ENVELOPPE
Ménispermine.
Paraménispeimine.
Matière jaune alcaline.
.^cide hypopicrotoxique.
Cire.
Amidon.
Chlorophylle.
Matière résineuse.
Gomme.
Matière grasse.
Substances inorganiques.
Nitrate et sulfate de potasse.
Cuivre, etc.
Picrotoxine.
Résine.
Gomme.
Acide gras.
Matière colorante.
Acide malique.
Mucus.
Amidon.
Ligneux.
Matière cireuse.
Nitrate de potasse.
Sulfate de potasse.
Chlorure de potassium et par incinération : carbonate de potasse et de chaux, fer.
Lecanu fils et Casaseca, de Salamanque, étudiant la matière grasse qui entre pour une proportion de moitié dans la composition de l'amande, y ont constaté l'existence des acides oléique et margarique, et d'une matière grasse neutre analogue à la stéarine. Sont-ce là des produits de la végétation, ou bien faut-il admettre que ces corps se développent après coup dans l'amande ? C'est ce que ne disent pas ces chimistes. La réponse à cette question ne pourrait être évidemment donnée que par l'analyse de coques fraîches. Plus récemment on a retiré de l'amande un corps gras désigné sous le nom d'anamirtine, G^ff^O*, de
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couleur blanche, cristallisable, fondant à 36°, donnant par la saponification de l'acide anamirtique G'"'FP^O^,HO.
Si l'on examine la composition de la Coque du Levant, on voit qu'en outre des substances communes à la plupart des graines elle renferme divers produits qui lui sont propres : la ménispermine, la paraménispermine, Vacide hypopicrotoxique et la picrotoxine.
' Un mot sur les trois premiers de ces composants, le dernier devant être étudié à part, dans cet article, en raison de son importance capitale.
La ménispermine, découverte par Pelletier et Gouerbe, est une matière d'un blanc opatpe, cristalline, solublc dans l'alcool et l'éther, insoluble dans l'eau, mais se dissolvant dans les acides qu'elle sature. Gay-Lussac lui assigne la formule C'^H^^AzO*. Elle paraît sans action sur l'économie animale.
La paraménispermine., très-voisine de la précédente comme composition, est •cristalline, insoluble dans l'eau, fort peu soluble dans l'éther, mais se dissout, au contraire, dans l'alcool.
U acide hypopicrotoxique est amorphe, insoluble dans l'eau et dans l'éther, soluble dans les alcalis, et d'une composition assez voisine de celle de la picrotoxine, comme nous le verrons plus loin :
Les propriétés physiologiques de ces trois substances sont encore mal connues. 11 est probable que l'une d'elles possède des propriétés émétiques", car Goupil, de Nemours, a montré autrefois (1807) que l'enveloppe de la Coque du Levant était douée de vertus émétiques. Nous ne voyons pas quelle autre matière, parmi celles qui entrent dans la composition de cette enveloppe, en dehors de ces trois produits spéciaux, pourrait jouir de la propriété de faire vomir.
Effets physiologiques. Les propriétés toxiques de la Coque du Levant sur les poissons ou d'autres animaux sont connues, je le répète, depuis longtemps, et mises à profit par les Hindous et quelques peuplades de la Malaisie, voire par les Européens, pour faire des pêches faciles et abondantes, ou encore pour -se procurer certain gibier à l'aide d'appâts empoisonnés. C'est ainsi qu'au Malabar et à Ceylan, aux Moluques et dans d'autres îles de la Malaisie ou de l'océan Indien, les naturels se rendent maîtres des poissons, des chèvres, des vaches sauvages ou des oiseaux de paradis ; c'est ainsi qu'en France ou dans d'autres contrées de l'Europe certains braconniers de rivière s'emparent du poisson.
On trouve même mentionnées dans quelques vieux ouvrages français des recettes d'appâts pour prendre les poissons, dans lesquelles figure la Coque du Levant, En voici une que j'emprunte au Dictionnaire économique de Noël Ghomel, publié en 1767, et qui me paraît curieuse à reproduire; elle a été donnée par Mizauld : « Prenez de la Coque du Levant avec du cumin, du fromage vieux, de la farine de froment et de bonne lie de vin ; broyez le tout ensemble et en formez des pilules grosses comme un pois. Jetez-les dans l'eau où il y aura beaucoup de poissons ; et que l'eau soit tranquille : tous ceux qui en mangeront se jetteront au bord enivrés.
« On pourra ainsi les prendre à la main. L'ivresse se passera peu de temps après; et ils redeviendront aussi vifs qu'auparavant. ».
Autrefois, on vendait encore pour la pèche des pastilles spéciales, dont la
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formule a été donnée par Cardan, et dans lesquelles il entrait, avec la Coque du Levant du cumin, de la farine, du fromage et de l'esprit de vin.
Dans les Indes Orientales, les amorces sont faites de la façon suivante, d'après Rhumphius : les coques récoltées un peu avant leur maturité sont broyées, puis mélano^ées à des débris de crabes et à des excréments humains. De ce mélange on forme des boulettes de la grosseur d'une cerise, que l'on jette à l'eau. A Java enfm, la coque est associée dans les amorces à du poivre, de l'ail et des
vers de terre.
Je n'insiste pas sur ces détails, un peu étrangers à mon sujet, parce qu'ils n'ont qu'un intérêt secondaire pour le médecin, et j'aborde l'exposé des effets toxiques du poison qui m'occupe, commençant par ceux observés sur les poissons et qui ont fait la réputation de la coque comme engin de pêche.
Quand on a lancé dans l'eau l'un des appâts dont nous venons de donner la formule, on ne tarde pas à voir monter à la surface de l'eau les poissons qui l'ont avalé. Là ils se débattent, sont pris d'une sorte de mouvement giratoire, puis deviennent immobiles ou incapables de fuir et se laissent prendre à la main. La plupart, si ce n'est tous, succombent, et la pêche consiste simplement à ramasser leurs cadavres.
Goupil, de Nemours, qui a fait avec la coque un certain nombre d'expériences sur les poissons de rivière, a observé que le barbeau résistait plus longtemps à l'action de ce poison, tandis que les gardons, les meuniers, les brèmes, succombaient très-vite.
Ceci a un intérêt médical que nous ne pouvons omettre de signaler. On a dit, avec juste raison, que les poissons tués par la Coque du Levant pouvaient être malfaisants pour ceux qui les mangent. Or plus un poisson résiste, plus il emmagasine de substance toxique dans ses chairs, et plus il est dangereux pour celui qui le consomme.
L'homme, en effet, a parfois subi cette sorte d'empoisonnement secondaire, ainsi qu'il résulte bien évidemment des observations de Goupil. Le 6 mai 1807, ce médecin eut l'occasion de constater, chez plusieurs personnes qui avaient mangé du barbeau pris au moyen de la Coque du Levant, des accidents gastrointestinaux assez sérieux, vomissements, diarrhée, épi gastralgie, avec tendance à la syncope, qui disparurent heureusement au bout de vingt-cinq heures.
C'était bien à cette substance vénéneuse qu'il fallait rapporter ces effets, car en faisant manger à des chiens et à des chats des poissons tués par elle, facilement on les fit périr.
Donc la Coque du Levant est un engin de pêche mauvais, en raison de ses propriétés toxiques qui permettent de dépeupler les rivières, et dangereux, puisqu'il peut, chez l'homme, provoquer des accidents plus ou moins graves. On a donc bien fait de défendre aux pêcheurs de l'employer en France ; et, en 1843, Chevallier, dans un article publié dans les Annales d'hygiène, concluait qu'il fallait, de toute nécessité, réglementer soigneusement la vente de la Coque du Levant.
Tous les animaux, à une exception près, subissent l'action toxique de cette substance ; au dire de Bergius, en effet, seuls les éléphants la mangeraient impunément, ce qui lui a fait quelquefois donné le nom d'Éléphantine.
Un grand nombre d'expériences physiologiques ont été faites à l'aide de la Coque du Levant. Parmi les plus anciennes je citerai celles qui ont été publiées dans les Éphémérides des curieux de la nature, en décembre 1688, par Jean Conrad Brunner, et qui datent de 1677. Ayant fait avaler à un chat une drachme
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de coques broyées, il vit que la respiration devenait haletante comme après une longue course; que l'animal s'agitait comme par suite d'une vive frayeur; puis au bout d'un demi-quart d'heure survinrent des crises convulsives. Le chat bondissait à un ou deux pieds de distance, poussait des cris plaintifs, rendait par la bouche de l'écume , et offrait les accidents convulsifs suivants : les membres devenaient roides et immobiles, le cou et l'épine du dos se courbaient de côté et d'autre, ou bien il y avait du tremblement général. Ces phénomènes duraient peu et l'animal tombait dans une sorte de coUapsus si profond qu'il semblait mort; le cœur paraissait ne plus battre et la respiration était suspendue. Toutefois quelques excitations ranimaient la vie. De nouvelles crises convulsives se succédèrent et l'animal fut rapidement emporté. A l'autopsie pratiquée très-minutieusement on ne découvrit rien de caractéristique.
Une autre expérience faite sur un chien offre également de l'intérêt. On lui fit avaler une demi-once de poudre dans du bouillon ; il vomit au bout d'un quart d'heure, eut quelques désordres moteurs, des accidents convulsifs légers, et se rétablit. Plus tard une autre dose de poudre lui donna des crises épileptiques qui le tuèrent.
En suivant l'ordre chronologique dans l'exposé des travaux relatifs aux effets de la Coque du Levant, j'arrive aux expériences de Goupil (1807), assez importantes en ce sens que ce médecin reconnut ce fait vrai, très-intéressant, que les propriétés délétères de la coque résident dans l'amande et que l'enveloppe n'est douée que de vertus émétiques. Il classa cette substance dans les poisons narcotico-âcres, à cause des lésions irritatives qu'il avait notées du côté de l'estomac chez les animaux empoisonnés.
En 1811, Boullay découvrait le principe actif de la Coque du Levant, la Picrotoxiiie, et lui attribuait exclusivement les effets toxiques propres à ce fruit.
A quelque temps de là, Orfila reprenait l'étude toxicologique de cette substance, indiquait ses effets et donnait la théorie de son action. Nous allons résumer brièvement quelques-unes de ses expériences.
Dans l'une d'elles on introduisit dans l'estomac d'un chien de douze à seize grammes de coque pulvérisée, puis on lia l'œsophage pour empêcher les vomissements. Au bout de vingt-cinq minutes l'attitude de l'animal devint chancelante, les yeux étaient hagards; il y eut du tremblement, des contorsions, des grimaces, et alors survint la crise convulsive que nous connaissons déjà par les observations de Brunner, caractérisée par les phénomènes que voici : le chien recule brusquement, se tient raide sur ses pattes de devant ; sa tête est secouée et comme agitée par des décharges électriques ; parfois elle se renverse du cote de la colonne vertébrale, entraînant l'animal dans une culbute ou le faisant tomber sur le côté. Cette crise dure deux minutes ; le chien se relève, marche, reprend connaissance et paraît guéin. Mais vient bientôt une deuxième attaque, plus violente que la précédente, dans laquelle on observe une agitation excessive des pattes, un renversement de la tête et de la queue vers la colonne vertébrale, de l'écume abondante à la gueule, de la cyanose des lèvres et de la langue, une respiration embarrassée, une excrétion involontaire d'urine et de mahere fécale. De nouveau la crise cesse complètement pendant un temps très-couvt, et une troisième attaque convulsive emporte le chien. La scène avait dure en tout une demi-heure. A l'autopsie, les poumons furent trouvés ridés et peu crépitants, le cœur était gorgé de sang noir : tous signes propres a l'asphyxie.
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Un autre chien auquel on avait fait avaler de seize à vingt grammes de poudre grossière de Coque du Levant, mais sur lequel la ligature de l'œsophage n'avait pas été pratiquée, succomba au bout de cinq jours sans avoir présenté d'autre phénomène que de la prostration.
Orfila conclut que la Coque du Levant est un poison du système nerveux, qu'il rapproche du camphre.
Dans sa thèse soutenue en 1815, Louis Gourraut concluait exactement de la même façon et probablement d'après le Maître.
Après cette description détaillée, il me paraît inutile de tracer le tableau svmptomatique de l'empoisonnement, je n'aurais que peu de chose à ajouter aux observations de Brunner et d'Orfila. D'ailleurs, je reviendrai longuement sur les effets toxiques de la Coque du Levant un peu plus loin, à propos de la picrotoxine, son principe actif.
Chez r/«omme, la Coque du Levant a produit parfois des accidents mortels. Rai a cité l'observation d'un maître d'école empoisonné par cette substance, qu'on lui avait fait prendre au lieu de cubèbe. Nous savons déjà, par les faits cliniques de Goupil, qu'elle est capable de déterminer des accidents gastro-intestinaux assez intenses, avec tendance à la syncope, quand on mange les poissons tués par le fruit de l'anamirte. D'autre part, Hill a constaté qu'une dose de 0,18 à 0,25 centigr. de poudre causait des nausées et de la tendance à la syncope. Matthiole, avant ces observateurs, avait comparé les effets de la Coque du Levant chez l'homme à ceux de l'opium, lui attribuant des propriétés narcotiques et stupéfiantes.
Rumphius dit cependant qu'on a vu des gens simplement purgés pour avoir avalé deux coques.
En Angleterre, où la bière est souvent falsifiée à l'aide de la Coque du Levant, on attribue volontiers à celle-ci l'épilepsie des buveurs de bière (Pereira, Crichton-Browne). Or, nous dirons çlus loin que cette substance a été précisément préconisée contre le mal comitial et considérée comme un excellent remède pour le guérir ; de sorte qu'elle aurait un peu les vertus de la lance d'Achille et serait capable de faire disparaître les maux qu'elle engendre.
Il serait facile de résoudre par la physiologie expérimentale cette question à priori fort douteuse de l'épilepsie picrotoxique, en empoisonnant lentement ces animaux qui, comme le cobaye et le chat, deviennent si vite épileptiques, sous l'influence de certains poisons (essence d'absinthe, etc.) ou de certaines lésions nerveuses. Jusqu'à ce que des faits bien probants d'épilepsie confirmée, attribuables à la coque, aient été publiés, il faut absolument accepter, avec la plus grande réserve, l'opinion anglaise que nous venons de relater. Pereira, qui a goûté de la bière sophistiquée par la Coque du Levant, prétend qu'elle possède des effets dépressenrs sur les muscles volontaires; elle produit une difficulté de mouvements considérable, impossible à surmonter.
En terminant cet exposé des propriétés toxiques de la Coque du Levant, je' signalerai le fait assez curieux, indiqué parMarcet, de son action délétère pour les végétaux. Un plant de haricot introduit par la racine dans un vase contenant une solution de 10 grains d'extrait aqueux de semence dans 2 onces d'eau s'étiola très-vite et fut trouvé mort le lendemain.
Usages médicaux. Les Hindous attribuent au Menispermum cocculus et à son fruit les vertus les plus parfaites dans un grand nombre de maladies. Us les administrent contre les fièvres et quelques affections des voies digestives et
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s'en servent comme topique pour panser les ulcères, les cors et les durillons (Van Rhede).
La racine du Menispermum (Bergius) est surtout en honneur dans la médecine indienne; elle est considérée comme un remède vmiversel, « radix omnia sanans »; excellent contre la diarrhée et les fièvres, et fort utile en poudre comme vulnéraire. Quelques-unes de ces propriétés la rapprochent de la racine d'une plante voisine, le Menispermum palmatum, ou Colombo, dont la valeur thérapeutique est incontestable, dans les affections atoniques des voies digestives.
En Europe, on a doté, sans aucune preuve à l'appui, la Coque du Levant de propriétés thérapeuticpes non moins merveilleuses, car on l'a préconisée contre diverses névroses convulsives, Vépilepsie, Védampsie,V hystérie, V hydrophobie; contre le typhus; enfin dans certaines affections parasitaires : les vers intestinaux, la phthiriase et les teignes.
J'admets très-volontiers qu'elle peut être utile comme agent parasiticide : ses elfes toxiques pour les organismes supérieurs ne permettent pas de mettre en doute son action destructive sur les helminthes, les poux ou peut-être sur les champignons des teignes, mais je me refuse à croire à ses effets thérapeutiques dans l'hystérie, l'hydrophohie et le typhus.
Certains faits que nous citerons plus loin sembleraient prouver qu'elle n'est pas dépourvue d'action contre l'épilepsie et l'éclampsie.
Depuis fort longtemps la Coque du Levant est employée contre la maladie pédiculaire. En 1729, Codronchius recommandait contre les poux de tête d'appliquer un mélange de sa poudre avec du saindoux et de la pulpe de pomme de terre, sur tout le cuir chevelu.
Les Allemands lui ont conservé cet usage ; ils l'appellent pour cette raison Làusekôrner.
A l'intérieur, le docteur Planât, ainsi que je le dis plus loin, a donné dans l'épilepsie et l'éclampsie la teinture de coque préparée d'après la formule suivante :
Coque (lu Levant 200 grammes.
Alcool rectifié 1,000 —
On laisse macérer trois semaines et on filtre.
La dose quotidienne est de 10 à 20 gouttes et plus.
Je rnppelle ici l'emploi frauduleux que font certains brasseurs de la Coque du Levant pour donner à la bière l'amertume qu'elle doit d'ordinaire au houblon, car le fait intéresse à la fois le médecin et l'hygiéniste. Pour découvrir cette sophistication on a donné divers procédés. Par exemple, on évapore la bière a siccité, puis on traite le résidu par l'éther, qui laisse déposer des cristaux de picrotoxine. Schmidt, qui a vu à Saint-Pétersbourg de la bière ainsi adultérée, recommande d'agir comme il suit ; la bière décolorée par le charbon est concenb-ée, puis agitée avec de l'alcool amylique, qui s'empare de la picrotoxine et la laisse déposer par évaporation.
Picrotoxine. Préparation, propriétés physiques et chimiques. En 18H, sur l'invitation de Chaussier, Bouilay fit l'analyse de la Coque du Levant et reconnut qu'elle renfermait un principe cristallin extrêmement amer, qui reproduisait ses propriétés toxiques, et qu'il considéra comme la partie active de ce fruit. Il le nomma Picrotoxine, àern-Apôq (amer) etToÇtzdv (poison), pour rappeler à la fois son excessive amertume et ses propriétés délétères violentes.
COQUE DU LEVANT (emploi médical). MO-
Voici comment il procéda pour extraire la piwotoxine. Après avoir pressé les semences pour en retirer l'huile, il les fit bouillir avec de l'eau, filtra la décoction, précipita par l'acétate de plomb et fit évaporer à consistance d'extrait. Cet extrait fut à son tour traité par l'alcool à 40 degrés ; la solution évaporéelaissa déposer des cristaux de picrotoxine impure. Il purifia le produit à l'aide d'une série de cristallisations dans l'alcool et dans l'eau.
D'autres modes de préparation ont été indiqués depuis lors ; voici les principaux, sommairement décrits :
Pelletier et Gouerbe recommandent de faire un extrait alcoolique de semences débarrassées de leurs matières grasses, de traiter cet extrait par l'eau bouillante et d'acidifier la liqueur. La picrotoxine cristallise par refroidissement.
Merck épuise par l'alcool les semences mondées, évapore à une chaleur douce ; la picrotoxine cristallise sous une couche d'huile grasse. Celle-ci est enlevée à l'aide de papier buvard, les cristaux sont traités par l'alcool et décolorés par le charbon.
Wittstock exprime les semences mondées pour en retirer les principes gras, traite le résidu à trois reprises difféi^entes par l'alcool à 0,835, fait évaporer, dissout le résidu dans l'eau, filtre et laisse les cristaux se déposer par évaporation lente.
Meissner se contente de faire une décoction aqueuse de semences qu'il évapore. Le produit ainsi obtenu ne peut être pur.
Quel que soit le procédé employé pour l'extraire, la picrotoxine pure offre les caractères suivants : c'est une substance de couleur blanche, en cristaux prismatiques quadrangulaires, transparents, ou bien aciculaires et groupés en étoile, d'une amertume qui n'a d'égale que celle de l'Upas-Tieuté (Ghaussier)^ sans odeur, inaltérable à l'air, se décomposant seulement à une température élevée, soluble dans 150 parties d'eau froide, 25 d'eau bouillante, 3 d'alcool bouillant, d'une densité de 0,800 ; soluble dans l'éther, assez soluble dans les acides azotique et acétique et les solutions alcalines, insoluble dans les huiles.
L'acide azotique la transforme en acide oxalique. L'oxyde de plomb se combine avec elle pour former une matière soluble.
Composition. Elle a été donnée par divers chimistes. Boullay, tout d'abord, la considéra simplement comme une matière non azotée. Plus tard Pelletier et Gouerbe en firent l'analyse élémentaire et trouvèrent les chiffres suivants :
D'où la formule G*^ H»' 0^
Oppermann et Regnault donnèrent une analyse un peu différente ; le premier indiqua ce qui suit :
d'où la formule G^^H'^'O*.
Le second trouva les proportions suivantes :
520 COQUE DU LEVANT (emploi médical).
Francis la considéra à tort comme quaternaire et indiqua la composition élémentaire suivante :
Az 1.30
La picro toxine pure offre les caractères chimiques que voici. Au contact de l'acide sulfurique elle prend une belle couleur jaune-orange, et avec ce même acide additionné de nitre et saturé de soude caustique elle donne une teinte d'un beau rouge (J. W. Langley et Blas). En outre elle réduit la liqueur cupropotassique, à la manière de la glycose.
Parfois, dit Blas, cette substance renferme une matière inerte dont s'empare la benzine ; celle-ci la laisse déposer par évaporation sous forme de paillettes blanches, nacrées, fusibles et inflammables. On peut se demander s'il ne s'agit pas là d'un corps gras, résultant d'une préparation défectueuse plutôt que d'une falsification.
Nature. On a longtemps discuté, lors de la découverte de la picrotoxine, sur la nature de ce poison. Est-ce un alcaloïde, une base organique, est-ce un acide? Telles sont les deux questions posées. Boullay la considéra d'abord comme un alcaloïde , mais il reconnut qu'elle ne pouvait former aucune combinaison saline avec les acides, ce qui ne permettait guère de la regarder comme une base.
Cette erreur, dont il convient du reste, lui avait été indiquée en 1826 par Casaseca, qui, sous l'inspiration de Thénard, avait institué des expériences chimi- (|ues propres à démontrer que la picrotoxine n'était pas une base salifiable.
Est-ce, par contre, un acide faible capable de saturer des bases? C'est plus probable. Elle se combine volontiers aux alcalis, se dissout très-vite dans de l'eau alcalinisée avec de la soude, formajit ainsi ou paraissant former une combinaison, car l'éther ne parvient pas à l'enlever de cette solution. Enfin elle engendre avec la quinine, la strychnine, la morphine, de véritables sels qu'on pourrait appeler picrotoxales.
Propriétés physiologiques. Les premières expériences furent faites, avec la picrotoxine nouvellement découverte, par Boullay, qui reconnut l'intensité de ■ses effets toxiques et s'assura qu'ils n'étaient autres que ceux de la Coque du Levant. Dix grains (0«%50), donnés dans de la mie de pain à un jeune chien, firent naître chez lui des ci'ises convulsives au bout de \-ingt-cinq minutes et le tuèrent en trois quarts d'heure. Ce chimiste conclut que la picrotoxine était bien le principe actif de la Coque du Levant.
Orfila décrivit ensuite plus complètement les effets physiologiques delà picrotoxine. Il s'assura que 0^^,22 de cette substance, ingérés dans l'estomac d'un chien, Jui donnaient des vomissements et des attaques convulsives, mais ne le tuaient pas. Au contraire l'injection intraveineuse de 0*%07 amena rapidement des convulsions, identiques à celles que nous avons signalées après l'administration de la Coque du Levant, et la mort après vingt minutes.
De ces faits Orfila conclut que la picrotoxine agit comme le camphre sur le système nerveux, principalement sur le cerveau, et il ajoute qu'on ne doit pas la ranger parmi les poisons narcotico-âcres.
En 1851 , un physiologiste anglais, Mortimer Glover, reprit les expériences du grand chimiste français et observa à peu près les mêmes effets toxiques sur les animaux que ceux que nous avons décrits d'après Orfila à propos de la Coque
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du Levant. Il appela l'altenlion sur quelques phénomènes particuliers à l'intoxication picrotoxique, notant surtout les mouvements de recul, la salivation abondante les selles sanglantes, l'accélération du cœur, l'opisthotonos. A l'autopsie il constata quelques faits nouveaux : la disparition Irès-prompte de l'irritabilité musculaire et l'élévation considérable de la température dans les muscles, atteionant 115° Far.; la congestion pulmonaire, l'hyperémie légère de l'estomac et de l'intestin, et surtout la congestion de l'encéphale, très-accusée principalement au niveau du cervelet, du bulbe et des tubercules quadrijumeaux, enfin l'épanchement séreux dans les ventricules cérébraux.
Les lésions observées par Glover du côté de l'encéphale, rapprochées des svmptômes particuliers observés pendant l'empoisonnement , le conduisirent à comparer l'action de la picrotoxine aux effets observés par Flourens lors de l'ablation du cervelet et des tubercules quadrijumeaux, et il supposa que ce principe actif agissait sur ces parties de l'encéphale, et non pas sur la totalité de cet organe, puisque les animaux intoxiqués conservent quelque temps leur intelligence.
Cette même année (1851), l'opinion de Glover fut attaquée par le docteur William Bonnefin, qui lui opposa des arguments sérieux. 11 fit d'abord remarquer, avec Brown-Séquard, que les expériences de Flom'ens étaient entachées d'erreur et qu'il fallait rapporter les convulsions observées à la suite de l'ablation du cervelet, plutôt à la compression du bulbe i^ésultant de la section des muscles du cou qu'à la perte de cette portion de l'encéphale. Cherchant à son tour à donner la théorie de l'action de la picrotoxine, le docteur W. Bonnefin arriva expérimentalement aux conclusions que voici : cette substance n'a pas d'action sur les muscles; elle n'en possède pas sur les nerfs moteurs ou sensilifs; elle agit donc sur les centres nerveux, mais sur les parties de ces centres « qui sont capables de produire des mouvements sous une excitation extérieure. » Elle augmente la faculté réflexe du centre nerveux rachidien, comme le prouve suffisamment l'expérience suivante : sur une grenouille à laquelle on a enlevé l'encépfialc, la picrotoxine détermine des convulsions, à la condition toutefois qu'il y ait une excitation; si l'animal est abandonné à lui-même, il n'a aucun phénomène convulsif. Donc, d'après ce distingué expérimentateur, la picrotoxine est un poison du système nerveux qui fixe son action sur les parties des centres présidant aux actes réllexes.
Eu résumé, les trois opinions suivantes ont été émises sur le mode d'action du principe de la Coque du Levant. Pour Orfila, il agii sur le cerveau et la moelle ; pour Glover, il frappe surtout le cervelet, les tubei'cules quadrijumeaux et le bulbe; pour W. Bonnefin, il atteint la moelle épinière exclusivement. Cette divergence dans les appréciations des observateurs a conduit le docteur Cayradc à reprendre l'étude expérimentale de la picrotoxine, afin d'en dégager quelques inconnues propres à éclairer son mode d'action.
Pour démontrer que la picrotoxine agit bien sur la moelle, il injecta sous la peau d'une grenouille dont l'axe médullaire avait été sectionné au-dessous du bulbe une petite quantité de ce poison et vit peu après survenir les convulsions caractéristiques. Mais on pouvait objecter que la picrotoxine avait pu exciter les extrémités nerveuses sensitives et déterminer ainsi les crises convulsives. Cayrade montra que cette objection n'avait rien de fondé, en liant l'artère principale d'un membre pour empêcher le poison d'atteindre les extrémités nerveuses, et nota malgré cela les convulsions dans ce membre. Ainsi l'excitation