‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.22Chapitre 12 sur 52 · COUTURIÈRES · texte numérisé non relu

COUTURIÈRES

d'Amérique fixaient l'atlention générale et ne tardaient pas à entrer dans la pratique et à prendre une grande extension.

Nous n'avons pas à nous occuper ici du mécanisme de ces appareils au point de vue technique, mais seulement de l'action qu'ils exercent sur les ienimes qui en font usage. Le mouvement est, comme pour les tours, transmis par deux pédales, une pour chaque pied, auxquelles l'impulsion est communiquée par la pression alternative du pied sur chacune d'elles ; cette pression ne peut avoir lieu que par l'élévation et rahaissemcntra[)ides des deux membres inférieurs et particulièrement des cuisses. Il en lésuUe une secousse, un éljranlement général et incessamment répété, par suite du frottement des cuisses l'une contre l'autre. Dans certaines machines, soit les deux pédales, soit une seule plus large, sont mises en jeu par les deux pieds pressant simultanément : alors les deux membres s'élèvent et s'abaissent en même temps, et impriment à tout le corps un balancement continuel d'avant en arrière et d'arrière en avant, mais sans frottement. L'appareil lui-même, dont les différentes pièces sont en métal, est fixé sur une table, véiitable table de résonnance, dit M. Espagne, où les mouvements continuels du porte-aiguille et de la navette déterminent une trépiilation accompagnée d'un bruit désagréable. L'ouvrière doit avoir constamment les mains sur la table, pour diriger les mouvements du tissu à coudre, du presse-étoffe et du porte-aiguille. On n'a pas assez tenu compte, continue M. Espagne, des effets de la trépidation communiquée j)ar les bras à la cavité thoracique, où elle peut amener des troubles dans la circulation pulmonaire, et même à l'abdomen; on a eu trop exclusivement en vue les effets, si dignes d'attention du reste, des mouvements des membres inférieurs.

C'est à cette occasion qu'une note discordante vint troubler le concert d'admiration qui s'était d'abord élevé en faveur des machines. M. le docteur Guibout, médecin de l'hôpital Saint-Louis, fixa définitivement l'attention sur un fait déjà signalé par le docteur Deville {Soc. de méd. du départ, de la Seine, 1861). En 18G6 il rappoita plusieurs observations de femmes travaillant aux machines à pédales alternatives, et chez lesquelles ce frottement continuel des deux cuisses transmis à la vulve avait déterminé une excitation génitale très-vive, d'où des leucorrhées, des gastralgies, de l'amaigrissement, la perte des forces, etc. Beaucoup de femmes étaient obligées d'interrompre de temps en temps leur travail pour se lotionner avec de l'eau fiaîche ; chez quelques-unes même, l'excitation était portée au point de provoquer chez elles des manœuvres de masturbation qui contribuaient encore à les affaiblir. Certaines accusaient aussi la machine de déterminer des douleurs lombaires et des pertes. Ces observations furent confirmées par un médecin anglais attaché à l'asile d'Earlswood, le docteur Down, qui fit de ses observations particulières l'objet d'une lecture à la Société d'East-Surrey District (oct. 186iJ); affaiblissement profond, palpitations, vertiges, mais surtout leucorrhée, tels furent les phénomènes constatés par M. Down. Il remarqua que ses malades faisaient usage de machines très-lourdes, très-dures, destinées à des travaux grossiers et mises en mouvement par des pédales alternantes, tandis que des femmes qui se servaient de machines plus légères mues par le mouvement simultané des deux pieds n'étaient pas exposées à ces inconvénients. Serrant de plus près la question, le docteur Down reconnut que dans la plupart des cas, et des plus graves, les phénomènes observés étaient dus à des habitudes de masturbation occasionnées par l'éréthisme auquel donne lieu le mouvement alternatif des membres inférieurs.

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