‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.22Chapitre 37 sur 52 · SERIE TOTALE · texte numérisé non relu

SERIE TOTALE

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11 existe encore sur le crâne et sur la face d'autres traits caractéristiques, mais qui, par l'absence de points de repère tî.xes et déterminés, ont, jusqu'à présent, malheureusement délié toute mensuration. Les principaux sont : l'aplatissement ou la verticalité des fosses temporales, si dissemblables sur les crânes nègres et sur les crânes lapons ; la courbure et le prolongement en arrière de la crête temporale, qui, chez les races inférieures, les Néo-Galédoniens, par exemple, va en se rapprochant parfois de la ligne médiane à partir de la ligne sus-sourcilière. La saillie de la glabelle et des arcades sourciller es, faible chez les femmes en général, les Nègres d'Afrique et les races jaunes, forte chez les races blanches, plus prononcée encore chez les Australiens, les Tasmaniens et les Néo-Calédoniens; la courbure et la saillie du front, si différentes, par exemple, dans les races préhistoriques de Canstadt et de Cro-Magnon ; la conformation arrondie, en plate-forme ou en crête, de la voûte crânienne ; la voûte est fréquemment en toit chez les races océaniennes, parfois en ogive chez les races mongoles et en carène chez les Polynésiens et les Tasmaniens ; la courbe décrite ■par la partie postérieure du crâne, d'une bosse pariétale à l'autre (Topinard). Les Malais et les Américains ont communément celte région aplatie, elle est en partie renilée au contraire sur les crânes de l'Uomme-Mort (époque de la pierre

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polie), h' inclinaison ou le renflement de la partie sous-iniaque de V occipital- La dépression de cette région est, ainsi que l'a établi M. Broca, caractéristique sur les crânes d'Orrouy (époque de la pierre polie).

Des caractères analogues, appréciables seulement à la vue, existent pareillement sur la face : ainsi les j'accs européennes ont les os malaires petits et grêles,, tandis que les races mougoluiues les ont massifs et saillants en dehors; les Esquimaux ont leur angle externe antéro-inférieur déjeté en dehors et en avant, parfois même en haut; les Arabes et surtout les Nègres d'Afrique et les races dites jaunes ont l'échancrure formée par la racine du nez très-peu profonde ; le contraire a lieu chez les Australiens et les Néo-Calédoniens ; les Cliinois ont les. fosses canines peu excavées, mais cette excavation est grande chez les Mélanésiens et la plupart des Européens. Le bord inférieur du squelette des nai'ines antérieures et Irès-diiïéi'ent chez les Euiopéens, chez les Nègres d'Afrique, chez les Chinois et chez les Mélanésiens, et il prend insensiblement la disposition existant chez les anthropoïdes, etc.

Malheureusement ces caractères, que l'œil seul peut apprécier approximativement, sont, malgré l'intérêt qu'ils présentent, extrêmement trompeuis, puisqu'ils ne peuvent être passés au creuset de la méthode rigoureuse des mensurations crànioraétriques ; ils ne sauraient fournir que des données incertaines, constamment viciées par les écarts inévitables des sens et du sentiment. Cette métliotle du regard, inventée par Blumenhach, préconisée par Pruner-Bey dans ses théories sur les rapports harmoniques et désharmoniqucs du crâne et de la face, est commode, rapide, et elle a été longtemps en faveur; mais il faut s'en défier, car à la rigueur mathématique de la crâniologie elle substitue souvent !e vague sentimental de l'esthétique.

Méthode des indices. Les données numériques fournies par les mensurations crâniennes ne sauraient donner, on le conçoit, une notion suffisamment précise de la forme du crâne. A vrai diie, toutefois, les valeurs absolues, quand il s'agit d'étudier un solide de dimensions limitées, impliquent, quand elles s'écartent des moyennes, des formes très-distinctes, mais elles ne déterminent pas ces formes, qui résultent du développement relatif des diverses parties du crâne. Pour les déterminer, il suffit d'établir le rapport proportionnel des valeurs absolues. Si. par exemple, on veut comparer la longueur d'un crâne à sa largeur, on dira que,

pour une longueur de 17 centimètres 4, il offre une largeur de 14,1, soit : jy'-^-

En multipliant le numérateur par 100, le quotient exprimera en centièmes le rapport des deux grandeurs, soit 80 de largeur pour 100 de longueur. Ce rapport, Broca le désigne du nom à'indice, et il a fondé sur l'étude des différents indices crâniens une méthode extrêmement féconde. Afin d'obtenir un chiffre entier, au-dessous de cent pour indice, la valeur la plus grande est habituellement prise pour dénominateur; mais, quelles que soient les variétés ethniques, le dénominateur choisi doit être conservé.

C'est en général en centièmes que s'expriment les indices. Les centièmes sont suffisants pour faire connaître la forme générale d'un crâne ou celle de ses parties. « Mais, lorsqu'il s'agit d'étudier rigoureusement une collection de crânes, dit Broca, de la disposer en séries par ordre croissant d'indices, de la subdiviser en groupes secondaires et d'en déterminer les moyennes, les millièmes mêmes ne snifisent plus, et il est nécessaire de pousser la subdivision jusqu'aux dix-

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millièmes, c'est-à-dire d'ajouter deux {lécimales à l'indice centésimal » {Classif. elnomencl. crâniologiqnes. Revue d'anthropologie, t. 1, p. 390).

Retzius doit être considéré comme le fondateur de la méthode qui consiste à étudier les éléments cràniométriques d'apiès la détermination de ces rapports proportionnels; frappé de la longueur ou de la brièveté du diamètre antéropostérieur du crâne au diamètre transversal, il avait posé la base dichotomique de sa classification des races humaines qu'il divise en doUcliocéphales ((îo)>ixôç, long; y.s'foàti, tète), et en brachycéphales [Boxy^u;, court; y.iyoàri, tète). Cette classification systématique, mais d'une grande simplicité, eut beaucoup de succès, malgré le vague qu'elle présentait dans l'esprit même de son créateur. Retzius, en effet, n'avait pu tracer laligne de démarcation existant entre la brachycéphalic et la dolicliocéplialie ; sous l'empire d'une théorie elhnogénique préconçue, il avait séparé systématiquement les races humaines en deux groupes dont l'élasticité même permettait de ranger arbitrairement tel ou tel type intermédiaire dans sa classification anthropologique, selon les nécessités de la théorie qu'il défendait. 11 était réservé à l'application rigoureuse des procédés cràniométriques de renverser cette dichotomie radicale et d'établir la gradation naturelle el presque insensible qui existe entre les différents types humains.

Aussi, loiS((ue, à l'examen purement morphologique, Broca substitua la rigueur évidente et palpable des mensurations, il ébranla singulièrement les théories ethnogéniques de Retzius; il prouva que même dans les races les plus pures existaient « des variations très-étendues, constituant des différences parfois plus grandes que celles qui existaient entre certains dolichocéphales et certains brachycéphales ; « il vit dans les grandes séries de crânes qu'il avait pu mesurer en détail « les formes crâniennes et les chiffres proportionnels qui les exprimaient se succéder par nuances insensibles, depuis la dolichocéphalie la plus prononcée jusqu'à la brachycéphalie la plus évidente, » et il reconnut ainsi « que ces chiffres ne pouvaient constituer une caractéristique véritable, mais seulement un indice » [Rev. d'antkr., t. III, p. o9o).

Aujourd'hui, tous les anlhropologistes ont adopté cette manière de voir, et pour eux les rapports des diverses dimensions du crâne ne constituent plus des caractères, mais bien de simples indices. C'est donc à juste titre que l'on doit regarder Broca comme ayant réellement rendu féconde une méthode restée presque complètement stérile entre les mains de ses prédécesseurs.

Lorsqu'il s'agit d'étudier une série, — et les séries pour être valables et présenter toules les garanties de compensations sufiisantes, doivent contenir de trente à cinquante crânes au moins, — on commence à déterminer, pour chaque crâne, les indices spéciaux inscrits sur les tableaux cràniométriques. A l'aide de ces indices individuels, distribués suivant une échelle progressive, on embrasse d'un seul coup d'œil les variations existant entre les crânes d'une même série. Les calculs seront faits de préférence à l'aide du barème anthropologique, que chacun pourra construire facilement en se reportant aux indications données par M. Broca. Par ce moyen, on évitera une perte de temps et surtout de nombreuses erreurs. — iMais il faut en outre comparer entre elles les moyennes des crânes de deux ou de plusieurs séries, afin d'étudier ou de classer avec certitude les nombreuses variations ethniques. Trois procédés peuvent être mis en œuvre pour atteindre ce but : 1" Prendre la moyenne des indices calculés séparément ; 2" calculer l'indice moyen en prenant les moyennes de chacune des séries de facteurs additionnés ensemble ; 3" obtenir directement l'indice

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avec les sommes totales de ces facteurs. Le premier procédé est défectueux, car il ne donne que la somme des indices individuels divisée par le nombre des crânes de la série. Il fournit, il est vrai, la moyenne des indices individuels, mais, ainsi que le fait remarquer M. Broca, « il ne donne pas le rapport de la moyenne d'une mesure à la moyenne d'une autre mesure. » Ce rapport, ou indice des moyennes, est le véritable indice moyen, le seul réellement exact et qui évite les perles provenant des décimales. Il ne faut donc pas confondre la moyenne des indices avec l'indice des moyennes. Quant au troisième procédé, il a l'avantage, tout eu fournissant le véritable indice moyen, d'être un peu plus simple et plus rapide que le second.

11 nous faut maintenant entrer dans l'étude particulière des principaux indices crâniens, à savoir : les indices céphcdique, nasal, orbitaire, dont le degré d'importance et l'intérêt sont fort inégaux et pour lesquels nous donnerons les résultats connus jus(ju'à ce jour.

De l'indice céphalique. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, cet indice, le plus anciennement étudié, le plus important à quelques égards, est le rapport centésimal du diamètre transverse du crâne à son diamètre longitudinal. Les iVllemands l'appellent souvent indice de largeur; c'est cet indice qui détermine la forme générale du crâne tel qu'on le voit selon la norma verticalis; le contour de la boîte crânienne est toujours ovale, mais cet ovale est plus ou moins étroit et le rapport du diamètre peut seul le déterminer. Mais l'indice céphalique ne fait pas connaître la largeur relative de la partie antérieure et de la partie postérieure de l'ovale, et ce rap[)ort s'établit en comparant la plus petite largeur de l'ovale qui correspond à la base du front avec sa plus grande largeur qui correspond au crâne postérieur. Ce dernier indice, malheureusement peu étudié jus- ({u'à présent, se nonmie indice fronlal. Celte comparaison entre deux lignes parallèles est exceptionnelle. En général, les indices résultent du rapport des diamètres perpendiculaires. Selon Broca, l'indice céphalique et l'indice frontal donnent une idée très-satisfaisante de la forme générale de la voûte crânienne.

On a déjà vu que Retzius avait divisé sommairement les crânes en dolichocéphales et brachycéphales, selon qu'ils étaient allongés ou arrondis. Mais il n'avait pu établir, faute de mensurations, de ligne de démarcation précise, et l'on s'est vite aperçu d'ailleurs que cette grande dichotomie était insuftisante ; plusieurs antkropologistes, Broca, Huxley, Thurnam, Welcker, créèrent de bonne heure des groupes intermédiaires.

Pour le groupe central ou moyen, Broca fit accepter le nom de crânes mésaticéphales (pea-à-rio;, moyen; -/.ifaJn, tète).

11 n'était pas possible de remplacer ce terme par celui de mésocéphale, ainsi que le proposait M. G. Vogt; ce dernier mot, eu effet, plus commode, sert déjà à désigner la protubérance annulaire. M. Welcker et avec lui MM. Huxley et Thurnam donnèrent le nom d'orthocéphales aux crânes de forme intermédiaire; Broca a exposé les raisons qui lai font i-ejeter ce terme de sa nomenclature, et qui militent en faveur de celui de mésaticéphale qui lui est bien préférable et dont la clarté et l'exactitude ne laissent rien à désirer.

Mais ici se présentait nue difficulté, celle d'assigner des limites rationnelles à ce groupe intermédiaire ; Broca l'a heureusement résolue en plaçaul la mésalicéphalie juste entre les deux points où commençaient les divergences qu'avait fait naître chez les successeurs de Betzius la détei'mination précise de la dolichocéphalie et de la brachycéphalic. Pour les uns, celte ligne de démarcation

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existait sur l'indice de 7/9; pour les autres, sur celui de 8/10 : c'était une preuve évidente que les formes crâniennes comprises entre ces deux indices étaient des formes intermédiaires et qu'elles devaient rentrer dans le groupe des mésaticéphales. Par conséquent, la mésaticéphalie s'étend entre les indices de 7/9 et de 4/5, ou, en rapports centésimaux, entre 77,77 p. 100 et 80 p. 100. « Le grand avantage de cette division en Irois groupes, c'est la facilité qu'elle donne d'employer les termes de hrachy ce filiales et de dolichocéphales dans un sens descriptif, de s'en servir pour désigner et caractériser un crâne avant de l'avoir mesuré; s'il paraît rond, on dit qu'il est brachycéphale ; s'il paraît long, on dit qu'il est dolichocéphale, sans craindre de se tromper ; si enfin sa forme est moins décisive, si l'on hésite à le dire long ou rond, on l'appelle mésaticéphale jusqu'à plus ample examen, et l'on est sur de ne pas se tromper beaucoup » (Broca, Revue d\inlhr., t. l, p. 405).

Broca ne tarda pas à s'apercevoir que cette intercalatiou n'était pas suffisante encore pour la clarté des descriptions dans les grandes séries, et il fut amené à porter le nombre des divisions à cinq en subdivisant les dolichocéphales et les brachycéphales en dolichocépliales vrais et sous-dolichocéphales, brachycéphales vrais et sous-hracliycéphales.

Ces divisions étant entièrement factices, leurs lignes de démarcation ne pouvaient être que conventionnelles. Après beaucoup de tâtonnements, après avoir minutieusement comparé les mensurations séiiaires entre elles, Broca, qui avait déjà placé les limites de la mésaticéphalieentre les indices de 7/9 etde 8/10, choisit l'indice de 0/8 ou de 75 p. 100 pour ligne de démarcation entre la dolichocéphalie vraie et la sous-dolichocéphalie, et celui de 5/6 ou de 83,33 p. 100 pour ligne de démarcation entre la sous-brachycéphalie et la bracliycéphalie vraie.

Les cinq groupes institués par M. Broca sont donc déterminés de la manière suivante :

INDICES FnACTlONS

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