‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.22Chapitre 7 sur 52 · COURTILIÈRE · texte numérisé non relu

COURTILIÈRE

La CouRTiLiÈRE ORDINAIRE, seule espèce d'Europe, très-redoulée des jardiniers, est le Grijllus gryllotalpa de Linné, nommée vulgairement Grillon-Taupe, ou Taupe-Grillon, à cause de la ressemblance de ses pattes antérieures avec les membres fouisseurs de la Taupe, et propres à creuser, pour les deux animaux, de longues galeries souterraines.

La Courtilière rappelle grossièrement le faciès dos crustacés, de l'Écrevisse entre autres. La couleur du coi'ps est d'un roux-brunâtre en dessus, à reflets veloutés; roux-jaunâtre en dessous. La longueur est de 4 à 5 centimètres, le mâle toujours plus étroit que la femelle.

Cet insecte orthoptère, à cause de son volumer et de son abondance, est favorable aux études anatomiques. Le tube digestif est près de deux fois plus long que le corps; l'œsophage, filiforme et droit, offre, à son origine, deux faisceaux de glandes salivaires aboutissant par leurs canaux effércnts à un seul tube de déversement sur lequel s'abouche aussi le conduit d'une vésicule salivaire oblonguc et piriforme. Dans le métathorax est un jabot tout à fait latéral, grand, ovale, musculo-membraneux, entouré de fibres obliques et circulaires et muni de trachées. L'œsophage conserve, sur une certaine longueur, sa forme cylindrique, et à son entrée dans l'abdomen il se lie à un gésier renllé, elliptique, ayant dans l'intérieur six rangées de lames cornées, triturantes, chacune à cinq séries de dents brunâtres et séparées par une valvule, composées de six tubercules cornés, convergents, détachés des colonnes qu'ils précèdent. Le gésier, ou proventricule, entre dans l'estomac en formant un cône allongé et acuminé, constitué par quatre troncs calleux et grêles, longue valvule filtrant les aliments. Cette portion ainsi que le commencement du ventricule ou estomac sont recouverts par deux grandes poches encaîcum entourées deramusculcs trachéens, réunies à leur base, arrondies ou oblongues suivant leur distension. Après elles, de chaque côté, adhère un organe ramifié en arbuscule diaphane, d'usage douteux (foie, pancréas ou rate?). L'estomac est d'abord cylindroïde, étroit, lisse, sur une longueur de 4 à 6 millimètres, puis renflé et flexueux, avec de nombreux plis musculeux longitudinaux, permettant, quand besoin est, une distension considérable de la membrane interne. A l'intérieur de la partie tubuleusc se trouvent six colonnes charnues, dont les extrémités postérieures convergent en valvule ; la portion renflée offre en dedans quatre stries proéminentes longitudinales, remplies, et teintes plus ou moins, par une liqueur noire dont on ignore l'usage physiologique. Au bas de l'estomac s'insère un faisceau en houppe de très-nombreux canaux de Malpighi, au moyen d'un long pétiole; ils sont capillaires, très-minces, jaunâtres ou blanchâtres, selon le degré d'évolution de leur liqueur urinaire ; puis s'ouvre un intestin en tube flexueux, granuleux en dehors et en dedans, suivi d'un intestin épais et droit, muni des plis transversaux et des bandelettes accoutumées. De chaque côté du rectum contre l'anus, et dans les deux sexes, on observe une petite glande lobuléo, placée sur une vésicule contractile, de couleur azurée ou bleu lapis, et pleine d'un liquide clair; la glande sécrète une humeur qui, mêlée aux excréments, forme cette éjaculation d'odeur nauséabonde et fétide, se produisant quand on saisit la Courtilière à la main, et mouillant son large abdomen.

Les testicules du Gryllotalpa vulgaris sont symétriques, oblongs, placés de chaque côté de l'abdomen sous les intestins, longs de 8 à 10 millimètres lors de leur turgescence, excavésau bord externe. En détachant la tunique extérieure, on les voit formés d'une quantité innombrable de fines capsules spermatiqucs. Le

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canal déférent s'enroule en un long épididyme en spirale, et il s'y déverse les conduits de glandes annexes. Les ovaires consistent de chaque côté en un faisceau bilobé et obtus de tubes courts, bi- ou triloculaires ; les filaments apicaux des tubes de chaque ovaire se réunissent en un filament commun qui se fixe au métathorax avec celui de l'autre ovnire. Les œufs sont grands, obtusémcnt ovales, d'un roux pâle, et mûrs au mois de juin.

D'après Hagen, et conformément à ce que G. Newport avait précédemment affirmé pour le système nerveux de tous les insectes, les funicules de la chaîne ventrale de la Courtilière sont au nombre de quatre dont les deux inférieurs seuls se renflent en ganglions, les supérieurs demeurant simples. Les trois ganglions thoraciques sont grands; celui du protothorax, qu'on supposerait devoir être le plus volumineux, en raison de la forme du segment et de ses pattes fouisseuses, est cependant surpassé par le ganglion métathoraciquc. L'abdomen n'a que trois petits ganglions en outre du gros ganglion terminal : c'est pourquoi la chaîne nerveuse s'étend à peine à la moitié de la longueur de l'abdomen, dont cependant les segments, surtout les postérieurs, jouissent du mouvement le plus libre. Les appareils nerveux de la vie végétative chez le G. vulgaris ont surtout été bien étudiés par Brandt. Ils offrent, comme d'habitude, deux systèmes, un pair, l'autre impair. Du ganglion frontal de ce dernier, placé en avant du cerveau, partent des rameaux se rendant aux pièces buccales; un autre rameau arrive à l'œsophage avant le jabot, un autre enfin entre le jabot et le proventricule. L'appareil symétrique présente deux ganglions antérieurs, contigus, subpyramidaux, placés derrière le cerveau, puis deux ganglions postérieurs, plus petits, ovales, envoyant des filets nerveux à l'œsophage, au jabot, au proventricule.

La Courtilière a été le sujet de quelques études cmbryogéniques, si difficiles chez les insectes, en raison du manque de transparence de l'œuf. L'embryon a été étudié au moment où le chorion disparaissant permet de l'apercevoir. Le corps est recourbé, la tête repliée contre la poitrine, et l'extrémité anale sous le ventre, de sorte que le pronotum représente l'extrémité antérieure de l'embi'yon. Les pattes sont appliquées sur les côtés; la ligne latérale de l'abdomen où apparaîtront plus tard les stigmates se détache sous forme d'un pli plus élevé. De chaque côté, sous ce pli et près de l'insertion des pattes postérieures, Rathke a découvert un organe singulier qui a déjà disparu dans l'embrvon sorti de l'œuf. Cet anatomiste le regarde comme une branchie de l'embi'yon. Il a la forme d'un disque orbiculaire inséré sur un stipe long, à la façon d'un champignon. Le stipe, allongé, très-fragile, est inséré au corps de l'embryon, tourné au dehors et recouvert par la patte postérieure. L'extérieur du disque montre des tubercules arrondis formant saillie, et sa structure interne est cellulaire, dépourvue de trachées, mais probablement munie de lacunes aériennes. La membrane de cet organe reste blanche, tandis que les autres téguments de l'embryon durcissent et s'imbibent d'une matière colorante d'un roux fauve. La muqueuse tout entière de la membrane germinative se change en intestins, et aucune portion particulière de celle-ci ne forme le sac du vitellus. Le vitellus est compris dans l'intestin lui-même, et vers la fin de la vie embrvonnaire il se résorbe dans l'estomac. Le tube digestif d'un embryon de G. vulgaris qui va bientôt éclore commence par un œsophage étroit, au côté duquel adhère le jabot sous l'aspect d'un court renflement piriforme ; après lui vient une pai-tie un peu renflée qui paraît le premier indice du gésiermusculeux; ensuiteleventricule,

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ou estomac mombraneux,a l'apparence d'un rcuQement très-dilaté, vésiculaire. encore rempli à cette époque par le vitellus; enlin à son bout postérieur et au début de l'inlestin est un prolongement, émettant quatre vaisseaux malpiyliicns. Dans les embryons nouvellement éclos, le jabot, très-gonflé, paraît rempli d'air; le proventricule s'est accru, et à sa lace interne se voient des papilles d'épithélium corné ; des lobes antérieurs naissent sur le ventricule ; le nombre des vaisseaux de Malpighi s'est accru, et l'intestin, naguère à peine dilaté en avant, montre alors distincte une partie renflée, plus épaisse à l'intérieur.

La Gourlilière habite de prélérence les jardins potagers, les pépinières, les champs de blé. Elle préfère les régions sèches ou sablonneuses, et se trouve rarement dans un sol marécageux ou dans un humus tenace.

Elle vit toujours cachée dans des cananx creusés avec ses pattes antérieures, ta comprimant la terre contre les parois et amoncelant à l'entrée princi|iale un monticule de déblais, analogue à celui de la Taupe, mais bien plus petit. L'insecte prélère pour son nid un terrain d'une certaine dureté, ainsi celui des sentiers, au sol trop léger des couches. L'entrée du gîte est d'abord horizontale pour empêcher l'irruption des eiux pluviiiles, j)uis devient déclive; la pubescence qui recouvre presque tout le corps de la Gourlilière paraît servn- à la protéger quand l'eau envahit son terrier. Elle passe l'hiver au fond d'un Irou vertical pouvant avoir 30 centimètres de profonileur, celle-ci varie au icste selon la consistance de la terre et la rigueur du froid de la contrée. A partir du tuyau d'entrée, l'insecte se creuse à quelques centimètres des galeries de chasse dans toutes les directions.

On conçoit les ravages que doivent causer de pareils travaux, de la part d'insectes de grande taille et très-fécunds, coupant toutes les racines et tuiious qui se rencontrent sur le trajet de leurs galeries ; on recoimaît les lieux inleslés par les Courtilières à la couleur de la végétation, qui est jaune et flétrie.

Les Courtilières sautent lourdement. Aux mois de juin et de juillet, le mâle, soit sous terie, soit à l'entrée dos galeries, fait entendre une stridulation crépitante et assez faible, que l'oreille humaine ne perçoit qu'à petite dist.uice. On l'a comparée au cri de l'Engoulevent ou au coassement de la Rainette des arbres. Les élytres sont parfaitement symétriques, et l'on y distingue, sur la partie dorsale, un instrument musical : on y voit l'archet strié, comme une lime; la chanterelle est une seule grande nervure qui descend de l'origine inférieure de l'archet vers le bout de l'élytre, en suivant une direction oblicjue. Goureau a reproduit la stridulation du mâle sur des Courtilières soit mortes, soit vivantes, en soulevant un peu les élytres et les frottant l'une contre l'autre. A la même époque, le mâle vole le soir, en rasant la terre par mouvements onduleux, et s'accouple pendant la nuit. La femelle pleine creuse en terre un nid voûté, à peu près de la grandeur d'un œuf de poule, dont la paroi intérieure est lisse, et auquel aboutissent plusieurs galeries courbes. Elle y pond de deux à quatre cents œufs arrondis, jaunâtres, brillants. Au bout de trois ou quatre semaines, il en sort de petites larves blanches de la grosseur d'une fourmi. Les auteurs s'accordent à dire que la mère protège avec soin cette progéniture et même lui cherche des aliments. Les petites larves vivent réunies sous la garde maternelle jusqu'à la première mue, puis, devenues plus foncées et plus dures, se dispersent, et chacune alors se creuse un terrier avec galeries. Elles changent une seconde fois de peau ; alors, la nourriture manquant avec l'arrivée des frimas, elles passent l'hiver en léthargie, se réveillent au printemps et subissent encore

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