INDICE DE RÉFRACTION DES DIFFÉRENTES COUCHES
Couche Couche
périphère. moyenne. Noyau.
Premier œil 1,5904 1,4003 1.4281
Deuxième œil 1,5'J52 1,4199 1,4513
Troisième œil 1,400S 1,4252 1,4587
D'où il résulte que :
a. Plus la personne est âgée, plus l'indice de réfraction est fort. h. Les chiffres obtenus sont plus faibles que ceux adoptés pour l'œil schématique 1,4545.
c. Le noyau possède le plus fort indice de réfraction.
d. Les différences des indices ne s'amoindrissent pas avec l'âge.
Le cristallin frais est d'une admirable transparence; il tire sur le bleuâtre chez le bœuf, le mouton et le porc; chez l'homme il tire sur le jaune. Cette couleur semble s'accentuer avec l'âge, et chez quelques personnes elle peut atteindre des proportions qui ne sont pas sans quelques inconvénients physiologiques; ainsi Liebreich cite le cas du peintre Mulready qui, faute de bien voir le' bleu, en surchargeait ses tableaux à ce point qu'il fallait les regardera travers un verre jaune pour y rétablir l'harmonie et le coloris naturel.
CRISTALLIN (anatomie). 32[
Le cristallin est parfoitement lisse, il réfléchit les images suivant les lois de ses courbures, mais avec une complète netteté.
Sa consistance est assez ferme et son élasticité telle, qu'il peut se déformer sous son propre poids et reprendre son profil dès qu'on le place dans d'autres conditions.
Cette élasticité se manifeste encore, dès qu'on applique un corps obtus sur la surface de la lentille ; celle-ci se déprime et se relève à volonté. Enfin, c'est encore à celte propriété qu'est du le bombement du cristallin dès que la zonule est rompue.
Laisse-t-on cet organe exposé à l'air, il ne tarde pas à se ratatiner, sa surface se plisse et peu à peu sa transparence se perd. Dans l'eau il se gonfle, s'arrondit, prend une teinte d'abord louche, puis laiteuse ; finalement son enveloppe se rompt, et l'on voii par les déchirures s'échapper une matière opaline fibrillaire qui flotte dans le liquide. Dans d'autres cas, on voit la masse cristallinienne s'entr 'ouvrir par une déhiscence régulière, phénomène que nous aurons à interpréter.
Le nitrate d'argent blanchit d'abord vivement la surface du cristallin, puis la noircit en la durcissant.
Le chlorure d"or la rend violette et la durcit.
L'acide osmique lui donne une teinte ambrée d'abord, noire ensuite. Enfin tous les réactifs qui ont pour propriété de coaguler l'albumine, durcissent la substance cristallinienne. Dès à présent nous pouvons affirmer comme général, ce fait, que tous les réactifs semblent assez vite modifier l'écorce de la lentille, mais que son centre ou comme l'on dit son noyau est beaucoup plus résistant. Nous compléterons l'étude chimique du cristallin lorsque sa constitution nous sera mieux connue.
Une chose d'importance majeure dans l'histoire de cet organe, c'est la recherche de ses courbures, parce que celles-ci ont une influence considérable sur la marche des rayons lumineux. Kepler dit que la face antérieure appartient à un sphéroïde ayant en moyenne U"',020 de rayon et que la face postérieure est une portion d'hyperboloïde à deux nappes. Telles ne sont pas les opinions de Krause, Chossat et Vallée qui regardent les deux surfaces lenticulaires comme des ellipsoïdes de révolution; enfin Helmholtz {loc. cit.) établit les chiffres suivants : rayon de courbure au sommet de la surface antérieure de 10,162 à 8,865, rayon de courbure au sommet de la face postérieure de 5,860 à 5,889.
Nous avons dit qu'un corps obtus appuyé sur le cristallin le déforme; mais vient-on à le toucher avec un instrument piquant, aussitôt on voit sa surface se déchirer, s'entr'ouvrir, et à travers l'ouverture s'échapper un contenu. Cette expérience bien simple, montre que cette lentille, d'apparence si homof^èue, est en réalité composée d'une enveloppe et d'une masse centrale; nous allons faire connaître l'une et l'autre.
A. Capsule du cristallin. L'enveloppe a été décrite sous le nom de capsule. Le meilleur moyen de la mettre eu évidence, consiste à arroser un cristallin trèsfi-ais de quelques gouttes d'une solution au centième d'acide osmique. Dès que b préparation prend une teinte caramel, on fait sur sa face antérieure, avec une aiguille, une déchirure suivant un grand diamètre ; puis saisissant avec une petite pince à mors l'un des bords de la déchirure, on arrive avec quelque» secousses, à faire sortir les masses propres du cristallin. 11 reste dans ce cas DICT. ENC. XXIII. 21
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une espèce de coque vide, qui prend k forme ou à peu près, de la lentille cl que l'on aperçoit nettement dans l'eau où elle flotte.
A première vue on reconnaît que la paroi antérieure s'unit à la poste'rieure, juste au niveau de l'équateur en formant un angle arrondi, ce qui justifie les expressions de cristalloïde antérieure et de cristalloïde postérieure, d'angle des crislalluïdes qui ont aujourd'hui cours dans la science.
A première vue, un œil même peu exercé reconnaît que la cristalloïde antérieure est plus épaisse et plus ferme que la postérieure; dans le cas de la préparation indiquée, elle est visiblement louche, et ce manque de transparence occupe toute l'aire de la capsule, sauf une légère zone périphérique qui se détache en clair entre le centre et un cercle marginal très-étroit.
La crislalloïdc postérieure au contraire est mince, souple, uniformément transparente, tout au plus accidentée par la présence de débris du corps vitré (m. de repli de la zonule.
Werufcck, dès 1854 {Animons Z.itschr. J. Ophth. Bd. IV), avait non-seulement reconnu mais très-bien représenté la cause du louche de la cristalloïde antérieure. 11 avait découvert, en effet, la couche des cellules qui tapissent la face postérieure de la membrane. Nous nous expliquons la possibilité de cette découverte en dehors de l'emploi des réactifs, parce qu'une cristalloïde légèrement macérée dans l'eau, laisse très-bien voir les taches opalines formées par l'épithélium. Malgré cela, Pappenheim en 1842 et Iluschke en 1844, faussant la découverte deWerneck, placent le revêtement épithélial en avant de la capsule ot. sont imités en cela par Brûcke, Robin et Lohmeyer; Ilcnle et Krause restaient fidèle^ à la vérité ou plutôt à une portion de la vérité, puisqu'ils croyaient que la couche des cellules s'étendait sur la cristalloïde postérieure.
Grâce à l'emploi moderne des réactifs, des imprégnations d or et d'argent, des matières colorantes, l'histologie de la capsule est à peu près complète. Voici quels sont les lésultats de l'observation des auteurs qui ont étudié cette question et de la notre propre.
leii nous demandons la permission d'ouvrir une parenthèse et de présenter quelques leraarques d'une importance capitale.
L'étude d'un organe à la fois aussi compliqué et aussi transparent que le cristallin, présente cette curieuse difficulté que la transparence est le plus grand obstacle à la recherche de la texture. Pour découvrir celle-ci, il importe de. manipuler l'organe de manière à faire apparaître des détails sans cela impossibles à reconnaître, et par là même de prêter le flanc au soupçon d'avoir créé soi-même ce que l'on décrit.
11 est donc d'une nécessité absolue, de dire toujours, lorsqu'on établitle résultat d'une observation, comment et par quels procédés de préparation on les a obtenus. Nous allons appliquer ces principes avec toute la l'igueur possible, imitant en cela la méthode que le professeur Ranvier tend à vulgariser dans ses livres et dans ses cours.
La ci'istalloïde préparée à l'acide osmique nous a fourni bien des renseignements ; rien qu'à la voir flotter dans l'eau, à voir se rouler les bords de sa déchirure, à comparer sa partie antérieure avec la postérieure, nous avons pu établir quelques laits positifs ; mais il en reste d'autres à éclaircir. Et d'abord quelle est l'épaisseur des cristalloïdes ? La meilleure manière apparente de réso^iike ce pi-oilènie est d'obtenir une coupe de la capsule de façon à la présenter de champ. C'est là un problème très-ardu, et sans rien dire de toutes les tentalives
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infructueuses que nous avons faites pour le résoudi-e, nous conseillerons de prendre un œil durci tout entier dans le liquide de MuUer, d'en faire une section méridienne avec un rasoir bien tranchant, puis de durcir encore les deux moitiés avec la gomme et l'alcool. C'est ensuite sur le cristallin soutenu par la zonule qu'il faut faire les coupes.
On peut alors constater que la cristalloïde antérieure est plus épaisse que la postérieure; Bowman évalue cette différence à quatre ou cinq contre un au profit de la première ; d'après Henle, la cristalloïde antérieure mesurerait de 0,011 à 0,018, tandis que la postérieure aurait à peine la moitié.
L'épaississement de la capsule antérieure est central et cesse brusquement au niveau de l'insertion du ligament suspenseur.
Enfin cette même capsule présente sur ses coupes une striation transversale que, pour ma part, je suis disposé à attribuer à l'action des instruments tranchants.
J'ai, dans le but de vérifier ce fait, examiné bon nombre de cristallins préparés de différentes façons, soit après l'action de l'acide osmique, soit après l'imprégnation par l'argent ou le chlorure d'or, soit enfin après des colorations variées par l'hémaloxyline, le picro-carminate, le bleu d'aniline, etc., et je n'ai jamais constaté de striation régulière.
Arnold affirme cette striation qu'avaient signalée avant lui Valentin et Mensonides. Kœlliker fait remarquer qu'elle se développe surtout par l'aclion des acides et des alcalis. Les descriptions de Frey et de Robinski concordent avec celle d'Arnold. Cette observation serait importante, parce qu'elle confirmerait l'idée de la nature conjonctive de la membrane, qui sera appuyée, par l'histoire de son développement.
La capsule est très-élastique : L'expérience suivante due à Bowman le démontre clairement. Un cristallin plongé dans l'eau perd peu à peu sa forme et se gonfle en prenant l'aspect d'une vésicule. Vient-on à déchirer la capsule avec une aiguille, aussitôt le liquide est projeté vivement et la membrane vient se réappliquer sur le corps de la lentille. Les bords de la déchirure se volutent en dehors.
La cristalloïde est très-friable, à peine a-t-elle une solution de continuité, que celle-ci semble s'étendre, comme une cassure dans une glace. Cette cassure se fait suivant des lignes tourmentées et anguleuses, et il est remarquable que la cassure est toujours perpendiculaire à la surface, rarement elle empiète sur l'une ou l'autre face. C'est à cette manière de se rompre, ainsi qu'à son aspect homogène, que la capsule doit son nom de membrane vitreuse.
Malgré son apparence si dense et si dépourvue de toute lacune, la capsule est pénétrable aux matières colorantes. Un séjour de courte durée dans le carminate d'ammoniaque, le picro-carminate d'ammoniaque, la liqueur de Bœhner à l'hématoxyline, le bleu d'anihne, la colorent avec intensité et de leur côté, le chlorure d'or, le nitrate d'argent, l'acide osmique la pénètrent et la colorent. (]e sont, pour son étude, des réactifs d'une assez grande valeur.
L'action du nitrate] d'argent est instructive, en ce qu'elle montre que c'est par la face interne que se fait surtout la coloi'ation, et qu'elle semble noircir tandis que le milieu de la membrane garde sa clarté. J'ajoute que les graudes marbrures de teintes diverses que l'iraprégnalion impose à la membrane, et que l'on trouve depuis le violet jusqu'au brun foncé, indiquent des combinaisons
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variables, une pénétration différente du tissu et par suite une substance qui n'a pas la parfaite homogénéité qu'on lui croirait au premier abord.
Une chose que l'imprégnation d'argent rend très-évidente, c'est la disposition rugueuse de la face interne de la capsule. Le sel lunaire y dessine des lignes qui marquent évidemment des rides, et un pointillé qui ne saurait être que la trace d'empreintes laissées par des éléments cellulaires que nous étudierons plus tard.
Enfin çà et là se montrent des goutelettes de forme très-variées, qui indiquent la présence dans ces endroits, d'un corps comme huileux et non imprégnable, Nous chercherons aussi, la signification de ce phénomène.
La cristalloïde postérieure, si on doit regarder les signes que nous venons d'enregistrer comme une preuve de non homogénéité, serait beaucoup plus homogène que l'antérieure. Elle s'imprègne d'une façon beaucoup plus uniforme.
Un fait qui m'a frappé parcequ'il m'a paru constant, c'est que la cristalloïde antérieure, quelque soit le moyen employé pour la colorer, garde toujours près de son bord une zone claire.
Bowman a fait remarquer, qu'après la mort il est impossible, par aucune préparation, de faire perdre à la capsule sa transparence, tandis que pendant la vie elle est fréquemment atteinte d'opacité ; le fait est pour l'anatomiste anglais, la preuve que la membrane est pendant la vie, le siège d'échanges nutritifs actifs et importants.
Chimiquement la capsule est très-résistante. L'eau cependant la pénètre à la longue et la gonfle. Elle se dissout au bout de quelques heures de coction dans ce liquide, sans devenir gélatineuse par le refroidissement. L'acide tannique forme un précipité légèrement floconneux.
Le réactif de Millon donne un précipité plus abondant se colorant en rouge avec le temps. L'acide acétique, l'acétate de plomb ne le modifient pas. Mensonides attribue à la capsule une grande résistance à l'action des acides même concentrés. Mais Arnold se rallie à l'opinion de Strohl.
La non-gélatinisation de la capsule, après la coction, ne prouve pas qu'elle ne contient pas de mucine et que par suite ses réactions ne se rapprochent pas de celles des membranes conjonctives. Elle se distingue des membranes élastiques par sa moindre résistance aux acides.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, la cristalloïde antérieure ne possède en avant aucun revêtement cellulaire, et bien que Cadiat dans une thèse récente ait cru devoir reproduire l'opinion contraire de Robin, nos recherches, confirmatives sur ce point, de celles d'un grand nombre d'histologisles ne nous permettent pas de l'admettre ; quant à l'épithélium découvert par Warneck il est hors de toute contestation.
On le met en évidence par une foule de préparations; par la macération dans l'eau, par la solution osmique, par les imprégnations d'or et d'argent, par les colorations les plus variées.
La plupart des figures de cet épithélium publiées dans les livres, dans celui d'ilenle, dans le mémoire d'Arnold, ont été dessinées sur des cristallins macérés par le liquide de MuUer et colorés ensuite. Elles représentent un pavé polygonal à six pans très-régulier et très-élégant, dans lequel se détachent les noyaux ronds et granuleux pourvus d'un ou deux nucléoles brillants.
Nous avons quelques raisons de penser, que ce mode de préparation a enlevé
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au revêtement sa véritable physionomie, en gonflant et arrondissant les noyaux et en régularisant la distance qui les sépare les uns des autres.
En préparant des capsules très-fraîches au moyen de simples colorations, ou en les imprégnant d'argent, on n'a pas de peine à reconnaître que l'épithéliura est formé par un pavé, en somme très-irrégulier. Les noyaux, presque tous ovales, sont semés à des distances très-différentes les unes des autres ; le grand axe de ces noyaux dans des positions très-variées ajoute à l'irrégularité. Ces noyaux occupent dans la cellule granuleuse toutes les positions ; souvent ils s'appuient sur un bord, ils ont un nucléole quelquefois deux {voy. fig. 1).
La véritable forme des cellules est assez difficile à mettre en évidence; ainsi nous avons vainement cherché à dissocier ces éléments au moyen d'une macération prolongée dans l'alcool 1/5 ; ce procédé qui réussit si bien pour la plupart des épithéliums a toujours échoué vis-à-vis de celui-là. Cependant si nous nous en rapportons aux cassures, que provoquent dans cette couche les manipulations auxquelles on est obligé de la soumettre, celles-ci révéleraient des formes très-irrégulières.
Une heureuse imprégnation d'argent [voij. fig. 1), nous a permis de recon-
■•J^'lWl:m^
Fig. 1. — Épithclium qui tapisse la face postérieure de la cristalloïde antérieure (porc).
Fip:. 2. — Lambeau d'épithélium de la face postérieure de la cristalloïde antérieure du porc imprégaé d'argent. Ocul. 3, oljjeet. 6 (Uartoack).
naître un engrènement réciproque, qui s'éloigne sensiblement de la forme polygonale décrite par les auteurs.
Sur les coupes fraîches et bien colorées, on peut voir que la rangée des noyaux qui se montre sur la face interne de la cristalloïde antérieure n'est pas d'un parallélisme tel, qu'une même ligne concentrique puisse passer par leurs centres. Ceux-ci se trouvent en grand nombre soit au-dessous soit au-dessus de cette ligne.
Les lignes de séparation des cellules n'ont pu être exactement observées par nous qu'une fois, sur la pièce dessinée dans la fig. 1. Or, nous n'avons pu distinguer ni engrènement de dentelures, ni présence d'un mastic interposé ; cela ne prouve pas que les deux choses ne puissent exister.
Le tapis épithélial est à peu près uniforme dans les neuf dixièmes de la surface de la cristalloïde; mais à mesure que l'on se rapproche des bords, au niveau de cette zone claire que nous avons signalée, les noyaux se montrent plus rares, et le protoplasma moins épais, moins facilement colorable, plus
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transparent en nn mot ; puis A'ient l'angle des cristalloïdes, dans lequel les noyaux semblent s'ammonceler au point de rendre obscures presque toutes les préparations, et oij se rencontrent toujours des fibres. Ce point est particulièrement important, et nous y reviendrons.
La couche que nous étudions est assez adhe'rente à la capsule, pour qu'on eu trouve toujours des portions plus ou moins considérables fixées à celle-ci; cependant dans les tentatives de séparation du cristallin d'avec son enveloppe, il reste des lambeaux d'épithélium attachés aux fibres. Chose à noter, dans les déchirures de la capsule, les cassures de la cristalloïde et celles de son revêtement ne coïncident pas toujours. De grands lambeaux de l'une peuvent dépasser les bords de l'autre, et réciproquement. Quelquefois, sur des coupes méridiennes, on voit de grands lambeaux d'épithélium unir le corps cristallinieu avec des morceaux de sa capsule soulevée.
L'épithclium peut encore se plisser sur lui-même, se rouler et donner lieu à des complications microscopiques bizarres qu'il importe de bien interpréter.
Enfin on voit aussi se dessiner, sur le revêtement, des figures plus ou moins régulières, plus ou moins cellulaires d'apparence, auxquelles il ne faut pas se méprendre et qui s'expliquent très-facilement lorsque l'on connaît bien certaines propriétés des fibres du cristallin.
La couche des cellules ne s'arrête pas à l'angle des cristalloïdes; mais elle fait retour sur la face antérieure de la capsule postérieure, à une distance d'un millimètre environ, disposition qui a été reproduite avec exactitude dans les planches de Wenzel. Passé celte limite il n'y a plus d'élément de même nature, et ce que Robin avait autrefois pris pour un épithélium, ces cellules sans noyaux qu'il avait décrites, sont regardées aujourd'hui par tout le monde, comme les empreintes des extrémités de fibres cristalliniennes.
La seule chose que nous ayons à dire de cette capsule postérieure, c'est qu'il est difficile de la dépouiller de ses connexions avec le corps vitré, et qu'au moyen de colorations on met en évidence sur sa face postérieure de fins tractus et qui sembleraient accuser une tendance à se dédoubler en feuillets lamineux.
Une observation pour terminer : c'est que la zonule de Zinn ou tout au moins ses débris, se voient par transparence et viennent encore compliquer les préparations. Néanmoins le pigment dont elle est comme infiltrée la fera toujours reconnaître. 11 n'y a qu'une chose qui appartienne à la description de la capsule; c'est l'insertion du ligament radié ou plutôt sa fusion avec les cristalloïdes au moyen de fines cannelures qui s'avancent assez près des pôles. C'est sur la cristalloïde antérieure surtout, que le fait peut s'observer.
C. Corps du cristallin. J'ai dit, en parlant de la préparation qui nous révèle le plus simplement l'existence de la capsule, à savoir son éventration sur un cristallin frais, que l'on voyait à travers l'ouverture se former la hernie d'une substance gluante et visqueuse très- transparente.
Si l'on vient à faire adhérer au doigt cette substance, on peut l'étirer en fils quclauefois assez longs. Si on la promène sur une lame de verre bien essuyée, on la voit abandonner sur cette lame des fils très-fins qui se sèchent rapidement. Ces fils examinés aussitôt avec de forts grossissements, apparaissent sous la forme de rubans, placés tantôt de champ, tantôt sur une face plane; tantôt tordus et pour la plupart embrouillés dans toutes les directions. On a ainsi sous les yeux l'élément ultime de la lentille ou du corps du cristallin, on a la fibre ou le tube cristallinien.
CRISTALLIN (anatomie). S^T
Quelque artifice préparatoire que l'on emploie on ne voit rien de plus, rien de moing'que la fibre. Ce n'est que dans le cas où on aurait fait usage de cristallins déjà anciens, que l'on pourrait rencontrer des figures différentes qui ont longtemps trompé les observateurs et dont nous pourrons facilement donner plus loin la forme et l'interprétation.
Si maintenant nous reprenons méthodiquement nos recherches, si nous dépouillons de sa capsule un cristallin immédiatement extrait d'un œil frais, nous sommes en possession d'une lentille de même forme que la précédente, mais très-susceptible de se gauchir et de s'altérer.
Si déjà nous ne l'avions deviné, à travers la capsule nous apercevons des segments se former, nous voyons les parties qui s'attachent à nos doigts s'enlever dans des directions données, et laisser à la surface du cristallin des vides angulaires qui s'étendent d'un pôle à l'autre. Enfin si nous plongeons le toul, dans l'eau, nous apercevons un chevelu qui se soulève et ondule dans le liquide, si bien que nous acquérons la conviction que si des fibres sont l'élément Ibndamental du cristallin, ces fibres sont arrangées dans un certain ordre qu'il importe de reconnaître.
Fibres du cristallin. Leemvenhoek croyait le cristallin composé d'une seule fibre entortillée sur elle-même; mais il n'a jamais décrit celte fibre unique; plus tard Soemmcrring, Bchrens et Berzélius soutinrent que les fibres crislallinienues étaient des produits artificiels, puis vinrent llowe et Daucr qui leur restituèrent leur véritable signification. Enfin, Brewster reconnut leurs dentelures chez les poissons et Corda ainsi que Werneck découvrirent leur forme prismatique. Il est donc difficile de rapporter la découverte de ces éléments à Samuel Bigelow et de la reporter à l'année 1849, comme le fait Robin dans', la note qu'il a insérée dans le grand ouvrage de Sichel, note reproduite par Cadiat dans sa thèse d'agrégation.
Quoi qu'il en soit, tous les histologistes ne tardèrent pas à reconnaître qu'il y a plusieurs espèces de fibres mais que toutes les espèces ont une forme rubannée et prismatique.
C'est au procédé de dissociation qu'il faut demander la preuve de ces faits. Pour cela on plonge, pendant deux ou trois jours, un cristallin dépouillé de sa capsule dans de l'eau additionnée d'un peu d'acide sulfurique. Au bout de ce temps on détache, avec une aiguille, un mince segment de la lentille, que l'on porte sur la lame porte-objet et que l'on dissocie dans une goutte d'eau, avec le soin de ne pas embrouiller les fibres à mesure qu'elles sont isolées. On colore ensuite la préparation avec l'hématoxyline, le picro-carminate, le bleu d'aniline ou toute autre teinture.
A un fort grossissement ces éléments ainsi séparés apparaissent sous forme de longs rubans se présentant, tantôt par leur face la plus large qui a 0'",005, tantôt par un bord beaucoup plus étroit, tantôt enfin comme un ruban tordu sur lui-même et présentant tour à tour une face ou un bord.
D'après Fr. Arnold, llarting et Valeutin, ce ruban cristallinien aurait des striations longitudinales que KôUikcr a décrites, à son tour, comme résultant de la fissuration des gaines des fibres. Des auteurs plus récents, parmi lesquels il faut citer Frey, Cabuchin et Robinski, attribuent à ces striations moins d'importance et sont disposés à n'y voir que des accidents de froncement et d'inégalité. Julius Arnold, dans son important article du Eandbuch de Al. de Graefe et Sœmisch, fait remarquer que des fibres cristalliniennas plongées dans des solu-
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lulions très-faibles d'acide osmique se partagent en fibrilles; mais cet auteur se hâte d'ajouter qu'il est bien loin de considérer les rubans cristalliniens comme forme's de fibrilles; que pour lui la strialion, visible seulement sur les fibres centrales, serait la preuve qu'elles sont le siège d'un travail qui tend à transformer les épithéliums en substance cornée et une raison de plus de faire une distinction entre les fibres périphériques et les fibres du noyau.
La striation transversale signalée d'abord par Corda, puis par Werneck Wagner, Valentin, Ilenle, Kolhker, Babuchin, Robinski, Fubini, a été aussi l'objet de beaucoup de controverses et d'interprétations diverses.
Tandis que Valentin y voit une structure spéciale, Henle, Kôlliker, Babuchin y voient la preuve d'une fissuration.
Fubini, ayant cru remarquer qu'elles ne se raccourcissent que dans certaine position de la fibre, lorsque celle-ci est placée de champ, il est probable qu'elles sont l'expression des dentelures des bords.
Pournous, avertis de l'opinion d'auteurs si recommandables, nous avons bien des fois, sur des cristallins très-frais, cherché à voir les striations, soit longitudinales soit transversales, sans jamais y parvenir. Les fibres colorées nous ont toujours paru homogènes, et les légères chinures que nous y avons rencontrées nous ont paru le résultat du dépôt, en grains très-fins, des matières colorantes.
Nous avons multiplié les préparations, nous avons regardé des fibres colorées de bien des façons, et toutes les fois que nous avons pu isoler une seule fibre et l'observer étalée sur sa plus large surface, ce qui est rare, vu la tendance de ces éléments à se présenter de champ, toujours nous l'avons trouvée d'apparence homogène et sans aucune strialion, ni transversale ni longitudinale.
Il faut donc attribuer l'opinion de Kôlliker, d'Arnold et des autres à une différence de préparation, car nous n'osons pas penser que des auteurs aussi distingués, se soient laissé illusionner par les apparences que prennent un certain nombre de fibres accolées par leurs larges surfaces et se présentant de champ à l'objectif.
Quoi qu'il en soit, l'observation bornée à la préparation ci-dessus indiquée, tout en nous donnant l'idée que la fibre est rubannée, ne nous renseignerait pas sur sa forme exacte, si nous n'avions recours pour obtenir celle-ci à des coupes perpendiculaires à l'axe. Pour faire ces coupes, il faut prendre un faisceau de la lentille, le déposer sur le porte-objet et le couper en plusieurs tronçons avec un bon rasoir, incliné obliquement par rapport à la lame. 11 est rare que, grâce à ce moyen et avec une bonne coloration, on ne trouve pas quelque coupe favorable à la découverte du problème dont nous cherchons la solution. On voit alors se dessiner çà et là des mosaïques élégantes, composées d'hexagones dans lesquels deux des faces opposées sont très-larges, comparativement aux quatre autres juxtaposées deux à deux. Tous les ouvrages d'anatomie renferment des ligures témoignant de l'exactitude de ce fait. Si maintenant nous revenons à notre première préparation, pour examiner avec soin les bords que nous savons résulter de la rencontre de deux surfaces inclinées Tune sur l'autre, nous constatons que l'union des faces larges avec les petites faces, ne présente sur la fibre ni arête ni accident propre à la faire l'econnaître, et c'est pour cela que sans la coupe on n'aurait pu la soupçonner. Au contraire, l'arête qui constitue le lieu de rencontre des deux petites faces contiguës et forme, en définitive, le bord apparent de la fibre, est ou parfaitement net ou bien le siège de fines dentelures. C'est à cette différence qu'est due la distinction, depuis
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longtemps établie, entre les fibres lisses et les fibres dentelées du cristallin. Disons simplement que l'absence des dentelures caractérise les fibres superficielles et que leur présence détermine les fibres centrales.
En anatomie comparée, chez les poissons, la même distinction subsiste; seulement les fines dentelures du cristallin. humain sont remplacées par des crénelures profondes souvent subdivisées ou crénelées elles-mêmes. Bowman avait déjà signalé ce fait, ainsi que Brewster.
Un autre fait plus important encore, qui distingue les fibres superficielles des profondes, c'est la présence, dans les premières, d'un beau noyau ovale ou pres'que rond, finement granuleux, une ou deux fois nucléole, qui n'existe pas dans les secondes ; de là encore la distinction en fibres à noyaux et fibres sans noyaux.
J'ai obtenu une excellente préparation de quelques-unes de ces fibres à noyaux par le procédé suivant.
J'ai déposé sur une lame de verre un cristallin de porc extrêmement frais, puis je l'ai fait rouler d'un pôle à l'autre ; dans cette manœuvre, grâce à sa viscosité, l'organe a abandonné, collé sur la lame, un mince faisceau que j'ai immédiatement noyé dans une goutte de liqueur à l'hematoxyline et recouvert de la lamelle. Après vingt-quatre heures de coloration, j'ai fait passer un courant d'eau distillée et ensuite une goutte de glycérine.
La pré[)aration ainsi obtenue, m'a donné un assez bon nombre de fibres isolées une à une et très-convenablement tendues, et comme c'était les plus superficielles, plusieurs étaient pourvues de noyaux. J'ai pu me convaincre que, dans ces conditions, le noyau est ovale, à un ou plus souvent deux nucléoles, qu'il est plus vivement coloré que la fibre, et qu'il est plus gros qu'elle.
Si l'élément se présente de champ, on voit un petit renflement en forme de bâtonnet, s'il se présente par sa large face, on voit le noyau l'enflant la fibre qui ensuite s'effile en avant et en arrière.
Je ne voudrais pas considérer cette forme comme celle du ruban cristallinien en position normale, car je dois dire que sur d'autres préparations, dans lesquelles bon nombre d'éléments étaient restés en rapport sans être soumis à aucun tiraillement, le noyau est moins ovale et ne déborde pas l'élément qui le renferme.
Il résulte de cette double observation, que très-probablement la fibre cristallinienne est extensible et qu'en s'allongeant elle s'amincit. Le noyau reste dans la substance comme une espèce de nœud qui s'allonge bien un peu aussi, mais sensiblement moins.
Quelques anatomistes, Huschke entre autres, affirment avoir trouvé deux noyaux dans une même fibre. Il est difficile quand un fait d'observation est ainsi donné comme positif par un observateur aussi sérieux, de le révoquer en doute ; aussi nous contenterons-nous de dire que nous ne l'avons jamais observé nous-même, que la superposition de deux fibres peut donner le change avec une extrême facilité, qu'enfin la présence de plusieurs noyaux dans un même élément histologique, est peu d'accord avec l'idée que nous nous faisons de son développement.
Un autre point aussi contestable et aussi contesté, c'est la véritable constitution de l'élément ultime de la lentille. Est-ce une fibre? Est-ce un tube ? Kolliker, Frey et Robin ne paraissent pas en douter en ce qui concerne les rubans superficiels et nucles. L'apparence des lignes polygonales se détachant en clair, sur
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l'aire qu'elles circonscrivent, ou en couleur, si l'on a eu recoui's à une matière tinctoriale; l'écoulement par l'extrémité de la fibre coupée d'une matière huileuse bien étudiée par Robin ; enfin l'apparition sur le bord de l'élément, d'un petit liséré clair, ou sa disparition, lors de la mise au point du microscope, sont autant de raisons qui militent en faveur de l'idée d'un tube pourvu d'un contour.
Mais, à l'appui de l'hypothèse contraire, nous pouvons dire, que souvent les fibres s'échancrent sur leurs bonis, se cassent, à la manière d'un corps plein et non pas à la façon d'un tube. Il serait fort possible que l'élément en question, se composât d'une couche superficielle de nature un peu différente de la substance centrale, mais en tous cas, fusionnée avec celle-ci.
11 ne nous reste plus pour connaître la fibre cristallinienne, qu'à nous enque'rir de SCS extrémités. Ici la question se complique à cause de l'extrême flexibilité de cet élément, et de la diftîculté de reconnaître au juste les points où il se termine.
Sans toucher à la question de structure que nous aborderons plus loin avec détail, nous pouvons supposer que nous trouverons des extrémités de fibres, soit contre la couche des cellules épithéliales de la capsule antérieure, soit contre la cristalloïde postérieure, c'est donc là que nous irons les chercher.
Arrosons d'une solution osmique au centième un cristallin frais, puis à peine un effet super/lciel produit, enlevons la capsule avec quelques couches de fibres que la préparation y a laissées; découpons un segment dont l'équateur cristalliuien forme la partie moyenne et qui se termine par deux angles courbes, colorons le tout et portons-le sous l'objectif. Nous aurons sous les yeux des terminaisons des fibres sur l'une et l'autre capsule.
Sur la cristalloïde antérieure nous les verrons s'eftiler un peu, puis s'arrondir et se terminer d'une façon orbe et assez irrégulière. La compression réciproque doit s'imposer là avec ses caprices. Sur la cristalloïde postérieure, les fibres ont des terminaisons plus régulières ; au lieu de s'amincir elles se renflent, et forment des hexagones élégants qui présentent la succession de toutes les coupes d'un prisme hexagonal par un plan, qui le rencontre sous tous les angles, depuis 90 degrés jusqu'à 0 degré.
Mais comme nous le verrons plus loin, toutes les fibres, tant s'en faut, ne rencontrent pas les cristalloïdes et la plupart vont se perdre sur les plans centraux figurés par Bowman en foimant ce qu'on a appelé les sutures.
Dans plusieurs préparations j'ai pu examiner les plans de terminaison de^ fibres sur une ceitaine épaisseur, mais dans aucune je n'ai pu découvrir une de ces terminaisons isolées. Le plan lui-même, présente des surfaces à fines stries et à granulations ; jamais une figure arrondie ou polygonale, pour rappeler la forme d'une section de la fibre.
Nous ne nous arrêterons pas à la description de certaines terminaisons en massue, qui ont porté sur des altérations cadavériques et ne sont plus aujourd'hui admises par personne.
Disposition des fibres du cristallin. Comment un assemblage des éléments que nous venons de décrire peut-il donner lieu à un organe de forme lenticulaii'ftel est maintenant le problème qu'il s'agit de résoudre.
Un premier fait qui peut nous éclairer sur cet important sujet est celui-ci- ^' on abandonne dans l'eau, puis dans l'eau alcoolisée, dans l'eau acidulée, etc. un cristallin frais, on ne tarde pas à le voir se désagréger; et se psu'tager «'
CRISTALLIN (anatomie). ^'51
segments plus ou moins nombreux, les uns portant leur extrémité angulaire jusqu'à l'axe de la lentille, les autres n'y atteignant pas; puis chacun de ces segments se décompose à son tour en couches concentriques que Ton a comparées avec justesse aux pellicules d'un oignon. Et comme le phénomène que nous venons de signaler, se répète avec une grande régularité pour tous les cristallins de même espèce animale, on est amené à conclure que cette déliiscence est un résultat de la stratification ou de l'arrangement des fibres. 11 faut donc le suivre avec la plus grande attention.
Si l'on examine depuis son début la déhiscence du cristallin humain sur sa face antérieure, on voit au pôle seproiiuire tout d'abord une petite dépression, d'où partent trois branches faisant entre elles des angles de 120 degrés; l'une est dirigée en haut, les deux autres en bas. Si l'on regarde la face postérieure le même phénomène se reproduit; seulement les lignes ont changé de place et leurs projections partagent en deux, chacun des angles antérieurs. On a bien exprimé cette disposition en disant que les deux figures étant primitivement en coïncidence ont tourné l'une sur l'autre de 00 degrés.
Ces figures, dites étoilées, du cristallin, n'ont la simplicité que nous venons d'indiquer que chez les enfants ; chez les adultes, les branches de chaque étoile, aussi bien de l'antérieure que de la postérieure, se subdivisent en s'approchant de l'équateur, au point de circonscrire de très-nombreux segments. Néanmoins, le fait important, c'est que toutes ces lignes constituent des Ugnes de déhiscence.
Il résulte de tout cela que l'on peut envisager le cristallin, soit comme formé de couches concentriques emboîtées les unes dans les autres, soit comme composé d'un certain nombre de segments en côle de melon se juxtaposant. Nous comprendrons bien la structure de l'organe, lorsque nous l'aurons successivement décomposé de ces deux façons.
Supposons d'abord que nous envisageons une des couches concentriques, formée par une série unique de fibres juxtaposées.
Un premier fait, c'est que les fibres du cristallin étant à six pans et ne s'unissant jamais par les angles de leur petite face, toutes celles qui sont placées sur une même courbe concentrique à la surface, sont incapaldes de former une couche continue; il faut nécessairement pounque cette couche soit complète et fermée, que d'autres fibres viennent se placer intermédiairement aux premières soit en avant, soit en arrière ; si bien qu'on ne saurait envisager une couche du cristallin, sans la voir composée de deux plans de fibres formant des saillants et des rentrants alternatifs ; de là, d'une couche à l'autre, un engrènement et non pas une simple juxtaposition.
Une considération qui frappe tout de suite, c'est que toutes les larges faces des fibres, sont sur des plans concentriques parallèles à la surface du cristallin, tandis que les lignes d'union des petites faces forment des zigzags passant par des méridiens, et comme l'adhérence des petites faces paraît se faire par des dentelures, cela explique comment la déhiscence en couches concentriques est plus facile que la dissociation suivant les méridiens.
Supposons maintenant que nous observons la couche intacte et par sa surface extérieure. Nous voyons courir les fibres à cette surface, mais dans un ordre tout particulier qui va nous donner la clef des figures étoilées.
Si nous prenons l'extrémité d'une des branches de l'étoile antérieure, nous en verrons partir une fibre qui gagnera tout droit l'équateur, puis revenant sur la face opposée, ira tout juste atteindre l'angle rentrant formé par deux des lignes
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de l'étoile postérieure. C'est ce qui doit être, puisque nous avons dit que la pi'ojection d'une des lignes antérieures coupait, en parties égales, l'angle lait en arrière par deux lignes de l'étoile postérieure.
A droite et à gauche de la fibre que nous venons de décrire, nous trouvons deux autres fibres qui partent d'un point un peu plus élevé de la ligne étoilée, ou en d'autres termes d'un point plus rapproché du centre ; elles gagnent l'équateur ayant fait sur la face antérieure un chemin un peu plus long, mais en revanche en arrière elles n'iront pas tout à fait jusqu'au centre, puisque les deux lignes étoilées qu'elles vont rencontrer, s'avancent en quelque sorte au devant d'elles.
Les fibres qui s'écartent symétriquement à droite et à gauche de la première, méritent une description analogue et on ne tarde pas à constater ce résultat inattendu ; c'est que cette ingénieuse disposition exige rigoureusement que toutes les fibres d'une même couche aient la même longueur. Elle résout en même temps le problème de permettre à des fibres rubanées de dimensions à peu près égales partout, d'engendrer des surfaces courbes, dans lesquelles il n'y a pas, au centre, de tassement de matière, et pas de raréfaction à la circonférence. C'est le mérite de Bowman d'avoir ingénieusement déduit les conséquences de l'arrangement des fibres.
J'ai pris le cas simple de deux étoiles à trois branches, il nous aidera à comprendre celui dans lequel les branches des étoiles se sont bifurquées, faisant entre les nouveaux bras des espaces angulaires, dans lesquels de nouvelles fibres trouvent à se placer ; c'est là un moyen de multiplier ces dernières à la périphérie et d'agrandir la circonférence sans accroître l'épaisseur. iNous verrons comment ce fait est en rapport avec le développement de la lentille.
Ce que nous venons de dire d'une couche, nous pourrions le répéter de toutes, quelle que soit leur position dans le cristallin ; aussi nous n'avons plus qu'à les rassembler pour reconstituer l'organe tout entier. Supposons donc que nous les tenons, chacune séparée ; et que nous pouvons les réintégrer les unes dans les autres ; nous exécuterons cette opération délicate, avec le soin de faire exactement coïncider les parties semblables.
Désignons sous les n" 1, n" 2, n° 5, n" x, les couches successives, en commençant par la plus externe.
En plaçant le n° 2 dans le n" i nous ferons coïncider exactement leurs lignes étoilées, les antérieures avec les antérieures, les postérieures avec les postérieures. Nous remarquerons seulement que les lignes du contenu seront un peu moins longues que celles du contenant.
Nous placerons de même le n° 5 dans le n° 2, le n° 4 dans le n° 5 et ainsi de suite. Ne voyons-nous pas que toutes les lignes étoilées antérieures exactement superposées, vont former des plans passant par l'axe du cristallin et coupant les surfaces courbes suivant des méridiennes. Ce sont là les plans si bien interprétés par Bowman. Ne voyons-nous pas en outre, que ces plans commençant à la ligne étoilée de la couche n° 1, pour finir à la ligne étoilée de la couche n° x qui n'est plus qu'un point ou à peu près, doivent avoir la forme d'un triangle. Ne voyons-nous pas enfin, que dans la couche x, la plus interne la face antérieure et la face postérieure étant au contact, les plans de l'hémisphère antérieur et les plans de l'hémisphère postérieur trouvent là leurs points de jonction.
La compréhension des plans d'insertion pour les fibres, qui ressort de l'exposition que nous venons de donner, nous conduit tout naturellement à envisager
CRISTALLIN (anatomie). 335
le cristallin non plus suivant ses couches , mais bien suivant ses segments naturels.
Lorsqu'on place un cristallin dans de l'eau alcoolise'e après avoir enlevé ou déchiré seulement la capsule, on voit, ainsi que nous l'avons dit plus haut, se partager les segments, qui se séparent en commençant à l'extrémité antérieure de l'axe et en suivant les lignes étoilées. Il résulte de la disposition de ces lignes, qu'il y a trois segments en avant et autant en arrière qui ne correspondent pas.
Dans les cristallins humains adultes comme dans ceux d'autres animaux, la segmentation n'est pas aussi simple et l'on voit les trois parties fondamentales se partager à leur tour, en deux ou plusieurs segments secondaires dont les extrémités n'atteignent plus l'axe, mais seulement les bifurcations des plans, déjà décrites par Bowman et bien connues de tout le monde.
Arrivés à ce point de notre description, nous devons nous demander si les fibres qui viennent s'ajouter bout à bout, sont simplement juxtaposées ou soudées entre elles par un mastic interposé.
Tous les premiers investigateurs Werneck, Hannover, Kolliker, Henle, Leydig, Becker et autres, croient que les fibres ne sont pas en simple contact, mais collées suivant les rayons des étoiles, par une matière granuleuse ou sans structure qui deviendrait ainsi élément intégral du cristallin.
Becker {Arch fur Physiologie, 1865) établit un rapport entre les espaces étoiles et les fissures interfibrillaires, où circulerait une substance paifaitement homogène et semi-fluide et dont les mouvements seraient liés au jeu physiologique de la lentille. Toutefois Hensen a démenti ce qu'il y a d'artificiel dans la conception de Becker, et Sernoff a finalement démontré, au moyen de très-forts grossissements, que les fibres s'adossent les unes aux autres en formant une ligne ondulée.
Pour nous, tous les efforts que nous avons faits pour isoler cette prétendue substance sont restés infructueux, et toute affirmation sur ce sujet nous paraîtrait téméraire.
Nous ferons remarquer néanmoins :
1" Que l'idée d'un mastic interfibrillaire est d'accord avec ce que l'on connaît sur les moyens d'union des épithélium.
2" Que si les fibres étaient simplement juxtaposées, elles devraient se séparer aussitôt après la rupture de la capsule et n'attendraient pas d'avoir macéré quelques heures.
5° Que si elles étaient unies par le simple fait de leur viscosité, leur délivrance n'aurait peut-être pas la régularité qu'on lui connaît.
4" Qu'enfin les chimistes distingués qui ont étudié la composition de la lentille ont indiqué une substance différente de celle des fibres.
Quelle que soit l'importance de ces remarques, elles ne sauraient avoir la valeur d'une observation positive, et pour Arnold qui n'admet pas le mastic unissant, toutes les fois qu'on a trouvé une matière globuleuse interposée, c'est qu'on s'est adressé à des organes altérés.
Nous n'en avons pas fiui avec la description du cristallin, et l'étude que nous venons de faire des couches dans lesquelles les fibres arrivent jusqu'aux sutures étoilées, n'est pas suffisante pour nous donner une idée complète de l'appareil. Il faut examiner encore les fibres les plus superficielles de toutes, qui ne se comportent pas comme celles que nous avons décrites jusqu'ici et nous fournissent
r..J4 CRlSTÂLLhN (akatomie).
l'explicalion de certaines apparences dont nous allons rendre compte et qui resteraient, sans cela, incompréhensibles.
Arrosons d'une solution osmique au centième, un cristallin de bœuf, puis lavons-le à l'eau di-lillée dès qu'il a pris la teinte caramel. Ouvrons ensuite la cristalloïde postérieure, et arrangeons-nous pour garder l'antérieure dans toute son intégrité. Celle-ci entraîne avec elle im certain nombre de couches, les plus superticielles, qu'il est ensuite possible d'isoler, en procédant avec une grande précaution, et en se servant d'une petite spatule mousse.
Le résultat de cette préparation est très-intéressant, en ce sens qu'il donne une couche très-mince, qui en s'étalant sur un plan, se partage en une série de fines dentelures analogues à celle que donnerait le calice d'un œillet si on le soumettait à la même nécessité. Ur ces dentelures examinées à un fort grossissement sont formées par les extrémités arrondies et naturelles de certaines fibres, (jui n'atteignent évidemment pas le pôle de la lentille. Dans une préparation où nous avions ménagé les rapports de ces libres superficielles avec la capsule antérieure, nous avons vu leurs extrémités s'étager sur la surface épithéliale de celle-ci. Et comme nous avons pu constater que celte espèce d'imbrication se poursuit de l'équateur au pôle antérieur, nous en avons conclu, qu'en avant, il existe un ensemble de fibres qui n'obéissent pas aux lois des sutures et dont les extrémités s'avancent d'aulant plus près du centre qu'elles sont plus profondes. Or ces fibres ont aussi une extrémité postérieure en rapport avec la cristalloïde de même nom.
Ce rapport est tel, que chaque fibre est débordée vers le pôle postérieur par celle qui est placée immédiatement au-dessous d'elle, d'oti cette conséquence, que la surface courbe de la capsule coupe tous ces éléments suivant un plan de plus en plus oblique par rapport à leur axe. Or, si l'on veut bien se souvenir que chaque fibre cristallinienne a la forme d'un hexagone, on s'expliquera, que ces sections de plus en plus obliques, donneront lieu à des figures dans lesquelles, deux côtés restant invariables, les autres s'allongeront de plus en plus.
C'est précisément la figure que nous donnent les préparations microscopiques que nous avons faites, pour étudier les terminaisons postérieures des éléments ultimes de la lentille; c'est précisément la figure que Henle en a publiée et qui est reproduite dans l'ouvrage de Cruveilhier. Enfin c'est à ces figures polygonales que par une interprétation erronée, Robin a donné une signification cellulaire, bien que le savant histologiste eiit fait la remarque importante que ces cellules étaient sans noyaux.
Il est étonnant qu'une inîerprétation si simple n'ait pas été donnée depuis longtemps, mais il faut reconnaître qu'elle ne résulte pas immédiatement des préparations, parce que la transparence des parties, fait que les dessins polygonaux ressortent toujours sur des fibres, ou plus superficiellement ou plus profondément placées, suivant que la pièce est différemment tournée. Mais l'usage du microscope est lui-même un guide sûr, si l'on remarque que la mise au point vous montre les polygones fuyant ou apparaissant, suivant qu'ils sont amenés au foyer l'instrument.
Plus loin l'étude du développement de l'organe nous fera pénétrer davantage le détail de cet arrangement. Pour le moment contentons-nous de ces notions. Toutes les fibres du cristallin ne s'adossent pas les unes aux autres par leur extrémité ; il en est de superficielles courtes qui ne dépassent guère la zone
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équatoriale en avant, et en arrière, d'autres plus longues, qui s'imbriquent sous les premières et ainsi de suite jusqu'à la rencontre des deux extrémités de l'axe. Nous ne saurions mieux comparer l'arrangement des fibres qui remplissent l'espace compris entre le noyau à peu près rond et l'angle des cristalloïdcs, qu'à celui des lames d'acier qui composent un ressort de voilure ; seulement pour que la comparaison fût tout à fait juste, il faudrait courber le ressort en totalité pour l'amener à se mouler sur un cercle.
Fig. 3. Couches éqnatoriales du crislallin étalées, la surface externe regardant en haut. a. Extrémiiés polygonales des libres coupées sous diverses incidences par la cristalloide postérieure, b. Fibres mises en évidence par des cassures, c. Zone des noyaux.j
C'est précisément l'ensemble de ces fibres ainsi disposées et munies de noyaux, qui forme la zone nucléaire du cristallin dont il nous reste à parler.
Si nous durcissons à l'acide osmique un cristallin très-frais de bœuf, et si nous taillons sur l'organe une lanière assez mince qui comprenne à la fois un segment de face antérieure, un segment de face postérieure et l'équateur qui les unit; si nous ne laissons adbérentes à la capsule qu'un petit nombre de fibres et 51, ca dt spositions prises, nous venons à étaler cette pièce sur la lame porte-objet en l'y appuyant par sa face profonde, nous voyons : qu'en rapport avec l'équateur, il existe une zone de noyaux très-serrés les uns contre les autits, mais qui n'occupent pas le même plan comme le démontre la mise au
CRISTALLIN (anatomie).
point de l'instrument. Et si la préparation est épaisse, nous voyons les noyaux profonds s'écarter les uns des autres et occuper un espace plus large que celui destiné aux plus superficiels. C'est là un premier aspect qui par lui-même, ne donnerait lieu qu'à une interprétation assez obscure, si sa signification ne s'éclairait vivement par une autre préparation que voici.
S'^Lf.'/iÀ'PST-Si.
Fig. 4. Zone des noyaux sur quelques couches équaloriales redressées, o. Capsule, e. Equateur.
Sur un cristallin également frais que nous durcissons et colorons par un séjour de vingt-quatre heures dans une très-faible solution de chlorure d'or, prenons un mince segment équatorial analogue au précédent ; seulement, au lieu de l'étaler à plat, plaçons le de champ dans le sureau et taillons-y des coupes minces, que nous monterons dans la glycérine. Une coupe bien réussie, (et elles sont rares), nous montrera la zone des noyaux sous un aspect tout autre que le précédent, dont on peut prendre une bonne idée sur la fig. 4. On aperçoit d'abord la capsule dépliée, puis la zone des noyaux qui fait retour sur la cristalloïde postérieure, enfin à l'extrémité antérieure de cette zone, le point où les cellules commencent à s'allonger en fibres. En ce point où elles sont courtes, les noyaux semblent pressés, ils forment une traînée qui se recourbe une première fois, s'élargit en se raréfiant un peu; puis, après s'être recourbée en sens
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contraire, va enfin se perdre dans un espace où les éléments figurés semblent se disperser de plus en plus.
Une semblable préparation est très-explicite, en ce sens qu'elle donne une idée juste de la coupe de la zone des noyaux et de sa disposition à l'équateur de la lentille ; elle a du reste été dessinée dans le Manuel de Stricker, article de Babuchin, et ailleurs.
Rapprochée de la précédente, elle prouve que la zone nucléaire est constituée par une sorte d'anneau prismatique, remplissant l'espace que laissent le noyau arrondi et les deux cristalloïdes, qui viennent angulairement à la rencontre l'une de l'autre. Cet anneau prismatique est formé de fibres de plus en plus courtes, qui s'étagent depuis le noyau jusqu'à l'angle équatorial, et comme les rapports entre la masse de ces fibres et celle de leur noyau tend de plus en plus à s'é" quilibrer à mesure qu'elles deviennent plus courtes, il est tout naturel que ces éléments se montrent plus nombreux et plus tassés vers la périphérie de la lentille.
Il est déjà permis de deviner le rôle anatomique de ces éléments pourvus d'un noyau, et de penser que c'est dans cette zone que se passent les phénomènes de nutrition, d'accroissement et de reproduction du cristallin.
En somme et pour nous résumer, le cristallin est formé d'une enveloppe ou capsule et d'un corps ou contenu.
La capsule est divisée en antérieure et en postérieure.
La cristalloide antérieure est plus épaisse à son centre que vers ses bords, et €n général plus épaisse que la postérieure.
La cristalloide antérieure est tapissée en dedans d'une couche d'épithélinm qui déborde d'un millimètre environ sur la postérieure. Partout ailleurs cette dernière ne présente pas de cellule, et les figures polygonales qu'on y remarque, sont le résultat d'empreintes des terminaisons des fibres de la zone nucléaire.
Le corps du cristallin est composé d'un noyau et d'une couche équatoriale. L'un et l'autre sont formés de libres, de même forme prismatique à six pans, mais les unes dépourvues et les autres pourvues d'un élément figuré.
Dans le noyau du cristallin, les fibres sont de même longueur, ou à peu près ; leurs bords sont légèrement dentelés et leurs extrémités aboutissent à des sutures; ces sutures forment deux systèmes à trois branches, ou plus compliqués, occupant les pôles.
La couche équatoriale est formée de fibres pourvues de noyaux, d'autant plus courtes, qu'on les observe vers l'équateur où elles se réduisent à une cellule.
On s'étonnera peut-être que, dans cette description, nous n'ayons parlé ni de l'humeur de Morgagni, ni des cellules rondes, ni des gouttelettes, etc., autrefois décrites avec tant de soin par les auteurs les plus recommandables ; mais la plupart de nos lecteurs savent que les progrès de l'histologie ont mis hors de cause tous ces produits artificiels ou cadavériques. Nous devons même signaler ici, que l'usage d'une solution étendue d'acide osmique sur un cristallin frais, permet d'assister à la formation de gouttelettes d'apparence huileuse, que l'on voit peu à peu courir et s'accumuler sous la cristalloide qui se plisse.
Chimie. La constitution chimique du cristallin n'est pas encore nettement déterminée, et cela s'explique par la difficulté à l'étudier.
Berzelius dit que la substance du cristallin renferme 6p. 100 d'eau, 35 p. 100 de matières albuminoïdes solubles, 2, 5 de matières albuminoïdes insolubles DICT. ENC. XXIII. 22
338 CRISTALLIN (développement).
représentant l'enveloppe des fibres du cristallin, 2 p. 100 de principes gras avec traces de cholcsléiine et au plus 0,5 p. 100 de cendres, phosphates, sulfates et chlorures alcalins.
Payen démontre que plus on se rapproche du centre, plus la proportion de l'eau et des matières solubles diminue, ce qui est parfaitement d'accord avec l'idée que l'on doit se faire de la nutrition et de la conservation de l'organe.
La nature des matières albuminoïdes qui forment le cristallin est discutable et discutée ; on admet généralement un produit particulier coagulable à 95 degrés, appelé cristalline ou phacoglobuline, distincte de la gliibuline du sérum et de la globuliue que l'on rencontre dans les globules rouges; elle serait accompagnée d'un peu d'albumine.
Déjà en 1857, Frémy et Yalenciennes mU indiqué dans le cristallin la présence de deux principes albumineux différents qui seraient interposés entre les fibres cristallinicnncs, à savoir : un liquide coagulable à 65 degrés qui occupe le noyau et qu'ils nomment endophacine et une autre substance iucoagulable à J'ébullition qu'ils nomment exophacine, parce qu'elle siège dans les couches superficielles ; quant aux fibres elles-mêmes, elles seraient insolubles. Les recherches de Payen contredisent ces résultats en ce qui concerne la non-coagulabilité de l'exophacine. (Monoyer, Dict. de inédec. et dechir., t. X, p. 261.)
§ II. Développement du cristallin. Le cristallin est un produit épithélial ; il est formé par le bourgeonnement en dedans de la partie profonde du feuillet externe de blastodème de l'épiblaste, comme l'appelle Balfour.
Le bourgeon forma(eur s'enfonce au-devant de la capsule optique, en face de laquelle il se trouve placé ; il ne tarde pas à s'étrangler au niveau de son pédicule et finit par s'isoler du feuillet qui l'a foui'ni. Lorsque cet isolement est complet, l'organe est représenté par une vésicule à parois épaisses formée de cellules épilhéliales en série, circonscrivant une cavité plus ou moins considérable suivant l'espèce animale. C'est chez les oiseaux qu'elle est le plus visible.
L'évolution des cellules de cette enveloppe est très-variable, suivant qu'elle se fait sur la partie postérieure ou sur l'antérieure. Sur la première, en effet, les cellules tendent à s'allonger en fibres, soit par une disposition spéciale comme le veut Huschke, soit par la soudure des éléments voisins selon l'opinion de Robin. Les cellules antérieures, au contraire, tendent à s'aplalir, et ce sont elles qui, bientôt atteintes par les postérieures, s'étalent pour former la couche épithélial e qui tapisse la face postérieure de la cristalloïde antéi'ieure. C'est à ce développement embryogénique qu'est due l'absence de cette couche sur la cristalloïde postérieure.
Tandis que, parmi les fibres ainsi venues de la face postérieure, les plus centrales sont à peu près droites, les voisines s'incurvent peu à peu et de plus en plus, concourrant ainsi à donner déjà sa forme au cristallin.
Il arrive un moment où le cristallin ainsi constitué, les fibres du noyau n'ont plus à grandir, n'ayant plus de place pour se développer davantage; c'est probablement aussi le moment oii le noyau s'atrophie et où ces éléments passent à l'état purement négatif. Ils prennent en môme temps le caractère plus ferme, plus coriace que nous leur connaissons ; ils se sentent les uns contre les autres, s'engrènent en quelque sorte.
Un fait intéressant du développement des fibres postérieures d'après Arnold,
CRISTALLIN (développement). 539
c'est que les plus centrales en se développant, s'écartent légèrement du tissu qui les limite en arrière et laissent entre elles ce qui sera plus lard la capsule postérieure, un espace triangulaire, ou plutôt pyramidal triangulaire, dont la pointe s'enfonce dans le cristallin et qui est le rudiment de la figure étoilée postérieure. On trouverait dans cet espace des capsules d'une nature particulière et mal définie qui seraient l'origine d'une substance unissante des fibres : ainsi serait tranchée cette question si controversée de l'existence d'un mastic interfibrillaire ; nous avons déjà vu la chimie résoudre cette question d'une manière affirmative.
Au moment où le cristallin commence à se former, il existe à son centre, une toute petite cavité de forme elliptique, et les deux couches cellulaires antérieure et postérieure qui la confinent sont d'égale épaisseur ; mais le développement fait marcher inversement ces deux rangées. La postérieure s'épaissit par allongement des cellules, l'antérieure s'amincit par leur aplatissement ; ces deux modes inverses se poursuivent pendant quatre jours, à la fin desquels la rencontre des parois oblitère la cavité primitive. Les cellules postérieures sont devenues de véritables fibres disposées sur une rangée et dont les noyaux dessinent une courbe à convexité antérieure. Les cellules antérieures forment la couche épithéliale qui sépare la cristalloïde antérieure de la masse cristallinienne.
Les changements ultérieurs consistent principalement dans l'allongement continu, la multiplication des fibres du cristallin et la disparition partielle de leur noyau.
Cette question du développement du cristallin n'est pas encore absolument éclaircie; ainsi Bischoff et Moriggia croient au concours de plusieurs cellules pour former une fibre, ce qui expliquerait la possibilité de la présence de plusieurs noyaux dans un même élément, et justifierait la valeur théorique que nous avons attribuée à ce fait. Tous les auteurs ne sont pas non plus d'accord sur la part que prennent à ces transformations les couches antérieures ou postérieures de l'épithélium.
Pour nous, il nous semble que l'accroissement de la lentille est dû à la persistance de cette petite couche cellulaire en retour sur la cristalloïde postérieure, et dont les cellules se changent en fibres à mesure qu'elles atteignent l'angle des cristalloïdes ; ce mode d'accroissement explique bien la forme que prend l'organe ; elle explique aussi cette striation étoilée de i'équateur, qui ne répond pas à la striation étoilée du centre de la lentille.
Le développement de la capsule du cristallin et de la zonule de Ziun est loin d'être aussi bien établi que celui de la lentille. Remak, par analogie, avait été conduit à la regarder comme un dérivé du mésoblaste, mais sans en doimer des preuves suffisantes.
Kôlliker la regardait comme une membrane cuticulaire, produite par les cellules superficielles du cristallin.
Lieberkùlm a décrit ce développement d'une manière bien différente. Suivant lui, le cristallin entraîne dans son invagination une couche très-mince de mésoblaste, qui demeure en continuité avec celui qui entoure le globe de l'œil, lequel, se développant au-devant de la lentille, finit par lui former une enveloppe mésoblastique complète.
Une très-mince couche eu avant et en arrière du cristallin s'isole pour former la capsule et le ligament suspenseur. Le reste du mésoblaste donne en arrière naissance au corps vitré et à l'hyaloïde.
340 CRISTALLIN (développement).
D'après C. Ritter, l'appareil cristallinien chez l'homme est en voie de formation dès le premier mois de la vie intra-utérine. A sept mois, la lentille est spliérique et a déjà, d'après Sappey, l'épaisseur qu'elle gardera toujours. Pendant la période embryonnaire le cristallin est enveloppé par un léseau vasculaire appelé membrane capsulo-pupillaire. Une branche de l'artère centrale de la rétine, qui perfore le corps vitré sous le nom d'artère capsulaire ou hyaloïdienne, vient aboutir au pôle delà cristalloïde postérieure; en avant les vaisseaux de la cristalloïde communiquent avec ceux de l'iris et des procès ciliaires. Mais Kessler n'admet pas cotte communication et nie l'existence d'une veine hyaloïdienne.
Quoiqu'il en soit, tout ce système vasculaire transitoire disparaît dans les deux derniers mois de la vie intra-utérine.
Une question qui touche de très-près au développement du cristallin est celle de sa régénération après qu'il a été extrait. Des travaux déjà nombreux ont jelé sur ce problème des lumières assez grandes et nous permettent d'affirmer, de prime abord, la reproduotioii de la lentille accommodalrice dans certaines conditions, reproduction qui n'a rien pour nous étonner depuis que nous sommes fixés sur la structure et le développement du cristallin.
D'après Mayer, Vrolik en 1801, observa le premier la régénération du cristallin après une opération de cataracte. Plus tard en 182i, Dieterich reprit cette question, mais c'est à Leroy d'Etiolles et Cocteau que revient l'honneur d'avoir les premiers, dans des expériences sur les animaux, donné à la solution du problème ses véritables bases scientifiques. En 1827 ils lurent à l'Académie de chirurgie un mémoire, oii ils relatèrent douze extractions avec cinq régénérescences.
Ces expériences furent reprises, d'abord par Bakhausen, qui, faute de garder assez longtemps ses animaux en expérience, crut pouvoir nier les faits de Leroy d'Etiolles et de Cocteau.
La même année, Lôwenhardt de Prenzlau les confirma au contraire.
Day en 1828, Middlemore eu 1832 reprirent la question et le dernier arriva à des conclusions assez détaillées. Pour lui : i» le cristallin se régénère chez les jeunes animaux; 2° il est d'abord liquide, puis se solidifie ; 3° il n'a son entier développement qu'api-ès un an; on retrouve dans ces conclusions la trace des idées de Winslow, d'Albinus et d'Hovius sur la structure et le développement du cristallin.
La même année Mayer {Journal de Grxk et de Walther) admit: 1» la régénération du cristallin; 2° sa régénération aux dépens de la cristalloïde antérieure; 3° le début de la régénération à l'équateur; 4" l'adhérence de la cristalloïde au produit nouveau ; 5° la transparence de ce dernier ; 6° sa petitesse plus grande ; enfin 7" il nia la régénérescence possible d'un produit déjà régénéré.
D'après Chelius, Pauli de Laudau constata une régénération chez un vieux chien opéré des deux yeux et chez un bœuf.
En 1842 parut le travail de Textor, important par les recherches historiques, important par les conclusions, qui reconnaissent : 1° la régénération ; 2° l'influence de la capsule; 3" l'aspect et la forme du produit; 4° la dépendance de cette forme, de la capsule et de ses lésions.
Enfin la même année 1842 vit paraître dans le journal d'Henle et Pfeifer, le travail où Yalentin appliqua l'observation microscopique au produit régénère. 11 le trouva un peu plus petit et surtout plus mince que la lentille normale; mais
CRISTALLIN (développemkst). ÔH
en somme, composé des mêmes éléments; cellules polyédriques et fibres cristalliniennes, plus ou moins régulières.
Ajoutons à tous ces auteurs Balling et Gruby de Vienne, Ross, Sicliel et Hauniann, et nous aurons la liste de tous ceux qui jusqu'à Valentin se sont occupés de régénération cristallinienne.
Il faut maintenant arriver jusqu'à 1867 pour trouver une communication de Milliol à l'Académie des sciences, travail présenté de nouveau à l'université de Kiew, en même temps que Pliilippeau et Vulpian enti^eteiiaient du même sujet la Société de biologie.
Puis, en 1872, dans le Journal de médecine et de physiologie de Robin, un mémoire in extenso de Milliot auquel nous empruntons cet liistorique.
Après avoir décrit les précautions qu'il prend pour faire réussir ses expériences, l'auteur expose ainsi les formes qu'il a trouvées aux cristallins régénérés : 1° La forme normale mais avec rapetissement ; 2° la forme d'un anneau équatorial; 3" la forme d'un fer à cheval; 4° la forme semi-lunaire; 5" la forme irrégulière échappant à toute description.
Il est facile de voir que les conditions dans lesquelles se place après l'extraction, la crislalloïde antérieure, que son recroquevillement, que ses soudures avec la postérieure dans des positions variées, commandent ces différentes formes.
Le fait capital et qui est tout à fait d'accord avec ce que nous ont appris nos études embryogéniques, est celui-ci : tant que les cellules équatoriales, les cellules formatrices de Becker sont respectées, tant que les cristalloïdes sont assez ménagées pour servir de moule à leurs produits, la régénération peut avoir lieu. Elle peut être favorisée par le léger travail inflammatoire qui se produit à la périphérie de l'iris et delà zonule de Zinn.
Mais si, pour une cause ou pour une aulre, la zone équatoriale des cellules formatrices a été trop vivement intéressée, si le moule capsulaire est par trop endommagé, si enlîn une inflammation trop vive s'éveille dans le voisinage, alors la régénération de la lentille est entravée plus ou moins complètement.
La régénération ne se montre qu'à la fm de la deuxième semaine après l'extraction.
La structure des éléments du cristallin régénéré, ne diffère pas de celle de la lentille normale.
La régénération secondaire peut avoir lieu, mais elle est plus languissante.
Depuis le mémoire de Milliot, au congrès de Heidelberg, session de 1873, Gayat a produit cette opinion que, en réalité, il n'y avait pas régénération réelle du cristallin mais seulement continuation d'accroissement des lentilles; en d'autres termes, que chez un jeune animal auquel on a enlevé le cristallin il n'y a pas régénération, mais juste production de ce qui se serait ajouté à la lentille si on l'avait laissé grandir. A l'appui de cette idée il invoque des pesées qui ont montré que la somme du cristallin extrait et des portions régénérées étaient égale en poids, au cristallin normal gardé comme terme de corapai^aison.
Cette opinion, reproduite plus tard dans un mémoire spécial, n'a rien qui nous choque et le tout est de s'entendre sur l'expression régénération. Dans tous les cas, les organes reproduits «ont difformes, irréguliers, jouissant de propriétés optiques tout à fait anormales; jusqu'ici la chirurgie n'a pu leur demander aucune ressource, et sans être prophète il est permis de dire qu'elle n'a que faire de les rechercher.
342 CRISTALLIN (phvsiologik).
g m. Physiologie. La physiologie du cristallin comporte trois ordres de questions :
1" Quelle est l'influence de l'appareil sur la marche des rayons lumineux;
2" Quel est son usage au point de vue de l'adaptalion ;
o" (}uelle est son influence sur la lumière et la chaleur?
Nous ne nous occuperons ici que du premier et du troisième sujet, le second ayant élé longuement traité dans un article spécial [Voy. Accommodation).
\° L'influence du cristallin sur la marche des rayons lumineux dépend de sa forme et de son indice de réfraction; mais, comme ce dernier varie avec ses différentes couches, il en résulte que ne pouvant nous être complètement connu, il nous devient impossible de calculer les constantes optiques de la lentille, et que nous devons nous contenter de poser leurs limites.
Helmholtz démontre les deux propositions suivantes :
a. Les distances focales du cristallin sont plus petites qu'elles ne seraient, si toute la masse avait l'indice de réfraction du noyau.
h. La distance qui sépare les points principaux est plus petite dans le cristallin que dans une lentille de même forme dont le pouvoir réfringent serait égala celui du noyau. Or une lentille qui aurait la forme du cristallin humain et l'indice de réfraction de son noyau, aurait ses points principaux distants environ de 1/ide milimèlre, c'est dire la limite étroite dans laquelle se trouvent enfermées ceux de l'organe que nous étudions.
Voici du reste le résultat des recherches de l'illustre physicien :
Longueur focale Ia,li4 47,455
Distance du premier point principal 'à la surface
antérieure 2,258 2,810
Dislance du deuxième point principal à la surface
postérieure 1,456 1,499
Avec ces données la marche des rayons est facile à établir.
Une question qui se rattache directement à celle que nous venons de traiter, est relative aux elfets catoptriques des courbures du cristallin; notre tâche sera du reste très-simplillée par ce qui en a été dit à l'article Accommodation.
La courbure antéfieure du cristallin réfléchit une image droite et rapetisse les objets, la courbure postérieure une image renversée et trouble, et l'on sait tout le parti que le diagnostic a su tirer de ce fiait, pour la découverte des opacités cristalliniennes et de leur siège.
Mais ce n'est pas seulement à ses surfaces que la lentille réfléchit les rayons lumineux; beaucoup d'entre eux frappant sur les éléments fibrillaires sont renvoyés au dehors sous des incidences variées donnant lieu à des reflets plus ou moins accentués; il est peu de cristallins de vieillards qui ne donnent lieu àces jeux de lumières, et Tweedy affirme avec raison, qu'en se plaçant dans certaines conditions, on peut toujours mettre en évidence les strialions naturelles du cristallin, ce qui est une preuve de plus que la lumièi^e est un précieux analyseur pour la structure de la lentille.
Dès que l'âge ou quelque autre cause apporte du trouble dans l'arrangement des fibres, les phénomènes de réflexion se compliquent de dispersion sur les bords des éléments, et l'on voit apparaître les taches moirées ou nacrées, qui pour ne pas apporter un grand trouble dans la vision, n'en sont pas moins déjà la preuve d'un état pathologique.
Enfin pour en finir avec les fonctions catoptriques et dioptriques du cristal-
CRISTALLIN (pathologie). 313
lin nous dirons, que l'on doit à Hermann un bon travail sur la marche des rayons obliques dans cette lentille, et sur l'heureuse influence qu'elle exerce sur les rayons péi'iphériques pour diminuer l'aberration de sphéricité.
2" En ce qui concerne l'influence du cristallin sur les rayons qui le traversent elle a été étudiée par Biircke, Ginna, Jansen, Helmholtz, Regnault.
Ces auteurs ont été conduits à se demander si les rayons extrêmes du prisme qui ne sont pas perçus entant que lumière, sont arrêtés par les milieux, ou bien ont des longueurs d'ondes incapables d'ébranler la rétine ; enfin les rayons caloriques sont-ils retenus par le cristallin ?
Il est certain que cette lentille examinée à la lueur des rayons ultra-violets du prisme, manifeste une teinte bleuâtre ou, en d'autres termes, une fluorescence incontestable; or comme tous les corps qui manifestent cette propriété, la doivent à leur pouvoir absorbant pour la couleur dans laquelle ils la manifestent, il est permis de penser que le cristallin arrête un certain nombre des rayons extrêmes du côté violet.
Une autre pi-euve du pouvoir absorbant du cristallin pour la portion bleue de la lumière est celle-ci :
Si l'on expose à la lumière diffuse de la résine de gaïac fraîchement obtenue parla dessiccation d'une solution alcoolique dans l'obscurité, cette résine devient bleue. Mais l'expose-t-on à un faisceau lumineux qui ait traversé un cristallin de bœuf, elle ne se colore qu'en vert jaunâtre, preuve que les rayons bleus ont été déjà absorbés.
Les expériences de Ginna, Frantz et Jausen nous apprennent que la lentille oculaire absorbe environ 13 0/0 des rayons caloriques.
Dans les cas oii la chaleur à laquelle l'œil est ordinairement exposé est intense, comme dans l'exercice des professions de verrier, de forgeron, etc., n'est-il pas permis de penser que l'organe est, par ce fait, soumis à une cause importante ■de désorganisation, ce qui expliquerait la fréquence plus grande des cataractes ■chez ceux qui exercent les professions susdites.
Nous savons par des expériences très-délicates, mais très-concluantes, que J'œil n'est pas un appareil dioptrique parfait, en ce sens que l'aberration monochromatique, autrement dit l'aberration de sphéricité, y est évidente.
Il est difficile d'établir la part du cristallin dans la production de ce défaut; néanmoins Donders, en promenant devant les différents secteurs de la lentille un très-fin cylindre de lumière blanche, a pu démontrer que toutes les fois qu'il se rapprochait de l'axe, il coupait celui-ci plus en avant que lorsqu'il s'en éloignait. Dans certains cas le vice est tellement accusé, qu'il peut donner lieu à la polyopie monooculaire.
Quant à l'aberration polychromatique elle est encore plus ûicile à démontrer, mais le raisonnement seul permet de dire que le cristallin, étant le plus dense des milieux transparents, doit être plus que les autres responsable de l'nber- ■ration.
La structure du cristallin en secteurs séparés par les lignes rayonnantes exerce ■une influence marquée sur les phénomènes catoptriques. Helmlioltz, Donders, Listing, Tweedy ont signalé les figures étoilées qui en sont la conséquence, dans le champ visuel entoptique. Pourtant quelques-uns de ces auteurs ont rencontré des observateurs non suspects, chez lesquels ne se manifestaient pas de semblables phénomènes.
§ IV. Pathologie. Elle se lésume tout entière dans des altérations : 1» de
544 CRISTALLIM (patuologie).
position; 2° de forme; 5° de structure et de transparence. Nous allons les passer successivement en revue.
Altérations de position. Le cristallin peut être déplacé soit spontanément, soit à la suite de traumatismes, et dans les deux cas son déplacement résulte d'une rupture préalable de son ligament suspenseur.
On désigne sous le nom de luxations les déplacements du cristallin.
Ces luxations peuvent être incomplètes et se borner : 1" à une simple décentration; 2" à une décentration avec inclinaison de l'axe de la lentille sur l'axe optique ; 3° à un déplacement complet, a dans la chambre postérieure, h dans la chambre antérieure; 4° à une issue hors du globe avec arrêt sous la conjonctive; 4° enfin à une expulsion complète de l'appareil oculaire.
Dans les luxations il faut encore distinguer le cas où le cristallin est déplacé avec sa capsule et celui où l'enveloppe restant en position, c'est le contenu seul (jui se déplace. Passons successivement tous ces cas en revue.
i° Décentration simple. Elle est souvent congénitale et n'est pas d'une extrême rarelé. M. Dixon, d'après les traducteurs de Mackenzie, cite le fait de quatre membres d'une même famille atteints d'un déplacement du cristallin qui semble être congénital.
Chez la mère le cristallin est déplacé en liaut et en dehors. Chez le premier enfant les cristallins sont déplacés directement en dedans, et l'iris ne tremble pas. Chez le second les cristallins sont fortement déplacés en haut et en dedans, et leurs bords paraissent dans la pupille. Il y a un fort tremblottemcnt de l'iris. Chez le troisième les cristallins sont déplacés directement en haut.
De Grœfe a observé un cas pareil à celui de l'observation du premier enfant. De Wecker signale le fait d'une jeune fille atteinte de luxation congénitale en haut et en dehors.
Testelin signale à son tour le cas d'un jeune lycéen atteint de luxation en bas; sans tremblotement de l'iris. Nous-même, il y a deux ans, avons été consulté pour une enfant de six ans, atteinte d'une double luxation congénitale en haut et en dehors.
La science fourmille de cas analogues comme on pourra s'en convaincre à l'indice bibliographique. Mais ceux-ci suffisent pour établir l'existence des décenti'ations congénitales.
Comme on a pu le reconnaître, elles se produisent dans tous les sens, s'accompagnant d'un retrait de l'iris là où la lentille a quitté la place, et fréquemment d'un tremblottemcnt de la membrane.
Si le bord du cristallin arrive jusqu'à l'aire de la pupille, l'ophthalmoscope montre immédiatement celle-ci traversée par une ligne courbe, légèrement irrégulière, d'une teinte rouge plus sombre que la partie libre du champ pupillaire. Si le déplacement est moins considérable, il faut faire usage d'un collyre à l'atropine pour mettre le phénomène en évidence, et alors on voit nettement se dessiner autour du bord lenticulaire un croissant plus clair.
Les vaisseaux rétiniens peuvent se voir très-bien dans tout le champ ; mais ils font un saut brusque au niveau du bord de la lentille déplacée, ce qui s'explique par la différence de réfraction des rayons lumineux.
Les troubles de la vision sont tout à fait en rapport avec la nature du désordre. Toutefois une chose nous a surpris, c'est la myopie excessive signalée par Dixon chez un de ses malades, par de Wecker chez la sienne, ^'y aurait-il pas là plutôt de l'amblyopie, et ce qui le prouve, c'est que les deux sujets étaient
CRISTALLIN (pathologie). 545
très-améliorés par l'usage de verres fortement convexes. C'est aussi ce qui arriva cliez notre petite malade. Enfin la diplopie monooculaire s'est montrée chez tous les malades dont le cristallin était assez décentré pour que son bord arrivât dans l'aire de la pupille. Rien de plus naturel aussi que les positions bizarres que prenaient quelques malades pour se soustraire à la double réfraction et faire passer leur ligne de visée soit à travers le cristallin, soit à travers l'espace laissé libre par lui.
L'étiologie de la décentration cristallinienne et son anatomie pathologique sont assez obscures. 11 faut admettre une rupture partielle de la zonule et l'abandon de la lentille à la rétraction élastique de la portion de membrane restée saine. Quand il y a eu effort violent ou traumatisme, il est facile d'en comprendre l'effet, mais pour les cas de déplacement congénital la chose est plus difficile.
Il est probable que, dans certaines circonstances, l'humeur vitrée, au moins dans la portion qui confine à la lentille, est ramollie, ce qui expliquerait le trem.blottement irien. Quant au cristallin, il est certain qu'il peut garder sa transparence, et rester, maigre sa dislocation, dans les conditions osmotiques indispensables à sa nutrition. 11 existe une observation où, après trente ans, la lentille n'avait rien perdu de sa transparence.
La thérapeutique est assez bornée vis-à-vis de ces sortes de déplacements; et d'abord, elle n'a pas ses coudées franches, le malade ayant toujours un degré de vision qu'il est important de ne pas exposer.
La reclinaison est le moyen le plus rationnel, surtout si la dislocation a déjà porté la lentille en bas.
L'iridésis, qui a donné entre les mains de de Wecker un résultat vraiment utile, pourrait encore être tentée.
Nous proscrivons l'entraction qui pourrait être de la plus grande difficulté, et éminemment dangereuse par l'issue à peu près inévitable de l'humenr vitrée.
En somme, l'usage de lunettes fortement convexes est peut-être ce qu'il y a de plus convenable à proposer pour remédier à cette curieuse infirmité.
2° Décentration avec inclinaison. Dans la seconde espèce de dislocation que nous avons admise, l'axe du cristallin s'est non-seulement déplacé parallèlement à l'axe optique, mais il s'est encore incliné angulairement par rapport à celui-ci; en d'autres termes, il a basculé.
Nous avons observé et dessiné, il y a quelques années, un cas type de cette lésion chez un jeune homme de seize ans. Quand il renversait la tète en arrière et qu'on l'exammait à l'ophtalmoscope dans cette position, on arrivait à saisir dans l'aire de sa pupille, dilatéepar l'atropine, la section oblique de son cristallin limitée en haut et en bas par deux croissants limpides. Ce cristallin avait tourné autour d'une ligne horizontale, comme les lentilles montées sur pieds dont on se sert dans les cabinets de physique.
La brisure des vaisseaux rétiniens se voyait aussi bien en bas qu'en haut, sur les bords de l'organe basculé. Il ne m'a pas semblé que celui-ci quittât jamais cette position, et je n'ai pas constaté de tremblotement de l'iris.
Le malade était extrêmement amblyope de cet œil, et sa pupille optique blanche et atrophiée; il ne se souvenait ni de l'origine de son infirmité, ni des causes qui avaient pu la faire naître.
Faut-il croire que, rompue en haut et en bas, la zonule de Zinn était restée aux deux extrémités du diamètre horizontal, comme une espèce de chalaze? La
546 CRISTALLIN (pathologie).
chose est possible sans qu'on puisse l'affirmer. Dans tous les cas, le cristallin Citait resté transparent.
Le malade ayant l'autre œil excellent, nous ne crûmes devoir prendre aucune mesure thérapeutique contre son inlirmité.
"qo Déplacement complet. Il arrive souvent qu'après des traumatismes sur un œil sain, ou un effort violent chez une personne atteinte d'affections trophiques <le l'œil, le cristallin se détache complètement de la zonule et se déplace dans une humeur vitrée, ramollie; alors la dislocation est complète et bien plus grave que dans les cas précédents ; elle est aussi le résultat naturel de l'opération de la cataracte par abaissement.
Dans ces conditions, le tremblottement irien est la règle, et les mouvements tjculaires tantôt amènent devant la pupille, tantôt emportent loin d'elle la lentille à l'état de corps flottant. Et, si comme la chose peut arriver, elle tient encore par une languette de la zonule, on la voit vivement ramenée à sa place lorsqu'elle s'en est écartée. Le ramollissement delà vitrine est une condition du phénomène, et si elle n'a pas été la cause efficace de la luxation, elle succède au traumatisme qui a jeté le cristallin hors de sa place.
Souvent si la largeur de la pupille le permet, le cristallin passe dans la chambre unlérieure, constituant ainsi une variété de ces déplacements.
Malgré d'aussi graves désordres, la vision peut être conservée dans une certaine mesure et avec les modifications de rtfringence liées à la disposition d'un milieu aussi important; les douleurs peuvent être nulles. Mais souvent aussi, le pire arrive, et outre la perte de la vision, des douleurs ciliaires et une inflammation des plus graves, peuvent être la conséquence des pressions et des chocs du cristallin contre le corps ciliaire et l'iris.
Aussi l'indication, dans ces cas-là, est-elle précise et faut-il faire tous ses efforts pour supprimer le corps du délit ou tout au moins le ramener à sà place. Lalor ramena une fois la lentille au moyen d'une curette, conduite à travers une incision faite aux limites de la hernie, et Sylvester à l'Hôpital ophthahnique de Bombay dit avoir employé plusieurs fois cette méthode avec succès.
Le déplacement complet du cristallin, peut encore avoir pour résultat son passage à travers la pupille et sa présence dans la chambre antérieure.
Dans ce cas, l'organe qui, avec le temps, peut subir des transformations qui augmentent sa consistance, devient soit pour la cornée, soit pour l'iris, une cause de souffrance et de danger.
Nous observons, dans ce moment même, un malade atteint d'une double luxation congénitale du cristallin : il a subi en 1864 une double iridectomie, et depuis quelque temps ses cristallins siliqueux sont engagés dans la chambre antérieure et s'y meuvent, en venant, à chaque tremblottement, frapper la face postérieure de la cornée à la façon d'un bélier.
Sous cette influence, les membranes se sont troublées, sont devenues coniques ou plutôt globuleuses, et nous ne doutons pas de l'étiologie de cette déformation, tant l'effet s'adapte bien à sa cause.
L'extraction est nettement indiquée en de semblables circonstances, et elle se pratique le plus simplement du monde à travers une incision cornéenne. Dans le cas précité, elle a été très-facile et nous a donné les meilleurs résultats.
4" Luxation du cristallin sous la conjonctive. Cette lésion n'est pas très-rare comme on pourra le voir à l'indice bibliographique, et pour notre part nous en avons observé huit cas, tous résultant de violents traumatismes. Deux fois c'étaient
CRISTALLIÎ^ (pathologie). 547
les bâtons d'une tente de café sur lesquels les malades s'étaient étourdiment jetés, trois fois des coups de cornes de vaches qui étaient cause de déplacement; toujours de violentes contusions.
On a signalé et notre observation personnelle le confirme, que c'est en haut et à deux millimètres du limbe cornéen, que se fait toujours la rupture scléroticale à travers laquelle s'échappe le cristallin. C'est donc toujours à l'extrémité supérieure du diamètre vertical de l'œil, et sous la paupière supérieuie que se loge le corps du délit.
Tout récemment, nous avions cru trouver une exception à la règle : un vieillard en se jetant sur le manche d'une poêle à frire s'était complètement luxé le cristallin, et au premier examen nous le trouvâmes en bas, au fond du cul-de-sac inférieur. Mais un examen ultérieur, pratiqué après le retrait de l'ecchymose, nous a montré une plaie, située en haut et en dedans par où le cristallin avait dû sortir, et nous a convaincu que cette prétendue exception devait rentrer dans la règle.
Il est probable que cette sorte d'élection de lieu que fait le cristallin pour sortir de la coque oculaire, tient surtout à la direction habituelle des coups. Les corps vulnéranls atteignent l'œil par en bas, là où il est moins protégé.
Au moment de l'accident, on trouve au point indiqué, une tuméfaction d'apparence ecchymotique, au milieu de laquelle on voit déjà apparaître un corps arrondi, jaunâtre, pénétrable à la lumière, dont la forme va s'accusant de plus en plus à mesure que le sang se résorbe. Un vaste coloboma irien s'ouvre vers le point entr'ouvert de la sclérotique, et des troubles visuels caractéristiques accusent le désordre qui s'est produit.
Après quelques jours, les symptômes caractéristiques de la luxation se révèlent dans toute leur netteté. Sous la conjonctive intacte, on aperçoit l'organe, accusant à travers le voile qui le couvre sa forme caractéristique.
C'est à peine si la muqueuse soulevée est sillonnée de quelques pinceaux vasculaires de plus. A la base ou plutôt sous l'espèce de pédicule que forme le retrait de la conjonctive au-dessous de l'équateur cristallinien, on peut apercevoir par transparence, l'ouverture scléroticale se dessinant en noir. Comme nous l'avons dit, la pupille est énorme et atteinte d'un large coloboma. L'éclairage oblique s'il est pratiqué peu après l'accident, révèle la présence du caillot sanguin filtrant soit le long de la cornée soit dans la vitrine.
Cet accident si grave est en général assez bien supporté par l'œil. Bien plus, les troubles des milieux qui l'accompagnent d'ordinaire ne tardent pas à disparaître et le malade reprend toute la vision dont il est susceptible. On le voit porter plus ou moins longtemps son cristallin, qui fait saillie même à travers la paupière supérieure.
Lorsque l'organe ainsi expulsé est enveloppé de sa capsule, il paraît assez bien résister à toute altération et garde une notable transparence. Nous avons récemment pu en étudier un, qui était resté quatre mois sous la conjonctive. Nous avons retrouvé les fibres à peu près intactes sauf un peu de dégénérescence vitreuse à la surface. Quand à la capsule, ses cellules épithéliales avaient subi une altération qui les avait agrandies, arrondies, et avait transformé leur contenu granuleux en une substance uniformément transparente. Ces modifications nous ont paru, du reste, le propre d'une foule de cataractes.
Il est tout à fait indiqué d'achever l'extraction de la lentille ainsi déplacée,
548 CRISTALLIN (pathologie).
seulement nous pensons qu'il est bon (l'attendre quelques jours, pour que l'ouverture scléroticale puisse se refermer, et pour ne pas être exposé à laisser échapper l'humeur vitrée. Dans trois cas où nous avons pratiqué l'ablation de la lentille, les suites de l'opération furent de la plus grande simplicité.
Nous avons peu de choses à dire des cas où à la suite d'un traumatisme, le cristalHn s'échappe complètement de l'oeil. Il est rare, en effet, que cet organe ne soit pas si gravement désorganisé que l'issue du cristallin ne passe à un rang secondaire. Le plus souvent, cette circonstance est ignorée du malade, ou n'est que vaguement signalée par les personnes qui l'ont entouré au moment de l'accident. Le plus souvent aussi, les conséquences immédiates sont le phlegmon de l'œil, ou cet état d'inllammation subaiguë avec ramollissement du bulbe qui se terminent par l'atrophie.
Altérations de forme du cristallin. Ce chapitre de pathologie sera bientôt rempli, car nous ne connaissons qu'un seul fait qui s'y rapporte : c'est celui raconté par Schiess-Gemuseus [Revue mensuelle de clinique ophth., p. 99 et 100) sous le titre de Déformation congénitale du cristallin. Il s'agit d'un jeune homme de vingt ans, dont le quart inféro-externe du cristallin manquait. Quand la pupille était dilatée, on apercevait à ce niveau une plaque obscure. Cet œil était emmétrope et le malade disait n'avoir jamais bien vu de ce côté.
Altérations de transparence et de structure. Ce dernier chapitre ne saurait non plus présenter de grands développements, il devrait être rempli presque tout entier (>ar la Cataracte qui a été traitée ailleurs (voy. ce mot). Toutefois,. nous devons dire quelques mots de V inflammation du cristallin, puisque la question a été soulevée et que des tentatives expérimentales ont été faites pour la résoudre.
C'est en 1871 que Forlarini voulut savoir si le cristallin suppurait et essayai des expériences dans ce but. Ces expériences consistèrent à faire pénétrer de tout petits corps étrangers dans le cristallin, à travers la chambre antérieure ou h chambre postérieure avec la précaution que la capsule pût se refermer après leur introduction.
Voici les résultats de celte série d'expériences :
1° Le cristallin peut suppurer.
2" A la condition que les causes d'irritation restent longtemps dans son inlérieur.
3° Les causes irritantes même prolongées ne produisent quelquefois rien dii tout.
4° La suppuration se localise aux couches corticales.
5" Le pus se forme dans les capsules épithéliales.
6" Les noyaux de l'épithélium se tranforment en globules de pus.
7** Le pus peut se former dans les fibres du cristallin.
8° Il n'y a pas prolifération de la fibre, mais simplement transformation en globules de pus.
9" La théorie de Cohnheim n'est pas applicable au cristallin.
10° Moer est dans l'erreur quand il prétend que le pus fuse entre les fibres du cristallin jusqu'à son centre et amène sa déhiscence.
11" Les fibres du noyau du cristallin ne suppurent pas.
Nous n'avons pas d'opinion à formuler sur les expériences de Furlarini et leurs résultats, il faudrait pour cela les avoir contrôlées et répétées. Cependant nous
CRISTALLIN (bibliographie). 349
pensons que la voie expérimentale n'est peut-être pas la meilleure pour résoudre de semblables questions car elle est hérissée de difficultés et de causes d'erreurs presque inévitables. Gayet.
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CRiSTAE,ti!ME. On désigne ainsi vulgairement les plaques de vésicules herpétiques qui se montrent souvent chez l'homme, au prépuce et au gland ; chez la femme, sur les grandes et petites lèvres. D.
CRISTALLIIXE. Matière particulière du cristallin (Foî/. Grystalline). D.
CRISTAL,LI1VÉIRIE. Le nom de cristallinéine est un de ceux qui ont été donnés au rouge d'aniline. D.
CRiSTAL,LlS.%TlOK. CRISTAUX. Les cristaux étant le produit de la tristallisation, il convient d'étudier les conditions dans lesquelles celle-ci
s'opère. ,
On distingue trois manières de faire cristalliser les corps cristallisables : i° par voie de fusion; 2° par voie de dissolution; 3" par voie de sublimation.
Cristallisation par fusion. Les cristaux obtenus par voie de fusion seront d'autant plus nets et plus volumineux que le refroidissement de la masse fondue sera plus lent. Il faut donc opérer sur une masse un peu considérable de substance pour que le refroidissement ne pénètre que lentement des parties extérieures vers le centre. Par le refroidissement très-lent de la substance fondue, il se forme sur toute sa surface extérieure une croûte solide, formée de cristaux, qui augmente de plus en plus. Lorsqu'on juge la cristallisation assez avancée, on perce la croûte supérieure, et on renverse le vase pour faire écouler les parties restées liquides, et mettre à nu les cristaux. C'est ainsi que l'on obtient la cristallisation du soufre, du bismuth, etc., etc.
Cristallisation par dissolution. Le but de cette opération est de séparer des corps solides, le plus souvent des sels, du véhicule qui les tenait en dissolution. Non-seulement on obtient ainsi les corps sous une forme régulière en cristaux, mais encore on les purifie des substances étrangères ; de plus on obtient une séparation complète des sels ou autres matières cristallisables qui ont pu se dissoudre avec eux ; soit que les corps étrangers présentent une solubilité moins grande que la substance à purifier, et alors ils cristallisent les premiers, laissant la seconde en dissolution; soit qu'ils jouissent d'une solubilité plus grande, et, dans ce cas, la substance à purifier cristallise la première ; elle sera d'autant plus pure que les cristaux en seront plus nets, et mieux caractérisés.
La cristallisation par dissolution peut s'opérer de trois manières différentes.
L'expérience nous a démontré que, dans l'immense majorité des cas, la solubilité d'une substance dans un véhicule augmente avec sa température ; à chaque degré de température il existe un rapport entre le poids du dissolvant et le poids du corps qu'il peut dissoudre. Il en résulte que si un dissolvant saturé à une haute température d'une substance susceptible de cristalliser, vient à se refroidir lentement, une partie de cette substance sera mise en liberté, et alors, la force de cohésion intervenant, les molécules qui ne peuvent plus rester dissoutes se rapprocheront, et, en s'éliminant, affectent les formes géométriques que nous désignons sous le nom de cristaux.
DICT. ENC. XXIII. 25
Donc, 1° en opérant la solution à la température de l'ébullitlon du liquide et avec des proporlions telles qu'il y ait un excès du corps à dissoudre, le liquide se chargera d'une plus grande quantité du corps solide qu'il n'en peut conserver à froid, et en abondonnera l'excédant pendant son refroidissement. La cristallisation sera d'autant plus belle qu'elle aura été plus lente.
2" On évapore, à l'aide de la chaleur, les liquides qui ne sont pas assez chargés de substance, pour fournir des cristaux par le refroidissement, ou bieix qui se sont appauvris en fournissant une première cristallisation (eaux mères) ; lorsqu'ils ont acquis de nouveau le degré de concentration convenable, on leslaisse refroidir. On reconnaît le point de cristallisation, ou le degré de concentration convenable soit par une pellicule composée de petits cristaux qui se forme à la surface du liquide chaud, ou bien si, déposant une goutte de la solution chaude sur la surface d'un métal froid, il se forme de petits cristaux.
3° Les plus belles cristallisations s'obtiennent en abandonnant la solution à l'évaporation spontanée, dans un courant d'air.froid, ou dans l'étuve; par l'évaporalion lente d'un véhicule, il arrive un moment où la substance en dissolution ne trouve plus assez de liquide pour la maintenir en dissolution, une partie s'en sépare en cristaux d'autant plus beaux que l'évaporation aura été plus lento.
Cristallisation par sublimation. Tout corps cristallisable, pouvant être réduit eu vapeurs par la chaleur, reprendra la forme cristalline qui lui est propre, dès qu'il sera soustrait à l'action de celte chaleur. Dans la sublimation, quand l'opération a été bien conduite, on trouve le plus souvent la substance cristallisée à la partie supérieure du vase sublimatoire. C'est ainsi qu'en chauffant légèrement une cornue contenant quelques grammes d'iode, elle se remplira d'une vapeur violette, et en même temps on verra dans le col de la cornue, la partie la plus froide de l'appareil, des cristaux d'iode se déposer.
Cristaux. Dans tout cristal soit naturel, soit obtenu par cristallisation dans nos laboratoires, on distingue : les faces, les arêtes et les angles solides. Les faces des cristaux sont planes; à chaque face correspond, en général, une face qui lui est rigoureusement parallèle.
Les cristaux ont toujours des angles saillants, jamais rentrants, et si dans les cristallisations obtenues dans les laboratoires on observe des angles rentrants, ces angles sont produits par l'accolement de deux cristaux individuels, et jamais par un cristal isolé.
Les arêtes résultent de l'intersection de deux faces, et les angles solides sont formés par la réunion de trois ou d'un plus grand nombre de faces qui se réunissent en un seul point. On classe les angles solides d'après le nombre de leur faces : ainsi on dit : angles solides à 3, 4, 6 faces, etc., etc.
Dans un cristal, les faces sont de même espèce, quand elles sont égales entre elles et dans la même position. Elles sont au contraire d'espèces différentes quand elles ne sont pas égales ou qu'elles n'ont pas la môme position.
Deux ai'êtes sont de même espèce, quand les deux faces dont l'intersection leur donne naissance, sont semblables et présentent la même inclinaison. Elles sont, au contraire différentes, quand elles résultent de plans différemment inclinés.
Deux angles solides sont de même espèce quand les angles plans, respectifs
dont ils sont formés sont semblables entre eux. Exemple : dans un cube, toutes les faces, toutes les arêtes, et tous les angles solides sont de même nature. Dans le rhomboèdre, les faces opposées sont de même nature ; et parmi les arêtes et les angles solides, il en est de même nature et de nature différente.
Règle générale. Dans tout cristal, quand une modification de sa forme a lieu, les parties de même espèce sont toutes modifiées à la fois et de la même manière.
Voyons maintenant comment un cristal peut éprouver des modifications dans sa forme. Tout cristal est composé de particules extrêmement petites, appelées molécules, dont la ténuité est telle qu'elles échappent à notre vue même armée du microscope; cependant leur existence ne saurait être mise en doute. Ces molécules ont nécessairement une forme quelconque. Les faits et le raisonnement nous démontrent que cette forme est régulière, et qu'elle se rapporte à l'un des polyèdres les plus simples de la géométrie, puisque tous les cristaux soit naturels soit artificiels sont des polyèdres réguliers. Ainsi donc les molécules des corps cristallisés sont, suivant les espèces, des cubes, des rhomboèdres, de prismes, etc.
Prenons la forme cubique comme exemple. Un cristal cubique sera formé d'une infinité de molécules cubiques disposées par couches ou lames, toutes '^' formées d'un nombre égal de molécules. Que l'on introduise un petit cristal I* cubique, de sel marin par exemple, dans une solution concentrée de ce sel, on ^ verra son volume s'accroître, parce que sur chacune de ses faces, s'ajouteront '■^ de nouvelles couches de molécules toutes égales, et qui recouvriront exac- ^ tement les premières. La forme du cristal sera augmentée, mais nullement 1° changée.
""' Mais supposons maintenant que ces nouvelles couches, qui viennent s'ajouter •1'' au noyau cubique, se composent chacune, successivement, d'une rangée de molécules de moins, sur chacune de leurs côtés, il en résultera nécessairement fe ^ue les faces du cube se termineront cliacune par une pyramide à quatre faces '*''' triangulaires ; et comme ces décroissements se seront faits également sur cha-
lïl " cune des six faces, il se sera formé un solide à douze faces rhombes ou dodécaèdre rhomboïdal. Le cube est la forme primitive et le dodécaèdre rhomboïdal V" est une de ses formes dérivées. Cet exemple suffit pour faire voir comment les iiij^ cristaux peuvent être modifiés dans leurs formes, en se rappelant que le !îi décroissement peut se produire non-seulement sur les faces du cristal, mais aussi sur ses arêtes et sur ses angles solides. Du clivage. D'après ce qui précède on conçoit facilement la structure des Kf cristaux, qui, ainsi que nous l'avons expliqué, sont composés de rangées de éd molécules, formant des lamelles superposées les unes aux autres. On conçoit dès lors que ces cristaux doivent, par l'action des agents mécaniques, se diviser it^ plus facilement dans le sens de la superposition de leurs lamelles que dans tout ((si autre. C'est ce qui a lieu en effet, et l'action par laquelle cette séparation a lil lieu porte le nom de clivage.
f0 Systèmes cristallins. En examinant les diverses substances cristallisées, on lilBii) est d'abord frappé du nombre prodigieux de formes variées qu'elles présentent. is Ce nombre excède certainement plusieurs milliers. Cependant en examinant avec soin ces nombreux cristaux qui paraissent si différents, on ne tarde pas à gf, s'apercevoir qu'il en est un grand nombre qui ne sont que des modifications les
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uns des autres, et qui, en dernière analyse, ont une forme commune pour point de départ.
Nous avons vu que le cube, par des modifications de décroissetnent sur ses faces, se transformait en dodécaèdre rhomboidal ; mais, par des modifications analogues sur les arêtes et les angles solides, il produit un polyèdre à 14 faces, un octaèdre régulier, un dodécaèdre, un polyèdre à 24 faces, à 48 faces, etc. Il en est ainsi de toutes les formes primitives. En réduisant ainsi les cristaux à leur forme la plus simple, les cristallographes ont été amenés à rapporter tous les cristaux à six systèmes cristallins. On donne le nom de système Cristallin à la réunion des différentes formes qui ont des systèmes d'axes semblables.
Centre du cristal. Dans tout cristal, il existe un point intérieur tel qu'une droite passant par ce point en joigne, soit les angles solides opposés, soit le centre des faces opposées, ou bien le milieu des arêtes opposées.
Axes du cristal. Les lignes qui passent par le centre du cristal el autour desquelles les faces sont disposées symétriquement sont appelées les axes du cristal. C'est d'après les rapports que ces axes affectent entre eux que les six systèmes cristallins ont été établis.
Premikr système ou système cristallin régulier. Il est caractérisé par trois axes égaux, et perpendiculaires entre eux; c'est le système cubique.
Deuxième système. Système tétragonal ou du prisme- à base carrée. Encore trois axes perpendiculaires entre eux, mais deux seulement sont égaux, le troisième est inégal.
Troisième système. Système hexagonal. Caractérisé par quatre axes dont trois sont égaux, disposés dans le même plan se coupant sous des angles de 60'; le quatrième est d'espèce différente, et se trouve perpendiculaire au plan des trois autres.
Quatrième système ou système rhombique. Les formes de ce système cristallin se distinguent par trois axes rectangulaires, tous les trois inégaux.
Cinquième système ou système prismatique rectangulaire oblique. Caractérisé par trois axes inégaux ; deux de ces axes sont obliques l'un sur l'autre, le troisième est perpendiculaire sur le plan des deux autres.
Sixième système ou système du prisme oblique à base de parallélogramme obliquangle. Ce système est caractérisé par 5 axes inégaux, obliques les uns sur les autres et ayant entre eux des rapports quelconques de grandeur.