CÉPHALIQUES. SIMPLES
rv ,• i . L , ( Dolichocéphales vrais. . au-dessous et jusqu'à 75 "/„ ou 3/4 ou 6/8
Dolichocéphales. | Sou.-dolichocéphales . . de 73,01 à 77,77 "/„. ... ou. ... 7/9
Mésaticéphales de 77,78 à 80 "/^ ou 4/o ou 8/10
r, , • u 1 . ( Sous-brachycéphales. . . de 81,0) .'i 85,55 "/«. ... ou 5/6 ou 10/12
' ^ *■ 'I Bratliycéphales vrais . . au delà de 85,53 "/„.
Cette nomenclature de l'indice céphali^iue est adoptée aujourd'hui par la presque généralité des anthropologistes comme la plus rationnelle et la plus pratique. Les systèmes deThurnam,de Huxley etde Welckers'en éloignent seuls par quelques détails ; mais ce sont des nomenclatures particulières beaucoup moins répandues que celle de Broca et qu'il sera toujours facile de comparer à celles de l'éminent anthropologiste français, en négligeant les dénominations et en ne faisant attention qu'aux chiffres.
M. Broca admet que les variations individuelles de l'indice céphalique peuvent être de 10 p. 100 chez une race réputée pure; si elles atteignent 15 ou 18 p. 100, on doit les regarder comme dues à un mélange de races. Les moyennes de séries s'étendent de 71,40 chez les Groënlendais à 85,63 chez les Lapons ; et, pour les cas particuliers, l'indice céphalique descend chez un Néo- Calédonien à 62,62, pour s'élever à 92,77 chez un Slave-Vende. Mais, si l'on considère les crânes déformés, l'écart est beaucoup plus considérable. Unscaphocéphale du laboratoire d'anthropologie n'accuse qu'un indice de 56,33, tandis qu'un crâne péruvien d'Ancon atteint celui de 103.
678 CRANIOLOGIE.
Dans son mémoire Sur la classification et la nomenclature crâniologiques, Broca a donné le tableau des indices céplialiques moyens, dressé exclusivement d'après les mensurations qu'il a pratiquées lui-même. Les diverses séries de ce tableau forment un total de 1734 crânes. De son côté, M. Topinard, dans son récent ouvrage sur V Anthropologie, a transcrit, à la suite de ce tableau, d'autres indices céplialiques empruntés soit à l'ouvrage de M. Barnard Davis, Thésaurus crâniorum, soit aux recherclies de différents auteurs. Nous donnons ici quelques-uns des résultats obtenus par ces mensurations.
1" Dolichocéphales vrais: 15 Esquimaux du Groenland (Broca), 71,40; 12 Veddahs de Ceyian (divers), 71,75; 54 Néo-Calédonicns (Broca), 71,78; 17 Australiens (Broca), 71,93; 23 Australiens (B. Davis), 72; 3 Tehuelches et Patagons (Topinard), 72,22; 18 Ilotlentots et Boscliimans (Broca), 72,42; puis viennent successivement les Cafrcs, les Bengalais, les Nègres de l'Afrique occidentale, les Nubiens de l'île d'Élépliantine, les Arabes et les Kabyles, ces derniers avec un indice de 74,63. 6 crânes de l'époque de la pierre taillée (Cro- Magnon, 3 ; diluvium de Paris, 3) ont donné à Broca un indice de 73,34, et 19 crânes de l'époque de la pierre polie (caverne de l'Homme-Mort, Lozère) lui ont aussi fourni un indice presque identique, 73,22. Les premiers habitants de la France appartenaient donc à une race très-dolichocéphale.
2" Sous-dolichocéphales : 10 Papous (Broca), 75,7 ; 13 Tasmaniens (B. Davis), 75; 54 Hindous (B. Davis), 75; 28 Corses d'Avapessa, du dix-huitième siècle (Broca), 75,35; 20 Guanches (Broca), 75,53; 81 anciens Egyptiens (Broca), 75,58; 12 Égyptiens modernes, Coptes (Broca), 76,39; 4 Aïnos (Busk), 75,85. Dans cette subdivision rentrent encore, suivant les mensurations de Barnard Davis, les anciens Bretons, les Anglo-Saxons, les Anglais, les Irlandais, les Suédois, etc., et, suivant celles de Broca, les Bohémiens de Boumanie, les Polynésiens des Marquises et autres, les Slaves du Danube, les Francs de l'époque mérovingienne, les Chinois, les Malgaches et les Basques espagnols de Zaraus; c'est la détermination précise de l'indice céphalique de ces derniers, 77,62, qui porta le premier coup à la théorie ethnogénique de Betzius. Les races préhistoriques se rattachant à la sous-dolichocéphalie sont, suivant M. Broca, les hommes de l'époque de la pierre polie, mais provenant de la France septentrionale, 54, avec un indice céplialique de 75,01 S et les Gaulois de l'âge du fer, 15, avec l'indice de 76,93.
3" Mésaticéphales : 2b Mexicains non déformés (Broca), 78,12; 55 Normands du dix-septième siècle (Broca), 78,77; 384 Parisiens du douzième au dix-neuvième siècle (Broca), 79,45. Dans les mêmes divisions rentrent les crânes non défoi-més de l'Amérique méridionale et de l'Amérique septentrionale; 16 crânes d'Orrousy (France septentrionale), appartenant à l'âge du bronze, ont donné à M. Broca un indice de 79,50, identique à celui des Parisiens.
° Soiis-brachycéphales .-116 Kanakes (B. Davis), 80; 57 Basques français de Saint-Jean-de-Luz (Broca), 80,25; 63 Bas-Bretons bretonnants des Côtes-du- Nord (Broca), 81,25; 73 Bretons-Gallots des Côtes-du-Nord (Broca), 82,5; 8 Finnois (B. Davis), 82 ; 5 Andamans (de Quatrefages), 82,67. A cette subdivision se rattachent encore divers Mongols et Tartares, les Turcs, les Javanais
' Cette série, ainsi que le fait remarquer M. Broca, est quelque peu artificielle, car elle comprend des séries partielles de provenances et de dates très-diverses, dont les indices s'étendent de 74 à 76. Il convient donc d'attendre qu'un travail spécial sur le? crânes des sépultures mégalithiques ait élucidé ces différences.
CRANIOLOGIE. 679
■<le la collection Vrolik, divers Paisses de la Russie d'Europe, les Alsaciens- Lorrains, etc.
5" Brachijcéphales : 100 Allemands méridionaux (Eckcr), 83, qui se con- ;fondent avec les Alsaciens et Lorrains précédents, dont l'indice est de 82,93; 10 Indo-Chinois (Broca), 85,51 ; 5 Finnois (id.), 83,69; 88 Auvergnats de l'ossuaire de Saint-Nectaire (id.), 84,07 ; 6 crfuies provenant de la Bavière et de la Souabe (id.), 8-4,87; \0 Lapons (id.), 85,65 ; 12 Syriens légèrement déformés de Gebel-Cheikh (id.), 85,95; enfin, plusieurs séries de crânes déformés de l'Amérique ont fourni à M. Broca des indices moyens variant de 95 à 105.
On voit par ce (pii précède que, pour les crânes normaux, les deux limites ■extrêmes de l'indice céplialicjuc moyen sont tracées par les Esquimaux dolichocéphales et par les Lapons Lracliycépliales, el- que la limite moyenne est occupée par la série des Parisiens modernes et du moyen âge. Quant aux populations préhistoriques de la France, elles ont successivement parcouru, depuis l'époque de la jiierre tLdllée jusqu'à celle du bronze, les deux subdivisions de ladolichocéplialie,pour aboutir à la mésaticéphalie.
\j indice nasal y'ieni comme importance après l'indice céphalique; il est même plus important que ce dernier, car il possède une valeur de premier ordre dans laclassilication des races, ainsi que l'a démontré M. Broca dans les remarquables articles qu'il a consacrés à cet indice dans la Revue et dans les Bulletins de la Société d'anth r apologie .
L'indice nasal esl le rapport de la lai-geur maxima du squelette du nez à la longueur mesurée de la suture naso-frontale à l'épine nasale. Ses limites extrêmes s'étendent de 35,71 chez un Russe à 72,22 chez un Boschiman, d'après les mensurations opérées par M. Broca, qui a partagé cet intervalle en trois groupes distincts: les leptorhiniens {linrù;, long; piv.nez), de 42 et au-dessus jusqu'à 47 ; les mésorhiniens (yicro;, intermédiaire; pw, nez), de 48 à 52, et les plalyrhiniens (7r>,a-:o;, large ; pa, nez), de 55 à 58 et au-dessus. Ces trois divi. sions correspondent, d'après Broca, aux trois grandes divisions naturelles de la série des races humaines : toutes les races du type caucasique sont leptorhiniennes; toutes celles du type éthiopique sont platyrliiniennes, et toutes celles du type mongolique sont mésorhiniennes, à une seule exception près, et cette exception confirme plutôt la règle, car elle concerne la race des Esquimaux, qu'une excessive dolichocéplialie sépare profondément de toutes les autres races du type mongolique et qui, à vrai dire, constitue à elle seule un type tout particulier » {Instructions crâniologiques) . La race esquimane, en effet, est la plus leptorhinienne de toutes les races connues.
L'accroissement de l'indice nasal constitue presque toujours im caractère d'infériorilc, mais les conclusions qui en découlent ne sont applicables qu'à l'homme lui-même et nullement, ainsi qu'on serait tenté de le supposer, aux autres familles de Tordre des primates. Chez les anthropoïdes adultes, les orbites en se développant resserrent la racine du nez, tandis que la ligne NS devient plus longue et plus oblique par suite de rallongement et de la déclivité de la face. Leur indice nasal est donc beaucoup plus petit que celui de l'homme ; il ne s'en rapproche que chez les jeunes. Chez l'homme, au contraire, l'indice nasal décroît graduellement de l'état embryonnaire à l'âge adulle.
Considéré dans les races humaines et étudié sur des séries étendues par la méthode des moyennes, qui seule peut fondre les oscillations individuelles, l'indice nasal constitue un caractère typique de premier ordre. 11 ne peut servir
680 CRANIOLOGIE.
à établir la distinction des sexes , puisqu'on moyenne il est le même pour l'homme et pour la femme ; mais il a une importance considérable, soit qu'il s'agisse de distinguer ou de rapprocher des races pures, soit qu'il s'agisse de rechercher les divers éléments ethniques qui ont concouru à la formation d'une race croisée.
Le plus petit indice nasal moyen, ainsi que nous venons de le voir, est celui des Esquimaux : il n'est que de 42,53; le plus grand, qui s'élève à 58,38, appartient aux Hottentots. Toutes les races humaines sont comprises entre ces deux limites. Les Esquimaux sont les seuls leptorhiniens n'appartenant pas au groupe caucasique ; toutes les races de ce groupe sont, sans exception, leptorhiniennes, et, de plus, l'indice nasal moyen des peuples caucasiques de l'Asie et de l'Afrique, c'est-à-dire du rameau araméen de Cuvier, varie enire 44 et 45, celui des Indo-Européens d'Europe entre 46 et 47. Cependant l'indice des Basques espagnols est de 44,71, et presque identique avec celui des Guanches et des Berbères ; il est inférieur de deux unités à celui des Basques fiançais (46,80) et des autres peuples de l'Europe : Parisiens, Bas-Bretons, Bavarois, Roumains, Russes, etc. M. Broca regarde ce fait comme une nouvelle preuve que les premiers sont étrangers au rameau particulier des Indo-Européens.
Les plalhyrhiniens comprennent les Ilottentots, les Boscliimans, les Cafres, les Malgaches, les Nubiens, les Australiens, les Tasmaniens, les Néo-Calédoniens, en un mot, les races noires de l'Afrique et de l'Océanie. M. Broca pense également que la race noire primitive de l'flindoustan devait rentrer dans ce groupe et avoir un indice nasal très-grand.
Enfin, dans le groupe mésorliinien, se rangent les races mongoliques blanches ou colorées : Lapons, Finnois, Esthoniens, Mongols, Chinois, Indo- Chinois; les races malayo-polynésiennes : Polynésiens des îles Marquises, Javanais, Malais, Papous; et les races américaines: Peaux-Rouges, Mexicains, Péruviens.
Dans les races pures, les écarts entre le maximum et le minimum de l'indice nasal ne sont que rarement inférieurs à 20 p. 100; mais, dans les races croisées, ces oscillations peuvent atteiudre et même dépasser 28 p. 100. 11 est à remarquer que l'indice nasal subit avec bien plus d'intensité les effets des mélanges récents que ceux des mélanges anciens ; dans le premier cas, il présente deux maxima de fréquence ; dans le second, il tend à faire retour vers le type prédominant, c'est-à-dire presque toujours vers celui de la race indigène. C'est ce que M. Broca a fait ressortir avec tant de clarté par la discussion des mensurations prises sur les Néo-Calédoniens, d'une part, et de l'autre sur les Égyptiens et les Français.
L'indice nasal moyen de nos ancèti-cs de l'époque du Mammouth n'a pu être déterminé : la série est insuffisante ; elle ne comprend que les deux crânes des Eyzies dont les indices individuels sont 48,98 et 45,09. L'indice moyeu de la série de la pierre polie est de 46,93, et, malgré son manque d'homogénéité, on peut affirmer que les populations de cette époque étaient leptorliiniennes. Il en est de même pour l'époque du bronze (46,89), pour celle du fer (45,68) et pour l'époque gallo-romaine des troisième et quatrième siècles (46,74). Mais chez les Francs mérovingiens du septième siècle, cet indice s'élève brusquement à 48,87. Les Francs ont donc importé un nouveau type nasal supérieur à 48 ; ils n'étaient par conséquent pas leptorhiniens comme les peuples de l'Europe occidentale, mais mésorhiniens comme les populations mongoliques. Il y a là, ainsi que le
CRANIOLOGIE. 681
fait remarquer M. Broca, une exception unique, un fait inexpliqué, qui dépend sans doute de quelque croisement inconnu.
Quoi qu'il en soit, on reconnaît, en consultant les tableaux de l'éminent secrétaire général de la Société d'anthropologie, que l'indice nasal moyen des époques ultérieures se modifie progressivement : celui des Parisiens du douzième siècle est encore mésorhinien, mais il descend à 48,25, sur la limite de la leptorhinie; avec les crânes du cimetière des Innocents (seizième siècle), il se réduit à 47,97 ; avec les Parisiens modernes du cimetière de l'Ouest, il n'est plus que de 46,81, c'est-à-dire égal à ce qu'il était avant l'invasion franque. Enfin, les écarts individuels prouvent cliez les Mérovingiens un croisement récent, dont les effets se sont ])eu à peu atténués dans les siècles suivants.
On voit, par ce qui précède, l'importance qu'il faut attacher à la détermination de l'indice nasal dans les recherches d'ethnologie comparée {voy. Nez).
Les autres indices les plus usuellement employés dans les rccherclies crâniométriques ne sont pas assez importants pour mériter, comme l'indice céphalique et l'indice nasal, une nomenclature spéciale qui ne ferait que surcharger inutilement la mémoire. Broca a donc réduit leur nomenclature générale à trois termes exprimant l'idée d'un indice petit, moyen ou grand. Il leur a donné un radical commun, le radical sème (ff/i^a, signe ou indice), qui, combiné avec les adjectifs ptzpâç, petit, f-iéo-o;, intermédiaire, et [/.éya;, grand, forme les trois mots microsème, mésosème et mégasème, applicables à la classification de tous les indices. Par conséquent, les termes particuliers : dolichocéptialc, mésaticéphale et brachycéphale, pour l'indice céphalique, leptorliinieu, mésorhinien et platyrhinien, pour l'indice nasal, correspondent effectivement aux trois grandes divisions des indices : microsème, mésosème et mégasème.
Outre les deux indices dont nous venons de parler, Broca porte habituellement sur ses tableaux crâniométriques d'autres indices que nous allons passer rapidement en revue.
L'indice vertical est le rapport du diamètre vertical basilo-bregmatique au diamètre anléro-postérieur maximum du crâne. « 11 donne la forme du crâne suivant une coupe longitudinale qui partagerait l'ovoïde crânien en deux moitiés presque^ égales » (P. Topinard, Anthropologie, p. 261). Cet indice, dont la moyenne minima =: 69 et la moyenne maxima =^ 78, est microsème jusqu'à 71,99, mésosème de 72 à 74,99 et mégasème depuis 75 et au delà.
L'indice transverso-vertical est le rapport du diamètre vertical basilo-bregmatique au diamètre transversal maximum du crâne. Sa moyenne miniraa ;= 86, la moyenne maxima =104; il est microsème jusqu'à 91,99, mésosème de 92 à 97,99 et mégasème depuis 98.
En additionnant les deux indices précédents et en prenant leur moyenne, on obtient l'indice mixte de hauteur de Topinard. Yirchovv considère l'indice vertical comme l'un des plus inqjortants indices crâniométriques; mais cette importance est contredite péremptoirement par le simple examen des mesures prises par M. Broca. Les propres chiffres de M. Virchow ne sont du reste pas plus favorables à sa manière de voir, ainsi qu'il résuite du tableau suivant pul)lié par lui dans les Arch. fur Anthrop., t. IV, 1871 :
INDICE INDICE TBANSVEUSE-
VEIlIICAL. VERTICAL.
6 Lapons 70,0 82,9
5 Groënlandais 74,0 103,0
3 Finnois 73,0 91,1
682 CRANIOLOGIE.
On sait, en effet, que les crânes esquimaux sont probablement les plus élevés des crânes existants, tandis que ceux des Lapons sont extrêmement bas. Or le contraire semble ressortir de l'examen du tableau ci-dessus, ce qui s'explique, si l'on remarque qu'il n'y a aucune réciprocité entre les deux facteurs : chez l'Esquimau, la longueur du crâne étant énorme par rapport à la hauteur, l'indice vertical est faible, tandis qu'il paraît plus fort chez le Lapon, dont la bracliycéphalie est exagérée. En prenant, au contraire, la moyenne des deux indices vertical et transverso-vertical, on trouve avec Topinard que l'indice mixte de hauteur est de 88,5 chez l'Esquimau, 82,6 chez le Lapon, et 82,1 chez le Finnois, et l'on obtient ainsi une représentation numérique très-exacte des crânes acrocéphales ou des crânes platycépliales.
L'indice frontal est le rapport du diamètre frontal minimum au diamètre transversal maximum du crâne. Cet indice, qui établit la comparaison entre la largeur relative de la partie antérieure du ciâne et celle de sa partie postérieure, fait connaître l'un des traits les plus caractéristiques de cet ovale. Il complète l'indice céphalique : « Connaissant l'indice cé|t]ialique et l'indice fronlal, on a, dit M. Broca, une idée très-satisfaisanle de la forme générale de la face supérieure de la voûte crânienne » {Instructions crâniologiqiœs, p. 172). L'indice frontal montre que l'on peut obtenir des rapports de la comparaison de deux diamètres parallèles entic eux. Sa moyenne minima = 62, sa moyenne maxima = 73; il est microsème jusqu'à 65,99, mésosènie de 66 à 68,99, et mégasèmc à partir de 69.
L'indice stépkaniqite est le l'apport du diamètre frontal minimum au diamètre stéphanique : moyenne minimar= 79, moyenne maxima = 92. Microsème jusqu'à 82,99; mésosème de 83 à 86,99; mégasème à partir de 87.
L'indice hasilaire est le rapport de la projection antérieure du crâne à la projection crânienne totale : moyenne minima = 46 ; moyenne maxima = 54. Microsème jusqu'à 48,99; mésosème de 49 à 50,99; mégasème à partir de 51. Nous verrons plus loin en quoi consiste la métliode des projections.
L'indice du trou occipital est le rapport de la largeur de ce trou à sa longueur. Moyenne minima = 77; moyenne maxima = 90. Microsème jusqu'à 81,99; mésosème de 82 à 85,99, et mégasème à partir de 86.
L'indice facial est le rapport du diamètre bi-zygomatique à la longueur totale de la face. Cette longueur de la face est mesurée par la ligne ophryo-alvéolaire, qui ne doit pas être confondue avec la ligne naso-alvéolaire, allant du point nasal au point alvéolaire, ni avec la hauteur de la face, perpendiculaire abaissée du point sus-orbilaire sur le point alvéolo-condylien. La moyenne minima de l'indice facial = 61 ; sa moyenne maxima =^ 73. 11 est microsème jusqu'à 65,99; mésosème de 66 à 68,99, et mégasème à partir de 69. La ligne nasoalvéolaire dont il vient d'être question, unie à la ligne alvéolo-basilaire et à la ligne naso-basilaire, forme le triangle facial de Yogt. Les Allemands, W'elcker et Virchow entre autres, au lieu de placer le sommet de ce triangle au point alvéolaire, l'ont, par un clioix malheureux et que rien ne justifie, fait aboutir au point sous-nasal. Les mesures fournies par ce triangle facial médian n'aboutissent à rien de décisif.
Assézat a fait sur le triatigle facial une intéressante étude (Association française pour l'avancement des sciences, Congrès de Lille, 1874), que nous allons résumer rapidement.
Le triangle facial interne d'Assézat est compris entre la hauteur verticale de
CRANIOLOGIE. <583
la face et les profondeurs perpendiculaire et oblique à cette liauteur. Le point commun de rencontre de ces deux lignes tirées, l'une du point nasal, l'autre du point alvéolaire, est le basion qui forme le sommet du triangle.
Nous ferons remarquer ici qu'Assézat fait partir la ligne faciale de la suture naso-frontalc, tandis que le professeur Broca la fait commencer au point susorbitaire, point plus rationnel, puisqu'il correspond à la limite antérieure du cerveau, et que les arcs sourciliers font j)artic intégrante de la face. En outre, «ette ligne naso-alvéolaire est mesurée par une perpendiculaire abaissée sur le plan alvéolo-condylien, qui ne constitue pas un élément analomique. C'est donc une ligne purement virtuelle.
La construction du triangle facial interne est facile : elle consiste à tracer sui' le papier deux lignes parallèles séparées l'une de l'autre par une distance représentant la bauteur de la face, à reporter sur la ligne inférieure la longueui' basilo-alvcolaire, à couper la ligne supérieure par un arc de cercle dont le rayon égale la longueur basilo-nasale, en prenant le basion comme centre, et à réunir les trois points ainsi délimités. Ce triangle permet d'apprécier approximativement la profondeur de la face et d'établir des comparaisons entre les différentes races. Il ressort de ces comparaisons que la surface la plus étendue du triangle facial existe cliez les Esquimaux et que la moindre surface se trouve clicz les Lapons et cbez les Mérovingiens de Clielles. Voici d'après Assézat le « Tableau de la superficie du triangle facial interne » chez diverses races :
Esquimaux 41,82
Ouslofls 57,86
Nègres d'Afrique (cote orientale). . 35,75
Auvergnats 35,54
Rates jaunes .'5,43
Nègres d'Afrique (côte occidentale) 35,15
Égyptiens anciens 54,87
Néo-Calédoniens 54,62
Brelon^-Gallots 54,53
Malais-Javanais 33,81
Égyptiens (série Schneff) . . 33,53
Esthoniens 55,41
Égyptiens (xvui° dynastie). . 35,55
Bas-Bretons 35, "27
Guanches 55,14
Nubiens 52,59
Namaqnois 52,56
Basques 51,85
Syriens 51,09
Parisiens (cimet. de l'Ouest). 51,56
Tasmaniens 51,51
Croates 51,12
Lapons 50,57
Mérovingiens (de Chelles) . . 30,21
H existe donc une différence de 1150 millimètres carrés entre les termes extrêmes de la série, les Esquimaux d'une part, les Mérovingiens et les Lapons de l'autre.
En recherchant les bases de construction du triangle facial interne, Assézat a déterminé certains éléments dont la comparaison ethnique n'est pas sans intérêt. Ainsi la distance en projection du point nasal au point orbitaire varie, en moyenne, de 15,95 à 24,54. Elle est à son minimum chez les Auvergnats; puis elle s'élève graduellement chez les Égyptiens anciens, les Basques, les Arabes, les Nè'Tres; les Parisiens du cimetière de l'Ouest mesurent 21,35, les Lapons et le vieillard de Cro-Magnon, 22. Enfin cette distance verticale naso-sus-orbitaire s'accroît encore chez les Malais, les Calédoniens, les Guanches, les Tasmaniens et les Esquimaux, chez lesquels elle arrive à son maximum. On doit donc regarder comme un caractère d'infériorité la plus grande hauteur existant entre le point nasal et le point orbitaire, à la condition toutefois que cet écart accompagnera un front fuyant, surbaissé, et des sinus étendus.
L'étude de la hauteur naso-alvéolaire vient confirmer cette assertion. Ici la
série se déroule presque exactement à l'inverse de la série pi;écédente. Ce sont
'bien toujours les Esquimaux qui tiennent la tête avec une hauteur faciale de
684 CRANIOLOGIE.
77,16, mais immédiatement après eux apparaissent les Auvergnats, et la série commence à ilécroître graduellement pour aboutir aux Tasmaniens, dont la hauteur faciale n'est plus que de 61,80, à peine supérieure à celle du chimpanzé adulte (60) du laboratoire d'anthropologie. Par conséquent, le type est d'autant plus inférieur que la hauteur propre de la face est plus courte, unie à une plus grande distance naso-sus-orbitaire, et cette conclusion se trouve encore confirmée, si la mâchoire inférieure est volumineuse, comme cela se remarque pour les Néo-Calédoniens, par exemple, ainsi que pour certains liuropéens. Toutefois, comme une lace peut être en même temps haute et large ou basse et large, cette appréciation doit être modifiée par l'examen du diamètre bi-zygomatique, dont la détermination est nécessaire pour calculer l'indice facial.
C'est chez les Mongols et les Kalmoucks que ce diamètre bi-zygomatique atteint son maximum (159 millimètres); à la suite viennent les Esquimaux, les Lapons et les Guanches (138); les Néo-Calédoniens (157); les Chinois et les Auvergnats (155); les Bas-Bretons, les Bretons-Gallots, les Esthoniens, les Basques (Guipuzcoa et Saint-Jean-de-Luz), les Croates, les Malais-Javanais, les Parisiens de l'Ouest (15i?) ; puis successivement les Nègres d'Afrique, les Égyptiens, les Corses, les Tasmaniens, et enfin les Ilottentots et les Basques de Vélasco, qui terminent la série avec un diamètre bi-zygomatique de 121 millimètres.
Selon M. Touchard, le développement de la fiice chez les nègres et chez les blancs est soumis aux règles d'une triangulation renversée. « Chez le nègre, la base du ti'iangle est en bas, dit cet auteur, et représentée par la partie intérieure de la face ; chez le blanc, elle est en haut, et représentée par la distance qui sépare les régions temporales. Le contraste de cette triangulation est des plus remarquables et des plus frappants. C'est un fait écrit sur la physionomie des deux races, et tout le monde })eut en lire les gros caractères. L'explication, du reste, en paraît facile. En effet, à mesure que le jeune nègre grandit, toutes les parties de la tète sont loin de prendre le même développement. Les unes, celles destinées à loger les organes des sens, augmentent les premières d'étendue, tandis que les autres, destinées à recevoir et à protéger les lobes antérieurs du cerveau, ne semblent marcher qu'à la remorque des premières, et ne figurer que pour faire le complément indispensable de la tête humaine. Aussi la face, qui n'avait rien d'accentué dans la première jeunesse, s'est-elle, dans l'âge adulte, épanouie, pour ainsi dire, vers la base, tandis que dans la partie supérieure le front est resté stationnaire ; en même temps, les pommettes sont devenues saillantes ; les arcades alvéolaires se sont développées, les branches du maxillaire se sont écartées, et les angles de cet os ont surtout prédominé, angles recouverts d'une masse musculaire qui, grossissant avec l'âge, est venue, en dernière analyse, particulièrement concourir à former la base de cette tardive triangulation. Il ressort de là que la portion de la boîte osseuse qui loge les lobes antérieurs du cerveau ne se développe pas dans les mêmes proportions que la face.... Bien différente est celle de l'Européen.... chez lequel tout se porte, à mesure qu'il grandit, du coté du front, c'est-à-dire en suivant précisément un accroissement inverse à celui signalé chez le nègre » [Bull, de la Soc. d'anthrop., 1866, p. 524).
Nous transcrirons ici le tableau que fournit Assézat de l'indice facial chez quelques races humaines :
CUANIOLOGIE.
Basques (Saint-Jean-de-Luz).. 66,26
Basques (Velasco) 61,98
Auvergnats 56,32
Esquimaux 55,90
Égjplieui (xvm* JynasUe). . 55,80
Corses 53,74
Bretons-Gallotï 54,33
OuslolTs 53,93
Races jaunes (en l)loc) . . . 53,53
Égyptiens anc. (sér. Sclmoff). 53,46
Bas-Bretons 55, "ZT
Syriens 53
Mérovingiens (de Chelles) . . 52,33
Malais-Javanais 52,31
Nègres d'Afrique (côte orientale) S2,30
Parisiens (timet. de l'Ouest). 51,99 Basques (Guipuzcoa) . . . •( ri ko Ilolleiilots Namaquois. . . .) ' INègres d'Afrique (côte occidentale 5),S0
Nul)iens 50,91
Eïtiioniens 50,50
Croales 50,15
Kalmoucks 49,68
Néo-Calédoniens 48,59
Tasmaniens 48,28
Lapons 4û,44
Ainsi, à part deux séries de Basques, remarquables par la hauteur de la face et l'étroitesse des arcades zygonialiques, ce sont toujours les Esquimaux qui se trouvent à la limite extrême. C'est une preuve de plus que celte race ne saurait trouver place dans les trois groupes naturels des races humaines, et qu'elle doit à elle seule former un quatrième groupe distinct. En consultant le tableau précédent, on est porté à regarder comme caractère d'infériorité un indice facial microsème, car toutes les faces courtes qui y sont portées se trouvent aux derniers degrés de l'échoUe humaine. On rcmar([uera aussi que les Parisiens sont restés proches voisins des nègres, avec lesquels ils présentent également les afUnilés les plus étroites relativement à la dislance naso-sus-orbitaire et à la hauteur faciale.
Assézat constate en outre chez les races inférieures un plus grand allongement de la base palatine de la face. Le maximum de la dislance basilo-alvéolairc (108) appartient encore aux Esquimaux, qui, là comme partout, se trouvent à l'une des extrémités des séries; puis viennent les Néo-Calédonicns, les Ousloffs et les Nègres d'Afrique (106, 105); les Namaquois, les Eslhoniens, les Tasmaniens; les Brelons-GalloU (99); les Malais-Javanais et les races jaunes (98) ; les Bas-Bretons (94), suivis de près par les Parisiens, les Mérovingiens et les Auvergnats. En dernière ligne, enfin, les Basques et les Corses, qui ne mesurent plus que 91 millimètres. Quant à la longueur basilo-nasale, elle est cliez les Esquimaux, oii elle atteint son maximum, égale à la ligne basilo-alvéolaire (108); il en est de même pour les Néo-Calédoniens (106); la ligne basilo-nasale est plus longue que la ligne basilo-alvéolaire chez les Syriens (105, 94) et chez les Parisiens (101, 95). Le contraire a lieu chez les ÎNègres d'Afrique (104, 106). C'est chez les Namaquois que la ligne basilo-nasale atteint sou minimum de longueur, 9i.
L'indice palatin est le rapport de la largeur de la voûte palatine à sa longueur : moyenne minima = 65 ; moyenne maxima = 84. 11 est microsème jusqu'à 70,99 ; mésosème, de 71 à 76,99; mégasème, à partir de 77. Les deux trous palatins postérieurs et le trou palatin antérieur ou trou incisif iorment les trois sommets du triangle palatin.
L'indice orbitaire est le rapport de la hauteur à la largeur de l'orbite. Le diamètre vertical part du point où aboutit la suture maxillo-malaire sur le bord inférieur de l'orbite, et monte perpendiculairement au diamètre transverse qui s'étend, suivant l'axe transversal,' depuis le dacryon jusqu'à l'endroit immédiatement opposé. La moyenne minima de l'indice orbitaire =:= 77; sa moyenne maxima = 95. Il est microsème jusqu'à 82,99; misosème de 83 à 88,99, et mégasème à partir de 89.
686 CRANIOLOGIE.
L'indice orbitaire vient, comme importance, après l'indice nasal et l'indice céphalique. Broca, qui a consacré à l'étude de cet indice un mémoire publié dans la Revue d'anthropologie (t. IV, p. 577, 619; 1875), regarde son importance comme approcbant de celle des caractères typiques. « Cette importance, dit-il, se révèle surtout dans les comparaisons ethniques. L'indice orbitaire, en effet, établit entre les diverses races humaines des différences très-tranchées, et il me paraît appelé à jouer un grand rôle dans la description et la distinction de ces races. »
Les variations ethniques de l'indice orbitaire pour les crânes nouveaux sont comprises entre 77,01 (Guanches de Ténériffc) et 95,40 (Polynésiens d'Hawai) ; mais les variations individuelles s'étendent de 61,36 sur le vieillard de Cro- Magnon à 108,53 sur une Chinoise.
Chez les singes, les variations de l'indice orbitaire sont beaucoup plus étendues ; suivant les espèces, l'indice moyen va de 71 à 118, et l'indice individuel, réduit à 64,28 chez un mandrill mâle, s'élève à 136,12 chez un orang femelle. Tous les anthropoïdes sont mégasèmes ; il en est de même des singes inférieurs, cébiens et lénmriens ; mais parmi les pithécicns, les uns sont mégasèmes, les autres mésosèmes, et d'autres enlîn microsèmes, le mandrill, [)ar exemple. Un grand indice orbitaire ne peut donc pas être considéré comme un caractère d'infériorité, et l'on ne saurait attribuer à cet indice une valeur sériaire. Dans la série des races humaines, la plupart des races caucasiques actuelles tiennent, sous ce rapport, le milieu entre les races mongoliques et les races élliiopiques.
L'indice orbitaire est bien plus grand dans l'enfance que dans l'âge adulte ; il est également mégasème chez les microcéphales dont l'orbite conserve, par arrêt de développement, la conformation infantile. La femme, dont le crâne se rapproche i)lus que celui de l'homme du type enfantin, a généralement un indice orbitaire moyen plus grand. Dans les cinquante-neuf séries qu'il a mesurées, M. Broca n'a relevé que quatre exceptions à cette règle : ces quatre cas exceptionnels appartiennent aux Polynésiens d'Hawaï, aux Malais non Javanais, aux llollentots et aux Esquimaux , et encore ces quatre séries sont-elles laibles et, par suite, sujettes à révision. On peut donc affirmer que l'indice orbitaire moyen des hommes est, en général, plus petit que celui des femmes de même race. Cette différence sexuelle est en moyenne de 5 p. 100.
On voit par l'examen du « tableau de l'indice orbitaire moyen suivant les races », dressé par M. Broca, toute l'importance de cet indice, considéré comme caractère ethnique, et il est évident que l'écart considérable de 18,59 existant entre la plus grande et la plus petite moyenne doit facilement servir de caractéristique pour distinguer certaines races entre elles.
Mais l'indice orbitaire n'a pas seulement sa valeur comme caractère ethnique, il contribue à fournir de précieux renseignements comme caractère typique. Le type mongolique a un indice orbitaire moyen essentiellement mégasème, et cet indice est resserré dans des limites très-restreintes, car il ne varie en réalité que de 3,57 pour 100 avec un maximum de 93,85 pour 27 Chinois et un minimum de 90,28 pour 17 Indo-Chinois. Le type éthiopique, au contraire, est microsème et complètement distinct du tvpe mongolique. Il présente, sous ce rapport, moins d'homogénéité que ce dernier, puisqu'il atteint un écart de 7 pour 100; mais il établit néanmoins avec évidence que toutes les races éthiopiques de l'Afrique et de l'Océanie sont complètement microsèmes ou fort rapprochées de la limite de ce groupe.
CRâN[OLOGIE. 687
Quant aux races du type caucasique, elles sont réparties sur tous les degrés du tableau, depuis un maximum de 90,95 pour 49 Hollandais de Zaandam, jusqu'à un minimum de 77,01 pour 66 Guanclies de Ténériffe. Mais cette répartition même, lorsqu'on l'étudié attentivement, donne les indications les plus précieuses sur l'ethnogénie des populations de l'Europe occidentale. Que l'on considère, par exemple, les séries caucasiques d'origine européenne, et l'on verra que les séries modernes sont mésosèmes, quelques-unes même mégasèmes, tandis que toutes les séries microsèmes sont anciennes. 11 en ressort que les dolichocéphales, qui habitaient notre sol à l'époque paléolithique et au commencement de l'époque néolithique, avaient un indice orbitairc très-microsème qui s'agrandit peu à peu à la suite de mélanges ethniques. Ce fait semble avoir coïncidé avec l'introduction de la brachycéphalie proprement dite vers la fin de l'époque de la pierre polie. Ainsi, dans la série des dolmens de la Lozère, où l'on trouve un peu de bronze et quelques crânes brachycéphales, l'indice orbitaire s'élève à 85,49, à la limite des groupes mésosèmc et microsème; à l'époque du fer, les Gaulois de la Marne atteignent un indice de 87,52; ])uis l'influence des Mérovingiens microsèmes (81,!27 et 82,96) contribue à réduire de nouveau l'indice orbitaire qui, chez les Parisiens du douzième siècle, n'est plus que de 85,73, tandis que celui des Parisiens modernes remonte progressivement jusqu'à 86,45.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur l'indice orbitaire que le professeur Broca a étudié magistralement dans la Revue cV anthropologie (t. IV, 1875); mais nous ajouterons en terminant que cet indice est une nouvelle preuve de la filiation existant entre les populations primitives de la France et de l'Espagne avec certaines races du nord de l'Afrique, et qu'il rapproche, par exemple, une fois de plus encore, les anciens Guanches des îles Canaries de la race de Cro- Magnon.
Les indices que nous venons de passer en revue sont ceux que l'on porte le plus généralement sur les tableaux cràniométriques ; ils permettent de représenter par une expression numérique la forme qui caractérise le plus spécialement une région. Mais on comprendra sans peine que l'anthroiiologiste peut, suivant la nature de ses observations spéciales, varier à son gré les différents rapports cràniométriques et étudier une quantité d'autres indices, en comparant entre elles les lignes, les courbes, les circonférences, etc. Nous pouvons donc encore mentionner parmi les indices les plus caractéristiques :
Vindice cubique du crâne, ou rapport de la capacité du crâne au produit des trois diamètres : diamètre antéro-postérieur, diamètre transversal maximum et diamètre vertical basilo-bregmatique, c'est-à-dire un produit de la longueur, de la largeur et de la hauteur du crâne. M. Broca a étudié cet indice dans les Bulletins de la Société d'anthropologie (t. IV, 1864), et tout récemment dans les instructions cràniologiques. Il a établi que, pour obtenir la capacité probable du crâne, il fallait diviser par 1,12 le demi-produit des trois diamètres. Mais cette méthode indirecte ne doit être appliquée que s'il est impossible de procéder directement à l'opération du cubage, qui donne avec une grande exactitude la capacité réelle du crâne, et dont il sera question plus loin.
L'indice céphalo-orbitaire, ou rapport de la capacité de la cavité orbitaire avec la capacité du crâne. Cet indice a été étudié par le professeur Mantegazza, qui a formulé cette proposition : « La capacité orbitaire, relativement à la capacité cérébrale, est d'autant plus petite que la place hiérarchique est moins élevée
688 CRANIOLOGIE.
dans la stîiie organique. » M. Mantegazzaa tiouvéque, chez le gibbon, la somme des capacités orbitaires est à la capacité ci'ànienne comme 1 est à 4, qu'elle est chez l'orang adulte comme 1 est à 7, et chez l'orang jeune comme 1 est à 9,7. Chez le jeune homme, du reste, l'indice est également plus élevé que chez l'adulte, c'est-à-dire que le crâne est relativement plus grand. Le crâne humain, d'après le même anthropologisle, est vingt fois au moins plus grand que la somme des volumes orbitaires. Enfin, l'indice céphalo-orbitaire du microcéphale se rapproche de celui de l'orang.
L'Indice céphalo-spinal ou rapport du calibre du trou occipital à la capacité du crâne. Cet indice, qu'il eiit peut-être mieux valu nommer céphalo-rachidien, selon la remarque de M. Broca, a été également étudié par Jl. Mantegazza. Ainsi que le précédent, il semble établir que les races humaines inférieures se rapprochent des anthropoïdes bien plus francliement que les races supérieures. Bien que l'on ne puisse établir des rapports rigoureux entre deux quantités de nature différente, évaluée l'une en centimètres cubes, l'autre en millimètres linéaires, on constate néanmoins une relation i'ort intéressante. Plus l'être est élevé dans la série, plus diminue le rapport : la moyenne du rapport humain oscille entre 6 et 7, pour sauter brusquement à 22,36 chez l'orang jeune. Il y avait là, d'après l'auteur, un caractère humain toujours constant et formant un hiatus entre l'homme et les anthropoïdes. L'élévation de l'indice céphalo-spinal constituerait alors un des traits les plus caractéristiques du corps humain : M. Mantegazza, en effet, a trouvé que l'indice humain le plus petit n'était que de 13,49, tandis que l'indice simien le plus élevé n'atteignait que 8,55 ; il appartenait à un gorille jeune qui, sous ce rapport, est l'anthropoïde se rapprochant le plus de l'homme (Cous. Archivio per C anlropoloijia e la etnolocjia, Firenze, 1871, ei Revue d'anthropologie, 1, i». I lô).
M. Topinard a étudié, sous le nom d'indice général de la tête, le rapport existant entre la projection verticale de la tête entière et sa largeur maxima bi-zygomati(|uc. C'est la première application qu'il a faite de l'invention de son crâniophore. La hauteur vraie et absolue de la tête est comprise entre deux plans parallèles et horizonUiux, tangents l'un au sommet de la tête, l'autre au bord inférieur de la mâchoire inférieure munie de ses dents. 11 résulle de l'examen de celte projection totale de la tête comparée à sa largeur bi-zygomatique : 1" que les Esquimaux et les races jaunes en général ont, d'une, façon absolue, la tête la plus longue, tandis que les Lapons, les Tasmaniens et les Hottentots, ont la plus courte; 2" que cette longueur est, par rapport à la largeur bi-zygomatique, la plus grande chez les Arabes et la plus petite chez les Lapons. « Les Esquimaux, dit M. Topinard, ont descendu, parce que leur visage s'élargit, comme dans toutes les races jaunes, plus que leur tête ne s'allonge. Les Arabes ont remonté par un motif inverse, l'étroitesse du visage étant le caractère des races blanches. A notre avis, cette hauteur absolue et complète delà tète, la mâchoire comprise, rap^iortée ou non à la largeur, est un caractère crâniométrique de premier ordre, d'autant plus utile qu'il répond à l'un des renseignements que les voyageurs sont le plus enclins à donner. Cependant il ne s'échelonne pas en série dans les races, et n'est caractéristique que par luimême. Ainsi les voyageurs opposent la race cafre à la race hottentote en disant que la première a la tète longue et la seconde la tête courte. Ainsi les Australiens se distinguent des Tasmaniens eu ce qu'ils rentrent les uns dans le premier cas et les autres dans le second » {Anthropologie, p. 296).
CKANIOLOGIE.
Voici, d'après M. Topinard, les deux termes du rapport mesurés sur différeutes séries de crânes, et eu regard desquels j'ai calculé et rapporté les indices correspondants, afin de rendre plus sensibles les conclusions du tableau :
7 Esquimaux. .
9 Chinois . . .
5 Arabes. . . .
5 Calies . . . .
40 Malais . . . .
10 Nègres divers 13 Bas-[irelons. .
8 AusUaliens. .
6 Alsaciens. . .
10 llotlenlols . .
3 Tasmaniens. .
3 Lapons. . . .
PliOJECTIG.N