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CORNE DE CERF

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CORiX'E DE CERF. Pharmacologie. On cniploie en pharmacologie, sous le nom de corne de cerf, les exlrcniités, ou cornichons, des andouillers ou branches du bois du cerf commun, Cervus elaphus. On la trouve dans le commerce sous deux formes : en cornichons, ou râpée. Celle-ci est grise ou blanche; la première passe pour provenir seule du bois de cerf ; la seconde est souvent falsifiée ou même entièrement faite avec des os râpés ; cependant la corne de cerf préalablement râtissée peut donner aussi une ràpure blanche.

La corne de cerf est composée de : gélatine, 27; phosphate de chaux, 57,5; carbonate de chaux, 1 ; eau et perte, 54,5. Il est à remarquer qu'elle ne conlient pas de graisse.

Comme substance phosphatée calcique, nous en avons déjcà parlé dans l'article Chaux; nous y avons donné les formules de la poudre de corne de cerf calcinée, de la gelée de corne de cerf, de la décoction blanche de Sydenham et de la mixture anlidiarrhéique de Mialhe, dont la corne de cerf est le principal ingrédient. 11 ne nous reste donc à présenter ici que les autres fornmles et les considérations spéciales qui n'ont pu trouver place dans l'article en question.

La gélatine de corne de cerf était autrefois préférée pour la préparation des gelées animales médicamenteuses , parce que , ne contenant pas de matières grasses, elle n'esf pas sujette à pi-endre un goût de rance en vieillissant ; mais on a aujourd'hui pour la remplacer d'autres substances gélatineuses, telles que richlhyocolJe, la grénétine, qui ont les mêmes qualités.

La corne de cerf, soumise à la distillation sèche, donne naissance à divers composés très-complexes, parmi lesquels dominent les huiles empyreumatiques et du carbonate d'ammoniaque. Ces produits pyrogénés, très-employés et trop vantés jadis, sont (en n'employant que les termes les plus usuels de leur synonymie) : le sel volatil, Vhuile volatile et l'esprit volatil de corne de cerf Nous renvoyons pour leur descziplion et leur mode de préparation au Codex, qui leur a fait, à notre avis, beaucoup trop d'honneur en s'en occupant.

Emploi médical. Après avoir gratuitement prêté des propriétés médicales à presque toutes les parties du cerf, on s'en était tenu à l'usage de son bois, en

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lui aUribuant les \ertus les plus suspectes, sinon les plus ridicules. 11 serait oiseux de rappeler que la corne de cerf, employée sous toutes les formes et introduite dans une foule de préparations, était réputée sudorifique, alexipharuiaque, antiépileptique, etc. On a enfin reconnu qu'elle n'a pas d'autres propriétés que celles du phosphate de chaux, qui tend du reste à lui être généralement substitué. Quant aux produits pyrogénés, que nous avons mentionnés plus liaut, ils étaient usités, à l'intérieur, comme stimulants, sudorifiques, antispas modiques, antiliystériques, fébrifuges, vermicides ; à l'extérieur, comme antiseptiques, antidartreux, parasiticides. 11 est admissible que ces divers effets puissent se réaliser parfois ; mais ce n'est pas une raison pour conserver dans nos pharmacopées ces conq^osés bizarres, imparfaits, et même dangereux, lorsqu'on songe que l'acide cyanhydrique et la créosote se trouvent au nombre de leurs éléments (Dorvault, Officine). 11 y a donc tout avantage à leur préférer des médicaments plus rationnels et mieux définis. Delioux de Savignac.

CORl\E »E CERF (Botanique), Coronopus. Nom spécifique d'une espèce de Plantain, le Plantago Coronopus L. {voy. Plantain). On donne aussi ce nom à une espèce de Cochlearia. Pl.

CORNES D'AiTijllOlV. Prolongements du corps calleux {voy. Cerveau).

CORIVES HTOÏDIEKIiXES. Voy. HyoÏDE.

€OR.\ESi THYROÏDIEÎVIVES. Voy. Laryxx.

CORNES DE l'utérus OU trompes utérines. Yoy. Utérus.

COR\ES DU corps CALLEUX. Yoy. Cerveau.

CORi\ÉE. § 1. Anatoiuie. La comée est une mendjrane parfaitement transparente qui continue en avant l'enveloppe fibreuse de l'œil ; elle est enchâssée dans le bord antérieur de la sclérotique et présente dans son ensemble la forme et l'aspect d'un verre de montre très-bombé. Sa surface antérieure diffère peu de la calotte d'un ellipsoïde de révolution qui aurait tourné autour de son grand axe et dont l'extrémité serait au centre de la cornée.

La forme exacte de sa face postérieure n'est pas encore rigoureusement connue.

C. Krause, qui a exécuté de nombreuses mensurations du globe oculaire, considère la courbure antérieure de la cornée comme un segment de sphère, et sa courbure postérieure comme le sommet d'un paraboloïde de révolution.

En ce qui concerne son épaisseur, Ilelmholtz a constaté sur un certain nombre de sujets qu'elle était presque constante et égale dans ses deux quarts moyens, et qu'elle n'augmentait rapidement que vers ses bords, de telle sorte qu'au centre les deux surfaces semblent être approximativement concentriques.

Kohlrausch a cherché à mesurer les rayons de courbures de la cornée sur des yeux vivants en déterminant la grandeur des images qui s'y réfléchissent.

11 a trouvé, comme moyenne des mesures prises sur douze yeux, 5,495 lignes de Paris (7'"'"87) ; comme minimum, 3,55 (7°""52), comme maximum, 5,62 (S'^-^U), et il évalue l'erreur possible et probable dans chacune de ses mensulatioQs à 0,02 de ligne. Le procédé employé par l'expérimentateur consistait à déterminer, à l'aide d'un micromètre placé au foyer de l'oculaire d'une lunette

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astronomique couvenablement disposée à cet effet- la grandeur des images réfléchies sur la Dornée.

Par une méthode sembUible Senff a déterminé non-seulement les rayons de courbure, mais encore l'ellipticité de la cornée. Il a indiqué les résultats suivants : Rayons de courliure au sommet de l'ellipse 7'°'"796 dans le méridien vertical et 7"""794 dans le méridien horizontal. Le grand axe de l'ellipse est exprimé par 9°""452 pour le méridien vertical et 10"""455 pour le méridien horizontal. Le petit axe, par S'^^SSS dans le méridien vertical et 9'""'610 dans le méridien horizontal.

Senff a également recherché la relation qui existe entre le sommet de l'ellipse cornéenne et l'extrémité antérieure de l'axe de l'œil, c'est-à-dire le point par lequel passe la ligne visuelle. Il a trouvé que le premier de ces points est situé plus bas que le second dans les coupes verticales et qu'il est situé plus en dehors dans les coupes horizontales. Pour ce dernier méridien, celui qui importe le plus à la vision binoculaire, la différence trouvée est égale à 2''9.

Les mêmes recherches ont été reprises et complétées par Helmholtz à l'aide d'un instrument plus précis auquel on a donné le nom d'ophthalmomètre, et qui sera décrit et apprécié avec détails dans un article spécial.

La cornée représentant au point de vue optique un ménisque convergent placé entre l'air et les milieux oculaires, qui ont à peu près le même indice de réfraction qu'elle, est parmi les éléments multiples de l'appareil de réfraction fixe de l'œil celui qui imprime aux faisceaux lumineux les phis importantes déviations. Sa cour])ure reste absolument invariable pendant l'accommodation. Ce fait, qui ne saurait plus être contesté, a été rigoureusement établi par les procédés ophthalmoraétriques. Il n'existe, à priori, aucune impossibilité absolue à ce que la cornée puisse changer de forme par la contraction simultanée des six muscles de l'œil pendant la vision rapprochée. Mais ce changement, qui n'est en aucune façon nécessaire pour le fonctionnement de l'accommodation, n'a jamais été démontré.

J. Janssen et C. Krause ont fait, il y a une dizaine d'années, des expériences sur la diathermanéité des milieux de l'œil. Tous deux ont trouvé que ces milieux possèdent pour les rayons calorifiques de toute espèce et en particulier pour les rayons obscurs un pouvoir absorbant sensiblement égal à celui de l'eau ; seulement la cornée et le cristallin paraissent, d'après Krause, absorber un peu plus de rayons rouges que l'eau. Ces deux observateurs concluent de leurs expériences que la rétine peut recevoir une grande quantité de rayons calorifiques et que ce n'est p^s le pouvoir absorbant de l'appareil réfringent oculaire, mais bien l'insensibilité de la rétine pour ces rayons, qui les empêche d'être perçus.

Donders et Reis ont aussi démontré .d'une manière objective que les rayons ultra-violets peuvent traverser les milieux de l'œil sans affaiblissement notable. A cet effet, ils dirigeaient ces rayons à travers des vases de verre remphs d'humeur vitrée, de cornées et de cristallins de bœuf, puis ils les recueillaient à la surface d'une solution de quinine qui a la propriété, on le sait, de produire une fluorescence bleue.

Briicke avait déjà fait antérieurement des expériences analogues dans lesquelles il avait recherché l'action de la lumière, après son passage à travers les milieux de l'œil, sur une solution de gaïac et sur le papier photographique.

On sait que la résine de gaïac récemment obtenue par dessiccation dans l'obscurité d'une solution alcoolique se colore en bleu sous l'action des rayons

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bleus, violets et ultra-violets, et que les rayons moins refrangibles lui font pei-dre cette coloration. Or la lumière qui'a traversé soit le crstallin, soit la cornée d'un bœuf, colore cette résine en vert jaunâtre, et ramène à cette couleur la résine déjà bleuie. Il suit de là que la cornée et plus encore le cristallin absorbent avec plus d'énergie ceux des rayons de la lumière du jour qui donnent la coloration bleue.

A cette propriété s'en ajoute naturellement une autre, facile à constater sur le vivant, et en vertu de laquelle la cornée produit un certain degré de fluorescence, lorsqu'elle est frappée par de la lumière violette ou ultra-violette. Dans ces conditions elle émet de la lumière d'un bleu blanchâtre, analogue à celle des solutions de quinine. Et l'on sait que les corps fluorescents absorbent toujours d'une manière notable les rayons qui provoquent leur fluorescence.

Chez l'adulte, la cornée est un peu plus mince au centre qu'au bord.

La surface qui représente la ligne de séparation entre cette membrane et la sclérotique n'est pas normale au globe oculaire; elle est représentée par un biseau taillé de dehors en dedans et d'avant en arrière, de telle façon que la sclérotique déborde en dehors et la cornée en dedans. A sa face interne, la cornée est limitée par une circonférence à peu près régulière ; extérieurement, au contraire, elle a la forme d'un ovale ù grand diamètre horizontal, résultant de ce que la sclérotique déborde la cornée, un peu plus en haut et en bas que sur les côtés.

La cornée est constituée par un tissu fibreux plus serré et plus difficile à étudier que celui de la scléi'otique. Elle se compose de trois couches distinctes : 1° le feuillet conjonctival, qui recouvre sa face externe ou conjonctive cornéenne; 2" le revêtement postérieur ou membrane de Descemet ; 3° la cornée proprement dite. La première et la deuxième sont formées d'un épithélium et d'une membrane amorphe élastique sous-jacente. La couche moyenne est constituée par un tissu fibreux spécial. On pourrait donc représenter la cornée comme une membrane fibreuse, enveloppée en avant et en arrière par une limitante pourvue d'un revêtement épilhélial.

a. La couche fibreuse, de beaucoup la plus épaisse, est formée d'une substance très-voisine du tissu conjonctif , mais qui, d'après MûUer, se transforme par l'ébuUition en chondrine et non en gélatine. Les éléments dont elle se compose sont représentés par des faisceaux pâles de 5 à 10 millièmes de millimèti'e, réunis en cordons aplatis souvent anastomosés entre eux, non-seulement dans l'étendue d'une même couche, mais encore d'une couche à l'autre; ils affectent deux directions principales, l'une transversale et l'autre longitudinale, de façon à constituer un entrelacement de fibres à peu près régulier. Dans ce réseau, il n'y a d'autres vacuoles que celles qui sont remplies par les cellules cornéennes.

Vue dans son ensemble, la cornée présente, sinon des lames distinctes, du moins une structure lamelleuse dont les éléments ont leurs faces parallèles à la surface de la membrane. Aussi est-il très-difficile de la déchirer ou de la traverser dans le sens de son épaisseur.

Les faisceaux de fibres de la cornée arrivés au bord de cette membrane se continuent directement et sans interruption avec les fibres de la sclérotique, de sorte qu'il est impossible d'admettre entre les deux membranes une séparation qui ne soit pas artificielle.

On. trouve entre les faisceaux de la cornée un nombre incalculable de cellules à noyau, fusiformes ou étoilées, anastomosées entre elles, et semblables à

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celles qui appartiennent en propre au tissu conjonclif. Ces cellules ont été décrites pour la première fois par Toynbee, en 1841, et plus tard par Virchow, puis par His ; elles se rencontrent également dans la sclérotique; elles s'ont, aplaties dans le sens des lamelles de la membrane ; elles possèdent un contenu transparent et de beaux noyaux. A l'aide de nombreux prolongements, dont les uns traversent perpendiculairement ces lamelles, mais qui pour la plupart sont conlenus dans leur épaisseur, toutes ces cellules sont unies ensemble, et forment chez certains animaux un canevas très-régulier.

Le docteur Boddaert de Gand, en employant la méthode des injections par ponction dans le tissu de la cornée, dit avoir constamment trouvé, tant chez l'homme que chez les animaux, un système creux affectant soit la iWme tubulaire, soit la forme réticulaire. La forme tubulaire chez l'homme occuperait le quart antérieur de la membrane, et l'autre, les trois quarts postérieurs. Ces deux systèmes communiqueraient enti'e eux {Centralbl. 1871, n" 22).

Le docteur Lavdowski a donné sur la structure canaliculée de la cornée une iaterprélation qui, sur certains points, diffère de la précédente. En combinant l'imprégnation au chlorure d'or avec des injections faites au moyen du bleu de Prusse, il croit avoir démontré que les canalicules de la cornée forment dans chatjue couche des réseaux concentriques qui s'anastomosent fréquemment entre eux d'une couche à l'autre ;"^que ces canalicules possèdent une paroi propre; que l'interscclion de plusieurs canalicules forme une cavité étoilée connue sous le nom de corpuscule de la cornée. Cette cavité renfermerait un noyau adhérent entouré de protoplasma pourvu de nucléoles {Archiv f. mikroskopische Anatomie, i8T2, p. 538).

Les cellules cornéennes émettent en général leurs prolongements suivant deux directions pei^pendiculaires entre elles. Il paraît certain que les sucs nourriciers dont la cornée est constamment et abondamment pourvue sont distribués dans la membrane par l'intermédiaire. de ces cellules.

A l'appui de cette opinion on a rappelé que très-souvent, dans les cas de maladie de la cornée, on trouve dans ces cellules des gouttelettes de graisse et quelquefois même, suivant Donders, des granulations pigmentaires.

Les canaux injectés par Bowman [Cannltubes) dans la cornée de l'œil humain ne doivent pas être confondus avec ce réseau de cellules. Certains anatomistes les considèrent comme de petits espaces qui existeraient normalement entre les éléments histologiques de la cornée, contrairement à l'opinion émise plus haut et suivant laquelle la cornée ne présente d'autres espaces interstitiels que ceux qui sont produits par la préparation.

b. La conjonctive cornéenne est formée principalement d'un épithélium stratifié épais et mou. Les couches profondes de cet épithélium sont composées de cellules allongées, disposées perpendiculairement à la cornée. Les cellules des couches moyennes ont une forme plus arrondie; celles de la superficie enfin représentent de véritables lamelles aplaties, molles, minces, d'un noyau mesurant de 1 2 à 50 dixièmes de millimètre de largeur, lamelles dont l'ensemble forme une couche analogue à la couche cornée de l'épiderme. Cet épithélium repose sur une lame amorphe que Reichert a signalée le premier et qui est connue sous le nom de lame élastique de Bowman.

Cette lame, qui se voit très-bien sur des coupes perpendiculaires et soumises à l'action d"un alcali, n'est pas nettement délimitée par sa face profonde. On la considère généralement comme un reste de la couche vasculaire qui existait

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sur la conjonctive cornéeiine dans les premiers temps de la vie. De celle lame partent çà et là des fibres recourbées qui ressemblent à de petits faisceaux rigides de tissu conjonclif ou à des fibres élastiques et qui, selon Bovvman, pénètrent pour s'y perdre dans l'épaisseur de la cornée. Kôlliker îcs considère comme appartenant à la substance même de l;i cornée.

c. La membrane de Descemel ou de Demours, appelée encore membrane de l'humeur aqueuse, se compose aui:si de deux parties : d'une membrane élastique assez lâchement unie au tissu de la cornée : c'est la membrane de Descemct proprement dite, et d'un épilhélium appli({iic sur la face libre de celle dernière. La membrane élastique est transparente comme du verre, brillante, complètement amorphe, facile à déchirer et assez élastique pour s'enrouler com[)létement sur elle-même, lorsqu'elle est séparée de la cornée soit par la dissection, soit par la coction dans l'eau ou la macération dans les alcalis. L'action de ces derniers, de même que celle des autres agents chimicjucs, ne trouble nullement sa transparence. Ses propriétés chimiques la t'craient comparer à la capsule cristalliuienne. Vers le bord de la cornée elle se continue avec un système spécial de fibres signalé par Reichert, mais dont Bowman a donné une description plus précise. Ces libres commencent à une petite distance de la circonférence de la cornée, vers l'extrémité de la membrane de Descemet, sous la forme d'un réseau allongé, qui est composé de librilles très-fines analogues à des libres élastiques. Au niveau du bord même de la cornée elles occupent toute l'épaisseur de la membrane. Une partie d'entre elles se réfléchit alors sur la face antérieure de l'iris, se perd dans les régions antérieures de cette membrane et forme le ligament pectine de Hueck. D'autres se rendent au ligament cUiaire ou mieux au muscle ciliaire; d'autres enfin concourent à former la paroi interne du canal de Schlemm.

Les avis sont partagés sur la nature du lissu de la membrane de Descemet. Reichert le considère comme un tissu conjonclif particulier ; Brùcke comme un tissu spécial. Bowman le croit constitué par du tissu élastique et du tissu conjonclif. Kcilliker enlin en fait une forme intermédiaire entre ces deux derniers tissus.

Vers le bord de la membrane de Descemet on trouve du côté de la face interne de petites saillies verruqueuses découvertes par H. Miiller, et qui dans la vieillesse et dans certains cas pathologiques deviennent plus grandes et s'étendent sur une plus large surface.

L' épilhélium de celle membrane, que l'on trouve souvent altéré chez l'homme, est représenté par une simple couche de cellules polygonales contenant une substance pâle finement granulée et un noyau arrondi. Cet épilhélium se termine vers la circonférence de la cornée comme couche continue ; mais des séries de cellules allongées et même fusilbrmes se prolongent sur les réseaux fibreux du ligament pectine dont elles enveloppent les éléments, et à la circonférence de 1 iris où la couche épithéliale redevient complète.

La cornée est à peu près absolument dépourvue de vaisseaux chez l'adulte ; mais il n'en est pas de même chez le fœtus, d'après les observations de Miiller et de Henle, qui ont constaté dans la conjonctive cornéeune de l'homme et du mouton un riche réseau vasculaire, lequel paraît cependant ne pas s'étendre jusqu'au centre de la membrane. Vers la fin de la vie fœtale et après la naissance, ce réseau s'atrophie, plus complètement chez l'homme que chez les animaux, de sorte qu'eu ne trouve plus chez le premier, sur le bord de la cornée, qu'une zone de 1 à 2 millimètres de largeur dans laquelle survivent des vaisseaux sanguins. Ce sont, en général, des capillaires très-fins de 4 à 10 millièmes de millimètre de

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largeur, d'une direction rectiligne, d'une couleur violette ou blanchâtre, et qui se terminent en formant une série d'anses très-élégantes. Ces capillaires proviennent des artères ciliaires antérieures et représentent un réseau spécial, désigné par van Wœrden sous le nom de réseau conjonctival antérieur, lequel communique a\ec les vaisseaux conjonctivaux postérieurs, fournis par les palpébrales. On les trouve dans l'épaisseur du tissu de la conjonctive qui à ce niveau forme un certain relief appelé anneau conjonctival. L'anneau conjonctival empiète un peu sur la cornée et se continue avec la membrane élastique antérieure. On rencontre en outre dans le tissu cornéen même des capillaires profonds qui proviennent de la sclérotique, accompagnent généralement les troncs nerveux et se terminent par des anses capillaires très-fines. D'après Leber, au contraire, il n'existerait point de vaisseaux scléroticaux de la cornée : ceux-ci émaneraient des artères ciliaires antérieures.

On ne sait rien de bien précis au sujet des lymphatiques de la cornée. Kôlliker a décrit des vaisseaux qu'il a rencontrés exceptionnellement dans la cornée d'un jeune chat et qu'il considère comme des lymphatiques ; ils étaient représentés par des vaisseaux pâles, distincts des anses capillaires, contenant des corpuscules sanguins beaucoup plus larges que ces derniers et qui, tantôt marchent isolément et pénètrent dans la cornée aussi loin que les vaisseaux sanguins pour s'y terminer en massue ou en pointe, tantôt se réunissent au nombre de deux ou d'un plus grand nombre pour continuer des anses pourvues de prolongement terminés en cul-de-sac. Mais ces vaisseaux n'ont été rencontrés qu'une seule fois par Kolliker.

His, de son côté, les a trouvés une fois sur un œil de veau.

Il serait difficile de considérer une disposition aussi rarement observée comme l'état normal ou comme la représentation d'un système lymphatique.

Recklinghauseu, dans ses recherches sur les vaisseaux lymphatiques, a décrit pour la cornée des canalicules plasmatiques semblables à ceux qu'il a trouvés dans d'autres régions. Il a été conduit à les considérer comme une dépendance du système lymphatique parce qu'il est parvenu à démontrer leurs connexions avec des troncs lymphatiques ramifiés dont les plus gros, situés au bord de la cornée, renferment un filet nerveux.

Les nerfs de la cornée, décrits pour la première fois par Schlemm, proviennent des nerfs ciliaires et plus spécialement des filets qui émanent du ganglion ophthalmique ; ils pénètrent dans la sclérotique à sa partie antérieure et passent de là dans l'épaisseur de la cornée. Ces nerfs, très-faciles à trouver chez l'homme à la périphérie de cette membrane, forment de 24 à 56 petits troncs de divers calibres qui se résolvent en une foule de ramifications et d'anastomoses dont l'ensemble représente un réseau à larges mailles occupant toute l'étendue de la cornée.

Les nerfs de la cornée ne sont formés de tubes à contour foncé que sur la périphérie de cette membrane, dans une zone dont la largeur moyenne est de I à 2 millimètres. Au delà de cette zone, ils ne présentent plus que des fibres sans moelle, complètement hyalines et transparentes, ce qui fait que ces éléments, de même que tous ceux de la cornée, n'entravent en inen le passage des rayons lumineux.

Les nerfs de la cornée traversent l'épaisseur de la membrane et se divisent du côté de sa face externe pour se terminer dans l'épithélium du feuillet conjonctival, ainsi que Cohnheim l'a démontré pour la première fois en faisant usage du chlorure d'or.

CORNÉE (anatomie). 477

Dans ce trajet, ces petits troncs se ramifient fréquemment et forment par leurs •\nastomoses un plexus de fibres transparentes dont les rameaux les plus délicats siéi^eiit immédiatement au-dessous de la membrane élastique antérieure.

Les branches de ce plexus, successivement étudiées et décrites par KôUiker, His S«misch, etc., possèdent une gaîne à noyau que Kolliker est disposé à admettre même pour les éléments les plus déliés, attendu qu'il l'a rencontrée jusque sur les ramifications qui s'enfoncent dans l'épithélium.

Da plexus superficiel de la substance cornéenne partent çà et là des ramuscules isolés qui s'élèvent soit verticalement, soit obliquement, vers la membrane élastique qu'ils traversent en ligne droite sans bifurcations. Après avoir traversé la membrane élastique, ces rameaux perforants changent brusquement de direction et forment des expansions qui s'étendent horizontalement entre les cellules épithéliales les plus profondes et la membrane élastique : c'est ce que Cohnheim a appelé le réseau terminal sous-épithélial ; chez l'homme, ce réseau se compose de fibrilles nerveuses très-fines, très-nombreuses, qui cheminent parallèlement à la direction des rayons de la cornée sans présenter aucune trace de ffauie nerveuse ni de noyaux. Ces cylindres d'axe sont séparés les uns des autres de telle façon que chacun d'eux peut être suivi.

De ce réseau sous-épithélial s'élèvent, ainsi que Cohnheim l'a fait connaître, sous la forme de prolongements terminaux et de ramifications latérales, une foule de fdaments qui s'avancent perpendiculairement dans l'épaisseur de l'épithélium, et qui, après avoir passé entre les cellules les plus profondes, se distribuent d'une manière très-variable entre les cellules de la superficie.

Ces fibres, devenues horizontales après un trajet variable entre les couches de cellules aplaties, présentent encore de rares anastomoses et se terminent par une extrémité libre, pourvue souvent d'un léger renflement. Généralement ces extrémités sont encore recouvertes par les cellules épithéliales les plus superficielles ; c'est à peine si çà et là elles atteignent, entre quelques cellules isolées, la surface de l'épithélium; vues de face, ces fibres terminales apparaissent dans l'épithélium, sous la forme d'étoiles à trois, quatre ou cinq branches trèsirrégulièrement conformées et pourvues d'un nombre variable de bifurcations. Les extrémités libres de ces nerfs épithéliaux seraient flottantes, selon l'observation de Cohnheim, dans l'humidité qui lubrifie la cornée; mais cette disposition n'a été retouvée ni par Kolliker, ni par Engelmann, ni par aucun autre anatomiste.

Outre les nerfs qui pénètrent dans l'épithélium, il en est un certain nombre d'autres qui se perdent dans le tissu cornéen. Le docteur Lavdowski, dont les idées sur l'état canaliculaire de la cornée ont été précédemment exposées, admet qu'une partie des nerfs de cette membrane, au moment où ils sont réduits à l'état de cylindres d'axe, se termine dans la substance fondamentale de la cornée, pénètre dans les canaliculesplasmatiques et même avant d'y arriver s'enroule d'une gaîne que l'on injecte en même temps que le réseau canaliculaire. Parvenus dans les canalicules, les filets nerveux de ce dernier ordre auraient le même mode de terminaison : les uns se perdraient dans les noyaux des canalicules, les autres traverseraient un premier noyau et iraient gagner le nucléole d'un noyau voisin soit en suivant les canalicules, soit en traversant la substance fondamentale. Quelquefois, au dire du même observateur, le filet nerveux s'enroulerait autour d'un noyau, puis continuerait son trajet sous la forme d'une fibrille variqueuse très-fine. Il convient d'ajouter que les recherches récentes de

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Rollet et de Klein sur ce point jettent quelques doutes sur la re'alité ou l'exactitude des résultats annoncés par Lavdowski. Aucun d'eux n'a pu constater la terminaison des fibrilles nerveuses dans les canalicules ou leurs noyaux.

Kôlliker a constaté, en outre, sur la cornée du lapin, la présence de nerfs dans cette portion de la membrane qui passait pour en être absolument dépourvue. Des troncs des nerfs cornéens, observés près du bord de la cornée, portent de petits rameaux nerveux qui se dirigent vers la face concave de cette dernière. Ces rameaux, rapidement réduits au cylindre d'axe, très-fins et variqueux, continuent à cheminer horizontalement, tantôt appliqués sur la membrane élastique postérieure, tantôt situés à une faible distance de cette dernière. Ce qui caractérise ces filaments, c'est leur trajet rectiligne sur une étendue plus ou moins considérable dans deux directions réciproquement perpendiculaires (celle du rayon et celle de la tangente) ; et c'est, d'autre part, les courbures à angle droit qu'ils forment souvent, si bien qu'un môme filet peut représenter un rectangle ou un quadrilatère. Il paraît exister des anastamoscs entre ces fibres : mais la terminaison la plus commune est représentée par des extrémités libres dans l'épaisseur de la cornée. Quoi qu'il en soit, il demeure établi que les fibres nerveuses sont rares dans la membrane de Descemet ou dans son voisinage.

g II. Physiologie. Les détails anatomiques qui précèdent doivent être toujours présents à l'esprit lorsqu'il s'agit d'interpréter les phénomènes physiologiques dont la cornée est le siège. Celle-ci a sa sensibilité spéciale comme elle a ses nerfs spéciaux, et selon les circonstances elle peut survivre à la sensibilité générale de l'organe, ou disparaître la première. Dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone et par la strychnine, ainsi que Claude Bernard l'a démontré le premier, la cornée devient insensible avant les autres parties de l'œil. Il en a été de même dans les expériences de Bergeron et Lévy sur le sulfure de carbone. L'arrachement du ganglion ophthalmique pratiqué par Claude Bernard priva de même la cornée seule de sa sensibilité. Et par contre cette membrane, sous d'autres intluences, reste la dernière sensible. Il en est ainsi dans la mort par hémorrhagie, par l'acide carbonique, par les anasthésiques.

La part que le trijumeau et le grand sympathique prennent à l'innervation de l'œil permet de se rendre compte des troubles de la circulation, de la nutrition et des sécrétions, qui sont consécutifs aux lésions de ces nerfs.

L'influence du grand sympathique sur la nutrition de l'œil a été tout particulièrement étudiée par Sinitzini dans sa thèse inaugurale à la suite de nombreuses expériences sur les animaux.

Dans une première série d'expérience, l'auteur eut l'idée de traverser les deux cornées, avec des fils de verre très-fins, à dix lapins auxquels il avait fait subir d'un côté, vingt-quatre heures auparavant, l'arrachement du ganglion cervical supérieur et la section du cordon cervical : huit fois la cornée se montra réfractaire à l'action irritante du côté opéré, tandis que l'autre œil était le siège de phénomènes inflammatoires violents ; deux fois seulement il survint une certaine réaction, mais beaucoup moins intense que du côté sain. La section du grand sympathique ou la suppression de son influence aurait donc pour effet d'empêcher l'inflammation consécutive à une irritation de se produire.

Dans une autre série d'expériences, les corps étrangers ne furent introduits à travers les cornées que de dix à vingt-sept jours après la section du sympathique; l'action paralysante de ce dernier fut nulle et l'inflammation fut aussi vive d'un

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côté que de l'autre, ce qu'il faut attribuer à ce que les elîets de la section du sympathique sur les vaso-moteurs avaient disparu, ou mieux, à ce que le sympathique avait été suppléé par des filets provenant du bulbe, de la protubérance ou de la partie supérieure de la moelle.

La section du grand sympathique empêche non-seulement l'inflammation de se produire, mais elle la modifie encore, lorsqu'elle existe. Dans six expériences du même auteur, la section du sympathique ne fut pratiquée qu'au moment où rinflaramation s'était déjà déclarée ; celle-ci fut de plus courte durée du côté opéré que du côté sain.

Dans six autres cas, on pratiqua simultanément l'extirpation du ganglion cervical et la section du trijumeau. Nous indiquerons bientôt qu'à la suite de la section de ce dernier nerf il survient des troubles nutritifs graves du côté de la cornée; celle-ci ne tarde pas à se troubler, à s'ulcérer, puis à se perforer. La destruction de l'élément sympathique eut pour conséquence d'empêcher complètement ces effets. Enfin, si un œil est déjà le siège de troubles nutritifs provoqués par la section du trijumeau, la destruction du ganglion cervical les fait disparaître, ou tout au moins en arrête le développement.

De ces ingénieuses recherches l'auteur conclut avec raison que le grand sympathique exerce une action trophique énergique sur la cornée.

Mais c'est surtout au trijumeau qu'est réservé le rôle le plus actif sur la nutrition de cette membrane. Magendie fut le premier à démontrer expérimentalement cette action désignée par lui sous le nom de troubles oculo-nutritifs, et qui se présente avec les caractères suivants, immédiatement après la section du trijumeau, l'œil devient insensible au toucher, le clignement palpébral physiologique cesse de se produire, la cornée se trouble légèrement, la conjonctive s'injecte et la pupille devient étroite. Peu de temps après, les couches de la cornée deviennent opaques, se ramollissent, se boursouflent, se déforment et tombent rapidement en putrilage, laissant échapper les humeurs de l'œil qui sont déjà plus ou moins profondément altérées.

Pendant que s'accomplissent ces phénomènes du côté de la cornée, les vaisseaux péri-kératiques superficiels et profonds sont gorgés de sang; la conjonctive est rouge, tuméfiée, œdémateuse ; les pupilles se resserrent encore et atteignent un degré de myosis supérieur à celui que détermine la section du grand sympathique; et ce qui saisit le plus dans cette scène de désorganisation rapide, c'est l'absence complète de douleurs soit spontanées, soit provoquées.

Dans ces conditions, la température est abaissée dans la moitié correspondante de la face.

Cette même question a été reprise par Claude Bernard et envisagée sous toutes ses faces avec cette netteté, cette logique sévère qui caractérise les travaux do l'éminent physiologiste. Dans une série d'expériences, il démontre : 1° que la section du trijumeau entre la protubérance et le ganglion de Gasser est trèsrarement suivie de troubles oculo-nutritifs ; 2° que la même section pratiquée au niveau ou au delà du ganglion leur donne naissance ; d'où il suit que les troubles oculaires résultent de la lésion non des racines du nerf, mais bien des ganglions qu'elles traversent ; 3» que la vigueur de l'animal mis en expérience exerce une influence marquée sur les effets de la section du trijumeau ; plus celle-ci est grande, plus ils sont lents à se produire et moins ils sont intenses ; plus l'animal est affaibli, épuisé, au contraire, plus les désordres oculaires sont graves et rapides ; 4» que les effets provoqués ducôté de l'œil par la section du

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trijumeau sont atténués, retardés quand on arrache en même temps le ganglion cervical supérieur. Nous avons déjà dit précédemment que Sinitzini avait été conduit pareillement par ses expériences à cette conclusion que les effets de la section du trijumeau étaient entièrement annihilés par la destruction du ganglion.

L'action si remarquable exercée par la section de la cinquième paire sur la nutrition de la cornée a été diversement interprétée. Dans l'opinion de Donders et de Snellen, elle est due uniquement à l'état d'insensibilité qu'elle provoque, et en vertu duquel les poussières de l'atmosphère peuvent se déposer et comme s'incruster à sa surface sans être entraînées par le clignement des paupières que leur présence sollicite à l'état normal : la cornée serait de la sorte irritée et cette irritation aboutirait à la mortification de la membrane : à l'appui de cette manière de voir, Snellen invoquait l'expérience suivante qui avait été déjà faite par Schiff : Chez un animal auquel il avait pratiqué la section du trijumeau, il fit la suture des paupières : huit jours après, la cornée était encore transparente, bien que l'œil fut insensible, rouge et saillant. Les mêmes résultats ont été obtenus depuis par Buttner et par d'autres.

Ces effets de l'occlusion sont fort intéressants et tout à fait dignes d'intérêt au point de vue pratique. Mais il est difficile de les attribuer exclusivement à une simple protection. Claude Bernard a fait observer avec raison que, si les altérations de la cornée étaient dues au contact de corps étrangers, les mêmes accidents devraient se produire après la section ou la paralysie du facial qui, en annihilant l'orbiculaire, a pour effet nécessaire de supprimer aussi le clignement et de laisser l'œil sans défense. Or, la paralysie du facial n'est jamais suivie d'altérations graves du côté de la cornée. II survient bien un surcroît de sensibilité à l'air, mais pas de désorganisation appréciable : Claude Bernard en conclut que la cinquième paire exerce une action directe, spéciale, sur la nutrition de la cornée.

Schiff a confirmé les résultats obtenus par Claude Bernard dans des expériences propres à préciser davantage encore le rôle du trijumeau et du ganglion de Casser. Sur quatre animaux (chats et lapins), chez lesquels la section de la cinquième paire et du ganglion avait été faite incomplètement, la sensibilité de la cornée fut conservée, bien que les troubles oculo-nutritifs fussent les mêmes. Meissner, dans une expérience fortuitement analogue, constata les mêmes résultats. Il avait voulu pratiquer la section du trijumeau sur un lapin, mais la sensibilité persistant après l'opération, il en conclut que la section était incomplète, ce qui n'empêcha pas que la cornée, au bout de quelques jours, s'opacifiât, et que les troubles oculo-nutritifs prissent leurs développements habituels. L'animal ayant été ensuite saci'ifié, on constata que la déchirure du nerf était incomplète et qu'elle n'occupait que son côté interne, celui qui confine au ganglion de Casser. A ce propos, Meissner rappelle qu'une expérience faite par Buttner a fourni la confirmation et le complément de la précédente. Cet expérimentateur, après avoir pratiqué la section du trijumeau, constata l'insensibilité de la cornée sans qu'il survînt cette fois de troubles oculo-nutritifs. L'autopsie démontra que le côté externe du nerf avait été seul intéressé. Il résulterait donc de ces deux expériences, qui se complètent et se contrôlent l'une par l'autre, que la cinquième paire exerce une influence directe sur la sensibilité et la nutrition de la cornée, et que, de plus, c'est le côté interne ou ganglionnaire du nerf qui agit sur la nutrition, tandis que la partie externe agirait sur la sensibilité.

La destruction de la cornée et la fonte purulente de l'œil n'ont pas été la

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conséquence constante de la section du trijumeau entre les mains de Snellen : quelquefois il ne s'est produit qu'une simple atrophie de l'œil qui devint mou et plus petit. Pour ce dernier auteur, l'influence du trijumeau s'exercerait tout spécialement sur la sécrétion des humeurs de l'œil et agirait directement ainsi sur la tension intra-oculaire.

La cornée, à l'état sain, ne se laisse pas traverser par les liquides de l'œil. L'opinion contraire a été longtemps soutenue, et en particulier par Sténon, Leewenhoek, Janin, etc., qui admettaient l'existence de pores dans le tissu cornéen. Les expériences de Lehert, en particulier, ont démontré que l'humeur aqueuse ne filtre jamais à travers la cornée : on peut dépouiller celle-ci de son épithélium, augmenter considérahlement la pression intra-oculaire, on ne réussit jamais à faire passer la moindre gouttelette de licjuide. Mais il n'en est plus de même lorsque la décomposition cadavérique a commencé, et c'est précisément parce que les anciens observateurs avaient expérimenté sur des yeux déjà putréfiés qu'ils ont été induits en erreur. C'est à l'endothélium de la membrane de Descemet que la cornée doit son imperméabilité. Déjà Descemet lui-même avait insisté sur le rôle de protection joué par la membrane qui porte son nom. Si l'on enlève cet endothélium avec un pinceau en blaireau, l'humeur aqueuse fdtre au niveau de la brèche et vient perler à la surface de l'œil. On trouve à ce sujet dans le Mémoire de Lebei't une expérience digne d'être mentionnée. L'habile expérimentateur avait fait une petite brèche en forme de croix sur l'endothélium à l'aide d'une aiguille plongée dans la chambre antérieure. Il survint un trouble de la cornée qui prit précisément la forme d'une croix, et les gouttelettes de liquide n'apparurent que sur les branches de la croix.

L'imbibilion de la cornée lui fait perdre sa transparence.

L'épithélium qui recouvre la membrane de Bowman oppose aussi un léger obstacle au passage des liquides intra-oculaires, bien que son rôle principal consiste à protéger le tissu de la cornée contre le contact de corps étrangers et l'action irritante de l'air et de la lumière.

§ m. Anatomie pathologique. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. L'examen à l'œil nu , à l'oplathalmo-microscope et principalement au microscope , a démontré que les altérations de la cornée, consécutives à divers processus pathologiques et aux irritations traumatiques , diffèrent peu entre elles et diffèrent peu, malgré l'absence de vaisseaux, de ce que l'on observe dans les tissus qui sont vasculaii^es. En raison de leur simplicité et de l'unifoi^mité de leur évolution, il a été possible de les provoquer et de les étudier sur des animaux.

Toutes les altérations que l'on rencontre dans la cornée ont pour siège principal la cellule : on n'y rencontre ni exsudation ni changement dans la masse intercellulaire qui puisse être attribué à une infiltration. C'est donc par abus que les expressions d'exsudations et d'infiltrations se trouvent encore fréquemment dans le langage médical.

Un grand nombre de travaux ont été entrepris sur l'anatomie pathologique de la cornée. Le premier, le plus important, le plus complet de tous, est celui de His. Cet habile expérimentateur, en irritant le centre de la cornée d'un lapin par la chaleur, les agents chimiques, ou par un traumatisme quelconque, a pu suivre la série des modifications qui s'opèrent successivement dans le tissu de la membrane et qui peuvent se résumer de la façon suivante. Toutes les mo-

DICT. ENC. XX. 31

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difications s'opèrent dans les cellules : celles-ci augmentent peu en volume , mais leurs nucléoles se segmentent, leur nombre augmente 'd'une façon prodigieuse et qui est en rapport avec l'intensité de l'irritation. Le mode suivant lequel s'opère la segmentation des noyaux décide du sort de la cellule nouvelle. Si celle-ci n'est pas poussée très-loin, il ne se forme que très-peu de cellules nouvelles; si, au contraire, elle est très-active, il peut survenir une génération de cellules endogènes si abondante que la cellule mère en est entièrement envahie, qu'elle se dilate et qu'elle semble déverser le trop-plein de son contenu dans ses prolongements ramifiés.

D'après Ilis, il est impossible de reconnaître au moment de la formation des cellules si elles sont destinées soit à subir la dégénérescence graisseuse, soit à former des globules purulents, soit, enfin, à se transformer en cellules fusiformes et à contribuer ainsi à la formation des parois des vaisseaux et à h régénération des tissus.

Les conditions capables d'agir sur la destination des jeunes cellules sont fort difficiles à définir. Il est certain, toutefois, qu'une production trop rapide et trop abondante et la distance qui les sépare des vaisseaux sanguins représentent des conditions défavorables à leur organisation.

Lorsque l'irritation a été violente au centre de la cornée, la segmentation est excessive et il ne se produit guère sur place de cellules endogènes. Le contenu nucléolaire se transforme en une masse graisseuse et la cellule elle-même se détruit. Sur des points moins rapprochés du foyer de l'irritation, la segmentation des noyaux et la production des cellules, quoique toujours en rapport avec la violence de l'irritation, sont bien moins accusées et bien plus propres pour ce motif à donner naissance à une génération de cellules susceptibles d'atteindre un degré plus avancé d'organisation. A égale distance du foyer d'irritation, les effets diffèrent selon le degré d'éloignement des vaisseaux. C'est ainsi que dans les parties les plus profondes de la cornée qui sont les plus éloignées du système vasculaire, près de la membrane de Descemet, les effets de l'irritation sont beaucoup moins accusés qu'à la périphérie. De ce côté l'agrandissement des cellules marche lentement, la segmentation des noyaux est tardive, le contenu de h cellule ne se détache et ne se segmente qu'à la longue et même ces deux phénomènes peuvent manquer complètement, de telle sorte que la génération des cellules reste très-limitée, à moins que l'irritation n'ait été assez violente ou assez durable pour atteindre directement les couches profondes.

On voit ainsi que la segmentation des noyaux s'effectue principalement au point où l'irritation a porté, tandis que l'organisation cellulaire s'effectue principalement au voisinage des vaisseaux par l'effet d'échanges nutritifs plus actifs.

L'expérimentation a aussi démontré à His que la propagation de l'irritation dans le tissu cornéen s'effectue beaucoup plus rapidement à la surface que dans la profondeur.

Les différentes modifications opérées dans le tissu de la cornée à la suite d'une irritation sont indiquées par des modifications dans son aspect extérieur. Comme les noyaux, surtout quand ils sont petits et accumulés en grand nombre, réfléchissent fortement la lumière, le tissu cornéen paraît opaque et le degré de l'opacification est proportionné au nombre des noyaux contenus dans les cellules et au nombre ainsi qu'à l'état des cellules métamorphosées. C est ainsi que la coloration de la cornée varie du gris clair au gris laiteux ou prend une teinte jaunâtre lorsque les produits de la prolifération deviennent le siegf

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d'une dégénérescence régressive. A mesure que les phénomènes d'irritation diminuent, les noyaux s'agrandissent, palissent, se ratatinent : quelques-uns reprennent leur aspect normal ; le plus grand nombre disparaît et le tissu redevient transparent.

L'augmentation de volume des cellules de la cornée détermme bien moins d'opacités que la segmentation des noyaux.

La masse intercellulaire présente aussi fréquemment une altération de nutrition que l'on reconnaît à une sorte de fendillement de cette substance. C'est à cette altération que His est disposé à attribuer le défaut de transparence de la cornée qui s'observe, soit au bord de la membrane au début des kératites trèsviolentes, soit au pourtour des leucomes de la cornée, et qui donne aux parties un aspect luisant et nacré.

Le ramollissement et la mortification du tissu de la cornée dépendent de l'augmentation en nombre des éléments cellulaires, des diverses phases que parcourent ces derniers, et de la disparition consécutive de la substance intercellulaire.

Quant à la régénération, elle s'effectue aux dépens des cellules endogènes : selon le développement plus ou moins complet et plus ou moins considérable que prennent ces dernières, les pertes de substance de la cornée sont comblées par du tissu qui est trans})arent ou opaque : on peut établir d'une façon générale que, si la formation des nouvelles cellules s'effectue très-rapidement et sur une grande étendue, le tissu qu'elles forment prend les caractères du tissu cicatriciel et reste plus ou moins opaque, tandis que, si le développement de ces mêmes cellules s'effectue assez lentement pour que chacune puisse atteindre des dimensions suffisantes, leur transparence peut être parfaite.

On doit aussi sur ce même sujet à Key et Wallis, puis à Purser et S. Talma, d'intéressantes recherches qui diffèrent des précédentes sur certains points importants.

D'après ces examinateurs, lorsqu'on touche le centre de la cornée d'une t^renouille avec un crayon pointu de nitrate d'argent , il se forme immédiatement une eschare autour de laquelle se développe rapidement une zone de vacuoles. Ces vacuoles prennent naissance dans le corpuscule de la cornée aux dépens du noyau qui s'y trouve ; elles affectent les formes les plus différentes ; leur nombre est variable ; elles sont disposées en zones circulaires autour de l'eschare. Ce seraient les couches antérieures qui présenteraient ces vacuoles en plus grand nombre. A ce niveau il y en aurait au moins huit à dix couches superposées. Cohnheim avait déjà antérieurement signalé l'existence de cette couche.

Le protaplasma serait également altéré, creusé de vacuoles, et les prolongements qui unissent entre eux les corpuscules détruits : jamais à ce moment on ne découvre de nouvelles cellules. Le processus en activité serait donc exclusivement dégénératif : il peut aboutir à une destruction complète des corpuscules avant qu'une nouvelle cellule apparaisse. Celles-ci naissent d'un travail de prolifération lent, qui a son point de départ à la circonférence, s'étend de proche en proche vers l'eschare. Au deuxième et au troisième jour, on observe un certain nombre de cellules, qui se meuvent entre les lames de la cornée, se dirigent yers le centre et s'accumulent en grand nombre autour de l'eschare. Ces cellules de migration ressembleraient en tous points, au témoignage de Key et Wallis, aux globules blancs du sang : acce])tant sans restriction

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