COUSSIN
l'eau, il écarte ses ailes ; quand le corps est suffisammeiU raffermi, le Cousin s'envole.
Les Cousins ont de nombreuses générations, aussi leur multiplication est fort rapide; ils servent de nourriture aux oiseaux et aux petits poissons d'eau douce.
Réauniur, dans ses Mémoires po^ir servir à l'histoire des Insectes (tome IV, mém. XIII, p. 575 et suiv., planch. 59 à 44 ■'758), a décrit avec un grand soin l'appareil buccal du Cousin femelle. Qu'on se représente une trompe allongée, cylindrique et composée de la manière suivante : un tube cylindrique et membraneux, terminé par deux lèvres produisant un renflement en forme de bouton, renfermant un aiguillon ou suçoir, formé de cinq filets rigides, en forme de soies. Le tube est fendu dans toute sa longueur sur la face supérieure, mais les lèvres terminales sont soudées et entourent comme un anneau l'extrémité de l'aiguillon. Enfin, deux des cinq filets sont terminés en une dilatation lancéolée; deux autres sont munis de dentelures très-aiguës dirigées d'avant en arrière, le dernier est finement velu sur toute la longueur, très-pointu, d'égale largeur partout. En résumé, la trompe est constituée par la lèvre inférieure servant de gaine : les mâchoires avec les deux palpes maxillaires, les mandii)ules en forme de soies élargies au sommet, réunies ensemble, et la lèvre supélieure isolée, forment un appareil de pénétration et de succion.
Les Cousins femelles, à l'aide de leurs organes buccaux, percent la peau de l'homme et des animaux au moyen de l'aiguillon, qui s'enfonce pendant que l'anneau de la trompe reste appliqué à la surface. La trompe se replie et forme un coude placé en arrière, et arrive à former, quand la tète du Cousin est rapprochée de la peau, un pli transversal.
Le Cousin est pourvu de glandes salivaires, et c'est par ce moyen qu'il doit rendre le sang plus fluide. La piqûre est d'abord peu «KÊnsible, mais bientôt elle est suivie d'une tuméfaction et d'une douleur durant plusieurs jours, connue de tout le monde et qui est fort douloureuse. L'action de la salive est-elle irritante? Amoreux le croyait, et cela est probable. Le nombre trop grand des piqûres occasionne de la fièvre et de l'insomnie. Les démangeaisons, surtout le soir, sont très-pénibles et en rapport avec les points des téguments piqués : ordinairement le visage, les membres supérieurs et le haut du tronc.
La seule manière de se préserver de la piqûre des Cousins femelles dans les endroits où ces animaux sont très-multipliés est de prendre la précaution de tenir les appartements clos pendant le jour et d'entourer pendant la nuit le lit d'un rideau de gaze (dit moustiquaire), qui ne permet pas aux insectes de se placer sur les téguments.
Les lotions froides et faites avec de l'eau ammoniacale, avec l'eau blanche, le suc de persil écrasé, etc., n'ont pas beaucoup d'action, et le mieux est de se préserver des piqûres plutôt que de compter sur un agent curatif difficile à trouver {voy. Diptères). A. Laboulbène.
COUSSllV, COUSSIKET. Ce sont des pièces de remplissage qu'on prépare avec de petits sacs de toile ou de peau remplis de ouate, de laine, d'étoupe, de crin, etc., et qu'il y a avantage à capitonner. Elles servent surtout dans le pansement des fractures. On les remplace quelquefois par les coussins de caoutchouc qu'a proposés Gabriel et qu'on remplit soit d'air, ce qui les rend un peu trop dépressibles et leur ôte de la fixité, soit d'eau, dont on règle la température suivant les cas.
COUSSO (botanique). 7i
On se sert aussi de coussins élastiques à air ou à eau, percés au milieu, pour y faire reposer le siège des sujets qui portent dans celle région des lésions douloureuses ou chez lesquels la pression du corps tend à déterminer la mortification de la peau.
Gaujot {Arsenal de chirurgie) a proposé de substituer aux coussinets comme moyens de remplissage le caoutchouc cellulaire. D.
cO€SSi!VE. Voy. Cousso.
couisso, Kousso, et mieux cosso, kosso. g I. Botanique. Médicament célèbre comme téniluge, introduit en Europe au commencement de ce siècle, et qui consiste en fleurs d'un arbre d'Abyssinie, ordinairement désigné sous les noms de Brayera anthelminthica et abyssinica, lesquels doivent être abandonnés.
Au dire de Leuthollf, c'est Godingus qui, en 1645, a signalé [De abyss. reb., lib. 1, cap. 2) cet arbre comme fournissant un remède aux Abyssins contre les vers que donne l'usage des viandes crues. Bruce a vu le Cousso dans son voyage en Abyssinie. Il l'a décrit et figuré sous le nom de Bankesia abyssinica, en 1790 {Trav. Nub. et Abyss., éd. 2, Vil, 181, trad. française de Castera, V, 91 AIL, t. 22, 23). Mais le nom de Bankesia ne pouvait être conservé parce que Linné fils avait déjà appliqué celui de Banksia à un genre très-bon de Protéacées et qu'il en serait forcément résulté une confusion dans la nomenclature.
En 1795, Lamarck donna la caractéristique de la plante, sous le nom indigène de Cosso, dans le texte de son Tableau encyclopédique et méthodique des trois règnes de la nature (II, 417), c'est-à-dire dans l'explication des Illustrations où le Cousso ne fut figuré qu'en 1825 (11, p. 511). Là se voit la figure empruntée à Bruce, avec le nom de Hagenia Cusso.
On dit que le nom de Hagenia est de Gnielin et date de 1791. Toujours est-il que Willdenow, en 1799 {Spec, 11, 351), donne au Cousso d'Abyssinie le nom de Hagenia abyssinica, et Persoon le reproduit, en 1805, dans son Synopsis (I, 416). Ce n'est qu'en 1811, dans le vol. II du Supplément à VEncyclopédie méthodique, que l'on voit cité pour le Cosso d' Abyssinie le nom de Hagenia abyssinica Lamk.
Pourquoi le nom de Hagenia abyssinica, qui a été établi suivant toutes les règles de la nomenclature, n'a-t-ilpas été adopté, et lui a-t-on pendant si longtemps substitué celui de Brayera? C'est parce qu'on croyait Hagenia attribué à juste titre à des plantes bien différentes, et à une époque antérieure. Je ne parle pas de Hagenia Eschw., qui ne date que de 1824 et qui est synonyme de Anoptychia KôRB. Mais Mœnck avait fait en 1794 {Meth., 61) un genre de Caryophyllées nommé Hagenia. On ne savait pas que c'est un simple synonyme de Gypsophila, absolument non avenu.
C'est en 1822 que A. Brayer publia sa Notice sur une nouvelle plante de la famille des Rosacées, employée avec le plus grand succès en Abyssinie contre le tœnia et apportée de Constantinople (Paris, in-8, 8 p., 1 pL), et que Kunth nomma cette plante Brayera anthelminthica. Buchner a écrit, par erreur, sans doute, Bracera anthelminthica. C'est Fresenius qui a leconnu l'identité de ÏHagenia et du Brayera {Mus. Senkenb., II, 162).
De tout ce qui précède il résulte que le véritable nom de l'arbre qui donne le Gousse est Hagenia abyssinica et que tous les autres doivent être relégués panmi les synonymes.
■^2 COUSSO (botanique).
Les caractères du genre Hadenia ont été établis sur nature dans l'Histoire des Plantes (1, 354), de la manière suivante. Les fleurs sont polygames-dioïques , avec un réceptacle en forme de sac, étranglé au niveau de son oiiveiture, qui est garnie d'un disque à rebord sailhint et membraneux. Dans les fleurs mâles, ce sac est peu profond et ne renléime qu'un gynécée rudimentaire. Dans les fleurs femelles, au contraire, c'est une bourse plus creuse au fond de laquelle s'insèrent les ovaires et dont les stvles traversent seuls l'oriiice supérieur. Le périanllie est formé de trois verticilles tétra- ou pentamètres, à folioles imbriquées, membraneuses, veinées. Celles du verticille extérieur forment un calicule de nature stipulaire, analogue à celui qu'on observe dans beaucoup d'autres Rosacées : les Fragariées, les Alcbimilles, les LeucosiJea, etc., et sont cependant les plus grandes de toutes. Celles du verticille moyen sont de même consistance, mais plus courtes, atténuées à leur base ; leur réunion constitue le calice. Les folioles intérieures, qui sont des pétales et qui peuvent manquer totalement, sont de courtes languettes, linéaires et caduques, plus rarement des lames pétaloïdes, à peu près aussi larges que longues, rétrécies à la base et obtuses au sommet. Les étamines s'insèrent en dedans du périanthe et en dehors du rebord saillant du disque. Elles sont au nombre de vingt environ, formées chacune, dans la fleur femelle, d'un filet court et d'une petite anthère stérile, et dans la fleur mâle, d'un long filet exsort, d'abord infléchi dans le bouton, et d'une anthère biioculaire, introrse, déhiscente par deux fentes longitudinales. Le gynécée fertile est formé de deux ou, plus rarement, de trois carpelles, libres, à ovaiie uniloculaire, à stvle terminal, dilaté à son sommet en une large tète spatulée, recouverte de grosses papilles stigmatiques. Dans l'angle interne de l'ovaire, il y a un ovule descendant, incomplètement anatrope, avec le micropyle tourné en haut et en dehors. Le fruit, pendant longtemps inconnu, a été décrit dans ces derniers temps par MM. Berg et Schmidt [Darst. offiz. Gew., t. 25 f) comme formé de caryopses ovoïdes dont la graine renferme un embryon charnu, dépourvu d'albumen, avec une courte radicule supérieuje et des cotylédons plan- convexes.
h'Hagenia abijssinica 'W. est un arbre, « un des arbres, dit Bruce, les plus beaux et les plus utiles. » Il n'a guère, d'après le même voyageur, plus de vingt pieds de haut ; mais il paraît qu'il peut aussi être plus élevé ; on l'a même caractérisé de « arbor excelsa. » Il est « presque toujours crochu ou penché. On le plante ordinairement, pour l'usage des villes et des vuld^es, parmi les Cèdres qui entourent les églises. » C'est dans les régions montueuses qu'il croît spontanément en Abyssinie. Ses rameaux sont alternes, velus, chaigés des cicatrices des anciennes feuilles. Ils portent vers leur extrémité des jeunes feuilles pressées, alternes, composées-pennées, dilatées à la base de leur pétiole en une large gaîne incomplète, à concavité supérieure, qui se continue latéralement avec deux grandes stipules membraneuses. Les fleurs sont disposées en énormes grappes de cymes, un grand nombre de fois ramifiées, situées à l'aisselle des feuilles ou à l'extrémité des rameaux. Les axes secondaires de l'inflorescence naissent à l'aisselle de bractées alternes qui, dans la portion inférieure de ce qu'on appelle la panicule, deviennent de plus en plus semblables aux feuilles et peuvent même, avec des dimensions moindies, être tout à fait composées comme elles. Chaque fleur est accompagnée de deux ou trois bractéoles qui s'insèrent au-dessous de la base de son réceptacle et forment autour du bouton comme un petit iiivolucelle.
COUSSO (emploi médical). 75
Les fleurs de VHngenia ahyssinica sont petites et de couleur rose, dit-on. Elles se rapprochent beaucoup par leur organisation de celle des Aigremoines : aussi le Coiisso a-t-il été rangé parmi les Rosacées-Agrimoniées. On a renoncé à l'opinion qui en faisait une Spiréée, aussi bien qu'à celle qui voulait [Mém. AccuL médec, 1, 470) l'identifier à V Agrimonia oriental is T. D'après les caractères que nous présentent les écbanlillons secs de la plante, telle qu'elle se trouve dans nos collections, j'ai souvent essayé d'en donner une idée dans les cours eu disant que c'est une Rosacée à feuillage de Sorbier, avec l'organisation florale des Aigremoines.
On a parfaitement reconnu en Abyssinie que les fleurs de Vllagenia sont de deux sortes, et l'on n'accorde pas du tout les mêmes vertus au Kosso mâle qu'au Kosso femelle. Ce dernier est précisément constitué par les inflorescences, mâles. Kosso est, dit-on, le nom Amliaric de VHagenia ; on le nomme Kosbo au Gonga, Kossish au Gafat, Bêli au Galla, Hhàbbe au Tigré, Sika au Waab,, Turo ou Skinei dans l'Agau-Mider, Sakikana au Falasha. Jamais, que nous sachions, cet arbre précieux n'a été ni introduit ni cultivé en Europe.
H. RULION.
LnDOLFi, hht. œlhiop.. lib. i, cap. 9, sect. 51. — K., in Dict. class. d'Hist. imt., I, r)01. ic. — UC, hodroin., II, 588 — Méii. et Dkl., Dict. Mal. méil., I, (i05. — Guiu., Drog. simpl., éJ. 6, III, 507. — ^hacu, SuU. à Ua/l'oii, I, 4à3. — Linul., FI. méd., iôO. — A liicii., TeiU. /•'/. Abijss., I, 258 ; Etrm. d'Uist. nnt. méd., éd. i, II, '2.")0. — Endl., V.en., ii. (539;.. — liEUTii. et IlooK., Gen., I, 6'22, n. 51. — Rosknih., Sijnops. plant, diaphor., 9G9 — IIanb^ et Fluck., Pkarmacogr — H. Bn, Histoire dus Plant., I, ÔJ3, 455, 4b5, fig. . 88-ô9i.
§ 11. Ennploî médical. On a lu plus haut l'historique du Cousso, dont le nom, avec sa synonymie assez compliquée (Kosso, Kusso, Gusso, Kwuso, etc.)^ viendrait du mot abyssinien Kofeofj, qui signifie ruban, ver. Bornons-nous à dire ici que pour les médecins européens, c'est à notre compatriote Brayer, résidant à Con^tanlinople, qu'on doit de connaître les propriétés médicales du (]ousso^ Sa découverte se fit de la manière suivante, comme il le raconte lui-même.
En 1819-20, il voyait souvent, dans le calé où il avait l'habitude de se rendre pour ses affaires, un garçon de l'établissement qui était atteint du la?nia depuis dix ans, et paraissait en être cruellement éprouvé. « Sa maigreur était excessive; il éprouvait de fréquentes lipothymies; des douleurs cruelles l'obligeaient souvent à cesser son travail. » Bien des remèdes avaient été essayés chez cet homme, sans succès, quand un vieil Arménien qui avait fait de fréquents voyages en Abyssinie affirma devant Brayer qu'il débarrasserait de son hôte incommode le malheureux garçon de café dont l'existence misérable était digne de pitié.
Il tint parole et guérit complètement le malade en lui faisant prendre 5 gros d'une fleur rapportée d'Abyssinie par son fils : c'était le Cousso.
Brayer comprit immédiatement l'importance de ce fait et eut le mérite,, dont il faui le louer, de prendre au sérieux la remarque populaire. Dès lors le nouveau lénicide fut enlevé au domaine de l'empirisme vulgaire, qui cette fois encore avait devancé la science comme pour bien d'autres remèdes importants, et transporté sur le terrain plus fécond de la thérapeutique rationnelle.
Le Cousso était alors si peu connu que le botaniste allemand Kunth, auquel Brayer en remit un échantillon, le considéra comme une espèce non décrite et l'appela, ainsi qu'on vient de le dire, Brayera anlhelminthica, pour consacrer la
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découverte de notre confrère (1824). Ce nom lui est resté et a été jusqu'à présent le plus usité des termes scientifiques sous lesquels on l'ait désigné.
Cependant, jusqu'en 1840, il ne fut guère question de ce médicament en France ou dans les autres contrées de l'Europe, car, son importation étant à peu près nulle, ses vertus thérapeutiques n'étaient connues que théoriquement; c'est à cette époque seulement que des voyageurs français rapportèrent d'Abyssinie des provisions du ténifuge assez considérables pour permettre une expérimentation suivie.
Parmi ces voyageurs il finit surtout citer Rochet d'Héricourt qui, dans son ouvrage publié à Paris en 1841 {Voyage sur la côte orientale de la mer Rouge, dans le pays d'Adel et le royaume de Clioa), donna d'abord le résultat de ses observations sur le Cousso en appelant l'attention des médecins sur ce précieux remède. Il en fit mettre en vente le premier une assez grande quantité, ou bien en distribua pour les essais cliniques dans les hôpitaux.
« Tous les Abyssins, dit-il, sans exception, sont affectés du taenia.... Heureusement la Natuie a placé le remède à côté du mal.
« Dès l'âge de quatre ans les enfants commencent à prendre la fleur du Cousso, qui a la propriété d'extirper le ver solitaire. »
Également, le docteur Aubert Roche, qui avait séjourné plusieurs années en Abyssinie et noté maintes fois les vertus anthelminlhiques du Cousso, rapporta à son retour en France (1841) une petite provision de cette substance, qui servit à l'expérimentation ou bien alla enrichir nos collections scientifiques. Ce médecin, dans une étude spéciale, décrivit à nouveau l'arbre d'où vient le Cousso, le mode d'emploi de cette dernière substance et ses propriétés thérapeutiques. Son travail fut l'objet d'un intéressant rapport de Mérat et Loiseleur-Deslongchamps (25 mai 1847), dans lequel ces thérapeutistes distingués déclarèrent que la poudre de Cousso n'est pas dangereuse et qu'elle agit bien contre le tsenia. Dans ce rapport sont citées cinq observations de Ghomel démontrant à la fois la grande efficacité du médicament et son mode d'administration commode.
Vers la même époque (1840), Wittstein donnait l'analyse chimique des fleurs du Brayera.
Enfin, en 1846, de Jussieu, membre d'une commission de l'Institut, chargée «le faire un rapport sur les résultats du second voyage de Rochet d'Héricourt en Abyssinie, de Jussieu citait parmi les faits botaniques intéressants rapportés par le voyageur son étude sur le Cousso.
A partir de cette époque, le nouveau ténicide fut expérimenté dans toute l'Europe, et il se tira toujours à son honneur des épreuves qu'on lui fit subir. Je citerai seulement parmi les médecins, français ou étrangers, qui les premiers ont apporté dos faits favorables à l'enquête sur le Cousso, Chomel, Sandras, Budd, Jordan, W. Gull, Todd, Armstrong, etc., dont les observations ont paru de 1840 à 1850.
C'est ainsi que le remède que nous étudions fut introduit dans notre arsenal thérapeutique, plus de soixante ans après les révélations de Bruce à son sujet. Composition. Elle a d'abord été donnée en France, eu 1840, par Stanislas Martin, qui trouva dans les fleurs du coussotier une matière sucrée, de l'amidon, une matière extractive végétale, une résine verte très-odorante, et une substance cristalline acide, soluble dans l'eau et l'alcool.
La même année parut l'analyse de Wittstein, plus complète que la précédente. Voici quelle serait la composition du Cousso, suivant ce chimiste :
COUSSO (emploi médical). 75 ,
Huile grasse I i ij
Chlorophylle ) ^' '*
Matière grasse 2,02
Résine acre amère 6,25
Résine insipide 0,77
Sucre -1,08
Gomme 7,22
Tannin précipitant en gris les sels de fur. 8,94
Si l'on incinère les fleurs du coussotier, l'analyse révèle dans les cendres de la potasse, de la magnésie, de la chaux, de l'oxyde de fer, des acides sulfurique et phospliorique, du chlore et de la silice.
Wittstein fait remarquer que le Cousso est l'un des rares exemples d'une substance végétale renfermant les deux espèces de tannin, colorant l'un en hleu, l'autre en vert, les sels de fer.
J'ajouterai que l'on a signalé depuis Wittstein, dans le Cousso, d'autres corps : une huile volatile (C. Willing, Grimault) et un produit ammoniacal que Viale et Latini nomment agénate d'ammoniaque, sans s'expliquer d'ailleurs sur sa nature.
Nous examinerons plus loin si ce ténifuge contient un principe actif spécial auquel il devrait ses remarquables propriétés anthelminthiques.
Description. Les inflorescences du Brayera anthelminthica sont envoyées en Europe sous forme de paijuets de 100 à 250 grammes représentant un assemblage de fleurs séchées et comprimées, d'une couleur jaune-rougeâtre.
Le Cousso a une saveur d'abord fade, légèrement mucilagineuse, puis acre et désagréable. Son odeur assez complexe, où domine celle déplante sèche, ressemble un peu à celle du sureau, à froid ; à chaud, en infusion, l'odeur est assez fragranle, peut-être parce que l'eau bouillante volatilise l'iui ile essentielle, et ressemble à celle que donnerait un mélange de thé et de houblon.
On peut distinguer, d'après les échantillons du commerce , deux sortes de Cousso : celui qui provient des inflorescences femelles, généralement de couleur rouge, le plus estimé, et celui qui se compose d'inflorescences mâles, peu coloré, appelé parfois Cousso d'âne, et regardé comme moins eflicace que le premier. D'ordinaire, les deux variétés sont mélangées dans les paquets exportés d'Abyssinie.
Ces paquets peuvent se conserver sans altération pendant deux ou trois ans dans le pays d'origine ; en Europe, le Cousso reste bon plus longtemps encore, probablement, dit Pereira, parce qu'il fait moins chaud qu'en Abyssinie et que le principe actif s'évapore plus lentement.
On a remarqué (Vaughan) que le Cousso n'est pas toujours identique à luimême quant à ses caractères physiques et à ses effets. Ceux-ci et ceux-là varient avec la provenance. La variété récoltée dans le nord de l'Abyssinie a une couleur moins vive, des fleurs plus petites, une odeur plus faible que celle de provenance méridionale. Dans le sud-est, aux environs de Hurrur, se récolte la meilleure sorte de Cousso. Les fleurs en sont d'un i^ouge sombre, bien développées, à odeur un peu piquante quand elles sont desséchées. Fraîches, elles laissent aux doigts qui les manient un résidu onctueux.
D'une manière générale, on peut dire encore que l'activité de ce remède est plus grande lorsque les fleurs sont bien développées que quand elles sont mal épanouies., Efeets physiologiques et thérapeutiques. L'action physiologique du Cousso a
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été très-peu étudiée; je pourrais même dire qu'elle ne l'a pas été du tout. Les auteurs qui ont expérimenté cette substance se sont bornés à l'observation de ses effets les plus saillants lors de sou administration contre le ver solitaire. En pareilles circonstances, voici les phénomènes qu'on note généralement. Du côté des premières voies, le sujet n'éprouve de l'ingestion du médicament qu'une impression gustative désagréable et de l'astriction à la gorge. Peu après cette ingestion, il peut y avoir des nausées, des vomissements, car certains malades tolèrent peu ou ne tolèrent pas le Cousso, et la presque totalité de la dose est rendue. Si au contraire il est bien supporté, au bout d'une heure un effet purgatif se produit. Les deux ou trois premières garde-robes sont normales ou ne contiennent que des fragments du ver solitaire ; la troisième ou la quatrième se compose du tœnia lui-même roulé en pelote. Pendant ce temps les patients se plaignent de souifrir de la soif, mais ils n'ont pas de sensations douloureuses du côté des intestins ; ils accusent simplement de l'astriction vers le rectum et à l'anus.
Au dire de Jolmston {Travels in Southern Abijftsinia) , le Cousso à dose élevée ne serait rien moins qu'inoffensif. Chez les femmes grosses, il provoque l'avortemenl avec des conséquences souvent funestes pour la mère. On connaîtrait de plus des cas d'empoisonnements diiectemeut mortels, dans lesquels les observateurs ont mentiouné que les sujets succombèrent au milieu d'une prostration coiiqdète (Jolmston, d'Abbadie). Quelques accidents simplement fâcheux ont été notés par Lereboullet, à Paris, chez un malade qui avait pris une dose normale de Cousso : anxiété précordiale, vertiges, ralentissement et irrégularité du pouls, subdelirium, affaissement, pendant trois jours après l'expulsior. du ver solitaire.
Je n'ai pas connaissance qu'en Europe on ait jamais constaté d'accidents mortels de l'emploi du Cousso pur. Il serait donc à désirer que des e périences sur les animaux fussent entreprises, pour vérifier les assertions de Johnston. A priori, on peut supposer qu'un agent aussi toxique pour les helminthes que l'est le Cousso n'est pas absolument dénué d'eifets au moins puissants sur des organismes plus parfaits. On sait déjà qu'à haute dose il fait vomir et purge assez violemment : ce sont là des effets qui, lorsqu'ils sont très-marqués, peuvent causer un état général grave, analogue à celui que signale Lereboullet.
Mais il y a loin de là aux accidents formidables rapportés par Johnston et d'Abbadie, de sorte que l'on doit se demander si dans les cas de morts que rapportent ces observateurs le Cousso n'avait pas été mélangé à des substances vénéneuses.
Les effets thérapeutiques de ce médicament sont des plus simples, puisqu'il n'est employé qu'à titre de ténicide. Ou J'administre presque exclusivement contre le ver solitaire ; c'est là jusqu'à présent sa seule indication thérapeutique. On l'a vu toutefois réussir contre les ascarides et les oxyures, donné eu lavement ou bien en boisson.
En effet, Hannon a rapporté l'observation d'un jeune enfant qui fut débarrassé d'oxyures par un lavement composé de 90 grammes d'eau, 1 gramme de Cousso, répété deux fois.
Ce même médecin, ayant fait prendre à des enfants qui avaient des ascarides \ gramme de poudre de Cousso macéré dans J/4 de litie d'eau, provoqua bientôt après, à l'aide de 50 grammes de manne, l'expulsion d'un grand nombre de ces entozoaires complètement morts.
COUSSO (emploi médical). 7î
Par conséquent ce médicament est un antliclminlhique, qui pourrait trouver son emploi dans beaucoup d'alfcclions vermineuses. On le réserve loulefois pour combattre le tajnia et c'est là qu'il triomphe, quelle que soit d'ailleurs la variété de ver solitaire à laquelle ou ait affaire : tœnia solium, bolhriucépliale, l. inermis.
Il y a lieu de se demander maintenant comment il agit contre ces cnlozoaires, et de quelle façon il les chasse de l'organisme. Cette question intéressante n'a pas été résolue d'une manière bien satisfaisante. Il est clair que ce n'est pas en vertu de ses propriétés calharliques seules qu'il expulse les vers ; on doit nécessairement faire intervenir encore ici une action toxique sur ces derniers, et admettre conséquemment (jue de la combinaison de ces deux effets résulte sa vertu ténifuge.
Le mécanisme intime de l'effet toxique sur le ver n'est pas fixé. Ce qu'il y a de certain, c'est que le taenia qui vient d'être rendu semble encore vivant, si l'on en juge par les mouvements de ses anneaux. Donc le cousso ne le tue pas dans l'inlestiu ; ce ne serait donc pas primitivement un ténicide, mais plutôt un ténifuge.
On s'est occupé de rechercher aussi quel est celui de ses constituants qui agit contre le ver solitaire, eu un mot, quel est son principe actif. Pereira paraît croire que le tannin du Cousso, ainsi que sa résine acre, constituent ses parties actives. Selon le tliérapcutiste anglais, la racine de grenadier doit ses vertus anllielniinthiques puissantes à son tannin surtout, donc l'acide tanniqiie dont le Cousso contient une notable proportion peut bien, si l'on juge par comparaison, contribuer pour une certaine part aux propriétés vermicides de ce médicament.
Nous croyons toutefois que ce n'est là qu'un adjuvant, et qu'il est plus exact de rapporter à un principe ])arliculier de nature résineuse, qu'on appelle aujourd'hui coussine, l'action du ténifuge abyssinien. Nous reviendrons plus longuement sur ce principe, assez mal défini quant à présent, au paragraphe spécial que nous lui consacrons.
L'huile essentielle semble inactive, ou tout au moins, à la dose de 8 gr.immes, elle n'a donné aucun résultat entre les mains de Grimault. De sorte que l'explication de Pereira, à savoir que le Cousso perd ses propriétés en vieillissant, par suite de la volatilisation lente de son essence, ne repose pas sur une base bien solide.
Grimault rapporte donc à la résine l'action du Cousso ; elle est active (Aran- Legendre) aux doses de 0,50 et O^^TS centigrammes.
Quelle est maintenant la valeur de ce médicament contre le ver solitaire, et quel rang occupe-t-il parmi les autres ténicides employés en médecine?
Le Cousso est une substance parfaitement active, dont l'effet est absolument certain contre le ver solitaire, ce qui est d'observation banale aujourd'hui en Europe comme en Abyssinie. Tous les Abyssiniens, ou le sait, sont aux prises avec ce parasite, ce qui s'explique facilement, dit Schimper, par le régime alimentaire de ce peuple qui consiste surtout en viande de vache crue, en estomac cru de mouton, de chèvre, de gazelle, d'antilopes, lequel « est assaisonné de la sauce naturelle que l'on recueille dans l'intestin grêle de ces mêmes animaux. » Or tous savent à merveille facilement se débarrasser quand ils le veulent de leur hôte désagréable à l'aide du Cousso. L'expérience réussit toujours, et ils ne recourent que rarement à d'autres ténifuges, bien qu'ils en possèdent, comme par une circonstance providentielle, un certain nombre de très-énergi-
78 COUSSO (emploi médical).
ques. A ces preuves d'une action héroïque du Gousso contre le taenia il est facile d'en ajouter de plus convaincantes encore. Nous avons, en effet, maintenant en Europe d'autres raisons que les récits des vojageurs, propres à nous faire croire aux vertus delà fleur du coussotier comme anthelminthique puissant, car les observations se comptent par milliers de guérison complète du taenia par cet agent.
Sans doute il est avéré qu'on ne réussit pas toujours à expulser le ver du premier coup, et que, assez souvent aussi, la tète de l'helminthe reste dans l'intestin, mais il est certain qu'avec une administration méthodique et persévérante du remède, on finit généralement par en assurer le triomphe.
Plusieurs insuccès ont été signalés, je le sais, lors de l'introduction en Europe de ce médicament, et même aujourd'hui il échoue parfois, bien que manié par des mains habiles, ce qui a fait dire sans doute à Kûchenmeister que le Cousso ou sa résine n'étaient pas très-propres à combattre le taenia. Cependant, si dans le nombre de ces cas négatifs on fait le départ des faits où le Gousso a été mal administré, et de ceux où il a été donné altéré ou trop ancien, bien faible sera le chiffre d'échecs réels qu'accusera la différence ainsi obtenue.
Le médecin consulté par un malade atteint du taenia peut donc en toute confiance lui prescrire le remède populaire d'Abyssinie, neuf fois au moins sur dix il réussira complètement, si le produit qu'il emploie est de bonne qualité.
Quant à la question de savoir si le Gousso l'emporte sur les autres vermicides ses congénères sous le rapport de l'efficacité, ou bien s'il est inférieur à certains d'entre eux, elle n'est pas actuellement jugée. Pour formuler en toute connaissance de cause un pareil jugement, il serait nécessaire d'accumuler bien des preuves trouvées dans de nombreuses séries d'expériences, faites dans des conditions identiques.
La question de prééminence n'a qu'un intérêt secondaire dans l'espèce. Le médecin peut se contenter jusqu'à nouvel ordre de savoir qu'il a dans le Cousso, que Bouchardat appelle « le meilleur des ténifuges, » une arme excellente contre le ver solitaire et inoffensive pour les malades.
Malheureusement ce médicament est parfois mal supporté par ceux qui l'ingèrent ; il est assez souvent falsifié ; son prix est élevé, de sorte que son emploi est moins général que ne le feraient croire ses remarquables propriétés. D'ailleurs il a dans quelques ténicides indigènes, l'extrait de fougère mâle, l'écorce de la racine de grenadier qu'on peut toujours avoir fraîche, etc., des succédanés très-énergiques qui lui font une redoutable concurrence.
En France, dit Mérat, on peut facilement se passer de ce médicament. « Nous possédons chez nous un végétal d'une vertu plus assurée encore que le Cousso contre le taenia, et que nous avons sous la main à l'état frais, à toutes les époques de l'année, nous voulons dire le grenadier. »
A l'époque où Mérat écrivait ces lignes, le ténicide abyssinien n'avait pas fait ses preuves comme aujourd'hui, aussi bien pouvait-on prévoir que le jugement porté par le savant thérapeutiste ne serait pas sans appel.
Eh bien, l'opinion de Mérat me paraît singulièrement ébranlée par ce simple fait caractéristique, à savoir que la consommation du Cousso devient de plus en plus considérable. A la vérité, la fréquence très-grande actuellement des cas de taenia, due vraisemblablement à l'usage immodéré de la viande crue, nécessite plus souvent qu'autrefois l'emploi des ténicides, et il n'y a pas lieu de s'étonner des chiffres relativement plus grands qui représentent les quantités de Cousso
COUSSO (emploi médical). 19
consommées. Toutefois ces chiffres sont devenus plus forts pour ce ténifuge que pour la plupart de ses congénères.
Une statistique du professeur Regnauld nous donne la preuve de ce que j'avance. Par exemple, avant 1870, la Pharmacie centrale des hôpitaux de Paris délivrait en moyenne chaque année les quantités suivantes des principaux ténifuges prescrits dans les établissements hospitaliers :
Cousso 3 k. 900
Courge 3,006
Grenadier 15,008
Fougère 3,000
Or, depuis 1870, les moyennes sont celles-ci :
Cous!^o , 9 kilogrammes.
Courge (semences) 5,311 —
Grenadier li,02o —
Fougère 12 —
Elles démontrent une augmentation absolue et relative plus grande pour le Cousso que pour les autres anthelminthiques.
En présence de ces faits si caractéristiques : la fréquence plus grande des taenias, dans notre pays, l'emploi plus général du ténicide abyssinien, nous sommes surpris qu'on n'ait pas fait encore en France d'essais sérieux d'acclimatation du coussotier, bel arbre qui croît en Afri(pie au milieu des cèdres, dans des conditions climatologiques ou autres faciles à trouver chez nous. On aurait alors à bas prix ses fleurs fraîches, ce qui écarterait d'emblée plusieurs des principales causes qui en restreignent l'emploi : son prix élevé, les falsifications et les altérations de toute nature qu'il peut subir en vieillissant.
Doses. Modes d'administration. Les doses sont variables avec l'âge. C'est à tort qu'on indique parfois que les enfants ne tolèrent pas le Cousso et qu'il faut renoncer à le leur prescrire.
Les jeunes Abyssiniens le prennent dès l'âge de quatre ans et en subissent sans secousse les effets thérapeutiques.
Voici du reste les doses rapportées aux différents âges :
Enfants de i ans i grammes.
— de 4 à 7 ans 7 —
— de 7 à 12 ans 10 —
— de 12 à 15 ans 12 —
Adultes 15, 20, 30 gr. et plus.
Le mode d'administration du Cousso a une très-grande importance, et souvent telle qu'on peut lui devoir le succès ou l'insuccès du médicament, selon que celui-ci est donné plus ou moins adroitement.
D'après Bruce, cité par Poiret, voici comment procédaient les Abyssiniens à la fin du siècle dernier pour se débarrasser du taenia. Ils mettaient infuser une poignée de Cousso dans trois quarts de litre de bouza (espèce de bière préparée avec du tef, Poa abyssinica), le soir, et le lendemain matin ils buvaient l'infusion. Ils prenaient la précaution de se renfermer chez eux et de ne se montrer à personne. « Telle était, dit Bruce, la coutume des anciens Égyptiens, quand ils prenaient quelque médecine particulière. »
Au rapport de Rochet d'HériCourt, ce mode d'emploi a subi aujourd'hui quelques modifications.
Avant de se servir des fleurs du coussotier, les malades les exposent pendant une heure au soleil, puis en prennent 4 gros (15?s60), les réduisent en poudre
'80 COl'SSO (emploi médical).
àl'aidfrd'une molette, les délayent dans un demi-litre d'eau froide et boivent le tout d'un tniit. Le ver rendu, ils avalent un demi-litre d'eau tiède.
[1 y a d'ailleurs, en Abyssinie, bien des variantes à ces métbodes, ainsi qu'il résulte des observations de W. Schimper. Assez souvent les Abyssiniens mélangent le Cousso, qu'ils prennent d'ordinaire tous les deux mois, à de la mauve, à de la graine de lin, ou bien à de l'IlalVofalu [Bryonia srobictilala), paifois lui ■associent l'une des diverses espèces puigalives suivantes : Croton macrostachyus, Eujjliorbia adando^ch, Verbascum ternacka, Euphorbla handuckduck, Ulea <:hrijsoplnjUa. Ils ajoutent encore du nitre à l'apozème ou fout passer à travers la macération de la l"umée-de chiffons brûlés.
Nous concevons sans peine que le taenia ne résiste pas à un pareil ensemble de moyens d'attaque; mais nous nous demandons, en revanche, si les accidents graves ou mortels observés, en Abyssinie, à la suite de l'ingestion du Cousso, ne sont pas dus aux substances plus ou moins toxiques qu'on lui associe et dont nous venons de citer les plus importantes, ou même à d'autres plus toxiques encore qui lui seraient adjointes par l'ignorance populaire.
romuie le Cousso cause une soif assez vive, les Abyssiniens boivent pour la calmer d'énormes quantités de bière ou d'hydromel.
Voyons les pratiques françaises ou européennes.
On est dans l'habitude, en France, de prescrire le Cousso au moment où les sujets porteurs de tœnia rendent des fragnaents de leur ver. C'est en effet la période la plus favorable. Le malade est mis alors à une demi-diète, c'est-à-dire qu'il ne dîne pas la veille du jour de l'administration du ténifuge. Quelques médecins font précéder cette administration d'un purgatif. Cette méthode est mauvaise, comme le démontre l'expérience, et peut compromettre le résultat du trailctuent; nous engageons les praticiens à y renoncer.
Ainsi donc, il n'y a d'autre préparation à la prise du Cousso que l'abstinence <;omplcte d'aliments pendant douze heures. C'est généralement le matin de bonne heure que le patient ingère son médicament. Celui-ci, à la dose voulue, a été préalablement délayé dans l'eau froide, de préférence à l'eau chaude ou tiède, et laissé quebjues heures en macération. Pour un adulte, on recommande les doses suivantes :
Eau froide 230 grammes.
Cuu;SO en poudre grossière. , . . 20 —
A ingérer d'un trait, ou bien en deux ou trois fois à court intervalle. Le Codex indique la formule suivante :
Cou-so en poudre demi-fine. . . . 20 grammes. Eau bouillanle 150 —
Cetapozème réussit moins bien, car l'eau chaude altère le médicament.
Quelle que soit la préparation adoptée, le malade doit se rincer soio-neusement la bouche après l'avoir prise, afin d'enlever les parcelles de médicament restées dans cette cavité ; puis il s'efforcera de résister un peu plus tard à la soif, toujours assez impérieuse, et aussi au besoin de garde-robe, pendant une lieure et demie, afin de donner à la drogue le temps d'agir sûrement.
Habituellement les selles suivent d'assez près l'ingestion de l'apozème au Cousso; mais, quand au bout de deux heures elles n'ont pas paru, on est autorisé à faire prendre un purgatif léger.
Au bout de cinq ou six heures, généralement, l'action thérapeutique est aciquise complètement, et le patient peut manger.
COL'SSO (emploi médical). 81
(( Je n'ai pas vu, dit Bouclianlal, le Cousso eclioucr quand il a f'td donne de bonne qualik", en qiiantilc suffisante, et que la condition essentielle d'avoir rendu des anneaux de tœnia, la veille ou l'avant-veille de l'administration du remède, a été remplie. »
Quelques thérapeulistes veulent que l'on donne deux doses de suite de Cousso, à trois jours d'intervalle, pour assurer le di'part du ver, et Vaughan a prescrit jusqu'à 45 grammes de ce médicament aux adultes. On n'imitera ces pratiques qu'exceptionnellement.
J'ai dit que la saveur répugnante du Cousso était un obstacle à la généralisation de son enqiloi. Cet olistaclecst aujourd'hui à peu près écarté au moven de la préparation leeonunandée très-cbaudement par le professeur Bouchardat, le Cousso granulé de ^Icnlel. La formule est la suivante :
Cousso en pondre IC grammes.
Sucre orcliiv,\ire Z"! —
(Granulez.)
Les 48 grammes de granules sont facilement avalés par cuillerées, à l'aide tic gorgées d'infusion froide de tilleul, dans l'espace d'une demi-heure.
Cette préparation me paraît bonne, et j'en ai vu plusieurs l'ois d'excellents résultats. Elle peut avoir l'inconvénient de faciliter la fraude, puisque eu somme le Cousso qui a été granulé est devenu méconnaissable. Le malade n'a jdus d'autre gar.aitie de lu pureté de ce ténii'uge et de sa qualité qu'une bonne marque de fabrique.
Grimault a proposé la résine de Cousso pour remplacer ce médicament. Voici son mode de préparation :
On traite les sommités du coussotier par l'alcool dans un appareil à déplacement, puis à la teinture ainsi obtenue on ajoute cinq ou six fois son volume d'eau. Il se fait un précipité floconneux de couleur vcrdàtre. On chauffe; les flocons se rassemblent en une masse qui représente 5 à 4 pour 100 de la Heur employée. Legendre et Aran ont trouvé cette résine [active aux doses de 0,50 et 0,75.
A notre avis, l'apozème de Cousso et le Cousso granulé céderont plus tard le pas au principe actif de ce médicament quand on saura facilement l'extraire ; ce principe, c'est la coussine, dont nous devons dire ici quelques mots.
De la. coussine. On a donné divers noms au principe actif du Cousso : Coussine, Koussine, Cosséine, Kwoséine, Téniine, etc.; nous adopterons le premier, le plus simplement construit.
Les pharmacologistes ne me paraissent pas s'entendre entre eux sur la nature de ce produit; toutefois le plus grand nombre admet que c'est une résine.
En 1845, Stanislas Martin isola le premier du Cousso une matière cristalline {Cosséine) qu'il considéra comme un alcaloïde, mais n'en rechercha pas la valeur comme ténicide. Il l'obtint en cristaux blancs, soyeux, d'une saveur styptique, solubles dans l'alcool, l'éther et les acides sulfhydrlque, azotique, chloi'hydrique, et se décomposant à une température assez élevée, après avoir fontlu en décrépitant.
Le procédé indiqué est assez complexe ; c'est le suivant, résumé d'après l'auteur.
On fait macérer 250 grammes de poudre fin^ de Cousso dans de l'alcool à 36'* pendant qainze jours. On déplace l'alcoolé par une égale quantité d'eau distillée froide, on le distille et l'on mêle le résidu de la distillation aux cola-
DICT. E.\C. XXIL 6
82 CO,USSO (emploi médical).
tures aqueuses. Ce mélange est évaporé au bain-marie jusqu'à consistance d'extrait sec. Ce dernier est repris par l'eau froide et sa solution filtrée. Le précipité est soigneusement lavé avec de l'eau alcoolisée, puis séché. Quand il est bien sec, on le traite par de l'alcool bouillant à 56°. La solution alcoolique est évaporée à une douce température, et les cristaux obtenus par cette évaporation sont séchés entre deux lames de papier Joseph et décolorés à l'aide du charbon végétal.
En 1859, Pavesi indiqua à son tour une méthode plus complexe encore pour obtenir la coussine pure, mais amorphe, la suivante :
On prend 300 grammes de fleurs de coussotier pulvérisées en poudre grossière, et 25 grammes d'hydrate de chaux, et l'on lait digérer le mélange trois Heures dans un alambic avec 1000 grammes d'alcool à 56". On décante. Cette opération est renouvelée deux et trois fois en ajoutant égale quantité de chaux et alcool, puis on exprime la masse. Le résidu est bouilli pendant trois heures avec 600 grammes d'eau ; on décante et ou exprime.
Tous les liquides qui ont servi à ces divers traitements sont réunis et distillés au bain-maric. Dans le produit de la distillation on ajoute un léger excès d'acide acétique concentré, et la coussine précipite à l'état floco-résineux. Le précipité est lavé à l'eau distillée, puis traité par l'alcool bouillant et décoloré par le charbon animal. Alors cette solution alcoolique est distillée au bainmarie, de manière à extraire 3 parties de l'alcool employé, et l'on ajoute au liquide retiré du feu assez d'eau pour précipiter la coussine. On filtre et on sèche à 55".
La substance ainsi obtenue est amorphe, très-amère, d'une saveur nauséabonde analogue à celle du Cousso ; elle est peu soluble dans l'eau bouillante,^ mais se dissout bien dans l'alcool concentré et les solutions alcalines. Les acides sultuiique, azotique, chlorhydrique, ne la dissolvent pas, et, comme l'acide acétique, ils la précipitent de ses solutions alcalines.
A l'époque où Pavesi décrivit son procédé, une discussion intervint à la Société de pharmacie relativement à la coussine ainsi préparée, et d'oii résulta que cette substance ne pouvait être considérée comme un principe immédiat reproduisant les propriétés du Cousso.
Cette conclusion était prématurée, car de nouvelles expériences que nous allons rapporter paraissent donner gain de cause à Pavesi.
K. Bedall, qui s'est occupé de la coussine dès 1865, a donné il y a cinq ans (1872) un mode de préparation absolument imité de celui de Pavesi, qu'il reproduit dans ses plus petits détails, comme on peut le voir. On traite, dit-il, la fleur de Brayère à deux reprises par l'alcool, après l'avoir mélangée à de l'hydrate de chaux. On lait ensuite bouillir le résidu avec de l'eau. Les deux extraits étant réunis, puis filtrés, on distille et l'on ajoute de l'acide acétique au produit de la distillation. La coussine précipite en flocons blancs qui se rassemblent en une masse visqueuse que l'on dessèche à très-douce température.
La coussine ainsi préparée est inodore, sauf en masse, où elle a une odeur de roussi, offre une amertume considérable et se présente sous forme de cristaux microscopiques imparfaits, peu solublesdans l'eau, solubles dans i 'alcool, l'éther et les alcalis purs. Sa formule est C-^H^O^. Elle est douée de propriétés vermifuges.
E. Merck. deDarmstadt, a obtenu une coussine cristallisée ainsi décrite par
COUSSO (emploi médical). ^3
Flùckiger et Hanbiiry. Ses cristaux sont en aiguilles do plusieurs millimètres de longueur ou en prismes, système du prisme droit (Gi'oth).
Pulvérisée, elle est blanche, sans odeur ni saveur, sans action sur le tournesol. Elle fond à 142», et, si l'on ajoute sur cette coussinc fondue une gouttelette d'alcool, il se forme des cristaux en aiguille. Décomposée, elle exhale une odeur butyrique.
La coussine est peu soluble dans l'eau bouillante, très-soluble dans l'cther, la benzine, le sulfure de carbone, le chloroforme, assez soluble dans l'acide acétique et l'alcool : 1000 parties de celui-ci dissolvent 2,3 de ce principe actif à -1-12". A chaud, l'alcool dissout très-bien la coussine. Les solutions de cette substance, très-lentement évapoi'écs à froid, laissent déposer de beaux cristaux; évaporées plus vite, elles déposent la coussine amorphe.
Doses. La coussine a été trouvée active aux doses de 0,50, \ gramme, 2 grammes.
En résumé, malgré les intéressants travaux que nous venons de rapporter, bien des incertitudes régnent encore dans la science relativement au principe actif du Kousso. Nous souhaitons que de nouvelles expériences chimiques et physiologiques viennent éclairer le médecin sur sa nature et ses propriétés.
Succédanés du Coiisso. L'Abyssinie semble véritablement un pays prédestiné relativement aux remèdes contre le ver solilaire. D'après W. Schimper, après le Cousso, les substances ténifugcs les plus employées sont les suivantes : 1" Habbe Tsehukko [Oxalis anthelmintkica, dont on consomme les bulbes). 2" llabbe Zelim {Jasminum floribandum, qui fournit ses feuilles). 3" Bolbilda {Celosia adoensis, dont les parties usitées sont les feuilles, les fleurs, les fruits).
4" Roman {Punica granatiim ou grenadier : écorce, racine). 5° Musenna [Albizia anthelmintliica : écorce). 6" Soaria {Mœsa picta : fruit).
1" Angogo (fruit d'une plante indéterminée). 8" Ogkert [Silène macrosolen : i^acine).
En Europe, les succédanés du Cousso le plus souvent employés sont, parmi les substances végétales, l'extrait de rhizome ou de bourgeons de fougère mâle {Nephrodium filix mas), l'écorce de racine de grenadier sauvage, la teinture de kamala [Rottlera tinctoria), les graines de citrouille. Ernest Labbée.
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COUTAXCEAU (Godefroy-Barthélemy-Ange) , né à Rennes le 10 janvier 1775, termina ses études médicales à Paris et fut reçu docteur en 1800. Il fit partie du corps de santé de l'armée, devint médecin et professeur à l'hôpital militaire du Val de-Gràce, chirurgien de la garde, médecin de l'hôpital du Gros- Caillou, etc. Il était membre de l'Académie de médeciue.
Coulanceau est mort le 25 juin 1851. Ou connaît de lui :
I. Des épanchemenis dans le crâne pendant le cours de fièvres essentielles. Tlièîe, Paris, n" 180, in-4°. — I(. Notice sur les fièvres pernicieuses qui ont régné épidcmiquement à Bor- <leaux en 1805. Paris, 1809, iri-S". — Ht. Révision des nouvelles doctrines chimico-phijsioloqiqucs, suivies d'expériences relatives à la respiration. Paris, 1814, in-8= ; 18-'l, in-8». — IV. Observation sur une apoplexie cutanée. In Méni. de la Société médicale d'émntafion, t. I, p. 72-79 ; Paris, 1798. — V. Notice sur la médecine des Persans. In Journal universel ^es sciences médicales, t. XVII, p. 257-2GG. — VI. iNombreux articles dans le Dictionnaire de médecine (à partir de 18211, dans la Biographie médicale (à partir de 1820), etc., etc.
CODTAl^CEAU (Madame Marguerite-Guillomance), mère du précédent, née à Clermont-Ferrand en 1755. Reçue sage-femme, elle se fixa à Bordeaux, et se livra à la pratique avec un grand succès; elle contribua à la fondation de la Maternité de celte ville, où elle enseignait aux élèves sages-femmes l'art des accouchements. Cette émule des Lachapelle et des Boivin mourut à Paris eu 1825, ■auprès de son fils, chez lequel elle s'était retirée. On lui doit :
I. Eléments de l'art d'accoucher, en faveur des élèves sages-femmes de la généralité de la Guienne. Bordeaux, 1784, in-12. — II. Instructions tliéor'iques et pratiques à l'umge des ■élèves de l'auteur. Bordeaux, an VIII (1800), in-8°. E. Bgd.
COLlTARE.l. Aublet. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Rubiacées, et caractérisé de la manière suivante : fleurs composées d'un calice à six divisions, d'une corolle infundibuliforrae, tubuleuse à la base, renflée vers la gorge ; limbe à six lobes. Étamines au nombre de six insérées sur la corolle. Fruit capsulaire, obové, biloculaire, s'ouvrant en deux valves et renfermant des semences munies d'une aile membraneuse.
Les Coutarea sont des arbres d'Amérique, à feuilles opposées, stipulées, simples, courtement pétiolées.
Le Coutarea speciosa Aublet {Portlandia hexandra Jacq.) est un arbrisseau à rameaux opposés, à feuilles vertes, ovales, arrondies à la base, courtement pétiolées ; à fleurs terminales ou axillaires, reunies par trois ; le calice est rougeâtre; la corolle, considérablement renflée et recourbée vers le haut, est d'un pourpre violet.
Cette espèce vient à Cayenne, à la Trinité et du côté de Caracas. Yelloso lui attribue la production du quinquina de Pernambouc.
Le Coutarea laliflora L. a des fleurs blanches, solitaires sur le pédoncule, aussi larges que longues, de couleur blanche. 11 croît au Mexique, où on lui donne le nom de Copalchi. Il est probable, d'après Guibourt, que c'est là
l'origine d'une écorce analysée, en 1825, par Mercadieu, sous le nom de Copalchi, rapportée par de Humboldt au Croton siiberosum; par Virey, au Strijchnos psetulochina. Celte écorce, bien différente du vrai Copalchi, produit par le Crolon Pseudochina Sclilcct., est formée d'une couche extérieure jaunâtre, épaisse et fongueuse, et d'un liber noir compacte, inodore, d'une très-forte amertume.
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COUTEAUX A OPÉRATIONS, Les instruments auxquels on réserve aujourd'hui le nom de couteaux ù opérations sont des instruments tranchants presque tous destinés à diviser les parties molles (excepté toutefois les couteaux lenticulaires et à symphyséotomie). Ils se distinguent surtout des bistouris parce que leur lame est fixée sur le manche et ne peut pas se replier sur lui. Leurs dimensions, des plus variables, si on compare le couteau qui sert à la désarticulation de la cuisse avec ceux qu'on destine à l'opération de la cataracte, ne peuvent nullement servir à les différencier des bistouris ou des scalpels : aujourd'hui, ces derniers ne l'ont plus partie de la trousse du chirurgien, et sont relégués dans le cabinet de l'anatomiste. Mais il était loin d'en cire de même autrefois, et il suffit de lire les ouvrages d'anciens chirurgiens comme Celse, And)roise Paré, etc., pour se convaincre que le mot scalpel — scalpcllum — s'applicpiait fréquemment à des couteaux à opérations de dimensions moyennes ou de petite taille.
11 est impossible de fixer l'époque à laquelle l'industrie de l'homme fabriqua les premiers instruments tranchants destinés à un but curateur, mais il est plus que [irobable que leur apparition remonte à la plus haute antiquité. Parmi les silex taillés en forme de couteau , dont on connaît certains modèles de dimensions variables, il en est fort probablement qui étaient destinés à des opérations plus ou moins simples et faciles. Ce qui nous porto à faire cette hypothèse, c'est qu'on tend à considérer aujourd'hui la chirurgie des temps préhistoriques comme beaucoup moins arriérée qu'on n'avait pu se l'imaginer jusqu'alors. Récemment M. Broca a cru pouvoir démontrer que la trépanation se pratiquait dès répo([ue néolithique, en se fondant sur la régularité des^ pertes de substance remarquées sur certains crânes de cette époque, sur la constance de leur forme elliptique à grand diamètre anlero-postérieur, sur le peu de variations de leurs dimensions, et sur l'aspect même du tissu osseux à leur niveau ; il conclut que cette trépanation se faisait au moyen du raclage du pariétal avec un silex taillé (Broca. Rev. d'Anlhrop., 1877, n° 1). Qu'il nous soit permis aussi de supposer que certaines des lames en silex qu'on voft aujourd'hui dans les collections publiques ou privées ont servi à lu praticiue de la chirurgie. L'usage de ces silex, comme couteaux, a même dû se conserver assez longtemps, au moins pour pratiquer certaines opérations, car les livres sacrés des Israélites {Penlateuque de Moïse) nous apprennent que l'instrument qu'on employait pour pratiquer la circoncision chez les Hébreux était d'ordinaire un caillou tranchant.
Quant aux couteaux datant de périodes moins éloignées, nous les trouvons fabriqués les uns de bronze, les autres de fer, et de forme rappelant assez bien celle de certains de nos instruments actuels. (Juelques-uns même sont d'un luxe
inusité de nos jours, car la partie de la lame la plus voisine du manche est damasquinée d'argent sous forme d'élégants dessins.
Celse, qui vivait au premier siècle de l'ère chrétienne, décrit divers couteaux dont la lame est en fer et le manche de bronze ; il se termine chez la plupart par une saillie mousse ou par une tête d'animal, saillante surtout du côté de sa lace dorsale, et destinée à empêcher l'instrument de glisser dans la main de l'opérateur. Les fouilles faites à Herculanum, à Pompéi, et dans certaines tombes romaines, ont fait découvrir, en effet, des instruments semblables à ceux dont Celse avait parlé. On les trouve dessinés à la suite de la remarquable traduction du traité de médecine de Celse par M. Védrènes, qui a fait reproduire non-seulement les modèles donnés par Vulpès dans son Atlas des antiquités romaines de Pompéi et d'Herculanum, mais encore ceux qu'il a trouvés soit dans les musées, soit dans diverses collections particulières. Je ne puis que renvoyer pour plus de détails à l'ouvrage de M. Védrènes.
Je m'abstiens de décrire dès maintenant les particularités de forme, de dimension, des divers couteaux datant de cette époque ou de temps plus rapprochés de nous : ces détails trouveront naturellement leur place dans la description des couteaux destinés aux diverses opérations en particu"lier et qui y ont été employés aux divers siècles.
Tout couteau se compose essentiellement de deux parties : la lame et le manche. De la base de la première part une tige métallique plus ou moins allongée, dite la soie, qui la fixe dans le manche en pénétrant plus ou moins profondément dans son épaisseur. Le manche est d'ordinaire en bois d'ébène, taillé à pans, pour ne point se déranger dans la main de l'opérateur; il est souvent d'ivoire dans les couteaux délicats destinés aux opérations sur le globe oculaire.
La forme, les dimensions et les qualités diverses de ces instruments, devant varier avec les opérations auxquelles ils sont destinés, nous allons les passer successivement en revue, en les classant d'après les usages auxquels on les réserve.
Couteaux à amputation. Ceux qu'on a découverts dans les fouilles de Pompéi et d'FIerculanuni ont la lame en fer et le manche de bronze. On en possède deux types principaux, mais malheureusement incomplets, car l'extrémité de la lame brisée n'a pas été retrouvée. Si donc on ne peut dire quelle en était exactement la longueur, probablement assez grande, vu les dimensions du fragment qui reste, on peut au moins en apprécier assez exactement la forme. Tous deux ne sont tranchants que sur un bord, et le tranchant est rectiligne. Sur l'un d'eux, reproduit dans l'atlas de Vulpès (pi. VU, fig. 7), la lame, assez étroite auprès du manche, vaens'élargissant régulièrement jusqu'auprès deJ'endroit où elle a été cassée. Le manche est en bronze, arrondi et renflé seulement à son extrémité. Sur l'autre [Atlas de Vulpès, pi. VII, fig. 2), le dos du couteau étant droit et sur le prolongement de celui du manche, la lame, plus large que le manche à son origine, va au contaire en s'effilant vers la pointe tronquée. Le manche en bronze, aplati latéralement, assez large près de l'origine de la lame, est aminci un peu en arrière de sa partie moyenne, pour se renfler à son extrémité. Cet instrument a beaucoup de ressemblance avec certains couteaux qu'on voit encore en usage chez les bouchers de nos jours.
Les autres tranchants datant à peu près de la même période, et dont quelquesuns ont la lame en bronze, sont de dimensions beaucoup moindres, en sorte
que bon nombre d'entre eux n'auraient pas pu servir pour des amputations entre les mains des chirurgiens de cette époque. Du reste, comme ils sont désigne's sous le nom de scalpels — scalpellum — ce serait trop peu respecter la dénomination qui leur a été imposée que de les décrire ici avec des couteaux {voy. art. scalpel).
Arabroise Paré, Guy de Chauliac, employaient pour amputer les membres des couteaux à lame de moyenne largeur, terminés en pointe, d'une concavité trèsaccusée sur le tranchant, et faisant presque le demi-cercle. Leur forme rappelle parfaitement celle des faucilles de moissonneurs. Guy de Chauliac (1563) les appelle rasoirs à retrancher les membres, et la ligure qui en est donnée dans l'édition de Lavrens Joubert (Lyon, M.UC.XLI) les montre très-épais du dos.
Au seizième siècle, Bartholomeus Maggius se servait d'un couteau dont la partie tranchante de la lame était droite, mais, à la hauteur du manche, la lame se coudait brusquement à angle droit, et ne se fixait au manche que quelques centimètres plus loin. La partie tranchante de la lame et le manclie formaient donc deux parallèles réunies par une sécante, représentée par la partie coudée de la lame.
Presque à la même époque Fabrice de Hilden renonçait à la courbure exagérée des couteaux de Guy de Chauliac et d'Ambroise Paré, et en décrivait un à lame très-peu concave.
Scultet, dans son Annamentarium chlrurgicum, reproduit le couteau en faucille d'Ambroise Paré et de Guy de Chauliac, « avec lequel bien ardent on coupe dans le vif de toutes parts, sans se servir d'aucune ligature, les parties charnues du membre qui doit es coupé jusques à l'os... On l'ait rougir le scalpel pour s'opposer au flux de sang, d'où aucuns l'appellent improprement cautère cultellaire » (8'"^ édition. Paris, M.DC.XVIlll). Mais à côté il figure un autre couteau non destiné à être porté au rouge, à lame droite, à dos convexe et très-épais. On comprendrait mieux aujourd'lmi la nécessité d'une telle épaisseur sur celui des deux instruments qui doit être chauffé au rouge. Avec Garengeot, qui vécut de 1688 à 1759, apparaissent les premiers couteaux à deux tranchants, ou interosseux. Il en indique deux modèles : l'un destiné aux amputations à lambeau, et l'autre à la section des parties molles dans les espaces interosseux de l'avant-bras ou de la jambe. Le premier avait une lame longue de 5 pouces 10 lignes (15 centimètres 1/2), large de 8 bonnes lignes (1 centimètre 6 millimètres) à sa partie moyenne. A égale distance des deux tranchants règne une vive arête qui va du talon à la pointe ; elle est ellemême entourée de deux biseaux qui font que ce couteau est à quatre émoutures, disposition destinée à donner plus de force au tranchant. Le couteau inlerosseux proprement dit a une lame longue de 4 pouces et 2 lignes (11 centimètres). La lame, à laquelle on donnait, du temps de Garengeot, une longueur de 10 à 12 lignes (2 centimètres à 2 centimètres 1/2), est défectueuse d'après lui, car avec de telles dimensions elle ne peut passer dans un espace inlerosseux beaucoup moins large : aussi la réduit-il à 4 lignes au maximum (8 millimètres) près du manche, et encore faut-il qu'elle aille en diminuant vers la pointe. Ce couteau doit servir, d'après Garengeot, non-seulement à la section des parties molles de l'espace interosseux de la jambe ou de l'avant-bras, mais encore à ruginer dans une certaine étendue les os qu'on va scier, « afin d'en enlever le périoste, afin de dénuder ces os de leur périoste autant qu'il est possible, et même de tous les côtés. «
Comme couteau à un seul tranchant, celui qu'il prcfèi-e est courbe de manière à représenter un demi-croissant. Sa lame a une longueur de 8 pouces 5 lignes (22 centimètres 1/2), suffisante pour les amputations de cuisse. Sa largeur à la base est de 15 lignes (5 centimètres) ; elle va en diminuant de plus en plus vers la pointe. La courbui'e commence dès le manche, et se continue identiquement la même jusqu'à l'autre extrémité de la lame.
Thomas Knaur décrit sous le nom de Culter Anglonmi ou de Bell (Selectus insh^umentorinn chirurgicormn in iisum discentmm et practicorum, etc., Viennac, M. DCG.XCVl) un instrument remarquable par les caractères suivants: sa lame, d'assez gi-andes dimensions, est légèrement convexe du côté du tranchant, et cette courbure est surtout accusée près de son extrémité ; celle-ci ne se termine pas en pointe, mais est arrondie et mousse. Enfin, cette lame paraît remarquable, sur le dessin qui en est donné, par la considérable épaisseur de sou dos, ce qui devait la rendre pesante dans la main de l'opérateur.
Aulre modèle de lame indiqué et figuré dans le Recueil des planches du Dictionnaire de chirurgie (an VII) : c'est un couteau assez long, terminé en pointe, à tranchant droit, mais dont la lame, au lieu d'être sur le prolongement du manche, forme avec lui un angle obtus.
Signalons encore comme simple curiosité le couteau-scie dont Henry parle dans son Précis descriptif des instruments de cliirurgie de 1834: imaginé par un Allemand (jui a pensé qu'i! serait commode de couper les chairs et de scier l'os avec le même instrument, il est formé d'une lame de 52 centimètres de long sur 5 de large, et dont le dos présente une rangée de dtnts de scie dims une longueur de 22 centimètres. Le reste de la lame olTre deux tranchaiils. 11 serait impossible, je crois, d'imaginer un instrument plus détestable.
Les couteaux à amputation usités de nos jours sont de deux sortes : ou à un seul tranchant ou à deux tranchants, autrement dits interosseux.
Les premiers, comme les seconds, du reste, sont droits, la lame se trouvant sur le prolongement exact du manche. Le tranchant est rectiligne. L'instrument se termine en pointe; sur quelques-uns, c'est le dos qui vient rejoindre le tranchant, tandis que sur la plupart, — et cette disposition est préférable, — le tranchant et le dos s'inclinent également l'un vers l'autre pour former la pointe (|ui, dans ce cas, se trouve à l'extrémité de l'axe de la lame. Cette forme est bien plus avantageuse que la courbure concave ou même convexe des lames d'autrel'ois ; elle permet, en effet, au même instrument de suffire à la fois pour tous les temps de l'opération qui ont rapport à la section des parties molles ; on peut avec lui seul inciser la peau, la disséquer au besoin, couper les muscles et même les parties molles des espaces interosseux. Un dos suffisamment épais assure la solidité de la lame. On ne doit pas, cependant, sous ce rapport, tomber dans l'exagération, sans quoi le poids de la Jame l'emporterait notablement sur celui du manche, et le couteau serait incommode à manier et mal en main. Le biseau qui, du dos, vient former la lame, doit être insensiblement ménagé.
Les couteaux à deux tranchants, dits aussi interosseux, ont la laine tranchante des deux côtés; d'habitude on laisse la partie de l'un deux qui est la plus voisine du manche non aiguisée et mousse, afin qu'en maniant l'instrument on puisse y appuyer le doigt indicateur pour le dirigci-. La lame doit être étroite; elle porte sur ses faces latérales une aicte qui s'étend du talon à la pointe, et
reprébente sa partie la plus épaisse. De cette arête partent les plans inclinés dont la jonction va, de chaque côté, former le tranchant. La lame doit s'effiler peu à peu pour former la pointe, et non pas assez brusquement, comme celle des couteaux à un seul tranchant.
La longueur des lames est variable et oscille d'ordinaire entre 11 et 26 centimètres. Les dimensions habituelles des lames fournies par Colliu sont 16, 20, 25 et 2G centimètres: cette dernière est grandement sullisante pour tailler par transfixion le lambeau antérieur dans la désarticulation de la cuisse par le procédé de Manec. Pour les amputations en général, la règle est de choisir une lame d'une longueur telle qu'elle égale environ une fois et demi le diamètre du membre à amputer, ce qui est suflisant pour permettre de couper en sciant, comme on doit le faire.
Le plus court des couteaux à amputation est le couteau désarticulateur de Larrey, ressemblant en tous points à l'inlerosseux, sauf que sa lame n'a que 10 à 11 centimètres de longueur. H l'a fait construire spccialcmcnl pour l'amputation du bras dans l'article, d'après son procédé ; sa brièveté donne à l'opérateur une facilité plus grande de pénétrer dans les articulations.
Si les couteaux droits et à un seul tranchant, quand ils réunissent les qualités requises précédenunent, sont de bons instruments et faciles à manier, à la condition qu'on ne les choisisse pas trop longs pour la grosseur du membre ù amputer, et qu'on s'en rapporte, sur ce sujet, à la mesure moyenne que nous avons donnée, il est loin d'eu être de même des couteaux inlerosseux. Aussi nous rallions-nous sans réserve à l'avis de Gaujot etSpillmann, qui disent : « A notre avis, cet instrument doit être proscrit, car il est tout à la fois inutile et dangereux. Si on l'emploie pour la section des chairs iuterosseuses, en faisant l'antique huit de chiffre, on court le nisqne de diviser ces chairs à des hauteurs inégales, et jiar conséquent de léser sur i)lusieurs points différents le calibre des vaisseaux : de là ces hémorrhagies consécutives, si fréquentes après l'amputation de la jambe. Le couteau iuterosseux présente les mêmes inconvénients quand il est employé pour tailler les lambeaux par transfixion. >>
Couteaux destinés à l'ablation des tumeurs en général, et de celles du sein en particulier. Fabrice de Hilden destinait à cet usage un "instrument formé d'une lame très-courte, épaisse du dos, à tranchant convexe, à dos concave, supportée par une tige métallique longue et cylindrique, suivie d'un manche arrondi et très-court, disposition (jui devait être des moins commodes pour la dissection d'une tumeur.
Scultet décrit pour cet usage des couteaux à lame plus longue et convexe également.
Avec Thomas Knaur, la lame devient concave du côté du tranchant, et en même temps est courbée sur le plat.
Pour les tumeurs siégeant au fond de cavités naturelles, il conseille un couteau formé d'une lame courte, étroite et droite, tranchante sur un seul bord, allant en s'élargissant vers son extrémité libre, où elle se termine carrément. Elle est supportée par une tige assez longue, arrondie et cylindrique, sur laquelle se fixe le manche.
Tous ces instruments ont heureusement disparu de la pratique ; les tumeurs qu'on doit enlever avec l'instrument tranchant ne sont plus attaquées qu avec le bistouri.
Couteaur pour la Utiotomie. Nous n'indiquons ici que les lithotomes ante-
rieurs à celui de frère Côme et méritant réellement le nom de couteaux. Quant à ce dernier, aux modifications qu'il a subies, à ceux qui ont été construits ultérieurement d'après le même principe que lui, ce ne sont plus de simples couteaux, mais bien des instruments à part dont la description doit être cherchée à l'article Taille.
Celse nous a conservé la description de l'instrument de Mégès et la manière de s'en servir : « Mégès a inventé un instrument tout droit, muni d'un rebord à son extrémité supérieure, et terminé en bas par un tranchant demi-circulaire. Il le tenait entre deux doigts, l'index et le médius, et le poussait, le pouce appuyé par dessus, de manière à couper à la fois la chair et les parties proéminentes du calcul : aussi, d'un seul coup, l'incision était-elle suffisante » (Celse. Traduction Védrènes, p. 559).
Le lithotome de Cheselden est un petit couteau à lame courte et étroite, fixée d'une manière immobile sur son manche. Le tranchant est très-convexe, le dos concave, afin d'en faire prononcer davantage la pointe. 11 ne coupe qu'à quelques lignes d'elle.
Le couteau de Dubois ne diffère de celui de Cheselden que parce que le dos, au lieu d'être concave, est droit, et la pointe par conséquent moins accusée.
Le couteau de Foubert avait la lame fixe sur son manche, longue de 1 2 centimètres, était tranchante dans toute sa longueur, et faisait avec son manche un angle très-obtus. Foubert s'en servait pour la taille latérale.
Quant aux couteaux lithotomes de frère Jacques, Ledran, Lecat, Blizard, Brodie, ce ne sont que de simples modifications du bistouri.
Couteaux pour la staphylorrhaphie. Bien qu'ordinairement l'avivement se fasse avec des bistouris à long manche ou des ciseaux de formes diverses, il est cependant des couteaux destinés à ce but, et ainsi nommés parleurs inventeurs, que nous devons mentionner ici. L'un est de Vidal (de Cassis), court de lame, à deux tranchants, de la forme du kératotome de "NVenzel. Deux autres sont de Fergusson: l'un d'eux, analogue à celui de Vidal, est, comme lui, destiné à l'avivement; l'autre sert à couper les muscles pharjngo-staphylins, péristaphylins interne et externe, en pratiquant l'incision nécessaire à cette section sur la liice postéro-supérieure du voile palatin. Il est formé d'une tige métallique droite, puis coudée sur le plat, qui ensuite va s'élargissant au delà du coude, puis se termine par un tranchant oblique par rapport à la direction de la partie coudée.
Couteau pour V excision des amygdales. Caqué, de Reims, fut son inventeur, et l'a fait graver dans les Mémoires de V Académie de chirîirgie, t. V, pi. XII, fig. 2. C'est un couteau dont la lame, longue de 11 centimètres, était courbée sur sa longueur. Mousse et dépourvue de tranchant à 2 millimètres de sou extrémité, elle formait avec son manche un anale de 60 deijrés.
Complètement oublié aujourd'hui, cet instrument a fait place aux bistouris de Blandin, Baudens, Chassaignac, et aux nombreux modèles d'amygdalotome qu'on connaît.
Couteau en serpette. Desault le fit construire dans le but de détruire les parois du sinus maxillaire, en cas de tumeurs développées dans sa cavité. Sa lame était très-forte et recourbée en serpette.
Couteau lenticulaire. De très-ancienne date, il est resté dans la pratique sans subir de modification notable. Son but est, dans la trépanation, de détruire les inégalités que la couronne de trépan a laissées aux bords de la perforation, et sa
lentille, engage'e entre les os du crâne et la dure-mère, prote'ge celle-ci pendant cette partie de l'opération.
Garengeot entre dans de nombreux détails sur la confection de cet instrument. Le corps, dit-il, est une tige d'acier ressemblant à peu près à la tige des rugines, et emmanchée dans un manche d'ébène. L'extrémité inférieure est un couteau qui a I pouce (2 centimètres 7 millimètres) de longueur sur 4 lignes (8 millimètres) de largeur en sa partie supérieure, et 3 (6 millimètres) dans l'inférieure. Il doit avoir i ligne et 1/3 (3 millimètres) d'épaisseur à son dos, qui doit être poli et arrondi. Ses deux côtés doivent être faits à la lime, puis passés à la pierre douce, de manière à former un tranchant qui ne soit pas extraordinaircment aigu. Ses côtés doivent être plats, non évidés, et non pas arrondis, ce qui gêne pour faire sauter les inégalités osseuses. La tige de ce couteau ne doit pas avoir plus de 2 pouces et 7 à 8 lignes de long (7 centimètres). La lame se termine par un boulon exactement aplati du côté du tranchant un peu arrondi de l'autre, de 4 lignes (8 millimètres) de diamètre et situé horizontalement. Ce bouton, ressemblant à une lentille, a fait nommer l'instrument couteau lenticulaire.
Cette description de Garengeot s'applique parfaitement au couteau lenticulaire moderne.
Couteaux pour la perforation du crâne et l'embryotomie. Les anciens employaient indistinctement pour l'une ou l'autre de ces opérations obstétricales le même instrument, dont le corps était formé par une tige métallique cylindrique ou })olygonale, longue de 13 centimètres, large de 1 centimètre près du manche, et de 1/2 centimètre à l'autre extrémité, que surmontait un couteau demi-circulaire en forme de crochet, à dos épais et poli, et à sommet mousse, pour éviter de blesser la matrice.
Baudelocque et Mauriceau ont usé de couteaux en forme de serpette pour la perforation du crâne, qu'on pratique aujourd'hui, à défaut des instruments spéciaux de Smellie, Nœgelé, Blot, Kiwisch, etc., avec un simple couteau ou bistouri pointu.
Pour l'embryotomie, il n'y a plus dans la pratique, outre divers appareils, qu'un seul couteau : c'est celui de Jacquemier, reproduit par Gaujot et Spillmann. 11 est à lame fixe, en forme de crochet, coupant par sa concavité. Il se compose de celte lame pouvant se fixer sur manche à l'aide d'une vis, et d'une gaine métallique protectrice, formée d'anneaux articulés dans la partie qui doit recouvrir le tranchant, de manière à pouvoir en suivre la concavité et se mouvoir sur elle. On recouvre le couteau de sa gaîne pour l'introduire, et on la retire pour pratiquer la section d'un membre ou d'un cou.
Couteau à symphyse'otomie. On ne fait plus de couteaux destinés spécialement à cette opération. Henri dans son Précis descriptif des instruments de chirurgie (1854) en décrit un qui ne diffère du bistouri boutonné que parce que sa lame est un peu plus forte et fixe sur le manche.
Couteau en cuiller de Fabrice de Hilden. Son nom indique suffisamment sa forme. Fabrice de Hilden en proposa l'emploi pour l'extirpation du globe oculaire.
Couteau de Stilling pour inciser la muqueuse du canal nasal. Stilling (de Cassel) se sert d'un couteau à lame petite et triangulaire, à extrémité arrondie et coupante, dont les dimensions sont ; longueur, 13 millimètres; largeur à la base, 3 millimètres ; largeur à la pointe émoussée, 3/4 de millimètre.
Couteaux destinés aux opérations qu'on pratique sur l'iris. Pour l'iridotomie, deux couteaux seulement à signaler: celui d'Adams, à lame étroite, terminée en pointe, un peu convexe sur le tranchant, rectiligne sur le dos ; celui de Béer, à double tranchant rappelant tout à feit, d'après Gaujot et Spillmann, la forme d'une lancette.
Les divers procédés d'iridectomie ont nécessité l'emploi de divers couteaux.
Celui de Wenzel, destiné à traverser à la lois la cornée et l'iris — et fort souvent aussi la cristalloïde antérieure, quelle que soit l'habileté de l'opérateur — est à deux tranchants, et assez large de lame.
Bcer préconisa pour le premier temps de l'opération, telle qu'on la pratique maintenant, une lame très-courte et large, tranchante sur ses deux bords, à pointe acérée. Sa largeur est telle qu'une simple ponction de la cornée suffit, suivant qu'on enfonce plus ou moins l'instrument, à faire une ouverture suffisante pour permettre le reste de l'opération. Quand celle-ci doit se faire sur le côté externe de l'un des yeux, celte lame est droite et sur le prolongement du manche; quand elle doit se faire à la partie interne ou supérieure du globe oculaire. Béer indique, pour éviter la gène occasionnée par la saillie du dos ou de l'arcade sourcilière, un couteau de même lame, mais coudée sur la tige qui la supporte.
Weher augmenta la largeur de la pointe de ces couteaux, afin d'éviter autant que possible la différence d'étendue qui existe entre la plaie faite à la face interne de la cornée et celle de sa face externe. Gaujot rejette ces instruments parce que, dit-il, pour peu qu'ils quittent un seul instant la direction horizontale, ils s'engagent entre les lames de la cornée, et, dans ce cas, ou ils n'arrivent pas dans la chambre antérieure, ou ils n'y arrivent que par un canal trèsétroit, ne permettant pas d'acliever l'opération. 11 faut convenir que c'est là supposer l'opérateur bien peu habile et bien peu instruit du manuel opératoire qui est de règle en pareil cas. Si, en effet, comme il est de règle de le faire, on pratique la ponction de la cornée, ou plutôt delà sclérotique, en tenant l'instrument d'abord perpendiculairement à sa surface, si, ensuite, aussitôt qu'on sent la résistance vaincue, on change sa direction de manière à conduire la pointe vers le centre de la chambre antérieure, et si seulement alors on continue la ponction en dirigeant l'instrument parallèlement à la face antérieure de l'iris, on n'a certes pas à craindre, avec un peu d'habitude et beaucoup d'attention, de glisser l'instrument entre les lames de la cornée.
Le couteau dont se sert de Graefe est celui qu'il a décrit pour l'extraction de la cataracte par le procédé linéaire; il trouvera sa place au chapitre suivant.
Couteaux destinés à scarifier la conjonctive. Couteau de Desmarres, trèscourt, à tranchant étroit et très-convexe.
Couteau de Deval — ne diffère de celui de Desmarres que par la convexité moindre de sa lame.
Couteau c puur l'extraction de la cataracte. Nous les diviserons avec Stœberen trois catégories : 1° simples, 2" composés, 5" mécaniques.
L'étude des divers modes opératoires et des instruments employés pour l'extraction de la cataracte a été faite d'une manière si complète et si consciencieuse dans le remarquable travail de notre ami le docteur Stœber, que nous ne saurions mieux faire que de lui emprunter en partie la longue énumération et la description des divers couteaux usités dans cette opération. Pour plus de détails, aussi bien que pour la bibliogiaphie relative à tous les oculistes cités
COUTEAUX. dô
ici, on se reportera avec fruit à sa monograpliie (A. Stœber. Description du procédé quasi-linéaire simple ou composé, précédé d'une revue liistorique et iconographique des divers modes et instruments employés dans l'extraction de la cataracte. Th. inaug. Mancy, i876).
1. Couteaux simples. Il ne reste aucune description des instruments dont se sonl servis ceux qui, probablement les premiers, ont extrait la cataracte : tels sont Déioosthène, chirurgien de l'école d'Alexandrie, (|ui vivait 200 ans avant l'ère chrétienne; Antille, Lathirion, qui vivaient au premier siècle de notre ère. C'est à partir de Daviel et delà Fayc (1 696-1 76-2) que les instruments employés sont décrits et connus.
Le couteau de Daviel (1762), employé dans son second mode opératoire, est, comme l'appelle son inventeur, un petit bistouri courbe : sa lame, peu large et peu épaisse, est concave du côté du tranchant, et a sa pointe acérée.
Couteau de la Faye (1752). Il a la lame fixée sur le manche, légèrement convexe sur le plat, pour éloigner l'iris de sa pointe en traversant la chambre antérieure; elle est longue de 45 millimètres, large de 4 millimètres 1/2, tranchante d'un seul côté dans toute son étendue, et du côté du dos seulement dans les deux millimètres voisins de la pointe.
Garengeot (1752) ouvrait la cornée avec un couteau lancéolairc, et agrandissait ensuite l'ouverture laite avec des ciseaux.
Poyet (1755) employa d'abord une hune rectilignc, longue de plus de 5 centimètres, large de 4 millimètres, affilée sur ses deux bords dans sa moitié antérieure, présentant, près de sa pointe, un trou destiné à recevoir un fil. L'une des extrémités de celui-ci était conduite par rinstrument, pendant la ponction de la cornée, du petit vers le grand angle de l'œil ; retiré à ce moment du trou où il était engage, il servait à former une anse par laquelle on maintenait le globe oculaire pour l'empêcher de suivre le tranchant dans son mouvement de scie. Ultérieurement Poyet renonça à ce fil, et supprima le trou de son instrument.
Sharp (1753) imagina un couteau à lame étroite, aiguë et concave, à dos mousse et convexe, jusqu'auprès de la pointe, où il est affilé. Sa longueur est de 4 centimètres 1/2.
Couteau de Warner (1754). Il esta tranchant droit ; le dos s'incline près de la pointe pour l'ejoindre le tranchant.
Couteau de Ph. Young (1 756) est étroit, très-pointu, s'ef filant beaucoup vers la pointe, que le dos et le tranchant viennent former en s'inclinant également l'un vers l'autre.
Couteau de Tenon. Ne diffère de celui de la Faye que par ses dimensions moindres.
Bérenger (1759) se servit d'une lame plus large que les précédentes, courbée sur le plat comme celle de la Faye, et s'élargissant assez auprès du talon pour que, en continuant à pousser l'instrument vers le grand angle de l'œil, une fois la ponction faite, on taillât du coup le lambeau cornéen. Avec Gérard ten Haaf (1761) apparaît la forme triangulaire de la lame. Vogel, en 1762, décrivit un couteau à lame très-mince et très-effilée, à tranchant légèrement convexe et à dos concave.
Pellier, de Bar-le-Duc (1764), fit faire un crochet-mousse immédiatement en arrière de la pointe, qui s'élargit assez vite, et dépasse alors en largeur le reste de la lame, de manière à pouvoir, soit une fois celle-ci entrée dans la chambre
antérieure, soit une fois qu'elle a traversé de nouveau la cornée auprès du grand angle de l'œil, arrêter le mouvement de celui-ci au moyen du crochet.
Colombier (1765) donna à sou couteau la forme d'une lancette myrtiforme.
Les frères Grandjean se sont peu éloignés de ce modèle, avec cette différence, toutefois, que la tige métallique qui supporte la lame est flexible, de telle sorte qu'on peut donner à cette dernière la direction nécessaire pour que sa pointe réponde exactement au bas de la cornée, quand l'opérateur a pris son point d'appui sur la joue du malade.
Pour Coutouly (1766), deux couteaux de forme assez bizarre sont nécessaii'es ; voici la description qu'en donne Stœber : « Le premier est une pique, longue de 4 à 5 travers de doigt, consistant en deux parties, la pique ou la lame proprement dite, et le manciie. L'extrémité la plus grosse de la lame est fixée au manche, vers le milieu ; sa largeur est de 1 ligne (2 millim.), et son épaisseur de d/2 ligne (1 millim.). A partir de ce point, elle devient de plus en plus mince, et elle offre une courbure qui se dirige d'abord en avant, puis bientôt après en sens contraire, de manière que la pointe est aplatie, droite et longue de 2 lignes (4 millim.), depuis l'angle formé par le corps jusqu'à la base de la pointe. Celle-ci est à deux tranchants, de forme triangulaire ; elle a une hauteur de 3 lignes (6 millim.) et une largeur de 2 lignes (-4 millim.). Le second instrument consiste en un couteau composé d'une lame et d'un manche. La lame présente une double courbure dont la première est antérieure, et la seconde postérieure; la lame est très-mince. » Pour opérer, la pique est poussée à travers la partie externe et inférieure de la cornée, dans la chambre antérieure ; une fois qu'elle y est introduite, on presse la tige contre l'angle externe de la plaie; on fait pénétrer à travers cette ouverture le couteau, suivant la direction de la pique, et l'on fait ainsi une incision semi-lunaire à la partie inférieure de la cornée; la pique est retirée, puis, avec le couteau, on ouvre la capsule cristalline.
Couteaux deWitt (1769) et de Zehender, larges de 6 millimètres, pointe effilée et à deux tranchants, mais seulement dans la partie voisine du sommet. Près du talon, elle augmente de longueur. Elle est courbée sur le plat, afin d'éloigner la pointe de l'iris, et la face qui regarde en avant est légèrement bombée : aussi faut-il deux de ces couteaux, un pour chaque œil.
Couteau de Pamard (1769). Forme d'une lancette à abcès, mais affilée sur un bord seulement ; plus long et plus large.
Couteau de Richter (1770). Lame de 4 1/2 à 5 centimètres de longueur, bombée sur ses deux faces, large de 6 millimètres à 2 centimètres 1/2 de la pointe, dont les deux premiers millimètres sont à double tranchant. Le dos est droit, mousse et peu épais.
Couteau de Lobstein (1770). Sa lame a 4 centimètres de longueur ; elle atteint sa lai-geur maxima, qui est de 9 millimètres à 2 centimètres de la pointe. Le dos est droit et mince, affilé seulement près de la pointe. La lame est plane sm* l'une de ses faces et bombée sur l'autre : c'est celle-ci qui doit regarder du côté de l'iris pendant l'opération: aussi faut-il un couteau pour chaque œil.
Couteau de Pope (1771). La pointe et le dos étaient mousses; les deux faces convexes, le dos droit, le tranchant convexe : aussi faliait-il ponctionner la cornée avec un autre instrument, afin de pouvoir introduire pai- l'ouverture faite ce couteau, pour achever la section.
Couteau de Favier (1771). Analogue à celui de Bérenger, sauf que le dos est un peu concave, et que la pointe est ici bien plus allongée et effilée.
Coufeau deWinsel (1771). Lame droite, présentant ceci de remarquable, qu'à égale dislance du dos et du tranchant est une arête saillante destinée à repous- . ser l'iris et à l'éloigner de la pointe.
Couteau de Conté (1772). Sa longueur est de 3 centimètres d/2, sa largeur de près de 7 millimètres. Le dos est droit et mousse, la pointe arrondie.
Couteau dit des Élèves de l'École pratique de Paris. Tranchant convexe, dos droit, lame assez longue.
Couteau de Durand (1775). Il n'est pas trempé, afin qu'on puisse le courber à volonté, le tranchant cl le dos sont légèrement convexes.
Couteau de Gasa-Amata (1779). 11 est la reproduction de celui de Bérenger, avec cette différence que la lame est contournée en gouttière dans le sens de la longueur, de manière que sa partie convexe puisse éloigner l'iris du tranchant pendant l'opération.
Couteau de Mursinna (1782). C'est celui de Richter, mais plus étroit, et augmentant moins rapidement de largeur à partir de la pointe.
Couteau de Desault (1783). Lame large de 9 à 13 millimètres, longue de près de 4 centimètres, et excavée sur ses deux faces, dans les deux tiers de sa longueur, droite, peu épaisse, à tranchant convexe, ù dos mousse, aiguisé seulement à proximité de la pointe, qui est Irès-cffdée.
Couteau de Demours (1784). Destiné surtout à ceux qui ne sont pas assez habiles de la main gauche pour opérer avec elle. Il n'a de spécial que la disposition du talon non aiguisé de sa lame, qui est courbé à la lois sur le tranchant et sur le plat.
Couteau de Wathen (1785). Il rappelle la forme d'une lancette, mais tranchante d'un seul côté.
Couteau de Gleize (1786). Ressemble aussi à une lancette, le dos étant mousse ; mais il est plus allongé.
Couteau de Wenzel (1786). La lame est longue de 4 centimètres et large de 6 à 7 millimètres au talon ; de celui-ci à la pointe, elle va diminuant de largeur. L'un des côtés est tranchant dans toute sa longueur, et présente une légère saillie près de la base de la lame, pour permettre de faire la section de la cornée sans mouvements de scie et par la seule introduction de l'instrument. Le dos, mousse et aplati près du talon, reste mousse, mais en devenant beaucoup plus mince dans sa partie moyenne, puis tranchant près de la pointe.
Couteau de Benjamin Bell (1787). Forme d'un fer de lance, la lame étant convexe sur son plat, du côté qui doit regarder l'iris ; dos mousse, affilé seulement près de la pointe. Pour opérer sur l'œil droit, Bell donna à sa lame, près du talon, une direction d'abord perpendiculaire à celle du manche ; puis elle se coudait de nouveau à angle droit pour lui devenir parallèle ; cette disposition permettait d'opérer en appuyant la main droite sur le nez.
Couteaux de Pcllier, de Quengsy et de Pellier aîné, de Nancy. Ces oculistes ont employé plusieurs modèles de couteaux qui ont pour caractères communs d'être convexes du côté du tranchant, concaves du côté du dos. Les uns se terminent par une pointe, les autres par une extrémité mousse : ces derniers étaient destinés à remplacer les premiers une fois la ponction de la cornée faite, quand l'opérateur craignait de piquer l'iris : on relirait le couteau pointu qu'on remplaçait par une lame à extrémité mousse, qui était conduite. jusqu'au point de la face profonde de la cornée où devait se faire la contre-ponction ; on la pratiquait alors en dehors et en dedans avec le couteau pointu. La lame à extrémité
9fi COUTEAUX.
mousse s'engageait par celte nouvelle ouverture, et achevait la section cornéenne.
Couteau de Jung, dit Stilling (1791). La lame a 32 à 33 millimètres de long; • sa largeur augmente jusqu'auprès du manche, mais y dépassant à peine le diamètre nioveii de la cornée. L'un des bords est tranchant dans toute son étendue, l'autre dans son tiers antérieur seulement, et devient droit et mousse dans ses deux autres tiers. Les deux faces sont légèrement bombées.
Couteau de Barlh. Il avait une lame triangulaire des dimensions suivantes : longueur 45 millimètres; largeur à la base, 11 millimètres. Un seul des bords est tranchant; l'autre, formant le dos, est mousse, droit, et sur le prolongement de l'axe du manche.
Couteau de Béer (1792). Même forme que celui de Barth, mais moins long et moins large. Lame un peu convexe; dos mousse, sauf à proximité de la pointe, où il devient tranchant. 11 est légèrement arrondi pour occuper l'angle de la plaie corncenne et faire obstacle à l'issue de l'humeur acjueuse.
Le couteau deLangenbeck (1793) n'a que 3 centimètres de longueur de lame, et diffère par ce seul caractère de celui de Béer.
Couteau de C. Gracfc (1795). Large de 6™'",7G près du talon, il diminue progressivement de largeur, à mesure qu'on se rapproche de la pointe, qui est à un peu plus de 1 centimètie du point le plus large de l'instrument. Le dos est droit et mousse, sauf à proximité de la pointe.
Couteau de José de Sauta-Anna (1795). Diffère de celui des élèves de l'École pratique en ce qu'il a le talon un peu plus allongé.
Couteau de Bischoff (1793). A dos droit, à lame légèrement convexe, terminé par une extrémité boulonnée.
Couteau de Conradi. Large de -4 millimètres, pou épais et tranchant jusqu'à son milieu seulement. L'ensemble de sa forme rappelle, du reste, celle du couteau de Richter.
Couteau de J. Ware. Ne diffère de celui de Wenzel que parce que sa pointe est plus acérée, et que ses faces sont convexes, pour s'opposer à l'issue de l'humeur aqueuse.
Couteau de Santarelli. La pointe, longue de 9 millimètres, est tranchante sur ses deux bords; le reste de la lame a, ses bords mousses et parallèles, distants l'un de l'autre de il millimètres. L'une des faces porte une arête médiane, parallèle aux bords, et également distante.
Couteau de Schiferly (1797). C'est celui de Richter, seulement écourté de 6 à 7 millimètres.
Couteau de Justus Arnemann. Dos droit, lame augmentant progressivement de largeur à partir de la pointe, puis diminuant un peu en se rapprochant du talon.
Couteau de Phipps. Moins large que celui de Whaten de 1 millimètre, et c'est tout.
Couteau de Taddini. Sa lame est à deux tranchants, avec une arête longitudinale sur la partie médiane des faces latérales, longue de 5 centimètres 1/2.
Couteau de Ch. Bell (1815). C'est en son milieu que sa lame est le plus épaisse; le tranchant. est convexe, le dos droit et mousse, devenant un peu concave à proximité de la pointe, qui est très-acérée.
Couteau de Demours (1818). Il est du même modèle que celui de Wenzel,
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avec celte difféience (jue le dos est aiguisé à proximité de la pointe dans une plus grande étendue.
Couteau de Rust (1820). Difiérence insignifiante de longueur avec celui de Richtcr.
Couteau de Guépin (de Nantes) (ISil). 11 a le tranchant concave et sa forme rappelle celle d'un canif; long de 45 millimètres, il est large, au milieu, de 6 millimètres, et au talon de 9 millimètres.
Couteau de Jolm Scott (1844). Son dos décrit un sixième de la circonférence d'un cercle de 2 centimètres de rayon. La corde de l'arc que forme le dos a aussi 2 centimètres de longueur. La lame est large de 4 millimètres au talon, et va se rétrécissant vers la pointe.
Couteau de Laugicr (1852). C'est une combinaison de la lame articulée de son aiguille à abaissement avec une lame cachée, destinée à faire la section de la cornée ; celle-ci n'est pas incluse dans une gaine, mais accolée seulement à une autre lame, à bords mousses, ipii la recouvre.
Couteau de Sichel et de Uesmarrcs. Ces oculistes n'ont que modifié le couteau de Béer en en diminuant la longueur, afin que sa pointe n'arrive pas à rencontrer la saillie du nez avant que la section cornéenne soit achevée.
Autre couteau de Desmarres. Destiné à agrandir ou à complélcr la section de la cornée; il est à un seul tranchant, à lame droite, aussi étroit près du talon que près de la pointe, qui est émoussée ou remplacée par un petit boulon plat.
Couteau de de Graefe père. C'est un couteau de Hichter, courbé sur le plat, de manière que sa pointe soit un peu relevée et puisse traverser la chambre antérieure sans risquer de léser l'iris.
Couteau de Leport. Construit dans le même but que le second couteau de Desmarres; il n'est autre chose qu'un couteau de Richter, dont la pointe est émoussée ou remplacée par un bouton plat.
Couteau de de Graefe. Fait pour l'extraction linéaire de la cataracte; il est long et effdé, à un seul tranchant, arrondi sur le dos, à lame très-étroite, mais assez épaisse sur ses faces, pour éviter l'issue de l'humeur aqueuse en comblant la plaie cornéenne.
Couteau de Gritchett. C'est un couteau de de Graefe, mais coudé aiîn d'être moins gêné pour le manœuvrer au-dessous du rebord orbitaire.
Couteau de Bowmann. A double tranchant et courbé sur le plat; forme d'un fer de lance dont les deux bords se réunissent sous un angle de 50 degrés.
Couteaux de Junken. Leur but est d'agrandir l'incision de la cornée. Ce sont de petits couteaux à un seul tranchant, à extrémité mousse, à lame très-étroite et coudée sur le plat : il en faut deux, un pour chaque extrémité de la section.
Couteau de Gioppi (1869). La lame est à un ou deux tranchants, légèrement convexe, longue de 22 millimètres, large de 2 millimètres. Suivant les cas, on se sert de cet instrument ou droit, ou coudé, sous un angle de 100 à 120 degrés.
Couteau de Castorani (1874). Lame triangulaire, longue de 34 millimètres, large de 11 millimètres près du talon, courbée sur le plat.
Couteau de Giraud-Teulon (1870). Forme d'un triangle long de 12 millimètres, large de 10 à 11 millimètres, avec deux arêtes parallèles, de 2 millimètres de long du côté du talon. La lame est légèrement inclinée sur le manche et offre une courbure obtenue par l'enroulement autour d'un mandrin cylindrique de 2 centimètres de diamètre. Il est destiné à pratiquer une section linéaire courbe,
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et est. fait à peu près sur le modèle de l'iustrument de "Weber (de Darnistadt), auquel il ressemble beaucoup.
Couteau de Monoyer. Sa largeur de lame est suffisante pour que l'ouverture de la chambre antérieure puisse être exécutée d'un seul coup par un simple mouvement de propulsion de l'instrument. Le tranchant est légèrement convexe, affecte la forme d'un arc de cercle décrit avec un rayon de 6 centimètres, le centre du cercle se trouvant situé sur la perpendiculaire au dos de la lame, qui se confondrait avec la base prolongée. Le dos est droit. Sa longueur est de 26 millimètres, et sa plus grande largeur, à la base, est de 6 millimètres.
II. Couteaux composés. Couteau de Petit. 11 se compose de deux pièces; l'une est un stylet droit qui présente une cannelure le long de laquelle il faisait glisser une lancette qui incisait la cornée une fois que le stylet l'avait préalablement traversée.
Couteau de Pallucci (1730)! Formé d'une aiguille destinée à traverser Ja cornée à la base de l'incision que l'on veut faire; à peu de distance de sa pointe est un tranchant qui va augmentant de largeur à mesure qu'il se rapproche du talon, et qui, quand on pousse davantage l'aiguille, incise la cornée.
Couteau de Siegerist (1777). Le dos est droit et mousse; sur son prolongement et en avant est une aiguille loude, longue de 8 millimètres, acérée à sa pointe. La lame a ses deux laces bombées et augmente de largeur pendant une longueur de près de 2 centimètres, point où elle atteint 6 millimètres de large. Ce couteau agit comme celui de Pallucci.
Couteau de Richter. Le même que celui de Siegerist ; seulement l'aiguille, au lieu d'être ronde, est tranchante et de même épaisseur que la pointe de la lame.
Couteau de Mayer (1804). Simple modification de celui de Siegerist, dont l'aiguille devient moins longue et le talon plus court.
Couteau de Weidmann. Ce sont de simples différences dans les dimensions relatives de ses diverses parties qui le distinguent des précédents.
Couteau de Furnari (1837). Dit aussi kéralotorae à double lame. II est ainsi décrit par Slœber : « Le kératotome est une lame ordinaire, terminée par une autre lame plus petite, de la forme d'une aiguille à cataracte. Les bords de la première sont très-tranchants, depuis la base jusqu'au sommet, qui est séparé de la seconde par un espace de o millimètres 1/2 de longueur et de 2 millimètres de largeur. La petite lame est légèrement courbe et sert à inciser la capsule du cristallin, tandis que la grande incise la cornée. »
Couteau de Blasius (1840). L*,même que celui de Pallucci, avec cette différence que la lame ressemble à celle du couteau de Béer. En 1848, il le modifia en rendant l'aiguille mobile sur le couteau ; une fois la ponction et la contreponction faites, il la retirait dans le manche.
Couteau de Mackenzie. Comme forme, il ressemble au dernier couteau de Blasius, mais ici c'est la lame qui se meut sur l'aiguille qui la dirige, grâce à une coulisse creusée dans toute sa longueur.
Couteau de Grandboulogne. C'est la reproduction du premier modèle de Blasius.
Couteaux de Péan (1873). Ils sont destinés, en glissant dans une aicruille cannelée, introduite au préalable dans la cornée, à faire l'incision linéaire : l'un est coudé au niveau de son tranchant et concave sur un de ses côtés; l'autre a le bord tranchant convexe, a la lame courbée en demi- cercle sur le plat, la courbe s'accusant plus vers la pointe, qui représente un tiiangle.
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III. Couteaux mécaniques. Couteau de Gue'riu (J769). Il est formé essentiellement d'une petite boîte contenant le mécanisme et le ressort, et d'où partent deux tiges supportant, l'une un anneau, l'autre un couteau : on présente l'anneau à la cornée qui, vu ses dimensions, s'y engage. Si alors on presse sur la détente, le couteau vient, par un mouvement brusque, tailler le lambeau cornéen.
Couteaux d'Eckholdt et de Dumont. Diffèrent peu du précédent.
Couteau de Butler. Il est formé d'une lame en forme de lancette, mue par un ressort à boudin, et qui va ouvrir la sclérotique à 7 millimètres en ariière de la circonférence de la cornée. Le couteau rentre et une pièce sert alors à saisir le cristallin en passant par la chambre postérieure.
Couteaux de Bccquet et de Guérin. Ils élèvent la paupière supérieure en même temps qu'ils taillent le lambeau cornéen par un procédé analogue à celui de Guérin.
Couteau de Van Wij (1792) et d'Assalini. La lame, analogue à celle du couteau de Bérenger, est contenue dans un manche d'où elle sort brusquement sous l'action d'un ressort.
Couteau de James Earlc. Va extraire la cataracte par la chambre postérieure.
Couteau de Jœgci' (1856). Il se compose de deux couteaux de longueur dilférenle, à dos rectiligne et mousse, sauf auprès de la pointe, otr il est affilé. La face par laquelle ils se répondent est plane, l'autre est convexe. Le couteau le plus long est monté sur le manche, et le plus couit sur une tige de 5 centimètres de longueur, qui glisse dans une fente longitudinale existant sur un côté du manche. Pour se servir de cet appareil, le chirurgien, tournant de son cùté Li lame mobile, plonge la lame fixe dans la chambre antérieure ; une fois la contreponction pratiquée, et l'œil immobilisé par ce fait, on le fait tourner en bas et en dehors, puis on fait avancer la lame mobile, qui achève de tailler le lambeau cornéen.
Pour l'appréciation de ces diverses sortes d'instruments et des procédés opératoires qui s'y rattachent, voyez l'article Cataracte de ce Dictionnaire.
Couteaux de feu. Il en existe de trois sortes, se rapportant aux types du cautère actuel, du couteau galvano-caustique et du thermo-cautère.
L'ancien couteau de feu, dit aussi cautère cultellaire, hostaire ou hostile, a la forme d'une hache dont la partie tranchante, qui forme un quart de cercle, est très-mousse, et dont le dos, épais pour mieux conserver le calorique, se relie à la tige. 11 n'est pas destinée à couper, mais seulement à faire des cautérisations linéaires.
Le couteau galvano-caustique offre l'avantage de pouvoir couper en cautérisant. Il est fait de platine, parce que ce métal, étant le plus mauvais conducteur de l'électricité, oppose un obstacle au passage du courant ; et on sait que c'est •en surmontant cet obstacle que celui-ci produit du calorique. Le premier couteau de ce genre fut celui de Middeldorpf, formé de deux lames de platine réunies angulairement et se continuant chacyne par leur autre extrémité avec un conducteur qui traverse le manche en ébène ou en ivoire de ce couteau. Celui-ci n'avait rien qui permît de régler facilement l'intensité du courant ■et par conséquent la chaleur dégagée : il fallait s'adresser aux piles pour obtenir un tel résultat, ce qui est une complication.
M. de Séré a imagi^ié un couteau du mcme genre avec lequel on peut graduer la température du platine. Gaujot et Spillmann le décrivent ainsi : « Cet iuslru-
iOO COUTOUBEA.
nient se compose d'une lame de platine montée sur un manche de cuivre composé de deux parties séparées par une lame isolante d'ivoire. Les deux pièces du manche reçoivent l'extrémité des rhéophores de la pile de Grenet : continuant ces rhéophores, elles conduisent ces courants jusqu'à la lame de platine qui leur est intermédiaire. Cette lame est disposée de (elle sorte quelle puisse rentrer dans le manche et varier de longueur à la volonté du chirurgien. La chaleur augmente ou diminue suivant que la lame s'allonge ou se raccourcit. La lame de platine peut ainsi passer successivement de la température la plus élevée (1500 degrés) à une température beaucoup moindre; une échelle graduée, placée sur le manche, indique la dimension de la lame qui correspond à des degrés de chaleur déterminés. A la température de 1500 degrés, le couteau pénètie dans les tissus avec une rapidité foudroyante, en faisant des plaies nettes et saignantes, comme celles de l'instrument tranchant. A la température de 000 degrés, au contraire, le couteau est hémostatique. »
Une précaution indispensable à prendre en se servant de cet appareil est d'appuyer très-peu le couteau sur les parties qu'on veut sectionner; ceux qui s'en servent pour la première fois ont souvent tendance à agir comme ils le feraient avec un bistouri et plient la lame, ce qui est un contre-temps fâcheux, obligeant à arrêter l'appareil et à faire refroidir la lame pour pouvoir la redresser. (Pour de plus longs détails, voyez Dict. des Se. méd., article Cautérisation.)
Le couteau du thermo-cautère, dans lequel le calorique est développé parla combustion sans llamme d'une substance hydrocaibonée (essence minérale du commerce), n'a pas une forme tranchante, mais bien cylindro-conique et aplatie latéralement (voy. Bulletin général de thérapeutique, 30 août 1877). il est fait d'une feuille de platine repliée sur elle-même, sans soudure, de manière à limiter une cavité intérieure. Deux tubes concentriques aboulisseut à celte partie en platine : l'un plonge dans sa cavité et y conduit le mélange gazeux (hydrocarbone et air atmosphérique) qui doit maintenir le platine à l'état incandescent, et qu'il reçoit du récipient par un tube en caoutchouc venant s'adapter à lui à l'extrémité du manche; l'autre, excentrique, supporte le couteau de platine et est percé de trous près de son extrémité libre, pourledégagement des résidus de la combustion. Ces deux tubes sont contenus dans un manclie en bois. On règle la chaleur développée dans cet appareil en modifiant l'intensité de la soufllerie qui doit, du reste, être toujours faite avec lenteur. H. Chrétien.
COUTELIERS. Voij. Aiguiseurs.
COUTIIVIA. Velloso donne le nom de Coutinia iUuslris à une plante voisine des AUamanda, de la famille des Apocynées, et lui attribue la production d'une écorce amère appelée Qima de Camanu.
Velloso (J.-M.). Quûwfirafia portitgaza. Lisbonne, 1799, in-12, d'après A. Richiro. In Journal de chimie médicale, VI, p. 20v. Pl.
COL'TOUBE4 Aublet. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Gentianées, et composée d'espèces herbacées et frutescentes, croissant dans l'Amenque intertropicale. Les feuilles sont simples et opposées ; les fleurs disposées en grappes ou en épis, de couleur blanche, rougeàtre en dedans. Un calice muni de trois bractéoles, quadri ou quinquefide; une corolle hypocratériforme à tube cylindroïde, à limbe quadri ou quinquepartite; quatre ou cinq