésions à travers tout l'organisme et un ensemble de symptômes généraux, dès le début de la maladie, qui semblent indiquer que, lorsque les localisations se produisent, il y a déjà contamination du sang, affection totius substantiœ.
On voit que nous sommes réduits à des inductions sur le mode de réceptioit et de généralisation des contages dans le corps ; car jusqu'ici personne n'a suivi de visu l'entrée et la migration à travers le sang et les organes des germes contagieux.
Ajoutons encore que, tandis que certains germes (notamment le^ virus) sont efficaces à dose infinitésimale, d'autres n'agissent qu'à une certaine dose concentrée (typhus, fièvre typhoïde) ; ces derniers sont surtout l'es contages volatils, en suspension dans l'air ou dans l'eau ; leur efficacité dépend de leur degré de concentration, de leur action plus ou moins prolongée, et aussi de certaines conditions plus ou moins connues, qui mettent le germe à même de végéter plu& facilement ou qui font de l'organisme un terrain plus convenable à sa réceptivité.
Réceptivité de Vorganisme pour les contages. Rien n'est plus variable que la réceptivité ou disposition générale de l'organisme à recevoir les divers contages. Parmi eux, les virus en général sont inoculés avec succès et prennent chez presque tous les sujets; les virus vaccinal, variolique, syphilitique, ne trouvent pas d'organisme réfractaire. Cependant là aussi, il y a des différences individuelles ; tous les organismes ne sont pas égaux devant ces virus. On rencontre exceptionnellement des individus chez lesquels la vaccine n'a jamais pris. Du temps où l'on pratiquait l'inoculation variolique, on a pu établir qu'elle n'était pas toujours suivie d'effet. Woodwille cité par Gregory estime la proportion des enfants temporairement l'éfractaires à l'inoculation de la variole à 1 sur 60. tandis que les adultes n'en compteraient que 4 sur 20. Des essais d'inoculation de virus, interdits sur l'espèce humaine, ont pu être faits sur les animaux. Celle du virus rabique chez les chiens ne réussit que dans une proportion de | à | suivant les divers expérimentateurs ; il y a des chiens absolument rebelles à l'infection. Hertwig essaya d'infecter un chien 9 fois en 3 ans, et ne put jamais réussir ; à l'École vétérinaire de Lyon, un chien qu'on fit mordre 4 fois par un chien enragé ne fut pas infecté; d'autres, après être restés indemnes 5 ou 4 fois, furent infectés la fois suivante.
La morve, affection si commune dans la race chevaline, n'est pas fatalement inoculable ou directement transmissible. Lamirault vit 458 chevaux vivant au milieu de chevaux morveux, nourris avec eux, nettoyés avec les mêmes instruments, travaillant sous les mêmes harnais ; 29 seulement fuient infectés, c'est-à-dire 24 pour 400, dont 28 de morve, 4 de farcin. L'inoculation expérimentale ne réussit que 8 fois sur 55. Bogge et Tscherning sur 5 inoculations cutanées superficielles n'obtinrent qu'un seul résultat (Hering, Canstatfs Jahresbericht f. 4849, p. 55, et 4859, p. 24).
Pour certains virus spécialement dévolus à l'espèce humaine, tels que ceux de la blennorrhagie, de la syphilis, de l'ophthalmie purulente, du chancre mou, de la diphthérie, on sait que la réceptivité est très-variable suivant les individus; il est vrai que l'inoculation n'étant pas pratiquée, cela n'est pas démontré d'une façon aussi précise ; les différences de réceptivité peuvent dépendre en
partie des conditions de structure ou d'immidité de l'épiderme qui rendent plus ou moins facile la pénétration des virus.
C'est surtout la contagion par voie médiate ou miasmatique qui trouve les organismes diversement disposés suivant 1 âge, le sexe, la constitution, la race, et mille autres influences connues ou inconnues.
Influence de l'âge sur la réceptivité. Ainsi la réceptivité à l'égard de la variole est très-grande; l'immunité est fort rare ; tous les âges y sont sujets ; et sous ce rapport la variole est plus indépendante que la plupart des autres affections contaoïeuses aiguës. Toutefois, tous les âges ne semblent pas également tributaires ; dans les premiers mois de la vie la disposition est moindre qu'après 1 an d'existence. De là jusqu'à 40 ans, elle est à peu près égale ; de 40 à 60 ans, elle est moindre, bien qu'on l'observe encore souvent jusqu'aux âges les plus reculés. La variole peut atteindre le fœtus dans le sein de sa mère ; mais cela arrive très-rarement, et cette rareté prouve la faible réceptivité de l'enfant pendant la vie intra-utérine ; car les femmes enceintes prennent souvent la variole et n'infectent pas leur fœtus.
A l'égard de la rougeole, la réceptivité est pour ainsi dire générale. Celte maladie frappe tout le monde; elle s'attaque aux enfants là où elle est endémique et n'épargne les adultes qu'en raison de l'immunité qui est le bénéfice d'une première atteinte". Aussi, lorsqu'elle est nouvellement importée dans une population longtemps indemne, elle affecte les adultes comme les enfants. Dans la première année de l'existence, et surtout dans les six premiers mois, la rougeole est moins fréquente, bien que non exceptionnelle ; on cite aussi des cas de rougeole congénitale.
Contrairement à ses deux congénères, la scarlatine trouve une réceptivité moins générale. Peu de personnes passent leur vie sans avoir eu la rougeole, beaucoup traversent de nombreuses épidémies de scarlatine sans jamais la contracter. L'âge a une influence certaine sur la disposition individuelle à la scarlatine. Très-rare au-dessous de six mois, la maladie devient plus fréquente à partir de six mois, est surtout fréquente entre deux et sept ans, le devient de moins en moins à partir de dix ans, de manière à être rare cbez les adultes et chez les vieillards.
Maladie presque spéciale à l'enfance, la coqueluche n'épargne pas les adultes ; mais ils n'ont qu'une réceptivité très-faible, même lorsqu'ils ne l'ont pas encore eue. Elle a été observée chez les nouveau-nés ; mais en général, rare avant le sixième mois, elle règne surtout de un à cinq ans, et devient plus rare à mesure qu'on approche de la puberté.
Les fièvres typhiques trouvent en général moins de réceptivité que les fièvres éruptives. La fièvre typhoïde se comporte différemment suivant les âges ; le plus grand nombre des cas s'observe de 15 à 30 ans ; de 50 à 40 ans leur fréquence diminue; après 50 ans, ils sont très-rares. Au-dessous de 1 an, elle a été observée, mais exceptionnellement. Jusqu'à 15 ans elle va augmentant progressivement de fréquence pour atteindre son maximum de 15 à 30 ans.
Le typhus récurrent lié à certains pays est très-fréquent pendant la première et la seconde enfance ; son maximum de fréquence est de 20 à 30 ans ; elle décroît de 30 à 50 ans; après cet âge la maladie est très-rare.
Le typhus exanthématique frappe surtout de 20 à 40 ans ; il diminue de fréquence à mesure qu'on s'éloigne au-dessus ou au-dessous de cet âge. Jusqu'à 1 an, il est rare. Toutefois, d'après Griesinger, bien plus que la fièvre typhoïde,
le typhus peut se montrer à tout âge, aussi bien à un âge avancé au delà de 50 et 60 ans que chez les nourrissons.
Le choléra trouve d'une manière générale beaucoup d'organismes réfractaires ou peu disposés ; un petit nombre d'individus est pris en général relativement au chiffre de la population ; beaucoup ne sont pris que de cholérine. L'âge exerce une influence considérable. Les nourrissons, dit Griesinger, ne sont atteints dans la plupart des épidémies que dans une faible proportion, lorsque toutefois le choléra n'envahit pas une maternité, car alors les cas sont nombreux et presque toujours mortels. Le fœtus d'une femme grosse atteinte de choléra peut succomber à la même affection. L'enfance présente dans les différentes épidémies une susceptibilité morbide très-inégale , tantôt très-faible , tantôt très-forte ; un grand nombre d'enfants sont quelquefois atteints au début des épidémies. L'âge de 10 à 20 ans paraît offrir la prédisposition la plus légère et donner lieu aux cas les moins graves ; l'âge de 20 à 40 ans fournit le plus grand nombre des malades, il compte pour la mortalité générale dans la proportion d'un bon tiers et parfois aussi de près de la moitié. Avec les années la prédisposition au choléra ne diminue pas ; contrairement à ce qui a lieu dans la fièvre typhoïde, elle peut même devenir plus forte.
La diphthérie trouve un terrain favorable jusqu'à 10 ans; rare avant 1 an, elle n'affeete pas les enfants au-dessous de 6 mois, et a son maximum de fréquence de 2 à 4 ans.
Enfin citons encore la prédilection de l'ophthalmie purulente pour les nouveaunés, du muguet et des oreillons contagieux pour l'enfance, et nous aurons par cette série de faits démontré que l'âge est une des causes qui influe le plus sur la réceptivité des contages.
Influence de la race et acclimatement. La race joue-t-elle un rôle étiologique comme prédisposition aux affections contagieuses ? On dit que les races nègres et colorées, en général, sont plus disposées à prendre la variole que les blancs ; cela ne me paraît pas absolument démontré. On dit aussi que les nègres présentent une immunité presque absolue à l'égard de la fièvre jaune; les blancs y seraient le plus prédisposés, tandis que les races mixtes provenant du mélange des deux seraient d'autant plus aptes à la contracter qu'elles ont plus de sang blanc.
Mais à côté de la question de race se place la question de l'acclimatement. On s'acclimate à certaines maladies contagieuses comme on s'habitue à certains toxiques. Ainsi les nègres qui ont vécu quelque temps dans les zones tempérées, revenus en temps d'épidémie dans la région des fièvres jaunes, ont perdu leur immunité. D'ailleurs là ou la fièvre jaune règne endémiquement comme sur lelittoral occidental de l'Afrique, on a observé des épidémies mortelles parmi les noirs. Les blancs ont une réceptivité variable qui est en général d'autant plus grande qu'ils viennent d'un pays plus éloigne, au-dessus ou au-dessous de l'équateur, de la zone des fièvres jaunes. Cette aptitude se perd de plus en plus à mesure que le blanc a vécu plus longtemps sous les tropiques, là ou règne le vomito. Le blanc aussi s'acclimate ; quand il a traversé une épidémie, il jouit d'une immunité presque absolue; quand il a été atteint, il jouit d'une immunité complète; il peut dorénavant rester impunément toute sa vie dans le pays à fièvres jaunes. Seulement, s'il fait une absence prolongée dans une région lointaine, à son retour il est exposé à payer un nouveau tribut, mais il se réacclimate derechef beaucoup plus vite.
On voit donc que la question de race est souvent une question d'acclimatement.
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Dans nos pays on a remarque que lorsque le choléra dure pendant quelque temps, ceux qui vivent dans son domaine s'acclimatent jusqu'à un certain point, de même qu'aux Indes les Européens acclimatés sont beaucoup moins atteints que les étrano-ers. Et la fièvre typhoïde dans nos grandes villes décime particulièrement les étrangers, les nouveaux venus non acclimatés.
Influence des conditions hygiéniques. Les conditions hygiéniques semblent plus importantes, au point de vue de la contagion, que celles de race, mais surtout pour les maladies contagieuses miasmatiques. Tandis que les fièvres éruptives et la syphilis, par exemple, atteignent toutes les constitutions, toutes les classes de la société qui s'y exposent, d'autres maladies ont des préférences marquées punicertaines constitutions, pour certaines conditions sociales. Tandis que le typhus exanthématique et le relapsing fever sont des maladies de misère, de famine et d'encombrement, tandis qu'ils frappent surtout les constitutions débilitées, tout en atteignant aussi, dans une proportion moindre, les organismes mieux nourris, la fièvre typhoïde n'a pas les mêmes prédilections ; elle semble épargner les individus atteints d'affections chroniques ; elle ne respecte pas les classes aisées, et d'après beaucoup de médecins, elle affecterait même de préférence les individus forts et sains. Si quelquefois l'affection règne endémiquement sur des individus pauvres et mal nourris, cela tient moins à ces (jualilés de terrain organi((ne qu'à ce fait que ces individus demeurent dans des rues étroites, infectées, où les latrines et les eaux potables présentent les conditions que j'ai indiquées comme favorables au développement du germe.
Le choléra sévit avec plus de cruauté dans la partie misérable de la population ; tout ce qui affaiblit la constitution accroît la réceptivité pour le poison cholérique ; les maladies aiguës et chroniques, l'alcoolisme, les opérations chirurgicales, les excès de régime, ouvrent la porte au choléra.
Étudier toutes ces conditions diverses appartient à l'histoire spéciale de chaque maladie contagieuse. Ce sont des faits d'observation encore mal assis que l'observation ultérieure complète et modifie sans cesse. Aujourd'hui ces faits ne sont encore ni assez précis, ni assez nombreux pour permettre des vues d'ensemble sur ces conditions auxiliaires ou adjuvantes de la contagion.
Insistons encore ici sur Vinfluence prédominante des conditions géographiques climatologiques et telluriques qui témoignent, ainsi que nous l'avons dit, de l'origine miasmatique de certains contages. Comme à tous les degrés de l'échelle les plantes et les animaux sont liés à certains sols ou ont une distribution géographique, de même aussi certains germes de maladies contagieuses. La trichine existe surtout dans certaines régions de l'Allemagne centrale, le tisnia en Abyssinie, le botriocéphale dans la Suisse occidentale ; de même le choléra est originaire de l'Inde orientale, la fièvre jaune des confins du golfe Mexicain; la peste était une maladie orientale qui naissait dans le delta du Nil ; le typhus exanthématique prend racine en Irlande, dans la Haute-Silésie, en Pologne et dans les provinces russes de la Baltique. De ces foyers originaires, ces maladies peuvent rayonner à une distance plus ou moins considérable, elles peuvent êtres importées au loin, mais ne deviennent pas endémiques partout. Nous avons vu que des conditions telluriques spéciales sont requises pour le développement de cei'tains germes.
Influence de la température et des saisons. La température de l'air, les saisons et les vicissitudes atmosphériques peuvent aussi jouer un rôle Sur lequel il est important de dire un mot.
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Tandis que les maladies vinilentes et directement contagieuses, telles que l» syphilis, les fièvres éruptives, les maladies contagieuses locales, semblent peu influencées par cet ordre de causes, les maladies à contagion médiate et surtout celles à contagion miasmatique, en subissent une influence manifeste. On sait combien dans nos pays la fièvre typhoïde obéit aux variations saisonnières. Les épidémies viennent plus fréquemment de juillet en décembre que de janvier eji juillet. Là où elle est endémique, sa fréquence pendant l'année se modifie régulièrement; elle a son minimum de février en avril, augmente à partir de juin, atteint son maximum d'août en novembre, et décroît de nouveau à partir de décembre. En figurant par des courbes la fréquence de la fièvre typhoïde dans les différents mois de l'année, à Berlin, Bàle et Londres, Liebermeister constate que dans ces trois villes le minimum de fréquence tombe en février et avril, le maximum en septembre et octobre. « Ces courbes, dit Liebermeister, répondent à celle de la température moyenne avec cette différence que les diverses phases de la courbe typhoïde succèdent toujours de quelques mois à celles de la température.- La température minima est en janvier ; le minimum de la typhoïde tombe un à trois mois plus tard, en février ou en avril ; la température maxima est en juillet; le maximum de la typhoïde est. 2 à 5 mois plus tard en septembre et octobre. Il est vraisemblable d'après cela que le développement ou la propagation du poison typhique est favorisé par la tempéi'ature élevée de l'été et entravé par la basse tempéi'ature de l'hiver. Les 2 à 3 mois de différence correspondent au temps nécessaire à la pénétration de la modification thermométiique jusqu'à la profondeur du sol où se développe le poison, au développement et à la multiplication de ce poison, à sa réception par l'organisme, et à la période d'incubation de la maladie.
Dans beaucoup de villes, ces courbes saisonnières sont à peu près analogues à celles que nous mentionnons, toutefois il y a des ' différences plus ou moins grandes. Ainsi à Dresde, par exemple, le maximum tombe relativement plus tôt. en août et septembre. Mais l'exemple le plus remarquable de dérogation à cette courbe est fournie par Munich ; là, d'après une courbe construite avec la statistique de Wagus et Pettenkofer, embrassant la période de 1851 à 1867 et comptant 4,579 cas, on peut constater que le maximum tombe en février, c'està-dire 4 mois plus tard que dans la plupart des autres villes. Comment interpréter cette différence? Parmi toutes les hypothèses imaginables, une seule me paraît plausible ; c'est que à Munich, le lieu de développement du germe typhique dans le sol est plus profond que dans la plupart des autres endroits. On sait que la température du sol est jusqu'à une certaine profondeur dépendante de celle de l'air et répète en général à une échelle moindre les variations de la température atmosphérique, mais de telle façon que les phases de la courbe thermométrique du sol sont d'autant plus en retard sur celles de l'atmosphère qu'on se porte à une profondeur plus grande. Ainsi,, par exemple, d'après les recherches de Forbes, le maximum annuel de température du sol à une profondeur d'environ 4 mètres se trouve être suivant la constitution du sol 2 à 3 mois plus tard que le maximum de teippérature à la surface.
Si donc le foyer tellurique du développement des formes typhiques est à Munich beaucoup plus profondément dans le sol qu'ailleurs, on s'expliquerait par là cette différence dans la courbe.
J'avoiffe que l'explication de Liebermeister ne me satisfait point; je ne puis croire qu'au mois de février, quand la plus grande partie de l'hiver a refroidi
tiun I fvun-/.i. "<J
l'ccorce terrestre, que le sol dans sa profondeur ait continué à s'cchaulfer sans avoir subi rien encore du froid atmosphérique ^je ne sais si cela est démonlré physiquement, comme le pense Liebermeister, mais il me semble que bien des données nous échappent encore, et que notre rôle jusqu'ici doit se borner à constater les faits sans les expliquer.
La fièvre typhoïde obéit donc aux variations saisonnières et atmosphériques ; elle est surtout fréquente après les étés secs et chauds, taudis que les étés et automnes froids et humides en produisent relativement peu.
Les typhus exanlhématique et récurrent semblent peu influencés par les modifications saisonnières.
Les épidémies de cholém se déclarent le plus souvent en été, particulicrcmentenjuillet etaoût ; sur 541 épidémies dediverspays, analysées par Hirsch, la moitié environ appartiennent à cette saison ; viennent ensuite l'automne et le printemps qui lui sont à peu près également favorables ; enfin l'hiver lui est hostile; il y est très-rare. Ordinairement les épidémies d'automne s'arrêtent eu. hiver. Il y a toutefois des exceptions ; le choléra a régné à Moscou, en 1830, par un froid de — 20" centigrades, et à Presbourg, par— 50" centigrades ; et ces exemples ne sont pas les seuls.
Dans les Indes, il faut, d'après Pettenkofer, pour le dévelo])pemcnt du choléra, un degré moyen d'humidité du sol. Une grande sécheresse persistante, aussi bien qu'une grande humidité persistante, lui seraient défavorables ; aussi dans les régions particulièrement sèches et chaudes, avec peu de pluie, de l'Inde orientale, le choléra coïncide avec l'époque de la pluie (choléra d'été et d'automne à Lahore), tandis que dans les régions humides et chaudes du Bengale inférieur où il y a beaucoup de pluies, le choléra règne au printemps qui n'a pas de pluie (choléra du printemps à Calcutta), et il s'arrête pendant les pluies d'été et d'automne. Les endroits qui, comme Madras, tiennent pour ces conditions pluviales le milieu entre Lahore et Calcutta, toutes choses égales d'ailleurs, ont assez régulièrement le choléra d'hiver et celui d'été. Lorsque dans une localité, par suite de modifications dans l'élat de la pluie et de la température, les conditions d'humidité et d'eau souterraine se sont exceptionnellement modifiées, le rhythrae et la fréquence du choléra s'y modifient aussi, de manière que là, par exemple à Bombay, où l'on est habitué à voir le choléra régner surtout au printemps, on peut le voir exceptionnellement prédominer en automne et réciproquement (Lebert) {voy. Choléfia).
La peste était plutôt une maladie des climats tempérés que des climatschauds ; elle n'a jamais régné dans les tropiques ; la haute Egypte, chaude et sèche, n'a jamais connu d'épidémies graves; c'est la chaleur modérée et humide qui semblait convenir le mieux à la propagation de la peste. « 11 est vrai que dans les contrées tempérées de l'Orient, en Syrie, à Constantinople, eu Grèce, la maladie se rencontrait aussi bien au plus fort des chaleurs de l'été que des neiges de l'hiver, même à Moscou ; les froids intenses, cependant, la rendaient plus rare et moins meurtrière » (Griesinger). Dans la Turquie d'Europe, la plupart des épidémies survenant au printemps et au commencement de l'été cessent par les chaleurs intenses de l'été.
Ces exemples suffisent à montrer l'influence saisonnière et atmosphérique sur le développenient des maladies contagieuses. Dans ce qui précède, nous avons signalé quelques-unes des conditions extérieures ou intrinsèques à l'organisme qui favorisent l'introduction et l'efficacité des germes contagieux ; nous avons
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ctabli que, outre les qualités de la graine morbifique, il faut encore envisager hsquaiUés du terrain sur lequel elle doit végéter. Il est vrai que nous ne connaissons ni ie substratum organique, qui doit s'adapter aux divers germes, ni les germes eux-mêmes ; tous les éléments du problème nous sont profondément inconnus. Souvent la même graine placée dans deux organismes en apparence semblables détermine deux maladies identiques, sans doute, quant à leur nature, mais différentes, quant à leur degré d'intensité. Car chaque maladie contagieuse présente des degrés d'intensité très-divers, depuis la forme légère et anodine qui mérite à peine le nom de maladie jusqu'à la forme la plus grave. Deux individus infectés avec le môme virus variolique prendront, l'un une varioloïde bénigne et discrète, l'autre une variole grave et confluente; deux inilividus qui auront absorbé le même miasme typhoïde prendront, l'un une fébricule légère de quelques jours, l'autre une fièvre ataxo-adynanique longue et maligne. Deux individus infectés par le même virus syphilitique prendront, l'un une syphilis très-mitigée, avec peu ou point d'accidents secondaires ; l'autre, en dépit de tout l'arsenal thérapeutique, n'échappera pas aux terribles complications de la syphilis viscérale. Et ce qui montre que ces différences dans l'affection sont liées à des différences inconnues dans l'individualité qui sert de substratum organique, c'est que le germe repris sur une affection légère pourra, transplanté sur un nouvel organisme, donner lieu à une forme grave, et réciproquement ; la varioloïdc peut engendrer la variole grave, la fébricule typhoïde peut engendrer la fièvre typhoïde la plus sévère et réciproquement.
Mais d'autres fois c'est dans la qualité de la graine que réside évidemment la raison de la bénignité ou de la malignité de la maladie qu'elle donne. Certaines épidémies de fièvre typhoïde, de rougeole, de scarlatine, de variole, sont remarquables par leur bénignité ; à quelque temps de là, de nouvelles épidémies de l'une ou de l'autre de ces maladies se déclarant au milieu de la même population, placée dans les mêmes conditions, se distinguent par leur cachet de malignité. L'observation apprend que chaque épidémie a ses allures, certains symptômes particuliers ; elle se distingue par exemple par la fréquence de certaines complications habituellement rares ; ce sont ces qualités spéciales qui donnent à chaque épidémie une physionomie particulière, qu'on a appelée du nom de génie épidémique, c'est-à-dire caractère générique de l'épidémie.
Immunité. En parlant des conditions de réceptivité de l'organisme pour les coulages, nous avons pi-ononcé le mot immunité. Ce mot veut dire réceptivité faible ou nulle. Quand un individu reçoit impunément, sans être affecté, le germe d'une maladie contagieuse, on dit qu'il jouit d'une immunité vis-à-vis de cette maladie. Cette immunité est complète ou incomplète., permanente ou passagère. Nous avons vu, par exemple, que les premiers six mois de l'existence présentent une immunité assez grande à l'égard de beaucoup de maladies contagieuses ; (jue les indigènes acclimatés dans les pays chauds présentent une immunité incomplète, mais assez grande, vis-à-vis de la fièvre jaune ; que certains individus sont réfractaires à l'inoculation variolique ou vaccinale ; que cette immunité est passagère ou permanente.
L'immunité résulte surtout, pour beaucoup de maladies contagieuses, d'en avoir subi une première atteinte. Les fièvres éruptives récidivent tout à fait exceptionnellement; la fièvre typhoïde récidive souvent pendant la convalescence; mais celle-ci terminée, l'immunité est assez grande, moins certaine toutefois que pour les fièvres éruptives ; le typhus exanthématique, peu susceptible
de récidive, l'est cependant plus qne la lièvre typhoïde ; il y a des exemples assez nombreux de deux et même de trois attaques contractées par un même individu, tantôt à de longs intervalles, tantôt dans la même épidémie; la fièvre récurrente ne paraît pas conférer l'immunité; il arrive assez souvent, d'après Jenner, qu'un individu soit atteint deux fois dans l'espace de quelques mois ; Christison rapporte l'avoir eue 5 fois en 15 mois. La fièvre jaune récidive exceptionnellement : sur 9 mille malades, dans l'épidémie de Gibraltar de 1828, un seul cas de récidive fut bien constaté. La peste récidivait rarement, et souvent lorsque cela arrivait, la seconde atteinte était une forme légère et incomplète. Une première attaque de choléra ne donne pas l'immunité, mais diminue le plus souvent, pour longtemps, la réceptivité morbide. 11 y a de nombreux exemples de récidives : des individus ont même eu trois attaques dans la même épidémie. Ce sont toutefois des cas fort rares.
On sait que la syphilis donne aussi une certaine immunité à ceux qui l'onl eue,; toutefois, cette immunité n'est pas aussi absolue que le croyait Ricord ; la science possède aujourd'hui une série de faits bien observés de réinfcctiou syphilitique. La diphthérie, le charbon, peuvent récidiver. Parmi les maladies contagieuses locales, la coqueluche épargne ceux qui l'ont eue ; beaucoup d'affections parasitaires de la peau, la blennorrhagie, le chancre mou, l'ophtlialraie purulente, l'érysipèle, peuvent se contracter un nombre indéfini de fois.
La vaccine et la variole se donnent l'une vis-à-vis de l'autre l'immunité ; c'est le seul fait de ce genre observé. Les fièvres typhiques, maladies de même famille, ne se la donnent pas l'une à l'égard de l'autre.
Quelle est la raison de tous ces faits? Quelle modification s'esl-il établie dans l'organisme par l'une de ces maladies, pour que l'organisme soit réfractaire dorénavant au même germe morbide? S'agit-il d'un phénomène analogue à celui des fermentations? Quand le ferment a transformé une solution sucrée, que tout le sucre est brûlé, si on ajoute de la nouvelle levure, elle n'agit plus ; la liqueur jouit d'une immunité vis-à-vis de la levure. Quand une semence a germé dans une terre et a produit certaines cultures, il arrive souvent que la terre ne peut plus, pendant un certain temps, reproduire la même culture ; elle jouit d'une sorte d'immunité temporaire vis-à-vis de la graine qui y a végété.
Faut-il penser que dans l'organisme aussi se passe quelque chose de semblable, que certains éléments chimiques ou biologiques du corps sont détruits ou modifiés, dont la présence est nécessaire pour la réceptivité, où pour servir d'aliment au développement de la graine morbide?
Certaines maladies contagieuses s'excluent, c'est-à-dire ne peuvent pas envahir de concert le même organisme; d'autres ne s'excluent pas. Les maladies non contagieuses créent un terrain favorable, défavorable ou indifférent aux divers contages. On ne peut que citer des faits, sans pouvoir en déduire de données générales. Ainsi la rougeole peut survenir dans le cours de la variole, de la scarlatine, de la varicelle et réciproquement ; les maladies aiguës en général ont paru quelquefois retarder l'éclosion de la rougeole qui apparaît seulement pendant leur convalescence ; d'autres fois les maladies ont existé ensemble. On a vu la vaccine éclore pendant la rougeole (Panum) ; on l'a vue retardée par elle (Cramer). La coqueluche, d'après Mayr, serait arrêtée par la rougeole pour reparaître quand celle-ci a terminé son évolution ; on sait d'ailleurs que, d'après Trousseau, tout état fébrile intercurrent peut suspendre la coqueluche. Rilliet et
o8>: CONTAGION.
'Barlhez ont vu sept fols la scailatine, douze fois les éruptions varioliques, et trois fois l'érysipèle de la face se réunir à la rougeole.
La scarlatine, trouvant en général moins de réceptivité que la rougeolej s'asi^ocie moins souvent aux autres maladies ; Rilliet et Barthez l'ont vue survenir pendant la pneumonie ; ils ont vu une coqueluche se terminer et une chorée s'amender pour disparaître au début de la scarlatine ; une autre fois, une scarlatine débuta après un accès de fièvre intermittente; celle-ci suspendue par i'exanlhème revint aussitôt après que l'éruption fût achevée. Enfin, signalons i^ncore l'antagonisme de la diathèse tuberculeuse et de la scarlatine.
Les maladies chroniques diverses ne mettent pas à l'abri de la variole; Bar- ; liez et Rilliet l'ont vue souvent dans le cours des fièvres éruptives, quelquefois de la fièvre typhoïde, plus souvent avec la pneumonie, avec les affections chroniques des intestins, le rachitisme, la chorée, la suette miliaire; il n'y a pas d'antagonisme entre elle et la tuberculose. Une observation de Th. Simon montre la coïncidence de la variole et du typhus. Ajoutons cependant que ces faits de coïncidence des fièvres éruptives entre elles et avec les maladies aiguës sont rares : lorsqu'on ne connaissait pas l'exanthème précurseur ou rash des fièvres érup- ' ives, on pouvait facilement être induit eu erreur sur ce point.
■ La fièvre typhoïde se développe le plus souvent sur un terrain vierge ; les maladies aiguës et chroniques donnent une certaine immunité pour elle. On ne la voit survenir, ni dans le cours de la maladie de Bright, ni avec les maladies du cœur, ni avec la tuberculose, ni avec les maladies chroniques du foie, ni avec les affections cancéreuses, ni avec les maladies graves du système nerveux; mais la fièvre typhoïde n'exclut pas la variole, la rougeole, la scarlatine, la dysenterie, le choléra, le rhumatisme articulaire, toutes maladies qu'on a vues se greffer sur elle. Le typhus exanthématique, au contraire, est favorisé par les maladies antéa'ieures; les affections aiguës légères, la diarrhée chronique, le scorbut, la dysenterie, les maladies diverses appellent le typhus régnant. En février 1856, sur 2,848 cas de typhus traités dans les hôpitaux de Constantinople, 1,235 s'étaient déclarés chez des malades en traitement (Fauvel, Discussion sur le typhus de Varmée d'Orient, Constantinople, 1856, 20 juin).
Le choléra vient aussi se greffer de préférence sur les maladies aiguës et chroniques ; les affections du tube digestif, la fièvre intermittente, le typhus, y semblent disposer. La rougeole s'en complique souvent ; la variole rarement.
Enfin la syphilis, la diphthérie, le charbon, beaucoup de maladies parasitaires et contagieuses locales semblent pouvoir se combiner à toutes les affections.
Il appartient à l'observation clinique d'enregistrer et de réunir ces faits intéressants dont elle cheixhera à déduire des données générales plus positives et plus précises que celles que nous avons aujourd'hui.
Époque h laquelle le contage se produit dans, la maladie, et oîi celle-ci est contagieuse. Lorsqu'il n'y a pas immunité et que l'organisme a subi l'impresr sion du contage, celui-ci se reproduit et se multiplie dans cet organisme qui devient lui-même un foyer de contagion. A quel stade de la maladie le contage €st-il régénéré de manièie à êti'e transmissible ? A quelle période de leur évolution les maladies sont-elles contagieuses ?
Cette question n'est pas résolue pour la plupart des maladies. La rougeole est contagieuse dès le début pendant le stade prodromal et pendant la période d'éruption. L'est-elle aussi pendant la desquamation? Ou plutôt, pour mieux préciser la. question, se continue-t-il à produire du contage pendant cette pé-'
iriode? Car on conçoit que le contage ayant une certaine ténacité, celui qui est iiroduit pendant la première période puisse rester fixé sur le corps et les vêtements, et continuer à propager la maladie, alors même que l'organisme ne fait plus de cordage nouveau, que l'évolution de celui-ci est achevée. Cette question importe beaucoup à l'hygiène : si le stade de desquamation ne fait plus de poison rubéolique, si celui-ci n'est pas dans les squames épidermiques, il est en effet possible par les bains et la désinfection d'emjjècher la maladie de se transmettre alors en débarrassant le convalescent des germes accumulés antérieurement, qu'il porte encore sur lui. Mais la question subsiste tout entière.
La scarlatine semble contagieuse dès le début, mais à des degrés moindres (|ue plus tard ; car si, dès le début, on isole le scarlatincux, ordinairement la maladie ne se propage pas. C'est surtout pendant l'éruption et la desquamation que la maladie semble se transmettre facilement. On accuse les squames de contenir le contage, mais sans preuve aucune. On cite des scarlatineux hydropiques ayant reproduit la maladie après plusieurs semaines, et même après trois mois. Cependant ici la même question se pose que pour la rougeole, plus pressante encore en raison delà ténacité plus grande du coulage. Bokai, cité par Thomas, considère les scarlatineux hydropiques comme n'étant plus contagieux après qu'ils ont été purifiés par lés bains.
La variole, qui est inoculable, partant contagieuse, tant qu'il y a du pus et des croûtes, pendant la période de suppuration, l'est déjà pendant le stade d'éruption, peut-être même pendant l'incubation. Le fait suivant, rapporté par Schaper, Je démontre. Ce médecin, feisant des greffes épidermiques à la Charité de Berlin, se servit à cet effet d'un bras amputé sur un individu qui, lorsqu'on l'amputa, ne présentait aucune trace de maladie générale, mais eut un frisson plusieurs heures après l'amputation, et mie éruption varioliquc au bout de trois jours. Or un individu sur lequel la greffe fut faite eut six jours après celle-ci la variole [Deutsche Militairàrtzll. Zeitschr. 1872, p. 55).
On sait que la vaccine a de la lymphe inoculable du 6* au 9'' jour, et que <;ette lymphe recollée pendant ces jours conserve très-longtemps sa contngiosité.
La syphilis est contagieuse à toutes ses périodes. Mais la plus grande virulence appartient aux accidents primitifs et à quelques affections secondaires, condylomes et plaques muqueuses ; le contenu des gommes, la sécrétion" des tubercules ulcérés de la peau, les affections de la 3« période sont-ils infectieux? Cela n'est pas suffisamment démontré. Ce qui est certain, c'est que l'infection, aussi bien que la transmission héréditaire, sont beaucoup plus rares, si elles sont possibles, à la 5« période.
Nous avons moins de certitude encore sur le moment de la contagiosité des maladies contagieuses miasmatiques. Quelques-unes, le choléra, la fièvre typhoïde, pai'aissent, ainsi que nous l'avons vu, se transmettre moins par voie directe de malade à individu sain qu'indirectement par un germe contenu dans les déjections et qui suJDit une évolution en dehors de l'organisme avant d y entrer de nouveau en qualité de contage. Les maladies virulentes locales, diphthérie, blennorrhagie, chancre mou, oplithalmies, semblent transmissibles, tant qu'il y a production de pus ou de fausses membranes.
Le charbon est transmissible pendant toute sa durée, et la grande ténacité du contage fait que la maladie est plus souvent due par voie médiate à des produits émanant d'organismes charbonneux.
Le virus rabique est efficace pendant toute l'évolution de la rage; il reste
encore efficace quelque temps après la mort, mais guère au delà de 24 heures. Ajoutons enfin que pendant la période d'incubation la morsure du chien en ap- ])arence sain peut être infectieuse; Thamhayn a réuni d9 cas de rage communiquée à riiomme par des chiens sains en apparence, mais devenus enragés plus tard. C'est un fait sur lequel nous allons revenir.
Incubation, La maladie ne succède pas toujours immédiatement à l'impression du contage. Entre celle-ci et les premiers symptômes qui annoncent son évolution, s'écoulent ordinairement un certain nombre de jours, pendant lesquels l'individu affecté ne ressent rien, c'est la période d'incubation ; la maladie couve, le contage fait son évolution latente.
La durée de l'incubation varie suivant les diverses maladies ; elle est difficile à apprécier dans celles qui ne sont pas inoculables ; car rien n'indique le moment précis oii le contage est reçu par l'organisme. Celle de la rougeole est estimée environ de 10 jours ; celle de la scarlatine, plus variable et moins constante que celle de la rougeole et de la variole, est en moyenne de 4 à 7 jours; mais dans certains cas elle n'a été que de 24 heures, dans d'autres on a compté jusqu'à 14 jours. La variole incube le plus souvent 10 à 15 jours; la variole inoculée se manifeste après 48 heures. Bien que cette période ne soit d'ordinaire marquée par aucun symptôme, on dit avoir quelquefois observé certains symptômes fébriles vagues, du vertige, des troubles gastriques légers, des douleurs céphaliques et lombaires. Curschmann, sur 1,000 cas de variole où il a recherché ces symptômes, les a notés H fois, c'est-à-dire 1 fois sur 100 ! Reste à savoir si sur 100 individus sains, et qui ne couvent rien, on n'en rencontre pas aussi un qui a quelque trouble gastrique ou de la céphalalgie.
La fièvre typhoïde incube en moyenne 3 semaines, dans quelques cais 2 semaines, dans d'autres, 4 semaines ; enfin, Griesinger cite des cas où l'incubation aurait été très-courte, de 1 ou 2 jours ; le typhus exanthématique incube 5 à 8 jours seulement ; le typhus récurrent 5 à 7 jours. L'incubation du choléra est le plus souvent de 2 à 3 jours ; exceptionnellement elle est de 1 à 2 jours ou seulement de 12 à 24 heures; on cite des cas rares où l'incubation aurait duré plus longtemps, 1 semaine et davantage. Celle de la fièvre jaune est de 12 heures à 5 jours. La diphthérie incube 2 à 5 jours; lorsqu'elle est inoculée expérimentalement sur des plaies chez les animaux, les accidents locaux se montrent api'ès 12 à 24 heures, et les lapins meurent après 30 à 36 heures, rarement plus tard (Oertel).
L'incubation de la syphilis est de 5 à 4 semaines ; d'après Fournier elle dépasse ordinairement 3 semaines ; il n'est pas rare qu'elle dure 4 et même 6 semaines.
L'affection charbonneuse chez l'homme semble incuber de quelques jours à 2 semaines. La morve, que le contage fixe soit transporté sur la peau ou la muqueuse dénudée, ou que le contage volatil soit introduit par les voies respiratoires, couve 3 à 5 jours, quelquefois 14 jours et 3 semaines.
La rage de l'homme incube un temps très-variable. Dans 6 p. 100 des cas il est de 5 à 18 jours ; dans 60 p. 100 de 18 à 60 jours; dans 34 p. 100 il est au delà de 60 jours (d'après Hamilton et Thamhayn).
La blennorrhagie, dans la majorité des cas, manifeste ses premiers symptômes à la fin du 4^ ou au commencement du 5<^ jour après le coït, mais souvent elle apparaît le 5'^ ou le 6" jour; bien plus rarement le 2% le 7^ ou le 8" jour (Fournier).
La vaccine, le chancre mou, transmis par inoculation, n'ont pas d'incubation. Quelques heures après l'insertion du poison se trouve déjà la rougeur sur latiuelle se développe la lésion, pustule ou ulcération. Le chancre contracté naturellement se développe aussi sans incubation (voy. art. Chancre).
L'incubation ne commence, en réalité, que lorsque le contage est reçu dans l'organisme et y commence son évolution. Ce moment est difficile à déterminer, car un miasme ou un virus peut rester longtemps, simplement déposé sur la peau ou même dans l'épiderme avant d'avoir pénétré, par érosion accidentelle ou par effraction, dans le milieu où il peut se développer. Pendant cette période d'incubation, le germe ne reste pas silencieux, il se multiplie; mais il n'est pas encore en quantité suffisante pour troubler l'organisme, ou bien il n'y a pas amené encore des désordres assez sensibles pour qu'ils se révèlent. N'en estil pas de même des poisons non vivants, la digitale, le plomb, la strychnine, qui s'accumulent inaperçus dans l'organisme jusqu'au jour où il y en a assez d'accumulés pour qu'ils se révèlent par des symptômes? Alors, après cette période d'incubation silencieuse, éclatent souvent, sans préambule, les coliques saturnines, le coUapsus, les convulsions tétaniques.
L'incubation n'est donc pas seulement propre aux maladies infectieuses. On peut admettre jusqu'à un certain point que toutes les maladies peuvent couver, c'est-à-dire qu'un certain temps peut s'écouler entre la cause et l'eflet visible. Exemples : Une contusion du crâne et du cerveau s'est produite à la suite d'une chute; aucun symptôme ne l'a dénoncée jusqu'à ce qu'un jour, longtemps après, éclate une méningo-encéphalite aiguë. Une écharde est entrée dans un nerf; rien ne manifeste sa présence jusqu'à ce que tout d'un coup éclate un tétanos consécutif. Un cancer se développe lentement dans un organe à l'insu du malade et du médecin, jusqu'à ce que des troubles fonctionnels dus à la compression par exemple ou un état général dû à la viciation du sang le fassent recoiuiaître. L'incubation n'est donc autre chose qu'une maladie non encore manifeste par des symptômes. On conçoit pourquoi cette période latente s'observe plus communément dans les maladies infectieuses que dans les autres. Lorsque le contage est encore à petites doses dans l'organisme, il n'y détermine pas d'effets sensibles ; mais comme ce contage se multiplie dans l'organisme, il arrive un moment où le sang et les tissus sont altérés à un degré incompatible avec le fonctionnement régulier, et la maladie se manifeste.
Certaines maladies contagieuses présentent pour ainsi dire deux incubations. Ainsi nous avons vu que l'accident initial de la syphilis ne se manifeste qu'après trois ou quatre semaines d'incubation. Puis cette première, manifestation, le chancre, guérit, et le malade ne ressent plus rien pendant plusieurs semaines ; SIX à sept semaines s'écoulent entre l'accident initial et les symptômes généraux : c est nue seconde période d'incubation; c'est le temps nécessaire au poison syphilitique pour se multiplier au point d'infecter toute la masse du sang ; car ce n'est que lorsque cette saturation du sang a atteint un certain degré que la période dite secondaire des accidents généraux se manifeste. Au moment où le chancre apparaît, il y a déjà du poison dans le sang et les humeurs, mais il n'y en a pas encore assez pour que ses effets se montrent en dehors de la maladie locale.
La variole inoculée offre une évolution analogue, mais si rapide que les symptômes de la manifestation initiale n'ont pas eu le temps de se dissiper, quand la fièvre d'infection générale apparaît. Le sixième jour existe au point
d'insertion du virus la vésicule ombiliquée pleine de sérosité; le huitième jour, elle est entourée d'une auréole rouge sur laquelle se montre un cercle de boutons satellites. Alors seulement apparaissent les prodromes fébriles de l'exanthème généralisé, qui le douzième ou le treizième jour annoncent l'infection générale.
Des incubations prolongées. Application théorique à la racje. Nous avons vu que l'incubation est en réalité une maladie encore latente. Cette latence peut durer un temps plus ou moins long; il est même des maladies qui sont toujours latentes ; un librome utérin, un abcès du cei'veau, un ulcère de l'estomac, ont pu se développer sans symptômes, jusqu'au moment où une complication ultime mortelle soit venue les révéler. Que de fois l'autopsie révèle des calculs biliaires, des kystes ovariques, de la néphrite interstitielle et bien d'autres affec- Jions inaperçues du vivant! Les maladies conlagieuses elles-mêmes, comme nous l'avons vu, peuvent évoluer avec un appareil symptomatique tellement atténué qu'elles méritent à peine le nom de maladie. La fièvre typhoïde peut être une lebricule abortive, elle peut être ambulante et apyrétique comme toutes les fièvres typhiques ; le choléra peut être une simple diarrhée, une cholérine ; la fièvre jaune aussi a sa fébricule. L'acclimatement n'est peut-être autre chose que l'organisme pourvu d'immunité par suite d'une fièvre jaune légère passée inaperçue à cause de la bénignité des symptômes. On admet des fièvres éruptives sans exanthèmes : la variole peut ne faire que quelques pustules sans fièvre, la scarlatine quelque taches fugaces dont l'albuminurie consécutive révèle la signification rétrospective. La syphilis se borne quelquefois à faire une érosion caractéristique, qui lï'est jamais suivie des symptômes d'infection générale. J'insiste sur ces faits, car ils doivent nous servir à mieux interpréter certaines observations qui semblent en désaccord avec toutes les idées l'eçues sur les contages et les virus. N'est-il pas singulier de voir la rage inoculée couver pendant trois mois, six mois, un an? Pendant ce temps d'incubation, le chien a du virus rabique dans son corps, dans ses humeurs ; il en a certainement dans sa bave, puisque des faits authentiques montrent que sa morsure a pu donner la rage. Il y a donc chez lui une vraie diathèse rabique, une rage latente. Or je me demande «i cette diathèse est toujours fatalement suivie de la convulsion rabique mortelle, ou si cette évolution ne peut pas s'accomplir latente sans que jamais la rage éclate. On peut concevoir en effet que par suite de la présence du poison rabique dans son sang, l'animal soit prédisposé à une névrose convulsive, qui peut éclater tôt ou tard, mais qui ne doit pas éclater nécessairement.
Je prends des exemples bien connus en pathologie qui fei'ont ressortir d'une façon lumineuse la possibilité de ce que j'avance : Un homme intoxiqué par le plomb peut avoir le liséré saturnin, et du plomb dans son sang, sans avoir jamais des coliques saturnines, et surtout sans avoir jamais d'épilepsie saturnine, tandis qu'un autre aura très-rapidement ces symptômes. D'autres poisons, le camphre, l'alcool, pai^ exemple, peuvent donner lieu à des attaques épileptiformes, mais ils n'y donnent pas toujours lieu.
Claude Bernard a montré que l'on peut faire passer par l'organisme des quantités considérables de curare, de strychnine, sans déterminer de paralysie ou de tétanos, à cette condition que l'absorption du poison soit réglée d'après son élimination ; le poison n'agit d'une façon toxique sur les centres nerveux que lorsqu'il y arrive à un certain moment à un degré de concentration suffisant ; tant que cette dose n'est pas atteinte, il est inoffensif ; tant que le poison s'élimine par
exemple pari le« reins en quantité suffisante pour que la dose présente, dans le milieu intérieur à chaque moment, ne soit pas la dose toxique, il peut le traverser impunément ; mais si la dose absorbée vient à augmenter dans des proportions qui dépassent la mesure de l'élimination, ou si celle-ci vient à faire défaut par une cause quelconque, par exemple une affection rénale, alors les accidents se manifestent. La clinique montre à chaque instant des phénomènes analogues. Quand par une altération du rein la sécrétion urinairc est compromise, les principes de l'urine restent accumulés dans l'organisme ; cependant les convulsions urémiques n'apparaissent pas toujours, parce que d'autres voies suppléent à l'insuffisance rénak : la; peau, les intestins, les vomissements éliminent de l'urée, le sérum s'extravase dans le tissu cellulaire, avec l'urée et les autres principes, qui sont amsi soustraits à la circulation et rendus inoffensifs ; mais que ces voies supplémentaires soient insuffisantes, que la séi'osilé extravasée se résorbe sans que la diurèse se rétablisse, alors pourront survenir des symptômes d'encéphalopathie urémique. Le mécanisme de la cholémie ou de l'ictère grave est analogue. Le canal cholédoque est oblitéré, la bile s'accumule dans le sang, les acides biliaires agissent comme toxiques sur le globule sanguin et le système nerveux. Tant que le rein fonctionne et élimine ces acides en quantité suflisaute, la dose toxique contenue dans le sang n'est pas atteinte; vienne le rein à s'altérer, peut-être sous l'influence du passage prolongé des éléments biliaires, vienne ainsi à diminuer l'élimination des principes nuisibles de la bile, ceux-ci, accumulés dans le sang à dos» toxique, produiront les phénomènes graves de la cholémie.
Dans ces cas, la cause qui fait éclater subitement des manifestations aiguës dans le cours d'une intoxication chronique, qui évoluait jusque-là avec peu ou point de symptômes, c'est l'augmentation rapide de la quantité du poison contenu dans le sang. D'autres fois c'est l'organisme qui devient plus impressionnable au poison, de manière que la dose qui était incapable d'amener des désordres devient capable de les produire. On sait combien les organismes réagissent différemment à l'égard des divers poisons. Tel prendra sans rien ressentir une dose considérable de morphine ; tel autre sera narcotisé à dose infiniment moindre ; tel brave impunément pendant des années des émanations plombiques, tel autre ne s'y pourra exposer sans accidents; et le même individu qui, à un moment donné, portait, sans en être grandement incommodé, du plomb, du mercure ou un autre poison dans son sang et ses tissus, pourra à un autre moment, sous l'influence de causes adjuvantes, être pris de convulsions, de tremblement, de paralysie. Un homme est adonné aux boissons alcooliques, il n'a que peu de symptômes nerveux actuellement; mais il a une certaine excitabilité particulière des centres nerveux; vienne une cause adjuvante, une colère, une frayeur, une fièvre, une plaie avec inflammation, et cet homme pourra être pris de délire furieux, d epilepsie alcoolique, etc. Ce sont là des accidents aigus, quelquefois mortels, qui peuvent survenir, mais ne surviennent pas nécessairement, dans le cours des intoxications.
Voilà des fiiits d'observation journalière qui me semblent peser d'un grand poids dans la question des maladies infectieuses. N'est-il pas possible, je le répète, que la longue incubation de plusieurs mois de la rage pendant laquelle l'animal communique la rage avec sa bave, n'est-il pas vraisemblable que cette incubation est déjà une intoxication rabique? et cette maladie rabique peut ne pas être suivie de l'encéphalopathie ; celle-ci n'est pas plus nécessaire à la signature de la
rage que l'épilepsie saturnine n'est nécessaire à l'intoxication plombique, que la convulsion n'est nécessaire à l'ergotisme, que l'albuminurie n'est nécessaire à la scarlatine, que l'état typhoïde n'est nécessaire à la fièvre typhoïde. Celle-ci, je le répète, peut évoluer sans fièvre. « IS'y a-t-il pas des cas, dit Liebermeister, où la quantité de poison efficace est trop petite ou la disposition de l'individu trop faible, pour qu'il y ait maladie bien prononcée? Il n'y a que des manifestations légères comme on les observe dans le stade prodromal. Je crois d'après mes observations pouvoir répondre affirmativement. »
Toutes les maladies virulentes ou miasmatiques peuvent ainsi être réduites à un minimum ; la syphilis sans lésion actuelle est transmissible ; de nombreuses observations ont établi qu'un homme actuellement exempt de tout symptôme de syphilis, mais qui a été autrefois syphilitique, peut transmettre la maladie à l'enfant qu'il procrée.
Il n'est donc pas irrationnel d'admettre que la rage peut exister à l'état latent, et que du virus rabique peut circuler dans les humeurs d'un chien, sans que la crise rabique éclate jamais. Ainsi, on expliquerait divers faits à interprétation obscure. Nous avons dit, pour dire comme tout le monde, que l'inoculation de la rage ne réussit que dans | à | des cas, que certains chiens sont absolument réfractaires à cette inoculation. Nous voyons, d'après notre conception nouvelle, que le fait n'est plus démontré. D'autre part, il existe des observations, notamment celle de M. Putégnat, rapportée à l'article Rage, où un chien, ayant mordu un enfant, lui communiqua la maladie, et cependant le chien laissé vivant continua à bien se porter. L'hypothèse de maladie labique sans rage que nous avons exposée nous semble mieux expliquer ce fait que l'idée de rage passagère spontanée, admise par M. Putégnat. Enfin, il y a des observations nombreuses de développement en apparence spontané de la rage canine, sous l'influence de la colère et de la souffrance, et surtout sous l'influence de l'orgasme génital. Ces faits sont rapportés et analysés par notre éminent collaborateur, M. Bouley, à l'article Rage, auquel je renvoie le lecteur. Y a-t-il témérité à admettre, après tout ce que je viens de dire, qu'il n'y a pas eu dans ces cas développement spontané du virus rabique, mais que la diathèse rabique existait latente, et que la cause, excitation génésique ou autre, qu'on accuse d'avoir créé le virus, n'a fait que développer la crise, en rendant les centres nerveux plus impressionnables au virus rabique, comme, par exemple, une violente excitation morale développerait chez un sujet plombique une attaque d'épilepsie, chez un alcoolisé un accès de rage furieuse?
Je livre cette hypothèse, que je n'ai trouvée émise nulle part, aux méditations des pathologistes et surtout à l'expérimentation de nos éminents physiologistes vétérinaires. A eux de voir si un des nombreux chiens inoculés en apparence sans succès ne pourrait pas par hasard transmettre la rage avec la crise caractéristique ; la rage latente serait ainsi démontrée. Et l'on voit combien la solution de cette question serait utile à la pathologie des maladies infectieuses en général.
Évolution des maladies contagieuses. A l'incubation succède l'évolution des maladies contagieuses. Rien de plus variable que cette évolution qui est décrite à l'article relatif à chaque maladie spéciale. Les unes s'accompagnent de fièvre et ont une marche aiguë, régulière, cyclique, on pourrait presque dire fatale, qui semble l'épondre à l'évolution du principe vivant morbigène dans l'économie. Telles sont les fièvres éruptives, les fièvres typhiques, la fièvre jaune,
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la peste. La coqueluche fait sans fièvre une évolution assez régulière. Ces maladies durent un temps limité ; la fièvre y est souvent inscrite dans un tracé caractéristique. Au bout d'un certain temps, le poison semble détruit ou éliminé, et la maladie terminée, à moins que des lésions secondaires, résultant de la maladie contagieuse, ne la prolongent, alors que l'évolution régulière de celle-ci est accomplie. C'est ainsi que la fièvre typhoïde peut se compliquer d'une période secondaire, dite amphibole, qui n'a plus rien de régulier ni de cyclique, et qui est due à des lésions secondaires qui survivent à l'évolution de la maladie typhique proprement dite. Les eschares, la broncho-pneumonie, les désordres spinaux, la diarrhée, continuent pour ainsi dire l'affection et la prolongent pour leur propre compte. De même, la rougeole laisse à sa suite de la tuberculose, la scarlatine de la néphrite, la variole des ophthalmies, la coqueluche de l'emphysème. Ce sont là des maladies nouvelles indépendantes du contage, mais déterminées par la maladie contagieuse.
D'autres affections contagieuses ont une marche irrégulière, soit apyrétique, soit avec fièvre, dont la courbe désordoimée n'obéit à aucune loi. Souvent le poison séjourne un temps assez long dans l'organisme, déterminant une série de troubles organiques et fonctionnels divers, tantôt continus, tantôt avec rémissions complètes ou incomplètes. Telles sont, par ('xeMq)le, la morve, la syphilis.
Parmi les maladies contagieuses locales, les unes ont aussi une évolution régulière et cyclique, comme la vaccine, la blennorrhagie, le chancre mou ; d'autres, au contraire, telles que les affections parasitaires de la peau, les ophthalmies purulentes, la dysenterie, ont des allures indéterminées et obéissent à divers agents hygiéniques et thérapeutiques.
Les maladies dues aux contages ont, en général, un caractère de spécificité qui les distingue; les fièvres éruptives et typhiques, la peste, la diphthérie, la syphilis, etc., ne reconnaissent point d'autre cause que la cause spécifique. Tandis que d'autres maladies, par exemple la bronchite, le rhumatisme, la cystite, etc., peuvent résulter de causes diverses, les maladies précédentes ne sont subordonnées qu'au seul agent contage qui les fait.
Cependant cette spécificité d'allures n'existe pas d'une manière absolue pour toutes les affections d'origine infectieuse ; le contage ne fait pas toujours une maladie spécifique ; il peut agir, par exemple, à la façon d'un simple corps irritant, et déterminer des maladies susceptibles d'être déterminées par des irritants ordinaires. Telle est par exemple la gale, qui n'est au fond qu'un prurigo causé par la présence de l'acarus, semblable au prurigo dû à la chaleur, aux poussières ou à d'autres causes ; telle est la blennorrhagie, inflammation de la muqueuse uréthrale, semblable à l'uréthrite, due à une irritation simple de l'urèthre : la présence de l'acarus dans les sillons de la peau, la présence du virus dans le pus du canal, sont les seuls caractères qui accusent la nature spécifique. L'anthrax, l'érysipèle, le pityriasis, la parotidite, la méningite cérébrospinale, peuvent être dus à un agent contagieux ou miasmatique ; mais ils peuvent être dus aussi à des causes non spécifiques. Le choléra sporadique, non contagieux, ressemble en tous points au choléra asiatique ; la dysenterie sporadique, non miasmatique, ressemble à la dysenterie miasmatique ; si l'évolution de ces maladies présente quelque différence suivant la cause qui lui a donné naissance, ces différences ne sont pas toujours faciles à reconnaître par le clinicien. Cette similitude d'aspect de maladies d'origines diverses n'a rien d'ailleurs qui doive nous étonner. De même que l'épilepsie toxique ou syphili-
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tique ressemble àl'épilepsie sympathique, de même l'action d'un, poison vivant sur l'intestin ou sur les centres nerveux peut donner lieu aux mêmes symptômes que l'action d'autres substances délétères, mais non vivantes, sur les mêmes organes ; l'organisme en effet n'a, si je puis dire ainsi, qu'un certain nombre de symptômes à sa disposition ; et les organes, frappés par diverses causes, répondent par des modifications fonctionnelles analogues, comme une corde, frappée par divers instruments, répond par des modifications de sonorité analogues.
Développemetit sporadique, endémique, épidémique des maladies contagieuses. Lorsqu'une maladie contagieuse n'aifecte que certains individus isolément, en diverses localités, elle est dite sporadique; lorsqu'elle frappe en même temps pendant une certaine période un grand nombre d'individus d'une même contrée, elle est dite épide'mique. Lorsque cette épidémie envahit tout un pays, elle est dite pandémie. Si une maladie contagieuse règne habituellement dans un endroit, elle est dite endémique. Des articles spéciaux seront consacrés aux mots Endémie et Epidémie, et ce n'est pas ici que doivent être soulevées les nombreuses considérations relatives à ces vastes sujets. Nous voulons seulement, par quelques exemples, montrer combien la nature du contage influe sur le développement sporadique, endémique ou épidémique des maladies contagieuses.
Lorsque le contage consiste en un virus fixe, transmissible directement d'individu à individu, mais peu ou point susceptible de se propager par voie médiate, par l'air ou par l'eau, on conçoit qu'il ne donne lieu qu'à des cas sporadiques. Telle est, par exemple, la syphilis ; il y a bien dans l'histoire de la syphilis, depuis son apparition sous forme endémo-épidéraique à la fin du quinzième siècle, d'autres faits, où elle paraît avoir été observée sous cette forme. Une très-grande accumulation de cas sporadiques constitue aussi une épidémie. Mais, en général, nous ne voyons cette maladie se propager qu'à l'état sporadique, par transmission de proche en proche ; elle ne va pas par l'air ou par l'eau se greffer sur les individus ; elle n'atteint que ceux qui vont directement puiser en son foyer le virus syphilitique. La vaccine, la blennorrhagie, les maladies parasitaires de la peau, le chancre mou, la rage humaine, sont aussi des maladies sporadiques, et ne procèdent pas par épidémie.
Les contages volatils, susceptibles de conserver leur vitalité dans le milieu extérieur, air ou eau, et surtout ceux susceptibles d'y devenir miasmes, donnent lieu à des maladies endémiques et épidémiques. Nous avons vu que quelquesunes sont endémiques dans une région déterminée, et nous avons insisté sur les conditions telluriques ou atmosphériques qui s'adaptent au développement de certaines graines en certains lieux seulement, et sur les conditions de réceptivité organique, qui rendent certaines constitutions ou certains organismes plus impressionnables à certains contages ; le typhus exanthématique, le choléra, la peste, la fièvre jaune, etc., sont des affections endémo-épidémiques. D'autres maladies, telles que les fièvres éruptives, la fièvre typhoïde, peuvent être endémiques ou épidémiques, à peu près partout, mais assujetties aux conditions telluriques et atmosphériques qui peuvent être partout favorables à leur propagation.
La nature du contage, sa ténacité et la réceptivité générale influent sur lu marche et le caractère des diverses épidémies.
Quelques exemples peuvent servir de démonstration. Voici comment procède la rougeole, d'après Thomas : Elle existe surtout à l'état sporadique dans les grandes villes où la maladie est devenue plus ou moins endémique ; cependant, à
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de certains monienls et d'une façon assez régulière, les cas s'y multiplient sotis iorme d'épidémie. Dans les campagnes et les petites localités éloignées des grandes voies de communications, la rougeole a' un caractère épidémique franc; et, suivant l'exiguité et l'isolement de ces localités, il peut se passer des dizaines d'années et plus entre les diverses épidémies, la maladie étant complètement absente dans l'intervalle. De plus, ces épidémies une fois développées sont plus considérables relativement dans les petits centres que dans les grands. A mesure qu'une localité s'agrandit et a plus de relations avec les autres villes, les épidémies de rougeole y deviennent fréquentes, et les cas sporadiques s'y multiplieni avant ou après les épidémies, si bien que dans les plus grands centres la maladie ne s'éteint jamais. Ces circonstances s'expliquent par la grande contagiosité et la réceptivité générale de la population non encore affectée. Après un certain temps, celle-ci s'est tellement accrue par les naissances qu'il suffit en quelque sorte de l'importation du contage par un seul malade pour infecter assez vite la plus grande partie de ce qui est né depuis la dernière épidémie ; puis le terrain d'infection élant épuisé, l'épidémie s'éteint, pour reparaître au bout de <|uelques années nouvellement importée sur un terrain vierge. Dans les centres populeux et fréquentés, on conçoit que le nombre des individus prédisposés n'est jamais très-considérable, parce que le contage y est conlinuellomcnt importé et y fait continuellement des cas sporadiques. C'est pour cela que dans les centres moyens et un peu plus impoi'tanls les épidémies de rougeqle reviennent avec une certaine périodicité, de manière qu'on peut quelquefois prédire avec assez de certitude l'invasion d'une épidémie pour une époque donnée. Ordinairement les intervalles sont de 2 à 4 ans ; l'épidémie est d'autant plus notable que cet intervalle est plus grand. Une épidémie faible est ordinairement bientôt suivie d'une épidémie plus forte qui vient aussi en dehors du cycle périodique et achève pour ainsi dire l'œuvre de la première. Ce sont là des données très-générales déduites de l'étude des diverses épidémies. Mais il y a des circonstances locales qui influent sur la propagation du contage et font qu'on ne peut établir de règles générales. A certaines époques, des épidémies de rougeole peuvent régner partout sur une très-grande étendue de pays et constituer une pandémie.
Outre leur fréquence et leur retour périodique, ces épidémies ont encore une marche très-caractéristique. Elles durent d'ordinaire peu, montent rapidement à une intensité très-grande, y restent peu de temps avec de petites oscillations, puis décroissent aussi rapidement qu'elles se sont accrues, pour disparaître complètement, ou en laissant dans les grandes villes quelques cas sporadiques. Les ascensions rapides ne se rencontrent pas, il est vrai, dans toutes les épidémies absolument, mais dans toutes celles un peu notables ; dans les petites épidémies, qui ressemblent plutôt à des cas sporadiques accumulés, la courbe qui les représente est plus ou moins irrégulière, avec plusieurs maxima, et la durée de l'épidémie est d'ordinaire plus longue.
Gomme la rougeole, la scarlatine est sporadique ou épidémique; mais les épidémies ont une autre marche que celle de la rougeole. Ce n'est plus la courbe de celle-ci avec ascension rapide, acmé élevée et courte, descente rapide ; c'est une ascension lente, une marche oscillante, une descente prolongée et irrégulière. Jamais les épidémies de scarlatine ne deviennent aussi considérables que celles de la rougeole, mais elles persistent ordinairement plus longtemps à leur maximum, ou bien après avoir diminué elles reprennent leur intensité première. De même que souvent l'épidémie est longtemps précédée de cas sporadiques isolés ou
assez nombreux, de même elle en est suivie habituellement ; de manière que des cas de scarlatine continuent à s'observer pendant un an et au delà, même dans les petits endroits, et que dans les plus grands centres elle paraît absolument endémique.
Cette circonstance s'explique parce que le contage scarlatineux est moins volatil, mais plus tenace ; il trouve moins de réceptivité générale que celui de la rougeole : aussi il n'envahit pas d'emblée comme ce dernier une grande partie de la population, mais il progresse graduellement d'un individu à l'autre et n'a traversé les sujets aptes de la population qu'au bout d'un certain temps. Pour cette raison aussi et à cause de la ténacité du contage sur laquelle nous avons insisté, les cas sporadiques sont plus fréquents ; et on peut se demander quelquefois si on a affaire à un grand nombre de cas sporadiques ou à une épidémie. Aussi n'observe-t-on pas une périodicité régulière dans la scarlatine comme dans la rougeole. Ici interviennent d'ailleurs des circonstances locales difficiles à apprécier. Tandis que dans certaines villes la succession des épidémies offre une certaine périodicité, dans d'autres celle-ci n'existe pas. On voit parfois, même dans les villes populeuses et fréquentées, la maladie complètement absente pendant un intervalle de temps très-long, comme, par exemple, à Stuttgard de 1850 à 1846. D'autres fois la maladie ne s'éteint pas dans les villes, seulement elle y subit des recrudescences momentanées ; dans les très-grandes villes, elle est toujours endémique.
La variole est sporadique, endémique, épidémique ou pandémique. Dans les grandes villes la vaziole ne s'éteint jamais complètement, fait toujours des victimes par-ci par-là, et de temps à autres fait des épidémies. Celles-ci varient beaucoup comme intensité et comme gravité. On a prétendu qu'elles reviennent aussi avec une certaine périodicité tous les 12 à 15 ans; en réalité la seule chose qu'on observe, ce sont des intervalles de calme avec quelques cas sporadiques seulement, alternant avec des périodes d'exacerbation épidémique plus ou moins intense. Depuis que la vaccination est devenue usuelle, les épidémies sont moins gi^aves. La réceptivité générale se trouvant par là diminuée, le contage étant d'ailleurs très-tenace, deux conditions qui existent aussi pour le poison scarlatineux, il en résulte que les épidémies procèdent plutôt à la façon de la scarlatine que de la rougeole. Lorsqu'une épidémie intense a sévi, la maladie s'éteint faute d'aliments ; mais au bout d'un certain temps, si la vaccination a été défectueuse ou incomplète, l'ijnmunité temporaire de certains individus est perdue, des individus nouveaux non vaccinés existent, et la maladie trouvant un nouveau terrain favorable s'y propage.
La fièvre typhoïde, toujours endémique dans les grandes villes, procède par épidémies dans les petits centres isolés où elle est importée. Souvent elle est localisée à une maison ou à un groupe de maisons dépendant par exemple d'une même distribution d'eau. Nous avons insisté sur les conditions telluriques, atmosphériques et saisonnières qui en favorisent le développement.
Nous ne pouvons poursuivre ici cette étude pour toutes les maladies contagieuses. Qu'il nous suffise d'avoir montré par ces exemples comment la nature du contage influe sur la distribution générale des maladies dans la population.
Endémie et épidémie ne veulent pas dire infection ou contagion. Des maladies qui ne sont ni miasmatiques ni contagieuses peuvent être endémiques ou épidémiques : c'est diie qu'une cause autre que l'infection peut développera un moment donné une maladie dans un pays. Une influence saisonnière fera naître une bronchite épidémique, une nourriture vicieuse fera naître une épidémie d'enté-
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rite ou d'ergotisme ; des secousses morales malsaines provoqueront une épidémie de folie hystà-ique. Le mot épidémie ne préjuge pas la cause ; il n'implique qu'un fait d'observation, maladie régnant chez un grand nombre d'individus 'à la fois, parce que la même cause a agi sur tous, que cette cause a|ipartienne aux circumfusa ingesta, percepta, etc. L'épidémie est un effet : le mot génie épidémique n'a en réalité pas de sens autre que celui de caractère particulier de l'épidémie. Ce caractère, la qualité maligne ou bénigne des maladies, notamment des maladies contagieuses, dépend de condil ions diverses plus ou moins mal connues. Dire que la bénignité ou la malignité dépend du génie épidémi(jue, c'est donc ne rien dire, ou au moins ne rien expliquer.
Classification des maladies contagieuses. Est-elle possible? Après cette étude générale sur la contagion, il nous resterait à énumérer les contages divers, à les réunir en groupes suivant leur nature intime et à classer les maladies conta'neuses d'après les contages spécifiques qui président à leur développement.
Mais pareille classification est impossible dans l'état actuel de la science; nous entrevoyons à peine quelle peut être la nature de certains contages ; la plupart nous échappent complètement ; noiis ignorons même à qviel règne, végétal ou animal, ils appartiennent ; nous voyons leurs clfets, et rien de i)lus.
Si nous ne connaissons pas la nature des contages, savons-nous mieux leur orio-ine? Quelques-uns semblent avoir une origine miasmatique, mais de la plupart nous ne pouvons remonter à la source ; ils sont Iransmissibles d'un organisme à l'autre, quelquefois par l'intermédiaire de l'air, que celui-ci serve simplement de véhicule, ou que le coulage soit susceptible d'y devenir miasme. Ici encore nous n'avons pu formuler que des données vagues et incertaines. Nous ne savons même pas si certaines maladies sont simplement miasmatiques, ou miasmatiques contagieuses. Si la questionnons semble résolue dans ce dernier sens pour le choléra et les fièvres typliiqucs, si en ce qui concerne ces maladies la lutte entre les contagionnisles et les infectionnistes semble jugée, elle continue, encore indécise, pour la fièvre jaune. Ce n'est pas ici le lieu de discuter les divers arguments. Je suis plutôt disposé à admetre l'infection purement miasmatique, pour cette maladie, d'accord avec Chervin, Colin, Gallard, Hirsch, Hacnisch : « Suivant nous, dit M. Colin, la propagation de la lièvre jaune à bord des navires a lieu surtout par l'imprégnation miasmatique de ces navires, véritables foyers flottants, comme on l'a dit, et non par l'intermédiaire de l'organisme qui, transformant en virus les germes miasmatiques des autres maladies infectio-contagieuses, devient la cause habituelle de leur propagation en dehors de leurs berceaux endémiques » (Art. Quarantaine). L'homme peut servir de véhicule au miasme : il peut y avoir transmissibilité de la maladie d'homme à homme ; les contagionnistes, Mêlier, Griesinger entre autres, en donnent des exemples ; mais cela ne suffit pas, aux termes de notre définition, à caractériser la contagion. Quoi qu'il en soit, la lumière est loin d'être faite sur l'origine des contages; et cette origine, aussi obscure que leur nature, ne peut pas davantage servir de base à une classification.
Est-elle plus facile à établir d'après l'effet visible et tangible du contage, d'après la maladie produite, d'après l'organe ou la fonction altéré ? Certains contages font une maladie locale ; d'autres font une affection générale avec localisations consécutives. Mais il s'en faut que chacun circonscrive d'une façon précise son action sur l'organisme. Le contage diphthéritique donne tantôt une
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maladie locale, tantôt une infection générale ; le virus blennorrliagique crée tantôt une uréthrite, tantôt une ophthalmie purulente, tantôt des inflammations synoviales. La vaccine semble n'être qu'une maladie locale de la peau et cependant son efficacité prophylactique à l'égard de la variole montre qu'elle modifie l'organisme tout entier. Le choléra est pour les uns une maladie parasitaire de la muqueuse intestinale, pour d'autres celle-ci procède d'une altération primitive du sang. L'affection charbonneuse se concentre peut-être quelquefois dans la pustule maligne, sans que le sang participe à l'infection charbonneuse. De même le contage septicéraique donne lieu tantôt à une infection simplement locale et qui se traduit par de la lympiiite, un phlegmon, une pourriture d'hôpital ; tantôt il empoisonne primitivement le sang et la lymphe qui disséminent le poison à travers l'organisme entier. Voilà donc en réalité une série de maladies bien variables comme gravité et comme siège, qui sont liées au même contage ! C'est montrer qu'on ne saurait classer les principes contagieux eu égard aux effets produits sur l'oi'ganisme, ces effets n'étant ni assez précis, ni assez élucidés dans leur enchaînement pathogénique.
Ayant ainsi établi que les diverses maladies liées à l'évolution des contages ne sauraient être classées, ni suivant la nature de ceux-ci, ni suivant leur origine, ni suivant les lésions organiques ou fonctionnelles produites, nous arrivons à cette conclusion : qu'il faut renoncer actuellement à une classification scientifique des maladies contagieuses et se contenter de les décrire en les groupant d'une façon arbitraire, d'après certaines affinités tirées soit de l'origine, soit de l'évolution clinique. C'est à la clinique plutôt qu'à la théorie qu'il faut demander de formuler son programme et de tracer l'ordre de description :
Elle réunit les fièvres exanthématiques qui constituent par leur évolution régulière, l'exanlhème, l'ensemble de leurs symptômes , un groupe naturel.
Les fièvres typhiques, fièvre typhoïde, typhus exanthématique, fièvre récurrente et bilieuse, offrent aussi une similitude d'allures qui en forment un groupe naturel.
Les maladies d'origine exotique, miasmatiques, et miasmatiop-contagieuses, susceptibles de s'irrradier en dehors de leur berceau endémique et d'être importées chez nous, peuvent être réunies : tels sont le choléra, la peste, la fièvre jaune.
Les maladies d'origine infectieuse nosocomiale et ne s'adressant qu'à des sujets atteints de traumatisme forment un groupe que relie une certaine communauté d'origine : ce sont les affections puerpérales, et les affections septicéffliques diverses.
N'est-il pas conforme à la clinique de réunir dans le même chapitre toutes les maladies contagieuses d'origine vénérienne : blennorrhagie, chancre mou, svphilis, et de réunir dans un autre les zoonoses ou affectio?is d'origine animale transmissihles à l'homme : morve, charbon, rage, trichinose, maladie aphtheuse ?
D'autres maladies enfin sont décrites avec les affections des organes oîi elles se localisent particulièrement : les maladies parasitaires de la peau, les ophthalmies purulentes, l'angine diphthéritique, le croup, la dysenterie, le muguet, la coqueluche, l'oreillon épidémique, etc., voilà des maladies qui sont nettement, localisées et trouvent leur place naturelle dans le cadre nosologique à côté des maladies non contagieuses des organes où elles résident.
Considérations thérapeutiques générales sur la contagion. Empêcher lapro-
diiction des contages, les détruire lorsqu'ils existent, en empêcher la propagation lorsqu'on n'a pas pu les détruire, telles sont les indications thérapeutiques générales que soulève l'histoire de la contagion.
I. Empêcher la production des contages, c'est-à-dire le développement des termes morbifiques qui les constituent. Cette indication s'adresse principalement Iceux qui se produisent eu dehors de l'organisme, c'est-à-dire aux miasmes contagieux qui semblent naître sous l'influence de certaines conditions telluriques ou atmosphériques. Si l'on connaissait exactement les conditions qui favorisent leur développement, conditions de clialeur, d'humidité, d'imbibition du sol, de mélanges divers de détritus organiques fournis par la mer et la terre, etc., l'extinction des maladies contagieuses pourrait être tentée sur des données positives.
De même que la suppression des marais supprime le miasme palustre, de même certains miasmes contagieux s'éteindraient avec les causes qui leur ont donné naissance. L'histoire des épidémies qui ont désolé notre globe depuis l'origine de l'humanité montre qu'il y a des maladies éteintes et des mala 4ies nouvelles. « Certaines affections, dit Ânglada, abandonnent petit à petit les lieux où elles semblaient établies et ne sortent plus de leur retraite. D'autres s'amendent sur place et se dépouillent de certaiiis symptômes graves qui les accompagnaient dans l'origine. La lèpre, qui avait désolé sans désemparer une longue période du moyen âge, s'est confinée dans son foyer lointain. Au neuvième siècle, on comptait en France deux mille léproseries, et Mathieu Paris nous apprend qu'il en existait dix-neuf mille en Europe. 11 n'en reste plus ■que le souvenir historique, et quelques ruines éparses dont le nom populaire rappelle encore l'ancienne destination. La peste, toujours suspendue sur les peuples, a préludé à sa retraite par des invasions partielles. Rentrée dans la Basse-Egypte, premier foyer de son endémie, elle paraît avoir perdu cette force d'expansion qui la déchaînait sur le monde. D'autres maladies n'ont laissé que le souvenir de leur règne. De ce nombre sont la peste d'Athènes , la maladie ■cardiaque de l'antiquité, la peste noire du quatorzième siècle. La suette anglaise s'est aussi éteinte depuis trois cents ans. Le temps a donc une influence sur le système des maladies ; une loi générale préside à l'amendement des maladies les plus graves, après un règne de longue durée. La syphilis, sauf quelques réminiscences accidentelles, imputables aux conditions des sujets, n'est plus ce qu'elle était aux temps de Jean de Vigo et de Bérenger de Carpi. Le tableau qu'elle présente aujourd'hui semble mettre en suspicion la véracité de ses premiers témoins. Rendons au traitement spécifique la part légitime qu'il faut revendiquer ; mais n'oublions pas aussi que les virus dégénèrent lentement par la multiplicité de leurs transmissions successives. Si quelques circonstances accidentelles viennent réveiller leur vigueur, la règle n'est pas ébranlée par ces déviations apparentes. L'expérience directe a pris sur le fait cet affaiblissement graduel, et de là est venu l'art de ranimer l'activité défaillante du vaccin en le repi'enant à sa source » (Charles Anglada, Étude sur les maladies éteintes et les maladies nouvelles).
On conçoit en effet que, à l'exemple de certaines espèces animales et végétales que nous voyons dégénérer graduellement et disparaître, les organismes microscopiques qui donnent lieu aux maladies contagieuses puissent aussi, après une série de ti'ansmissions successives, perdre peu à peu leur puissance de développement. Le temps, c'est-à-dire la suite des siècles, apporte des modifi-
cations notables dans les conditions du sol, de l'atmosphère, des eaux, qui peuvent amener spontanément l'anéantissement de certains miasmes et contages, comme aussi ces nouvelles conditions peuvent favoriser l'éclosion de nouveaux germes morbifiques. Certaines maladies du règne végétal, celle de la vigne et de la pomme de terre, sont d'origine contemporaine; nées de circonstances inconnues, elles pourront disparaître spontanément ou par l'intervention de l'art. Qui oserait affirmer que le choléra, les fièvres typhiques, la fièvre jaune, etc., ne s'éteindront pas un jour ?
En attendant que le temps ou le liasard fasse son oeuvre, l'homme peut intervenir efficacement, armé de tout l'arsenal de l'hygiène, et lutter contre les fléaux destructeurs. De même que le miasme palustre, de même sans doute les autres miasmes sont accessibles à nos moyens. La peste semble témoigner de l'efficacité de l'hygiène ; sa disparition a coïncidé avec l'introduction de mesures sanitaires meilleures dans les pays qui en sont le berceau. 11 faut donc combattre en leurs foyers originels les contages qui ont un sol natal d'où ils s'iiTadieiit ; il faut supprimer les conditions telluriques et atmosphériques qui permettent aux miasmes de se développer. Et lors même que nous ne connaissons pas les conditions qui président à ce développement, il suffit que nous connaissions quelquesunes des causes adjuvantes pour agir utilement et restreindre la maladie en son foyer. Les travaux de dessèchement, de terrassement, de canalisation, de drainage, de désinfection, etc., en modifiant le sol, peuvent lui enlever ses qualités délétères. On connaît l'influence de l'encombrement et de la misère sur le développement de certains miasmes typhiques, septicémiques, etc. ; la morve naît dans les écuries humides, basses, mal aérées. En améliorant l'hygiène privée et publique, en supprimant lés causes qui les entretiennent, on a chance d'éteindre les foyers d'infection contagieuse.
11. Mais la plupart des contages n'ont pas d'origine miasmatique; on ne peut pas remonter à leur source ; ils continuent à se propager, transmis d'un organisme à un autre, et s'y reproduisent sans cesse. L'organisme est le seul foyer qui régénère le principe contagieux; sa production ne peut être empêchée; il s agit de le détruire à mesure qu'il émane de son foyer avant qu'il n'ait pu envahir un nouveau foyer organique. Nous avons vu que les contages des fièvres typhiques, du choléra, des fièvres éruptives, de la morve, de la septicémie, sont volatiles, restent suspendus dans l'air, ou fixés aux objets divers en rapport avec le malade, ou enfin entraînés avec les déjections vont vicier le sol et les eaux. Ce sont ces principes toxiques qu'il s'agit de détruire là où ils se trouvent. Divers procédés sont employés, dans ce but, pour désinfecter les excréments, les vêtements, les objets divers, l'air, et tout ce qu'on croit contenir la matière contagieuse.
Nous empruntons à Lebert son appréciation sur les divers procédés de désinfection :
1° « h'acide phénique est de tous les moyens connus et bien expérimentés le meilleur antiseptique et antimycétique ; une solution à deux pour cent d'acide phénique est susceptible de détruire de très-grandes masses d'éléments parasitaires en pleine végétation. L'acide phénique pur et sans mélange est meilleur que toutes les combinaisons proposées ; il est relativement c!ier,'i.mais il mérite plus de confiance. Pour désinfecter une grande fosse à purin ou d'aisance, Lebert conseille d'y verser chaque jour de 200 à 250 grammes d'acide phénique dissous dans 5 à 4 litres d'eau; pour les latrines, 100 à 200 grammes suivant^leurs dimensions ; pour une grande chaise percée 30 à 50 grammes ; dans les vases de
nuit on versera tle temps en temps qiiel({uos granimos (pour désinfecter les selles typhiques ou cholériques). Le sol delà chambre seia arrosé plusieurs fois par jour d'une solution à 2 p. 100, pour anéantir les germes en suspension dans l'air. Si la chambre est habituellement humide, on la balayera avec de la sciure de bois qui ne doit pas être trop humide. La lessive pourra aussi être arrosée d'eau phéniquée, avant d'être mise dans l'eau bouillante. Quant à celle qui ne supporte pas l'eau bouillante, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de l'exposer à une chaleur sèche de 100 degrés dans un four; on procédera de même pour les matelas et les vêtements. Les objets de mince valeur, paillassons, etc., infectés, devront être brûlés. Kûchenmeister recommande de brûler les déjections des cholériques avec de la sciure de bois fine et sèche.
2° Les hyposulfites sont peu employés, bien que les vapeurs sulfureuses le soient souvent pour détruire les germes parasitaires. Lebert a expérimenté l'eau sulfureuse contenant deux pour cent d'acide sulfureux ; une proportion beaucoup plus faible j^^ déjà suffit à arrêter le développement de protomycètes ; mais pour les détruire lorsqu'ils sont en pleine végétation il faut une solution de deux pour cent. Cette eau se conserve, sans s'oxyder, pendant des semaines. Son odeur est pénétrante, mais non persistante. Il est facile et peu coûteux relativement de faire une solution de 2 à 5 pour 100, en quantités considérables. On pourra chaque jour utiliser un à plusieurs litres par fosse et latrine , 50 à 100 grammes par chaise percée et vase de nuit. On peut aussi désinfecter le linge et les vêtements, après les avoir arrosés d'eau sulfureuse, en les exposant dans une chambre close à la vapeur de soufre brûlé. Lebert pense que cette désinfection est bonne, et mérite d'être expérimentée.
5" Le sulfate ferreux d'o.rydule de fer a joui, connue désinfectant, d'une vogue éphémère. Au dire de Lebert, il enlève l'odeur plutôt qu'il ne détruit la végétation parasitaire.
4° Vhypermanganate de potasse a une action désinfectante rapide et tue les germes, mais son action est passagère ; aussi l'a-t-on employé en combinaison avec d'autres substances, sulfate ferreux, chlorure de chaux, etc.
5° Le chlorure de chaux, une des substances les plus anciennement employées, n'est certainement pas des meilleures, malgré son caractère presque ofticiel ; il détruit l'odeur, mais ne détruit pas complètement les germes.
L'acide phénique est donc le meilleur désinfectant pour l'air, les excréments, les fosses et les latrines. L'eau sulfureuse a encore ses preuves à faire. Pour tuer les germes contenus dans l'eau potable, c'est l'ébullition qui convient le mieux. Pour la lessive, la literie et le linge de corps, ce sont les vapeurs sulfureuses, l'arrosage avec eau phéniquée, la chaleur sèche à 100" au four et l'immersion dans l'eau bouillante. »
C'est surtout dans les maladies à contage très-tenace, comme la scarlatine, la septicémie, qu'on ne saurait prendre trop de précautions pour désinfecter tous les objets qui ont pu recevoir les émanations des malades. On se rappellera que les personnes, les médecins peuvent emporter sur leurs effets les germes contagieux, et doivent se soumettre à la désinfection. Le local infecté sera évacué, ventilé, blanchi, désinfecté par l'acide phénique et les fumigations sulfureuses.
Lorsque le contage transmissible à l'homme naît dans un animal, on détruira avec celui-ci le foyer générateur du contage; l'abatage des chevaux morveux, des bêtes charbonneuses, des chiens enragés, sera prescrit par des règlements de police; de plus, lorsque, comme dans le sang de rate, le virus imprègne tout
l'organisme, il faut non-seulement détruire la bête, mais encore détruire le cadavre, désinfecter les excréments et tous les objets auxquels peuvent être adhérents des détritus ou des émanations animales.
Quelquefois on peut poursuivre encore le poison sur l'organisme auquel il est transmis, lorsque l'affection locale précède l'infection générale. L'excision, la cautérisation des abcès morveux et les injections antiseptiques, la destruction par le caustique ou le bistouri de la pustule maligne, la cautérisation avec ligature au-dessus de la morsure d'un chien enragé, ont pour but et souvent pour effet d'anéantir le contage sur place avant qu'il n'ait été absorbé.
III. Quand une maladie contagieuse s'est déclarée et que le contage se dérobe à nos moyens de destruction, il faut Vempécher de se propager. Nous avons étudié les diverses voies de propagation : certaines maladies ne sont transmissibles que par contact immédiat; telles sont lablennori^hagie, la syphilis; elles ne vont chercher personne ; il faut les chercher à leur source. Si on pouvait isoler complètement les sujets actuellement contaminés et empêcher tout contact avec eux jusqu'à ce qu'il n'y ait plus en eux de virus, ces deux maladies seraient peut-être éteintes. Ces mesures radicales n'ont pu être réalisées jusqu'ici ; les mesures sanitaires publiques employées ont pu diminuer le mal sans l'arrêter ; il continue toujours à désoler l'humanité. On comprend, à plus forte raison, combien il est plus difficile d'arrêter la propagation des maladies dont le contage volatil émane du corps d'un individu pour aller spontanément se greffer sur un autre. Les unes, maladies exotiques, à berceau endémique, viennent à nous par delà les mers ; le poison voyage avec les personnes, avec les choses, avec les navires ; il s'agirait de le confiner en son foyer d'origine, ou s'il est exporté par les navires, de ne pas le laisser aborder sur nos côtes, de lui interdire l'entrée de nos pays. C'est par des mesures internationales diverses, l'isolement, les quarantaines, les cordons sanitaires, que les peuples ont cherché à se garantir des contages et des miasmes d'origine lointaine. A ce sujet se rattachent.les plus grandes, les plus délicates questions de l'hygiène publique. Je n'ai pas à les aborder ici, car elles sont traitées dans tous leurs détails et avec un talent supérieur par notre éminent collaborateur, Léon Colin, à l'article Quarantaine, auquel je renvoie le lecteur.
Lorsque la maladie exotique a pris pied chez nous, en dépit des cordons sanitaires, ou lorsque c'est une maladie indigène qui s'est développée, une série de mesures sont indiquées pour en restreindre la propagation. Visolement des premiers cas qui se manifestent est la première de toutes les indications. Dans une localité jusque-là indemne est importé un cas de fièvre typhoïde, de rougeole, de variole, de choléra : il faut l'isoler et procéder pendant toute la durée de la maladie à la désinfection de tous les objets qui peuvent servir de véhicule au contage, y compris les individus en rapport avec le malade. Difficile à réaliser dans toute sa rigueur, cette mesure est la seule, sine quâ non, capable de tarir toutes les sources de propagation du mal. La maladie a-t-elle déjà gagné un développement épi ou endémique, alors l'isolement complet est devenue chose encore plus difficile.
Cet isolement sera d'ailleurs diversement pratiqué, suivant la nature, l'intensité, la bénignité ou la malignité de la maladie. Les fièvres éruptives doivent être soumises à un isolement sévère ; et, pendant la maladie et longtemps après, ceux qui en ont été atteints doivent être isolés, car on sait que leur contage, très-tenace, survit à l'évolution de l'exanthème. On a observé, par exemple,
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que la propagation se fait surtout par les e'coles oii les enfants qui ont été atteints rentrent trop tôt, à peine convalescents, et communiquent la contagion aux autres. A Nancy, ce fait ayant été signalé cette année à la Société de médecine, celle-ci a appelé l'attention du public et des autorités sur l'urgence des mesures suivantes qu'il serait bon d'adopter partout, en cas d'épidémie :
l" Aucun enfant qui a été atteint de maladie contagieuse ne devrait être réadmis dans les écoles publiques ou privées avant six semaines pour la rougeole, deux mois pour la scarlatine et la variole, et sans un certificat de médecin constatant qu'il n'y a plus danger de contagion.
2° Toute école dans laquelle un cinquième des enfants serait actuellement affecté de l'une ou de l'autre de ces maladies devrait être momentanément fermée, comme étant un foyer d'infection.
La plupart des autres alfections contagieuses ne réclament pas cet isolement rigoureux et prolongé. Un convalescent de fièvre typhoïde, de typhus exanthématique, de choléra, ne porte plus sur lui le principe contagieux. D'ailleurs, nous avons vu que la fièvre typhoïde est peu contagieuse d'individu ù individu; elle l'est indirectement par les selles ; c'est plutôt l'isolemeut des déjections que l'isolement du malade qui est indiqué. Les fièvres typhoïdes peuvent être sans inconvénient disséminées dans les hôpitaux au milieu des autres malades; il en est de même des typlms cxanthémaliques et récurrents, qui ne se transmettent pas habituellement par contagion directe. Les cholériques, au contraire, demandent à être réunis dans un service spécial, séparé des autres malades.
On conçoit que le miasme de certaines maladies soit plus efficace, lorsqu'il est concentré ; en sorte que l'accumulation d'un grand nombre de malados dans un même local produit la dose toxique qui n'eût pas été atteinte par la dissémination des malades. Cela paraît avoir été remarqué pour le typhus exanthématique qui, importé de Crimée en France, fut arrêté, non par la concentration des malades dans un même local, mais par leur dissémination dans les divers hôpitaux ; de même pour d'autres maladies. Souvent la dispersion des blessés sous les tentes a pu, en laissant le miasme ou le contage se raréfier, arrêter une épidémie de septicémie. On sait que cette affection se développe, infailliblement, chaque fois qu'un trop grand nombre de blessés sont réunis. J'ai pu pendant le cours de nos désastres en faire la triste expérience, et cette expérience m'amène à une conclusion pratique que je tiens à exposer ici. Quand un grand nombre de blessés sont couchés sur le champ de bataille, on les dirige au plus près, partout où il y a de la place, dans les villes et villages avoisinants ; là on remet les blessés peu graves aux maisons particulières et l'on réunit les blessés graves, les cas d'amputation, dans les grandes ambulances improvisées dans les casernes, les maisons d'école, les églises, etc. Qu'arrive-t-il dans ces grandes ambulances ? Les premiers amputés peuvent guérir ; puis au bout d'un certam nombre de jours ou de semaines, aucun ne^guérit plus ; tous, sans exception, meurent septicémiqiies. Une fois que le germe septicémique a pris possession du local, il ne le quitte plus ; le vers du Dante pourrait êti^e inscrit à la porte de ces ambulances. Yoilà ce que j'ai observé à nos ambulances de Strasbourg, de Haguenau, de Nuits, de Dijon, partout où m'a conduit la guerre. Partout les ambulances étaient infectées au bout d'un certain temps ; quelques rares amputés, couchés dans les maisons particulières, guérissaient encore ; tous ceux qui étaient amputés dans les ambulances mouraient. La statistique de mortalité des amputés a été effrayante !
La conclusion pratique s'impose : lorsqu'on ne peut pas disséminer tous les blessés sous la tente, il faut réunir dans les ambulances les blessés les moins graves, et disséminer le plus possible dans les maisons particulières les blessés graves et les cas à amputer. Sans doute, on objectera la pénurie de chirurgiens, la difficulté de surveiller et de panser les amputés disséminés au loin, le danger des hémorrhagies, que personne ne peut arrêter dans les maisons particulières, tandis qu'un chirurgien de garde les arrête facilement dans les hôpitaux. Cela est vrai, mais j'aime mieux ces inconvénients réels, moins de soins, moins de surveillance, pansements négligés et défectueux, crainte d'hémorrhagies, etc., que V inévitable et mortelle septicémie des ambulances !Y,i si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, un nouvel et douloureux champ d'expérience chirurgicale nous était offert, je considérerai comme mon devoir de procéder ainsi.
La propagation de certains contages se fait, nous l'avons vu, par Je sol et les eaux infectés par les excrétions des malades. Une série de mesures prophylactiques se rattachent à ce mode de propagation : l'enlèvement des eaux stagnantes, la désinfection des latrines et des égouts, l'interdiction des puits suspects, la bonne construction des latrines, des puits, des conduits d'eau pour qu'il n'y ait pas d'infiltration de matières provenant des premières dans l'eau potable, les inspections de logements faits par des comités à l'effet d'inspecter, outre les logements, Tétat des puits et des fosses d'aisance. Les travaux faits pour doter les villes d'une bonne distribution d'eau courante ont eu pour résultat certain, dans beaucoup de localités, surtout en Angleterre, de diminuer la fréquence des fièvres typhoïdes. Il serait trop long d'insister sur toutes les mesures que commande l'hygiène privée et publique luttant contre les miasmes et les contages. A chaque maladie incombent ses indications particulières qui devront être exposées à son occasion.
Pour arrêter la marche envahissante des maladies contagieuses, il ne suffit pas d'enlever au milieu extérieur les conditions qui le rendent apte à cette propagation; il importe aussi A' agir sur le milieu intérieur, c'est-à-dire sur les organismes; diminuer leur réceptivité en plaçant les individus exposés dans des conditions qui les rendent moins impressionnables aux contages. Une bonne alimenlalion, la tempérance, l'intégrité des fonctions digestives, une disposition d'esprit calme et confiante, aident l'organisme à réagir contre certains miasmes ou contages. Parlerai-je des mesures prophylactiques spéciales à l'égard de certaines maladies, de la syphilis, de la blennorrhagie, de la variole, du choléra, etc.? Ce serait dépasser la limite des généralités que je me suis imposée dans cet article et entrer dans l'histoire spéciale de chaque affection.
Un mot encore sur V application utile de certains contages à un but thérapeutique. On inocule quelquefois une maladie contagieuse pour guérir ou prévenir une maladie plus grave. L'inoculation de la vaccine et l'inoculation variolique pratiquée avant Jeûner créent une affection légère qui donne l'immunité à l'égard de la variole grave ; rappelons aussi que la vaccination a été pratiquée avec succès sur les tumeurs érectiles. On a conseillé pour guérir le pannus rebelle de communiquer à l'œil par insertion de pus blennorrhagique ou d'ophthalmie de nouveau-né une nouvelle inflammation aiguë. Procédé hasardé qu'on dit avoir réussi quelquefois ! Je n'ai pas à le juger ici. Enfin, signalons comme Application d'un contage à un but diagnostique l'inoculation sur le porteur du pus chancreux, à l'effet de juger si ce pus est ou non syphilitique. Je ne parle pas de la pratique aujourd'hui abandonnée de la syphilisation.
CONTAGIOIS (bibliographie;. 67
Après ces considérations thérapeutif/ucs générales sur la contagion et sur les contages, il nous resterait à exposer la thérapeutitjue des maladies conta- "ieuses elles-mêmes. On conçoit qu'en présence de maladies si diverses aucune règle générale ne puisse être formulée. Chaque maladie commande ses indications thérapeutiques spéciales. H. Biir.NHEiM.
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