‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.23Chapitre 14 sur 52 · CALME · texte numérisé non relu

CALME

Janvier. .

Février. .

Mars. . .

Avril. . .

lo

Mai. . . .

Juin. . .

Juillet. .

.\oûl. . .

Septembre

Octobre. .

Kl

Novembre.

fi

Décembre.

Total

li)

:"jj

La température est exprimée en degrés Réaumur. La hauteur du baromètre en demilignes russes ou anglaises. L'humidité absolue en lignes russes. La quantité de pluie ou de neige en pouces russes.

La quantité de nuages exprimée en chiffres correspond : 0 ciel serein ; 0,5 nuages légers, nuages à l'horizon; 2, nuages disséminés, cirrus; 5 ciel nuageux, nimbus, stratus cumulus ; 4 couvert.

Pour les mois de janvier, février, mars, octobre, novembre et décembre, les observations ont été faites à 8 heures du malin, 10 heures, midi, 2 heures, du soir, 10 heures du soir. Pour les mois d'avril, de mai, de juin, de juillet, d'août, de septembre, à 7 heures du matin, 10 heures, 12 heures, 2 heures du soir, 10 heures du soir. Les températures maxima et minima de chaque jour ont été obsei-vées au thermographe. Les moyennes journalières ont été calculées en divisant par deux les observations recueillies à 10 heures du matin et à 10 heures du soir. Pour calculer la moyenne annuelle, les observations recueillies à 7 heures du matin en été et à 8 heures en hiver ont été combinées ensemble.

Flore. La Flore de la Crimée montre plutôt le rapport du développement des espèces avec les conditions locales que la vérité de la loi des Aires. Dans les vallées dont l'exposition est favorable, la plupart des espèces appartiennent à la Flore méditerranéenne ; c'est-à-dire à la Flore des régions dont la moyennne de température annuelle est de 15 degrés, et la température estivale de plus de 20 degrés. Je citerai, d'après Pallas et M. Leplay, les espèces suivantes : Ptinica granatum L. Olea europea L. Celtis australis L. Pistacia lentiscus L. Paliurus aculeatus L. Jasminum fruticans L. Camphorosma monspeliaca L. Herniaria fridicosa L. Ferula communis Desf. Tamarix cjallica L. Linum luteum M. B. Asphodelus ramositsL. Laurus nohilis L. Fagonia creticaL. Tribulus terrestris L. Peganum harmala L. Capparis herbacea W. Cistus incaniis Pall. Rusais aculeatus L. On rencontre, au contraire, sur les parties élevées de la chaîne Taurique où les vents du nord ont accès les représentants de la Flore des régions tempérées froides : Juglans regia L. Fagus sylvatica L. Quercus pubescens W. Carpinus betubis L. J^miperus oxijcedrus (Propidus tremula). Alnus incana.

Dans la région des steppes oii alternent les sables des marais, les terres arables;

les espèces varient avec la nature du sol. Ce sont principalement les variétés de souchet : Cyperus fuscus L. C. patulus kit. C. flasvescens L. C- Pannonicus Uclib. Elceocharis palustris Brown. Les scirpes : Scirpus paluslris L. S. maritimiis L. Les Jaîches : Carex glauca. Les graminées : Milium effusum L. Stipa tortilis Desf. Stipa pennata L. Bromus inermis VM. Agropyrum cristatuin P. B. Enfin à défaut d'espèces arborescentes une assez grande variété de plantes annuelles :Alliuin moscatum allium spliœrocephalmn L. Stellera passerina, Polygonum arenarium, Salsola arenaria, Salvia horminuni L. Marrubium peregrinum L. Verbascum phlomdides. Echiiim Vulgare. Campnnula {rapunculoides). Chondrilla juncea. Picris hieracioïdes. Cenlaurea crupina. Xeranthomimi annuum. Anthémis austriaca Jacq. Anthémis monogyna \V. K. Alcœa rosea L. Gypsophila gîomerata Pal. Sedum telephium L. Medicago minima Lam.

En s'élevant des steppes par les vallées inférieures de la chaîne Taurique, la Flore est d'autant plus riche et plus variée qu'on monte davantage. Pallas note ~" les plantes suivantes -.Salvia habliziamaPa\., un grand Hedysarum à fleurs blanches veinées de rouge. Onosma simplex, Carduus elegans, Carlina lanata, jjil Saturcia montana, Convolvidus cantabrica, Convolvulus terrestris, Carpinns minuta, Quercus cerris Pull. Juniperus Phœnicea, Pyrus nivalis. Prunus '^^ spinosa, Rosa spinosissima, Rosa Pygniea, Riita linifolia, Euphorbia myrsi- ^* nites, StaUce trigona, Lychnis divica, Lychnis Conoidea, Serpyllum citri odoris, Sideritis syriaca Pall. S. Montana, Iris pumila, Asphodelus Meus, Ornithotcmfc 5^^^"^ monile. Toute cette région est d'une beauté ravissante, non-seulement • ,r par des espèces intéressantes et jolies, mais surtout par la magnificence d'arbres V !■ admirables, par leur développement et la beauté de leur végétation. \y L'olivier, le grenadier, le laurier, les arbres fruitiers, le cyprès, l'acacia ' {Mimosa arbrea), les vieux noyers couvrent de leurombre des jardins, des vignes. ^ La violette, les orchidées les plus variées se cachent sous les buissons d'aubé- , pine, d'alisier, de houx ; sur les terrasses supérieures, se développent les plus belles espèces forestières : Le Fayiis sylvatica domine surtout dans la forêt de ' Korbek, le Carpinus sylvatica y atteint une grosseur prodigieuse au milieu des ' ' chênes {Quercus cerris) ; des pins maritimes {Pinus maritima) ; des charmes {Carpinus sylvatica); {Carpinus betida); des peupliers, des trembles {Populus nigra, Populus tr émula).

ipj* En redescendant vers la mer, on rencontre sur les rochers : VAvena fatua, m.8» Cynosurus aureus, Alyssum saxatile, Coronilla Emeriis, Spirœa crenata tiei^ Saxifraga granulata, Cerastmm tomentosum, Asplenium Ceterach, A. tricho- •nsf mânes. Au bord de la mer : Crambe maritima, Bunias cakile. Sur le sable : defl' Salsola tragus, Elymiis, Astragalus Ponticus Pall, Onobrychis, Cheiranthus te:!* Eryngiwn maritimîmi, Statice limonmn. Autour des lacs : Salicornia strobilacea Ifè S. Ilerbacea, Atriplex portulacoides, Atriplex laciniata, Salsola kali. Anluur ,ftf/i des volcans de boue : Lepidium crassifoUum, Camphorosma, Statice scoparia.

,5fe(i< Faune. La solitude des steppes, leur fécondité accroissent la population

ijjlJ zoologique de la Crimée ; les grands espaces qui l'entourent donnent passage aux

jlji rapaces qui s'y abattent pour y trouver leur proie. Pallas et M. Huot (Demidoff,

jj5i^ ouvr. cité), ont assez insisté sur la richesse zoologique de la Crimée pour que

iii0 j'essaie de donner une idée de la variété des espèces de cette région intéressante.

g0 Carnassiers. Le loup, Canis lupus, établit son domaine près des grands pacages ;

le renard, Canis viilpes; le blaireau, Mêles taxus Storr ; la belette, Mustela mrmatica Pall.; la fouine, Mustela fouina; le putois, Mustela putorius errent autour des villes et limitent la reproduction des rongeurs qui creusent de lenrs terriers rimmensité des steppes. L'ordre des Insectivores est représenté par le hérisson, Erinceus auritus Pall. Une musaraigne, Sorex leucodon llerra. Celui des Rongeurs par un lièvre grisâtre très-commun, le Souslik,S7Jermo/j/u7!<s citiillusY. Cuv., le rat fouisseur, Chthomergus murinusF. Cuv. Mus talpinus Pall., le campagnol, Hypudœus arvalis lllig, Mus arvalis Pall., le surmulot, Musdecumanus Pall., le rat de Pallas, Mus minutus, la gerboise, Dipus jaculus Pall. Dans l'ordre des Ruminants : l'Aurochs, Bos unis, le cerf Cervus claphus ne figurent plus qu'à l'état fossile dans l'argile quaternaire des steppes. Les espèces vivantes sont : le chevreuil, Antilope rupicapra Pall., le dromadaire, Camelus bactriamis, trcs-a])précié des Tartares; le buffle, Bos bubalus, représenté par une espèce petite et rabougrie; le bœuf, Bos iaurus, élevé comme bête de travail. Des clièvres remarquables par la beauté de leur poil ; d'innombrables troupeaux de moutons vivant toute l'année au pacage. L'espèce de Crimée a, de particulier, une queue énorme chargée de graisse, dont le poids peut s'élever à 2t) livres. L'ordre des Pachydermes est représenté par un cheval de petite taille, ailmirable de vigueur et de vivacité.

Oiseaux. Les rapaces sont nombreux. Les vautours Vullur meleagris Pall., Vultur fidvus Gmel. planent sur les troupeaux. Les faucons : Falco cenchris Nenm, Falco peregrinus Gmel, Falco tinnonculus L., ravagent les petits mammifères des siepi)es. Citons encore l'aulour, 'Accipiter asturPaW., le grand aigle, Aquila nobilis Pall., Folco fulvus L.; l'aigle des steppes, Falco nœviiis Gmel, Parmi les Passereaw^, le genre Corvus : CorvuscoraxL., CorvuspicaL., Corvus frugilegus L. très-commun; les élourneaux : Stenus vulgario L. ; un bec fm particulier à la région, Sylvia pkœnicurus Lath., très-commun; la calendrelle. Alauda brachydactyla Leisl.; l'aloiiette, Alaiida nivalis Pall.; l'embérize, Emberiza pithyornus Pall. Les Gallinacés sont représentés par la perdrix grise, Perdix cinerea Lath.; loutarde, Olis tarda L. Les Palmipèdes par le cygne, Anas cygnus Gmel. ; l'oie, Anser. Les Echassiers par le Héron Grand-Butor, Ardea stellaris L.; la demoiselle de Numidie, Ardea Virgo, qui font leurs nids dans la partie découverte des steppes. Il n'y a pas en Crimée de reptiles venimeux. Les lézards, Lacerta taurica Pall., courent sur les roches échauffées pai le soleil. Le seul ophidien remarquable est une grande couleuvre, Coluber irabalis Pall.

Les rivières très-rapides sont peu poissonneuses. La truite, le barbeau, la lotte sont les poissons les plus communs.

Les seuls insectes nuisibles ou incommodes sont le scorpion, Scorpio carpathicus L. et le cousin, Culex annulatus.

Population. Mœurs. L'origine de laTauride, des Taures ou Tauriens appartient aux temps fabuleux. Mais sitôt qu'il y a une histoire, elle appelle l'attention sur cette petite région; l'invasion des Scythes, l'expédition de Darius, y ont leur retentissement. Les noms grecs de Nymphée, de Théodosie, de Panticapée, rappellent les migrations des Hellènes ; celui de Gothie qu'a porté la Crimée au cinquième siècle, une grande invasion des peuples du nord de l'Europe, voisins de la Baltique jusqu'à la péninsule Taurique, qui a vu naître la race Slave du mélange des races Scandinaves et des Saces de l'Arie. A ces premières invasions

CRIMÉE. 'i-i'>

succèdent celles des Mongols el des Tartares : Huns, Avares, Petchcnègues, Ovilzifçoures. Le iils de Gengis Khan, Batou Khan, y établit sa domination an treizième siècle. Maîtres à leur tour de la Grimée, les Turcs lui donnèrent pour souverains des khans de leur choix pris dans la famille de Gengis Khan, jusqu'en 1785, où ChahineGhiraï abdiqua en faveur de la Russie.

La population de la Grimée est d'environ 306 597 habitants (recensement <le 1851). De ces habitants, les Tartares forment plus de la moitié. Viennent ensuite les Uusses: nobles, mouUahs, agriculteurs ; les colons allemands; les Juif^, les Arméniens et les Tziganes. Les Tartares qui forment le fond de la population, ■vivent dans les villes et les campagnes où ils sont tellement disséminés qu'on ne compte, en moyenne, que 12 habitants par kilomètre carré. Les Tartares apparliennent à la môme race que les Turcs, qu'ils n'ont fait que précéder en Europe. Ils ont conservé le type et les traits de la race du Turkestan.

Le costume des hommes, disposé principalement contre les rigueurs du climat, se compose d'un bonnet de peau d'agneau qui ne quitte jamais la tête, d'un kafetan de peau de mouton et de larges bottes. Les femmes sacrifient plus à la toilette, recherchent les riches vêtements, se teignent les cheveux, se couvrent les joues de fard, portent des anneaux aux doigts, aux bras et même au nei. Elles vivent dans l'isolement et ne sortent que voilées. Les maisons des Tartares sont autant que possible adossées à des rochers qui leur servent d'appui contre les ouragans. Construites en clayonnage revêtu d'argile, éclairées par des ouvertures étroites qui remplacent les fenêtres, elles ne sont en communication avec l'air extérieur que par la baie de la porte, insuffisante à l'aération de l'espace où la famille vit en commun au milieu d'une atmosphère qui n'est ni éclairée par le soleil, ni suffisammeut renouvelée.

L'alimentation des Tartares se compose de pain mal cuit, d'une sorte de fromage fait avec le lait aigri, le jugurlh dont Dieu aurait révélé la recette à Abraham. Ou ne se permet le chichllk, petite brochette de morceaux de mouton rôti, que dans les jours de liesse. La boisson la plus ordinaire est leau pure. Viennent plus rarement le youghourt préparé avec du lait fermenté ; le bouza, sorte de bière d'un goût désagréable faite avec le millet, enfin le bekmès, suc de pommes, de poires ou de prunes épaissi à l'aide du feu et dissous dans l'eau, Comme tous les peuples musulmans, les Tartares s'abstiennent des boissons défendues par le Coran ; ils trouvent aussi agréable de manger d'excellents laisins que d'en faire du vin,

La Grimée, qui fut jadis le grenier de la Grèce asiatique et deConstantinopIe, ne tire pas de ses steppes les moissons considérables qu'elles pourraient donner à des habitants plus industrieux et plus riches. Après des troupeaux qui forment le fonds principal de sa richesse agricole, la vigne est son meilleur produit. Les coteaux de Balaclava, de Théodosie, de Soudak et de Koz fournissent de bons vins, peut-être plus vantés qu'appréciés par les Russes. Viennent enfin d'excellents fruits : noix, olives, pèches, grenades. Le miel de Symphéropol et d'Esky Krim est renommé, ainsi que le tabac et le lin de Parthenile.

Les eaux minérales de la Grimée sont les eaux sulfureuses de Lafour-Dagh et les boues de Sak, employées les unes et les autres contre les affections rhumatismales et scrofuleuses, également fréquentes.

Pathologie. Etant données les conditions précédentes, sur lesquelles nous avons insisté : un climat excessif par les rigueurs de l'hiver et les chaleurs de nicT, ENc. XXIII. là

l'été, excessif par les variations brusques de température ; de vastes marais ; une population à demi civilisée vivant dans le méphitisme d'habitations calfeutrées contre le froid, on pourra prévoir, si l'on est plus disposé en faveur des principes de l'bygiène que de la fatalité de la statistique ou des mystères de l'antagonisme, quelles doivent être, en Crimée, les affections dominantes. Les renseignements fournis par les voyageurs, les publications médicales, enfin les grands événements militaires dont la Crimée a été le théâtre confirment ces prévisions, et témoignent de l'importance de la géographie médicale dans l'analyse des causes des maladies.

D'après le docteur Andriewski, cité par M. Demidoff {ouv. cit.), la dysenterie est endémique en Crimée où elle est causée principalement par les refroidissements brusques que produisent les vents froids du nord et du nord-est. Les fièvres de marais de tous les types : intermittentes, subcontinues; de toutes les formes : simples, pernicieuses, typhoïdes, régnent sur une grande étendue du , territoire de la Crimée, particulièrement dans le voisinage du Sivach, de Korlof et surtout de Pérékop, que les marais salants halad Gheul et haram Gheul rendent tout à fait inhabitables.

En face de ce premier groupe d'affections qui dépendent du climat et du méphitisme du sol, se place celui des affections typhoïdes qui ont plus de rapport avec les habitudes et les mœurs. La fièvre typhoïde, peutrèlre plus rare en Crimée que dans les autres régions de l'Europe, y a régné épidérniquement plusieurs fois, notamment en 1841 et en 1843 (Hirsch, oiiv. cit.). D'après Scrive [ouv. cit.), le typhus auquel les Tartares donnent le nom de havarourouchou, est endémique en Crimée.

Les grands courants épidémiques ont presque toujours rencontré la péninsule Taurique sur leur route, qu'ils l'aient abordée par terre ou par mer. La grande peste noire que les historiens font se développer en Chine, aurait envahi l'Europe par la Tartarie et la Crimée atteinte en 1546. La peste à bubons a été plusieurs fois importée soit de Constantinople, soit des provinces danubiennes; sa dernière appaiition date de 1828. Le choléra qui en juin 1850 a envahi la Crimée, en passant par le Caucase, lui est arrivé par la mer Noire, en 1847, 1856 et 1865.

Les maladies constitutionnelles qui se rattachent à la manière de vivre et aux mœurs sont fréquentes en Crimée. Les affections scrofuleuses y sont très-répandues ; elles sont dues très-probablement à une mauvaise alimentation et à des habitations dans lesquelles ne pénètre jamais un rayon de soleil. Le développement de la prostitution, l'imprévoyance d'une population ignorante expliquent comment on rencontre tant de malheureux porteurs des lésions ou des cicatrices de la syphilis constitutionnelle.

Nous ne sortirons pas du domaine de la géographie médicale en complétant le tableau de la pathologie de la Crimée par celui des maladies des armées, qu'on peut considérer comme dépendantes de conditions locales déterminées, ou comprises dans la qualification vague d'endémiques. De ce nombre sont : l'ophthalmie militaire et le typhus.

Vophthalmie militaire, dont l'extension épidémique peut être rattachée aui conditions qui, comme le froid et la vie en commun, favorisent la transmission par contagion, atteint l'armée russe en Crimée et en Finlande. Presque toujours, les troupes la contractent en arrivant et ne s'en débarrassent qu'au départ. En 1836, elle prit en Crimée des proportions considérables : 60 hommes du régiment de

Mûdlin perdirent la yuc à Sébastopol.Le docteur Kabatli, médecin de l'empereur de Russie, élève à 5,000 le nombre des personnes atteintes par la maladie.

Typhus. L'armée française, éprouvée, dès son débarquement en Grimée, par une épidémie de choléra, soumise sans répit aux travaux d'investissement de Sébastopol et à des combats journaliers, fut frappée d'une épidémie de typhus que les médecins de l'aimée française crurent pouvoir attribuer au méphitisme des campements, aggravé par le froid et l'agglomération. En effet, répidémie qui, sur un effectif de 115,000 hommes, en atleignit 11,124 et fut la cause de G, 018 décès, commença dès le commencement de l'hiver 1854 à 1855, alors que rien n'était préparé pour se garantir contre un froid de — 22-2 i degrés, et que les moyens employés par les soldats pour clore des abris improvises les transformaient en foyers d'infection. Toutefois dans le premier hiver, 1854 à 1855, il n'y eut que 711 malades et 529 décès sur un effectif de 90,000 hommes, 5,65 sur 1,000. L'épidémie, apaisée pendant l'été de 1855, subit une nouvelle èi aggravation pendant l'hiver de 1855 à 1856, pendant lequel, sur un effectif de 5k 140,000 hommes, on compta 10,413 malades et 5,689 décès ou 4,6 sur 1,000, comme si l'arrivée des troupes arrivant de France avait apporté un aliment à ii l'épidémie.

iliEi Quelque favorables que soient les événements médicaux, accomplis en Crimée, à

jiliii la doctrine si compréhensible de Pringle sur le développement spontané du typhus, dans des conditions hygiéniques déterminées, on en a depuis contesté l'interprétation. M. Chaufi'ard, renouvelant la doctrine de Bancioft, s'est demande si les conditions de souffrance au milieu desquelles s'est ti^ouvée l'armée française, n'avaient pas simplement favorisé l'extension épidémiqne du typlius communiqué à cette armée, soit par les prisonniers russes, soit par les Tartares chez lesquels le typhus est endémique. Réduit aux termes d'une rjuestiun particulière, le problème est insoluble, ce qui ne prouve rien sur la supéiiorité de la ,|)à conception d'ilildenbrand sur celle de Pringle. Faire du typhus une maladie iué particulière à certaines races, à certains peuples, parce qu'à notre époque il |jj sévit particulièrement en Silésie et en Irlande, comme la peste en Egypte, est Il une autre chose ; c'est donner au mot endémie une valeur qu'il ne comiiorte pas, en dehors des conditions d'existence des peuples qui rendent la mahiilie ijcrsis- , ^^ tante, là oiiles causes le sont également ; tandis que, se produisant acciilentelle- ^ ment, elles donnent ailleurs à la maladie sa forme épidémique et accidentelle.

atlOl* BiBLroGRAPHiE. — DussiEux. Géographie générale. Paris, 1866, iii-8°. — P.affy. Élude qéo-

[^(|ï graphique sur la Crimée. Toulouse, 1855, in-8°. — Pallas. Voyage entrepris dans les gouvernements méridionaux de la Russie, dans les années 1793 et 179i. Traduit de l'allemand "•^^ Paris, 1803, pet. in-4°. — ^'k^caïkc. Histoire des progrès de la géologie. ?av\s 1847 7 vol. im in-8°. — Demidoff (Anat.). Voyage dans la Russie méridionale et en Crimée. Pari/ 1841

5 vol. gr. in-8°.— ScHsiTZLER. La Crimée. Paris, 1855, 6 vol. in-S'avec carte. Bonseau (A.)'.

j De la Crimée. Revue contemporaine, 1855. — Hirsch. Uandbuch. der historisch.-geogra- ^^] phischen Pathologie. Erlangen, 1860. Laveran

an»*

jiç CRiiM (Hygiène publique et professionnelle) . Le maniement et la préparation

" ■ des crins pour les usages industriels divers auxquels ils sont destinés, entraînent

1 soit pour le public, soit pour les ouvriers, un certain nombre d'inconvénients que

' ,. les hygiénistes ont à prévenir ou à combattre.

' , Cet article sera partagé en deux parties : dans la première nous parlerons de

' l la préparation des crins ; dans la seconde de l'application ae ces matières pre-

'',', mières à la fabrication des brosses.

iri

1. Préparation et apprêt des crins. On connaît dans le commerce deux sortes de crins : le crin plat tel que le fournit l'animal, et lecrm crêpé, filô en cordes et soumis à l'ébuUition ])onr lui donner une sorte de frisure. Ils proviennent du porc, du sanglier, des clicvaux ou des bœufs. Les crins de porc, pour la plus grande partie, nous aiTivent de l'Amérique du Sud (Brésil, Buenos-Ayres) ou de Russie et de Moldavie. Les porcs de ces contrées, vivant à l'état à peu près sauvage, donnent des produits de bien meilleure qualité que les nôtres, fournis par des animaux croupissant dans une malpropreté proverbiale.

Le déballage des crins est acconqjagné de la production de poussières qui se détachent des poils ; aussi la première opéralion à faire est-elle de les laver à grande eau pour les débarrasser, autant que possible, des détritus divers (sang coagulé, boues, matières excrémentitielles, etc.) dont ils sont souillés. Ou procède ensuite an triage suivant les dimensions; puis an peignage des grands que l'ouvrier enroule autour de sa main pour les présenter à la mncbine (loup), el au battage des petits ; ce qui donne lieu à beaucoup de poussière. Les petits el moyens sont ensuite cordés etiîlés. Autrefois pour les débarrasser des matières, organiques dont ils sont entoui'és, surtout à leur racine, on avait recours à la fermeulaliou. On introduisait les crins dans de grandes fosses en partie pleines d'eau et que l'on couviait ; puis, suivant la saison, on les laissait macérer quinze jours, trois semaines, un mois. On comprend quelles émanations putrides devaient se dégager de ces fosses, quand on venait à les vider. Aussi l'apprêt, dam ces conditions, était-il rangé dans la première classe des établissements insalubres. Outre les exhalaisons putrides, dont nous venons de parler, la fermentation avait encore un autre inconvénient, c'est de détériorer la matière premièrt et d'occasionner un déchet qui s'élevait quelquefois jusqu'à 30, 40 et même 50 p. 100. On se borne aujourd'hui, après le peignage et le filage, à les faire bouillir dans des chaudières ; après quoi on les fait sécher.

Les crins destinés aux selliers, tapissiers, matelassiers, etc., sont ordinairemenl, après le bouillage, passés à la teinture dans un bain de campèche et de sulfate ou d'acétate de fer qui les colore en noir, puis rincés et séchés.

Le travail accompli dans ces conditions appartient seulement à la seconde ou même à la troisième catégorie; c'est qu'en effet tous les inconvénients se bornent à l'émission des buées désagréables, pendant le bouillage et la teinture; ces inconvénients peuvent être à peu près annihilés par les précautions dont nous parlerons plus loin. On a encore noté le danger des incendies à cause des étuves.

Relativement aux ouvriers, ils sont particulièrement exposés à quelques accidents que nous devons faire connaître.

Le déballage et le battage des crins peuvent donner lieu à des éruptions furoaculeuses et même charbonneuses, connues depuis assez longtemps déji. Ainsi, on lit dans la Gazette de santé du. 6 mars 1777 : « Le charbon malin a attaqué à Paris, en février, quelques ouvriers qui ont ouvert des ballots de crin tiré delà Russie, et qu'ils avaient épluché sans précautions. Ces accidents ne sont pas rares chez les cordiers-criniers. » De son côté, M. Ibrelisle a observé en iSi'i des accidents assez sérieux chez les détenus des prisons de Metz, qui, depuis l'année pi'écédente, étaient assujettis au travail des crins. Ce travail ne pouvait avoir lieu, comme en ville, dans des localités convenablement aérées, et disposées à cet effet; et, en outre, les industriels du dehors, par économie et dans l'intérèl de la salubrité de leurs propres ateliers, ne livraient aux prisons que des crins de qualité inférieure.

M. Ibrelisle a constaté, dans le courant de l'année, vingt-sept cas de furoncles et d'anthrax, dont quelques-uns avec gangrène, mais tous suivis de guérison. Tout en tenant compte des fâcheuses conditions individuelles dans lesquelles se trouvaient les détenus, il Auit bien faire entrer en ligne de compte le travail du crin, puisque ces accidents n'eurent pas lieu dans les autres ateliers de la prison ; aussi, s'est-on empresse d'améliorer les conditions hygiéniques dans les- ({uelles le travail s'accomplit.

m\ M. Tardieu et après lui M. Vernois ont rcconmi que l'artisan occupé à peigner

ilesi les crins présente à la main droite, autour de laquelle s'enroulent le crin et la fa poignée qui le retient, un gonflement et une rougeur limitée qui se remarquent lè,(l à la face dorsale, au niveau des quatrième et cinquième métacarpiens. Il n'est smii pas rare de trouver en même temps une enflure assez considérable des jambes, «Il et surtout de la gauche, qui supporte tout le poids du corps, la droite étant .l^j( portée en avant et demi-fléchie, comme dans certaines positions de l'escrime ;fcs (Tardieu).

Prophylaxie. Un assez grand nombre de moyens et de précautions ont été proposés pour lutter contre ces inconvénients, nous devons les faire connaître. Aotons, avant fout, que la préparation par la fermentation putride doit èlre formellement interdite.

1" Ou ne doit opérer le déballage que sous dos hangars forlcmeul aérés; dr même, les opérations à sec du triage, du pcignage, du battage doivent avoir lieu dans des localités bien ventilées; relativement au cordage, il peut être effectué par des machines à bras, dans les ateliers. La corde cylindrique est recouverte par une enveloppe en tôle, que surmonte un tuyau également en tôle, par lequel s'échappent les poussières et qui doit s'élever au-dessus de la toiture (Com. dliijg. de la Gironde, 1855, p. 284).

2° On aura des ateliers séparés pour les cuves à bouillage pour la teinture et pour les étuves.

3° Les fourneaux seront construits en briques et séparés des murs de l'édifice par un intervalle de 50 centimètres. Les chaudières à ébiillition seront fermées par un couvercle en métal; pendant l'opération, on pourra agiter les crins sans découvrir les cuves. Celles-ci seront placées sous de larges hottes, qui en dépasseront le pourtour, et elles seront terminées par un conduit se rendant à une cheminée commune d'expulsion, et haute de 20 à 25 mètres. Pour plus de précautions, on pourra fermer, par devant, le manteau de la chemniée avec un vitrage, de manière à empêcher toute émission de buées dans l'atelier. Le bouillage aura lieu la nuit, et, au moment de l'extraction des crins, les fenêtres seront exactement closes, afin que rien ne s'échappe au dehors.

4" Le sol des ateliers doit être dallé, pavé et rejointoyé au ciment on bitumé. La ventilation aura lieu par en bas, de manière que l'air n'arrive dans le tuyau d'appel qu'après avoir parcouru et balayé tout l'atelier

5" L'étuve sera construite isolément, en matériaux incombustibles; le poêle sera entouré d'un grillage et posé sur une plaque en pierre. Le tuyau sera enduit d'un revêtement en plâtre à l'endroit de son passage à travers le plafond. Enfin, pour plus de sûreté, il sera bon de recouvrir la porte de plaques de tôle.

6° Les eaux provenant du bouillage et de la teinture ne doivent pas être déversées sur la voie publique, mais bien dirigées par des conduits souterrain» à des citernes étanches, ou bien à l'égout ou "au cours d'eau le plus voisin, si, toutefois, celui-ci est assez considérable pour recevoir sans inconvénients ces

■niliii

2ÔU CRIN.

eaux infectes. Si l'on se propose de les utiliser comme engrais, ou les transportera en vases clos hors de l'établissement.

7" Sauf le cas d'autorisation spéciale, on ne recevra dans l'usine aucun débris de matière animale.

II. Brosseries, Brossiers. Les crins destinés à la brosserie sont formés eu petits paquets arrondis, par des ouvrières qui les disposent suivant la grosseur et la couleur des poils, la racine en haut. Ces paquets, désignés sous le nom de carottes, pèsent de 150 à 200 grammes. Le plus souvent, avant d'être mises en carottes, les soies les plus déliées, celles qui sont destinées à la brosserie fine, sont blanchies au soufroir, puis désulfurées, afin que les fils de laiton qui doivent les fixer à la platte ne soient pas altérés ; on peut aussi les teindre et leur donner les diiférenles couleurs adoptées dans l'industrie.

Quoi qu'il en soit, les petits paquets dont nous parlons sont envoyés, empilos dans des sacs, aux fabricants de brosserie. Ces brosseries sont de deux sortes : les grands ateliers oii l'on prépare surtout les brosses communes et grossières, et les petits ateliers où l'on fait la brosscine fine et de luxe, la brosserie de toilette. Ces derniers, qui ne renferment qu'un pej'sonuel très-peu nombreux, ne présentent réellenieut aucun inconvénient et ne sauraient, par conséquent, attirer l'attention de l'hygiéniste; mais il n'en est pas de même pour les premiers.

Dans ces ateliers, on se sert de soies plus grossières et parfois mal apprêtées. Les carottes sont déliées et les ouvriers les froissent entre leurs mains, ce qui donne lieu à un dégagement considérable de poussière. De là, des inconvénients très-notables pour l'ouvrier : irritations des yeux et des voies respiratoires. A cette poussière se joignent des débris de soies brisées, et les extrémités aiguës coupées pour leur égalisation. Les soies ainsi préparées sont réunies en faisceaux, de volume variable, selon les dimensions des brosses auxquelles elles doivent servir; puis, au moyen d'une ficelle, on les introduit par le gros bout dans les trous du dos en bois ou platte. Quand tous les trous sont remplis, on coule sur le dos de la brosse une couche de cire et de résine, ou de colle forte chaude, de manière à faire solidement adhérer les poils, et on colle par-dessus une plaque en bois ordinaire ou plus ou moins précieux qui recouvre le tout. Il ne reste plus qu'à égaliser soigneusement, avec des ciseaux ou forces, les extrémités libres des soies. Ce travail donne lieu à une sorte de poussière formée par les extrémités acérées des crins, dont nous signalions plus haut l'action irritante.

Quand, dans les grands ateliers de brosserie, on s occupera de V apprêt au ain, envoyé encore en partie à l'état brut, on prescrira, suivant les cas, différentes précautions déjà indiquées à l'occasion de la préparation des crins en général, pour s'opposer aux buées et à l'émission des eaux susceptibles de se putréfier. Le soufroir qui existe souvent dans ces fabriques sera parfaitement clos, isolé de tout mur mitoyen et surtout éloigné du magasin de bois, de charbon ou de toute autre matière combustible ; il ne sera ouvert que le soir. Les rognures de crins ne doivent jamais être brûlées, on les emploie ordinairement comme engrais. Voilà pour les mesures d'hygiène publique.

Relativement aux ouvriers, un excellent moyen pour combattre le dégagement

des poussières, au moment où l'on délie et froisse les crins qui forment les

carottes, c'est d'humecter légèrement celles-ci avec de l'eau ou de la vapeur

•d'eau. Les dangers résultant de la coupe pour l'égalisation des extrémités libres,

ne peuvent être conjurés que par une ventilation très-énergique dirigée sur la

table de chaque ouvrier, et qui enlève, au fur et à mesure de leur production, ces pointes aiguës si dangereuses pour les voies respiratoires; mais il en résulte un autre inconvénient, c'est un refroidissement intense pendant l'action de la ventilation. Aussi, de toutes les précautions propres à garantir les ouvriei s, la principale est-elle de les choisir sains, vigoureux et indemnes par leurs origines et leurs antécédents de toute affection de poitrine. E. Beaugrand,

Bibliographie. — Mérat. Art. Matelassiers. In Dlct. des se. méd., t. XXXI, 1819.— Ibre- LISI.E. Sur les accidents qui peuvent résulter de la manipulation des crins. In Ann. d'Ityg., 1" sér., t. XXXIII, p. 339; 18i5. — Tardied. Art. Criniers. In Dict. dliyg. pull., t. I. Paris, 1852, et ihid., 1802. — Du même. Trav. ducons. dliijg. iJtibl. de la Gironde, p. '28i ; 1855.

— VEnNois(M.). Art. Crins. In Traité prat. d'htjg.piibl. et administr., 1. 1; Paris, 18C0, in-8».

— Du MÊ.iE. A'ofe sur la préparation des soies de porc et de sanglier. \n Ann. dliyg., 2= sér., t. XVI, p. 289; ISlJl. — Buchner. SanitâlspolizeUichcs Gulachten iiber Thierhaarbereitung. In Eenkes Ztschr., t. LXXXIV, p. 559; 1802. E. Bcd.

CRll\A]\TilEMO»f. On trouve dans Hippocrate le nom de x/>iv«v9saov appliqué, d'après certains auteurs, à une espèce de Lis ; d'après d'autres, parmi lesquels Sprengel, à la Joubarbe (Sempervivum tectorum). L'indication tô mi Tîiv owiwv yué;>i£vov, croissant sur les maisons, se rapporte bien à cette dernière

espèce. Pi-

Bibliographie. — Hippocrate. Natura tnuliernm, 570. — Sprengel. Historia rei herbarine, I, 42. — Mérat et de Lens. Dictionnaire de matière médicale, II, 464. Pl.

CRIXAIS. Était, comme Charmis {voij. ce nom), un enfant de Marseille, qui "vivait, comme ce dernier, dans le premier siècle de notre ère. Il arrivai Rome au milieu de la vogue un peu bruyante qu'avait excitée et qu'entretenait Thessalus. Crinas, aussi intelligent que Charmis, comprit que pour réussir il fallait changer tout cela. Il se place sous l'égide de la religion, règle le régime de ses malades d'après les mouvements des astres, etc.... Son succès fut immense... Il mourut, c'est Pline qui nous l'apprend, laissant à ses héritiers dix millions de sesterces (plus de deux millions de notre monnaie), après avoir consacré une somme à peu près égale à relever les murs de sa patrie et même, dit-on, ceux •de quelques autres villes (Pline, Hist. nat., XXIX, 5). E. Bgd.

CRI1\UM. Genre de plantes monocotylédones, appartenant à la famille des Amarjllidées. Ce sont de belles espèces qui viennent dans les régions chaudes ; elles ont un bulbe, qui est la partie généralement employée pour les usages médicinaux, une tige aérienne muni de feuilles et portant des fleurs en ombelles. Ces fleurs ont un périanthe coroUiforme, à six divisions à tube allongé et grêle; six étamines à anthères versatiles; un ovaire infère, triloculaire, surmonté d'un style filiforme et d'un stigmate obtus, à trois lobes. Le fruit est une capsule membraneuse, sphéroïdale déprimée, s'ouvrant irrégulièrement, uniou biloculaire par avortement, contenant un petit nombre de graines souvent remplacées par des bulbiles.

Les bulbes des espèces de ce genre sont considérées comme vomitives. On les emploie aussi, comme les bulbes de Lis, pour hâter la maturation des tumeurs indolentes. On cite particulièrement le Crinum asiaiicum L. (Crinum toxicarium Roxb.), le lladix toxicaria de Rumphius, dont les bulbes sont, d'après Horsfield, employés à Java comme émétiques; il suffit pour cela de les mâcher et d'avaler une partie de leur suc. Les feuilles de la même espèce, pilées et

mélangées avec une petite quantité d'huile de ricin, sont appliquées sur le:> engelures ou certaines inflammations de la peau, et aussi sur les blessures produites par les flèches empoisonnées.

Le Crimnn zeylaniciim L. passe dans les Moluques pour un poison violent. Pl.

Bibliographie. — Linnée. Gênera. Species, 419. — Rheede. ffor/. Malabar, XI, 55, tab. 69. — Blume. Enumeratio, I, 25. — Enducher. Gênera. Roxbokgh. Flora indica, II, 139. — lCo:-TH. Enumeratio plantarum, Y, 547. — Mérat et de Lens. Dictionnaire de matière médicale, II, 465. Pl.

CRIQUETS. Insectes orthoptères remarquables, très-connus par leurs^ ravages sous (^le nom impropre de Sauterelles {Voy. Sacterelles) et formant une famille naturelle sous le nom d'Acrididés ou d'Aczidites, à cause du nom linnéen Acridium appliqué au genre principal.

Les caractères les plus généraux des Acridiens sont : les trois ocelles bien visibles du front ; la forme des antennes, plus courtes que la moitié du corps, épaissies ou trigones ; les pattes postérieures propres au saut avec les tarses de trois articles.

La taille des Acridiens est moyenne ; les grandes espèces ont 4 à 7 centimètres (le longueur; le Vroscopia gigantea Klug, espèce exotique, est fort grand, mesurant 17 centimètres et demi. Les élytres et les ailes offrent tous les degrés de développement, tant dans les genres que dans les espèces, et même dans les .sexes et les individus d'une même espèce, d'où la difficulté d'établir nettement les distinctions spécifiques.

Les Acridiens mâles n'ont pas, comme les Grillons et les Sauterelles vraies ou Locustes, d'organes propres de stridulation sur lenrs élytres, mais seulement des aréoles placées sur la partie marginale et intermédiaire, aréoles servant à cet usage. Les ailes sont incolores ou bien variées de rouge, de bleu, de jaune avec des bandes noires. Ces couleurs sont parfois inconstantes, même dans une espèce identique. Le premier segment abdominal ofl're un tympan, très-visible, quand bs élytres et les ailes sont enlevées, il est placé derrière le stigmate de ce segment. Les organes externes génitaux des mâles se composent de crochets, ou cerques, propres à retenir la femelle chez laquelle l'oviscapte est réduit à quatre valvules, tantôt crochues tantôt droites.

je renvoie à l'article Othoptères pour les détails d'anatomie interne des Acridiens: je noterai seulement : le tube digestif droit et des organes respiratoires exceptionnels formés de nombreuses trachées, vésiculeuses, membraneuses, au nombre de trois paires dans le thorax, de huit dans l'abdomen et dont les anastomoses transversales sont dilatées en larges vésicules aériennes.

La biologie des Acridiens est remarquable ; ils sont d'une grande voracité et leur régmie est herbivore. Ils se plaisent dans les bois, les prairies, les lieux arides, où ils sautent vivement avec les ailes étalées en parachute. Les espèces des endroits pierreux ont une couleur grise et un corps rugueux. En captivilér les Acridiens mangent les individus morts ou mourants de leur genre et même de leur propre espèce.

La stridulation des Acridiens a lieu au moyen de leurs pattes frottant contre leurs élytres, ils sont en quelque sorte violonistes, tandis que les Grillons et les Sauterelles vraies ont l'air de jouer du tambour de basque.

Le CriqueJ, qui veut striduler ou chanter est porté sur les quatre pattes anté-

Heures ; il frotte avec rapidité les cuisses postérieures contre les élytres appliquées au corps. Les espèces vives et alertes jouent de l'archet crural avec continuité, leur stridulation a même été notée en musique ; les espèces plus tranquilles se contentent de passer plusieurs fois les cuisses contre les élytres, et même ne produisent point de bruit perceptible pour l'oreille humaine. Cependant leurs auditeurs naturels sont avertis par cette manœuvre et par ce bruit indistinct pour nous. On peut reproduire la stridulation chez un Criquet qui vient de mourir, mais elle 'est plus faible que celle que fait entendre l'animal vivant. La cavité sous-alaire du premier segment abdominal est un organe d'audition.

Dans l'accouplement, le mâle est placé sur la femelle et dans cette attitude les deux pattes de derrière sont relevées en l'air; la femelle saute portant le mâle ainsi placé. La ponte a lieu au moyen de l'abdomen dont les quatre valves terminales taraudent la terre meuble ou sablonneuse, la femelle étant sur le sol, les six tarses posés à plat.

L'abdomen pénètre en entier dans la terre en étendant considérablement ses anneaux, les œufs sont déposés l'un apiès l'autre, verticalement et enduits d'une liqueur blanche, écumeuse, qui sort du corps de la mère. Quand tous les œufs sont déposés, la femelle bouche le tiou avec la même matière spumeuse et aplanit l'orifice si parfaitement qu'on n'en voit plus la trace. La matière écumeuse brunit en se desséchant et agglutine les œufs avec la terre environnante, formant ainsi une glèbe cylindrique, terminée par une calotte arrondie. Au sortir de l'œuf les larves se nourrissent de la matière albuminoïde de la glèbe et parfois de la coquille de l'œuf. Dans l'Europe tempérée, les œufs des Acridiens hivernent ; les larves éclosent peu après la ponte dans les contrées chaudes. Les larves et nymphes, parfois autrement colorées que l'adulte, ont les fourreaux des élytres fixés au mésonotum. recouverts par ceux des ailes attachés au métanotum, ce qui est le contraire chez l'adulte, et ce qui permet de distinguer toujours les larves ainsi que les nymphes des espèces aptères, mais adultes.

Le point le plus important de la biologie des Acridiens est la faculté de migration de quelques espèces. Au moyen des réservoirs aériens dont j'ai parlé, ces insectes peuvent entreprendre et faire de lointains voyages. Ils s'y i)réparent plusieurs jours à l'avance, en faisant enti'er l'air dans leurs trachées par aspiration et leurs tubes aériens deviennent de gros cylindres, accompagnés de ballon renflés.

On ne peut expliquer d'une façon péremptoire pourquoi certaines espèces d'Acridiens, quoique fournissant un nombre considérable d'individus, ne se rassemblent jamais en troupes voyageuses et restent sédentaires sur de grands espaces, tandis que d'autres organisées de la même façon, confinées dans les steppes ou les déserts de la Tartarie, de la Perse, de l'Arabie, du Sahara, entrepi^ennent des voyages lointains. Ces animaux forment alors de véritables nuages poussés parles vents, toujours pour l'Europe et l'Afrique septentrionale d'orient en occident ou du sud au nord, et jamais en sens inverse. Peut-être l'instinct migrateur ne se développe-t-il q>ie lorsque toute nourriture vient à manquer aux Acridiens affamés? Les Acridiens n'émigrent pas à des périodes fixes comme les oiseaux. Après quelques jours employés au gonflement des trachées vésiculeuses et comme obéissant à un signal, une immense armée, précédée par une avantgarde, s'élève dans une région atmosphérique où pou3sée par un courant propice elle se dirige vers des endroits cultivés. Les légions de Criquets intei'ceptent la

lumière du soleil, le bruit des ailes produit un bruit sourd et un roulement continu.

Les espèces d'Acridiens d'Europe sont environ d'une centaine ; celles décrites pour l'Amérique du Nord par Cyrus Thomas sont au nombre de 227. Les principaux genres d'Europe, Truxalis, Stenobothrus , OEdipoda, Pachytylus, Caloptenus, Acridium, etc., renferment des insectes fort intéressants par leurs habitudes et leurs mœurs.

Je renvoie pour leur étude à l'ouvrage de L. Fischer, de Fribourg [Orthoptera europœa, Leipzig, 1853), au Traité élémentaire d" entomologie de mon ami 3Iaurice Girard, t. II, l'"'^ partie. Les espèces dévastatrices principales sont : les Pachylijlus migratorius Liinié, l'insecte principal des grandes migrations européennes ; le Pachytylus stridulus Linné ; le Caloptenus italicus, V Acridium peregrinum Oliv., dévastant l'Egypte, l'Arabie, l'Algéiie, la Perse, etc., et V Acridium tartaricum Linné ou A. lineola Oliv., Fab.

Des petits mammifères insectivores, les hérissons, etc., détruisent des Acridiens, mais beaucoup moins que les oiseaux tels que : Corbeaux, Corneilles, quelques Faucons, Étourneaux, Pies, Huppes, et en Algérie : Rollier, Guêpier, Martin. Les Lézards et les Crapauds engloutissent aussi des Acridiens. Le corps de ces insectes renferme souvent des Mermis et des Gordiacés à l'état larvaire; j'en ai vu sortir des larves de Diptères, de suite métamorphosées en pupes. Leurs intestins sont remplis de Grégarines et autres parasites. Enfin leurs œufs, d'après de récentes et très-intéressantes observations faites par Riley, en Amérique, sont détruits par les premières larves des Epicauta insectes très-voisins de notre Cantharide. Je recommande l'étude des parasites de ces oeufs à nos médecins militaires observant en Algérie.

Acridiens nuisibles. L'ignorance et la peur ont ûut attribuer aux Sauterelles et aux Criquets des organes destructeurs plus formidables encore que ceux possédés par ces insectes. Pline rapporte que certaines Sauterelles des Indes n'ont pas moins de quatre coudées de long (lib. X, cap. xx) et que leurs grandes pattes armées de dents servent dans le pays à scier le bois. Mais, sans être pourvus de ces formidables engins, les Acridiens par leurs migrations en bandes innombrables constituent un des fléaux les plus redoutables pour les récoltes, et ils ont trop souvent amené d'abord la famine, puis des maladies pestilentielles causées par la putréfaction de leurs corps morts.

Les divers Criquets que j'ai énumérés sont malheureusement très-célèbres par leurs migrations et leurs dévastations sous le nom impropre de Sauterelles {Voy. Sauterelles). Toutes les contrées tempérées et chaudes des deux hémisphères paraissent avoir subi les ravages de ces Criquets ou Acridiens voyageurs. L'Australie n'est pas épargnée. L'Egypte et l'Afrique septentrionale ont été depuis les temps historiques signalées comme victimes des nuées de Sauterelles, qui ne sont autres que des Criquets.

Les versets 13, 14, 15 du chapitre x de VExode portent : « Le Seigneur fit souffler un vent brûlant {Chajnsin, Simoun) tout le jour et toute la nuit. Le matin ce vent brûlant fit élever les Sauterelles qui vinrent fondre sur toute l'Egypte et s'arrêtèrent dans toutes les terres des Égyptiens, en une quantité si effroyable, que ni devant ni après on n'en vit jamais un si grand nombre. Elles couvrirent toute la surface de la terre et gâtèrent tout; elles mangèrent toute l'herbe et tout ce qui se trouva de fruit sur les arbres qui était échappé à la

grêle; et il ne resta absolument rien de vert, ni sur les arbres ni sur les herbes de la terre dans toute l'Egypte. » Ce récit biblique est d'une triste vérité. Les invasions d'Acridiens se font par un nombre d'insectes dépassant tout ce qu'on pourrait imaginer; ce nombre justifie le mot hébreux arbeh (mulliplication) donné aux insectes de la huitième plaie d'Egypte. Les Acridiens forment des nuages épais, obscurcissant la lumière du jour, au point d'empêcher de lire dans les maisons. Beaucoup d'insectes blessés ou morts tombent sur le passage avant de s'abattre.

Les troupes de Charles Xll, après la défaite de Pultawa, en retraite dans la Bessarabie, furent arrêtées dans un défilé par des Criquets formant une grêle vivante et tombant d'un nuage épais interceptant les rayons solaires. Barrow, en 1797, a vu dans l'Afrique australe ces Criquets couvrant le sol sur une étendue de deux milles carrés. Poussés vers la mer par le vent, ces insectes formèrent près de la côte un banc ayant plus d'un mètre de hauteur sur cinquante milles de long. Leur putréfaction était sensible à cent cinquante milles de distance.

Les invasions des Criquets sont de grandes calamités publiques. La dévastation des moissons et des végétaux de la contrée est complète ; à défaut d'herbes et de feuilles ces insectes rongent les écorces d'arbres et dévorent le chaume des habitations. Dans la Chine, en 1855, les champs furent mis littéralement à nu, les récoites des granges détruites en majeure partie, les habitants se réfugièrent dans les lieux élevés. Les insectes entraient dans les maisons et mangeaient les habits, les chaussures, etc. Leurs ravages, commencés en avril, s'étendirent jusqu'aux gelées et aux neiges de l'hiver {Annales de la Société entomologique de France, Bull., juin 1836).

En Algérie, en 1845, le général Levaillant a vu à Philippeville, les Criquets formant un nuage qui, tombant sur le sol, le recouvrit d'une couche d'insectes de plusieurs centimètres sur une étendue de 5 à 4 myriamètres. Au Sénégal, en 1864, toutes les plantations de cotonniers furent anéanties, et il passa un nuage de Criquets, pendant une journée du matin au soir ; la vitesse le fit estimer à quinze lieues de long et ce n'était qu'une partie formant avant-garde, car au coucher du soleil la partie terminale était beaucoup plus épaisse.

Il est admis que les Criquets voyageurs ne peuvent traverser la Méditerranée ; mais les navigateurs ont rencontré les bandes de Criquets fort avant en mer.

En 1811, un navire retenu par le calme à deux cents milles des îles Canaries fut enveloppé d'un nuage d'Acridiens apportés de la côte d'Afrique par un léger vent de nord-est; le pont et les hunes étaient couverts de ces insectes (Kirby). Au mois de septembre, en pleine mer Atlantique, par 18 degrés latitude nord, de grandes masses d'Acridiens voyageurs furent observées pendant une tempête qui dura deux jours et à 450 milles du continent. Le second jour, dans l'aprèsmidi, le ciel était voilé par des nuées d'insectes, le navire était couvert de Criquets. La mer pendant deux jours offrit une masse de ces insectes morts, ballottés par les vagues.

Notre pays a peu à souffrir des Acridiens, comparativement à l'Orient et au midi de l'Europe, mais l'Algérie a été fort éprouvée. Les récits des vieux auteurs rapportent que, en 181 après Jésus-Christ, l'illyrie, la Gaule, l'Italie, furent dévastées par un nombre immense de Sauterelles. En 455, 874, 1337, 1353 et 1374, la végétation fut anéantie dans le Midi ; les cadavres des insectes morts achevaient par des maladies pestilentielles ceux que la lamine avait épargnes.

Les Acridiens dévastateurs sont signalés dans la Silésie en 1552, à Milan en 1556, à Marseille en 1618, dans la Thrace et sur une partie de l'Allemagne en 1695. On les voit arriver en légions dans la Silésie en 1715, dans laTurquie^ la Yalacliie, la Hongrie en 1747 et 1748, en Autriche et en Bavière en 1749, puis, dans la marche de Brandebourg en 1750. Ces grandes invasions s'étendirent en France, et en 1748 une nuée d'Acridiens arriva presque en Angleterre. En août 1854, des Criquets émigrants couvrirent pendant plusieurs jours \e& maisons des quartiers habités, même au centre de Paris (Duponchel, Annales de la Société entomologique de France, Bull., p. xi, 1854).

C'est dans la Provence que les Criquets voyageurs sont principalement redoutables. En 1805, une chasse dans une petite commune produisit le chiffre de 2000 kilogrammes d'œufs. Aux environs d'Arles et des Saintes-Mariés en 1824, on remplit d'œufs de ces insectes 1805 sacs à blé. L'année 1825 fut désastreuse, et en 1852, il fut recueilli aux Saintes-Mariés 1979 kilogrammes d'œufs, puis en 1855 encore plus, 5808 kilogrammes, en y comprenant la terre enveloppant les coques ovigères.

J'ai observé une petite invasion d'Acridiens près du Bourg-d'Oisans dans le Dauphiné [Annales de la Société entomologique de France. 1858, p. 865 etsuiv.); le nombre de ces insectes n'était heureusement pas très-considérable et cependant ils détruisaient tous les végétaux herbacés sur leur passage.

L'Algérie est, au dire des habitants du pays, ravagée à fond en moyenne tous les vingt-cinq ans. En 1816, il y eut famine et peste, causées par les xVcridiens. En 1845, l'Algérie tout entière fut dévastée et le mal dura quatre années; les plaintes étaient encore peu nombreuses parce que les cultures européennes n'étaient pas très-développées. Mais en 1866, la terre étant tiès-cultivée, le& nuées de Criquets venues du Sahara, obscurcissant la lumière solaire par leur nombre, occasionnèrent un désastre. L'invasion commença en avril, la Milidja, le sahel d'Alger reçurent les premières atteintes ; les blés, orges, avoines, colzas, furent dévorés ; les insectes envahirent les maisons, déchiquetant le linge et les habits. En juin, les larves nouvellement écloses mourant de faim à leur tour comblaient les routes et les ruisseaux. Les provinces d'Oran et de Constantine furent envahies, le sol était couvert de Criquets à Tlemcen où jamais on ne les avait vus de mémoire d'homme. Aux environs de Mostaganem, tabacs, vignes, figuiers, oliviers même, furent dévastés ; les cactus, les aloès furent entamés. Les insectes morts couvraient la terre dénudée, leurs cadavres produisii"ent des maladies typhiques. Le récit des dégâts sans nombre commis par ces insectes rappelait les calamités du moyen âge.

En 1875, les Criquets ont fait une apparition dans la province d'Oran, en 1874 à Mascara; l'autorité militaire a lutté contre le fléau, les journaux ont rapporté qu'un train du chemin de fer d'Oran fut retardé parles Criquets accumulés sur la voie.

Les moyens qu'on a essayés pour empêcher ou pour diminuer de pareils désastres sont nombreux. Dans l'antiquité, puis au mo\en âge, la supersiition, la peur, ont fait imaginer des recettes bizarres ou insuffisantes ; on arrosait les habitations avec des déioctions de plantes, on brûlait du styrax, du bois de cerf, de la bouse de vache. On avait espéré éloigner les Sauterelles en attachant des chauves-souris au bout des arbres. Les procédés efficaces, en usage déjà du temps de Pline, consistaient dans la destruction des œufs ; on a cherché à détourner les torrents et à inonder le sol où les Sauterelles avaient pondu; on a

foulé A pied d'homme ou par des rouleaux les glèbes d'œufs. Les chars de guerre avaient le même but d'écrasement, par le passage répété de leurs roues. Pline rapporte que la loi dans le pays de Cyrène obligeait de détruire les Sauterelles de trois manières : enfouir les œufs, détruire les jeunes, tuer les adultes ; si on manquait à ce devoir, on était puni.

Les habitants d'Epbèsc marchaient contre les Sauterelles en ordre militaire. Dans l'île de Lemnos chaque citoyen devait apporter au magistrat une mesure de Sauterelles.

En Algérie, en 1866, le meilleur procédé de destruction était d'atteindre les glèbes d'œufs en retournant la terre, de sorte que la plupart des œufs périssaient par Taclion du soleil. Les jeunes porcs sont friands de ces œufs, les animaux et les oiseaux acridophages les trouvent facilement.

Contre les Acridiens adultes, on avait imaginé le bruit des cymbales, des trompettes, des cloches, les détonations du canon. Les Arabes faisaient de grands feux produisant d'épaisses fumées pour détourner les légions de Sauterelles. Notre armée a employé des milliers d'hommes par corvée, enfouissant les insectes morts. On ramassait le matin et le soir, avec de grands filets traînants, les insectes engourdis, on les laisait mourir dans la chaux vive. En 1866, les soldats dirigeaient les bandes d'insectes encore jeunes et aptères vers des broussailles auxquelles on mettait le feu quand elles étaient couvertes de ces insectes. En 1873, dans la province d'Oran, des escadrons de cavalerie et des détachements d'infanterie écrasèrent sous les pieds des hommes et des chevaux des quantités énormes de Criquets, d'autres furent ramassées en sacs et brûlées sur des tas de chaux arrosés de pétrole. Des fossés préparés avec le fond plus large que l'entrée étaient au moyen de balais remplis de Criquets, et ceux-ci ensevelis sous les déblais. On peut se faire une idée du nombre pi'odigieux de ces insectes sur un point quand on pense qu'un homme en peut prendre 50 kilogrammes en un jour, en se servant d'un filet de toile analogue à ceux qu'emploient les entomologistes. Le nombre des coques tubulaires d'œufs contenues dans un kilogramme est de 1600, chaque tube offre de 50 à 60 œufs; le kilogramme renferme ainsi environ 80 000 œufs. Un enfant bien exercé peut récolter par jour un nombre très-considérable de ces œufs.

Acridiens utiles. On a voulu de tout temps utiliser les Sauterelles et les Criquets pour la nourriture des animaux et de l'homme. D'après Plutarque {Livre d'Isis et d'Osiris), on les recommandait pour la nourriture des oiseaux, tels que poules, oies, canards et sarcelles, même pour les porcs et les moutons. Columelle indique les Sauterelles, privées de leurs pattes et de leui's ailes, comme aliment des jeunes paons.

LesSauterelles étaient rangées par Moïse au nombre des animaux dont la chair était permise aux Hébreux. Les livres sacrés rapportent que Jean-Baptiste, au désert, soutenait son existence au moyen de Sauterelles mêlées au miel sauvage des bois ; Jean l'évangéliste est également indiqué pour s'être nourri d'Acridiens dans l'île de Pathmos. Beaucoup de peuples anciens étaient acridophages : ainsi en Asie, les Parlhes, les Arabes, les Perses ; en Afrique, les Éthiopiens, les Lybiens, les Maures. Ces peuples avaient l'habitude de creuser de vastes fosses dans les endroits où passaient les nuées de Sauterelles, il les y faisaient tomber par la fumée de grands feux, puis ils les dessécliaient par le feu ou les rayons solaires, ou'bien ils les salaient et les conservaient en tas pour

l'alimentation d'une année, à la manière des poissons desséchés. Diodore de Sicile et Strabon disent que ceux qui n'ont que cette nourriture parviennent rarement à leur quarantième année et périssent dans de vives souffrances, une multitude de vers sortant de leur corps. Ce récit exprime l'aversion que les Grecs avaient pour les Sauterelles, regardées par eux comme le plus vil aliment; la plupart des Européens qui ont goûté aux Sauterelles ont paru de l'avis des Grecs.

Les Acridiens sont encore actuellement un objet de commerce usuel sur les marchés d'Orient ; on les vend soit rôtis sur des charbons et saupoudrés de sel, soit bouillis ou cuits au beurre, ou conservés dans de la saumure, le corps privé d'ailes et de pattes. Les Bédouins, liabitants des plaines algériennes, et les Kabyles, des montagnes, mangent des Acridiens; les Mauresques bien moins fréquemment. L 'espèce comestible ordinaire est VAcridium peregrinum qu'ils appellent El Djerad, la Sauterelle, ou Djerad el arbi, la Sauterelle arabe. Sparmann rapporte que les Ilottentots de l'Afrique australe font une grande consommation d'Acridiens. Les Criquets et les Locustes servent aussi, paraît-il, d'aliment aux Australiens de diverses peuplades, qui sont entomophages quand leur nourriture habituelle vient à manquer.

Je noierai encore que dans les contrées méiidionales de la France et de l'Europe, il y a des enfants qui l'ongent avec plaisir les cuisses charnues des gros Acridiens.

Les Acridiens, ou Sauterelles des anciens, ont figuré dans les pharmacopées. On les recommandait contre la dysurie el la rétention d'urine, surtout chez les femmes enceintes. Dioscoride conseille aux calculeux une pâte faite avec la chair de Sauterelles ; Pline croyait que leurs grosses pattes broyées avec le sang de bouc pouvaient guérir la lèpre. Les Sauterelles entières, séchéeset délayées dans le vin étaient employées contre les piqûres des Scorpions, des Guêpes, des Abeilles, et les morsures des Sangsues. Dans les maladies des yeux et surtout des paupières, on employait du vin blanc dans lequel avait macéré de la poudre de Sauterelles, des racines de fenouil et de primevère, etc., etc.

Les Sauterelles desséchées et trop salées excitent la soif, ce qui se comprend sans peine ; mais peu salées elles seraient, dit-on, aphrodisiaques, ce qui est fort douteux. A. Laboulbène.

CRISE. Ce mot, qui, dans son acception stricte el à notre époque, désigne simplement un mode particulier de solution des maladies, s'est trouvé, dès l'origine de son emploi par les médecins grecs, notamment par ceux de l'École de Cos, si intimement lié à une certaine conception de la maladie, à une certaine théorie palhogénique de celle-ci, à une méthode thérapeutique propre, par conséquent, qu'il en est bientôt arrivé à représenter l'un des traits caractéristiques de cette Ecole. Elevée ainsi au rang d'un dogme médical en quelque sorte, la question des crises, plus ou moins confondue avec celle des jours critiques, diversement comprise d'ailleurs suivant les systèmes récrnants, s'est transmise jusqu'à nous avec une fortune inégale. Toutefois il faut reconnaître que, si l'étude et l'observation des crises ont été regardées comme vaines et sans objet par la plupart des systématiques, tels que Asclépiade, Thémison, Paracelse, Van Ilelmont, Sylvius de le Boë, Chirac, etc., elles ont toujours été considérées, au contraire, comme d'un intérêt capital, pour la théorie des maladies aussi bien que sous le rapport pratique, par les maîtres de l'art, depuis Hippocrate et

Galien jusqu'à nos jours, puisque l'on compte au nombre de leurs défenseurs: Fernel, Baillou, Dulaurens, Sennert, Lazare Rivière, Sydenham, Boerhaave, Van Swielen, Stahl, Fr. Hoffmann, de Haen, Bordeu, Stoll, Cullen, Zimmermann, Barthez, Fouquet, Grimaud, Hufeland, Hildenbrand, Andral, etc., etc.

Bien que le but de cet article soit surtout d'exposer l'état actuel de nos connaissances sur cet important sujet, en l'envisageant presque exclusivement au point de vue clinique, comme question de physiologie pathologique encore plus que de doctrine — et le sujet l'este assez vaste, même réduit à ces modestes proportions — le rôle considérable que la doctrine des crises a joué dans la médecine des temps passés, le nombre et le mérite de ses adhérents, nous imposeraient au moins une indication sommaire de ce qu'elle a été à son origine et des principales modifications qu'elle a subies depuis son introduction en médecine, si nous n'étions déjà obligé à cette étude j)ar la nécessité d'établir préalablement les différentes significations que l'on a attribuées au terme lui-même et la valeur des interprétations qu'on a données du fait complexe de la crise, avant de discuter dans quelle mesure la science contemporaine peut accepter la doctrine traditionnelle. Nous nous borneions d'ailleurs à signaler les points essentiels de celle-ci et ne tiendrons compte que des seuls changements d'interprétation qui touchent à la façon même de comprendre la crise en général.

I. Historique. Les premiers renseignements sur les crises, tant au point de vue pratique qu'au point de vue historique, se trouvent, avons-nous dit, dans la collection hippocratique; mais, d'après Galien {des Crises, livre III, chap. ii, p. 705, édit. Kiihne), ce terme même lui serait d'un emploi bien antérieur et aurait été transporté du barreau en médecine par le vulgaire, frappé de l'analogie qui existerait entre la situation d'un accusé attendant un arrêt d'où sa vie dépend, et celle d'un patient arrivé à une période décisive de l'évolution de sa maladie et en proie à l'exacerbation qui en précède parfois la terminaison ; xptdiç, en effet, veut dire jugement, sentence, ce qui implique un débat préalable, et ce sens complexe répond assez bien à l'antique conception ontologique d'une lutte suprême entre la maladie et le sujet (on le retrouve encore dans la désignation de crise aftectée aux attaques d'épilepsie, d'hystérie, etc.) ; il signifie en outre triage, séparation, et nous verrons que c'est encore l'un des caractères attribués à la crise en médecine.

La lecture des divers ouvrages de cette collection ne contredit pas cette assertion de Galien; car, bien qu'ils soient dus à plusieurs auteurs, n'appartenant même pas tous à l'Ecole de Cos, les crises y sont mentionnées à chaque instant, dans des circonstances analogues, mais avec des significations quelque peu différentes ; ce qui autorise à penser qu'il s'agit là d'une notion déjà ancienne courante, mais qui n'a pas encore reçu une forme bien arrêtée. La crise, en effet, y est tantôt simplement définie la solution d'une maladie {Préceptes, 14; Pronostic, § 20, et des Articulations, § Ai, édit. Littré); tantôt elle désigne en même temps les paroxysmes ou le summum de la maladie, aussi bien que la crise proprement dite {Aphorismes, sect. 1''^, 19; Coaques, l'^" sect., § l, 24; §2, 57 ; comparez les Comment, de Galien sur les Aphorismes 19 et 23), et même l'exacerbation qui la précède; tantôt elle s'applique aux seules solutions heureuses, et tantôt comprend également les terminaisons fvinestes {Pronostic, l 24et§20; Coaques, l'''=sect.,§ 2, 57; 12» sect., §9, 224, etc.; des Jourscritiques, § 20) et même la seule aggravation ou une amélioration notable {Ëpid., I" livre, sect. 5, § 12) ; tantôt elle n'exige aucune évacuation (définition déjà citée

des Préceptes, définition des Affections^ ^ 8 ; Épid., liv. I et III; Aph. V, 22), tantôt et le plus souvent, il est dit qu'elle se fait par des évacuations ou des déçois {['"' Prorrhétiqne, g 105 et 149; Coaques, {'" sect., 24 et 29, et 3^ sect., 146; Èpidém., liv. 1, 2" sect., §5; liv. H, Ifi^sect-jg 7, elc.))0umême signifie une évacuation (comp. des Lieux dans l'homme; édit. Foes, et des Maladies, liv. 111, §6, Littré). Cette dernière manière de voir est portée si loin que la crise sert à dénommer l'avortement et l'accouchement {Du fœtus de sept mois, § 9) : il est vrai que c'est dans des écrits attribués à des disciples d'ilippocrate, de même que les Affections, où se trouve ce passage le plus habituellement reproduit, à tort, comme caractérisant la doctrine du Maître, et qui fait de la crise le synonyme de toute mutation dans une maladie : « une crise, c'est ou une exacerbation, ou un affaiblissement, ou une métaptose en une autre affection, ou la fin. »

Cette définition et celle qui se trouve comme perdue dans le dernier paragraphe des Préceptes sont les deux seules que contienne la collection hippocratique ; même réunies aux différentes acceptions qui précèdent, elles ne donneraient qu'une idée fort incomplète et très-confuse de la doctrine des crises créée ou adoptée par Hippocrate, si on ne les rapprochait de ses conceptions de la maladie et de la puissance médicatrice de la nature, de ses théories humorales sur la pathogénie, et du caractère pronostic, divinatoire, que revêtait un art en grande partie né dans les temples.

La crise, en eflet, n'est que l'un des termes du développement de la inaladie considérée, quels que soient son siège et sa forme, comme une, comme quelque chose à part, assujetti à passer par des phases déterminées qui s'enchaînent depuis sa naissance jusqu'à sa iin : c'est le changement décisif vers la guérison (et quelquefois vers la mort) qu'éprouve la maladie arrivée à son summum, et à partir duquel commence définitivement le déclin, le mouvement de retour à l'état hygide; c'est, en un mot, le dénoùment (Xùti? : voir Préceptes, 14; Prénotions Coaq., 2" sect., § 3, 145-148) de la scène morbide ; car, à partir de ce moment, la maladie est jugée, la terminaison favorable est acquise (si la crise est complète). A cette manière de voir, on peut aussi ajouter l'interprétation, plus ou moins explicite, et plus galénique toutefois qu'hippocralique, que la crise est le dernier combat livré par la nature médicatrice au principe morbifique, qui jusqu'alors l'opprimait, et en triomphant dans un effort suprême.

Mais cette conception abstraite ne se sépare guère, chez les hippocratisants, de leur théorie humorale des maladies, qui exige une certaine élaboration des humeurs, la coction, pour que celles-ci, d'abord crues, ténues et acres, flottantes dans le corps, qu'elles irritent, puissent être fixées et évacuées, par les voies habituelles (sueurs, urines, déjections alvines, vomissements, hémoirhagies, etc.) ou déposées en certains points du corps (sous forme de parotides, érysipèle, abcès, gangrène, ou de tumeur articulaire, etc.), si ces voies d'élimination sont fermées. Or celte expulsion des humeurs cuites ne se fait pas sans certains efforts, et ce sont ces efforts qui constituent la crise, soigneusement distinguée, le plus souvent, des phénomènes critiques [Épidém., liv. 1, 2'^ const., 2*^ sect., § 5 ; liv. 11, 1" sect., § 6-7, et Epid. IV, § 28 ; des Humeurs, § 4-5, etc.).

Ces deux manières d'envisager la maladie — l'une abstraite, en considérant l'évolution d'une façon tout à fait générale ; l'autre plus concrète, se rapportant au mécanisme de production et de guérison du travail pathologique — conlondues néanmoins en une seule doctrine, se fortifiant même l'une par l'autre, nous expliquent en grande partie la diversité, et même la contradiction apparente de

■auelques-unes des acceptions données au mot crise dans une même doctrine, par la dualité de points de vue que celle-ci comportait. Il convient sans doute d'ajouter aussi à celte cause d'interprétations divergentes de la crise, celle qui résultait de connaissances pathologiques et nosologiques insuffisantes, et qui faisait appli'iuer cette désignation à des faits parfois disparates, qui en attribuait le caractère, par exemple, à de simples rémissions dans des maladies paroxystiques et à des hémorrhagies symptomatiques, suivies d'une amélioration passagère, etc.

En résumé, dans la doctrine hippocratique, la crise est la solution de la maladie, c'est-à-dire tout mouvement qui juge celle-ci, en y comprenant les actes qui préparent ce mouvement, l'annoncent et lui donnent ses caractères propres ; elle se fait le plus souvent par une évacuation humorale ou un dépôt, c'est-àdire un travail morbide secondaire.

La crise appartient aux maladies aiguës, bien qu'Hippocrate parle de maladies se jugeant en sept ans [Aphor., sect, 7, 28) : car la coction est nécessaire à la crise, et les maladies incurables — ce qui alors, encore plus qu'aujourd'hui, était le cas pour la plupart des maladies chroniques — sont celles qui ne subissent pas de coction. Toutes les maladies aiguës cependant ne se terminent pas par une crise {Épid. ,\iy. 1*^% sect. 2^, consl. seconde; liv. II, secl. 3^, const. seconde, §§ 3 et 9; Prénot. Coaq., § 74, etc.); celle-ci peut d'ailleurs être complète, juger définitivement l'affection, ou, parfois, seulement l'un des pai'oxysmes; quand elle est incomplète, ce qui reste après elle produit la récidive [Aphorism. , sect. 2, 12, Épid., liv. II, o« sect., g 8 ; liv. VI, sect. 2 et 5, etc.).

Cette expression est donc prise dans un sens favorable le plus souvent, mais non exclusivement [Pronostic, § 20; Coaq., déjà cités; Épidém., liv. l*^% sect. 3, § 12).

Les phénomènes critiques sont distincts delà crise qu'ils annon centou concourent à réaliser {àes Humeurs, § 5; £';nd.,liv.I"sect.2,§5; liv. 11,1'^^ sect., §0). Point n'est besoin qu'ils présentent un caractère insolite [des Humeurs, § 6).

La distinction entre la crise (avec phénomènes sensibles) et la lyse (ou crise par phénomènes insensibles) ne paraît donc pas appartenir à Hippocrate et à ses prédécesseurs ou successeurs immédiats, car on trouve assez souvent la crise ou la solution signalées indifféremment ; cependant les crises mentionnées le plus communément jugent rapidement la maladie.

Pour apprécier la valeur des phénomènes critiques, qui ne diffèrent en rien, par eux-n:êmes, de ceux qui ne le sont pas {des Humeurs, §§ 4 et 5), il faut tenir compte de l'époque de leur apparition, de leurs rapports avec les autres signes, notamment avec ceux qui annoncent la coction : venant trop tôt, avant celle-ci, s'ils ne font pas crise, ils amènent une terminaison funeste; si néanmoins il y a crise, ils annoncent la récidive, etc. {Epid. liv. Il, l""*^ sect., § 6; des Humeurs, §§ 4 et 5).

La maladie étant quelque chose qui a son développement régulier (dans une évolution normale), ses différentes périodes peuvent être prévues; d'oii une attention extrême apportée à la constatation des signes de la coction, qui permettent de pronostiquer la crise, et des signes qui conduisent à prévoir le genre de crise. Nous indiquerons plus loin quels ils étaient et quels sont ceux qu'une analyse rigoureuse autorise à conserver actuellement.

Un moyen important de préciser l'époque de la crise est la considération des jours où celle-ci se montre habituellement. Pour éviter des répétitions nous Dicr. ENc. XXIK. 16

renvoyons également à un paragraphe spécial l'élude de la question des jours critiques. Qu'il nous suffise de dire que, malgré la valeur qu'Hippocrate attribuait aux périodes quartenaires, et surtout aux jours impairs (5, 7, 9, 11, 14, etc., le A" étant indicateur du 7% le 11'' du 14% etc.), pour la solution des maladies, cet illustre médecin n'était rien moins qu'absolu sur ce chapitre; nonseulement il cite, notamment dans les Épidémies (liv. I", sect. 5; liv. IV, §7), des faits de crise au 6* jour ; mais il dit formellement que les crises se font aux jours qui correspondent aux redoublements, et que les fièvres qui ont des redoublements aux jours pairs se jugent aux jours pairs (Épidémies, liv. 1", sact. 5, § 12), et il fait remarquer, à propos des périodes des maladies, « que rien de tout cela ne se peut calculer rigoureusement par des jours entiers, car ni l'année, ni les mois ne se comptent par des jours entiers » [Pronostic, § 20).

Une conséquence majeure de la doctrine des crises et du rôle attribué aux évacuations humorales dans leur accomplissement était l'institution d'un traitement hygiénique et médicamenteux spécial, qui aboutissait le plus ordinairement à une expectation plus ou moins complète ou à l'emploi de moyens destinés à favoriser la crise dans le sens où elle s'annonçait. Prévoir les crises, par quelles voies elles devaient s'opérer, ne rien faire qui pîit en troubler la production, les provoquer au besoin, si la nature était hésitante, était la grande préoccupation des hippocratisants.

Telle est, réduite à ses traits essentiels, la doctrine de la crise contenue dans les livres hippocratiques, autant du moins qu'on peut la dégager de l'ensemble des propositions cliniques, pronostiques et thérapeutiques qui s'y rattachent; car, malgré la place considérable qu'elle tient dans la médecine grecque, elle n'a pas été l'objet d'un travail spécial (qui nous soit parvenu) jusqu'à Galien; on ne saurait, en effet, considérer comme tel l'opuscule des Crises, qui n'est qu'une simple compilation de sentences tirées principalement du Pronostic, des Épidémies, des Aphorismes et des Prénotions de Cos (Littré). La définition donnée au g 8 du livre des Affections indique suffisamment d'ailleurs que, par suite même du défaut de précision de la doctrine, l'accord était loin d'être complet sur cette question, dans l'école de Cos, et l'on peut même considérer cette délniiiion comme une tentative de condensation des différents points de vue sous lesquels la crise est envisagée dans les écrits hippocratiques antérieurs.

La question ne paraît pas avoir été beaucoup plus élucidée par les auteurs qui ont vécu entre Hippocrate et Galien, puisque ce dernier, en tête de son travail sur les crises, commence par déclarer qu'il ne s'occupera pas, si ce n'est en passant, de la question de savoir si l'on doit appeler crise, soit un changement subit dans la maladie, soit la seule inclinaison à un élat meilleur, soit la [perturbation qui précède ces modifications, soit toute solution de la maladie, soit seulement celle qui tourne à bien.

C'est cependant le médecin de Pergame qui, le premier, a donné une forme arrêtée à la doctrine des crises, sur laquelle il a insisté dans maints passages de ses œuvres, notamment dans ses Commentaires sur les Aphori^^mes, le Pronostic, les Épidémies, les Humeurs, et à laquelle il a consacré un travail didactique complet, en six livres, dont trois pour les crises elles-mêmes et trois pour les jours critiques. Dans tous ces écrits, il semble n'avoir pour but que d'éclaircir et de compléter la pensée hippocratique ; mais ne laisse pas que de l'altérer en des points importants, notamment sur la question des jours critiques.

Pour Ciîdien, les maladies peuvent se terminer de six façons : rapidement.

CRISIi. 245

par la guérison ou par la mort; progressivement, par amélioration ou aggravation continue de l'état pathologique ; enfin d'une manière mixte, c'est-à-dire, après une mutation subite en mieux ou en mal, par retour graduel à la santé ou affaiblissement jusqu'à la mort {des Crises, liv. III, chap. i", p. 702, t. IX de l'édit. Kiilme).

Le retour subit à la santé est la crise par excellence, celle à laquelle il convient de réserver ce nom; quand il n'y a qu'un changement notable, n'aboutissant pas à une guérison complète, c'est la crise imparfaite ou défectueuse ; la terminaison insensible est !a solution simplement, ou lyse.

La crise légitime, celle qui consiste en un retour subit à la santé, se fait toujours par des excrétions manifestes ou par des abcès notables; car, si ces actes pathologiques font défaut, la maladie empire. Elle est précédée d'une grande perturbation : insomnie, délire ou sommeil pesant, dyspnée, vertiges, agitation, cris, etc., et c'est dans le paroxysme, plus sévère et anticipant sur l'heure habituelle, que les patients sont pris de suem-s abondantes, ou de vomissements, de déjections alvines, de flux de sang, ou éprouvent toutes ces évacuations à la fois. Malgré la gravité apparente de la situation, le malade est alors hors de danger, sauf trop grande prostration des forces. La crise est donc, semble-t-il, le dernier redoublement ou le dernier accès de la maladie; elle doit d'ailleurs arriver dans la période d'état, alors que la coctionest faite, et aux jours voulus, car c'est par son intermédiaire que la nature sépare les humeurs nuisibles et inutiles des humeurs bonnes et utiles [Comment, sur l'Aphorisme 13, sect. 2, p. 471, t, XIII).

Dans la lyse, il n'y a pas perturbation marquée, pas d'évacuation appréciable. Les modes de terminaison mortels, que le malade succombe subitement, avec perturbation antérieure, évacuations ou décubitus, dépôts, ou qu'il n'éprouve d'abord qu'une forte aggravation, reçoivent aussi le nom de crises, mais de mauvaises crises, parfaites dans le premier cas, imparfaites dans le second. La détérioration progressive jusqu'à la mort est le marasme. Quant à la mutation subite vers le mal, sans grandes excrétions ou dépôts, ce n'est pas une crise.

La doctrine de Galien, on le voit, diffère de celle d'Hippocrate, par la sépal'ation quasi-absolue qu'elle établit entre la crise et la lyse, par la nécessité qu'elle impose à la crise d'être précédée d'une perturbation manifeste et de se faire par des évacuations abondantes ou des dépôts notables, et de présenter par conséquent quelque chose d'exceptionnel dans les symptômes et les signes dits critiques (Galion, loc. cit., chap. vi, p. 751 et cliap. x, p. 751). Aussi refuset-elle aux fièvres éphémères et aux fièvres hectiques la possibilité d'avoir des crises {Comment. Il, sur les Humeurs, p. 251, t. XVI).

Les modifications que Galien fait subir à la théorie des jours critiques ne sont pas moins considérables ; il la complique comme à plaisir par l'invention des jours vides et des jours intercalaires, ainsi que d'un mois médical en rapport avec les phases de la lune, pour expliquer les faits contradictoires à sa théorie ; en outre, il exagère encore l'efficacité attribuée à tel ou tel jour pour la réalisation des crises et la détermination de leur nature, bonne ou mauvaise. Ainsi, pour lui, le sixième jour est un tyran, rien de favorable ne peut se produire ce jour-là; mais le septième est comparé à un bon roi, c'est par excellence celui des crises heureuses.

C'est cette doctrine de Galien ou liippocratico-galénique, ainsi que l'appelle Dulaurens, que l'on peut considérer comme la doctrine traditionnelle ; car elle

2i4 ' CRISE.

a été acceptée sans modifications essentielles, presque jusqu'à nos jours, par la plupart des médecins humoristes, et par plusieurs solidistes, qu'ils soient devenus humoristes en ce cas, comme Baglivi, ou qu'ils aient accommodé le fond de la doctrine à leur système solidiste, comme Hoffmann, Cullen, etc.; et ce ne sont pas les hypothèses sur la puissance des divers jours critiques qui ont eu le moins de crédit, sans en excepter le rôle attribué à la lune dans l'évolution des maladies, jusqu'au seizième siècle toutefois.

Cependant, môme parmi les humoi'istes il s'est produit sur certains points de la doctrine quelques divergences qu'il est nécessaire de signaler. Nous passons à dessein sous silence les rêveries astrologiques que les Arabes et les arabistes, grands partisans de Galien, comme on sait, ont ajoutées à la théorie des crises et des jours critiques, qu'ils ont d'ailleurs admise sans grands changements et dont ils avaient pu vérifier la justesse et la généi'alité à propos de la petite vérole. D'aussi peu d'importance pour nous sont les théories de Fracastor sur le rôle des mouvements de la mélancholie, comme cause des crises et des jours critiques, attribués plus tard par Prosper Alpin aux mouvements combinés de l'atrabile avec la bile et la piluite, ou de Paracelse faisant intervenir en ce sujet les explications d'une chimie grossière, lors de la réaction conti'e les idées galéniques, au seizième siècle. Nous ne nous proposons ici, en effet, de retracer que l'histoire des principaux points de vue sous lesquels on peut envisager la question des crises, et non celle des nombreuses théories qu'on a pu donner de leurs causes et qui poui- la plupart sont sans intérêt actuel. (Voir pour plus de détails Bordeu, Recherches sur les crises^ à la suite de ses Reclierches sur le pouls, etc., t. Il, in-12, Paris, MDGCLXVllI.)

Mais nous devons une mention à Fernel, qui, tandis que la doctrine hippocratico-galénique est défendue à Paris par Duret,Houllier, Bâillon, à Montpellier par Dulaurens et plus tard par Lazare Rivière, propose une nouvelle théorie de la coction, et par suite de la crise. Se basant sans doute sur certains passages du livre de V Ancienne médecine (§ 19, p. 617, édit. Littré), l'archiâtre de Henri II avance que la coction n'est que la répression de la putridité des humeurs, dont les parties altérées sont consumées par cette coction même, de sorte qu'il ne reste plus dans l'économie que les parties saines : c'est pour cela que les urines sont plus troubles avant la coction qu'après : « La fureur de l'humeur peccante étant alors rabattue, il en sort moins parmi l'urine, laquelle est plus subtile et moins trouble qu'au commencement, lorsque les humeurs étaient grandement troubles et confuses, à cause de la pourriture, qui faisait même que quantité de ces humeurs s'écoulaient avec l'urine. » Car l'hypostase n'est point une portion cuite de l'humeur qui s'était putréfiée, mais la matière en est semblable à celle de ceux qui se portent bien [Pathologie, chap. xvii, des Urines, y. 204-205,254 à 239; trad. française par ADM, in-12. Paris, MDCLV). La coction n'est plus ici la préparation à l'expulsion de la matière nuisible, expulsion qui constitue la crise ; elle suffit à la guérison de la maladie, et l'évacuation de la matière Jaune de la fièvre par la crise devient un fait secondaire.

Cette altération de la doctrine hippocratico-galénique (y Ancienne médecine mise à pai't néanmoins) soulève l'indignation de Bâillon, qui réfute vivement Fernel, le met en contradiction non-seulement avec Ilippocrate et Galien, mais avec ce qu'il a écrit lui-même (Fernel) plus tard dans sa Thérapeutique (livre III), et expose doctement, en s'appuyant lui aussi sur le livre de V Ancienne médecine, la différence qu'il y a entre la matière crue et la matière non cuite, la

première (comme la pituite) susceptible après coction complète, pepsis, d'assimilation aux parties saines, la seconde apte seulement à subir la maturation ou pépasme, sorte de coction imparfaite qui n'est souvent qu'épaississement des humeurs et ne sert qu'à préparer l'expulsion de celles qui ne sont pas assimilables (ainsi le pus), conformément à la manière de voir traditionnelle sur les crises; mais, dans les deux cas, l'agent, l'action, la force, sont les mêmes; les matières seules diffèrent. Ainsi se trouvent conciliés les enseignements assez contradictoires de Y Ancienne médecine, qu'avait surtout en vue Fernel, et ceux du restant de l'œuvre hippocratique et de son commentateur Galien. Caillou toutefois modifie en un autre point la notion classique de la coction, en attribuant l'altération des humeurs et la répression de leur pulridité (préliminaire ou premier effet de la coction) à la seule action des solides (Baillou, Opéra omnia, t. lY, lib. de Urin. liyposL, p. 282-288 ; in-4», Paris, MDCGLXII).

Nous avons un peu longuement cité Fernel et Baillou, parce que dans la théorie du premier et l'interprétation subtile du second, relative aux deux sortes de coctions, se trouve l'origine de la théorie proposée par Boerhaave {Instlt. méd. , § 927 à 945) et qui lui est attribuée à tort, ce nous semble, par Bordeu ; celle-ci n'est pas plus compréhensible d'ailleurs, et ce deinicr en démontre avec beaucoup de force les contradictions et les incertitudes {Recherches sur les crises, p. 216).

Pour le but que nous nous proposons, il suffira de faire remarquer que, si Boerhaave adopte la définition et l'interprétation galéniques de la crise, il en restreint l'application (conformément à son système, mélange de mécanicisme, de chimiâtrie et d'humorisme naturiste) aux seules maladies aiguës humorales : car il admet en même temps, avec Bellini et Baglivi, des maladies des solides, tandis que pour la majorité de ses prédécesseurs, galénistes ou chimiàtres, le fond de la pathologie était humoral.

Avec Fr. Hoffmann, le champ des crises s'élargit à nouveau, puisqu'il en signale la possibilité dans les maladies chroniques telles que l'épilepsie, les douleurs, les fièvz^es intermittentes, etc., ce que Bordeu et Dumas (de Mont pellier) confirmeront plus tard ; mais l'interprétation des phénomènes change entièrement. Dans son système, plus décidément, mais non exclusivement solidiste — et qui est basé, comme on sait, sur le spasme et l'atonie des fibres motrices et spécialement, pour la fièvre, sur le spasme des petits vaisseaux, avec une certaine altération secondaire des liquides contenus — la crise n'est qu'un effet mécanique, un effet réglé des mouvements qui se font dans le corps, en conséquence de l'action des causes corporelles, etc., et les phénomènes critiques ne sont plus que la conséquence de la cessation du spasme, de la constriction des petits vaisseaux et des conduits excréteurs, c'est-à-dire ne sont plus que l'une des suites du retour des organes à l'état normal, au lieu d'en eUe la condition, la cause même, comme le pensaient les humoristes (Hoffmann, Opéra omnia, in-f°, Genevœ, MDCCLXI; de Rationalis therapiœ fundcnn.,cap. xv, de Crisibus et criticisdiebus, § 11).

L'interprétation d'Hoffmann, débarrassée de ses explications humorales, est celle de Gullen {Médic. prat., p. 101 de la trad. par Bosquillon; Paris, 1816), et, plus ou moins modifiée dans ses détails, celle de tous les solidistes qui admettent la crise. Ajoutons que, pour Broussais, la crise, considérée toujours comme résultat de la cessation de l'irritation (qui remplace le spasme ou l'éréthisme d'autres auteurs), n'est qu'un déplacement de celle-ci par sympathie des viscères atteints vers les oi-ganes sécréteurs et exhalants de la périphérie, dont la

congestion se termine toujours par une évacuation soit sécrétoire, soit purulente, soit hémorrhagique; sans cela la crise n'est pas complète {Proposit. de méd., en tête de V Examen des doctrines, p. 24 et 25, in-8% t. I'^'' ; Paris, 1821).

L'école stahlienne, qui voyait des actes médicateurs partout, ne pouvait qu'être très-favorable à la doctrine des crises ; mais, comme elle n'a apporté aucun point de vue nouveau dans la question, en dehors de l'intervention de l'âme, nous nous croyons autorisé à la négliger ici. Nous ne ferons également, pour le même motif, que mentionner l'opinion de Bordeu, qui d'abord inilécis sur l'existence môme des crises dans ses premiers travaux (entre autres dans ses Recherches sur les crises, 1753, à la suite des Hecherches sur le pouls, etc., 2 vol. in-12, Paris, MDCCLXVIII), finit par les admettre dans les maladies chroniques comme dans les maladies aiguës, et les compare au travail d'excrétion d'une glande {Recherches sur les malad. chron., théor. 45 à 48, p. 120-127, in-8°; Paris, MDCCLXXV.)

Nous sommes ainsi conduit ù examiner enfin les manières de comprendre la crise qui ont été proposées de nos jours.

Les notions synthétiques que représente la doctrine des crises, et les hj^obèses humorales auxquelles elle a été liée à l'origine, étaient trop en opposition avec le courant d'idées qui régnait dans l'école analomo-pathologique et organicienne de la première moitié de ce siècle, pour être accueillies avec faveur par les adhérents de cette école. Aussi ne se sont-ils guère occupés, quand ils ont été obligés de le faire, que des phénomènes critiques, que quelques-uns ont confondus avec la crise elle-même (H. Gouraud, thèse d'agrég., Paris, 1835), de leur fréquence et de leur influence sur l'issue des maladies. C'est ainsi qu'après un examen des deux opinions en présence, Chomel [Pathologie générale, in-8° (1824), suivi en cette circonstance par Roche (Art. Crise duDlcl. de méd. et de chir. prat., 1830) et plus tard par Hardy et Béhier {Pathologie interne, P' vol., p. 120-129; Paris, 1858), reste dans le doute sur la valeur des phénomènes critiques, et incline à penser que les mêmes phénomènes peuvent être tantôt l'effet, et tantôt la cause du rétablissement des fonctions; pour lui d'ailleurs ces phénomènes s'observent rarement : car il ne réserve ce titre qu'à ceux qui présentent quelque chose d'insolite. Et cependant à cette époque Landré-Beauvais avait lait paraître son Traité de sémiotique, écrit dans le sens naturiste, et Andral avait soutenu, dans sa thèse d'agrégation sur les crises, la doctrine traditionnelle.

Dans une école opposée, à Montpellier, la notion de la crise subissait également, mais en sens inverse, des modifications d'une certaine importance, qui tendaient à la rajeunir dans le sens hippocratique plutôt que dans le sens galéniquc, en donnant au point de vue doctrinal que l'on peut dégager de l'ensemble des œuvi'es du Père de la médecine la prééminence sur les interprétations humoristes ou mécaniciennes auxquelles cette notion a trop longtemps été liée et qui étaient certainement l'une des causes du discrédit dans lequel elle était tombée. C'est dans Grimaud, le survivancier de Barthez, que l'on voit naître ce mouvement d'épuration, si l'on peut s'exprimer de la sorte; bien qu'humoriste, il reconnaît que ce n'est pas toujours une matière peccante qui se trouve dans les évacuations critiques, ainsi qu'en témoigne, d'après lui, l'utilité de la sueur dans les hémorrhagies actives {Cours de fièvres, t. 111, p. 302). La réaction contre le galénisme s'accentue avec Dumas {Doctr. des maladies chroniques , 1. 1, p. 182-190, éd. Ronget), qui s'occupe surtout du fait même

de la crise, professant une opinion éclectique sur le mécanisme de celle-ci, et admet ainsi que Broussonnet {Tableau élémentaire de sémiotique), à l'exemple de Reil {Memorabilium clinicorum medico-praclicorum, fasc 111, tract. V, Halae, l792), des crises dans les maladies nerveuses. Avec Fusler (ihèsc de concours, 1849), la crise est décidément envisagée au point de vue philosophique, nettement séparée des phénomènes critiques, auxquels seule elle donne leur caractère : « C'est la nature médicatrice qui prépare et accomplit les révolutions spontanées qu'on appelle crises... Une crise, en effet, est la résultante d^s efforts médicateurs, etc. (pages 62-69). C'est dans le même sens que s'exprime Jaumes, dont les idées, professées en \ 855, ont inspiré deux bonnes thèses, cello:^ deM. Solier, en 1857, et de M. Em. Berlin, en 1858, et qui dépeint ainsi la crise dans son Traité de pathologie générale (pages 501-503) : « La crise est une manifestation particulière de la faculté médicatrice, manifestation qui a pour but spécial de dissiper une viciation du dynamisme...; elle est donc toujours le produit d'une synergie médicatrice, » Et à la question de Chomel sur les rapports de causalité des phénomènes critiques avec la crise, il répond : lacri>e n'est ni la cause de la guérison, ni sa conséquence, elle en est le moyen (thèse Bertin; Montpellier, 1858). A Paris, plus tard, l'enseignement de M. Chauffard est presque identique : « On peut résumer l'idée hippocratique en disant que ia crise est tout mouvement qui juge, qui termine la maladie. Nous appellerou'; donc crise les synergies dernières par lesquelles se juge et se termine une maladie, et phénomènes critiques ceux par lesquels se traduisent ces synergies tinalcs » {Principes de pathologie générale, p. 489-490; Paris, 1862). Le point de départ de la crise est donc toujours placé, pour les vitalisles contemporains, dans une détermination de la nature médicatrice, indépendamment, en quelque sorte, des phénomènes par lesquels la crise se manifeste, dit M. Chauffard, se réalise, écrivent avec plus de raison MM. Fuster et Jaumes, et dans lesquels l'évacuation humorale ne joue qu'un rôle très-subordonné.

Réduite par les uns à l'appréciation du plus ou moins de valeur de certains phénomènes pour la solution heureuse des maladies, élevée par les autres à la hauteur d'une doctrine, la question des crises ne pouvait plus guère fournir matière à des discussions utiles — tant les points de vue étaient différents — lorstpie de nouveaux moyens d'investigation, en ouvrant des voles nouvelles à son étude, lui ont fait faire un pas décisif : nous voulons parler des recherches contempol'aines d'urologie et surtout de l'application du thermomètre à la détermination de la marche des maladies fébriles.

Parmi les premières, nous devons une mention au travail de Chalvet, sur les altérations des humeurs par les matières dites extractives {Mémoires de la Société de biologie, t. XIX; 4« série, t. IV; 1867). Se basant sur quelques analyses du sang et des urines dans l'état fébrile, ce physiologiste déclarait tout d'abord que la signification hippocratique du mot crise n'a aucune raison pour être conservée, et concluait que, au point de vue du véritable humorisme moderne, « la crise est l'exagération rémittente des fonctions émonctoires, ayant pour effet de débarrasser l'organisme de l'excédant des déchets qui s'y accumulent pendant la maladie. » La vieille idée humorale de dépuration reparaissait, appuyée sur une chimie plus savante, et trouvait son application à différentes périodes des maladies, aux crises partielles de certains accès comme à la crise finale.

Cette tentative et quelques autres de même nature n'auraient pas suffi, malgré

leur intérêt réel, à rajeunir la question des crises : car, en dépit de leurs préten> tions, elles n'en étudiaient qu'un côté fort restreint; et c'est aux travaux de ihei'mométrie clinique, poursuivis dans ces derniers temps, il faut bien l'avouer, avec plus d'ardeur en Allemagne que partout ailleurs, qu?, l'on doit les plus grands progrès que la connaissance des crises aient faits depuis Hippocrate et Galien. Ces travaux ont en effet permis de constater — et l'expectation systématique de l'école de Vienne n'a pas été étrangère à cette constatation — que la marche de la température fébrile, dans la plupart des maladies aiguës, affecte des lormes déterminées, susceptibles d'être rattachées à des types fixes, et qu'elle présente une concordance remarquable avec les phases de l'évolution pathologique décrites par les médecins hippocratistes ; ils ont fait voir notamment que le mouvement de décroissance de la température morbide à la fin des maladies, la défervescence, comme l'a appelée Wunderlich, s'établit assez souvent aprèj une élévation thermique qui répond à la perturbation critique des anciens, et s'accomplit habituellement, en dehors de toute intervention thérapeutique, suivant deux modes principaux : l'un rapide (en vingt-quatre ou trente-six heures), l'autre graduel (en plusieurs jours), qui représentent exactement la crise et la lyse de Galien. (Traube, Ueber Crisis und critische Tage, in Deutsche Klinikf 1851-52 ; Wunderlich, das Verhalten derElgenswàrme in Kranldieiten, i'^ édit. 1868; 2" édit., 1870; Leipzig, etc., etc.)

L'évolution thermique étant considérée, un peu arbitrairement, comme retraçant celle de la n)aladie elle-même (Virchow, Handbuch der speciellen Pathologie und Thérapie, t. 1, p. 33, 1854; Wunderlich, loc. cit., p. 7 delà 2" édit. allemande, et 5 de la traduction française), il était tout naturel que la détermination des modes de solution de celle-ci fût basée sur les modes de défervescence; il est vrai d'ailleurs, suivant une juste remarque de Wunderlich [loc. cit., p. 7), que, si les modifications de la température coïncident avec d'autres troubles organiques et fonctionnels, dans le corps malade, aucun ne se laisse mesurer avec la même précision et la même exactitude que la température. Aussi la doctrine allemande fut-elle bientôt propagée en France par Hirtz (de Strasbourg), qui définit la crise, physiologiquement, une défervescence rapide, tout en reconnaissant que cette dernière n'est qu'un phénomène critique! (Art. Grise et Fièvre ànJSouv. Dict. de méd. et de chir. prat.), et acceptée par M. X. Gouraud (thèse d'agrégation; Paris, 1872). Pour ces deux auteurs, d'ailleurs, la défervescence précède toujours les autres phénomènes critiques.

Telles sont les principales manières de comprendre les crises qui ont eu cours dans la science; elles se rattachent toutes, sciemment ou non, même les plus modernes, à la conception hippocratico-galénique, qu'elles dénaturent pour la plupart, il est vrai, en n'en acceptant que le côté qui leur paraît le pluJ saillant : l'élimination et la dépuration humorales, par exemple, pour Chalvet; la cessation plus ou moins lapide de la chaleur fébrile, avec ou sans évacuation spéciale, pour llirtz et l'école allemande contemporaine, ou le caractère insolite des phénomènes (Chomel, Hardy et Béhier, etc.).

Ces dernières manières de voir, pour nous borner aux plus récentes, nous paraissent inacceptables, d'abord parce qu'elles ne visent qu'un point particulier d'un fait complexe, qu'elles restreignent arbitrairement; ensuite parce qu'elles ne s'appuient même pas sur un fait essentiel, constant; elles se contredisent d'ailleurs réciproquement : car il faut une grande dose de bonne volonté pour voir dans la défervescence, ainsi que l'a fait un auteur, un phénomène remar-

quable (au sens d'insolite). La dépuration humorale, sans jouer le rôle prépondérant que lui attribuaient les anciens dans la réalisation de la crise, est sans contredit un acte important, le plus important peut-être du travail critique dans des maladies déterminées (certaines intoxications virulentes ou miasmatiques, etc.) ; mais, dans ces cas mêmes, elle n'est qu'un moyen, quand ce n'est pas une simple conséquence; elle fait d'ailleurs trop souvent défaut pour figurer légitimement dans une définition générale. La défervescence rapide ne nous semble pas mieux choisie pour caractériser la crise ; indépendamment de ce qu'on refuse ainsi ce mode de terminaison aux affections autres que les affections aiguës à température élevée — et cet exclusivisme est en contradiction avec le sens traditionnel du mot, avec le sens même que sont forcés de lui donner encore les défenseurs de l'opinion que nous combattons — il ne manque pas de circonstances dans lesquelles la défervescence se produit rapidement sans qu'il y ait crise : ainsi les collapsus agoniques, les rémissions exagérées de la fin du premier septénaire et celles du stade amphibole de la fièvre typhoïde, etc.

Les symptômes de la défervescence ne sauraient donc être pris pour équivalents de ceux de la crise, comme l'a écrit Ilirtz ; ils en sont un élément, un signe capital, dans certaines maladies; mais ils ne la constituent pas. Hirtz l'a reconnu explicitement, du reste {voy. art. Crise cité, p. 246), et M. X. Gouraud l'avoue lui-même, puisque, après avoir adopté l'opinion de ce pathologiste sur l'équivalence de la défervescence et de la crise, il conclut en disant que la crise est « l'ensemble des actes qui jugent rapidement la fièvre dans les maladies aiguës, n Si la crise n'était autre chose qu'une défervescence rapide, on ne voit guère comment elle pourrait être en même temps un ensemble d'actes qui jugent la fièvre, etc. : car, d'après cette seconde définition, la défervescence n'est évidemment qu'une conséquence de l'ensemble des actes judicateurs. Nous ne nous attarderons pas h. réfuter l'opinion de Chorael et de ses imitateurs, les études de thermométric clinique ayant établi péremptoirement l'existence des crises en dehors de tout phénomène exceptionnel, et nous réservons pour une autre partie de ce travail l'appréciation de l'interprétation donnée à celte question par l'école de Montpellier. Il nous paraît, en effet, rationnel d'étudier d'abord la crise au point de vue du fait clinique, en dehors de toute conception doctrinale, avant d'en discuter la nature et la signification philosophique.

H. Définition de la crise. En rechei^chant ce qu'il y a de commun au fond de toutes les définitions proposées, on trouve la notion hippocratico-galénique d'un changement décisif éprouvé par une maladie (générale ou à réaction généralisée) parvenue à une certaine période, et à partir duquel le sort du patient est définitivement fixé; en ce sens, il y a des crises heureuses et des crises malheureuses ; mais la tradition , depuis Galien, a donné à la crise une signification favorable, et une analyse plus complète des faits pathologiques a justifié cette manière de voir, en démontrant que les prétendues crises funestes, quand elles ne sont pas l'expression d'un état ataxique ou malin, dépendent de complications ou de l'aggravation progressive du travail pathologique initial, c'est-à-dire n'ont en aucun cas le caractère de jugement. Nous nous rangerons donc à cette opinion : car il serait d'ailleurs sans intérêt pratique d'examiner si, dans les maladies paroxys-

tiques, par exemple, la dernière exacerbation, celle qui précède la période ;igonique, ne doit pas être considérée comme critique.

A cette façon d'entendre la crise se joint en outre l'idée, plus galénique tiu'hippocratique cette fois et que nous ne saurions accepter, de la rapidité nécessaire du mouvement critique, que l'on se plaît à opposer à la lenteur de la terminaison par Ijsis; cette séparation, en effet, est arbitraire, malgré la coniirmalion qu'on a cru en trouver dans l'observation thermoniétrique. De plus, même en l'attribuant seulement au mode de manifestation de la crise et non à son complet achèvement , qui peut exiger un temps plus ou moins long pour se réaliser, sans que la nature du travail de restauration soit changée (et cette distinction, qui n'a pas été faite, permettrait de comprendre dans une même définition la crise et la lysis), la soudaineté n'est pas un caractère constant de la crise, ains^i que nous le verrons bientôt; nous devons donc l'éliminer, tout en reconnaissant qu'il se constate assez souvent et rend alors la crise bien plus évidente. Nous ferons les mêmes remarques pour les évacuations humorales.

Ces explications données, et en nous restreignant pour le moment à la considération des traits essentiels et communément admis de la doctrine traditionnelle, nous dirons que la crise, dans son sens le plus étendu, est le changement décisif que subit une maladie (générale ou à réaction généralisée) arrivée à son summum, et à partir duquel s'opère définitivement le mouvement de retour de l'organisme à l'état hygide.

Nous disons décisif et mouvement définitif de restauration hygide, pour différencier la crise des simples améliorations, et pour indiquer qu'à partir du moment oii le changement s'est produit, quel que soit le temps nécessaire à sa parfaite réalisation, la maladie est jugée, est virtuellement terminée; nous spécifions en même temps qu'il s'agit de maladies générales, ou à réaction généralisée, parce que, bien que le travail de restauration dans un tissu atteint de phlegmon abcédé ou terminé par résolution, par exemple, ou de toute autre lésion localisée, puisse présenter les mêmes phases qu'une affection de toute la substance (pour parler le langage de l'Ecole), la conception première de la crise et une tradition constante ont réservé cette désignation à la solution des maladies qui intéressent l'ensemble de l'organisme, et paraissent exiger le concours de toutes ses forces pour être menées à bonne fin. A ce titre, les maladies fébriles, avec ou sans localisation, offrent les types les mieux caractérisés des différentes sortes de crises, qui trouvent dans les tracés thermométriques un mode de représentation schématique réellement saisissant. Parmi ces maladies, la pneumonie fournit sans contredit la démonstration la plus convaincante des propositions qui précèdent, et surtout du caractère décisif, pour la solution de l'état pathologique tout entier, de la crise qui met d'abord un terme au trouble général. Dans cette phlegmasie, on le sait, la crise de l'état fébrile et des désordres qui l'accompagnent s'opère très-rapidement, d'ordinaire, et précède souvent de plusieurs jours la résolution des lésions pulmonaires; et pourtant, à dater du jour oii elle s'est produite, la maladie peut être cousidéiée comme jugée, malgré la persistance des lésions : l'évolution progressive de celles-ci, en elfet, est dès lors enrayée, et bientôt elles subissent à leur tour le travail de régression qui doit achever la guérison, si toutes choses marchent convenablement.

Mais la crise n'est pas un simple point de rebroussement, si l'on peut ainsi

dire, de lu courbe qui représenterait l'évolution de la maladie, et s'il est permis, pour la commodité de l'exposition, d'en parler d'une façon abstraite, il importe de ne pas oublier qu'elle résulte de choses fort concrètes, et en réalité est constituée par l'ensemble des actes qu'accomplit l'organisme, spontanément ou à la suite d'une provocation, pour revenir au type physiologique quand il en a été momentanément éloigné par une cause morbifique. De ces actes, les uns ,; restent cachés, les autres sont appréciables à nos moyens d'investigation et ont reçu, ainsi que les symptômes s'y rattachant, le nom de phénomènes criliques. 11 y a donc lieu de distinguer, dans le mouvement critique, les opérations occultes qui en déterminent la production (et dont la cause nous échappe, puisqu'elle se confond avec celle de la vie), et les phénomènes qui le traduisent à l'extérieur et servent visiblement à sa réalisation. Parmi ceux-ci, il en est qui précèdent le changement dans l'évolution morbide et semblent "' l'annoncer, ou, tout au moins, sont en rapport avec le travail plus intime qui ' le prépare; d'autres sont la manifestation de ce changement, ou bien des moyens par lesquels il s'effectue ; d'autres enfin n'en sont que la conséquence. Ces ^^' différentes phases de l'action critique (préparation, réalisation et achèvement ''*" complet) ne se peuvent séparer, et c'est à juste raison que l'on a confondu sous ■^ une même désignation les phénomènes qui s'y rapportent à divers titres. Mais ces ^''- phénomènes n'ont pas, ne peuvent pas avoir tous la même signification, la même *■< valeur, et il est vraiment singulier qu'après les distinctions nécessaires qui ont été faites en cette matière, par les palhologistes les plus anciens, certains »fc contemporains persistent encore, abusés par la similitude de la dénomination, «f à parler en bloc de ces phénomènes, que quelques-uns confondent avec la crise, [èM à discuter s'ils sont cause ou effet du rétablissement, et même à déclarer qu'ils m sont toujours le résultat de la guérison.

Ces divergences d'appréciation proviennent en partie de ce que le même mot iab ne répond pas pour tous à la même idée; mais elles dépendent encore plus d'un èls défaut d'analyse et d'observation. C'est l'expérience seule, en effet, qui iii peut déterminer le rôle que joue tel ou tel phénomène dans le travail I jdt- curateur ; les phénomènes dits critiques ne le sont pas par eux-mêmes, dit: mais par leurs rapports avec les différentes périodes de l'évolution critique. '0 Hippocrate l'avait déjà reconnu et insistait sur cette importante distinction : jsl Ce qui sert ressemble complètement à ce qui nuit,... car tout est semblable : 0: les choses qui sont critiques, celles qui nuisent, celles qui délivient... I^j^, Les signes criliques en mieux ne doivent pas apparaître de bonne heure...; jjjjj arrivant à temps, ils annoncent le salut; arrivant hors temps, ils sont ^ijj de nature opposée. Jugez les évacuations non par la quantité, mais suivant ïjj* qu'elles sortent telles qu'il convient et qu'on les supporte bien, etc. (Des ijjji Humeurs, §§ 4, 5, Aph., sect. 1, 23). Cet enseignement doit être retenu.

ill^ III. Symptomatologie GÉNÉRALE DE LACRisE. Ccs préliminaires posés, uous allous \0 «ssayer de donner un aperçu de la physionomie générale de la crise, en prenant pour 0 type ce qui se passe dans les maladies aiguës fébriles, où ce grand fait pathologique

.j; €st le mieux caractérisé et a été le mieux étudié. Quelles que soient, en effet,

[(jii! ^^s différences de nature et de siège qui peuvent séparer ces maladies, l'exis-

0 *^"^® ^^^ ^^ ''^^^'^ ^eur imprime, au point de vue de l'état général, un caractère

commun qui domine très-souvent toutes ces différences, et justifie une descrip-

P,, iion d'ensemble, puisque la crise, nous l'avons vu, est surtout un mode de

terminaison d'un trouble général de la santé. 11 y a d'ailleurs des crisev communes et des crises spéciales. Nous examinerons ensuite les principal phénomènes critiques, et nous en discuterons les rapports réels avec la crise, d'après les travaux contemporains et nos recherches propres.

La crise, phase particulière d'une évolution morbide dont tous les actes s'enchaînent et se commandent successivement en quelque sorte, ne saurait ètn isolée de ce qui la précède et la suit immédiatement; il y a donc lieu de distinguer pour son étude une période de préparation ou d'imminence, appelée aussi procrilique; une période de réalisation ou de crise proprement dite, et une période de parfait achèvement, désignée également sous le nom d'épicritique par Wunderlich et par tous ceux qui, avec lui, ne veulent voir dans la crise qu'une défervesccnce plus ou moins rapide. Le professeur Jaunies (de Montpellier), poussant encore plus loin l'analyse, l'a considérée comme une maladie surajoutée et en a décrit l'incubation, les prodromes, les symptômes, etc. Sans méconnaître l'ingéniosité de cette manière de voir, nous n'irons pas aussi loin.

La période de préparation se présente sous deux aspects bien différents : dans l'un (qui répond en partie au etadium decrementi ou de décroissance cerlalfle, mais insuffisante, de Wunderlich), elle n'est caractérisée que par un léger amendement de tout ou partie des symptômes, notamment une diminution de la température morbide, et surtout de l'exaccrbation vespertine, et par l'apparition ou l'accentuation, s'il existait déjà, de l'un des phénomènes qui doivent concourir à la réalisation de la crise ; ainsi, de la moiteur, avec détenle du pouls; ou de la pesanteur lombaire, de la tension abdominale, des borborygmes, etc., suivant que la sueur ou les évacuations alvines seront le phénomène critique prépondérant. C'est alors aussi que se montrent ou s'accenluent les signes de coction dans les différentes excrétions qui en sont susceptibles: l'épaississement des mucosités nasales ou broncho-pulmonaires, dans le cas de coryza, de bronchite ou de pneumonie, par exemple; l'épaississement de; .matières fécales, s'il y avait auparavant de la diarrhée; les sédiments urinairc; (ces derniers sous réserve) . Cette période, qui s'observe presque exclusivement dans les maladies à marche continue, sous-continue ou rémittente, dure en moyenne de douze à vingt-quatre heures, mais peut se prolonger davantage. jusqu'à deux et trois jours, dans des circonstances exceptionnelles que nous spécifierons plus loin ; dans le premier cas, il est souvent difficile de la séparer de la crise elle-même, dont on pourrait la considérer comme le début, surtout lorsque celle-ci s'accomplit lentement, par oscillations descendantes, comme dans la forme qui a reçu de préférence le nom de lyse ou lysis.

D'autres fois, c'est une aggravation apparente qui signale cette période; « Quand une crise s'opère, la nuit qui précède le redoublement est difficile à supporter », avait déjà remarqué le Père de la médecine {Aphor., sect. 2,15) et Galien, renchérissant sur cette observation et s'inspirant de faits exceptionnels, ti'ace un tableau effrayant de la perturbation procritique, dont nous avons déjà indiqué les principaux traits. Cette perturbation semble d'ailleurs constante pour Galien et devient l'un des éléments, en quelque sorte, de la crise (1*^'' Crises, liv. III, ch. ii).

L'observation contemporaine a confirmé en partie ces assertions, en démo"' trant, au moyen du thermomètre, la réalité de cette exacerbation procrilique non-seulement dans des affections à marche paroxystique ou rémittente, comme

, la rougeole, certaines fièvres catarrhales ou gastriques, mais dans des nrialadies à marche sous-continue, comme la pneumonie, certaines angines, etc. Sur ^81 cas de pneumonie terminés par la guérison, nous l'avons constatée 41 fois, c'est-à-dire dans un peu plus de la moitié des cas; encore éliminons-nous 4 cas de pneumonie intermittente, qui naturellement ont présenté des ' 'paroxysmes marqués, mais dans lesquels l'administration du sulfate de quinine î modifié brusquement la situation, au troisième accès seulement, il est vrai; tandis que nous n'avons noté que 37 fois la diminution préparatoire, et encore în comptant les cas dans lesquels une recrudescence ultime précède de deux et Vois jours la crise proprement dite.

Cette exacerbation s'accompagne assez rarement des phénomènes graves décrits

lar Galien, et complaisammenl reproduits par la plupart des auteurs; mais elle

le consiste pas uniquement dans l'élévation thermique ; indépendamment du

nalaise et des troubles nerveux qui sont habituellement liés à l'accroissement de

a température organique, on observe, dans la pneumonie notamment, une

ecrudescence des phénomènes pulmonaires qui peut aller jusqu'à faire supposer

[ue le paroxysme est simplement dû à une extension de la localisation ou à un

'""'^rrêt du travail de résolution; ainsi le point de côté l'eparaît parfois, des râles

ous-crépitants sont perçus dans une plus grande étendue, ou sont jemplacés

lans les points qu'ils occupaient primitivement par du soulfle, qui avait

lisparu depuis un temps plus ou moins long, etc. 11 en est de même pour les

, ocalisations bronchiques des affections catarrhales. Cette interprétation toute-

-P^is ne saurait être admise sans conteste pour un certain nombre de cas

oito.rje pneumonie, et surtout de synoques inflammatoires, catarrhales ou gastriques,

lans lesquels il est impossible de constater cet accroissement de la lésion au

j->' aoment de la pertubation procritique; il reste d'ailleurs à rechercher le pour-

etthii^uoi de cette aggravation si courte de la lésion. Dans l'érysipèle de la face,

Bsonlil ne paraît pas douteux cependant que l'élévation thermique (que Ton observe

iiiFti,ibrès-rarement d'ailleurs) avant la crise ne soit liée à une nouvelle poussée;

|ép»'est également à la progression du travail phlegmasique qu'il faut rattacher

ïfeelle que l'on constate parfois dans l'otite et l'angine tonsillaire phlegmoneuse.

dftHhn est-il de même pour la rougeole? Pour cette fièvre éruptive, le paroxysme le

réniiKlus élevé est en rapport avec l'épanouissement de l'exanthème, tandis que dans

iroloo«ita fièvre initiale de la variole le maximum thermique coïncide ordinairement

liMièvec le début de l'éruption.

||(il(i; Quoi qu'il en soit des explications, le fait mérite d'être signalé, à cause de

jeliëon importance pratique. L 'exacerbation procritique n'a pas toujours les mêmes

fj(ji)|taractères, d'ailicurs; ordinairement précédée d'une rémission qui peut aller

,5J5, flsqu'à simuler la crise, elle a une durée et une intensité variables ; le plus

jjjf ((Bouvent d'une douzaine d'heures, elle persiste parfois pendant vingt-quatre et

jjjjjisrente-six heures, et même davantage ; mais alors sa signification est douteuse :

j|^r„santôt, dans ces cas, elle n'atteint son maximum que le second jour, la rémis-

l'jjUft ion matinale de ce jour faisant assez souvent défaut ; tantôt elle arrive dès le

(jjii.tremier soir (car c'est habituellement dans l'après-midi ou la soirée qu'on

y|(jf 'observe) à son plus haut degré, mais persiste, avec une faible rémission

jj|,ependant, dans la matinée et parfois dans la soirée du deuxième jour. C'est dans

es cas où elle va ainsi en s'amendant progressivement pendant deux, trois

/jij(^.t quatre jours, jusqu'au moment où la crise se produit, que l'on peut se

■lemander si l 'exacerbation n'est pas due à une rechute, et si la période de plu-

sieurs jours qui la suit n'est pas celle de préparation de la crise. L'élévation thermique, qui d'après Wunderlich n'atteindrait ou ne dépasserait qu'exceptionnellement les raaxima antérieurs, les dépasserait assez fréquemment (dans près de la moitié des cas où le malade a été observé d'assez bonne heure) de 0'',2 à 1°,2, en moyenne de 0",^ à 0",6, d'après nos observations de pneumonie et presque constamment pour la rougeole.

La rémission qui précède habituellement la perturbation critique, et sert à en fixer la valeur, se remarque aussi dans le cours de l'évolution pneumoniqueà des moments divers (nous l'avons notée 50 fois sur 81 cas, dont 24 n'ont été vus qu'après le cinquième jour, par conséquent 31 fois sur 57 à la rigueur), de préférence au troisième ou au quatrième jour, lorsque la pneumonie se terminait au cinquième, au septième ou au huitième, et au sixième et au septième jour quand la crise avait lieu le neuvième, le dixième ou le onzième jour ; elle se manifeste parfois à deux ou trois reprises et devance en général de vingt-quatre à quarante-huit heui'es, et même de trois jours la crise définitive. Sa durée, ordi» nairemenl de douze heures, peut cependant se prolonger pendant un et même deux jours, et dans ces cas, si la rémission est assez prononcée pour atteindre la norme et même tomber au-dessous, on est fort embarrassé pour décider si l'on est en présence de la crise, de l'amendement préparatoire ou d'une fausse crise : l'époque prématurée de l'apparition de cette amélioration, sa production inopinée et rapide, son défaut de rapport avec les autres phénomènes accusés par le malade, sa liaison avec une intervention thérapeutique, seraient, d'après Wunderlich, les éléments du diagnostic. Ilippocrate avait déjà averti qu'il fallait que les signes en bien n'arrivassent pas trop tôt, fussent précédés des signes de coction, etc.

Depuis Galien on admet généralement que la crise se fait de deux façons; l'une rapide, manifeste, a\ec excrétions abondantes, insolites même, ou des dépôts, des abcès : c'est la crise légitime ; l'autre plus lente, insensible, sans évacuations ni dépôts : c'est la lysis, la solution. Cette distinction, fondée si l'on veut exprimer les deux formes les plus communes d'un même fait, ne peut cependant être établie d'une façon absolue ; car il existe entre les formes extrêmes, à caractères tranchés, tous les intermédiaires, tant au point de vue de la rapidité de la marche que de l'intensité des phénomènes critiques, qui ne consistent pas toujours, comme le voulaient les humoristes, en évacuations ou dépôts. La confirmation de cette distinction qu'on a cru trouver dans les études ihermométriques est susceptible des mêmes objections.

En se basant sur la rapidité de la défervescence (confondue avec la crise), on a admis des crises très-rapides (en deux et quatre heures), rapiûes (en diuze ou trente-six heures), lentes ou trauiantes (durant plusieurs jours, de trois à cinq jours, pour Hirtz); l'observation clinique n'est pas favorable à une division aussi nette. Pour ce qui concerne le type très-rapide de la fièvre intermittente, il n'est exact que si l'on considère la durée absolue : car, si on compare la durée de la défervescence à celle des autres périodes, on constatera facilement que c'est le ty[je des défervescences lentes (voir fig. i).

Quant aux défervescences rapides, il nous est impossible d'accepter l'intervalle maximum de quaiante-huit heures pour leur réalisation, tout en reconnaissant que c'est la durée observée le plus communément ; mais as-ez souvent la défervescence, ayant débuté dans l'après-midi ou dans la soirée, se continue toute la journée du lendemain et du surlendemain, et ne se termine que le troisième

jour, au malin, de façon à se prolonger au moins soixante heures ; dans quelques cas, qui ne sont pas très-rares, soit à cuuse de la température élevée du fastigium, soit à cause de l'abaissement hyponormal qui se montre dans la matinée du troisième jour, soit à cause d'une exacerbation vespertine qui interrompt la descente le deuxième jour, cette chute de température met trois et quatre jours à s'effectuer, sans que le caractère de crise proprement dite soit altéré. Si l'on peut contester cette interprétation pour les faits dans lequels la descente a lieu d'une façon saccadée, avec exacerbalions vespertines quotidiennes, mais de plus en plus basses, on ne saurait le faire pour les cas dans lesquels la descente se produit d'une façon continue comme dans les suivants de pleuro-pneumonie, qui se sop en outre, accompagnés, le second surtout, de sueurs abondantes (nous n'indiijuou ; qne les chiffres se rapportant à la défervescence) :

MATIN. SOIR. MATIN. SOIll.

<i' jour 39°,9 iO'fi 5' jour 40°,0 iO',I

8' — 57%3 57°.iJ 7° — 39%0 Ô6*,0

Le maximum avait été de 40o,6 pour le premier, au quatrième jour, et de 40'',4 pour le second, au même jour. La défervescence, bien que continue, a donc mis au moins soixante heures à se réaliser; le même laps de temps peut être nécessaire, à plus forte raison, si rabaissement thermique est interrompu par une exacerbation même momentanée, La durée de la défervescence n'est pas d'ailleurs le seul phénomène à envisager, pour apprécier si l'on est en présence k d'une crise à forme sensible ou d'une crise à forme insensible.

D'un autre côté, la crise par lysis peut ne demander que de trois à cinq jours : pour se produire, surtout quand la température du fastigiuni e^l peu élevée, et : que la marche de la maladie est naturellement rémittente ; ainsi la solution de ,^. certaines affections catarrhales, de quelques épanchements pleurétiques, de cer- Ijj laines formes d'érysipèle ou d'épanchemeut pleurétique, de formes aboilivcs [r. de la fièvre typhoïde, se réalise entre tiois et huit jours et même plus. Mais, j., dans ces derniers cas, ce n'est que par la comparaison avec des formes plus ijjj accentuées que l'on est autorisé à admettre l'existence de la crise.

0 Dans les formes intermédiaires, le même laps de temps peut donc être néccs- « saire à l'accomplissement d'une crise ou d'une lyse, et c'est d'après d'autres j^ considérations, tirées de l'ensemble des phénomènes, que l'on se décidera pour

l'existence de l'une ou de l'autre. Ces réserves faites, nous ne faisons aucune

j: dilficulté de rtconnaître que fréquemment les deux types de crises sont nette-

j,ment distincts et peuvent être décrits à part.

jU Le caractère essentiel de la crise proprement dite est l'amélioration subite

y qui se produit dans l'état du malade au moment de la plus grande violence des symptômes ou après une faible diminution de ceux-ci ; malgré la persistance des lésions analomiques, qui dans la pneumonie, par exemple, mettent souvent

.'^plusieurs jours encore à se résoudre, le sujet éprouve un sentiment de soulagement notable qui démontrerait, s'il en était besoin, la part prépondérante des troubles fonctionnels dans le malaise morbide. En même temps que la chaleur

'fébrile tombe, le rhythnie de la circulation s'abaisse lapidement, et il n'est pas rare, dans les crises rapides, surtout avec accompagnement d'évacuations abon-

^ dantes, de le voir tomber à 60, 56 et même 48 pulsations à la minute ; celui de

1 la' respiration subit une diminution parallèle, parfois un peu retardée, mais

256 ORISE-

non constamment, par les lésions pulmonaires; les troubles du système nerveux s'amendent, la langue s'humecte, la peau s'assouplit, etc. ; toutes les fonctions, en un mot, tendent à revenir promptement à l'état normal.

Cette amélioration remarquable s'accompagne ordinairement d'évacuations plus ou moins notables, ou de iluxions sur diverses organes, d'éruptions cutanées ou de phlegmasies, et même de gangrène, dit-on ; parfois de troubles nerveux plus ou moins insolites : convulsions, surdité, etc. II y a donc des crises avec évacuations et d'autres sans éliminations apparentes. Parmi les premières, il convient de distinguer l'exagération de sécrétions naturelles, la sueur, les déjections alvines, les flux divers, et les évacuations décidément pathologiques, telles que les hémorrhagies, les suppurations, etc. Assez communément d'ailleurs, plusieurs de ces excrétions se réalisent simultanément ou successivement, e' c'était même l'opinion d'ïlippocrate et de Galien, que la crise pour être parfaite devait être universelle, c'est-à-dire porter sur la plupart des grandes fonctions: la sueur et les hémorrhagies, la sueur et les éruptions; les urines et les déjections alvines vont assez souvent ensemble ; tandis que la sueur et les déjections alvines, celles-ci et les hémorrhagies se font souvent opposition et d'habitude ne se pioduiscnt, s'il y a lieu, que successivement.

En outre de ces évacuations communes, qui se peuvent rencontrer dans toute espèce d'affections, et dont la manifestation est commandée par la nature de ces maladies, ou les conditions individuelles du sujet, il en est d'autres, plus spéciales, qui sont en rapport avec les localisations pathologiques : ainsi l'expectoration pour les maladies pulmonaires, les éruptions pour les fièvres exantliématiques, la salivation pour la variole, etc. Les deux sortes de phénomènes s'associent habituellement et se confondent même parfois : ainsi les évacuations alvines se rencontrent dans les crises communes et sont également la crise spéciale des maladies du tube digestif.

Les anciens pensaient que les crises*atô réalisent de préférence vers la fin de la nuit ou sur le matin; d'après Thomas (de Leipsig), le plus grand nombre débute sur le soir, très-tard, entre neuf heures et minuit, un nombre moindre commence dans la première moitié de la journée. Nos relevés de température, ne comprenant habituellement que deux mensurations par jour, ne nous permettent pas une opinion personnelle à cet égard ; toutefois nous pouvons dire que, sur 81 cas de pneumonie, la déiervescence a été 53 fois constatée d'abord le matin et 28 fois dans l'après-midi.

La durée de la crise est variable, nous l'avons vu, et paraît ordinairement en rapport avec celle de la maladie, sans qu'il y ait rien de fixe à cet égard : ainsi dans la pneumonie la défervescence peut être aussi prompte lorsqu'elle se manifeste au onzième ou au quatorzième jour que lorsqu'elle se montre au cinquième ou au sixième ; celle de la rougeole est rapide après une période d'invasion assez longue, et c'est l'inverse pour la plupart des scarlatines. Il n'est pas davantage entièrement exact de dire « que la crise est d'autant plus l'apide et plus prochaine que la température d'invasion est arrivée plus vite à son maximum, et vice versa » (Hirtz), 11 est plus habituellement vrai que la défervescence est plus rapide dans les maladies à moyenne thermique élevée; mais ici encore il y a des exceptions : la fièvre typhoïde, certaines scarlatines, etc. La crise débutant le matin serait plus longue, d'après Thomas, que celle du soir.

L'évolution critique est tantôt continue, c'est-à-dire s'accomplit d'un seuUia'') bien que la déiervescence se ralentisse d'habitude dans l'après-midi, tantôt entre-

coupée par des retours ascensionnels vespertins. Dans l'un et l'autre cas, on peut voir la température tomber, en trente-six heures ou quarante-huit heures, de 5" à 4", 5 et même de S". Il n'est pas rare devoir la chute de la température dépasser la normale, descendre à 36"5 et jusqu'à 35% chiffre qu'elle dépasse trèsrarement, et des phe'nomènes de collapsus avec phénomènes nerveux, délire même, se produire; cela arrive d'autant plus facilement que l'abaissement thermique est plus rapide et plus étendu. La lenteur extrême du pouls et les circonstances dans lesquelles ces phénomènes se produisent servent à éviter l'erreur dans laquelle on pourrait tomber, en confondant cette amélioration trop rapide avec la prostration et la réfrigération d'une période proagonique. Cet état peut ne durer que vingt-quatre heures ou persister plusieurs jours, sans que la guélison soit entravée (Wunderlich).

Les anciens pathologistes avaient déjà reconnu le peu de gravité de cet état, qu'ils considéraient à tort comme celui de la crise, alors qu'il n'en était que la conséquence. 11 s'observe surtout, en effet, lorsque des évacuations abondantes, de la sueur principalement, ont amené une déperdition de chaleur qui n'a pu être compensée par l'hyperlhermogenèse fébrile, alors supprimée.

D'autres fois, la marche de la crise se trouve interrompue; après un début rapide, permettant d'espérer une guérison prochaine, il y a des recrudescences de l'état pathologique, et ce n'est qu'après deux ou trois tentatives ainsi avortées que la crise délinitive se réalise : ce fait est assez commun, nous l'avons dit, dans la pneumonie, dans l'érysipèle delà face. Dans d'autres cas, après un début analogue, il y a arrêt de la défervescence, qui devient traînante, généralement avec exacerbation vespertine; il faut alors songer à une complication qui rend la crise imparfaite : ainsi l'apparition d'un épanchement dans le décours d'une pneumonie; car la présence ou l'absence des lésions locales initiales, dans cette dernière maladie, ne semble pas beaucoup influer, pendant quelques jours tout au moins, sur l'étendue de la défervescence; plus tard, si leur résolution ne s'effectue pas, ces reliquats peuvent donner lieu à une fièvre secondaire. Dans tous ces cas, la température, la respiration et la circulation suivent une marche à peu près parallèle ; nous disons à peu près, car assez souvent lerhythme circulatoire se maintient élevé, s'il y a des complications, bien que la température baisse.

Lorsque la ciùse met plusieurs jours à s'accomplir, lorsqu'elle se fait par lyse, selon l'expression consacrée, les phénomènes qui la signalent sont moins accen-

■ tués et plusieurs peuvent faire défaut : ce n'est que progressivement que l'umé- ,1 lioration se manifeste ; la défervescence se fait par saccades, selon le mode brisé, ,; «test plus fréquemment interrompue par des recrudescences que dans le type

, critique proprement dit ; par contre, les températures hyponormales y sont plus

■ rares. La circulation et la respiration reviennent également petit à petit à la fré- 1^ quence physiologique, au-dessus de laquelle elles restent assez communément, 1 pourtant, pendant un temps plus ou moins long. Les évacuations critiques ne font

■ pas absolument défaut; on peut observer des sueurs, des déjections alvines ou des flux urinaires, par exemple, ou des suppurations, des dépôts ; mais on voit

\ rarement des hémorrhagies, à moins qu'elles ne soient symptomatiques, ce qui °^ parfois aussi est le cas pour les abcès et les dépôts ; ces évacuations sont d'ailleurs ' peu considérables, d'habilude, et souvent ne se produisent pas.

On peut, du reste, rencontrer tous les intermédiaires nous ne saurions trop ""! insister sur ce point, entre la crise avec phénomènes manifestes, insolites même,

DICT. ENC. XXm. 17

et la crise par phénomènes insensibles ; les cas extrêmes sont seuls bien tranchés. Les mêmes affections, suivant les sujets, peuvent présenter Tune ou l'autre forme de solution : ainsi la pneumonie, l'érysipèle, l'angine tonsillaire, etc. ; cependant il en est qui revêtent plus particulièrement la dernière : ce sont les états pathologiques à marche rémittente, ordinairement assez longue, à température moyenne peu élevée, tels que les affections caturrhales, le rhumatisme articulaire aiju, les épanchements pleurétiques, la fièvre typhoïde, le typhus exantliématique ; ces derniers toutefois font exception pour la moyenne thermique.

Pour finir la description de la crise envisagée dans ses traits généraux7"i| ne nous reste plus à dire maintenant que quelques mots sur la période épicritique. Cette période n'est guère appréciable dans les crises par lysis, où elle se confond avec la convalescence ; mais il n'en est pas de même dans la crise proprement dite, oii elle est d'autant plus manifeste que celle-ci a été plus rapide. Dans celte période, la crise se complète, en quelque sorte ; la résolution des lésions analoniiques se termine, les excrétions suspendues ou modifiées par l'état fébrile non-seulement reparaissent comme en santé, mais parfois subissent une sorte d'exagération momentanée ; les éliminations, s'il y a lieu, s'achèvent: c'est la constatation de ces faits, abusivement généralisés, qui a porté plusieurs auteurs à regarder tous les phénomènes critiques comme des résultats de la crise. Parfois même c'est à ce moment qu'apparaissent le délire et d'autres troubles nerveux, s'ils n'existaient déjà auparavant, bien que leur disparition coïncide habituellement avec la réalisation de la crise. La température hyponormale, dans le cas de collapsus, peut se maintenir pendant un ou deux jours, et même plus, sans danger d'ailleurs, ou bien revenir progressivement ou rapidement au degré physiologique. La circulation et la respiration gardent encore, dans les mêmes circonstances, leur rhythme ralenti, qui deviendra plus tard, pendant la convalescence, accessible aux moindres influences d'accélération. Nous ne parlons pas du retour de l'appétit et des forces, qui appartient plutôt à la convalescence ; toutefois celle-ci, même dans le cas de crise rapide, peut suivre presque immédiatement. Enfin dans des conjonctures exceptionnelles, et en dehors des cas dans lesquels la mort est due à une complication ou aux progrès de lésions non enrayées par la crise, telles que les dégénérescences du muscle cardiaque, le sujet peut succomber guéri, épuisé par les dépenses organiques qu'a nécessitées la crise. Ces terminaisons fâcheuses sont très-rares, mais il est bon d'être prévenu de leur possibilité.

Les considérations précédentes concernent les crises des affections pyrétiques aiguës ; mais elles sont également applicables, avec quelques restrictions, aux crises des affections aiguës peu ou point fébriles, et même, en partie, à celles des maladies chroniques. On a contesté l'existence des crises dans ces deux derniers ordres de maladies, et l'on était dans le vrai si la chute de la fièvre est le caractère essentiel de la crise; mais il faudrait le démontrer.

La fièvre est le phénomène qui indique le plus nettement la participation de tout l'organisme à l'état pathologique, et la crise, la tradition l'a établi, est un mode de solution des maladies générales; mais l'économie ne peut-elle traduire sa souffrance que par la fièvre? Personne n'oserait le soutenir, et d'ailleurs le mouvement pyrétique n'a pas toujours la même valeur dans le syndrome morbide.

Qu'un épanchement pleurétique, après douze ou quinze jours de durée,

vienne à disparaître rapidement, en trois jours, deux jours même, ainsi que nous en avons vu des exemples, à la suite de sueurs abondantes ou d'une diurèse copieuse, dira-t-on que ce fait mérite ou non l'appellation de crise, suivant que le porteur de l'épanchement avait ou n'avait pas de fièvre? Bien que le trouble pathologique soit ici plus localisé que lorsque la fièvre existe, il n'y en a pas moins eu travail d'ensemble synergique pour la résolution et l'élimination de l'exsudat. Et même quand il y avait encore un certain degié de chaleur fébrile, 1° et quelques dixièmes en plus, ou en moins, quelle était ici l'importance de la diminution de température eu égard au travail de résorption de l'épanchement ?

iNous en dirons autant pour les diîrrhées ou les éruptions cutanées que l'on constate assez souvent à la suite de certains empoisoimements, après un séjour plus ou moins prolongé dans un milieu miasmatique : il est bien peu de médecins qui n'en aient été le sujet au début de leurs études anatomiques. C'est une conséquence d'une intoxication, dira-t-on; d'accord; mais cela empèche-t-il que, lorsque des évacuations font disparaître un état de malaise, de courbature, d'embarras gastrique, qui durait depuis plusieurs jours, elles ne revêtent le caractère critique ? Ici encore ne recevront-elles cette désignation que lorsqu'il y aura eu de la fièvre? Ou ne sont-elles possibles qu'à cette condition?

La terminaison de la dysenterie par un flux diarrhéique rentre en partie dans les faits que nous cherchons à établir ; mais on peut y voir un fait de dérivation, comme on peut attribuer à une simple action mécanique le soulagement de certaias états congestifs, à la suite d'hémorrhagies de différents genres. Toutefois il faut faire une exception pour le flux menstruel, dont l'apparition seule met fin aux désordres si divers et parfois si graves qu'engendre sa suppression ou la dilficullé de son premier établissement. On objectera que dans le premier cas, plus commun dans les maladies chroniques, il est vrai, il n'y a rien d'étonnant à ce que la maladie cesse avec la cause qui l'a déterminée; mais n'est-ce pas ce qui arrive dans les affections fébriles auxquelles donna naissance la perturbation des fonctions cutanées et qui se guérissent si communément par un llux sudoral, c'est-à-dire par un retour de ces fonctions, momentanément exagérées même? Et dans le second cas, faudra-t-il absolument qu'il y ait de la fièvre (chose assez fréquente d'ailleurs), pour que l'hémorrhagie menstruelle soit regardée comme critique ?

Nous ne prétendons pas que la ressemblance soit complète entre les troubles que suscite la réalisation dilficile d'une fonction et ceux qui caractérisent une maladie de tout autre origine : dans l'une, la crise est une phase, un mode de terminaison d'un état morbide antérieur, constitué en dehors d'elle, pouvant évoluer et guérir même sans elle ; dans l'autre, c'est l'évacuation supposée critique dont la production entravée procure (exige, disent les partisans des fièvres synergiques) le trouble pathologique. Ce dernier, pour n'être que subordonné, en est-il moins jugé par l'hémorrhagie utérine, quelquefois remplacée ou précédée par des épistaxis, des hémoptysies, etc. Au point de vue pratique, les indications diffèrent-elles dans les deux cas? Evidemment non. Sans confondre les deux espèces, il convient par suite de les rapprocher l'une de l'autre.

Il y a donc des crises dans les maladies aiguës apyrétiques ou accidentellement et médiocrement fébriles; lorsque la fièvre existe, elle imprime un carac-

tère plus accentuéà la crise, elle en favorise même la réalisation, mais elle n'en est pas une condition indispensable. Ce qui domine, dans ces sortes de solutions, ce son! surtout les évacuations humorales, parfois des troubles du côté du système nerveux, et ce fait seul établit une différence marquée dans la symptomatologie de la crise dans les deux groupes de maladies en question : dans les affections pyréliques, la chute de la fièvre est le seul phénomène critique nécessaire, elle seule suffit parfois à les dénouer, en l'absence de tout autre signe; dans les maladies aiguës sans fièvre, les autres signes judicateurs ne peuvent faire défaut sans que la crise disparaisse à nos yeux.; ils acquièrent donc ici une importance qu'ils n'avaient pas tout à l'heure, ils deviennent constitutifs de la crise : le changement décisif en mieux est lié à leur apparition. Il en résulte une modification notable dans la physionomie de la crise, dont les différentes périodes sont moins tranchées et dont les traits varient en outre extrêmement, suivant les divers phénomènes critiques dominants, de façon à ne pas permettre une description d'ensemble, comme dans les affections auxquelles la fièvre fournit un caractère commun . Nous en parlerons plus utilement en étudiant à part les principaux de ces phénomènes.

Les maladies chroniques peuvent-elles se terminer par crise ? Un assez grand nombre d'auteurs le contestent et font remarquer que les faits rapportés à l'appui de l'admission des crises dans ces sortes d'états pathologiques sont des exemples de métastases, de complications, etc., qui ne méritent nullement le litre qu'on leur a donné si facilement. L'observation est fondée pour la plupart de ces faits, mais ne doit pas être généralisée.

La solution par crise, pour être rare dans les affections de cet ordre, par suite même de la lenteur de leur évolution, n'en est pas moins possible, et peut-être l'observerait-on plus fréquemment si l'on y portait plus d'attention. Les maladies chroniques ont les mêmes phases, les mêmes temps, comme dit Bordeu, que les maladies aiguës, et si la plupart persistent dans la période d'état ou vont en s'aggravant, un certain nombre sont susceptibles de guérison, et présentent, par conséquent, une période de restauration qui peut affecter le caractère critique.

Il convient d'abord de distinguer, dans les affections chroniques, des crises de tout point semblables à celles des états aigus, et qui mettent fin à ces affections mêmes, et des ci'ises partielles, qui ne jugent que certaines manifestations de ces affections : accès de fièvre intermittente, attaque de goutte, d'hystérie, etc. Ces dernières, à rigoureusement parler, ne devraient recevoir cette désignation que si chaque paroxysme constituait une maladie séparée, ce qui n'est pas; mais l'usage a prévalu de les considérer ainsi, d'après des motifs assez spécieux pour qu'on le suive.

Les unes et les autres se produisent de deux façons, ainsi que dans l'étal aigu, suivant qu'elles s'accompagnent ou non de fièvre (en entendant qu'il s'agit d'un mouvement fébrile appartenant à la maladie, et non d'une complication ou d'une maladie intercurrente, car la guérison ne serait plus due alors à une crise, mais à une substitution, à une action antagoniste, etc.). Dans le premier cas, que l'on observe dans les afiéctions chroniques qui reprennent ou revêtent momentanément les caractères de l'état aigu (comme dans les diverses localisations chroniques du rhumatisme, de la goutte) et dans les épisodes aigus de quelques-unes d'entre elles (comme dans les accès de fièvre intermittente, certains accès de goutte, etc.), les crises ne diffèrent en rien de celles des maladies

aiguës, sauf qu'elles se présentent presque constamment sous la forme lytique. Dans le deuxième cas, qui se rapporte à la disparition d'états pathologiques variés, soit afiectifs, soit localisés et souvent mal déterminés (migraines, dyspepsies, névroses diverses, hydropisies, etc.), ce sont les phénomènes d'excrétion qui dominent, de même que dans les crises des maladies aiguës apyrétiques. C'est dans celte catégorie que l'on peut ranger la guérison de l'épilepsie, de l'hystérie et d'autres névroses, à l'époque de la puberté, par l'instauration du flux menstruel ou |)ar des épistaxis.

Phénomènes critiques. 11 n'est pas un seul phénomène, pour si insignifiant qu'il soit ou si étranger qu'il puisse être à une solution favorable de la maladie, qui n'ait été considéré comme critique par hs médecins des temps passés; peu instruits sur lanatomie et la physiologie pathologiques, et admettant, pour lu plupart, la définition de la crise émise dans le livre des i/'/'eci/o/zs nos devanciers confondaient sous cette dénomination, avec les signes critiques non douteux, les métastases, les complications, des manifestations purement symptomatiques, et même de simples épiphénomènes. C'est ainsi que l'on trouve cités, même par des écrivains récents, comme phénomènes criliques : l'hydrocèle dans le rhumatisme, les érysipèles et les suppurations dans les fièvres graves, l'Iiématémèse dans les maladies de la rate, ou l'hydropi^ie dans les fièvres intermittentes, et les sudamina, la miliaire, dans toutes les affections fébriles. Userait fastidieux et sans aucune utilité de donner ici la nomenclature, forcément incomplète, de tous les phénomènes doués de caractères de ce genre parles auteurs; il nous suffira d'indiquer les principales divisions dans lesquelles on les a classés, et d'étudier les plus communs et les moins contestables d'entre eux, ceux que l'on peut rencontrer dans la plupart des maladies : les sueurs, auxquelles nous rattacherons les éruptions cutanées, les urines dites critiques, les évacuations ,i;astro-intestinales et les hémorrhagics, pour les crises avec matière, et les convulsions pour les crises sans matière, en indiquant brièvement pourquoi nous rejetons certains actes généralement acceptés comme critiques, tels que les abcès, les parotides.

Les classifications des phénomènes critiques ont pour base, les unes le siège ou la nature de ceux-ci, les autres, leurs modes d'action dans le travail curateur. Landré-Beauvais, dont la classification a été le plus souvent reproduite, adopte la piemière de ces bases [Dict. des Se. mécL, art. Crises, t. YII), et divise les crises en quatre grands groupes, suivant qu'elles se font par les muqueuses, la peau, les glandes ou le tissu cellulaire : dans les crises par les muqueuses, se trouvent réunis les hémorrhagies et les flux, les crachats et les déjections alvines, etc. ; tandis que les flux d'urine figurent à côté des parotides et des bubons dans le troisième groupe ; les éruptions cutanées sont placées naturellement dans le second groupe avec les sueurs, tandis que les furoncles rentrent dans le quatrième avec les fluxions et les gangrènes. M. Em. Berlin, frappé de ces inconvénients, se place au point de vue symptomatique, et, après avoir rangé les crises en deux catégories, avec matière et sans matière, classe les premières en cinq groupes, suivant qu'elles se produisent par hémorrhagie, par sécrétion, par éruption, par fluxion, inflammation et suppuration, ou par mortification : les crises sans matière comprennent la fièvre, les convulsions, le sommeil et différents troubles sensoriels (Em. Bertin, thèse de Montpellier, 1858).

C'est à un autre point de vue, i)lus médical, mais susceptible de quelques

Page 1