II. De obsIruclioHfjecuris. Strasbours, 16G4, in
tramer (Jean-Isaac). Fils du précédent, et de Marie Vaudenet, naquit également à Genève, le 'le juillet 1674, et mourut en 1751. On lui doit :
1. Thésaurus secrelorum curiosorwn, in quo curiosa non soluni adomnes corporis huntaiii, tiim iiitcrnos, lurn exlernos morbos rtiraiidos, sed eliain ad cutis, faciei, atiarumipte pariium ornalum, formant, ntlorem et elegantiam conciliandos, continenlur secrela. Genève, n09, in-8°.
Joan-Isaac Cramer avait épousé en 1700 Anne Mallet, dont il eut trois fils qui se sont distingués en divers genres de travaux : Jean, qui devint professeur de droit; Gabriel, qui se rendit célèbre en philosophie, eten mathématiques, et Jean-Antoine, lequel, né le 5 mars 1707, mourut en 1775, laissant la réputation d'un médecin distingué.
Cramer (.Ieax-Georges-IIe.M!i). Celui-là n'appartient point à la famille des précédents; il était Allemand, et mourut à Dresde vers l'année 1742. A'ous ne connaissons de lui que l'ouvrage suivant :
Teiitanien bolaiiicum, seu metliodus Rivino .-Tourne fortiana, Dresde, 1728, in-S».
Cramer (Gaspard). Né à Bautzen en 16-48, mort à Erfurt le 8 août 1682. Remplissait la chair de médecine à l'Université d'Erfurt. 11 s'est occupé de chimie et surtout d'alchimie. Nous connaissons de lui :
I, De traiismulatione melallorum. Erfordiae, 1075. — II. De inundalione Microcosmi. Erfordije, 1682. — III. CoUegiuin cliijmicum. Francof. et Lipsiœ, 1088. L. Ilv.
Cramer (Théophile), né à la fin du siècle dernier dans le comté de Mark, reçu docteur en médecine à Bonn le 9 août 1820, pratiqua son art à Rônsahl, puis à Lennep, près de Diisseldorf. Il était membre de la Société de médecine et d'histoire naturelle des provinces Rhénanes. On connaît de lui :
I. Diss. inaug. Slrychnius ac efficacia in corpus animale. Bonnse, 1820, in-4°. — II. Dcr Saliuink bei Harnbeschwerden. In Hufelands Journ. der Heilk. Bd. LIX, p. 35, 182!». —
III. Ein/gc Bemcrkungen ûber die Bildung der falschen Kulipocken. Ibid., Cd. LXVI, p. lOÏ», 18-28.— IV. Die liehandlung des Nervenfi'bcrs, inshesoiidere det Typhus, elc. In flarless- neue Jahrb. der teulsch Med. u. Chir., Bd. \, St. 2, p. 21 , 1825. —V. Die Diuretica in der Aniaurose. Ibid., lîd. M, St. 1, p 45, 1820. — VI. Eine bewâhrle Méthode das ?\ervenfieber zu lieilen. Elberfdd, 1832, pet. in-S».— VIL Aulres articles in Heidelb. klin. Annalen etSchmidt'sJahrbiicher. L. IIx
CR*^iî''S':s. Synonymie. Lat. Spasmus, crampus; ail. Wadenkrampf; angl. Crarnp; esp. calambre; ital. granchio. De tous ces termes, le plus employé est cerlainement le mot de basse latinité crampus ; à l'étranger, et surtout en Allemagne, il ne paraît pas exister un terme exactement équivalent à notre mot crampe, et l'on se sert alors du mol latin. Kranipf signifie plutôt convulsion, €t l'oubli de cette particularité a été le point de départ d'une série d'erreurs dans les traductions qui sont entre les mains des étudiants. Et cependant ce mot qui correspond à un symptôme assez bien défini et qui, par une bonne fortune assez rare, n'existe que dans notre langue, quelques auteurs sembleraient disposés à l'abandonner comme trop vulgaire et à le remplacer par le mot de contracture ou de convulsion tonique. Cette opinion n'a heureusement pas prévalu et le mot est resté dans la science.
C'est un des phénomènes les plus négligés par les auteurs, surtout modernes: anciennement on lui accordait plus d'attention, peut-èirc parce que l'on confondait, sons la même rubrique, des symptômes tout dilférents. 11 est vrai qu'au fond il n'a pas une grande signification ; son importance est faible au point de vue du diagnostic, et à peu près nulle sous le rapport du pronostic. Mais par lui-même cet état musculaire ne laisse pas que d'être fort gênant, et les sensalions pénibles qu'il fait éprouver sont redoutées des personnes qui y sont sujettes. D'autre part, il soulève des problèmes très-intéressants au point de vue de sa physiologie pathologique, et ce phénomène, si simple au premier abord, est peut-être l'un des plus obscurs lorsqu'il s'agit de sa nature intime.
Définilion. La crampe est une contraction douloureuse, involontaire et passagère, de certains f lisceaux musculaires striés : un muscle entier, un groupe musculaire, ou bien quelques fibres seulement.
Cetle définition serait insuffisante, d'apiès Spring, et aurait le tort d'affirmer ce qui est en question, de mettre au premier rang l'élément contracture €t de n'appliquer à la douleur qu'une importance secondaire. 11 conviendrait, suivant lui, de définir la crampe une douleur musculaire paroxystique accompagnée de raideur et d'immobilité de la partie ailéclée, définilion qui correspond à peu près au mot de cinésialgie, propjsé par Gubler comme synonyme de crampe. Cette façon d'envisager la crampe m'a semblé devoir être signalée tout d'abord ; on verra plus loin que dans Tétai acluel de la science elle ne peut être acceptée. Sans doute il faut être très-réservé, puisque l'on ignore encore la nature intime du symptôme; mais, jusqu'à ce que les recherches modeines aient permis d'établir une nouvelle théorie de la crampe, il paraît logique de conserver l'ancienne définition.
La définition que nous avons donnée plus haut nous servira à éviter la confusion trop générale à ce sujet. En l'adoptant nous éliminons tous les états du muscle (jui ne seront ni contractions, ni douloureux, ni passagers, par exemple, les convulsions et les contractures dans toutes leurs formes. Le rhumatisme musculaire, lorsqu'il siège dans un muscle isolé ou dans un groupe de muscles {lumbago, torticolis), présente de l'analogie avec la crampe, mais il n'est pas passager, et les douleurs n'existent que lorsqu'on veut remuer la partie au moyen des muscles affectés. Enfin, nous étudierons à part quelques états pathologiques assez improprement designés quehjuefois sous le nom de crampes fonctionnelles, car elles comprennent toute une série de phénomènes complexes qui, d'ordinaire, ne rappellent de la crampe ni la rigidité musculaire, ni la
douleur spéciale, ni la rapide transition. Ces phénomènes, auxquels Duchenne (de Boulogne) avait imposé le nom de Spasmes fonctionnels, généralement adopté depuis, seront exposés à ce mot.
Description. La crampe est un phénomène qu'il est à peine besoin de décrire, car il est bien peu de personnes qui n'aient été à même de l'observer sur elles-mêmes. Elle peut être précédée de tiraillements, de fourmillements (Griesinger), ou d'une sensation toute spéciale de malaise. D'ordinaire elle apparaît subitement, à la suite de certains mouvements, de préférence dans les muscles du mollet, dure quelques moments, puis disparaît pour se renouveler rapidement et à plusieurs reprises. Si l'on palpe les muscles affectés, on remarque qu'ils sont durs, tendus, gonflés, à un degré moindre cependant que pendant les contractions musculaires très-énergiques. La crampe du mollet ne donne jamais, quoi qu'on ait dit, une dureté pareille à celle du triceps sural fortement contiacté; c'est une expérience facile à faire.
Les parties qui sont sous la dépendance des muscles en état de crampe sont loin d'être dans une parfaite immobilité, mais elles ne prennent pas, comme on pourrait s'y attendre, une position forcée, en rapport avec une contraction violente et prolongée. Dans la crampe des muscles de la plante du pied, c'est à peine si l'on observe quelque déviation; dans la crampe du mollet, le talon n'est pas relevé autant que par la contraction ordinaire des muscles de la jambe. Cette particularité a été mentionnée par tous les auteurs, qui lui assignent une grande importance. Sans en nier la valeur, je ferai remarquer qu'elle peut se rapporter, du moins dans certains cas particuliers, à ce que le muscle n'est contracté que partiellement, ce' qui se reconnaît facilement à la forme irrégulière de l'organe.
En même temps que la contraction, on constate une douleur très-vive et d'un caractère spécial. Il est impossible de décrire toutes les particularités de cette douleur, qui est surtout agaçante en même temps que pénible; il faut l'avoir éprouvée pour bien s'en rendre compte. Elle se localise d'une façon complète dans le muscle ou le groupe musculaire affecté; elle est d'ailleurs exagérée par la palpation. Elle diminue avec la fin de la contraction, mais elle ne disparait jamais entièrement. Il reste dans le muscle une sensation douloureuse vague qui, pour peu que l'attention soit attirée sur elle, devient facilement le point de départ d'une nouvelle crampe. Il peut arriver que cette douleur sourde persiste pendant quelques heures et même pendant quelques jours, qu'elle soit facilement réveillée par la pression ou les mouvements du membre, et que la diminution soit très-graduelle. En général, la douleur est d'autant plus vive et d'autant plus persistante que la masse des muscles en état de crampe est plus considérable.
Dans des cas très-rares, et quand la crampe a été excessivement vive, la contraction énergique des faisceaux musculaires peut entraîner la rupture de quelques fibres et la déchirure de quelques vaisseaux de petit calibre. Dans ce cas, à la suite d'un éclair de douleur passagère, il se forme une légère ecchymose accompagnée d'impuissance musculaire; c'est, comme on voit, le tableau clinique des formes légères du coup de fouet. Au bout de très-peu de jours, l'ecchymose termine son évolution ordinaire, et le muscle reprend ses fonctions {voy. Coup de fouet).
Il est possible que la contraction musculaire, poussée à ses dernières limites d'énergie, pjoduise des effets encore plus considérables. Ainsi Bouillaud
rapporte deux observations dans lesquelles la crampe des masse ters aurait produit la luxation du maxillaire inférieur, il faut dire qu'il s'agissait de cholériques, et l'on sait que, dans le choléra, les crampes se distinguent par un caractère spécial d'énergie et de douleur.
On prétend avoir observé de même la rupture du tendon du plantaire grêle.
La durée de cette évolution, souvent difficile à enrayer, est en général de quelques minutes, d'un quart d'heure au plus, mais Vétat de la crampe, c'està-dire la douleur consécutive avec prédisposition des muscles à être repris des mêmes contractions, peut durer plusieurs jours, surtout dans les maladies dyscrasiques : choléra, diabète, etc.
Le siège ordinaire de l'affection est le triceps : la crampe du mollet esi bien connue de tous. Viennent ensuite les muscles de la plante du pied, ceux du gros orteil, le plantaire grêle. Elles sont rares aux extrémités supérieures, plus rares encore au tronc ou à la face. liasse cite le cas d'un homme qui, par une flexion un peu forte de la tète, avait fréquemment des crampes du trapèze {platysma myoïdes). Le même auteur pense que, parmi les douleurs lombaires d'origine complexe connues sous le nom de tour de rein {Hexenschuss, coup de feu des sorcières), il en est un certain nombre qui consistent en une crampe du carré des lombes ou des muscles avoisinants.
D'ordinaire, un seul muscle est affecté ou même quelques faisceaux isolés seulement d'un muscle, rarement tout un groupe. Cependant dans le choléra et en général dans les grandes pyrexies les crampes sont au moins aussi générales que les contractures dans le tétanos.
Seulement elles ont une allure très-capricieuse et vont du mollet à l'épaule ou du bras à la face, mais n'affectent jamais plusieurs régions simultanément.
Les causes de la crampe sont multiples, j^a fatigue musculaire peut êti'e considérée comme la plus fréquente. 11 y a bien des personnes qui ne peuvent faire une marche un peu soutenue sans éprouver des crampes du mollet, soit pendant, soit après la marche; ce fait est d'observation journalière dans l'armée. Il en est de même dans l'ascension des montagnes par des personnes non habituées. On sait combien les crampes sont fréquentes chez les nageurs novices, mais les plus forts nageurs n'en sont pas exempts : on en connaît aussi le danger.
Les personnes qui n'ont pas l'habitude de danser et qui se livrent par hasard à cette succession de petits sauts et de rapides rotations, dans lesquels on évolue constamment sur la plante des pieds, souffrent de crampes terribles des triceps énergiquement contractés pour maintenir la position gênante qu'exige la danse et enlever, selon les principes, le corps sur la pointe des orteils.
La fausse position d'un membre est une cause au moins aussi fréquente des crampes. Lorsqu'un genou est croisé sur l'autre, il peut être le siège, nonseulement de fourmillements, mais aussi de crampes. Lorsque le pied, en extension complète, est appuyé sur le sol par la pointe, les muscles • plantaires entrent presque forcément en contraction douloureuse.
Les crampes du mollet sont un des accidents les plus fréquents du coït et j'ajoute des plus désagréables à tous les points de vue.
Les efforts volontaires énergiques se transforment quelquefois, sans que l'on sache comment ni pourquoi, eu crampes de tout ou partie des muscles employés. Par exemple, on observe des crampes ainsi produites chez des personnes qui font effort pour retirer leurs pieds de leurs chaussures, qui s'étendent avec force le
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matin en sortant du sommeil. Le muscle génio-hyoïdien peut se crisper douloureusement à la suite d'un bâillement forcé.
Il suffit quelquefois qu'un mouvement, sans être énergique, soit répété à plusieurs reprises, sans provoquer de fatigue, bien entendu, pour que la crampe s'établisse, surtout lorsque la position est incommode. J'ai connu un jeune cultivateur, extrêmement robuste et vigoureux, qui ne pouvait faucher l'herbe sans avoir au bout de quelques minutes des crampes très-douloureuses des mollets et même du bras. L'étiologie de la crampe se confond en partie à ce point de vue avec celle des spasmes fonctionnels, car il n'est pas douteux que certains de ces spasmes sont de simples crampes déterminées par la répétition d'un même effort dans un temps déterminé, la crampe des danseuses, par exemple...
Influence de F alimentation. Cette influence est moins bien connue et aussi moins compréhensible comme action. Cependant quelques auteurs prétendent, avec Sandras, que tous les aliments et les boissons qui ont la propriété d'exciter le système nerveux central augmentent la prédisposition aux crampes. « Certaines personnes, dit-il, si elles ont pris, même aux repas, un peu plus de vin (ju'à l'ordinaire, surtout du vin blanc et partioilièrement de ces vins blancs aigrelets et doux qui cachent, sous des apparences innocentes et agréables, une action marquée sur le système nerveux, peuvent s'attendre à être tourmentées pendant la nuit suivante de crampes multipliées. » Le thé, l'alcool, le café, produisent le même effet.
Une observation du docteur Bardley paraît rentrer dans le même cadre.
Influence des substances toxiques. Lorsque j'ai commencé à faire les recherches nécessaires pour la confection de cet article, n'ayant pas eu l'occasion d'observer beaucoup de cas de ce genre, je les croyais rares, et je n'ai pas été peu étonné de voir, en parcourant les ouvrages spéciaux, qu'il n'est guère d'empoisonnement oîi l'on n'ait observé des crampes. 11 est possible qu'il y ait là une simple coïncidence, puisque beaucoup de personnes sont sujettes à ce phénomène, à la suite de causes en quelque sorte insignifiantes. Cependant , dans quelques empoisonnements, les crampes paraissent être particulièrement fréquentes, par exemple, dans l'intoxication saturnine, dont elles constituent un symptôme précoce, tenace et fréquent. Il en est de même dans d'autres empoisonnements métalliques, dans ceux par les champignons, etc., etc., enfin dans l'empoisonnement par l'acide phénique.
Excitation directe des nerfs moteurs. Cette excitation se fait de plusieurs façons, soit dans le muscle lui-même, soit à une distance plus ou moins considérable. Dans le premier cas, ce sera à la suite d'un bandage trop serré, d'une lésion directe du nerf par une fracture, par une piqûre, etc. D'autres fois, le nerf pourra être comprimé dans une portion éloignée de l'organisme, comme, par exemple, le nerf sciatique dans le petit bassin, par des tumeurs hypogastriques ou'par la tète du fœtus. Les crampes pendant la grossesse et i'accouchementontété décrites par tous les accoucheurs. Cependant, dans un mémoire lu en 1871 à l'Académie de médecine et dont nous ne connaissons que les conclusions, Matteï refuse le nom de crampe aux « douleurs subites qu'épiouvent les femmes quelquefois dans les membres ou ailleurs pendant le travail de l'accouchement, parce que dans la région qui est le siège de la douleur il n'y a pas alors de muscles contractures. » Cette douleur s'explique soit par la compression du nerf, soit par lui phénomène réflexe de la souffrance de l'utérus :
JiatLeï propose de lui donner le nom de fausses cmmpes. II est possible que les crampes ne soient pas aussi fréquentes qu'on l'avait dit, mais il est impossible d'en nier entièrement l'existence, trop d'auteurs ont signalé le fait.
L'excitation du nerf peut avoir son point de départ dans les organes centraux de l'innervation. Les crampes qui sont un des symptômes des tumeurs cérébrales ou de l'atrophie musculaire progressive sont dues probablement à l'irritation du tissu cérébral ou médullaire lui-même.
Influence cran embarras circulatoire. On sait que les crampes siègent de préférence dans les extrémités inférieures où le retour du sang veineux se fait avec difficulté, chez les personnes atteintes de varices et chez les vieillards où cette disposition est encore beaucoup plus marquée. L'influence des varices est surtout bien évidente. Bien des femmes se plaignent de crampes (jui remontent à leur première grossesse et qui sont dues aux dilatations veineuses qui accompagnent et suivent presque forcément la gestation. Chez les vieillards, les crampes peuvent siéger dans tout le système musculaire : il semblerait qu'à côté des embarras de la circulation il y ait de véritables lésions de nutrition des tissus.
Sandras parle à ce propos des pléthoriques qui ont des crampes aussitôt qu'il va nécessité de les débarrasser d'un peu de sang en excès, des anémiques qui le sontdevenus brusquement, c C'est, dit-il, une des douleurs les plus insupportables de ceux qui, pour une cause (pielconque, sont devenus brusquement exsangues. »
Maladies générales, dyscrasies. Laissant de côté celles que l'on observe dans certaines formes graves de dysenteries, de fièvres paludéennes, nous citerons surtout les crampes du choléra, qui ont une véritable importance au point de vue pratique, car, il ne faut pas se le dissimuler, c'est un des phénomènes les plus cruels de cette terrible maladie.
Enfin, dans un très-grand nombre de cas, les crampes surviennent sans cause connue, et c'est pour ces faits individuels que le mot crampe idiosyncrasique a été inventé. Elles sont surtout fréquentes cliez les individus sanguins et robustes. Selon Griesinger, dans les épidémies de choléra, les Européens sont plutôt frappés que les indigènes à constitution molle. De ces phénomènes transitoires qui constituent à peine une gêne on est bien forcé de rapprocher, dans l'état actuel de la science, certaines observations énigmatiques dont la plus intéressante est relatée par Duchenne de- Boulogne sous le nom de : Névrose spéciale. « 11 s'agit d'une balayeuse des rues qui soulfrait de contractions très-douloureuses qui attaquaient partiellement et alternativement un grand nombre de muscles du tronc, duraient de5 à 6 secondes et produisaient des mouvements singuliers. Aussi l'on voyait successivement se contracter le rhomboïde, le grand oblique de l'abdomen, le grand dentelé, etc.. Elle avait résisté depuis cinq ans à des médications variées et énergiques, et ne céda qu'à l'emploi de la faradisation à intermittences rapides. »
Il existe une observation du même genre dans la Gazette des hôpitaux, 1869.
Crampes réflexes. Il existe encore des crampes d'origine réflexe. Toute douleur un peu vive peut donner lieu à l'apparition de crampes dans un endroit éloigné de l'organisme, chez des personnes probablement prédisposées, absolument comme cliez d'autres, elle pi'ovoquerait des phénomènes du même û'enre, des coliques, des convulsions, des spasmes divers. Cette variété de crampes a peu attiré l'attention des observateurs parce qu'elle ne joue qu'un i-ôle
Irès-effacé dans le tableau symptomatique de l'aflection principale. Une fracture de jambe peut produire des crampes dans le membre blessé, mais elle peut aussi provoquer l'apparition du même phénomène dans un autre membre. Les chirurgiens ont souvent l'occasion d'observer des crampes chez les opérés au moment où la douleur est à son comble, lors de la section de la peau ou d'autres tissus analogues. On trouve encore les crampes compliquant les coliques hépatiques ou néphrétiques ou bien de simples douleurs abdominales. Dans les accès de goutte, ce symptôme est peut-être encore jilus fréquent.
Telles sont les principales causes signalées par les auteurs ; comme on voit, elles sont nombreuses. Cependant, elles peuvent se grouper en trois classes.
Comme nous le verrons bientôt, la crampe est essentiellement une contraction musculaire. Or, l'appareil musculaire se compose, non-seulement de l'élément contractile, mais encore des nerfs qui lui apportent l'inllux nerveux et des vaisseaux qui lui apportent un élément non moins nécessaire, le sang. On voit imrnédialemenl, par un simple coup d'œil, que les causes indiquées plus haut se rapportent à des lésions de ces trois organes :
1" Appareil contractile (fatigue musculaire, efforts).
2° Appareil nerveux (excitation directe, réflexes).
5" Appareil circulatoire (gêne, varices, vieillards, alimentation, substances, toxiques, etc.).
On pourrait même aller plus loin dans la recherche de la cause première des crampes et dire qu'elles sont toujours le résultat d'un état particulier de la circulation. Je ne me dissimule pas que celte hypothèse ne présente pas de bases expérimentales suffisantes, et, cependant, elle me paraît rendre compte de la grande majorité des faits. En effet, c'est surtout lorsqu'il existe une altération, une gêne de la circulation, que les crampes prennent une importance iiarticulière : ainsi dans le choléra, chez les variqueux, chez les personnes qui portent des bandages trop serrés. Si le même phénomène s'observe avec une singulière prédilection à l'extrémité inférieure, c'est que, même à l'état normal, la circulation s'y fait toujours avec une certaine difficulté. D'un autre côté, il est permis de croire que les causes qui paraissent agir primitivement sur le muscle lui-même (fatigue, efforts répétés) agissent en réalité en déterminant au sein de cet organe une gêne circulatoire ou un état d'hyperémie veineuse qui augmentent sa prédisposition à se contracter douloureusement. Le même raisonnement peut être appliqué aux excitations d'origine purement nerveuse. Toute irritation de ce genre détermine immédiatement des changements souvent fort considérables dans la circulation d'un organe.
Physiologie pathologique. Le phénomène qui nous occupe a été surtout étudié par les physiologistes, et nous ;Jlons voir qu'une foule d'opinions ont été émises sur sa nature et sa pathogénie.
Tout d'abord, il n'existe pas d'altération du tissu musculaire : le trouble est trop passager pour que l'on puisse admettre l'existence d'un processus soit aigu, soit chronique. Les ruptures capillaires ou même musculaires, qui sont consécutives aux crampes exceptionnellement énergiques, ne sont qu'une lésion secondaire, elles n'indiquent pas une fragilité anormale du tissu, suite de quelque inflammation chronique, mais bien une exagération de la puissance motrice. Ayant éliminé ainsi toute idée de lésion anatomique dans la crampe, nous sonmies forcé d'admettre qu'elle constitue un simple trouble fonctionnel, une exagération en quelque sorte de la fonction normale, une hyperldnésie. Mais
celle lij'perkinésie présente ce caractère spécial d'être accompagnée d'une douleur vive, à tel point caractéristique qu'elle a été considérée par bien des auteurs comme le phénomène principal. Langenbeck et von Graef'e, à la Société de médecine de Berlin, ont même soutenu que la douleur était primitive et que la raideur musculaire était simplement la suite d'un réflexe, c'est-à-dire qu'à la rigueur la crampe pouvait exister sans qu'il y eût contraction musculaire. Voici textuellement les paroles , malheureusement un peu obscures, de ces auteurs, rapportées in Deutsche Klinik 1863, p. 11 : « Langenbeck fait observer qu'il a foit plusieurs observations qui fournissent un appui à l'opinion qui veut que l'iiyperesthésie des muscles donne lieu à la naissance des crampes. Comme exemple, il pourrait citer les crampes du mollet qui sont consécutives aux efforts des jambes dans l'ascension des montagnes, la natation, ou la simple extension forcée, crampes qui sont précédées en général d'une sorte de sensation prémonitoire et chez lesquelles la compression du nerf poplité dans le creux poplité peut être considérée comme un siir moyen de les faire cesser. »
« Henoch demande à von Graefe s'il admet une hypercsthésie spécifique des muscles. G raefe répond que les hyperesthésies musculaires existent souvent sans qu'il y ait d'affections spasmodiques, ce qui est évident surtout pour les névralgies du trijumeau. II faut, dans les cas de ce genre, admettre l'existence de facteurs inconnus ou une irritabilité réilcctrice individuelle. Ce qui est vrai aussi pour les crampes qui ont leur point de départ dans la surface cutanée L'absence de douleurs dans la plupart des accès convulsifs peut s'expliquer : 1» parce que la crampe réflexe peut exister sans que le sensorium y prenne part ; 2" parce que la sensibilité musculaire est beaucoup moindre que la sensibilité cutanée, ce qui est démontré par sa disparition dans le premier stade de la chloroformisation, dans les hémorrhagies, etc. »
Malgré la haute autorité des cliniciens allemands, ils me paraissent être dans l'erreur. Les deux phénomènes ne sont jamais dissociés ; tous les auteurs insistent au contraire sur le synchronisme parfait de ces deux faits : douleur et rigidité musculaire. 11 me semble d'ailleurs que l'on n'a pas assez insisté dans cette discussion sur les qualités de la douleur. Ce n'est pas, comme le veut de Graefe, une douleur névralgique analogue à celle de la sciatique, comparaison que bien des personnes, même de l'art, sont à même de faire : c'est une douleur spéciale qui produit rapidement un sentiment d'agacement et d'angoisse qui ne s'observe que dans les crampes et que l'on ne peut guère reproduire que lorsqu'on reproduit la contraction musculaire elle-même, au moyen de secousses électriques Irès-répétées. Cette douleur, accompagnant toujours la rigidité musculaire spéciale que nous étudions, paraissant d'ailleurs caractéristique de cette rigidité, il ne semble pas difficile d'admettre qu'elle en est la suite directe. Voyons donc en quoi consiste cette rigidité musculaire et comment on peut concevoir que se produit la douleur.
1" Rigidité musculaire. Les caractères que nous avons énumérés dans la description du phénomène ne sont pas suffisants pour nous donner une idée exacte de ce qui se passe au sein du muscle. Nous ne connaissons sur ce point intéressant que le travail, un peu écourté malheureusement, de M. Quinquaud.
Cet observateur a pris, au moyen dupolygraphe de II. Marey, un certain nombre de tracés chez une femme atteinte de choléra et qui souffrait de crampes de divers membres, spécialement du mollet, de la cuisse et du bras gauche. Je cite textuellement ces recherches :
« lorsque les crampes sont limitées, le muscle se tend ; à ce moment la contraction dite tonique existe, et alors, si on applique la pince myographique, on voit le levier tracer sur le papier une série d'oscillations qui sont tantôt régulières, tantôt irrégulières. Chaque oscillation se compose d'un nombre variable (6 à 8) de secousses musculaires incomplètes dont l'amplitude atteint son maximum au milieu de l'oscillation et son minimum au commencement et à la tin. Entre chaque oscillation il se fait un léger arrêt qui se produit par une sorte de trait d'union horizontal. Cet état des muscles se prolonge parfois pendant un temps assez long.
A ce moment, si on examine attentivement ou bien à l'œil nu, ou bien à l'aide d'une loupe, on voit des petites contractions fibrillaires qui augmentent parfois considérablement, soit en chatouillant la plante des pieds, soit en imprimant un choc considérable au membre ; il semble que l'action réflexe ait augmenté, et certains cholériques ressemblent sous ce rapport aux tétaniques.
Dans les cas où les crampes acquièrent une grande intensité, le levier ne retombe sur l'abcisse qu'à des intervalles plus ou moins réguliers : alors il existe une ligne ascendante à laquelle succèdent un léger plateau et une ligne descendante. Dans la ligne ascendante on voit une série de petites secousses musculaires incomplètes, inégales, qui se répètent dans la ligne descendante et sur le plateau.
D'une manière générale, ces tracés représentent une série de courbes qui tombent sur l'abcisse ou en sont peu éloignées.
D'autres fois, au milieu de secousses incomplètes, survient une secousse complète qui offre une certaine analogie avec celle qui est provoquée par un excitant galvanique ou autre, ou celle qui existe dans le tétanos.
Les citations des auteurs (Grisolle, Bouchut, Griesinger, Dasnos, J. Besnier) nous démontrent que les petites contractions fibrillaires n'ont pas été suffisamment observées ; que les secousses musculaires incomplètes n'ont pu être décrites faute d'appareils enregistreurs, et que, partant, la durée des crampes n'a pu être appréciée, puisque, alors même que le muscle paraît être à l'état de repos, il exécute cependant une série de petites secousses incomplètes.
De plus, l'état dit tonique de la convulsion (crampe) est donique, puisque le muscle à cet état, au lieu d'exécuter de grandes secousses, en exécute de petites. Les contractions doivent donc être dislingnées d'après leurs caractères graphiques et non d'après certaines modifications des contractions musculaires perçues par nos sens. »
Au point de vue où nous nous plaçons, il importe assez peu que l'on considère la crampe comme une convulsion cloniquc ou tonique, son caractère douloureux la spécialisant complètement : cependant, il est nécessaire de s'expliquer sur ce point. Nous admettons pleinement les conclusions de Quinquaud.
Il est certain qu'à l'appareil de Marey la contraction n'est pas unique : ce n'est pas le tétanos physiologique ou quelque chose d'approchant : ce n'est donc pas une convulsion tonique, mais ce n'est pas non plus une convulsion clonique, puisque le levier ne retombe que de distance en distance sur la ligne des abcisses et que le plateau se compose d'une série d'oscillations analogues à celles que produisent, par exemple, des excitations électriques à 10 par seconde. D'autre part, il est impossible de méconnaître qu'au point de vue clinique la crampe soit une raideur musculaire complète et non autrement, de sorte qu'il semble bien permis, même en admettant que les faits observés par Quinquaud se retrou-
vcnl partout, d'admettre avec Ferrand et Vidal (art. Convulsion, page 238) que la crampe est une convulsion tonique permanente, passagère.
Dans un article du Dictionnaire (Muscles, page 692) M. Onimus a émis l'op i nion que la rigidité musculaire dans la crampe n'était pas due à une contraction active de l'organe, mais à un état passif, à une véritable raideur cadavérique.
« Sur le vivant, la rigidité musculaire s'observera donc comme après la mort lorsque les muscles seront soumis aux influences que nous venons d'indiquer. La réparation ne s'effectuant pas aussi vite que la déperdition, la substance demi-liquide des fibres musculaires reste àjl'état solide, il y a coagulation, ou, «omme le dit llermann, l'inogène liquide devient niyosine solide. »
Il n'y a rien là qui contredise ce que nous avons indiqué précédemment. 11 s'agit de transformations cbimiques qui existent dans la contraction musculaire normale, qui atteignent leur maximum dans la rigidité cadavérique, et qui présenteraient dans la crampe le même état intermédiaire que nous avons déjà rencontré à propos du tracé myograpliique.
En résumé, ni les recherches récentes de myographie (Quinqurud), ni les recherches de chimie biologique (llermann), ne sont opposées aux idées anciennes. La crampe est bien une contraction tonique permanente et peut être considérée comme le premier degré de la contracture dont elle se distingue, comme nous l'avons dit, par sa douleur et son état passager.
2° La douleur est avec la rigidité musculaire l'élément principal de la crampe. Quelle en est l'origine , et comment peut-on en expliquer les particularités? €'est là un des plus difficiles problèmes de la physiologie pathologique, comme nous allons voir.
La douleur de la crampe naissant avec la contraction du muscle et se limitant strictement à l'organe contracture, il était naturel de penser non-seulement que la douleur prenait son origine dans le muscle lui-même, mais qu'elle était causée par la contraction de cet organe. D'autant mieux que l'on constatait entre ces deux phénomènes une étroite relation de cause à effet et qu'il peut y avoir contraction musculaire sans douleur, mais que la réciproque n'est point vraie. Faire remonter la cause de la crampe jusqu'à l'axe médullaire n'est pas une tentative nouvelle : Yalentin avait admis un trouble des organes centraux du système nerveux, et Hasse émet la même idée. Mais cette hypothèse ne repose sur rien et ne fait qu'obscurcir davantage la question.
On a dit que la sensation douloureuse provenait simplement de la compression •des filaments nerveux sensitifs par le muscle contracté. Or, si une pareille compression était possible, il est évident que la douleur serait ressentie non point dans le muscle, mais dans la portion de peau qui est innervée par les filaments compi'imés, comme il arrive chez les amputés, par exemple. De plus, il s'en faut que tous les muscles soient traversés par des nerfs, et, d'un autre côté, il arrive que des muscles ainsi construits soient en état de contracture sans que la douleur caractéristique prenne naissance.
Cette opinion ne peut donc pas être considérée comme étant l'expression de la vérité. Brown-Séquard explique la douleur des crampes de la façon suivante :
« C'est parce qu'elles sont motrices et non parce qu'elles sont sensitives que les racines antérieures des nerfs spinaux causent de la douleur quand on les excite, ■<]u'elles produisent des crampes douloureuses. Les crampes causent de la
douleur parce qu'elles s'accompagnent d'une irritation galvanique des fibres nerveuses sensitives des muscles. C'est aussi une irritation galvanique de ces fibres, chaque fois que les muscles se contractent (irritation dont l'intensité est proportionnelle à l'énergie de la contraction), qui nous donne la sensation de l'état de nos muscles, sensation d'après laquelle nous dirigeons nos mouvements. »
Cette explication manque de clarté. Dans l'idée de l'illustre physiologiste, il se produirait dans le réseau des nerfs sensibles, situés en dehors des faisceaux musculaires, un courant électrique en sens inverse de celui qui existe dans les nerfs moteurs. 11 n'y aurait donc pas, à proprement parler, une irritation directe des nerfs, mais bien une excitation par contre-coup qui expliquerait jusqu'à un certain point les particularités de cette douleur originale. Malheureusement rien n'est venu confirmer jusqu'ici les idées de Brown-Séquard sur le sens musculaire en général et sur la douleur des crampes en particulier.
Ce qui complique encore la (juestion, c'est que les muscles sont universellement considérés comme des organes insensibles et ne recevant pas de filets nerveux sensitifs. Or, comment peut-il se faire que des organes dépourvus de sensibilité puissent devenir subitement le siège d'une douleur des plus pénibles ? (( C'est que, nous dit M. Vulpian, les muscles reçoivent très-vraisemblablement des fibres nerveuses sensitives dont l'excitation prolongée au delà d'un certain temps, ou portée à un certain degré, détermine d'abord la contraction musculaire spasmodique, puis la sensation douloureuse des crampes, et enfin la douleur qui survit plus ou moins longtemps à la crampe : ces fibres proviennent, sans aucun doute, des racines postérieures, et ne suivent certainement pas dans la moelle épinière un trajet spécial. » Ces présomptions paraissent confirmées par des recherches anatomiques récentes. Sachs a trouvé dans les muscles des filets nerveux intra-musculaires qui restaient intacts à la suite de la section des racines motrices ; ces fibres diffèrent des fibres motrices par leur trajet courbe, leur mode de division et leur isolément. Les fibrilles qui en proviennent se terminent en partie à l'extérieur du faisceau musculaire par de fins prolongements, en partie dans leur intérieur d'une façon encore inconnue. Les recherches de Sachs sont très-intéressantes et destinées à jeter probablement un peu de clarté dans l'obscure question que nous étudions.
Et cependant, il faut bien se l'avouer, il reste encore bien des doutes dans l'esprit. Pourquoi les nerfs sensitifs musculaires pi'oduisent-ils de la douleur dans la crampe et n'en produisent-ils pas dans la contracture, dans la contraction normale exagérée sous l'inlluence d'un courant électrique ou d'un simple effort de volonté ? Tant que l'on ne pourra pas donner une réponse précise à cette question, la théorie de la crampe ne sera pas complète.
Il est vrai de dire que l'on ne peut pas absolument comparer la crampe à la contraction normale, ainsi que nous avons dit plus haut, que ces deux états musculaires étant probablement de nature différente peuvent influencer diversement le reseau nerveux sensitif. Peut-être aussi y a-t-il là une erreur d'observation, elles contractures ne sont-elles pas aussi exemptes de douleurs qu'on le dit d'ordinaire. Ce qui le fait penser, c'est que l'excitation électrique d'un muscle, lorsqu'elle est longtemps prolongée, finit par produire une douleur qui rappelle assez bien celle de la crampe.
D'autres hypothèses peuvent encore être mises en avant. On serait tenté d'admettre que la douleur est le résultat de l'irrégularité de la contraction musculaire dans la crampe, qu'elle siège non pas dans les faisceaux rigides, mais dans
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ceux qui, quoique entourés par les premiers, restent dans leur état normal et par suite doivent être fortement tiraillés et comprimés. Si le fonctionnement du muscle se faisait simultanément, peut-être la douleur ne prendrait-elle pas naissance. Et ne sait-on pas d'ailleurs que l'un des meilleurs remèdes contre la crampe est de placer le membre dans la flexion ou dans l'extension complète, deux manœuvres dont l'effet est de mettie tontes les fibres dans une même ' situation. Peut-être aussi se passe-t-il dans la crampe des phénomènes chimiques intra-musculaires d'un autre ordre que dans la contracture.
On voit par ce rapide exposé combien la question renferme encore d'obscurité- En attendant que de nouvelles recherches nous apportent la solution désirée, nous pensons que l'on peut admettre comme démontré que : 1" la douleur de la crampe prend naissance dans le muscle lui-même ; 2° qu'elle est duc à l'irritation de nerfs sensitifs spéciaux existant dans cet organe.
Ce que nous avons dit des causes delà crampe nous dispense d'entrer dans de longs détails sur sa valeur au point de vue du diagnostic. On a vu qu'elles apparaissaient dans les circonstances les plus diverses, chez les personnes saines comme chez les malades : elles ne peuvent donc avoir qu'une signification trèssecondaire.
Traitement. Toutes les personnes qui ont eu l'occasion de souffrir de la crampe du mollet, et elles sont nombreuses, savent comment il faut s'y prendre pour la faire disparaître. Tantôt le repos complet, tantôt la contraition des muscles antagonistes, procurent un rapide soulagement : quelquefois il est utile de faire quelques frictions avec la main sèche ou huilée. On emploiera aussi avec avantage les frictions d'.ilcool ou les bains locaux, surtout lorsqu'à la suite du spasme douloureux la douleur vague que nous avons signalée a de la tendance à s'éterniser dans un groupe musculaire déterminé.
Dans des cas rares les crampes résistent à ces petites manœuvres. On pourra recourir alors à l'emploi de l'électricité conseillé par Duchenne (de Boulogne). Dans un cas où le malade souffrait depuis plusieurs années, l'emploi de la faradisation à intermittences rapides produisit un soulagement immédiat. La faradisation cutanée avait paru n'exercer aucune influence appréciable. Guyon recommanda la compression du creux poplilé dans les cas de crampes persistantes du mollet (dans le choléra, par exemple). Eulenburg a obtenu d'excellents résultats de ce procédé dont il ne comprend pas d'ailleurs le mode d'action.
Enfin les personnes chez lesquelles existe une véritable prédisposition aux crampes, qui ne peuvent pas se mettre au lit sans les voir apparaître, chercheront elles-mêmes les meilleurs moyens pour combattre cetLu douleur agaçante. Elles se rappelleront l'histoire de ce médecin de Manchester qui ne pouvait dormir que diuis un fauteuil, et profila de celte remarque pour se faire construire un fauteuil spécial oîi il passa dès lors des nuits excellentes. Un petit moyen de ce genre suffira souvent pour fiire disparaître l'insomnie et rendre l'existence supportable. G. Zuber.
Bibliographie. — Bnowx-SÉQCARD. Course of Lectures on Ihe PIujs. and Patli. ofthe Central Nervous System. In the Lancet, 1858. — Desnos. Art. Choléra du Nouveau Dictionn. de méd. et chir. pratiques. — Duchenne (de Boulog-ne). Eleclrisation localisée. lS6t, p. 946. — Du- BAND Fardel. Manuel des Maladies des Vieillards. — Flères. Die Krâmpfe in allen ihren Formen. Vienne, 183i. — de Graefe et Langenbeck. Soc. de médecine de Berlin, 5 décembre 1862. In Deutsche Klinik, 1863, p. 11. — Guéneau de Mussy. Leçons de clinique médicale, t. I", p. 331. — Hasse. Krankheiten des Nervenapparaies. In Virchow's Handbuch der Patli. und Thérapie, p. 153, — Mattei. Des fausses crampes. In Bulletin de l'Acad. de merf.,1871.