CRÉTINS ET IDIOTS
Prop. p. 1000.
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Les résultats de ce tableau n'offrent pas, pour l'étude de l'endémie goîlrocrétineuse, l'intérêt qu'on aurait pu espérer ; mais il n'y pas lieu de s'étonucr des discordances qu'on observe dans beaucoup de départements. Ces discordances peuvent en effet s'expliquer par plusieurs causes.
Et d'abord, il paraît démontré que, dans un certain nombre dedépartements, l'abus de plus en plus répandu des liqueurs alcooliques contribue à augmenter le nombre des idiots.
En outre, il n'est pas douteux que dans certaines localités il n'y ait des causes secondaires assez nombreuses, et dont l'action est assez forte pour aggraver beaucoup plus l'endémie du crétinisme que celle du goitre. C'est ce qui a lieu en particulier dans ces vallées profondes où l'absence d'insolation, le miasme palustre, la misère des populations, l'abseace des règles les plus simples de l'hygiène pour l'éducation des enfants, semblent favoriser l'évolution du crétinisme.
Il ressort néanmoins du tableau quelques faits intéressants qu'il importe de signaler.
On remarque, tout d'abord, que les deux départements de la Savoie et des Hautes-Alpes qui renferment les plus fortes proportions de goitreux, contiennent égalemejit les plus fortes proportions de crétins et d'idiots.
Cependant, pour ces deux départements, le parallélisme est loin d'être complet, et le nombre des crétins et des idiots dans les llautes-Alpes l'emporte de beaucoup proportionnellement aux goitreux sur celui de la Savoie.
On peut voir que, dans les départements de hautes montagnes qui contiennent presque tous une forte proportion de crétins et d'idiots, le même fait se repro duit.
La discordance entre le goitre et le crétinisme se remarque surtout pour l'Aisne et le Rhône; mais il importe de rappeler qu'on ne doit pas seulement, pour apprécier la gravité de l'endémie du goitre, tenir compte du nombre des cas, mais aussi du volume qu'acquièrent les tumeurs, et surtout du nombre des hommes qui sont atteints.
Parmi les départements de montagnes, un seul offre une exception remarquable : c'est le Jura, qui a une très-forte proportion de goitreux et une trèsfaible proportion d'idiots.
Bien qu'il n'y ait pas lieu de s'occuper ici des cas d'idiotie étrangers à l'endémie goîtro-crétineuse, il convient néanmoins d'indiquer les départements qui, sous ce rapport, paraissent présenter quelque chose de spécial.
Les proportions les plus fortes existent dans l'Orne, la Somme, la Seine-Inférieure, le Var, Maine-et-Loire, Tarn-et-Garonne, mais surtout dans la Vendée et le Lot-et-Garonne.
Les proportions les plus faibles se trouvent dans les Bouches-du-Pdiône, le Nord, la Corse et la Gironde. La Seine est le département où les cas d'idiotie sont les plus rares.
Comme on peut le voir, dans l'un des tableaux publiés plus haut, le nombre des goitreux, dans aucun de ces départements, n'atteint la proportion de 1 pour 100; et si l'endémie existe dans plusieurs d'entre eux, elle est bornée à des localités très-restreintes.
Prophylaxie. Les dissidences d'opinion que nous avons rencontrées chez les auteurs au sujet de l'étiologie du goitre disparaissent presque entièrement en face de la prophylaxie ; tous , ou presque tous réclament l'assainissement du
sol et des eaux, notamment l'aménagement des réservoirs d'eau pour recevoir les eaux pluviales, celles-là ne contenant jamais le principe goîtrigène, ou bien l'établissement de canaux ou de tuyaux qui amènent dans les localités infestées les eauK des contrées saines ; l'amélioration du régime alimentaire et des habitations, et finalement un traitement direct des populations par des sels iodii'ères.
Les partisans des causes multiples prétendent, il est vrai, qu'il sufit d'instituer des règles hygiéniques générales bien observées pour faire disparaître le mal, tandis que les pai'tisans de la théorie hydro-tellurique insistent plus particulièrament sur la nécessité de faire disparaître à tout prix les eaux qu'ils considèrent comme goîtrigènes, tout en admettant avec les premiers que les règles hygiéni(jues générales ont une part d'action qu'il importe de ne pas négliger. ]\lgr Billiet est un de ceux qui ont le plus fermement soutenu la théorie hydro-leilurique; en parlant de la petite commune de Rosière, très-éprouvée par l'endémie, il dit qu'à son avis on aui'ait beau y remplacer par des palais les misérables habitations, l'endémie n'y cesserait point. Telle est l'opinion aussi de M. Grange et de M. Saint-Lager. Quant à nous, nous n'hésitons point à nous y rattacher à notre tour. Nous devons à la vérité de dire qu'il existe des exemples de diminution notable de l'endémie dans des contrées ou des localités où le bien-être a pris un certain essor, sans que les eaux employées aient été changées; les partisans de la théorie des causes multiples citent volontiers dans cet ordre d'idées l'exemple de la commune de Robertsau près de Strasbourg; l'endémie, qui y avait été très-intense, y a diminué dans des proportions si considérables qu'on a pu presque la considérer comme complètement éteinte, et cependant les eaux potables étaient restées les mêmes, Ajoutons toutefois que les marais environnants avaient été desséchés, et que de cette façon les eaux stagnantes avaient disparu, et qu'avec l'aisance générale l'usage du vin et de la bière s'est substitué en partie à la consommation de l'eau.
Nous sommes bien loin de nier l'utilité des mesures qui ont pour but de faire disparaître les causes générales de l'insalubrité ; il nous paraît seulement important de faire ressortir ce fait, que les meilleures conditions hygiéniques ne sutfisent pas pour faire disparaître l'endémie si l'usage des eaux "oîfrigènes est maintenu par les habitants. 11 est un fait d'ailleurs qui est bien caractéristique. Dans les communes où, à la suite de l'assainissement général des conditions de vie des habitants, le crétinisme a pour ainsi dire disparu, comme à la Robertsau que nous venons de citer, le goitre n'en persiste pas moins, et M. Lunier fait judicieusement remarquer qu a Strasbourg même, dans l'établissement des orphelins qui occupe un eaiplacement vaste et salubre et où les enfants reçoivent une nourriture et des soins généraux ré"lés sur les meilleurs procédés hygiéniques, le goitre persiste cependant ; le crétinisme seul ne se produit pas. L'identité de ces deux manifestations de l'endémie étant admise, n'est-il pas évident que de bonnes conditions hygiéniques peuvent empêcher peut-être l'organisme de déchoir complètement et d'atteindre la dernière expression de la dégénérescence ; mais que sa première manifestation persiste tant que la cause directe n'a pas été supprimée ? le goitre ne disparaît qu'avec la disparition des eaux goîtrigènes.
Nous ne pensons nullement diminuer la valeur des bonnes conditions hygiéniques généi'ales, en mettant au premier rang des mesures prophylactiques le
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changement des eaux potables. Celles-ci ne sont en outre, selon toute probabilité, nullement les seuls véhicules du principe toxique. Les légumes et surtout les fruits mangés crus paraissent le contenir à leur toiu'; il importe par conséquent de faire subir la cuisson à toutes les plantes alimentaires. Leur fermentation est peut-être efficace au même degré, attendu que le viu et le cidre des pays endémiques ne paraissent pas contenir le principe nuisible qui, selon de bons observateurs, existe cependant dans le raisin et dans les pommes. Nous insistons surtout sur le moyen très-généralement conseillé de recueillir les eaux de pluie dans les citernes, et de les substituer, comme eaux potables, à celles qui ont été jusque-là employées. Bien des faits témoignent de l'excellence de ce moyen, et il suffira d'en citer quelques-uns.
Un des plus curieux est celui qui a été signalé à la Commission française par le docteur Housseaut, dans son rapport sur l'endémie goitreuse du Jura. Ce fait a d'autant plus d'importance qu'il a été en quelque sorte l'objet d'une enquête officielle dé la part des administrateurs de la Compagnie d'Orléans. « Il n'existe, dit l'auteur du rapport, qu'une citerne sur le territoire de Grozon, et encore se trouve-t-elle à la gare du chemin de fer. Voici dans quelles circonstances elle a été établie. Les employés de la gare faisaient à une certaine éjioque usage de l'eau de la fontaine la plus rapprochée, et quelques-uns d'entre eux contractèrent le goitre. Ils adressèrent alors leurs plaintes à l'administration qui, après une enquête sérieuse, fit construire une citerne. Depuis cette époque, aucun cas de goitre n'a été constaté à la gare. »
Mgr Billiet, dans une lettre adressée en 1864 à M.Morel, rapporte comment l'emploi de l'eau de citerne a fait cesser une endémie goitreuse.
« Il existait, dit-il, dans la cour de l'école normale d'Albertville un puits de 12 mètres de profondeur; de 1840 à 1860 il y avait là un pensionnat de jeunes filles dont les élèves étaient complètement exemptes de goitres. En 1860, après avoir fait des réparations à la maison, on étendit les décombres dans la cour, autour du puits, à la hauteur d'un pied ou deux; on y établit alors une école normale de 60 à 80 élèves, dont 20 à 25 prirent le goitre en peu de temps. M. le recteur de l'académie y fit creuser une citerne et combler le puits. Le goitre y disparut entièrement.
Le même auteur a cité un exemple de préservation par l'emploi de l'eau de citerne, exemple que nous avons déjà rappelé plus haut.
Voici un dernier fait emprunté au rapport adressé à la Commission française sur le département de l'Ain, par le docteur Berger, Ce fait a été communiqué à l'auteur du rapport par M. Gauthier, médecin depuis 20 ans des deux forts de l'Ecluse.
Les soldats qui habitent le fort inférieur deviennent souvent goitreux ; au contraire, la garnison du fort supérieur a toujours été exempte de goitre. On n'a point trouvé pour ces faits d'autre explication que la différence de l'eau potable. Dans le fort inférieur on boit l'eau du Jura, et dans le fort supérieur de l'eau de citerne. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les soldats devenus goitreux au fort inférieur guérissent spontanément en allant habiter le fort supérieur.
L'usage de l'eau de citerne paraît donc un excellent moyen prophylactique contre l'endémie du goitre. Malheureusement dans beaucoup de localités l'établissement de citernes trouverait de grandes difficultés. Comment, par exemple, recueillir les eaux quand les maisons sont isolées et couvertes en chaume ?
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Pourrait-on espérer que cliaque famille fît les dépenses nécessaires? Ces difficultés ont été prévues, et on s'est demandé si plusieurs familles ou même tous les habitants d'un village ne pourraient pas se réunir pour faire construire une citerne dans de bonnes conditions, si la commune elle-même ne devrait pas se charger de la construction, en recueillant les eaux de pluie sur l'église et le presbytère, ainsi que le conseille M. Niepce.
Ce conseil est sans doute excellent; mais il faut se rappeler que dans les
pays de montagnes les communes ont, en général, une Irès-grande étendue,
■ qu'elles se composent de petits hameaux assez nombreux, éloignés les uns des
autres, et qu'on ne pourrait espérer voir tous les habitants se servir de l'unique
citerne établie par la commune.
Cependant ces difficultés ne sont pas de telle nature qu'elles ne puissent être surmontées, et l'établissement des citernes doit être recommandé comme l'une des mesures prophylactiques les plus efficaces.
Nous savons déjà que c'est au parcours de l'eau potable à ' travers les prairies et à l'impureté qui en résulte, que beaucoup d'auteurs sont portés à attribuer la production du goitre. La première mesure pour purifier les eaux devrait donc consister à les capter plus profondément, plus loin des habitations, et à les conduire dans des tuyaux bien clos jusqu'aux fontaines publiques.
En dehors de cette mesure, de toutes la plus efficace, il en est deux autres que les auteurs ont conseillées et dont les bons résultats ne sont point douteux. La première consiste à construire des réservoirs dans lesquels on laisse reposer les eaux plus ou moins longtemps avant d'en faire usage; le second moyen est la cuisson préalable des eaux potables et leur filtration à l'aide d'appareils simples qu'on pourrait mettre à la portée des familles pauvres.
La pratique qui consiste à laisser reposer les eaux avant d'en faire usage lorsqu'elles sont chargées de particules terreuses, est si naturellement indiquée, qu'on y a eu déjà recours dans un grand nombre de localités. M. Boussingault cite l'exemple d'une famille habitant une localité où l'endémie était très-intense, et qui s'était préservée du goitre par ■ la seule précaution de conserver l'eau pendant deux jours avant de s'en servir.
Malgré ce fait et quelques autres rapportés par M. Saint-Lager, on comprend que si cette pratique est excellente au point de vue de l'hygiène, elle ne saurait être suffisante pour mettre à l'abri de l'endémie.
L'usage des filtres, dont nous avons déjà parlé, a été recommandé par beaucoup d'auteurs, et il importe de rappeler que ce moyen de purification n'a pas seulement pour effet d'enlever aux eaux les matières étrangères en suspension, mais qu'en outre il favorise le dépôt d'une partie du carbonate de chaux. De plus, on sait qu'en employant le charbon, on neutralise d'une manière très-efficace la fâcheuse iniluence des matières organiques en décomposition ; on ne pourrait donc, à ces divers points de vue, qu'attendre de l'emploi des filtres de trèsbons résultats. Mgr Billiet pense qu'on pourrait établir des filtres sur d'assez grandes proportions pour purifier en même temps toutes les eaux potables d'une commune, et en outre faire faire une grande quantité de petits appareils portatifs pour l'usage des familles qui voudraient s'en procurer. Néanmoins, si on réfléchit que l'agent auquel on attribue le goitre n'a pu jusqu'ici être isolé, et que sa nature est encore inconnue, on comprend que l'usage des filtres ne peut être considéré, jusqu'à nouvel ordre, que comme un palliatif, ce qui
n'empêche pas que l'emploi de ce moyen ne doive être recommandé comme une mesure hygiénique excellente.
Dans beaucoup de localités où règne l'endémie, l'insalubrité des eaux ne vient pas seulement des particules terreuses et des matières organiques en suspension. Une condition bien plus générale c'est l'existence d'une grande quantité de sels de chaux, et principalement des sulfates, tenus en dissolution.
On sait qu'on a beaucoup insisté sur l'existence des terrains gypseux dans les localités atteintes, et cette condition est si générale, que M. Bouchardat, à une certaine époque, avait cru poiivoir attribuer le goitre à la présence dans les eaux d'une forte proportion de sulfate de chaux. Sans doute cette opinion, comme celle qui se rattache à la magnésie, est aujourd'hui abandonnée ; mais il n'en reste pas moins ce fait que les eaux séléniteuses existent dans un grand nombre de localités atteintes, et que cette condition doit être regardée comme l'une des causes secondaires qui méritent le plus de fixer
l'attention.
Malheureusement ni le repos dans des réservoirs, ni l'emploi des liltres, ni même l'ébullition, si efficace pour purifier les eaux carbonatées, ne peuvent rien sur les eaux chargées de sulfate. Les moyens qu'on pourrait employer, comme l'addition d'une certaine proportion de carbonate de soude, ne sauraient ici être recommandés à cause de la difficulté d'en généraliser l'emploi. On ne peut donc pour ces eaux séléniteuses que se placer au point de vue des partisans de la doctrine bydro-tellurique, eu demandant de cesser l'usage de ces eaux, de chercher de nouvelles sources ou de recueillir les eaux pluviales dans les ■citernes.
Quand, au lieu de sulfate de chaux, les eaux contiennent une trop forte proportion de carbonate, on sait qu'il suffit de les laisser reposer à l'air libre pour qu'elles se débarrassent en grande partie de leur sel calcaire ; ces sels en excès se déposent par le dégagement de l'acide carbonique ; les eaux de cette composition ont d'ailleurs sur l'économie une influence beaucoup moins fâcheuse que les eaux sulfatées.
L'assainissement du sol est un élément de prophylaxie très-important : l'eau suspecte doit être autant que possible étroitement endiguée, pour baigner la moindre surface possible du sol, et les étangs ainsi que les marécages doivent être comblés ; il faudrait en outre combler les puits dont l'action nuisible se serait manifestée par le nombre plus ou moins considérable d'individus infectés par leur usage. Nous avons montré que l'endémie suit fréquemment le cours d'une rivière ou d'un torrent ; nous ajouterons encore que dans le département du Bas- Rhin elle ne s'écarte point des bords du fleuve, et se propage particulièrement au moment des inondations. Il importe donc particulièrement de prévenir le débordement des cours d'eau, d'établir le drainage pour empêcher la formation des marais, et de mettre immédiatement en culture les terres délaissées par les eaux. Partout où ces moyens ont déjà été mis en usage, on a obtenu une véritable transformation dans la santé générale des habitants. Nous disons plus haut que dans les contrées où l'on observe le goitre, le crétinisme se produit surtout dans la partie pauvre des populations ; nous avons particulièrement insisté et nous ne saurions assez répéter combien la misèi'e, avec tout son cortège de conditions insalubres, contribue à aggraver et à étendre l'endémie et à multiplier les cas.
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11 importe donc beaucoup d'assainir les habitations et notamment de les aérer, de combattre cette tendance funeste qu'ont les liabitants pauvres à habiter leurs étables et à en respirer constamment les émanations. 11 ne serait pas moins important de leur faire perdre leurs habitudes de malpropreté si fréquemment liées à l'extrême misère. Une bonne nutrition aurait certainement à son tour une part d'action considérable dans l'assainissement de la santé publique, et nous ferons remarquer , sous ce rapport, que partout dans les contrées où, à la suite d'une prospérité plus grande, l'usage du vin et des autres boissons fermentées s'est substitué en partie à l'usage de l'eau, l'endémie a diminué de fréquence et d'intensité. Nous pourrions citer bon nombre de régions où la culture de la vigne a eu pour conséquence une diminution très-appréciable des cas de goitre et de crétinisme.
Il serait utile d'appliquer aux liabitations malsaines des localités endémiques la loi sur les logements insalubres; il est vrai que, sous ce rapport, la loi devrait être modifiée, attendu que, telle qu'elle est aujourd'hui, elle donne bien au locataire et à l'usulruitier droit de réclamation contre son propriétaire ; mais elle n'oblige pas celui-ci à assainir sa maison lorsqu'il l'habite lui-même, dans la localité infectée, ce qui est cependant le cas le plus fréquent même dans les familles les plus pauvres. Il suffirait parfois de pratiquer quelques ouvertures et notamment des fenêtres pour assainir une maison ; mais le plus souvent il serait nécessaire d'imposer dans la construction des espaces plus grands pour les pièces habitées, et d'obliger à élever de quelques pieds les rez-de-chaussée, lorsqu'il n'existe pas de premier étage.
En résumé, pour ce qui a trait à l'assainissement des villes et des villages, on doit réclamer trois sortes de mesures : 1° pour les maisons existantes agrandir les fenêtres, planchéier le sol, blanchir les murs à la chaux, et au besoin établir des cheminées; 2" obtenir qu'on détermine certaines règles auxquelles devrait être soumise la construction des maisons nouvelles, et dont la principale serait l'élévation du rez-de-chaussée au-dessus du sol ; 5" intervenir activement pour hâter l'exécution des mesures de salubrité générale qui viennent d'être indiquées et qui doivent s'appliquer aux villages eux-mêmes.
Nous ne pouvons ici qu'indiquer par de grands traits les conditions hygiéniques générales qui sont nécessaires pour assainir une contrée ; ajoutons seulemeut que ce résultat est obtenu d'autant plus facilement que des voies de communication plus nombreuses s'établissent, que l'industrie devient plus active et que la prospérité générale d'un pays augmente.
Il n'est guère aisé de combattre le paupérisme et son influence néfaste ; mais combien ne pourrait-on pas citer d'exemples qui démontrent l'heureuse influence produite sur le développement de l'aisance générale par le passage d'une grande route !
Dans la vallée de Greissonnet, on signale une population active, intelligente, dans laquelle l'endémie, autrelois très-répandue, avait presque complètement disparu; dans la vallée de Challand, au contraire, l'endémie persistait entretenue par la misère et l'apathie des habitants. Cette différence si remarquable s'expliquait par la création d'une route qui fait communiquer la vallée de Greissonnet avec le Piémont et le Valais.
11 résulte d'un très-grand nombre de rapports que l'alimentation des habitants en hiver est tout à fait insuffisante. MM. Niepce et Chabrand racontent que, dans quelques vallées pauvres des départements les plus atteints, le pain n'est préparé
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qu'avec delà farine d'avoine qui souvent n'est même pas blutée, et que ce pain, dont la préparation a lieu une fois par an, devient tellement dur qu'il faut le tremper dans de l'eau ou le briser avec une hache pour le manger. Souvent même le pain manque complètement, et les paysans se nourrissent alors de ' pommes de terre et de quelques légumes secs.
L'usage insuffisant du sel a été signalé par M. Chabrand; d'après cet auteur, chaque individu devrait en consommer quinze à seize grammes par jour, pour conserver ses forces et sa santé. Etant admis, avec MM. Chabrand, Niepce cl plusieurs autres auteurs, que l'ingestion d'une quantité notable de sel est efficace pour combattre la dégénérescence goitreuse, il y aurait lieu de proposer la dimi- H nution de l'impôt sur le sel, au moins dans les départements où sévit l'endémie. On sait que cet impôt, quoique léger, tend beaucoup à diminuer la consom- * mation de ce condiment.
»^" On a remarqué depuis des temps immémoriaux la disparition du goitre,
t« surtout lorsqu'il n'avait pas encore atteint un volume considérable, chez les ^ individus qui, abandonnant le pays où ils avaient contracté l'affeclion, se îi^ rendaient au bord de la mer et faisaient largement usage d'une alimentation iil» animale telle que poissons, coquillages, mollusques, etc. Ainsi s'explicjue probami blement l'usage très-ancien de l'éponge calcinée contre le goitre. M. Coindet de sow Genève, le premier, comprit que c'est à la présence de l'iode qu'il fallait attrilè buer l'action curative de cette préparation comme celle des aliments provenant Hk de la mer. Le traitement direct par l'iode et ses sels, notamment l'iodure de potassium, fut institué et se généralisa très-rapidement. Nous avons déjà soulevé Tilk plus haut la ({uestion de savoir si l'iode pouvait servir de moyen préservateur esiji contre le goitre pour l'individu qui, arrivant d'une contrée saine, se rendrait soijil en pays endémique. Doit-on admettre que, dans ces conditions, l'influence fljeij nuisible soit neutralisée et doit-on, en conséquence, considérer l'iode comme cipili! propre à annuler l'action du principe toxique qui produit l'endémie? Rien ne (jjait prouve qu'il en soit ainsi, et il nous paraîtrait peu plausible d'admettre la jg(( vertu préservatrice du médicament. Qu'il nous soit permis de répéter ce que nous avons déjà dit à ce sujet : l'usage de la quinine préserve-t-il l'individu .uj se transportant d'une contrée saine en pays marécageux ? l'inoculation du virus ^,^jj syphilitique serait-elle empêchée par l'ingestion, préalable à la contamination, des mercuriaux? Nous pensons qu'il serait impossible d'admettre qu'il en soit ainsi ; les médicaments propres à combattre les altérations survenues dans l'organisme ne constituent pas pour cela des agents propres à neutraliser ,,., les principes nuisibles qui engendrent ces altérations. C'est contre celles-ci ■ j que le médicament s'adresse, et il ne peut par conséquent être considéré que ., , comme un moyen de traitement des accidents existant avant son administration.
. Il Une des causes les plus puissantes de la diminution du goitre consiste dans ,j l'habitude assez répandue depuis un certain nombre d'années, de le soigner à " son début. Dans les localités où les individus atteints de goitre sont soumis à un '''^ traitement approprié, suivi avec persévérance, on a obtenu des résultats extrê- ^ ' mement satisfaisants. C'est ainsi que le docteur Dagand a guéri dans les écoles " du seul canton d'Albi près de quatre cents enfants. Il ne faut pas confondre ici , le traitement du mal existant avec la prétendue préservation qui consisterait à 1^"'^^ instituer la médication avant l'apparition du mal. En d'autres termes, s'il est "'* certain que l'administration persévérante de petites quantités d'iode font dis-
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paraître le goitre naissant, il n'est pas prouvé au même degré que l'introduction dans l'économie de la même substance médicamenteuse puisse empêcher l'apparition du mal.
11 est d'observation constante que dans toutes les contrées endémiques on rencontre un giand nombre d'habitants dans le plus complet dénûment. Beaucoup de familles n'ont qu'une nourriture insulfisante et peu réparatrice, qui n'est nullement en rapport avec les rudes travaux auxquels elles sont soumises. L'absence de travail pendant la mauvaise saison a une large part dans cette triste situation; de nombreuses localités sont en effet privées de moyens de communication et de toute industrie. Nous connaissons personnellement des villages dans le Tyrol, situés au bord d'un lac et au pied de montagnes complètement impraticables pendant l'hiver. Toute communication avec le reste de la contrée s'y trouve absolument interrompue pendant tout le temps que le lac est incomplètement gelé, ce qui dure plusieurs mois. On conçoit que dans ces localités la misère prend rapidement des proportions considérables, et qu'y a-t-il d'étonnant que des femmes affaiblies, étiolées, mal nourries, donnent naissance dans ces conditions à des enfants chétifs et qui subissent rapidement la déchéance organique dont les éléments se trouvent dans les eaux potables de la contrée ?
La mortalité des enfants dans ces contrées est extrême. D'après M. Niepce, sur SiOD enfants trouvés, placés en nourrice dans la vallée de l'Oisans, où règne l'endémie du goitre et du crétinisme, 14Ô seulement sont arrivés à l'âge de vingt ans. La mortalité a donc été de près de 95 pour 100. En outre, sur les 1.43 enfants trouvés qui étaient arrivés à l'âge de vingt ans, la moitié était atteints de goitre et de crétinisme à différents degrés.
Après avoir tracé le tableau de la misère qui atteint beaucoup de familles dans les localités frappées par l'endémie, après avoir fait remarquer que celle-ci sévit surtout dans les villages les plus pauvres et les plus isolés, les auteurs ont réclamé unanimement la création de nouvelles voies de communication; ils ont demandé en même temps qu'on recherchât les moyens d'apporter dans ces contrées des industries nouvelles dont l'administration favoriserait le développement.
Il importe de faire ressortir immédiatement ce fait que nous avons signalé jusqu'ici fréquemment, que dans les pays endémiques tous les habitants subissent l'influence et peuvent être considérés comme soumis à une véritable diathèse spéciale qui, dans les localités fortement éprouvées, pourrait, avec certains auteurs, être appelée la cachexie goitreuse et crétineuse. C'est doue à juste titre qu'on a étudié le mode d'administration de l'iode à des populations entières, puisqu'elles doivent être considérées comme contaminés eu bloc à des degrés divers. Le moyen le plus simple, le plus pratique qui s'est présenté à l'esprit consistait dans l'addition de certaines quantités du médicament au sel de cuisine, ce qui, sans en altérer le goût, serait d'une efficacité incontestable. On a remarqué en effet qu'il suffit de doses très-minimes d'iode pour combattre efficacement le goitre endémique, lorsque celui-ci n'a pas atteint un volume excessif. 11 l'ésulte même des recherches de M. Despine de Genève et de quelques-uns de ses confrères de la même ville, que l'action de l'iode est bien plutôt en raison directe de la durée de son administration que de la quantité des doses administrées. Il a suffi de l'usage très-prolongé d'un demi-milligramme par jour pour donner lieu non-seulement à la disparition du
goitre, mais même à certains phénomènes d'intoxication par la substance mc'dicamenteuse. Il paraît que Tiodisme est produit plus facilement par l'ingestion de petites doses que par l'ingestion de doses plus ou moins considérables. Il en résulte la nécessité de certaines précautions sérieuses dont l'observation n'est nullement impossible. La méthode de MM. Boussingault et Gange, qui consiste à mélanger au sel de cuisine une minime quantité du médicament préservatif, présente l'incontestalile avantage d'être applicable aux habitants pris en masse de toute une contrée; mais les dangers, au moins les inconvénients de . ce mode d'administration se manifestent par des phénomènes d'ioduration sur certains individus particulièrement susceptibles. Partout où la surveillance médicale peut être exercée, le mode d'administration de MM. Boussingault et Gange trouvera cependant une application utile ; sou efficacité n'est d'ailleurs nullement contestée, et il devrait être adopté comme règle générale, si le traitement collectif ne présentait pas des dangers dans les contrées où la surveillance médicyle fait défaut. Il ne serait nullement impossible d'organiser une surveillance médicale avec le concours des médecins des localités endémiques pour obtenir le contrôle nécessaire dans le traitement collectif, sous qucbjuc forme qu'il ait lieu. Ce traitement a été du reste institué déjà dans trois des départements français, le Bas-Rhin, la Haute-Savoie et la Seine-Inférieure. Dans ce dernier département, le mode d'administration de l'iode a été déterminé par le docteur Vingtrinier; il consiste dans quelques gouttes de teinture d'iode mélangées à l'iodure de potassium à chaque repas ; une pincée de poudre d'épongé calcinée sur la langue ; tous les soirs, des frictions pratiquées sur le cou avec de la pommade iodinée, et la suspension dans les rideaux du lit d'un flacon ouvert contenant de l'iode métallique; en plus, l'application des règles de l'hygiène générale. M. Morel a constaté que ce traitement était efficace, mais il est incontestable pour nous qu'il est trop compliqué. M. Morel convient du reste qu'il est difficile de le faire adopter, et qu'on échoue « contre l'incurie, l'apathie et quelquefois même l'opposition systématique des intéressés. » Ce traitement coûte eu outre 4 francs par tête, prix relativement élevé quand il s'agit de l'appliquer sur une grande échelle.
Il suffirait, selon notre conviction, d'adopter un seul mode d'administration générale de l'iode, et nous croyons que par l'ingestion directe de ce médicament en très-petites doses et journellement répétées on obtiendrait des résultats certains. Le point essentiel consiste dans la surveillance médicale, qui nous paraît nécessaire. Chaque fois que le traitement collectif a été appliqué dans les collèges et les pensionnats, dans les écoles communales, dans les prisons, dans les casernes, il a donné d'excellents résultats dépourvus de tous dangers. Le docteur Dagan a administré dans des écoles de tout un canton une pastille contenant un centigramme d'iodure de potassium à chaque enfant. Sur 640 enfants des deux sexes affectés du goitre, 490 ont guéri complètement et 129 ont été notablement améliorés. Il est intéressant de constater la durée du traitement dans ce cas : la guérison fut obtenue chez ces enfants 29 fois après 15 jours, 77 fois après 30 jours, 112 fois après 45 jours, 101 fois après 60 jours et 42 fois après 75 jours. On aurait du incontestablement élever les doses du médicament chez les enfants qui n'avaient pas complètement guéri : car il est difficile d'admettre qu'il existe des réfractaires absolus à un traitement d'une efficacité si puissante, il s'agit seulement d'appliquer des doses plus fortes ou de continuer le traitement pendant un temps plus long, dans les cas qui of-
frent une plus grande résistance. Par contre, le traitement viejit-il à être suspendu, l'individu continuant le même genre d'existence et subissant les mêmes influences nuisibles, le goitre ne tarde pas à reparaître. M. Dagan a observé plusieurs récidives successives ; mais il affirme que lorsque la guérison avait étéoblenue trois ou quatre fois cbez le même individu, le mal ne reparaissait plus. Ce médecin distingué n'a pas observé un seul cas d'iodisme ; il est vrai que son traitement s'appliquait aux enfants goitreux, à l'exclusion de ceux qui n'étaient pas atteints de cette infirmité, et qu'en général, selon bon nombre d'observateurs, l'iodisme ne se produit pas facilement chez les enfants. Il est important d'ajouter que le traitement du docteur Dagan revenait à 50 centimes par individu.
L'infusion de feuilles de noyer légèrement iodurées a donné d'excellents résultats sur les enfants. 11 serait aisé, les instituteurs et les institutrices aidant, de classer les enfants en trois catégories : les uns portant des signes évidents de la dégénérescence endémique, sur lesquels le médicament serait administré à. des doses un peu plus élevées que sur la seconde catégorie d'enfants, formée par le nombre de ceux qui ne portent que quelques indices prémonitoires du mal, et auxquels on administrerait des doses moindres. La troisième catégorie d'enfants, formée par ceux qui sont restés complètement indemnes, ne serait point soumise au traitement. Par ce procédé si simple et dont l'exécution nous paraît très-facile, on éviterait les inconvénients qui résultent de la méthode de MM. Boussingault et Gange, méthode qui exclut toute idée de dosage selon les individus.
Il résulte de tout ce que nous avons déjà dit que le moyen prophylactique le plus efficace est l'éloignement de la contrée où règne l'endémie. L'infiueuce héréditaire étant admise, on a proposé à juste titre l'éloignement de la mère pendant la gestation. Si l'on n'empêchait pas de celte manière la transmission et les dispositions fâcheuses préexistantes chez les parents, on éviterait au moins l'influence locale que subit la mère, influence qu'elle transmet nécessairement au fruit de la conception pendant la vie intra-utérine. Il existe des exemples d'enfants nés dans des contrées saines, mais de parents goitreux, qui ont échappé à l'influence héréditaire directe, et on peut au moins admettre que le crétinisme est beaucoup plus rare chez les enfants dont la mère s'est soustraite aux influences nuisibles pendant la gestation. Il est malheureusement difficile d'ordonner l'éloignement à des personnes qui ne sont pas dans l'aisance, et cette mesure ne pourra par conséquent que difficilement se généraliser. Par contre, l'éloignement des enfants nouveau-nés est beaucoup plus praticable et donne d'excellents résultats. Dans le Valais oii depuis plus d'un siècle l'habitude est adoptée d'envoyer les enfants en nourrice sur les montagnes, les bons effets ont suivi cette pratique. Les habitants des montagnes, étant ordinairement plus pauvres que ceux des vallées, reçoivent volontiers des nourrissons à très-bas prix, considération très-importante dans l'espèce. Les enfants assistés de la Savoie sont reçus en nourrice sur les montagnes dans des contrées saines, à des prix qui varient selon l'âge, mais qui sont toujours extrêmement modérés.
De nombreuses observations ont prouvé qu'il importe surtout de soustraire les enfants jusqu'à la sixième ou huitième année aux influences nuisibles, pour les préserver, totalement ou en grande partie, du mal endémique.
L'utilité des établissements spéciaux pour recevoir et garder les enfants dans
iagese
CRÉTINISME (btrliogp.apiiie). 205
des contrées saines et notamment sur les montagnes est incontestable et suffisamment prouvée. L'assistance publique du département de la Haute-Savoie a eu soin d'aménager des établissements semblables, et en a obtenu de bons résultats. Non-seulement on y a gardé des enfants dans le but de les préserver de l'endémie, mais on en a reçu aussi qui jiortaient les symptômes de la dégénérescence, dont la disparition en partie, ou en totalité, a été obtenue d'autant plus facilement par un traitement approprié, que les enfants étaient plus tôt soustraits aux inlluences nuisibles du milieu qui avait donné lieu à ces symptômes. Quant aux enfants ayant déjà subi à un certain degré la dégénérescence crétineuse et dont la guérison n'est plus à espérer, il est toujours possible d'obtenir l'arrêt du mal et de donner un certain degré d'éducation à ceux dont l'intelligence n'est pas encore complètement déchue. On a pu leur apprendre des métiers et leur donner quelques notions d'éducation intellectuelle, ce qui ex{)lique la création de plusieurs établissements médico-pédagogiques dans lesquels ils sont admis. Parmi ces établissements il convient de citer ceux d'Abendberg et de Marienberg.
Les enfants ayant subi la dégénérescence complète sont rél'ractaires cà tous moyens curatifs ou prophylactiques; les soins à leur donner relèvent de la charité, au même litre que ceux des idiots, et ils doivent être admis dans des maisons de santé, dont la salubrité et les bons aménagements ne sauraient être négligés. BAHJ.Aur.KR et Krishabeiî.
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CREUSETS (de xwvïOw, fondre : d'où x^viiov ou ;)^wv£yTÂptov, creuset), D'autres font venir le mot de crucibulum, nom donné par les alchimistes aux vases employés à la fusion des métau.\. On appelle creusets des vases de terre
ou de mêlai destinés à faire fondre certaines substances, et qui ont ordinairement une forme conique et triangulaire
On se sert souvent dans les laboratoires de simples creusets de grès ou de porcelaine, qui ont rinconvcnient de se casser sous l'action des changements rapides de température.
Les creusets de Hesse, si usités, sont faits d'argile réfractairc. On les fabrique surtout, aujourd'hui, à Sarreguemines. Us résistent à de très-hautes températures et à de brusques variations, surtout ceux qui contiennent peu de chaux et de fer. On fait aussi des creusets réfractaires avec les mêmes cokes métalliques qui servent d'éléments dans la pile de Bunsen et qui ont presque la dureté du diamant; ils se trouvent dans les cylindres où se produit le gaz d'éclairage. On en fabrique de même pour les fondeurs en cuivre avec la plombagine (graphite, mine de plomb), mais surtout, pour la grande industrie métallurgique, avec la magnésie, que son iufusibilité a d'ailleurs fait utiliser pour la construction de vases réfractaires de toutes formes. 11 y a des creusets de fer, d'argent, de platine. Les creusets de ce dernier métal, qui se ramollit au rouge blanc, mais ne fond qu'au chalumeau à oxygène et qui est inaltérable par les acides, sont employés journellement dans les expériences chimiques.
Nous n'entrons dans aucun détail sur le mode de fabrication de ces différents creusets, cette question n'intéressant que l'industrie. Nous ajouterons seulement, que, pour la fusion des métaux, on se sert quelquefois de creusets dits brusqués, qui ne sont que des creusets en terre réfractaire, remplis d'une pâte de charbon de bois pulvérisé, dans laquelle on a pratiqué une petite cavité conique, et qu'on a soumis à la dessiccation. C'est dans cette cavité [hrasque], qu'on place les oxydes dont on veut extraire les métaux.
On comprend que la composition des creusets ne soit pas indifférente eu égard aux opérations chimiques qui doivent s'y accomplir. Ceux qui sont composés d'argile sont attaqués par les matières où entrent la potasse, la soucie, l'oxyde de plomb, le bismuth. Les creusets de fer conviennent aux opérations qui comportent l'emploi des alcalis.
Les creusets d'argent sont surtout employés pour fondre la potasse caustique, le nitrate d'argent et quelques autres sels, comme le nitrate de potasse. La fusibilité de l'argent s'oppose à ce que les creusets fabriqués avec ce métal puissent servir pour des températures un peu élevées. Les creusets de platine, au contraire, sont précieux à cause de leur infusibilité au feu de nos meilleurs fourneaux, mais il faut avoir soin de n'y pas faire chauffer de l'acide phosphorique ou des phosphates, de l'acide arsénieux ou des arsénites et des arséniates*, avec du charbon. Ces métaux mis en liberté détermineraient la fusion du platine. L'eau régale, la potasse, la soude, la lithine, le soufre, le mélange de silice et de charbon rendent les creusets de platine rugueux et cassants.
11 serait d'ailleurs difficile de faire ici l'énumération de toutes les circonstances qui rendent applicable l'emploi de telle ou telle nature de creuset. Un chimiste instruit s'en rendra compte au moment de procéder à ses opérations.
Les creusets se placent au milieu du feu, sur une rondelle de terre cuite nommée fromage, qui le sépare de la grille du fourneau. Lorsque le corps à fondre est très-fusible, un fourneau ordinaire suffit. Quand on a besoin d'une température plus élevée, on recouvre le fourneau d'un dôme qui empêche la déperdition de la chaleur par le haut et la réverbère sur le feu lui-même et le creuset. Ce fourneau est connu sous le nom de fourneau à réverbère.
214 CREYE.
Lorsqu'on veut obtenir une chaleur plus forte encore, on ajoute à la cheminée du dôme un tuyau de tôle d'un ou deux mètres de longueur, dont l'effet est d'établir un courant d'air considérable dans l'intérieur du foyer. Enfin si l'on veut encore élever la température, on emploie le fourneau dit fourneau de fusion, dont les parois, construites en briques, ont une épaisseur considérable qui s'oppose à la déperdition de la chaleur, et dans lequel le feu est alimenté par un fort soufflet. A. Dechambre.
CREUZXACII. Voy. Kreuznach.
C'IlEVA^iSES. Voij. Gk.rçuues.
CREVE (.loHAîSis-CASP.vB-lGNAZ-AiNTON). Médeciu allemand de xnérite, naquit à Coblcm/, le 28 octobre 1769, fit ses études médicales à l'Université de Mayence et y prit le bonnet de doclcin- en 1792. Dès l'année suivante, le 11 déccndjre 1793, ce savant médecin fut nouuné professeur extraordinaire à la même Université, supprimée peu après, et plus tard conseiller aulique et conseiller médical, assesseur de la Faculté de médecine, etc. Vers 1800, il quitta moraenlanément l'enseignement et s'établit à Elteville, dans le Rheingau, mais il n'y resta que j)eu d'aimées et se rendit finalement à Francfort-sur-le-Mein, où il devint professeur do médecine à l'Kcole médico-chirurgicale, conseiller médical supérieur et membre de la Landesreqierung^ et enfin conseiller secret du duc de Nassau. 11 pratiqua la médecine avec le plus grand succès dans sa noiTOlle résidence et mourut à Ellville, où il s'était retiré le 7 juillet 1855, après une carrière bien remplie et à un âge fort avancé.
Crevé est l'auteur d'un grand nombre de publications relatives à la médecine et surtout à l'obstétrique; il s'est beaucoup occupé entre autres de lu forme et des maladies du bassin chez la femme. Il obtint en 1798 une médaille d'or d'une grande valeur de la Société de médecine d'Edimbourg pour un mémoire sur le galvanisme. Nous citerons de lui :
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— VllI. Beschreibting der Gesundbrunnen zii Weilbach iin Herzoglhwiie Wassaii. ^Viesbaden, 1810, gr. in-8°. — IX. Ueber den Chemismus der llespiration. Frankf. a. M. 1812, in-4''. — X. Over de vereisc/Uen bij de Breuksniiding. Amst., 1808. gr. in-S", pi. — XI. Fow Spreng",!! der Kindesivâsser. In Stark's Archiv fur Gebiirisli. Bd. V, St. 2, p. 501, 1793.
— XII. Vorlâufige Bekanntmachmig der enldeckten Natiir des Melallreitzes. In Ued.chir. Zeit., Bd. I, p. 49, 1790, et Beitrâge dazu, Bd. I, p. 524, 1797. — XIII. Vekr die Bewegung des Augensterns. In Blumenbaclis inedic. Bibl., Bd. III, p. 081, 1795.— XIV. Von der thierischen Electricitcit. In Schrift. der Berlin. Gesellsch. naturf. Frewide. Bd. XI, p. 113. — XV. Epistola ad Soc. Med. quœ Edinburgi est (au sujet d'un mémoire sur le galvanisme couronné par cette société en 1798). Ext. in Edinb. Annals of Med., t.^', p. 259, 1801.— XVI. Précis historique de la découverte de l'irritation métallique. Extr. publ. in Mém. de la Soc. méd. d'émulat. de Paris, t. I, p. 592. — XVII. Dissertation sur la question suivante : Quelles sont les influences sympathiques qu'exercent réciproquement les uns sur la autres les divers systèmes et organes de l'économie vivante. Ibid., t. W, p. 580, an VII (1799). —XVIII. De galvanismi in praxi medica usa. Extr. publ in Journgén. de méd. de Sédillot, t. XYIII, p. 201, an XII (1804). L llx