COUTURIÈRES
La question ainsi amenée à l'ordre du jour, plusieurs médecins se mirent à l'œuvre pour l'examiner sur une plus vaste échelle. Ce l'ut d'abord M. Espagne, qui, observant à la maison centrale de Montpellier, put suivre là une quarantaine de détenues occupées à coudre à la mécani(iue. Les appareils dont elles se servent sont de grandes et lourdes machines mues par deux pédales. Ces conditions donnent une grande importance aux résultats obtenus par M. Espagne.
Ce médecin a d'abord étudié, chez les mécaniciennes, l'influence produite par ce travail sur la mortalité et la morbilité. Avant l'introduction des machines, de 1860 à 1865, on a observé chez les détenues 507 décès ou 5,55 pour 100 ; et depuis l'introduction, de 1865 à 1868, 7i décès ou 5,7 pour 100. Ainsi, en tenant compte des améliorations introduites dans le régime intérieur, il est plus qu'évident (ju'il n'y a pas eu aggravation.
Relativement à la morbilité, les entrées à l'infirmerie ont été moins nombreuses que colles des autres ateliers, et les maladies dont les mécaniciennes étaient atteintes n'offraient pas plus de gravité que celles des autres détenues.
Passant ensuite en revue les différentes fonctions de l'économie, M. Espagne constate que les fonctions digestives sont plutôt surexcitées qu'affaiblies; le système circulatoire n'éprouve aucune influence. Relativement au système respiratoire, on a observé des dyspnées, des hémoptysies qui ont motivé le changement de travail; mais ces phénomènes s'observent aussi dans d'autres ateliers. Restent le système locomoteur et l'appareil génital qui ont attiré tout particulièrement l'attention de l'auteur. Remarquons d'abord que l'on choisit en général, pour ce travail, des iemmes jeunes et fortes de vingt à trente-huit ans, rarement quarante. Eh bien ! on observe assez souvent de la fatigue, des douleurs musculaires aux jambes, aux cuisses, à la région lombaire et même aux membres tlioraciques. Ces accidents se calment ordinairement au bout de quelques jours de repos; mais, s'ils se renouvellent, on l'ait changer d'atelier. Vers l'appareil génital, on a quelquefois constaté des rétentions menstruelles et d'autres fois, au contraire, une exagération du flux. Partant de cette observation «t de la remarque déjà faite par Romarini sur l'abondance des règles chez les femmes faisant le métier de tisserand, M. Espagne croit que les effets des maciiines à coudre pourraient être utilisés comme emménagogues chez certaines femmes affectées d'aménorrhée. Quant à l'orgasme génital, il le regarde comme beaucoup plus rare qu'on ne l'avait dit, et ne pouvant guère s'observer que chez des fennnes encore jeunes et d'un tempérament très-ardent.
On le voit, cet important travail de M. Espagne fait sur une classe particulière d'ouvrières, sans être aussi favorable que celui du professeur Gardner, est cependant beaucoup moins alarmiste que celui de M. Guibout. Vient maintenant une enquête très-curieuse de M. le docteur Decaisne et qui ne porte pas sur moins de six cent soixante et une femmes travaillant à la machine à coudre ayant l'ouvrière elle-même pour moteur. De ces six cent soixante et une femmes, l'immense majorité travaillant pour vivre étaient à leur machine de dix à douze ou même treize heures par jour ; vingt-huit seulement ne travaillaient que trois à quatre heures, sans en faire leur profession ; trois cent quatre-vingts étaient dans les ateliers, les autres chez elles. M. Decaisne a constaté que parmi les femmes travaillant de dix à douze et tieize heures, un bon nombre accusaient de la fatigue, des douleurs vagues dans les muscles et des douleurs de reins qui disparaissaient en général par le repos au lit. Beaucoup éprouvaient des douleurs particulières dans les cuisses et quelquefois des crampes. Cette fatigue, ces dou-
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leurs sont observées plus particulièrement chez celles qui sont occupées à la mécanique depuis trois ou six mois, elles sont presque nulles chez celles qui s'y exercent depuis un ou deux ans; au total M. Decaisne accuse la trop longue durée du travail chez ces femmes. Un travail continu de dix iieures est déjà beaucoup trop : que sera-ce, s'il s'étend à douze et môme quinze heures ? « On relaye, dit-il, les chevaux de poste tous les 20 kilomètres, ceux d'omnibus toutes les deux heures, etc., afin d'obtenir pendant de longues années un travail continu, régulier et lucratif, sans porter atteinte à leur santé. Mais l'industriel ne relaye jamais une ouvrière mécanicienne ; peu lui importe qu'elle perde sa santé au bout de quelques mois ; d'autres bien portantes et fraîches de jeunesse, ignorant le soit qui les attend, sont prêtes à remplir la place vide. Il ne Jlmdrait pourtant pas appliquer ces reproches à tous les ciiel's d'iiiduslrie, car nous en connaissons qui comprennent parfaitement les devoirs qu'ils ont à renq)lir envers leurs ouvrières, el qui prouvent qu'on calonmie l'industrie en l'accusant d'clre toujours et exclusivement préoccupée de ses intérêts personnels. »
Vient maintenant la grande question, celle de l'influence sur l'appareil génital. Sur trois cent trente-cinq femmes interrogées avec le plus grand soin, deux cent soixante-sept n'avaient rien éprouvé de semblable. Les soixante-huit autres ont avoué que les différents mouvements déterminés par le travail à la machine leur donnaient une excUuiion très-grande, nuiis seulement au moment des règles, et qu'elles éprouvaient alors une grande fatigue. Vingt e\ une de ces femmes avaient de l'eczéma, de l'érylhème et des fleurs blanches qui les forçaient, pendant l'été, à faire plusieurs fois par jour des lotions avec l'eau fi'oide ; dix-sept, au moins, se livraient à l'onanisme avant de travailler à la machine; du reste, toutes ces femmes, sauf deux, étaient âgées de quarante à (quarantesix ans, c'est-à-dire arrivées à la période de la ménopause.
On a dit que les mécaniciennes étaient exposées à la métrorrhagie et aux fausses couches. Une quarantaine de femmes ont déclaré, en eflèl, que depuis qu'elles travaillaient à la machine leurs règles étaient plus abondantes. Quelques-unes même, qui étaient dysménorrhéiques, ont vu la menstruation se rétablir avec plus de régularité. Dans trois cas d'aménorrhée, M. Decaisne, réalisant l'idée de M. Espagne, a conseillé avec succès l'emploi de la machine à coudre. Les fausses couches n'ont pas paru à M. Decaisne plus fréquentes ici que pour les autres professions; on aura été frappé de quelques coïncidences. Quant à la leucorrhée, elle est trop commune dans les grandes villes pour que l'on puisse attribuer la moindre influence aux machines.
M. Decaisne nous a paru faire un peu trop facilement bon marché des inconvénients reprochés aux machines. 11 est bien certain, quand on a parlé de fatigue, des douleurs des cuisses, etc., qu'il s'agissait des ouvrières travaillant d'une manière continue, et non des personnes se livrant deux ou trois heures seulement à cet exercice : ainsi le reproche est exact et parfaitement fondé, c'est bien à la machine que les accidents sont dus. Que la durée du tiavail soit trop considérable, tout le monde sera d'accord avec lui à cet égard, huit heures à l'ordinaire, dix heures comme exception, c'est tout ce qu'une femme doit et peut fournir, au delà elle est véritablement surmenée. Nous insisterons donc trèsfortement pour que l'on abrège la durée des journées de travail dans les ateliers de couture à la mécanique.
Gomme M. Espagne, M. Decaisne est bien forcé de"reconnaître les grands inconvénients des doubles pédales à mouvement alternatif : aussi le premier fait-il
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observer que l'action « vraiment déplorable » des mouvements alternatifs des deux pieds doit être plus marquée cbez les ouvrières libres que chez les détenues que l'on envoie à d'autres ateliers quand on constate les fâcheux effets des appareils mécaniques. Aussi tous les deux reconnaissent-ils la grande importance de la substitution des pédales isochrones aux pédales alternautos. Mais ce qu'il faut surtout chercher, ce sont des moteurs spéciaux, vapeur ou électricité.
Dans une lettre adressée au rédacteur en chef de YUnion médicale, .AI. Cazal, ingénieur civil, après avoir, comme tous les médecins, blâmé la trop longue durée du travail, constate la difficulté d'appliquer la vapeur et son mouvement uniforme à la machine à coudre, ilont la marche, la vitesse, doivent varier à la volonté de l'ouvrière, et arrive à proposer l'électro-magnétisme, qui peut s'adapter même aux machines isolées, devenues alors automotrices. M. Espagne, qui examine ce moyen, pense qu'il peut être employé de préférence à la vapeur, si le prix du zinc détruit dans la pile n'est pas supérieur au prix de la bouille. Quant aux ouvrières isolées, M. Espagne trouve dans l'usage de la machine électro-magnétique une compensation qui ni nous paraît pas très-heureuse. « Si l'ouvrière qui emploie une couseuse automotrice électio-magnétique réalise moins de bénéfice apparent, à cause des frais d'alimentation de la machine, la consorvatio7i de sa santé, par conséquent la non-interruption du travail, et l'aliniriilatiou moins substantielle et à meilleur marche qu'elle pourra se donnei' à elle-même, puisqu'elle fatiguera moins, auront bientôt produit une augmentation réelle de salaire. »
Suivant M. Espagne, l'appareil Casai, qu'il a vu Ibnctionner, consomme de 75 à 8U centimes par jour de zinc. Ce piix est assez élevé pour qu'il puisse dire que c'est là une machine de salon qui permettra, dans les familles, une durée de travail beaucoup plus longue. Aujourd'hui, grâce à d'ingénieux perfectionnements, la vapeur {K'ut s'adapter dans les grands ateliers aux machines à coudre, sans gêner le travail de l'ouvrière. Ainsi, chez .M. Godillot, une machine à vapeur transmet, au moyen d'arbres de couche et de courroies, le mouvement à chaque machine, mouvement que l'ouvrière peut, avec une simple pression sur une pédale, augmenter, diminuer ou arrêter à son gré. A part ces pressions passagères, les pieds sont immobilisés. Enlin on a cherché divers moteurs spéciaux pom" les couturières en chambre, et il y a tout lieu d'espérer que le prix de revient mettra bientôt ces perfectionnements à leur portée.
Un fait positif, c'est l'augmentation du gain par l'emploi des couseuses. Ainsi, avec les macliines Wheeler et Wilson, on fait six cent quarante points à la minute, et une ouvrière à l'aiguille seulement vingt-trois, c'est-à-dire vingthuit fois moins. Une chemise d'homme est terminée en une hem'e seize minutes par la machine, et en quatorze heures vingt-six minutes à la main. Ainsi il y a réellement bénéfice très-grand, et pour rendre les avantages complets, il ne s'agit plus que d'abréger la durée du travail et d'imprimer le mouvement à l'aide d'un moteur artificiel. E. BEAUGRAiVD.
Bibliographie. — Gardner (A.-K.). The Hijgienc of Ihe Seiving-Machine. In Anier. Med. Times, déc. 1860, et Ranklng's Abstr., t. XX.X.III, 18(31. Anal, par E. Beaughaxd. In Ann. d'hijff., 2= sér., t. XVI, p. 457; 1861. — Deville. Communication à la Soc. de méd. du déparlement de la Seine (séance du 17 mai 1801]. — Gcidult. De l'influence des machines à coudre sur la santé et la moralité des ouvrières. In Compt. rend, de la Soc. de méd. des hôpit. Union méd., 2» sér., t. XXX, p. 506; 1800. — l)m\y. The Sewing-Machine. In the Lancel ; 1866, t. II, p. 447. — Cazal (H.). La machine à coudre. In Union méd., 2* série,
COUVRKURS. 107
t. XXX, p. 509; 1866. — Espagne (Ad.)- •Si^r l' industrie des machines à coudre à la maison centrale de Montpellier. In Monlp. méd., t. XXII, p. 40i ; 1.S69. — Decaisne. La mac/iinc à coudre et la santé des ouvrières. In Ann. d'/iijg., 2» sur , t. XXXIV, p. 103, 527 ; 1870.
E. Bgd.
fOLVE. Nom donné dans les Alpes aux Piniis Cembra L. Pl.
COL^ RE-CHEF. 11 a été dit ailleurs que ce mode de bandage n'est guère usité dans lu prali(|uc. C'est une sorte de coiffe faite avec une pièce de linge un peu [ilus longue que large, et pliée dans le sens de la longueur do manière qu'un des bords dépasse l'autre. Ainsi disposée, cette pièce est posée en travers sur la tète, les deux bords en avant, le bord le plus avancé étant en dessous. On noue sous le menton les angles de cette partie la plus large de la pièce, et les angles de l'autre partie sont ramenés en avant, puis renversés sous la mentonnière, qu'ils embrassent pour aller se rejoindre à la nuque où ou les altacbe avec des épingles. Ils passent ainsi par-dessus les angles postérieurs de la pièce, qu'on a eu le soin de tirer en avant et qu'on renverse à leur tour sur les côtés de la tête, où on les fixe, ou qu'on ramène vers la mâchoire inférieure eu les lixant sous lu mentonnière.
C'est le couvre-chef qiiadr angulaire. Nous ne nous arrêtons pas au couvrechef triangulaire ou -petit couvre-chef, qui consiste en un mouchoir plié en triangle, et dont tout le monde connaît le mode d'arrangement. D.
COOTREURS (Hygiène professionnelle). « Etat salubre, travail lugubre », tel est le dicton populaire qui sendjle vouloir caractériser la profession de couvreur. Mais, si la seconde de ces propositions n'est que trop rigoureusement exacte, il n'en saurait êti'e de même pour la première. Le couvreur, il est vrai, vit et travaille au grand air; et de ce côté du moins l'influence continue du milieu ne saurait agir sur lui que dans un sens flivorable. Bien différent en cela de l'ouviier que les exigences professionnelles tiennent dans un atelier rendu insalubre par l'insuffisance de l'aération ou l'encombrement, il ne présente pas aux causes de mal qui peuvent l'atteindre un organisme débilité et prédisposé aux affections chroniques. Accoutumé aux intempéries de l'atmosphère et des saisons, il peut, sans doute, en retirer un endurcissement physique salutaire; mais il n'en reste pas moins exposé à toute leur influence, que l'habitude qu'il a de les braver et une insouciance naturelle de sa part ne lui permettent point de prévoir et d'éviter. En somme, le métier de couvreur est par lui-même un métier des plus pénibles, et Yillermé a \m constater chez les hommes de cette profession une durée plus longue pour les maladies qu'ils présentent dans leur vieillesse que cela n'a lieu chez les autres ouvriers également âgés.
Voyons maintenant quelles sont les maladies que l'on rencontre le plus communément chez eux. Suivant Pâtissier, les couvreurs sont sujets aux affections inflammatoires des organes thoraciques, aux hémorrhagies, aux étourdissements, à l'ophthalmie et à l'apoplexie.
L'action d'un soleil ardent, pendant les travaux de l'été, doit être considérée comme une des causes accidentelles de maladie les plus fréquentes. Tissot dit avoir vu, un jour qu'il faisait très-chaud, un couvreur se plaindre à son camarade d'un violent mal de tête qui augmentait de minute en minute ; au moment où il voulut se retirer, il tomka mort sur-le-champ. En pareille circonstance, l'action directe des rayons solaires ne doit pas être seule incriminée. On com-
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prendra qu'il faille tenir compte de l'extrême cchauffemcnt d'un toit en ardoise, en tuile ou en zinc, sur lequel le couvreur se tient toujours plus ou moins étendu, pour expliquer ces symptômes indubitables du coup de chaleur.
J'ai signalé dans mon Hijgiène des professions et des industries la fréquence des congestions pulmonaires chez les couvreurs. Cette affection peut être attribuée en partie à la position que l'ouvrier est obligé de garder sur les plans inclinés qui forment les toits, en partie aux courants d'air vif auxquels ils sont particulièrement exposés.
Une autre affection digne de remarque consiste en des troubles nerveux qui n'épargnent pas môme les anciens couvreurs, et finissent par amener chez quelques-uns une véritable faiblesse paralytique se manifestant principalement au moment de l'ascension des échelles. Un m'en a cité plusieurs qui avaient été obligés de quitter la piofession parce que, arrivés à une certaine hauteur, ils étaient pris de tremblement et de faiblesse involontaires, surtout dans les membres inférieurs. Ces symptômes, qui ne doivent pas être rapportés à la crainte, se présentent chez des ouvriers rompus au métier, et qui, plus d'une fois, s'étaient rendus maîtres de leurs étourdissements. La position accroupie sur les toits me paraît avoir une sérieuse influence sur le développement de cette affection; après un travail prolongé en effet dans cette attitude, les ouvriers éprouvent une certaine insensibilité des jambes qui se dissipe plus ou moins vite. Vernois parle d'nn arrêt de développement avec flaccidité dans les muscles des mollets, chez les couvreurs ; ce qui se rapprocherait assez de ce que nous avons nous-mênie observé.
L'habitude de se tenir sur les genoux pendant le travail provoque souvent la formation d'une bourse séreuse accidentelle au devant de la rotule. Cette bourse séreuse est susceptible de s'enllammer par le frottement et de donner naissance à des hygromas et des abcès du genou.
Mais rien ne frappe plus l'esprit que la fréquence et la gravité extrêmes des accidents qui surviennent chez les couvreurs. Ce sont, le plus souvent, des chutes du haut des toits; et quand la mort n'en est pas le résultat fatal, elles laissent à leur suite des lésions incurables qui mettent l'ouvrier dans l'impossibilité de gagner désormais sa vie.
On doit signaler parmi elles l'affaiblissement de la mémoire et des facultés, ainsi que la paraplégie, conséquences de la contusion du crâne et du rachis. D'autres fois ce sont des fractures des côtes, des membres supérieurs et inférieurs, presque toujours compliquées de plaies; ou bien encore des lésions des grandes articulations suivies généralement d'arthrites graves, très-lentes à guérir et laissant après elles la perte de la fonction du membre.
Lombard (de Genève), dans son mémoire concernant « l'influence des professions sur la durée de la vie », a trouvé que sur 100 couvreurs 27 succombent à des chutes ou à des suites de chute. Toute proportion gardée, c'est, suivant lui, la profession qui offre le plus de morts accidentelles.
Descamps, qui a dépouillé les registres d'une société de secours mutuels des couvreurs de Paris, mentionne, de 1822 à 1854,56 accidents et 54 décès parmi lesquels 16 ou près de la moitié sont le résultat de chutes. Sur ce nombre, la mort a eu lieu 9 fois immédiatement.
Dans le but d'obtenir des renseignements plus récents sur ce point, je me suis adressé au président du syndicat des couvreurs de la Seine, M. Tencé, qui a bien voulu me remettre la note L.;uivante:
Ij U U /j i^l i 1 .
« Je regrette de ne pouvoir vous fouruir les renseignements exacts que vous me dcmiindez au sujet des accidents qui arrivent cliaque année à nos ouvriers, attendu que depuis plus de douze années les deux sociétés de secours mutuels, dont un certain nombre faisait partie, ont cessé d'exister.
« Les entrepreneurs ont bien formé, en 1862, une société d'assurances contre les accidents pouvant entraîner leur responsabilité, mais, sur 500 environ qui exercent dans le département de la Seine, nous comptons à peine 70 sociétaires.
« Je ne vous donnerai donc qu'un chiffre incomplet des chutes suivies de mort et de blessures plus ou moins graves déclarées à l'agence de notre société par rapport à l'enseinble de tous les autres accidents que nous ignorons. «
« Toutefois, en évaluant à 6000 les ouvriers couvreurs, zingueurs et plombiers (compagnons et aides) pour le département de la Seine, il y a lieu d'admettre chaque année une moyenne de 3 ouvriers tués et de 40 ouvriers blessés dont 8 au moins restent incurables. »
Nous ne croyoas pas inutile d'insister sur l'intérêt que présente cette note. Il n'est pas douteux en effet que le chiffre déjà considérable des accidents qu'elle mentionne doive se rapporter plus particulièrement aux couvreurs ])roprement dits et aux ouvriers zingueurs et plombiers plus spécialement employés aux couvertures. Ce n'est donc pas 6000 ouvriers, mais bien un nombre beaucoup plus petit qui fournit ce chiffre d'accidents, ce qui rend naturellement plus forte la proportion de ces derniers sur \ 00 ouvriers ; et celte proj)ortion serait telle que les sociétés de secours mutuels entre couvreurs ne sauraient se maintenir qu'à la condition de porter très-haut la contribution de chaque membre; ce qui est un obstacle à leur recrutement et par suite à leur existence. D'autre part, ce qui fait ressortir encore plus l'énorme fréquence et la gravité de tous ces accidents, n'est-ce pas le besoin qu'ont ressenti un grand nombre d'entrepreneurs de couvertures d'assurer, pour ainsi dire, leur propre responsabihté? Quelle autre profession donnerait lieu à de semblables considérations?
En présence des dangers que la nature du travail entraîne forcément, l'hygiène préservatrice pourrait se résumer en deux mots : prudence et sobriété.
A la première doivent se rapporter les soins à prendre dans le choix et l'application du matériel nécessaire, tels que cordes, échelles, échafaudages. Selon nous, l'ouvrier devrait être muni d'une ceinture à laquelle serait attachée une corde armée d'un crochet qu'il fixerait, à volonté, aux barreaux des échelles, sur le lieu même du travail, de façon à être retenu dans la chute qu'un faux pas, une imprudence ou des vertiges pourraient amener.
On comprend aussi combien serait exposé un ouvrier en état d'ivressse. Tout couvreur adonné aux boissons devrait être atout jamais éloigné de sa profession. Enfin, si l'habileté et les qualités physiques ne sauraient être l'apanage de tous ces ouvriers, du moins serait-il facile de faire un choix parmi ceux qui offriraient les meilleures garanties d'âge, de constitution et d'apprentissage.
Alex. Layet.
BiDLioGRAPHiE. — Descamps ct ViLLERMÉ. SuT Ics couvrcuTS et SUT uiie société de secours mutuels qu'ils forment dans la ville de Paris. ïn Ann. d'hi/ffiéne publique, t83-i, t. Xll, p. 8t. — Laïet (Alex.). Article Couvreurs. In Traité d'hygiène des professions et des industries, \S15. A. L.
COUZAX. Voij. SaIL-SOUS'CouzaN.
HO ^v^A.
COVARÈtAS (Les). Voy. Amérique.
COVIL1..1BD. Voy. COUILLARD.
toWAR» (William). Célèbre médecin anglais, né à Winchester, en 1656, fit ses études à Oxford, et y prit le grade de docteur en médecine à l'âge de trente et un ans. 11 alla ensuite exercer son art à >'ortliamplon et à Londres, et mourut eu I7'2i. Auteur de quelques ouvrages de philosophie, il les vit condamner et brûler jiuhliquement, par ordre du Parlement anglais, à cause de la liberté de penser qu'il n'avait pas craint de montrer; de sorte que ses productions littéraires sont fort rares aujourd'hui.
I. De fermenta volatili nulrilivo conjcctiiiœ ralionales. Londres, 1095, in-S". — II. Thoughls conccrning Iluman Soûl, demonslraHivi titc Sotion of Human Soûl as belicved to be a Spiritual Imniorlal Substance uniled to Iluman Bodij, to be a plain healhcnish Invention and no consouanl to Ihc l'rinciples nf l'hiloxophy, Rrason and Religion. I-ondon, 1702, in-S". — m. Fart/icr Thoughls Concerning Iluman Soûl, in Defcnce of second T/toughts. Londres, 1703, jn 8». — IV. Tlie grand Essay or a Vindication of Heason and Religion against I/npostures of P/iilusnphij, proving that tlie Eiistence ofanij immaterial Substance, is a Philosop/iical Imiiostuvc and impossible to be concieved ; that ail Huttcr has originally created in it a Princi/de of Internai or Self-motion ; that Matler and Motion must to be Foundation of Thought in Man and Brutes. Londres, 170i, in-8°. — V. The Gust Scruting or a Serions Inguiry to thc Modem Notions of Soûl. Londres. 1706, in-8°. — VI. Ojïhthalmatria, sive oculorinn medela. Londres, 1708, in- 8°. — VII. Abraham, Isaac et Jacob, poëine héroïque. Londres, 1705, in-8». A. C.
C'O^VPF.U (Guillaume), né en 1606 près d'Abresford, dans le comté dellampsliire, lit ses études médicales à Londres et devint membre du Collège des chirurgiens et de la Société royale de Londres. 11 se consacra plus particulièrement à l'étude de l'anatomie et a publié plusieurs grands ouvrages avec planches, qui furent de son temps très-admirés. L'un d'eux, néanmoins, The Anatomy of Human Bodies, lui attira des désagréments mérités. Il est orné de 114 planches, mais, à l'exception de sept, elles sont empruntées à l'ouvrage de Bidloo, et l'on prétend que Cowper avait acheté ces planches à un libraire hollandais. L'acte est d'autant plus ])làniable, qu'il dessinait habilement. Bidloo réclama près de la Société royale et Cowper lui répondit par un pamphlet. Il est mort à Londres le 8 mars 1709. Ses principaux ouvrages sont :
I. Myotomia reformata, or a ISew Administration of ail the Muscles of the Human Body. Londres, 1C94, in-S" ; autre édition publiée par Mead, avec addition et une dissertation de Pembeuïox sur le mouvement musculaire. Londres, 1724, in-fol., et pi. — II. Thc Anatomy of Human Body. Oxlord, 1098, in-lul., pi.; autre édition revue par .\lbinls. Leyde, 1757, in-fol.; autre édition traduite en latin, par W. Duntas. Leyde, 17Ô0, in-fol.; Utrecht, 1750, in-fol. — III. Eù,<a(SiïTta, in quâ dotes plurimœ et singulares, perifia anatomica, probitas, probantur, et vjusdem citalionis humilUme rcspondctur. Londres, 1701, in-4°. — IV. Glandularum quarumdam niiper delectarumductumnquc eariini e.xcretotiorum descriptio cum figuris. Londres, 1702, in-4°. Il a publié encore un certain nombre de Mémoires d'anatomie, de chirurgie et de physiologie, dans les Transactions philosophiques de la Société royale de Londres. A. D.
COWPER (Glaxde de). Voy. Urèthre.
cowpox. Voy. Vaccise.
cox. Nom de plusieurs médecins d'Ecosse et d'Angleterre, parmi lesquels : Co-\ (Joseph-Masos), né à Fishponds, près de Bristol, en 1762 ; il lit ses études
médicales en Hollande et fut reçu docteur en médecine à Leyde en 1787. Il revint ensuite résider à Londres, et s'occupa surtout de l'étude et du traitement des maladies mentales, ainsi que de médecine légale. Il est mort en 1822. Nous connaissons de lui :
I. Disserlatio inauguralls quœdam de Mania. Leyde, 1787, in-S". — II. Prncdcal Observations on Insanittj ; in loliich soiiic Suggestions arc offcrcd towards an iniprovrd Mode of Trcaiinçi Diseuses of tlic Mind, and sonie Ruies proposcd, which il is kopcd niay lead to a more lluman and successfull Metliod of Cure. To ivliic/i are subjoined Remarks on Médical Jurisprudence as connccled wilh Diseased Intellect. Londres, 1804, in-S"; autres éditions, 1800,1814, in-8°. — lil. Histonj of a Case of Insanilij, ciired bij the Use of the Digitali's purpurea. In Duncan Médical Commentar., t. IV, p. 201; 1789. A. D.
COX (William-Sands) , émincnt chirurgien anglais, naquit à Birmingham en 1802 ; il était fds du célèbre chirurgien Edward Townsend Cox, qui le dirigea dans ses premières études de médecine et de chirurgie à l'hôpital général de Birmingham. 11 se rendit à Londres pour y continuer ses études à Guy's HospiUtl et k Saint- Thomas Ilospital; c'est là qu'il se lia d'amitié avec Edw. Grainger, le fondateur de Webb-Street Scliool of Anatomy. En 1824, après avoir été nommé membre du l\oyal Collège of Surgeons, il passa un an à. Paris pour y suivre les leçons de Dupuytrcn, de Laennec, de Lisfranc et de Larrey. Il s'établit ensuite à Birmingham, et en 1825 fut nommé chirurgien au General Dispensanj. Son habileté hors ligne comme opérateur, et la publication d'un grand nombre d'excellents mémoires et ouvrages d'anatomie et de chirurgie, attirèrent sur lui l'attention du monde médical, et diverses sociétés savantes l'accueillirent dans leur sein. Mais son princi[)a[ litre de gloire auprès de ses concitoyens, c'est d'avoir fondé l'enseignement médical à Birmingham. En 1828, de concert avec les docteurs Johnstone, Booth et autres médecins et chiiurgiens éminents, il fonda l'École de médecine de Birmingham, laquelle fut incorpoiée au Queen's Collège en 18-45, par décret royal [Royal charter of incorporation) ; il fonda également en 1841 le Queens Ilospital, alin de compléter renseignement théorique de son école par l'enseignement clinique. Il caressait l'idée de fonder une waïe Midland University, et de fait une école des arts et une autre de théologie furent successivement annexées à Queen's Collège en 1847 et en 1851. MalhcureusemQut ce projet ne put obtenir une complète réalisation, malgré les sacrifices pécuniaires que s'imposa Cox et les libéralités du révérend docteur Warneford, qui donna successivement au Collège jusqu'à 25 000 livres sterling. Même en 1857, un meeting, qui se réunit à Queen's Collège pour offrir un témoignage public de reconnaissance à l'éminent chirurgien, organisa une vaste souscription, pour dédoujmager Cox de ses sacritices; mais ce dernier versa encore le produit de la souscription dans la caisse de l'école. Excellent créateur et organisateur, professeur distingué et dévoué à ses élèves, d'une honnêteté irréprochable, Cox, principal et doyen de la Faculté, était malheureusement très-autoritaire, et avec cela administrateur déplorable. Des dissentiments ne tardèrent pas à naître au sein de Queen's Collège, et en 1860 eut lieu la séparation de l'hôpital et de l'école.
Après la mort de son père, arrivée en 1863 , Cox résigna ses fonctions de senior surgeon à l'hôpital de Birmingham, et se retira à Bole-Hall, près de Tamworth. Plus tard il alla habiter Kenilworth, où il mourut le 25 décembre 1875. A l'époque de sa mort, il était magistrat et député du comté de Warwick, membre de la Société royale, de la Société de chimie et de la Société de chirurgie de Paris, etc.
11'2 LUAALUIL.
Cox n'a pas laissé de traités complets, mais une foule de mémoires sur la chirurgie, et il a publié pendant de longues années les Annual Reports of (lie Queens IJospital. II consacra ses dcrnieis loisirs à publier une série d'ouvrages importants sur l'histoire de l'école médicale de Birmingham (1871), les Annales de Qneens Collège qu'il laissa inachevées, et au moment de sa mort il préparait un nouvel ouvrage, les Annales de Queens Ilospital. Nous citerons seulement de lui :
I. A Synopsis of Ihc Bones, Ligaments and Muscles, Blood-Vessels and Nerves of the Human Dodij. Birniingli. a. London, 1831, iii-12, flg. — II. Une iradiiction : Maingault. On Amputations. Birininpli. a. London, 18^11, in-fol. — III. Letler to James Thomas Laiv on eslahlixlùnij a CJinical Hoxpitai at liirnùngkam. Birm. llS-iS), in-8». — IV. Memoir on Amputation of l/tc Tkight at the llip- Joint ivith at successfull Case. London, 18-4Ô, in-lol. — V. Reprint of the Charter, etc., of Queen's Collège. Lond. 1873. — VI. Annals of tlie Queen's Collège, 1873, 4 vol. — VII. Nombreux articles dans London Med. Gazette.