COURANTS 31ARI.\S
la météorologie du globe. Alors le grand courant équatorial ferait au globe entier une ceinture fermée; alors plus de Gidf-Stream atlantique, plus de mer de fucus, plus de courants d'eau chaude sur les côtes de l'Amérique du Noi'd et de l'Europe, refroidissement de ces côtes, etc. Enfin, l'épanouissement du Gulf-Stream à l'est, en forme d'éventail, de même qu'il alimente d'eau chaude les régions septentrionales, se mêle, dans la direction du sud, aux eaux descendues du nord, pour former avec elles ce courant que nous avons vu descendre le long des côtes 0. de France, d'Espagne et d'Afrique.
Tel est donc le système général des courants pélagiques. Il est bon toutefois de faire remarquer que plus d'un détail échappe à cette description sommaire. Tel est, notamment, ce courant dont nous n'avons encore rien dit, qui, dans le Pacifique, au nord de l'équateur, sur une longueur de 500 kilomètres, marche en sens inverse du grand courant, c'est-à-dire d'Occident en Orient, jusqu'aux côtes américaines. On a essayé de l'expliquer par l'hypothèse de quelque accident du sol sous-marin; mais, vu la profondeur de l'Océan dans ces régions, il est plus naturel de penser que, les doux zones des alizés qui entraînent les eaux marines étant séparées l'une de l'autre par une zone plus ou moins large dite des calmes, où l'impulsion des vents est relativement faible, il s'y produit des contre-courants.
Nous n'entrerons pas dans l'exposé des influences accessoires que les causes indiquées plus haut, la rotation de la terre, les vents, les dispositions particulières des côtes, peuvent exercer sur la direction des courants dans certaines parties de leur trajet, suivant diverses circonstances de milieu, parce que ce qui précède suffit à l'objet limité de cet article. Pourtant, il est un des côtés de cette question spéciale qu'il faut au moins indiquer ici : c'est celui qui concerne les remous.
Lorsque les grands courants rencontrent le long des côtes de vastes anfractuosités, ils s'y engagent, en suivent les contours pour en sortir jdus loin, en formant ainsi des anses. Le remous du gollé de Gascogne dérive de la branche supérieure du Gulf-Siream qui, après avoir frappé la côte d'Espagne, trouvan un grand espace Hbre, s'y précipite, remonte obliquement vers les îles Britanniques en coupant en travers l'entrée de la Manche et finit par rejoindre les eaux supérieures du Gulf-Stream. On pourrait citer beaucoup d'autres exemples de ces courants dérivés qui ne font défaut, pour ainsi dire, dans aucune partie du globe, mais, précisément à cause de leur multiplicité, il est impossible de les passer ici en revue. Leur histoire, quand il vaut la peine de la mentionner, doit se relier à celle des contrées auxquelles ils appartiennent.
D'autres courants réguliers, limités comme les précédents, sont les courants résultant des différences de niveau qui tendent à s'établir entre une mer intérieure et la grande mer, par suite de variations survenues dans la hauteur des eaux du bassin. On en connaît un assez grand nombre. Les principaux sont ceux de la Méditerranée, de la mer Rouge et du golfe Persique.
Le courant méditerranéen, par le détroit de Gibraltar, va de l'Océan à la mer intérieure. Celle-ci ne recevant pas, par les pluies ou par ses affluents, autant d'eau qu'elle eu perd par évaporation, un foyer d'appel s'établit à sa surface ; la compensation s'établit aux dépens de l'Atlantique. 11 est évident que la salure de la Méditerranée, sans cesse augmentée par l 'évaporation, finirait par devenir excessive et par amener même un dépôt croissant de sel dans le bassin, si un contre-courant sous-marin ne renvoyait pas une partie des eaux de la Méditerranée dans l'Océan. Ces eaux tendant à gagner le Ibnd du bassin à mesure qu'elles
COURAINTS MARINS. 37
deviennent plus salées, conséquemnient plus denses, le courant profond doit avoir une s;dure plus forte que celle du courant de surface, et c'est en effet ce qu'on a constaté. De l'eau recueillie par Wollaston, à 80 kilomètres du détroit et à une profondeur de 1228 mètres, contenait quatre fois plus de sel que l'eau de l'Atlantique.
Des phénomènes analogues se passent dans la mer Rouge, dont les affluents sont nuls, et dans le golfe Persique, malgré les ressources qu'il tire de l'Euphrate. Mais ici intervient une autre cause de mouvement qui vient modifier l'effet des différences de niveau et qui, agissant à des intervalles réguliers, donne lieu aux courants qui ont reçu le nom de périodiques. On dit ordinairement que les courants périodiques de la mer Rouge vont de l'Océan au canal de Suez du mois d'octobre au mois de mai, et du canal à l'Océan du mois de mai au mois d'octobre, et que, dans le goUc Persi(iue, cette marche est renversée. Il ne faudrait pas prendre cette assertion trop à la lettre. Le centre d'aspiration qui attire les eaux de la mer Indienne dans ces deux golfes et y détermine conséquemnient un courant de surface est permanent : le courant du sud au nord l'est donc également. Seulement, par l'effet de certains vents périodiques, et qui seront étudiés en leur lieu {voy. Vekts), le courant constant est plus ou moins favorisé ou contrarié. La mousson d'hiver qui vient du nordest tend à refouler les eaux de la mer dans le golfe d'Aden (ouvert précisément à l'est) et dans la mer Rouge ; et au contraire, pendant l'été, les vents étésiens venus du nord sous l'influence du foyer d'appel du Sahara tendent à refouler les eaux de l'isthme à l'Océan. Dans le golfe Persique, la mousson du sud-est, qui, après avoir franchi l'équateur, devient un vent de sud et même de sudouest, pousse les eaux vers la passe d'Ormuz et le fond du golfe. Quant à l'action inverse qu'on pourrait attribuer ù la mousson d'hiver, elle serait peu directe et peu prononcée.
La mousson sud-ouest produit des mouvements violents dans la mer de Chine et dans le golfe du Bengale, où elle amène les débordements du Gange et rend la navigation dangereuse, principalement sur la côte de Coromandel.
Il est vraisemblable que tous les courants de surface des mers intérieures déterminent, comme dans la Méditerranée, des contre-courants d'eau fortement salée.
D'autres vents intermittents moins importants que les moussons donnent aussi lieu à la formation de courants particuliers. Nous avons nommé les étésiens. 11 en est d'autres qui, de l'Afrique, sous les noms de simoun, de chamsin, de harmattan, se déchaînent plusieurs fois par an pour remuer l'Atlantique et le bassin de la Méditerranée. Les effets de ces grands mouvements atmosphériques varient suivant la configuration des régions; nous ne pouvons nous y arrêter ici (voy. Vents).
Quant aux courants produits par le flux et le reflux des marées, ils sont, on le comprend, très-nombreux. Les plus remarquables sont ceux du nord de l'Ecosse, qui traversent les Orcades et les îles Shetland {voy. Mer).
Enfin, les courants temporaires et tout à fait accidentels ne rentrent pas dans le cadre de cet article. Liés à mille accidents cosmiques, ils sont variables comme leurs causes multiples et ne rentrent pas, à proprement parler, dans le domaine des sciences médicliles. Les perturbations atmosphériques ou autres phénomènes dont ils dépendent, en tant qu'intéressant le météorologie, sont indiqués dans des articles spéciaux {voy. Atmosphère, Climats, Mer, Orage, etc.).
A. Dechambre.
COL'RBARIL (Htjmenœa, L., Gén., n. 512). Genre de plantes, du groupe des Légumiiieuses-Caesalpiniées, série des Amherstiées, dont les fleurs, ordinairement épaisses, coriaces, ont un réceptacle obconique, doublé d'un disque épais, et dont les bords portent un calice tétramère, étroitement imbriqué dans la préfloraison, et une corolle de cinq pétales à peu près égaux, imbriqués. Leur androcée est formé de dix étamines périgjnes, disposées sur deux verticilles, dont cinq superposées aux pétales, et cinq, plus longues, alternes. Leur gj'uécée est excentrique, inséré sur la paroi du réceptacle floral et adhèrent à cette paroi jusqu'à une bauteur variable. Son pied supporte un ovaire uniloculaire, que surmonte un style à extrémité stigmatifère renflée en une petite tête et d'abord replié sur lui-même. Le placenta pariétal, superposé au pétale vexillaire, porte des ovules anatropes et descendants, en nombre variable, parfois peu considérable. Le fruit est souvent grand, obliquement obové ou oblong, cylindrique ou latéralement aplati, coriace, épais, presque ligneux, indéhiscent. Ses graines, en nombre variable, renferment sous des téguments épais et durs un embryon charnu, ordinairement sans albumen. Une sorte de pulpe, finalement sèche et farineuse, enveloppe étroitement ces semences. Nous avons pu étudier l'origine de cette pulpe {Bitll. de ia Soc. Linn. de Paris, 66), et nous avons constaté qu'à la maturité elle adhère moins au péricarpe qu'aux graines. Elle se sépare, en effet, iacilement, avons-nous dit, du premier, dont la surface interne est alors finement rugueuse, à peu près comme la peau humaine, dans le phénomène vulgaireniLut nommé chair de poule. Chaque graine, au contraire, demeure enlourée d'une couche épaisse de cette matière, et il faut gratter assez fort pour en débarrasser totalement son tégument. Une autre circonstance qui porte encore, au premier aspect, à présumer qu'il s'agit là d'une production séminale, c'est que la pulpe est (principalement dans certaines espèces de l'Amérique australe) comme séparée en segments par des plans transversaux en même nombre (moins un) que les graines, et situés dans l'intervalle de deux semences, à peu près à égale distance de l'une et de l'autre. En d'autres termes, le contenu de la cavité du péricarpe représentant une sorte de cylindre, un peu atténué en cône aux deux bouts, l'ensemble se trouve partagé en autant de cylindres courts, superposés, formés de pulpe, et le centre de chacun d'eux est occupé par une graine formant noyau. Quant à la substance de la pulpe, elle est sèche, farineuse, elle se broie facilement en une sorte de poussière, et c'est en cet état qu'elle sert, parait-il, d'aliment, au Brésil, aux Antilles, etc.
Observée à un faible grossissement, cette poussière se montre formée de petites parcelles linéaires, blanches, d'aspect féculent, et de petites masses brunâtres, d'aspect résinoïde. Pour observer l'origine de cette substance, j'ai dû étudier l'évolution de jeune fruit de VHymenœa, et je l'ai fait sur de nombreux échantillons envoyés de la Martinique dans l'alcool par M. Ilahn. J'y ai vu les ovules, très-petits par rapport à la masse de l'ovaire, de forme obovoïde, un peu aplatis et très-exactement incrustés dans des logettes du péricarpe, d'ailleurs très-épais, qu'ils remplissent tout entières, et dont ils touchent de toutes parts la paroi. 11 n'y a donc point là de place pour un arille qui se formerait à la surface de la graine. Notons toutefois que le funicule de celle-ci va s'épaississant en l'orme de massue à mesure qu'il se rapproche davantage du bile, et que sa consistance est alors assez charnue ; mais cette évolution du funicule s'arrête d'assez bonne heure, et il ne prend jamais de très-fortes dimensions. Une cavité spéciale creusée dans l'épaisseur du péricarpe sert aussi à l'enchâsser.
Si l'on étudie alors le péricarpe lui-même sur des coupes transversales, on •voit son tissu se partager bientôt en trois couches de consistance et de colorations distinctes. La plus extérieure et la plu. intérieure sont bientôt plus blanches, plus opaques que la moyenne. L'intérieure est d'ailleurs très-adhérente à cette dernière, et elle demeure longtemps peu épaisse. Au début, sa surface interne est lisse, mais elle devient vite très-légèrement rugueuse. Si l'on cherche la cause de ce changement d'état, on voit que les cellules de la couche interne, formant d'abord par leur extrémité libre une surface continue et plane, prennent alors un développement individuel tel ([ue leur sommet interne forme un petit dôme saillant, fort peu prononcé d'ailleurs. Ceci rappelle le premier état de ces petites proéminences celluleuses dont nous avons constaté la formation, tant sur le tégument séminal que sur Tépiderme de l'endocarpe, dans l'Epurge (voy. Et. yen. du gr. des Euphorhiacées, Atlas, p. 5, t. II, fig. 1, 2). Dans le Courbaril, ces petites saillies touchent par leur sommet la surface des jeunes graines là où celles-ci existent. Mais, dans leurs intervalles, celles d'une des surfaces de l'endocarpe arrivent au contact de celles de l'autre surface. La ligne de jonction est visible à un faible grossissement ; elle n'est pas recLiligne, mais très-fincmcnt crénelée. Puis, à mesure que le Iruit marche vers sa maturité, toutes ces cellules, sans cesser de demeurer en contact les unes avec les autres par leurs sommets, s'allongent, deviennent tiibuleuscs, comme autant de poils courts et pressés, se touchant entre eux par toute leur surface, et des produits spéciaux s'élaborent dans l'intérieur de leur cavité, lis ont été décrits par ceux qui se sont occupés des qualités de la pulpe comestible et renferment, comme on l'a dit, des substances amylacée, sucrée et résineusearomatique. Mais, ainsi que l'on voit par ce qui précède, le tissu qui renferme ces substances dépend, non pas de la graine, comme ou a pu le croire d'après l'examen des parties adultes, mais bien de la couche profonde du péricarpe. Telle est l'origine de cette pulpe, dite de Faroha (du nom même de la gousse des Courbarils), qui a, dit-on, la saveur du pain d'épice, qui est sucrée, aromatique, et que les enfants mangent aux Antilles; c'est aussi pour les singes un aliment dont ils sont très-friands.
Il y a des Courbarils dont on a fait des genres distincts. Ainsi les Ihjmenœa venosa et verrncosa, l'un américain et l'autre africain, sont devenus les types des genres Peltogyne et Trachylobium. Le premier a été établi par Vogel, et le dernier par Hayne. Pour nous ce ne sont que des sections ou sous-genres du genre Courbaril. Dans les Peltogyne, l'extrémité stigmatifère du «tyle est plus dilatée que dans les Hymenœa proprement dits, et le fruit, linaleraent bivalve, comprimé, a sa suture dorsale fréquemment, mais non constamment, prolongée en une aile étroite. Dans les Trachylobium, la fleur a les deux pétales antérieurs rudimentaires, et l'ovaire porté par un^pied dont l'extrémité supérieure se dilate en une petite collerette frangée. Le fruit est indéhiscent, souvent monosperme, plus petit, par suite, que celui des vrais Hymenœa, et sa surface, à aspect résineux, est chargée de verrucosités inégales. Le genre Courbaril, ainsi délimité, est formé d'une douzaine d'espèces, dont trois appartiennent à la section Peltogyne, et deux à la section Trachylobium. Ce sont des arbres mermes des pays tropicaux, dont les feuilles sont alternes, composées chacune de deux folioles irrégulières, à stipules caduques. Leurs fleurs sont réunies en grappes composées, ramifiées, accompagnées chacune d'une bractée et de deux bractéoles qui se détachent souvent de bonne heure, et qui sont quelquefois connées et persis-
tantes (dans les Peltogyne). Les inflorescences sont terminales ou à peu près, et souvent corymbiformes.
Les Courbarils sont surtout importants au point de vue des applications, par la production de la plupart des résines dites Gopal ou Animé. C'est Guibourt qui, dans notre pays, s'est le plus occupé de l'étude de cette question [Revue scientif., XVI (1847), 177 ; Tr. drog. simpL, éd. 4, III, 425). Parmi ces substances si employées pour la fabrication des vernis, il a distingué des Animé dures et molles. Les unes sont de l'ancien continent et découlent, en Afrique, sur la côté orientale et à Madagascar, de VHijmenœa verrucosa G^rta. [Tracliylobiinn verrucosiim Haïn.), Les autres sont américaines et proviennent, soit de VHymencea Cour bar il L. ou Copalin d'Amérique {Locust-tree des Anglais, Simiri des Galibis), soit des H. confertifolia Hay.\., CandoUeana 11. B. K., confertiflora Mart., slïlhocarpa 'ti.Kx^i . , Sellowiana IIaïx., latifoliaUw:^., Olfersiana Hayn., venosa Vahl, etc. Au Brésil, la résine des Courbarils s'appelle Jatoba, Jatahy, JatcJiy. En Colombie, celle de YH. Courbaril porte le nom de Copal d'AIgarrobo. C'est un médicament assez recherché contre les affections du poumon, la toux, les hémoptysies. Aux Antilles, on vante l'écorce interne des branches comme vermifuge; elle s'emploie en décoction, d'après Macfadyen {FI. Jamaic, l, 549). Les abondants dépôts de Copal qui sont actuellement exploités dans l'Afrique tropicale occidentale proviennent peut-être de Courbarils aujourd'hui détruits; on les a également attribués à des Cynometra . Peut-être sont-ce des amas de résines fossiles, comparables jusqu'à un certain point à l'ambre jaune.
Aux Antilles, à la Guyane et au Brésil, le bois de YHymenœa Coin-baril sert à de nombreux usages ; il est très-dur. Son écorce est purgative, carminative. Les feuilles servent à tuer les vers de l'homme; on les employait jadis en cataplasmes appliqués sur le ventre. Le fruit vert est extrêmement astringent; on juge à la manière dont il noircit le fer de la grande quantité de tannin qu'il renferme. Mùr, on le fait bouillir concassé, puis on le laisse fermenter, et l'on obtient ainsi un liquide alcoolique enivrant, qui rappelle la bière et dont l'odeiu' est aussi un peu celle du paind'épice, d'après le P. Labat {Noiiv. Relation, V, 35).
Le Jelaiba du Brésil, dont parlent Marcgraff et Pison, est VHymencea Mar~ tina Haïn. ; il donne une résine qui se nomme dans le pays Jetalcica etjetachy, et que les Allemands ont appelée le Copal des Indes occidentales. On l'employait beaucoup dans le pays en fumigation contre la faiblesse des membres ; elle servait aussi de remède contre la toux, la phthisie, les hémoptysies, la dyspnée, les plaies, les affections de la tète, et beaucoup d'autres. On en fait aussi des torches et des vernis. L'Animé d'orient ou A. du Mexique provient de 1'//. stilbocarpa Hayn. ; il est peu usité. Introduite dans l'ancien monde, ainsi que YH. Courbaril, cette espèce n'y donne, dit-on, aucune résine. A Mauiice et à Bourbon, on cultive VH. verrucosa; il y produit une résine dite Gomme transparente qu'on suppose être l'Animé d'orient, et l'on croit que les anciens connaissaient celte substance, qu'ils employaient en médecine et qu'ils tiraient, dit-on, de l'intérieur de l'Afrique et de Madagascar. H. Bn.
L., Gen., n. 512. — Ptcif., Gen., t. 56. — ADAN-s.,Fa??!. des pi., II, 517. — Iiss., Gen., 551. — Gjîrtx., De fnict. et sern., II, 505, t. 159, 145. — Laui;, Dict., II, 147; IlL, t. 350. — PoiR., Suppl., II, 574. — DC, Piodr., II, 511 . — Hayn., Anii. Gew., t. 6-19. — Spach, Suites ùBuffon, I, 122. — Endl., Gen., ii. 6788. — Bexth. et IIook., Gen. pi., I, 585, n. 554. — Mér. et Del., Dicl. Mat.méd., III, 565. — Gdib., Drog. simpl., éd. 6, III, 556, 456. — Ro- SEXTH., Synops. plant. diaphor.,lQi'2. — H. Bâillon, Hist. des plantes, II, 115, 163, 185. n. 42,
COURBATURE. Le mot courbature répond au y.ÔTroç des médecins de l'antiquité. C'est la fatigue, la lassitude. On en distinguait de deux espèces : celle qui est produite par un exercice exagéré et celle qui est la conséquence d'un état morbide. La première peut constituer une maladie en s'accompagnant de symptômes fébriles, de céphalalgie, de perte d'appétit, etc. C'est ce qu'on voit souvent après de longues marches, après des exercices de gymnastique exagérés. La seconde espèce {voy. Fièvre, Lumbago) peut être un des prodromes d'une affection aiguë quelconque, ou l'un des signes divers d'une afiection déterminée, comme lorsqu'il s'agit d'une fièvre éphémère. D.
COUBCELLES (Etienne-François-Marie Chardon de). Médecin de la marine de Brest, inventeur d'un élixir qui porte son nom. Il naquit à Aniagne (Ardennes) le 7 décembre 1735, fut reçu bachelier à la Faculté de Paris en 1771, et mourut à Brest en 1780. 11 a laissé :
I. Manuel de la saignée. Paris, 174G, in-12. Brest, 1763, in-i2. — II. Abrégé d'anatomie. Brest, 1751, in-12. Paris, 1755, in-12. — lU. Manuel des opérations de chirurgie, pour l'instruction des élèves-chirurgiens delamarine de l'école de Brest. Brest, 1756, in-8°.
IV. Elixir américain ou le salut des dames par rapport à leurs maladies particulières.
Châlons, 1771, in-8° (5° édit.). — V. Manuel des dames de Charité, 174... — VI. Mémoire sur le régime végétal des gens de mer (ouvrage publié par le chevalier de la CouonAïE). Nantes, 1780, in-8». A. C.
COUBEUB!*!» (Cursores). Zoologie. Les Autruches et autres genres tels que les Nandous ou Autruches d'Amérique, les Casoarset les Emeus, souvent réunis aux Échassiers à cause de la longueur de leurs tarses et nommés Échassiers brévipennes parce que leurs ailes sont rudimcnlaires, ont été séparés des Oiseaux de cet ordre par de Blainville, qui a proposé d'en faire un ordre à part sous la dénomination de Coureurs. En effet, ils sont agiles à la course; et au lieu de rechercher les lieux inondés, comme le font la plupart des Échassiers proprement dits, ils se tiennent dans les endroits secs, loin des eaux ; en outre leur structure, de même que leurs habitudes, sont sensiblement dilférenles de celles de ces oiseaux.
Ils acquièrent des dimensions considérables, et sont les plus grands de tous les animaux de leur classe. Leur sternum manque de bréchet, ce qui les avait fait appeler Ratitœ par Merrem ; leur estomac est membraneux, et ils sont pourvus d'une longue paire de cœcums garnis intérieurement d'une valvule spirale. Leur squelette présente plusieurs particularités remarquables, surtout dans la conformation du bassin. L'Autruche a les pubis réunis par une symphyse, mais c'est le seul Oiseau qui soit dans ce cas.
Il existe une quinzaine d'espèces appartenant à l'ordre des Coureurs, et l'Autruche d'Afrique [Struthio camelus) est la plus grande d'entre elles. Indépendamment de la disposition de ses plumes, elle se distingue par ses pieds didactyles, ce qu'on ne voit chez aucune autre espèce de la même classe. Ni l'Europe ni l'Asie ne nourrissent d'animaux de ce genre.
L'Amérique méridionale possède trois espèces de Coureurs congénères entre elles : ce sont des Nandous appelés Rliea amencana,macrorhyncha et Darivini. Il est convenable de les séparer génériquement de l'Autruche d'Afrique.
Les autres Coureurs vivent dans la 3Ialaisie ou l'Australie. On les divise en deux genres sous les noms de Casuarius et DDvmaius.
Au premier de ces genres appartiennent les espèces dites C- galeatus (de Céram), C bicarunculatus (de la Nouvelle-Guinée), C. uniappendiculalus
(du même archipel), C. Kaupi (même archipel), C BeiiJietti (de la Nouvelle- Bretagne) et C. Auslralis (du nord de l'Australie ou Nouvelle-Hollande).
Les Dromées sont exclusivement australiens ; ce sont les D. JSovœ-Hollandiœ (des régions situées à l'est de ce continent), D. Irroratus (du sud et de l'ouest) et C. ater (de l'île Decrès). Cette dernière espèce, observée par Péron et Lesueur à la fin du siècle dernier, paraît anéantie aujourd'hui.
M. Sclater a donné de bonnes figures de plusieurs de ces Oiseaux dans le quatrième volume des Transactions de la Société zoologique de Londres, d'après des exemplaires qui ont vécu au jardin zoologique de cette ville.
On espère que les Autruches, les Nandous, les Casoars et les Emeus, pourront être domestiqués et qu'ils deviendront pour ainsi dire des oiseaux de boucherie. Des éducations de plusieurs d'entre eux, plus particulièrement des Dromées ou Casoars d'Australie, ont déjà réussi à Paris et à Londres. On a obtenu des éclosions d'Autruches à Alger, et il n'est pas rare que des oiseaux de ce genre pondent dans le midi de l'Europe. Une paire d'Autruches qu'un propriétaire de Metz (Hérault), feu M. Granal, de Mèze, avait acquise, après la prise d'Alger, une paire d'autruches a pondu chez lui pendant plusieurs années des œufs féconds, mais sans qu'il ait été possible d'en obtenir l'incubation.
C'est probablement à tort que l'on a rapporté à l'ordre des Coureurs le genre des Aptéryx, propre à la Nouvelle-Zélande, qui comprend plusieurs espèces. Toutes sont de taille inférieure aux Casoars ou aux autres Oiseaux du même ordre, et présentent quelques caractères qui leur sont propres. Les espèces du genre Aptéryx ont été appelées A. aiistralis, Mantellii, Oivenii et maxima. Nous avons constaté que la coquille des œufs de ces Oiseaux ne présentait pas la même structure que celle des œufs des Autruches, des Nandous et des Emeus, ce qui vient à l'appui de l'opinion émise par quelques auteurs qu'ils doivent eu être séparés comme ordre. Au contraire, on retrouve les principaux caractères microscopiques propres aux œufs des Coureurs actuellement existants, tels que les Autruches, les Nandous, les Casoars et les Dromées, dans les œufs de VjEpyornis (Is. Geoff.), oiseau beaucoup plus grand que l'Autruche ellemême, et beaucoup plus robuste, qui est fossile à Madagascar, et dans ceux des Dinornis, autres Oiseaux du même ordre, dont on rencontre des ossements en très-grand nombre dans les dépôts récents de la Nouvelle-Zélande. Les Dinornis constituaient plusieurs espèces, et probablement plusieurs genres. Une de leurs espèces dépassait notablement l'Autruche d'Afrique en hauteur; d'autres étaient, au contraire, moins grandes, mais toujours plus robustes et à tarses notablement plus larges. M. R. Owen, qui a fait une étude particulière des Dinornis et écrit au sujet de leur ostéologie plusieurs mémoires accompagnés de très-belles planches, a décrit avec beaucoup de soin les caractères de ces gigantesques oiseaux.
Les Dinornis n'ont disparu du nombre des êtres vivants que depuis un temps peu considérable, depuis quelques siècles seulement ; les massacres qui en ont été faits par les indigènes de la Nouvelle-Zélande avant l'arrivée des Européens dans cet archipel paraissent avoir été la principale cause de leur destruction.
On trouve avec les amas considérables de leurs ossements enfouis dans les couches les plus récentes, dans certaines localités, des anneaux de la trachéeartère des Dinornis, ainsi qu'un certain riombre de plumes de ces oiseaux encore très-peu altérées.
Certains ossements ont été évidemment brûlés pendant la cuisson à laquelle
le corps des Dinornis employés comme nourriUire était soumis, et l'on trouve à côté de ces os, la plupart gigantesques, des fragments de charbon, ainsi que des pierres taillées, les unes en grès, les autres en obsidienne, qui paraissent avoir servi à les dépecer.
Des ossements de chiens domestiques sont également mêlés à ceux des Dinornis.
On trouve aussi à la Nouvelle-Zélande des restes de grands Oiseaux appartenant à des espèces aujourd'hui détruites, qui étaient différentes de ces grands Coureurs par leurs caractères anatomiques, et, lorsque les Européens ont découvert cet archipel, les naturels avaient encore le souvenir de gio^antesques Oiseaux dont leur pays avait été précédemment peuplé ; ils désignaient plus particulièrement les os des Dinornis par le nom de il/oa.
L'ordre des Coureurs existait déjà aux premiers temps de la période tertiaire, et c'est à lui qu'il faut rapporter le genre Gastornis, d'abord connu par (pielques parties osseuses provenant du Bas-Meudon, près Paris, dans le gisement dit des Moulineaux, qui appartient aux dépôts orthrocènes. On en doit la découverte à M. Gaston Planté. M. le docteur Lemoine a retrouvé ce grand Oiseau, ou un autre peu différent, dans le conglomérat de Cernay, près Re;ms, ainsi que dans les calcaires de Rilly, et il a bien voulu nous en montrer quelques pièces irès-caractéristiques, qui ne laissent aucun doute sur la classe de l'animal dont elles proviennent. Il a aussi vécu des espèces du même ordre pendant l'époque miocène ; l'une d'elles, n'ayant que deux doigts comme l'Autruche d'Afrique, existait alors dans l'Inde ; il en a été recueilli des ossements par Falconer et Cautley dans les dépôts sivaliens qui dépendent de la chaîne des Himalaya ; elle a été appelée Struthio asiaticus ; M. Claussen a signalé des Nandous fossiles dans l'Amérique méridionale ; enfin, M. Cope vient, en outre, de décrire, sous le nom de Diatrema gigantea, le tarse d'une autre espèce d'oiseaux de grande taille, qui lui a été envoyé du Nouveau-Mexique. P. Gerv.
COUREI'RS». couRiiiE (IIygiène). Parmi les exercices que les Grecs et les Romains tenaient le plus en honneur, la course comptait au premier rang avec la lutte et le pugilat. C'est par elle que l'on ouvrait les jeux olympiques, et ceux qui y prenaient part étaient chantés par les poètes. Homère et Pindare ne tarissent pas d'éloges sur les coureurs, et l'épithète de « aux pieds légers » que le premier donne au plus redoutable des Grecs montre quel prix on attachait h. celte qualité.
C'est que non-seulement la course était regardée comme un exercice des plus favorables au développement des forces corporelles, mais encore, ainsi que le dit Végèce : « elle leur apprenai.t à se jeter avec plus d'impétuosité sur l'ennemi, à s'emparer avec plus de vitesse des postes avantageux, en prévenant leurs adversaires, afin de pouvoir envelopper plus facilement les fuyards » {de Re mililari). Sans insister sur les avantages que l'art militaire a su tirer de la course, rappelons ici combien de positions importantes nos soldats ont pu remporter au pas de charge. Combien de fois aussi les marches rapides n'ont-elles pas foui'ni aux armées l'occasion de vaincre ! Le maréchal de Saxe disait : « La guerre sera un jour toute dans les jambes. »
Au point de vue de l'hygiène, nous devons considérer la course comme exercice professionnel et comme moyen d'éducation physique.
La profession de coureur, il est vrai, n'est plus dans nos mœurs, si nous eu-
tendons par là ceux qui, destine's à porter les nouvelles, faisaient l'office de courriers. Ces courriers à pied s'appelaient chez les Grecs : hemerodromi (courriers d'un jour), et chez les Romains : diarii cursores. Ils s'exerçaient à la course dans le cirque; et Cornélius Nepos nous les montre faisant 80, 120 et jusqu'à 160 kilomètres par jour, pour gagner le prix. Nous ne pourrions en retrouver, de nos jours, qu'une image bien affaiblie dans le modeste facteur rural de nos campagnes.
Il est évident que dans les contrées dont la civilisation est primitive, oii les voies de transport font défaut, on doit encore se servir de courriers à pied. Il y en a, en effet, chez la plupart des peuples de l'Afrique et de l'Asie. Nous devons signaler, entre autres, les courriers arabes et les courriers indiens; et, pour fournir un exemple pouvant servir plus tard de terme de comparaison dans l'étude que nous avons à faire des effets de la course sur l'organisme, il nous paraît utile de faire connaître les résultats obtenus par ces coureurs, de dire un mot de leurs habitudes, ainsi que de leurs qualités physiques.
Voici d'abord les coureurs arabes. « Dans les tribus nomades qui vivent au sein de l'Algérie, il existe des individus qui font le métier de coureur, et qui, moyennant salaire, se chargent des dépèches verbales ou écrites ; ce sont les rekas, dont la profession était, avant Ja conquête française, en usage jusqu'aux rives de la Méditerranée. Le rekas, lorsqu'il est en mission, va toujours au pas gymnastique, et pour avoir Ja poitrine bien développée, il se tient les mains accrochées aux extrémités d'un bâton horizontalement passé derrière son cou ; il n'a d'autres provisions que quelques poignées de dattes fourrées dans sa besace, ni d'autres vêtements qu'un léger caleçon en cotonnade. Il a bien aussi une paire de brodequins, mais il ne les chausse qu'aux heures où le sable, chauffé par le soleil, endolorit même les pieds des chevaux.
« L'Arabe coureur perd, en route, le moins de temps possible. Quand il a besoin de reprendre h;ileine, il s'arrête, compte soixante aspirations et repart ; il ne dort guère que deux ou trois heures en vingt-quatre. Pour ne pas céder trop longtemps au sommeil, le ?'eAas, lorsqu'il se couche, s'attache aux pieds un morceau de corde d'une certaine longueur, auquel il met le feu ; ledit bout de corde brùJe lentement, et, lorsqu'il est sur le point d'être consumé, le feu avertit le dormeur qu'il faut repartir. Singulier reveil-matin que celui-là !
« Le métier de coureur, on le voit, exige des aptitudes toujours spéciales, et si à ces qualités physiques vous ajoutez celle que possède tout homme du désert : la faculté de distinguer à l'œil nu un homme d'une femme à trois lieues, vous aurez dans le rekas un être vraiment phénoménal » {Union médicale, 1859, t. 111).
Dans l'Inde, le coureur de poste s'appelle tapai; il porte sur sa tête le paquet « hanghi » contenant les lettres et les objets qu'on lui a confiés, et dont le poids dépasse souvent 15 kilogrammes. Son allure est le pas gymnastique; il fait 10 milles (16 kilomètres) sans s'arrêter, puis se repose une demi-heure, trois quarts d'heure, et reprend ensuite sa course. Son vêtement consiste en une pièce de toile pliée autour des reins, et son turban, à moitié déroulé, tombe sur les épaules pour le garantir du soleil. Les tapais courent armés d'un bâton garni d'anneaux métalliques qu'ils agitent sans cesse, afin d'écarter les serpents de leur passage. Leurs habitudes sont très-frugales ; le riz au kari est leur principale nourriture. Maigres et effianqués, leur poitrine est généralement très-développée.
Il est une classe de coureurs dont la fonction consiste à précéder à la course
ks cliars ou les chevaux de lîurs maîtres. Cette coutume, très-rcpaudue dans l'antiquité, se retrouve encore aujourd'hui chez un grand nombre de peuples de l'Orient.
Suivant Suétone, les princes, les empereurs et la noblesse de Rome avaient leurs coureurs qu'ils appelaient : pueros à pedibus. Dans le moyen âge, on donnait le nom de coureurs à des gens qu'on envoyait devant soi pour reconnaître si les chemins étaient praticables et sûrs. Au commencement du dix-septième siècle, la mode vint d'Italie en France d'avoir des coureurs ou valets de pied chargés le plus souvent de porter les messages de leurs maîtres. A cette époque, il n'y avait pas de fête publique sans qu'on instituât une course à pied, à laquelle prenaient part un grand nombre de ces coureurs; et ceux qui appartenaient à de grandes maisons se déliaient souvent dans dos joutes qui donnaient heu à des paris considérables. Peu à peu les coureurs disparurent et cédèrent la place aux valets de pied désignés aujourd'hui sous le nom de chasseurs.
Mais, si le coureur ne se rencontre plus en Europe, il brille de tout son éclat dans certaines contrées de l'Orient. 11 s'appelle sais en Egypte et en Turquie, C0Mrfre-/t'ara dans l'Inde, èeto au Japon. Ces coureurs sont des palefreniers taisant partie de la maison du maître, et plus spécialement chargés de soigner les chevaux qu'ils accompagnent dans leur course.
En Egypte, \esaïs, presque toujours de race nubienne, court devant la voiture, en tenant à la main un long bâton, et, par ses cris incessants, prévient les passants qu'ils aient à prendre garde. Il porte pour tout vêtement la robe du fellah serrée autour de la ceinture ; il a les jambes nues et les pieds chaussés de sandales.
Le sais nubien est en général de haute taille ; il a la poitrine largement développée, mais les membres inférieurs sont grêles et longs. Il fournit de très-longues courses; mais généralement, une fois hors de l'enceinte des villes, il monte sur le siège, à côté du cocher.
Dans l'Inde, le coudré-kara (homme de cheval) trotte en tète des chevaux attelés ; il lient à la main une queue de cheval montée sur un manche, de laquelle il se sert pour chasser les mouches. De temps en temps il saisit, afin de s'aider dans sa course, une petite poignée adaptée au harnais. 11 suit ainsi, sans trop de difficulté, le trot du cheval ; mais, si la course devient plus rapide, alors il saute sur le marche-pied, et ne reprend sa place en tête ou à côté de l'animal que lorsque l'allure de ce dernier se modère. Quand son maître monte achevai, le coudré-kara le suit à la course, et si l'allure devient trop rapide, il n'hésite pas à se suspendre à la queue de l'animal. Ces coureurs indiens sont en général petits et grêles ; ils appartiennent à la caste des parias. Leur costume se compose d'un pantalon court en étoffe légère et de la redingote blanche des Indous serrée à la ceinture par une écharpe.
D'autres coureurs sont les porteurs de palanquins ou boue ; ce qu'il laut remarquer ici, c'est le poids considérable qu'ils supportent ; le poids du palanquin, en elfet, est assez fort pour que, quel que soit celui de l'homme qui s'y trouve, cela soit indifférent aux porteurs. Ils sont en général au nombre de six : trois pour la branche de devant et trois pour la branche de derrière. Us marchent à contre-pied, ce qui fait que, quand l'épaule de l'un quitte le brancard, l'épaule du suivant lui offre immédiatement un nouveau point d'appui. Cette manière de faire évite les secousses qui rendraient la charge du palanquin insoutenable, et le résultat n'est qu'une trépidation insensible. Pour régler la cadence de leur
mouvements, ils ont un chant, sorte d'exclamation poussée alternativement par les uns et les autres. Leur course est toujours rapide, et, en voyage, ils font généralement 30 milles (48 kilomètres 270 mètres) en douze heures, pendant lesquelles ils se reposent à quatre ou cinq reprises différentes, un quart d'heure chaque fois. Le houé appartient à une race particulière : celle des telenquas; il est extrêmement robuste des bras, des épaules et du torse, mais la jambe est très-maigre et effilée. Sa nourriture est plus substantielle que celle des autres coureurs indiens, et les karis dont il fait usage beaucoup plus excitants (Cazalis, Renseignements communiqués) .
Au Japon, le hetto est, suivant l'expression du comte de Beauvoir, « un coureur fidèle et infatigable, aux membres nerveux et élégants. Possédant autant d'araour-propre que de nerfs, jamais aucun cheval ne l'a vaincu à la course ». 11 n'est pas rare, en effet, de voir les bettos lutter avec les cavaliers pendant un certain laps de temps, et presque jamais à leur désavantage.
Un de nos confrères de la marine, le docteur Maget, qui a publié des travaux très-distingués sur le Japon, a bien voulu nous fournir les renseignements les plus complets sur les coureurs japonais. Nous n'hésitons pas à les transcrire ici, à cause du véritable intérêt qu'ils présentent :
« Il n'est peut-être pas de contrée au monde où la profession de coureur ait pu prendre un aussi grand développement qu'au Japon ; partout où cela est possible l'homme y remplace la bête de somme. A cette particularité, deux causes principales selon nous : d'abord la mauvaise qualité et surtout l'extrême rareté des pâturages, ce qui rend difficile l'élevage de la bête de somme ; l'impossibilité ensuite de se servir du bœuf et même du cheval dans les montagnes escarpées si répandues dans tout le pays. D'une autre part, comme les régions alluvionnaires se composent presque toujours du même élément : de petites collines qui se succèdent sans relâche, il s'ensuit qu'ici encore l'avantage reste à l'homme ; il circule avec plus d'aisance que le cheval, et plus vite même, s'il y a de grandes distances à parcourir. Ajoutez à cela que les routes sont la plupart du temps suppléées par de simples sentiers qui restent détrempés pendant trois mois de l'année, et interrompus d'inégalités le reste du temps.
« Les coureurs, comme les gens de tous métiers, sont organisés en confrérie, de laquelle on ne saurait sortir : les enfants de coureur embrassent nécessairement le métier de leur père. On peut les subdiviser en trois groupes : lesbettos ou valets de cheval, les coureurs de la poste, et les nin-sogos dont les uns traînent le kourouma à deux roues ou djin rik itcha (qui veut dire : voiture à force d'homme), et dont les autres portent la chaise ^angro. Tous présentent une belle complexion dans laquelle l'entraînement joue évidemment un certain rôle : le betto est svelte et bien découplé, le nin-sogo, plus massif et plus uniformément musclé. Tous aiment à se tatouer de dessins bleus et rouges dont quelques-uns font ressortir à merveille les saillies musculaires ; l'un d'eux, le plus beau et le plus répandu, représente un dragon : le Riou, entourant le haut du tronc dans ses spirales écailleuses.
« Comme le droit de monter à cheval appartient exclusivement aux gens de la caste noble, il s'ensuit que le métier de valet de cheval, qui donnait un certain accès près des gens d'importance, était très-estimé, recherché même par les gens du peuple. On aurait pu, naguère encore, retrouver quelques analogies lointaines entre le betto et le varlet du moyen âge. Taïko-Sama, le plus célèbre
COUr.EURS. Al
des empereurs temporels, avait dcbulû par les modestes fonctions de betto à la cour de son prédécesseur.
« Les autres catégories de coureurs se recrutent dans la classe la plus infime.
« Dans la course, les mouvements du betto sont gracieux et dégagés ; ses bras fléchis restent appuyés contre la poitrine, le haut du corps est tenu droit, la tête fléchie en arrière, la bouche fermée ; les membres inférieurs se détachent du sol avec une grande souplesse. Il se distingue par une petitesse et une délicatesse remarquables des mains et des pieds.
« Il faut dire que l'élégant costumequ'il porte est bien fait pour relever encore la perfection de ses mouvements : un uniforme d'un bleu clair, armorié chez celui qui fait partie d'une grande maison, composé d'un justaucorps aux larges manches flottantes, d'un pantalon collant sous lequel se dessine le jeu des muscles ; aux pieds, des tabis blancs chaussés de sandales de paille qu'on renouvelle à chaque étape.
« Le betto peut suivre un cheval de route dans toutes ses allures.
« Le nin-sogo, traîneur du kourouma, est parfois capable de faire avec son véhicule, dont le poids excède certainement 100 kilogrammes, plus de seize heures de course, d'une seule traite; pour les petits trajets, il peut donner 10 kilomètres à l'heure.
« Les nin-sogos, porteurs de Kango (chez lesquels se recrutent la plupart des traîneurs de kourouma), ont celle allure spéciale intermédiaire entre la marche et la course, qu'on retrouve chez leurs confrères du midi de la Chine. Ils peuvent la soutenir pendant longtemps, ayant soin de changer d'épaule toutes les dix minutes; entre chaque double pas, ils s'aident d'un long bâton. Avec le véhicule qu'ils portent à deux, lequel avec son contenu pèse plus de 120 kilogrammes, ils sont capables de faire jusqu'à 8 kilomètres à l'heure.
« Les coureurs de poste circulent à peu près nus ; ils peuvent franchir en une heure le relais de 12 à 13 kilomètres qu'on leur assigne. Tous, en courant, cadencent leurs mouvements par un appel guttural très-vif suivi d'une inspiration sifflante. A Kioto, la profession de porteur de kango est exercée en partie par des femmes qui se distinguent par une robuste musculature ; elles portent le vêtement d'homme.
« Les coureurs japonais usent de cette même alimentation uniforme qu'on rencontre dans tout le pays : du riz cuit à l'eau, du poisson salé, quelques légumes, du thé, peu ou pas de viande. Pendant les courtes haltes qu'ils font en chemin, ils prennent une petite tasse de thé chaud ou une coupe d'eaudc-vie de riz (saki), breuvages qui sont toujours à leur portée. »
Nous devons maintenant revenir sur les résultats auxquels l'exercice de la course, en tant qu'exercice gymnastique, permet d'arriver. Nous pouvons, sous . ce rapport, reconnaître une nouvelle classe de coureurs, véritables gymnastes qu'une éducation spéciale met à même d'accomplir parfois des courses prodigieuses. Ce sont de semblables coureurs qui perpétuent encore de nos jours les traditions antiques, en se livrant à des luttes remarquables par la vitesse et par la distance franchie.
Pline nous a transmis dans son Histoire naturelle (livre VII) le nom du coureur Pliilippide, qui fit en deux jours 1140 stades (soit 211 kilomètres) ; et ceux d'Anystis, coureur lacédémonien, et de Philouide, coureur d'Alexandre, qui firent chacun 1200 stades en un jour, soit 222 kilomètres, le stade olympique étant de 185 mètres.
A notre époque, de semblables tours de force ont été souvent renouvelés, sinon dépassés. C'est à peine si nous devons citer ici ces coureurs qui choisissent nos foires pour théâtre de leurs exploits. Mais il est une contrée où l'exercice de la course a été élevé à la hauteur d'un art; nous voulons parler de l'Angleterre, où tout ce qui touche au déploiement de la force musculaire est si hautement apprécié. C'est là que nous irons chercher nos exemples.
Le 13 juillet 1815, un nommé Aiken partit de Westminster, se rendit à Ashford, dans le comté de Kent, et revint à son point de départ en vingtquatre heures moins neuf minutes : il avait fait 173 kilomètres.
L'année dernière, le pedeslrian américain Weston a fait, en Angleterre, 115 milles en vingt-quatre heures, soit 185 kilomètres. Mais le fait le plus remarquable est celui du coureur Toronsed, cité par Royer-Collard dans son Organoplastie hygiénique, et qui fit 100 milles en douze heures, soit 161 kilomètres (in Gaz. médic, t. X, p. 789).
A côté de ces faits, nous devons placer ceux où le principal objectif de la course a été la vitesse. Sous ce rapport, la vitesse que l'homme est susceptible d'acquérir en marchant est rarement très-considérable ; et lorsqu'elle approche de son maximum elle ne saurait être que de courte durée.
Lagondie, dans son ouvrage : le Cheval anglais (Paris, 1860,) signale le cas d'un nommé Reed, qui parcourut un demi-mille (804"", 5) en une minute cinquante-huit secondes, ce qui fait une vitesse de 6"", 8 par seconde. Un autre pedeslrian est cité comme ayant parcouru la distance de 1 mille (1609 mètres) en quatre minutes trente-deux secondes, ce qui donne une vitesse de 6'", 12 par seconde.
A. Milne Edwards dit dans ses Leçons de physiologie, t. XI, p. 135, que la plus grande vitesse dont il ait connaissance est 9 mètres par seconde, soutenue pendant deux minutes. Un coureur nommé Warthing a parcouru 100 yards (plus de 91 mètres) en neuf secondes, et un nommé Stewant a parcouru 200 yards (182'", 8) en 19 secondes et demie; ce qui suppose une vitesse de plus de 10 mètres par seconde pour le premier, et de 9 mètres par seconde pour le dernier ; c'est la vitesse du cheval lancé au galop.
Mais à mesure que la durée de la course est plus grande, l'intérêt s'attache non plus au degré d'élévation de la vitesse, mais au temps plus ou moins long que cette dernière peut se soutenir à un degré relativement élevé. Perkins, cité par W. Pavy {Lancet, févr. 1876), accomplit une course de 8 milles en une heure, soit 12'''', 872, avec une vitesse soutenue de 3"", 58 par seconde. Suivant Lagondie, 10 milles ont été franchis eu cinquante-deux minutes cinquante-trois secondes par les coureurs Lcwett et Pi'ost, le premier battant le second de 2 yards (l'",82) ; ce qui fait une vitesse soutenue de o"S07 par seconde. De pareils tours de force sont bien faits pour exciter l'étonnement, mais ils sont d'une importance moindre, à nos yeux, que les cas où de très-longs trajets ont pu être parcourus en un espace de temps plus ou moins court.
Les résultats que nous allons faire connaître dans une nouvelle série de faits sont bien plus probants, quand on veut se rendre compte du degré de puissance locomotrice auquel un coureur peut parvenir. Tel coureur qui fournit pendant quelques secondes une course prodigieuse de vitesse ne pourra résister aux effets d'un exercice prolongé. C'est ce qui est arrivé à Perkins, qui, ayant accepté le défi de Weston pour la course des 115 milles en vingt-quatre heures, fut obligé de s'arrêter après avoir fait 65 milles, brisé et n'en pouvant plus.
Mais citons quelques cas :
En novembi-e 1775, un légiste nommé Powell fit le voyage de Londres à York (646 kilomètres) en six jours, et recommença le même voyage en 1788, à l'âge de cinquante-sept ans.
En avril 1809, le capitaine Barclay fit 1000 milles (1609 kilomètres) en mille lieures consécutives : un mille par heure. Ce tour de force fut dépassé en juillet 1811 par Thomas Sendon : 1100 milles (1770 kilomètres) en onze cents heures. Backer de Rochester fit, en novembre 1815, 1610 kilomètres en vingt jours.
Enfin, un certain Eaton renouvela, en décembre 1815, l'exploit de Thomas Sendon, et marcha, sans s'arrêter, pendant onze centsheures, faisant un mille par heure, soit 1770 kilomètres.
Arrivons maintenant au fait du marcheur Weston, qui, l'année dernière, accomplit dans l'espace d'un mois trois courses véritablement surprenantes, aussi bien par le degré de vitesse soutenue que par la longueur du trajet pAicoaru. Ainsi, dans une première course, effectuée du 8 au 9 février 1876, ce coureur fait 115 milles en vingt-quatre heures consécutives, c'est-à-dire 185''", 055, soit 7'''', 709 par heure; ce qui donne une vitesse soutenue de 2™, 14 par seconde pendant les vingt-quatre heures. Dans une seconde course, entreprise du 22 au 25 février, Weston fait 275 milles en soixante-quinze heures, soit 442'''',475, ce qui fait une moyenne de 5''", 899 par heure, avec une vitesse soutenue de 1"',658 par seconde. Les premiers 145 kilomètres et les 96 derniers sont accomplis sans que Weston prenne un instant de repos; la seconde nuit seulement, il dort de minuit ù trois heures et demie, et la troisième, de une heure à trois heures du matin ; en tout, cinq heures. Ces deux courses furent effectuées sans qu'il manifestât aucune fatigue ; après avoir pris une nuit de sommeil, il était aussi dispos qu'auparavant.
La troisième fois, Weston entreprend de faire 500 milles en six jours. Voici le relevé de la tâche accomplie chaque jour :