I.NDICES
La l'égion mandibulaire peut fournir également un certain nombre d'indices qui n'ont pasencore été étudiés. {Voij. pour ce qui concerne le sexe, l'article Femme).
Le lecteur a pu remarquer que dans l'élude laborieuse que nous venons d'accomplir nous avons exclusivement employé les procédés analytiques. Nous avons montré les résultats acquis sur tels points donnés. Pour être complet, notre article devrait comprendre une vue d'ensemble sur l'application de la cràniologie. Mais l'étendue même de ce travail nous force à nous limiter. La belle entreprise de MM. de Quatrefages et Haniy qui, sous le titre de Crania ethnica, publient une œuvre qui fait honneur à notre temps et à notre pays, montre d'ailleui's les difficultés d'un tel sujet et la rigueur avec laquelle il doit être désormais traité. Nous renverrons donc à l'ouvrage magistral de ces auteurs ceux qui voudront compléter leurs études cràniologiques.
Déformations. Les déformations du crâne, au point de vue antrophologique. doivent comprendre l'étude de celles mêmes qui relèvent de la pathologie d'une part et d'autre part tle celles qui sont posthumes. En sorte que nous les rangeons i[uant à leur cause sous trois chefs principaux : 1" déformations posthumes, '> pathologiques, 3" ethniques ou artificielles. Quant à leur forme, elles offrent tie plus nombreuses variétés ; tantôt le frontal est simplement déprimé, tantôt il l'est en même temps que l'occipital, de façon à produire une forme plus ou moins' conoïde; d'autres fois le crâne est aplati de façon que son diamètre vertical soit diminué et que sa projection horizontale soit élargie ; le crâne peut présenter la forme d'un bateau ou se déformer obliquement par rapport à son axe; enfin, il peut offrir des arrêts de développement, des asymétries bizarres, et son volume peut être excessivement réduit. Ces diverses formes géométriques auxquelles on a donné les noms d'acrocéphalie, platycéphalie, scaphocéphatie , plagiocéphalie {oblique ov3i\ixire),microcéphalie, de, ressortissent dans des proportions inégales à l'une des trois formes étiologiques signalées plus haut. Les déformations que les premiers B. Davis et Thurnam ont étudiées sous le nom de posthumes méritent tout d'abord l'attention du cràniologiste parce qu'elles en ont souvent imposé aux chercheurs novices. Elles sont généralement dues au poids
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des terres qui recouvrent les crânes enfouis à une certaine profondeur ou dans des terrains surchargés. Rarement elles ressemblent aux formes obliques ovalaires (plagiocéphalie), dont les parties comprimées sont compensées par un développement excessif et contraire des parties opposées. Le plus souvent, au contraire, les régions comprimées le sont symétriquement. La rectitude des sutures et d'ailleurs un examen attentif éloignent toute erreur d'interprétation. Le plus souvent les déformations posthumes sont brusques, très-partielles, irrégulières, et les voussures que l'on pourrait prendre pour des voussures de compensation sont pour ainsi dire illogiques. Les déformations posthumes ne peuvent guère être confondues qu'avec les déformations pathologiques ; mais encore ici l'état des os, leur degré de dureté, leur épaisseur et d'autres particularités, permettront d'établir une diagnovc exact. M. Broca, dans son mémoire sur l'influence de l'humidité sur la capacité des crânes [BuU. de la Soc. iVAnlhr., 1874), a fait remarquer que l'on extrait souvent d'un même gisement des crânes évidemment contemporains et dont les uns étaient déformés, les autres non, et il a attribué cette différence à des causes intrinsèques et notamment à la proportion relative de la substance organique et de la substance inorganiqae des os. Nous renvoyons à ce mémoire pour les déformations qui se produisent pendant la dessiccation des os exhumés et notamment l'écartement des écailles temporales. Quant aux déformations ethniques artificielles, elles offrent un intérêt considérable en soi d'abord comme l'un des témoignages les plus singuliers des aberrations de l'esprit humain ; ensuite, elles représentent une donnée de premier ordre pour la détermination de l'origine des crânes soumis à l'étude. Enfin elles permettent de suivre certaines races dans leurs migrations et de reconnaître dans les populations stables des témoignages de leur origine. C'est ainsi que l'existence jusqu'au siècle dernier à Toulouse d'une déformation populaire du crâne identique à celle des macrocéphalcs (Cimmcriens) de Crimée dont parle Hippocrate constitue une preuve historique de la migration de ces Cimmériens dans le midi de la France où ils pénétrèrent quatre siècles avant notre ère en traversant l'Orléanais, en suivant le cours de la Loire et en gagnant les bords de la Garonne par le Limousin. Ainsi encore, malgré l'absence de tout document traditionnel et malgré la grande différence des formes de civilisation du Mexique et du Pérou, on est autorisé à admettre qu'il a dû exister à une époque extrêmement reculée des relations entre les deux centres de civilisation américaine, par cela que l'on a trouvé dans les ruines antéhistoriques d'Ancon, au Pérou, des crânes offrant la déformation caractéristique cunéiforme relevée des Toltèques et des Natchez de l'Amérique du Nord. Toutefois la déformation des Aymaras couchée, par compression de la voûte et diminution du diamètre vertical, n'a point été retrouvée dans le nord .
On voit que c'est surtout dans les deux Amériques qu'il faut chercher des exemples typiques de déformation. Les populations indigènes du Pacifique Nookta-Colombicns, Chinooks, du 46° de latitude N. au 55% ont peut-être encore à celte heure l'habitude d'aplatir la tête de leurs enfants. Mais à l'époque de la conquête presque toutes les tribus qui campaient du Missouri au Mississipi l'avaient adoptée de temps immémorial. 11 en était à peu près de même chez les Guaranis, Omaguas, Tapoyranas et autres tribus brésiliennes étudiées par d'Orbigny.
L'Océanie, et notamment les îles de la Société, Sandwich, les Mariannes, Java, en offrent de très-nombreux exemples. L'Asie, au contraire, a presque complé-
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temeiil échappé à cette coutume au moins dans les deux grands groupes principaux, et toutelois il est question dans les Talniud, selon M. Ilalévy, à titre de lenseignement ethnographique, de la déformation que les Babyloniens faisaient subir à la têlc do leurs enfants contrairement aux habitudes juives. En Afrique, Schweinfurth eu a signalé chez quelques tribus du Ilaut-Nil. Furnari, selon le D"" Lunier, en a rencontré chez quelques peuplades musulmanes du Nord en contact avec les Berbères,
Mais c'est encore en Europe et spécialement en France que l'on peut de nos jours retrouver les traces de ces pratiques que MM. Foville, Lunier et Broca ont particulièrement étudiées à Toulouse, dans l'Aude, dans les Deux-Sèvres et la Seine- Inférieure. Toutefois l'on peut dire qu'à cette heure la pratique des déformations a complètement disparu, saul' peut-èlrc dans quelques tribus de la Colombie britaninque.
M. Gosse, de Genève dans son célèbre Essai sur les déformations artificielles du crâne, ne cite pas moins de 18 formes qu'il considère comme artificielles savoir : 1" la tète cunéiforme (Amérique); 2" la tète symétrique allongée (Bolivie) ; 3" la tète irrégulièrement comprimée et dilatée (Pérou et Papous) ; 4" la tête quadrangulaire (llaute-Maragnon) ; 5" trilobée ou *en trèlle (golfe du Mexique) ; G" aplatie sur le front (Castres, Toulouse, Ancon (Pérou) ; 7" dépression ou saillie du nez (Sumatra, Polynésie) ; 8" Mongole ou naso-pariétale (Huns, Kalmoucks) ; 9" prognathe ou naso-frontale (Caraïbes) ; 10" aplatie sur les côtés (Arabes?) ; 12" sphérique (Osmanlis?) ; 15" annulaire (Poitou, Vendée, Seine-Inférieure); 14" bilobée, ou sincipulale (Deux-Sèvres); 15" occipital simplement déprimé (Pérou, Mexique) ; IG" conique tronqué ouoccipito-pariétofrontale (Siam) ; 17" occipito-nasale (Jura) ; 18° pariétale simple (Madagascar).
On peut se demander dans quelles vues ces déformations ont été pratiquées et cette question intéresse l'esthétique et la physiologie cérébrale ; en effet, c'est tantôt en vue d'atteindre un idéal de beauté et de perfection trop lent sans doute, selon leurs vœux, à réaliser par voie d'évolution et de sélection ; tantôt en vue de développer certaines aptitudes spéciales par la dépression des régions du ciàiit! qui localisaient les aptitudes opposées, de façon à favoriser les premières au détriment des secondes. C'est ainsi, on le sait, que lesTaïtiens des classes aristocratiques comprimaient le frontal chez les enfants qu'ils destinaient à la guerre et l'occipital chez ceux qui étaient réservés au sacerdoce et au conseil. On retrouve au surplus dans les recherches de la coiffui'c des contemporains, comme dans les notions sur la valeur intellectuelle des grands fronts, le même fonds de doctrine et d'ambition qu'au sein de la plus vieille humanité ; semper aliquid hœret.
Les procédés employés pour la pratique des déformations ne sont pas extrêmement variés. C'est toujours avec des liens circulaires agissant sur des plaque-^ que les compressions s'exécutent. Dans les déformations couchées le point d'appui est pris sur la base du crâne et la pression est exercée sur la voûte, la diminution du diamètre vertical, l'allongement du crâne en arrière en sont la conséquence ; c'est la délbrmation des Aymaras. Les déformations relevées se pratiquent eu prenant un point d'appui sur la voûte, un peu au-dessus de l'inion, le lien passant en avant du front : c'est le diamètre antero])0-stérieur qui se raccourcit et le crâne se développe en arrière et en haut. Ces pratiques ont du reste été, çà et là, perfectionnées, et nous voyons notamment par l'exemple des crânes préhistoriques d'Arica (Pérou) que si la plupart des déformations
couchées se produisaient par le mécanisme ci-dessus, on en exagérait l'effet par des opérations successives. On appliquait d'abord une plaque frontale avec point d'appui en arrière tout en faisant passer une courroie par le bregma et sous la mâchoire. L'occipital ne tarde pus à faire saillie, et, le terrain ainsi préparé, on achève de le transformer au moyen d'un lien circulaire annulaire. On retrouve toujours dans les déformations couchées la trace des liens constricteurs sous la forme de dépressions particulières. M. Broca a rassemblé dans le musée de l'Institut anthropologique de nombreuses pièces osseuses repi'ésentant tous les types connus de déformations artificielles. C'est là que pour une plus ample étude nous renvoyons toujours le lecteur. Signalons ici que dans la Lozère et dans l'Auvergne on cherciie fréquemment à déformer le crâne en fixant la tète des nouveau-nés par l'occipital sur un oreiller résistant. Le but est aisément atteint. M. Guéniot et M. Pai'rot ont fait observer fréquemment des défoimations obliques om/atVes produites chez les jeunes enfants par la même cause, parla pression exercée par le bras des nourrices sur l'une des bosses pariétales lorsque c'est toujours sur le môme bras que l'enfant est porté. Dans son excellent article sur les déformations crâniennes, inséré dans le Nouveau Dictionnaire de médecine pratique, M. Luuier a publié un tableau très-complet des pj-océdés employés en différents lieux (1819).
Quant à la troisième catégorie, déformations pathologiques, nous ne nous occuperons guère que de celles qui surviennent du côté des os du crâne avant son eulicr développement, les autres rentrant dans les cadres de la phathologie spéciale [Voij. Crâne, et Nouveau-nk) . Le type de ces déformations est celui qui est connu sous le nom de scaphocéphalie, c'est-à-dire la déformation en bateau renversé, avec allongement de la voûte du crâne, et qui a donné lieu à d'importants travaux de MM. Yirchow, Broca, Ilamy, Calori Morselli.
Celte déformation assez commune résulte, selon Yirchow, de la synostose prématurée de la suture sagittale amenant la diminution du diamètre vertical. Le crâne est alors excessivement étroit et allongé, saillant et relevé en avant, et offre une largeur de 58 à 60 pour cent de longueur, c'est-à-dire une dolichocéphalic inconnue dans les groupes naturels. L'opinion de Virciiow a été fortement combattue par Bernard Davis, mais elle a été soutenue et démontrée par M. Broca (Note sur le crâne scaphocéphale d'une négresse, 1874). Il est maintenant démontré que l'ossification préalable de la suture sagittale ne détermine nécessairement la scaphocéphalie que si elle survient penùanl la vie intra-utérine. Le beau travail de M. Hamy, auquel nous renvoyons le lecteur, ne laisse aucun doute sur ce point [Elude sur la genèse de la scaphocéphalie. lu Bulletins delà Soc. (fanthr. 1874); d'autre part cette dysmorphie peut se produire sous l'influence de causes mécaniques et pathologiques. Mais on a observé un grand nombre d'autres formes pathologiques dont les causes physiologiques restent les mêmes; la région synostosée ou comprimée détermine logiquement les diverses formes que nous avons déjà citées sous les noms d'Acrocéphalie, Platycéphalie, Plagiocéphalie (c'est la plus commune de toutes), Pachycéphalie, etc. La Microcephalie est due tantôt à un arrêt de développement sans synostose prématurée, tantôt à cette synostose même.
Conclusions. Ce serait ici le lieu de résumer à grands traits le rôle de la cràuiologie dans la science moderne, de montrer les résultats qu'elle a obtenus et d'esquisser le programme de ses travaux futurs. Mais l'étendue de cet article
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d'une part, et d'autre part l'importance même d'un tel sujet, nous commandent la plus grande réserve. La crâniologie a eu dans ces dernières années un rôle négatif et un rôle positif. Négatif en ce sens que, grâce à la précision de ses procédés, elle a détruit une foule de notions erronées, de vues préconçues, de systématisations prématurées qui encombraient une fausse science. Elle a détruit la crâniologie sentimentale qui sous le nom de phrénologie discréditait singulièrement l'anatomie comparative ; elle a relégué à son rang la classification dichotomique des races humaines par trop simpliste qui, de la constatation imparfaite des seuls caractères de longueur et de largeur d'un crâne, prétendait déduire sa position ethnique. Enfin elle a montré que de l'examen aussi minutieux qu'on pourrait le faire d'un seul crâne ou de quelques crânes on ne pouvait tirer aucune loi applicable aux collectivités.
D'un autre côté, elle a établi que la moyenne des principales mensurations crâ niennes, déduites d'un nombre suffisant d'observations, établissait dans les races humaines des gi-oupes naturels souvent très-bien délimités, et qui coïncidaien avec ceux que l'on avait constitués par l'ensemble des caractères ou par les affinités géographiques, linguisti([iies et descriptifs. Mais en même temps elle a reconnu qu'il était impossible d'établir une hiérarchie rigoureuse entre les groupes dans le temps et dans l'espace. Telle série établie, au point de vue de l'un des caractères, est bouleversée au point de vue d'un autre caractère, en sorte que la dissémination morphologique est l'un des traits dominants de la crâniologie. Mais, comme l'a dit M. Broca, « la crâniologie ne peut, dans l'état actuel de nos connaissances, avoir la prétention de voler de ses propres ailes et de substituer ses diagnostics aux notions fournies par l'ethnologie et par l'archéologie. Son rôle pour être plus modeste n'en est pas moins utile, et son utilité se manifeste surtout lorsqu'elle est appelée à déterminer les caractères physiques d'anciennes populations dont l'histoire est oubliée et dont l'archéologie préhistorique a seule pu révêler l'existence « {Les crânes de Sohitré, Association française. — Session de Lyon 1875).
La crâniologie n'a donc pas de pires ennemis que ceux qui de l'étude d'un crâne prétendent tirer des conséquences ethniques ou philosophiques qui dépassen le sujet, ainsi qu'on l'a vu lors de la découverte de la célèbre calotte crânienne de Neandcrthal, dont le type s'est conservé parmi nous, et qui était sans doute aussi isolé dans les temps reculés qu'il peut l'être aujourd'hui. Mais elle détermine par des méthodes précises le degré de pureté ou de mélange des races en raison des écarts qui se produisent entre les maxima et les minima ; elle reconnaît, quand l'histoire la seconde, dans les foi'jnes osseuses l'influence passagère des croisements et le retour aux formes primitives. Elle reconnaît entre des types crâniens, dispersés par le cours des événements des similitudes qui établissent, une étroite parenté, aussi bien que dans les agglomérations humaines elle peut, dans une certaine mesure, fixer l'origine des apports successifs.
Un jour viendra, sans doute, où la ciâniologie, ayant débrouillé tous les éléments aura reconstituer les grands types historiques ou préhistoriques de notre terre. Alors ce qui n'est aujourd'hui que légende et hypothèse dans les origines et les migrations des peuples aura trouvé une base solide. Aux grands pas qu'elle a faits en si peu d'années on peut lui accorder crédit. De toutes façons la prétention que lui prêtent trop souvent ses adversaires de vouloir à elle seule, sans le secouis des autres parties de l'anthropologie, reconstituer la science des races humaines est absolument dénuée de fondement. Qu'il nous soit permis
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en terminant, de remercier M. Ludovic Martinet et M. le docteur Kuliff du concours qu'il nous ont prêté et des documents qu'ils nous ont fournis pour la rédaction de cet article. E. Dally.
Bibliographie des défobmations. — Gosse. Eiisai sur les dé formation ft artificielles du crâne. Paris, 1855. — Périer. Sur Yhércdité dss anomalies (Bulletins de la Société d'anthropologie, 1861, p. 31). — BnocA. Forme et volume du cerveau. Iliid, 202) ; Sur la déformation du crâne Ibid., 1871). — Lunier. déformation du crâne dans les Deux-Sèvre-s (Annales médico-psychologiques, 1852). Article Crâne (déformations) du Nouveau Dictionnaire de médecine. — Morselu. Sur la Scaphocéphalie (Bull, de la Soc. d'antlir.,lSlb, p. 45).
CRAXIOMAl^'ÎIE OU C'KAXIOSCOPÏE. Voy. PhrÉNOLOGIE.
CRAKIOTABES. L'état du crâne dont il s'agit ici a été potu' la première fois bien décrit par un médecin de Stuttgard, le docteur ElsJisser, sons le nom d'orr(/j«( mou {Der lueiclie Hinterkopf). Il a été étudié aussi par Lederer, Spengler, West.
Le rachitisme produit sur les os du crâne (qui fréquemment d'ailleurs sont les premiers atternls) des effets qui méritent une mention spéciale. Après les avoir raréfiés, ramollis, par des procédés que nous n'avons pas à examiner ici {voy. Rachitisme), il en amène l'amincissement progressif par suite de la résorption et quelquefois de la disparition complète, par places, de la substance osseuse, à ce point ipic le péricràne et le dure-mère ne sont plus séparés que par une mince lame fongoïde, et qu'il en résulte comme des fontanelles adventices. La mollesse de la paroi crânienne devient alors extrême; la moindre pression qu'on y exerce lui fait subir un enfoncement; la boîte osseuse s'aplatit du côté où l'enfant appuie la tète sur un corps résistant.
Cette raréfaction du tissu osseux a son siège principal dans l'os occipita (d'où le nom d'occipital mou). On l'observe souvent dans les pariétaux, trèsrarement dans le frontal. 11 faut noter du reste qu'il n'est pas rare de voir la face participer à cet état ; les maxillaires sont également ramollis et réduits de volume, l'inférieur surtout; les dents trouvent à peine à se loger; les alvéoles sont étroites, peu profondes et quelquefois ouvertes en avant par insuffisance de développement de leur paroi antérieure.
Le crâne est généralement volumineux ; mais cela lient presque toujours à ce ({ue le crâniotabes se complique d'hydrocéphalie. Les os, déjà mal unis, sont repoussés de plus en plus ; les bosses pariétales se renflent, le front se projette en avant, et l'occiput devient bombé. En outre, il arrive fréquemment, par suite de la répartition inégale de la lésion, par suite aussi de pressions trop prolongées sur certaines parties de la tète, que le crâne subit des déformations de sens et de degrés très-divers ; déformations qui subsistent en partie après la quérison du rachitisme et l'éburnation plus ou moins prononcée des os malades.
L'amincissement si remarquable des os du crâne devenus rachitiques a été expliqué par la pression qu'exercerait sur eux la masse encéphalique, dont le développement, plus rapide que le leur, le mettrait à l'étroit dans la boite crânienne.
Il faudrait ajouter, bien entendu, à cette cause de pression, l'épanchement hydrocéphalique {voy. Hydrocéphalie). Ce n'est là qu'une vue de l'esprit, plausible peut-être, mais qui reste à vérifier.
Le crâniotabes, considéré isolément, n'a pas de symptômes et n'appelle pas de
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Iraitement particuliers. On a voulu y voir une cause déterminante de spasme de la glotte. Cette question est examinée à l'article Larynx (p. 690).
A. Dechambre.
CRAIVIOTOMIE. On désigne ainsi l'opération qui consiste à ouvrir ou à mutiler le crâne du fœtus dans le but de faciliter l'accouchement par la réduction des diamètres céphaliques. Cette dénomination, tirée du grec— zpavîov, crtàne, et rop-À, section — a pour synonyme, aujourd'hui très-peu usité, le mot céphalot.omie, qui siguitie : section opérée sur la tèle. Le crâne étant la partie la plus volumineuse de la tète, toutes les fois que l'on veut réduire les dimensions de cette dernière, c'est en effet la boîte crânienne que l'on est forcé d'attaquer.
La ponction simple pratiquée dans le cas d'hydrocéphalie, soit avec un trocart, soit avec un bistouri, doit être distraite de la crâniotomie; car il s'agit d'une opération qui, rigoureusement, peut se concilier avec la vie du fœtus, tandis que les diverses méthodes de crâniotomie sont, au contraire, d'un emploi absolument incompatible avec la survivance de l'enfant.
Ce caractère particulier de la crâniotomie a suscité de longue date, parmi les médecins, des divergences de pratique et de doctrine. Les uns, considérant que la vie humaine, chez l'individu innocent, doit être tenue pour sacrée, se refusent à croire (ju'ils aient le droit de la sacrilior directement et de propos délibéré. Pour les autres, au contraire, le chirurgien qui, dans le but de sauvegarder l'existence de la mère, détruit celle de l'enfant, ne fait qu'exercer une pratique légitime. C'est là, sans nul doute, une matière à graves réflexions. Aucun sujet, en médecine, n'est même d'un ordre plus élevé. Déjà nombre de fois des esprits distingués l'ont traité avec développement. Que le lecteur qui voudrait l'approfondir se reporte à ces travaux méritants : mon intention n'est pas de l'aborder ici. De nos jours, la voix du nombre a parlé ; et, dans ces temps où le suffrage universel fait loi, que pourraient les raisons d'un dissident? D'aillein-s, il est juste de constater que, dans les circonstances douloureuses oiî mère et enfant se trouvent à la fois menacés, ce n'est jamais qu'avec la pensée d'accomplir un devoir que le chirurgien prend ses déterminations. Tel est, du moins, ce qui se passe généralement en France.
Sans vouloir accuser nos confrères d'outre-Manche, je ne pourrais cependant donner de leur pratique un pareil témoignage ; car il est notoire qu'en Angleterre on fait un grand abus de la crâniotomie. Pour s'en convaincre, il suffit de lire le mémoire important de Tyler Smith « sur l'abolition de la crâniotomie dans les cas où le fœtus est vivant et viable » {Obstétrical Transactions, d860, t. 1, p. 21). On y voit que, sur mille crâniotomies, 448 fois seulement l'opération est pratiquée pour des viciationsdu bassin, tandis que, d'autre part, le fœtus est également mutilé pour des difficultés simplement justiciables du forceps, c'est-à-dire dans des cas de gonflement vulvaire, de rigidité périnéalc et d'étroitesse du vagin, et même de rétention d'urine ! En vérité, il y aurait beaucoup à dire contre une telle juatique; mais des auteurs anglais d'une grande autorité se sont chargés d'en faire eux-mêmes le procès; je n'y insisterai pas. Si j'ai cru devoir la signaler ici, c'est que, depuis quelques années, l'extension qu'a prise en France la crâniotomie semble nous menacer des mêmes errements. Comme preuve de ces tendances, il suffit de lire le mémoire du docteur Boissarie « sur le céphalotribe et ses abus », mémoire qui a été, de notre part, l'objet d'un rapport à la