‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.20Chapitre 22 sur 53 · DÉBUT SOUVENT BRUSQUE PAR DES QUINTES · texte numérisé non relu

DÉBUT SOUVENT BRUSQUE PAR DES QUINTES

Les quintes sont en général plus courtes, moins intenses; le sifflement manque complètement ou est très-rare et intermittent; peu ou pas d'expectoration; pas de vomissements.

Maladie accompagnée dès le début d'une fièvre très-intense et d'une accélération de la respiration, qui va progressivement et en augmentant; râle sibilant et muqueux, puis sous-crépitant.

La petitesse du pouls et la dyspnée extrême, la pâleur de la face, apparaissent, persistent ou augmentent, et la maladie se termine presque toujours par la mort dans un espace de temps variable, presque toujours court; récidives possibles.

Souvent épidémique, attaquant plusieurs enfants à la fois, transmissible par contagion.

Trois périodes distinctes, dont la seconde seule est avec quintes.

Quintes avec sifflement, et expectoration filante et vomissements.

Respiration pure dans l'intervalle des quintes.

Dans l'intervalle des quintes, respiration et pouls naturel, quand la maladie est simple.

Voix naturelle: marche le plus souvent aiguë.

[ TOBERCULISATION

DES GANGLIONS BBONCHIQUES.

Tout à fait isolée, non contagieuse.

Pas de périodes distinctes.

Quintes très-courtes le plus souvent, sans sifflement et sans expectoration filante ni vomissements.

Signes physiques de la tuberculisalion ganglionnaire, mais, dans certains cas, absence de ces signes.

Accès d'asthme, dans certains cas, alternant avec les quintes ; mouvement ifébrile continu avec exacerhation; le soir, sueurs; amaigrissement progressif, etc.

Quelquefois timbre de la voix voilé; marche chronique.

Siège, Pathogénie et nature de la coqueluche. Les opinions les plus diverses, les plus contradictoires et parfois même les plus bizarres, ont été émises sur le siège, sur la nature et sur la pathogénie de la coqueluche. Alors que tous les auteurs s'accordent sur la description graphique de cette maladie, sur sa marche, ses phases et sa caractéristique, le désaccord commence entre eux dès qu'on pose cette question : Qu'est-ce que la coqueluche? Les uns, plus frappés des phénomènes initiaux et des symptômes qui prédominent pendant toute la durée de la maladie, la toux et l'expectoration, n'y ont vu d'abord qu'un catarrhe, plus tard une bronchite ; d'autres, plus attentifs au caractère particulièrement spasmodique et suffocant de cette toux, n'y ont vu qu'une affection spasmodique, une névrose ; d'autres, attendant pour se fixer sur la nature de la maladie que l'autopsie vînt leur révéler les lésions qu'elle a laissées après elle, y ont vu, suivant le caractère de ces lésions et sans tenir compte qu'elles étaient presque toujours du fait de l'une des complications survenues pendant le cours de la maladie, et non de la maladie elle-même, tantôt une bronchite capillaire, une broncho-pneumonie ou une pleuro-pneumonie, tantôt une laryngite, une tuberculose ou même un emphysème pulmonaire, tantôt une lésion du système nerveux thoracique et particulièrement des nerfs pneumogastriques ; enfin, dans ces derniers temps, une affection spéciale des ganglions bronchiques ; d'autres, enfin, considérant surtout la circonstance de l'épidémicité et le caractère contagieux qu'on a reconnu de tout temps à la coqueluche, ont eu recours pour en retrouver l'origine et la cause à une foule d'hypothèses toutes plus ou moins gratuites. Ainsi, pour Rosen, la coqueluche est due à une irritation des nerfs de la poitrine et de l'estomac produite par des insectes ou tout autre principe morbifique, qui s'insinue en partie dans la poitrine par la respiration et en partie dans l'estomac par la digestion. Beaucoup d'auteurs, depuis, Schceffer, Hafaland, Lobenstein-Lobel, Albers de Bonn, ont, à l'exemple de Rosen, placé le point de départ de la maladie dans les nerfs de la poitrine. Kilian, d'après J. Frank, aurait trouvé les nerfs pneumogastriques enflammés. Pour Pathtzer, la coqueluche consiste en une cacochymie pituiteuse. Pour Bœhme, elle résulte d'un miasme qui se porte principalement dans les interstices celluleux des nerfs. StoU la fait procéder des saburres de l'estomac. C'est un véritable catarrhe de l'estomac aux yeux de Chambon. Gardien la fait consister en une affection spasmodique de la glotte et du diaphragme. Pinel y voit un caractère spasmodique évident et une irritation des poumons secondaire ou sympathique

dont le principe primitif lui paraît être dans l'estomac. Laënnec regarde la coqueluche comme un catarrhe convulsif et il en fait une simple variété du catarrhe pulmonaire, qu'il place entre le catarrhe muqueux et la phlegmorrhagie. Pour Broussais, elle consiste en une hronchite avec vive sensibilité de la muqueuse enflammée. Guersant pense que c'est une phlegmasie spécifique de la membrane muqueuse des dernières ramifications bronchiques avec lésion de l'innervation de l'appareil pulmonaire. Breschet ayant vu deux fois dans la coqueluche les nerfs de la dixième paire congestionnés y a placé le siège de la maladie. Dugès n'y voit qu'une variété du catarrhe pulmonaire, dont les accès seraient dus à la formation continuelle de mucosités visqueuses dans les voies aériennes ; Blache, une névrose ; Trousseau, un catarrhe pulmonaire spécifique, dans lequel les deux éléments névrose et catarrhe se retrouvent toujours.

Un point de vue nouveau surgit dans l'histoire de la coqueluche sous l'influcnce des recherches et des idées de B-eau, de Joubert (de Chinon), de MM. Gendrin, Parrot et Wannebroucq. Ce n'est plus désormais dans le poumon ni dans les bronches qu'on cherche la localisation de la coqueluche, qui n'y laisse voir aucune trace après la mort, pas plus qu'on n'y constate pendant la vie de phénomènes stéthoscopiques particuliers, c'est dans le larynx. Dans des leçons cliniques professées à l'hôpilal de la Pitié, en 1850, M. Gendrin enseigna que tous les accidents de la coqueluche s'expliquaient par un état catarrhal de la muqueuse des isthmes du larynx et du pharynx. C'était, suivant lui, l'accumulation des matières muqueuses sécrétées, tendant à s'engager dans les voies aériennes par les inspirations, qui devenait la cause immédiate des accès de toux. La coqueluche n'était donc que le catarrhe des cryptes pharyngo-épiglotliques. Mais ce n'est pas tout. Ce catarrhe, ajoutait-il, n'acquiert pas un degré d'intensité suffisant pour déterminer les symptômes généraux du début de la maladie qui précèdent presque constamment les accidents locaux ; il est cependant dans les mêmes conditions d'existence que les fièvres catarrhales qui déterminent des accidents réactionnels généraux plus ou moins intenses, à la suite desquels se produit la phlogose locale.

Beau, reprenant quelques années après l'idée de M. Gendrin, exposait dans un mémoire adressé à l'Académie des sciences, en aoiit 1856, que de nombreuses investigations anatomiques l'avaient conduit à reconnaîti-e que la coqueluche est une inflammation de la muqueuse qui tapisse la région sus-glottique du larynx, c'est-à-dire cette zone étroite qui existe entre l'orifice supérieur de l'organe et les cordes vocales supérieures. Lorsque, disait-il, le produit mucopurulent sécrété par la membrane enflammée vient à tomber sur la glotte, il détermine des accidents de suffocation semblables à ceux que l'on éprouve quand on a avalé de travers. Tout à coup la glotte se resserre, et il en résulte un sifflement aigu à l'inspiration ; puis il se fait un mouvement de toux quintaire et saccadé à l'expiration, et cette toux donne lieu au rejet d'une assez grande quantité de liquide pituiteux extemporanément sécrété, dans lequel la DToutte muco-purulente, cause de tous ces symptômes, est délayée et entraînée. La nature phlegmasique de la maladie rendait parfaitement compte, d'après lui : 1» de la marche de la coqueluche, comprenant une période catarrliale ou état aigu de la laryngite sus-glottique et une période nerveuse ou état chronique dans lequel les symptômes de suffocation sont à la fois plus intenses et plus rapprochés, parce que la sécrétion du muco-pus est plus abondante; 2° de l'influence des causes morales, l'émotion rendant la sécrétion plus active ;

5» de la sensation particulière de gêne du gosier ; 4" enfin, de la contagion.

Nous avons dit que Beau avait été conduit à cette théorie par des recherches anatomo-pathologiques. C'est, en effet, dans trois autopsies d'enfants de 2 à 3 mois, faites à l'hôpital Cochin, dans son service de nourrices, qu'il a eu l'occasion de constater l'existence de cette phlegmasie sus-laryngienne, dont il a décrit ainsi les caractères : rougeur manifeste de la membrane muqueuse qui, du larynx, se porte sur les cartilages aryténoïdes, les ligaments aryténo-épiglottiques et l'épiglolte, les contourne et va de là sur les cordes vocales. Toute cette partie de la muqueuse, qui constitue cette espèce d'entonnoir placé entre l'orifice supérieur du larynx et la fente glottique, présentait une congestion notable qui s'étendait même, dans un cas, assez loin dans le pharynx, tout autour de l'orifice laryngien.

Beau venait à peine de faire connaître ces faits, que M. Parrot, alors interne à l'hôpital des Enfants, publia deux observations confirmatives, recueillies sur deux petites filles, l'une de 2 ans et l'autre de 8 ans. Chez la première, qui avait succombé après 6 semaines de coqueluche, l'autopsie fit constater une rougeur très-foncée de la muqueuse de la paroi antérieure du larynx, au niveau des replis aryténo-épiglottiquos et des ventricules. La muqueuse de la trachée et des bronches était également le siège d'une injection Irès-marquée, et les deux poumons présentaient des noyaux hépatisés et des tubercules ramollis. Chez la deuxième, dont la mort était survenue à peu près au même terme d'une coqueluche également grave, on trouva une rougeur violacée de la muqueuse qui tapisse la base de la langue, l'épiglotte, les replis aryténo-épiglottiques, la partie supérieure du larynx et les cavités ventriculaires. L'injection était surtout marquée dans ce dernier point et sur l'épiglotte. Immédiatement au-dessous de la glotte, la muqueuse des voies aériennes contrastait d'une manière tranchée par sa pâleur avec la coloration des parties supérieures.

W. Wannebroucq, dans sa thèse inaugurale soutenue en 1859, cite également quatre autopsies qu'il a eu l'occasion de faire à l'hôpital des Enfants. Dans ces 4 cas, il dit avoir vérifié les faits énoncés par Beau et par M. Parrot. M. Wannebroucqa de nouveau soutenu cette théorie pathogénique de la coqueluche au congrès scientifique tenu à Lille en 1874.

La même doctrine est soutenue par le docteur Watson (de Glasgow), qui admet que la coqueluche est engendrée par l'absorption d'un miasme toxique, qui porte son action sur les surfaces respiratoires et y engendre d'abord une inflammation spécifique, puis très-rapidement une irritation des nerfs de la glotte, les complications qui surviennent concurremment du côté de la tête, de la poitiine ou de l'abdomen, n'étant que des conséquences plus ou moins éloignées de la mala- <lie, et n'en faisant point partie intégrante.

Enfin M. Em. Lelu, dans une thèse plus récente sur le même sujet (1874), a pu constater aussi les mêmes lésions sur un enfant de o ans du service de M. H. Boger à l'hôpital des Enfants. Toute la muqueuse laryngienne offrait une rougeur erythémateuse, ainsi que la glotte ; les cordes vocales inférieures étaient tumifiées, et en les écartant, on y constatait la présence de pus; les deux ventricules du larynx étaient aussi très-rouges et semblaient laisser suinter du pus.

M. Noël GuéneaudeMussy, dont on connaît les savantes recherches cliniques sur l'adénopathie bronchique des adultes comme cause de troubles fonctionnels respiratoires et sur les signes qui permettent de la diagnostiquer, a cherché

depuis à déterminer le rôle de celte lésion dans la coqueluche, ce qu'avait fait déjà à un point de vue un peu différent Friedleben (de Francfort). Il avait déjà eu l'occasion de constater le caractère coqueluchoïde de la toux dans certaines formes d'adénopathie que d'autres observateurs ont également noté. L'inspiration sifflante qui précède la quinte de la coqueluche se retrouvant souvent dans les degrés avancés de l'adénopathie, quelquefois même avec le vomissement terminal, M. Guéneau de Mussy en a induit qu'il devait y avoir dans ce dernier cas une incitation morbide du pneumo-gastrique, directe ou réflexe, imputable aux ganglions malades. Sans prétendre que dans la coqueluche l'adénopathie soit l'intermédiaire nécessaire de cette incitation, il pense que dans beaucoup de cas au moins l'affection ganglionnaire mêle son expression symptomatique à celle de la maladie dont elle est une complication, et il est disposé à lui attribuer ces coqueluches chroniques qui peuvent durer deux ou trois ans avec le caractère distinctif de la toux. Il expliquerait ainsi cette apparente anomalie d'une maladie contagieuse, ayant les allures d'une fièvre éruptive qui débute par une période prodromique catarrhale pendant laquelle la toux n'a rien de spécial, qui accomplit ordinairement son évolution dans l'espace de quelques semaines, et qui, dans certaines circonstances, persisterait pendant des mois et même des années. Dans les cas de cette espèce, qu'il a eu l'occasion d'observer, M. Guéneau de Mussy a rencontré une tuméfaction des ganglions broncliiques à laquelle il a cru pouvoir attribuer la persistance de la toux convulsive. « Sans . affirmer, dit-il, que cette toux convulsive de la coqueluche qui semble accuser une incitation anomale du pneumogastrique soit connexe à l'adénopathie, sans nier que cette névrose de la dixième paire puisse être une manifestation directe de la maladie, on peut cependant remarquer que le spasme laryngien ne survient que plusieurs jours ou même plusieurs semaines après le début de la coqueluche, après l'apparition de la congestion bronchique. Si l'on constatait qu'à cette époque se montrent les signes de l'adénopathie, la corrélation des deux phénomènes deviendrait infiniment probable. »

M. Guéneau de Mussy, dans les recherches qu'il a faites depuis que son attention a été appelée sur ce point, a toujours rencontré, à des degrés divers, l'engorgement des ganglions bronchiques dans la coqueluche. Mais cet engorgement est tellement commun, chez les jeunes sujets surtout, dans toutes. les maladies des organes respiratoires, qu'il a dû se demander si cette circonstance était suffisante pour expliquer la fréquence des accidents spasmodiques dans la coqueluche. Au risque d'entrer dans le domaine de l'hypothèse, et s'autorisant d'ailleurs de l'opinion très-générale qui fait jouer un rôle important au système nerveux thoracique dans cette affection, il croit pouvoir dire que l'excitation anomale du pneumogastrique et que la compression des bronches par les ganfvlions tuméfiés expliquent d'une manière satisfaisante les troubles d'innervation et de respiration observés dans la coqueluche et dans certaines bronchites qui paraissent s'en rappi'ocher. Ce qui semblerait donner un certain caractère de probabilité à cette explication, c'est, d'une part, ce fait que la toux convulsive le sifflement inspiratoire, sont des phénomènes secondaires, qu'ils ne se montrent jamais au début ; que lorsqu'ils surviennent, ils se montrent chez les différents malades avec une intensité très-inégale.

Le rôle de l'adénopathie dans les symptômes de la coqueluche, d'après M. Guéneau de Mussy, serait complexe. D'une part, en comprimant les bronches, les o-an"lions tuméfiés y entretiendraient un état de stimulus et de congestion.

en même temps qu'ils en diminueraient le calibre, gênant ainsi le passage de l'air et l'expansion de la poitrine. D'une autre part, ils exerceraient une action irritative sur la dixième paire, d'où la violence de la toux et le sifflement laryn- "ien. Et ce qui le porte à penser que ces phénomènes névropatliiques ne sont pas un effet direct de l'action morbide sur le pneumogastrique, c'est que, comme on l'a vu déjà dans ce qui précède, ils ne se montrent qu'à une période avancée delà maladie. Enfin, ce qui lui semble affirmer davantage l'influence de l'adénopathie sur la production de cette toux convulsive et de ce sifflement, c'est qu'on peut les observer quelquefois, en dehors de la coqueluche, chez des malades dont les ganglions bronchiques sont tuméfiés.

M. Guéneau de Mussy expliquerait encore par cette même condition organique cette ressemblance que présente quelquefois la toux de la rougeole avec celle de la coqueluche, uneadénopathie bronchique plus ou moins accusée, compliquant liabituellement la rougeole. C'est encore par cet engorgement ganglionnaire que pourrait être expliquée l'analogie symptomatique signalée par MM. Rilliet et Barthez entre la coqueluche et certaines formes de bronchite aiguë, se distinguant par l'abondance des râles qui l'accompagnent dès le début et par l'intensité du mouvement fébrile, ainsi que l'analogie de symptômes dans la tuberculose des ganglions bronchiques ou dans certaines formes de tuberculose pulmonaire, qu'on peut confondre, suivant les mêmes auteurs, avec la troisième période de la coqueluche. Une même localisation morbide dans toutes ces affections si diverses produirait ainsi la ressemblance des phénomènes morbides.

Nous voilà en présence de deux théories de la coqueluche fondées, l'une et l'autre, sur l'existence d'une lésion anatomique ; lésion primitive dans la première théorie et d'où découlerait toute la série des phénomènes pathologiques qui se déroulent depuis le début jusqu'à la fin et y compris les phénomènes spasmodiques ; secondaire dans la deuxième, ne se développant qu'à la suite et par le fait du catarrhe laryngo-bronchique fébrile, dans tous les cas marquant le début et ouvrant la marche de la maladie, et qui interviendrait dans la seconde période seulement, la période spasmodique, pour produire les phénomènes particuliers qui la caractérisent.

Les objections n'ont pas manqué à la première théorie. Parmi celles qui y ont été faites, il en est une surtout à laquelle ses partisans auraient quelque peine à répondre, c'est l'absence de toute lésion du genre de celles qui sont considérées comme caractéristiques, dans certains cas où la mort est venue surprendre inopinément les enfants en pleine période spasmodique de la coqueluche. Une autre objection, qui n'est pas non plus sans valeur, est l'état particulier de malaise qui précède souvent et annonce l'invasion de l'accès. Plusieurs des personnes qui ont eu la coqueluche à un âge où il leur était possible d'analyser leur impression et d'en rendre compte, ont accusé l'existence d'une période prodromique de l'accès, pendant laquelle elles éprouvaient des phénomènes de malaise général qui ne se terminaient pas toujours par une expuition de matières muco-purulentes. Enfin, ce n'est pas toujours de haut en bas que les liquides morbides procèdent pour aller irriter spasraodiquement le larynx, c'est tout aussi souvent au moins de bas en haut, c'est-à-dire des bronches, ainsi qu'en témoignent les râles muqueux 'que fait entendre souvent l'auscultation, dans ces cas-là, immédiatement avant l'accès.

Quant au rôle que M. Guéneau de Mussy assigne à l'engorgement des gajiglions bronchiques comme explication de quelques-uns des phénomènes princi-

paux de la période spasmodique de la coqueluche, il mérite évidemment d'être pris en sérieuse considération, bien qu'il ait été contesté récemment dans une discussion à l'Académie de médecine ; il nous révèle des faits assurément trèsintéressants, il donnerait, en particulier, une explication très-plausible de certaines toux sibilantes qui ressemblent beaucoup à la coqueluche, sans en présenter les autres phénomènes, et peut-être beaucoup de ces prétendues coqueluches d'adultes, tendant à la chronicité, ne sont-elles autre chose elles-mêmes que des effets de cette hypertrophie des ganglions bronchiques ; mais il ne saurait prétendre — et c'est bien là, d'ailleurs, la manière de voir de M. Guéucau de Mussy lui-même — à constituer à lui seul toute la pathogénie de la coqueluche.

Il nous faut donc remonter à un principe antérieur et à la laryngite de M. Gendrin, de Beau et de tous les médecins qui se sont ralliés à sa doctrine et à l'engorgement ganglionnaire bronchique de M. Guéneau de Mussy et même à la première manifestation catarrhale admise par l'universalité des médecins. Ce principe, c'est, nous ne dirons pas la spécificité, ce qui pourrait ne paraître qu'un mot, mais ce qui la constitue et la représente dans l'enchaînement des faits, la contagion. C'est le point qui va nous occuper maintenant.

ConUujion de la coqueluche. Nous avons parlé jusqu'à présent de la contagion de la coqueluche et nous avons même fait de cette propriété de transmission l'un dos traits de la caractéristique de cette affection, sans avoir cherché à en faire la démonstration, et comme d'un fait admis en quelque sorte d'un consentement unanime et hors de discussion. La contagion de la coqueluche n'a cependant pas été toujours admise avec cette unanimité. Mise en question, mais soupçonnée toutefois par Storch, elle a été contestée depuis, notamment par Stoll, par Laënnec, par Ozanam. Ce dernier auteur, sans la nier formellement, la met du moins fortement en doute. « Il n'est pas certain, dit-il, que la coiineluche soit contagieuse. Nous avons vu des exemples qui nous prouveraient qu'elle ne l'est pas du tout. » Mais ces exemples, il ne les cite jças. Stoll et Laënnec n'en avaient guère cité davantage. Il est vrai de dire que des faits néfratifs c'est-à-dire des cas de coqueluche qui seraient restés isolés et stériles, et chaque médecin a pu rencontrer de ces faits-là, ne prouveraient pas grand'chose si ce n'est qu'ils se seraient passés dans un milieu et dans des conditions où ils n'auraient rencontré aucune aptitude à la réceptivité. Il n'eu est pas de même des faits où la transmission, abstraction faite de toute idée théorique sur le mode suivant lequel elle s'opère, a été manifeste. Ils sont tellement nombreux et tellement frappants par leur évidence qu'on perdrait son temps à chercher à les compter. Ce n'est pas dans les épidémies qu'il faut les chercher, mais dans les faits sporadiqucs. Nous ne rappellerons pas ici les faits bien connus de Rostan de Du"ès, dellseussler, de Rosen, de Tavernier, qui sont rapportés dans le mémoire de Blache in Archives génér. de médecine de 1853 et dans sou article Coqueluche du dictionnaire de médecine {\%'bh)."^oic\ui\îûi observé p:ir M Bouchut qui l'a rapporté dans son Traité pratique des maladies des enfants. Ce fait nasplus que les précédents, ne saurait laisser subsister de doute sur laconta"ion! Une femme accouchée chez elle fut visitée par une de ses parentes hahitànt un quartier tout à fait opposé dans Paris, accompagnée d'un de ses enfants atteint de la coqueluche depuis un mois. Cet enfant resta toute la journée auprès de la nouvelle accouchée, et deux jours après cette visite, le quatrième jour de sa naissance, le nouveau-nc commençait à tousser; huit jours après il avait la

coqueluche. La mère et reniant entrèrent à l'hôpital Necker où M. Bouchut eut l'occasion de constater la maladie. Il n'est pas de médecin qui n'ait été à même de voir des laits de ce genre ; j'en ai observé moi-même plusieurs. L'un de ceux dont le souvenir est resté le plus présent dans mon esprit est le fait d'une petite fille atteinte d'une coqueluche grave que nous avions fait placer dans un des sites les plus sains des environs deParis. Comment cette enfant avait-elle contracté la coqueluche? C'est ce que je n'ai jamais pu savoir, il n'existait point d'épidémie en ce moment à Paris. Mais ce que je donne comme certain, c'est que deux enfants l'un du même âge, l'autre moins âgé de quelqVies années, habitant dans deux quartiers différents de Paris, très-bien portants alors l'un et l'autre, ayant été amenés en visite à quelques jours de distance l'un de l'autre chez la petite malade auprès de laquelle on les laissa passer, imprudemment, il faut le dire, une partie 'de la journée, contractèrent l'un et l'autre la coqueluche. Deux personnes adultes, qui probableaient ne l'avaient pas eue dans leur enfance, ici la certitude me fait défaut, la contractèrent également dans les mêmes conditions.

Comment se transmet la coqueluche, quel en est l'élément ou le principe contagieux ? A quelle péi'iode est-elle contagieuse ? Quand commence et quand finit sa transmissibilité? Autant de questions difliciles et sur lesquelles on n'a encore que des données très-vagues. Est-ce dans l'élément catai'rhal de la maladie, est-ce dans son élément spasmodique qu'il faut chercher le principe contagieux? Peut-être dans* l'un et l'autre. A ne la considérer que comme névrose, ce ne serait assurément pas la seule que l'on verrait se reproduire et se propager comme par une sorte d'imitation, à la manière des attaques d'hystérie, par exemple. Rien n'est plus communet plus frappant à la fois que de voir au milieu d'un groupe d'enfants, l'un d'entre eux venant à avoir un accès de coqueluche, les autres être pris aussitôt de quintes de toux, qui ne sont pas des quintes de coqueluche, mais qui n'en sont pas moins provoquées par cette sorte d'imitation contagieuse si facile chez les êtres doués d'une grande nervosité, comme le sont en général les enfants. C'est surtout dans les hôpitaux d'enfants que l'on voit souvent se produire ces scènes d'imitation. M. Bouchut dit que plusieurs fois il lui a été impossible, dans des circonstances semblables, de rester dans la salle de ses petits malades, tant le bruit qui accompagnait leurs efforts de toux était pénible à entendre. Mais de là à conclure à une contagion de la maladie par voie purement nerveuse, il y a toute la distance d'une démonstration à faire. La contagion par l'élément catarrhal, par un principe morbifique spécial dont les mucosités laryngo-bronchiques seraient le véhicule, a en sa faveur, outre l'analogie avec la contagion d'autres affections catarrhales, sinon une démonstration plus certaine, du moins une présomption plus grande. Dans une note communiquée à l'Académie des Sciences en 1867, M. V. Poulet faisait savoir qu'un examen microscopique des vapeurs provenant de la respiration des malades atteints de coqueluche, qu'il avait recueillies par un procédé particulier, lui a montré un monde de petits infusoires, de l'ordre des Bactéries, identiques dans tous les cas. D'un autre côté, d'après des recherches plus récentes de L. Letzerich [Arcli. fur path. cûnat. und path., t. LX), analysées par M. C. Zuber dans la Revue des Sciences médicales de M. Hayem (t. III et V), on pourrait espérer être sur la trace de la découverte du parasite qui constituerait l'élément de transmission de la coqueluche. Si l'on recueille un crachat de coqueluche entre deux lames de verre, est-il dit dans cette analyse, et qu'on le

considère à l'œil nu ou à la loupe, on remarque au milieu d'un liquide transparent de petits flocons blanchâtres. Au microscope, ces flocons sont entièrement compose's de micrococcus rassemblés en colonie. Si l'on enlève un de ces flocons au moyen de ciseaux fins, on peut observer les modifications qu il subit sur le porte-objet, au contact de la matière nutritive. On voit dans un espace de temps, de un à* six jours, les micrococcus se multiplier, les bactéries augmenter de volume et se transformer en globule contenant d'ordinaire dans son intérieur de petits spores. Le globule finit par éclater et répandre au dehors les organes qu'il contient et qui deviendront à leur tour des bactéries. Cette forme parasitaire ressemble beaucoup à celle de la diphthérie ; cependant on remarque des différences de couleur, de grosseur, etc. Lorsque la culture a lieu sur l'eau sucrée ou l'amidon lacté, on voit se développer un mycélium bien caractérisé sur lequel de vraies spores peuvent être amenées à maturité. Les spores sont petites, d'un brun jaunâtre, d'un contour irrégulièi-ement ovale. D'après cela, le champignon appartiendrait aux ustilaginei tus, tandis que celui de la diphthérie est un tillelia. Lorsque l'on fait réagir de l'iode sur les liquides contenant le parasite, il se produit une coloration uniformément bleue. Lorsqu'on introduit ces micrococcus dans la trachée ou le larynx de lapins trachéotoraisés, on observe au bout d'une semaine chez ces animaux de la véritable coqueluche. Les bactéries ne pénètrent cependant pas dans les épitheliums et les tissus des muqueuses. Par là ils se différencient essentiellement du parasite de la diphthérie. Ils n'ont pas le pouvoir de décomposerdes corps albuminoïdes ; ils ne vivent que de mucus, et encore leur action sur la mucine est-elle trèsinsignifiante. Dans un cas très-grave de coqueluche, l'auteur a trouvé dans les plis muqucux du larynx et de la trachée des mycéliums bien développés sans que les cellules de l'épithelium vibratile fussent altérées, même dans leurs prolongements les plus délicats. Le parasite marche constamment de la superficie à la profondeur. Lorsqu'il arrive dans la vésicule il détermine la chute de l'épithelium et par suite de véritables pneumonies lobaires compliquées çà et là d'atelectasie et d'emphysème.

Si ces faits venaient à être confirmés par de nouvelles recherches, on trouverait dans ces résultats mieux qu'une démonstration du fait de la contagion, admis jusqu'à présent sur le seul témoignage de l'observation, mais le contagium lui-même qui n'avait jusqu'ici qu'une existence purement hypothétique. Étiologie générale. Causes extérieures. Influences diverses de l'âge, des milieux, etc. Ce que nous venons de dire de la contagion et du rôle considérable qu'elle joue dans la production et la propagation de la coqueluche va réduire considérablement ce que nous aurions eu à dire des causes générales communes, des causes extérieures et des influences de milieux.

La température, les diverses qualités atmosphériques, les saisons, les climats, n'ont qu'une part d'influence très-limitée et très-secondaire sur le développement de la coqueluche soit à l'état sporadique, soit à l'état épidémique. L'impression du froid et surtout du froid humide, qui a une si grande part dans la vénération du catarrhe commun, n'a ici tout au plus qu'une influence adjuvante. La coqueluche a été observée dans toutes les saisons, peut-être un peu plus fréquemment dans le printemps et l'automne, époques les plus favorables aux catarrhes en (général, mais les autres saisons ne sont nullement contraires à sa manifestation et à sa propagation. On a cru à une certaine époque que la coqueluche était plus particulièrement une maladie du Nord. Watt assurait, du moins,

que dans les régions septentrionales elle était et plus fréquente et plus grave. Mais on l'a observée depuis dans les contrées tempérées et dans les contrées méridionales : témoin les relations d'épidémies qui ont sévi en Italie d'après Penada et en Espagne d'après Valériola ; celle que M, G. Levacher a observée dans les Antilles en 1851, et qui, par parenthèse, offrit une gravité exceptionnelle, sévissant sur la presque totalité des enfants et n'épargnant ni les jeunes filles ni les jeunes femmes ; enfin, celles que M. V. Vel a observées depuis à la Martinique, où, dit-il, la coqueluche est, avec la grippe, une des maladies qui se montrent le plus souvent à l'état épidémique.

Au point de vue de l'âge, la coqueluche est surtout une maladie de l'enfance. Peu d'enfants y échappent, et c'est en général dans la première enfance qu'elle survient le plus souvent. Sur 130 enfants atteints de cette maladie, Blache en a compté 106 âgés de 1 à 7 ans et 24 seulement de 8 à 14. C'est, comme on le voit, avant l'époque de la seconde dentition que se trouve la plus grande porportion. La coqueluche se manifeste rarement avant l'âge d'un an, chez les enfants à la mamelle. Cependant on trouve quelques exemples d'enfants pris presque à leur naissance. Rilliet dit l'avoir observée sur un enfant nouveau-né dont la mère en était atteinte depuis un mois avant ses couches. L'exemple de M. Bouchut que nous avons cité plus haut est aussi un cas de transmission à un nouveauné de deux jours. Je me rappelle, mais sans pouvoir préciser davantage à cet égard rnes souvenirs, avoir vu une coqueluche sur un enfant à la mamelle. Voici un relevé fait par M. Bouchut portant sur 33 enfants atteints de coqueluche et âgés de moins de 2 ans. Sur ces 33 -enfants, 6 avaient moins de 2 mois et 3 n'avaient qu'un mois. D'après Ch. West plus de la moitié des cas ont eu lieu avant la troisième année révolue. Après 5 ans sa fréquence diminue, et après 10, elle devient si rare, que sur 1567 cas où il a noté l'âge des malades il n'en a trouvé que U qui eussent plus de 10 ans. Voici comment ces 1367 cas se sont distribués au point de vue de l'âge :

41,2 p. 0/0 survinient pendant les 2 premières années. 56,7 4

M. West a dressé, en outre, la table de proportion de ces 1567 cas de coqueluche sur 14,400 cas de maladies de toute sorte aux mêmes âges, qui existèrent pendant la même période à l'infirmerie des Enfants. Les cas de coqueluche formèrent :

8,4 p. 0/0 de tous les cas de maladie qui survinrent au-dessous de 6 mois. 10,5 de 6 mois à 12 —

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