VAPEUR. DE SATURATION
Mars O.OS-'-.ig 78,01
Avril CIO-", 13 74,08
Mai O.iô-^.ûS 76.41
Sur le littoral, les observations recueillies pendant trois années par M. Dupeyrat, ingénieur en chef des ponts et chaussées, donnent les résultats suivants : moyenne annuelle des jours pluvieux, 48. Moyennes mensuelles : janvier 6,5, février 5,0, mars 4,6, avril 5,2, mai 4,0, juin 2,3, juillet 0,3, août 1,3, septembre 5,0, octobre 5,6, novembre 6,6, décembre 5,7.
A Ajaccio, d'après M. G. Guerin cité par M. Pietra Santa, en trois mois, la quantité d'eau tombée est représentée par 140""", 50 (56"', 75 en mars, 19'",25 en avril, 64"'"', 50 en mai). Le nombre des jours pluvieux et la quantité de pluie augmentent dans l'intérieur. Plus on s'élève, plus la neige est fréquente et abondante. Elle persiste souvent plusieurs semaines à Bocognano et dans les villages du Niolo.
Les vents dominants sont le nord-ouest (mistral), le nord-est (grégale), le nord (tramontana), le sud-est (sirocco) et le sud-ouest (libeccio). Pendant le règne des vents du nord le temps est beau, le baromètre élevé. Il baisse avec les vents du sud qui amènent la pluie.
Flore. La Corse est un pays d'un aspect sévère. Sur la plus grande partie de son étendue, des collines au front rocailleux, des steppes pierreux montrent un sol nu ou revêtu de broussailles appelées maquis. Sur la côte orientale, la culture a fait de la Balagne une plaine plus riche qu'aucune de celles de la Provence et d'Italie, et la plaine d'Aléria a pu être appelée par Blanqui la Metidja de la Corse. C'est à mesure qu'on s'élève sur les hauteurs de la chaîne centrale, qu'à la stérilité succède la puissance de la vie végétale sur une étendue de 100 000 hectares de forêts, riches des plus belles essences.
Considérée dans son ensemble, la Flore de la Corse comprend : des espèces appartenant à la Corse, des espèces appartenant à la Flore méditerranéenne particulières au littoral, enfin des espèces alpestres qui représentent en partie, sur un petit espace, les zones des climats botaniques qui se succèdent de la Méditerranée à la Baltique. C'est ainsi que les espèces ligneuses, dont Requien a donné le catalogue, peuvent être attribuées à trois zones différentes.
1" Flore méditerranéenne. L'olivier, le myrte, l'oranger, le jujubier, le micocoulier, le caroubier, le figuier, le chêne vert {Quercus ilex), le chêne liège {Quercus suber), le pin pinier [Pinus pinea), le cyprès [Cupressus simpervirens), le gattilier, l'arbousier, le lentisque [Pistacia lentiscus), le laurier rose. le ciste de Montpellier, le pin laricio.
2" Flore de la France centrale. Le châtaignier, le noyer, le chêne tknc {Quercus robur), le chêne pubescent [Quercus lanuginosa), le frêne à fleurs {Fraxinus ornus), l'aubépine, l'orme, le peuplier noir {Populus nigra), le genêt épineux.
5" Flore de la région tempérée froide. Le hêtre, l'aune, le pin sauvage {Pinus sylvestris), le bouleau, le tremble.
Dans les forêts, au milieu des maquis dont les broussailles appartiennent à l'arbousier, au myrte et au ciste de Montpellier, enfin sur les rives des étangs se rencontrent les jolies espèces particulières à la Corse, et déterminées par Viviani.
Renonculacées. Helleborus arguiifolius [H. Niger Bîoris). Ranuncidus corsicus D. C. Ranunculus pedunculatus. Ranunculus corcUgenis [trilobiis Dest'.). Clematis polymorpha [Semitriloha D. C).
Fumariacées. Fumaria leucantha.
Crucifères. Eriicaria hjpogea (hrassica cretica D. C.).
Cistinées. Cistiis halimifolius [Juniperifolius D. C). Cistus eriocephahis.
Caryophyllées. Sagina urceolata. Silène alsinoides. Silène nodulosa (S. paucifJora D. C). Silène corsica D. C. Silène sericea. Silène Italica Smith. Silène mollissima Smith [S. velutina D. G.). Silène xeranthema. Cerastiiim tenue. Cerastium heterophyllum.
Malvacées. Lavatera cretica L. Lavatera neapolitana D. C. Lavatera ambiguaD. G. Malva Itirsidalen. Malva sylvestris.
Légumineuses. Genista candicans L. Ononis alopecuroides L. Ononis laxiflora Desf. Ononis miiissima\j. Anlhyllis gerardi h. Trifolium strictiim h.
Rosacées. Rosa seraphini. Potentilla crassinervia.
Crassulacées. Sedum heptapetalum Poir. Sedum brevifolium D. C.
Saxifragées. Saxifraga cervicornis.
Rubiacées. Asperula deficiens. Gallium nudiflorum. »
Valérianées. Valeriana trinervis [Ixia hulbocodiiim L.).
Dipsacées. Scabiosa mediterranea. Scabiosa urceolata Desf.
Composées. Carduiis cephalanthus. Cnicus Syriacus L. Onopordum horridum. Cynara humilis. Seriola Urens L. Ralsandta ageratifolia Willd. Gnaphaliiim niicrophyllum Willd. Solidago nudiflora. Artemisia densiflora.
Ericacées. Erica ramulosa.
Gentianées. Chlora serotina Hoch. Chlora hnperfoliata L. Chlora grandiftora.
Borraginées. Anchusa crispa. Echium macranthum.
Antirrhinées. Antirrhinum œquitrilobum. Scrophidaria ramosissima Lois. Scrophidaria mellifera^AA. Veronicatenella]). C.
Orobanchées. Orobanche r ingens Lois. Orobanche fœtida Desf. Orobanche crinita.
Labiées. Stachys glutinosa L. Stachy s corsica Lois. Thymus Corsicus. Thymus marschallianus Willd..
Plumbaginées. Sta.tice fasciculata.
Euphorbiacées. Euphorbia semiperfoliata.
Orchidées. Ophrys funerea. Orchis corsica.
Liliacées. Asphodelus microcarpus. Scilla fastigiata. Scilla lanceolata.
Juncées. Juncus bicephalus. Juncus insulanus. Juncus macrocephalus. Juncus attenuatus.
Aroidées. Arum pictitm. L. Arum crinitum L.
Faune. Les mammifères de la Corse ont l'exiguïté des races insulaires. On n'y trouve à Létat sauvage que le renard, le sanglier, le cerf et le mouflon [ovis tragelaplius). Les races domestiquées, vivant dans les bois au lieu d'être remisées dans des étables, ne sont l'objet d'aucun soin tendant à leur amélioration. Les chevaux, quoique vifs et assez forts, sont d'une très-petite taille. Les bêtes
CORSE. lu
à cornes maigres, chétives, ne donnent qu'une viande coriace : aussi le principal aliment tiré du règne animal est le lait de brebis et de chèvre, comme la châtaigne est le principal aliment tiré du règne végétal. Le gibier y est abondant. Outre la perdrix rouge et le faisan très-communs, et le gibier d'eau douce qui peuple les marais, le merle noir de passage mérite une mention particulière, en raison de la saveur délicate que les baies de myrte et d'arbousier communiquent à sa chair.
Le lézard gris, le gecko des murailles abondent. Les tortues et la couleuvre commune sont également très-répandues.
Des truites blanches et grises remontent les cours d'eau. On pêche, sur la côte, les espèces de poissons particulières à la Méditerranée.
On trouve en Corse parmi les insectes venimeux : 1" la tarentule ordinaire (genre hycose) ; 2" le théridion, i3 guttatum (Walck), la malmignattc d'Italie; 3° le scorpion ordinaire d'Europe; ¥ le scorpion roussâtre ou scorpion blond (scorpio occitanus). Aucun n'est sérieusement dangereux.
Ethnographie. Démographie. Les Corses descendent des vieilles races Itahques, connues sous le nom de Ligures, que les razzias des Romains allaient atteindre jusque dans leurs villages placés, comme le nid de l'aigle, sur les sommets les plus élevés, et dont les colonies romaines subissaient à leur tour les déprédations. Leur existence longtemps partagée entre des travaux agricoles indispensables à la conservation et des expéditions aventureuses, a développé en eux cette faculté d'agir et de souffrir qui donne les races de soldats.
D'autre part, l'isolement et l'absence de tout pouvoir protecteur, pendant les longues périodes de l'histoire remplies par la prise de possession de l'île par les grandes migrations des peuples, à partir des Carthaginois ; les luttes entre l'élément communal, représenté par les Caporali et l'élément féodal ; les révoltes contre la domination des Génois et des Pisans ont perpétué en Corse l'autorité patriarcale, le sentiment de solidarité de tous les hommes du même nom, et enti^etenu le préjugé du sang appelé Vendetta. Les Corses sont en général de taille moyenne, maigres, musculeux. Ils ont les yeux, les cheveux noirs; le regard lier et assuré ; ce qui joint à une certaine contraction des traits de la face, à un teint liâlé, à des sourcils épais, leur donne un air dur et courroucé. Les caractères anthropologiques qui leur appartiennent les placent dans une moyenne très-satisfaisante, entre les races cultivées et les peuples à l'état d'enfance. La capacité crânienne est de 1552™ pour les hommes, de 1367 pour les femmes. Ils sont sous-dolicocéphales. Le prognathisme sous-nasal est représenté chez eux par 81,28. D'ailleurs, il est remarquable, dit le docteur Donné, « combien l'habitant des montagnes a la physionomie expressive, les traits fins et jusqu'à un certain point délicats ; jamais de ces airs lourds et gauches que l'on trouve aux paysans de nos contrées, les plus civilisées du continent ; hommes, femmes et enfants, tous ont un air vif, spirituel, la taille bien prise, les manières aisées, et ils causent volontiers sans aucune timidité. »
Ici nous passons la parole à M. Ely, qui avait préparé un article, Corse, dont la partie, démographie, est seule achevée.
La population de la Corse, au dénombrement de 1872, a donné le chiffre de
258 507 habitants, en diminution de 1354 sur le chiffre de 1866, qui était de
259 851 , plus fort que celui de 1861 de 6972 habitants. La moyenne de ces trois recensements donne 257 077 habitants.
M. le docteur Costa, qui est né dans ce pays, a donné comme critérium de la
santé et de la vigueur de ses compatriotes, les chiffres de l'aptitude physique des hommes examinés par le conseil de révision. Il a opéré ce calcul, qui comprend vingt-six années, et, pour lui, l'aptitude militaire prouve l'aptitude physique. Mais on peut dire que tous les jeunes gens ne sont pas visités, et il y a eu toujours là une incertitude, que la loi nouvelle corrigera. Pour cette période de vingt-six ans, il y a eu, en moyenne, 775 trouvés hons pour le service, sur 1000 examinés. Le chiffre moyen, en France, de 1859 à 1868, donne 673. La Corse a toujours tenu un des premiers rangs dans la liste de la population recrutahle. L'aptitude militaire est donnée pour les 62 cantons ; mais c'est un chiffre trop considérable pour trouver place ici. Les chiffres les plus élevés sont ceux du canton de Rogliano, oij l'aptitude militaire compte 886 hommes sur 1000 examinés. 11 y a douze cantons qui en ont plus de 800.
Démographie. La Corse compte cinq arrondissements, qui sont : Ajaccio^ Bastia, Corte, Calvi, et Sarthène. Nous aurons à étudier successivement ces différentes circonscriptions, qui ne se ressemblent guère, et nous avons pour cela, entre les mains, les travaux d'un très-grand nombre de confrères du pays, notamment de M. Costa, médecin militaire, qui vient de publier un beau travail avec le détail nécessaire.
11 y a là 62 cantons et 364 communes, chiffres de 1872.
Nous avons dit qu'il fallait revenir sur la population ; en effet, elle doit être examinée sous tous les points de vue ; sexe, professions, état civil et religieux, instruction, et santé publique.
Les sexes, en 1872, sont dans les proportions suivantes : pour le total de la population, 258 507, il y a 150406 du sexe masculin, 504 pour 1000; et 128101 du sexe féminin, 496 pour 1000. Cette population, ainsi déterminée, a été assez gravement diminuée par le ralentissement constaté aux divers recensements; au recensement de 1866, il a été de 0,31 pour 100 habitants, le chiffre de 1861 étant 0,86 d'accroissement, et celui de 1866, 0,55 seulement.
La moyenne de là population urbaine, en France, est de 30,46 pour 100 habitants ; elle est de 22,10 en Corse; c'est-à-dire le numéro 39 de la liste des départements, en partant de la Seine, qui a 98,23 pour 100 d'habitants des villes. La population rurale est, par conséquent, de 77,90 en Corse, toujours avec le même numéro, en partant de la Seine qui a 1,77 ruraux.
Sur ce chiffre de la population de 1866, le seul dénombrement connu jusqu'à ce jour dans tous ses détails, il y a 244022 habitants nés dans le département, 94,71 pour 100 ; 3800 venus d'autres départements, 1,46 pour 100 ; 1878 naturalisés, 0,72 pour 100; le reste en étrangers, 7967, dont 7786 Italiens, 3,09' pour 100 de la population. Cette proportion d'étrangei-s est forte, elle est de 1,68 pour la France; la Seine en a 5,53; le Nord, 13,29; les Bouches-du- Rhône, le Var, les Ardennes, la Moselle, les Alpes-Maritimes, le Haut-Rhin sont les seuls départements au-dessus de la Corse comme proportion.
Pour 100 examinés à la révision, il y a un tiers d'illettrés, 35,3 ; la moyenne, en France, est de 27.
Les habitations sont peu nombreuses, relativement aux autres pays ; la Corse a le chiffre le moins élevé, 4 maisons par kilomètre carré ; la moyenne, pour la France, est de 14.
L'étude des professions donne les résultats ci-après. Il y a 130 784 agriculteurs des deux sexes, propriétaires, régisseurs, fermiers, jardiniers, journaliers, dont 68000 du sexe féminin, 52 pour 100 des agriculteurs, et 62 000 du sexe
masculin, 48 pour 100. Il en est ainsi, du reste, pour les agriculteurs de la France. Ce chiffre des agriculteurs donne 5040 pour 10 000 de la population de l'île.
Pour Yindustrie, terme général, il y a 39 305 habitants qui l'exercent, 1512 pour 10 000 dépopulation; 54 pour 100 du sexe féminin, 46 pour 100 des hommes. Il y a là, dans cette magnifique publication de la statistique générale de la France où nous avons trouvé tous ces faits, il y a là le détail de ces diffél'entes industries; le bâtiment a le chiffre le plus fort, 10 556 ; puis, V alimentation, 10283; et V habillement, 8687. Le « commerce » du bâtiment, qui n'est pas « l'industrie, » est beaucoup au-dessus de la moyenne, un quart à peu près.
Le commerce est un chapitre spécial : en effet, l'industrie produit, et le commerce vend. L'habillement a 1860 marchands, l'alimentation en a 3567, et le bâtiment 1017.
Voilà, en peu de mots, le tableau des conditions d'existence de cette population. On peut ajouter qu'il y a envii'on 40000 habitants qui vivent de leurs revenus, et que la domesticité n'y est pas nombreuse, 319 pour 10000. Mais la force publique compte plus de 7000 hommes...! et il y a, en revanche, un peu plus de 2000 membres du clergé.
Après les conditions d'existence, il y a les conditions de vie et de santé publique.
Il y a là 230 aliénés, année moyenne, 8,9 pour 10 000 de population ; pour la France entière, la proportion est de 13 pour 10 000 aussi. 168 idiots ou crétins, 66 pour 10000; en France, 10,5. Les goitreux, 57, 2,25; en France, 15,4. Les aveugles, 432, 16,6 ; c'est la proportion la plus forte après celle de la Haute-Garonne, 19,7 ; pour la France, 8,4. Enfin les sourds-muets ont aussi un chiffre nombreux, 298, 11,5 pour 10 000, qui est aussi la proportion la plus forte, api'ès les Hautes-Alpes et la Savoie; pour la France, 5,6.
Un chiffre assez remarquable, c'est celui de la survivance à vingt ans accomplis ; il est de 64,1 pour 100 naissances, un de plus que la moyenne. En revanche, la durée de la vie n'est que de 29 ans, tandis qu'elle est de 36 pour la France.
La fécondité des mariages, — on, pour mieux dire, la fécondation, — qui est en moyenne de 5,08 par mariage, est de 4,08 pour la Corse; le Bas-Rhin (!) seul, avait un chiffre plus tort, 4,15.
Les mort-nés sont aussi dans mie condition propice ; la proportion est de 1,61 pour 100 naissances ; elle est de 4,36 pour la France, et de 1,59 pour l'Ardèche, le dernier de la liste.
Il naît 106 garçons pour 100 filles ; en France, 105.
La proportion de mortalité est de 2,38 pour 100 population, 2,28 pour la France. Les mortalités accidentelles, 2 pour 10000 population, et les suicides, 0,25; en France, 3 et 1,2.
La taille moyenne, qui est en France de 1",6558, n'est plus que de l'",6508 pour le peuple Corse. Cependant la proportion d'aptitude physique devant le conseil de révision donne 70,5 bons pour 100 appelés; pour la France, 59,9. Les trois départements que voici sont seuls dans des conditions égales ou meilleures que la Corse ; le Morbihan, 72.5. {voy. Morbihan à l'article Rechutement); le Bas-Rhin (!) 72,1; la Haute-Saône, 70,5.
Pour les trois années 1866, 1867, 1868, il y a eu, en Corse, 24648 nais-
sances, 82,6 à la moyenne, c'est-à-dire 516 pour JOOOO de population ; et une mortaUlé de 18 557, en moyenne 6119, soit 258 pour 10 000 de population. Il y a donc une différence de 78 pour 10 000 en faveur de la natalité. Sur ce chiffre de naissances, il y en a, année moyenne, 7625 légitimes, soit 95 pour 100 ; et 595 enfants naturels, 7 pour 100. Pour la France entière, il y a pour ces trois années, une natalité moyenne de 999 584, et, pour la moyenne de population, 58 561 810 : cela donne la proportion 259 pour 10000; sur ce chiffre de la natalité, il y a 92,4 pour 100 d'enfants légitimes, et 7,6 pour 100 d'enfants naturels.
Ainsi la Corse a une natalité beaucoup plus considérable que la moyenne, dans la proportion 57 ; et les enfants légitimes y sont un peu plus nombreux.
Pathologie. La Corse participe à l'immunité dont jouissent les îles vis-àvis des grandes épidémies dont l'homme est l'agent principal de propagation. En 1546, pendant que la peste noire sévissait en Grèce, en Sicile et en Italie, et que les populations effrayées cherchaient partout un refuge, la Corse et la Sardaigne furent épargnées (Gabriel de Mussi). En 18i9, l'épidémie de choléra ne frappa en Corse que deux personnes : un brigadier de gendarmerie arrivé à Bastia par le courrier de Toulon, et sa femme, venue de l'intérieur de l'île, qui lui avait donné ses soins dans une maison isolée.
Les épidémies de grippe, au contraire, dont l'extension générale et la propagation rapide témoignent plutôt d'influences atmosphériques, n'épargnent pas la Corse. Au printemps de 1857, j'ai retrouvé à Bastia la grippe que je venais d'étudier à Paiùs et je lui ai trouvé en Corse la même gravité qu'en France.
Les petites épidémies de variole, de rougeole, de scarlatine d'oreillons sont au moins séparées par de plus longs intervalles de temps et moins généralisées, au milieu de populations disséminées sur un grand espace, et dont les petits centres ne communiquent pas facilement entre eux. La fièvre typhoïde est rare en Coi-se, elle sévit surtout sur les jeunes soldats qui en apportent le germe du continent.
Dans les localités saines, à part les maladies organiques individuelles, les affections les plus communes sont les affections saisonnières, principalement celles de la saison froide : pneumonies et pleurésies. L'imprévoyance et la négligence des moyens de se préserver des intempéries des saisons en sont les causes manifestes. La dyssenterie qui n'est pas endémique en Corse, y est certainement moins fréquente que dans des régions placées sous une même ligne isotherme, mais dont la température est moins égale.
Dans les régions malsaines, soumises à l'influence des marais, les enfants, les femmes, les faibles voient leur constitution s'altérer par suite de l'anémie palustre, des lésions de la rate et des hydropisies, sans autre réaction que des accès caractérisés surtout par la période du froid. Chez les hommes vigoureux, les soldats du fort d'Aleria, l'intoxication se caractérise par une faiblesse absolue, une céphalalgie, une sorte de torpeur ébrieuse et des accès pendant lesquels dominent la chaleur brûlante de la peau, la sécheresse de la langue, l'anxiété, l'agitation. Les rechutes des fièvres de Corse sont fréquentes et les récidives rebelles au changement de climat. Un an après avoir quitté la Corse, des officiers et des soldats du régiment auquel j'étais attaché présentaient à Toulon des accès aussi violents que ceux dont ils avaient été atteints en Corse. Les formes pernicieuses sont rares ou plutôt les observations manquent. L'observation XVII du Traité des fièvres àa Maillot rappelle la forme syncopale de Torti, qu'on peut
considérer comme l'expression la mieux accusée de l'intoxication ; la mort sans réaction étant l'effet immédiat du poison. Les maladies diathésiques qui se rattachent à des influences de milieu : aux climats froids et humides, à l'habitation des villes, ne trouvent pas les conditions de leur développement dans la vie agreste du Corse qui vit de peu, mais ne manque de rien, surtout d'air pur et de chaleur bienfaisante. Lauvergne(ouvr. cité) insiste sur l'absence des maladies scrofuleuses. La Corse n'est pas aussi favorisée en ce qui concerne la phthisie pulmonaire. Boudin ne lui donne que le n" 78^ sur 86 départements classés par ordre de ceux qui ont le moins d'exemptions pour maladies de poitrine, la Corse comptant 541 exemptions sur 100 000 examinés, tandis que le n" 1, le Morbihan en compte 51, et le n" 86, le Nord, 1116. La Corse a plus de phthisiques que la Provence où la phthisie est bien commune, ce qui n'empêche pas M. Pielra Santa de plaider la cause d'Ajaccio comme climat médical. J'admettrai d'ailleurs volontiers que des personnes faibles, des scrofuleux chez lesquels la prédisposition est plus accusée que la maladie doivent se trouver bien du climat clément de la Corse ; si l'on m'accorde que la pratique banale qui consiste à conseiller aux phthisiques sans distinction l'émigration vers une contrée méridionale est plus inhumaine que vraiment médicale.
Le goitre n'est pas endémique en Corse. Boudin en compte 18 cas sur 100 000 individus examinés, tandis que le département du Puy-de-Dôme en présente 403 ; les Basses-Pyrénées, 154; les Hautes-Pyi'énées, 604; les Basses- Alpes, 440; les Hautes-Alpes, 951. Les chiffres sont plus favorables à l'opinion qui recherche la cause du goitre dans l'analyse minéralogique des eaux qu'à celle qui en attribue le développement à l'habitation des vallées étroites et à l'usage des eaux provenant de la fonte des neiges. L. Laveran.
BiBLK)GRAPHiE. — Malte-Brun. La France illustrée, 3 vol. — J. Didot. Encyclopédie moderne. — Delà Rocca (.1.). La Coi'se et son avenir. Paris, 1857, in-S". — Pareto. Cenni geognostici sulla Corsica. Mémoire présenté au congrès scientifique de Florence. — Requien. Les arbres de la Corse. Mémoire, 1824. — Yiviani. Florœ Corsicœ Prodroinus et Appendix, pet. in-4°, sept. 1824. — Lauvergne. Mémoire sur la Corse, journal des voyages, t. XIX, p. 263. — Henri. Essai sur les fièvres pernicieuses de Corse, thèse de Montpellier, 1814. — Boudin. Géographie et statistique médicale, 2 vol. in-8°. Paris, 1857. — Pieti;a Santa (P.). Lee climats du midi de la France. Paris, 1864. Benxet. La Corse et la Sardaignc. Étude de voyage et de climatologie. Paris, 1876. L. L.
CORSET. § 1. Hygiène. On désigne SOUS ce nom un vêtement de femme placé sur la chemise, s'appliquant exactement autour d'une partie du tronc ou de ce qu'on appelle la taille, qu'il serre plus ou moins à l'aide d'un lacet.
Le mot corset est un diminutif de corps, que, suivant la juste remarque de M. Littré, on a écrit autrefois cors.
La dénomination de corset, corsetiis, s'appliquait, au moyen âge, à différents vêtements d'homme et de femme, qui couvraient spécialement, comme les corps de jupe, ce qu'on nomme dans le langage usuel le corps, c'est-à-dire le thorax et l'abdomen. On donnait encore, dans le siècle dernier, le nom de corset au corsage des robes de villageoises, qui se laçait par devant.
Vers l'époque de la Benaissance fut inventé le corps à baleines, vêtement de dessous, tout à fait distinct de la robe. Malgré la vive opposition des prédicateurs, des médecins et des moralistes, l'usage de ces corps, qu'on étendit même à la première enfance, s'est continué pendant plus de deux cents ans. Le corset devint, durant cette période, un corps léger, sans baleines, que les femmes ne portaient qu'en négligé, ou en déshabillé, comme on disait alors.
La simplicité du costume adopté à la suite de la Révolution française fit disparaître le corps à baleines ; le corset seul survécut à cette réforme et, diversement perfectionné, s'est conservé jusqu'à nos jours, non sans revêtir parfois, comme nous le verrons, quelques-uns des caractères de l'ancien corps baleiné.
I. Mode de construction et forme des corsets. Le corset moderne, dont nous venons de parler, et qui seul doit nous occuper ici, se compose ordinairement d'une ou de plusieurs pièces d'une étoffe assez ferme et résistante de fil, de coton ou de soie, tels que les nankin, les coutils, le taffetas. Aujourd'hui le coutil et le satin de coton sont d'un usage presque général ; les femmes riches et élégantes seules portent des corsets de satin de soie ou de moire.
Il y a environ quarante ans (en 1852), un mécanicien suisse, Jean Werly, naturalisé Français et habitant Bar-le-Duc, a eu l'idée ingénieuse de tisser les corsets d'une seule pièce avec des côtes pleines et des gaines plus ou moins espacées destinées à recevoir les Iwleines. Grâce au métier à la Jacquart, il a pu, à l'aide du procédé dit des réductions, adapter l'étoffe aux saillies du torse de la femme, et confectionner ainsi un corset sans coutures très-commode dont l'usage s'est promptement répandu.
L'industrie ne s'en est pas tenue là. Dans ces dernières années, on s'est efforcé de rendre les corsets plus légers : on a remplacé le coutil par le tulle et le crin, dont le poids est bien inférieur à celui des tissus de til de coton ou de soie ; mais, comme ils offrent peu de solidité, leurs avantages se trouvent presque annulés. M. Plument, fabricant à Paris, a substitué aux diverses étoffes des bandelettes d'un tissu croisé de coton ou de soie, larges de 15 millimètres environ, et placées horizontalement les unes au-dessus des autres, à 1 centimètre environ de distance. Ces bandelettes réunissent entre elles et fixent, dans une position déterminée, les diverses pièces qui constituent en quelque sorte la charpente du corset, c'est-à-dire le buse et le baleinage. On donne ce dernier nom à l'ensemble des moyens de renforcement qui, outre le buse, permettent au corset de rester appliqué sur le corps sans se plisser pendant les mouvements, et de soutenir les seins sans les comprimer. Pour obtenir ce résultat, on s'est servi de matières très-diverses, telles que mèches de lampe, ganses de coton, tiretaine, bois, jonc, baleine, corne, acier en lames minces. Aujourd'hui, le bois est abandonné, et le jonc n'est guère utilisé que pour les corsets destinés aux femmes de la campagne ou à l'exportation. Il a l'inconvénient d'être lourd et de casser assez facilement. La baleine résiste mieux, mais elle se déforme ; la corne a probablement le même défaut ; l'acier seul répond à toutes les exigences, sous le rapport de la flexibilité et de la permanence de la forme. Lorsque cette dernière est altérée par l'usage, il suffit pour la rétablir de chauffer modérément la lame d'acier et de la courber avec la main dans le sens convenable.
Le baleinage présente diverses dispositions : tantôt il est constitué paru» grand nombre de filaments de baleine appelés cheveux et placés dans des gaines longitudinales tbrmant des côtes très-rapprochées, d'où le nom de mille baleines donné à ce genre de corsets ; tantôt, il se réduit à quelques montants composés d'une ou de plusieurs tiges plates et égales de 5 ou 6 millimètres de large, sur 2 d'épaisseur, renfermées dans des gaines verticales ou obliques juxtaposées.
Dans la disposition la plus simple, on place un montant en arrière près des œillets pour empêcher l'étoffe de plisser, un autre sur la ligne axillaire s'arrêtant à la crête iliaque ou l'emboîtant, et un troisième en avîint au milieu du gousset de la gorge pour soutenir le sein. Tel est, par exemple, le modèle Gobert
que portent les femmes de la campagne et beaucoup d'ouvrières des villes. Les corsets sans couture et les corsets cousus les plus répandus, comme Y Américain forme droite, ont de six à dix montants égaux sur chacune de leurs moitiés, non compris les baleines des œillets.
Aujourd'iuii le baleinagedes corsets que portent les femmes de la classe aise'e est devenu assez rigide pour justifier le nom de corset-cuirasse qu'on lui a donné ; il est encore loin cependant des anciens corps à baleine. Dans ce nouveau modèle, le montant axiilaire est souvent mie lame d'acier large de 15 à 20 millimètres et épaisse d'un millimètre et demi qui emboîte la hanche. Les autres montants, au nombre de 5 ou 6, sont foi'més de o baleines assez résistantes ayant ensemble de 18 à 20 millimètres. Dans la confection du baleinage, il est une règle générale qu'on ne doit pas perdi'e de vue, c'est que les ressorts ou baleines portent bien à plat et ne fassent pas en dedans une saillie gênante, marquant sur les téguments.
Le buse, appelé aussi autrefois buste, dont il nous reste maintenant à parler, dérive du mot bosciis de la basse latinité, qui signifie bois, ou, d'après Littré, de l'italien busto, corps de jupe. Il a comme moyen orthopédique, ainsi qu'on le verra dans l'article suivant, une origine encore plus ancienne que les corsets.
Le buse des corps et des corsets a été d'abord en bois ; on l'appelait la planchette. On en faisait aussi en os ou en ivoire. On remplaça ensuite ces matières dures et inflexibles par la baleine, qui elle-même a fait place à l'acier trempé, généralement préféré aujourd'hui.
Pendant longtemps, les buses ont été faits d'un seul morceau; les corsets ne s'ouvraient qu'en arrière. liepuis une cinquantaine d'années environ, on porte des buses formés de deux parties distinctes et égales, réunies par divers mécanismes. C'est Nollet, mécanicien à Paris, qui, le premier, a introduit ce modèle dans le commerce.
Au début, comme il arrive toujours, on a voulu perfectionner sou invention ; mais on n'a réussi qu'à compliquer les systèmes de fermeture. Tel était, par exemple, le buse à verroux nommé buse mécanique : une des moitiés du buse portait des crocliets saillants, l'autre, un nombre égal de douilles que traversait verticalement un ressort dentelé formant verrou. Lorsqu'on tirait sur ce ressort par le bas, tous les crochets étaient détachés à la fois, et le corset s'ouvrait instantanément. Ce mécanisme ingénieux se dérangeait facilement, et on l'a bientôt remplacé par le buse impératrice, qui se ferme avec des pattes à œillet. Aujourd'hui on a presque généralement adopté le buse primitif à boutons de NoUet ; il diffère du précédent en ce que, au lieu de pattes de tissu, il porte une petite plaque métallique étroite, percée d'un trou et d'une coulisse dans laquelle le bouton reste arrêté.
De nos jours, le buse est ordinairement constitué par quatre lames minces, d'égale largeur dans toute leur longueur et superposées deux à deux, afin d'avoir à la fois la souplesse et la résistance, aussi les appelle-t-on buses incassables. Il existe encore d'autres modèles de buse, parmi lesquels nous nous bornerons à mentionner les buses poire et demi-poire, ayant sur le ventre une largeur de 7 à 10 centimètres, étroits dans le haut, et qui ressemblent assez bien au fruit dont ils portent le nom.
Dans certaines circonstances, on ajoute de chaque côté du buse ouvert ordinaire une bande de 8 ou 10 centimètres de large, portant de la cannetille disposée transversalement (élastique en spirale des anciennes bretelles). Ce buse, qui
s'emploie beaucoup pour les petites filles de 7 à 12 ans, est désigné par le nom de demi-bouteille. 11 est préférable de remplacer complètement le buse i-igide par une large bande élastique en cannetille improprement appelée buse bouteille. Cette disposition est la seule qui doive être adoptée pour les femmes grosses et dans certains élats nerveux où l'estomac et l'intestin, subitement distendus par des gaz, rendent très-douloureuse la constriction, même la plus légère.
Avant l'invention des buses ouverts, on avait déjà trouvé le moyen de séparer instantanément ou d'écarter largement les deux côtés du corset. C'est par le lacet, soit de devant, soit de derrière, qu'on arrivait à ces résultats. Nous citerons comme exemples : le corset à la minute, qui se détachait subitement lorsqu'on tirait, par en bas, une des baleines latérales de la laçure, ce qui transformait tous les œillets d'un côté en simples échancrures d'où s'échappait le lacet; l'un des corsets dits à la paresseuse, encore en usage au Brésil, et qui, au lieu d'oeillets, porte des roulettes sur lesquelles glisse le lacet, de sorte qu'il suffit de le dénouer pour que le corset s'ouvre entièrement. On obtient le même effet avec un lacet rond et des œillets métalliques placés en regard. Ce mode de laçure, qui date de douze ans, s'appelle laçure à la paresseuse, et se trouve répandu en Belgique, en Hollande et en Allemagne.
Enfin, pour terminer cette revue des parties constituantes du corset, nous signalerons le lacet élastique Plument, en caoutchouc naturel, recouvert de coton ou de soie, qui nous paraît destiné à rendre de grands services et à atténuer notablement quelques-uns des inconvénients que l'on reproche aux corsets.
La forme du corset modei'ue est presque la même que celle du corsage de dessous du quinzième siècle. Comme lui, il suit les contours du buste, reproduit les reliefs, accuse les méplats, obéit en un mot à la nature, au lieu de l'emprisonner, de la contraindre au nom d'une esthétique de convention, ainsi qu'on le faisait aux deux derniers siècles, avec les corps à baleines. On lui a reproché à tort de figurer un cône inverse de celui que représente la poitrine. C'est, en effet, une erreur de prendre pour type le thorax du squelette. Avec les chairs, le tronc s'élargit par en haut, et le bassin détermine un évasement inférieur, d'où la ressemblance du torse avec un sablier ; aussi est-ce avec juste raison qu'on a comparé le corset à cet instrument. Quant au thorax examiné isolément, ses dimensions relatives ne sont pas ce que l'on pense généralement. L'un de nous (Bouvier, Étude hist. et méd. sur l'usage des corsets. Bull, de VAcad. de mécL, t. XVIII, p. 355) a mesuré, à différentes hauteurs, le diamètre transversal de cette cage osseuse sur cent cinquante sujets des deux sexes, de différents âges, placés dans des conditions sociales diverses. Ce diamètre a été constamment moindre au niveau de la onzième côte que dans l'espace compris entre la quatrième et la huitième, où se rencontrait, tantôt plus haut, tantôt plus bas, la plus grande étendue transversale du thorax. Il existait, terme moyen, entre ce grand diamètre et le diamètre inférieur pris à la onzième côte, une différence en plus de 2 à 4 centimètres.
M. Sappey {Anat. descript., t. I, p. 327) place aussi le grand diamètre transversal au niveau de la huitième ou neuvième côte, mais il ajoute qu'il peut quelquefois correspondre à la quatrième côte. Dans ces cas, qui ne sont pas très-rares, le plus grand diamètre antéro-postérieur répond à la partie moyenne du sternum, et la paroi antérieure du thorax offre une sorte de voussure, qui continue en avant la courbe gracieuse des épaules, et donne à la moitié supérieure de la poitrine un grand développement au détriment de la partie inférieure.
La Vénus de Médicis offre , d'après M. Sappey , un exemple de ce mode de conformation, tandis que la Vénus de Milo, dont la poitrine est le type le plus parfait des formes de la femme, présente le mode de conformation, qui est le plus ordinaire.
Il résulte de l'ensemble des faits que nous venons de citer que, chez une femme bien faite, le galbe du torse se creuse graduellement de la huitième ou neuvième côte jusqu'au-dessous de la dernière fausse côte, et qu'ensuite il se relève pour se confondre avec la ligne des crêtes iliaques.
Tout en respectant les formes naturelles, les corsets ont varié de longueur, de largeur et de coupe, suivant les modifications que les caprices de la mode ont imposées au costume. Au commencement du siècle, les corsets des femmes élégantes étaient ti'ès-courts du haut et les épaulettes très-étroites : en avant, ils s'arrêtaient au-dessous du mamelon ; en arrière, ils laissaient libres les deux tiers des épaules, mais en bas ils embrassaient le ventre, les hanches et le sacrum. Un peu plus tard, vers la fin de l'empire, ils étaient devenus presque aussi courts du bas que du haut ; le buse arrivait à peine au-dessous de l'ombilic; le bord inférieur, échancré, suivait le contour de la crête iliaque et se prolongeait en arrrière jusqu'au milieu du sacrum, sur lequel il était maintenu par les baleines des œillets; en haut, les goussets recevaient à peine un tiers des seins, qui se trouvaient cependant soutenus par un baleinage serré à la fois souple et résistant ; une partie des baleines obliquement dirigées de bas en haut et de dedans en dehors maintenait leur écartement. Chez les femmes un peu fortes, on renforçait ces dernières baleines par des tiges de même matière larges de 10 à 12 millimètres, appelées divorces. Sur les côtés, le corset n'avait guère plus de 10 à 12 centimètres de hauteur et portait un montant vertical trèssouple, composé de deux baleines minces et étroites. Ce modèle de corset est porté de nos jours, sans épaulettes, par les femmes qui montent à cheval, et il se rapproche beaucoup de celui des danseuses de théâtre. Pour ces dernières, on fait monter plus haut les goussets de la gorge, et on les garnit d'un baleinage très-serré qui emboîte les seins et les tient presque immobiles pendant les exercices chorégraphiques; le ventre est soutenu par un buse large et cambré, et par des baleines ou des ressorts disposés en éventail et convergeant en bas ; les hanches sont exactement emboîtées par un gousset assez court pour permettre les mouvements d'abduction les plus exagérés ; en arrière, le bandage s'arrête au-dessous de l'angle inférieur de l'omoplate pour laisser toute liberté aux épaules et descend jusqu'au sacrum, où il prend un large point d'appui. Le corset de nos danseuses est, sans contredit, inférieur à celui des bayadères de l'Inde sous le rapport de l'élégance, mais il a sur lui l'avantage de soutenir beaucoup mieux les viscères et d'augmenter considérablement la résistance des aponévroses de l'abdomen et des lombes.
De 1815 à 1850, les corsets furent graduellement rallonges du haut et du bas. Les goussets de la gorge emboîtaient les seins, ceux de la hanche descendaient jusqu'aux trochanters ; mais les montants latéraux s'arrêtaient à la crête iliaque; le baleinage était résistant, l'étoffe presque toujours doublée, enfin le buse ordinairement large, long et épais ; ce corset dur et lourd se complétait par de larges épaulettes. Arrivées à ce point, les femmes se trouvèrent gênées; aussi, vers 1842 ou 1845, la ceinture régente {Yertu-sœurs), qui n'avait que 22 centimètres de hauteur et pas d'épaulettes, fut-elle rapidement adoptée. Elle différait notablement du corset empire; elle prenait mieux la gorge et la hanche,
et soutenait le buste en laissant complètement libre toute sa moitié supérieure. Lorsque cette ceinture est modérément serrée, elle ne gène nullement; tous les mouvements du torse conservent leur souplesse et leur grâce. Si, au contraire, on la serre, elle produit des troubles notables dans les fonctions de la circulation, de la nutrition et de la génération, ainsi que nous le verrons plus loin.
Aujourd'hui, on a complètement abandonné les ceintures; on est revenu aux grands corsets de 1800 et de 1850, moins les épaulettes, qui sont généralement abandonnées. Cependant, au point de vue hygiénique, ils sont en général mieux construits. D'abord ils sont plus légers et reproduisent mieux les rondes bosses du torse, ensuite ils prennent bien le ventre qu'ils soutiennent sans le comprimer. Nous avons vu un modèle {corset Sultane) où le bord inférieur du bandage est garni par une bande de tissu de caoutchouc, dite ceinture Jeanned'Arc, large de 6 à 8 centimètres, avec des pinces latérales, ce qui le tient exactement appliqué sans gêner l'hypogastre ni les mouvements des cuisses.
Il est quelques formes de corset répondant à certaines exigences qui ont échappé aux vicissitudes de la mode. Tels sont : le corset de grossesse, dont nous avons déjà pai'lé, qui s'ouvre sur les côtés, ou porte une bande d'étoffe de caoutcliouc ; le corset à la paresseuse, corset baigneuse ou corset du matin, large brassière avec des goussets pour la gorge et pour les hanches, qui se ferme par des pattes croisées derrière et ramenées sur le devant. Un buse d'acier large de 2 centimètres, excessivement souple, et des montants latéraux obliques formés de six gaines garnies d'une ganse de coton suffisent pour empêcher l'étoffe de plisser et pour la maintenir appliquée sur le corps. Pendant bien longtemps, les femmes qui travaillent aux champs n'ont porté que ce genre de brassière; c'est vers 1850 que, le prix des corsets ayant considérablement diminué, l'usage s'en est répandu dans les campagnes. La forme dite Gobert, dans laquelle la hanche n'est prise que par un gousset et où les montants s'arrêtent à la crête iliaque, y a été à peu près généralement adoptée ; ce corset se fait avec ou sans épaulettes.
C'est aussi à partir de cette époque, que les femmes de la classe moyenne habitant la province, commencèrent à suivre de loin les changements que la mode imprimait à la forme des corsets. Jusque-là, elles avaient conservé, à quelques modifications près, le modèle de la fin du siècle dernier et du commencement db celui-ci, modèle qui se fait encore aujourd'hui en Angleterre, en Allemagne et en Hollande. Nous en avons sous les yeux un curieux spécimen, acheté il y a quelques années chez un brocanteur de la cité, à Londres. Ce corset, dont les épaulettes sont étroites, monte très-haut en avant et en arinère ; il descend aussi très-bas dans les deux sens ; le buse est en acier, large de 5 centimètres et d'un seul morceau. 11 y a très-peu de baleines : deux très-étroites, en arrière, de chaque côté des œillets; latéralement, une très-courte (10 centimètres) et oblique, s'arrêtant au-dessus de l'épine iliaque supérieure et antérieure. Ce corset, quoique fait en coutil de coton très-serré, est garni d'une épaisse tiretaine et d'un grand nombre de grosses mèches de coton renfermées dans des gaines dirigées en divers sens pour s'adapter aux rondes bosses du torse. A part le buse, ce bandage est à la fois ferme et souple, mais il doit être très-pénible à porter pendant l'été.
Nous rangeons dans la catégorie des corsets les brassières que portent les jeunes enfants pour soutenir leurs jupes. Ce bandage est ordinairement fait avec un tissu particulier connu dans le commerce sous le nom de côtelé. Sa forme
est des plus simples : il figure une large Ijande couvrant la poitrine et la moitié du ventre de l'enfant, et fermée derrière par un lacet; il porte des épaulettes de même étoffe ou d'un tissu élastique. Quelquefois, on place verticalement de distance en distance une baleine très-mince, large de 4 ou 5 millimètres; mais, en général, on se contente de faire un certain nombre de plis plats, verticaux, larges de 1 ou 2 centimètres ; la consistance de l'étoffe se trouve ainsi suffisamment renforcée pour rester appliquée sur le corps sans se plisser.
La largeur est le point le plus délicat de la construction des corsets, celui où l'hygiène a le plus besoin d'intervenir , de lutter non-seulement contre les artistes désireux de faire briller leur talent, mais aussi contre les femmes ellesmêmes et contre les mèi^es, qui veulent que le corset donne au corps une grâce et une élégance de formes qu'elles ne pourraient souvent obtenir qu'au détriment de la santé. Il ne suffit pas que la circonférence du corset, dans les divers points de sa hauteur, mesure exactement la circonférence correspondante du tronc ; il faut encore que ce vêtement se prèle aux changements continuels de dimensions du tronc durant l'ampliation de la poitrine pendant la respiration, celle de l'abdomen pendant la digestion, la période menstruelle, etc. Le lacet offre bien un moyen facile de relâcher le corset à volonté, mais on est généralement disposé à s'en servir pour le serrer outre mesure. Des bandes élastiques interposées dans la circonférence du corset sont utiles sous ce rapport, en lui donnant une extensibilité qu'il ne possède pas par lui-même.
La coupe du corset est un point très-important : il faut qu'il soit moulé sur les parties qu'il embrasse, dilaté où elles offi^ent plus de volume, resserré là où elles en présentent moins. Les seins, en particulier, ne doivent subir aucune compression, mais être simplement soutenus. La coupe est ici le cachet de l'artiste; elle explique que tel corset très-juste cause quelquefois moins de gêne, et que les femmes s'y trouvent plus à l'aise qu'avec tel autre corset, qui semble pourtant moins étroit.
II. Effets physiologiques des corsets. Les éléments manquent pour résoudre toutes les questions qui se rapportent à l'influence complexe que l'usage des corsets peut exercer sur l'économie au double point de vue de la for^rne et des fonctions. En général, les auteurs qui ont traité ce sujet, sans en excepter ^Mnslow et Soemmering , ont fait ex yrofesso de la physiologie [)atliologique dont ils ont tiré des conséquences nosologiques ; mais les faits sur lesquels ils s'appuient n'ont pas un caractère suffisant de certitude. Ainsi ^Vinslo\v, adoptant l'opinion de Riolan, détaille le mécanisme par lequel les corps à baleine peuvent déterminer le développoment de l'épaule droite, et il ne paraît pas se douter que cette augmentation apparente de l'épaule est produite par une courbure latérale du rachis, courbure qui se rencontre dans la majorité des sujets des deux sexes au delà de la quarantième année, quelle que soit la condition sociale [voy. Rachis (déviations), page 541). Si Riolan, premier médecin de Marie de Médicis, avait examiné les filles du peuple comme les filles nobles, il aurait constaté que, chez les unes et chez les autres, dix sur cent à peine n'avaient pas l'épaule droite plus élevée et plus grosse que la gauche. Riolan, du reste, ainsi que \'un de nous l'a déjà fait remarquer ailleurs (Bouvier Études historiques et médicales sur Vusage des corsets. Bulletin de VAcad. imp. de Me'd., t. XVIII, page 555), était loin d'avoir reconnu que cette conformation fût l'effet des corps à baleine ; il propose plusieurs explications du fait et ne se décide pour aucune. Winslow et ses successeurs n'ont pas imité cette réserve.
Winslow paraît être plus près de la vérité, lorsqu'il se croit autorisé à considérer certaines modifications de forme du thorax comme résultant du lonousage des corps à baleines ou des corsets forts. Il dit avoir trouvé, chez les filles et chez les femmes, les côtes inférieures plus abaissées et plus courbées en bas, el les portions cartilagineuses de ces côtes plus recourbées que chez les hommes ; les enfants des deux sexes et les adultes du peuple ne présentaient pas la même différence [Hist. et Mém. de VAcad. des se. 1741, page 172). Nous ferons cependant remarquer que, dans les amphithéâtres d'anatomie, on rencontre souvent chez les enfants des deux sexes le resserrement de la poitrine et que, pour les adultes, il faut tenir compte de la différence normale qui existe entre le thorax de l'homme et celui de la femme. L'écartement des cartilages costaux dont parle Winslow, varie beaucoup d'individu à individu pour un même sexe et dans les mêmes conditions sociales.
Galien (livre des causes des maladies, chap. 7) attribue aux antiques fasciœ mamillares la même action sur la cage thoracique et sur le rachis que Winslow aux corsets. « Dans le but, dit-il, d'augmenter le volume des régions des hanches et des flancs par rapport au thorax, on met aux jeunes filles des bandes qu'on serre fortement sur les omoplates et tout autour de la poitrine, et comme la pression qui en résulte est souvent inégale, le thorax devient proéminent en avant, ou la région opposée devient gibbeuse. 11 arrive encore quelquefois que le dos est, pour ainsi dire, brisé et entraîné de côté, de sorte qu'une épaule est soulevée, saillante et en tout plus volumineuse, tandis que l'autre est affaisséeet aplatie. Tous ces vices de conformation du^ thorax sont dus à la négligence de? nourrices, qui ne savent pas appliquer un bandage exei"çant une pression uniforme. » Ce passage très-intéressant de Galien prouve que, chez les anciens aussi, la plupart des jeunes filles présentaient une épaule plus forte (la droite ordinairement) que l'autre, et que Galien, pas plus que ses successeurs, n'avait apprécié la cause véritable de cette difformité. Il est assez difficile de comprendre qu'un bandage circulaire placé horizontalement sur les côtes puisse entraîner la colonne de côté et soulever une épaule.. Pour que cet effet se produisît, il aurait fallu que le sujet inclinât fortement le rachis sur une hanche, qu'il abaissât l'épaule du côté opposé et que le bandage fut appliqué dans cette position ; or les choses ne se passaient pas ainsi. On est donc autorisé à dire que l'épaule haute et forte des jeunes Romaines n'était pas plus due aux fasciœ que celle des jeunes filles, aux dix-septième et dix-huitième siècles, n'était déterminée par l'usage des corps à baleine.
On comprend très-bien l'utilité des bandes mammaires pour les femmes grecques et roa:r.ines, dont les seins étaient en général très-développés, et la stature assez forte. Elles ne portaient pas de corset, quoi qu'en ait dit l'abbé Nadal dans sa dissertation sur l'habillement des dames romaines [Mém. acad. des inscript., 1725), et comme elles redoutaient de mériter l'épithète de Martial, mammosœ ou le mot d'Ovide, papillœ tumidœ, elles cherchaient par une compression méthodique à lutter contre l'embonpoint auquel leur race les prédisposait. Il n'y a qu'un pas de l'usage à l'abus ; les mères le franchissaient souvent ; elles s'efforcent, dit Térence [V Eunuque), de maintenir leurs fdles les épaules basses et la poitrine serrée pour les amincir.
La statuaire antique a conservé parmi nous la tradition de l'esthétique en partie conventionnelle des Grecs. En examinant les nombreuses Vénus de nos musées, on voit que les épaules sont portées en avant, ce qui arrondit le haut
du dos et fait disparaître la saillie du bord postérieur des omoplates ; le thorax est assez rétréci au niveau de son tiers inférieur, et le torse s'élargit à partir de la dernière fausse côte jusqu'aux grands trochanters où le diamètre transverse est le plus étendu. La Vénus de Médicis est le type du genre de beauté que les matrones s'efforçaient de faire acquérir à leurs lilles, tandis que, dans la Vénus de Milo, l'artiste a idéalisé les formes de la femme librement développées.
De nos jours, les femmes se sont attachées pendant quelques années (de 1 853 à 1858) à reproduire dans les salons la pose et les épaules arrondies delà Vénus de Médicis ; le corset, assez serré, leur donnait cette taille svelte, élancée, si appréciée des anciens. Plus tard, la mode avait changé et les mêmes femmes ne présentaient plus le même type ; l'état anatomique ne s'était cependant pas modifié.
C'est une opinion très-répandue chez les mères de famille que le corset est nécessaire pour former la taille des jeunes filles, que sans lui le torse devient épais, sans élégance, disgracieux, mal proportionné en ses différentes parties. Sans doute la constriction énergique du thorax , comme celle des corps baleinés , exerce sur son développement une influence notable ; elle change la direction des côtes, rapproche les cartilages, diminue dans une certaine mesure les diamètres, fait varier leur rapport ; mais, au point de vue de l'élégance et de la grâce, on ne voit pas ce qu'on peut obtenir.
On a attribué aux corsets une influence encore plus profonde : on a dit que l'usage prolongé pendant plusieurs générations d'uu bandage qui comprime les côtes et les seins peut amener des modifications de forme d'abord temporaires, se transmettant ensuite par hérédité et constituant ainsi une espèce permanente, comme on a vu ce fait se produire pour les chevaux, les bœufs, les moutons, etc. Certains auteurs veulent en effet que le torse des femmes de notre époque diffère notablement de celui des femmes du monde ancien, quoique la race soit la même, parce que nos aïeules se sont comprimé outre mesure le thorax et la gorge dans les corps à baleine. Il nous suffira de faire remarquer que l'on rencontre aujourd'hui les types les plus variés non-seulement dans la même localité, mais encore dans la même famille. Ainsi on voit souvent des sœurs présenter une grande ressemblance de traits et différer notablement sous le rapport de la taille ; chez l'une, elle est svelte, élancée, courte chez l'autre, ronde chez une troisième, presque plate chez une quatrième. Il faut encore tenir compte de l'influence du milieu social, de la nature des occupations, etc., etc.. Nous ne faisons qu'indiquer quelques-uns des points de cette question. C'en est assez, pensons-nous, pour justifier cette opinion que l'usage des fasciœ mamillares, non plus que celui des corps à baleine des dix-septième et dix -huitième siècles, n'a exercé sur la conformation du thorax aucune modification permanente capable de se reproduire par hérédité.
Dans le paragraphe précédent (page 748), nous avons examiné la forme normale du thorax et nous avons démontré que les corsets modernes, au lieu de la modifier, la reproduisent fidèlement. Telle ne serait pas cependant l'opinion de Hourman et Dechambre : « Chez certaines femmes, disent ces observateurs [Archives générales de médecine 1855), et certainement par V effet du corset, le tliorax, rétréci circulairement vers sa partie inférieure, présente un rebord inférieur évasé, au-dessous duquel le foie, bien que de volume normal, se sent aisément à la palpation. L'autopsie montre même quelquefois à la surface de
DICT. ENC. XX. 48
75i CORSET.
cet organe deux ou trois sillons plus ou moins profonds, répondant à la direction des côtes. »
L'un de nous (Bouvier, loc. cit.) a déjà fait remarquer que toutes ces observations ont été prises à l'hospice de la Salpêtrière, de sorte que l'état sénile complique tous les faits, et qu'il n'est pas facile de dislinguer son influence de celle des vêtements eux-mêmes. Il a surtout appelé l'attention sur l'inclinaison du rachis en avant, dont l'influence semblait avoir été en partie méconnue. Cette inclinaison, dit-il, abaisse les côtes, change leur forme, les déprime latéralement, les allonge en avant, et, par la direction nouvelle qu'elle donne à l'axe de la poitrine, applique plus fortement sa base sur la face convexe du foie. De là ces sillons signalés par Iloiu-rnan et Dechambre chez les femmes de la Salpêtrière, et observés aussi chez les vieillards de Bicêtre par Natalis Guillot. Quant au rétrécissement circulaire, que Houi^man et Dechambre ont rencontré dans beaucoup de cas, à peu près au niveau de la partie antérieure de la huitième côte, il paraît probable que cette déformation résulte d'une pression mécanique, mais on ne voit pas comment le corset pourrait la produire : son action n'est pas limitée à une zone étroite, elle porte sur les deux tiers de la hauteur du thorax. Aussi l'un de nous qui a aussi constaté la fréquence de cette déformation, pendant qu'il était attaché à la Salpêtrière, a cherché la cause de ce fait dans les nombreux cordons qui soutiennent les jupons et qui serrent les côtes toujours au même point.
Il n'est pas aussi simple qu'on serait tenté de le croire d'apprécier rigoureusement l'action du corset sur les fonctions. Il se produit par son usage des modifications lentes qu'il est très-difficile de saisir, parce que les actes organiques ne paraissentpas sensiblement troublés. Ainsi la respiration diminue graduellement d'ampleur, ou bien la dilatation de la poitrine gênée transversalement s'opère selon le diamètre vertical. L'estomac, chez les femmes qui mangent modérément et qui ne sont pas dyspeptiques, est peu influencé par un corset même assez serré; la même remarque s'applique aux intestins, au foie, etc., etc. On est donc autorisé à dire que le corset moderne, médiocrement serré, est sans influence appréciable sur la santé d'une femme bien portante.
Cette manière de voir s'éloigne beaucoup de celle d'un grand nombre des médecins qui répètent à l'égard des corsets modernes ce qui s'était dit au sujet des corps baleinés. La forme, la construction et le mode d'application de ces sortes de bandages ne se ressemblent pas : pourquoi leur attribuer les mêmes effets physiologiques ? Ce qu'on appelle aujourd'hui une belle taille peut-il se comparer à ces torses de convention et contre nature dont Winslow nous a laissé la description (loc. cit.) : Poitrine en pointe, ventre enfoncé, dos aplati, épaules reculées, clavicules forcées, côtes en partie abaissées, en partie recourbées, en partie poussées en avant, sternum presque en bascule, viscères du bas-ventre en presse, ceux de la poitrine gênés , etc., etc.
Que cet éminent observateur ait attribué à ces déformations les maladies chroniques et les infirmités lentes qu'il voyait survenir fréquemment chez les filles et les femmes d'une certaine condition, tandis qu'il les rencontrait rarement dans le peuple des villes et des campagnes, rien de plus naturel ; mais de nos jours où les mêmes affections s'observent chez des femmes de toutes les classes,' qu'elles aient ou non porté des corsets, et on sait que pendant ces vingt dernières années ils n'étaient, le plus souvent, que des sortes de brassières, peut-on rationnellement admettre la même origine étiologique ?
Cette observation nous conduit à penser que, malgré les graves inconvénients des corps à baleines, on a considérablement exagéré leurs effets. Winslow d'abord, Sœmmering ensuite, en sont arrivés, en effet, à les considérer comme pouvant déterminer un très-grand nombre de maladies également fréquentes dans les deux sexes.
Pour rester dans les limites de la vérité, il faut reconnaître, comme nous venons de le faire, que les corsets modernes médiocrement serrés n'ont pas d'action mauvaise, et que la constriction énergique et prolongée peut seule amener des désordres plus ou moins graves qu'il nous reste à examiner sommairement.
A. Paré cite le fait d'une jeune mariée qui avait été tellement seiTée qu'elle mourut dans la journée. Il ne donne aucune preuve à l'appui de son interprétation; ce fait est donc de peu de valeur. Gerdy fournit un autre cas de mort subite, tiré de la clinique de Pelletan. 11 s'agit d'une jeune actrice de l'Odéon, enceinte de sept à huit mois, qui, étant obligée de dissimuler sa grossesse, se fit sangler avec tant de violence avant de paraître en scène, qu'elle y succomba. La constriction est-elle donc la seule cause capable de déterminer la mort subite pendant la grossesse ? Nous pouvons même affirmer à ce propos que certaines femmes, en état de gestation, supportent beaucoup mieux les corsets serrés qu'on ne serait logiquement conduit à le supposer. L'un de nous a suivi, chez trois femmes de différentes classes, le développement complet d'une grossesse dissimulée avec un art infini à l'aide d'un grand corset et d'une ceinture abdominale très-fortement serrés ; il n'est survenu aucun accident sérieux, ni avant ni après l'accouchement, qui a été naturel. Le buse même ne paraît pas gêner un certain nombre de femmes qui le portent jusqu'au cinquième ou sixième mois de la grossesse. Aucun médecin ne se croira cependant autorisé à conseiller cette pratique.
Les effets immédiats d'un corset trop serré s'accusent par une grande gêne de la respiration et de la circulation pouvant déterminer des suffocations, des lipothymies, des syncopes même chez les sujets prédisposés. On voit certaines femmes coquettes luttant contre l'embonpoint de l'âge de retour se faire emprisonner dans un grand corset dont l'application exige plusieurs heures avant d'arriver au point voulu : pendant cette longue séance elles sont pâles, à demi suffoquées, sans forces, appuyées contre des coussins, le buste légèrement incliné en arrière, les bras écartés du corps.... L'opération terminée, elles reprennent une certaine liberté de mouvements qui leur permet d'aller dans le monde, mais elles deviennent rouges à tout instant, respirent fréquemment, et ne peuvent avancer le bras qu'avec peine. Souvent même, lorsque les corsets portent des épaulettes trop serrées ou une emmanchure trop étroite, on voit survenir de l'engoui'dissement dans les membres supérieurs et un développement anormal des veines superficielles de l'avant-bras et de la main. Quelquefois les mains restent rouges et gonflées jusqu'à ce qu'on ait desserré le lacet.
La respiration est la première fonction qui manifeste son trouble ; elle se précipite, s'accélère d'abord, ensuite le calme reparaît ; on peut voir alors que le nombre des respirations par seconde diminue sensiblement et qu'elles sont seulement entremêlées, de temps en temps, d'une ou de deux grandes inspirations. Nous avons tenté, dans les quelques recherches que nous avons faites à ce sujet, de déterminer en quoi, lorsqu'un corset est très-serré, le mode d'ampliation du thorax diffère de ce qu'il est à l'état normal. Nous avons reconnu :
1" Que, dans ce cas, la respiration ordinaire ne s'accompagne d'aucune ou de presque aucune augmentation des diamètres transverses de la poitrine, et que
rau^mentation du diamètre antéro-postérieur, vis-à-vis du haut du sternum, est deux fois plus grande que celle que ce même diamètre subit à la partie inférieure de cet os ;
2" Que dans les fortes inspirations le haut du thorax s'agrandit, soit d'avant en arrière, soit d'un côté à l'autre, à peu près conmie s'il était libre de toute entrave, quoique avec plus d'effort, tandis que l'ampliation de sa partie inférieure est notablement diminuée, surtout dans le diamètre transversal. L'action du diaphragme est également plus ou moins gênée selon que la constriction s'étend plus ou moins du côté de l'abdomen.
Le cœur éprouve des effets moins appréciables que le poumon : les battements s'accélèrent pendant les premiers moments de la constriction, mais ils ne tardent pas à s'apaiser ; si le corset n'est pas très-serré, il ne se passe rien de bien notable. C'est du moins ce que nous avons constaté sur des jeunes filles de 17 à 20 ans, très-bien portantes et d'une constitution robuste.
V estomac supporte mal une compression extrême du corset. Les femmes qui se serrent beaucoup ne mangent presque pas, ou elles sont obligées de se délacer avant le repas ; lorsqu'elles ne peuvent pas le faire, et qu'elles obéissent à la faim, elles éprouvent des malaises pénibles et surtout des suffocations qui ne cessent qu'en ouvrant le corset.
Il est aujourd'hui très-difficile de se rendre compte des effets consécutifs à l'abus des corsets. Pendant les trente dernières années il n'était plus de mode d'avoir la taille fine; les femmes ne se serraient plus, de sorteque l'observation n'a portéque sur quelques faits isolés. Cependant, on a pu constater des dyspepsies opiniâtres qui se seraient produites sous l'influence du corset, car on les a vues disparaître lorsqu'on a cessé de le serrer. Winslow en cite un exemple qui paraît probant. Peutêtre aussi existe-il là une coïncidence : l'estomac, rendu sensible par la maladie, s'est révolté contre la pression qu'il tolérait auparavant. La dyspepsie serait la cause et non l'effet : cette réserve est très-légitime lorsqu'il s'agit d'une affection excessivement commune dans certaines classes de la société où elle atteint également les deux sexes, et peut-être plus les hommes que les femmes.
Les divers déplacements utérins qui se produisent si souvent lors des engorgements de cet organe, et ces engorgements eux-mêmes, paraissent résulter, dans un certain nombre de cas, de la piession exercée sur l'utérus par les intestins que les coi^sets-ceintures trop serrés refoulent en bas, et de la gêne qui se produit alors dans la circulation du petit bassin. Cette influence ne peut être mise en doute ; lorsqu'on néglige d'en tenir compte on s'expose à voir échouer les traitements les plus rationnels.
Faut-il, avec Œlsner, attribuer certaines épistaxis à l'abus du corset? Nous nous bornons à poser la question ; des faits ultérieurs permettront probablement d'y répondre. Nous en dirons autant de cette longue nomenclature nosologique qui ne contient pas moins de quatre-vingt-quinze états morbides ou maladies définies, et qui auraient pour étiologie commune la compression exagérée du thorax et de l'abdomen. Depuis le Mémoire de Winslow, véritable réquisitoire contre les corps à baleine, on répète les mêmes assertions sans apporter de faits à l'appui. Il nous paraît inutile de suivre cet exemple, et nous renverrons le lecteur que ce sujet intéresserait aux Mémoires de l'Académie des sciences^, année 1741, page 172, séance du 22 mars.
Il est cependant une allégation de l'illustre anatomiste que nous Jevons examiner. Winslow dit que certaines femmes qui ont pendant longtemps porté des
corps à baleine ne peuvent plus se tenir droites lorsqu'elles veulent les quitter à un âge où la coquetterie perd ordinairement son empire. Il explique ce fait par un affaiblissement des muscles longs du dos résultant de leur inaction prolongée pendant plusieurs années. En effet les corps à baleine, qui s'appuyaient en bas au-dessus des crêtes iliaques et montaient sous le bras jusqu'au sommet du creux axillaire, agissaient comme des corsets orthopédiques munis de béquillons et soutenaient le buste par les épaules ; de plus, comme ils étaient rigides, la colonne vertébrale restait presque immobile, sa rotation sur son axe vertical étant seule possible et encore dans une mesure très-reslreinte. On conçoit que dans ces conditions les muscles du dos, manquant d'exercice, étaient privés de l'élément essentiel au développement de la fibre musculaire, et que leur action ne devait pas être très-énergique. Mais nous ferons remarquer que si dans la jeunesse, à l'époque où les tissus fibreux et fibro-cartilagineux des articulations vertébrales ont toute leur souplesse, les muscles sacro-spinaux ont un rôle très-important dans la station verticale, il n'en est plus de même à l'âge de 50 ans, surtout lorsque pendant trente-cinq ans les vertèbres n'ont fait que des mouvements très-limités. Le développement de la roideur normale progressive a été favorisé par la position, de sorte que l'augmentation de résistance du système ligamenteux doit compenser à peu près la perte d'énergie que le tissu musculaire a éprouvée. Il paraît donc assez rationnel de penser que le fait signalé par Winslow ne dépend pas uniquement de l'usage des corps à baleines, et que, s'il avait poussé l'observation plus loin, il aurait peut-être trouvé d'auti'es causes sur lesquelles son esprit ne s'est pas ari^êté.
Aujourd'hui on entend beaucoup de femmes dire qu'elles sont obligées de mettre leur corset en se levant ; qu'elles ne peuvent pas s'en passer, et cependant depuis longtemps on porte les corsets courts et trop peu serrés pour qu'ils aient pu avoir une action fâcheuse sur la nutrition et le développement des muscles du dos, de la poitrine et du ventre. Ce qu'il y a de plus vraisemblable à cet égard, c'est que les muscles du racliis ne deviennent pas inertes par l'usage du corset, mais qu'ils contractent seulement l'habitude de trouver dans ce vêtement une sorte de renforcement des aponévroses qui rend leur action plus facile.
III. Appréciation et règles de Vemploi des corsets. II résulte de tout ce qui précède que le vêtement appelé de nos jours corset peut, dans certaines conditions de construction ou d'application, nuire au libre exercice des fonctions et produire des effets fâcheux pour l'organisme. Faut-il pour cela le proscrire et interdire aux femmes l'usage de tout vêtement lacé? On risquerait fort de n'être pas écouté : l'on ne saurait en effet blâmer les femmes de persister à vouloir pour elles-mêmes ou pour leurs filles le costume qui fait lé mieux ressortir leurs avantages extérieurs. Le véritable rôle du médecin hygiéniste est ici, non de prescrire une prohibition absolue, mais de tracer à une coquetterie naturelle les limites nécessaires à l'intégrité des fonctions et à la conservation de la santé.
On se gardei'a bien d'ailleurs de confondre, comme on l'a fait trop souvent, les effets de l'ancien corps à baleine et ceux du corset moderne. Ce que nous avons dit jusqu'ici suffira pour montrer à quel point les premiers diffèrent des seconds. Rappelons encore une fois que le corps était une vraie cuirasse étreignant et comprimanl tout le tronc, une sorte d'étui presque inflexible, qui devait être pour beaucoup de femmes une cause de souffrance et une véritable torture ; que
le corset d'aujourd'hui, au contraire, peut toujours êti-e réduit aux proportions d'un vêtement léger, souple, qui, suivant le vœu de ceux-là mêmes qui l'ont le plus critiqué, s'applique au corps sans le comprimer, sans causer ni gène ni souffrance, sans entraver l'exercice d'aucune fonction.
Aussi peut-on, à l'égard des corsets de nos jours, aller plus loin que Platner, lorsqu'il parlait des corps. Leur usage, disait-il, pouvait être toléré, quand on n'en faisait pas abus. Les corsets ne doivent pas seulement êti"e l'objet d'une tolérance accordée aux exigences de l'estliétique ; on doit encore les conseiller, les prescrire, dans beaucoup de cas où ils remplissent des indications diverses, spécialement au point de vue de l'jiygiène. C'est ainsi que, indépendamment de leur incontestable utilité dans les déviations du rachis, sur laquelle nous reviendrons dans l'article suivant, on doit en recommander l'usage pour soutenir des seins volumineux, exposés par leur poids à des tiraillements qui peuvent entraîner diverses affections des glandes mammaires. C'est ainsi que, dans le relâchement ou l'affaiblissement de la paroi musculaire de l'abdomen, les corsets ne sont pas moins propres que les ceintures abdominales à suppléer au défaut de ressort de cette paroi, à prévenir sa trop grande extension, ainsi que les éventi'ations, les hernies de l'ombilic et de la ligne blanche qui peuvent en être la suite, à soutenir le foie et le^ autres viscères abdominaux, et à favoriser ainsi le jeu de ces organes. C'est ainsi encore que ce vêtement est employé avec avantage pour fournir un point d'appui aux muscles du tronc, à ceux des lombes en particulier, et pour prévenir les effets nuisibles des efforts violents dans la pratique de qiieJques exercices, tels que la danse, l'équitation, etc.
Depuis longtemps, il n'est plus question de mettre aux petits garçons rien qui ressemble aux corps piqués dont on les affublait autrefois, et dontAndry n'a pas même songé qu'on pût les délivrer. A moins d'indications spéciales, on ne doit pas non plus faire porter de corset aux jeunes filles avant l'âge de la puberté ; même à cette époque, les corsets ne sont nécessaires que pour soutenir les seins, s'ils prennent beaucoup de développement. On préférera donc ceux qui ne représentent presque que des ceintures munies de goussets par devant. On n'y mettra pas de buse et on veillera à ce que les pattes ou le lacet qui les fixent n'exercent aucune constriction sur les côtes, à ce que tout le thorax y soit parfaitement à l'aise, comme dans tout autre vêtement. Ce n'est que dans le cas où un embonpoint précoce menace de rendre plus tard la taille disgracieuse que l'on peut permettre un corset plus long, entourant l'abdomen, mais toujours très-souple et très-peu serré, de manière à modérer seulement par une douce compression la production du tissu adipeux à la région antérieure et sur les côtés de l'abdomen. C'est alors surtout qu'il peut être avantageux de rendre le corset à la fois extensible et élastique, en faisant entrer dans sa construction les bandes de tissu de caoutchouc, le lacet de la même substance, dont nous avons parlé au commencement de cet article.
Jusqu'à la fin de l'adolescence, jusque vers la fin de l'accroissement du corps en hauteur, la direction d'une mère éclairée suffit, en général, pour assurer un sage emploi du corset et pour le renfermer dans les limites voulues par une saine hygiène. Peu de mères, aujourd'hui, voudraient renouveler pour leurs filles le supplice des anciens corps et les inconvénients qui en sont la suite, et un petit nombre seulement mériteraient encore le reproche adressé par Térence à celles de son temps, de serrer outre mesure les ceintures pectorales de leurs filles, afin de leur donner une taille de jonc, wf ji^ncere vkleantur. C'est au mé-
decin qu'il appartient de donner à celles-là les lumières qui leur manquent, de les convaincre des dangers d'une conformation factice, substituée aux formes naturelles, et de leur apprendre, au besoin, à concilier l'élégance et même la mode avec la nécessité de maintenir les organes dans l'état le plus favorable à l'accomplissement de leurs fonctions dans le présent ainsi que dans l'avenir.
Au delà de l'adolescence, la tâche de l'hygiézaiste devient plus difficile. La jeune fdle, ou plus tard la jeune femme, plus indépendante, plus désireuse de plaire, ou au moins de n'être ]ias vue avec défaveur, se plie avec peine aux règles de l'hygiène et leur préfère celles de l'clcgance ou de la mode. On parvient encore à persuader les femmes bien faites, celles dont la taille est naturellement mince et svelte ou dont la nature délicate souffre de la moindre gêne, de l'avantage qu'il y a pour la santé à choisir, parmi les nombreuses formes de corsets enfantées par les progrès de ce genre d'industrie, les plus légères, les plus souples, celles qui enveloppent le moins d'étendue du tronc, qui laissent le plus de liberté aux seins, qui n'entravent aucun mouvement, qui se prêtent le mieux, en raison de leur ampleur et de leur élasticité secondée par une très-faible constriction de leurs attaches, à toutes les variations de dimension des organes de la poitrine et de l'abdomen, qui, en un mot, se bornent à couvrir le corps et à le vêtir, sans avoir la prétention de le refaire, de le jeter dans un moule solide, qui en arrête plus ou moins le jeu.
C'est à ce dernier résultat qu'aspirent trop souvent les femmes chargées d'un embonpoint quelque peu embarrassant ou pourvues, malgré un embonpoint ordinaire et une conformation normale, de proportions et de contours peu gracieux. Elles font du corset une véritable carapace, dont la forme élégante doit être substituée à la leur, refouler les seins, le ventre, les flancs, faire ressortir les hanches et amincir la taille à l'aide d'un lacet serré outre mesure.
11 est sans doute facile de faire comprendre à ces victimes de la coquetterie toutes les incommodités, les maladies mêmes, auxquelles les expose un pareil abus du corset ; mais la considération de leur santé est rarement assez puissante pour les arrêter. On peut y ajouter, avec Réveillé-Parise, que, loin de s'embellir en voulant se contrefaire de la sorte, elles réussissent bien plutôt à s'enlaidir; que rien n'est plus éloigné du charme et de la grâce, qvii sont la véritable beauté, qu'un buste raide et inllexible comme une poupée de carton, qu'un visage gonflé et souvent empourpré, que des veines qui semblent prêtes à se rompre, qu'une respiration toujours haletante, qu'une parole sans cesse entrecoupée, qu'un embarras et une gaucherie perpétuelle de tous les mouvements, effets ordinaires des corsets trop serrés ; enfin, qu'en voulant à toute force se donner des avantages qu'on n'a pas, on se prive de ceux que la nature nous a laissés. Il est, en effet, bien rare qu'on ne puisse briller par quelque côté, et le naturel est toujours ce qui est le plus goûté :
Rien n'est beau que par la vérité; C'est par elle qu'on plaît et qu'on peut longtemps plaire.