SÉRIE
Proportion
omraes.
Femmes.
Total.
lOi
11 résulte de ce tableau que des départements en France, dont 9 sont des pays de hautes montagnes, se trouvent atteints dans la proportion qui est au-dessus de 50 pour 1000 (Le recensement ne porte que sur les hommes et les femmes âgés de plus de 20 ans). Cette proportion est de 20 pour 1000 et au-dessus dans 23 autres départements ; il reste 12 départements dans lesquels la proportion est au-dessus de 10 pour 1000. Il est nécessaire d'ajouter immédiatement que l'endémie n'est pas répandue d'une manière uniforme, que certaines régions dans un département présentent un très-grand nombre de goitreux, tandis que d'autres en peuvent être complètement dépourvus. En étudiant les 45 départements les plus fortements atteints, nous trouvons qu'ils affectent une configuration générale assez remarquable. C'est d'abord un point isolé dans le Nord, le département de l'Aisne s'étendant sur l'Oise et formant avec lui et les Ârdennes une ligne assez étroite qui s'étend vers l'Est et englobe ces autres départements au centre desquels les Vosges figurent au premier rang. Cette ligne s'amincit en descendant perpendiculairement au Sud, rencontre le Jura qui forme le septième comme intensité de toute la France. Il lormesur la carte l'angle supérieur d'un triangle dont l'angle inférieur est constitué par les Alpes-Maritimes, l'hypoténuse étant formée par les départements de la Haute-Savoie, de la Savoie, les Hautes-Alpes
et les Basses-Alpes, départements qui figurent parmi les premiers atteints. Le troisième angle correspond à la Dordogne, et toute l'agglomération limitée par les trois lignes de ce triangle comprend les départements dans lesquels le goitre est fréquent. Un troisième groupe est constitué au Sud et Sud-Ouest par 5 départements, au milieu desquels l'Ariége et les Hautes-Pyrénées tiennent le premier rang, 11 résulte de l'ensemble de cet exposé que le Centre de la France est peu atteint de goitre, et que l'Ouest ne Test presque pas.
Marche de l'endémie. En comparant les divers recensements faits dans les cinquante années de 1816 à 1876, on trouve que des contrées dans lesquelles l'endémie était très-intense se sont relativement assainies, tandis que d'autres, où il n'en existait qu'un très-petit nombre de cas, ont été envahies. Dans 26 départements le goitre est en progression constante, et dans 17 le nombre des cas a été doublé.Legoîtreadiminué dans 17 départements, et dans H de ceux-ci il a diminué de moitié. De tous les départements de la France, c'est le Bas-Rhin et la Meurthe qui se sont le plus assainis ; la diminution a porté en général sur les départements les plus atteints, d'où il résulte que le résultat général est favorable. On peut conclure des recherches générales que, dans toute la France, il existe environ cinq cent mille goitreux, ce qui constitue avec la population entière une proportion assez défavorable pour justifier la nécessité d'appliquer et d'étendre la prophylaxie et les moyens hygiéniques sans lesquels le fléau, en se multipliant, arriverait à produire la dégénérescence de notre race.
L'étude statistique de l'endémie du crétinismc donne des difficultés bien plus grandes que celles du goitre.
Tandis que l'existence du goitre peut être constatée et vérifiée par toutes personne étrangère à la médecine, ce qui a permis d'utiliser sur une grande échelle tous les fonctionnaires désireux de se rendre utiles, il en est tout autrement du crétinisme. Nous avons déjà dit que l'idiotisme est fréquent dans les pays endémiques, ce qui conduirait déjà à des confusions inévitables ; d'autre part, il n'est pas aisé d'assigner une limite de début très-précise à la dégénérescence intellectuelle dans une population qui compte un grand nombre d'individus peu intelligents. Le crétinisme, contrairement à ce qui arrive pour le goitre, débute pende temps après la naissance, et il faut une grande habitude d'observation pour en reconnaître les indices dans la première enfance. Il résulte de ce que nous venons de dire que les tableaux statistiques ne se rapportent qu'à la dégénérescence intellectuelle déjà confirmée, et qu'on a été obligé de prendre en bloc les crétins et les idiots.
Un grand nombre d'enfants voués au crétinisme succombent avant d'avoir été portés sur les tableaux de recensement, dont les chiffres devraient par conséquent être portés plus haut dans une certaine proportion. Lorsqu'on compare entre eux les tableaux de recensement du goitre et du crétinisme, les idiots étant toujours comptés avec les crétins, il est aisé de voir que la relation entre les deux manifestations de l'endémie se maintient sensiblement. En divisant les quarante déparlements les plus atteints par séries de dix, on arrive à des conclusions instructives eu égard à la proportion du crétinisme et du goitre. Dans la Savoie, qui figure au premier rang, il existe cependant moins de crétins et d'idiots que lans les Hautes-Alpes, et d'une autre part, la Haute-Savoie et l'Ariége, qui ont une très-forte proportion de goitreux, comptent un nombre moindre de crétins et d'idiots, non seulement que les Hautes-Alpes et les Basses- Pyrénées qui figurent au cinquième et au sixième rang, mais aussi moindre que
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l'Ardèche, la Lozère, l'Isère, qui ne figurent sur le tableau des goitreux qu'au vin"t-troifcicme, au vingt-quatrième et au viugt-ciuquièiue rang. Nous avons déjà dit ailleurs que si la cause spécilique de la production du goitre et du crétinisme est identiquement la même, les conditions de vie des habitants apportent une modification considérable dans l'intensité du mal. C'est ainsi surtout que la imsère, avec tout son cortège d'influences nuisibles, aggrave la situation des goitreux et les conduit à une déchéance plus complète. D'autre part, un élément important d'appréciations nous échappe complètement dans les tableaux de numération, c'est le volume du goitre chez les individus atteints de cette infirmité. Il est de notion avérée que le crétinisme est engendré surtout par des parents chez lesquels l'hypertrophie de la glande thyroïde est très-considérable. On peut expliquer ainsi certains défauts de parallélisme entre le nombre des goitreux et des crétins selon les contrées. Nous savons déjà que l'idiotie, qui n'a pas de rapports avec le goitre, est venue à son tour vicier les proportions surtout dans les départements qui figurent dans les derniers rangs. D'une autre part, on a remarqué que parmi les individus atteints de goitre le crétinisme est plus fréquemment transmis par les hommes que par les femmes ; or dans nos tableaux les deux sexes étant désignés en bloc, il resterait à rechercher si, par une division plus rigoureuse, on ne parviendrait pas à s'expliquer les disproportions que nous avons signalées.
L'endémie du goitre et du crétinisme a été quelquefois observée dans des arrondissements ou des cantons ou même dans des localités, tandis que d'autres localités voisines sont épargnées. Une analyse rigoureuse exige par conséquent que l'étude des faits soit faite par régions restreintes. C'est ce travail qui a été fait par l'un de nous, dans le rapport présenté à la Commission française.
Rien n'est en eflet plus intéressant, au point de vue étiologique, que l'étude de la distribution géographique de l'endémie du crétinisme. On en jugera par les conclusions suivantes qui ont été formulées par la Commission française.
1° L'endémie du crétinisme sévit surtout avec une assez grande intensité dans les deux départements des Hautes-Alpes et de la Savoie. La proportion des crétins et des idiots réunis est de 22 pour 1000 dans les Hautes-Alpes et de 16 pour 1000 dans la Savoie; celle des goitreux de 111 et de 154 pour 1000.
2" Dans la Haute-Savoie, les Basses-Alpes, l'Isère, l'Ardèche, la Drôme, les Alpes-Maritimes, les Hautes-Pyrénées, l'Ariége, la Haute-Garonne, l'existence du crétinisme endémique est attestée en même temps par l'enquête statistique et par les tableaux du recrutement ; la proportion des idiots est en effet de 4 à 6 pour 1000 en même temps que la proportion des goitreux s'élève de 20 à 100 pour 1000.
3° Il résulte de l'enquête statistique que le crétinisme endémique existe encore, mais à un degré beaucoup moindre, dans un certain nombre de départements, parmi lesquels on peut citer : l'AveyroUjle Lot, la Haute-Loire, les Vosges, le Puy-de-Dôme, les Pyrénées-Orientales, l'Oise, l'Aisne, la Meurthe, le Bas- Rhin, le Haut-Rhin, la Moselle et la Haute-Marne.
4° Les variations de l'endémie du crétinisme n'ont pu jusqu'ici, faute de documents, être étudiées comme l'ont été celles de l'endémie du goitre. Cependant on a signalé une augmentation considérable qui aurait eu lieu depuis soixante ans dans les Hautes-Alpes, département dans lequel le nombre des crétins et des idiots réunis atteint la proportion tout à fait exceptionnelle de 22 pour 1000.
5° Le nombre des crétins et des idiots réunis est en France d'environ 120 000.
La distribution ge'ographique du goitre, du crétinisme et de l'idiotie mérite également d'appeler notre attention, et nous fournit pour la recberclie des causes de l'endémie d'utiles indications.
En étudiant les rapports de l'endémie du goitre et de l'endémie du crétinisme, on a démontré que cette dernière n'existe dans aucune contrée, sans qu'il n'y ait en même temps un grand nombre de goitreux. L'endémie du goitre, au contraire, si elle est légère, se présente souvent, comme il a été dit plus haut, sans être accompagnée de crétinisme proprement dit; mais dès qu'elle augmente, on ne manque pas de constater une tendance à la dégénérescence de la race. On explique ces faits, en admettant que le goitre est la première et la plus légère manifestation de la cause endémique, tandis que le crétinisme en est la manifestation la plus grave.
Le tableau ci-joint peut permettre de comparer la distribution géograpbique du goitre, non pas avec celle du crétinisme, mais avec celle du crélinisme réuni à l'idiotie.
Proportion comparée des cas de goitre et des cas de crélinisme et d'idiotie dans les 89 départements :